Il est des maladies maçonniques qui ne figurent dans aucun traité, mais que tout atelier reconnaît au premier coup d’œil. La comparaison en fait partie. Elle se glisse partout, s’invite dans les conversations les plus anodines, se nourrit de décors, de grades, de fonctions, de voyages, de réseaux, de « moi j’ai connu », de « chez nous c’est mieux », de « dans mon obédience on fait autrement ». Et, comme tous les cancers, elle commence petit, presque inoffensif, avant de s’étendre sournoisement à toute la fraternité.

Comparer, c’est déjà se séparer. C’est regarder son Frère ou sa Sœur non plus comme un compagnon de chantier, mais comme un concurrent symbolique, un rival de lumière, un détenteur de titres mal digérés. À partir de là, le mal progresse : on ne cherche plus à réunir ce qui est épars, on trie, on classe, on hiérarchise, on mesure. On ne dit plus « qu’avons-nous en commun ? », mais « qu’est-ce qui me distingue d’eux ? ». Et voilà comment l’atelier, censé bâtir l’unité, se transforme en salle d’attente de l’ego.

Le plus comique, si l’on ose encore rire, c’est que les mêmes qui parlent de fraternité universelle sont parfois ceux qui tiennent le mieux le registre des différences. Ils prêchent l’union avec des lèvres de prophètes et comparent avec la précision d’un comptable en fin d’exercice. Quelle ironie délicieuse : on chante l’harmonie, mais on compte les colonnes ; on invoque l’amour fraternel, mais on soupèse les cordons ; on célèbre l’élévation, mais on regarde surtout qui monte plus vite que soi. La cratophilie, ce goût maladif des honneurs et des signes extérieurs de reconnaissance, finit alors par remplacer le sens du service. Le maçon ne travaille plus à sa pierre : il polit sa vitrine.
Car c’est bien là que le carrefour se dessine. D’un côté, il y a ceux qui comprennent que la fonction n’est qu’un passage, que le cordon est un outil de représentation et non une extension de la personnalité, que le titre n’est pas une identité. Ceux-là avancent vers l’unité fraternelle, parfois lentement, parfois discrètement, mais sûrement. De l’autre, il y a ceux qui se nourrissent de la comparaison comme d’un carburant spirituel de mauvaise qualité. Ils veulent être plus, paraître plus, compter plus. Et, à force de vouloir être au-dessus, ils finissent souvent au-dessous du travail initiatique. C’est le paradoxe du maçon comparateur : il croit s’élever, alors qu’il s’éparpille.

Le vrai mantra magique n’est donc pas celui qu’on répète pour la forme, mais celui qu’on vit dans la chair du quotidien : réunir ce qui est épars. Réunir en soi d’abord, car un homme divisé ne bâtira jamais une fraternité stable. Réunir entre les ateliers ensuite, car les murs de sigles sont bien fragiles face à une vraie main tendue. Réunir entre les sensibilités, les parcours, les obédiences, les générations, les orgueils blessés et les silences trop longs. Là est le chantier. Pas dans la compétition des vanités, mais dans la restauration du lien.
Alors oui, la comparaison est un cancer. Elle ronge le cœur maçonnique en lui faisant croire que la valeur se mesure à l’écart qu’on met entre soi et l’autre. Alors qu’en réalité, la valeur d’un maçon se mesure peut-être à sa capacité de ne pas comparer, de ne pas se gonfler, de ne pas se dissoudre dans le besoin d’être vu. Le frère ou la sœur qui a vraiment avancé ne demande plus : « Suis-je mieux que lui ? ». Il demande simplement : « Suis-je plus juste, plus utile, plus fraternel qu’hier ? ».
Et c’est sans doute là que commence la guérison. Non pas quand on aura supprimé les grades, les décors ou les distinctions — ce qui serait naïf — mais quand on cessera d’en faire des armes de comparaison. Le jour où le maçon comprendra que l’autre n’est pas une menace pour sa lumière, mais une chance de la vérifier, alors le chantier reprendra son sens. Et la fraternité cessera d’être un slogan pour redevenir une méthode de construction.

LES 3 COMPMEXES !
je partage totalement les idées de cet article. Le complexe de supériorité c’est insupportable; l’an prochain tu serra.. . énumération des qualités requises pour remplir cette charge souvent celles qui ont fait défaut en son temps au donneur de leçon.. moi à ta place JE! mon pauvre tu a des soucis dans ta loge mais pitié occupez vous de vos affaires
pour le complexe d’infériorité c’est toujours plus simple de juger les défaillances du voisin que SE corriger surtout quand un grand désordre règne dans sa propre loge. quand au complexe de l’égalité comme disais le philosophe Coluche certains sont plus égaux que d’autres mais c’est surtout un levier qui donne bonne conscience au nom de la FM universelle de s’immiscer dans les affaires internes des loges surtout quand on a pas les tenants et aboutissants d’une affaire.
en toute franchise il est des loges ou obédiences que je ne fréquente pas car ce n’est ni ma vision de la maçonnerie ni l’ambiance que j’aime. si malgré tout c’st une obligation je m’y rend mais me garde de tout commentaire je sais la raison pour laquelle je suis venu.
« Comparaison n’est pas raison » Raymond Queneau…
parfaitement puis cela sert à quoi?