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Qui sont les « anti-crèches » qui s’indignent pour des santons dans une mairie ?

Fortement inspiré par l’article de notre confrère nlto.fr

Lien historique avec la Franc-maçonnerie

En décembre 2025, une nouvelle controverse agite le débat public en France autour de la laïcité : l’installation de trois santons provençaux dans une mairie provoque l’indignation de groupes militants qualifiés d’ « anti-crèches ». Ces organisations, qui voient dans ces figurines traditionnelles un symbole religieux menaçant la neutralité républicaine, relancent un rituel annuel de recours administratifs et de communiqués virulents.

Cet épisode, rapporté dans un article satirique publié le 4 décembre 2025, met en lumière des associations comme la Fédération nationale de la Libre Pensée, la Ligue des droits de l’Homme et le Grand Orient de France, toutes impliquées dans la défense d’une laïcité stricte. Mais au-delà de cette affaire locale, ces groupes entretiennent des liens étroits avec la Franc-maçonnerie, une institution historique qui a joué un rôle pivotal dans la promotion de la laïcité en France. Cet article explore les faits, les arguments et le contexte historique, en s’appuyant sur des sources documentées.

La controverse des santons : un rituel annuel de la laïcité militante

Chaque année, à l’approche de Noël, des municipalités françaises installent des crèches ou des santons dans leurs halls d’accueil, souvent présentés comme des éléments culturels patrimoniaux plutôt que religieux. En 2025, l’attention se porte sur une mairie où trois simples santons – des figurines en argile représentant des personnages provençaux – déclenchent une vague d’indignation. Les militants « anti-crèches » qualifient cette décoration d’« attentat décoratif contre la République », un « cheval de Troie religieux » et un « oxymore culturel » qui viole la neutralité des espaces publics.

Selon ces groupes, même une crèche dite « culturelle » porte un message confessionnel codé, transformant un bébé en plastique, un bœuf et un âne en symboles d’une menace théocratique.

Cette affaire n’est pas isolée. En 2024, à Beaucaire (Gard), une crèche provençale installée par un maire du Rassemblement national a été contestée devant le tribunal administratif de Nîmes, qui a ordonné son retrait sous 48 heures, arguant d’une violation de la laïcité.

De même, à Fréjus, la ville installe annuellement des santons sans être inquiétée, mais ces cas illustrent une application variable du droit : le Conseil d’État autorise les crèches si elles ont un caractère culturel, festif ou artistique, sans prosélytisme religieux manifeste.

Pourtant, les militants persistent, engorgeant les tribunaux avec des recours sur des détails symboliques, au détriment d’affaires plus urgentes.

Les organisations impliquées : des minorités agissantes

Les principaux acteurs de ces campagnes sont des associations laïques militantes, souvent subventionnées par l’État. La Fédération nationale de la Libre Pensée*, fondée en 1892, est en première ligne. Elle défend une laïcité « intégrale et mène des actions contre toute présence religieuse dans les espaces publics, y compris les crèches municipales.

* Un lecteur nous demande de préciser que ce mouvement ne reçoit aucune subvention d’aucune provenance.

Avec quelques milliers d’adhérents, elle se positionne comme un rempart contre le cléricalisme, mais est critiquée pour son approche « sourcilleuse » qui impose une vision minoritaire au grand public.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH), créée en 1898 lors de l’affaire Dreyfus, rejoint souvent ces combats. En 2024, elle a reçu 719 000 euros de subventions publiques et soutient les recours contre les crèches, arguant qu’elles entravent la liberté en favorisant un culte spécifique. Enfin, le Grand Orient de France (GODF), la plus grande obédience maçonnique française, est explicitement associé à ces mouvements. Issu de la Franc-maçonnerie, il promeut une laïcité absolue et participe à des actions contre les symboles religieux publics.

Ces groupes, décrits comme une « poignée d’organisations hyper-militantes », se rêvent en gardiens de la République mais sont accusés d’autoritarisme : ils protègent le peuple « contre lui-même », en interdisant des traditions populaires comme les marchés de Noël ou les sapins décorés.

Les arguments : une laïcité rigide contre le patrimoine culturel

Les « anti-crèches » s’appuient sur la loi de 1905 de Séparation des Églises et de l’État, qui garantit la neutralité des pouvoirs publics. Selon l’article 28 de cette loi, « il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte ». Pour eux, les santons, même provençaux et folkloriques, représentent la Nativité chrétienne et constituent un prosélytisme déguisé. Ils craignent un « coup d’État liturgique » ou une « théocratie provençale », transformant des figurines inoffensives en « armes de destruction massive » symboliques.

Laurent Wauquiez en 2021

Cependant, des jurisprudences nuancent cela : en 2017, Laurent Wauquiez a installé cinq crèches au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes sous couvert d’une exposition sur l’art des santons, contournant l’interdiction. Le Conseil d’État, en 2016, a précisé que les crèches peuvent être tolérées si elles n’ont pas de visée religieuse explicite. Malgré cela, les militants persistent, voyant dans ces tolérances une dérive.

Le lien avec la Franc-maçonnerie : un héritage anti-clérical

Le rôle de la Franc-maçonnerie dans ces controverses n’est pas anecdotique. Le Grand Orient de France, fondé en 1773, est une obédience maçonnique qui, sous la Troisième République (1870-1940), s’est impliquée dans la vie politique pour promouvoir la laïcité et combattre l’influence de l’Église catholique. Les francs-maçons ont été constitutifs de l’armature républicaine, soutenant les lois sur l’éducation laïque et la séparation des Églises et de l’État en 1905.

Les liens avec la Libre Pensée sont « forts et ambigus » : dans l’esprit public, ces deux mouvements sont souvent assimilés, partageant un combat contre le dogmatisme religieux. La Libre Pensée agit de manière conséquente pour défendre la loi de 1905, et reçoit le soutien de la LDH, elle-même influencée par des idéaux maçonniques. Historiquement, la Franc-maçonnerie française, hostile à toute position dogmatique, a combattu pour la liberté absolue de conscience, incluant une laïcité qui exclut les symboles religieux des espaces publics.

En Méditerranée orientale au XIXe siècle, les loges maçonniques latines (française, italienne, espagnole) ont même promu une éducation laïque anti-religieuse. Aujourd’hui, cette tradition se perpétue dans les luttes contre les crèches, où le GODF et ses alliés voient une défense des valeurs républicaines contre toute ingérence cléricale. La LDH, fondée en partie sur des principes maçonniques, intègre l’athéisme et la laïcité comme piliers, aux côtés de la Libre Pensée.

Contexte historique et perspectives

La laïcité française, issue des Lumières et de la Révolution de 1789, a été renforcée par la Franc-maçonnerie lors de la querelle scolaire et anti-cléricale du XIXe siècle. Sous la Troisième République, les maçons ont influencé les politiques éducatives et sociales, promouvant une société sécularisée. Ces combats se retrouvent aujourd’hui dans des régions comme la Corse, où l’identité insulaire défie parfois la laïcité continentale, avec des crèches installées malgré les controverses. Des critiques soulignent cependant une dérive : dans un pays où l’on soupçonne un santon de menace politique, la joie des fêtes est éclipsée par des débats stériles.

La Franc-maçonnerie, autrefois force progressiste, est parfois accusée d’imposer une vision totalitaire sous couvert de neutralité.

En conclusion, l’indignation autour de trois santons illustre un clivage persistant entre tradition culturelle et laïcité militante. Les liens avec la Franc-maçonnerie, via le GODF et ses alliés, rappellent un héritage anti-religieux ancré dans l’histoire républicaine.

Si ces groupes défendent une liberté absolue, ils interrogent aussi sur la tolérance envers les coutumes populaires dans une France diverse.

La Franc-maçonnerie en 2026 : moins de conférences, plus de culture et d’after works

À Paris comme en province, la conférence publique maçonnique ressemble trop souvent à un rituel de communication qui s’épuise à force d’être rejoué à l’identique. L’intention est respectable, mais l’effet s’émousse, d’autant que la sociologie locale impose une discrétion que ces formats ignorent superbement.

Une assemblée studieuse écoute un conférencier
Le conférencier montre le tableau blanc devant une assemblée

À l’heure où la Franc-maçonnerie française a globalement retrouvé, toutes obédiences confondues, ses effectifs d’avant le Covid, autour de 175 000 membres, continuer à faire “comme avant” n’est plus un signe de stabilité, mais déjà une forme de régression.

Si elle veut parler au monde de 2026, elle doit changer de tempo, de scène et de langage, en misant sur la culture, les after works, les partenariats et des expériences ouvertes où l’on peut approcher sans s’exposer.

Il faut le dire sans agressivité mais avec lucidité : la conférence publique maçonnique classique, surtout en province, tourne de plus en plus à la liturgie d’autosatisfaction

Un dignitaire, un titre rassurant, un lieu institutionnel, une heure de discours bien tenu, quelques questions polies, et l’on se félicite d’avoir “ouvert” l’Obédience à la cité. En réalité, nous rejouons la même pièce devant le même type de public, avec des outils de la fin du XXᵉ siècle pour un monde qui vit déjà au rythme de la prochaine notification.

Toutes obédiences confondues, le scénario est devenu terriblement prévisible : conférences « exceptionnelles » pour fêter les 80 ans de ci, les 300 ans de là, les 40 ans, les 50 ans, les 10 ans…

Et, surtout, cette déclinaison infinie des mêmes intitulés génériques, qui finissent par sonner comme une comptine institutionnelle :
« Entrer en Franc-Maçonnerie en 2026 »,
« Devenir franc-maçon en 2026 »,
« Devenir Franc-maçon de la … en 2026 : des valeurs pour l’avenir »,
Tralalitralala, et l’on pourrait presque ajouter : « même heure, même salle, même discours, revenez l’an prochain. »
Ces titres, censés rassurer, finissent par sonner comme des slogans interchangeables. Tout est poli, rassurant, convenu. Rien ne mord, rien ne surprend, rien ne donne vraiment envie de franchir un seuil intérieur.

Pendant ce temps, la réalité de terrain est plus rude. Oui, la Franc-maçonnerie française a retrouvé ses chiffres d’avant-Covid

Mais ne pas avancer, c’est déjà reculer. Cet apparent retour à l’équilibre masque un phénomène que chacun connaît : un énorme turnover dans les deux premières années, des Frères et des Sœurs qui partent aussi vite qu’ils sont venus, déçus par l’écart entre le discours lyrique sur les “valeurs” et la pratique concrète des loges. À quoi bon empiler les conférences d’introduction si nous ne soignons pas les premières marches du parcours initiatique ?

Dans les petites villes, la sociologie locale ajoute une difficulté supplémentaire. Venir à une conférence maçonnique, ce n’est pas se fondre dans une foule anonyme, c’est être vu, reconnu, commenté. Le coût social de la curiosité est élevé. Nous faisons comme si ces territoires fonctionnaient comme un quartier parisien, alors qu’ils obéissent à une autre grammaire : celle des réputations, des rumeurs, des appartenances visibles. Les formats institutionnels ne prennent pas assez en compte cette psychologie des lieux.

L’époque, elle, a changé

Tv,Interview, journaliste, gilet jaune
une interview de rue, journaliste micros tendus

Le public d’aujourd’hui ne veut plus seulement entendre ce que la Franc-maçonnerie dit qu’elle est. Il veut sentir ce qu’elle fait, ce qu’elle ose, ce qu’elle transforme. Une conférence généraliste sur “les valeurs” ressemble de plus en plus à une plaquette orale. L’initiation, elle, commence par un frisson d’intelligence, par une émotion de sens, pas par un discours d’autopromotion, même bienveillant.

C’est là qu’une autre voie, culturelle, apparaît avec force

Musée de la FM - GODF

Le musée de la Franc-maçonnerie, au 16 rue Cadet à Paris (9ᵉ), installé au siège du Grand Orient de France, bénéficie depuis 2003 de l’appellation officielle « Musée de France » délivrée par le ministère de la Culture. Labellisé ainsi, il inscrit la Franc-Maçonnerie dans le patrimoine national au même titre que les autres grandes institutions culturelles : là, elle ne se justifie plus, elle se donne à voir comme un fait historique, artistique et intellectuel à part entière.

Là, elle ne se justifie pas : elle se donne à voir comme un fait historique, artistique, intellectuel. Elle sort du fantasme pour entrer dans la culture. Surtout, le visiteur y entre librement, sans s’exposer socialement, sans “se montrer” : il vient voir un musée, point. C’est une première rencontre à bas bruit, discrète, respectueuse des pudeurs locales.

Ce modèle peut inspirer une refonte des pratiques publiques

Plutôt que d’aligner des soirées “Devenir Franc-maçon en 2026”, pourquoi ne pas multiplier :

  • des after works, formats souples, conviviaux, où l’on échange vraiment, en petit nombre, sans tribune et sans liturgie ;
  • des soirées autour d’un livre, d’un auteur, d’un moment d’histoire locale, qui permettent d’aborder la Franc-Maçonnerie par la culture, l’art, la mémoire ;
  • des mini-expositions dans des médiathèques, des maisons de quartier, des lieux patrimoniaux ;
  • des rencontres croisées avec des musiciens, des historiens, des artisans d’art, des acteurs associatifs ;
  • des partenariats avec les institutions culturelles de la ville, où la maçonnerie se dévoile comme une composante parmi d’autres du paysage intellectuel.

Dans ce cadre, la Franc-Maçonnerie n’apparaît plus comme un bloc identitaire à défendre, mais comme un ferment : une manière de travailler le réel, de penser la parole, de tisser du lien.

Encore faut-il, là aussi, oser des thèmes qui prennent le monde à bras-le-corps

Remplaçons les intitulés paresseux par des angles qui interrogent la vie de chacun :

  • liberté de conscience face aux crispations identitaires ;
  • comment vivre le désaccord sans violence ;
  • jeunesse, quête de sens et transmission ;
  • éthique de la parole à l’ère des réseaux ;
  • solitude contemporaine et fraternité réelle.
Laïcité, point ! – Avant-propos inédit

Sur ces terrains, la Franc-maçonnerie peut parler avec crédibilité, en racontant ses pratiques : le temps de parole en loge, la lenteur assumée de la délibération, l’apprentissage du silence, la fraternité comme discipline et non comme slogan.

Reste un point décisif : la façon dont nous présentons la démarche elle-même. Tant que nos conférences ressembleront à des promesses commerciales déguisées en exposés de valeurs, le malentendu perdurera. Il est temps de dire clairement que la voie maçonnique demande du temps, du travail, de la constance ; qu’elle n’est ni un club de réseautage, ni un produit de développement personnel, mais un chemin exigeant. C’est cette vérité-là qui fidélise, bien plus que les titres ronflants.


La tradition n’a rien à craindre de la modernité quand elle accepte de changer d’écrin.

À l’heure des territoires sensibles et des curiosités pressées, il ne s’agit plus d’expliquer la Franc-maçonnerie comme un concept, mais de la faire rencontrer comme une culture vivante. Tant que nous multiplierons les conférences génériques pour célébrer nos anniversaires et répéter les mêmes slogans sur “devenir franc-maçon en 2026”, la parole publique restera une belle porte… qui ouvre sur la même pièce.

Moins de vitrines, plus de culture, plus d’after works, plus de lieux où l’on peut approcher sans s’exposer : c’est à ce prix que la Franc-Maçonnerie pourra, réellement, entrer dans le troisième millénaire.

La Franc-maçonnerie face au métavers : loges virtuelles et fraternité numérique

La Franc-maçonnerie, héritière de traditions pluriséculaires et pourtant toujours convoquée à penser le temps présent, se trouve désormais placée devant un nouveau chantier : celui du métavers. Là où hier l’Atelier se rassemblait à l’ombre des colonnes d’un Temple de pierre, se dessinent aujourd’hui des espaces immersifs, en trois dimensions, où des avatars se rencontrent sous la voûte numérique d’un ciel artificiel.

Sous le terme de « métavers », popularisé par les grandes plateformes numériques, se regroupent des mondes virtuels persistants, accessibles au moyen de casques de réalité virtuelle, augmentée ou mixte, dans lesquels les utilisateurs incarnent des doubles numériques – leurs avatars – pour interagir, travailler, se divertir… ou, potentiellement, tenir des réunions maçonniques.

Dans ce contexte, l’idée de loges virtuelles surgit presque naturellement : si nous pouvons déjà nous réunir en visioconférence, pourquoi ne pas franchir un pas supplémentaire, et déplacer la tenue dans un Temple reconstruit en 3D, avec décors, colonnes, tapis de loge et plateau du Vénérable Maître reconstitués avec une fidélité impressionnante ?

La crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19 a agi comme un accélérateur. Là où, autrefois, l’idée même d’une tenue en ligne aurait paru sacrilège, beaucoup d’Ateliers ont découvert les vertus mais aussi les limites des outils de visioconférence. Cette expérience a ouvert un champ de réflexion : que peut apporter, mais aussi que peut risquer un métavers maçonnique ? Comment articuler cette « profanation numérique » apparente avec les valeurs fondatrices de la Franc-maçonnerie – la tolérance, le progrès, la fraternité vécue dans le cadre d’une démarche initiatique ?

L’enjeu n’est pas seulement technique ; il est profondément spirituel et anthropologique. Il s’agit de savoir si la Franc-maçonnerie peut habiter ces nouveaux espaces sans se renier, et comment elle pourrait y transposer, ou non, l’expérience de la loge.

Les potentialités : une fraternité augmentée et une pédagogie renouvelée

Le métavers, pris au sérieux et non comme simple gadget, offre des possibilités réelles pour la vie maçonnique. D’abord, il ouvre la voie à une fraternité élargie, potentiellement planétaire. Là où les distances, les coûts, l’âge ou les contraintes de santé limitent parfois la participation aux tenues, des loges virtuelles pourraient rassembler des Frères et des Sœurs dispersés sur plusieurs continents, dans un même Temple numérique.

Imaginons une tenue au cours de laquelle un Maître maçon d’Amérique latine, un Compagnon d’Afrique francophone, une Sœur d’Europe centrale et un Frère d’Asie se retrouvent, dans un même espace immersif, capables de se voir comme avatars, de circuler, de prendre la parole à l’Orient, de se recueillir en silence au pied de l’Autel. Des systèmes de traduction automatique, pilotés par l’intelligence artificielle, rendraient les échanges fluides, permettant à chaque intervenant de s’exprimer dans sa langue, tandis que les autres l’écouteraient dans la leur.

Cette fraternité augmentée donnerait à la Chaîne d’Union une dimension littéralement mondiale. La tolérance, principe vivant de la Franc-maçonnerie, y trouverait un terrain d’expérimentation privilégié : diversité de cultures, de rites, de sensibilités spirituelles, le tout articulé dans un espace commun, à la fois symbolique et numérique.

Le métavers pourrait également devenir un extraordinaire outil pédagogique. Des « académies maçonniques » virtuelles, administrées par des Frères et des Sœurs expérimentés, pourraient proposer des parcours de formation initiatique, historique, symbolique. L’intelligence artificielle (IA) y jouerait un rôle de soutien :

  • accompagnement personnalisé des lectures,
  • simulation d’anciens chantiers opératifs,
  • visualisation des grandes cathédrales ou des temples antiques,
  • reconstitution d’épisodes historiques de la Maçonnerie.
e-commerce, internet, achat en ligne
Achat virtuel

Là où, aujourd’hui, l’Apprenti doit se contenter de schémas, de photos ou de descriptions, il pourrait déambuler dans des espaces reconstitués, suivre le tracé de la voûte étoilée, contempler à l’échelle humaine les outils symboliques, entrer au cœur du symbolisme par une expérience directe, immersive.

Sur le plan matériel, l’existence de loges virtuelles pourrait réduire certains frais généraux : loyers, charges immobilières, coûts d’entretien des locaux. Sans remplacer les Temples physiques, des structures hybrides seraient envisageables :

  • loges « mères » ancrées dans la réalité physique,
  • loges ou ateliers d’étude numériques, rattachés à ces loges physiques, mais fonctionnant dans le métavers pour des travaux spécifiques, des conférences, des rencontres interobédientielles.

La dimension administrative et caritative

L’usage de technologies comme la blockchain pourrait, de son côté, contribuer à renforcer la sécurité et la transparence. Des systèmes d’authentification numérique, fondés sur des « jetons non fongibles » (NFT) ou des certificats cryptographiques, serviraient de cartes d’identité maçonniques virtuelles.

Chaque membre disposerait d’un identifiant numérique infalsifiable, lié à son parcours : initiation, élévations, affiliations, fonctions occupées. L’accès aux espaces virtuels – loge, temple, bibliothèque, musée – serait conditionné à la vérification de ces identifiants, réduisant le risque d’intrusion profane.

Dans le domaine de la philanthropie, ces mêmes technologies permettraient :

  • des dons dématérialisés, fractionnés, traçables,
  • des collectes internationales rapides en faveur d’œuvres de bienfaisance,
  • une gestion transparente des fonds, consultable en temps réel par les membres autorisés.

La charité maçonnique, traditionnellement discrète mais active, y gagnerait en efficacité sans perdre sa dimension éthique : elle deviendrait plus réactive aux urgences, plus coordonnée entre obédiences, tout en restant fidèle aux principes de solidarité et de désintéressement.

Espace muséal Grande Loge de France

Patrimoine et musées (GRATUITS) virtuels
Les musées maçonniques virtuels constitueraient un autre champ d’application prometteur. Plutôt que de limiter la découverte du patrimoine à ceux qui peuvent se déplacer dans quelques grandes villes, des expositions immersives ouvertes à tous les initiés – voire, pour certaines parties, au public profane – permettraient de faire connaître l’histoire, les rites, l’iconographie maçonniques.

Des objets rares, des manuscrits, des décors de loge, reproduits en haute définition dans un environnement 3D, seraient visibles partout dans le monde, à toute heure. Des parcours scénarisés, des commentaires audio, des reconstitutions historiques feraient dialoguer l’érudition et la pédagogie.

La tolérance y trouverait un vecteur puissant : présentation de la pluralité des rites (écossais, français, émulation, suédois, etc.), des traditions continentales et anglo-saxonnes, des obédiences mixtes, masculines, féminines, des liens avec d’autres familles initiatiques. Le progrès, entendu comme élargissement du savoir et partage de la connaissance, y serait pleinement à l’œuvre.

Les risques : secret, corps, santé et fracture numérique

Cependant, l’ombre du Temple numérique n’est pas sans zones d’inquiétude. Les potentialités du métavers maçonnique ne doivent pas masquer des risques sérieux, parfois structurels, qui engagent la nature même de l’Ordre.

Le secret et la discrétion initiatique
La Franc-maçonnerie repose sur un engagement personnel à conserver la discrétion sur ses travaux, ses rituels, ses signes de reconnaissance. Le Temple de pierre, la loge fermée à la curiosité profane, participent de cette protection. Dans un environnement virtuel, même sécurisé, le risque d’intrusion, de captation, de diffusion non autorisée est objectivement plus élevé.

Des avatars anonymes peuvent être contrôlés par des personnes malveillantes ou curieuses ; des enregistrements clandestins de réunions peuvent être réalisés sans que les autres participants en aient conscience ; des fuites massives peuvent survenir à partir d’une faille logicielle.

Même avec des systèmes d’authentification renforcés, la sécurité n’est jamais absolue. Là où un Temple matériel peut être protégé par un Tuileur vigilant, la loge virtuelle est exposée à des menaces invisibles, parfois distantes de milliers de kilomètres.

C’est pourquoi certaines Grandes Loges, notamment dans le monde anglo-saxon, rappellent avec insistance l’importance de la présence physique comme caractéristique essentielle de la tenue régulière. Pour elles, l’essence de la Maçonnerie réside dans la rencontre réelle, le partage du même espace, la perception mutuelle des corps, des voix, des regards.

La perte d’épaisseur humaine et symbolique

Temple maçonnique de Rochefort (Crédit : rochefort-ocean)

Les rituels maçonniques sont des expériences vécues avec tout l’être : déplacements dans le Temple, sensations physiques, jeux de lumière, odeurs de cire, chaleur des mains lors de la Chaîne d’Union, intensité des silences partagés.

Transposés dans un métavers, ces éléments risquent d’être réduits à des simulations :

  • l’embrassade fraternelle devient un simple geste d’avatar,
  • la poignée de main est mimée par une animation,
  • la voix est filtrée par un micro,
  • le regard devient un faisceau de pixels.

Certes, la symbolique peut survivre à ce passage ; mais une partie de la profondeur anthropologique de l’initiation pourrait s’affadir. La fraternité pourrait se voir réduite à une convivialité distante, proche de celle des réseaux sociaux, où l’émotion partagée est plus fragile, plus volatile.

Le risque est alors de glisser d’une Franc-maçonnerie incarnée vers une Franc-maçonnerie « dématérialisée », où la quête intérieure serait moins stimulée, remplacée par une succession d’expériences numériques séduisantes mais superficielles. Un rituel vécu en casque VR ne produit pas nécessairement le même travail intime qu’un rituel vécu dans l’épaisseur du silence et de la nuit du Temple.

Les risques psychosociaux et sanitaires
Le métavers n’est pas sans conséquences sur la santé mentale et physique. Les études sur les usages intensifs des environnements immersifs signalent :

  • risques d’addiction, par la répétition d’expériences gratifiantes,
  • tendance à l’évitement du réel, lorsque le monde virtuel devient refuge,
  • troubles du sommeil, fatigue cognitive, isolement social.

Pour des Frères et des Sœurs déjà très connectés dans leur vie professionnelle, ajouter des heures de Temple virtuel, parfois tardives, peut accentuer ces déséquilibres. La Maçonnerie, censée aider à mieux habiter sa vie, pourrait involontairement participer à une fuite hors du réel.

Les technologies immersives posent aussi des questions physiques :

  • nausées, vertiges, maux de tête liés au conflit sensoriel (ce que l’on appelle parfois le « mal de réalité virtuelle »),
  • fatigue oculaire,
  • douleurs cervicales dues au poids des casques,
  • risques infectieux liés au partage de matériels mal désinfectés, dans le cas d’usages collectifs.

Or, les tenues maçonniques sont souvent longues (trop, même !), structurées, exigeantes en attention. Des sessions virtuelles dépassant une heure peuvent rendre ces symptômes difficilement compatibles avec un travail initiatique de qualité.

Fracture numérique et exclusion silencieuse
Un autre risque majeur tient à la fracture numérique. Toutes les Fraternités ne disposent pas des mêmes moyens techniques, toutes les régions du monde ne bénéficient pas d’une connexion fiable, tous les Frères et Sœurs ne maîtrisent pas avec aisance les outils informatiques, ni n’ont les moyens d’acquérir un casque de réalité virtuelle coûteux.

Si l’Atelier choisit de basculer une partie significative de sa vie dans le métavers, il pourrait, sans le vouloir, exclure les plus âgés, les plus précaires, ceux qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas s’équiper. Une tolérance mal pensée, qui se voudrait « moderne », deviendrait alors paradoxalement un facteur d’exclusion.

Tolérance et progrès : critères pour un discernement maçonnique

Face à ces potentialités et à ces dangers, la Maçonnerie ne peut ni se précipiter, ni se crisper. La tentation existe, d’un côté, de rejeter en bloc ces outils au nom de la tradition ; de l’autre, de les adopter sans distance au nom du progrès.

Pourtant, les deux valeurs invoquées – tolérance et progrès – invitent plutôt à un discernement actif.

Tolérance

La tolérance maçonnique n’est pas indifférence ; elle est accueil de l’altérité dans un cadre structuré. Appliquée au métavers, elle pourrait conduire à :

  • favoriser des loges virtuelles ou des ateliers d’étude inter-obédientiels, dédiés au dialogue entre différentes familles maçonniques,
  • ouvrir certains espaces virtuels à des profanes en recherche, pour des conférences, des expositions, des débats publics,
  • accueillir la diversité des sensibilités numériques, en laissant une place pleine et entière à ceux qui souhaitent rester attachés à la seule loge physique.

Mais la tolérance impose aussi la protection des plus vulnérables :

  • prévention du harcèlement dans les espaces virtuels,
  • refus des comportements agressifs ou intrusifs facilités par l’anonymat des avatars,
  • mise en place de règles claires, de modération, de procédures de signalement.

Une fraternité numérique digne de ce nom ne peut accepter que l’espace virtuel devienne un terrain de jeu pour les egos débridés.

Progrès
Le progrès maçonnique n’est pas la simple accumulation de nouveautés techniques ; il est amélioration de l’humain, élévation de la conscience, approfondissement de la liberté intérieure.

Le métavers n’est acceptable maçonniquement que si :

  • il reste un moyen au service de cette élévation,
  • il ne supplante jamais l’expérience initiatique incarnée,
  • il ne réduit pas les Frères et les Sœurs à des profils, des données, des flux.

L’analogie avec la maîtrise de l’énergie atomique est éclairante : la même découverte peut engendrer lumière et destruction. De même, un métavers maçonnique peut devenir :

  • un laboratoire de fraternité, d’étude, de création symbolique,
    ou
  • une machine à distraire, à diviser, à marchandiser le sacré.

Le critère sera toujours de savoir si l’outil numérique accroît la liberté intérieure, la lucidité, la capacité de service, ou s’il les diminue.

Pour une navigation maçonnique dans le métavers

La Franc-maçonnerie se trouve, avec le métavers, devant un carrefour.

D’un côté, des possibilités enthousiasmantes :

  • accessibilité accrue pour les personnes éloignées ou empêchées,
  • fraternité mondiale concrète et non plus seulement déclarative,
  • pédagogie initiatique renouvelée par l’immersion,
  • philanthropie rendue plus efficace et transparente,
  • valorisation du patrimoine par des musées virtuels.

De l’autre, des risques structurants :

  • fragilisation du secret et de la discrétion,
  • réduction de l’initiation à une expérience de divertissement,
  • atteintes à la santé mentale et physique,
  • fracture numérique,
  • possible marchandisation de symboles et de rituels.

Pour ne pas se laisser déborder, la Maçonnerie pourrait :

  • affirmer clairement la primauté de la loge physique pour les rites initiatiques proprement dits,
  • réserver les espaces virtuels à des travaux d’étude, de formation, de conférences, de réunions inter-obédientielles ou de coordination caritative,
  • élaborer une véritable « charte éthique numérique » maçonnique, fixant les conditions d’usage de ces outils,
  • former les Officiers à la culture numérique, afin qu’ils puissent encadrer et guider ces expériences,
  • veiller à ce que les innovations soient toujours évaluées à l’aune de la dignité de la personne humaine, de la liberté de conscience et de la fraternité vécue.

Le métavers ne doit pas devenir un nouveau Temple, mais un chantier. Un chantier où les outils symboliques – équerre, compas, maillet et ciseau – servent à tailler la pierre brute de nos usages numériques, afin que ceux-ci ne s’érigent pas en idoles, mais restent instruments au service du perfectionnement humain.

Dans cette perspective, des obédiences ou des loges pionnières expérimentent déjà des projets : expositions virtuelles, visites guidées numériques, collections artistiques maçonniques sécurisées par blockchain, espaces d’échanges internationaux. Il est essentiel que ces expériences fassent l’objet de retours, d’analyses, de débats internes, afin de nourrir un discernement collectif.

Si cette réflexion trouve un écho dans des publications comme 450.fm, elle pourrait s’ouvrir à des témoignages de Frères et de Sœurs ayant participé à des tenues en ligne, à des travaux d’étude dans des environnements immersifs, ou à des actions caritatives numériques. Le métavers ne sera alors ni condamné, ni idolâtré, mais abordé comme ce qu’il est : un nouveau territoire, à explorer avec prudence, lucidité et espérance, par des femmes et des hommes qui n’oublient pas que, derrière les écrans et les avatars, demeure toujours l’essentiel – la rencontre d’une conscience avec elle-même, avec les autres, avec le mystère qui la dépasse.

Le fil à plomb républicain nommé laïcité…

Nous pouvons lire Laïcité, point ! – Avant-propos inédit comme un texte bref en volume, mais volontairement ample en intensité, un essai qui choisit la densité de l’aphorisme civique et la netteté de la ligne doctrinale. Marlène Schiappa et Jérémie Peltier écrivent à deux voix sans brouiller la direction du propos. Nous sentons une plume politique et une plume d’analyse qui avancent côte à côte, avec ce désir commun de soustraire la laïcité à l’inertie des slogans et à la fatigue des controverses répétitives. Leur ambition se lit dans un geste simple, presque martial, rendre à ce mot usé par trop d’usages une puissance d’architecture intérieure, une fonction de charpente, une exigence de cohérence.

Le livre affirme une idée qui traverse chaque page comme une ligne de force

La laïcité n’est pas une option décorative de la République française. Elle n’est pas un confort moral réservé aux temps paisibles. Elle est une discipline de l’universel, une mécanique de justice, un art politique de la coexistence qui refuse les féodalités de croyances lorsque celles-ci prétendent régenter la loi commune. Marlène Schiappa et Jérémie Peltier insistent sur une République française conçue comme unité de droit et de destin civique. L’image du morcellement communautaire est repoussée au profit d’une conception plus verticale de l’appartenance républicaine. Ce refus de la fragmentation n’est pas un caprice lexical. Il engage une vision du peuple comme sujet politique indivisible. Nous reconnaissons ici une vieille querelle française, héritière de la Révolution française et de la loi de 1905, mais durcie par les tensions contemporaines où certains voudraient réinstaller des territoires d’exception morale au milieu même de la cité.

Cette insistance sur l’unité n’a rien d’une abstraction froide

Marlène Schiappa et Jérémie Peltier la relient à la liberté de conscience, non comme privilège privé, mais comme droit public garanti par un État qui ne choisit pas les âmes et ne classe pas les convictions. Leur laïcité est d’abord un pacte d’émancipation. Elle libère la croyance de l’emprise politique et elle libère la politique de l’emprise croyante. Un double mouvement, presque alchimique, où la séparation devient un acte d’équilibre, non une hostilité. La laïcité protège le croire et le ne pas croire par un même geste juridique et symbolique. Elle offre à chacun une place de citoyen avant toute appartenance d’origine, de foi ou de culture.

La dimension initiatique de ce texte, si nous acceptons de l’entendre dans une écoute maçonnique, apparaît dans cette pédagogie de la limite. La laïcité trace une frontière qui n’humilie pas. Elle donne une règle qui rend possible la fraternité sans la confondre avec la fusion. Dans cette perspective, le livre rappelle que la République française n’est pas une religion de substitution. Elle est un ordre de droit qui permet aux religions d’exister sans devenir des souverainetés concurrentes. Cette distinction peut sembler évidente. Elle ne l’est pas dans une époque où la confusion entre conviction intime et injonction collective devient une tentation régulière, parfois stratégique, parfois sincère. Marlène Schiappa et Jérémie Peltier défendent une laïcité qui ne craint pas d’être nommée comme combat politique, parce que la neutralité de l’État n’est pas un état naturel du monde social, mais une conquête fragile.

Nous trouvons aussi une veine féministe clairement assumée. Marlène Schiappa et Jérémie Peltier posent la laïcité comme condition concrète de l’égalité entre les femmes et les hommes. Ici, la théorie se colle au réel. La laïcité n’est plus seulement un principe d’organisation institutionnelle. Elle devient une garantie de corps, de destins, de liberté d’existence. Le propos se durcit lorsque les auteurs s’attaquent aux logiques de domination qui se camouflent derrière l’argument religieux et qui visent en priorité l’autonomie féminine. Cette manière de lier la laïcité à l’émancipation des femmes inscrit le livre dans une tradition républicaine de vigilance. Nous entendons une voix qui refuse de réduire l’égalité à une déclaration abstraite lorsque la pression sociale, communautaire ou dogmatique continue de dicter des normes de vie.

Ce qui frappe dans cet essai, c’est le refus d’une laïcité molle ou de pure intention

Marlène Schiappa et Jérémie Peltier préfèrent une laïcité gouvernante, structurante, présente dans l’école, dans les services publics, dans la culture civique du quotidien. Nous pouvons discuter le ton et parfois la rapidité du trait, mais la logique d’ensemble demeure cohérente. Les auteurs veulent réinstaller la laïcité dans une dimension d’État et de cité. Ils rappellent que la neutralité du service public n’est pas un détail administratif, mais une promesse faite à chaque citoyen de recevoir un même traitement, sans filtrage confessionnel, sans hiérarchie implicite d’appartenances. Cette égalité de guichet et d’institution est une égalité de dignité.

La texture du texte joue sur l’efficacité, parfois au détriment de la nuance historique. Pourtant, ce choix stylistique peut servir la visée politique. Nous avons affaire à un ouvrage de mobilisation intellectuelle. Il ne cherche pas l’archive exhaustive. Il cherche la clarté d’une orientation. Dans une lecture maçonnique, cette clarté évoque un outil de chantier. Ce n’est pas la fresque finale. C’est l’instrument qui rectifie l’angle. Un rappel au fil à plomb de la République française lorsqu’elle menace de s’incliner sous les pressions d’identités concurrentes. L’essai ne prétend pas résoudre toutes les tensions. Il propose une posture de discernement et de fermeté.

Portrait-de-Victor-Hugo-par-Nadar-vers-1884

La présence de Victor Hugo dans l’horizon du livre n’a rien d’ornemental. Elle signale une filiation rhétorique et morale. Nous retrouvons cette confiance hugolienne dans la capacité d’un principe républicain à porter une anthropologie du progrès. Pour Marlène Schiappa et Jérémie Peltier, la laïcité est une énergie. Elle n’est pas seulement un cadre. Elle est un mouvement qui empêche la République française de redevenir un théâtre de privilèges religieux ou culturels. Nous pouvons entendre ici une conception quasi initiatique du citoyen. Devenir citoyen ne consiste pas seulement à appartenir à un territoire. Devenir citoyen consiste à consentir à une loi commune qui dépasse les fidélités particulières sans les nier.

Blason GODF
Blason GLFF

Cette lecture s’éclaire encore si nous la mettons en relation avec le paysage maçonnique français. Il est frappant de constater que des obédiences majeures comme le Grand Orient de France, la plus ancienne et la plus importante obédience maçonnique d’Europe continentale, né en 1728 sous le nom de Première Grande Loge de France et ayant pris sa forme et son nom actuels en 1773, aujourd’hui fort de plus de 56 000 membres réunis dans plus de 1400 Loges, ainsi que la Grande Loge Féminine de France, inscrivent dans leurs textes constitutifs la devise républicaine Liberté, Égalité, Fraternité. Nous pouvons y voir une chambre d’écho institutionnelle naturelle de la laïcité, une manière d’assumer que l’idéal maçonnique, dans sa déclinaison française, dialogue intimement avec la matrice civique de la République française.

Blason GLNF

À l’inverse, la Grande Loge Nationale Française, qui se réclame d’une « régularité » adossée à la Grande Loge Unie d’Angleterre, ne reprendrait pas cette devise dans ses constitutions et règlements généraux. Cette différence n’est pas un simple détail de sémantique obédientielle. Elle dessine des styles de relation au politique et à l’héritage républicain. Elle rappelle que la laïcité, même lorsqu’elle est largement partagée comme climat commun, n’est pas vécue de manière uniforme dans les familles maçonniques.

La force d’un livre aussi bref est de nous obliger à questionner notre propre grammaire intérieure de la République française. Marlène Schiappa et Jérémie Peltier invitent à refuser la tentation de l’arrangement permanent, cette pente douce qui transforme la laïcité en variable d’ajustement au nom de la paix sociale. Ils affirment au contraire que la paix sociale durable exige une règle claire, parce que seule une règle claire protège réellement les plus vulnérables contre le retour des puissances normatives. Ce point rejoint une intuition initiatique essentielle. La liberté ne survit pas sans cadre. La fraternité ne survit pas sans loi commune. L’égalité ne survit pas sans neutralité effective.

Pour situer ces voix, une brève mise en perspective s’impose

Marlène_Schiappa,_2017 – Wikimedia Commons

Marlène Schiappa est une figure politique française associée à des combats pour l’égalité entre les femmes et les hommes et à une défense publique de la laïcité dans un contexte de tensions autour du séparatisme et du fait religieux. Ses essais et prises de parole ont souvent cherché à relier la justice sociale, la lutte contre les violences et la protection du cadre républicain. Jérémie Peltier, intellectuel et analyste des politiques publiques, a travaillé sur la laïcité, la radicalisation et les dynamiques de citoyenneté au sein de la Fondation Jean-Jaurès (codirecteur général), apportant une approche plus structurelle, attentive aux fractures contemporaines et à la nécessité d’outils politiques lisibles. Leur bibliographie respective, faite d’essais et de travaux engagés, explique la nature de cet ouvrage. Nous reconnaissons chez Marlène Schiappa une veine militante nourrie par la question de l’émancipation et chez Jérémie Peltier une volonté d’analyse pragmatique des défis républicains. Leur rencontre produit un texte qui assume le tranchant de la formule et l’urgence de la clarification.

Jérémie Peltier

Ainsi, Laïcité, point ! – Avant-propos inédit peut être lu comme une petite pierre vive dans l’édifice républicain. Sa taille modeste ne diminue pas sa charge symbolique. Nous y sentons un appel à la droiture civique, à la vigilance sur le langage, à la fermeté sans crispation. Le livre ne prétend pas pacifier toutes les oppositions. Il choisit d’affirmer une direction et de rappeler un principe de construction collective. Dans une époque où les mots chancellent, Marlène Schiappa et Jérémie Peltier veulent rendre au mot laïcité une netteté d’outil et une gravité de serment. Cette volonté, que nous partagions ou non chaque accent, mérite d’être entendue comme un acte de responsabilité intellectuelle au cœur de la République française et, pour nous qui lisons aussi avec les lunettes du symbole, comme une invitation à faire de la liberté de conscience non une bannière d’occasion, mais une exigence quotidienne de justesse.

Laïcité, point ! – Avant-propos inédit

Marlène Schiappa – Jérémie Peltier

Éditions de l’Aube, coll. Mikrós, 2021, 72 p., 6,90 €

L’éditeur, le site

La laïcité garde la République droite et nous garde libres, ensemble, afin que vive la concorde universelle

Une « loge maçonnique » pour « vétérans du SVO » a été créée à Rostov-sur-le-Don. Son fondateur a des liens avec les services de renseignement russes

De notre confrère russe theins.ru

La Grande Loge de Russie a annoncé la création d’une loge maçonnique militaire, qui opérera à Donetsk, dans l’oblast de Rostov. Selon les révélations de The Insider, l’initiateur de cette organisation est un habitant de Donetsk, en Ukraine occupée, qui a soutenu l’invasion russe et combattu aux côtés des Russes en 2014.

« Première installation dans l’histoire de la franc-maçonnerie russe moderne par le Vénérable Maître de la Loge Militaire Éveillée Valor n° 20 dans l’est de Donetsk, oblast de Rostov », un message est apparu sur la page VKontakte de la Grande Loge de Russie le 17 novembre. Selon le message, la nouvelle organisation a rejoint la loge provinciale « Sud ».

Des photos de l’événement qui s’est tenu à Stavropol le 15 novembre montrent le président de la Grande Loge de Russie, le stratège politique Andreï Bogdanov. À ses côtés se trouve un homme nommé Anatoly Gelyukh.

Page instagram de la Grande Loge de Russie
  • Anatoly Gelyukh (à gauche) et Andrey BogdanovPage VKontakte de la Grande Loge de Russie
  • Anatoly Gelyukh (à gauche) et Andrey BogdanovLa page Instagram de la Grande Loge de Russie

Une source proche du dossier a confié à The Insider que Gelyukh était à l’origine de la « loge militaire » et que le plan consistait à recruter des « frères » parmi les militaires revenant de la guerre en Ukraine :

Gelyukh participait à des opérations militaires dans l’est de l’Ukraine depuis 2014. Il dirigeait sa propre unité, avec laquelle il menait des missions hautement spécialisées. Selon ses dires, il travaillait pour le FSB. Il y a environ six mois, il a été contraint à la retraite de manière inattendue.

Gelyukh nourrissait l’idée d’un pavillon militaire depuis six ou sept ans. L’occasion de la concrétiser s’était enfin présentée.

On a proposé à Bogdanov d’ouvrir une loge à Donetsk, en Ukraine, mais il a catégoriquement refusé. La principale valeur de la franc-maçonnerie réside dans ses liens internationaux. Une loge doit être reconnue par les loges des autres pays. Bogdanov craignait, à juste titre, que l’ouverture d’une loge dans les territoires occupés ne fasse perdre à toute son organisation sa reconnaissance internationale et la rende tout simplement inutile.

Récemment, Bogdanov a adopté une position résolument pro-gouvernementale et a également commencé à ouvrir activement de nouvelles loges. Je pense que le choix de Donetsk, dans la région de Rostov, pour la création d’une « loge militaire » n’est pas un hasard. Beaucoup ignorent qu’il existe deux Donetsk : l’une en Russie, l’autre en Ukraine. Quand on entend le nom de Donetsk, on pense immédiatement à la ville occupée. Et il est fort probable que les soi-disant « activités », c’est-à-dire les réunions maçonniques, s’y déroulent également. Mais à toute question de la communauté internationale, on répondra qu’il s’agit de Donetsk en Russie. Initialement, la loge devait ouvrir ses portes à Shakhty, également dans la région de Rostov.

Page instagram de la Grande Loge de Russie

Plusieurs autres éléments indiquent que la « loge militaire » concentrera ses activités principalement sur Donetsk, en Ukraine, plutôt que sur la région de Rostov. Premièrement, selon une source de The Insider, la famille Gelyukh réside toujours à Donetsk, ville occupée. Deuxièmement, en septembre, Gelyukh a publié sur sa chaîne Telegram une photo, apparemment prise en territoire ukrainien (à en juger par le texte en ukrainien sur le panneau d’affichage), accompagnée de la légende suivante : « La première loge maçonnique militaire de l’histoire de la Russie moderne apportera le bien et la lumière à ce qui était récemment le royaume des ténèbres fascistes. »

Une source de The Insider a confirmé que la chaîne Telegram « Da Vinci’s Cat » est gérée par Gelyukh lui-même.

Comme l’a découvert The Insider, Anatoly Gelyukh a obtenu la nationalité russe en 2018. Ses informations personnelles sont classifiées, ce qui indique des liens avec les services de renseignement russes.

Cellule de combat

Selon la source de The Insider, il y a environ six mois, Bogdanov a déclaré avoir eu l’idée de créer une « escouade maçonnique de combat » :

« Il rencontre des difficultés au sein de la franc-maçonnerie en Russie. Il a besoin de combattants pour le protéger si quelqu’un tente de lui ravir le pouvoir. Andreï souhaite créer une cellule militante. Parallèlement, je pense qu’Anatoly poursuit ses propres objectifs. Autrement dit, chacun d’eux a ses propres projets pour cette structure et espère, à terme, en prendre le contrôle total. Mais ce n’est pour l’instant qu’une supposition. »

Andrei Bogdanov lui-même a déclaré, lors d’une conversation avec The Insider, qu’il souhaitait depuis longtemps perpétuer les traditions des « loges militaires russes des XVIIIe et XIXe siècles » :

« J’ai participé à de nombreuses réunions de loges militaires en Angleterre, aux États-Unis, en Australie, au Chili, au Japon et ailleurs. Les Argentins (une loge militaire sous la juridiction de la Grande Loge d’Argentine) nous invitent régulièrement, nous, la Grande Loge de Russie, à leur réunion annuelle des loges militaires, qui se tient dans leur temple. Nous avons toujours décliné l’invitation, car nous n’avons pas de loge de ce type. »

L’idée a germé en 2016, mais ce n’est que maintenant que dix frères d’armes en sont devenus les fondateurs. Les objectifs sont les mêmes que ceux des autres Loges : faire de l’homme bon un homme encore meilleur ! Je suis convaincu que la Loge s’imprégnera des traditions des Loges régimentaires des XVIIIe et XIXe siècles, auxquelles ont appartenu le généralissime Alexandre Souvorov, les maréchaux Mikhaïl Koutouzov et Nikolaï Repnine, ainsi que les amiraux Samuel Greig et Nikolaï Mordvinov.

Interrogé sur la possibilité que des « vétérans du SVO » rejoignent la loge de Donetsk, Bogdanov a répondu de manière évasive, sans toutefois le nier :

« Pourquoi ne pas demander qui sont les membres des loges militaires américaines ? Partez du principe qu’ils sont composés de ceux qui ont combattu en Yougoslavie, en Irak et en Afghanistan. Tous les militaires sont fidèles à leur serment envers leur nation, et c’est bien normal ! »

Bogdanov a expliqué que le choix de l’emplacement du nouveau pavillon était dû à la demande des « frères » :

« Les frères pétitionnaires ont mentionné cette ville dans leur requête ; il semble qu’il soit plus pratique pour la plupart d’entre eux de s’y réunir. C’est la troisième loge de la région de Rostov. Il y a aussi Acacia à Shakhty et Concordia à Rostov-sur-le-Don. »

Nous ne pouvons ouvrir de loges, et nous le faisons, que sur les territoires reconnus par l’ONU comme appartenant à la Russie. Autrement, nous perdrions la reconnaissance de toutes les Grandes Loges régulières !

Invités de marque

Selon la source de The Insider, outre Bogdanov et Gelyukh, plusieurs autres personnalités étaient présentes à la cérémonie d’ouverture de la « boîte militaire » :

« Pavel Stroganov, un officier du FSB, a participé. Son frère, Alexander Stroganov, travaille pour ANNA News 

[une agence de presse pro-Kremlin où Stroganov écrit principalement sur la guerre en Ukraine – The Insider] . Yevgeny Kosmatykh est un franc-maçon à l’allure étrange, lié au monde politique 

[Kosmatykh est le président de la commission électorale du district de Sokol à Moscou ; ses activités et ses biens au Monténégro 

Annonce officielle de la création de la Fédération Maçonnique Internationale des Grades Supérieurs (F∴M∴I∴G∴S∴)

I. Un événement fondateur pour les Degrés Ultimes du monde entier

Le 29 novembre 2025, dans le recueillement solennel du Temple maçonnique de Brignoles, s’est tenu, devant près de 100 Frères et Sœurs, le premier Convent de la Fédération Maçonnique Internationale des Grades Supérieurs (F∴M∴I∴G∴S∴).

Cette instance historique marque la concrétisation d’un projet mûri depuis de nombreuses années par plusieurs juridictions de Grades Supérieurs. Pour la première fois, quatorze structures maçonniques Ultimes ou Supérieures féminines, masculines et ou mixtes, représentant divers Rites et Régimes, ont répondu à l’appel et ont unanimement :

  • Adhéré à la Charte fédérative,
  • Signé la Convention d’adhésion,
  • Reconnu la F∴M∴I∴G∴S∴ comme espace commun de coordination, d’étude et de rayonnement des Hauts-Grades maçonniques.

La Fédération avait été légalement enregistrée le 17 février 2025, sous le n° W832022585, au sein de l’Association « Fédération Philosophique ».

II. Une vocation : unir sans uniformiser, rassembler sans confondre

La création de la F∴M∴I∴G∴S∴ répond à une double nécessité : préserver la Tradition et favoriser l’unité des Grades Supérieurs dans un paysage maçonnique international marqué par :

  • La multiplication des juridictions ;
  • La perte de profondeur initiatique ;
  • Les crises de légitimité ou de reconnaissance ;
  • Le manque d’un cadre éthique commun ;
  • La difficulté d’établir un langage partagé entre les Rites.

Les juridictions fondatrices ont ainsi voulu :

  • Restaurer un dialogue international constant ;
  • Préserver la pureté doctrinale et rituelle ;
  • Sécuriser la transmission initiatique ;
  • Offrir un espace neutre de reconnaissance mutuelle ;
  • Animer une réflexion philosophique et symbolique de haut niveau.

La Fédération n’intervient ni dans la souveraineté, ni dans la gouvernance interne de ses membres, ni dans les sujets sociétaux, politiques et religieux. Elle est un pont, un carrefour, un lieu de concorde et d’élévation.

III. Principes fondateurs de la Fédération

1. Une structure au service des Grades Supérieurs

La F∴M∴I∴G∴S∴ regroupe les Juridictions, Rites et Régimes maçonniques œuvrant :

  • dans le cadre d’une Tradition initiatique authentique,
  • pour le perfectionnement intellectuel, moral et spirituel,
  • dans l’esprit universel de la Franc-Maçonnerie symbolique.

2. Ses missions principales

La Charte définit les axes majeurs de son action :

  • Fédérer la progression initiatique au-delà du 3ᵉ degré ;
  • Accompagner ou administrer les Ateliers rattachés ;
  • Diffuser les enseignements par ouvrages, supports numériques et publications ;
  • Organiser colloques, congrès, séminaires, conférences ;
  • Préserver la conformité rituelle et doctrinale des travaux.

3. Une gouvernance représentative

La Fédération se structure autour de :

  • un Conseil d’Administration,
  • un Bureau des Juridictions,
  • un Directoire des Rites,
  • un Grand Chancelier – Garde des Sceaux,
  • un Grand Trésorier,
  • un Secrétaire administratif,
  • et un collège permanent des Présidents de juridictions membres.

Cette architecture garantit collégialité, transparence et équilibre.

IV. Dispositions pratiques : cotisations, passeports et entraide inter-juridictions

Afin de soutenir son fonctionnement et les actions nationales et internationales entreprises, la F∴M∴I∴G∴S∴ prévoit que :

1. L’adhésion est assortie d’une cotisation proportionnelle

Chaque juridiction contribue selon une cotisation calculée en fonction du nombre de ses membres. Ce principe assure une participation juste, équilibrée et adaptée aux réalités de chacun.

2. Un passeport maçonnique nominatif est remis à chaque juridiction

Chaque juridiction adhérente reçoit de la Fédération l’ensemble des passeports nominatifs officiels permettant :

  • aux membres de visiter toutes les structures ultimes / supérieures affiliées,
  • d’être reçus avec la certitude d’une reconnaissance mutuelle authentique,
  • d’incarner la dimension initiatique de l’Art Royal.

Ce passeport constitue un garant de régularité, un symbole d’unité, et un outil de mobilité initiatique.

3. Entraide et soutien lors des travaux et élévations

Les juridictions membres s’engagent à :

  • participer aux travaux des autres juridictions (newsletters, revues, planches, articles de fond, livres, etc) lorsqu’elles y sont invitées,
  • apporter leur soutien au cours des cérémonies d’élévation,
  • renforcer ainsi la solidarité initiatique entre Rites et Régimes,
  • assurer la qualité et la profondeur des transmissions rituelles.

Ce principe fondateur fait de la Fédération un véritable ordre de coopération initiatique entre juridictions souveraines.

V. Un appel aux juridictions de degrés ultimes : rejoignez-nous !

La F∴M∴I∴G∴S∴ est désormais ouverte à l’adhésion de toutes les structures pratiquant des degrés ultimes ou supérieurs, dans le respect des critères suivants :

  • Antériorité ou légitimité initiatique ;
  • Transmission rituelle conforme à la Tradition ;
  • Organisation structurée et régulière ;
  • Engagement à respecter la Charte et la Convention.

Les juridictions qui désirent :

  • participer à un espace international d’excellence,
  • renforcer la lisibilité et le rayonnement de leurs travaux,
  • mutualiser leurs recherches symboliques et historiques,
  • garantir l’avenir de leur héritage initiatique,

sont invitées à prendre contact avec la F∴M∴I∴G∴S∴.

V. Un acte pour l’histoire maçonnique

En consacrant cette Fédération, les juridictions fondatrices affirment une conviction profonde :

  • Les Hauts-Grades sont des chemins de sagesse et de transformation. Leur unité, même symbolique, est essentielle à l’avenir de la Maçonnerie universelle.

La F∴M∴I∴G∴S∴ n’est ni une superstructure, ni un nouvel Ordre. Elle est l’expression contemporaine d’un idéal ancien : l’Art Royal qui relie, élève et transfigure.

VI. Contact – Adhésions – Informations

FÉDÉRATION MAÇONNIQUE INTERNATIONALE DES GRADES SUPÉRIEURS – F∴M∴I∴G∴S∴

Siège : 247, route de Cabasson – 83230 Bormes-les-Mimosas – France

📩 Contact : contact@fmigs.info

Conclusion

Avec la création de la FMIGS, une nouvelle page s’ouvre pour les Degrés Supérieurs au XXI siècle : celle dune fraternité retrouvée, d’une harmonie entre les traditions, et d’une ambition universelle au service de l’élévation humaine et spirituelle.

2024-2026 : les salons maçonniques, passés, présents… et avenir ?

De Nantes à Rodez, de Limoges à Toulouse, en passant par Bordeaux ou Lyon, les salons maçonniques se multiplient, se transforment, se concurrencent parfois… pendant que Paris regarde encore ses cartons d’archives et cherche la clé du prochain grand rendez-vous national. Entre événements déjà passés, éditions en préparation et projets encore chuchotés à voix basse – prix littéraires, BD, laïcité, spiritualité et cafés gourmands compris – 450.fm te propose un tour d’horizon de cet étrange bestiaire culturel où les Frères et Sœurs finissent toujours, tôt ou tard, par se retrouver… autour d’un stand de livres.

Et pourtant, depuis les années 2000, que de chemin parcouru !

Depuis la fin du Salon maçonnique du livre de Paris (IMF, 2019), la carte des salons s’est organisée en constellations régionales : Nord, Loire, Sud-Ouest, Méditerranée, Rhin, Belgique et même Québec… Dégageons dégager, en quelques repères, les rendez-vous passés, présents et à venir.

Les grands salons déjà installés (2024-2025)

  • Toulouse – Salon de l’ITEM (Centre des congrès Pierre-Baudis) : aujourd’hui le plus grand salon maçonnique de France, ~2 000 visiteurs, forte proportion de profanes, forum des Grands Maîtres, annonce d’un « Prix Goethe » à partir de 2026.
  • Masonica Lille (Ronchin) : carrefour Nord France / Belgique, ~1 500 visiteurs, quasi toutes les obédiences ; en 2025, structuration de prix littéraires, avec Yonnel Ghernaouti président du jury pour la Première Œuvre maçonnique.
  • Masonica Tours (MAME) : biennale ligérienne en 2024, 800–1 000 visiteurs, remarquable village des obédiences, librairie Savoir-Être, grands auteurs (Roger Dachez, Michel Maffesoli, etc.), prochaine édition les 6-7 juin 2026.
  • Nantes / Carquefou – Salon du CERAL 44 : 4ᵉ édition en 2024, temple interobédientiel, fort ancrage laïcité / symbolisme, librairie Savoir-Être, organisé par le CERAL 44.
  • Bordeaux – 6ᵉ Biennale culturelle maçonnique (Pessac, octobre 2025) : thème « Vivre ensemble : de l’utopie à la réalité », 9 conférences, 2 tables rondes, exposition, librairie Mollat, panel très large d’obédiences, près de 1200 visiteurs.
  • • Lyon / Villeurbanne – Rencontres culturelles maçonniques : sous l’égide de leur président Bernard Fieux, ces Rencontres sont devenues, en une seule journée, un véritable laboratoire symbolique et sociétal : format ramassé mais dense, organisation impeccable, salles pleines, et cette impression, au soir, d’avoir vraiment donné souffle et chair à la vie maçonnique lyonnaise.
  • • Épinal – Imaginales maçonniques et ésotériques : sans doute la plus belle manifestation maçonnique culturelle de tout le Grand Est, où se croisent franc-maçonnerie, ésotérisme et mondes de l’imaginaire, portée par une programmation exigeante et le Prix Cadet Roussel, qui consacre chaque année un ouvrage à la fois audacieux, profond et accessible.
  • • Bruxelles – Masonica Bruxelles : longtemps resté un rendez-vous un peu végétatif lors de ses trois premières éditions sous la responsabilité de Jiri Pragman, le salon a changé de dimension depuis sa relance en 2024 dans le magnifique Temple Henri La Fontaine, sous la houlette directe du Grand Orient de Belgique (GOB). Avec le GOB véritablement à la manœuvre, Masonica Bruxelles est devenu un vrai succès : une grande librairie centrale y présente une impressionnante palette d’ouvrages, de très nombreux auteurs dédicacent toute la journée, et Frères comme Sœurs de Wallonie… mais aussi du Nord de la France, y viennent désormais bien volontiers comme à l’un de leurs rendez-vous culturels incontournables.
  • • Salon du Livre & de la Culture maçonnique GLDF (Paris, rue Louis Puteaux) : en 2025, ce format « maison » s’était affirmé avec un beau programme solide et résolument maçonnique, porté par des conférences de fond et un prix littéraire intéressant. Il avait notamment mis en valeur les éditeurs proches de la Grande Loge de France, comme Le compas dans l’œil, ainsi que la librairie Detrad, voisine du 3 rue Louis Puteaux, société commerciale qui, depuis 1980, fabrique décors et bijoux maçonniques et édite de nombreux ouvrages de référence.
  • Québec, Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, Rencontres Initiatiques – Spiritualité en FM : formats plus ciblés, très portés par le bénévolat, mais essentiels pour l’extériorisation hors grandes métropoles.
  • Rodez – Salon maçonnique Nord-Occitanie
    8 novembre 2025, aux Archives départementales de l’Aveyron : premier salon interobédientiel ruthénois, plus de 500 visiteurs autour des stands de libraires, d’auteurs et d’objets symboliques. Conférences de Jacques Anglade (« Trois siècles de Franc-Maçonnerie en Aveyron ») et dialogue Sylvain Zeghni / Yonnel Ghernaouti sur « Les valeurs du sport et de la Franc-Maçonnerie ». L’événement installe Rodez « capitale d’un jour de la franc-maçonnerie en Nord-Occitanie », avec une projection déjà annoncée vers une nouvelle édition en 2027.
  • Masonica Nice 2025 (Parc Phénix, 25-26 octobre 2025) : future grande scène méditerranéenne, interobédientielle, avec mise en place de prix littéraires (Prix Lumière, prix de Transmission, prix Symbole) dont Yonnel Ghernaouti assure l’architecture et la présidence du jury.
  • Strasbourg – 1ʳᵉ Journée du Livre maçonnique : GLDF/GLNF/GLFF/DH, une prétendue « journée d’initiation au livre maçonnique ouverte aux profanes ». En réalité, un temple GLNF en Alsace, espace restreint sur inscriptions obligatoires – un non-sens absolu pour un salon qui pue l’entre-soi élitiste. Quatre obédiences se sont congratulées, annonçant déjà une édition en 2026… Une « ouverture » qui ressemble plus à une porte entrebâillée pour initiés…

Quant aux projets de 2026, nous les laissons volontairement de côté pour l’instant.
Ils feront l’objet d’un autre article, en début d’année prochaine, lorsque nous vous présenterons nos vœux. Nous y reviendrons alors avec beaucoup de plaisir, en levant peut-être un coin du voile sur quelques nouveautés : prix littéraires, présidents de jury… et sur quelques salons à venir, histoire de montrer qu’en matière de culture maçonnique, l’encre est loin d’avoir fini de couler.

Reste alors la vraie question…

Sans doute, celle qui fâche un peu sous le vernis fraternel : quel avenir pour ces salons maçonniques qui, d’une ville à l’autre, recyclent les mêmes thématiques, réinventent les mêmes tables rondes, convoquent souvent les mêmes intervenants ? Certes, le public n’est pas le même à Toulouse, Rodez, Nantes ou Limoges. Mais à l’heure où l’information circule plus vite que la lumière de l’Orient, où vidéos, podcasts et réseaux sociaux saturent déjà nos écrans, il faut oser demander si le modèle « stands + conférences + dédicaces » peut encore suffire.

D’autant que nous le savons très bien, même si personne n’aime l’entendre : une partie des Frères et des Sœurs lisent peu, ou lisent mal, et nombreux sont ceux qui, hier, allaient déjà chercher leurs planches prêtes à l’emploi sur des sites plus ou moins sérieux.

120 ans de laïcité au GODF : François Hollande, la République en majesté au Temple Arthur Groussier

Blason GODF

Le 9 décembre 2025, jour anniversaire des 120 ans de la loi de séparation des Églises et de l’État, le Grand Orient de France a accueilli François Hollande pour une conférence intitulée « 120 ans de laïcité, 120 ans de liberté ». Dans le Grand Temple Arthur Groussier, rempli à ras bord, l’ancien président de la République a livré une parole à la fois historique, politique et civique, en résonance directe avec l’ADN d’une obédience dont l’engagement laïque demeure l’une des signatures majeures.

Pierre-Bertinotti,-Grand-Maître-accueillant-François-Hollande,-un-moment-fort

Il y a des dates qui ne sont pas de simples rendez-vous calendaires…

Elles sont des nœuds de mémoire, des points d’incandescence où la République se souvient d’elle-même. Le 9 décembre 2025, le Grand Orient de France a choisi d’être au cœur de ce battement d’histoire en accueillant François Hollande, député et ancien président de la République, pour une conférence au titre aussi clair qu’ample, « 120 ans de laïcité, 120 ans de liberté ». L’événement n’avait rien d’un hommage de circonstance. Il s’inscrivait, au contraire, dans une continuité qui fait du GODF l’un des ateliers les plus vigilants et les plus constants de la pensée laïque en France.

Au « 16 Cadet », et plus précisément dans le Grand Temple Arthur Groussier, la soirée a pris d’emblée un relief particulier. Ce temple n’est pas un décor. C’est un langage. C’est un espace où l’histoire républicaine et la méthode maçonnique s’articulent pour rappeler que les principes ne vivent que lorsqu’ils sont travaillés, discutés, transmis. Le public, venu nombreux, a renforcé ce sentiment qu’il ne s’agissait pas seulement d’écouter une voix connue, mais de participer à une séquence civique où l’obédience assumait pleinement sa vocation de vigie et d’éclaireur.

Le regard se porte alors naturellement vers les quatorze cartouches qui ornent ce grand espace.

François-Hollande,-une-parole-qui-compte

Ils forment une sorte de frise des valeurs et des savoirs, un panthéon discret des forces humaines mises au service de la cité. On y lit l’astronomie, la science, la culture, la beauté, la navigation, l’algèbre, l’architecture, mais aussi l’industrie, la force, l’agriculture, la sagesse, la musique, l’histoire, la peinture. Ce chapelet de mots agit comme une boussole. Il rappelle que la laïcité n’est pas une abstraction juridique suspendue au-dessus du monde. Elle est un principe qui protège le réel, un souffle qui permet à toutes ces formes de l’intelligence humaine de coexister sans qu’aucune ne s’arroge le droit de dominer les autres au nom d’un absolu exclusif.

François-Hollande,-une-parole qui conte… aussi !

Dans ce cadre, la parole de François Hollande semblait presque attendue par les murs eux-mêmes. Son propos, tel que tu le restitues, a eu la justesse des rappels essentiels. Revenir à 1905, rappeler la fonction pacificatrice de la loi, insister sur la liberté de conscience comme clef de voûte. C’est là une manière de refuser deux caricatures contemporaines. D’un côté, une laïcité instrumentalisée, réduite à une posture identitaire, brandie comme un outil de soupçon. De l’autre, une laïcité édulcorée qui deviendrait une simple tolérance molle et accepterait des régimes d’exception au nom des pressions du temps. Entre ces deux écueils, la ligne défendue rejoint ce que le GODF porte depuis longtemps. Une laïcité de clarté, d’équité, de droit commun.

Le-Grand Maître-Pierre-Bertinotti

Cette soirée a aussi rappelé combien le Grand Orient de France demeure une institution de transmission. Non seulement par ses travaux internes, mais par sa capacité à s’adresser au monde profane sans renoncer à sa profondeur. Les documents distribués en sont un signe concret et intelligent. Le livret « La laïcité en 10 questions », mis à jour en octobre 2025, joue le rôle d’un outil pédagogique prêt à l’emploi. Datation historique, définitions nettes, rappel des cadres juridiques, points d’application dans la vie publique, mises en garde contre les idées reçues. C’est une invitation à comprendre plutôt qu’à réagir. À fonder une opinion sur la connaissance. À préférer la rigueur à l’agitation.

La brochure « Une Obédience maçonnique au XXIe siècle : le Grand Orient de France en 7 points » complète ce dispositif. Elle dit au visiteur, avec simplicité, ce qu’est le GODF aujourd’hui. Une obédience historique, démocratique, qui assume sa tradition humaniste et son engagement républicain. Un lieu d’initiation où l’on vient travailler l’homme et le citoyen, sans dogme, sans sectarisme, avec le refus constant de confondre spiritualité de la conscience et emprise sur les consciences. Cette articulation entre une grande conférence et des supports de compréhension accessibles donne à la soirée une dimension supplémentaire. L’événement n’était pas seulement brillant. Il était utile.

Et il faut ici reconnaître la force du choix opéré par le GODF

Inviter François Hollande un 9 décembre, ce n’est pas uniquement convier un ancien chef de l’État. C’est rappeler que la laïcité appartient à la longue durée républicaine et qu’elle doit être défendue avec compétence, calme, et hauteur de vue. C’est refuser que ce principe soit détourné en slogan ou abandonné aux polémiques de surface. C’est le replacer au centre de sa vocation première. Protéger la liberté de croire, de ne pas croire, de douter, de chercher. Garantir l’égalité de tous devant la loi. Maintenir la fraternité comme horizon politique.

Dans le Grand Temple Arthur Groussier, les cartouches semblaient alors se répondre à la parole. Comme si la République des arts et des sciences, la République du travail et de l’intelligence, la République de l’histoire et de la beauté, trouvait ce soir-là un écho parfaitement accordé. Oui, on pourrait presque ajouter, avec un sourire complice, une vertu supplémentaire à cette frise. L’éloquence. Non comme une parure. Mais comme un art de dire le commun, de rendre intelligible ce qui nous tient ensemble, et de rappeler que la laïcité n’est jamais un réflexe de fermeture. Elle est une discipline de liberté.

« La Franc-maçonnerie instruisant les nations », allégorie peinte par le Frère Poisson, vers 1854

Ce 9 décembre 2025, le Grand Orient de France n’a pas seulement commémoré une loi. Il a réaffirmé une architecture de l’esprit, une colonne de liberté dressée au cœur de la cité. Dans un temple où l’astronomie, l’architecture, la sagesse et la beauté se répondent en silence, la parole de François Hollande a rappelé avec éclat que la laïcité n’est pas le vestige d’un passé glorieux, mais une force de présent, une exigence de paix civile, une promesse de fraternité active. Une soirée de mémoire, oui, mais surtout un acte de vigilance et une leçon d’avenir.

Merci Monsieur le Président !

Grand-Temple-Arthur-Groussier,-une-assistance-très-nombreuse-et-conquise-d’avance

L’étranger d’Albert Camus : de l’absurdité à la passion de l’indifférence

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« Quel est donc cet incalculable sentiment qui prive l’esprit du sommeil nécessaire à la vie ? Un monde qu’on peut expliquer même avec de mauvaises raisons est un monde familier. Mais, au contraire, dans un univers soudain privé d’illusions et de lumières, l’homme se sent un étranger. Cet exil est sans recours puisqu’il est privé des souvenirs d’une partie perdue ou de l’espoir d’une terre promise. Ce divorce entre l’homme de sa vie, l’acteur de son décor, c’est proprement le sentiment de l’absurdité ».

 Albert Camus (Le mythe de Sisyphe. 1942.)

Ce passage résume parfaitement la pensée camusienne : la vie se termine mal et tout projet s’inscrit dans l’absurdité puisque la finalité humaine est limitée par sa disparition. Faut-il inscrire ce destin dans une pensée religieuse où la mort serait une ouverture vers une éternité sous le sceau du divin dans les monothéismes ou une renaissance permanente dans les religions orientales avec la très rare issue d’être délivré par l’accès au Nirvâna ?

Camus, incroyant, fait appel à l’Antiquité : l’homme ne peut que transcender sa destinée en se référant au mythe de Sisyphe et accepter de rouler sa pierre vers le sommet, en sachant qu’il va échouer et en ne sachant pas pourquoi il est condamné par les dieux à une telle punition. Une seconde voie, de type stoïcien, s’ouvre également au sujet : s’abstraire du monde en y devenant étranger, tant sur le plan de l’action que de l’affect.

Le parcours de la vie devient, essentiellement pour la majorité des hommes, une quête pour lui trouver un sens dans la mesure où nous devenons conscients de repousser les limites de conscience de soi-même si cela exige une confrontation difficile avec nous-mêmes, ou bien de devenir étranger aux autres et à soi-même dans une ataraxie à la limite entre normal et pathologique (1). Le personnage que Camus met en scène dans son roman publié en 1942, Meursault (meurt sot ?!) va fasciner le monde de la psychologie et de la philosophie, d’autant que les assauts d’un monde violent ne font que croître et que la tentation de l’indifférence est constante.

Le cinéma lui-même va s’emparer du livre d’Albert Camus. François Ozon (Et il ose !) n’a pas froid aux yeux en reprenant le livre-phare d’Albert Camus après une première version cinématographique du même thème (2). Avec succès, en noir et blanc, il suit jusqu’au crime et au jugement ce personnage mutique, antithèse d’un Camus tourmenté et passionné décrivant, finalement, ce qu’il ne sera jamais, exposé aux coups du destin, avide de reconnaissance. Peut-on vivre dans l’indifférence en tant que Franc-Maçon ?

I- DU ROMANTISME A LA PSYCHOSE

Q La caractéristique première de l’indifférent est la solitude, ignorant des regards, à commencer par le sien, et voguant dans le vide, passif, flottant dans une existence sans goût ni couleurs. Il s’en arrange parce qu’il s’y range, couleur muraille, mais marchant au bord d’un précipice qu’il ne veut pas voir, mais qui le menace en permanence. L’indifférence est l’organisatrice qui s’ignore de rencontres, de relations qui visent à la neutralité, ni empathiques ni rejetantes.

Au contraire de l’amour qui ne voit que ce qu’il veut voir, l’indifférence ne veut rien voir. Si l’indifférence choisit, elle choisit de ne pas choisir ! Pourtant, elle peut-être un camouflage d’une haine profonde, haine de soi dans la mélancolie, haine de l’autre dans l’insensibilité à ses tourments. L’indifférence est une passion qui habite, dépasse et possède celui qui en est le prisonnier. Dans le meilleur des cas, le sujet aboutit à ce que Camus appelait dans l’Etranger « la tendre indifférence du monde ». Mais le « Petit Robert » la présente comme une légère apathie où ne s’éprouvent ni crainte ni désir.

L’absence de sentiments ou d’émotions, le détachement au monde aux autres et parfois à soi-même crée un silence assourdissant qui raisonne dans un désert psychique. La psychanalyste Martine Menès interroge l’indifférence comme « un barrage contre une mort annoncée-comme elle l’est toujours, de naissance-dans une angoisse asphyxiante ? Faire le mort pour tromper la mort ? Une fuite espérant assécher le désir dévorant porteur de tous les dangers ? » (3). Lalande, dans son « Vocabulaire de la philosophie » décrira l’indifférence comme un état mental qui ne contient ni plaisir, ni douleur, ni même un mélange de l’un et de l’autre, une sorte d’état « Au-delà du principe de plaisir » de Freud. Donc de l’attirance vers thanatos…

 L’affect passe par le corps et l’on voit parfois l’indifférence se prolonger dans une insensibilité corporelle : le sujet voit sans regarder, entendre sans écouter, manger sans déguster, vivre la sexualité comme des exercices lourds d’ennui. Dans toute l’histoire des idées, l’indifférence est mal vue : elle est souvent assimilée à la froideur affective. La Bible elle-même la condamne en rejetant les « tièdes » (Apocalypse I-VII 15,16) et en les vomissant.. La littérature s’y intéressera : par exemple Alberto Moravia dans son ouvrage « Les indifférents » (4), où le rapport à l’autre est toujours calculé, sans désir, dans un simulacre permanent. Marcel Proust produira lui-même un roman intitulé « L’indifférent » (5) où le personnage central est séduisant, « gentil mais insignifiant » en apparence, ce qui traduit le sentiment de ceux qui les rencontrent et qui y trouvent des personnages sans désir apparent, sans intention repérable, sans conflit, se satisfaisant d’une vie morne au regard des autres. Freud ne manquera pas d’y lire des traces de sa « pulsion de mort » dans ce penchant pour l’inanimé. Vivant ou mort c’est pareil, car l’indifférence est une déclinaison de l’absence à soi dans une sorte de mort anticipée où le slogan principal est la formule « ça m’est égal ». Meursault est étranger à la vie car il pense que l’existence est en quelque sorte inutile. Quelque chose se joue là d’une existence fantomale…

 Il convient de nuancer l’idée que l’indifférence est forcément un signe de psychose : l’indifférent ne veut rien savoir de ce qui le mène à cet endroit figé de sa vie. Il ne veut rien savoir non plus de l’autre qui n’est pas forcément rejeté, mais ignoré « dans une attitude d’aimable indifférence », comme le décrivait Freud à propos de « l’homme aux loups » (6). La disparition des proches se vit dans l’indifférence également ou même dans une sorte d’euphorie : Virginia Woolf fut prise d’un rire imprévue lors du décès de sa mère tant aimée et elle dira : « Je craignais de ne pas avoir assez de sentiments ». Pas assez ou trop ? Hannah Arendt parlera de la banalité du mal quand elle sera présente au procès d’Eichmann en avril 1961 (7) en mettant au premier plan, en philosophe, l’indifférence comme conséquence du crime.

Eichmann apparaît comme un homme trop normal et cette « normalité » est ce qu’il y a de plus effrayant : un individu banal peut commettre des horreurs sans avoir la capacité de se rendre compte de la gravité de ses actes. L’indifférence en matière politique consiste à n’être ni pour, ni contre, mais s’abstenir, donc devenir complice du pire par une incapacité de choisir entre faire et résister et mettre en avant des clichés idéologiques, toujours sans suite naturellement. Nous pourrions employer là, le concept de « As if », comme si, devenant tout entier dans l’imitation, le faux semblant. Les indifférents sont étrangers à leurs sentiments, pas plus que l’angoisse ne les atteint. Il s’agit de personnes « trop » normales, lisses, sans troubles ni symptômes, sans plaintes non plus, polis et sans chaleur.

La seule faille qui les font repérables est leur absence totale d’affects si ce n’est, parfois, d’adopter un modèle standart pour en adopter les mêmes intérêts. Mais ceux-ci sont immédiatement oubliés si le « sélectionné » vient à disparaître et sont remplacés par d’autres. Derrière les « as if » se révèle une inaffectivité de type psychotique, « cette inertie affective » comme l’appelait Antonin Artaud. Les indifférents sont étrangers à tout affect, étrangers à eux-mêmes, étrangers à demeure. Rien de ce qui satisfait l’autre n’est désiré car le désir flotte, loin de ses repères, dans la désorganisation. L’indifférence est le paradigme et son effet sur l’autre est totalement méconnu par celui qui l’agit. Loin des yeux, l’autre n’existe pas, ce qui l’amène indifférent à l’impression de n’être jamais à la bonne place.

Derrière la passivité un affect se devine cependant : l’angoisse qui insiste tellement sur l’idée de la mort. L’anesthésie affective est une manière d’endormir la mort. La mélancolie peut parfois intervenir puisque la douleur insiste et ne se laisse pas éteindre et, dès lors, « l’indifférence serait comme la convalescence illimitée de la mélancolie » (8). L’indifférence est souvent un rempart mortifère derrière lequel se meut le désir, tout en demeurant farouchement dans une solitude amoureuse : l’absence de lien libidinal avec un autre corps ne fait pas symptôme pour eux. Ils vivent une froideur désirante et sont indifférents au bien et au mal : la haine et l’amour peuvent facilement se métamorphoser en intérêt intellectuel, en désir du savoir…

 II- ET SI L’INDIFFERENCE POURRAIT-ÊTRE UNE POSITION ETHIQUE ?

 Cette attitude d’indifférence peut devenir parfois une attitude éthique spontanée, une orientation philosophique ou spirituelle. Elle se traduit par une indifférence mesurée, paisible, sans calcul, qui s’est construite sur l’inexistence constatée d’un Principe et sur le vide de l’objet. Cette « Liberté d’indifférence » étant déjà prônée par les stoïciens, qui éloigne de « L’esclavage des passions » et conduit à l’« apatheia », l’absence de passion. Le stoïcisme prône d’ailleurs une forme d’impassibilité, un détachement serein, une acceptation des événements, de tout ce qui ne dépend pas d’une volonté personnelle.

Epictète conseillait, au 3è siècle avant notre ère, d’accueillir ce qui nous arrive, bon ou mauvais, comme cela arrive, pas comme nous le souhaiterions. Epicure nommera cette position « plaisir statique », que Freud n’était pas sans renvoyer à la pulsion de mort. Pour les philosophes de l’Antiquité, c’était le pouvoir de dire oui au réel comme le dit Epictète, dans son Manuel : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements sur les choses ».

Le Franc-Maçon pourrait être un stoïcien bienveillant, non dépourvu d’émotions, mais détaché de toute demande qui serait hors de son idéal. Nul ne cherche à être un saint, il le devient ! Il conviendrait donc de devenir indifférent, sauf à l’altérité et à l’accueil de la différence, objets ultimes qui motivent, orientent, le désir du Maçon.

Cela passe nécessairement par un retour sur soi-même et la distance au « monde flottant », comme le traduit le poète chinois Po Chu-Yi (772-846) :« A l’aise à l’intérieur, sans la moindre pensée allègre, j’oublie où je suis, le coeur avec le vide confondu ». (9).

 Comment rester indifférent quand Albert Camus nous fait voyager de Bab El Oued aux montagnes chinoises en nous arrêtant pour une courte discussion avec les stoïciens !

 NOTES

 (1) Canguilhem Georges : Le normal et le pathologique. Paris PUF. 1972.
 (2) La version cinématographique de l’étranger sera faite par Luchino Visconti en 1967.
 (3) Menès Martine : La passion de l’indifférence. Paris. Ed. Nouvelles du Champ Lacanien.2022. (Page 9).
 (4) Moravia Alberto : Les indifférents. Paris. Ed. Flammarion. 1991.
 (5) Proust Marcel : L’indifférent. Paris. Ed. Gallimard. 1978.
 (6) : Freud Sigmund : Cinq psychanalyses. Paris PUF. 1979. (Page 328).
 (7) Arendt Hannah : Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal. Paris. Ed. Gallimard. 1991.
 (8) Menès Martine : idem (Page 30).
 (9) Ouvrage collectif : De l’art poétique de vivre en hiver/ le poêle et le poète. Paris. Ed. Moundarren. 2025. (Page 22).

 BIBLIOGRAPHIE

  • Alba- Albanel Véronique : Le Christ d’Albert Camus. Paris. Ed. Désclée de Brouwer. 2025.
  • Berg- Bergeret J. : La personnalité normale et pathologique. Paris. Ed. Dunod. 1974.
  • Berg
  • Bergeret J. :Abrégé de psychologie pathologie. Paris. Ed. Masson. 1974.
  • Piaget J. :La psychologie de l’intelligence. Paris. Ed. Dunod. 1967.
  • Sén – Sénèque : De la brièveté de la vie. Paris. Ed. Rivages poche. 1988.
  • Sénèque : De la tranquillité de l’âme. Paris. Ed. Rivages poche. 1988.

Laïcité attaquée, République en danger !

À l’heure des cent vingt ans de la loi de 1905, Que vive la laïcité ! rassemble une polyphonie de voix qui refusent la laïcité de vitrine et rappellent la laïcité de structure. Cette somme agile et combattive montre un principe vivant, une discipline de la liberté, une grammaire du commun qui protège la conscience sans céder aux pressions des dogmes ni aux manipulations politiques. Nous y lisons moins une commémoration qu’un acte de résistance civique.

Que vive la laïcité ! est une somme resserrée par le format numérique et pourtant vaste par la densité de ses voix, une constellation d’une cinquantaine de contributions rassemblées pour accompagner les cent vingt ans de la loi du 9 décembre 1905 et réaffirmer la laïcité comme principe vivant, discuté, contesté, défendu, parfois mal compris, toujours décisif pour l’équilibre républicain. L’ouvrage, publié par les Éditions de la Fondation Jean-Jaurès en décembre 2025, porte d’emblée une ambition de clarté et de pluralité, assumant le croisement des regards universitaires, pédagogiques, politiques et journalistiques, comme si la laïcité ne pouvait plus être pensée depuis un seul pupitre mais devait être reprise collectivement, dans la rumeur raisonnée du forum civique.

Nous reconnaissons très vite la main de Hadrien Brachet et la rigueur pédagogique de Iannis Roder qui coordonnent l’ensemble en veillant à ce que la laïcité ne soit pas seulement un héritage mais une méthode de discernement pour notre temps… mais aussi l’engagement politique de Laurence Rossignol et la vivacité argumentative de Milan Sen. Hadrien Brachet, journaliste et expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, apporte l’oreille du temps présent, la capacité à entendre le bruit des controverses et à en isoler les enjeux profonds. Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie et directeur de l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean-Jaurès, inscrit le principe dans l’épreuve scolaire et civique, là où se forge la liberté intérieure des citoyens de demain. Laurence Rossignol, ancienne ministre et sénatrice du Val-de-Marne, porte la dimension féministe et sociale d’une laïcité qui protège sans assigner. Milan Sen, collaborateur parlementaire et expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, assume une ligne de vigilance combative contre les contrefaçons idéologiques.

S’il fallait esquisser une brève bibliographie d’orientation autour de ces coordinateurs, nous dirions que leur travail s’inscrit au carrefour de l’histoire politique, de la philosophie de l’émancipation et de l’actualité institutionnelle, et que l’ouvrage convoque aussi, par la présence de multiples contributeurs, des références majeures de la pensée laïque contemporaine. Patrick Weil, par exemple, rappelle la cohérence juridique et l’ambition universaliste de la loi de 1905, en insistant sur le lien organique entre les articles consacrant la liberté de conscience et ceux destinés à la protéger contre les pressions, notamment à travers le régime dit de police des cultes. Cette insistance, d’une actualité brûlante, nous invite à relire la loi non comme une relique symbolique mais comme un instrument complet, à la fois libérateur et protecteur.

C’est ici que l’ouvrage gagne une profondeur presque initiatique. Il n’énonce pas seulement un principe. Il nous place devant une discipline de la liberté. À travers l’histoire longue des conflits entre souveraineté civile et autorité spirituelle, à travers l’examen des monothéismes et des tensions modernes de la croyance, à travers les débats philosophiques sur la nature même de la neutralité et de l’émancipation, le texte propose une pédagogie de la juste distance. La laïcité y apparaît comme un art du seuil, une manière d’organiser le monde commun sans trahir la pluralité des consciences. Nous sentons remonter, derrière le droit, une anthropologie du citoyen capable d’habiter sa conviction sans imposer sa loi intime à l’espace public.

Philippe FOUSSIER
Philippe FOUSSIER

Pour des lecteurs formés à la symbolique maçonnique, cette polyphonie résonne avec une évidence particulière. La laïcité ne s’y confond jamais avec un antireligieux de réflexe. Elle se présente comme ce cadre de souveraineté intérieure qui permet à la diversité des quêtes de ne pas devenir rivalité de dogmes. La contribution de Philippe Foussier rappelle que la franc-maçonnerie, née dans l’élan des Lumières et confrontée à la défiance de l’Église catholique, a progressivement inscrit son action dans la lutte contre l’intolérance et dans la promotion de ce qui deviendra la laïcité moderne. Ce rappel n’a rien d’un geste d’autosatisfaction mémorielle. Il éclaire une continuité. La sociabilité initiatique peut être comprise comme l’un des laboratoires historiques de la liberté de conscience organisée, ce lieu où des êtres différents apprennent à construire un centre commun sans renoncer à leurs singularités spirituelles.

L’ouvrage est d’autant plus précieux qu’il refuse l’illusion d’un consensus définitif. Il note que la laïcité, que beaucoup croyaient pacifiée, se retrouve exposée à des offensives idéologiques dont la violence est parfois diffuse, parfois frontale. L’idée d’un cléricalisme offensif sous des formes multiples, islamistes comme chrétiennes, est formulée sans détours. Cette lucidité n’a pas pour fonction d’alimenter une peur identitaire. Elle oblige à replacer la laïcité dans sa vérité dynamique. Nous ne protégeons pas un simple arrangement administratif entre cultes et État. Nous protégeons l’autonomie de la personne face à toute entreprise de capture du politique par le religieux et, symétriquement, face à toute tentation d’instrumentaliser la laïcité pour désigner des boucs émissaires.

Nous retenons aussi l’ouverture contemporaine la plus stimulante, celle qui déplace la question vers l’espace civil, le travail, l’école, les médias, jusqu’aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies. L’analyse de Daniel Szeftel évoque même l’usage d’une intelligence artificielle de classification pour étudier des réponses citoyennes issues du Grand débat national, signe que la laïcité affronte désormais des territoires d’opinion et d’influence où la parole se démultiplie, s’emballe, se fragmente. Dans une époque hantée par les guerres culturelles accélérées, nous comprenons que la laïcité aura besoin d’une ingénierie de pédagogie publique, d’une présence joyeuse et ferme dans les lieux où se fabrique la perception du réel.

Au fil de cette lecture, nous mesurons à quel point la loi de 1905 demeure une pierre d’angle dont la force tient à son équilibre. Elle affirme une liberté fondatrice, organise la séparation comme garantie de neutralité, et prévoit les moyens de protéger concrètement les consciences contre les coercitions. C’est peut-être là le geste le plus fécond de l’ouvrage. Il nous invite à ne pas dissocier l’idéal de ses outils, la philosophie de son droit, la mémoire de son actualité. Pour une sensibilité initiatique, cette cohérence a une saveur particulière. Elle rappelle que la liberté ne se déclare pas seulement, elle se règle, elle se garde, elle se transmet, et qu’aucune construction du commun ne tient debout si elle oublie que la dignité de la conscience individuelle est le premier sanctuaire de la République.

Ainsi, Que vive la laïcité ! n’est pas un simple outil commémoratif. Nous y lisons une œuvre de vigilance républicaine et de réflexion collective, capable d’articuler histoire, droit, philosophie et politique sans perdre le fil humain de la question laïque. Cette somme nous aide à retrouver la laïcité dans sa verticalité éthique et sa fonction d’architecture invisible. Elle garde la République droite et nous garde libres, ensemble, non par incantation, mais par une intelligence patiente de ce que signifie vivre côte à côte sans se vaincre les uns les autres au nom d’un absolu.

La laïcité n’a pas besoin d’être réinventée.
Elle a besoin d’être comprise, tenue, défendue.
Elle est la charpente du vivre ensemble, le fil à plomb d’une République qui refuse les tutelles.
Quand elle vacille, ce n’est pas un mot qui s’abîme, c’est notre liberté commune qui prend la poussière.

Que vivent la laïcité ! 50 contributions pour les 120 ans de la loi de 1905.

Hadrien Brachet, Iannis Roder (coord)

Fondation Jean Jaurès , 2025, 209 p., téléchargement gratuit

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Jean Jaurès en 1904 par Nadar

Jean Jaurès naît en 1859 à Castres et devient l’une des grandes consciences républicaines et socialistes de la IIIᵉ République. Philosophe de formation, professeur, puis député, il incarne un socialisme humaniste qui cherche à unir justice sociale, démocratie et idéal républicain, tout en refusant le cynisme de la force et les renoncements de l’opportunisme.

Son œuvre politique se déploie dans la défense des travailleurs, la bataille pour l’école, la lutte contre les inégalités et un engagement majeur dans l’Affaire Dreyfus, où il choisit la vérité contre la raison d’État et l’antisémitisme.

Fondateur du journal L’Humanité en 1904, il devient aussi le grand porte-voix d’un internationalisme pacifiste, convaincu que la fraternité des peuples doit l’emporter sur la mécanique des blocs.

Assassiné le 31 juillet 1914, à la veille de la Grande Guerre, Jean Jaurès demeure la figure d’un socialisme de conscience, où la République n’est jamais un décor mais une exigence morale, et où l’émancipation collective commence par la dignité intacte de chaque être humain.