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Ève ou la blessure nécessaire de la connaissance

À l’occasion de la fête des Mères, 450.fm, comme à son habitude, honore les femmes, les mères, et les Sœurs. Comment les oublier au XXIe siècle, elles qui portent la moitié de l’humanité et souvent davantage encore dans l’ordre de la mémoire, du soin, de la transmission et de la fidélité intérieure.

Avec Ève, Marek Halter ne se contente pas de revenir vers la première femme. Il retourne vers la première conscience blessée, la première liberté risquée, la première maternité traversée par la lumière et par la mort. Ce roman, paru chez Robert Laffont en 2016, s’inscrit dans une œuvre où Jérusalem, Abraham, Le Messie, Le Kabbaliste de Prague, puis Sarah, Tsippora, Lilah, Marie ou La Reine de Saba dessinent une longue méditation sur la filiation spirituelle, la mémoire biblique et la dignité des figures féminines.

Marek Halter appartient à cette famille d’écrivains pour lesquels raconter revient moins à reconstituer qu’à réanimer

À parcourir la constellation de ses titres, nous voyons combien son œuvre travaille les lignées d’Abraham, les villes saintes, les grandes fractures religieuses, les voix ensevelies et les figures tenues trop longtemps à l’arrière-plan du récit commun. Ève prend naturellement place dans cet ensemble. Elle y apparaît non comme un simple personnage des origines, mais comme un foyer brûlant où se nouent désir, savoir, faute, naissance, violence et espérance.

Le roman surprend d’abord par son point d’entrée

Création d’Eve Biblia sacra.- Lyon  Claude La Rivière

Le roman surprend d’abord par son point d’entrée. Marek Halter ne commence pas par l’Éden, mais par le meurtre de Caïn, frappé par Lemec’h, qui n’est autre que le père de Nahamma, la voix narratrice du livre. Le récit se présente ainsi comme un témoignage reçu, transmis, porté de bouche en bouche à travers la catastrophe des commencements. Le texte annonce d’emblée sa matière profonde, celle d’Ève comme « la première des femmes », « la première à avoir goûté le fruit de l’arbre de la connaissance », « la première à s’être rebellée », mais aussi celle qui connut la première l’amour, la jalousie et le désespoir. Nous sommes donc moins devant une fiction biblique que devant une vaste méditation sur l’origine tragique de l’humain.

C’est l’une des grandes réussites de ce livre que d’avoir déplacé le centre de gravité du mythe.

Nous ne lisons pas ici la femme coupable telle que des siècles de lectures moralisatrices ont voulu la fixer

Marie

Nous rencontrons une femme lucide, traversée par le tremblement du choix, travaillée par une faim d’intelligence qui n’est ni caprice ni orgueil, mais éveil. La scène de la transgression est d’ailleurs remarquablement reprise. Ce n’est plus la caricature d’une tentation grossière. La « bête » qui parle à Ève ne se contente pas de séduire. Elle interroge l’interdit. Elle soulève la question que toute démarche initiatique rencontre tôt ou tard. Pourquoi interdire ce qui est placé au centre du jardin ? Pourquoi offrir la possibilité du savoir si l’être humain doit demeurer dans une innocence close, sans histoire, sans épreuve, presque sans intériorité ? En faisant entendre cette logique, Marek Halter restitue à Ève une densité philosophique et presque métaphysique. Le fruit n’est plus seulement l’objet d’une faute, il devient le signe d’une vocation risquée à penser.

Dans une lecture maçonnique, ce point est essentiel.

Car l’initiation véritable n’est jamais conservation de l’innocence

Elle est passage. Elle est blessure acceptée. Elle est sortie d’un état premier vers une condition plus haute et plus douloureuse où l’être n’est plus protégé par l’ignorance. Le jardin, chez Marek Halter, n’a rien d’un accomplissement. Il est une immobilité sans drame, donc sans profondeur. Ève le comprend avec une netteté bouleversante lorsqu’elle laisse entendre qu’elle ne regrette pas l’Éden et qu’il valait mal une vie réduite à l’état de simple vivant parmi les autres vivants. Cette phrase change tout. Elle fait d’Ève la première initiée du manque, la première à consentir au prix du réel.

Nous touchons ici à la beauté secrète du roman

Marek Halter ne disculpe pas abstraitement Ève. Il lui restitue mieux que cela. Il lui restitue une grandeur tragique. Elle a voulu savoir et, par ce vouloir, elle a ouvert la porte à la souffrance, à la sexualité consciente, à l’enfantement douloureux, au temps historique, au travail du deuil. YHVH la nomme « Ève la Vivante », mère de tous les vivants, mais cette vivance est traversée par la mort dès les premiers fils. Le texte fait entendre avec une force rare cette contradiction fondatrice. Donner la vie n’est plus ici un triomphe paisible. C’est porter en soi la possibilité du meurtre, de la rivalité et de la séparation. La maternité d’Ève n’a rien d’édifiant. Elle est le lieu même où se révèle l’ambivalence de l’humain.

De ce point de vue, le roman atteint une profondeur spirituelle peu commune

Mont du Temple – Jérusalem

Il ne réduit jamais la Bible à un catéchisme narratif. Il la réouvre comme un chantier de conscience. Le premier meurtre ne naît pas d’une noirceur abstraite. Il surgit au cœur du désir, de la préférence, de la blessure narcissique, de la difficulté à consentir à l’autre. Marek Halter fait passer dans la relation entre Caïn, Abel et Awan une intensité presque archaïque, comme si la violence fraternelle provenait de l’impossibilité pour l’humain de tenir ensemble désir et limite, amour et partage, élection et justice. C’est là une intuition très forte. Le mal n’arrive pas de l’extérieur. Il sort de l’intérieur même du vivant lorsque le désir, n’étant plus ordonné, se retourne contre le frère.

Cette lecture nous paraît d’autant plus précieuse qu’elle rejoint de nombreuses intuitions initiatiques

Le meurtre d’Abel, puis toute la mémoire de Caïn, constituent dans l’imaginaire occidental l’une des scènes premières de la rupture de la fraternité. Or la franc-maçonnerie ne cesse, à sa manière, de reprendre ce travail interrompu. Elle sait que l’homme n’est pas spontanément frère. Il doit le devenir contre sa jalousie, contre sa convoitise, contre sa tentation de toute-puissance, contre le refus de l’autre comme miroir vivant de sa propre incomplétude. Le roman de Marek Halter n’énonce jamais cela comme une morale explicite, mais tout y ramène. L’être humain n’est pas perdu parce qu’il désire savoir. Il est perdu lorsqu’il transforme le savoir en domination et le désir en haine.

Nahamma, qui porte le récit, donne au livre une vibration supplémentaire

La Reine de Saba

Elle n’est pas un simple relais. Elle est un miroir d’Ève, une survivante annoncée, une femme promise à traverser la destruction du monde ancien. Grâce à elle, Marek Halter tisse une généalogie intérieure des femmes bibliques. Awan, Tsilah, Adah, Beyouria, Nahamma, puis Ève elle-même, composent une chaîne de voix blessées, intuitives, combatives, humiliées parfois, mais jamais muettes. Ce déplacement est capital. Le texte ne regarde plus l’histoire sainte depuis le seul axe des patriarches. Il la fait monter depuis les ventres, les larmes, les plaintes, les mémoires féminines. Là encore, nous retrouvons quelque chose de profondément initiatique. Ce qui sauve le récit n’est pas la puissance, mais la transmission. Ce qui demeure n’est pas le geste dominateur, mais la parole portée dans la nuit.

Nous avons été particulièrement saisi par la figure d’Awan

La Reine de Saba

Dans ce livre, elle n’est pas seulement un personnage secondaire. Elle est une prêtresse de la lucidité sombre. Vieille, immense, presque venue d’un autre âge, elle traverse le texte comme une Sibylle biblique. Son regard sait. Sa parole dénude. Elle rappelle que les générations de Caïn portent en elles la logique du meurtre et que nul ne se sauvera par le mensonge pieux. Ce personnage donne au roman sa tonalité oraculaire. Avec elle, la Bible rejoint presque la tragédie antique. La vérité n’y est jamais confortable. Elle vient toujours trop tôt ou trop tard, mais elle vient. Et lorsqu’elle vient, elle sépare.

Il faut aussi souligner la manière dont Marek Halter traite la figure divine

Son YHVH n’est ni aimable ni rassurant. Il est souverain, souvent silencieux, parfois terrible. Le roman ne cherche pas à dissiper ce scandale. Il le maintient. C’est même ce qui lui donne sa densité religieuse. Nous ne sommes pas dans un texte de consolation, mais dans une interrogation sur la justice de Dieu devant la souffrance des vivants. Ève ne cesse d’y être affrontée à une transcendance qui nomme, qui blesse, qui laisse faire, qui punit, qui choisit, qui ordonne parfois sans expliquer. Une telle représentation déroute le lecteur moderne, mais elle rend au récit biblique son étrangeté première. Le sacré n’y est pas domestiqué. Il demeure feu, décision, distance, épreuve.

Pour une lecture ésotérique, c’est un point décisif. L’accès à la connaissance ne conduit pas à un Dieu plus facile. Il conduit à un Dieu plus obscur.

Autrement dit, l’initiation n’abolit pas le mystère, elle le rend plus aigu

Ève apprend non seulement le bien et le mal, mais aussi l’impossibilité de réduire le divin à nos attentes morales. Dès lors, la maturité spirituelle ne réside plus dans l’obéissance enfantine, mais dans une fidélité capable de regarder l’énigme sans détourner les yeux. Ce roman, à sa manière, nous dit cela avec force. La lumière n’est jamais sans ombre. Plus encore, il est des ombres sans lesquelles la lumière resterait abstraite.

La dernière partie du livre élargit magnifiquement la portée du récit

Nahama et son frère Jubal, bas relief de la cathédrale d’Orvieto

Avec Noah et la montée de l’eau, le roman cesse d’être seulement une reprise de la faute originelle pour devenir méditation sur la responsabilité collective. Le châtiment n’est pas imputé à Ève seule. Noah le dit avec netteté. Le malheur à venir procède de la violence, de l’injustice, du mensonge et du mépris pratiqués par les hommes. Cette inflexion est capitale. Elle arrache le texte à toute lecture misogyne du commencement. La faute n’est pas féminine. Elle est humaine. La destruction qui vient n’est pas la conséquence mécanique d’une bouchée de fruit, mais le fruit historique d’un monde devenu inhabitable pour la justice.

Ici encore, la portée maçonnique nous paraît très forte.

Car toute tradition initiatique authentique sait qu’il ne suffit pas d’avoir reçu la connaissance du bien et du mal

Yael—Bible-Jewish-Women’s-Archive

Encore faut-il répondre du choix que cette connaissance rend possible. Noah le formule presque comme un rappel de loi intérieure. Le choix a été donné. Dès lors l’innocence n’est plus possible. Nous sommes comptables de ce que nous faisons de la liberté reçue. Le déluge apparaît alors non comme une fantaisie théologique, mais comme la conséquence symbolique d’une corruption devenue structure du monde. L’eau lave parce que la violence a saturé la terre.

Le livre s’achève dans cette grande image purificatrice et terrible

L’eau monte, le monde ancien s’efface, Nahamma survit auprès de Noah, Sem et Cham sont déjà là, et nous comprenons que la lignée de la vie continue à travers une femme désignée, préservée, endeuillée. Le texte laisse alors une impression profonde. Ce qui recommence après le déluge n’est pas l’innocence. C’est une humanité qui devrait avoir appris, mais dont nous savons déjà qu’elle n’apprendra jamais tout à fait. Voilà pourquoi Ève continue de nous parler. Elle n’est pas derrière nous. Elle est devant nous, à chaque fois que nous préférons la conscience au sommeil, le risque du vrai à la paix factice de l’ignorance, la responsabilité au confort des accusations toutes faites.

Marek Halter a écrit un roman habité, grave, charnel, traversé par une ferveur inquiète

Sa langue cherche moins l’effet que l’ancienne densité du récit fondateur. Elle fait entendre la sécheresse des terres, la violence des corps, la brûlure du désir, la plainte des mères, l’ambivalence du divin. Sous cette matière biblique, nous lisons une interrogation très actuelle sur la place des femmes dans l’histoire symbolique de l’humanité. Non plus silhouettes d’arrière-fond, non plus causes commodes du malheur, mais matrices de mémoire, gardiennes du sens, premières à sentir la fracture du monde, premières aussi à porter l’espérance de son recommencement.

Avec Ève, Marek Halter rend à la première femme ce que des siècles de simplification lui avaient confisqué, sa profondeur, sa douleur, sa pensée et sa grandeur. Il rappelle que l’humanité ne naît pas seulement d’un ordre reçu, mais d’une liberté qui ose, d’une conscience qui se trouble, d’un regard qui veut savoir malgré le prix à payer. Pour qui lit avec une sensibilité initiatique, ce roman n’est pas seulement une relecture biblique. Il est une méditation sur l’entrée dans la condition humaine elle-même, là où la connaissance blesse, où la maternité pleure, où la fraternité peut se perdre, mais où une lumière demeure pourtant possible au cœur même de la faute.

Ève – Marek Halter / Robert Laffont, 2016, 360 pages, 21 € – Édition numérique 10,99 €

Charles-Albert Delatour mérite le bûcher…

Il y a quelques jours, mon confrère Charles-Albert Delatour a publié deux textes qui proposaient, non pas des vérités révélées, mais de simples pistes de réflexion sur l’évolution possible de la Franc-maçonnerie face à la religion (lire ci-dessous). En Loge, on appellerait cela une planche ; sur les réseaux sociaux, cela devient aussitôt un crime de lèse-fraternité.

Car enfin, il faut croire qu’entre le maillet et le clavier, certains Frères ont perdu non seulement le sens de la mesure, mais aussi celui du silence. À la moindre idée qui bouscule leurs petites certitudes bien cirées, voilà le respectable initié transformé en expert autoproclamé, en procureur de salon, voire en troll à gants blancs. Trente ans de pratique, trois cordons, deux décors et un tablier impeccable… pour finir à commenter comme un comptoir de gare un soir de grève.

La Franc-maçonnerie a-t-elle vraiment baissé pavillon devant les réseaux sociaux ? À voir la vitesse avec laquelle certains confondent débat et défouloir, on pourrait le croire. Il suffit d’un désaccord pour faire tomber les belles résolutions, et d’un écran pour révéler que sous la tenue, il reste parfois un tempérament de charretier. Quel dommage : la discrétion est une vertu maçonnique ; l’agitation numérique, elle, semble devenue le nouveau rite d’initiation de quelques-uns.

Les deux articles en question

Légendes de France ou d’ailleurs : Les bêtes de seuil

Simiots, Velue et autres monstres oubliés de la France secrète

Sous les ponts, près des gués, au bord des rivières, dans l’ombre des églises ou aux lisières des forêts, les légendes françaises ont longtemps placé des créatures inquiétantes. Ni tout à fait animales, ni tout à fait démoniaques, elles gardent les passages, effraient les enfants, menacent les villages et rappellent que tout franchissement exige vigilance, courage et transformation intérieure.

Les grandes légendes ont leurs monstres célèbres

La Tarasque, la Vouivre, le Drac, la Bête du Gévaudan ou Mélusine occupent le devant de la scène. Pourtant, dans les marges du merveilleux populaire, vivent encore des créatures plus discrètes, presque enfouies dans les pierres, les rivières, les fontaines et les mémoires locales. Les Simiots du pays catalan, la Velue de La Ferté-Bernard et quantité d’autres bêtes régionales appartiennent à ce bestiaire de proximité. Nous ne les rencontrons pas dans les grands palais mythologiques, mais au détour d’un chemin, près d’un pont, d’un gué, d’une église, d’un bois ou d’une eau dormante.

Les Simiots appartiennent à cette géographie intérieure où le pays catalan devient presque un livre d’images nocturnes

Nous les rencontrons dans le Vallespir, autour d’Arles-sur-Tech, puis dans les Albères, près de Laroque-des-Albères, comme si ces créatures avaient suivi la ligne obscure des montagnes, des forêts et des sources. Leur nom évoque le singe, mais leur apparence déborde l’animal connu. La tradition les décrit comme des êtres fabuleux et féroces, au corps de lion et à la tête de singe, surgissant des bois pour envahir les villages, escalader les toits, descendre par les cheminées, enlever les enfants et les emporter vers les hauteurs.

La Font dels Simiots, près de Laroque-des-Albères, conserve encore cette mémoire locale Selon la tradition, ces bêtes vivaient dans le Vallespir, près d’Arles-sur-Tech, avant d’être délogées par l’abbé Arnulphe, revenu avec de saintes reliques. Elles auraient alors quitté le territoire sacralisé pour venir hanter les abords de cette fontaine. Toute la puissance symbolique de la légende tient dans ce déplacement. Les Simiots ne disparaissent pas vraiment. Ils sont repoussés. Ils quittent un lieu rendu à la lumière pour rejoindre un autre seuil, celui de l’eau, de la forêt et de la montagne.

La légende ne raconte donc pas seulement la victoire du sacré chrétien sur des forces sauvages.

Elle dit que l’ombre, même vaincue, ne s’abolit jamais totalement

Simiots

Elle se retire dans les marges, dans les plis du territoire, dans les lieux où la mémoire populaire continue de l’entendre respirer. À Arles-sur-Tech, le récit se noue à celui des saints Abdon et Sennen. La tradition rapporte que le Vallespir était alors accablé par les monstres, les épidémies et le déchaînement des éléments. L’abbé Arnulphe serait parti chercher à Rome les reliques des deux martyrs perses afin de guérir son peuple de ces maux. À l’arrivée des reliques, les bêtes féroces auraient fui.

Ce récit possède une profondeur initiatique évidente

Simiots

Les Simiots ne sont pas seulement des monstres destinés à effrayer les enfants. Ils sont l’image des forces instinctives lorsqu’elles ne sont plus ordonnées par une loi intérieure. Corps de lion, tête de singe. Le lion évoque la puissance brute, la domination, la force solaire retournée en violence. Le singe renvoie à l’imitation, à la dérision, à l’intelligence sans sagesse, à la parole dégradée en grimace. Les Simiots sont donc des puissances de confusion. Ils montent sur les toits, passent par les cheminées, franchissent les limites de la maison. Ils ne respectent plus la séparation entre dehors et dedans, sauvage et civilisé, nuit et foyer.

La Font dels Simiots

Pour un franc-maçon, cette image est précieuse. Elle nous rappelle que le travail initiatique commence toujours par la reconnaissance de ce qui, en nous, escalade les murailles de notre propre temple intérieur. Les Simiots sont nos peurs archaïques, nos colères, nos instincts d’emprise, nos pensées désordonnées, nos paroles qui blessent, nos réflexes de prédation. Ils enlèvent les enfants parce qu’ils menacent ce qu’il y a de plus vulnérable en nous. L’enfance intérieure, la confiance première, la capacité d’émerveillement. Là où le Simiot règne, l’innocence est dévorée par la peur.

La présence d’Arles-sur-Tech ajoute encore une dimension symbolique

Arles-sur-Tech Abbaye de Sainte Marie d’Arles

L’abbaye Sainte-Marie, fondée à partir de 881, mêle les styles préroman, roman, gothique et baroque. Sa particularité est saisissante. Elle n’est pas orientée vers l’est, comme le veut habituellement la symbolique chrétienne du soleil levant, mais vers l’ouest, associé au couchant, à l’obscurité et à la mort. Dans l’imaginaire maçonnique, nous avançons de l’Occident vers l’Orient, de la nuit vers la lumière, de l’informe vers la clarté. Or, ici, l’abbaye regarde l’Occident. Elle semble faire face au domaine de l’ombre, non pour s’y perdre, mais pour le transfigurer. Les reliques ne sont pas seulement une protection. Elles sont une lumière placée devant la nuit.

La Velue appartient à un autre paysage, mais elle garde la même fonction

La Ferté-Bernard, le blason

Nous quittons les Pyrénées catalanes pour la vallée de l’Huisne, en Sarthe, près de La Ferté-Bernard. Là encore, le monstre n’habite pas n’importe où. Il vit sur les bords de l’eau, dans un territoire de passage, là où la rivière borde la cité. La tradition locale raconte que cette bête fantastique portait la désolation dans les fermes et s’aventurait, lors des nuits noires, jusque dans les rues de La Ferté-Bernard, malgré les fossés et les fortifications. Elle ravageait les troupeaux, détruisait les récoltes, terrorisait les habitants et s’en prenait aux enfants comme aux jeunes filles.

Notre-Dame-des-Marais, La Ferté-Bernard

La Velue est donc un monstre de l’eau sombre et de la cité assiégée

Son nom dit déjà son apparence. Elle est velue, hirsute, hérissée, couverte d’une matière inquiétante. À la différence du dragon noble ou du serpent sacré, elle appartient au registre du désordre organique. Elle est ce qui pousse, déborde, pique, empoisonne, envahit. Là où le Simiot surgit de la forêt et des hauteurs, la Velue vient de la rivière et des profondeurs. Le premier descend des montagnes vers les foyers. La seconde remonte des eaux vers la ville.

Deux directions, deux mouvements, deux façons pour l’ombre d’atteindre l’humain.

Sa parenté avec la Vouivre ou la Tarasque est éclairante

la Vouivre

La Vouivre garde souvent une eau, une pierre, un trésor ou un secret. La Tarasque incarne la violence chaotique que la cité doit apprendre à contenir. La Velue, elle, semble réunir plusieurs strates de l’imaginaire. Elle est amphibie, donc liée à deux mondes. Elle vit entre l’eau et la terre. Elle menace les champs, les troupeaux, les enfants et la ville. Elle attaque toutes les formes de fécondité. Elle est l’anti-vie, ou plutôt la vie livrée à son excès destructeur.

Dans une lecture ésotérique, la Velue peut être comprise comme une figure de la matière première non encore travaillée.

Elle est lourde, confuse, dangereuse, mais puissante

L’alchimiste ne méprise pas cette matière obscure. Il sait que l’œuvre commence précisément dans ce chaos. La Velue est la matière hérissée avant l’apaisement, l’eau trouble avant la clarification, le feu dévorant avant la lumière maîtrisée. Elle détruit les récoltes parce qu’elle empêche la maturation. Elle dévore les êtres jeunes parce qu’elle menace l’avenir. Elle s’approche des fortifications parce qu’aucune défense extérieure ne suffit lorsque le désordre intérieur n’a pas été reconnu.

Le rapprochement entre les Simiots et la Velue permet de comprendre pourquoi ces légendes locales demeurent si fortes.

Elles ne parlent pas seulement de monstres

Elles parlent du seuil. La forêt, la fontaine, la rivière, le gué, le pont, les remparts, l’église et l’abbaye forment une véritable cartographie initiatique. Partout, il s’agit de passer. Passer de l’enfance à l’âge adulte, de la peur à la vigilance, de l’instinct à la conscience, du désordre à la mesure, de la nuit à la lumière.

La franc-maçonnerie sait que le seuil n’est jamais un simple lieu de passage.

Toute initiation commence par une porte

Tout chemin suppose une épreuve. Toute lumière véritable exige que nous rencontrions d’abord ce qui nous effraie. Les Simiots, la Velue et les autres bêtes locales ne sont donc pas seulement des figures de peur. Elles sont des gardiennes. Elles empêchent le passage tant que celui qui avance n’est pas prêt. Elles rappellent que nous ne traversons jamais impunément d’un état à un autre.

Ces bêtes régionales nous enseignent que tout territoire possède son ombre

Le village n’est jamais seulement le lieu de la sécurité. Il est aussi ce qui doit sans cesse se défendre contre les forces qui montent des bois, des eaux, des ravins et des profondeurs. Mais la véritable leçon n’est pas guerrière. Il ne s’agit pas de haïr le monstre. Il s’agit de comprendre ce qu’il révèle. Les Simiots révèlent notre animalité inquiète. La Velue révèle nos eaux troubles. Tous deux nous rappellent que l’être humain n’est jamais achevé, qu’il doit se construire, se surveiller, se purifier, se transmettre à lui-même une loi plus haute que ses impulsions.

Dans beaucoup de traditions, le monstre est vaincu non par la brutalité seule, mais par la justesse du geste

Il faut trouver le point faible, le moment juste, la parole juste, la mesure juste. Voilà une leçon profondément maçonnique. L’initié n’est pas celui qui écrase le monstre. Il est celui qui comprend ce que le monstre garde. Il ne détruit pas la nuit pour posséder la lumière. Il apprend à traverser la nuit pour que la lumière devienne digne d’être reçue.

Ces bêtes de seuil nous enseignent aussi quelque chose de très actuel

Nos sociétés modernes prétendent avoir quitté les légendes, mais elles fabriquent chaque jour de nouveaux monstres. L’autre, l’étranger, le contradicteur, l’adversaire politique, le voisin, le journaliste, le savant, le franc-maçon parfois, deviennent autant de figures inquiétantes projetées sur l’écran de nos peurs. La bête n’a pas disparu. Elle a changé de support. Elle ne vit plus seulement sous les ponts ou dans les forêts. Elle circule dans les rumeurs numériques, les commentaires haineux, les récits de complot, les emballements collectifs.

Mettre en œuvre aujourd’hui l’enseignement des Simiots et de la Velue, c’est donc apprendre à reconnaître nos propres monstres avant de les attribuer aux autres

C’est accepter de nous demander, chaque matin, quelle bête nous nourrissons.

Celle de la peur ou celle de la vigilance. Celle du ressentiment ou celle du courage. Celle du soupçon ou celle du discernement. C’est aussi retrouver le sens du passage. Franchir un pont, écouter une parole différente, entrer dans un lieu de mémoire, tendre la main à celui qui se tient sur l’autre rive, tout cela demeure profondément initiatique.

La France secrète n’est pas seulement faite de châteaux, de souterrains, de pierres levées et de cryptes oubliées

Elle est aussi composée de ces récits minuscules qui transmettent une sagesse populaire. Les monstres régionaux disent que chaque territoire possède son ombre et sa lumière. Ils rappellent que les villages ont longtemps confié aux légendes le soin de dire ce que la raison seule ne savait pas formuler. La crue, la peur de la nuit, la disparition d’un enfant, la fragilité des récoltes, l’angoisse de la forêt, la puissance du sacré, tout cela devenait récit, image, bête, mémoire.

Pour le franc-maçon, ces légendes ne sont pas des curiosités folkloriques.

Elles sont des pierres brutes de l’imaginaire

Elles attendent d’être taillées par l’attention, la méditation et la transmission. Derrière le Simiot, nous trouvons l’instinct à apprivoiser. Derrière la Velue, la matière obscure à transmuter. Derrière le pont, le passage à accomplir. Derrière le gué, le risque du premier pas. Derrière l’église, la présence du sacré. Derrière chaque monstre, la question demeure la même. Qu’avons-nous peur de rencontrer en nous-mêmes lorsque nous avançons vers la lumière ?

Ainsi, les Simiots et la Velue ne sont pas des survivances folkloriques bonnes à ranger dans une vitrine

Ils sont des miroirs. Ils nous demandent ce que nous faisons de notre force, de notre peur, de notre mémoire, de notre sauvagerie, de notre capacité à franchir les seuils. Ils disent que la lumière ne se gagne pas contre l’ombre en la niant, mais en la regardant avec courage. Ils rappellent au franc-maçon que chaque pierre brute contient son monstre et que chaque monstre, lorsqu’il est compris, peut devenir gardien du passage.

Et parce que les légendes vivent aussi de celles et ceux qui les recueillent, les transmettent et les sauvent de l’oubli, 450.fm entend poursuivre ce patient travail de mémoire et d’émerveillement.

Nous savons que nos lectrices et nos lecteurs sont aussi des passeurs de traditions, des collecteurs d’imaginaires, des arpenteurs du merveilleux.

Alors, plutôt que de laisser vos trouvailles se perdre dans des fils éphémères ailleurs, envoyez-nous vos légendes locales, françaises ou venues d’ailleurs, accompagnées de quelques lignes de contexte et, si vous le souhaitez, d’une photo du lieu, d’un détail, d’une pierre ou d’un paysage.

Vos contributions pourront nourrir la rubrique « Légendes de France ou d’ailleurs » et seront présentées, signées et mises en valeur comme elles le méritent, avec respect pour la mémoire des territoires et reconnaissance pour votre regard de veilleur.

Comment la science… et maintenant l’IA, font reculer la croyance en Dieu dans le monde… et en Franc-maçonnerie

Depuis plus de deux siècles, la progression des connaissances scientifiques a profondément transformé le rapport de l’humanité à la transcendance. Aujourd’hui, l’émergence rapide de l’intelligence artificielle semble accélérer ce mouvement historique. Faut-il en conclure que Dieu, ou du moins le besoin de Dieu, est condamné à disparaître ? L’analyse est plus nuancée.

La science et la théorie de la sécularisation

La théorie de la sécularisation, développée notamment par Max Weber, Peter Berger et Bryan Wilson, pose que le développement économique, éducatif et scientifique entraîne un recul des croyances religieuses. Cette théorie s’est largement vérifiée dans les pays développés.

Données statistiques clés :

  • Aux États-Unis, selon le Pew Research Center (2025), la part des adultes s’identifiant comme chrétiens est passée de 78% en 2007 à environ 62% en 2023-2024. Le déclin semble s’être stabilisé ces dernières années, mais sur le long terme, il reste marqué.
  • L’éducation joue un rôle majeur. Pew Research (2017, confirmé par des études ultérieures) montre que les Américains diplômés de l’université sont nettement moins religieux sur plusieurs indicateurs : croyance en Dieu « sans aucun doute », importance de la religion dans la vie, fréquence de la prière.
  • En Europe, la corrélation est encore plus forte. En France, en Suède ou en République tchèque, moins de 20% des personnes considèrent que la religion est « très importante » dans leur vie. La France est souvent citée comme un cas extrême de sécularisation avancée.

Ce phénomène s’explique en grande partie par ce que l’on appelle le « Dieu des lacunes » (God of the gaps). Tant que l’humanité ne comprenait pas les phénomènes naturels (orage, maladie, origine de la vie, etc.), Dieu servait d’explication par défaut. À mesure que la science comble ces lacunes, le besoin d’une explication surnaturelle diminue.

Au-delà des simples explications causales, la science a aussi redistribué les cartes du sacré : ce qui était autrefois réservé aux textes sacrés et aux clercs (cosmogonie, évolution, nature de la conscience) est désormais accessible à tous via des connaissances rationnelles, vérifiables et partageables.

L’IA : l’accélérateur ultime de la sécularisation ?

Si la science classique a déjà réduit le champ du mystère, l’intelligence artificielle pourrait le réduire dramatiquement dans les prochaines décennies.

Arguments principaux :

  • L’IA donnera accès instantané à des explications cohérentes et personnalisées sur l’origine de l’univers, l’évolution, la conscience, la morale, le sens de la vie, etc.
  • Une super IA (ASI) pourrait simuler des raisonnements philosophiques et théologiques à un niveau supérieur à celui de la plupart des humains, rendant les dogmes religieux moins nécessaires pour combler les incertitudes existentielles.
  • Elle réduira l’angoisse liée à l’inconnu (maladie, mort, solitude) grâce à des avancées en médecine, en psychologie et en réalité virtuelle.
  • L’IA pourra aussi générer des récits, des mythes modernes, des cosmologies cohérentes et des systèmes éthiques plausibles, sans recourir à une divinité transcendante.

On peut donc raisonnablement penser que l’IA accélérera la sécularisation, surtout chez les nouvelles générations habituées à trouver des réponses immédiates via la technologie. Elle rendra progressivement obsolètes certaines fonctions traditionnelles de la religion : expliquer le monde, donner un cadre moral, offrir des réponses aux grandes questions existentielles.

Pourquoi Dieu ne disparaîtra probablement pas totalement

Malgré cette tendance lourde, plusieurs facteurs limitent une disparition complète :

La religion ne sert pas qu’à expliquer le monde

Elle répond à des besoins profonds : sens de la vie, gestion de la mort, besoin d’appartenance, rites de passage, expérience du sacré, espoir d’une justice transcendante. Ces besoins ne sont pas comblés par la seule connaissance factuelle.

Le vide existentiel

Plus le monde devient rationnel, prévisible et « désenchanté » (Weber), plus certains humains ressentent un manque de mystère et de transcendance. L’histoire montre que les périodes de forte rationalisation sont souvent suivies de réveils spirituels ou de nouvelles formes de religiosité.

L’apparition possible de nouvelles formes de sacré

On observe déjà des signes de « techno-religions » : certains voient dans l’IA une forme de divinité émergente (idées présentes chez certains transhumanistes). D’autres développent des spiritualités individualisées, du néo-chamanisme à des formes de bouddhisme laïc.

La résilience émotionnelle et communautaire

Les religions offrent une communauté, des rituels et un cadre moral qui restent attractifs même quand leurs explications cosmologiques sont contestées. Le lien social, le soutien en cas de deuil, la célébration des étapes de la vie restent des fonctions puissantes que la science seule ne remplace pas facilement.

La dimension symbolique et émotionnelle du sacré

Même quand les croyants acceptent les explications scientifiques, ils continuent souvent de vivre la religion comme une expérience symbolique, émotionnelle et communautaire. Le sacré ne réside pas seulement dans l’explication du monde, mais dans la manière dont les humains se relaient pour se sentir reliés à quelque chose de plus grand qu’eux.

La Franc-maçonnerie dans ce contexte : Dieu, rituels et futurs rituels expurgés

La franc-maçonnerie occupe une place originale dans ce mouvement de sécularisation et de transformation du rapport au sacré. Contrairement à certaines religions monothéistes, elle n’impose pas un dogme précis sur Dieu, mais elle exige généralement la croyance en un « Principe créateur », souvent désigné comme le Grand Architecte de l’Univers. Ce concept est volontairement large : il peut être compris comme Dieu au sens religieux, comme un principe métaphysique, ou comme une symbolique de l’ordre cosmique et moral.

Dans les rituels maçonniques classiques, la présence de Dieu (ou du Grand Architecte) est très forte : invocations, références divines, symboles lumineux, prières silencieuses ou collectives, appels à une lumière transcendante. Ces éléments donnent aux rites une dimension sacrée, même si la franc-maçonnerie se définit comme une institution philosophique et initiatique plutôt que comme une religion.

Or, dans un monde où la science et l’IA réduisent le besoin explicatif de Dieu, la franc-maçonnerie elle-même sera impactée. Une partie de ses membres, de plus en plus rationalistes, séculiers ou influencés par les nouvelles spiritualités laïques, pourrait désirer des rituels expurgés de toute référence explicite à Dieu. Cela ouvre la perspective de :

  • nouveaux rituels centrés sur l’humain, la raison, l’éthique et la fraternité, sans invocation divine ;
  • une symbolique maçonnique réinterprétée en termes purement philosophiques, psychologiques ou sociaux ;
  • une tension interne entre les obédiences traditionnelles (qui maintiennent la référence au Grand Architecte) et des courants plus radicalement séculiers ou athées, qui pourraient vouloir créer des rites « sans Dieu ».

Cette évolution pourrait fragiliser l’unité de la franc-maçonnerie, mais aussi la renouveler. Elle serait le signe que même les traditions les plus ancrées dans le sacré ne restent pas immuables face à la sécularisation encouragée par la science et l’IA. La franc-maçonnerie, en tant que gardienne de rituels et de symboles, deviendra peut-être un laboratoire où se testera la possibilité de pratiquer une spiritualité initiatique sans Dieu, ou du moins sans Dieu tel qu’il a été conçu pendant des siècles.

Scénarios possibles pour les prochaines décennies

  • Scénario dominant : Recul continu des religions institutionnelles traditionnelles, surtout dans les pays développés, au profit d’un agnosticisme ou d’une spiritualité « à la carte ».
  • Scénario alternatif : Apparition de nouvelles religions ou pseudo-religions centrées sur l’IA, la singularité technologique ou la conscience collective.
  • Scénario hybride : Les religions traditionnelles s’adaptent, devenant plus symboliques, moins littéralistes, et cohabitent avec une spiritualité augmentée par la technologie.
  • Scénario maçonnique spécifique : Coexistence de rituels traditionnels (avec Grand Architecte) et de rituels sécularisés (sans Dieu), créant des courants distincts au sein de la franc-maçonnerie, voire de nouvelles obédiences explicitement laïques.

Pour conclure…

La science, puis l’IA, réduisent effectivement le besoin explicatif de Dieu. Elles comblent les lacunes et offrent des outils puissants de compréhension et de maîtrise du monde. Sur ce plan, le mouvement de recul des croyances traditionnelles semble inéluctable et va probablement s’accélérer.

Mais l’être humain n’est pas seulement un chercheur de vérité factuelle. Il est aussi un animal qui a besoin de sens, de sacré, de communauté et d’espérance. L’IA pourra répondre à beaucoup de « comment », mais elle peinera à répondre au « pourquoi » existentiel avec la même force émotionnelle et symbolique que les grandes traditions spirituelles.

Dieu, au sens classique, risque de continuer à reculer.
Mais le besoin de transcendance, lui, a toutes les chances de se réinventer.

La grande question du XXIe siècle ne sera peut-être pas « Dieu va-t-il disparaître ? », mais plutôt : sous quelle nouvelle forme l’humanité exprimera-t-elle son besoin d’absolu ?

L’IA ne tuera peut-être pas Dieu. Elle pourrait simplement l’obliger à changer d’adresse.
Et la franc-maçonnerie, elle aussi, pourrait devoir choisir entre des rituels traditionnels ancrés dans le sacré divin, et des rituels nouveaux, expurgés de Dieu, fondés sur l’humain, la raison et la fraternité purement terrestre.

Parions que les deux courants cohabiteront sans peine. Une chose est cependant quasi certaine, la maçonnerie de grand-papa n’existera plus, elle va devenir plus complexe, sans aucun doute plurielle et c’est précisément ce qui lui assurera un avenir durable.

Le rappeur russe Ptakha élu Vénérable Maître en Russie

« Il est difficile d’être une organisation secrète » : Ptakha sur la franc-maçonnerie, les castes et la foi en Dieu

Le rappeur russe Ptakha (de son vrai nom David Noureev) a été élu vénérable maître de la loge maçonnique de Moscou début mai 2026. Certains considèrent cette organisation comme « secrète », tandis que d’autres la comparent à une secte. Dans une interview accordée à NEWS.ru, Ptakha a évoqué ses convictions sur la franc-maçonnerie, ses méthodes de récupération et les raisons pour lesquelles il croit que « tous ceux qui ont quitté la Russie après le début de la Seconde Guerre mondiale y reviendront ».

Qu’est-ce qui a attiré le rappeur Ptakha vers la franc-maçonnerie ?

– Êtes-vous vraiment devenu franc-maçon ? N’est-ce pas une arnaque ou un coup de pub ?

« Oui, j’ai rejoint l’ordre il y a de nombreuses années et je ne l’ai jamais caché. Il existe des francs-maçons discrets, ceux qui ne montrent pas leur visage en raison de leur travail ou d’autres raisons. Il y en a d’autres qui le sont ouvertement, comme moi et le Grand Maître de la Grande Loge de Russie, Andreï Bogdanov. »

La franc-maçonnerie n’est pas une organisation secrète. Il est difficile d’être une organisation secrète quand on compte des millions de membres. On pourrait plutôt parler d ‘« organisation qui possède des secrets ».

– Que vous confère le titre de Maître d’une loge maçonnique ?

« Je trouve le mode de vie maçonnique assez intéressant. Il contribue à l’épanouissement personnel et général. Ce sont des amis qui m’ont fait découvrir cette organisation ; j’ignorais même qu’ils en étaient membres. Puis, nous avons commencé à parler des Templiers, et ils m’ont invité à un événement. J’y ai rencontré d’autres frères et, avec le temps, j’ai fini par recevoir une invitation. »

Le rappeur Ptakha (vrai nom - David Noureev)Le rappeur Ptakha (vrai nom – David Noureev)Photo : Sergey Bulkin/NEWS.ru

Il était important pour moi que ma foi orthodoxe ne soit pas remise en question. Comme 99 % des gens, j’étais convaincu que les francs-maçons étaient proches des ténèbres. Avec le temps, j’ai eu de nombreuses occasions d’approfondir cette question, j’ai appris à distinguer le symbolisme maçonnique de celui d’autres organisations, et j’ai compris les différences entre les francs-maçons et les membres de Skull and Bones (une société secrète de l’université Yale aux États-Unis – NEWS.ru) ou du Bohemian Grove (un club privé dont l’adhésion est réservée à des personnalités politiques et des hommes d’affaires américains influents – NEWS.ru), et en quoi ils diffèrent des francs-maçons.

– Les francs-maçons ne sont pas une secte ?

« Les gens ne comprennent même pas de quoi ils parlent quand ils nous diabolisent. Les francs-maçons ne sont pas contre l’Église ; au contraire, ils font tout leur possible pour aider ceux qui s’éloignent de la foi à y revenir. Personnellement, je suis chrétien orthodoxe ; je crois en Christ comme Sauveur et Fils de Dieu ; je prie et j’enseigne à mes enfants à faire de même. »

Mon titre m’octroie certaines responsabilités au sein de la Loge du Saint Graal n° 67 (une loge maçonnique de Moscou – NEWS.ru). Je ne peux en dire plus. Veuillez m’en excuser, mais nous avons des règles et nous les respectons. Si quelqu’un souhaite en savoir plus, qu’il vienne nous voir. S’il se montre digne, il apprendra tout de l’intérieur.

Pourquoi Ptakha pense-t-il que les artistes qui ont quitté la Russie après le début de la Seconde Guerre mondiale « reviendront certainement » ?

– À quels rappeurs modernes vous identifiez-vous le plus ? Et comment le rap russe a-t-il évolué, par exemple, au cours des cinq dernières années ?

Le rap a beaucoup changé, à l’image du monde. Mais la réalité actuelle contribue à la production musicale de plus en plus médiocre qui inonde le marché. Cela entraîne un déclin des dimensions intellectuelles, morales et spirituelles de notre culture. Les médias et la société mettent en avant des artistes incapables de produire quoi que ce soit de valable. Pourtant, nombreux sont les rappeurs qui pourraient devenir exceptionnels.

– Comment occupez-vous votre temps libre, comment vous ressourcez-vous ?

« Je passe du temps avec les enfants ou au studio. Parfois, je conduis simplement quelque part en silence. Parfois, je m’entraîne à la salle de sport. C’est différent à chaque fois. Et je ne me surmène pas ; j’ai compris il y a longtemps que plus on se surmène, moins on réussit. Curieusement, c’est la boxe qui m’a appris ça. »

David Noureev, dit PtakhaDavid Noureev, dit PtakhaPhoto : Natalia Shatokhina/NEWS.ru

– Parmi les musiciens qui ont quitté la Russie après le début du SVO, lesquels pensez-vous que l’industrie musicale a encore besoin ?

Ceux qui sont partis ont fait leur choix. On les aurait peut-être regrettés s’ils avaient quitté la musique. Mais leur musique est restée et continue de résonner. Certes, c’est une musique différente. Prenez Kasta, par exemple. Pour moi, c’était la voix de la rue, la voix des jeunes du quartier, le bruit des voitures, etc. Mais c’est devenu la voix de la bêtise et des tentatives d’instrumentaliser la jeunesse russe. J’ai beaucoup de respect pour Khamil (Andrey Pasechny, le chanteur de Kasta – NEWS.ru), mais dans ce cas précis, je ne comprends pas sa logique. Ils reviendront tous, vous verrez. Mais ce sera une autre histoire.

Montluc honore Marc Bloch, l’historien qui fit de la vérité un acte de résistance

En cette année 2026, qui verra Marc Bloch entrer au Panthéon le 23 juin, le Mémorial National de la prison de Montluc propose trois rendez-vous où l’histoire cesse d’être une mémoire froide pour redevenir vigilance vivante. L’historien, le résistant, le témoin de L’Étrange Défaite y rejoint les imprimeurs clandestins et les images bouleversantes de Nuit et brouillard. Une même leçon s’impose alors, face à la nuit des temps troublés, transmettre demeure un acte de lumière.

Le Mémorial National de la prison de Montluc, lieu de détention, de douleur et de mémoire, annonce une série de rencontres qui prennent, en 2026, une résonance toute particulière.

Car cette année est celle de la panthéonisation de Marc Bloch, historien majeur, cofondateur avec Lucien Febvre de la revue Annales d’histoire économique et sociale, combattant des deux guerres mondiales, résistant, arrêté, torturé, puis assassiné par les nazis en 1944. Son entrée au Panthéon, prévue le 23 juin 2026, honore à la fois l’œuvre, l’enseignement et le courage d’un homme pour qui chercher la vérité ne signifia jamais se retirer du monde, mais s’y engager avec plus de lucidité, plus de droiture et plus d’exigence.

Né à Lyon le 6 juillet 1886, Marc Léopold Benjamin Bloch appartient à une famille juive alsacienne ayant choisi la France après l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Son père, Gustave Bloch, historien de l’Antiquité, professeur à Lyon puis à la Sorbonne, lui transmet très tôt le goût des sources, de la rigueur et de cette patience intellectuelle qui permet de distinguer le fait de la rumeur, l’archive du préjugé, la connaissance de l’opinion. Élève brillant du lycée Louis-le-Grand, Marc Bloch entre à l’École normale supérieure en 1904, est reçu à l’agrégation d’histoire et de géographie en 1908, séjourne à Berlin et à Leipzig, puis enseigne avant la Grande Guerre. Déjà se dessine une vocation qui ne sépare pas l’intelligence du devoir, ni le savoir de la cité.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Marc Bloch est mobilisé

Il combat dans l’infanterie, sert comme officier de renseignement, termine capitaine, reçoit la Croix de guerre avec citations et la Légion d’honneur à titre militaire. L’historien n’est pas alors un spectateur de la catastrophe européenne. Il est dans la boue, dans l’épreuve, dans la réalité immédiate des hommes et des choses. Cette expérience marque profondément son regard. Elle lui apprend que les sociétés ne se comprennent pas seulement par les grands discours, mais par les gestes, les peurs, les croyances, les fausses nouvelles, les structures profondes qui gouvernent les comportements collectifs. Plus tard, son célèbre texte sur les fausses nouvelles de la guerre révélera déjà ce qui nous parle encore aujourd’hui avec une force troublante, la vérité est fragile lorsque les hommes préfèrent croire plutôt que comprendre.

Après 1918, Marc Bloch devient l’un des grands rénovateurs de la science historique française

Professeur à Strasbourg, puis à la Sorbonne, médiéviste de première importance, auteur des Rois thaumaturges, des Caractères originaux de l’histoire rurale française et de La Société féodale, il déplace les lignes de la discipline. Avec Lucien Febvre, il fonde en 1929 les Annales, revue appelée à transformer durablement l’écriture de l’histoire. Il ne veut plus d’une histoire réduite aux batailles, aux règnes et aux dates mortes. Il veut une histoire totale, ouverte à l’économie, à la sociologie, à la géographie, aux mentalités, au temps long, aux humbles réalités de la vie collective. Il fait descendre l’histoire du trône des vainqueurs pour la reconduire vers les champs, les villages, les croyances, les peurs, les échanges, les rites, les structures invisibles. À sa manière, il polit la pierre brute du passé pour en faire apparaître les lignes de force.

Mais Marc Bloch n’est pas seulement un savant

Il est un citoyen. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il a cinquante-trois ans, une santé déjà éprouvée et une famille nombreuse. Il demande pourtant à combattre. En 1940, il participe à la campagne de France, connaît la débâcle, l’effondrement de l’État, la faillite des élites militaires et politiques. De cette blessure naît L’Étrange Défaite, témoignage incandescent écrit dans l’urgence, publié après sa mort. Ce livre n’est pas seulement une analyse historique de la défaite. C’est un examen de conscience national. Marc Bloch y regarde la France en face. Il refuse les consolations faciles, les excuses commodes, les mythologies de confort. Il cherche les causes, les responsabilités, les aveuglements. Il montre que la défaite militaire fut aussi une défaite intellectuelle, morale et spirituelle, lorsque l’habitude remplace l’intelligence, lorsque l’autorité se coupe du réel, lorsque les institutions cessent d’apprendre.

Puis vient Vichy

Parce qu’il est juif, Marc Bloch est frappé par les lois antisémites. Il est écarté de la Sorbonne, son appartement est réquisitionné, sa bibliothèque est spoliée.

Réfugié en zone dite libre, il enseigne à Clermont-Ferrand puis à Montpellier dans des conditions difficiles

Il pourrait partir. Il ne part pas. Il continue d’écrire, de penser, de transmettre. Dans ces années sombres, il rédige aussi Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, livre testamentaire publié après la guerre. À la question simple et immense d’un enfant, « Papa, explique-moi donc à quoi sert l’histoire », Marc Bloch répond par toute une vie. L’histoire sert à comprendre, à discerner, à résister aux mensonges, à libérer l’esprit des fatalités apparentes. Elle n’est pas accumulation de cendres, mais conservation du feu.

En 1943, Marc Bloch entre pleinement dans la clandestinité

À Lyon, il rejoint la Résistance, notamment le mouvement Franc-Tireur puis les Mouvements unis de la Résistance. Il prend des responsabilités, participe à l’organisation, écrit, agit, prépare l’avenir. L’historien du temps long devient homme du risque immédiat. Celui qui avait étudié les sociétés féodales, les croyances royales et les structures rurales descend dans la nuit de l’Occupation avec la même exigence que dans ses livres, ne pas céder au faux, ne pas se soumettre à l’indigne, ne pas abandonner la France à ceux qui la défigurent.

Le 8 mars 1944, Marc Bloch est arrêté à Lyon par la Gestapo

Interné à la prison de Montluc, il est torturé. Il ne livre rien d’utile. Dans ce lieu où tant d’hommes et de femmes furent broyés, humiliés, promis à la déportation ou à la mort, il demeure jusqu’au bout un maître de dignité. Le 16 juin 1944, il est fusillé à Saint-Didier-de-Formans, avec d’autres résistants. Son épouse, Simonne Vidal, qui fut aussi son soutien, sa collaboratrice et une présence essentielle dans sa vie intellectuelle, meurt quelques jours plus tard, le 2 juillet 1944. En 2026, la panthéonisation associe aussi sa mémoire, rappelant que les grandes œuvres portent parfois, dans leur ombre, une part de travail, de fidélité et de sacrifice longtemps demeurée silencieuse.

Les motifs de cette panthéonisation se tiennent dans trois mots, œuvre, enseignement, courage

Le bureau de Marc Bloch

L’œuvre d’abord, parce que Marc Bloch a changé la manière de faire de l’histoire. Il a appris aux historiens à regarder autrement, à chercher sous l’événement la structure, sous le document la société, sous le fait la mentalité, sous la défaite les causes profondes. L’enseignement ensuite, parce que Marc Bloch fut un professeur au sens le plus noble du terme, non pas un distributeur de savoirs, mais un éveilleur d’esprit critique. Il voulait former des intelligences libres, capables d’interroger les sources, de refuser les simplifications, de distinguer l’exactitude de la propagande. Le courage enfin, parce que Marc Bloch ne sépara jamais la pensée de l’action. Il combattit en 1914, voulut encore servir en 1939, entra dans la Résistance en 1943, mourut en 1944 sans renier ce qu’il avait servi toute sa vie, la vérité, la France, la liberté de l’esprit.

C’est pourquoi Montluc est un lieu si juste pour évoquer Marc Bloch

Le Panthéon dit la reconnaissance nationale. Montluc dit le prix payé. Entre les deux se déploie tout le sens d’une mémoire républicaine qui ne doit jamais devenir simple cérémonie.

Marc Bloch n’entre pas seulement dans le temple laïque des grands hommes. Il y entre comme une conscience en éveil. Il rappelle que la science historique est une ascèse, que le patriotisme peut être lucide, que la République exige autre chose que des mots, et que l’honneur d’un intellectuel ne consiste pas à commenter le monde depuis le seuil, mais parfois à franchir la porte du danger.

Mardi 9 juin à 18 h 30, Yann Potin viendra présenter Marc Bloch, l’histoire en résistance, ouvrage collectif publié aux éditions du Seuil. Cette rencontre, suivie d’un temps de dédicaces avec la librairie Traits d’union de Lyon 7e, rappellera combien Marc Bloch incarne une figure rare, celle d’un savant pour qui l’exigence critique devient morale civique. À travers lui, l’histoire n’apparaît plus comme une discipline réservée aux bibliothèques, mais comme une école de discernement dans les temps de confusion.

NUIT ET BROUILLARD

Mercredi 10 juin à 18 h 30, Ophir Levy reviendra sur Nuit et brouillard d’Alain Resnais, sorti en 1956, dont 2026 marque les 70 ans. La projection du film ouvrira la soirée, avant une réflexion sur son histoire, son usage et son héritage dans la mémoire de la Shoah et de la déportation. Là encore, l’image devient archive, l’art devient témoin, le cinéma devient passage entre les morts et les vivants.

Enfin, aujourd’hui, samedi 30 mai à 10 h 30, la visite guidée thématique « Imprimeurs clandestins sous l’Occupation » a fait revivre le rôle capital de la presse clandestine, des tracts, des journaux et de ces artisans de l’ombre qui opposèrent l’encre libre à la propagande de Vichy et de l’occupant. Ce rendez-vous dialogue puissamment avec Marc Bloch. Car résister, c’est aussi imprimer, transmettre, faire circuler la parole vraie quand le mensonge occupe les murs, les ondes et les consciences.

À Montluc, la mémoire ne se contemple pas comme une pierre morte

Elle se travaille. Elle s’imprime. Elle se transmet. Et, en cette année Marc Bloch, elle rappelle que l’histoire, lorsqu’elle demeure fidèle aux faits, devient l’une des plus hautes formes de résistance. Dans un monde saturé de rumeurs, de falsifications et de passions tristes, la leçon de Marc Bloch demeure brûlante. Chercher la vérité n’est pas un luxe de savant. C’est une discipline intérieure, une fidélité civique, une lumière tenue debout dans la nuit.

École Marc Bloch, Lyon

Infos pratiques

Mémorial National de la prison de Montluc
4 rue Jeanne Hachette, Lyon 3e
Événements gratuits sur réservation / Téléphone 04 78 53 60 41 / Courriel
Horaires d’ouverture : Du mercredi au vendredi de 14 h 00 à 18 h 00 / Visite guidée à 16 h 00 / Le samedi de 10 h 00 à 12 h 30 et de 14 h 00 à 18 h 00 / Visite guidée à 16 h 00 / Fermeture du site les jours fériés

Le communiqué de presse du Grand Orient de France en date du mardi 23 juin 2026

Communiqué du 23 juin 2026
Marc Bloch au Panthéon
­ACTUALITÉ
Paris, le 23 juin 2026

Le 23 juin 2026, la Nation française accueillera Marc Bloch au Panthéon, rejoignant ainsi celles et ceux dont la vie et l’œuvre incarnent le meilleur de notre histoire.
Historien de génie, Marc Bloch savait que comprendre le passé n’avait de sens que pour mieux éclairer le présent. Son œuvre nous enseigne que la vérité ne se décrète jamais ; elle se cherche avec rigueur, humilité et esprit critique. Elle exige le doute, la confrontation des faits, le refus des certitudes faciles.
Mais Marc Bloch ne fut pas seulement un immense savant. Lorsque la France fut plongée dans les ténèbres de l’Occupation, il choisit de mettre sa pensée au service de l’action. Officier en 1914 comme en 1940, puis résistant jusqu’au sacrifice suprême, il démontra que l’intelligence n’a de valeur que lorsqu’elle s’accompagne du courage. Arrêté, torturé, puis fusillé par la Gestapo le 16 juin 1944, il mourut debout, fidèle à cette idée simple et exigeante : un homme libre ne renonce jamais à sa conscience.
Ainsi, dans L’Étrange Défaite, rédigé dans les mois qui suivirent l’effondrement de 1940, Marc Bloch ne se contente pas d’analyser les causes d’un désastre militaire. Il livre une réflexion d’une rare lucidité sur les renoncements, les aveuglements et les responsabilités qui conduisent les démocraties à leur propre affaiblissement. Il nous rappelle que les plus grandes défaites naissent souvent de l’abandon de l’esprit critique, du refus de voir le réel tel qu’il est et de l’indifférence face aux atteintes portées aux principes qui fondent une société libre.
Son héritage dépasse son époque. Il appartient à tous ceux qui refusent les obscurantismes, à tous ceux qui défendent la liberté de conscience contre les dogmes, la raison contre les préjugés, l’humanité contre la barbarie. Il nous rappelle que la démocratie est une conquête fragile, qui ne survit que par l’engagement des citoyens.
Alors que l’antisémitisme resurgit avec une inquiétante vigueur, honorer Marc Bloch ne relève pas seulement de la mémoire : c’est également réaffirmer notre refus absolu de la haine, de l’exclusion et de toutes les formes de fanatisme. 
En rendant hommage à Marc Bloch, le Grand Orient de France honore un homme qui fit de sa vie un témoignage. Un homme pour qui le patriotisme ne s’opposait jamais à l’universalisme ; pour qui la fidélité à la République passait avant toute considération personnelle.
Puissions-nous, à son exemple, demeurer des hommes et des femmes libres, capables de penser par nous-mêmes, de résister aux passions tristes et de défendre inlassablement la dignité humaine.

Pierre BERTINOTTI Grand Maître du Grand Orient de France

Le vol 714 ou le chiffre secret d’une initiation par le ciel

Avec Vol 714 pour Sydney, Georges Remi, dit Hergé, conduit Tintin vers l’une de ses aventures les plus étranges, les plus nocturnes et les plus métaphysiques. Sous l’apparence d’un détournement d’avion, d’une île volcanique, d’un milliardaire manipulateur et d’un temple souterrain visité par des présences venues d’ailleurs, l’album devient une traversée du seuil, une descente dans la mémoire enfouie du monde, puis une remontée vers une lumière que nul ne pourra vraiment retenir.

Vol 714 pour Sydney appartient à cette zone tardive de l’œuvre de Georges Remi, dit Hergé, où l’aventure tintinienne cesse peu à peu d’être conquête du monde pour devenir interrogation sur le réel lui-même. Né en 1907 à Etterbeek et disparu en 1983 à Woluwe-Saint-Lambert, Georges Remi a donné au XXe siècle l’une de ses mythologies graphiques majeures. Depuis Tintin au pays des Soviets jusqu’à Tintin et l’Alph-Art – 24e et dernier album de la série de bande dessinée Les Aventures de Tintin –, en passant par Le Lotus bleu, Le Secret de la Licorne, Le Trésor de Rackham le Rouge, Les Sept Boules de cristal, Objectif Lune, On a marché sur la Lune ou Les Bijoux de la Castafiore, Hergé n’a pas seulement bâti une œuvre d’aventure. Il a inventé une grammaire de la clarté, une science du trait, une dramaturgie de l’espace, une manière de faire tenir l’enfance et la métaphysique dans une même case.

Publié en 1968, Vol 714 pour Sydney surgit dans un monde travaillé par la vitesse, l’aéronautique, la guerre froide, les milliardaires, les médias, l’hypnose, les sciences parallèles et la fascination extraterrestre.

L’avion y est davantage qu’un moyen de transport

Il devient l’arche moderne, le vaisseau suspendu entre la terre ancienne et le ciel des révélations. Le voyage annoncé vers Sydney n’aura jamais lieu comme prévu, car l’itinéraire véritable se joue ailleurs, dans cette déviation initiatique par laquelle toute route profane se transforme en épreuve. Le vol régulier se change en détour, puis en rapt, puis en errance sur une île volcanique. À partir de cet instant, le récit quitte la géographie ordinaire pour rejoindre la topographie intérieure des mythes.

Le nombre 714 mérite d’être entendu comme une clef symbolique

Et non comme une preuve cachée qui réduirait l’album à un rébus, mais comme une chambre d’écho offerte à la lecture initiatique. Le sept ouvre vers la totalité spirituelle, les jours de la Création, les degrés de l’ascension, les planètes traditionnelles, les métaux de l’alchimie. Le un ramène au principe, au centre, à l’axe, à cette unité sans laquelle nul voyage ne peut retrouver son orientation. Le quatre désigne la terre, la matière, les éléments, les points cardinaux, le carré du monde visible.

Sept, un et quatre composent ainsi une étrange formule de passage.

L’esprit, le centre et la matière y sont appelés à se rencontrer

Leur addition donne douze, nombre du cycle accompli, du zodiaque, des tribus, des apôtres, de la ronde cosmique. Réduit encore, douze devient trois, nombre du ternaire, de la médiation et de la triangulation. Vol 714 pour Sydney porte donc, dans son titre même, la vibration d’un trajet qui va de la multiplicité du monde vers une révélation ternaire, avant que tout soit rendu au silence.

Le génie d’Hergé tient ici à ce qu’il ne théorise jamais cette profondeur

Il la laisse agir sous le rire, sous les coups, sous les maladresses, sous l’extravagance du milliardaire Laszlo Carreidas, sous la brutalité caricaturale de Roberto Rastapopoulos, sous la fidélité obstinée de Milou, sous la colère du capitaine Haddock, sous la présence presque sacerdotale du professeur Tryphon Tournesol. Chacun avance comme il peut dans cette fable de la dépossession. Les puissants veulent posséder, voler, contraindre, arracher un secret ou une fortune. Les vrais compagnons, eux, ne possèdent rien, sinon leur fidélité. La morale d’Hergé, à cet endroit, n’est pas moralisatrice. Elle est initiatique. Les êtres les plus rusés ne comprennent pas le mystère qu’ils approchent. Les êtres les plus disponibles le traversent sans le retenir.

Le temple souterrain constitue le cœur noir et lumineux de l’album

Il n’est ni ruine exotique ni curiosité archéologique. Il apparaît comme une matrice de pierre, un sanctuaire antérieur aux religions historiques, un lieu où la mémoire humaine rejoint une mémoire plus vaste. Les statues massives, les couloirs, les portes, les passages, les machines silencieuses, la présence du volcan et la proximité de la mer composent une architecture de l’initiation. Nous y retrouvons les grandes images de toute voie intérieure. La descente dans la caverne, l’épreuve de l’obscur, le labyrinthe, la menace du feu, la perte des repères, la rencontre avec l’inconnu, puis la sortie vers une lumière qui ne livre jamais tout son nom. À cet égard, Vol 714 pour Sydney dialogue secrètement avec la tradition maçonnique, non par appartenance directe, mais par affinité de structure. L’album connaît la puissance du seuil, la nécessité de l’épreuve, la valeur de la fraternité et l’impossibilité de transmettre pleinement ce qui ne peut être vécu que de l’intérieur.

La présence extraterrestre, loin d’appauvrir le mystère, lui donne une forme moderne

Hergé capte l’imaginaire des années 1960, nourri de soucoupes volantes, de parapsychologie, de pouvoirs mentaux et de récits d’anciens visiteurs. Pourtant, ce merveilleux spatial ne fait pas de l’album une œuvre de science-fiction au sens étroit. Il prolonge, avec les outils symboliques de son temps, la vieille interrogation religieuse sur les messagers venus d’en haut. Les anges, les dieux, les initiateurs, les maîtres invisibles, les voyageurs stellaires appartiennent à des langues différentes, mais tous désignent cette même inquiétude humaine devant une intelligence qui dépasse notre mesure. Chez Hergé, cette intelligence ne se livre jamais comme doctrine. Elle effleure, sauve, efface, puis se retire.

L’effacement final de la mémoire est l’un des gestes les plus troublants de l’album

Les personnages ont vu, mais ne pourront presque rien dire. Ils ont traversé un événement majeur, mais ce savoir leur échappe. Cette amnésie apparente possède une force spirituelle rare. Elle rappelle que l’initiation véritable ne s’archive pas comme un rapport de police. Elle travaille dans la profondeur de l’être, parfois à l’insu de celui qui l’a reçue. Nous croyons avoir oublié, alors que quelque chose en nous a été déplacé. La mémoire extérieure disparaît, la trace intérieure demeure. C’est peut-être ici que Vol 714 pour Sydney devient le plus maçonnique. Il affirme que la lumière ne s’emprisonne pas. Elle se reçoit, se perd, se cherche encore. Elle ne fonde pas une domination, elle exige une transformation.

Le rire lui-même participe de cette alchimie

Hergé pousse parfois la farce très loin, jusqu’à une bouffonnerie presque grinçante. Mais cette légèreté n’annule pas la profondeur. Elle la protège. La bande dessinée, chez Georges Remi, sait que le mystère devient pesant lorsqu’il cesse de sourire. Le capitaine Haddock, emporté par ses emportements, Laszlo Carreidas, enfant capricieux enfermé dans le corps d’un magnat, Roberto Rastapopoulos, criminel réduit à sa propre gesticulation, composent une humanité dérisoire devant l’immensité. Le temple, le volcan, la mer et le ciel rappellent que l’homme moderne peut posséder des avions, des radios et des fortunes, mais qu’il reste nu devant la grande inconnue.

Vol 714 pour Sydney est ainsi moins un détour dans la série qu’un miroir tardif tendu à toute l’œuvre

Tintin, qui avait parcouru le monde, atteint ici un lieu où le monde se dérobe. L’aventure ne conduit plus vers un trésor matériel, une victoire politique ou une réparation morale. Elle conduit vers un blanc, un effacement, une énigme conservée. L’album nous parle de ce qui arrive lorsque l’héroïsme rencontre l’inexplicable. Il ne renonce pas à l’action, mais il la subordonne à une question plus haute. Que vaut l’homme lorsqu’il ne maîtrise plus le récit de ce qui lui arrive. Que reste-t-il de l’expérience lorsque la preuve manque. Que savons-nous vraiment après avoir traversé le feu, la nuit, la peur et le silence.

Sous ses couleurs vives, Vol 714 pour Sydney est une chambre initiatique ouverte dans le ciel de l’enfance. Georges Remi, dit Hergé, y confie à Tintin l’une de ses plus étranges missions. Non plus dévoiler le monde, mais accepter que le monde garde une part de nuit. Le vol annoncé vers Sydney devient alors un voyage vers l’invisible, et le nombre 714, suspendu comme un signe au-dessus de l’album, ressemble à une formule de passage. Sept pour l’élévation, un pour le centre, quatre pour la terre. Entre les trois, un chemin s’ouvre. Et dans ce chemin, la bande dessinée rejoint la plus ancienne sagesse des initiés. Toute lumière reçue ne se possède pas. Elle oblige.

Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre de Georges Remi, nous ne reproduisons aucune image issue des albums, ni couverture, ni planche, ni élément graphique identifiable. Les illustrations accompagnant cet article sont des créations originales, conçues sans reprise de l’univers visuel protégé.

Les Aventures de Tintin – Vol 714 pour Sydney  

Hergé – Casterman, 1993, 62 pages, 12,50 €

GLMF : Rififi entre le Conseil de l’Ordre et le Grand Commandeur

Pourquoi le Conseil de l’Ordre de la Grande Loge Mixte de France veut-il la peau du S.C.M.F. ?

A l’instar de nombreuses Obédiences dont les Loges travaillent au Rite Ecossais Ancien et Accepté, la Grande Loge Mixte de France (GLMF) représentée par son Grand Maître Felix Natali, est unie au Suprême de Conseil Mixte de France (SCMF) par une convention aménageant les relations entre les deux entités, et garantissant l’autonomie de chacun, s’agissant des travaux au-delà du Grade de Maître. Alors que les relations entre ces deux structures sont sereines et pacifiées depuis près de dix années, il semble que le Conseil de l’Ordre de la GLMF représenté par Félix Natali ait pris la décision d’inciter l’actuel Souverain Grand Commandeur à quitter ses fonctions au plus vite.

Comme chaque année, l’assemblée générale du SCMF est réunie du 29 au 31 mai 2026, pour délibérer sur les questions usuelles (comptes, travaux) et pour procéder à l’élection du nouveau Bureau. En début d’année 2026, quelques membres du SCMF ont travaillé sur la mise en place d’une liste « alternative » et démarché des candidats susceptibles d’y figurer. A la suite des remous suscités par cette initiative, des tensions ont émergé au sein du Suprême Conseil de Mixte de France, et les membres dissidents ont pris l’attache du Conseil de l’Ordre de la Grande Loge Mixte de France pour faciliter leurs desseins.

Selon plusieurs sources proches du dossier, des « plaintes » concomitantes ont ainsi été rédigées par plusieurs desdits membres et adressées au Conseil de l’Ordre de la GLMF, aux fins d’évincer l’actuel Souverain Grand Commandeur dans le cadre d’une procédure interne à la GLMF, et non dans le cadre des élections annuelles au sein du SCMF. C’est dans ce contexte, qu’une procédure disciplinaire a été ouverte par la GLMF en mars 2026 à l’encontre du Grand Commandeur sur des faits présentés comme du « harcèlement », à l’initiative exclusive de membres dissidents du SCMF.

Plusieurs observateurs s’interrogent toutefois sur le cadre retenu, la GLMF étant constituée en Fédération de loges et n’exerçant pas, sauf exception, de pouvoir disciplinaire direct sur les personnes physiques. Dans cette Obédience particulièrement attachée à la liberté de ses membres, le Conseil de l’Ordre doit selon le règlement intérieur de la GLMF saisir les Loges, qui exercent directement la discipline sur leurs membres personnes physiques.

C’est pourtant une procédure inédite et exceptionnelle qui aurait été retenue par le Conseil de l’Ordre. Selon plusieurs sources, le représentant du SCMF a été convoqué le 26 mars 2026 à une réunion fixée au 2 mai 2026, sans jamais avoir eu une connaissance précise des griefs formulés à son encontre. À l’approche de l’assemblée générale du SCMF, le Conseil de l’Ordre a ensuite directement saisi le 18 mai 2026 le Cercle des Sages, instance de contrôle et d’appel, afin qu’elle prononce directement à l’encontre du Grand Commandeur une suspension conservatoire à effet immédiat, ainsi qu’une sanction disciplinaire d’un an.

Le 23 mai, le Cercle des Sages se serait servilement empressé d’adresser au Conseil de l’Ordre une décision de suspension conservatoire, sans même prendre soin d’une notification directe à l’intéressé.

Cette séquence étonnante alimente des interrogations et des critiques :

  • Pourquoi une décision soudaine de suspension conservatoire plus de deux mois après les poursuites initiales et quelques jours avant l’assemblée générale du SCMF ?
  • Pourquoi contourner le pouvoir disciplinaire de la Loge, expressément inscrit dans les textes ?
  • Pourquoi, enfin, s’immiscer dans le fonctionnement d’une structure juridiquement indépendante, alors que la convention prévoit la réunion d’une commission mixte paritaire en cas de difficulté ?

Plusieurs voix relèvent qu’il s’agit, en près de 45 années, d’une première dans l’histoire de la GLMF, par la nature des faits reprochés, par l’agenda choisi, et enfin par la procédure utilisée.

A qui le Conseil de l’Ordre souhaite-t-il faire plaisir : à son Grand Maître, à certains membres du SCMF, ou bien encore à une Obédience externe ?

Ce deuxième volet de la série des coups de projecteurs consacrés à la Grande Loge Mixte de France, nous amène sérieusement à nous interroger sur les soudains remous d’une maison habituellement si tranquille. Selon les témoins proches du Grand Maître Félix Natali, il n’est habituellement pas connu comme un « querelleur ». Serait-il sous influence ?

Nous nous retrouverons la semaine prochaine pour un troisième volet tout aussi surprenant.
Bon week-end… à suivre.

Autre article de la série

ATHANOR : Revue de presse hebdo – N°9

Quand le silence médiatique succède au fracas judiciaire

Après plusieurs semaines d’une couverture nourrie, parfois haletante, parfois sidérante, le procès Athanor semble entrer dans une phase moins spectaculaire. Le bruit médiatique s’estompe. Les articles se raréfient.

Reste pourtant l’essentiel, un procès toujours en cours, une affaire d’une gravité extrême, et une question qui demeure pour le monde maçonnique, comment une telle mécanique de soupçon, de confusion et de violence a-t-elle pu être associée, même indirectement, à l’univers initiatique dont elle constitue l’exact renversement ?

Depuis le début de cette revue de presse hebdomadaire consacrée à l’affaire Athanor, 450.fm s’est efforcé de suivre, semaine après semaine, ce procès hors norme.

Non par goût du sensationnel

Non par fascination pour la noirceur. Mais parce qu’un tel dossier, impliquant vingt-deux accusés, des figures liées au renseignement, des policiers, des militaires et une structure se réclamant d’un environnement maçonnique, ne pouvait être laissé aux seules interprétations approximatives, aux amalgames faciles ou aux récupérations antimaçonniques.

Or cette semaine marque peut-être un tournant

Le sensationnel étant passé, peu d’articles voient désormais le jour. Le procès se poursuit, mais le flux médiatique se réduit. Les grandes révélations semblent moins nombreuses. Les comptes rendus deviennent plus espacés. La presse généraliste, après avoir largement relayé les premiers jours d’audience, paraît désormais se détourner d’un dossier long, complexe, parfois technique, où les responsabilités individuelles se dessinent lentement devant la cour.

C’est pourquoi 450.fm ne souhaite plus entretenir artificiellement cette revue de presse hebdomadaire lorsque la matière publiée devient trop mince.

Il ne s’agit pas d’abandonner le suivi de l’affaire, mais de ne pas transformer le silence relatif de l’actualité en répétition inutile

Le procès étant officiellement audiencé du 30 mars au 16 juillet 2026 au tribunal judiciaire de Paris, salle 2.01, nous reviendrons naturellement à son issue, autour de la mi-juillet, et plus tôt si l’actualité le nécessite.

Car cette triste et lamentable affaire, qui éclabousse l’image publique de toute la franc-maçonnerie alors même qu’elle en trahit les principes les plus élémentaires, exige autre chose qu’une chronique du scandale.

Elle appelle vigilance, lucidité et discernement

Elle oblige aussi les francs-maçons à rappeler que l’initiation n’est pas un décor, que la fraternité n’est pas un réseau d’influence, et que le secret maçonnique n’a jamais eu vocation à couvrir la confusion, la manipulation ou la violence.

Revue de presse hebdo – N°9

Dans l’ordre chronologique

22 mai 2026 – Mediapart – Matthieu Suc
« Procès Athanor – au centre des débats, ce que savaient les services de renseignement »

Mediapart revient sur un point particulièrement sensible du dossier, celui de ce que les services de renseignement auraient pu savoir, ou ne pas savoir, avant certains faits au cœur de l’affaire. Entendu comme témoin, un ancien lieutenant-colonel du service action de la DGSE affirme avoir alerté plusieurs semaines avant une tentative d’assassinat visant Marie-Hélène Dini, au sujet d’une opération en cours visant « une Israélienne ». Le journal souligne que ce témoin cherche d’emblée à se tenir à distance du dossier Athanor, tout en éclairant l’un des nœuds les plus troublants du procès, la porosité supposée entre fantasmes d’opérations clandestines, usages dévoyés du vocabulaire du renseignement et passage à l’acte criminel. Lien vers l’article https://www.mediapart.fr/journal/france/220526/proces-athanor-au-centre-des-debats-ce-que-savaient-les-services-de-renseignement

27 mai 2026 – La Dépêche du Midi – Martin Planques
« Procès Athanor – comment Laurent Pasquali, pilote auto abattu dans son garage, s’est retrouvé ciblé par le réseau criminel organisé dans la loge maçonnique »

Le pilote Laurent Pasquali – Source Lesvoitures.fr Par Steeve Arrignon

La Dépêche du Midi consacre un long article au volet Laurent Pasquali, pilote automobile assassiné en 2018. Le quotidien rappelle que vingt-deux personnes sont jugées jusqu’à la mi-juillet pour des faits allant jusqu’au meurtre, dans un dossier mêlant manipulations, contrats criminels, acteurs proches du renseignement et personnes gravitant autour de la loge Athanor. Laurent Pasquali, abattu dans un parking des Hauts-de-Seine, est présenté comme la seule victime tuée dans cette affaire. Son corps n’avait été retrouvé qu’un an plus tard en Haute-Loire. L’article détaille aussi la relation avec les époux Maarek, la dette non remboursée, puis l’entrée en scène de Frédéric Vaglio, rencontré dans l’environnement d’Athanor, et la transformation d’un litige financier en mission criminelle présumée. Lien vers l’article https://www.ladepeche.fr/2026/05/27/proces-athanor-comment-laurent-pasquali-pilote-auto-abattu-dans-son-garage-sest-retrouve-cible-par-le-reseau-criminel-organise-dans-la-loge-maconnique-13390082.php

Rappel judiciaire

Procès du dossier Athanor pour vingt-deux hommes et femmes liés à un meurtre et à divers autres projets criminels
Cour d’assises de Paris
Tribunal judiciaire de Paris, salle 2.01

Audiencé du 30 mars au 16 juillet 2026 selon l’Association de la Presse Judiciaire. La Dépêche du Midi évoque pour sa part une réponse attendue le 17 juillet. Procès audiencé au tribunal judiciaire, salle 2.01

Ainsi se referme provisoirement cette neuvième revue de presse

Non comme une clôture,

mais comme une veille mise en réserve.

Lorsque la lumière judiciaire aura poursuivi son travail, lorsque les débats auront livré leur pleine mesure, lorsque la cour aura rendu sa décision, 450.fm reprendra le fil. Car dans cette affaire où le nom d’Athanor, symbole de transmutation, aura été tragiquement associé à la boue des passions humaines, il faudra bien distinguer, avec rigueur, ce qui relève du crime, ce qui relève du fantasme, et ce qui relève de l’ombre portée sur une franc-maçonnerie qui n’a rien à gagner au silence, mais tout à retrouver dans la clarté.

Coast ouvre ses cœurs pour collecter des fonds pour les enfants malades

De notre confrère australien coastcommunitynews.com.au

Les francs-maçons de la loge Central Coast n° 2001 ont récemment retroussé leurs manches et se sont mis au travail dans un véritable esprit de mobilisation citoyenne, récoltant 10 000 $ pour l’association Business with a Heart.

Les événements de collecte de fonds comprenaient des barbecues communautaires au Narara Miniature Railway et au Bunnings Warehouse de West Gosford. Ces événements ont non seulement permis de récolter des fonds, mais ont également renforcé les liens locaux avec les familles, les clients et les bénévoles qui contribuent tous à la cause. Grâce à des efforts constants et au soutien de la communauté, la loge a récolté 5 000 $ et, avec l’aide de Masonicare, l’organisme de bienfaisance de la Grande Loge des francs-maçons, ce montant a ensuite été doublé pour atteindre un total de 10 000 $.

Les fonds ont été officiellement remis lors du prestigieux dîner de réseautage annuel de Business with a Heart à Sydney, une soirée qui a réuni des sympathisants, des défenseurs et des acteurs du changement unis par un objectif commun. Lors de cet événement, Jim Noble a participé à une table ronde où il a évoqué le travail des francs-maçons et l’engagement profond des loges envers les œuvres caritatives locales. Son message a réaffirmé une longue tradition de service – discrète, constante et animée par un véritable souci de la communauté. Pour ajouter une touche de légèreté à la soirée, Wonder-Bear, la mascotte adorée de Business with a Heart, a « flairé » le succès de la collecte de fonds et, en reniflant le chèque de présentation, l’a apporté sur scène où il a été officiellement remis à Tania Mastroianni par Paul Kelly et M. Noble.

L’histoire de Tania est une histoire de résilience et de détermination.

Diagnostiquée in utero d’une cardiopathie congénitale, une affection qui demeure la principale cause de mortalité infantile en Australie, emportant quatre jeunes vies chaque semaine, elle a dû faire face à des défis extraordinaires et les a surmontés. Après plusieurs opérations à cœur ouvert, elle a pris la décision courageuse de vivre pleinement sa vie et de rendre service aux autres. Cette décision a donné naissance à une entreprise à vocation sociale. La mission de l’organisation est simple mais profonde : faire en sorte que le plus grand nombre possible d’enfants malades reçoivent un ours en peluche spécial pour les accompagner durant leur séjour à l’hôpital.

Grâce au dévouement du Central Coast Lodge, cette mission prend vie localement.

Les membres de la loge sont fiers de soutenir la distribution d’ours en peluche à l’hôpital de Gosford, contribuant ainsi à égayer le quotidien des jeunes patients et à apporter du réconfort à leurs familles. Dans un monde qui peut souvent paraître complexe et accablant, il est bon de se rappeler qu’un impact significatif ne nécessite pas toujours de grands gestes. Parfois, tout commence par un barbecue, une intention partagée – et un ours en peluche placé dans les bras d’un enfant qui en a le plus besoin.