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Adoniram 3000 : « Parce qu’il n’y a pas que les grands dans la vie »

Dans l’univers discret et symbolique de la Franc-maçonnerie, où les rituels et les décors portent une charge historique et spirituelle profonde, un nouveau venu fait sensation. Adoniram 3000, une boutique en ligne spécialisée dans les décors maçonniques, bouscule les habitudes en proposant des produits de qualité à des prix défiant la concurrence.

Inspiré par la légende biblique d’Adoniram, l’intendant du Roi Salomon chargé des matériaux pour le Temple de Jérusalem, ce projet est l’œuvre d’un Franc-maçon expérimenté qui, après 30 ans de pratique, a décidé de révolutionner le marché. Nous avons rencontré son fondateur – que nous appellerons simplement « Adoniram » pour préserver son anonymat maçonnique – pour une interview exclusive. Entre anecdotes personnelles et critiques du système existant, il nous raconte comment il est devenu le « chevalier blanc » des Sœurs et Frères en quête d’équipements abordables.

Des racines maçonniques profondes

Le nom « Adoniram 3000 » n’est pas choisi au hasard. Il évoque directement la figure biblique d’Adoniram, fidèle du Roi Salomon, souvent cité dans les rituels maçonniques. Comme l’explique notre interviewé, ce choix symbolise une continuité avec l’histoire antique de la Franc-maçonnerie.

450.fm : Pouvez-vous nous expliquer l’origine du nom de votre entreprise et son lien avec la franc-maçonnerie ?

Adoniram : Dans la légende d’Hiram, Adoniram était l’homme de confiance du Roi Salomon, chargé, entre autres, de l’approvisionnement des matériaux destinés à la construction du premier Temple. On se souviendra de l’épisode au cours duquel le Roi Salomon, faisant visiter son Temple à la Reine de Saba, invita Adoniram, qui se tenait modestement à l’écart, à les rejoindre pour le présenter à son auguste visiteuse ; et de ce geste qu’il fit pour ce faire, resté symboliquement dans nos rituels… C’était il y a 3000 ans.

J’ai choisi ce nom pour honorer cette tradition, en modernisant l’approvisionnement des « matériels » maçonniques d’aujourd’hui.

Un Parcours Initiatique Tumultueux

Adoniram n’est pas un novice. Son chemin maçonnique, marqué par les crises internes des obédiences françaises, l’a conduit à une prise de conscience sur le coût des décors.

450.fm : Racontez-nous votre parcours en Franc-maçonnerie et comment il vous a mené à créer Adoniram 3000.

Adoniram : Né au Rite Émulation à la GLNF en 1992, j’ai subi, comme nombre d’entre nous, l’implosion de cette obédience dans les années 2010. Après une période que nous appelions Myosotis, j’ai rejoint la GLTSO et le Rite Standard d’Écosse à Tours – berceau de la contestation. Pendant 30 ans, j’ai eu l’occasion d’acheter décors sur décors, de la Loge bleue aux degrés du Grand Chapitre de l’Arche Royale d’Écosse ; ma garde-robe s’est remplie au fur et à mesure que mes finances en pâtissaient. Mais quand on aime…

450.fm : Qu’est-ce qui a déclenché votre décision de lancer cette entreprise ?

Adoniram : Et puis, un jour de 2022, à l’occasion d’un échange avec un Frère qui avait été en charge des achats de décors au niveau national, j’ai découvert ce monde des marchands (du Temple ?!) et la culture du profit généré par cette clientèle relativement captive que sont les Sœurs et les Frères. Je dis captive, dans ce sens qu’on ne l’avoue pas, mais on ne se pose guère de questions lorsqu’il faut acheter de nouveaux décors ; à la GLNF, c’était naturellement chez SCRIBE ; ailleurs, on fait confiance à ceux qui savent, soit des structures issues de l’obédience dans laquelle on se trouve, comme Eosphoros à la GLAMF, ou la même structure au GODF, soit des Frères Secrétaires ou Trésoriers expérimentés.

Avec une kyrielle de sites et de boutiques qui lavent tous plus blanc que blanc, fabricants et importateurs (l’un ou l’autre ou les deux). Il ajoute que, au Rite Standard d’Écosse, les approvisionnements venaient traditionnellement de Victoria Régalia à Édimbourg, mais le Brexit a rendu cela intouchable. Face à une pléthore d’offres aux prix exorbitants, qui pèsent sur les budgets déjà chargés par les capitations, locations de Temples, agapes et déplacements, Adoniram a vu une opportunité.

450.fm : Vous vous présentez comme un « chevalier blanc ». Comment avez-vous structuré votre entreprise pour défier les barons du marché ?

Adoniram : J’ai donc échangé judicieusement avec ce Frère expérimenté qui m’a fait l’amitié de guider mes premiers pas dans cette jungle après que je lui aie dit que je me voyais bien en Chevalier blanc pour affronter les barons opérant depuis des décennies, pour certains d’entre eux, et permettre à mes Sœurs et Frères d’assumer le cœur plus léger leurs obligations vestimentaires. Il n’y a pas de recette miracle, et je livre volontiers la mienne. Le choix d’un partenaire fiable et expérimenté : je l’ai trouvé, sur le conseil de mon Frère référent, au Pakistan. Sans failles depuis 3 ans. En France, la structure est minimaliste : Une structure ultra légère, sous régime de l’auto-entreprise ; ma retraite suffit largement à mes besoins et je ne recherche pas de revenus complémentaires – d’où des marges dites de sécurité. Pas de locaux dévolus. Pas de stocks : flux tendu, avec en contrepartie des délais de livraison relativement longs (6 semaines, environ) ; en Maçonnerie, comme ailleurs, gouverner, c’est prévoir !

Un bénévolat opératif de Sœurs et de Frères en cas de coup de bourre. Tous les articles arrivent chez moi, sont contrôlés qualitativement et réexpédiés à leurs destinataires par messagerie du type Mondial Relay ou autres. Une réactivité à toute épreuve : nous sommes à l’écoute de midi à minuit, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Un site internet – www.Adoniram3000.com – modeste et largement non exhaustif : nous répondons positivement à toutes les demandes des principaux Rites et de tous leurs degrés complémentaires sous 24h maxi avec photos, prix et délais.

Le Succès par le Bouche-à-Oreille et la Qualité

Adoniram 3000 a rapidement conquis les initiés grâce à une communication authentique et des prix bas, sans compromis sur la qualité.

450.fm : Comment expliquez-vous le succès rapide de votre boutique ?

Adoniram : Et ça fonctionne superbement, le bouche-à-oreille maçonnique surpasse tous les tam-tams de brousse et autres signaux de fumée des Indiens d’Amérique ! Ma Sœur, mon Frère, si tu ne connais pas encore Adoniram 3000, … interroge-moi et mets-moi à l’épreuve !

Pour illustrer les économies, Adoniram propose un « quizz » des prix : un tablier d’Apprenti en cuir avec poche pour gants ? Une paire de gants blancs en coton ? Un tablier de Maître au REAA ? Etc.

Toutes les réponses sont sur www.Adoniram3000.com et vous serez très surpris des résultats ! »

450.fm : Pourquoi insistez-vous sur la qualité, comme l’utilisation exclusive de cuir ?

Adoniram : Pourquoi, d’ailleurs, concernant nos tabliers, préciser qu’ils sont en cuir ? Chez nous le vinyle est exclu : ne parle-t-on pas dans nos rituels du tablier d’Apprenti en peau d’agneau ? Alors, le dévoyer pour gagner trois sous en le remplaçant par du faux cuir, quelle tristesse !

Il cite des exemples de produits d’exception : « Et si vous cherchez des décors d’exception, comme la mitre de CPTSAR (Chevalier Prêtre de la Sainte Arche Royale) nous vous la fabriquons à votre taille pour 58€, ou ce sautoir personnalisé commandé par des Frères du RFT pour honorer leur VM, à 48€. »

Une aventure symbolique et fraternelle

Au-delà du commerce, Adoniram voit son projet comme une extension de la pratique maçonnique.

450.fm : Quel est le sens plus profond de cette initiative pour vous ?

Adoniram : Adoniram 3000 est une superbe aventure qui permet à ceux qui s’y intéressent de découvrir toutes les richesses qui se cachent dans les symboles des différentes façons de pratiquer la Franc-maçonnerie. Une aventure qui, comme chacun d’entre-nous, inlassablement, taille sa pierre !

En conclusion, Adoniram 3000 n’est pas seulement une boutique : c’est un vent de fraîcheur dans un marché traditionnellement complexe, rendant la Franc-maçonnerie plus accessible. Comme le dit son fondateur, c’est une façon de « tailler sa pierre » pour le bien de la communauté.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.Adoniram3000.com

Les secrets oubliés des premiers Juifs initiés en Angleterre

Dans l’Angleterre des XVIIIe et XIXe siècles, être Juif, c’est encore porter la marque d’un retour fragile après l’expulsion, et avancer au milieu de barrières civiles, de préjugés sociaux, de soupçons religieux. À rebours des fantasmes, l’étude de John M. Shaftesley (Quatuor Coronati Lodge) montre, archives à l’appui, comment la franc-maçonnerie anglaise devint pour certains une porte latérale vers la cité. Ni paradis ni complot, mais un atelier où l’universel d’Anderson se mesure aux hommes, à leurs noms, à leurs dates, à leurs combats.

Hanouka, la « Fête des lumières »

Certains sujets, comme les relations entre les Juifs et la franc-maçonnerie, sont souvent entourés de mythes, de stéréotypes et de théories conspirationnistes. Pour clarifier ces questions, il est préférable de s’appuyer sur des sources historiques et archivistiques vérifiées plutôt que sur des réactions émotionnelles. Or, la meilleure manière de dissiper les brumes n’est pas de s’indigner, mais de rallumer les lampes, une à une, à hauteur d’archives – comme on allume les lumières en cette période d’Hanoucca pour chasser l’obscurité.

C’est précisément l’ambition de la grande tradition de recherche maçonnique anglaise

Quand la Quatuor Coronati Lodge n°2076*, première loge de recherche au monde, choisit l’école des preuves plutôt que les histoires “imaginatives”, elle invite à une ascèse simple : revenir aux textes, aux registres, aux minutes, aux dates.

Dans Ars Quatuor Coronatorum (AQC), volume 92 (année 1979, publié en 1980), Bro. John M. Shaftesley livre ainsi une étude devenue classique : “Jews in English Freemasonry in the 18th and 19th Centuries”, un travail consacré aux premiers pas, puis à l’essor, de la présence juive dans la maçonnerie anglaise des XVIIIe et XIXe siècles.

D’un bannissement à une porte entrouverte : le décor so british

Pour comprendre ce que signifie, au XVIIIe siècle, « entrer en Loge » lorsqu’on est juif en Angleterre, il faut regarder l’état civil avant de regarder le rite.

L’Angleterre a connu l’expulsion des Juifs en 1290 (édit d’Édouard Ier). Le retour ne se fait pas par un grand acte solennel, mais par une réinstallation progressive, où le rôle de Cromwell est décisif au milieu du XVIIe siècle (1656 est la date fréquemment retenue pour la réadmission).

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Ce rappel n’est pas anecdotique

Il dit une chose essentielle : les Juifs qui apparaissent ensuite dans les premiers registres maçonniques ne sont pas « déjà chez eux » dans la nation. Ils vivent une intégration lente, souvent entravée, au milieu de préjugés religieux et sociaux. La Loge n’est pas un monde parallèle, mais un espace de respiration dans un monde qui serre.

Et ce qui rend possible cette respiration tient dans une formule fondatrice de 1723. Les Constitutions d’Anderson affirment qu’on n’oblige plus les maçons à la religion d’un pays, mais à “cette Religion sur laquelle tous les hommes s’accordent”, afin que la maçonnerie devienne “centre d’union”.
Ce passage n’est pas une baguette magique : il n’abolit pas les préjugés. Il trace toutefois une ligne de principe, et cette ligne va compter.

Les années 1720 – 1730 : les premiers noms, la première épreuve

Vue du Goose and Gridiron, lieu ou fut fondée la Première Grande Loge d’Angleterre et de Westminster

John M. Shaftesley montre que des Juifs apparaissent très tôt dans l’environnement de la Grande Loge dite “Moderne” (1717), et dans des loges londoniennes où la sociabilité urbaine, commerçante, cosmopolite, facilite des proximités que la loi et les mœurs ne consacrent pas encore.

On observe un fait significatif : les premiers ne sont pas un bloc homogène, mais souvent des Sépharades (réseaux ibériques, néerlandais, méditerranéens) et, plus tard, des Ashkénazes venus des mondes germanophones et d’Europe de l’Est. Cette diversité interne est capitale, car elle interdit la caricature. L’histoire des Juifs dans la maçonnerie anglaise est aussi une histoire de langues, de métiers, de degrés d’assimilation, de piété vécue différemment.

Un exemple particulièrement parlant, parce qu’il touche à la culture autant qu’à l’initiation : Moses Mendez (c. 1690–1758), poète et dramaturge d’origine juive, est attesté comme franc-maçon et associé à la vie de la Grande Loge au XVIIIe siècle.

Ce détail vaut symbole

La Loge, à Londres, n’est pas seulement un refuge pour la finance ou le commerce. Elle est aussi un carrefour de plume, de scène, de sociabilité éclairée.

Faut-il idéaliser ? Non. Même au sein des loges, l’égalité proclamée se heurte à des réflexes sociaux. Le principe andersonien n’efface pas d’un trait les habitudes chrétiennes de langage, ni certaines crispations. Mais il offre un cadre pour arbitrer, pour déplacer, pour “travailler” le préjugé au lieu de s’y soumettre.

1753 : la société anglaise recule, la Loge continue d’avancer

Capture d’écran – source https aba.org.uk

L’année 1753 est un révélateur. Le “Jew Bill” (Jewish Naturalisation Act) est voté, puis violemment contesté, avant d’être rapidement abrogé.
C’est l’Angleterre au miroir d’elle-même : capable d’ouverture, mais promptement ramenée en arrière par la peur et la rumeur.

Dans ce contexte, la franc-maçonnerie ne devient pas un “contre-État”. Elle fait autre chose, plus discret et plus profond : elle habitue des hommes qui ne se seraient peut-être jamais appelés Frère à se regarder autrement. C’est lent, imparfait, inégal, mais réel. Et c’est justement ce que l’histoire documente quand elle descend au niveau des registres, des affiliations, des carrières.

XIXe siècle : émancipation civique et visibilité maçonnique

Le XIXe siècle change la donne. L’émancipation des Juifs en Grande-Bretagne se fait par étapes, jusqu’au tournant décisif de 1858 (Jews Relief Act), qui permet notamment à Lionel de Rothschild de siéger effectivement à la Chambre des communes après de longues années de blocage sur la question du serment.

Sir Moses Haim Montefiore

Là encore, le lien avec la maçonnerie est moins celui d’un “complot” que celui d’un climat culturel : plus l’espace public s’ouvre, plus la présence juive devient visible dans les institutions, y compris maçonniques.

Et c’est ici que se dresse une figure-axe, presque un pilier de porche tant son nom relie philanthropie, respectabilité anglaise et action internationale : Sir Moses Montefiore. Les sources rappellent qu’il devient franc-maçon en 1812 (Moira Lodge n°92).

Sir Moses Montefiore incarne une idée très anglaise

La charité comme responsabilité, l’influence comme devoir. Et, sur le plan initiatique, il incarne surtout une évidence : la fraternité n’a de sens que si elle se traduit. Il ne suffit pas de proclamer l’universel, il faut le faire passer dans des actes, des secours, des interventions, une diplomatie de l’humanité.

Freemasons’ Hall

Ce que l’initiation change vraiment : du “Juif” abstrait à l’homme nommé

On comprend alors ce que John M.Shaftesley, et plus largement la méthode Quatuor Coronati, viennent contredire avec force : la fabrication d’un « Juif » abstrait, silhouette commode des fantasmes. L’archive, au contraire, rend des visages, des biographies, des appartenances concrètes. Elle fait tomber le masque de la généralité.

Et c’est une leçon initiatique. Car l’initiation, au fond, ne demande pas d’aimer “l’humanité” en bloc. Elle demande de reconnaître un frère en particulier. D’abolir l’idole mentale pour rencontrer une personne.

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Le Temple de Salomon : quand la présence juive est aussi une présence de mémoire

Il faut enfin évoquer un point que les débats oublient souvent : la présence juive dans l’univers maçonnique ne se réduit pas à des admissions. Elle est aussi une présence de mémoire, parfois indirecte, mais structurante.

Laurence Dermott (Ahiman Rezon)

Le symbole central du Temple de Salomon, si vivant dans l’imaginaire maçonnique, a connu au XVIIe siècle un extraordinaire médiateur : Rabbi Jacob Judah Leon**, qui réalisa un modèle du Temple, exposé notamment à Londres en 1675, et dont l’influence réapparaît au XVIIIe siècle, notamment via Laurence Dermott (Ahiman Rezon).
Que Leon ait été ou non franc-maçon importe moins ici que le fait suivant : la maçonnerie anglaise, en travaillant le Temple, travaille aussi une matière biblique et hébraïque. Elle s’adosse à une mémoire d’Israël, mais la transpose en langage moral, en architecture intérieure.

Voilà un renversement précieux : le Temple n’est pas “pris” au judaïsme, il est reçu comme un héritage commun, puis converti en outil de construction de soi. C’est l’un des lieux où la symbolique maçonnique peut devenir un antidote à l’appropriation agressive : on n’arrache pas, on hérite, on élève, on universalise sans effacer.

Que disent, au total, John M.  et l’école Quatuor Coronati ?

  1. Les Juifs sont présents tôt dans la maçonnerie anglaise, surtout à Londres, dans le sillage d’une sociabilité urbaine et éclairée.
  2. La maçonnerie n’est pas une utopie : elle porte des tensions, des maladresses, parfois des rejets.
  3. Mais elle dispose d’un principe, explicite dès 1723, qui permet de travailler ces tensions : “religion commune”, “centre d’union”, amitié possible entre ceux que l’époque sépare.
  4. Enfin, l’émancipation civique du XIXe siècle (1858 en jalon majeur) élargit naturellement la visibilité des Juifs dans les loges, comme dans le pays.

Il reste, bien sûr, beaucoup à dire. Notamment sur les différences entre loges londoniennes et provinces, sur les trajectoires sociales (banquiers, artisans, savants), sur l’effet des vagues migratoires, et sur la manière dont l’antisémitisme “social” pouvait s’insinuer même là où l’on se disait fraternel.

Mais une chose est acquise dès que l’on accepte la discipline des sources : l’histoire des premiers Juifs en franc-maçonnerie anglaise n’est pas un récit de coulisses. C’est un récit de seuils. D’hommes réels qui franchissent des portes réelles. Et d’une institution qui, sans être parfaite, a parfois su faire ce que les États tardaient à accomplir : reconnaître, dans l’autre, non une religion à tolérer, mais un visage à saluer.

Au bout du compte, ce que révèle cette histoire n’est pas l’ombre, mais le seuil. Les premiers ne sont pas un bloc, encore moins un mythe. Ce sont des trajectoires, des initiations, des minutes de loge, des visages qui prennent place, parfois à contre-temps de la société. Et c’est peut-être cela, la leçon la plus maçonnique : la fraternité n’existe pas dans les déclarations, elle se vérifie dans l’accueil concret.

Quand l’époque enferme, l’Ordre, lui, tente d’ouvrir. Non pour effacer les différences, mais pour apprendre à les faire tenir ensemble, sous la même voûte étoilée.

Quatuor Coronati Lodge N° 2076
Quatuor Coronati Lodge N° 2076

*La Quatuor Coronati Lodge No. 2076 est la première et la plus prestigieuse loge de recherche maçonnique au monde, fondée en 1884 par neuf francs-maçons à Londres et consacrée en 1886 sous la charte de la United Grand Lodge of England (UGLE).

UGLE

Elle adopte une approche fondée sur des preuves pour étudier l’histoire et les traditions de la franc-maçonnerie, et publie annuellement les Ars Quatuor Coronatorum (AQC), un ouvrage annuel de référence contenant ses transactions et recherches.

Cette Respectable Loge se réunit au Freemasons’ Hall, situé à Great Queen Street à Londres, et attire des membres reconnus comme « réguliers » par UGLE du monde entier intéressés par la recherche.

** Pour en savoir plus sur Rabbi Jacob Judah Leon, on consultera utilement l’ouvrage de Yonnel Ghernaouti, Pourquoi les francs-maçons veulent-ils reconstruire le Temple ? (Dervy, 2023), p. 27 et 28.

Rien de trop

Rien de trop, ou l’art de ne pas en faire des caisses

On sait que sur les murs du vestibule (le pronaos) du temple d’Apollon à Delphes, s’offrait aux yeux du pèlerin l’inscription Mèden agan, « rien de trop » (Μηδὲν ἄγαν). Sénèque règle le sens de ce précepte, « rien de trop », sur la compréhension du premier précepte de Delphes « Connais-toi toi-même ».
La juxtaposition des deux formules, bien sûr, n’est pas fortuite. Elle suggère sans doute que le consultant, avant d’interroger la pythie, la prophétesse rendant les oracles au nom d’Apollon, est appelé à mesurer ses limites, en quelque sorte à descendre en lui-même, afin d’éviter de poser une question dont la réponse le conduirait à concevoir des entreprises outrepassant ses propres forces (la limite de la nature, la limite de la raison, la limite du raisonnable).

C’est ainsi qu’Aristote, en particulier pour ce qui concerne le contenu de la vertu éthique, le définit comme le juste milieu (mêsotès) entre deux extrêmes condamnables nommés ellipse et hyperbole ; « La vertu fait viser le milieu. Ainsi, quiconque s’y connaît fuit alors l’excès et le défaut. Il cherche au contraire le milieu et c’est lui qu’il prend pour objectif. Et ce milieu n’est pas celui de la chose, mais celui qui se détermine relativement à nous ».  

Pour les Grecs, c’était une exigence morale qui s’accompagne de 147 commandements qui auraient été écrits, selon Platon dans Protagoras, par sept sages : Thalès de Milet et Bias de Priène, tous deux de l’Ionie ; Pittacos, Éolien, de Mytilène dans l’île de Lesbos ; Cléobule de Lindos, ville Dorienne de l’Asie ; Solon d’Athènes et Chilon de Sparte ; quant au septième, au lieu de Périandre, fils de Cypsélos, Platon, fils d’Ariston, mentionne Myson de Chénées.  

Le concept de la juste mesure, alias le rien de trop (ou en grec, μηδὲν ἄγαν, mèden agan), c’est la star philosophique, morale et esthétique qui dit : Calme-toi, pas besoin de jouer les rockstars de l’excès ! C’est l’antidote parfait à la démesure (l’hybris, ou l’art de se prendre pour Zeus) et à l’indicible (ce truc tellement perché qu’on n’a même pas les mots pour le décrire).

Rien de trop est l’injonction à refréner toute démesure et les passions dévorantes, à faire apparaître en soi la sagesse de modération et de tempérance, ce que les Grecs appellent la sophrosuné (σωφροσύνη) ; Sophrosyne était la déesse de la modération qui apporte la maîtrise de soi, la force et qui conduit à la sagesse.
Le but est alors de pouvoir bâtir une vie belle et juste où l’on pourra apprécier chaque instant de sa vie dans la plénitude et la beauté.

La Tempérance découle de la Prudence. C’est la maîtrise de soi, de ses passions. La Tempérance implique modération, mesure et équilibre en toute chose.
Sébastien-Roch Nicolas, pseudo Chamfort, le grand moraliste du XVIIIe siècle a bien résumé la tempérance par cette maxime : « Il ne faut pas se donner des principes plus grands que son caractère ».

Relevant de la tempérance, l’eutrapélie est une vertu reposante, l’excellence du délassement. D’une part, elle dissipe les tensions qui résultent d’un manque de détente ; d’autre part, elle modère les excès dans le jeu et la recherche du plaisir. Pour Thomas d’Aquin, son rôle est de mettre de la saveur dans l’existence et de la mesure dans les plaisirs de la vie. Il donne la traduction du mot utilisé par d’Aristote d’ « enjouement », on pourrait rajouter la bonne humeur. On trouve le développement de ce thème dans l’article 2 de la question 168 de sa Somme théologique  2a 2ae Pars.
S’opposant à la règle de St Benoit qui interdit le rire, comme Platon d’ailleurs qui interdit le rire aux gardiens de la Cité,  la pensée d’Aristote pour qui le rire est le propre de l’homme, est le thème central du roman d’Umberto Eco Le nom de la rose (1980).

Ce mantra de la modération – pondus, numerus, mensura (poids, nombre, mesure) – vient tout droit de la Bible : « Mais toi, Seigneur, tu as tout réglé avec mesure, nombre et poids ». Livre de la Sagesse (XI, 20).
Dieu aurait tout fait avec une règle et une calculatrice! Ajoutez à ça un zeste de géométrie antique, et bim, vous avez la recette de la pensée classique grecque, qui fait un gros « non merci » aux délires baroques et aux passions qui partent en vrille.

Platon n’en départit pas : « Ce n’est pas d’aujourd’hui que le dicton Rien de trop passe pour une belle maxime ; car elle est belle en effet. L’homme qui fait dépendre de lui-même toutes les conditions qui conduisent au bonheur ou qui en rapprochent, au lieu de les suspendre à d’autres dont les bons ou les mauvais succès feraient flotter sa fortune à l’aventure, celui-là a bien ordonné sa vie : voilà l’homme sage, voilà l’homme brave et sensé. »  (Ménexène, p.56).

Et Platon ne s’arrête pas là : il transporte son amour des maths dans la poésie et l’éthique, et s’adressant à Glacon : « crois-tu que la vérité soit liée à la mesure (emmetria) ou au manque de mesure (ametria)?» Et de donner lui-même la réponse qui, évidemment, est : « la mesure »! (La République, VI, 486 d)
Et voilà, dans le Philèbe (64 e), faisant parler Socrate avec Protarque, il en remet une couche : « C’est dans la mesure (metriotès) et la proportion (summetria), que se trouvent partout la beauté et la vertu » (p.244).

En gros, pour Platon, si tu n’as pas de mesure, t’es juste un chaos ambulant.

La juste mesure, c’est le Graal du ratio (rapport, proportion), et sans elle, on bascule dans l’irrationnel, ce rebelle qui snobe toute modération.

En grec, Logos joue les stars : parole, raison, mesure, tout en un ! La logistique calcule les entiers, et l’analogon fait danser les longueurs proportionnelles. Platon, encore, dans le Protagoras (356 d-e), nous vend du bonheur version géomètre : un art de mesurer [metretikè] qui envoie balader les illusions : l’art de mesurer dissiperait ces vaines apparences, et, nous montrant le vrai à découvert, mettrait notre âme en repos, l’affermirait dans la vérité, et assurerait le bonheur de notre vie? (p113).

Les Pythagoriciens, eux, sont en mode Cosmos : Le Musical, où tout l’univers vibre sur des rapports numériques : la raison mathématique fait des vocalises dans l’harmonie des sphères !  

Bref, le bonheur, c’est un mètre-ruban et une bonne calculatrice pour dompter les sens qui partent en vrille !

Descartes, dans Les Passions de l’âme, assure que « le désir […] ne peut être mauvais, pourvu qu’il ne soit point excessif », et donne conseil à l’article 76 pour ne pas admirer avec excès : « il n’y a point d’autre remède pour s’empêcher d’admirer avec excès que d’acquérir la connaissance de plusieurs choses, et de s’exercer en la considération de toutes celles qui peuvent sembler les plus rares et les plus étranges. »

Boileau, lui, définit la sagesse comme une « une égalité d’âme, que rien ne peut troubler, qu’aucun désir n’enflamme, qui marche en ses conseils à pas plus mesurés qu’un doyen au palais ne monte les degrés ». Mais il avoue, dans un clin d’œil, juste après : « Or cette égalité dont se forme le sage, qui jamais moins que l’homme en a connu l’usage ? »

La juste mesure, c’est un combat contre la démesure intérieure !

Cléante dans Tartuffe déplore que les humains passent les bornes en exagérant tout : « Les hommes la plupart sont étrangement faits ! Dans la juste nature on ne les voit jamais; La raison a pour eux des bornes trop petites ; En chaque caractère ils passent ses limites ; Et la plus noble chose, ils la gâtent souvent pour la vouloir outrer et pousser trop avant.

Mais chez Blaise Pascal, la démesure devient presque cool : l’orgueil humain est une « préconception démesurée » mais la grandeur, c’est d’admettre qu’on est tout petit face à l’immense : « l’immensité qu’on peut concevoir de la nature » Dieu, lui, kiffe l’infini ; l’humain, lui, doit viser la démesure pour réaliser qu’il a des limites : « Il faut que l’homme s’agrandisse pour être capable de Dieu ». En somme, la juste mesure, ce n’est pas juste être sage, c’est une humilité bien calibrée face à l’incommensurable divin !

Attention aux moralisateurs ! Prenons l’exemple du chapitre 2 de la lettre de Paul à Tite : ce texte est un artefact d’une société patriarcale et hiérarchique antique, qui impose une vision normative du comportement social. On peut déconstruire ses injonctions verset par verset, en soulignant leur potentiel oppressif (Les hommes âgés, gardiens d’une masculinité rigide), leur anachronisme (Les femmes, éternelles subordonnées domestiques) et leur rôle dans la perpétuation d’inégalités structurelles (Les esclaves, complices de leur propre oppression). Ce n’est pas une exhortation à la vertu de la tempérance, mais un outil de contrôle social masqué en évangile.
On pourrait ainsi visiter les termes de abstinence, continence, clémence, douceur, humilité, jeûne, modestie, pudeur (au mot tempérance du Dictionnaire de spiritualité) abordés par Thomas d’Aquin dans la Somme théologique (à partir de la p.733) … et les revisiter avec une compréhension en regard des mœurs contemporaines.

En somme, la juste mesure – le rien de trop – c’est le bouclier anti-hybris, Elle invite à se conduire conformément à la mesure de la raison. Elle n’est donc pas l’ennemie de toute jouissance, mais de l’exagération dans sa recherche.

C’est la tempérance maçonnique.

De son côté, la Franc-maçonnerie, née au XVIIe siècle en Europe (notamment en Écosse et en Angleterre) comme une société initiatique et fraternelle, repose sur des principes moraux, éthiques et spirituels inspirés de traditions anciennes, y compris grecques, égyptiennes et bibliques. Elle vise l’amélioration de l’individu et de la société par la pratique de vertus cardinales et l’usage de symboles.
Bien que la Franc-maçonnerie ne cite pas explicitement « Rien de trop », cette maxime s’aligne parfaitement avec ses enseignements sur la tempérance et l’équilibre, formant un pont entre la philosophie hellénique et l’humanisme maçonnique.

La Franc-maçonnerie spéculative (symbolique, par opposition à l’opérative des bâtisseurs médiévaux) s’articule autour de rituels, de symboles et de vertus destinés à « tailler la pierre brute » – c’est-à-dire à polir l’âme humaine pour en faire une « pierre angulaire » de la société.

Parmi les principes clés retenons :
– Les quatre vertus cardinales : Prudence (sagesse dans les choix), Tempérance (modération des passions), Force (courage face aux épreuves) et Justice (équité envers autrui). Ces vertus, héritées de Platon et d’Aristote, sont enseignées dès les premiers degrés maçonniques (Apprenti, Compagnon, Maître).
– Les vertus théologales : Foi, Espérance et Charité, qui ajoutent une dimension spirituelle et fraternelle.
– La symbolique de l’équilibre : Des éléments comme le pavé mosaïque (damier noir et blanc symbolisant le bien et le mal, la lumière et l’ombre) ou l’équerre et le compas (représentant la rectitude et la mesure) insistent sur l’harmonie des opposés.
– L’initiation et la morale : La Franc-maçonnerie encourage l’autodiscipline, la tolérance et la recherche de la vérité, sans dogmatisme religieux, en promouvant un humanisme universel.

Ces principes sont transmis par des rituels allégoriques, inspirés de mythes anciens revisités, et visent à former des individus responsables, capables de contribuer à une société plus juste.

La connexion entre la maxime delphique et la Franc-maçonnerie est à la fois philosophique et symbolique. Bien que la maçonnerie moderne émerge au Siècle des Lumières, elle puise dans l’Antiquité grecque via les influences néoplatoniciennes et humanistes.
– La tempérance comme pilier commun : La vertu maçonnique de la Tempérance est l’incarnation directe de « Rien de trop ». Dans les rituels, l’Apprenti est invité à modérer ses appétits et passions pour éviter les excès qui mènent à la discorde. Par exemple, lors de l’initiation, le candidat est confronté à des épreuves symbolisant la maîtrise de soi, écho de la sophrosyne grecque. Sans modération, l’homme reste une « pierre brute », informe et chaotique ; avec elle, il devient poli et équilibré.
– L’équilibre des opposés : Le pavé mosaïque maçonnique représente l’alternance du jour et de la nuit, du bien et du mal – une idée proche de la mesure grecque qui évite les extrêmes. De même, le compas (pour tracer des cercles, symbolisant les limites) et l’équerre (pour les angles droits) évoquent la géométrie euclidienne, influencée par la Grèce antique, et rappellent qu’il faut « circonscrire ses désirs » dans un cadre modéré. Aristote, avec son juste milieu, pourrait être vu comme un précurseur de cette symbolique.
– les influences historiques et philosophiques : La Franc-maçonnerie intègre des éléments de la philosophie pythagoricienne et platonicienne, où la modération est essentielle. Pythagore, par exemple, enseignait l’harmonie des nombres, évitant les disproportions. Des maçons illustres comme Voltaire ou Mozart, imprégnés de culture classique, ont renforcé ces liens.

Dans les loges, des discussions sur les maximes antiques sont courantes, et « Rien de trop » s’aligne avec l’idéal maçonnique d’une vie vertueuse sans fanatisme.


En Maçonnerie, la modération se manifeste dans la vie quotidienne : charité sans ostentation, tolérance sans relativisme, ambition sans avidité. Cela contraste avec les excès de la société (pouvoir absolu, inégalités), que la maçonnerie cherche à corriger par l’éducation et la fraternité.
Lors des agapes (repas fraternels), la règle est de manger et boire avec mesure, symbolisant le contrôle des sens. Cette dernière règle n’est pas de trop quand on songe que la pratique de la bombance était à tel point commune qu’au XVIIIe siècle on avait coutume d’appeler les francs-maçons « Frères de l’estomac ». Appellation justifiée par Albert-Henri de Sallengre qui rapporte l’expérience du banquet de son initiation qui lui coûta cinq shillings  et de préciser que c’est une façon de montrer qu’il est un homme ! (Chap. XV  de Ebrietatis Encomiumn).« Nous avons eu un bon dîner… Les jambons et les poulets de Westphalie, accompagnés d’un bon plum-pudding, sans oublier le délicieux saumon, furent abondamment sacrifiés, avec de copieuses libations de vin pour la consolation de la confrérie ».

La maxime grecque « Rien de trop » et les principes franc-maçonniques partagent une vision commune de l’humain : un être perfectible par la mesure et l’équilibre.

Tandis que l’Antiquité grecque l’exprime comme un avertissement divin contre l’hybris, la Franc-maçonnerie l’intègre dans une éthique initiatique moderne, orientée vers l’amélioration personnelle et collective.

Cette relation illustre comment la sagesse antique continue de l’inspirer.

Paris, la loge, les artistes : une constellation Francs-maçons (1720 – 1815)

Certains ouvrages choisissent la forme du classement pour laisser remonter, sans bruit, une présence. Daniel Morillon annonce un dictionnaire. Nous croyons d’abord tenir un instrument de consultation, réglé comme un répertoire. Pourtant, très vite, la matière déborde son cadre. Par l’ampleur des entrées et par la tenue de l’ensemble, une société entière se recompose, et Paris cesse d’être une simple scène pour redevenir une substance, dense, mobile, travaillée par les échanges, les dépendances, les fidélités, les ruptures, les protections, parfois les fractures muettes.

L’Art Royal, dans ces pages, n’a rien d’un mot décoratif. Il agit comme un tissu de relations où l’atelier et la loge se répondent sans se confondre.

La préface de Pierre Mollier donne d’emblée la juste focale

Pierre Mollier

Pierre Mollier rappelle que ce livre se tient au croisement de l’histoire de l’art et de l’histoire des idées, et que l’érudition n’a de sens qu’à la condition d’éviter les raccourcis. Pierre Mollier situe l’entreprise de Daniel Morillon dans une tradition de recherche attentive aux sources, capable d’éclairer la sociabilité maçonnique sans la réduire à une légende, et d’inscrire l’artiste dans son époque sans lui prêter des intentions commodes. Cette mise en perspective, sobre et ferme, prépare notre regard. Elle nous invite à lire le dictionnaire comme un champ d’enquête et comme une manière de comprendre, au plus près des vies, ce que la franc-maçonnerie a pu offrir à des métiers de création.

Car les noms, les adresses, les dates, les titres, ce que nous prenons d’abord pour une comptabilité documentaire, composent peu à peu une humanité

Temple maçonnique de Rochefort (Crédit : rochefort-ocean)

Daniel Morillon ne se contente pas de recenser mais, surtout, il restitue des trajectoires. L’archive, chez Daniel Morillon, devient un fil conduisant à une question délicate, presque initiatique. Que signifie appartenir à une loge lorsque nous vivons de commandes, lorsque nous traversons académies et salons, lorsque nous dépendons de mécènes et de bureaux, tout en portant une aspiration plus secrète, celle qui ne se laisse pas réduire à la réussite sociale.

La franc-maçonnerie du XVIIIᵉ siècle et du tournant impérial demeure ici, au-delà de la sociabilité, une discipline du regard. Elle propose un langage symbolique, une cadence rituelle, une morale sans catéchisme, une fraternité qui ambitionne de dépasser les frontières des origines et des convictions. L’artiste, déjà, travaille dans une tension comparable. Il façonne la matière, mais il cherche une forme de vérité, parfois sans pouvoir la nommer. Daniel Morillon établit cette rencontre par la preuve et par la nuance, avec cette pudeur qui sait qu’un nom retrouvé ne dit jamais toute une vie.

Tablier-dit-de-Voltaire

Chaque notice offre une précision resserrée

Naissances, décès incertains, métiers, domiciles, itinéraires, titres, dates de réception, grades, ateliers. Et pourtant, au revers de cette exactitude, une part demeure, celle que le document ne formule pas, et que l’initiation, par sa réserve même, apprend à respecter. C’est là que le livre atteint sa justesse. Daniel Morillon ne transforme pas l’histoire en récit, il laisse parler les faits, mais il choisit ceux qui portent une densité de destin. D’un graveur sur métaux à un architecte, d’un peintre d’histoire à un décorateur, d’un sculpteur à un dessinateur, une constellation se forme. Les loges apparaissent moins comme de simples lieux de rencontre que comme des chambres de résonance, où la main de l’artiste peut se reconnaître comme une main responsable.

Cette lecture fait surgir une géographie intérieure de Paris

Projet de François-Joseph Belanger pour un grand théâtre des Arts, à Paris, présenté en mars 1789.

La rue n’est plus une mention neutre. L’adresse devient signature. Elle signale une condition, un accès, une proximité d’atelier, un milieu, parfois une espérance, parfois une déchéance. Et lorsque la notice ajoute la loge, une seconde carte se superpose, plus discrète, faite de serments, de mots transmis, de gestes codés, d’agapes et de silences. L’artiste franc-maçon n’est alors pas seulement un individu inscrit. Il est quelqu’un qui, à un moment, a accepté d’être mesuré, de s’éprouver, de chercher une cohérence.

L’absence d’illustrations renforce encore l’exigence. Rien n’est donné comme spectacle. Nous sommes conduits à reconstruire, à partir du réel, des formes disparues. Un salon mentionné, un décor, un poste à la Monnaie, une commande, et l’imagination, tenue par la source, retrouve des couleurs, des ors, des drapés, des pierres, des colonnes. Le volume devient un atelier mental.

Frontispice-de-l’Encyclopédie-de-Diderot-et-d’Alembert,-gravure-de-Benoît-Louis-Prévost

La construction même de l’ouvrage confirme cette vocation

Les index (noms, professions) orientent la recherche, mais ils offrent aussi une lecture symbolique, notamment lorsque l’index des loges laisse entendre des intitulés qui ressemblent à des programmes moraux, à des promesses de sagesse, à des rêves de vertu et de fraternité. Notons également la richesse de la bibliographie, qui réunit périodiques, monographies, sitographies et sources. Certains affichent l’art, d’autres le dissimulent, et ce contraste rappelle que le beau, dans la tradition maçonnique, n’est pas décoration, mais connaissance. Entre 1720 et 1815, siècle de Lumières, de ruptures et de recompositions, l’artiste devient sismographe. La loge peut devenir lieu de continuité, sans que cette continuité soit automatique ni uniforme. Daniel Morillon montre des engagements durables et des passages brefs, et cette distinction vaut leçon. L’appartenance ne se mesure pas au seul fait d’avoir été reçu. Elle se mesure à l’intensité du travail intérieur.

Par la rigueur des sources, par la patience d’une enquête menée sur le temps long, par l’attention accordée aux figures modestes autant qu’aux noms célèbres, Daniel Morillon propose une œuvre de référence.

Plus encore, Daniel Morillon offre une méditation discrète sur le lien jamais assuré entre initiation et création, là où la main apprend la patience, où la limite instruit, où la forme peut devenir éthique. Un livre utile, et, plus profondément, un livre qui rend à la franc-maçonnerie sa dimension d’humanité vécue, au plus près des métiers, des ateliers et des consciences.

Dictionnaire des artistes francs-maçons à Paris de 1720 à 1815

Daniel Morillon – Préface de Pierre Mollier

Les Éditions de la Tarente, coll. Fragments maçonniques, 2025, 372 p., 30 €

L’éditeur, le SITE

François Rondy : Nouveau Grand Maître de la GLSREP – Bilan et perspectives

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La Grande Loge Symbolique du Rite Écossais Primitif (GLSREP) occupe une place singulière dans le paysage maçonnique français. Obédience mixte, spiritualiste et résolument tournée vers la Tradition, elle se distingue par la pratique exclusive du Rite Écossais Primitif. Ce rite, souvent qualifié de « stuartiste », se caractérise par son dépouillement et sa « quiétude initiatique ».

Fait majeur de son identité, la GLSREP détient sa filiation de manière directe de Robert Ambelain, une figure tutélaire dont l’héritage spirituel irrigue encore aujourd’hui les travaux de l’obédience.

C’est à Gémenos, dans une atmosphère de rigueur et de fraternité, que François Rondy a été élu Grand Maître fin 2025. À 62 ans, ce pâtissier de métier, marqué par l’esprit du compagnonnage, prend la tête d’une obédience qui fête ses dix ans de mixité. Dans cet échange exclusif pour 450.fm, il nous livre sa vision et son désir de prolonger l’esprit d’Ambelain.

Le saviez-vous ?

François Rondy a été initié en 2006 au Québec, au sein de la Loge Égalité n°2 de la Grande Loge Mixte du Québec. C’est l’esprit de compagnonnage, découvert lors d’un « Tour de France » entamé dans sa jeunesse, qui l’a naturellement mené vers la Franc-maçonnerie, perçue comme la suite logique de sa quête d’idéal.

Un Regard Rétrospectif

François Rondy Grand Maître de GLSREP

450.fm : François, vous accédez à la Grande Maîtrise fin 2025. Comment abordez-vous cette nouvelle charge ?

François Rondy : C’est un grand honneur pour moi, et j’essaierai de me montrer digne de la confiance qui m’a été accordée. Après trois années passées en tant que substitut Grand Maître, j’ai pu voir et apprécier l’ampleur de la tâche et des exigences liées à cette fonction. Je mesure l’investissement personnel nécessaire, tant en temps qu’en écoute, pour le bon fonctionnement de notre obédience.

450.fm : Votre parcours maçonnique est riche. Quelle place occupe aujourd’hui le Rite Écossais Primitif (REP) dans votre vie ?

FR : Comme beaucoup, je ne suis pas né à ce rite. Ce fut pour moi une révélation, puis une évidence lorsque je me suis passionné pour son origine Stuartiste. Aujourd’hui, travailler au REP m’apporte une véritable « quiétude initiatique ». Mais c’est aussi un devoir de mémoire et de fidélité : notre obédience détient sa filiation directement de Robert Ambelain. Je tâcherai, tout au long de mon mandat, de prolonger son esprit et de préserver cet héritage précieux qui constitue la base même de notre quête maçonnique.

Les Réalisations et les Défis

450.fm : Quelle est votre vision de l’état actuel de l’obédience ?

FR : Nous avons actuellement dix-sept loges actives et trois triangles et loges de recherches. L’important selon moi est de continuer à renforcer nos bases et de consolider nos acquis. Je souhaite avant tout fédérer nos loges autour d’un but commun : faire grandir notre obédience dans la sérénité et la rigueur. Nous reflétons une image de loges qui travaillent et ce n’est pas galvaudé. En effet, notre revue du maçon qui est à son 22e numéro édite les meilleurs travaux de l’obédience. Nous encourageons les frères et sœurs à produire des ouvrages sur différents thèmes. Enfin, le blog lesécossaisdesaintjean.org qui met à la disposition de tous des extraits de nos travaux connait une fréquentation très importante

450.fm : La GLSREP est une obédience mixte. Quel constat faites-vous de cette mixité après dix ans ?

FR : En 2015, la GLSREP s’est ouverte à la mixité et, au cours de ces dix années, nos Sœurs ont travaillé avec cœur à l’avancée de notre obédience. Elles sont de plus en plus nombreuses dans nos loges. Toutefois, elles restent sous-représentées au niveau du Grand Collège. C’est pourquoi j’entends leur donner plus de place et de visibilité dans la gouvernance.

Le saviez-vous ?

Le Rite Écossais Primitif reste un rite « peu connu, ou du moins pas suffisamment connu ». Le nouveau Grand Maître considère comme un devoir pour chaque membre de le faire rayonner, que ce soit en en parlant ou en présentant des planches dédiées à ce sujet.

Vision sur la Franc-maçonnerie

450.fm : Dans le monde actuel, comment percevez-vous le rôle de la Franc-maçonnerie ?

FR : Les temps sont incertains. La Franc-maçonnerie doit être vue comme un idéal, une échappatoire au quotidien du monde profane et à ses turpitudes faites de mesquineries et d’hypocrisies. Elle doit être un refuge où l’on partage entre Frères et Sœurs. Mais je ne suis pas naïf : la maçonnerie est loin d’être un long fleuve tranquille.

450.fm : Comment comptez-vous naviguer dans ces eaux parfois agitées ?

FR : Je crois en l’humain et en ses capacités à se transcender dans les moments difficiles. Si je réunis autour de moi un Grand Collège, c’est justement pour pouvoir passer au-delà de ces écueils. C’est en restant unis que nous aurons une meilleure emprise sur notre destinée, et pour ce faire, je favoriserai la communication.

Regard vers l’Avenir

450.fm : Un mot sur l’ouverture internationale de la GLSREP ?

FR : Le monde est en perpétuel mouvement et la Franc-maçonnerie n’y échappe pas. Je tiens à remercier les trois précurseurs, nos Frères Eric, Damien et Max, qui ont su porter la voix de la GLSREP à l’international. Nous nous devons de suivre ces évolutions au quotidien.

450.fm : Si vous aviez une devise ou un conseil pour guider votre mandat ?

FR : Tout au long de ma Grande Maîtrise, ma ligne de conduite sera de respecter le quatrième accord toltèque : « Faire toujours de son mieux ».

450.fm : Quel est votre message final pour les Frères et Sœurs de l’obédience ?

FR : Je sais pouvoir compter sur vous tous qui avez prouvé, par votre engagement passé, que le Rite Écossais Primitif était important à vos yeux. L’engagement que nous avons choisi, c’est de vivre en fraternité tout en essayant de nous améliorer.

450.fm : J’ai dit ?

FR : J’ai dit.

L’amoureux (VI) Le vertige du Compagnon à la croisée des chemins

Du Bateleur au Pape

Bienvenue à vous, voyageurs des arcanes pour ce sixième numéro. Pour les nouveaux venus, rappelons la règle de notre jeu : ici, vous n’êtes pas spectateur. Vous incarnez le Tarot, vivant chaque arcane comme une étape de votre propre transformation. Vous avez traversé le cycle éducatif complet, du Bateleur au Pape. Vous avez acquis l’élan vital, le silence de la Gnose, la créativité débordante, la structure de la matière et enfin, la bénédiction spirituelle.

Mais voilà… Le Pape vous a transmis la lumière et vous a poussé hors du Temple. La théorie est terminée. Vous n’êtes plus l’élève, vous êtes l’homme (ou la femme) libre. Et la liberté, ça donne le vertige. Vous devenez… L’Amoureux.

Le Billet d’Humeur : miroir de ma propre quête

Ah, l’Amoureux… On pense souvent à Roméo, aux cœurs qui battent et aux fleurs bleues. Mais soyons honnêtes, cet Arcane est avant tout le patron des indécis, le miroir de nos propres inerties.

Cette carte résonne curieusement avec mon état d’esprit juste avant l’écriture de mon livre. Imaginez-vous un instant : je possédais ces connaissances sur le Tarot, bien au chaud. J’avais ma « petite gloire locale », ce confort douillet en Loge où l’on savait que j’avais beaucoup travaillé sur le sujet. Cela suffisait à flatter mon ego sans jamais le mettre en danger. C’est la voie de gauche sur la carte : la facilité de rester sur ses acquis, de briller en petit comité sans jamais se confronter au réel.

Et puis, il y a l’autre voie. Celle de se mettre à nu. D’écrire Le Tarot miroir des symboles et d’accepter d’être lu, analysé, et peut-être critiqué. J’aurais pu rester seul dans mon coin, mais j’ai réalisé que pour accomplir sa quête, il faut sortir du bois. Rester statique, c’est refuser l’aventure. J’ai donc choisi l’arène publique plutôt que le confort privé.

Et vous, quel confort êtes-vous prêt à sacrifier aujourd’hui pour avancer sur votre quête ?

La Problématique : L’immobilité apparente du voyageur

Regardez bien l’image que vous incarnez à présent. Nous sommes loin du dîner aux chandelles. Nous avons un jeune homme, immobile, les bras croisés, coincé entre deux femmes qui se disputent son attention, le tout sous la menace d’un petit archer céleste.

La question qui tue n’est pas « laquelle va-t-il choisir  » ?

Mais plutôt : Pourquoi est-il à l’arrêt ?

Est-ce l’hésitation qui paralyse, ou une pause nécessaire avant la transformation ? Comment le libre arbitre peut-il s’exercer quand le destin (la flèche) semble déjà en joue ?

Le choix du Compagnon

Si le Pape (V) est le Maître qui instruit, l’Amoureux (VI) est l’image même du Compagnon. Pourquoi ? Parce que l’Apprenti écoute et apprend (phase passive), alors que le Compagnon voyage et doit agir (phase active). Mais avant d’agir, il doit orienter sa marche, faire un pas de côté.

Oswald Wirth compare brillamment cette lame au mythe d’Hercule à la croisée des chemins. Le Compagnon est tiraillé entre deux sollicitations :

La voie de la facilité (La Volupté) : C’est la tentation de ne pas chercher plus loin, de se contenter de ce que l’on sait, de jouir de ses premiers salaires sans travailler davantage sa pierre. C’est la routine de la Loge sans l’esprit de la Maçonnerie.

La voie de l’effort (La Vertu) : C’est la voie ardue, celle qui demande de confronter ses acquis à la réalité, d’aller vers l’inconnu et l’élévation.

L’Amoureux nous enseigne que le grade de Compagnon n’est pas un état, mais un mouvement perpétuel de choix renouvelés. Être libre, ce n’est pas faire ce qui nous plaît, c’est choisir ce qui nous élève.

L’Analyse Mystérieuse en miroir

Dans Le Tarot miroir des symboles, nous ne nous contentons pas de l’image, nous lisons l’ADN de la carte.

Le Clou de la Destinée : La Lettre Vau (ו)

Comme le Bateleur était l’Aleph (le Bœuf) et la Papesse le Beth (la Maison), l’Amoureux est le Vau. Littéralement, Vau signifie le Clou, le crochet ou la cheville. En grammaire hébraïque, c’est la conjonction « ET ». C’est une révélation majeure : l’Amoureux n’est pas l’arcane de la division, c’est l’arcane de la liaison. Le choix que doit faire le Compagnon n’est pas une soustraction, c’est un assemblage. Il doit décider à quoi il va se « clouer », à quelle valeur il va s’amarrer pour construire son avenir. Sans ce clou, la charpente de votre vie / édifice s’effondre.

Le Cœur de l’Arbre : Le lien Kabbalistique

Sur l’Arbre de Vie, l’Arcane VI est intimement lié à la sphère de Tiphereth (La Beauté). C’est le centre géométrique de l’Arbre, le lieu du Cœur et du Soleil. Cela nous indique que le vrai choix ne peut pas être seulement intellectuel ou instinctif. Il doit être « cardiaque ». L’Amoureux cherche l’harmonie parfaite, la « Beauté » qui naît de l’équilibre entre la rigueur (la femme couronnée) et la miséricorde (la femme aux fleurs).

Le Pivot du Tarot : La Théorie des Quintenaires

C’est ici qu’il faut comprendre la structure profonde du jeu. Le Tarot n’est pas une ligne droite, c’est une architecture. Si l’on divise les arcanes en quatre groupes de 5 cartes (les quintenaires), on s’aperçoit que deux cartes servent de charnières :

L’Amoureux (VI) : Il clôt le premier groupe (l’éducation) et ouvre le second (l’action). Il est le premier pivot.

L’Étoile (XVII) : Elle est le second pivot. L’Amoureux et l’Étoile sont les deux moments où le pèlerin doit s’arrêter pour réorienter sa boussole. Le VI décide de son action dans le monde, le XVII décidera de sa place dans le cosmos.

Le Miroir Inversé : L’Étoile (XVII)

Justement, regardez qui fait face à l’Amoureux dans le grand miroir du Tarot. C’est l’Arcane XVII, L’Étoile.

Dans l’Amoureux (VI), l’homme est debout, indécis, tiraillé entre deux femmes terrestres. Il subit son désir.

Dans l’Étoile (XVII), la femme est nue, agenouillée, et verse généreusement deux vases (l’un dans l’eau, l’autre sur terre). Elle a dépassé le choix, elle est dans le don pur. L’Amoureux est la question, l’Étoile est la réponse.

L’Amoureux cherche l’amour, l’Étoile est l’amour universel.

L’Épreuve du Héros : L’Archétype de Propp

Si – comme je le développe – le Tarot est un conte, nous arrivons ici à un pivot narratif crucial décrit par Vladimir Propp : la Fonction de l’Épreuve. Le Héros ex-Bateleur (vous) est testé. De sa réponse dépendra la suite de l’aventure. S’il fait le mauvais choix (la facilité), il n’obtiendra pas l’objet magique (le Chariot) nécessaire pour triompher. C’est le moment où le récit bascule : le héros prouve-t-il sa valeur ou reste-t-il un figurant ?

En Aparté : La mécanique secrète (Tarot, Lettres et Kabbale)

L’arbre de vie – Le tarot miroir des symboles P44 – ed LLDMV 2025

Souvent, on regarde le Tarot comme une suite d’images isolées. C’est une erreur. Comme je l’expliquais pour la lettre Aleph du Bateleur ou le Beth de la Papesse, Le Tarot miroir des symboles vous invite à voir le jeu comme un circuit imprimé divin, calqué sur l’Arbre de Vie de la Kabbale.

Imaginez l’Arbre de Vie avec ses 10 sphères d’énergie (les Séphiroth), qui sont comme des villes spirituelles. Pour aller d’une ville à l’autre, il existe des routes. Il y a exactement 22 sentiers. La magie du système réside dans cette trinité parfaite :

22 Arcanes Majeurs du Tarot.

22 Lettres de l’alphabet hébraïque.

22 Sentiers reliant les Séphiroth. Chaque arcane est donc une route spécifique, colorée par la vibration d’une lettre hébraïque.

Conclusion

L’Amoureux n’est pas une carte de sentimentalisme, c’est une carte de courage. Le courage de quitter sa « petite gloire locale » pour affronter l’universel.

La flèche de Cupidon est-elle une bénédiction ou une mise en garde ?

La femme à la couronne de fleurs est-elle vraiment un piège ?

Pour explorer ces sentiers et comprendre comment chaque lettre hébraïque éclaire le sens profond des lames, je vous invite à plonger dans Le Tarot miroir des symboles.

Avez-vous fait votre propre choix ? Oui ?

Alors, êtes-vous prêt à monter, dès mardi prochain, dans le véhicule de la victoire avec l’Arcane VII, Le Chariot ?

L’Amoureux a dit : « Je ne suis pas l’hésitation qui t’arrête, je suis le Désir qui t’oblige à définir qui tu es. »

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Oser franchir les portes : au « 16 Cadet », la laïcité devient une forme d’art

Samedi 13 décembre 2025, au « 16 Cadet », le Grand Orient de France (GODF) a choisi de célébrer la Fête de la Laïcité avec des œuvres, des voix, des images et des performances. Une journée où l’on pouvait voir, entendre et ressentir la liberté de conscience. Le musée de la franc-maçonnerie, ouvert gratuitement de 10h à 20h, a permis de faire le lien entre l’histoire, la société et le présent.

musée de la franc-maçonnerie, portes fermées

Certains discours promettent l’ouverture, mais cette journée l’a prouvée. Nous reprenons l’expression oser franchir les portes car elle décrit bien ce qui s’est passé au « 16 Cadet ». L’image d’une porte fermée, souvent utilisée comme une métaphore facile, a été confrontée à une réalité simple : de nombreuses personnes sont venues, ont franchi la porte, ont regardé, ont posé des questions et ont compris que la laïcité n’est pas juste un principe, mais une façon de vivre ensemble, une discipline de l’esprit et une éthique.

musée, nos amis profanes osent pousser les portes !

Le thème choisi, « La laïcité à travers les arts et la culture », a donné le ton. L’objectif n’était pas d’accumuler des arguments, mais de rendre la laïcité palpable. Dès 14h30, la projection de La Séparation (2005) de François Hanss, sur un scénario de Bruno Fuligni, a rappelé que la loi et ses combats peuvent être vus comme un récit national, marqué par des tensions, du courage et de la lucidité. La présence de l’équipe du film a transformé la séance en un moment de partage, une façon de donner un visage à des débats qui se réduisent souvent à des idées abstraites. La salle Groussier, Grand temple du GODF, était pleine à craquer.

Porte-d’entrée-et-accueil-bienveillant-au-GODF

Plus tard, le Théâtre de l’Impossible de Paris a présenté deux spectacles

À 16h30 et à 20h, a été joué Laïcité – Liberté de conscience – Engagement, inspiré de Dieu au parlement de Bruno Fuligni, écrit avec Robert Bensimon. Ici, la laïcité s’est exprimée à travers les mots de Robespierre, Fabre d’Églantine, Victor Hugo, Clemenceau, Louise Michel, Malraux, Henri Caillavet et René Char.

Le mélange de comédiens, de soprano, de piano et de violon, avec la présence de la jeune Xiaorao Li, a rappelé une chose simple : la République se transmet aussi par l’art, car l’art apprend à écouter, à nuancer, à distinguer et à ne pas confondre la ferveur avec la domination.

À 17h, la projection de Les 3 Vies du Chevalier (2014)

Ce documentaire-fiction de Dominique Dattola, a été l’un des moments les plus forts de la journée. Le film retrace l’histoire de la liberté de penser de 1765 à 2005, en se concentrant sur le procès du chevalier de La Barre. Ce jeune homme, devenu un symbole malgré lui, incarne la façon dont l’intolérance s’acharne sur une conscience et cherche à intimider les autres. La force du récit réside dans cette double perspective : d’un côté, l’affaire d’origine, avec sa tragédie d’Ancien Régime, où l’accusation sert d’instrument au pouvoir et où la justice se transforme en vengeance ; de l’autre, l’histoire des femmes et des hommes qui, au fil des générations, refusent l’oubli et continuent de se battre pour la réhabilitation.

Carte postale française coloriée, vers 1906. Monument au chevalier de La Barre, Paris (18e arrondissement), au Sacré-Cœur de Montmartre, déplacé ensuite en 1926, puis fondu par l’Allemagne nazie (Troisième Reich).

Le film montre que la liberté de conscience n’est pas apparue par hasard : elle s’est construite dans la douleur, avec le temps, grâce à la détermination, aux discours, aux textes, aux mobilisations et à la mémoire. En replaçant La Barre au centre de cette histoire, le documentaire-fiction met en lumière le prix à payer, hier comme aujourd’hui, lorsqu’une conscience refuse de se soumettre et de sacrifier sa dignité. C’est là que la laïcité se révèle dans sa forme la plus authentique : non pas comme une simple règle administrative, mais comme une conquête, une vigilance et une fidélité. Fidélité à ceux qui ont été punis pour un geste, une parole ou un soupçon ; fidélité à l’idée qu’aucune croyance, aucune non-croyance, aucun dogme et aucune majorité ne peuvent priver l’individu de sa liberté de pensée.

À 18h, la rencontre avec l’artiste Françoise Schein a ouvert une autre perspective, profondément symbolique

Son travail, en particulier le projet Human Rights for Schools, a rappelé à chacun cette question : comment une société inscrit-elle ses principes dans la pierre, la céramique, l’espace public et la mémoire des enfants ? L’évocation de son œuvre à la station Concorde, où la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 est affichée sur la voûte, a résonné comme une leçon : les droits ne sont pas seulement proclamés, ils doivent être gravés, relus et intégrés dans notre quotidien.

À 20h, la journée s’est scindée en deux, offrant un choix

La projection de Laïcité Liberté Égalité Fraternité (2025) de Yannick Séguier, racontée par Bruno Solo, en présence de l’équipe du film, et un concert de musique classique avec le Collectif Fractales, où la voix de Coline Infante a interprété Haendel, Bach, Fauré, Dvořák, Borodine et Verdi. Deux approches complémentaires : l’image qui raconte et la musique qui élève, toutes deux capables de faire ressentir la fraternité sans la simplifier.

Julie Le Toquin, artiste diplômée avec mention de l’EESAB – source Francoiseartmemo

Enfin, l’exposition de Julie Le Toquin, avec les oiseaux de la laïcité, a discrètement accompagné la journée

L’œuvre de cette belle personne qu’est notre très chère Julie sur la mémoire collective et individuelle a culminé avec la mise à feu finale : les mots et les maux de la laïcité. Ce geste, loin d’être un simple spectacle, a donné forme à ce que chacun ressent. La laïcité vit, se défend, se réinvente et parfois se consume pour renaître plus forte. Brûler des mots, c’est aussi refuser qu’ils deviennent des armes ; c’est rappeler qu’un principe se protège en le comprenant, et non en l’utilisant à des fins personnelles.

Au cours de cette journée riche, le musée de la franc-maçonnerie a parfaitement rempli son rôle de lieu de passage

La Marianne noire, copie

Musée de France depuis 2003, il n’a pas été un simple décor. Il a été un lieu d’apprentissage. Les bénévoles, les médiateurs culturels et les membres de l’équipe du musée ont accueilli, expliqué, contextualisé et répondu aux questions sans condescendance ni détour.

Épée-de-La-Fayette, détail

Ils ont patiemment montré comment la franc-maçonnerie s’inscrit dans l’histoire sociale, artistique, intellectuelle et politique de notre pays ; comment elle a accompagné des aspirations, suscité des controverses, porté des idéaux et parfois payé le prix de la liberté ; et comment, depuis ses origines, elle peut être vue comme un laboratoire discret de formes, de symboles et de débats qui traversent la société.

Tablier-dit-de-Voltaire

C’est ici que la journée a pris sa dimension la plus profonde, au sens noble du terme. Non pas celle du secret, mais celle du passage.

Entrer dans un musée, pousser une porte et franchir le seuil, demander pourquoi, écouter une réponse, regarder un objet différemment, relier un tablier à une époque, un rituel à une histoire, une devise à une exigence morale.

Dans ce contexte, la laïcité cesse d’être une simple querelle d’étiquettes : elle redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, une façon d’établir la paix, une façon de fixer des limites et une fraternité qui ne s’achète ni ne s’impose, mais qui se construit.

Au « 16 Cadet », ce 13 décembre 2025, nous n’avons pas seulement parlé de la laïcité : nous l’avons vue à l’œuvre, dans la culture, dans la rencontre, dans la transmission, dans ce geste simple mais exigeant qui consiste à franchir une porte pour aller vers l’autre sans renoncer à soi.

C’est peut-être cela, au fond, la meilleure définition : une lumière qui n’agresse personne, mais qui éclaire le chemin que nous partageons.

La Séparation – LCP – Assemblée nationale

Photos © 450.fm

Vient de paraître « La Fraternité » N°3

Un pari journalistique ouvert à toutes et à tous !

« La Fraternité » c’est une revue internationale numérique trimestrielle gratuite , en trois éditions (francophone, hispanophone et anglophone) créée par des Francs-maçons mais ouverte à toutes les formes de pensée à la condition de se respecter et de communiquer dans la bienveillance.

Notre désir est de rassembler, dans le cadre d’une revue, des contributions du monde entier et de toutes les sensibilités mais aussi des non-maçons, pour donner un sens à une fraternité universelle !

Notre choix éditorial, c’est un dossier thématique et des rubriques ! Nous en sommes au 3ème numéro.

Cette fois-ci le dossier concerne le thème « Musique et Fraternité« .

Les contributeurs sont grec, argentin, belge et français !

Sur les 38 pages de ce numéro, le dossier « Musique et Fraternité » occupe 22 pages ; sans être exhaustif de nombreux thèmes sont abordés et en tout premier lieu le caractère spiritualiste de la composition musicale !

Pour les autres rubriques on notera entre autres articles:

  • un « droit de réponse » de Michel Weber qui conteste la « vision écologique majoritaire » du changement climatique,
  • la rubrique de Yonnel Ghernaouti qui présente une sélection des nouveaux livres maçonniques,
  • Un hommage à Xavier Emmanuelli par Patrick Chambard,
  • Un poème de Vanessa.

Si vous souhaitez prendre connaissance des trois éditions de ce numéro, vous pouvez les télécharger gratuitement en cliquant sur ce lien.

Vos réactions nous intéressent ! Merci de participer à ce pari et de nous faire connaître !

Pour toute demande d’intervention, vous pouvez me contacter via revue.fraternite@gmail.com

Sur ce thème lire aussi :

La Franc-maçonnerie et le Naturisme : exploration historique et contemporaine

La Franc-maçonnerie et le naturisme, deux pratiques souvent entourées de mystères et de malentendus, partagent des racines philosophiques profondes ancrées dans la quête de liberté, d’égalité et d’harmonie avec soi-même et la nature. La Franc-maçonnerie, société initiatique fondée sur des rituels symboliques et des principes fraternels, remonte officiellement au XVIIIe siècle, bien que ses origines opératives (liées aux corporations de maçons) soient plus anciennes. Le naturisme, quant à lui, est un mode de vie promu au début du XXe siècle, encourageant la nudité sociale pour favoriser le respect du corps, l’écologie et la tolérance.

Bien que ces deux domaines ne soient pas intrinsèquement fusionnés, leurs intersections se manifestent à travers la symbolique de la nudité, des figures historiques influentes et des principes spirituels communs. Cet article explore ces liens de manière exhaustive, en s’appuyant sur des sources historiques et actuelles, pour démystifier leurs connexions et examiner leur évolution jusqu’à nos jours.

Les origines historiques des liens entre Franc-maçonnerie et Naturisme

Les Racines Antiques et Médiévales de la Nudité Initiatique

La nudité, élément central du naturisme, trouve un écho dans les rituels maçonniques dès leurs formes primitives. Dans l’Antiquité, la nudité était une évidence : les statues grecques et romaines la célébraient comme un idéal de beauté et de pureté, tandis que les bains publics (thermes) la pratiquaient quotidiennement. Hippocrate, père de la médecine, prônait déjà le naturisme pour ses bienfaits hygiéniques et spirituels.

Ces pratiques influencèrent les rites initiatiques mondiaux, des cérémonies africaines aux rituels aborigènes australiens, où la nudité symbolisait un retour à l’état fœtal, une renaissance spirituelle dépouillée de tout artifice social.

Rituel d’initiation d’un candidat

En Franc-maçonnerie opérative (médiévale), liée aux guildes de constructeurs, les rituels incluaient déjà des éléments symboliques de dépouillement. Avec la transition vers la maçonnerie spéculative au XVIIe-XVIIIe siècle (marquée par les Constitutions d’Anderson en 1723), la nudité partielle devint codifiée dans les initiations. Le candidat est placé dans un état « ni nu ni vêtu » : yeux bandés (symbolisant l’ignorance profane), corde au cou (esclavage moral aux vices), bras gauche et poitrine dénudés (triangle de la nudité, pour exprimer sincérité et vulnérabilité), genou droit découvert (humilité et respect), et pied gauche nu (déséquilibre pour souligner la dépendance au guide initiatique).

Ce dépouillement évoque la fragilité humaine, la libération du matérialisme et l’égalité fraternelle, des thèmes qui résonnent avec le naturisme naissant. Le christianisme, dès le VIe siècle, réprima la nudité en l’associant à la honte et au péché originel, influençant les mœurs européennes. Cependant, la Franc-maçonnerie conserva ces éléments symboliques, les adaptant à une quête spirituelle laïque.

Le Début du XXe Siècle : Un Zeitgeist de Renouveau Culturel

Au tournant du XXe siècle, un « esprit du temps » (Zeitgeist) de réforme sociale et culturelle émergea en Europe, liant franc-maçonnerie et naturisme dans une critique de la modernité industrielle et des normes victoriennes. La nudité devint un outil de libération : hygiénique (contre les maladies liées aux vêtements serrés), sociale (contre les distinctions de classe) et morale (pour une esthétique révolutionnaire).

Elisée Reclus

Élisée Reclus (1830-1905), géographe anarchiste et franc-maçon éphémère (initié en 1858 à la loge Les Émules d’Hiram du Grand Orient de France), incarna cette jonction. Végétarien et naturiste, il prônait la nudité pour favoriser l’égalité sociale, critiquant les vêtements comme marqueurs de hiérarchie (vêtements fins pour les élites, grossiers pour les ouvriers). Reclus voyait dans le naturisme une osmose avec la nature, alignée sur les principes maçonniques de liberté et de fraternité. Bien qu’il ait quitté la maçonnerie rapidement, ses idées influencèrent des cercles para-maçonniques.

Des revues comme L’En-Dehors (1922-1939), anarchiste et pro-nudiste, diffusèrent ces idées, reliant naturisme à des mouvements émancipateurs. La Franc-maçonnerie, avec ses structures organisées, inspira des groupes naturistes, promouvant une renaissance culturelle contre l’hypocrisie bourgeoise.

Gerald Gardner et l’Influence sur la Wicca

bijou Wicca

Une connexion marquante émerge avec Gerald Gardner (1884-1964), fondateur de la Wicca moderne, Franc-maçon et naturiste fervent. Initié en 1910 à la loge Sphinx No. 107 (Ceylan), il atteignit le troisième degré et réintégra la maçonnerie en 1927. Passionné par l’occultisme, l’anthropologie et le nudisme, Gardner acheta un club naturiste à Bricket Wood (Angleterre) en 1945, qui devint un centre pour ses pratiques wiccanes.

Gardner intégra la nudité rituelle (« skyclad ») dans la Wicca, inspirée des rituels maçonniques (dépouillement symbolique) et de ses expériences naturistes. Influencé par Aleister Crowley, le folklore et la franc-maçonnerie, il publia High Magic’s Aid (1949) et Witchcraft Today (1954), présentant la Wicca comme une religion païenne survivante. La nudité y symbolise l’égalité, la pureté et la connexion à la nature, écho direct au naturisme et aux initiations maçonniques.

Cela causa des controverses, certains wiccans rejetant la nudité pour des raisons pratiques, mais elle reste pratiquée dans des covens traditionnels.

Le symbolisme de la nudité : pont entre les deux pratiques.

Dans la Franc-Maçonnerie

Jules Boucher

La nudité maçonnique n’est pas littérale comme dans le naturisme, mais symbolique : elle représente le dépouillement de l’ego, la vulnérabilité et la renaissance. Dans le cabinet de réflexion, le candidat est confronté à sa « nudité intérieure », miroir de sa vérité sans masques sociaux. Ce « triangle de la nudité » (bras, poitrine, genou) évoque l’humilité et l’égalité, forçant à juger l’autre sur son essence.

Historiquement, elle rappelle les épreuves antiques, où la nudité marquait la transition du profane au sacré. Des auteurs maçonniques comme Jules Boucher soulignent que cet état « ni nu ni vêtu » réduit le candidat à un mendiant, symbolisant la fragilité humaine et la libération du superflu (métaux, vêtements ostentatoires).

Dans le naturisme et ses liens spirituels

Le naturisme, défini par la Fédération Internationale de Naturisme (INF) comme un mode de vie en harmonie avec la nature via la nudité collective, partage avec la maçonnerie l’idée de tolérance et de respect mutuel. La nudité y efface les hiérarchies sociales, favorisant une « osmose » avec l’environnement et une libération psychique.

Philosophiquement, elle rejoint la maçonnerie en rejetant les « oripeaux » (vêtements comme masques sociaux), promouvant un amour fraternel (agapè) et une discipline des passions. Des liens artistiques renforcent cela : de la Vénus de Willendorf (préhistoire) à Michelangelo ou Rodin, la nudité exalte la fertilité et la réflexion spirituelle, thèmes maçonniques.

Aspects contemporains et Actualité

Évolution des pratiques maçonniques

Aujourd’hui, la nudité reste symbolique en Franc-maçonnerie, limitée aux rituels d’initiation. Certaines loges explorent des formes plus audacieuses, comme des présentations nues avec tablier d’apprenti pour intensifier l’extase spirituelle, mais cela reste marginal et controversé, souvent rejeté pour des raisons de « décence ».

En France, leader mondial du naturisme avec plus de 500 sites, des influences culturelles (Mai 68, acceptation familiale de la nudité) pourraient inspirer une évolution, mais les obédiences traditionnelles maintiennent des protocoles stricts.

Dessin de Gerald Gardner (fondateur de la Wicca gardenienne). Note : Il s’agit d’un dessin personnel (Ruhrgur) basé sur une photographie sans aucune indication de droits d’auteur. L’utilisation est permise selon l’article 23 UrhG, cf. jugement de la Cour fédérale de justice du 07.04.2022, numéro de dossier ZR 222/20

Le naturisme moderne et ses échos maçonniques

Le naturisme contemporain, boosté par l’écologie et le bien-être, compte des millions d’adeptes. En France, des associations comme la Fédération Française de Naturisme (FFN) promeuvent la nudité comme outil de tolérance, écho aux valeurs maçonniques. Des discussions en ligne (sur X/Twitter) relient sporadiquement les deux, comme des posts évoquant Gardner ou des critiques conspirationnistes liant maçonnerie, naturisme et occultisme. Dans la Wicca actuelle, influencée par Gardner, la nudité rituelle persiste dans certains groupes, fusionnant naturisme et éléments maçonniques. Des événements récents, comme des conférences sur l’initiation et la nudité (e.g., articles en 2023 sur 450.fm), montrent un intérêt croissant pour revisiter ces symboles face à l’individualisme moderne.

Défis et perceptions actuelles

Les deux pratiques souffrent de malentendus : la maçonnerie est accusée de complotisme, le naturisme d’exhibitionnisme. Pourtant, elles partagent une discrétion protectrice contre les jugements profanes. En actualité, des débats sur la laïcité et l’écologie pourraient renforcer leurs liens, avec des appels à une maçonnerie plus « nue » spirituellement pour contrer le déclin des adhésions.

Liens philosophiques et spirituels

Franc-maçonnerie et naturisme convergent sur la liberté (du corps et de l’esprit), l’égalité (sans artifices sociaux) et l’harmonie (avec la nature et la fraternité). La nudité y est un outil de déconstruction-reconstruction, favorisant une « mens sana in corpore sano ». Spirituellement, elles évoquent un amour altruiste, reliant l’humain au divin sans dogmes.

Conclusion

Les intersections entre Franc-maçonnerie et naturisme, de la nudité symbolique antique aux réformes du XXe siècle via Reclus et Gardner, illustrent une quête commune d’authenticité humaine. Aujourd’hui, ces liens persistent dans des pratiques marginales et des débats philosophiques, invitant à une réflexion sur notre rapport au corps et à la société. Bien que distincts, ils enrichissent mutuellement la compréhension de la liberté spirituelle dans un monde en mutation.

Rationnellement, l’étrange…

Avec Grand manuel de parapsychologie scientifique, Renaud Evrard, Claude Berghmans et Paul-Louis Rabeyron s’avancent là où tant de discours trébuchent. Ils n’ornent pas l’étrange, ils l’examinent. Entre invariants culturels, clinique des expériences exceptionnelles et exigence expérimentale, ils dessinent une voie rare où la curiosité n’abolit jamais la rigueur. Nous lisons cette somme comme un exercice de discernement, presque un travail d’atelier, tant elle nous oblige à séparer le fait du récit, le vertige de la preuve, l’intuition de la projection.

Il arrive parfois qu’un livre prenne la forme d’un geste presque rituel, non pas pour sacraliser un objet, mais pour remettre de l’ordre dans une zone de brouillard où l’imaginaire, la rumeur, la peur et l’espérance se disputent la même place. Renaud Evrard, Claude Berghmans et Paul-Louis Rabeyron proposent avec ce Grand manuel de parapsychologie scientifique une entreprise de désembrouillage, ample, patiente, obstinée, qui refuse deux facilités également commodes, l’adhésion béate au merveilleux et le scepticisme de posture qui se croit rationnel parce qu’il se dispense d’examiner. Le volume revendique cette ambition d’embrasser un champ vaste, de croiser les disciplines, de faire communiquer les langages, et de tenir ensemble la culture des faits et la pudeur devant l’inexpliqué, dans une somme de grande ampleur dont la pagination varie selon les éditions.

Ce qui frappe d’abord, au-delà des débats habituels, c’est la manière dont l’ouvrage installe une éthique du discernement

Nous reconnaissons là une exigence très proche de la pédagogie initiatique, non parce qu’elle flatterait quelque goût du secret, mais parce qu’elle apprend à distinguer, à séparer, à éprouver, à ne pas confondre la pierre et son reflet. Il y a des récits, des vécus, des effractions intimes, des coïncidences qui donnent le vertige, et il y a la tentation d’en faire trop vite une preuve, une doctrine, un drapeau. Or le livre ne méprise jamais l’expérience humaine. Il la traite comme une matière première, précieuse et dangereuse, qui demande d’être taillée, mesurée, replacée dans des cadres d’interprétation où l’erreur est possible, où l’illusion est fréquente, où la souffrance aussi peut se loger. Cette attitude, à nos yeux, vaut déjà comme leçon, car elle rappelle qu’aucun phénomène, même étrange, ne dispense d’une ascèse intérieure, celle qui consiste à accepter la lenteur de la preuve, la difficulté du tri, l’humilité devant ce qui résiste.

Parapsychologie, un chercheur qui cherche…

La force de ce manuel tient à une idée simple, mais lourde de conséquences, qui traverse sa démarche comme un fil conducteur

Nous pouvons chercher des invariants, repérer ce qui se retrouve d’une culture à l’autre, d’une époque à l’autre, non pour conclure hâtivement à l’existence d’un “autre monde”, mais pour comprendre comment l’humain fabrique, transmet, transforme et parfois endure l’extraordinaire. Nous pouvons aussi écouter la clinique des expériences dites exceptionnelles, en considérant la subjectivité non comme un défaut à éliminer, mais comme un territoire à explorer avec méthode, et surtout avec tact. Nous pouvons enfin tenter l’épreuve expérimentale, celle qui met le phénomène au défi d’apparaître dans des conditions contrôlées, et qui oblige la pensée à préciser ce qu’elle entend, ce qu’elle mesure, ce qu’elle infère. Cette triple exigence, culturelle, clinique, expérimentale, dessine une architecture de travail qui rappelle le chantier maçonnique, où l’intuition n’est pas bannie mais orientée, où la symbolique n’est pas un refuge mais un outil, où la raison n’est pas un glaive mais une règle, une équerre, un instrument de rectitude.

À mesure que nous avançons dans cette matière, une question sourde devient centrale

Que cherchons-nous exactement quand nous parlons de “psi” et pourquoi ce mot attire-t-il autant d’images parasites. Le manuel fait sentir, sans dogmatisme, que la parapsychologie n’est pas un folklore, mais une zone de tension entre reconnaissance et disqualification, où les erreurs historiques, les récits sensationnalistes, les récupérations idéologiques ont souvent pris la place des résultats réels.

Nous comprenons alors que l’enjeu n’est pas seulement de “prouver” ou de “réfuter”, mais de restaurer les conditions mêmes d’un débat digne, où la critique ne soit pas une moquerie, où l’ouverture ne soit pas une crédulité. C’est ici que la lecture prend, pour nous, une coloration initiatique. Le livre ne promet pas une illumination. Il propose une discipline. Il ne vend pas un pouvoir. Il reconduit à l’effort. Il n’offre pas une certitude confortable. Il apprend à habiter l’incertitude sans se dissoudre en elle.

Dans cette perspective, la distinction entre une expérience vécue comme extraordinaire et un phénomène réellement attribuable à une anomalie psi devient décisive

Nous savons combien l’esprit humain est capable d’élaborer, de combler, de relier, parfois avec une puissance poétique bouleversante, parfois avec une violence qui déstabilise. Le manuel n’humilie jamais ces récits. Il les traite comme des faits psychiques et sociaux, et c’est déjà une manière de leur rendre justice. Il rappelle que l’écoute, l’accompagnement, la compréhension des cadres culturels et des vulnérabilités individuelles comptent autant que les chiffres et les protocoles.

Là encore, une résonance maçonnique se lève, car nous reconnaissons ce que signifie accueillir une parole sans l’absorber, la respecter sans l’avaliser, la protéger sans la mythifier

Lorsque l’ouvrage aborde l’expérimentation, il change de texture, comme si la phrase devait se serrer un peu plus près du monde mesurable. Nous sentons que la parapsychologie expérimentale se heurte à des obstacles spécifiques, parce que le phénomène, s’il existe, semble dépendre de conditions humaines, d’états de conscience, d’interactions fines, et parce que le moindre biais méthodologique devient une porte ouverte à la critique. Le livre ne contourne pas cette difficulté. Il la met au centre, et nous y voyons une invitation à la probité intellectuelle, cette vertu rare qui consiste à préférer une hypothèse moins séduisante mais mieux étayée à une explication flamboyante mais fragile. Il y a, dans cette probité, quelque chose d’une morale de l’atelier, où l’on ne triche pas avec la mesure, parce qu’une pierre mal taillée compromet l’édifice entier.

Vient ensuite la question des théories…

Et nous découvrons ici un autre mérite du manuel. Il ne se contente pas de dresser un état de la recherche, il montre qu’un champ peut être contesté et néanmoins théorisable, qu’il peut être polémique et cependant intelligible. L’ouvrage fait apparaître des tentatives de modélisation, des manières de penser ce que serait un transfert d’information, une interaction psychokinétique, des liens hypothétiques entre conscience, matière et information, sans céder à la facilité du jargon, ni à la tentation de plaquer des mots prestigieux sur des inconnues. Nous apprécions cette retenue, parce qu’elle garde la pensée ouverte tout en la maintenant responsable.

Le rapprochement avec les neurosciences, puis l’ouverture vers la spiritualité et la culture, achèvent de donner à l’ensemble une portée qui dépasse largement le seul cercle des amateurs de paranormal. Ce livre parle, au fond, de notre rapport au réel, de la manière dont une civilisation autorise ou interdit certains récits, de la façon dont des expériences singulières deviennent des symptômes, des croyances, des œuvres, des blessures, parfois des chemins. Et c’est là que notre lecture, volontairement maçonnique, trouve sa pleine matière. Car l’initiation n’est pas une collection de réponses, c’est une éducation du regard. Elle nous apprend à supporter que tout ne se laisse pas réduire, sans pour autant idolâtrer le résidu. Elle nous apprend à travailler la frontière, non pour s’y perdre, mais pour y affûter le sens de la limite. Le manuel, dans son exigence transdisciplinaire, nous semble participer de cette même école intérieure, où la lumière n’est pas une croyance, mais une conquête progressive sur le brouillard des approximations.

Les trois coordinateurs de l’ouvrage incarnent, chacun à sa manière, cette tension féconde entre clinique, recherche et réflexion

Renaud Evrard, maître de conférences HDR en psychologie à l’Université de Lorraine, travaille depuis des années sur la psychopathologie clinique et sur les expériences exceptionnelles, avec une attention particulière aux zones où la souffrance, le sens et l’étrange se nouent.

Claude Berghmans-Laboratoire-InterPsy

Claude Berghmans, chercheur associé au laboratoire Interpsy de l’Université de Lorraine, inscrit ses travaux à l’intersection de la psychologie, des approches intégratives, de la spiritualité et des terrains parapsychologiques, avec cette sensibilité de praticien-chercheur qui refuse les caricatures.  

Paul-Louis Rabeyron, professeur à l’Université catholique de Lyon, apporte une profondeur supplémentaire, en articulant les enjeux de la clinique, de la conscience et des représentations, et en assumant que ces questions touchent aussi la culture, donc notre manière de dire l’humain.

Renaud-Evrard-Laboratoire-InterPsy-EA

Pour situer brièvement quelques repères bibliographiques, nous pouvons rappeler que Renaud Evrard a notamment publié Phénomènes inexpliqués chez HumenSciences en 2023, texte qui explore déjà la zone trouble où se rencontrent témoignages, controverses et recherche, et qu’il a aussi travaillé sur les expériences de fin de vie et les récits de seuil avec Aux frontières de la mort.  

Côté Claude Berghmans, ses publications et travaux accessibles montrent un intérêt constant pour les articulations entre santé mentale, spiritualité, et phénomènes limites, dans une perspective de psychologie de la santé et de recherche.

Paul-Louis Rabeyron – source Vertical Project

Quant à Paul-Louis Rabeyron, il apparaît également comme contributeur à des travaux de sciences humaines autour des pratiques et représentations aux marges de la médecine, ce qui éclaire, par contraste, la prudence du manuel face aux amalgames contemporains.

Au terme de cette lecture, ce qui demeure n’est pas une thèse à brandir, mais une discipline à garder

Parapsychologie, un chercheur qui a trouvé ?

Nous ressortons avec une sensation rare, celle d’avoir été accompagné dans un territoire controversé sans jamais être pris en otage, ni par le sensationnel, ni par la dérision. Ce Grand manuel de parapsychologie scientifique nous paraît ainsi offrir, à qui veut travailler sérieusement la question, un double viatique. D’une part, une cartographie rigoureuse qui rend à la parapsychologie ce que les caricatures lui ont confisqué, la possibilité d’être discutée avec exactitude. D’autre part, une leçon de méthode qui dépasse le sujet, et qui touche à une vertu fondamentale de l’esprit initié, apprendre à penser sans se mentir, apprendre à douter sans se dessécher, apprendre à chercher sans se payer de mots.

Et si la leçon la plus précieuse n’était pas de trancher, mais d’apprendre à tenir la frontière. Dans ce livre, l’invisible cesse d’être une promesse ou un épouvantail pour devenir une question tenue droite, à la fois humaine et méthodique. Nous y gagnons moins une certitude qu’une tenue intérieure, celle qui préfère l’examen à l’incantation, la probité à l’emportement, et qui rappelle, silencieusement, que toute quête digne de ce nom commence par la maîtrise de soi.

Grand manuel de parapsychologie scientifique

Renaud Evrard, Claude Berghmans, Paul-Louis Rabeyron (dir.)

Dunod, 2025, 648 p., 52 € numérique 39,99 €

Dunod – une page d’avance, le SITE