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20/02/26 conférence à la GLDF : « L’Iran et le cinéma : une invitation à la pensée »

conférence publique à la Grande Loge de France

La Respectable Loge Condorcet – Droits de l’Homme n°1198, à l’Orient de Paris, organise une conférence publique exceptionnelle consacrée à un thème aussi sensible que fécond : l’Iran et le cinéma, envisagé comme un espace de réflexion, de résistance et de pensée critique.

Cette rencontre aura lieu le vendredi 20 février 2026 à 19h30, au Temple Franklin Roosevelt, situé à l’Hôtel de la Grande Loge de France, 8 rue Louis Puteaux, 75017 Paris. L’inscription est obligatoire et s’effectue via le QR code figurant sur le flyer officiel.

Le cinéma iranien : bien plus qu’un art, un langage de pensée

Depuis plus de quarante ans, le cinéma iranien occupe une place singulière dans le paysage culturel mondial. Souvent salué dans les plus grands festivals internationaux, il intrigue autant qu’il questionne. Derrière des récits en apparence simples se déploient des œuvres d’une grande profondeur symbolique, capables d’interroger la condition humaine, la liberté, l’enfance, la justice, la violence ou encore le rapport au pouvoir.

Dans un contexte politique et social marqué par de fortes contraintes, le cinéma iranien s’est imposé comme un lieu de contournement, de métaphore et de créativité, où l’image devient un outil de réflexion et parfois de contestation. C’est précisément cette dimension que propose d’explorer la conférence : comment le cinéma peut devenir une invitation à la pensée, là où la parole est parfois entravée.

Une intervenante de référence : Agnès Devictor

La conférence sera présentée par Agnès Devictor, maîtresse de conférences HDR à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et spécialiste reconnue du cinéma iranien.

Titulaire d’un doctorat en sciences politiques, consacré à l’étude des politiques publiques de la culture en Iran entre 1979 et 1997, Agnès Devictor est l’autrice de nombreux travaux de recherche portant notamment sur :

  • le cinéma iranien,
  • les images de guerre au Moyen-Orient,
  • les rapports entre culture, pouvoir et société.

Elle prépare actuellement un ouvrage consacré à l’histoire du cinéma en Afghanistan, prolongeant ainsi une réflexion de long terme sur les images, les récits et les sociétés du monde iranien et moyen-oriental.

Son approche croise analyse politique, culturelle et esthétique, permettant d’éclairer le cinéma non seulement comme un art, mais comme un fait social et intellectuel majeur.

Une conférence ouverte au public, dans l’esprit des Lumières

En organisant cette conférence publique, la Loge Condorcet – Droits de l’Homme s’inscrit pleinement dans une tradition humaniste et éclairée : celle du dialogue, de la transmission du savoir et de la réflexion critique sur le monde contemporain.

Le choix du thème n’est pas anodin. À travers le cinéma iranien, c’est une invitation à penser l’altérité, à dépasser les représentations simplistes et à comprendre comment une société s’exprime, se questionne et se raconte malgré les contraintes.

Cette soirée s’adresse aussi bien aux amateurs de cinéma qu’aux personnes intéressées par la géopolitique, la culture, la philosophie ou les enjeux contemporains du Moyen-Orient.

Informations pratiques

  • Conférence publique
  • Thème : L’Iran et le cinéma : une invitation à la pensée
  • Intervenante : Agnès Devictor
  • Date : Vendredi 20 février 2026
  • Heure : 19h30
  • Lieu : Temple Franklin Roosevelt – Hôtel de la Grande Loge de France
    8, rue Louis Puteaux – 75017 Paris
  • Inscription obligatoire (via QR code)

Deux célèbres Francs-maçons s’entretuent à Québec

En 1759, au cœur de la Guerre de Sept Ans qui opposait la France et la Grande-Bretagne pour le contrôle des colonies nord-américaines, deux généraux emblématiques, James Wolfe et Louis-Joseph de Montcalm, se sont affrontés lors de la bataille des Plaines d’Abraham, près de Québec. Cette confrontation décisive, marquée par le destin tragique de ses deux protagonistes, est souvent évoquée dans les cercles de la Franc-maçonnerie comme un épisode où deux Frères se seraient reconnus et salués en tant que tels, malgré leur allégeance à des camps ennemis.

Bien que cette reconnaissance mutuelle relève davantage d’une tradition ou d’une légende maçonnique non étayée par des preuves historiques irréfutables, elle ajoute une couche symbolique à cette page sanglante de l’histoire.

James Wolfe

Wolfe, commandant britannique, et Montcalm, chef des forces françaises, ont tous deux péri à quelques heures d’intervalle, scellant ainsi le sort de la Nouvelle-France. La Guerre de Sept Ans (1756-1763), souvent considérée comme la première guerre mondiale en raison de son étendue géographique – de l’Europe à l’Amérique, en passant par l’Inde et l’Afrique –, opposait principalement la coalition franco-autrichienne à l’alliance anglo-prussienne. En Amérique du Nord, ce conflit, connu sous le nom de Guerre de la Conquête ou French and Indian War, visait le contrôle des vastes territoires coloniaux. La France, affaiblie par des défaites antérieures comme celle de Fort Duquesne en 1758, défendait ses possessions canadiennes face à une offensive britannique déterminée.

Québec, capitale de la Nouvelle-France, représentait un enjeu stratégique majeur : sa chute ouvrirait la voie à la domination britannique sur le continent. James Wolfe, né le 2 janvier 1727 à Westerham en Angleterre, était un officier brillant et ambitieux. Fils d’un général, il entra dans l’armée à l’âge de 14 ans et gravit rapidement les échelons grâce à ses talents tactiques. Participant à la répression de la rébellion jacobite en Écosse (1745-1746), il se distingua lors de la bataille de Culloden en 1746. Promu major-général en 1759, Wolfe fut chargé de conquérir Québec. Malade et affaibli par la tuberculose, il mena néanmoins une campagne audacieuse : après un siège de trois mois, il opta pour une attaque surprise en escaladant les falaises escarpées dominant le fleuve Saint-Laurent.

Selon certaines sources maçonniques, Wolfe aurait été initié à la Franc-maçonnerie au sein de la Minden Military Lodge, une loge militaire attachée à son régiment.

Cette allégeance est revendiquée par des historiens de la Franc-maçonnerie, bien que les preuves directes soient limitées à des traditions orales et des affiliations posthumes.

Portrait de Louis-Joseph de Montcalm-Gozon

De l’autre côté, Louis-Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint-Véran, né le 28 février 1712 au château de Candiac en France, était un aristocrate et un militaire chevronné. Engagé dès l’âge de 9 ans, il combattit dans plusieurs guerres européennes, dont la Guerre de Succession de Pologne (1733-1735) et la Guerre de Succession d’Autriche (1740-1748). Envoyé en Nouvelle-France en 1756 comme commandant en chef, Montcalm remporta des victoires notables, comme la prise de Fort William Henry en 1757 et la défense de Fort Carillon (Ticonderoga) en 1758. Cependant, les ressources limitées de la France et les dissensions avec le gouverneur Vaudreuil l’affaiblirent. Les allégations selon lesquelles Montcalm aurait été Franc-maçon sont plus ténues et considérées comme non substantiées par de nombreux chercheurs ; elles reposent sur des rumeurs persistantes dans les milieux maçonniques, sans documents probants.

Wolfe agonisant pendant la Bataille sur les Plaines d’Abraham en 1759

Le 13 septembre 1759, sur les Plaines d’Abraham – un plateau herbeux nommé d’après Abraham Martin, un fermier du 17e siècle –, les deux armées se firent face. Wolfe, avec environ 4 400 hommes, avait débarqué discrètement la nuit précédente et positionné ses troupes en ligne de bataille. Montcalm, surpris mais résolu, rassembla près de 4 000 soldats français et miliciens canadiens, sans attendre les renforts.

Montcalm blessé à la bataille des plaines d’Abraham, ramené à Québec

La bataille, d’une durée d’à peine 15 à 30 minutes, fut intense : les Britanniques, disciplinés et bien entraînés, repoussèrent les charges françaises désorganisées. Wolfe fut touché à trois reprises – au poignet, à l’abdomen et à la poitrine – et expira sur le champ, entouré de ses officiers. Selon la légende peinte par Benjamin West dans son célèbre tableau The Death of General Wolfe (1770), il apprit la victoire britannique juste avant de mourir, murmurant « Now, God be praised, I will die in peace ». (Maintenant, Dieu soit loué, je mourrai en paix)

Montcalm, blessé à la cuisse et à l’abdomen par un tir de mousquet, fut transporté agonisant dans Québec. Il succomba le lendemain matin, le 14 septembre, à l’âge de 47 ans. Ses dernières paroles, rapportées par des témoins, exprimaient du soulagement pour les civils : « Tant mieux ! Je ne verrai pas les Anglais à Québec ». Les deux généraux, ennemis jurés, partagèrent ainsi un destin funeste, à quelques heures d’intervalle, symbolisant l’ironie de la guerre.

Plaque Commemorative pour James Wolfe

Dans les traditions de la Franc-maçonnerie, une légende persistante – bien que non vérifiée par des archives historiques – veut que Wolfe et Montcalm, en tant que Frères, se soient reconnus mutuellement sur le champ de bataille. Selon ce récit apocryphe, ils auraient échangé un salut maçonnique discret, un geste de fraternité transcendant les allégeances nationales, avant que le devoir ne les force à s’entretuer.

Cette anecdote, souvent citée dans des ouvrages maçonniques comme un exemple de l’universalité de la Franc-maçonnerie, souligne les principes d’humanisme et de tolérance prônés par l’ordre. Cependant, les historiens soulignent l’absence de preuves contemporaines : ni les rapports militaires, ni les journaux des officiers ne mentionnent un tel épisode. Il pourrait s’agir d’une embellissement postérieur, influencé par le rôle de la Franc-maçonnerie dans les armées britanniques de l’époque, où plusieurs loges militaires étaient actives.

Monument en ll’honneur de Wolfe qui a été érigé à l’endroit présumé de sa mort

Les conséquences de la bataille furent immenses : Québec capitula le 18 septembre 1759, et Montréal suivit en 1760. Par le Traité de Paris en 1763, la France céda le Canada à la Grande-Bretagne, marquant la fin de la Nouvelle-France et le début d’une ère britannique en Amérique du Nord. Cette défaite alimenta plus tard le nationalisme québécois, et la bataille reste un symbole controversé, commémorée annuellement mais parfois contestée pour son récit anglocentrique.

En hommage à leur bravoure commune, un monument fut érigé à Québec en 1827, sur les Plaines d’Abraham. Sa pierre angulaire fut posée avec les honneurs maçonniques par le Grand Maître Provincial Claude Dénéchau, en présence du gouverneur Lord Dalhousie. L’inscription latine proclame : « La prouesse militaire leur donna une mort commune, l’histoire une renommée commune et la postérité un monument commun ».

Mausolée de Montcalm à Québec

Parmi les participants, James Thompson, un sergent survivant de la bataille et Franc-maçon de longue date, frappa symboliquement la pierre de trois coups mystiques. Ce geste maçonnique illustre comment la Franc-maçonnerie, introduite à Québec par les loges militaires britanniques dès novembre 1759, s’est entrelacée avec l’histoire locale.

Aujourd’hui, les Plaines d’Abraham sont un parc national historique, visité par des millions de touristes. L’histoire de Wolfe et Montcalm, enrichie de cette aura maçonnique légendaire, rappelle que même dans la fureur des combats, des liens invisibles peuvent unir les hommes. Pourtant, au-delà des mythes, leur tragédie souligne l’absurdité de la guerre : deux chefs talentueux, peut-être Frères dans l’esprit, emportés par le devoir et la fatalité.

La parole du Véné du lundi : « Je suis propriétaire de mon maillet… taisez-vous »

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Ah, mes chers Frères et Sœurs, en cette semaine où le froid de début févrer 2026 nous rappelle que rien n’est éternel – sauf peut-être certains titres maçonniques –, parlons un peu de ces Vénérables et autres dignitaires qui confondent leur maillet avec un sceptre royal et leur sautoir avec une couronne impériale. Vous savez, ces illustres figures qui, une fois installées sur leur chaise orientale, s’imaginent propriétaires à vie de leur petit royaume logé. Comme si la Franc-maçonnerie était un bien immobilier, avec acte notarié et hypothèque sur l’équerre et le compas !

susceptibilités, mais disons qu’elle est si petite qu’elle tiendrait dans un tablier d’apprenti – vient d’attribuer à son Grand Maître, déjà en poste depuis sept longues années, le titre ronflant de Grand Maître Honoris Causa. Et attention, pas n’importe lequel : un « honoris causa » qui sent bon l’« ad vitam aeternam » ! Traduction pour les profanes : « pour la vie éternelle », ou en termes maçonniques, « jusqu’à ce que mort s’ensuive, et encore ». On marche sur la tête, non ? Ou plutôt, on trébuche sur les marches du temple, le maillet à la main, en se prenant pour un pharaon des temps modernes.

Remarquez, si l’on relit les livres d’histoire – ceux qui ne dorment pas sur les étagères des bibliothèques maçonniques, couverts de poussière symbolique –, les premières loges étaient souvent créées par des Maîtres qui en devenaient propriétaires absolus. Une sorte de franchise médiévale : « Ouvrez votre loge, et gardez-la pour vous ! » Alors, pourquoi ne pas perpétuer cette noble tradition ? Tant qu’on y est, rappelons que jadis, le droit de cuissage était coutumier chez les seigneurs. Pourquoi ne pas l’appliquer aux apprentis ? Après tout, un petit rituel supplémentaire pour initier les nouveaux venus, ça pimenterait les tenues. Non, je plaisante, bien sûr – quoique, avec certains, on se demande…

Bon, je ne donnerai pas de noms, mais j’en connais qui cumulent les tares maçonniques en la matière : accumuler les titres comme des badges scouts, s’accrocher à leur sautoir comme à un doudou, et transformer l’humilité maçonnique en ego surdimensionné. Nous ne dévoilerons pas leur identité, par pure charité fraternelle – et parce que la discrétion est notre seconde nature. Mais avouez-le : la Franc-maçonnerie, c’est le meilleur comme le pire, et ce n’est pas forcément dans le pire qu’elle excelle le plus.

Au fond, chers amis, rappelons-nous que le maillet n’est qu’un outil, pas un trône. Le sautoir, un symbole, pas une médaille olympique. Et le titre de Vénérable ? Un mandat temporaire, pas une rente viagère. Sinon, à ce rythme, on finira par avoir des Grands Maîtres héréditaires, avec succession dynastique. Imaginez : « Mon fils, je te lègue mon maillet, et que la force soit avec toi ! » Non, vraiment, revenons à l’essentiel : la Franc-maçonnerie est une quête collective, pas une propriété privée. Sinon, autant ouvrir un club VIP avec carte gold et parking réservé.

Sur ce, mes Soeurs et mes Frères, à lundi prochain pour une nouvelle dose de cynisme bien tempéré. Et rappelez-vous : le vrai pouvoir, c’est de savoir passer le maillet sans regret.

Fraternellement vôtre,
Le Véné du lundi

Le GFEQA à Douala : penser l’Afrique, agir fraternellement

Activités et engagements du Groupe Fraternel d’Étude des Questions Africaines dans le cadre des REHFRAM

Une présence fidèle aux REHFRAM

Fondé en 1975, le Groupe Fraternel d’Étude des Questions Africaines (GFEQA) est une association régie par la loi de 1901, dont la vocation est de penser l’Afrique par l’étude, le dialogue et l’action fraternelle, en lien étroit avec les réalités du continent et de ses diasporas.

Depuis 1997, le GFEQA participe sans interruption aux Rencontres Humanitaires et Fraternelles d’Afrique et de Madagascar (REHFRAM), contribuant chaque année à la réflexion collective à travers des analyses, des conférences et des propositions concrètes. Cette fidélité s’inscrit dans une conviction forte : l’émancipation de l’Afrique passe par la réflexion partagée, la transmission et l’engagement citoyen.

Douala : un temps fort du dialogue Afrique–Europe

Dans cette dynamique, la conférence organisée à Douala constitue un moment majeur des activités du GFEQA en Afrique centrale. Elle s’est tenue au Temple TKN de la Grande Loge Unie du Cameroun (GLUC), à Deïdo, dans un cadre propice à l’échange et à la fraternité.

Placée sous le thème :

« Regards croisés entre le GFEQA et l’Afrique »

cette rencontre visait à croiser les expériences, les analyses et les perspectives entre acteurs africains et européens engagés dans la réflexion maçonnique et citoyenne sur l’avenir du continent GFEQA- Conférence de Douala 202….

Des intervenants engagés et ancrés dans le réel

La conférence a été animée par deux figures particulièrement qualifiées :

  • Le Frère Gérémie Sollé, ancien président de la CPMAM, résidant au Cameroun, dont l’expérience de terrain nourrit une réflexion pragmatique sur les enjeux africains contemporains ;
  • La Sœur Marie Nang, ancienne Présidente du GFEQA, vivant en France, engagée de longue date dans les questions africaines et la transmission des valeurs humanistes.

Leurs interventions ont permis de dégager une vision à la fois lucide et constructive de l’Afrique, mettant en lumière les défis, mais aussi les ressources internes du continent GFEQA- Conférence de Douala 202….

Les axes majeurs de réflexion portés par le GFEQA

À Douala comme lors des REHFRAM, le GFEQA structure son action autour de plusieurs axes fondamentaux, régulièrement approfondis lors de conférences, ateliers et publications :

🔹 Gouvernance et responsabilité politique

Analyse des fragilités institutionnelles, de la gouvernance publique et des conditions nécessaires à un développement durable et endogène.

🔹 Environnement et changement climatique

Engagement fort sur les enjeux environnementaux, avec notamment :

  • la promotion de la reforestation (Forêt de la Fraternité),
  • la sensibilisation des populations,
  • l’implication citoyenne des francs-maçons face au défi climatique.

🔹 Culture, éducation et transmission

Conviction que l’Afrique dispose dans sa propre culture des ressorts de son avenir, et que l’éducation est un levier essentiel de transformation sociale GFEQA-249-2025-03- VFinale.

🔹 Rôle éthique du franc-maçon dans la Cité

Réaffirmer la responsabilité morale et sociale du franc-maçon face aux crises contemporaines, qu’elles soient politiques, environnementales ou humanitaires.

Une méthode fondée sur le dialogue et l’action

Les travaux du GFEQA se distinguent par une méthode rigoureuse et ouverte :

  • conférences-débats avec des experts africains et internationaux,
  • ateliers de réflexion collective lors des REHFRAM,
  • publications régulières, notamment le bulletin Fraternité Europe Afrique,
  • propositions concrètes adressées aux acteurs institutionnels et associatifs.

Cette approche vise à transformer la réflexion en action, sans dogmatisme, mais avec exigence intellectuelle et fraternité vécue.

Douala : un symbole de continuité et d’avenir

La tenue de cette conférence à Douala illustre la volonté du GFEQA de penser l’Afrique depuis l’Afrique, en dialogue permanent avec les réalités locales. Les agapes fraternelles qui ont suivi la conférence ont prolongé ce temps d’échange dans un esprit de convivialité et de fraternité active, fidèle à l’ADN du Groupe GFEQA- Conférence de Douala 202….

Conclusion – Le GFEQA, un pont fraternel entre les continents

Par ses activités à Douala, comme par sa participation constante aux REHFRAM, le GFEQA confirme sa vocation :
👉 être un pont intellectuel, culturel et fraternel entre l’Afrique et l’Europe,
👉 contribuer à l’émergence d’une pensée africaine libre, responsable et tournée vers l’avenir.

Dans un monde traversé par des crises multiples, le GFEQA rappelle que le dialogue, la connaissance et la fraternité demeurent des outils puissants de transformation.

Le chevalier de Saint George : un oublié de l’histoire contemporaine

Présenté par la Fraternelle des Ecrivains et Editeurs, Journalistes et Réalisateurs Humanistes – Janvier 2026 : Une question soulevée lors du déjeuner-débat mensuel de la « Fraternelle des Écrivains et Éditeurs, Journalistes et Réalisateurs Humanistes », le 8 janvier 2026 à Neuilly-sur-Seine

Joseph de Bologne, dit Le chevalier de Saint-George, né le 25 décembre 1745 à Baillif, en Guadeloupe, et mort le 9 juin 1799 à Paris, reste une figure fascinante, parfois méconnue, de la France des Lumières. Compositeur, violoniste virtuose, chef d’orchestre, escrimeur légendaire, officier républicain et franc-maçon, il symbolise à lui seul l’union paradoxale entre excellence dans les arts de la musique et de l’escrime et le combat pour le respect de la dignité humaine.

Origines et ascension dans la société d’Ancien Régime

Fils d’un riche planteur et d’une esclave métisse d’origine africaine, Nanon, Saint-George fut très tôt remarqué pour sa prestance et son intelligence dans le cercle aristocratique de l’époque du XVIIIe siècle. Arrivé en France à l’âge de 10 ans, il y continua l’éducation voulue par son père dès sa naissance : études de lettres, mathématiques, escrime et musique. Très vite, sa maîtrise du fleuret en fit une légende vivante : ses matches contre les maîtres d’armes les plus réputés, lui valurent une réputation comparable à celle d’un héros de roman.

Sa virtuosité musicale l’imposa rapidement dans les cercles de la Cour de Louis XV puis de Louis XVI. Élève de Gossec, ami de Leclair et de Gluck, il devint un compositeur reconnu, dirigeant le Concert des Amateurs, l’un des orchestres les plus prestigieux d’Europe à l’époque.

Œuvre musicale et influences

Le chevalier de Saint-George a laissé un catalogue riche et varié.

Le jeune Saint-Georges initié au violon par le plus grand maître du 18ème • © Réal. : J. Bakonga – Prod. : Zorn Production/France Télévisions

On y dénombre des concertos pour violonquatuors à cordes, des symphonies et rondeaux et plusieurs opéras-comiques comme ErnestineL’Amant anonyme ou La Partie de chasse. Sa musique, d’un style galant proche de celui de Haydn et de Mozart, témoigne selon les avis des connaisseurs de la maîtrise des formes classiques tout en révélant un tempérament vif, élégant et sensible.

Certaines correspondances de l’époque suggèrent même que Mozart, lors de son séjour à Paris en 1778, aurait pu être influencé par Saint-George. Saint George dirigeait alors un orchestre au sommet de la vie musicale française. Malgré son succès, il dut renoncer à la direction de l’Opéra royal en raison du refus raciste de certaines chanteuses de se produire sous l’autorité d’un homme de couleur — un épisode emblématique du paradoxe social d’une époque prônant les Lumières mais résistante à les appliquer à tous.

Le Franc-maçon engagé et le révolutionnaire

Initié à la Franc-maçonnerie française, Saint-George fut proche du duc d’Orléans, dit Philippe Égalité, acteur des mouvements réformateurs.

Humaniste avant l’heure, il crut profondément aux idéaux de liberté, de fraternité et d’égalité. Pendant la Révolution française, il mit son épée au service de la République. À la tête de la Légion franche des Américains et du Midi, composée principalement d’hommes de couleur de Saint-Domingue, des colonies et d’Afrique, il combattit bravement contre les forces autrichiennes, prussiennes et brittanniques.

Mais la suspicion politique de la Terreur l’atteignit : arrêté pour son lien avec le général Dumouriez, il fut emprisonné près d’un an. Libéré après le 9 Thermidor, il reprit une vie plus discrète, marquée par le souvenir d’un monde en métamorphose.

La postérité et la mémoire d’un homme effacé

Claude Ribbe 

À sa mort en 1799, il tomba progressivement dans l’oubli. Les bouleversements politiques et la hiérarchisation culturelle du XIXᵉ siècle, peu favorable à la reconnaissance d’un musicien d’origine africaine dans le panthéon français, contribuèrent à effacer son souvenir.
Il faudra attendre la fin du XXᵉ siècle et des écrivains comme Claude Ribbe pour que son héritage soit réhabilité.

En effet Claude Ribbe, dans ses ouvrages et conférences publiques, souligne combien Saint-George incarne la lutte pour la reconnaissance, à la croisée des enjeux artistiques, politiques et mémoriels. Aujourd’hui, ses œuvres resurgissent au répertoire, de l’Orchestre national de France aux ensembles baroques spécialisés. Des films (Chevalier, 2023), livres et documentaires lui redonnent la place qu’il mérite dans l’histoire culturelle occidentale.

Le débat du 8 janvier 2026 : redonner un visage à l’histoire, réfléchir sur le sens de l’oubli 

Lors du déjeuner-débat de la Fraternelle, préparé par deux de ses journalistes adhérents, les participants ont pu interroger Claude Ribbe, écrivain, historien et philosophe sur les multiples facettes du chevalier de Saint George.  Essentiellement fallait-il le considérer ce dernier comme un « oublié de l’histoire » pour une musique datée ou comme un symbole persistant du dépassement des différences ? 

Selon notre invité du jour, écrivain et biographe, la mémoire du chevalier de Saint-George n’est pas seulement une question de reconnaissance historique, mais aussi de justice symbolique : celle d’un homme qui, malgré les préjugés, sut incarner les idéaux de mérite, de talent et d’universalité humaine. Dans cette perspective, la carrière artistique et son engagement sociétal, deviennent des actes de résistance intellectuelle face aux préjugés et déterminismes intemporels.

Le sens contemporain d’une mémoire à réhabiliter

Que retenir de ce débat ? Que la figure de Saint-George ne doit plus rester marginale. Le rétablir dans la mémoire collective, c’est aussi rendre hommage à tous ceux que l’histoire a effacés pour des raisons de couleur, d’origine ou de condition.

Le chevalier de Saint-George doit être regardé comme un des précurseurs de l’universalisme humaniste, un modèle pour les artistes et les citoyens d’aujourd’hui.

Nous invitons les lecteurs à découvrir la vidéo de France Musique, où Claude Ribbe commente la vie de ce personnage exceptionnel : l’histoire du chevalier de Saint-George.

Vient de paraître : « Idéal Maçonnique » avec une interview de María Elena Neira Segundo, Franc-maçonne et peintre

C’est une revue de 23 pages qui nous est proposée avec plusieurs articles de réflexions :

Ne peut-on pas faire un lien entre Les violences faites aux femmes et les croyances liées à « l’érotisme sacré » ?

Les échanges avec María Elena Neira Segundo, franc-maçonne et peintre, engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Réfléchir sur ce que pourrait être le renouveau maçonnique

Comment et pourquoi intégrer la méditation de pleine conscience, dans la démarche maçonnique

Quand Jean Ferrat faisait vivre la fraternité à Eentraigues

Notre frère Yonnel nous rappelle l’actualité de la journée mondiale pour la fraternité humaine du 4 février.

Et pour conclure, vous saurez tout sur le corbeau, un article de Gérard Baudou-Platon.

Une des oeuvres de notre soeur Maria Elena

A noter, une version hispanophone  » Ideal Maconnico »

Vous pouvez télécharger gratuitement ces revues numériques en cliquant sur ce lien.

A noter que le hasard veut que ce thème des violences faires aux felles est également l’objet d’une publication du GODF.

Lire aussi

Dessin et Texte du Frère Rémi

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Notre Frère Rémi de Guyane nous offre pour débuter ce deuxième mois de l’année ce dessin du dimanche et un texte. Nous saluons ainsi la création de ce frère, ainsi que toutes les Soeurs et tous les Frères des territoires et départements d’Outre-mer.

Dans la moiteur Guyanaise,
L’apprenti teste ses outils.
Concentré sur la terre glaise,
En miroir il se construit.

Si le rhum souvent l’emporte,
L’imagination fertile
Encore plus loin le transporte,
Créant nature plus subtile.

C’est pourtant en rectifiant
Qu’il trouvera au fond de soi
La beauté de son vivant,
Sans oublier que ses doigts

Auront toujours de la force
D’ouvrir en délicatesse,
Distillée de cette écorce,
La fameuse Belle Cabresse.

Légendes de France ou d’ailleurs : À Tarascon, la Tarasque, ou l’art de tenir la bête

À Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, le Rhône ne sépare pas seulement deux rives. Il sépare deux manières d’habiter la peur.

Blason-de-la-ville-de-Tarascon

Sur l’autre bord, nous connaissons les récits de reflets, de pièges et d’enlèvements qui font du fleuve un miroir dangereux, une surface où l’œil se perd avant le pas. Tarascon, elle, répond par une autre pédagogie. Ici, la peur n’est pas seulement un vertige, elle est une matière à travailler. La Tarasque apparaît alors comme une bête de marais et de roc, un monstre de passage, une présence qui guette le voyageur au moment exact où il se croit déjà arrivé, c’est-à-dire au seuil.

Ce qui frappe, dans la Tarasque, c’est son caractère composite

Comme si le récit avait voulu concentrer en une seule forme un bestiaire entier. Les descriptions varient, les enluminures hésitent, les traditions superposent des traits, et c’est précisément cette instabilité qui fait sa puissance symbolique. La bête n’est jamais « une » au sens simple. Elle ressemble à la somme de nos désordres : domination et défense, instinct et carapace, faim et panique. Nous ne faisons pas face à un animal, mais à une agrégation, comme si la légende murmurait ceci : le monstre n’est pas seulement dehors, il est ce que nous devenons lorsque nous laissons nos forces intérieures se dévorer entre elles.

La scène centrale, telle qu’elle est relayée par la tradition médiévale, refuse d’ailleurs la facilité du héros cuirassé

Ici, pas de saint Georges triomphant à la lance, pas d’épopée guerrière où l’épée efface le problème. Le récit change de registre. Il affirme que la victoire peut être une victoire sans violence, une victoire de présence, de parole et de maîtrise. Jacques de Voragine, dans La Légende dorée, place au cœur de l’épisode une femme, Sainte Marthe, et un geste décisif : la bête est conduite, tenue, menée, et le lien se fait au moyen d’une ceinture.

Tarascon-le-chateau

Ce détail de la ceinture n’est pas une anecdote

C’est la clef. La ceinture, c’est la mesure qui entoure, la règle qui tient, le cercle qui limite sans mutiler. Elle dit que l’initiation, au sens le plus profond, ne promet pas un monde sans monstres. Elle promet un apprentissage : ne plus leur obéir. Dans cette logique, le monstre n’est pas supprimé, il est contenu, et la contenance n’est pas une faiblesse mais un art.

Notre regard maçonnique

La ceinture devient ici plus qu’un accessoire narratif : elle devient un emblème de gouvernement intérieur. Tenir la bête en laisse ne signifie ni la nier, ni l’humilier, ni la repousser dans l’ombre ; cela signifie lui donner une forme, donc une limite. Or la forme n’est pas un carcan : elle est une architecture.

La Tarasque en laisse

Nous savons, dans le travail de l’atelier, que ce qui n’est pas mesuré déborde, et que ce qui déborde finit par dévaster. La laisse figure cette vérité opérative : la liberté n’est pas l’absence de liens, elle est le choix des liens justes. La peur n’est pas abolie, elle est convertie en vigilance ; la pulsion n’est pas détruite, elle est transmutée en énergie disponible. Comme la pierre brute n’est pas punie mais ajustée pour entrer dans l’édifice, la force brute n’est pas « tuée ». Elle est disciplinée, rendue commensurable, mise au service d’un ordre plus haut. La ceinture ne nie pas l’ombre, elle l’empêche de faire la loi.

C’est ici que Tarascon se distingue de tant de légendes de fleuve

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Là où d’autres récits disent : méfions-nous de l’eau qui trompe, Tarascon dit : méfions-nous de nous-mêmes quand nous traversons. La Tarasque est gardienne de frontière. Elle guette le passage, elle éprouve l’audace, elle sanctionne la précipitation, non par caprice mais par fonction. Un seuil ne se franchit pas en force. Un seuil se franchit avec une règle intérieure. Et si la bête “mange” le voyageur, c’est que le voyageur arrive sans forme, sans axe, sans discernement, livré à tout ce qui, en lui, mord et dévaste.

Tarasque-et-voyageur

Mais le génie tarasconnais ne s’arrête pas au récit. Il le pousse dans la cité. Il le transforme en acte collectif. Car une légende, si elle reste seulement racontée, demeure un frisson. Une légende, quand elle devient procession, devient une éducation. Nous entrons alors dans ce moment rare où une ville fait de son mythe un exercice commun : la Tarasque ne vit pas seulement dans les livres, elle sort, elle circule, elle traverse, elle oblige chacun à se situer. Le monstre, au lieu d’être relégué dans l’imaginaire, est ramené au centre, rendu visible, porté et maîtrisé, comme si la communauté déclarait : nous savons que la peur existe, nous savons que la violence est possible, et c’est précisément pour cela que nous rejouons le geste qui la tient.

Du roi René aux archives : la tradition comme stratification vivante

L’histoire locale attribue au roi René un rôle structurant, avec les Jeux de la Tarasque institués au XVe siècle, tandis que les archives rappellent que la première « sortie » clairement attestée par un document est plus tardive.

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_registre_des_archives_de_Tarascon

Ce décalage n’affaiblit pas la tradition, il l’éclaire. Il nous apprend qu’une fête est une stratification : elle naît, se formalise, disparaît parfois, renaît, se réécrit, et c’est cette alternance même qui fait d’elle une mémoire vivante plutôt qu’un décor du passé.Dans cette dramaturgie, tout prend une valeur particulière : le cortège, la présence des figures, la répartition des rôles, la répétition des parcours.Une procession n’est jamais neutre. Elle met en ordre. Elle transforme une foule en colonne. Elle fait d’un itinéraire un chemin. Elle change le bruit en rythme.

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Et c’est pourquoi, même festive, elle demeure profondément sérieuse : elle rejoue, à ciel ouvert, la possibilité d’une harmonie.La devise de sainte Marthe, patronne de la ville, Concordia Felix (« Concorde heureuse ») prend ici un relief très concret. L’accord n’est pas une idée, c’est un mécanisme humain, fragile, travaillé, recommencé, et la Tarasque, paradoxalement, en devient l’outil.

La symbolique du rite

Quand la Tarasque sort, la ville n’organise pas seulement un défilé mais met en scène une grammaire du collectif. Les corps s’accordent, les pas s’ajustent, les voix se répondent, et ce qui était foule devient forme. L’espace ordinaire se transforme en parcours signifiant : la rue devient tracé, le tracé devient apprentissage. Là, l’œil initiatique reconnaît une évidence : faire colonne, ce n’est pas écraser, c’est soutenir ; ce n’est pas confisquer, c’est ordonner.

Sainte Marthe maîtrise la Tarasque. Illustration tirée du Livre d’heures d’Henri VIII, composé vers 1500

Le cortège enseigne, sans discours, que l’ensemble tient lorsque chacun tient sa place, non pour dominer, mais pour faire tenir. Le monstre, au centre, devient figure d’un chaos domestiqué : non un chaos mort, mais un chaos rendu habitable, contenu par le rite et par la répétition. La cité, le temps d’une fête, se fait atelier à ciel ouvert : elle rejoue l’épreuve du seuil et, surtout, la capacité à la traverser sans se laisser gouverner par ce qui en nous dévore.

Il faut alors insister sur un point essentiel : Tarascon ne conserve pas seulement, Tarascon rejoue. Les reconnaissances patrimoniales, jusqu’aux inscriptions internationales, ne disent pas seulement « voici une curiosité », elles disent « voici une pratique ». Un faisceau de gestes où l’effigie n’est pas un objet, mais le centre d’une mémoire active, d’un rite social qui continue d’opérer.

Et pourtant, nous le savons, toute tradition vivante se transforme

La-Tarasque-dans-le-marais

Ce que nous appelons, faute de mieux,la folklorisation travaille aussi la Tarasque. Les formes se colorent, les usages se déplacent, l’effroi devient parfois spectacle, la peur s’adoucit, le monstre se fait photogénique, presque familier. Mais la métamorphose n’est pas une trahison si le cœur du geste demeure. Or le cœur du geste, à Tarascon, demeure obstinément lisible. Ce n’est pas la mâchoire qui importe, c’est la laisse. Ce n’est pas la terreur qui compte, c’est la mesure. Quand une société ne sait plus nommer le monstre intérieur, elle fabrique parfois un monstre de carton-pâte. Nous pourrions sourire. Nous aurions tort. Car même sous la légèreté apparente, quelque chose insiste, quelque chose se transmet encore. La communauté répète : voici la bête ; nous ne la nions pas ; nous la tenons.

C’est là, au fond, la leçon tarasconnaise

La Tarasque enseigne que le monstre n’est pas forcément dehors, dans le fleuve, dans la nuit ou dans le marais. Il habite l’être humain tant que l’être humain n’a pas trouvé sa ceinture, sa règle, son axe. Et cette ceinture n’est pas une contrainte qui humilie : c’est une forme qui libère. Car l’absence de forme rend violent. La forme rend juste.

Nous comprenons alors pourquoi cette légende nous touche encore. Elle raconte une alchimie morale. Elle transforme l’épouvante en discipline, le hurlement en silence, la bête en puissance tenue. Elle dit, sans moraliser, que l’humanité n’est pas un état acquis, mais une conquête quotidienne. Et c’est peut-être cela, le secret le plus initiatique de la Tarasque : nous ne devenons pas humains en tuant la bête. Nous devenons humains en apprenant à la tenir.

Tarasque-au-seuil

Merci à notre fidèle lecteur de nous avoir sensibilisés à la Tarasque et de nous avoir invités à vous proposer cette belle légende…

D’ici là, si d’aventure, au détour d’un chemin creux, il vous semble entendre le pas lourd de la Tarasque au cœur d’un cortège, souvenons-nous que les légendes parlent souvent davantage de notre peur de mourir et de notre désir de sens que de la mort elle-même.

Gardons l’esprit en éveil, le cœur disponible et le pas fraternel… et retrouvons-nous dimanche prochain pour une nouvelle légende de France ou d’ailleurs, si vous le voulez bien…

Bonne question…

7

(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Ces temps-ci, beaucoup de choses me troublent, m’indisposent voire m’inquiètent. Au cœur de cet envenimement, c’est la République qui vacille, qui chancèle, dont les principes risquent de s’effondrer, lors de grandes élections. Sur quoi repose-t-elle ? Sur des institutions, certes, mais que sont les institutions sans la confiance des citoyens, sans leur vigilance à les maintenir dans leur force et leur transparence ? Or c’est cela qui s’étiole, qui se délite, qui se dissout. Par toutes sortes de biais et d’intempérances – biais des puissants, intempérances de larges fractions du peuple qui, elles-mêmes, s’opposent.

Tout semble aller à vau-l’eau, parce qu’on ne s’attache plus à voir ce qui tient, ce qui tient encore, ce qui tient toujours et malgré tout, ce à quoi se dévouent, sur tous les plans et à tous les échelons, beaucoup d’hommes et de femmes, dans ce pays, car tout n’est pas perdu, tout n’est pas incohérent, tout ne tombe pas dans un cloaque ni a fortiori ne végète dans la boue.

Seulement, voilà, il n’y a plus d’horizon, il n’y a plus d’espoir, les peurs rôdent de toutes parts et s’exacerbent insidieusement dans les esprits. Nous consommions tranquillement, améliorant notre sort peu à peu, avec patience et certitude. Aujourd’hui, les écarts se creusent autant que la dette, les tensions montent, les désordres menacent de se propager, à tout instant. Tel est le ressenti de la population. On dit que la démocratie est exténuée, qu’elle ne peut relever le gant. D’ailleurs, ce n’est pas une paire qu’on doit ramasser par terre, mais tout un magasin.  Chacun se sent abandonné, dans le pays au monde où la richesse est la plus redistribuée… c’est dire qu’on ne nous comprend pas au-delà de nos frontières, pas plus qu’en-deça, d’ailleurs, et pour des raisons inverses… mais qu’importe !

Ceux qui en profitent à plein, dans nos économies financières et technologiques mondialisées, n’en peuvent plus de ces États lents et gourds à diriger. Ils veulent respirer entre eux et vivre leurs luttes effrénées, sans avoir à subir les entraves de réglementations tatillonnes que des pouvoirs discrédités s’essoufflent à maintenir tant bien que mal. Multiples discordances dans l’administration des affaires humaines, que l’opinion ne s’épuise plus à corriger. Elle en vient à réclamer des hommes ou des femmes à poigne,  qui prendront les affaires en main, qui n’auront même plus à s’excuser de piétiner des principes, à qui les électeurs confieront leurs destins parce qu’ils ne savent plus à quel saint se vouer.  Démesure de ces fauves qui se révèleront d’autant plus ivres de leur pouvoir qu’ils ne sauront résoudre les contradictions inhérentes à des sociétés avachies dans leurs bien-être et mal-être mêlés. Les tyrans d’opérette ont leur chance. Ils seront chargés de balayer pour ceux qui détiennent les biens et les clés de leur avenir… ou, au contraire, de les combattre sans merci.

De telles évolutions, dans un sens comme dans l’autre, signeraient la fin d’un usage tempéré du pouvoir et l’abolition plus radicale encore du respect mutuel des forces en présence, déjà fortement mis à mal, car le droit de la minorité comme, plus largement, celui des minorités pose toujours la question des limites de la tolérance de l’autre, au fondement de toute vie démocratique accomplie. Bref, dans tous les cas, on sait historiquement que les choses ne se terminent pas bien, comme toutes les dérives d’un autoritarisme que rien ne semble contrarier dans sa course mais qui, en revanche, a tôt fait de contrarier même ceux qu’il ambitionnait de servir, à ceci près qu’il trouve le moyen de se maintenir déraisonnablement, au gré de circonstances qu’au besoin, il provoque. 

À ce point, je vous entends me dire : « D’accord, mais, la franc-maçonnerie, dans tout cela ? » Bonne question…

Entrisme des Frères musulmans : la Franc-maçonnerie ne s’exposerait-elle au même risque ?

L’Assemblée nationale vient d’adopter une résolution contre les Frères musulmans, alertant sur un entrisme tentaculaire dans la société française. Dans ce contexte, l’invitation de l’imam Tareq Oubrou, lié à l’UOIF, par une loge GLNF en 2019 n’interrogeait-elle pas déjà sur l’amorce d’une infiltration symbolique à l’occasion d’un pseudo dialogue initiatique ? L’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler invite à scruter ces porosités discrètes.

Une résolution qui interroge les réseaux invisibles

Pourquoi l’Assemblée nationale, après un débat de près de cinq heures, vient-elle de voter, le 22 janvier 2026, par 157 voix contre 101, une résolution demandant une évaluation européenne de la mouvance des Frères musulmans ? Le rapport du ministère de l’Intérieur de mai 2025 y voit un entrisme multiforme : 139 lieux de culte, 21 écoles, 280 associations, doublant les effectifs militants en cinq ans. Une « double organisation » – officielle et secrète – finance-t-elle vraiment des « contre-sociétés » via le Qatar ou la Turquie, préparant un « islamisme municipal » pour 2026 ? Et la Franc-maçonnerie, avec son opacité initiatique, échappe-t-elle à ce maillage protéiforme ? Ce n’est pas céder à une prétendue paranoïa ambiante que de chercher, sur ce sujet comme sur d’autres, à faire la lumière et à mettre en garde, sachant que, malgré sa vigilance proclamée, la Franc-maçonnerie reste naïve, par nature, enracinée qu’elle est dans un humanisme confiant.

Tareq Oubrou : un parcours qui intrigue

Tareq Oubrou

Né en 1959 à Taroudant, autodidacte devenu « imam de Bordeaux », Tareq Oubrou revendique l’UOIF (ex-Frères musulmans en France) comme rempart contre le talibanisme : « Sans elle, je le serais devenu ». Sa «shari‘a de minorité », ancrée dans la principologie, adapte-t-elle vraiment la norme islamique à la laïcité française, ou conserve-t-elle une centralité coranique sous couvert d’herméneutique contextualisée ? De son rigorisme pro-voile des années 2000 à son « islam libéral » post-Charlie, chevalier de la Légion d’honneur malgré une fatwa de Daesh, ne mérite-t-il de susciter, au vu de son évolution, qu’une curiosité bienveillante et consensuelle ?

Le 26 novembre 2019, la loge Villard de Honnecourt (GLNF) l’accueille pour « Islam, une voie initiatique », célébrant sa réflexion sur la Révélation bédouine et l’Europe. Dialogue maçonnique enrichissant, selon les apparences, ou première brèche d’un frérisme migrateur vers des espaces symboliques ?​

Florence Bergeaud-Blackler : un regard qui dérange

Florence Bergeaud-Blackler

Et si l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler avait raison de parler du « frérisme » comme d’un islamisme culturel, infiltrant économie et institutions via un halal normatif plutôt que par une conquête empruntant trop visiblement les voies aménagées par l’État ? Ses enquêtes voient dans la «shari‘a de minorité » d’Oubrou une tactique d’adaptation : les concessions lexicales ne constituent-elles pas une monnaie d’échange au service d’un projet théologico-politique persistant ? Ce point de vue, certes, controversé, n’en invite pas moins à se demander : la Franc-maçonnerie, avec sa lampe équalisante, permet-elle de distinguer avec assez de rigueur et de perspicacité le désir légitime des loges dans leur ouverture pluraliste, d’une légitimation involontaire qui introduirait le ver dans le fruit ?

Vers une vigilance maçonnique repensée ?

Aucune preuve publique d’infiltration maçonnique n’existe, mais l’opacité des rites, la diversité des obédiences et moult débats chaotiques sur la laïcité menés à l’ombre d’un nombre appréciable de temples maçonniques ne créent-ils pas des failles théoriques ? L’exemple Oubrou-GLNF, tout anecdotique qu’il puisse paraître, n’avalise-t-il pas un frérisme suggérant une quête initiatique commune ? Plutôt que des protestations de bonne foi drapées dans une dignité ombrageuse que l’on connaît bien, ne faudrait-il pas renforcer contrôles internes, contre-discours et contextualisation historique – ligues factieuses, extrême droite – pour que les loges restent authentiquement des sentinelles de la République ?

Face à ces signaux parlementaires et symboliques, la Franc-maçonnerie française est-elle prête à s’interroger : jusqu’où tolérer sa porosité aux influences contemporaines, au risque de voir ses temples devenir par inadvertance les relais possibles d’un frérisme d’atmosphère ?

Allumons, au moins, cette veilleuse dans notre esprit !