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Grande Loge Unie du Pays Basque : renaissance d’une fraternité millénaire

Depuis la fin du XIXe siècle, les francs-maçons basques des deux côtés de la frontière, Hegoalde comme Iparralde, ont maintenu vivante une tradition singulière. Malgré les années qui séparaient parfois leurs rencontres, ils se retrouvaient autour d’un repas fraternel solennel, dans l’esprit des anciennes fraternités masculines. Ces assemblées portaient déjà le nom évocateur de Logia Handi Batuala Grande Loge Unie. Ce titre n’était pas anodin : il exprimait le désir profond de panser la blessure administrative qui avait artificiellement séparé les trois provinces du Nord des quatre provinces du Sud.

Ce rêve longtemps couvé est aujourd’hui devenu réalité. Au cours des dernières années, un projet ambitieux a germé : créer, par-delà la frontière, une seule et même Grande Loge sur le territoire culturel d’Euskadi. Un espace maçonnique souverain, enraciné dans une identité commune, alors que le Pays basque sud bénéficie depuis longtemps d’un gouvernement autonome à Bilbao.

Quatre ateliers fondateurs ont porté cette ambition avec détermination.

À Bilbao, la loge José de Mazarredo a été solennellement consacrée en ce début d’année 2026. Portée par des frères de l’Hegoalde issus de différentes obédiences espagnoles, elle rend hommage à l’illustre marin et franc-maçon basque du XIXe siècle. Plus qu’un simple réveil, elle constitue une pierre angulaire de la nouvelle obédience, scellant l’engagement actif des frères du Sud dans cette Grande Loge Unie.

À Saint-Jean-Pied-de-Port, la loge Charles Floquet a repris ses travaux en février 2026 après un long sommeil depuis 1981. Fondée en 1962, elle travaille au Rite Écossais Ancien et Accepté. Sentinelle de la Basse-Navarre, elle aspire aujourd’hui à initier de nouveaux membres locaux et à transmettre le flambeau à une nouvelle génération de frères basques.

À Donostia (Saint-Sébastien), c’est la très ancienne loge Les Frères Unis (Anaïa Batuak) qui a ressurgi tel un phénix. Endormie depuis les guerres napoléoniennes de 1813, elle a rallumé ses feux en février 2026 grâce à une chaîne d’union transfrontalière. Ce réveil symbolique, marqué par les dates 5809 et 6026, incarne le pont entre passé et futur, au service de l’unité culturelle basque.

Enfin, la loge Munduko Anaïak (Les Frères du Monde), créée en 2017 sous les auspices d’une grande loge régulière française, a officiellement installé son Orient à Bayonne. Fidèle au Rite Anglais de style Émulation, elle apporte rigueur et universalité. Elle célébrera ses dix ans en 2027 sous le symbole de la Lauburu, pleinement intégrée à la nouvelle structure.

Le 1er mai 2026, les fondateurs ont adopté une déclaration de principes reprenant fidèlement les Landmarks de 1929, socle de la régularité maçonnique. La consécration officielle intervint le 23 mai 2026 à Nice, où cinq Grandes Loges – de France, d’Australie, de Serbie, du Congo et d’Afrique de l’Ouest – ont apporté leur lumière pour parachever la naissance de l’Euskal Logia Handi Batua.
Depuis, l’élan dépasse largement le cadre basque. De nombreuses loges ont exprimé le désir de rejoindre cette nouvelle obédience. La première, située à Arcachon, a intégré la Grande Loge Unie dès le mois de juin. D’autres viendront de France, d’Espagne, d’Amérique du Sud et, naturellement, des différentes provinces d’Euskadi.

Par ailleurs, les premiers traités d’amitié ont déjà été signés, notamment avec la Grande Loge du Queensland en Australie, fondée en 1904.

Ce partenariat marque le début d’un rayonnement international pour la jeune obédience basque, tout en renforçant les liens entre maçonneries régulières du monde entier.

L’aventure ne fait que commencer. Par ce geste historique, les frères basques réaffirment que la fraternité maçonnique peut transcender les frontières administratives pour reconstruire, dans le respect des traditions, une unité culturelle et spirituelle profonde. Sous la voûte étoilée d’Euskadi, la chaîne d’union est désormais nouée pour les siècles à venir

Tintin et les Picaros ou la révolution des masques

Avec Tintin et les Picaros, Georges Remi, dit Hergé, signe bien davantage qu’une ultime aventure achevée de Tintin. Il livre une méditation ironique, mélancolique et presque initiatique sur le pouvoir, le mensonge politique, la fidélité, la liberté intérieure et la grande comédie humaine.

Sous les couleurs du carnaval et les bruits de la révolution, l’album devient une chambre d’échos où le lecteur maçonnique reconnaît les masques du monde profane, les fausses lumières de l’autorité, la fragilité de la parole donnée et l’exigence silencieuse d’une conscience qui refuse de se laisser enrégimenter.

Il est des livres que l’enfance croit connaître parce qu’elle en a suivi les cases, les couleurs, les fuites, les cris, les déguisements, les poursuites

Puis vient le temps d’une seconde lecture, plus lente, plus grave, où l’image cesse d’être seulement image, où le trait devient signe, où la plaisanterie découvre son arrière-fond d’amertume. Tintin et les Picaros appartient à cette famille secrète des œuvres tardives qui ne cherchent plus seulement l’élan de l’aventure, mais interrogent le sens même de l’aventure lorsque le monde a perdu son innocence. Le San Theodoros, déjà traversé dans L’Oreille cassée, n’est plus seulement un pays imaginaire d’Amérique latine. Il devient le miroir agrandi d’une humanité gouvernée par les uniformes, les proclamations, les micros, les journaux, les arrestations arbitraires et les renversements de façade. Dans ce théâtre tropical où les généraux se succèdent comme les masques d’un même visage, Hergé ne raconte pas seulement une révolution. Il montre l’usure des révolutions lorsqu’elles oublient de transformer l’homme intérieur.

Herge-Italie-1965-Linus

Georges Remi, né à Etterbeek en 1907 et mort à Woluwe-Saint-Lambert en 1983, a composé sous le nom de Hergé l’une des œuvres graphiques les plus universelles du XXe siècle. De Tintin au pays des Soviets au Lotus bleu, de L’Affaire Tournesol à Tintin au Tibet, des Bijoux de la Castafiore à Vol 714 pour Sydney, son parcours n’est pas seulement celui d’un dessinateur ayant imposé la ligne claire comme une grammaire visuelle.

Il est celui d’un créateur que son propre personnage finit par travailler de l’intérieur

Dans les premiers albums, Tintin agit avec la certitude du justicier. Dans les derniers, il observe davantage, doute davantage, se dérobe parfois à la grande mécanique héroïque qui l’avait porté. Hergé n’abandonne pas son art de la lisibilité, de la coupe narrative, du gag et du rythme, mais il en modifie le feu secret. L’aventure devient une enquête sur la comédie du monde. Le trait demeure pur, mais la conscience s’assombrit. Cette tension donne à Tintin et les Picaros sa place singulière dans l’ensemble de l’œuvre.

L’album s’ouvre sous le signe de la voix accusatrice

La presse annonce, grossit, suspecte, condamne. Bianca Castafiore, les Dupondt, puis le professeur Tryphon Tournesol se trouvent pris dans une affaire fabriquée par le pouvoir tapiociste. Le général Tapioca accuse, l’information répète, l’image amplifie. La vérité n’a pas encore parlé que le jugement circule déjà.

Pour un lecteur maçonnique, cette entrée en matière résonne fortement avec la vieille question du discernement.

Que vaut une parole lorsque sa source est empoisonnée par l’intérêt politique

Que devient la justice lorsque la scène publique précède l’examen. Que reste-t-il de la fraternité lorsque la rumeur remplace l’écoute. Hergé, sous la légèreté apparente d’un album d’aventure, désigne l’une des grandes maladies modernes, celle d’un monde saturé de messages où le vrai se trouve moins réfuté qu’englouti par le bruit.

Le capitaine Archibald Haddock, ici, incarne une humanité blessée, colérique, comique, mais profondément loyale

Son indignation, ses résistances, ses fuites devant les contraintes, son rapport tragiquement contrarié au whisky, tout cela pourrait faire sourire sans reste. Pourtant, sous la farce, quelque chose de plus profond affleure. Haddock est l’homme des passions, celui qui connaît la chute, l’excès, la colère, mais qui demeure capable d’attachement et de courage. Dans une perspective initiatique, il est peut-être plus proche de nous que Tintin lui-même. Tintin garde une transparence presque solaire, tandis que Haddock porte en lui la matière brute, l’élément non travaillé, le métal encore sonore que l’épreuve va contraindre à se déplacer. Nous retrouvons en lui cette humanité imparfaite que le chantier maçonnique ne méprise pas, car elle est précisément la pierre à tailler.

Tintin, de son côté, n’est plus tout à fait le jeune reporter conquérant des origines

Il apparaît plus distant, presque retiré, comme si l’âge intérieur du personnage l’avait placé à la lisière du monde. Il ne court plus vers l’événement avec la même candeur. Il accepte d’intervenir parce que l’injustice l’y oblige, non parce que l’aventure l’appelle. Cette nuance est capitale. Tintin et les Picaros n’est pas le roman graphique de l’enthousiasme, mais celui du devoir. Tintin ne croit pas aux généraux, ne se laisse pas séduire par les proclamations, ne confond pas la prise du palais avec l’avènement de la justice. Sa véritable fidélité ne va ni à Alcazar, ni à une cause armée, ni à une idéologie victorieuse. Elle va aux êtres menacés, à la parole donnée, à l’amitié, à cette petite lampe morale qui résiste au vacarme des tribunes.

Le général Alcazar et le général Tapioca forment un couple symbolique d’une redoutable efficacité

Ils s’opposent en apparence, mais leur opposition ressemble à un jeu de miroirs. L’un chasse l’autre, l’autre revient sous d’autres couleurs, les moustaches deviennent signe d’appartenance, les uniformes changent de camp, la foule acclame le vainqueur du jour. Hergé atteint ici une lucidité politique qui dépasse largement la caricature latino-américaine. Il nous parle de tous les pouvoirs qui se contentent de remplacer les emblèmes sans convertir les cœurs. Il nous parle de ces révolutions qui déplacent les meubles du palais, mais laissent intacte la chambre obscure de la domination. Le lecteur initié entend alors une leçon sévère. Le véritable retournement n’est pas celui qui installe un autre chef dans le fauteuil. Il est celui qui fait passer l’être humain de la servitude à la conscience, de la réaction à la mesure, de la vengeance à la justice.

L’épisode des Picaros porte cette ambiguïté à son point le plus vif

Ces guérilleros attendus comme des combattants farouches apparaissent engourdis, dégradés, presque dissous dans l’alcool et l’attente. Ils ne sont pas des héros de marbre. Ils sont des hommes fatigués, manipulables, traversés par le désir de revanche et par la faiblesse du corps. Le professeur Tryphon Tournesol, avec son invention qui rend l’alcool insupportable, agit alors comme un alchimiste malgré lui. Il ne produit pas l’or spirituel, mais il modifie la relation à l’ivresse. Il interrompt un enchantement toxique.

Dans une lecture hermétique, cette transformation comique peut se lire comme une opération de séparation.

Il faut séparer l’homme de ce qui l’asservit pour qu’une action redevienne possible

Mais Hergé, avec son ironie profonde, ne confond pas cette abstinence forcée avec une purification de l’âme. Les corps se redressent, les armes reprennent leur chemin, la révolution avance, mais la sagesse demeure incertaine. La transmutation n’a pas atteint le centre.

La Castafiore, quant à elle, demeure l’une des grandes figures paradoxales de l’univers hergéen

Elle est l’excès vocal, le théâtre ambulant, l’apparition baroque au milieu des calculs militaires. Pourtant, dans cet album, son arrestation et son procès donnent à sa présence une dimension presque sacrificielle. Elle devient l’otage du pouvoir, la victime voyante d’un mensonge d’État, la voix que le pouvoir prétend humilier parce qu’il ne supporte pas ce qui échappe à sa maîtrise. Sa voix, souvent moquée, devient alors un signe. Elle représente ce que les régimes de contrainte veulent réduire au silence, non parce que cette voix serait toujours juste, mais parce qu’elle manifeste une liberté irréductible, une flamboyance humaine que l’administration de la peur ne sait pas absorber.

La dimension carnavalesque de l’album est sans doute l’une des plus riches

Les masques, les costumes, les fanfares, les couleurs, les cortèges ne sont pas seulement un procédé visuel. Ils disent la vérité profonde du livre. Le carnaval inverse les rôles, brouille les rangs, autorise la métamorphose apparente. Dans le monde profane, chacun porte un masque. Le tyran se déguise en sauveur, le rebelle en libérateur, la propagande en information, l’obéissance en ordre, la vengeance en justice. Or la démarche initiatique ne consiste pas à arracher brutalement tous les masques, mais à apprendre à les reconnaître, à ne plus être leur dupe, à chercher derrière eux le visage intérieur.

Tintin et les Picaros est peut-être l’un des albums les plus maçonniques de Hergé précisément parce qu’il ne donne pas de catéchisme moral.

Il place le lecteur devant un pavé mosaïque politique où le blanc et le noir, le juste et l’ambigu, le comique et le tragique, l’élan et la lassitude, ne cessent de s’entrecroiser.

La jungle et la pyramide ajoutent une autre profondeur

Elles pourraient n’être qu’un horizon d’aventure. Elles deviennent un appel archaïque, presque temple englouti, mémoire de civilisations disparues face au ridicule des pouvoirs présents. La pyramide, figure d’élévation, de degrés, de montée vers un sommet, se tient au loin comme un rappel muet de ce que les hommes politiques de l’album ont oublié. Ils se battent pour occuper le bas du monde, pour tenir le palais, la radio, la caserne, le cortège. La pyramide, elle, indique une ascension possible. Dans l’imaginaire initiatique, elle renvoie à l’effort vertical, à la construction de soi, à la montée patiente qui ne se confond jamais avec la conquête immédiate. Hergé juxtapose ainsi deux architectures. D’un côté, le palais du pouvoir, lieu de substitutions et de signatures. De l’autre, la forme ancienne de la montée, silencieuse, exigeante, presque indifférente aux agitations humaines.

Cette opposition traverse tout l’album

Les généraux possèdent les micros, les gardes, les journaux, les bureaux et les limousines. Tintin et ses amis possèdent autre chose, plus discret et plus décisif, la fidélité, l’intelligence pratique, le courage de ne pas croire trop vite, la capacité de traverser le tumulte sans perdre entièrement leur centre. Il ne s’agit pas d’une sainteté. Hergé n’écrit pas une hagiographie. Il met en scène des êtres traversés par le comique, les limites, la fatigue, la peur, l’irritation. Mais il suggère que la dignité humaine se reconnaît à cette manière de ne pas se dissoudre dans la comédie collective. Le héros véritable n’est pas celui qui prend le pouvoir. Il est celui qui, au milieu des changements de costumes, conserve une boussole.

La fin de l’album est d’une force amère

Alcazar triomphe, Tapioca tombe, les Picaros défilent, la fête éclate. Pourtant, le lecteur ne reçoit pas la consolation d’un monde réconcilié. La dernière sensation est celle d’un cycle qui recommence. Le pouvoir s’est déplacé. L’ordre a changé de visage. Mais les pauvres restent les pauvres, les soldats restent les soldats, les prisons demeurent prêtes, les téléphones du chef attendent de nouvelles consignes. Hergé refuse l’illusion d’une clôture heureuse. Il laisse l’aventure dans une lumière oblique, où la victoire extérieure paraît moins importante que la lucidité acquise. Nous comprenons alors que l’album parle moins de San Theodoros que de notre propre rapport aux apparences. Combien de fois avons-nous pris un changement de masque pour une métamorphose. Combien de fois avons-nous confondu agitation et progrès, renversement et élévation, proclamation et vérité.

C’est là que Tintin et les Picaros rejoint une sensibilité maçonnique profonde

La franc-maçonnerie, lorsqu’elle demeure fidèle à son exigence, ne célèbre pas les conversions bruyantes de façade. Elle travaille dans la durée, dans le silence, dans la rectification patiente de soi-même. Elle sait que la liberté ne se décrète pas seulement dans les constitutions, ni dans les cortèges, ni dans les discours. Elle se conquiert à l’intérieur, par une lutte contre nos propres tyrannies, contre nos ivresses, contre nos vanités, contre notre goût de dominer sous prétexte de servir. Hergé, peut-être sans vouloir livrer une œuvre ésotérique, touche ici à une vérité initiatique majeure. Le monde ne change vraiment que lorsque l’homme cesse de reproduire en lui le pouvoir qu’il prétend combattre hors de lui.

Tintin et les Picaros est donc un album plus grave que sa réputation ne le laisse parfois penser

Certains y voient un Tintin tardif, moins vif, moins enchanté. Il faudrait peut-être y reconnaître au contraire la sagesse inquiète d’un créateur qui ne croit plus aux puretés faciles. Georges Remi, dit Hergé, a placé dans ces pages une sorte de testament oblique. Le dessin garde l’éclat de la ligne claire, mais cette clarté éclaire un monde trouble. Les couleurs chantent, mais leur chant accompagne une mascarade. L’humour demeure, mais il se teinte d’une inquiétude métaphysique. Le héros agit encore, mais son action ne sauve pas l’Histoire. Elle sauve seulement quelques êtres, quelques liens, quelques fragments d’honneur. Et c’est peut-être déjà beaucoup.

Au terme de cette lecture, Tintin et les Picaros apparaît comme un miroir tendu à toutes les révolutions inachevées de l’âme

Hergé y dépose une leçon d’une étonnante maturité. Le pouvoir change de costume plus vite que l’homme ne change de cœur. La vraie libération ne se joue ni dans le palais conquis, ni dans le cortège victorieux, ni dans la fanfare du carnaval. Elle commence lorsque nous apprenons à reconnaître nos masques, à mesurer nos ivresses et à préférer la lumière intérieure aux illuminations trompeuses de la scène publique. C’est pourquoi cet album, sous ses couleurs d’aventure et de fête, demeure une méditation mélancolique sur la liberté. Une liberté moins proclamée que travaillée, moins conquise que méritée, moins spectaculaire que fraternelle.

Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre de Georges Remi, nous ne reproduisons aucune image issue des albums, ni couverture, ni planche, ni élément graphique identifiable. Les illustrations accompagnant cet article sont des créations originales, conçues sans reprise de l’univers visuel protégé.

Les aventures de Tintin – Tintin et les Picaros

Hergé – Casterman, 1993, 60 pages 12,50 €

JR au Pont-Neuf, la caverne comme passage initiatique

À l’heure où ces lignes devaient accompagner l’ouverture de La Caverne du Pont-Neuf, prévue le 6 juin 2026, le réel est venu déchirer la toile du rêve. Une partie de l’installation monumentale imaginée par JR a été endommagée, contraignant les organisateurs à reporter l’accueil du public. Ce contretemps, loin d’ôter à l’œuvre sa puissance, lui donne peut-être une résonance plus profonde encore.

JR

Car toute caverne, avant d’être traversée, suppose une épreuve. Toute lumière, avant de se révéler, connaît l’obstacle, l’attente, la déchirure.

Initialement annoncée du 6 au 28 juin 2026, accessible gratuitement, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, La Caverne du Pont-Neuf devait transformer le plus ancien pont de pierre de Paris en immense grotte minérale, quarante ans après l’empaquetage mythique de Christo et Jeanne-Claude. En 1985, avec The Pont Neuf Wrapped, le couple d’artistes avait déjà fait du monument un signe, une apparition, une énigme offerte à la ville. JR, à son tour, ne se contente pas d’habiller le Pont-Neuf. Il le creuse symboliquement. Il l’ouvre. Il en fait un seuil.

Il est des gestes artistiques qui ne se contentent pas d’occuper l’espace public

Ils le réveillent. Ils le déplacent. Ils l’interrogent dans sa mémoire profonde. Avec La Caverne du Pont-Neuf, Paris cesse d’être seulement décor, circulation, patrimoine ou carte postale, pour redevenir théâtre symbolique de la transformation intérieure. Le pont n’est plus seulement passage d’une rive à l’autre. Il devient passage d’un état à un autre. Il n’est plus seulement architecture. Il devient expérience du regard.

Il faudra donc patienter avant de pénétrer cette grotte urbaine suspendue au-dessus de la Seine. Mais ce report lui-même appartient déjà à l’histoire de l’œuvre. La matière résiste, le vent éprouve, la toile se blesse, et l’artiste, comme le bâtisseur, doit reprendre son ouvrage.

Dans cette attente imprévue, La Caverne du Pont-Neuf demeure fidèle à ce qu’elle annonce. Une traversée. Une épreuve. Une invitation à quitter les ombres pour retrouver la lumière.

Le Pont-Neuf n’est jamais un lieu neutre

Son nom dit déjà le paradoxe. Il est le plus ancien pont de Paris et demeure pourtant le Pont-Neuf, comme si la ville rappelait à chacun que l’ancien peut porter en lui une promesse de nouveauté. Il relie les rives, traverse la Seine, touche l’île de la Cité, inscrit dans la pierre une fonction essentielle de passage. Pour un regard maçonnique, il devient naturellement image du chemin initiatique. Nous quittons une rive pour en rejoindre une autre. Nous franchissons l’eau, symbole de purification, de mémoire et de mouvement. Nous passons d’un état à un autre, non pour fuir le monde, mais pour apprendre à le regarder autrement.

JR, né à Paris en 1983, photographe, réalisateur et artiste contemporain, a bâti son œuvre sur le collage photographique dans l’espace public

Son travail consiste souvent à faire surgir des visages, des présences et des récits là où l’anonymat urbain les avait effacés. Avec cette nouvelle installation, il ne colle plus seulement une image sur la ville. Il ouvre une brèche dans son apparence familière. Le pont devient caverne. Le passage devient expérience. La traversée devient question.

Cette caverne n’est pas un simple décor spectaculaire

Elle convoque immédiatement Platon et son allégorie fameuse. La caverne est le lieu des ombres prises pour le réel, des illusions acceptées comme vérités, des regards prisonniers de leurs habitudes. La démarche de JR assume cette portée philosophique. Selon la présentation de l’artiste, La Caverne du Pont Neuf vient conclure un cycle commencé en 2020, après les expériences d’isolement et de déconnexion amplifiées par la pandémie. Elle prolonge notamment Retour à la Caverne, réalisé sur la façade de l’Opéra de Paris en 2023, où la référence platonicienne invitait déjà à regarder vers l’intérieur pour retrouver une compréhension plus juste du monde.

Pour le franc-maçon, cette symbolique parle avec une force particulière

Toute initiation commence dans une forme de caverne. Le cabinet de réflexion, espace clos, obscur et silencieux, n’est-il pas lui aussi une caverne intérieure où le profane se trouve confronté à lui-même avant d’apercevoir la lumière du Temple ? La caverne n’est pas seulement le lieu de l’ignorance. Elle est aussi celui de la gestation. Elle précède la naissance. Elle impose le retrait, la descente, l’écoute, l’épreuve. Elle oblige à perdre ses repères pour retrouver une orientation plus haute.

Dans cette perspective, la proposition de JR prend une résonance singulière

Elle ne détruit pas le pont. Elle ne le remplace pas. Elle le recouvre, le transforme, le rend presque méconnaissable afin que nous puissions le redécouvrir. L’art agit ici comme un voile initiatique. Il cache pour révéler. Il obscurcit pour rendre visible. Il dérange l’habitude pour faire naître l’attention. Le passant, habitué à traverser sans voir, sera invité à ralentir, à entrer, à éprouver l’espace, à sentir que la ville possède encore des seuils.

La parenté avec Christo et Jeanne-Claude est évidente et revendiquée

Pont-Neuf_emballé,_septembre_1985

En septembre 1985, les deux artistes avaient emballé le Pont-Neuf et ses quarante-quatre réverbères dans une étoffe couleur grès. Cette œuvre éphémère, préparée pendant de longues années, attira trois millions de visiteurs en deux semaines et marqua durablement l’histoire de l’art public monumental.

Quarante ans plus tard, JR ne répète pas Christo. Il répond à son geste. Là où Christo enveloppait la pierre pour la rendre paradoxalement plus présente, JR transforme le pont en cavité minérale. Là où l’empaquetage révélait la silhouette, la caverne ouvre une intériorité.

Christo et Jeanne-Claude avaient déjà compris que l’éphémère pouvait toucher à l’essentiel.

Une œuvre qui disparaît n’est pas nécessairement une œuvre légère.

Elle agit comme certains rites. Elle laisse moins une trace matérielle qu’une mémoire vive. Elle s’adresse à ceux qui étaient là, à ceux qui ont vu, traversé, éprouvé. Elle rappelle que toute beauté n’a pas vocation à durer dans la pierre. Certaines beautés vivent dans l’instant, dans la rencontre, dans la transmission du récit.

La Caverne du Pont Neuf s’inscrit dans cette lignée de l’art public comme expérience collective

Thomas Bangalter

Le projet sera porté par le fonds de dotation L’Amicale des Ponts de Paris et financé sans ressource publique, par la vente d’œuvres de JR et par des soutiens privés. L’installation s’accompagnera aussi d’une dimension sonore imaginée avec Thomas Bangalter, ancien membre de Daft Punk, ainsi que d’une expérience de réalité augmentée développée avec l’AR Studio Paris de Snap Inc.

La technique elle-même participe du symbole.

Le dispositif repose sur une architecture gonflable, conçue notamment par Air Toiles Concept dans le Morbihan

La Ville de Paris indique que l’œuvre atteindra environ cent vingt mètres de long, vingt mètres de large et jusqu’à dix-huit mètres de hauteur. Elle sera composée d’arches en toile remplies d’air, recouvertes d’une surface imprimée évoquant la roche calcaire, en référence aux carrières dont proviennent les pierres du Pont-Neuf.

L’air et la pierre. Le vide et le plein. Le visible et l’invisible. Ces couples parlent au langage symbolique.

Le Temple maçonnique est lui aussi une architecture de tensions fécondes

Il unit la matière et l’esprit, la colonne et la voûte, le pavé mosaïque et la lumière. Ici, l’air donne forme à la pierre imaginaire. L’éphémère dialogue avec le monument. La toile fait surgir la mémoire géologique de Paris. Le pont, œuvre humaine, semble retourner à la carrière originelle, comme si la ville était invitée à se souvenir de la matière dont elle est faite.

Le geste de JR possède aussi une dimension civique. Dans une époque saturée d’images, de flux numériques, de réactions immédiates et d’écrans, il impose une expérience physique. Il oblige à venir voir. Il invite à traverser. Il transforme le passant en témoin. La réalité augmentée, loin d’être seulement gadget technologique, peut alors devenir miroir critique de notre rapport contemporain au visible. Nous croyons voir le monde, mais nous le regardons souvent à travers des filtres, des algorithmes, des reflets. La caverne platonicienne n’est plus seulement une paroi de pierre. Elle tient peut-être dans la paume de nos mains.

C’est ici que la lecture maçonnique devient particulièrement féconde.

La franc-maçonnerie enseigne que la lumière ne se reçoit pas passivement

Elle se cherche. Elle se mérite par le travail, par l’attention, par la rectification du regard. Voir autrement n’est pas seulement changer de décor. C’est transformer celui qui regarde. En métamorphosant le Pont-Neuf, JR ne propose pas seulement une attraction spectaculaire au cœur de Paris. Il offre une méditation sur notre capacité à sortir de l’aveuglement, à retrouver du lien, à réapprendre la concorde au sein d’un espace commun.

Source – Musée Carnavalet, Paris

Il faut aussi saluer le choix du pont

Dans la tradition symbolique, le pont est l’un des grands archétypes du passage. Il unit ce qui était séparé. Il permet de franchir l’abîme, l’eau, la coupure, la distance. Il est à la fois ouvrage d’ingénierie et figure spirituelle. Le pont est un outil de civilisation. Il suppose mesure, calcul, confiance et orientation. Il rappelle que les sociétés ne tiennent que par les passages qu’elles savent construire entre les êtres, les générations, les mémoires et les rives opposées.

Le Pont-Neuf, sous le voile de JR, deviendra donc autre chose qu’un monument parisien temporairement transformé

Il deviendra une chambre de résonance. Entre Christo et Jeanne-Claude en 1985 et JR en 2026, une même intuition traverse les décennies. L’art public n’est pas seulement fait pour embellir la cité. Il est fait pour réveiller le regard collectif. Il est fait pour produire du débat, de l’étonnement, parfois de l’inconfort, toujours une forme de déplacement.

Et n’est-ce pas précisément ce que cherche toute démarche initiatique authentique ?

Déplacer l’être humain. Non pour l’arracher au réel, mais pour lui permettre d’y revenir plus lucide. Nous entrons dans l’ombre afin de mieux reconnaître la lumière. Nous traversons la caverne pour ne plus confondre les ombres avec le réel. Nous franchissons le pont pour comprendre que la rive atteinte n’est jamais seulement géographique. Elle est intérieure.

Agnès_Varda et JR

Quarante ans après Christo et Jeanne-Claude, JR ne recouvre pas seulement le Pont-Neuf. Il nous tend un miroir. Sous l’apparence d’une caverne surgie au cœur de Paris, il nous rappelle que tout passage véritable commence par une question. Que voyons-nous vraiment lorsque nous croyons voir ? Et quelle lumière sommes-nous encore capables de chercher ensemble, au-delà des ombres projetées sur les murs de notre temps ?

Infos pratiques

La Caverne du Pont Neuf – Installation monumentale de JR / Paris – Du 6 au 28 juin 2026
Accès gratuit / Visible à pied, à vélo, depuis les berges de Seine, les quais, les ponts voisins et depuis l’eau / Photos La Caverne du Pont-Neuf, DR-22.05.2026

ATHANOR : Revue de presse hebdo – N°10

Athanor, quand l’affaire rebondit dans la presse

Après plusieurs semaines d’une couverture nourrie, parfois haletante, parfois sidérante, le procès Athanor semblait entrer dans une phase moins spectaculaire. Le bruit médiatique paraissait s’estomper. Les articles se faisaient plus rares. Dans notre revue de presse numéro 9, nous écrivions que le silence médiatique succédait au fracas judiciaire.

Force est de reconnaître que cette semaine, l’affaire rebondit

Elle revient au premier plan par le volet le plus grave du dossier, celui de la mort de Laurent Pasquali, pilote automobile retrouvé sans vie plusieurs mois après sa disparition, mais aussi par une relance très remarquée du Canard enchaîné – Journal satirique paraissant le mercredi, qui place l’affaire en une avant de lui consacrer un article entier en page 3. Athanor, nom emprunté au vocabulaire alchimique, redevient ainsi le foyer médiatique d’une combustion inquiétante, où s’entremêlent loge dévoyée, monde du renseignement, fascination clandestine, dettes, jalousie, contrats criminels et passage à l’acte.

Là où l’athanor devrait être le four de la lente transmutation intérieure, le procès expose semaine après semaine une inversion tragique du symbole

Non plus l’œuvre patiente de purification, mais une mécanique d’emprise, d’illusion et de violence. À mesure que la cour d’assises spéciale de Paris avance dans l’examen des faits, les médias reviennent sur un dossier qui impose de distinguer avec rigueur ce qui relève de la justice pénale, ce qui relève du fantasme sécuritaire, et ce qui relève de l’ombre portée sur une franc-maçonnerie dont le nom se trouve abusivement associé à des dérives qui lui sont étrangères.

Vendredi 29 mai 2026 – BFM TV

BFM TV ouvre la séquence médiatique de la semaine en revenant sur un témoignage décisif, celui de Jean Sauvat, le cueilleur de champignons qui a découvert les restes de Laurent Pasquali dans un bois de Haute-Loire. L’article insiste sur la part de hasard qui a permis de retrouver le corps. Jean Sauvat explique qu’une averse l’a conduit à couper à travers les buissons pour regagner sa voiture. C’est alors qu’il tombe sur un crâne humain.

Le récit est d’autant plus fort qu’il révèle la volonté de dissimulation. Le corps se trouvait dans un lieu reculé, difficile d’accès, connu surtout de bûcherons et de chercheurs de champignons. À la barre, le major de gendarmerie Romuald Chamont confirme que la sépulture était située à environ 60 mètres de la départementale, dans un endroit particulièrement compliqué à trouver. Les ossements reposaient dans une tombe de fortune recouverte de végétation et de bois, selon une disposition qui laisse penser à une dissimulation volontaire.

L’article de BFM TV éclaire ainsi la matérialité du crime. Il ne s’agit plus seulement d’un dossier tentaculaire, de noms, de réseaux, de loge, de services, de fantasmes d’agents clandestins. Il s’agit d’un corps, d’un homme tué, d’une famille privée de vérité, et d’un promeneur sans lequel les ossements auraient peut-être échappé durablement aux enquêteurs. La parole de Jean Sauvat ramène le procès à sa dimension humaine la plus nue. Le lien vers l’article.

Vendredi 29 mai 2026 – Radio France

Radio France, sous la plume de Charlotte Piret pour France Inter, choisit de replacer la mort de Laurent Pasquali dans la mécanique générale du procès Athanor. Le média rappelle que le pilote, présenté comme un excellent amateur, vivait au-dessus de ses moyens et avait accumulé les dettes. Le coût d’une saison automobile, évalué par un enquêteur entre 200 000 et 400 000 euros, éclaire la fragilité financière de Laurent Pasquali.

L’article revient sur le prêt de 100 000 euros consenti par Nancy Maarek et Alain Maarek, couple passionné de course automobile. Le pilote gagne ensuite un championnat, mais l’argent n’est pas remboursé. Selon l’accusation, cette dette devient le point d’entrée d’un engrenage mortel. Les tueurs présumés auraient affirmé avoir agi dans le cadre d’une mission d’État, alors qu’il s’agirait d’une vengeance privée, organisée via des relais issus de l’environnement Athanor.

France Inter met ainsi en évidence l’un des ressorts les plus troublants du dossier, la confusion entre imaginaire d’État, vocabulaire de mission, réseaux personnels et règlements de comptes privés. À travers cette lecture, l’affaire Athanor apparaît comme une fable noire sur les dangers d’un langage sacralisé ou militarisé lorsqu’il sert à masquer des intérêts bassement humains. Le lien vers l’article.

Lundi 1er juin 2026 – TV5 Monde

TV5 Monde reprend une dépêche de l’AFP consacrée aux zones d’ombre entourant le meurtre de Laurent Pasquali. Le texte insiste sur l’énigme que constitue encore cette mort au sein du procès Athanor. Laurent Pasquali, âgé de 43 ans, a été abattu en novembre 2018 dans un parking souterrain de Levallois-Perret, avant que son corps ne soit transporté et dissimulé à plusieurs centaines de kilomètres.

Le média rappelle que 22 personnes sont jugées jusqu’au 17 juillet et que plusieurs questions restent ouvertes. L’accusation retient la préméditation, tandis que certains accusés soutiennent la thèse d’une mort accidentelle. Sébastien Leroy, présenté comme l’un des exécutants du contrat, accuse Dylan Bilheude d’avoir tiré sur Laurent Pasquali. Dylan Bilheude conteste fermement cette version. Daniel Beaulieu, ancien agent de la DCRI, aurait d’abord reconnu le meurtre avant de se rétracter et d’évoquer une bavure.

TV5 Monde souligne aussi la dimension intime du dossier, avec les éléments issus des enquêtes de personnalité concernant Nancy Maarek et Alain Maarek. Les sentiments prêtés à Nancy Maarek envers Laurent Pasquali et la jalousie attribuée à Alain Maarek viennent épaissir la lecture d’un crime où l’argent, la passion, l’humiliation et la domination semblent se mêler. Le procès ne cherche donc pas seulement à établir qui a tué, mais comment une chaîne de décisions, de rancunes et d’aveuglements a pu conduire à la mort. Le lien vers l’article.

Lundi 1er juin 2026 – Boursorama

Boursorama reprend également la dépêche de l’AFP sur les zones d’ombre du meurtre de Laurent Pasquali. L’intérêt de cette reprise tient à sa diffusion dans un média économique, où le dossier Athanor apparaît aussi sous l’angle de la dette, de l’argent, du prêt non remboursé, de l’insolvabilité et de la relation financière devenue toxique.

La trajectoire de Laurent Pasquali y est décrite comme celle d’un homme brillant dans son domaine, mais emporté par un train de vie intenable. Sa relation avec Nancy Maarek et Alain Maarek devient l’un des fils conducteurs de l’affaire. Ce prêt de 100 000 euros, présenté par les intéressés comme modeste au regard de leur niveau de vie, aurait pourtant ouvert la voie à une demande de recouvrement confiée à Frédéric Vaglio, entrepreneur et franc-maçon, avant que la mécanique ne bascule vers le crime.

Cette reprise rappelle combien le dossier Athanor est aussi une affaire de créance et de pouvoir. L’argent n’y apparaît pas seulement comme un motif matériel. Il devient le révélateur d’une emprise, d’une humiliation et d’une volonté de reprendre possession d’un ordre perdu. Dans un tel contexte, la référence maçonnique, détournée de son sens initiatique, prend l’allure d’un décor tragiquement profané. Le lien vers l’article.

Mardi 2 juin 2026 – Le Singulier

Le Singulier reprend à son tour les éléments de l’AFP et les reformule autour des points obscurs du dossier. L’article revient sur la disparition de Laurent Pasquali, la découverte de ses ossements par un promeneur, son endettement, puis le rôle attribué à Frédéric Vaglio dans la transformation d’un contentieux financier en contrat criminel.

Le texte met l’accent sur la chaîne des responsabilités. Pour la famille de Laurent Pasquali, l’enjeu ne se limite pas à savoir qui a tiré. Il faut comprendre qui a préparé, qui a exécuté, qui a dissimulé, qui a commandité et qui a laissé faire. Cette approche rejoint l’une des questions essentielles du procès Athanor. Dans une affaire où chacun semble renvoyer à un autre maillon de la chaîne, la justice doit reconstituer le tracé complet de l’acte.

Le Singulier rappelle également les contradictions entre les accusés. Sébastien Leroy affirme avoir été manipulé. Dylan Bilheude nie avoir été présent. Daniel Beaulieu a varié dans ses déclarations. Alain Maarek a regretté d’avoir mis Laurent Pasquali sur le chemin de Frédéric Vaglio. Autant de paroles éclatées que la cour doit confronter à la matérialité des faits. Le lien vers l’article.

2 juin 2026 – L’Équipe – Stéfan L’Hermitte

« Environ un million d’euros de dettes en cumulé – Laurent Pasquali raconté par ses créanciers au procès Athanor »

L’Équipe, sous la plume de Stéfan L’Hermitte, apporte un éclairage particulièrement important sur le volet financier de la mort de Laurent Pasquali. Le quotidien sportif rappelle que le pilote aurait été assassiné en novembre 2018 pour une dette de 100 000 euros, mais que l’ensemble de ses créances aurait approché le million d’euros. Ce chiffre donne au dossier une autre épaisseur. Il ne s’agit plus seulement d’un prêt isolé non remboursé, mais d’un engrenage d’endettement, de promesses, de fuites et de créanciers laissés dans l’attente.

L’article revient sur l’audience du mardi 2 juin, au cours de laquelle Laurent Pasquali est raconté par ceux à qui il devait de l’argent. L’image qui se dessine est celle d’un homme brillant, passionné, capable de susciter admiration et confiance, mais pris dans une fuite en avant financière. L’Équipe rapporte notamment les derniers mots connus du pilote, tels qu’ils auraient été rapportés par son ami banquier Laurent Margotton, lui aussi créancier à hauteur de 100 000 euros. Ces mots suspendus, prononcés au téléphone avant le drame, prennent dans le récit une force presque funèbre.

Glock 17 3e génération

Le média rappelle enfin que, selon l’accusation, Laurent Pasquali aurait été tué dans un parking sombre de Levallois-Perret, le 29 novembre 2018, d’un tir de Glock en plein cœur. Une autre hypothèse est aussi évoquée par un avocat des parties civiles, celle d’un étouffement à l’aide d’un sac-poubelle bleu. Le papier de L’Équipe donne ainsi une tonalité plus intime, presque crépusculaire, à ce volet du procès. Le sport automobile, monde de vitesse, de prestige et de dépassement, y croise brutalement celui de la dette, de la peur et de la mort. Le lien vers l’article.

2 juin 2026 – Motors Addict

« Environ un million d’euros de dettes en cumulé – Laurent Pasquali raconté par ses créanciers au procès Athanor »

Motors Addict relaie l’article de L’Équipe et invite ses lecteurs à se reporter au récit publié par le quotidien sportif. Cette reprise confirme l’intérêt particulier du monde automobile pour le volet Laurent Pasquali, dont la trajectoire personnelle, sportive et financière constitue l’un des points les plus tragiques du procès Athanor.

Le site rappelle l’élément central mis en avant par L’Équipe. Laurent Pasquali aurait été assassiné, en novembre 2018, pour une dette de 100 000 euros, alors que le total de ses créances approchait le million d’euros. Ce rappel, bref mais significatif, montre que l’affaire dépasse désormais les seules rubriques judiciaires ou généralistes. Elle touche aussi la mémoire d’un pilote, d’un milieu, d’un univers sportif où l’argent, la performance, la réputation et la confiance tiennent une place considérable. Lien vers l’article.

Mercredi 3 juin 2026 – La Dépêche du Midi

La Dépêche du Midi, sous la signature de Martin Planques, propose une synthèse très complète du volet Laurent Pasquali. Le titre met en avant le récit du promeneur qui a découvert le corps, avec cette image terrible du crâne aperçu dans les buissons. L’article reprend les principaux éléments déjà développés par BFM TV, tout en les replaçant dans l’ensemble du procès Athanor.

Le média rappelle que Laurent Pasquali est le seul homme tué dans ce dossier où 22 accusés comparaissent devant les assises de Paris. Son corps, retrouvé à plus de 450 kilomètres des Hauts-de-Seine, fait de ce volet l’un des moments les plus attendus du procès. La Dépêche insiste sur la difficulté du lieu de découverte, sur la sépulture dissimulée et sur la volonté apparente de faire disparaître le corps.

L’article revient ensuite sur les raisons possibles du passage à l’acte. Le prêt de 100 000 euros consenti par Nancy Maarek et Alain Maarek, les demandes de remboursement, l’intervention de Frédéric Vaglio, puis la chaîne supposée entre donneurs d’ordres, intermédiaires et exécutants, dessinent une mécanique criminelle dont la cour doit encore établir précisément les responsabilités.

La Dépêche pose aussi la question de la jalousie d’Alain Maarek à l’égard de Laurent Pasquali, après les éléments révélés par les enquêtes de personnalité. Ce point, sans se substituer à l’analyse pénale, donne au dossier une profondeur psychologique plus sombre encore. Le procès Athanor apparaît dès lors comme un laboratoire judiciaire des passions dévoyées, où l’argent, l’orgueil, le désir, la peur et le pouvoir s’agrègent jusqu’à produire l’irréparable. Le lien vers l’article.

3 juin 2026 – Mediapart – Matthieu Suc

« Procès de la loge Athanor – ripoux et fiers de l’être »

Mediapart, sous la plume de Matthieu Suc, revient sur l’un des angles les plus inquiétants du procès, celui de l’implication ou de la proximité d’anciens policiers issus des services de renseignement intérieur. L’article, réservé aux abonnés, affirme que deux anciens policiers auraient fourni des informations ayant aidé à l’assassinat de Laurent Pasquali. Entendus comme simples témoins devant la cour d’assises de Paris, ils n’auraient, selon le journal, pas manifesté beaucoup de remords.

Le papier s’ouvre sur une précaution importante. Il ne s’agit pas, écrit le journaliste, de jeter l’opprobre sur l’ensemble des membres des services de sécurité. Mais le constat dressé est sévère. Au procès Athanor, l’image renvoyée par une partie de ce que l’on appelle la communauté du renseignement apparaît, selon Mediapart, affligeante et inquiétante. Ce point rejoint l’une des lignes fortes de la couverture médiatique de cette semaine. Le dossier Athanor ne met pas seulement en cause des individus accusés d’avoir transformé une loge en structure criminelle présumée. Il interroge aussi les marges troubles où se croisent anciens policiers, agents ou ex-agents, informateurs, fantasmes opérationnels et usages dévoyés de savoirs professionnels.

Cette contribution de Mediapart prolonge le travail engagé dans ses précédents articles sur ce que savaient ou pouvaient savoir les services de renseignement. Elle renforce l’impression d’un procès où l’ombre ne vient pas seulement de la prétendue loge Athanor, mais aussi de réseaux périphériques, de complicités possibles, de passivités, d’habitudes et de silences. Là encore, la question centrale demeure celle du discernement. Comment des compétences acquises au service de l’État ont-elles pu, si les faits sont établis, nourrir ou faciliter une mécanique criminelle privée. Lien vers l’article.

Mercredi 3 juin 2026 – Le Canard enchaîné

Où l’on parle clairement dès la 10e ligne de « … La loge maçonnique était devenue une officine de tueur à gages ! » et 2 lignes plus loin, « … l’affaire Athanor, du nom de la loge maçonnique incriminée… »

Le rebond médiatique le plus spectaculaire de la semaine vient sans doute du Canard enchaîné. L’hebdomadaire place l’affaire Athanor en une avec un appel consacré aux alertes qui auraient été adressées à la DGSE. En page 3, Odile Benyahia-Kouider et Christophe Labbé signent un article centré sur un angle sensible, celui de ce que les services auraient su, ou auraient pu savoir, avant que les faits ne prennent l’ampleur judiciaire que nous connaissons.

Le journal rappelle d’abord la dimension hors norme du procès, ouvert devant la cour d’assises spéciale de Paris du 30 mars au 17 juillet, avec 22 prévenus. Il énumère les faits reprochés dans ce dossier tentaculaire, assassinat d’un coureur automobile, tentative de meurtre, projet d’élimination d’un syndicaliste, surveillance d’un opposant congolais, violences contre deux élus de Saint-Maur-des-Fossés, incendie criminel, vols avec violence et chantages.

Cercottes, Loiret

Le cœur de l’article porte sur Yannick Pham, présenté comme un personnage clé, réserviste au service action de la DGSE, spécialiste des faux papiers et formateur à Cercottes. Selon Le Canard enchaîné, il aurait été en lien avec plusieurs protagonistes issus ou proches du monde du renseignement, dont deux agents de sécurité de la DGSE et d’anciens policiers de la DGSI. L’hebdomadaire insiste sur cette zone grise où certains acteurs semblent avoir confondu imaginaire clandestin, missions fantasmées et passages à l’acte bien réels.

Le premier point sensible concerne une alerte qui aurait été donnée avant la tentative d’assassinat visant Marie-Hélène Dini, présentée dans le dossier comme une supposée agente israélienne. Un ancien officier supérieur du service action, identifié comme le colonel L., aurait indiqué aux enquêteurs avoir prévenu la DGSE après des confidences de Yannick Pham. À l’audience, il aurait toutefois affirmé ne pas pouvoir dire si cette alerte avait été prise au sérieux, en invoquant le secret-défense.

Le second point concerne une information transmise à propos de Gilles August, avocat connu et proche de Bernard Emié, alors patron de la DGSE. Selon l’article, Yannick Pham, reconverti dans des activités privées d’enquête, aurait signalé que Gilles August avait été approché par une femme présentée comme ukrainienne ou russe. Le colonel L. aurait alors estimé que l’information pouvait relever d’une affaire d’espionnage et l’aurait transmise au service.

La page 3 du Canard enchaîné ouvre ainsi un autre étage du dossier. Après les contrats criminels, après le meurtre de Laurent Pasquali, après les récits de manipulation, l’article interroge les lisières institutionnelles. Qu’a-t-on su, que n’a-t-on pas voulu voir, qu’a-t-on rangé derrière le secret, et comment des hommes gravitant autour de mondes sensibles ont-ils pu se draper dans une fiction opérationnelle au point de faire basculer des vies dans le réel du crime. Source : Le Canard enchaîné, édition papier du mercredi 3 juin 2026, une et page 3).

Ce que cette semaine révèle

Le pilote Laurent Pasquali – Source Lesvoitures.fr Par Steeve Arrignon

Cette dixième revue de presse marque donc une rupture avec la semaine précédente. Le dossier ne s’efface pas. Il revient par son noyau le plus tragique, la mort de Laurent Pasquali, par son angle financier, avec la question des dettes accumulées autour du pilote, et par son angle institutionnel, avec les alertes autour de la DGSE et les interrogations sur certains anciens policiers ou acteurs proches du renseignement.

Les articles de BFM TV, Radio France, TV5 Monde, Boursorama, L’Équipe, Motors Addict, Le Singulier, La Dépêche du Midi, Le Canard enchaîné et Mediapart forment désormais un ensemble dense. Tous convergent vers la même impression, celle d’un procès où la vérité ne se donne pas en bloc, mais par fragments, par témoignages, par contradictions, par silences, par dépositions parfois embarrassées.

Le volet Laurent Pasquali prend cette semaine une ampleur particulière

Le corps retrouvé dans un bois de Haute-Loire rappelle la matérialité terrible du crime. Les créanciers entendus à la barre rappellent la spirale financière. Les articles consacrés aux mondes du renseignement rappellent, eux, la porosité inquiétante entre compétences professionnelles, imaginaire clandestin et usages privés de la violence.

Pour 450.fm, la vigilance reste essentielle

Il ne s’agit ni de nier la gravité des faits, ni de laisser prospérer l’amalgame entre une organisation criminelle présumée et la franc-maçonnerie authentique. Il s’agit au contraire de regarder le dossier en face. Le mot Athanor appartient à l’alchimie spirituelle. Il désigne le lieu clos où la matière se transforme lentement sous l’action maîtrisée du feu. Dans cette affaire, le symbole semble avoir été renversé. Le feu n’a pas transmuté. Il a consumé. La loge, si les faits reprochés sont établis, n’aurait plus été un atelier de lumière, mais un théâtre d’emprises, de faux secrets et de passions obscures.

Ainsi se referme cette dixième revue de presse, non dans le repos d’une affaire qui s’éloignerait, mais dans l’inquiétude d’un nom qui continue de brûler.

Car il faut ici rappeler une évidence essentielle

Dans le grand public, il suffit trop souvent que paraissent les mots « loge maçonnique » pour que l’amalgame s’installe. Athanor devient alors, injustement, le nom d’une suspicion générale. Or cette structure au cœur du procès ne saurait en aucune manière être confondue avec les autres loges portant le même nom en France et travaillant dans différents Orients. Elles n’ont pas à être salies par ce qui s’est joué dans un tout autre cadre, sous un même vocable devenu, par l’effet médiatique, un signe de trouble.

Mais c’est bien là le drame.

Palais de Justice, Paris

Ce qui devrait rester circonscrit à une affaire judiciaire précise, à des personnes déterminées, à des faits que la cour a mission d’établir, rejaillit sur toute la franc-maçonnerie française. Le mot loge devient soupçon. Le mot secret devient menace. Le mot fraternité devient, dans certains imaginaires, écran de dissimulation. Et les discours complotistes, toujours prêts à transformer l’exception criminelle en prétendue règle occulte, trouvent là une matière facile pour salir l’Art Royal.

Il faut donc redire avec force que la franc-maçonnerie authentique n’a rien à voir avec ces dérives.

Elle demeure un chemin de lumière, d’exigence morale, de liberté de conscience, de fraternité active et de perfectionnement intérieur

Elle ne se reconnaît ni dans l’emprise, ni dans la violence, ni dans le fantasme de puissance, ni dans les caricatures qui voudraient faire de ses temples des antichambres obscures. L’Art Royal est d’abord une voie de construction de soi et d’élévation de l’humain.

Que la justice poursuive son œuvre

Que les responsabilités soient établies. Que les victimes soient entendues. Mais que l’amalgame, lui, ne devienne pas une seconde injustice. Dans cette affaire où le nom d’Athanor, four alchimique de la transmutation, se trouve associé à la boue des passions humaines, il appartient aux francs-maçons de ne pas se taire, mais de rappeler ce qu’ils sont.

Non des conspirateurs de l’ombre,

mais des chercheurs de lumière.

Autres articles de la série

Au SCPLF, le Grand Architecte de l’Univers a retrouvé sa profondeur de mystère

Samedi 30 mai 2026, au Suprême Conseil pour la France, 65 boulevard Bineau à Neuilly-sur-Seine, la 6e Journée des auteurs a tenu toutes ses promesses. Malgré la forte chaleur, un public nombreux, attentif, motivé et passionné s’est pressé autour d’un thème majeur du Rite Écossais Ancien et Accepté, le Grand Architecte de l’Univers. Après deux articles d’annonce déjà publiés par 450.fm, cette rencontre a donné chair à une question que la tradition maçonnique ne cesse de poser sans jamais l’épuiser.

Il y a des journées où le mot « auteur » retrouve son sens premier

Non pas seulement celui qui écrit, publie, signe ou dédicace, mais celui qui ouvre une voie, qui augmente le réel d’une parole, qui donne à penser là où la formule risquait de devenir habitude. La 6e Journée des auteurs du Suprême Conseil pour la France fut de cet ordre. Dans le Grand Temple de Bineau, la chaleur extérieure n’a pas empêché la ferveur intérieure. Bien au contraire, elle semblait presque rappeler que toute vraie méditation initiatique demande un peu d’effort, un déplacement, une présence, une fidélité.

Le public était là, nombreux, dense, recueilli, visiblement heureux de participer à cette matinée consacrée au Grand Architecte de l’Univers

Ce n’était pas une assemblée venue chercher une définition commode. C’était une assemblée de chercheurs, de Sœurs, de Frères, d’auditeurs profanes aussi, tous réunis autour d’une interrogation centrale. Que disons-nous lorsque nous disons « Grand Architecte de l’Univers » ? Nommons-nous Dieu, un Principe, une Source, un Ordre, une Lumière, une absence, un silence, un point de convergence, une liberté offerte à la conscience ?

La présence de Catherine Quentin, Souverain Grand Commandeur du REAA du Suprême Conseil Féminin de France, donna également à cette rencontre une résonance particulière.

Elle rappelait, par sa seule présence, combien la spiritualité écossaise ne saurait se réduire à une voie masculine ou à une mémoire institutionnelle isolée. Elle témoigne d’un espace plus vaste, où Sœurs et Frères, dans leurs juridictions respectives, partagent une même exigence de hauteur, une même fidélité au symbole, une même interrogation sur la verticalité de l’être.

Il faut également saluer la très belle animation de Georges Bernat

Georges Bernat

Par sa présence attentive, sa manière de conduire les échanges, de faire respirer les interventions et de donner à la parole son juste rythme, il a permis que la matinée ne soit jamais une juxtaposition de conférences, mais bien une circulation vivante de la pensée. La parole a circulé à la fin de chaque intervention, comme c’est l’usage dans ces rencontres où la conférence ne se referme jamais sur elle-même. Elle s’est prolongée en questions, en nuances, en échos, en objections fraternelles, sans que jamais le débat ne perde son axe. Car le sujet touche à l’intime de la démarche écossaise. Il oblige à manier les mots avec prudence, avec exigence, avec ce respect qui distingue la recherche initiatique de la simple opinion.

Jacques Clément a ouvert la matinée par un ample « Essai de caractérisation du REAA »

Jacques Clément

Son propos avait la forme d’une fresque. Il partait de l’histoire des idées religieuses pour rejoindre le cœur de la tradition écossaise. Dès l’abord, il plaçait sa réflexion sous le signe de Baudelaire et de ces « forêts de symboles » où la nature devient temple. Tout était dit, ou presque. Il ne s’agissait pas de réduire le Rite Écossais Ancien et Accepté à une doctrine, mais de chercher son attribut profond, sa tonalité spirituelle, son orientation intérieure.

Son chemin passait par l’arianisme, par l’unitarisme, par la théophilanthropie, par les Lumières, par Voltaire, Rousseau, les Constitutions d’Anderson et la naissance de la franc-maçonnerie spéculative. Le mouvement pouvait sembler audacieux. Il l’était. Jacques Clément n’a pas cherché à esquiver les mots difficiles. Il a osé interroger la franc-maçonnerie comme « religion » au sens étymologique du terme, non comme religion révélée, non comme Église, non comme dogme, mais comme puissance de lien, de reliance, d’intériorité partagée, d’élévation commune.

C’est là que son intervention prit toute sa force.

À ses yeux, la franc-maçonnerie du Rite Écossais Ancien et Accepté ne saurait être confondue avec les religions révélées

Elle n’a ni prophète, ni prêtre, ni magistère dogmatique, ni vérité imposée. Elle ne transmet pas une parole close. Elle ouvre une quête. Elle ne remplace pas la religion de chacun. Elle laisse chaque conscience vivre sa croyance, son doute, sa fidélité, son silence, dans l’espace protégé de la démarche initiatique.

Grand Temple

Dans cette perspective, le Grand Architecte de l’Univers ne peut être capté par une lecture confessionnelle étroite. Il n’est pas le Dieu trinitaire d’une seule tradition. Il devient un principe fédérateur, universaliste, capable de rassembler sans contraindre. Il permet à chacun d’entrer dans une même invocation tout en demeurant fidèle à son propre chemin intérieur. Loin de supprimer Dieu, il empêche de l’enfermer. Loin de diluer le sacré, il rend possible une communion sans uniformité.

Jacques Clément

Jacques Clément proposa alors une formule forte, presque provocatrice dans le meilleur sens du terme

Le Rite Écossais Ancien et Accepté pourrait être compris comme une « théophilanthropie unitaire ». Théophilanthropie, parce que Dieu n’y est pas absent et parce que l’amour du prochain demeure au centre de l’œuvre. Unitaire, parce que le Rite refuse de faire du mystère divin la propriété d’une théologie particulière. Une telle caractérisation ne prétendait pas clore le débat. Elle l’ouvrait au contraire avec vigueur.

Sa réponse à la question de l’action maçonnique dans le monde fut tout aussi significative

La franc-maçonnerie, dans sa diversité, ne parle pas toujours d’une seule voix. Ses familles spirituelles, sociétales, laïques, symboliques ou philosophiques n’ont pas toutes la même manière d’habiter la cité. Mais chaque maçon, chaque maçonne, peut agir par sa conduite, son engagement, son dévouement, sa présence au monde. L’institution n’est peut-être pas un acteur uniforme. L’initié, lui, est une pierre vivante. Il travaille dans le Temple pour mieux rayonner hors du Temple.

Marie-Andrée Clamens

Marie-Andrée Clamens a ensuite donné à la matinée une inflexion d’une grande beauté rituelle et spirituelle avec son intervention consacrée à « Notre invocation au GADLU »

Après la grande traversée historique et doctrinale proposée par Jacques Clément, elle a ramené l’auditoire vers l’expérience vécue du Rite. Non plus seulement le Grand Architecte de l’Univers comme notion, mais comme parole prononcée, comme seuil, comme ouverture, comme souffle qui consacre l’espace et oriente la conscience.

Elle a d’abord rappelé que le concept lui-même échappe à tout point de départ certain

Chercher l’origine du Grand Architecte de l’Univers, c’est s’aventurer vers l’origine de la création, vers le principe, vers ce qui précède nos mots. Thalès, Anaximandre, Platon, la Genèse, Thomas d’Aquin, Leibniz, Voltaire, la maçonnerie opérative et la maçonnerie spéculative furent convoqués non pour former un catalogue, mais pour montrer que l’humanité n’a cessé d’interroger l’ordre du monde, sa cause, son harmonie, sa mesure.

L’un des grands mérites de son propos fut de rappeler que le concept n’est pas un bloc immobile. Il reçoit l’expérience humaine, il se transforme, il accompagne les sociétés, il traverse les sensibilités. Dans l’espace maçonnique, il demeure adogmatique. Il ouvre un chemin de liberté de pensée et de conscience. Il permet de nommer l’indicible sans le posséder. Il restitue au mystère sa dignité et à l’être humain sa verticalité.

Marie-Andrée Clamens a également inscrit son intervention dans l’histoire de la Maçonnerie féminine et dans l’héritage du Convent de Lausanne, dont la déclaration de principes demeure essentielle pour comprendre la spiritualité du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Elle rappela que les Sœurs et les Frères partagent un même chemin de perfectionnement, un même attachement à l’invocation, une même fidélité à la devise Ordo ab Chao. Cette devise ne relève pas d’un décor. Elle est une méthode de construction intérieure.

Marie-Andrée Clamens

À travers elle, l’ordre n’est pas une rigidité

Il est cohérence, lumière, architecture du sens. Il s’agit de faire triompher l’amour sur la haine, la vérité sur l’erreur, l’harmonie sur le désordre des passions. Le Grand Architecte de l’Univers apparaît alors comme la figure symbolique de ce principe d’ordre qui ne contraint pas, mais oriente. Il rappelle le plan, la mesure, la géométrie sacrée, le travail des bâtisseurs, le lien entre le microcosme humain et le macrocosme universel.

La force de son intervention tenait aussi à sa manière de faire vibrer l’invocation elle-même

Travailler à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, ce n’est pas répéter une formule. C’est entrer dans une discipline intérieure. C’est consentir à ce que le Temple devienne un espace autre, un lieu où la parole profane se dépose, où les regards se tournent vers l’Orient, où la lumière devient principe d’action. La gloire n’est pas vanité. Elle est rayonnement, éclat du sacré, hommage rendu à ce qui dépasse et élève.

La lumière fut ainsi au cœur de sa méditation

Lumière éternelle, lumière de l’Orient, lumière qui accompagne les travaux et qui relie le commencement à la fermeture. L’initiée, dans cette perspective, n’est pas seulement celle qui reçoit. Elle devient celle qui construit, qui se transforme, qui cherche au plus profond d’elle-même l’ordre capable de répondre au chaos. Le Grand Architecte de l’Univers n’est donc pas une solution imposée. Il est un horizon de réalisation spirituelle.

Puis vint Gaël de Kerret, avec « De l’apophase au GADLU », intervention d’une rare densité, plus intérieure encore, presque vertigineuse, tant elle conduisait l’auditoire vers les frontières du dicible.

Là où Jacques Clément avait interrogé la caractérisation du Rite et où Marie-Andrée Clamens avait médité l’invocation, Gaël de Kerret a placé le Grand Architecte de l’Univers dans la grande tradition de l’apophase, cette voie qui approche le divin par le retrait, par la négation, par le silence, par le refus de saisir.

Son propos partait d’une intuition fondamentale

Depuis l’origine des temps, les humains pressentent un plus vaste qu’eux-mêmes. Ils l’ont nommé Dieu, Principe, Un, Logos, souffle, abîme, mais chacun de ces noms demeure insuffisant. Pourquoi l’âme insiste-t-elle sur ce qui échappe ? Pourquoi revient-elle sans cesse vers ce lieu invisible qui pourtant la transforme ? Pour Gaël de Kerret, le Rite Écossais Ancien et Accepté n’a pas vocation à définir le divin. Il apprend plutôt à se tenir devant lui.

Il mobilisa alors l’archétype, non comme simple symbole psychologique, mais comme empreinte de l’origine. L’archétype ne se laisse pas enfermer dans une représentation. Il précède l’image et la traverse. Il se manifeste par épiphanies, par surgissements, par effets dans la vie intérieure. Le Grand Architecte de l’Univers, dans cette perspective, ne serait pas une image à posséder, mais un signifiant qui indique ce qui se retire, ce qui se donne sans se laisser capturer.

La traversée proposée fut impressionnante

Hésiode et le chaos, Parménide et l’Être, le prologue de Jean et le Logos, Philon, Plotin, le Pseudo-Denys l’Aréopagite, Maître Eckhart, Nicolas de Cues, Jung. Toute une généalogie du silence s’est alors dessinée. La théologie négative ne dit pas ce qu’est Dieu. Elle apprend à désencombrer la parole. Elle écarte les attributs trop humains, les définitions trop commodes, les certitudes trop rapides. Elle permet de demeurer dans une pensée fluide, ouverte, humble devant l’inconnaissable.

Là se trouvait sans doute le cœur de son intervention

Le Grand Architecte de l’Univers n’est ni simplement Dieu, ni un concept, ni une métaphore, ni une abstraction commode. Il est un signifié, un foyer de résonances, un point de rencontre entre des pensées, des expériences, des émotions, des quêtes. Il crée des ponts entre les consciences sans prétendre toucher l’intouchable. Il rend possible l’échange fraternel autour du mystère sans transformer le mystère en propriété.

Gaël de Kerret proposa également une lecture étymologique des trois termes

« Grand » renvoie à la croissance, à ce qui s’élève depuis la terre. « Architecte » évoque l’art de l’origine, la technique du bâtisseur, la construction d’un espace intérieur. « Univers » signifie ce qui est tourné vers l’Un. Ainsi, l’expression tout entière devient un chemin initiatique. Grandir depuis sa propre terre, construire son temple intérieur, se tourner vers l’unité sans dissoudre la pluralité.

Sa conclusion fut à la mesure de cette exigence

Le Rite Écossais Ancien et Accepté, lu à la lumière de l’apophase, replace la déité, Dieu et le Grand Architecte de l’Univers à leur juste place. Il redonne sens au Logos qui résonne au fond de chacun, dans le silence et le secret. Il ne demande pas à l’initié de posséder Dieu, mais d’être disponible à ce qui le dépasse. Il fait du chemin maçonnique un parcours de lumière en lumière, où le mystère n’est jamais aboli, mais toujours mieux approché.

Au terme de cette matinée, une évidence s’imposait

Les trois interventions n’ont pas apporté une réponse unique. Elles ont fait mieux. Elles ont rendu la question plus profonde. Jacques Clément a montré que le Grand Architecte de l’Univers peut fédérer sans dogmatiser. Marie-Andrée Clamens a montré que l’invocation donne au Rite son souffle, sa lumière et son axe. Gaël de Kerret a montré que l’apophase protège le mystère contre la tentation de l’enfermement.

C’est au Très Illustre Frère Jacques Azot, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil pour la France, qu’il revint d’en proposer les conclusions

Très Illustre Frère Jacques Azot, Souverain Grand Commandeur du SCPLF

Son intervention finale donna à l’ensemble sa juste perspective. Elle ne chercha pas à clore le sujet, ce qui aurait été contraire à l’esprit même d’une telle journée, mais à en dégager la ligne de force. Le Grand Architecte de l’Univers n’est pas un terme d’arrivée. Il est une orientation. Il ne dispense pas du travail intérieur. Il l’exige. Il ne remplace ni l’étude, ni la conscience, ni la liberté. Il les appelle à une plus haute cohérence.

Par ses conclusions, Jacques Azot rappela combien le Suprême Conseil pour la France demeure attaché à une conception exigeante du Rite Écossais Ancien et Accepté, où la spiritualité n’est jamais séparée de la responsabilité, où la tradition ne devient vivante que lorsqu’elle éclaire l’homme dans son temps, où l’élévation de la pensée doit toujours trouver sa traduction dans la qualité du lien fraternel. Cette parole finale fut à la fois synthèse, ouverture et envoi. Elle prolongea les trois interventions comme l’Orient prolonge la lumière reçue dans le Temple.

Il faut enfin souligner la remarquable organisation de cette journée, que nous devons à Gérard Abidh, Grand Chancelier du Suprême Conseil pour la France

Rien, dans une telle manifestation, ne relève du hasard. L’accueil, le rythme, la qualité des interventions, la présence du public, la fluidité des échanges, l’équilibre entre travail intellectuel et fraternité vécue témoignaient d’une préparation attentive et d’un véritable sens du service. Gérard Abidh a donné à cette 6e Journée des auteurs le cadre nécessaire pour que la pensée puisse se déployer sans pesanteur et que la rencontre demeure pleinement fidèle à son esprit.

C’est peut-être cela, finalement, la réussite de cette 6e Journée des auteurs

Avoir rappelé qu’en franc-maçonnerie, les mots essentiels ne sont jamais de simples mots. Ils sont des portes. Ils ne se referment pas sur une définition. Ils ouvrent un passage. Le Grand Architecte de l’Univers n’a pas été expliqué comme une formule que nous pourrions ranger après usage. Il a été travaillé comme une pierre vive, interrogé comme un miroir, approché comme une lumière qui éclaire sans aveugler.

Et tandis que la chaleur de ce samedi 30 mai aurait pu disperser les énergies, elle sembla au contraire les concentrer

Dans le Grand Temple de Bineau, autour du Suprême Conseil pour la France, la parole fut exigeante, la présence nombreuse, l’écoute passionnée. Nous avons vu ce que peut être une vraie journée maçonnique des auteurs. Non un salon du livre ajouté à une conférence, mais un chantier de l’esprit où les livres, les voix, les rites et les consciences se répondent.

La matinée se prolongea naturellement par les dédicaces

Gaël de Kerret en dédicace

Ce moment précieux où le livre cesse d’être un objet posé sur une table pour devenir trace d’une rencontre, mémoire d’un échange, parole confiée de main à main. Puis vint l’agape, très fraternelle, comme il se doit, où les mots de la matinée trouvèrent leur prolongement simple et lumineux dans la convivialité partagée. Après les hauteurs du symbole, la fraternité retrouvait la table. Après l’élévation de la pensée, le lien humain reprenait toute sa place.

Car le Grand Architecte de l’Univers demeure peut-être cela

Non pas la réponse qui met fin au travail, mais l’Orient intérieur qui l’empêche de s’éteindre.

Et cette journée du Suprême Conseil pour la France aura montré, avec force, élégance et fraternité, que lorsque les auteurs, les rites, les juridictions, les Sœurs et les Frères se rencontrent autour du mystère, la parole maçonnique retrouve sa fonction la plus haute.

Non pas expliquer le monde une fois pour toutes, mais nous aider à le construire avec plus de lumière.

La Franc-maçonnerie au Québec survivra-t-elle ? | Sous le Bandeau | Épisode #94

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ÉPISODE 94 · SOUS LE BANDEAU

La franc-maçonnerie au Québec survivra-t-elle ?
avec Hervé Gagnon · Grand historien de la Grande Loge du Québec

▶  Écouter l’épisode

Persécutions oubliées, supercheries historiques et un avenir incertain : dans cet épisode, l’un des plus grands historiens maçonniques du Québec parle sans détour du passé trouble et du destin fragile de la franc-maçonnerie au Québec.

Écouter l’épisode 94

🔧 Le son de cet épisode a été restauré à l’aide de l’intelligence artificielle, à la suite de problèmes techniques survenus à l’enregistrement. Merci de votre indulgence !

HG
Hervé Gagnon
Historien et grand historien de la Grande Loge du Québec. Il dirige les Cahiers de
recherche de la Grande Loge et fait autorité sur l’histoire de l’anti-maçonnisme.

Une histoire méconnue de l’anti-maçonnisme

Avant de parler d’avenir, Hervé Gagnon revient sur un passé largement oublié : les persécutions subies par les francs-maçons québécois au tournant du 20e siècle.

La loge d’Émancipation et les persécutions

Espionnage, cambriolages, listes de membres publiées dans les journaux catholiques, pertes d’emploi et même suicides : la loge d’Émancipation a payé un prix terrible pour sa libre-pensée dans un Québec dominé par l’ultramontanisme.

Léo Taxil et la plus grande supercherie maçonnique

Comment un seul homme a inventé de toutes pièces le mythe d’une maçonnerie satanique — et pourquoi, encore aujourd’hui, le réflexe conspirationniste rend ce mythe impossible à déraciner.

« On n’a plus les moyens de regarder les autres obédiences de haut. On ne se sauvera pas séparément : il va falloir qu’on se sauve ensemble. »

— HERVÉ GAGNON

Pourquoi l’Église catholique craint la maçonnerie

Bulles papales, excommunications — une encore récente à Trois-Rivières ! — et dogmes « votés à main levée » : Hervé Gagnon explique ce qui dérange vraiment l’Église dans la maçonnerie : son caractère œcuménique.

L’avenir de la franc-maçonnerie au Québec

C’est le cœur de l’épisode. Étude démographique à l’appui, Hervé Gagnon dresse un constat lucide : des loges vieillissantes, un membership en déclin, et l’urgence de collaborer entre obédiences pour gérer la décroissance — sans céder au défaitisme.

Chapitres de l’épisode

00:00 Intro
03:20 Hervé Gagnon, grand historien
15:02 La loge d’Émancipation : persécutions et suicides
18:18 Léo Taxil et la grande supercherie
24:13 Le Vatican et l’excommunication
33:15 La maçonnerie à l’ère numérique
45:44 L’avenir au Québec : gérer la décroissance
1:01:56 « Le nombre, le nombre, le nombre »

📅 À ne pas manquer
Portes ouvertes de la Grande Loge du Québec — 16 mai, de 10h à 16h
Salon maçonnique du Québec — 6 juin, Montréal · salonmaconniqueduquebec.org

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Asimov et l’énigme des sables – une histoire universelle au miroir du Nil

Publié en 1967 aux États-Unis et enfin traduit en français par Les Belles Lettres, « Les Égyptiens » d’Isaac Asimov est bien plus qu’un récit d’histoire ancienne. C’est une méditation sur la permanence, l’initiation et la mémoire des peuples, portée par l’une des plus grandes plumes vulgarisatrices du XXe siècle.

Isaac Asimov

Il y a dans la civilisation égyptienne quelque chose qui résiste à toute dissolution, une densité de sens que nulle conquête n’a pu effacer et que les millénaires ont rendue plus opaque encore, comme si l’accumulation des siècles avait, paradoxalement, ajouté à l’obscurité plutôt qu’à la lumière. Isaac Asimov le savait, lui qui avait fait de la clarté une vocation et de la transmission une éthique.

Isaac_Asimov_signature

Isaac Youdovitch Ozimov, devenu Isaac Asimov, naît probablement le 2 janvier 1920 à Petrovitchi, dans l’ancien Empire russe, avant de grandir à Brooklyn après l’émigration de sa famille aux États-Unis. Biochimiste de formation, professeur à l’Université de Boston, il devient l’un des auteurs les plus féconds du XXe siècle, laissant derrière lui plus de cinq cents ouvrages couvrant neuf des dix grandes classes de la classification décimale de Dewey*. Avec Robert A. Heinlein et Arthur C. Clarke, il demeure l’un des trois grands géants de la science-fiction américaine, auteur des cycles « Fondation » et « Les Robots », mais aussi inventeur du terme « robotique », promis à une fortune considérable.

Pourtant, derrière cette gloire immense attachée aux mondes futurs, se tient aussi un passeur du passé, un historien du monde antique d’une remarquable clarté.

C’est cette face moins connue de son œuvre que la maison d’édition Les Belles Lettres, fondée en 1919 et consacrée dès l’origine à la transmission des auteurs antiques, des humanités et des sciences humaines, a entrepris de remettre en lumière avec La République romaine en 2023, L’Empire romain en 2024, Les Grecs en 2025, puis aujourd’hui Les Égyptiens, traduit par Christophe Jaquet et magnifiquement illustré par Benjamin Van Blancke. Isaac Asimov meurt le 6 avril 1992 à New York, laissant une intelligence encyclopédique du monde dont cette série posthume révèle encore toute la fécondité.

Ce qui frappe d’emblée dans cet ouvrage, c’est la manière dont Isaac Asimov pose son regard sur l’Égypte non comme sur un objet d’étude à disséquer, mais comme sur un être vivant, doué d’une âme propre et d’une ténacité que nulle épreuve n’a pu entamer

La formule qu’il choisit pour ouvrir son propos vaut programme entier de lecture

À travers des siècles de domination étrangère, l’Égypte s’était obstinément accrochée à son identité en conservant sa culture et sa religion, tandis que passaient sur elle les influences assyriennes, perses, grecques et romaines, elle était demeurée égyptienne. Voilà posé, dès les premières lignes, ce mystère fondamental que la Franc-Maçonnerie reconnaîtra comme sien, celui d’une transmission qui survit à tous les sièges, à toutes les profanations.

L’ouvrage s’ouvre sur le Nil

Et nous ne résistons pas à cette première fascination que l’auteur installe avec une économie de moyens remarquable. « Dans le nord-est de l’Afrique coule un fleuve extraordinaire, qui parcourt plus de six mille sept cents kilomètres et porte un nom grec, Neîlos… » L’origine de ce nom demeure inconnue, car les peuples qui vivaient sur ses berges l’appelaient simplement « le Fleuve ». Cette ignorance de l’étymologie est, en elle-même, une leçon initiatique. Le nom véritable est perdu, comme le mot est perdu, et ce qui reste est la réalité vivante, l’eau qui coule, le limon qui nourrit, la lumière qui se lève chaque matin sur la même rive. Il y a là une image que tout maçon reconnaît.

L’Égypte d’Isaac Asimov n’est pas une nécropole

Elle pense, elle construit, elle calcule. Dès le néolithique, les Égyptiens cultivaient leur vallée, et au fil du temps ils mirent au point un système d’irrigation d’une complexité remarquable, ainsi que des mathématiques permettant de mesurer leurs terres après chaque crue. La géométrie née du Nil, qui sera le fondement de tout l’édifice ésotérique occidental jusqu’aux loges de la Maçonnerie spéculative, apparaît ici dans sa vérité première, comme réponse pratique à une contrainte naturelle, avant de devenir langue secrète des bâtisseurs.

Le parcours que nous propose Isaac Asimov à travers quatorze grandes séquences historiques, de l’Égypte préhistorique aux scènes finales de la domination arabe et de l’Islam, constitue une véritable initiation en degrés

Imhotep – Louvre, détail

L’Ancien Empire révèle la figure d’Imhotep, premier architecte connu de l’histoire, génie universel que la tradition tardive élèvera au rang de dieu de la médecine, et dont l’ombre plane sur toute la symbolique maçonnique des bâtisseurs. La construction des pyramides, que l’auteur traite avec une précision et une honnêteté intellectuelle rares, n’est pas réduite à une prouesse technique. Elle est comprise comme l’expression d’une cosmologie, d’une vision du monde où le mort, le vivant et le divin s’articulent dans un espace géométrique parfaitement maîtrisé.

Le Moyen Empire et l’ascension de Thèbes révèlent une autre vérité que la Maçonnerie a très tôt intégrée à sa propre mythologie, celle de la résurrection d’une civilisation après son effondrement apparent

L’Égypte, envahie par les Hyksos, colonisée, humiliée, sait renaître. Elle absorbe ses conquérants, digère leurs dieux, retourne leur puissance en force propre. Ce mouvement dialectique, cette capacité à transformer l’adversité en régénération, est au cœur de la pensée initiatique. Osiris dépecé et rassemblé par Isis, l’ordre restauré par Horus, autant de symboles que nous retrouvons à chaque degré du parcours rituélique, et qu’Isaac Asimov réintègre ici dans leur contexte historique sans jamais en trahir la dimension métaphysique.

rabat de la couverture avant

La reine Hatchepsout, le réformateur religieux Akhénaton, Néfertiti dont la beauté traverse les millénaires, Ramsès II qui fit de sa propre image un programme théologique, Cléopâtre enfin, dernière des Ptolémées, qui incarna jusqu’au bout cette résistance de l’égyptianité face aux puissances méditerranéennes successives, Jules César, Marc Antoine, Rome, tous ces personnages traversent les pages d’Isaac Asimov avec une présence charnelle et une vérité psychologique que la plume sobre de l’auteur rend plus convaincante que les récits d’apparat.

L’Égypte ptolémaïque mérite une attention particulière pour le lecteur maçon, car c’est en elle que se nouent les fils de la grande synthèse ésotérique antique

Bibliothèque d’Alexandrie

Alexandrie, fondée en 331 avant notre ère, devient le creuset où se rencontrent la pensée grecque, la tradition égyptienne, la mystique juive et les premiers souffles du christianisme naissant. La bibliothèque, les écoles de philosophie, le mouvement hermétique qui donnera son nom à toute une branche de l’ésotérisme occidental, tout cela éclot dans ce bouillonnement alexandrin qu’Isaac Asimov restitue avec son habituelle clarté.

La traversée des dominations étrangères constitue le second grand mouvement de l’ouvrage Perses, Macédoniens, Athéniens, Romains, Chaldéens, Juifs, Grecs, chaque peuple apporte sa pierre à l’édifice ou tente de le démolir, et l’Égypte résiste à tous, non par la force militaire, mais par la profondeur de sa culture et la cohésion de sa tradition religieuse. L’Égypte chrétienne, avec ses martyrs, ses moines du désert, ses Pères de l’Église coptes, représente une page encore trop méconnue que l’auteur aborde avec finesse, montrant comment le christianisme égyptien se fondit dans les structures mentales et liturgiques héritées des pharaons. L’Égypte musulmane enfin, depuis la conquête arabe de 641 jusqu’au seuil du XXe siècle, ferme ce long cycle avec une dignité que l’auteur restitue sans condescendance.

Ramsès II

Ce qui donne à cet ouvrage sa dimension véritablement initiatique, au-delà de la qualité de l’analyse historique, c’est la conviction qui le traverse de bout en bout selon laquelle les civilisations, comme les individus, peuvent mourir à elles-mêmes sans disparaître, se métamorphoser sans se trahir, traverser les ténèbres sans perdre le fil de leur identité profonde.

C’est là une leçon que nous, Francs-Maçons, recevons à chaque tenue, lorsque nous réactivons en loge les rituels qui nous relient à cette chaîne d’union invisible traversant l’histoire humaine depuis ses origines les plus obscures.

Benjamin Van Blancke, dont l’art du dessin à l’encre s’inscrit dans la lignée des gravures du siècle d’or hollandais et de la peinture classique, offre à ce texte une incarnation visuelle d’une grande sobriété efficace. Ses illustrations, accompagnées de notes détaillées du chapitre premier jusqu’aux scènes finales, forment un commentaire en images qui dialogue avec le texte sans jamais l’illustrer au sens servile du terme. Elles ouvrent des espaces de contemplation que la lecture appelle naturellement.

rabat de la couverture arrière

Les cartes que l’ouvrage propose, géographique, pharaonique, républicaine arabe, méritent un éloge particulier

Elles ne sont pas des ornements. Elles donnent au récit sa chair territoriale, son ancrage dans l’espace réel, sans lequel l’histoire risque toujours de se dissoudre en abstractions. La chronologie, qui s’étend sur plus de dix millénaires, de la fonte des glaciers vers 8000 avant notre ère jusqu’aux hostilités entre l’Égypte et Israël en 1967, offre au lecteur la vertige salutaire de la durée. Dix millénaires contemplés depuis notre présent, c’est une méditation sur ce que nous sommes-nous-mêmes dans la suite des temps.

Isaac Asimov n’est pas un ésotériste

Il n’a jamais prétendu l’être. Mais il possède cette qualité rare chez les grands vulgarisateurs, celle de laisser transparaître, derrière les faits et les dates, les questions fondamentales que toute civilisation pose à l’humanité. Pourquoi construisons-nous ? Que faisons-nous de la mort ? Comment transmettons-nous ce que nous savons à ceux qui viendront après nous ? Ces questions, qui sont les nôtres en loge comme elles furent celles des prêtres de Karnak et des architectes de Gizeh, traversent chaque page de cet ouvrage comme un courant souterrain.

L’Égypte n’a jamais cessé d’être le pays de l’initiation par excellence dans l’imaginaire maçonnique

4e de couverture

Ce livre d’Isaac Asimov, enfin accessible en français grâce aux Belles Lettres, nous rappelle pourquoi. Il le fait sans mystification ni emphase, avec la seule force d’une intelligence qui a su regarder les pierres du désert et y entendre encore battre le cœur du monde.

* La classification décimale de Dewey, ou CDD, est un système de classement bibliographique créé en 1876 par Melvil Dewey afin d’organiser les livres d’une bibliothèque selon les grands domaines du savoir. Elle répartit l’ensemble des connaissances humaines en dix classes numérotées de 000 à 900. Les 000 regroupent les généralités, l’informatique et les ouvrages de référence, les 100 la philosophie et la psychologie, les 200 la religion, les 300 les sciences sociales, droit, économie, politique, les 400 les langues et la linguistique, les 500 les sciences pures, mathématiques, physique, biologie, les 600 la technologie et les sciences appliquées, les 700 les arts, les sports et les loisirs, les 800 la littérature, les 900 l’histoire et la géographie.

Dire qu’Isaac Asimov a écrit dans neuf de ces dix classes revient donc à souligner l’ampleur encyclopédique d’une œuvre qui traverse presque toute la bibliothèque du monde.

Les Égyptiens

Isaac Asimov, Benjamin Van Blancke (ill.), Christophe Jaquet (trad.)

Les Belles Lettres, 2026, 308 pages, 21 / L’éditeur, l’audio et les extraits

GLMF : des témoignages interrogent les méthodes d’inspection et la gouvernance interne

NDLR : La rédaction s’est entretenue durant 20 minutes au téléphone avec Félix Natali avant la parution de cet article. Ce dernier en sa qualité de Grand Maître n’a pas souhaité répondre à nos questions ou encore commenter les deux précédents articles qui se trouvent en fin de reportage. Nous publions cette enquête à partir de témoignages concordants, de documents internes portés à notre connaissance et d’échanges préalables avec plusieurs protagonistes. Les personnes ou institutions mises en cause disposent naturellement d’un droit de réponse, que 450.fm publiera dans les conditions prévues par la loi.

Félix Natali – GM de la GLMF

Nous évoquions il y a quelques jours les difficultés en matière de gestion de la Grande Loge Mixte de France, présidée par son Grand Maître Félix Natali. Le lendemain, nous avons rapporté le conflit qu’il continue d’entretenir avec le Grand Commandeur du REAA, même si ce dernier a été largement réélu avec un score de 73% des voix lors de l’Assemblée générale du week-end dernier. Ce troisième et dernier volet, qui n’est pas le moindre, concerne des témoignages faisant état de comportements ressentis comme autoritaires quand ils émanent de dignitaires de la GLMF, ayant une conception verticale et intimidante de leurs charges.

Pour étayer notre propos, nous avons interviewé plusieurs membres des loges concernées par cette attitude qui n’a plus rien à voir avec l’esprit fraternel dans lequel une obédience doit s’inscrire.

Il s’agit d’un climat perçu comme intimidant par plusieurs témoins dans le cadre d’inspections de Loges par un duo de « Frères » mandatés par le Conseil de l’Ordre.

Les inspections : de nombreuses obédiences pratiquent l’inspection régulière des Loges afin de s’assurer que les travaux sont conformes au règlement général de la maison, que le rituel est respecté, que les membres sont tous à jour de leurs capitations, que les invités sont légitimes… Toute cette procédure s’effectue bien évidemment dans un esprit de fraternité et surtout de bienveillance. Il ne s’agit pas d’exercer un quelconque pouvoir par la force ou la manipulation, ni de soumettre les membres assujettis à ces inspections à des pressions psychologiques.

Or il se trouve que 450.fm est en possession de plusieurs témoignages de membres de diverses Loges de la GLMF inspectées au cours de l’année 2025 ou avant, par le Grand Orateur de l’époque accompagné du Grand Secrétaire, duo que nous avions présenté dans notre article du 30 juin 2024 – Ce fameux tandem fait donc l’objet de nombreuses plaintes de Frères des Loges de La Ciotat, Paris, Saint-Avold… et d’une Loge de Bastia auprès de notre rédaction. Nous avons recueilli, lors de chaque interview, des comptes rendus très ressemblants de la part de témoins décrivant les mêmes procédés :

Représentation artistique non contractuelle

Les deux inspecteurs placent les Frères et Sœurs de la Loge sur les colonnes, Vénérable et Collège compris. Les deux « envoyés spéciaux » se positionnent ensuite au plateau du Vénérable, dans une position évidente de domination, surplombant volontairement cette assemblée regroupée en vue de subir leur interrogatoire. Dans les techniques d’oppression et de manipulation, le positionnement revêt une importance cruciale. Il permet d’asseoir une autorité, qui peut être légitime si elle est bienveillante, mais qui, en l’occurrence, a été vécue par plusieurs membres comme une forme de pression assortie de reproches, scénario qui n’a plus rien à voir avec l’Art Royal, pas plus qu’il ne relève d’une relation normale avec une Obédience.

Les témoignages concordent tous : cette mise en scène a pour but de créer un climat de soumission et de malaise.

Comment opère cette mise sous pression ?

La méthode est bien rodée et, selon les témoignages recueillis auprès des membres passés sur le grill, ce décorum crée immanquablement un sentiment de contrainte assorti d’une crainte de représailles. Un membre de la rédaction a eu l’occasion d’y participer, en témoin, et il confirme que cette expérience est fortement éprouvante pour les nerfs des participants. Aucune contestation ni débat n’est possible : tout est manifestement à charge contre la Loge.

Représentation artistique non contractuelle

Un Frère de Saint-Avold, qui ne souhaite pas se dévoiler, affirme qu’à l’appel de son nom, il s’est vu reprocher les paiements de ses capitations en plusieurs mensualités. Des reproches agressifs de la part d’un des deux inspecteurs lui ont laissé un souvenir très humiliant de cet échange, qui n’avait rien de fraternel. Quelques jours plus tard, il était encore sous le choc et s’interrogeait sur la pertinence de rester à la GLMF. Un autre de La Ciotat se souvient du passage en revue qui lui a rappelé ses jeunes années à l’armée. Tous les témoignages reçus confirment que ces séances d’inspection, de la part des deux Frères en cause, toujours membres éminents du Conseil de l’Ordre de la GLMF, ont été perçues par plusieurs témoins comme dévalorisantes et vexatoires.

Notre rédaction n’aurait aucunement dévoilé les méthodes internes de la GLMF si ces témoignages convergents provenant de divers Orients n’avaient révélé une ambiance anxiogène et le sentiment d’un pouvoir unilatéral et injustement oppressif, lors de ces inspections. Il est intéressant de noter que l’un des deux inspecteurs en question, chargé de s’assurer du sérieux des loges, est précisément celui qui avait été nommé par Christiane Vienne pour transmettre à 450.fm les informations de l’Obédience dans le cadre d’une action de chargé de communication durant la période post-COVID et qui, pour une raison inconnue, avait totalement failli à sa mission, ne se manifestant en aucune sorte. Curieuse attitude de la part d’un Frère obsessivement attaché à l’obéissance…

Le dernier chapitre de ce troisième volet sera consacré à un fait qui pose question quant à l’indépendance de la GLMF.

Nicolas Penin, ancien Grand Maître du GODF

Lors du Convent de Lille, fin juin 2024, Félix Natali est élu Grand Maître de la GLMF par 77,20% des voix. Deux mois plus tard, c’est au tour de Nicolas Penin d’être élu dans la même ville à la tête du GODF.

Dès lors, les deux hommes vont très vite se rapprocher. Les articles de 450.fm sur le GODF agacent profondément Nicolas Penin du GODF. Selon les éléments dont dispose la rédaction, un courrier à en-tête du GODF a été adressé à la GLMF au sujet des publications de 450.fm consacrées au GODF. La rédaction estime que cette démarche, dans son intention et sa portée, pose une question de principe sur l’indépendance éditoriale et sur les relations entre obédiences. La GLMF prend très au sérieux cette demande et délègue deux Conseillers de l’Ordre pour explorer le journal afin de détecter un quelconque acharnement contre cette obédience « amie » qu’est le GODF. Rien de particulier n’en résulte et les Conseillers qui analysent le journal rentrent bredouille. Le Grand Maître tente de minimiser l’opération et passe discrètement, dans la séance du Conseil de l’Ordre des 8 et 9 novembre 2024, un communiqué dont voici un extrait :

(Document adressé aux membres de la GLMF en novembre 2024)

Ce n’est que partie remise… car la fidélité entre les deux Grands Maîtres se mue en « amitié sincère ». Quelques mois plus tard, le journal 450.fm dénonce l’affaire Henri Sandillon : cet ancien médecin à l’hôpital de Jonzac (Charente-Maritime), Conseiller de l’Ordre au GODF, Grand Officier délégué à la réflexion sur la fin de vie, à la santé et aux droits des femmes et des enfants (sic – ce n’est pas nous qui inventons : c’est l’exact libellé !), avait émis, comme président du comité médical, un avis favorable à la nomination du Docteur Joël Le Scouarnec, celui qui a abusé sexuellement de plus de 300 enfants, alors même qu’il avait préalablement eu vent de certains comportements pervers de la part du candidat. Le Canard enchaîné s’était fait l’écho de cette affaire et 450.fm avait de nouveau posé la question le 2 juillet 2025, plus d’un mois après l’annonce de cet insupportable maintien du Conseiller de l’Ordre en poste au GODF par Nicolas Penin. Henri Sandillon, qui n’avait pas hésité à contredire, devant la cour criminelle du Morbihan, son témoignage antérieur auprès des enquêteurs, sera finalement sacrifié, la veille du Convent.

Quelques mois passent et aucun grief ne peut être retenu contre le membre de la GLMF, directeur de la publication de 450.fm. Cependant, la Loge dans laquelle il officie comme simple Maître des Cérémonies est bizarrement inspectée pour la première fois. Et, tout aussi étrange coïncidence, elle le sera par les deux cosignataires du PV du Conseil de l’Ordre des 8 et 9 novembre 2024, dont un extrait figure ci-dessous. Il s’agit des mêmes deux inspecteurs dont il est question dans les autres épisodes relatés dans cet article : le monde devient, à tous les sens du terme, tout petit, tandis que les circonstances hoquettent servilement.

À la différence des autres inspections dont il est question depuis le début, celle-ci prendra une tournure très particulière.

Tout d’abord, elle se produit juste quelques jours avant le dernier Conseil de l’Ordre de la saison 2025, afin d’expédier rapidement la sanction… déjà connue trois mois plus tôt par quelques membres de la GLMF. Cela rend la contestation très compliquée, car nous arrivons en juillet et seule une Tenue officielle peut rendre valide un appel auprès du Conseil des Sages (instance d’appel de la GLMF).

La rédaction a interrogé et a obtenu les témoignages de deux membres de la GLMF qui confirment leur parfaite connaissance de la sanction déjà prévue dans les tuyaux, trois mois avant l’inspection. Un hasard pour le moins troublant…

Nous n’entrerons pas dans le détail des irrégularités relevées dans la procédure, ni dans les inexactitudes ou omissions alléguées dans le rapport, qui était partiellement rédigé avant l’inspection (nous en possédons copie). En l’état des témoignages recueillis et des documents consultés par la rédaction, plusieurs membres concernés considèrent que la procédure a été volontairement et préalablement orientée dans un sens défavorable à la Loge. Ils y voient moins une inspection ordinaire qu’une voie disciplinaire détournée dont l’issue leur semblait largement anticipable pour ne pas dire jouée d’avance. Un avocat est donc mandaté par la Loge début juillet pour établir un dossier de plaidoirie auprès du Cercle des Sages, qui est l’instance d’appel de la GLMF. Renseignement pris auprès d’anciens Grands Maîtres, elle est généralement neutre et ces derniers s’interdisent toute ingérence ou interférence. En tous cas, d’ordinaire…

Il faudra plus de 16 semaines à ce Cercle pour rendre son verdict. Pour rappel, tous ceux qui ont lu le volet № 2 de cette série ont pu observer que ce même Cercle, prétendument indépendant, n’avait mis que quelques heures pour statuer dans l’affaire du Grand Commandeur. Lorsqu’il y a urgence, pour les intéressés, il sait mettre les bouchées doubles. Bilan de cette opération :

La Loge est exclue de la GLMF et le Frère Directeur de la Publication, enfin éliminé. On satisfait ainsi aux desiderata ou plus crûment aux pressions extérieures d’une obédience amie étant allée jusqu’à exprimer ses récriminations dans un courrier officiel, comme un suzerain réclamant les services d’un vassal !

Nous touchons au terme de ce troisième volet, et la question qui se pose est la suivante : à qui profite ce récent désordre à la GLMF ?

Plusieurs hypothèses se dessinent, mais selon quelques anciens Grands Maîtres que nous avons contactés et qui préfèrent conserver l’anonymat, dans un tel contexte, la proximité du Grand Maître Natali avec la rue Cadet pose de réelles questions quant au projet qui pourrait se tramer entre les deux obédiences. En effet, la rumeur court qu’une fusion des deux entités ou, plus habilement, une absorption des Loges de la GLMF par le GODF serait de nature à dissiper, au plan financier, les nuages qui s’amoncellent à l’horizon et à mettre un terme aux errements internes qui risquent, par leur répétition, d’entraîner un jour des actions judiciaires. Il resterait à trouver l’occasion et le moyen propices à manœuvrer les deux communautés, sans heurt, d’aucune part…

Une chose est, pour l’heure, certaine : les membres de la GLMF seront réunis en Convent dans quelques jours. Ils devront accorder leur confiance pour un troisième et dernier mandat à Félix Natali. Ils voteront aussi pour confirmer dans ses fonctions sa garde rapprochée, c’est-à-dire lors du renouvellement des membres du Conseil de l’Ordre qui descendent de charge. Au vu des événements, nombre de votants pourraient être bien inspirés de ne pas appliquer avec un même zèle impénitent les consignes habituelles…

Parmi les nombreuses propositions soumises au vote, il sera demandé aux loges de la GLMF de valider la « destruction » de la Loge n°346 (unique Loge de la GLMF concernée cette année par une fermeture), dont la procédure expéditive mise en œuvre par la GLMF aurait pu mériter l’attention de la justice profane, c.-à-d. être examinée dans sa pleine régularité par les tribunaux de la République. Connaissant le risque de panurgisme ou de conformisme somnolent sévissant souvent dans ces assemblées, il ne serait pas surprenant que les votants appuient sur la touche verte : « favorable », sans réellement avoir pris connaissance des ressorts de l’affaire, ni mesuré l’injustice qu’il s’apprêtent à couvrir.

Les Sœurs et les Frères de la GLMF auront bientôt à se prononcer. Il leur appartient, désormais, en conscience, de demander les éclaircissements nécessaires, d’exiger la transparence des procédures et de rappeler qu’une obédience maçonnique ne peut valablement prospérer que si l’autorité demeure au service de la fraternité, sans jamais faillir ni même faiblir.

Autres articles de la série (3/3)

GLFF – Liliane Mirville réélue Grande Maîtresse avec un mandat de confiance exceptionnel

Réunie en Convent à Bagnolet le week-end dernier, la Grande Loge Féminine de France a largement renouvelé sa confiance à Liliane Mirville, réélue Grande Maîtresse par 324 voix sur 337 votantes. Un résultat massif, qui confirme la stabilité de la première obédience maçonnique féminine du monde, tout en ouvrant de nouvelles perspectives, notamment avec la création d’une juridiction égyptienne, la naissance annoncée d’une obédience féminine traditionnelle au Gabon et le projet d’un musée virtuel destiné à valoriser un patrimoine d’environ 1000 pièces.

Le verdict des urnes est d’une clarté rare

Lors du Convent de la Grande Loge Féminine de France, réuni à Bagnolet, Liliane Mirville a été réélue Grande Maîtresse avec 324 voix sur 337 votantes. Plus de 96 % des suffrages lui accordent ainsi un mandat particulièrement fort pour cette troisième et dernière année à la tête de l’obédience.

Cette réélection ne constitue pas seulement une confirmation personnelle

Elle marque aussi la volonté des loges de poursuivre un chemin déjà engagé, dans un moment où la franc-maçonnerie féminine demeure appelée à conjuguer fidélité initiatique, transmission, visibilité publique et rayonnement international.

Première obédience maçonnique féminine du monde, la Grande Loge Féminine de France occupe une place singulière dans le paysage maçonnique français et international.

Elle incarne depuis plusieurs décennies une voie exigeante, où l’initiation des femmes n’est ni une variante ni une marge, mais une puissance propre, autonome, structurée, pleinement inscrite dans l’histoire contemporaine de l’Ordre.

L’année 2025 avait déjà rappelé cette profondeur historique, avec la célébration des 80 ans de l’indépendance des loges féminines

L’année 2026 prolonge cette dynamique par un vote de confiance très net, mais aussi par plusieurs décisions importantes qui témoignent de la vitalité de l’obédience.

Le Convent a ainsi voté à l’unanimité la création de la Grande Loge Féminine Traditionnelle du Gabon, issue des six loges de la GLFF implantées dans ce pays. Cette décision souligne le rôle majeur de la GLFF dans la construction d’une franc-maçonnerie féminine internationale, enracinée dans les territoires, mais reliée par une même exigence de transmission, de liberté de conscience et de fraternité.

Autre décision notable, la création de la juridiction des grades post-maîtrise

Celle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm. Ce rite, déjà présent au sein de la GLFF à travers neuf loges symboliques, dispose désormais de sa propre organisation de hauts grades. Marie-Françoise Blanchet, ancienne Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, en devient la Grande Matriarche.

La GLFF compte désormais quatre juridictions de hauts grades

Le Suprême Conseil Féminin de France pour le Rite Écossais Ancien et Accepté, le Grand Chapitre Féminin du Rite Français, le Grand Prieuré Féminin pour le Rite Écossais Rectifié, et désormais cette nouvelle juridiction d’inspiration égyptienne. Cette pluralité rituelle confirme que l’obédience n’est pas seulement un corps administratif, mais un véritable espace initiatique, où plusieurs chemins symboliques permettent aux sœurs de poursuivre leur travail intérieur selon des sensibilités différentes.

Le parcours de Liliane Mirville éclaire aussi cette diversité

Initiée en 1998 au sein de la Respectable Loge Thébah n°5, à l’Orient de Paris, au Rite Écossais Ancien et Accepté, elle est également fondatrice de la Respectable Loge Sothis n°506, à l’Orient de Paris, travaillant au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm. Ancienne Grande Trésorière de la GLFF, conseillère fédérale, elle a occupé plusieurs responsabilités importantes avant son accession à la Grande Maîtrise en 2024, où elle avait succédé à Catherine Lyautey.

Cette réélection intervient également alors que la GLFF entend mieux valoriser son patrimoine

L’obédience possède environ 1000 pièces, témoignages matériels d’une histoire féminine, initiatique, rituelle et symbolique encore trop peu connue du grand public. En l’absence de locaux permettant aujourd’hui de présenter pleinement cette collection, une visite virtuelle du musée devrait être organisée sur le site de l’obédience. Ce projet constitue un enjeu important. Il ne s’agit pas seulement d’exposer des objets, mais de rendre visible une mémoire, de donner à voir ce que des générations de sœurs ont reçu, transmis, conservé et enrichi.

Tablier-Dignitaire-Conseil-Fédéral-GLFF

Dans une époque où l’image circule vite et où la mémoire se disperse parfois plus rapidement qu’elle ne se transmet, cette perspective de musée virtuel prend une valeur particulière. Elle permettrait à la GLFF de rendre accessible une part de son patrimoine, tout en affirmant que la franc-maçonnerie féminine possède elle aussi ses archives, ses symboles, ses traces, ses outils, ses récits et ses lumières.

Par ce vote massif, les déléguées ont donc choisi la continuité, mais une continuité vivante Elles ont confirmé une Grande Maîtresse, mais aussi une orientation. Elles ont donné force à une obédience qui poursuit son œuvre entre fidélité à la tradition et attention aux mutations du monde.

Avec 324 suffrages sur 337 votantes, Liliane Mirville reçoit bien davantage qu’une reconduction. Elle reçoit un mandat de confiance, dans une obédience qui, forte de ses rites, de ses juridictions, de son rayonnement international et bientôt de son musée virtuel, continue de faire entendre une voix singulière dans le concert maçonnique. Une voix de femmes, de transmission et de lumière.

Le communiqué de presse de la Grande Loge Féminine de France

Kristina Orbakaïté accusée d’être maçonne : la Grande Loge de Russie dément et les théories du complot dénoncées

De notre confrère russe gazeta.press – Par Maxime Voronejsky

Une nouvelle théorie du complot circule depuis fin mai 2026 en Russie, visant la chanteuse emblématique Kristina Orbakaïté, fille de la légende pop Alla Pugatcheva. Accusée d’être franc-maçonne, Orbakaïté se retrouve au cœur d’un débat qui mêle symbolique, rumeurs médiatiques et réalités historiques de la franc-maçonnerie russe. C’est la Grande Loge de Russie (GLR), l’obédience maçonnique officielle du pays, qui est venue mettre un terme à ces spéculations.

Andreï Bogdanov, Grand Maître de la Grande Loge de Russie depuis 2007, a démenti catégoriquement ces rumeurs dans une déclaration à l’Obchtchestvennaïa Sloujba Novostei (Service public des nouvelles). « Orbakaïté ne peut pas être franc-maçonne », a-t-il affirmé, en rappelant un principe fondamental : la franc-maçonnerie régulière est exclusivement masculine. Les femmes ne peuvent pas être admises dans ses rangs.

L’origine de la rumeur : un « œil qui tout voit » sur une photo de la chanteuse

Vitaly Borodine et son post explosif sur Telegram

Le 27 mai 2026, Vitaly Borodine, chef du FPBC (un groupe pro-Kremlin lié à la propagande et aux enquêtes controversées), a publié un post viral sur Telegram dans lequel il affirmait déceler de la symbolique maçonnique dans l’image publique d’Orbakaïté. Selon Borodine, une photographie de la chanteuse montrerait un « œil qui voit tout » (le célèbre «œil providence» souvent associé aux Illuminati et à la franc-maçonnerie) cachant l’un de ses yeux.

« Je n’exclus pas que, si le CIA surveille déjà Galkine, Orbakaïté — en tant qu’héritière de la « prima donna » — ait été prise en otage par ces représentants de l’establishment occulte », a-t-il conclu dans son message.

Borodine a également mis en avant un autre élément de sa théorie : Orbakaïté réside en Californie, où se trouve la Bohemian Grove, un club privé fermé réservé à l’élite mondiale. Selon lui, ce détail renforcerait l’idée d’une appartenance à des réseaux occultes.

Kristina Orbakaïté : une icône russe entre héritage familial et exil californien

La « fille de la Prima Donna »

Née le 25 mai 1971 à Moscou, Kristina Orbakaïté est la fille de Alla Pugatcheva, la « Prima Donna » de la chanson russe, et de Mykolas Orbakas, un artiste de cirque lituanien. Dès l’âge de 7 ans, elle apparaît à la télévision soviétique et devient une enfant star. Dans les années 1990 et 2000, elle domine la scène pop russe, remportant à deux reprises le World Music Award comme meilleure chanteuse russe.

En 2013, elle reçoit le titre d’Artiste méritante de la Fédération de Russie, décerné par Vladimir Poutine. En 2016, elle donne deux concerts sold-out au Palais d’État du Kremlin lors de sa tournée « Insomnia ».

L’exil américain et la polémique

Drapeau d’Ukraine

En 2022, Orbakaïté prend publiquement position contre l’invasion russe de l’Ukraine, ce qui provoque sa rupture avec la Russie officielle. Elle réside depuis dans l’État de Californie, où elle vit avec son mari Mikhaïl Zemtsov, un homme d’affaires russo-américain, et leurs trois enfants.

C’est précisément cette résidence californienne qui a alimenté les théories de Borodine. La Bohemian Grove, un camp privé de 2 700 acres situé à Monte Rio, en Californie, est le lieu de rassemblement annuel du Bohemian Club, l’un des clubs les plus fermés et prestigieux au monde. Fondé en 1872, il regroupe des présidents américains (Nixon, Reagan, Bush), des magnats de la tech, des généraux et des élites financières. Les femmes en sont strictement exclues.

La Grande Loge de Russie : une obédience masculine, régulière et reconnue mondialement

Historique et structure

Grand Maître de la Grande Loge de Russie Andrey Bogdanov

La Grande Loge de Russie (GLR) a été fondée le 24 juin 1995 par la Grande Loge nationale française (GLNF). Elle rassemble d’abord quatre loges russes actives depuis 1992-1994. C’est la première grande loge nationale russe depuis l’interdiction de la franc-maçonnerie en 1822 sous le règne de Nicolas Ier.

Reconnue par la Grande Loge unie d’Angleterre (UGLE), la plus ancienne obédience maçonnique mondiale, la GLR est considérée comme une maçonnerie « régulière ». Elle est reconnue par plus de cent grandes loges à travers le monde et compte environ 1 300 membres répartis dans 54 loges actives.

Andreï Bogdanov : Grand Maître depuis 19 ans

Andreï Vladimirovitch Bogdanov, né le 31 janvier 1970, est un politologue russe, candidat à l’élection présidentielle de 2008 (1,3% des voix), et Grand Maître de la GLR depuis 2007. Il est également maçon du 33ᵉ degré du Rite Écossais Ancien et Accepté et membre de l’Holy Royal Arch en Angleterre. Il est publiquement ouvert sur sa pratique maçonnique et donne régulièrement des interviews.

Bogdanov a été réélu en juin 2025 pour un nouveau mandat de deux ans lors de l’assemblée générale de la GLR, qui a célébré ses 30 ans d’existence.

Le principe d’exclusivité masculine

Comme toutes les obédiences de la maçonnerie « régulière », la GLR n’admet que des hommes. Les femmes ne peuvent pas être initiées. Ce principe est fondamental et ne fait l’objet d’aucune exception. C’est sur cette base que Bogdanov a démenti les accusations contre Orbakaïté : « Le maçonnerie est un communauté exclusivement masculine, et les femmes ne peuvent pas y entrer ».

Le complotisme en Russie : entre propagande d’État et occidentophobie

Vitaly Borodine et le FPBC : qui est derrière les accusations ?

Kremlin

Vitaly Borodine, auteur des accusations, est le chef du FPBC (Forum des Patriotes de la Banque de Contrôle, ou « Forum Patriotique pour la Construction de la Russie » selon d’autres sources). Il est connu pour publier des enquêtes polémiques et des accusations contre des personnaires russes exilées ou critiques envers le Kremlin.

En mai 2026, Borodine a publié une enquête sur Alla Pugatcheva, mère d’Orbakaïté, affirmant que la chanteuse et sa famille seraient financées par Mikhail Khodorkovski, oligarque russe exilé, reconnu comme « agent étranger » et inscrit sur la liste des terroristes et extrémistes en Russie. Selon Borodine, Pugatcheva serait utilisée par les « ennemis de la Russie ».

Ces accusations s’inscrivent dans une dynamique plus large de propagande pro-Kremlin, qui vise à discréditer les opposants en les accusant de liens avec l’Occident, des services secrets étrangers (CIA, MI6) ou des réseaux occultes (maçonniques, Illuminati, etc.).

Le mot « complotiste » : une insulte ou un outil d’analyse ?

Cette affaire illustre parfaitement la tension autour du terme « complotiste » en Russie et dans le monde. Comme l’a souligné le philosophe Michel Onfray dans une interview récente, « complotiste » est devenu une insulte qui empêche toute réflexion critique. Pourtant, le complot fait partie de l’histoire : intrigues politiques, assassinats, manipulations sont attestés depuis l’Antiquité.

La différence réside dans la méthode :

  • Analyser des rapports de pouvoir, des lobbies, des stratégies d’influence → travail de philosophe, de chercheur, de journaliste
  • Inventer des causes fictives, des réseaux secrets tout-puissants sans preuve → complotisme

Dans le cas d’Orbakaïté, il n’existe aucune preuve de son appartenance à la franc-maçonnerie. Au contraire, la seule autorité compétente — la Grande Loge de Russie — a formellement démenti.

Symbolique maçonnique et interprétations fantaisistes : l’œil qui « tout voit »

L’œil providence : qu’est-ce que c’est ?

Symbole de l’œil surmontant la pyramide sur le billet d’un dollar US.

L’« œil qui voit tout » (ou « œil providence ») est un symbole souvent associé à la franc-maçonnerie et aux Illuminati. Il représente la toute-puissance divine, la conscience universelle, la surveillance morale. On le trouve sur le billet de un dollar américain, dans l’architecture de bâtiments publics, et dans de nombreuses œuvres d’art.

Cependant, ce symbole est omniprésent dans la culture populaire : publicité, mode, design, clips musicaux. Le voir partout relève souvent de la surinterprétation plutôt que d’une preuve d’appartenance maçonnique.

Le risque de la surinterprétation

La théorie de Borodine repose sur un élément visuel isolé (une photo) et sur la résidence californienne d’Orbakaïté. Aucun des deux éléments ne constitue une preuve d’appartenance maçonnique, d’autant que :

  1. La franc-maçonnerie régulière n’admet pas les femmes
  2. La Bohemian Grove est un club masculin (les femmes n’y sont pas admises)

La franc-maçonnerie russe : entre tradition et modernité

Une obédience en croissance

La Grande Loge de Russie, malgré les préjugés historiques (la franc-maçonnerie a été interdite en Russie de 1822 à 1917, puis persécutée sous l’URSS), connaît une croissance régulière. Elle compte aujourd’hui 54 loges actives et 1 300 membres, principalement des hommes de l’élite intellectuelle, économique et administrative.

Les rites pratiqués

Les francs-maçons de la GLR pratiquent les trois grades de la maçonnerie symbolique selon plusieurs rites :

  • Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA)
  • Rite d’Émulation
  • Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm
  • Rite Français

L’image publique de la franc-maçonnerie en Russie

En 2021, Bogdanov avait déjà dû clarifier l’image de la franc-maçonnerie russe dans une interview : « Nous ne régnons pas sur le monde ! » Il a dissipé les mythes et expliqué la réalité de l’organisation : une société fermée mais transparente, qui ne cherche pas le pouvoir politique mais le perfectionnement personnel et la fraternité.

Conclusion : entre rumeurs médiatiques et réalité historique

L’affaire Kristina Orbakaïté illustre plusieurs phénomènes contemporains :

DimensionAnalyse
ComplotismeUtilisation de symboles (œil providence) et de coordonnées géographiques (Californie, Bohemian Grove) pour créer une narration fantaisiste
PropagandeAccusations répétées contre des personnalités russes exilées, visant à les discréditer comme « agents de l’Occident »
Franc-maçonnerieRigueur de l’obédience officielle (GLR) qui dément formellement toute appartenance féminine
Culture populaireSurinterprétation de symboles visuels omniprésents dans les médias et la mode
Vérification des faitsSeule autorité compétente (Grande Loge) apporte une réponse claire et factuelle

Andreï Bogdanov a raison de rappeler une vérité fondamentale : la franc-maçonnerie régulière n’admet pas les femmes. C’est un fait historique et institutionnel, non une opinion. Les théories complotistes, même virales sur Telegram, ne peuvent effacer cette réalité.

Comme le dit l’adage maçonnique : « Apprendre à voir ce qui est, et non ce qu’on veut voir. »

Sources

  • Grande Loge de Russie, déclaration d’Andreï Bogdanov, OSN, 28 mai 2026
  • Vitaly Borodine, post Telegram, 27 mai 2026
  • Wikipédia, Grande Loge de Russie
  • Wikipédia, Bohemian Grove
  • 450.fm, Interview du Grand Maître de la Grande Loge de Russie
  • Wikipédia, Kristina Orbakaitė
  • GADLU.info, La Grande Loge de Russie : Convent et 30 ans d’existence