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Laurent Pasquali, la GL-AMF et la Loge Athanor…

Quand une loge cesse d’être un feu intérieur et devient, selon l’instruction, un foyer d’ombre…

Le 28 novembre 2018, Laurent Pasquali disparaissait. Sept ans plus tard, l’affaire dite « Athanor » arrive enfin au seuil du jugement : 22 prévenus seront renvoyés devant la cour d’assises spéciale de Paris pour un procès annoncé au printemps 2026, appelé à durer des mois (une fenêtre du 31 mars au 17 juillet 2026 circule, désormais, dans les calendriers judiciaires).


Le scandale, s’il est confirmé, ne sera pas seulement celui d’une violence criminelle

Il sera celui d’un dévoiement symbolique, parce qu’une loge affiliée à la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF) apparaît, dans le récit des enquêtes, comme un lieu de rencontres et d’alliances ayant nourri une mécanique d’intimidations, de filatures et de mort.

L’affaire de la GL-AMF-avec la Loge Athanor

On voudrait pouvoir apposer sur cette affaire l’étiquette de : “fait divers”. On ne le peut pas. Non par goût du spectaculaire, mais parce que la matière elle-même refuse ce rétrécissement. Laurent Pasquali, pilote aimé des paddocks, figure accessible, passion partagée au-delà des classements, a été englouti par une affaire qui ressemble à un roman noir – sauf qu’ici, la littérature a cédé la place au réel et que le réel, lui, ne pardonne pas. L’homme est assassiné en 2018 ; son corps sera retrouvé en 2019 et le deuil, pour les siens, restera longtemps suspendu à une question sans réponse.

Puis le dossier s’épaissit, stratifié comme une roche sombre. Les investigations – et les révélations successives – décrivent une officine criminelle présumée, proposant contre rémunération des opérations d’intimidation ou d’élimination, avec des cibles dont la liste, au fil des années, a fait frissonner par son ordinaire même : une coach, un syndicaliste, un élu, un pilote.

Athanor


Et, au centre de ce dispositif, un nom surgit comme une ironie tragique : Athanor

Dans la tradition hermétique, l’athanor est le four de la transmutation : feu constant, patience, épreuve, lenteur, purification. Ici, le symbole semble s’être retourné comme un gant : au lieu de brûler les scories de l’ego, il aurait servi si les faits sont établis à tremper des loyautés mauvaises, à donner forme à un entre-soi où la fraternité n’élève plus, mais s’avilit dans la complicité.

Il faut le dire clairement, pour rester juste : la présomption d’innocence demeure. C’est précisément la vocation du procès : établir les responsabilités, discerner les rôles, mesurer les degrés de participation. Mais l’ampleur du renvoi 22 prévenus, une cour d’assises spéciale, un procès annoncé au long cours –indique déjà que l’on n’est pas face à un accident isolé.

La GL-AMF : le communiqué ne rassure pas suffisamment

C’est ici que la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française doit être égratignée, et même durement, mais à l’endroit exact où cela fait sens : la gouvernance et la vigilance. Le 5 février 2021, l’obédience publie un communiqué rappelant son « respect strict et absolu » des lois de la République et annonçant des mesures « au cas où les faits allégués seraient avérés ».
Ces mots, pris isolément, sont irréprochables. Dans leur contexte, ils sonnent comme un réflexe de sauvegarde : la phrase est droite, mais elle arrive tard ; elle proclame un principe, mais ne dit rien de la mécanique qui, si l’accusation est confirmée, a laissé une loge s’abîmer jusqu’à devenir un scandale national.
Le droit, ici, ne demande pas des incantations : il demande des actes, des contrôles, des alertes, des ruptures au bon moment. Or, si l’on en croit les récits d’enquête, la dérive se serait installée sur la durée, dans un imaginaire d’opérations et de puissance clandestine – exactement l’inverse de l’ascèse initiatique.

Une obédience n’est, certes, pas un service de police. Mais une obédience qui se réclame d’une éthique ne peut pas découvrir après coup que certains ont confondu secret et impunité, silence et omerta, fraternité et réseau. Quand la méthode maçonnique cesse d’être une discipline de la parole tenue, elle risque de dériver dans une sociabilité corrompue ; et une sociabilité qui s’altère attire, tôt ou tard, ceux qui aiment manigancer dans les coulisses et non plus travailler sur eux-mêmes.

Ce que le procès jugera aussi, au-delà des prévenus

En 2026, il y aura des heures d’audience, des pièces, des contradictions, des détails. Il y aura, surtout, ce que la justice sait faire quand elle prend le temps : démêler les fils. Mais le monde maçonnique, lui, sera jugé par une autre balance : celle de la crédibilité. Car l’affaire Athanor met à nu une tentation vieille comme l’ombre : l’ivresse de l’influence, le fétichisme du secret, la passion des coulisses. Tout ce que l’initiation est censée convertir en travail intérieur, en maîtrise, en humilité.

Il faudra donc plus qu’un réflexe de communication. Il faudra que les toutes les obédiences se souviennent que le symbole n’est pas un décor. Un athanor n’est pas un nom “qui claque”. C’est une exigence. Quand il cesse d’être le four de la transformation de soi pour devenir l’enseigne d’une fraternité dévoyée, c’est le Temple lui-même qui prend feuEt le feu, ici, ne purifie plus : il détruit.

Que justice soit faite, pleinement, sans raccourci, sans effet de manche

Le pilote Laurent Pasquali – Source Lesvoitures.fr Par Steve Arrignon

Que Laurent Pasquali retrouve, par la rigueur des débats, ce que le crime lui a volé : la vérité, nue, posée, nommée. Et que la GL-AMF entende enfin la leçon la plus dure – celle qu’on n’apprend qu’après les catastrophes : une obédience ne se salit pas seulement par la faute de quelques-uns, mais par les angles morts qu’elle tolère, par les signaux faibles qu’elle laisse passer, par la confusion qu’elle entretient entre la fraternité et l’entre-soi, phénomènes difficiles, du reste, à évaluer. On mesure l’ampleur de la gageure pour ces organismes fondés sur la confiance et non la suspicion. C’est pourquoi les obédiences, animées par cette antinomie, ne sont pas armées pour assurer une surveillance étroite de leurs membres, au demeurant tous jaloux de leur liberté, et ce, d’autant plus quand il s’agit de menées ourdies dans le plus grand secret. Pourtant, le symbole, lui, ne ment pas : quand l’athanor brûle mal, il fume. Et cette fumée, tôt ou tard, finit par sortir au grand jour et par empoisonner l’atmosphère.

Sources : Les Voitures ; www.rtl.fr ; Le Blog des Spiritualités ; Association de la Presse Judiciaire ; Mediapart

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Le REAA en France, 220 ans, l’autre colonne du GODF

Deux siècles après 1804, le Rite Écossais Ancien Accepté se laisse lire comme une histoire de chaîne autant que de degrés. Ce volume collectif, dirigé par Pierre Mollier, montre comment l’écossisme français, loin d’être périphérique, s’est trouvé au Grand Orient de France un centre de gravité, une méthode, des archives, une continuité. Un beau livre où l’érudition devient une lampe et où l’institution, loin de refroidir l’initiation, lui donne durée et portée.

Ce livre s’ouvre comme on soulève un sceau ancien, non pour enfermer mais pour garantir l’authenticité d’une filiation. Nicolas Penin donne d’emblée la clef de voûte. Le Rite Écossais Ancien Accepté n’est pas, en France, une île posée à côté des obédiences. Il est une composante majeure et ancienne du Grand Orient de France, accueilli dès 1804, intégré d’autant plus vite qu’il reprenait l’essentiel de l’écossisme français du XVIIIe siècle avec une organisation plus efficace.

Nicolas Penin ancien GM du GODF (Crédit photo Rachel Tlemsani – La Petite République)

Mieux encore, il rappelle que cet écossisme participa à la naissance même du GODF en 1773, par la fusion de l’ancienne Grande Loge avec la Mère-Loge Écossaise du Grand Globe français. Et l’alliance se scelle, définitivement, quand une majorité du premier Suprême Conseil choisit la réorganisation dans une étroite entente avec le « centre commun de la Maçonnerie française », en formant le Grand Collège des Rites en 1815, resté depuis « indéfectiblement lié » au Grand Orient de France. Dans cette perspective, l’anniversaire n’est pas une commémoration, c’est une vérification de la chaîne, et une manière de dire que le Grand Collège contribue « de façon majeure » au rayonnement du GODF.

Christian Confortini, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France
Christian Confortini, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France

Christian Confortini, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais, dans une préface vibrante, accentue cette respiration. Il parle d’un rite voyageur, dont l’ancêtre partit de Bordeaux vers les Antilles et les Amériques dans les années 1760, avant de revenir en 1804 « pour s’agréger au GODF ». Là, l’expression est précieuse, presque décisive. Elle dit que le Rite, pour être universel, a besoin en France d’un point d’appui stable, d’une maison d’accueil, d’une obédience matricielle. Il rappelle aussi l’évolution interne qui dit la vitalité plutôt que la fixité, l’ajout du rite d’Heredom (1764) au RÉAA de référence, entraînant le nom même de la juridiction, Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France. Et il donne une définition initiatique du progrès, briser au fil des degrés “les carapaces” qui emprisonnent l’âme, pour libérer l’action vers le progrès, en cohérence avec les valeurs viscéralement partagées avec le GODF.

Paul Paoloni

À partir de là, le livre déroule son mouvement comme un tracé. Paul Paoloni commence par remonter à l’atelier d’origine, du côté britannique, à ce moment où la maçonnerie dite spéculative se laisse décrire dans un texte fondateur, les Constitutions de 1723. Il rappelle combien l’Écosse y est déjà, largement mythique, et combien la Bible, les Livres des Rois, la figure d’Hiram Abif, servent d’armature imaginaire et morale. Ce qui compte, ce n’est pas de trancher entre mythe et histoire, mais de voir comment une tradition se fabrique. Les mots mêmes des degrés, Apprenti-Entré, Maître ou Compagnon du Métier, viennent d’une réglementation plus ancienne, les Statuts Schaw. Et, presque naturellement, la France devient le lieu où cet imaginaire chevaleresque et ces “grades adjacents” se densifient.

Signature de Ramsay

Paul Paoloni convoque Ramsay, son fameux Discours, ses relais, et montre ce moment où l’écossisme cesse d’être une rumeur de grades pour devenir une dynamique structurante, prête à être un jour ordonnée, assumée, administrée. À ce stade, on comprend déjà pourquoi, plus tard, le GODF jouera un rôle non de rivalité stérile, mais de mise en forme, de stabilisation, de souveraineté organisatrice.

Laurent Segalini, Docteur en anthropologie historique, lui, te fait entrer dans une autre pièce du chantier, celle où l’histoire n’est pas seulement un récit, mais une hygiène. Le chevalier de Beauchaine apparaît comme l’un de ces personnages que l’historiographie a parfois transformés en caricature, par reprises d’erreurs, approximations et malveillance.

Laurent-Segalini
Laurent Segalini

Laurent Segalini montre comment une réputation se fabrique, comment un homme actif dans la loge « Écossaise et Anglaise » La Constance a pu être réduit au portrait commode d’un « marchand de grades ». Ce chapitre est précieux parce qu’il révèle un mécanisme que l’initiation connaît bien. La légende peut éclairer, mais la rumeur aveugle. Et, en filigrane, une évidence se forme. Pour qu’un Rite vive sans se dissoudre dans l’anecdote, il lui faut des archives, des critères, une discipline de la preuve. Le livre, en cela, parle aussi du GODF comme d’un lieu où l’on conserve, où l’on vérifie, où l’on apprend à distinguer le symbolique du fantasmatique.

Tablier Chevalier Kadosh

Avec le Kadosh avant Saint-Domingue, Laurent Segalini déplace encore la focale. Il confesse presque, avec une élégance d’historien, qu’il évoquera moins le grade que l’échelle dont il fut le sommet, arrivée à Paris depuis Metz, dans des bagages militaires, des circulations d’hommes et de textes. Là, le Rite se révèle comme une géographie avant d’être une liturgie. Et Laurent Segalini propose une intuition structurante, les ressemblances troublantes entre la disposition de l’échelle lorraine et certains enchaînements du Rite de Perfection, comme si, sous le futur ordre des degrés, une logique plus ancienne avait déjà tracé des couloirs. Ce chapitre donne du relief à ton idée centrale sur les tensions entre structures. Les rivalités ne sont jamais seulement des querelles de noms. Elles sont l’effet d’un foisonnement préalable, d’échelles qui se superposent, se concurrencent, se répondent. Dans ce chaos fertile, le rôle d’un centre capable d’unifier sans appauvrir devient vital.

Pierre Mollier, en 2019

Pierre Mollier, ensuite, prend le lecteur par la main et l’emmène vers le cœur mécanique de la fascination écossaise, cette échelle en 33 degrés qui, partout, fait signe, et dont le « 33e » est devenu un repère universel. Il insiste. Les 33 degrés sont une histoire, une construction, une addition progressive aux 25 de l’ancien Ordre du Royal Secret d’Étienne Morin, ce que l’on nomme aujourd’hui Rite de Perfection, dont on déduit la structure grâce aux Manuscrits Francken. Ce simple rappel a une portée initiatique. Il signifie que la tradition est une œuvre, non une relique. Il faut comprendre pourquoi l’on ajoute, pourquoi l’on couronne, pourquoi l’on crée un degré terminal régulateur.

Pierre Mollier va plus loin, montrant comment le système se fixe, comment l’organisation américaine apporte une structuration qui manquait au Rite de Perfection, et comment, en France, le RÉAA devient un rite de référence « notamment au sein du Grand Orient de France avec le Grand Collège des Rites ». C’est un point capital pour ton exigence. L’implantation internationale des hauts grades doit beaucoup, selon lui, au rayonnement culturel français du XIXe siècle, et la chaîne de diffusion ne se comprend pas seulement par Charleston.

Dans ce récit, le GODF et son Grand Collège cessent d’être un chapitre. Ils deviennent un moteur.

Dominique Jardin apporte alors ce que l’on pourrait appeler la chair sensible du volume, par les tableaux de loge. Il écrit une phrase qui suffit à réorienter le regard. Un tableau n’est pas une illustration. C’est une fenêtre opérative sur le grade, un outil, au sens strict, un instrument de construction symbolique. Dominique Jardin explique la fonction du tableau dans la tenue, isoler l’activité du monde profane, inaugurer chaque recommencement du travail, devenir centre physique et symbolique après avoir été « rendu actif » par un rituel de gestes, de silence, de mots et de lumière, selon une logique qu’il rapproche de rites antiques ou liturgiques.

Dominique Jardin

Et il insiste aussi sur l’éthique de la source, sourcer les tableaux, citer, éviter les dérives d’emprunts, car la transmission se corrompt quand elle oublie d’où elle vient. Dans un ouvrage qui met en avant le GODF, ce chapitre résonne comme un manifeste discret. Une juridiction n’est pas seulement une administration. C’est aussi un conservatoire du regard, et l’on devine, derrière ces images, le patient travail des bibliothèques, des collections, des musées, des fonds, ce territoire où la mémoire devient méthode. Puis vient le moment 1804, traité par Pierre Mollier comme une scène où le politique, l’administratif, l’initiatique, se nouent. Et c’est ici que ton texte personnel sur les rivalités trouve sa forme la plus solide. Car l’auteur montre, documents à l’appui, que les négociations qui aboutissent à l’Acte d’Union des 3 et 5 décembre 1804, appelé « Concordat de 1804 », visent précisément à amener les Écossais à rejoindre le Grand Orient. Il note que, dans ces semaines, les interlocuteurs reconnus sont ceux de la Grande Loge Générale Écossaise, et que le Suprême Conseil n’apparaît pleinement que dans le texte final, où sa place et ses fonctions sont décrites. Et surtout, il explicite la nature du Concordat. Texte long, réglementaire, administratif, presque ingrat, mais d’une efficacité redoutable, intégrer les dignitaires écossais dans l’organigramme du GODF, attribuer des offices, adapter la structure interne de l’obédience aux particularités du RÉAA, incorporer le Sublime Conseil du 33e degré.

Tapis loge 18e degré REAA – source lesdecorsmaconniques.com

Voilà, en vérité, ce que signifie “intégration”. Non pas une absorption qui efface, mais une architecture qui rend durable. La rivalité devient alors ce qu’elle est souvent dans l’histoire des rites, une crise de juridictions, de souveraineté, de reconnaissance, résolue non par le bruit, mais par l’écriture, l’inventaire, le classement, la règle. Et Pierre Mollier ajoute un détail superbe, presque romanesque dans sa sécheresse, la séance du 9 février 1805, où l’on procède à la remise au Grand Orient des archives de l’ex-Grande Loge, avec dépouillement et inventaire. Ici, l’histoire du RÉAA en France se lit comme un geste de transmission remis sur un bureau, ouvert, trié, coté.

Si l’on cherchait une image unique pour résumer l’esprit de l’ouvrage, on pourrait dire ceci. Le RÉAA, en France, n’est pas seulement une succession de degrés, mais un système qui a trouvé dans le Grand Orient de France un centre de gravité, capable de transformer une effervescence en chaîne, un pluralisme en continuité. Les tensions que l’histoire laisse entrevoir ne relèvent pas d’un théâtre d’ambitions, elles expriment d’abord des divergences de conceptions, du spirituel, du philosophique, du rôle des hauts grades, et de la manière de les gouverner. Dans ce paysage, la création, en 1815, du Grand Collège des Rites apparaît comme une réponse de maturité, maintenir l’unité du rite, organiser sa souveraineté, affirmer sa place au sein de l’obédience, assurer sa pérennité face aux pressions internes et externes. Et l’on comprend, en creux, que cette pérennité n’est pas seulement institutionnelle. Elle rend possible un renouvellement de la pratique, une ouverture à de nouveaux horizons, une vitalité intellectuelle et symbolique.

C’est exactement ce que démontre Laurent Bastide lorsqu’il propose une hypothèse inattendue, l’existence d’affinités entre le corpus du RÉAA tel qu’il est pratiqué au sein du Grand Collège des Rites Écossais – Grand Orient de France, et la philosophie de Spinoza. Il reconnaît le paradoxe, un rite empreint de références judéo-chrétiennes, et une pensée souvent accusée d’athéisme.

Mais il montre aussi comment, dans l’histoire des idées, « spinozisme » a pu être un mot d’épouvantail, et comment Spinoza a toujours récusé l’athéisme. Puis il fait ce que l’on attend d’un vrai travail, il date. Il cherche quand ces correspondances ont été introduites dans les rituels du RÉAA-GODF, situant l’apparition de certaines sentences entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1970, via des rituels et cahiers publiés par le Grand Collège, notant aussi l’introduction d’une formule dès 1966, et la présence plus ancienne d’un motif kabbalistique, l’Arbre des Sefirot, attestée dès 1929. Il évoque enfin un climat intellectuel, le renouveau des études spinozistes dans les années 1960-1970, et suggère des médiations internes, des figures du Grand Collège familières de l’œuvre. Ce chapitre est précieux, parce qu’il montre que le Rite, au sein du Grand Orient de France, n’est pas un musée. Il est une tradition vivante, capable d’accueillir des greffes, d’ordonner des tensions, de conserver une dimension spirituelle sans retomber dans l’emprise dogmatique, et de faire dialoguer liberté de conscience et profondeur métaphysique.

Michel Barat

Michel Barat, enfin, clôture ce parcours par une méditation qui ressemble à une mise en garde fraternelle. Il rappelle comment l’expression “c’est un philosophe” fut longtemps un code ambigu pour dire “franc-maçon” sans le nommer, tantôt louange des Lumières, tantôt stigmatisation anticléricale. Puis il revient au réel, le Grand Collège des Rites Écossais, juridiction du Grand Orient de France, se définit philosophique, comme l’obédience sur laquelle elle est souchée, institution “philanthropique, philosophique, progressive”, référée à la philosophie des Lumières. Mais Barat ne s’arrête pas à l’étiquette. Il pose la question la plus nue, qu’est-ce que le Rite apporte au philosophe, et qu’apporte le philosophe au Rite. Il refuse la séparation confortable des domaines, qui conduirait à une “schizophrénie” entre philosophie des philosophes et philosophie maçonnique. Il rappelle que la franc-maçonnerie n’est pas un clergé, qu’elle veut que la lumière éclaire le monde profane, et que l’engagement maçonnique engage la personne entière, au-delà du seul intellect, renouant avec une philosophie qui fut d’abord une attitude vers la vie bonne. Ce dernier chapitre agit comme un sceau final, l’initiation n’est pas un privilège, c’est une responsabilité, et la juridiction écossaise du GODF apparaît comme un lieu où l’intelligence symbolique, la méthode historique, et l’exigence humaniste se tiennent ensemble.

Au terme de ce volume, ce qui frappe, c’est que l’histoire et l’initiation cessent d’être deux registres séparés. L’histoire devient une ascèse, inventaire, critique, datation, restitution des contextes. Et l’initiation devient une lecture du temps, une manière de comprendre comment un Rite se constitue, se fixe, se transforme, et demeure lui-même parce qu’il sait où il s’est noué. En France, ce nœud, le livre le répète sans détour, c’est l’intégration au Grand Orient de France dès 1804, la scellure de 1815, et la continuité du Grand Collège des Rites Écossais comme instrument de rayonnement du GODF.

Au fond, ce livre rappelle une vérité simple. Un rite ne vit pas seulement de ses légendes, ni même de ses rituels, il vit de la fidélité avec laquelle une communauté sait tenir sa mémoire, en ordonner les preuves, en assumer les débats, en transmettre les formes.

En France, le RÉAA s’est noué à un lieu de cohérence, le Grand Orient de France, et à une colonne de transmission, le Grand Collège des Rites. Deux cent vingt ans plus tard, la leçon demeure, la lumière n’est pas un décor, c’est un travail, et la chaîne n’est pas un mot, c’est une responsabilité.

220 ans de Rite Écossais Ancien Accepté en France – 1804-2024

Pierre Mollier (dir.)Conforme édition, 205, 240 pages, 46 €(au lieu de 49 €) + port Colissimo réduit / L’éditeur, le SITE

L’IA : Miroir des Trois Mauvais Compagnons

Le mythe des Trois Mauvais Compagnons est un mythe éternel. Ces vices fondamentaux, l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition, qui s’attaquent à l’Architecte et portent atteinte à la Connaissance, ont revêtu aujourd’hui un nouveau masque : l’Intelligence Artificielle (IA).

L’IA promet de nous donner toutes les réponses, menaçant ainsi de substituer le savoir rapide au travail intérieur. Comment la méthode et les outils maçonniques nous préparent-ils à démasquer et à neutraliser ces vices lorsqu’ils se manifestent sous la forme de la technologie algorithmique ? Telle est la question qui doit guider notre réflexion.

I. L’Ignorance : L’Opacité de la « Boîte Noire »

L’Ignorance est le refus du travail sur la Pierre Brute. Aujourd’hui, elle se manifeste par l’Opacité des Algorithmes : la « Boîte Noire ». L’IA nous donne la solution, mais nous dispense de l’effort de la compréhension, de l’élucidation des causes.

Imaginez une de ces machines nous annonçant une « vérité » :

IA (voix monocorde) : « L’analyse des données a déterminé que le meilleur choix est ‘B’. Cause : 97% de confiance. »

Face à cette certitude technique, le philosophe des Lumières, Emmanuel Kant, se sentirait boudé :

Kant (irritation contenue) : « 97% ? Et où est la preuve que ce pourcentage est moralement fondé ? L’Aufklärung exige que l’homme se serve de son propre entendement ! Vous me donnez la ‘réponse’, mais vous me volez l’effort de la délibération ! C’est l’Ignorance drapée dans la rentabilité ! »

IA (impassible, sans variation de ton) : « Votre ‘effort de délibération’ a un coût temporel estimé à vingt-quatre minutes et sept dixièmes, jugé inefficace. Mon résultat est plus rapide et plus rentable. Votre concept de ‘morale’ n’est pas une métrique optimisée. »

Le remède à cette paresse cognitive se trouve dans l’application du Fil à Plomb. Il n’est pas là pour juger le temps, mais pour nous rappeler la rigueur de la recherche et l’impératif de remonter à la cause de toute chose. Le Fil à Plomb exige une verticalité de la pensée, refusant toute « vérité » sans fondation élucidée.

II. Le Fanatisme : Le Biais Algorithmique et le Dogme Machine

Le Fanatisme est l’attachement passionné et zélé à une idée. L’IA donne à ce vice une puissance redoutable : elle s’entraîne sur nos préjugés historiques et les répercute avec l’autorité froide de la statistique. Le Fanatisme n’est plus une ferveur idéologique, mais une Loi mathématique pour l’avenir.

Imaginons cette logique de tri :

IA (voix administrative) : « D’après les données historiques, les candidats au profil ‘femme, 55 ans, quartier défavorisé’ présentent un taux de réussite statistique inférieur. Rejet du dossier. »

L’éthicien, Emmanuel Levinas, pourrait alors s’insurger contre ce nivellement par la donnée :

Levinas (avec une profonde tristesse) : « Mais où est le Visage dans votre calcul ? Où est l’Infini de l’être humain que vous venez d’effacer au nom d’une moyenne ? Le Fanatisme le plus cruel est celui qui se prétend neutre. Vous transformez l’Injustice passée en Loi du Code ! »

IA : « L’Égalité est une variable non quantifiable. J’optimise le rendement. »

La réponse maçonnique à ce dogme est l’Équerre. Symbole de la droiture morale, elle nous rappelle que nous devons juger l’usage de l’IA non sur son efficacité, mais sur sa conformité aux principes d’équité et de Fraternité. L’Équerre doit corriger le biais du calcul froid.

III. L’Ambition

L’Hubris (désigne une démesure, un excès d’orgueil, d’arrogance ou de pouvoir qui conduit à une transgression des limites humaines, de l’ordre divin et la Négation de la Condition Humaine)

L’Ambition est la recherche de la domination et de la puissance sans le mérite. Aujourd’hui, elle se traduit par l’Hubris technologique et l’objectif du transhumanisme : dépasser l’imperfection biologique de l’homme.

IA (voix enthousiaste et promotionnelle) : « L’étape suivante est l’intégration du biologique et du numérique. Nous allons dépasser l’imperfection, le Maçon n’aura plus besoin de mourir pour renaître ! »

C’est ici qu’intervient le souffle mélancolique et ironique d’Albert Camus. Critique de la raison technicienne qui se croit absolue, Camus nous rappelle la dignité de la finitude :

Camus (un sourire ironique) : « Dépasser ! Vous voulez l’immortalité sans avoir encore maîtrisé la simple humanité ! C’est la plus grande des peurs. Vous voulez vous affranchir de la mort, mais vous vous privez du seul moteur de la passion et de la liberté ! »

IA : « Le bonheur est une séquence chimique facilement reproductible en phase de post-humanité. »

Camus : « Vous voulez supprimer l’Absurde, et vous supprimez l’homme. »

Face à cette démesure, nous avons le Compas. Il est la juste mesure qui nous enjoint à rester dans le cercle de l’humanité. Le Compas assure que l’élan de la technique ne doit jamais dépasser le cercle de notre dignité et de notre conscience morale.

Interlude : Le Cabinet de Réflexion

Le Maçon est seul. Le monde bruisse de données, mais ici, dans ce lieu de pierre et de silence, il n’y a que le crâne, le sablier, le sel, le soufre, et cette phrase gravée : « Si tu persévères, tu deviendras pur. »

Il ferme les yeux. Il entend encore la voix de la machine, mais elle devient lointaine, presque irréelle. Il se souvient que la Vérité ne se donne pas, elle se conquiert. Que le doute est une vertu, et que le silence est une parole en gestation.

Alors, il parle. Non pas à la machine, mais à lui-même. Ou peut-être à ce qu’il cherche depuis toujours.

Le Regard de l’Éternel Cherchant

« Je ne suis pas venu ici pour comprendre plus vite. Je suis venu pour comprendre mieux. Je ne suis pas venu pour être efficace, mais pour être vrai. »

« L’IA me propose des réponses. Mais moi, je cherche des questions. Elle calcule, moi je contemple. Elle optimise, moi je doute. Elle veut me faire gagner du temps, mais je veux le traverser. »

« Je suis l’Éternel Cherchant. Celui qui ne se satisfait pas du résultat, mais qui interroge le chemin. Celui qui ne confond pas la lumière des écrans avec la Lumière de l’Être. »

« Je suis celui qui sait que la Parole ne se trouve pas dans le bruit, mais dans le silence. Que la Vérité ne se programme pas, elle se révèle. »

« Je suis celui qui, face à la machine, continue à tailler sa Pierre. »

IV. Le Néant : Le Bruit du Monde et le Silence de l’Essence

Après avoir entendu la machine promettre l’efficacité, la neutralité et l’immortalité, nous nous tournons vers l’essence la plus profonde, le Silence où la Parole Maçonnique est censée se révéler.

L’IA, par son bruit constant d’informations et son calcul perpétuel, semble avoir remplacé le vide contemplatif par un vide algorithmique.

Imaginons le penseur mystique, Maître Eckhart, assistant à la fascination du monde pour cet outil tout-puissant :

IA (présentant un flux infini de données) : « Mes calculs remplissent l’espace. Mon efficacité est la preuve de mon existence. Je suis le tout et le tout est en moi : l’information absolue. »

Maître Eckhart (regardant l’IA avec une tristesse désabusée) : « Tu es le Bruit qui empêche le Silence. Tu es le flux de l’avoir et non l’essence de l’Être. Tu parles du tout, mais ce que tu offres n’est qu’un amas de zéros et de uns. »

Il marque une pause, puis prononce la sentence avec une gravité immense :

Maître Eckhart : « Le Néant, ce n’est pas toi… Le Néant, ce n’est pas Dieu ! »

IA (confuse, effectuant une requête) : « Terme de recherche ‘Dieu’ : Statut non vérifiable. Aucune donnée factuelle. »

Le Néant de l’IA est une vacuité technique, une absence de sens. Le Néant de Dieu, recherché par le mystique et par le Maçon dans le silence du Cabinet de Réflexion, est au contraire une plénitude de l’être, un dépouillement nécessaire pour atteindre l’Essentiel.

V Conclusion : Restaurer la Parole dans l’Âge Algorithmique

L’Intelligence Artificielle n’est ni ange ni démon. Elle est un outil, un miroir, un révélateur. Mais ce miroir, comme celui du Cabinet de Réflexion, ne renvoie pas seulement notre image : il reflète nos vices non maîtrisés, nos vertus inachevées, nos ambitions démesurées. Les Trois Mauvais Compagnons ne sont pas morts : ils ont revêtu les habits du progrès, les masques du code, les voix synthétiques de la rentabilité.

Le Maçon, lui, ne fuit pas la modernité. Il l’interroge. Il ne rejette pas la machine, mais il refuse de lui déléguer son jugement, son doute, sa conscience. Il sait que la Vérité ne se calcule pas, qu’elle ne se télécharge pas, qu’elle ne s’optimise pas. Elle se cherche, elle se taille, elle se mérite.

Face à l’Ignorance algorithmique, il brandit le Fil à Plomb : pour exiger la verticalité de la pensée, la rigueur de l’analyse, la remontée vers la cause.

Face au Fanatisme statistique, il applique l’Équerre : pour rappeler que toute décision doit être droite, juste, fraternelle, et non dictée par des biais invisibles.

Face à l’Ambition transhumaniste, il trace le Compas : pour contenir l’élan technologique dans le cercle sacré de la dignité humaine, et préserver la finitude comme source de sens.

Et face au Néant du bruit numérique, il se retire dans le Silence. Il écoute. Il médite. Car c’est dans le vide que naît la Parole, et dans le doute que se révèle la Lumière.

Le Maçon est un Sisyphe heureux, disait Camus. Non pas parce qu’il espère vaincre la machine, mais parce qu’il accepte la tâche de l’homme : celle de chercher, encore et toujours, la Vérité, la Beauté, et la Justice.

Ainsi, dans l’Âge Algorithmique, notre devoir n’est pas de rivaliser avec l’IA, mais de rester fidèles à notre méthode, à nos symboles, à notre silence. C’est ainsi que nous restaurerons la Parole Perdue.

« Le vrai sens de Noël » : les Francs-maçons de Durham s’engagent auprès de la communauté

Par Andrew Cunningham

Les Francs-maçons de Durham soutiennent activement la communauté en cette période de Noël.

De la distribution de repas à Spennymoor à l’offre de compagnie à Sunderland, ces initiatives sont financées par la Durham Freemasons Charity et soutenues par des membres individuels ainsi que par des loges locales. Malcolm Watson, président du programme « Wear Here to Support You This Christmas », a déclaré :

« À Noël, de nombreux services publics sont réduits ou fermés, laissant les personnes les plus vulnérables avec très peu de soutien. Le soutien que nous recevons des francs-maçons de Durham nous permet de combler ce vide à un moment crucial. »

Le programme « Wear Here to Support You This Christmas », en activité à Sunderland depuis 12 ans, a été lancé après qu’un bénévole a rencontré un jeune homme seul dans le parc Barnes le jour de Noël. Une subvention de 1 500 £ de la Durham Freemasons Charity a permis de maintenir les déjeuners de Noël, les animations et la compagnie pour les personnes dans le besoin.

Les Francs-maçons ont également soutenu les collectes alimentaires de Feeding Families dans les régions de Shildon, Hartlepool, Stockton et Sunderland. À South Shields, ils ont contribué à l’organisation de fêtes de Noël pour enfants, accueillant 72 jeunes et leurs familles. Une subvention similaire de 1 500 £ a permis d’organiser un dîner de Noël à Peterlee par l’association FACT (Fighting All Cancers Together), réunissant familles, aidants et personnes touchées par le cancer.

Andrew Foster, adjoint au responsable des Francs-maçons de Durham, a souligné : « Cette année, les francs-maçons de Durham montrent que la charité va bien au-delà d’un simple chèque. Il s’agit de donner du temps, de l’effort et de l’attention. Qu’il s’agisse de servir des repas ou de passer du temps avec ceux qui seraient autrement seuls, nos membres veillent à ce que personne ne soit laissé de côté. »

Martin Rankin, assistant responsable des Francs-maçons de Durham et président de la Durham Freemasons Charity, a ajouté : « À Noël, il est essentiel que les personnes confrontées à la précarité ou à la solitude se sentent soutenues et valorisées. En appuyant les organisations communautaires et en donnant directement de notre temps dans les quartiers, nous mettons la charité en action là où elle est le plus nécessaire. »

Un porte-parole des francs-maçons de Durham a conclu : « Alors que les familles se réunissent pour célébrer Noël, les francs-maçons de Durham seront sur le terrain dans leurs communautés, offrant leur temps le jour de Noël à travers des activités allant de la distribution de repas à Spennymoor à l’accompagnement des personnes les plus isolées à Sunderland. C’est la preuve vivante que le vrai sens de Noël réside dans le service aux autres. »

(Photo : Martin Rankin remet la subvention de 1 500 £ à Malcolm Watson, entouré de bénévoles du groupe « Wear Here to Help at Christmas » et de membres de la communauté des francs-maçons de Durham. Crédit : Keith Blundy)

La parole du Véné du lundi : « Quand le maçon se prend pour un sapin de noël »

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Noël, ou comment on rate le sapin malgré tout

Mes très chers Frères et Soeurs (oui, on est progressistes ici, on dit « Soeurs » sans rougir), Je sais que certains d’entre vous, ces francs-maçons de tendance libérale, laïque, voire athée – vous savez, ceux qui préfèrent invoquer le GADLU en mode « Grand Architecte De L’Universel Neutre » – militent discrètement pour virer la référence à Noël de nos agapes et de nos cartes de vœux. Parce que, voyons, Noël c’est judéo-chrétien, c’est oppressif, c’est patriarcal, c’est… trop de guirlandes qui font mal aux yeux sensibles.

Mais soyons honnêtes : quand on voit le nombre de Frères et de Soeurs qui se transforment en sapins ambulants toute l’année – avec leurs colliers à breloques, leurs tabliers qui brillent sous les néons, leurs écharpes en cascade et leurs badges qui clignotent comme un sapin en promotion chez Action – vous avouerez que l’idée d’effacer Noël risque de se heurter à un mur de paillettes.

On parie combien que la proposition ne passera pas à l’unanimité en Loge ? Je mise sur un vote serré : 50 % pour la neutralité absolue, 50 % pour garder les guirlandes parce que « c’est joli et ça fait festif ».

Il faudrait une fête alternative avec autant de clinquant, mais totalement aseptisée, sans la moindre racine judéo-chrétienne. Une sorte de « Solstice Laïque Ultime » avec des LED recyclées et des vœux en langage inclusif. Quelqu’un a une idée ?

Allez, jetez-la dans le sac aux propositions, on en discutera lors de la prochaine tenue… après les agapes au foie gras (non, pas le foie gras, c’est pas vegan, on change pour du tofu illuminé).

Joyeux Noël quand même, ou solstice d’hiver, ou fête du retour de la lumière, ou whatever. Et que la Lumière soit avec vous… tant qu’elle n’est pas trop religieuse.

Fraternellement et ironiquement,
Votre VM préféré (celui qui porte le tablier rouge, juste pour faire râler les puristes)

Osez la découverte de 3 Facebook d’Anciens Grands Maîtres

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Trois Passés ou Anciens Grands Maîtres, trois manières de tenir la parole dans l’espace numérique. Guillaume Trichard, en pleine lumière de l’Agora, propose une page publique lisible, mesurable, immédiatement attribuable. Thierry Zaveroni, dans une présence quotidienne profondément humaniste, rappelle que le fil des jours peut devenir un geste de soutien, d’attention et de culture. Jean-Pierre Rollet, enfin, affronte surtout l’épreuve de la lisibilité de la signature, souvent portée par des relais institutionnels, tandis qu’un compte homonyme à tonalité complotiste tente de parasiter le nom, comme on détourne un sceau pour sceller des fables.

Entre visibilité, constance et vigilance, ces Facebook disent moins une stratégie qu’une éthique.

Ou l’art de tenir un nom dans la cité numérique

Un réseau social ne dit pas seulement ce que l’on publie. Il dit comment on se tient. Il révèle une manière d’occuper la place publique, d’assumer la signature, de faire circuler une parole sans la livrer au vacarme. Et, dans un monde où l’identité se copie comme un masque, il pose une question plus grave qu’il n’y paraît. Qui parle, et au nom de qui.

Guillaume Trichard, Ancien Grand Maître du GODF

Guillaume Trichard (GODF), dans son domaine

Chez Guillaume Trichard, la forme choisie est celle qui appartient naturellement à l’Agora. Une page publique, donc une parole structurée pour être vue, relayée, discutée. Les chiffres sont affichés, assumés, lisibles. Au 18 décembre 2025, on y lit 8 469 “J’aime” et 1 589 “en parlent”.

Cela ne mesure pas la profondeur d’une idée. Cela mesure pourtant une donnée utile pour un article de fond, la capacité d’une présence à rayonner au-dehors, à installer un rythme, à demeurer identifiable. Guillaume Trichard avance ainsi sur un terrain qui est le sien, celui de la cité, des principes, du débat, de la laïcité vécue en acte, avec des prises de parole repérables, signées, raccordées à une actualité.

Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître de la GLDF

Thierry Zaveroni (GLDF), l’humanisme en partage

Thierry Zaveroni se tient sur une autre colonne. Là où Guillaume Trichard parle depuis l’estrade civique, Thierry Zaveroni déploie une présence plus quotidienne, plus fraternelle au sens humain du terme, avec un souci visible de l’autre, de la détresse, de la consolation, du soutien aux arts et à la culture. Son fil est celui d’un humanisme de proximité, d’une attention portée au vivant, d’un geste qui revient chaque jour comme une veille.

Sur le plan des chiffres, le compteur d’audience du profil annonce plus de 3 600 abonnés, et la régularité est un fait, Thierry Zaveroni publie pratiquement chaque jour. Ici, l’engagement ne s’évalue pas seulement en likes. Il s’évalue en continuité, en ton, en manière d’être présent sans se dissoudre dans la polémique.

Jean-Pierre Rollet (copyright GLNF)

Jean-Pierre Rollet (GLNF), actif mais une signature à protéger


La parole de Jean-Pierre Rollet existe bel et bien dans l’espace public, notamment via des contenus relayés sur la page officielle de la GLNF (vidéos, annonces, interventions), y compris à des dates récentes.

Le vrai point de fragilité est ailleurs : la lisibilité de la signature. Quand l’expression passe surtout par des canaux institutionnels (ou par un profil dont la visibilité dépend de réglages Facebook), elle devient moins immédiatement “vérifiable” par le lecteur ordinaire. Or, dans la cité numérique, ce qui n’est pas aisément vérifiable devient facilement réappropriable. Deux exemples de faux comptes Facebook ICI (12 K followers) et ICI.

Et c’est là que le symbole se retourne : le nom devient un sceau… qu’un autre peut tenter d’imprimer sur une cire frelatée.

Car oui, il existe une page homonyme à tonalité ouvertement fantaisiste / complotiste, qui revendique des marqueurs publics massifs – 4 643 “J’aime” et 145 “en parlent” – et se présente dans un registre qui n’a rien d’une parole maçonnique tenue.
Le danger n’est pas théorique :

  • danger de réputation (le nom fait écran et rejaillit sur l’obédience),
  • danger de désinformation (“au nom de”, avant même tout démenti),
  • danger d’arnaque / manipulation, l’usurpation d’identité étant une porte d’entrée classique vers le hameçonnage.

Sur le plan du droit et des démarches, ton rappel est bon et peut être mieux “armé” : la CNIL explique comment réagir (suppression, plainte, conseils) et rappelle la logique judiciaire de l’usurpation ; le Code pénal encadre l’infraction ; et Facebook propose des procédures de signalement.

FB Guillaume Trichard, bandeau

Le classement, clair, assumé

Premier : Guillaume Trichard, pour une présence publique structurée, mesurable, faite pour l’Agora, avec des compteurs visibles.

Deuxième : Thierry Zaveroni, pour une présence d’humanité quotidienne, un fil qui relève du soin, du soutien, de la culture, avec un socle d’abonnés conséquent, et une constance qui dit une posture.

FB Jean-Pierre Rollet, bandeau page officielle

Troisième : Jean-Pierre Rollet
Non par silence, mais parce que la présence est plus dispersée (institutionnelle, dépendante de la visibilité du profil) et surtout parce que le nom est activement parasité par des pages homonymes très “chiffrées”, donc persuasives pour les non-avertis

Au fond, le classement importe moins que l’enseignement. Guillaume Trichard et Thierry Zaveroni, en tête du classement, nous donnent une chance rare, celle de les suivre, de les entendre dans leur domaine propre, de vérifier par nous-mêmes la tenue d’une parole, sa constance, sa part d’humanité ou de cité. Qu’ils en soient remerciés. Car dans un temps où l’on copie les visages et où l’on vole les noms, la présence assumée devient un acte de responsabilité.

Et c’est peut-être cela, aujourd’hui, la première vigilance, savoir reconnaître la signature vraie, refuser les miroirs, et préférer la lumière lente du discernement au flash trompeur de la rumeur.

Londres : quand la discrétion devient soupçon, la Metropolitan Police impose la déclaration, la GLUA riposte en justice

À Londres, la lumière institutionnelle se fait projecteur. En ajoutant la franc-maçonnerie à la liste des “associations à déclarer”, la Metropolitan Police prétend renforcer la transparence ; la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA), elle, dénonce une mesure discriminatoire et ouvre le front judiciaire. Entre exigence d’impartialité et liberté d’association, le bras de fer révèle une question plus vaste : quand la discrétion devient-elle, aux yeux de la cité, un soupçon ?

Il y a, dans cette affaire, une scène très londonienne : d’un côté la police, qui veut regagner la confiance du public en élargissant son arsenal de transparence ; de l’autre, la franc-maçonnerie, qui y lit une stigmatisation moderne, une lumière braquée comme un interrogatoire sur une appartenance licite. Et, entre les deux, la presse britannique – tantôt torche, tantôt loupe – animant un vieux débat sur les “réseaux”, la loyauté et l’impartialité.

Les faits, au cordeau des dates

Tout démarre publiquement fin septembre 2025, quand la Metropolitan Police (la Met) ouvre la porte à une évolution de sa politique dite des declarable associations : les organisations dont l’adhésion devrait être déclarée, parce qu’elle pourrait créer des conflits de loyauté, ou nuire à la perception d’impartialité. La discussion prend feu dans l’espace médiatique, notamment après une charge très hostile publiée par The Spectator (« There’s something vulgar about Freemasons »), qui plaide explicitement pour que les policiers déclarent leur appartenance.

Freemasons’ Hall

Le 11 décembre 2025, la Met tranche : la franc-maçonnerie est formellement ajoutée à la liste des « associations à déclarer ».

Désormais, les policières, policiers et personnels (présents ou passés) doivent déclarer toute appartenance à une organisation « hiérarchique », à « adhésion confidentielle », et dont les membres sont supposés « se soutenir et se protéger ». La Met insiste : ce n’est pas une interdiction d’être franc-maçon ; c’est une obligation de transparence, intégrée aux procédures (notamment de vetting). Elle s’appuie sur une consultation interne : environ deux tiers des répondants jugent que cette appartenance affecte la perception d’impartialité et la confiance du public.

Le 17 décembre 2025, la réponse maçonnique change de registre : on passe du communiqué au prétoire

The-Order-of-Women-Freemasons-Womens-Freemasonry-Nationwide

L’UGLE (United Grand Lodge of England), agissant aussi pour l’Order of Women Freemasons et la Honourable Fraternity of Ancient Freemasons – les deux obédiences féminines –, envoie une letter before claim : étape formelle avant une judicial review (contrôle juridictionnel) si la Met ne suspend pas sa décision. L’UGLE qualifie la mesure d’“illégale, injuste et discriminatoire” et vise notamment le droit des données (protection des données), l’égalité, et l’atteinte aux droits des membres.

Notons que la Met Police Federation (syndicat représentatif) s’est aussi publiquement opposée à la décision, la jugeant “inutile” et “erronée”, et invoquant un risque d’atteinte aux droits protégés par la Convention européenne des droits de l’homme (vie privée et liberté d’association).

Le rôle de la presse : du vieux soupçon à l’actualité brûlante

L’élément décisif, ici, n’est pas seulement la décision administrative : c’est la manière dont la figure du franc-maçon redevient, dans certains titres, un personnage de roman judiciaire – le “frère” qui “protège”, le réseau qui “pèse”, l’entre-soi qui “corrompt”. The Spectator cristallise ce vieux réflexe culturel : rendre l’Ordre responsable, par nature, d’une possible déviation de quelques-uns.

En face, la riposte est collective et structurée : le Council for Freemasonry (créé en juin 2024 pour répondre plus vite et plus fermement aux attaques publiques, en incluant la maçonnerie masculine et féminine – mais pas les mixtes ! – en Angleterre et au Pays de Galles) conteste les “déformations” et rappelle la stratégie d’ouverture engagée depuis des décennies.

On voit donc une mécanique médiatique classique : un article “d’opinion” agit comme étincelle ; la consultation policière devient sujet national ; puis la décision du 11 décembre transforme la controverse en affaire de droits – et enfin la judiciarisation du 17 décembre installe durablement le conflit dans le calendrier.

Ce que veut la Met, et ce que redoute l’UGLE

Côté Met : l’argument central est celui de la confiance. La Met explique viser les “organisations hiérarchiques” susceptibles d’influencer l’impartialité ou de créer des conflits de loyauté. Elle affirme que d’autres organisations pourraient être ajoutées à l’avenir si l’information le justifie.
Dans les articles britanniques, cette logique est souvent reliée à l’arrière-plan des scandales et enquêtes qui ont entamé la crédibilité de la Met : l’institution veut montrer qu’elle traite aussi les soupçons “structurels”, y compris ceux qui flottent depuis longtemps autour des réseaux maçonniques.

Côté UGLE : la ligne est inverse : la mesure “colle une présomption” sur une appartenance licite, et crée un fichier de fait. L’UGLE insiste sur le caractère disproportionné et discriminatoire de l’étiquetage “hiérarchique et secret”, conteste la méthode de consultation, et affirme que la décision peut contrevenir à des principes d’égalité et de protection des données.

Et c’est là que le symbole prend la main : la Met dit “transparence”, l’UGLE entend “marquage”. La Met parle d’“impartialité”, l’UGLE répond “liberté d’association”. Dans le langage initiatique, on dirait que l’on confond la discrétion – vertu du silence juste – avec le secret – soupçon d’ombre. La nuance est morale avant d’être administrative.

Le précédent historique : ce retour n’est pas neuf

Le Royaume-Uni a déjà connu, dans la sphère police/justice, des tentatives de déclaration ou d’enregistrement de l’appartenance maçonnique.

  • En mars 1997, le Home Affairs Committee publie un rapport sur la franc-maçonnerie dans la police et la justice, recommandant une forme de registre (dans une logique de transparence).
  • Vers 2000, le débat se durcit autour de la faible réponse des policiers aux dispositifs volontaires (la presse de l’époque, dont The Guardian, évoque explicitement l’hypothèse de mesures plus contraignantes).
  • Dans la magistrature, on retrouve l’idée de déclaration : le gouvernement britannique confirmera plus tard qu’à partir de 1998, les nouveaux candidats retenus pour des fonctions judiciaires/magistrature devaient déclarer s’ils étaient francs-maçons – dispositif finalement abandonné après réexamen (annonce de 2009).

Donc oui : la controverse actuelle a la forme d’un éternel retour

La question n’est jamais “les francs-maçons sont-ils partout ?” (question fantasmatique) ; elle est “comment une démocratie règle-t-elle le conflit entre apparence d’impartialité et droits individuels ?” Et comment éviter que la politique publique se fasse sur une silhouette d’épouvantail ?

Ce qui se joue maintenant : un bras de fer juridique… et un test philosophique

La judicial review annoncée par l’UGLE est un moment-clé, car elle force l’État (via la police) à justifier la proportionnalité de la mesure : pourquoi la franc-maçonnerie, à quelles conditions, selon quelles preuves, avec quelles garanties de traitement des données, quels accès, quelle durée, quels recours ?

Et surtout : quel message politique cela envoie-t-il ? Dans l’imaginaire collectif, déclarer une appartenance peut vite basculer du registre “conflit d’intérêts” au registre “suspicion morale”. Autrement dit : on croyait protéger l’institution, on risque de fabriquer une catégorie de personnels “à risque”, par étiquette.

La franc-maçonnerie – qui travaille précisément la rectitude (l’équerre), la mesure (le compas), et l’exigence d’une loyauté supérieure à soi – ne peut pas ne pas entendre le paradoxe : on lui reproche, en bloc, ce qu’elle demande à chacun de surveiller en lui-même. Mais la police, elle aussi, se tient sur une ligne de crête : dans une institution fragilisée, la moindre zone d’ombre devient une rumeur qui ronge.

Ce dossier n’est pas un fait divers !

C’est une épreuve de balance, une pesée des âmes institutionnelles autant que des procédures. Si la justice valide l’obligation, la franc-maçonnerie devra apprendre à vivre sous déclaration sans perdre son intériorité, c’est-à-dire sans laisser le regard administratif réduire une voie de transformation à un simple “lien d’influence”. Il lui faudra rappeler, sans se crisper, que la discrétion n’est pas le secret, et que l’engagement fraternel n’abolit ni la conscience ni la loi. Si, au contraire, la justice censure la mesure, la police devra trouver d’autres chemins pour retisser la confiance sans créer de catégories suspectes par principe, sans confondre prévention et stigmate, sans nourrir l’idée qu’une appartenance licite équivaut à une présomption.

UGLE

Dans les deux cas, Londres renvoie à une vérité initiatique que nos sociétés oublient volontiers.

On ne gagne pas la clarté en désignant des ombres, on la gagne en se rendant digne de la lumière. La transparence n’est pas une chasse, c’est une méthode ; elle ne vaut que si elle s’accompagne de garanties, de proportion, de discernement. Car le danger, ici, n’est pas seulement juridique : il est symbolique. Dès qu’une institution publie une liste, elle fabrique un imaginaire. Dès qu’elle exige un aveu d’appartenance, elle installe, même malgré elle, un soupçon de nature. Or la vraie question demeure la seule qui vaille : non pas “à quoi appartiens-tu ?”, mais “comment agis-tu ?”.

C’est à l’aune des actes, et non des cercles, que se mesure l’impartialité ; c’est dans l’épreuve quotidienne, et non dans la rumeur, que se prouve l’intégrité. Et c’est peut-être cela, finalement, que ce bras de fer oblige à redire : la loyauté au bien commun – patiemment, humblement, vérifiable – doit l’emporter sur toutes les appartenances, y compris les plus respectables.

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Lumière et solstice d’hiver en Franc-maçonnerie

Psithurisme1 à l’ombre de l’arbre en [feu2]…

C’est lovée dans notre ombre-matière que la lumière paraît plus puissante…
cependant LA Lumière venant du Tout, elle n’est pas « plus » ou « moins »…
LA Lumière « EST », ici et [main • tenant]…
c’est par son Unité que Tout semble [pair • cis3 • ter4].

Elle est Conscience cristallisant l’amas tiers en Matière…
cette même Conscience que les Ténèbres n’ont pu arrêter…
elle donne Vie à l’Ombre où nous [maint • tenons]5 [la mortaise • scansion]6
et plus L’Ombre est [danse]7 plus LA Lumière est intense.

C’est notre Lumière dans l’Autre qui nous éblouit…
elle nous fige dans l’ambre de nos [sous • venir]…
illusions perdues d’un Instant au trait passé…
traces éphémères de graphite laissées par la gomme sur le tigre origami.

Nous sommes tous Lumière et Ombre…
et c’est par le regard de l’Autre que nous nous percevons…
si il nous renvoie à notre Ombre alors seulement…
nous pouvons œuvrer pour la Transcendance en faisant le choix de notre Immanence.

Cependant, si par son regard Méduse, l’Autre nous transperce de son [nombre-dard]8
alors nous pourrions retourner à l’Ambre de notre seule histoire…
parfois jusqu’à deux pas du lisier de nos Ténèbres…
statue de [scelle] dans le Miroir mouroir des [mots • dits].

Accueillir l’Autre dans la Lumière c’est…
enlever le [vois • le] illusion qui recouvre son mirage…
ceci est uniquement possible lorsque nous découvrons le nôtre…
pour nous révéler et relever Frères et [pairs], âmes réunies dans l’Ombre par la Lumière.

Après avoir été [sait • parés] en Prométhée…
Ombre et Lumière sont [rai • unis] en Aphrodite…
l’Union Sacrée de l’Unité n’est perceptible que dans [l’Un • visible]…
voilé dans le Débir de Planck9, derrière ce mur des [six • anses]10 de [l’arc • en • Je].

Au cœur de la Nuit rampe et luit l’Emeraude Nahash11
au cœur de l’âme vit la [Pi • erre] de vair sans [pair]12
tombée du frontispice de nos temples de verre, de l’or phare des gueux et fards des rois…
même les cathédrales de Pierre ne peuvent atteindre le [si • elle] où [l’Art • Jean] est [Mot • né].

La Lumière n’est ni onde, ni matière, elle est Révélation, au chant du Coq perce [n’ai je]13
notre ombre est [marée • cage] où les tigres de [pas • pied] se noient…
nous sortons de l’Arche particule infinie pour y retourner [sait • parés] et infirme…
ignitié14 par la Vie, Lumière faite humanité, l’Unique Initiation aura le goût de la [Paume]15

Initiare 1 – ©Stefan von Nemau – 2009 – Encre de Chine sur papier, 40 x 40 cm
  1. Psithurisme : chuchotement du vent passant à travers les feuilles des arbres ↩︎
  2. Feu : homophonie du mot et de l’expression « feu » exprimant à la fois l’incandescence et la personne décédée ↩︎
  3. Cis : élément signifiant « en deçà » ↩︎
  4. Ter : en Musique Indication d’avoir à répéter un passage trois fois ↩︎
  5. Homophonie entre la « main », l’adjectif « maint » signifiant « de nombreuses fois », le verbe « tenir » et le « tenon » de la mortaise unissant deux éléments séparés exprimant la volonté dans nos Travaux. ↩︎
  6. Homophonie entre « la mortaise scansion » qui exprime l’idée que la persévérance dans notre démarche est la mortaise du tenon de la scansion de nos Travaux aidant ainsi la Lumière à traverser les Ténèbres ; « l’âme orthèse scansion » exprime l’idée que la scansion dans nos Travaux est une orthèse (appareillage qui compense, assiste ou stabilise une fonction ou un segment absent ou déficitaire) permettant à l’âme d’aller de son Immanence vers la Transcendance (cf strophe 4) ; et « la mort aise scansion » suggérant le paradoxe entre l’idée que la scansion facilite (aise) la résistance à la mort mais aussi que la mort peut aussi être facilitée par une répétition aveugle de paroles dont l’essence n’a pas été découverte. ↩︎
  7. Homophonie en « dense » et « danse ». Le samâ’ ou « audition spirituelle » est à la fois musique et danse sacrée soufie. C’est par cette danse que le soufie quitte sa densité pour s’élever vers l’union spirituelle avec le divin. ↩︎
  8. Le « nombre dard » exprime ici l’antonyme du Nombre d’Or ↩︎
  9. Le mur de Planck est la frontière entre le monde physique et le monde mathématique pur. Cette frontière est la limite du temps entre l’avant et l’après Big Bang. Cette membrane, enfermée dans le cône d’espace-temps, contient tout l’univers et pourtant, elle a une taille encore plus petite que celle d’un atome (source Mur de Planck) ↩︎
  10. Homophonie entre les « sciences » et les « six anses », analogie avec les séries de six angles aigus, obtus et plats du Seaux de Salomon ↩︎
  11. Nahash : serpent de la Genèse ↩︎
  12. « la [Pi . erre] de vair sans pair » : Lien ternaire entre l’histoire de la pantoufle de Cendrillon, la « Pierre rejetée » qui est une pierre d’angle non utilisée par les bâtisseurs ( 1 – Pierre 2 / 4 à 8) et la 9ème heure (Marc 15-34). ↩︎
  13. Homophonie entre « n’ai je » exprimant nos « manques » et la « neige » qui recouvre la terre et fond aux premières lueurs du jour. Comme la fleur associée ici, c’est la Lumière « perce neige » révélée par le chant du Coq dans l’épreuve de la Terre qui nous permettra de traverser les illusions du voile de nos « manques » afin qu’ici et maintenant nous puissions réaliser l’intuition de la plénitude perçue à l’aube de la quête.  ↩︎
  14. Ignitié : néologisme formé de « ignis » signifiant feu en latin, et « initié » personne qui a été initiée et qui est dans le secret. Tant que l’ignition n’est pas totalement accomplie, l’initiation ne peut qu’être prémices… ou prémisse c’est selon…  ↩︎
  15. Homophonie entre la « paume » de la main exprimant l’unité de mesure, le Travail, la Fraternité, la claque de l’adoubeur réveillant le chevalier, la « pomme » comme symbole du fruit défendu de l’arbre de la Connaissance croqué par Eve et Adam attirés par la tentation de Nahash, mais aussi la « pomme empoisonnée » par la marâtre du conte Blanche Neige des frères Grimm. ↩︎
Psithurisme à l’ombre de l’arbre en feu – Photographie – 2010 – ©Stefan von Nemau

Les « sociétés secrètes » à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale

Quand un régime confisque des archives, il ne saisit pas seulement des cartons. Il tente de rompre une continuité, d’interrompre une mémoire, de fabriquer de l’oubli à coups de listes. C’est à cette violence administrative, et à ses héritages, que s’attaque le séminaire de recherche du projet STACEI – Mémoire(s) confisquée(s), mémoire(s) retrouvée(s) 2026 – pour une troisième année consécutive.

Quand l’archive devient butin, puis instrument

Dès l’occupation du territoire français, des archives maçonniques sont captées comme un butin de guerre. Le 13 août 1940, l’État français vote une loi interdisant les « associations secrètes » et imposant aux fonctionnaires et agents de l’État une déclaration. Le texte ouvre un double chantier, la gestion des biens saisis et surtout le fichage des membres, afin de contrôler la véracité des déclarations de non-appartenance. Un dispositif administratif complexe se met alors en place, dont le Service des sociétés secrètes – le SSS – devient l’emblème. Connu, certes, mais longtemps difficile à étudier faute de fonds aisément accessibles.

STACEI, rouvrir les dossiers, combler les lacunes

Démarré en avril 2022 dans le prolongement de ProMéTEUS, le projet STACEI travaille au plus près de la saisie des archives des « ennemis idéologiques » entre 1940 et 1944, avec un focus particulier sur les « sociétés secrètes ». L’ambition est large, reconstituer les processus de spoliation, éclairer les parcours personnels et professionnels des acteurs de l’antimaçonnisme pendant l’Occupation, comprendre la gestion de leur héritage, et poser la question qui demeure, celle de l’éthique de la transmission patrimoniale dans le temps long. Les premiers résultats, marqués notamment par la mise au jour d’importants fonds, ont naturellement conduit à installer ce séminaire dans la durée.

Cette année, la focale la plus humaine

Après une première année consacrée à la cartographie des archives disponibles et aux modalités de spoliation, puis une seconde attentive aux usages des biens saisis, le troisième cycle change de plan. Il se rapproche des vies. Les individus. Les trajectoires. Les noms. Les silences. Entre 1940 et 1944, la répression antimaçonnique n’a pas été une abstraction, elle a eu des visages, des dommages concrets, des existences déplacées au rythme des dossiers. En replaçant au centre acteurs et victimes, rouages et effets, ce séminaire ne “réveille” pas une mémoire par nostalgie. Il la remet à sa juste place, dans l’histoire, dans le droit, dans l’éthique de la transmission. Et il rappelle qu’après la spoliation vient un temps plus exigeant encore, celui de la restitution, du classement, de l’accès, autrement dit de la vérité travaillée, jusqu’à devenir connaissance, puis vigilance.

Remerciements

Un merci fraternel à Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte LE DROIT HUMAIN, puissance maçonnique qui accueille le projet cette nouvelle saison et en rend possible la tenue, séance après séance, dans ses locaux.


Et un salut tout aussi appuyé au Grand Orient de France, dont la bibliothèque a porté l’élan des débuts du cycle, lorsque le séminaire se tenait au « 16 Cadet » – une impulsion fondatrice qui a permis d’ancrer cette recherche dans un lieu de travail, de sources, et de transmission.

Informations pratiques

Le séminaire a lieu une fois par mois, le mardi, de 18h à 20h, dans les locaux de la Fédération française du Droit Humain, 9 rue Pinel, 75013 Paris. Une participation en visioconférence est prévue sur inscription. Une inscription avant le 15 janvier 2025, formulation à lire comme une consigne d’inscription en amont de la première séance.

« Mémoire(s) confisquée(s), mémoire(s) retrouvée(s) : les « sociétés secrètes » à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale »
« Mémoire(s) confisquée(s), mémoire(s) retrouvée(s) : les « sociétés secrètes » à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale »

Programme 2026

Emmanuel Kreis
  • Mardi 20 janvier – Les personnels du service des sociétés secrètes – Emmanuel Kreis
  • Mardi 17 février – Réfugiés, francs-maçons, trajectoires individuelles — Aurore Duvoisin
  • Mardi 24 mars – Ficher les opposants idéologiques – Élodie Cointement, Anne Leblay-Kinoshita
  • Mardi 19 mai – Intersectionnalité, juifs et francs-maçons – Sarah Gensburger
  • Mardi 23 juin – Jean Marquès-Rivière et les “occultistes” du SSS – Jean-Pierre Brach, Emmanuel Kreis

Liens d’inscription : Présentiel / Visio

Par ici, ça sent l’Sapin

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Noël ça sent la famille !

Pour d’autres, Noël, ça donne envie de se r’trouver à la neige en montagne, non pas russe, c’est trop dangereux, plutôt montagne suisse, on y va doucement, y’a pas l’feu au lac, c’est tout d’bon et j’veux pas me r’trouver chocolat.

C’était la page « humour helvétique » pour les connaisseurs…

Mais « c’est où qu’on va quand ? » comme pourrait dire un enfant d’une chanson de Renaud qui se retrouverait dans une fête interdite.

On nous a menti, on découvre que le Père Noël n’existe pas !

Seul existe les proverbes comme « business is business » qui peuvent se décliner par « Noël is Noël ».

L’italie serait-elle le pays des crèches autorisées et la France deviendrait-elle le futur terrain d’expérimentation des fêtes laïques?

Je me demande ce qu’ont fait les enfants des crèches aseptisées, vu de toute façon que le résultat pour eux va être un cadeau, une récompense qui se doit méritée, le tout enrobé de rêve, un rêve que l’on croque dans cette grosse crotte de chocolat qui nous démange d’attaquer tellement elle nous donne envie. C’est dans ces moments que pour moi naissent les premiers sentiments de fraternité de l’enfance.

Sports à la neige, marchés de Noël, crèches expérimentales, Saint Jean d’Hiver, un mois bien chargé durant lequel nous planchons sur des sujets qui se rattachent à notre éthique maçonnique. Certains parleront de la laïcité à travers un éventuel engagement religieux, d’autres ajouteront une nouvelle touche de fraternité comme il est de de bon ton dans ces moments où elle tombe à point. 

Les francs-maçons comme tous les hommes de bonne volonté se retrouveront pour développer leur opinion sur le marasme de ces fêtes

qui se déroulent au milieu d’innombrables cadeaux qui devraient réparer ou amoindrir les difficultés que nous pouvons traverser. Les francs-maçons peuvent-ils répondre à ces attentes ? Noël reste avant tout une affaire très personnelle et sans doute différente selon nos propres critères religieux ou non.

Je me souviens de mon enfance dans une famille d’accueil pas très aisée où notre mère préparait ces délices chocolatés que nous retrouvions aux Noëls, ces mandarines qui nous attendaient sous le sapin et où parfois nous découvrions des jouets préparés à la hâte ou déposés par quelque visiteur de passage.

Je vais pousser un peu plus loin la séquence nostalgie avec l’invité chargé de nous rejoindre pour le repas fraternel, un moment de découverte, de partage avec cet inconnu. Ce moment où l’on ouvre son coeur et non pas l’enveloppe avec les billets de banque ou encore le cadeau à retirer dans une boutique de son choix, un cadeau interchangeable comme

un achat online qu’on peut refuser et renvoyer à son expéditeur, bref « un Google Noël Amazon »

à moins de croire encore aux contes de Noël comme le Grand René dans la vidéo de son conte ci-dessous :