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La parole du Vénérable du lundi – « On démocratise tout et on étouffe Hiram »

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La mode est à la démocratie. On vote sur tout : le menu du banquet, la couleur des tabliers, l’heure de fermeture du bar… et maintenant, on vote même sur la mort d’Hiram. Oui, vous avez bien lu. Après des siècles de tradition, le pauvre Hiram vient de passer à la casserole démocratique. Dans ma Loge, une joyeuse bande de wokistes maçonniques (ils se font appeler « réformateurs inclusifs ») a exigé un scrutin à bulletins secrets pour réviser la légende du meurtre. Leur argument principal ? « On n’a aucune preuve historique du meurtre, Vénérable ! »

Évidemment. Parce que c’est bien connu : à l’époque de Salomon, on prenait des PV de police et on faisait des analyses ADN avant d’assassiner le Maître d’œuvre.

Résultat des courses : trois jeunes Compagnons, pleins de fougue et d’idées neuves, ont décidé que le vieux Hiram avait « fait son temps ». Trop rigide, trop vertical, trop… patriarcal. Alors ils ont proposé une solution moderne et responsable : l’étouffement lent et éthique. Pas de violence inutile, surtout pas de sang sur le tablier. On va l’endormir doucement avec des motions, des amendements et des ateliers participatifs jusqu’à ce qu’il rende son dernier soupir symbolique.

Certains ont même eu la délicatesse de suggérer qu’il prenne d’abord sa retraite. « Qu’il parte en paix, avec les honneurs, avant de devenir gâteux et de nous raconter pour la 38e fois la même planche sur l’équerre et le compas. » Le plus beau dans l’affaire, c’est que ces jeunes maîtres ont découvert, avec une indignation toute fraternelle, que le vieux Hiram avait autour de lui quelques « complices » : des Vénérables émérites un peu aigris, frustrés, et surtout très mal conseillés. Des dinosaures barbus qui osaient encore défendre la tradition. Scandaleux. Je dois vous l’avouer, en tant que Vénérable, je suis dans une position délicate.

D’un côté, je n’ai aucune envie de voir le vieux Hiram se faire étouffer sous un oreiller de bonnes intentions et de participation citoyenne. De l’autre, je sens bien que la jeunesse maçonnique est lancée comme un bulldozer bienveillant. On ne retient pas un troupeau de réformateurs qui ont découvert que « tout est constructible »… surtout la destruction. Alors voilà où nous en sommes : on est en train de démocratiser la légende fondatrice elle-même.

Bientôt, on va probablement voter pour savoir si le Temple de Salomon était vraiment un temple ou une « construction genrée et colonialiste ». Et si on continue comme ça, le prochain scrutin portera sur la suppression pure et simple du mot « Maître » parce qu’il est « hiérarchiquement problématique ». Hiram est actuellement en soins palliatifs symboliques, quel dommage.

Et moi, je suis là, maillet à la main, à me demander si je dois lever la séance… ou applaudir poliment pendant qu’on assassine l’Histoire au nom du Progrès.

Fraternellement vôtre (enfin… ce qu’il en reste),
Le Vénérable embêté

Pétition antimaçonnique contre une affiche de la Grande Loge Féminine de France

Une pétition publiée sur MyPetition.org demande le retrait d’une affiche consacrée à la Grande Loge féminine de France, installée selon son auteur à Enghien-les-Bains, dans le Val-d’Oise. Le texte dénonce une « affiche de propagande » visible du public et qualifie la franc-maçonnerie de « mouvement sectaire », une formule qui situe d’emblée la démarche dans une critique frontale et militante. La pétition, intitulée « Stop à l’affiche de propagande de la grande loge féminine de France (franc-maçonnerie) », ne se contente donc pas de critiquer une communication institutionnelle : elle remet en cause la présence même de cette visibilité dans l’espace public.

Selon le texte, l’affiche aurait été repérée « en bleu ciel » dans un lieu visible mais jugé « égaré » par l’auteure de la pétition. L’argument central repose sur l’idée qu’une organisation maçonnique féminine ne devrait pas bénéficier d’une forme de promotion publique, ce que la pétition présente comme une dérive ou une provocation.

Un discours nettement antimaçonnique

Le vocabulaire employé par la pétition est sans ambiguïté. L’expression « franc-maçonnerie » y est associée à un « mouvement sectaire », ce qui correspond à une rhétorique antimaçonnique classique, fondée sur la suspicion, la dénonciation et l’amalgame. Ce type de formulation tend à transformer une association ou une obédience en objet d’alerte morale, voire sociale, plutôt qu’en acteur de la vie associative ou culturelle.

Le texte se présente comme une interpellation adressée à un public large, mais il ne développe pas de démonstration documentaire sur l’affiche elle-même, son contenu exact, son emplacement ou son contexte de diffusion. La force du message tient surtout à sa charge idéologique et à sa tonalité de combat, plus qu’à une argumentation factuelle détaillée.

La Grande Loge féminine de France visée

GLFF, rue du couvent

La pétition vise explicitement la Grande Loge féminine de France, l’une des principales obédiences maçonniques féminines du pays. En ciblant une structure féminine, elle ajoute une dimension particulière à la controverse : ce n’est pas seulement la franc-maçonnerie qui est attaquée, mais aussi sa forme mixte ou féminine dans l’espace public.

Ce point n’est pas neutre. Les obédiences féminines ou mixtes revendiquent généralement un droit à la visibilité, à l’expression et à la liberté d’association au même titre que toute autre organisation légalement constituée. En retour, les critiques antimaçonniques contestent parfois cette visibilité en la décrivant comme une stratégie d’influence ou de propagande.

Une controverse révélatrice

Au-delà de cette pétition, l’affaire révèle un phénomène plus large : la persistance d’un imaginaire antimaçonnique très actif en France, notamment sur les réseaux et plateformes de pétitions. La franc-maçonnerie y est régulièrement présentée comme une organisation occulte, une influence cachée ou une menace pour l’espace public, même lorsque le sujet de départ se limite à une affiche ou à une initiative associative.

Ce type de mobilisation s’inscrit dans une logique de visibilité polémique. La pétition ne cherche pas seulement à signaler une gêne locale : elle produit un récit, avec des mots-clés forts, destiné à susciter l’adhésion immédiate d’un public déjà réceptif à ce discours. L’enjeu n’est donc pas uniquement l’affiche, mais aussi la construction d’un rapport de force symbolique autour de la présence maçonnique dans la cité.

Ce que dit le texte

Le contenu repris sur MyPetition.org est bref mais suffisamment clair pour en comprendre la ligne. L’auteure affirme avoir vu circuler une affiche sur la Grande Loge féminine de France, demande qu’elle soit retirée et dénonce ce qu’elle considère comme une forme de propagande maçonnique dans l’espace public. La pétition est publiée dans une rubrique politique, ce qui lui donne un cadre militant plus qu’associatif.

Sur le fond, le texte n’apporte pas d’élément de preuve sur l’affiche elle-même, ni sur une éventuelle illégalité de sa présence. Il s’agit donc davantage d’une prise de position que d’un signalement sourcé.

Un débat plus large sur l’espace public

Cette affaire interroge aussi la place des messages associatifs, religieux ou philosophiques dans l’espace public. Une affiche maçonnique visible dans la rue peut être perçue, selon les sensibilités, soit comme une simple communication institutionnelle, soit comme une tentative d’influence. Tout l’enjeu est là : la frontière entre expression légitime et propagande supposée est souvent définie moins par le droit que par le regard politique de celui qui observe.

Dans ce cas précis, la pétition traduit une hostilité explicite à la franc-maçonnerie elle-même, plus qu’un désaccord ponctuel sur un affichage. C’est ce qui lui donne sa portée polémique, mais aussi ce qui la rend susceptible d’être contestée par ceux qui y verront une mise en cause caricaturale d’une obédience légalement constituée.

Points de vigilance éditoriale

Si l’on rapporte cette pétition dans un média, il est important de conserver une distance journalistique claire. Le texte contient des qualificatifs fortement orientés, comme « propagande » ou « mouvement sectaire », qui relèvent de l’opinion de l’auteure et non d’un constat établi. Les reprendre sans contextualisation pourrait donner l’impression d’une validation éditoriale.

La bonne pratique consiste donc à citer la pétition comme une prise de position antimaçonnique, à en résumer fidèlement les termes, et à signaler qu’elle reflète un point de vue polémique sur la présence publique de la Grande Loge féminine de France. Cela permet de documenter l’affaire sans en épouser le vocabulaire.

Formulation de synthèse

Cette pétition illustre la manière dont la franc-maçonnerie reste, en France, un sujet de controverse récurrent dès qu’elle apparaît dans l’espace public. En demandant le retrait d’une affiche et en qualifiant l’obédience de « sectaire », l’auteure ne se limite pas à une critique locale : elle réactive un imaginaire antimaçonnique ancien, désormais relayé par les plateformes de pétitions en ligne.

Rencontre au miroir du temps – notre invité : Voltaire

François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), l’un des esprits les plus libres et les plus redoutés des Lumières. Pourfendeur infatigable du fanatisme, de l’intolérance et de la superstition, il fut reçu Apprenti à la Loge Les Neuf Sœurs, le 7 avril 1778, à l’âge de 83 ans, quelques semaines seulement avant sa mort. Benjamin Franklin l’accompagna ce jour-là. Nous l’interrogeons depuis le XXIe siècle, sur son rapport tardif mais significatif à la Franc-maçonnerie.

450.fm : Monsieur de Voltaire, c’est un honneur rare de vous recevoir depuis notre siècle. Acceptez-vous de nous parler de votre entrée en Franc-maçonnerie, si tardive dans votre vie ?

Voltaire : J’y consens car j’ai toujours aimé la lumière, d’où qu’elle vînt, pourvu qu’elle fût celle de la raison et ne pût jamais scintiller dans la nuit comme le feu d’un bûcher. On m’a beaucoup reproché cette réception aux Neuf Sœurs. Certains croient pouvoir y déceler l’ultime faiblesse d’un vieillard moribond ; d’autres, une contradiction avec ce principe d’indépendance que je prétendais honorer. Pour ma part, je n’y vois qu’une dernière marque de cohérence. En effet, toute ma vie, j’ai combattu le fanatisme et prôné la tolérance. Si une société d’hommes de bonne volonté se réunit pour cultiver ces vertus à l’écart des dogmes imposés, pourquoi aurais-je dû refuser d’en être ? J’ai souvent repris, en signature de ma correspondance, la formule :  « Écrasons l’infâme ! », que j’abrégeais discrètement en « Écr.l’inf. » voire simplement en « E.I. », comme une salutation d’esprit libre ayant, toute sa vie, lutté contre la superstition, l’intolérance et le fanatisme et, pour tout dire, bataillé sans trêve contre l’Église catholique de ce temps-là, qui voulait, alors, avec une volonté farouche, garder sa suprématie sur les âmes. Comme j’ai pu l’écrire, « si Dieu nous a faits à son image, nous le lui avons bien rendu » et, à voir les comportements qu’Il est censé inspirer, il n’y a guère de quoi être fier. C’est donc dans notre humanité et dans la loi naturelle qu’il nous faut puiser la force d’être plus grands.

Ce qui a pu échapper à la compréhension de certains tient au fait qu’une Loge n’eût été, de leur propre aveu, que l’avatar d’une l’Église dans une forme antinomique. C’est dire combien ils n’y entendaient rien. J’ai passé quelque soixante ans à attaquer les Églises, leurs dévots sectaires, leurs prêtres vengeurs immolant les hérétiques, au nom de leur foi triomphante, sans compter les évêques excommuniant à tour de bras, dans la nostalgie de la Sainte Inquisition et de la terreur qu’elle répandait. Ce n’était certainement pas pour me contenter d’un succédané mal venu… « En vérité, je vous le dis » : j’ai toujours respecté la morale universelle, cette loi naturelle que tous les hommes partagent. La Franc-maçonnerie, dans sa matrice nourricière, ne demande pas de croire à un dogme, mais d’être un homme de bien, un homme d’honneur et de probité. Elle ne demande pas de se soumettre à un pape ou à une quelconque autorité religieuse. Elle prescrit seulement de respecter son frère, de l’aider, de deviser avec lui. C’est exactement ce que j’ai prêché toute ma vie. En quoi me serais-je contredit par ce dernier engagement qui vient tout bonnement – et le plus pacifiquement du monde – couronner les combats ô combien plus rudes que j’ai dû livrer, pendant plus d’un demi-siècle ? Je me suis simplement reconnu dans une société qui traduisait et pratiquait les valeurs que mon œuvre avait toujours honorées, avec toute la vigueur de ma plume.

450.fm : Comment avez-vous découvert la Franc-maçonnerie ?

Voltaire : Par mes amis, mes correspondants, et surtout c’était dans l’air du temps, celui que l’on respirait dans les salons littéraires. J’avais observé depuis longtemps que des hommes de mérite, en Angleterre comme en France, se réunissaient dans ces sociétés discrètes. J’y voyais, d’abord, des cercles philosophiques, dans des formes mieux réglées, abolissant qui plus est les vanités. Lorsque Benjamin Franklin, cet illustre Américain que j’admirais sans réserve, m’en parla avec chaleur, je ne vis aucune raison de ne point accepter l’expérience d’une sociabilité aussi exaltante et émancipatrice.

En réalité, j’avais déjà découvert la maçonnerie en Angleterre, où j’avais séjourné trois ans, de 1726 à 1729, à la suite de ma querelle avec le marquis de Rohan, qui m’avait valu, après avoir été rossé par ses domestiques, d’être brièvement embastillé, puis libéré à condition de m’exiler en terre d’Albion. Ne dit-on pas : « à quelque chose malheur est bon » ? J’y ai vu des hommes d’obédiences religieuses différentes, quoique tous protestants, de conditions fort variées aussi, se réunissant dans un climat irénique, comme je ne l’avais jamais connu à ce point, en France. Certes, on n’y recevait ni les catholiques ni les juifs ; mais cela ne me gênait guère car, au plan du catholicisme, vous savez ce que j’en pensais et, si vous m’avez bien lu, vous savez aussi qu’à celui de « l’antisémitisme », j’étais loin d’être irréprochable. Il faudrait nuancer: ce que vous appelez antisémitisme est une notion passablement anachronique à mon époque mais il est vrai que j’ai partagé des réactions judéophobes. Bref, un tory et un whig, un anglican et un presbytérien voire un huguenot français, un pair d’Angleterre et un commerçant… d’honorables artisans, médecins, militaires ou « clergymen », se retrouvaient tous frères, dans une même loge. En France, c’était différent. Les loges étaient plus fermées, plus triées sur le volet, si je puis dire. Bref, Outre-Manche, j’avais déjà été « sensibilisé » – pour utiliser un verbe qui n’appartient pas à mon lexique – à l’esprit de tolérance qui y régnait. Au reste, je correspondais avec des francs-maçons, depuis des dizaines d’années : Helvétius, Montesquieu, d’Alembert, Condorcet. Tous évoquaient la Loge, non comme s’il se fût agi d’une secte, mais bel et bien comme un lieu où l’on pût être soi-même sans craindre la persécution. Quand Benjamin Franklin m’en a parlé, il n’y avait plus de doute pour moi. Franklin n’était pas un homme de vaines paroles, aux idées fumeuses. N’avait-il pas inventé le paratonnerre, fondé des bibliothèques, créé un système postal et même négocié l’indépendance de son pays ? S’il croyait aux vertus de la franc-maçonnerie, ce premier ambassadeur des États-Unis en France, qui parlait français avec un accent et une lenteur qui nécessitaient qu’on y prêtât attention – ce qui ne faisait que servir ses talents de persuasion et de diplomatie –, tout nimbé qu’il était, au surplus, de cet immense et nouveau prestige de « self-made man », eh bien, Benjamin Franklin ne pouvait avoir que de bonnes raisons et je m’y rendis, avec une entière confiance. Vous me direz: ne fallait-il pas un tel introducteur pour qui s’appelât Voltaire ?

450.fm : J’y reviens, tout de même : pourquoi avoir accepté d’être initié à 83 ans, alors que vous étiez si critique envers les institutions et les rites ?

Voltaire : Parce que la sagesse n’est pas la glaciation. J’ai combattu les prêtres, non la morale ; les superstitions, non la quête d’un ordre meilleur. Les Neuf Sœurs n’étaient pas une église, mais un atelier de l’esprit. Il est vrai que, le jour de ma réception, l’on m’y a dispensé du bandeau et de quelques épreuves, mais mon âge et ma vue compensaient cruellement la chose… J’y suis entré avec le tablier d’Helvétius et j’y ai trouvé des hommes qui, comme moi, plaçaient la raison au-dessus de tout dogme. Un cénacle aussi policé valait bien qu’à la fin de ma vie, je satisfisse tout de même à une aussi douce curiosité.

Permettez-moi d’ajouter quelques scolies pour balayer les reproches absurdes qu’on m’adressa. Il faut comprendre que je n’ai jamais été hostile à tout rituel. Je moquais les rituels superstitieux, ceux qui prétendaient avoir un pouvoir magique, ceux qui exigeaient une croyance aveugle. Mais les rituels qui servent à marquer les étapes de la vie, à symboliser des idées, à créer une mémoire collective, je les respectais. Le baptême, le mariage, les funérailles – même si je n’y croyais pas théologiquement, je reconnaissais leur utilité sociale. La maçonnerie, quant à elle, n’impose aucune croyance. Ses rituels sont des métaphores, des outils pour penser par soi-même. L’initiation n’est pas un sacrement, c’est une promesse : celle de chercher la vérité, d’aider son frère, de travailler à l’amélioration de soi et de la société. À 83 ans, j’étais fatigué, malade, quasiment aux portes de la mort. Mais je n’avais rien perdu de ma vivacité d’esprit. J’avais encore envie d’apprendre, de découvrir de nouvelles perspectives. L’initiation maçonnique était pour moi comme une dernière leçon de philosophie pratique. D’ailleurs, je fus admis en Loge non comme un humble postulant, mais au moins comme un pair se retrouvant parmi les siens, au point que certains se sont même demandé si la maçonnerie ne s’honorait pas davantage en m’accueillant qu’elle ne m’honorait moi-même. J’étais alors au sommet de ma gloire et je profitais de ses derniers feux.

450.fm : Qu’est-ce qui vous a frappé lors de cette réception ?

Voltaire : La simplicité et la dignité. Point de fanatisme, point de prétention à détenir la vérité unique. Des symboles qui parlent à l’intelligence : l’équerre pour la rectitude, le compas pour la mesure, la lumière pour la raison. J’ai vu là une morale pratique, sans théologie oppressive. J’ai ri, comme à mon habitude, mais d’un rire bienveillant. « L’homme de bien est maçon sans le savoir« , ai-je dit, ce soir-là. C’était sincère.

Ce qui me frappa le plus, ce fut l’absence de prétention, aussi bien au sens de l’emphase et de la bouffissure qu’à celui de l’outrecuidance et de la revendication. Dans les églises, les prêtres se prétendent les intermédiaires exclusifs entre Dieu et les hommes. Dans les cours, les nobles se prétendent supérieurs par le sang. Dans les universités, les docteurs se prétendent dépositaires de la vérité. Dans la Loge, personne ne prétend rien de tout cela. Ces impostures et ces vanités s’effacent ou sont dissoutes. Chacun est là pour apprendre, pour travailler à son amélioration comme au perfectionnement de l’humanité. Le Vénérable n’est pas un prêtre, encore moins un pape ; c’est un régulateur temporaire au service d’un Principe. Les symboles ne sont pas des mystères incompréhensibles, ce sont des outils pour penser. J’y reviens en détail : l’équerre n’est pas un objet magique, c’est la rectitude morale ; le compas n’est pas un instrument occulte, c’est la mesure et la modération ; la lumière n’est pas une révélation divine, c’est la raison. J’ai reconnu là ma propre philosophie, mais exprimée par des figures légères, plutôt qu’en de lourds mémoires. De plus, y régnait une réelle fraternité. Non cette fraternité de façade, comme dans les cours où l’on s’embrasse en tenant dans le dos, les uns des autres, une dague effilée prête à l’emploi, ni cette fraternité religieuse qui se monnaye, dans sa froide chaleur, au moins par la soumission, quand ce n’est par le « commerce des indulgences » auquel j’ai largement consacré mon article « Expiation » dans mes Questions sur l’Encyclopédie, accusant le pape Jean XXII de « faire argent de tout ». En maçonnerie, j’ai vu des hommes se serrer la main comme des frères, sans se juger à raison de leur naissance, de leur état de fortune ou du régime de leur croyance. Cette attitude était rarissime, en mon siècle, et je crains qu’elle ne redevienne un idéal, en le vôtre. Bref, je suis sorti de cette réception, tout au ravissement de cette belle surprise. On connaît mon esprit caustique et même on m’y reconnaît : je vous l’avoue, je m’attendais à ressentir, à quelques moments de la cérémonie, au moins une once de ridicule or je n’y ai éprouvé que de la dignité et de l’élévation.

450.fm : La Franc-maçonnerie correspond-elle à votre idéal de société ?

Voltaire : En partie, oui. J’ai toujours rêvé d’une république des lettres où les hommes s’appréciassent en fonction de leur mérite et non de leur naissance ou de leur confession. La Loge offre cet espace où l’on peut disputer, au sens de la disputatio, c.-à-d. débattre sur une question sans précisément se disputer, c.-à-d. sans menacer de s’arracher les yeux, sans en venir aux mains, sans s’entre-déchirer. La Loge n’est pas parfaite – comme aucune institution humaine, au demeurant –, mais, si elle n’atteint pas à l’inaccessible perfection, du moins vise-t-elle au perfectionnement de tous car elle cultive la tolérance et la bienfaisance, deux remèdes souverains contre la barbarie, à quoi elle ajoute l’esprit de progrès, qui joint le désir d’émancipation à l’appétit de connaissances, puissant antidote contre la bêtise et la méchanceté.

Mon idéal de société, c’est une république des esprits où chaque homme est jugé d’après sa valeur, non au gré de sa naissance, qui fait du caprice de la nature le destin d’une vie. Une large communauté où l’on ne persécute pas un homme parce qu’il prie différemment, parce qu’il parle une autre langue, parce qu’il est trop pauvre pour qu’on se soucie de lui, le moins du monde. La Loge s’approche de cet idéal, mais elle ne l’atteint pas absolument – ce qui est, toutefois, beaucoup mieux que si elle ne l’atteignait… absolument pas ! Certes, il subsiste encore, dans la maçonnerie, des pratiques hiérarchiques déplacées qui sont loin d’être toutes inspirées par l’esprit de service, un formalisme excessif qui agit parfois comme un éteignoir, des codes et des secrets surabondants qui, en encombrant trop la mémoire, risquent de se substituer à la pensée. En réalité, c’est une difficulté pour qui ne travaille pas assez sur soi-même ou pour qui juge servilement l’autre, en ayant préalablement forgé ses gabarits. En revanche, ce sont là des repères et des auxiliaires pour qui a compris que toute l’affaire n’est qu’une occasion de réfléchir de tous côtés et qu’en définitive, les hiérarchies, les formules, les codes et les secrets doivent exclusivement servir à favoriser les progressions et non à borner les horizons. Par ailleurs, il arrive que les loges se réduisent à des facilités, deviennent des clubs d’entre-soi, des lieux où l’on se protège les uns les autres, avec un ténébreux mépris pour la marche du monde. On retrouve un danger que j’ai moulte fois dénoncé, quand une société de bienveillance devient une société de privilège. Mais quand la Loge reste fidèle à ses principes, quand elle cultive la tolérance, la bienfaisance, la raison, alors elle devient sinon un modèle, du moins, un laboratoire pour la société tout entière. Je l’ai dit et je le redis : la meilleure société est celle où l’on peut être soi-même sans nuire à autrui. La Loge, lorsqu’elle est tendue vers le bien et veut en être le creuset, renouvelle chaque jour l’exemple que s’efforce d’illustrer chacun de ses membres.

450.fm : Votre combat pour la tolérance religieuse rejoint-il l’esprit maçonnique ?

Voltaire : Il en est le cœur même ! J’ai passé ma vie à dire que tous les hommes sont frères, enfants du même Dieu ou de mère Nature, peu importe le nom que l’on donne aux principes qui gouvernent la vie et l’univers. La Franc-maçonnerie, lorsqu’elle reste fidèle aux forces supérieures de l’esprit, offre un terrain neutre où le catholique, le protestant, le déiste et même l’athée peuvent se rencontrer sans se maudire. C’est une victoire de la raison sur le fanatisme.

Mon combat pour la tolérance n’était pas un combat abstrait. Il était concret. On ne le voit que trop : si la liberté doit couler dans le sang des hommes, le sang des hommes coule trop souvent pour la liberté. J’ai défendu Calas, un protestant innocent condamné à mort par des magistrats fanatiques. J’ai défendu Sirven, d’une autre famille protestante persécutée. J’ai défendu le chevalier de La Barre, un jeune homme de vingt ans décapité et brûlé pour n’avoir pas salué une procession. Il aura été la dernière personne exécutée, en France, pour blasphème et sacrilège. J’ai consacré des volumes entiers à la tolérance pour protester contre ces horreurs. La Franc-maçonnerie, dans sa vocation profonde, est à l’opposé de tout cela. Désormais, dans une Loge, un catholique et un protestant sont frères. Un théiste, qui croit à la révélation, un déiste, qui n’y croit pas mais reconnaît Dieu sans en déterminer les attributs, un agnostique, pour qui l’absolu est hors de portée de l’intelligence humaine, et un athée, puisqu’il est désormais loisible d’être non seulement sans croyance mais de nier l’existence de Dieu – je reprends ici vos distinctions modernes –, eh bien, les uns et les autres peuvent paisiblement y dialoguer sans se haïr, en évitant, toutefois, de se chercher querelle sur aucun point de leurs convictions respectives. De même, le citoyen d’un peuple comme le membre d’une autre nation s’y rencontrent familièrement et s’y embrassent dans leur humanité commune. C’est cela la première révolution qu’il faudrait étendre et accomplir au delà des frontières et qu’il conviendrait de préserver à tout prix, quelles que fussent les rivalités et les vicissitudes que l’histoire s’ingénie à interposer sur les chemins de la félicité ou, du moins, sur ceux de nos tranquillités domestiques. Dans mon siècle où les guerres de religion ensanglantaient encore l’Europe, où l’Inquisition brûlait encore les hérétiques, fût-ce à moindres feux, où les juifs étaient bannis de cités entières – même si, pour ma part, je ne nie pas avoir oscillé, à leur égard, entre la sympathie et la détestation –, la Loge était un lieu où la tolérance se pratiquait et point seulement une utopie se résumant à d’avantageuses vues de l’esprit. C’est pourquoi je dis que mon combat et l’idéal maçonnique sont solidaires. Nous cherchons la même chose : un monde où l’on ne pourchasse plus personne pour ses idées, ses propos ou ses croyances, où l’on peut afficher ses différences sans se considérer comme ennemis, où l’on doit même faire société ensemble, sur un pied d’égalité de droit.

450.fm : Que pensez-vous ainsi de l’égalité en Loge ?

Voltaire : Elle est nécessaire et salutaire. Non pas cette égalité absurde qui nierait les talents, mais l’égalité de dignité. Dans le Temple, le noble et le roturier, l’érudit et l’artisan sont frères. C’est une leçon que les rois et les évêques feraient bien de méditer. J’ai toujours abhorré l’orgueil de caste ; la Loge le rabaisse drastiquement voire le laisse à la porte. C’est un exercice utile pour l’avenir des sociétés humaines.

J’ai vécu en un siècle où, de la façon la plus générale, votre sort était réglé à la naissance, pour votre vie entière, selon que vous étiez noble ou roturier. Un noble, surtout de haut rang, pouvait tout se permettre, même l’inacceptable. Un roturier ne pouvait prétendre à rien, même s’il eût mérité un autre destin. J’ai vu des hommes d’un talent éminent condamnés à l’obscurité, parce qu’ils n’étaient pas bien nés. J’ai vu des êtres odieux, d’abominables sots, des fats répugnants occuper de grandes places, parce que leur nom les y appelait ou qu’ils avaient acheté leur titre ou leur charge. La Loge ne repose pas sur l’abus des positions. Elle demande seulement d’être un homme de bien. Un artisan peut y être le frère d’un duc. Un commerçant peut y être le frère d’un ministre. Dans le Temple, on ne regarde pas votre blason, on se fie à votre caractère. C’est une égalité foncière, sans fausseté ni jalousie. Non pas une égalité qui nierait les différences de talent, de mérite, de savoir – j’ai toujours rejeté ces égalités prétendument astringentes mais dévastatrices qui n’ont de cesse de tout ravaler au même niveau. Tout aussi bien, j’ai toujours révéré une égalité de dignité humaine. Chaque homme vaut par ce qu’il est, non par ce qu’il possède ni davantage par celui de qui il procède. Chaque homme mérite le respect, non par sa naissance ou son établissement, mais par son humanité. C’est une évolution positive de la notion d’homme de qualité. Elle ne s’enracine plus dans une noblesse d’origine, mais dans une noblesse de cœur et celle-ci s’affirme à mesure que l’on exige plus de soi et moins des autres. La Loge enseigne cela mieux que tous mes traités. Je le dis avec sincérité, même si l’on m’a rarement identifié à un parangon de modestie.

450.fm : La Franc-maçonnerie peut-elle aider à « Écraser l’Infâme » ?

Voltaire : Elle le peut, non par la violence, mais par la lumière. En formant des hommes raisonnables, tolérants et attachés au bien public, elle affaiblit les superstitions mieux que bien des pamphlets. Mais qu’elle se garde de devenir elle-même une nouvelle église ou un parti, sauf le parti des philosophes ! Je la veux donc utile et non dogmatique.

« Écrasons l’Infâme », ce fut mon cri de guerre à peine voilé contre le fanatisme, l’intolérance, la superstition, l’obscurantisme. L’Infâme, c’est plus qu’une Église en particulier, c’est tout ce qui empêche l’homme de penser librement. L’Infâme, c’est le prêtre qui dit : « crois ou brûle ». C’est le roi qui dit : « obéis ou meurs ». C’est le docte qui dit : « je sais, tu ignores ». La Franc-maçonnerie peut aider à écraser l’Infâme, mais seulement si elle reste fidèle à elle-même. Si elle forme des hommes qui pensent par eux-mêmes, qui ne se soumettent aveuglément à aucune autorité – ni a fortiori à une autorité aveugle –, qui pratiquent la tolérance envers tous, alors la Franc-maçonnerie développera de puissantes armes contre l’obscurantisme. Mais si elle verse peu ou prou dans le dogmatisme, si elle s’estime dans son bon droit pour interdire des croyances au lieu de les aider à se remodeler de façon qu’elles renoncent à s’imposer, si elle tourmente à son tour ceux qui ne pensent pas comme elle, alors elle se rangera d’office dans la catégorie de l’Infâme qu’elle prétendait dénoncer. Je l’ai dit et je le redis : la maçonnerie doit être utile et non dogmatique. Elle doit éclairer, pas aveugler. Elle doit libérer, non point asservir.

450.fm : Quel est, selon vous, le plus grand apport de la Franc-maçonnerie à la société ?

Voltaire : Former des hommes qui pensent par eux-mêmes, qui pratiquent la bienfaisance sans ostentation et qui préfèrent la concorde et la bonne intelligence plutôt que le conflit et la dissension. En un siècle où les prêtres et les despotes cherchaient à régner en maîtres, une telle société n’était point seulement un bienfait mais, j’ose le dire, une bénédiction.

La contribution la plus élevée de la Franc-maçonnerie, c’est la formation de l’homme par lui-même. Pas l’homme façonné dès son plus jeune âge par les préjugés, dominé par ses peurs, expectorant ses haines. Mais l’homme tel qu’il peut devenir, avec sa raison, sa bonté, sa liberté. La Loge n’est pas une école où l’on récite toutes les vulgates de la terre. C’est un atelier où l’on travaille sur soi-même. On y apprend à écouter avant de parler, à comprendre avant de juger, à aider avant de réclamer. On y apprend que la vérité ne s’impose pas, elle se cherche en commun. On y apprend que le frère n’est pas un adversaire à abattre, mais un compagnon à cortéger ensemble. Dans un siècle où les Églises veulent sauver les âmes, où les États veulent soumettre les corps, la Loge est l’un des rares lieux où l’on forme des hommes libres. Des hommes qui ne se soumettent qu’à la raison, qui ne reconnaissent d’autre autorité que celle du mérite, qui pratiquent la bienfaisance comme un devoir bien compris et sans ostentation. Voilà son immense secours, son apport inestimable. La société a besoin de tels hommes. Elle en a davantage besoin que d’ecclésiastiques et d’aristocrates, que de maréchaux et de ministres.

450.fm : Avez-vous des réserves sur la Franc-maçonnerie de votre temps comme sur ce qu’elle est devenue ?

Voltaire : Quelques-unes. Je me méfie des hauts grades, trop mystiques, qui risquent de ramener la superstition par la petite porte. Je préfère une maçonnerie simple, morale et philosophique, plutôt qu’une maçonnerie qui se dissipe en vaines spéculations alchimiques ou kabbalistiques, sans efficience pour les hommes des temps modernes. Restons dans la lumière de la raison.

Permettez-moi de développer mon propos. Je formulerai un peu plus que de prudentes réserves, des réserves plutôt substantielles, du fait, surtout, qu’elles portent sur des risques qui sont loin d’être mineurs. Je me méfie, en effet, des degrés prétendument supérieurs, de ces systèmes compliqués qui multiplient les titres, les insignes, les secrets. Je me méfie des cascades d’anciens mystères, des palanquées de personnages antiques, des myriades de temples perdus et des ribambelles de secrets antédiluviens. Tout cela sent plus ou moins la superstition et, en tout cas, la sécrète, dresse des remparts à la raison et bientôt la combat. Je préfère une maçonnerie simple, celle des trois premiers grades, celle qui enseigne la morale, la raison, la tolérance. Je préfère une maçonnerie qui ne cherche pas à se réfugier fébrilement sous les voûtes obscures de légendes indéchiffrables mais qui s’applique à rechercher les clartés de la science, à pratiquer une bienfaisance contagieuse. Je préfère une maçonnerie philosophique, qui s’adresse à l’esprit rationnel, non à l’imagination fiévreuse. L’alchimie, la kabbale, l’hermétisme – tout cela peut être intéressant pour les curieux, mais ce n’est pas ainsi que la franc-maçonnerie cimentera les liens entre les hommes. La franc-maçonnerie ne doit pas être une école de mystiques, mais une école de philosophes. Je me méfie aussi des loges qui se ferment sur elles-mêmes, qui deviennent des clubs qui s’étiolent dans l’entre-soi, qui ne s’ouvrent plus au monde. La franc-maçonnerie doit être utile à la société, pas seulement à ses membres. Elle doit éclairer ses contemporains et conjurer le danger auquel peut l’incliner sa nature, en glissant de « se taire » à « se terrer ».

450.fm : Sur ces entrefaites, le secret maçonnique vous paraît-il légitime ?

Voltaire : Oui, lorsqu’il protège la liberté de penser. J’ai trop souffert de la censure pour mépriser un espace où l’on peut parler sans crainte. Mais que ce secret ne serve jamais à couvrir l’injustice ou l’intrigue ! Qu’il soit le bouclier de la pensée, non son cachot !

Le secret, en mon temps, était une nécessité. J’ai été emprisonné à la Bastille pour mes écrits. J’ai dû fuir la France pour éviter de moisir dans ses geôles. J’ai publié sous pseudonyme pour échapper à la censure. J’ai connu la persécution pour avoir pensé librement. Alors, je comprends combien est précieux un espace où l’on peut parler sans crainte. Le secret maçonnique, lorsqu’il protège les membres de l’ostracisme voire de la persécution, lorsqu’il permet de discuter librement sans redouter la dénonciation, alors il est légitime. Mais il y a un danger. Le secret peut aussi abriter l’injustice, l’intrigue, la corruption. Le secret peut devenir un outil de pouvoir et ruiner la liberté d’autrui. Je me méfie des sociétés qui se cachent trop, qui ont trop de secrets, qui ne rendent pas de comptes. Le secret doit être un moyen, pas une fin. Un bouclier pour protéger la liberté, pas un écran pour dissimuler la filouterie ou, pis encore, la tyrannie. Si la maçonnerie utilise le secret pour protéger ses membres de la persécution, c’est bien. Si elle l’utilise pour se protéger de la critique, pour masquer ses abus, pour exercer un pouvoir invisible, c’est on ne peut plus blâmable et condamnable. Et, même s’il ne s’agit là que d’une réalité marginale, elle ternit publiquement un idéal et il faut la combattre sans relâche, sans répit, sans pitié. En effet, sur ce plan, le compromis ne peut être que compromission. Il serait fâcheux que la locution courante : « tirer les ficelles », pût un tant soit peu, dans l’opinion, être assimilée à une allégorie maçonnique ! C’était à cent lieues, que dis-je, à mille lieux de traverser l’esprit de quiconque, dans les glorieuses années fondatrices de la franc-maçonnerie. Je vous invite, si besoin en est, à replonger à ses sources pour y regagner de la fraîcheur.

450.fm : Que diriez-vous aux francs-maçons du XXIe siècle ?

Voltaire : Restez des hommes libres ! Ne remplacez pas l’Infâme d’hier par de nouveaux dogmes. Cultivez la raison, la tolérance, la justice et la bienfaisance. Soyez utiles à la cité sans prétendre la gouverner en sous-main. Et surtout, riez : le rire est l’ennemi mortel du fanatisme car le rire est polysémique et se contrôle mal. Retenez ce dernier point : c’est un peu mon antienne. Je ne terminerai pas cette conversation sans vous le rappeler à nouveau. Car il ne se limite pas aux marques incessantes de ma fantaisie, même si certains ont voulu y voir les multiples traits de mon génie. Ce n’aurait été alors qu’une coutume personnelle où je me serais installé. Or c’est bien plus que cela : c’est un axiome dont tous mes combats sont des corollaires et c’est bien ainsi que les puissants l’ont perçu. C’est pourquoi cette audace permanente expose aux premiers périls de la tyrannie, qui doit, comme elle le sait pertinemment, encapsuler, d’emblée, les discours dans des coques épaisses pour filtrer et enrégimenter les esprits, avant que les situations ne dégénèrent. L’ironie est la grande accoucheuse de la vérité, l’alliée primitive de la liberté. Sa sécheresse réplique à l’assèchement des mœurs que provoque tout pouvoir dominateur.

Mes frères du XXIe siècle, prêtez attention aux propos d’outre-tombe d’un vieillard disparu, il y aura bientôt un quart de millénaire. Vous vivez dans un monde qui semble plus éclairé que ne le fut le mien – et ce, pour la bonne raison qu’il inaugurait simplement les prémices du vôtre. Vous jouissez de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, de la liberté de la presse, de la liberté d’association, de libertés publiques et politiques multiples et concurrentes et vous êtes aujourd’hui enclins à les laisser filer, sans mesurer combien elles requièrent vos soins pour se maintenir et prospérer. Certes, vous n’avez plus à craindre la Bastille, l’Inquisition, le bûcher. Mais attention : l’Infâme n’est pas mort, il se métamorphose sans cesse. Il ne plane plus seulement sur les églises, il s’insinue dans les idéologies, nourrit les nationalismes, infeste les nouveaux fanatismes. C’est un « fantôme hideux » qui plaque son ombre sur ceux qui veulent imposer leur vérité par la violence, par la censure, par la haine. Restez vigilants. Restez libres. Ne laissez personne vous ordonner que penser, que croire ou que dire. Ne remplacez pas l’Infâme d’hier par de nouveaux « monstres abominables ». Ne vous laissez pas dévorer par « l’hydre » que vous avez combattue. Cultivez la raison : pour autant, ne soyez jamais péremptoires ! Cultivez la tolérance : pour autant, ne soyez jamais faibles ! Cultivez la justice : pour autant, n’assouvissez jamais de vengeance ! Cultivez la bienfaisance : pour autant, ne soyez jamais généreux par ostentation ! Soyez utiles à la cité : pour autant, ne cherchez pas à manœuvrer ou à manipuler les échéances, même les moins importantes ! Et surtout, riez de bon cœur et partagez votre bonne humeur et, tantôt, votre ironie. Le rire, je vous le répéterai inlassablement, n’est pas seulement le propre de l’homme : c’est l’ennemi juré du fanatisme. Celui qui rit échappe au moins intérieurement à toutes formes d’esclavage.

450.fm : Monsieur de Voltaire, quelle était votre relation avec Benjamin Franklin, et quel rôle a-t-il joué dans votre initiation ?

Voltaire : C’est à son bras que je suis apparu, ce 7 avril 1778, en ce qui devait être mon dernier printemps. C’est lui qui me soutenait, lors de cette cérémonie à laquelle assistaient pas moins deux cent cinquante maçons.

Benjamin Franklin

Franklin et moi, nous avions, l’un et l’autre, dépassé soixante-quinze ans. Nous nous étions rencontrés à Paris en cette même année 1778, et nous nous étions compris instantanément. Franklin m’avait parlé de la maçonnerie américaine, plus simple, plus pragmatique, plus tournée vers l’action. Il m’avait dit que la maçonnerie n’était pas faite pour contempler des mystères, mais pour améliorer le monde. Il m’avait convaincu que Les Neuf Sœurs étaient à cette image : un atelier où l’on travaille, pas un temple où l’on prie. Le jour de mon initiation, il était, comme je vous l’ai dit, à mes côtés. Nous nous sommes étreints comme deux frères et je lui ai déclaré : « Maintenant, nous sommes vraiment frères. » Il m’a répondu : « Et ensemble, nous continuerons le travail. » Il ne savait pas que ce travail, je ne pourrais le continuer que quelques semaines encore. Je suis mort le 30 mai suivant, soit moins de deux mois plus tard. Mais ces deux mois ont été riches d’une conscience toute revigorée et presque rajeunie. En effet, j’avais fait le bon choix.

450.fm : La Loge Les Neuf Sœurs était connue pour son esprit philosophique. Qu’en avez-vous pensé ?

Voltaire : Les Neuf Sœurs étaient précisément ce que j’attendais : une loge où circulaient les idées, où nul ne plastronnait. Elle avait été fondée par des hommes comme Helvétius, Condorcet, Bailly – des esprits qui ne craignaient pas la vérité. J’y ai trouvé l’atmosphère des salons que j’avais aimés, mais supplémentée, comme vous dites aujourd’hui, par une discipline salutaire. Les Neuf Sœurs n’avaient rien d’un groupement soumis à d’étroites influences. C’était une phalange d’esprits libres, une sorte d’académie qui n’aurait pas été engoncée dans quelque conformisme que ce fût. Une assemblée rare et précieuse.

Portrait de Claude Adrien Helvetius

Les Neuf Sœurs étaient une loge unique en son temps. Fondée en 1776, elle avait réuni des hommes de l’élite intellectuelle de Paris : Helvétius, le philosophe de la sensibilité ; Condorcet, le mathématicien et philosophe de la progression humaine ; Jérôme de Lalande, son vénérable, astronome de son état ; Bailly, également astronome et futur premier maire de Paris en 1789 ; Franklin, bien sûr ; et tant d’autres esprits libres, comme je le disais. Ce n’était pas une loge ordinaire. C’était une loge de philosophes, d’hommes qui pensaient, qui écrivaient, qui agissaient. J’y ai trouvé l’atmosphère des salons que j’avais aimés dans ma jeunesse, ceux de Madame Geoffrin, de Madame du Deffand, de Julie de Lespinasse, mais avec des idées à la fois plus orientées vers les sciences et plus resserrées vers l’action, avec quelques choses de plus : une discipline, une régularité, une fraternité authentique. Dans les salons, on parlait, on discutait, mais on égayait la conversation de tous les bons mots que l’on pouvait trouver. C’était à ce jeu que s’évaluait la distinction d’en être. Dans la Loge, on écoutait, on réfléchissait, on travaillait, sans que les frères n’eussent besoin d’effet pour mériter l’attention. N’y ayant appartenu que deux mois, je ne puis vous en dire que ce que l’histoire en a retenu. On y façonnait un art de la réflexion et du partage qui visait à pénétrer ses membres, à la faveur des conquêtes des arts, des sciences et des productions auxquels ils participaient, des vastes évolutions qui commençaient à déferler sur le monde. La Loge se présentait comme une société charitable « inspirée par les Muses » : les Neuf Sœurs, toutes filles de Mnémosyne, la déesse grecque de la mémoire. Cette loge eut une grande influence en matière de sciences et au début de la Révolution. Par prudence, elle ne subsista, d’abord, que jusqu’en 1792. Reconstituée en 1805, elle poursuivit ses travaux jusqu’en 1848, non sans une interruption de quelque sept années, entre 1829 et 1836. Elle ne connut plus, au delà de sa première période, un rayonnement aussi prestigieux. Si aujourd’hui une loge porte encore son nom, c’est qu’elle a été autorisée à « en relever le titre distinctif », sans pour autant pouvoir prétendre en avoir régulièrement « rallumé les feux ».

450.fm : Quel lien voyez-vous entre les Lumières et la Franc-maçonnerie ?

Gilbert du Motier Marquis de Lafayette

Voltaire : Un lien naturel, presque nécessaire. Les Lumières sont la lumière de la raison répandue sur l’humanité. La Franc-maçonnerie est une société qui se réclame de cette lumière. Quand les philosophes disent « Osez savoir », les maçons disent « Devenez lumière ». C’est le même appel, exprimé dans deux registres différents. Mon siècle a vu naître et prospérer les Encyclopédistes et les loges. Ce n’est pas un effet du hasard.

Quand les philosophes des Lumières proclament : « Osez savoir, osez penser, osez être libre ». La Franc-maçonnerie exhorte à devenir lumière, travailler sur soi-même, aider son Frère. Les Encyclopédistes écrivaient des traités pour éclairer les esprits. Les maçons construisaient des ateliers pour former des hommes. La plupart des philosophes dont l’histoire a retenu le nom étaient en lien avec la maçonnerie, même si tous n’étaient pas initiés. La maçonnerie recrutait parmi les penseurs, les savants, les artistes, les hommes de progrès, en général.

450.fm : Quel était votre rapport aux symboles maçonniques ?

Voltaire : Je les aimais parce qu’ils parlent sans imposer. Un symbole n’est pas un dogme : il invite à réfléchir, il ne commande pas de croire. L’équerre, le compas, l’échelle, la lumière – tous ces symboles sont des outils pour l’esprit. Je me suis toujours méfié des mots qui ferment la pensée. Les symboles, au contraire, l’ouvrent. J’ai ri de certains rituels, mais j’ai respecté leur message. Le rire et le respect ne sont pas toujours incompatibles. Je me suis moqué des costumes trop pompeux, des secrets trop mystérieux. Mais les symboles m’ont toujours parlé.

450.fm : La Franc-maçonnerie de votre temps était-elle majoritairement déiste ? Comment avez-vous vécu cela ?

Voltaire : La maçonnerie de mon temps était majoritairement déiste, et je l’ai accepté pleinement. Je suis déiste moi-même. Je crois en un Dieu créateur, un Grand Horloger, un Grand Architecte de l’Univers, mais je refuse tout culte imposé, toute révélation exclusive, toute Église qui prétend être la seule dépositaire de la vérité.

Le déisme, c’est la croyance en un Dieu raisonnable, qui a créé le monde selon des lois que l’on peut comprendre, qui ne fait pas de miracles, qui ne parle pas aux hommes, qui ne demande pas de culte. C’est la croyance des philosophes, des hommes de sciences, des hommes libres. La Loge acceptait les déistes, les protestants, les catholiques sincères, et même ceux qui doutaient. C’était déjà beaucoup pour mon siècle. À une époque où l’on brûlait encore les hérétiques, où l’on bannissait les juifs, où l’on persécutait les protestants… Aujourd’hui, je sais que certaines loges admettent les athées. La raison doit n’exclure personne, pour peu que chacun soit honnête et bienveillant. L’important n’est pas ce que l’on croit, c’est comment l’on vit. Un athée bienveillant vaut mieux qu’un croyant fanatique, sans doute même au regard d’un Dieu du Pardon comme d’un Dieu de la Faute, ainsi que la théologie contemporaine en a redessiné les contours. Bien entendu, on ne retiendra de ce propos audacieux que son image car, en une aussi vénielle circonstance, je me garderai bien de blasphémer, en prétendant que la chose tombe sous le sens…

450.fm : Que pensez-vous de la maçonnerie qui se développe aujourd’hui, avec des femmes admises dans certaines obédiences ?

Voltaire : Ah, mes frères, vous avez plusieurs fois dépassé mon siècle ! J’ai vécu en un temps où les femmes étaient exclues de presque toutes les sociétés savantes. Les Académies, les Universités, tout était fermé aux femmes, ou presque, puisqu’elles tenaient parfois salon. J’ai connu des femmes philosophes, des femmes écrivains, des femmes de sciences – Madame de Graffigny, Madame du Châtelet, Madame de Sévigné – et toutes ont dû lutter contre les préjugés, contre l’exclusion, contre le mépris. Si aujourd’hui les femmes peuvent entrer en Loge, si elles peuvent y être reconnues comme égales en dignité et en raison, alors c’est une victoire de la raison elle-même. Je me réjouis de cette évolution plus que je ne saurais l’exprimer. La nature ne fait aucune différence entre l’homme et la femme quand il s’agit de la capacité de penser, de souffrir, d’aimer, de créer, d’expérimenter et de poursuivre la vérité.

450.fm : Merci pour nos Sœurs et pour nous tous. Adieu Voltaire. À vous qui auriez répondu à un prêtre accouru à votre chevet, en vos derniers instants, alors qu’il vous demandait de renoncer à Satan : « Ce n’est pas le moment de se faire de nouveaux ennemis », nous adressons une très fraternelle acclamation : « Chapeau l’artiste ! Jusqu’au tomber de rideau… » Et, comme vous le constatez, vous êtes à ce point entré dans la postérité que votre pensée a enjambé les siècles. Aussi est-ce le cœur tranquille que nous vous laissons retourner à la quatrième dimension, même si, à votre goût, cette idée n’est peut-être pas suffisamment « raisonnable »… Par un de ces paradoxes qu’affectionnent les francs-maçons, du moins, nous pardonneront ceux qui croient qu’on retourne à Dieu. Ils penseront peut-être également qu’on vous a sorti du paradis, comme on sort un vieux parent d’un EHPAD, pour l’après-midi…

Et voici, chers Lecteurs, en guise d’épilogue…

Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où l’Infâme fluctue et se réincarne, se transfigure et se transpose. Il n’est plus l’apanage de l’Église catholique, s’il le fut jamais. Rome s’est rangé à des idées plus sages, quoique le Vatican ait conservé quelque « passion triste », comme eût dit Spinoza, à l’encontre de la Franc-maçonnerie. Les Évangélistes, par exemple, ont repris le flambeau et jettent leurs brandons un peu partout. C’est plus largement le cas des religions qui ne reposent pas sur des institutions centralisées mais sur des représentations locales autonomes, par nature plus immédiatement inflammables, comme l’islamisme radical le démontre, ces temps-ci, un peu trop ardemment, dans ses diverses composantes. L’Infâme se repait aussi des régimes autoritaires voire totalitaires de tout acabit, il parade éhontément dans les discours des nationalismes en vogue, il gesticule dans tous les déchaînements du fanatisme, il se tapit dans l’ombre des idéologies fermées. On sent sent vibrer son mufle chez ceux qui veulent imposer leur vérité par la violence, par la censure, par la haine.

La leçon de Voltaire est aussi simple que manifeste : restez libres, restez raisonnables, restez bienveillants. Ne baissez jamais la garde et n’omettez pas de rire, à tout moment, des sottises dangereuses dont l’actualité regorge. Pour vous-même, ces fumigations purifiantes vous serviront de prophylaxie mentale et, répétons-le, le rire est l’ennemi primordial du fanatisme, une vigie acérée contre l’arbitraire car, en tendant aux despotes, aux tyranneaux de tout poil, à leurs sbires et à tous leurs porte-cotons affairés, le miroir de leurs déformations, le rire est le révélateur de toutes leurs impostures.

Voltaire n’a cessé de dénoncer, avec sa vivacité d’esprit et sa verve agile, les funestes abus des puissants. Il a aussi décoché ses flèches et ses railleries contre les valeurs établies qui étouffaient toute velléité de changement et d’indépendance. Sans atteindre à sa causticité satirique, nous aurions maints sujets de « voltairianiser » un peu mais, dans l’hystérie de notre ère numérique, aussi mordantes que puissent être nos critiques, elles ne risquent guère d’ébranler leurs cibles. Seules semblent, désormais, pouvoir y parvenir les duperies et les informations fallacieuses. Quelle époque !

En tout état de cause, ouvrez votre pensée, ouvrez votre cœur, ouvrez vous aux autres ! Regardez-vous, au passage… dans le grand miroir du Temps. Où vous conduisent vos pas ? Où convergent vos regards ?

Au château de Sellières (ancienne abbaye) près de Romilly-sur-Seine se trouve toujours la plaque  funéraire d’origine de Voltaire, aux dimensions de 49 cm sur 59 cm. Elle est ornée d’un « A », pour Arouet, et d’un « V », pour Voltaire, qui s’enlacent quasiment à la manière d’une équerre et d’un compas !
C’est son neveu, l’abbé Alexandre Jean Mignot, qui ramena discrètement, jusque dans l’Aube, après son décès, le 30 mai 1778, le corps de son oncle… fameux pour sa verve anticléricale. Inhumée dans l’abbaye puis dans l’église de Romilly durant deux mois, sa dépouille fut transférée à Paris en juillet 1791, lorsque Voltaire entra au Panthéon. 

Autres interviews des « Rencontre au miroir du temps »

Quand la Règle rectifiée devient chemin de réintégration

Avec Décryptage spirituel de la Règle Maçonnique du Rite Écossais Rectifié, Olivier de Lespinats livre bien davantage qu’un commentaire doctrinal. Il propose une traversée exigeante de la Règle en neuf points du Rite Écossais Rectifié (RER), où la foi, la bienfaisance, la patrie, l’humanité, l’âme immortelle et l’Ordre deviennent les degrés d’une même remontée vers la ressemblance divine. L’ouvrage paraît aux Éditions Numérilivre, dans la collection « Voies de la Connaissance », en 2026.

Décryptage spirituel de la Règle Maçonnique du Rite Écossais Rectifié appartient à ces livres qui ne se contentent pas d’expliquer un texte maçonnique

Ils le font résonner. Olivier de Lespinats s’attache à la Règle du Rite Écossais Rectifié comme à une colonne intérieure, non pour la réduire à un objet d’étude, mais pour en faire entendre la respiration profonde, la densité chrétienne, la portée morale et l’exigence initiatique. À travers cette lecture, la Règle cesse d’apparaître comme une succession de prescriptions anciennes. Elle devient une architecture vivante, une grammaire de l’âme, une voie de rectification où l’homme n’est jamais seulement invité à mieux agir, mais appelé à se souvenir de ce qu’il fut, de ce qu’il a perdu et de ce qu’il peut encore retrouver.

La force de l’ouvrage tient d’abord à cette conviction intérieure

J.-B. Willermoz

Le Rite Écossais Rectifié n’est pas présenté comme une variante parmi d’autres de la tradition maçonnique, mais comme une voie spécifique de relèvement, marquée par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), Martinès de Pasqually (c. 1727-1774), fondateur vers 1761  de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers, l’idée de réintégration spirituelle et la conscience douloureuse d’une grandeur humaine blessée. Le maçon rectifié ne travaille pas seulement sur une pierre. Il travaille sur une absence. Il polit en lui la trace obscurcie d’une ressemblance première. Il ne cherche pas seulement la lumière comme connaissance, mais comme retour à une source.

C’est pourquoi la Règle analysée par Olivier de Lespinats possède cette gravité particulière. Elle ne flatte jamais l’individu. Elle le met debout devant Dieu, devant les hommes, devant ses frères, devant l’Ordre, devant lui-même.

La structure triadique que l’auteur met au cœur de sa lecture donne à l’ensemble une respiration presque liturgique

Martinès de Pasqually

L’appel de l’Être Suprême, le message adressé aux hommes, la conduite proposée aux maçons composent une véritable dynamique de conversion intérieure. Le trois n’y relève pas d’un goût formel pour la symétrie. Il devient loi de passage. Il rappelle la Trinité chrétienne, bien sûr, mais aussi les grandes triades hermétiques, le corps, l’âme et l’esprit, le sel, le soufre et le mercure, la chute, l’épreuve et la réintégration. À cet endroit, le livre touche une veine profondément ésotérique. La morale n’est plus seulement morale. Elle devient opérative. Elle travaille l’être comme le feu secret travaille la matière dans l’athanor.

Olivier de Lespinats avance avec une fidélité nette au caractère chrétien du RER

Cette fidélité pourra heurter les lectures maçonniques plus libérales ou plus universalistes, mais elle a le mérite de ne jamais esquiver le noyau théologique du rite. Le Christ, le Verbe, la Providence, la rédemption, la charité, l’immortalité de l’âme et la destination supérieure de l’homme ne sont pas des ornements de langage. Ils forment la charpente même de cette voie. Le livre rappelle ainsi que le RER ne se comprend pas pleinement si nous l’arrachons à sa verticalité. Mais cette verticalité n’enferme pas. Elle oblige. Elle commande d’aimer, de tolérer, de secourir, de pardonner, de servir. La doctrine n’a de valeur que si elle devient bienfaisance. La croyance n’a de dignité que si elle se fait œuvre. La lumière reçue n’a de sens que si elle devient chaleur fraternelle.

L’un des plus beaux apports de cette lecture réside dans la place donnée à la bienfaisance Nous touchons ici le cœur battant du régime rectifié. La bienfaisance n’est pas une philanthropie mondaine, ni une bonne intention revêtue d’un vocabulaire pieux. Elle est imitation de l’action divine. Elle est manière de participer, à hauteur humaine, à la circulation du bien. Elle suppose le discernement, la discrétion, l’humilité, la prudence, la constance. Elle exige que le maçon sorte de lui-même sans se dissoudre dans l’agitation du monde. Elle lui apprend à donner sans se regarder donner. Elle transforme l’aide en sacrement fraternel. Elle rappelle que toute souffrance rencontrée devient, pour l’initié, une convocation.

L’ouvrage prend aussi une dimension particulièrement actuelle lorsqu’il aborde les devoirs envers l’humanité, la patrie, les frères et l’Ordre

Tablier maître RER

Nous y voyons combien la Règle rectifiée refuse les séparations faciles. Le maçon n’est pas invité à choisir entre Dieu et les hommes, entre l’intériorité et la cité, entre la fraternité initiatique et la responsabilité civile. Il lui faut tenir ensemble ces fidélités multiples, parfois tendues, toujours exigeantes. La patrie n’est pas idolâtrée, l’humanité n’est pas abstraite, l’Ordre n’est pas sacralisé pour lui-même, la fraternité n’est pas sentimentale. Chaque cercle élargit le précédent et l’éprouve. Être frère, dans cette perspective, ne consiste pas à appartenir à un groupe. C’est répondre d’un lien.

La biographie maçonnique d’Olivier de Lespinats éclaire cette manière d’écrire

Olivier Chebrou de Lespinats

Né en 1961, issu d’une famille poitevine dont certains ancêtres furent francs-maçons dès 1738, initié en 1991, ancien Vénérable Maître, engagé dans la Grande Loge Mixte Nationale dont il devint le quatrième Grand Maître, il conjugue expérience obédientielle, pratique des rites, connaissance symbolique et fidélité à une transmission exigeante. Son parcours au REAA jusqu’au 33e degré et au RER comme CBCS donne à son propos une légitimité vécue plutôt qu’une autorité de bibliothèque. Sa newsletter L’Épi de blé, son intérêt pour l’ancienne revue Le Symbolisme et son travail autour de la tradition de l’art royal inscrivent cet ouvrage dans une œuvre de continuité, de transmission et de clarification.

Ce livre n’est pas exempt d’une certaine insistance démonstrative

Par moments, l’analyse répète, reformule, revient sur les mêmes lignes comme si le texte devait être lentement martelé pour descendre de l’intellect vers la conscience. Mais cette répétition même appartient peut-être à la pédagogie rectifiée. Elle agit comme ces coups réguliers qui ne brisent pas la pierre, mais l’amènent peu à peu à révéler sa forme. L’ouvrage demande donc d’être lu non comme un essai rapide, mais comme un manuel de méditation maçonnique. Il convient de le fréquenter, de le laisser mûrir, de l’interroger à la lumière de sa propre pratique.

Sa portée la plus profonde tient à cette question silencieuse qu’il adresse à chacun de nous Que faisons-nous de la Règle lorsque nous cessons de la considérer comme un texte patrimonial. La récitons-nous, ou nous rectifie-t-elle. La commentons-nous, ou consentons-nous à être jugés par elle. L’auteur nous rappelle que le Rite Écossais Rectifié n’est pas seulement une mémoire du XVIIIe siècle. Il demeure une école de verticalité, de dépouillement et de charité active. À l’heure où tant de discours maçonniques se perdent parfois dans la communication, la posture ou l’opinion, ce livre remet au centre une évidence redoutable. La vraie tradition ne consiste pas à conserver des mots anciens. Elle consiste à laisser ces mots anciens nous rendre meilleurs.

Avec Olivier de Lespinats, la Règle rectifiée redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, non un texte de musée, mais une braise intérieure où le maçon apprend, dans le silence de sa conscience, à redevenir homme de désir, frère de devoir et serviteur de lumière.

Décryptage Spirituel de la Règle Maçonnique du Rite Écossais Rectifié – Structure Triadique Théologique

Olivier de Lespinats – Éditions Numérilivre, coll. Voies de la Connaissance, 2026, 166 pages, 22 € / L’éditeur, le SITE

Jean-Raphaël Notton réélu Grand Maître de la GLDF

Une deuxième année placée sous le signe de l’ouverture, de la transmission et de la quête de sens.

Blason GLDF
Blason GLDF

La Grande Loge de France (GLDF) vient d’annoncer la réélection de Jean-Raphaël Notton à la fonction de Grand Maître pour une année supplémentaire. Ce renouvellement de confiance prolonge une action engagée depuis le début de son mandat autour de trois axes majeurs, le rayonnement de l’Obédience, le dialogue avec la société contemporaine et la transmission des valeurs humanistes et spirituelles de la Franc-Maçonnerie.

Dans une époque traversée par les incertitudes, les fractures sociales, les radicalités et les accélérations technologiques, la Grande Loge de France entend rappeler la nécessité du temps long, de la réflexion intérieure et du questionnement.

Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France
Jean-Raphaël Notton, réélu GM de la GLDF

À rebours de l’immédiateté et du tumulte permanent, elle propose une démarche initiatique où l’être humain apprend d’abord à se construire lui-même pour mieux agir dans la cité.

« Forts de cette confiance renouvelée, nous allons continuer notre action d’ouverture, pour partager nos valeurs et notre engagement, et aider ceux qui sont en quête de sens dans le contexte incertain actuel », souligne Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France.

Une dynamique d’ouverture confirmée

Depuis plusieurs années, la Grande Loge de France multiplie les rencontres ouvertes au public, les conférences, les manifestations culturelles et les espaces de dialogue destinés à faire connaître plus largement une démarche encore trop souvent entourée de préjugés ou de représentations éloignées de sa réalité.

Cette volonté d’ouverture rencontre aujourd’hui une attente profonde

Depuis le début de l’année 2026, l’Obédience annonce une progression de 800 membres, signe d’un intérêt renouvelé pour une voie fondée sur la recherche intérieure, la fraternité, la spiritualité et la liberté de conscience.

Dans un monde où beaucoup cherchent à retrouver du sens, la Franc-Maçonnerie apparaît comme un espace singulier où le doute devient méthode, où l’écoute devient apprentissage, où la différence n’est plus une frontière mais une richesse.

Une confiance renouvelée par le Convent 2026

Le vote du Convent 2026 confirme cette orientation.

Jean-Raphaël Notton a été réélu

avec 472 voix favorables

contre 184 voix défavorables,

SOIT

72 % de « oui » et 28 % de « non ».

Ce résultat donne au Grand Maître une légitimité renouvelée pour poursuivre l’œuvre engagée et inscrire cette nouvelle année dans la continuité d’une Franc-Maçonnerie ouverte sur son époque, attachée à ses fondements initiatiques et soucieuse de répondre aux interrogations spirituelles et humanistes contemporaines.

Réhabiliter la mémoire face à l’ombre de Vichy

Cette réélection restera également marquée par une décision d’une forte portée historique et symbolique avec l’abrogation de deux décisions prises sous le régime de Vichy à l’encontre de Loges de la Grande Loge de France.

Ainsi, la Loge n°1249 Les Égalitaires Fils de Karukera, à l’Orient des Abymes en Guadeloupe, reprendra les travaux de la Respectable Loge n°345 Les Égalitaires, à l’Orient de Pointe-à-Pitre.

De même, la Loge n°1601 L’Union des Cœurs 513, à l’Orient de Lyon, reprendra les travaux de la Respectable Loge n°513 L’Union des Cœurs.

Au-delà de la décision administrative, ce geste possède une véritable dimension mémorielle

Il rappelle les persécutions subies par les francs-maçons sous le régime de Vichy, lorsque les Loges furent interdites, leurs archives confisquées et leurs membres désignés comme ennemis par un pouvoir fondé sur l’exclusion.

Rétablir ces filiations, c’est renouer symboliquement une chaîne interrompue par l’intolérance. C’est aussi rappeler que la mémoire n’est jamais seulement un hommage rendu au passé mais une vigilance confiée au présent.

Une Franc-Maçonnerie fidèle à ses racines et attentive au monde

Avec plus de 30 000 membres en France et à l’international, la Grande Loge de France poursuit une voie singulière dans le paysage maçonnique. Héritière d’une tradition initiatique ancienne, portée notamment par le Rite Écossais Ancien et Accepté, elle affirme une démarche où spiritualité, humanisme et liberté de conscience dialoguent sans s’exclure.

La réélection de Jean-Raphaël Notton ouvre ainsi une nouvelle séquence. Celle d’une Franc-Maçonnerie qui souhaite transmettre sans se refermer, préserver ses symboles sans s’isoler du monde, et rappeler que la construction du Temple intérieur demeure indissociable de l’édification d’une société plus fraternelle.

À l’heure où beaucoup recherchent des réponses immédiates, la Grande Loge de France continue de proposer un chemin différent, celui de la patience, de l’étude et de la Lumière progressivement conquise.

Le communiqué de presse

Nous avons peut-être retrouvé la Loge des Hypocrites

7

Lorsque la franchise sert de tremplin à la bêtise, on se surprend à regretter l’hypocrisie.

Une citation de Guy Bedos

Il existe dans nos ateliers une vieille maladie discrète, tenace, presque élégante dans sa manière d’empoisonner les travaux : l’hypocrisie de circonstance. Elle ne se présente jamais comme telle ; elle arrive coiffée d’un sourire, enveloppée de bienveillance, parfumée à la fraternité, et s’assied sagement sur les colonnes pour applaudir ce qu’elle n’a pas écouté.

Nous connaissons tous cette scène. Une planche vient de se terminer, parfois après quarante-cinq minutes d’une traversée laborieuse, et déjà s’élèvent les félicitations. Le travail est qualifié de « lumineux », de « profond », d’« essentiel ». Le Frère qui l’a présenté reçoit des compliments qui ont tout de la politesse maçonnique et rien de l’examen sincère. On s’incline, on sourit, on remercie, on se congratule. À ce moment précis, chacun sait plus ou moins ce qu’il en est : il n’y a pas eu illumination, mais souvent simple survie.

La formule est devenue si bien huilée qu’elle tient lieu de liturgie. On ne dit pas forcément ce que l’on pense, on dit ce qu’il convient de dire. On ne nomme pas les faiblesses du texte, on les noie dans un vocabulaire de circonstance. On ne relève pas les longueurs, les approximations, les redites ; on les transforme en « richesse de contenu ». Et lorsqu’un exposé a été si confus qu’il en devient presque abstrait, on y voit paradoxalement une profondeur que l’on n’oserait pas attribuer à un véritable effort de pensée.

Il faut bien le dire : à force de confondre courtoisie et complaisance, nous avons parfois fabriqué une fraternité de carton-pâte. Tout y paraît noble, poli, rassurant. Mais sous le vernis, combien de travaux médiocres sont sanctifiés par pure paix sociale ? Combien de silences sont érigés en vertus ? Combien de « merci, mon Frère » servent moins à saluer un mérite qu’à éviter d’avoir à penser, puis à répondre, puis à contredire ?

Le problème n’est pas la politesse. La politesse est nécessaire, précieuse même, lorsqu’elle sert à protéger la dignité de chacun. Le problème, c’est la politesse dévoyée, celle qui devient une machine à neutraliser tout jugement. Dans ce cas, elle ne relie plus : elle dissimule. Elle ne pacifie pas : elle anesthésie. Elle devient ce couvercle de velours qui empêche la critique de respirer.

On pourrait presque en rire si le sujet n’était pas aussi sérieux. Car derrière l’hypocrisie des applaudissements se cache souvent une paresse intellectuelle collective. Lorsqu’on n’a rien à dire, on félicite. Lorsqu’on n’a pas compris, on salue la « profondeur ». Lorsqu’on s’est ennuyé, on invoque la « qualité du silence » ou la « densité symbolique ». C’est pratique. C’est élégant. C’est surtout commode.

Cette mécanique finit par produire une étrange confusion : le travail médiocre n’est plus corrigé, il est validé ; le travail prometteur n’est plus interrogé, il est flatté ; le travail réellement brillant n’est plus distingué, il est noyé dans l’éloge automatique. À trop vouloir éviter la blessure, on finit par empêcher la progression. À trop vouloir préserver les susceptibilités, on abîme l’exigence. Et à trop vouloir sauver l’harmonie, on sacrifie la vérité.

Car enfin, à quoi sert une Loge si elle ne sait plus dire les choses ? Une fraternité digne de ce nom n’est pas un salon de compliments. Elle est un lieu où l’on peut se parler franchement sans se détester, se corriger sans s’humilier, se critiquer sans se mépriser. Ce n’est pas une mince affaire. C’est même l’un des exercices les plus difficiles de la vie initiatique : apprendre à dire juste sans être brutal, à être vrai sans être vainqueur, à être exigeant sans devenir cruel. Il faudrait peut-être réhabiliter une vertu oubliée : le discernement. Dire à un Frère qu’il n’a pas encore atteint le but n’est pas le rabaisser. Lui faire croire que tout est accompli alors que l’essentiel manque encore, voilà ce qui relève d’une forme de mépris déguisé. Le vrai respect consiste à prendre l’autre au sérieux. Et prendre l’autre au sérieux, c’est aussi considérer qu’il peut entendre une critique, y réfléchir, et s’en servir pour avancer.

On pourrait même imaginer quelques remèdes, non pour humilier qui que ce soit, mais pour remettre un peu d’air dans les travaux.

D’abord, le « merci, et pourtant… ». Une formule simple, presque médicale, qui permettrait de remercier sincèrement un Frère ou une Soeur tout en ouvrant la porte à une observation honnête. « Merci pour cette planche, et pourtant j’aurais aimé davantage de précision sur ce point. » Ce n’est pas une attaque. C’est un service rendu à la pensée. Ensuite, la tenue de la franchise bienveillante. Une fois par an, pourquoi pas, un moment où chacun serait autorisé à dire ce qu’il pense réellement d’un travail, à condition de le faire avec mesure, sans méchanceté et sans théâtre. Ce serait plus utile que bien des courbettes. Et probablement plus fraternel aussi.

On pourrait encore instaurer le serment tacite de l’honnêteté intellectuelle : ne pas prétendre avoir compris ce que l’on n’a pas compris ; ne pas applaudir ce qui ne mérite pas d’éloges ; ne pas transformer un texte faible en chef-d’œuvre par peur de froisser son auteur. Ce n’est pas une révolution. C’est simplement de l’intégrité.

Au fond, la question n’est pas seulement celle des planches. Elle est plus vaste, plus grave, presque initiatique au sens fort : voulons-nous une fraternité d’êtres qui cherchent ensemble, ou une assemblée de convenances qui se protègent mutuellement de toute remise en cause ? Voulons-nous une Loge vivante, exigeante, où l’on grandit par le travail et la parole vraie, ou un théâtre discret où chacun joue le rôle du Frère admiratif pendant que tout le monde s’ennuie poliment ?

Si la seconde option nous convient, alors il faudra l’assumer franchement. Appelons les choses par leur nom : ce ne serait plus tout à fait une Loge, mais un club de courtoisie, un cercle de belles manières, une association de sourires bien repassés. Ce n’est pas honteux en soi. Mais ce n’est pas l’idéal maçonnique. L’idéal, lui, demande un peu plus de courage. Il suppose qu’on accepte de ne pas plaire à tout prix. Qu’on préfère la vérité utile à l’approbation automatique. Qu’on sache dire à un Frère : « Tu peux aller plus loin. » Non pour le rabaisser, mais parce qu’on croit en sa capacité d’aller plus loin. C’est cela, le vrai compliment.

Pour nos Frères et Sœurs

Peut-être avons-nous tous, un jour ou l’autre, souri à une planche qui nous avait laissés froids, par fatigue, par confort ou par délicatesse mal placée. Cela arrive. Mais si la Loge veut rester un lieu de progression, elle doit apprendre à distinguer la bienveillance de la complaisance. La première élève, la seconde endort. Il ne s’agit pas de devenir secs, cassants ou cyniques. Il s’agit de redevenir justes. De retrouver cette parole fraternelle qui n’a pas peur d’être précise. De faire de nos travaux un lieu de vérité partagée, et non un théâtre d’approbations convenues. Car une Loge qui n’ose plus penser sincèrement finit par se trahir elle-même.

Et si, un jour, nous entendions enfin moins de compliments automatiques et davantage d’observations honnêtes, alors peut-être aurions-nous réellement retrouvé la Loge des Hypocrites… pour mieux la quitter.

Légendes de France ou d’ailleurs : Pokou, la reine du passage et l’enfant devenu peuple

Héroïne légendaire des Baoulé, Abraha Pokou demeure l’une des grandes figures fondatrices de la mémoire ivoirienne. Reine de l’exil, femme du seuil, souveraine du sacrifice, elle incarne ce moment terrible où un peuple ne naît qu’en franchissant les eaux de la peur, de la perte et du destin.

Il est des légendes qui ne racontent pas seulement un passé

Elles gardent une braise. Elles veillent au bord des peuples comme une lampe posée dans la nuit. Celle de la reine Pokou appartient à cette famille rare des récits fondateurs où l’histoire, le mythe, la douleur et la grandeur se mêlent jusqu’à devenir mémoire commune.

Abraha Pokou, que la tradition nomme aussi Abla Pokou, vient du monde akan et de l’espace ashanti. Elle surgit dans un temps de conflits de succession, de rivalités de pouvoir, de menaces et de fuite. Autour d’elle, un groupe humain se met en marche. Il quitte une terre ancienne pour chercher une terre possible. Déjà, tout est là. La rupture avec l’ancien monde, l’épreuve de l’exode, la fidélité d’un peuple, la souveraineté d’une femme, la recherche d’un orient nouveau.

Dans une lecture maçonnique et initiatique, Pokou est d’abord une figure du passage.

Elle quitte la demeure connue pour conduire les siens vers l’inconnu

Elle traverse la nuit de l’histoire comme l’initié traverse symboliquement l’obscurité avant d’espérer la lumière. Rien n’est donné. Rien n’est acquis. La marche est longue, les ennemis approchent, les forces visibles et invisibles semblent se liguer contre la caravane. Le peuple avance avec ses anciens, ses femmes, ses enfants, ses guerriers, ses objets sacrés, ses peurs, ses espérances, ses morts à venir et ses naissances encore cachées.

Puis vient le fleuve.

Dans toutes les grandes traditions, l’eau marque la limite

Elle sépare autant qu’elle purifie. Elle interdit autant qu’elle révèle. Elle est miroir, abîme, matrice et tombeau. La Comoé, dans la légende de Pokou, n’est pas seulement un obstacle naturel. Elle devient une porte. Elle est le seuil infranchissable devant lequel les forces humaines s’arrêtent. Derrière, la poursuite. Devant, l’eau. Au-dessus, le ciel muet. Au-dedans, la question terrible que toute communauté rencontre un jour sous une forme ou sous une autre. Que sommes-nous prêts à perdre pour que quelque chose survive au-delà de nous-mêmes ?

La tradition raconte que les devins consultent les puissances du fleuve

Les offrandes ordinaires ne suffisent pas. Ni l’or, ni les parures, ni les bêtes, ni les biens les plus précieux. Le fleuve demande ce qui dépasse le prix. Il exige ce que nul ne peut donner sans se déchirer. Alors Pokou comprend. Le peuple ne passera qu’au prix de l’irréparable.

C’est ici que la légende atteint son noyau incandescent. La reine offre son enfant. Non comme une scène à représenter avec complaisance, mais comme un symbole à approcher avec tremblement. Le récit n’appelle ni fascination morbide, ni jugement hâtif. Il nous place devant l’énigme du sacrifice fondateur. Dans le langage des mythes, l’enfant est l’avenir immédiat, la chair de la promesse, la part la plus intime de soi. En le donnant au fleuve, Pokou ne renonce pas seulement à son fils. Elle renonce à elle-même comme mère pour devenir mère d’un peuple.

La reine perd l’enfant de son corps et reçoit, dans la douleur, les enfants de l’histoire

Le geste est terrible. Mais le mythe n’en fait pas un simple drame. Il en fait une transmutation. L’enfant disparaît dans les eaux et le peuple traverse. La mort devient passage. Le deuil devient nom. La perte devient identité. Lorsque Pokou, après la traversée, murmure selon la tradition « Ba ouli », « l’enfant est mort », cette parole ne clôt pas seulement une souffrance. Elle ouvre une appartenance. De cette parole naîtrait le nom Baoulé. Ainsi le peuple porte en lui, comme une cicatrice sacrée, le souvenir du prix de sa naissance.

Toute initiation véritable connaît cette loi symbolique.

Pour entrer dans une vie nouvelle, il faut consentir à laisser mourir quelque chose

Non pas sacrifier l’humain dans sa chair réelle, mais abandonner l’illusion de posséder sans perdre, de fonder sans payer, de transmettre sans se dépouiller. Pokou nous parle depuis cette profondeur. Elle rappelle que les peuples, comme les êtres, naissent souvent d’une blessure transformée en chemin.

Dans cette perspective, la reine Pokou n’est pas seulement une héroïne africaine ou ivoirienne

Elle rejoint les grandes figures universelles du seuil. Elle marche avec celles et ceux qui conduisent un peuple hors de la servitude, hors du chaos, hors de la nuit. Elle est à la fois souveraine, prêtresse, mère douloureuse et architecte invisible. Elle ne bâtit pas avec la pierre, mais avec la mémoire. Elle ne dresse pas un temple de colonnes, mais un peuple debout. Elle ne grave pas une loi sur une table, mais dans la chair même du récit.

Il faut aussi entendre la dimension féminine de cette légende.

Pokou n’est pas seulement celle qui suit le destin

Elle le prend en main. Dans un univers de pouvoir, de guerre et de succession, elle devient l’axe autour duquel un groupe se rassemble. Sa royauté n’est pas une parure. Elle est charge, responsabilité, solitude. Elle est cette capacité de tenir debout lorsque tous attendent une décision, lorsque la survie collective repose sur un regard, une parole, un acte.

La légende de Pokou rappelle ainsi que la souveraineté véritable ne consiste pas à dominer, mais à répondre. Répondre du peuple. Répondre devant les vivants. Répondre devant les morts. Répondre devant l’invisible. Il y a là une leçon profondément initiatique. Le chef authentique n’est pas celui qui se protège derrière les siens, mais celui qui accepte de porter sur lui la brûlure du destin commun.

La tradition orale, bien sûr, n’est jamais un bloc immobile.

Elle respire, varie, se nuance, se contredit parfois

Certaines versions déplacent le sacrifice, d’autres en changent la nature, d’autres encore insistent davantage sur la dimension politique, migratoire ou dynastique. Mais ces variations ne diminuent pas la force du mythe. Elles la confirment. Une légende vivante n’est pas une archive morte. Elle est une parole qui circule, s’adapte, se transmet, se discute, se réveille selon les besoins d’un peuple et les questions d’une époque.

C’est pourquoi Pokou demeure si actuelle

Elle interroge notre rapport à la mémoire, à l’exil, à la filiation, au pouvoir, au prix de la transmission. Elle demande à chaque génération ce qu’elle fait de l’héritage reçu. Elle rappelle que les territoires ne sont pas seulement faits de sols, de frontières et de cartes, mais de récits, de larmes, de paroles fondatrices et de fidélités invisibles.

Au fond, la reine Pokou nous enseigne que toute communauté véritable naît d’un passage.

Il y a toujours un fleuve à franchir. Il y a toujours une peur à vaincre. Il y a toujours une part de soi à déposer sur l’autel du devenir. L’essentiel est de savoir si cette perte nous abaisse ou nous élève, si elle nous enferme dans le deuil ou si elle devient mémoire, exigence, dignité.

Pokou demeure cette reine dressée au bord des eaux, entre l’ancien monde et le monde à naître

Dans son silence, nous entendons encore le fracas du fleuve, le cri retenu d’une mère, le pas d’un peuple qui traverse, et cette mystérieuse alchimie par laquelle une douleur intime devient le nom d’une nation. La légende ne nous demande pas de croire naïvement. Elle nous demande de méditer. Car, parfois, un peuple ne se souvient pas seulement pour savoir d’où il vient. Il se souvient pour ne pas oublier ce qu’il lui a fallu de courage, de larmes et de lumière pour continuer à marcher.

Et parce que les légendes vivent aussi de celles et ceux qui les recueillent, les transmettent et les sauvent de l’oubli, 450.fm entend poursuivre ce patient travail de mémoire et d’émerveillement.
Nous savons que nos lectrices et nos lecteurs sont aussi des passeurs de traditions, des collecteurs d’imaginaires, des arpenteurs du merveilleux.
Alors, plutôt que de laisser vos trouvailles se perdre dans des fils éphémères ailleurs, envoyez-nous vos légendes locales, françaises ou venues d’ailleurs, accompagnées de quelques lignes de contexte et, si vous le souhaitez, d’une photo du lieu, d’un détail, d’une pierre ou d’un paysage.
Vos contributions pourront nourrir la rubrique « Légendes de France ou d’ailleurs » et seront présentées, signées et mises en valeur comme elles le méritent, avec respect pour la mémoire des territoires et reconnaissance pour votre regard de veilleur.

Jiri Pragman face à l’intelligence artificielle, beaucoup de circuits, peu de lumière !

Certains livres ouvrent une porte. D’autres installent une sonnette connectée devant le Temple et croient avoir réinventé l’initiation. Avec Intelligence Artificielle & Franc-Maçonnerie – La Pierre et la Puce, Jiri Pragman, pseudonyme de Philippe Allard, ex journaliste et ex maçon du GOB (Grand Orient de Belgique), et actuel promoteur très actif de l’antimaçonnisme en France au travers de son blog où il diffuse ses aigreurs et règle ses comptes personnels avec ses ennemis Francs-maçons… et il en a beaucoup, arrive malheureusement une fois de plus en retard sur le marché avec son opus. Il revient sur un terrain qu’il connaît bien, sur lequel il intervient régulièrement depuis plusieurs années, celui du numérique appliqué à la Franc-maçonnerie.

Si son dernier ouvrage sur l’antimaçonnisme arrivait après les deux livres très complets de Yonnel Ghernaouti (Antimaçonnisme et Abécédaire de l’antimaçonnisme ), Intelligence Artificielle & Franc-Maçonnerie arrive malheureusement un an après celui de son meilleur ennemi Franck Fouqueray qui avait déjà couvert abondamment le sujet avec le même thème et plus de clairvoyance (L’intelligence Artificielle va-t-elle transformer la Franc-maçonnerie).

Le sujet est considérable. Il est même essentiel

L’intelligence artificielle entre déjà dans les usages maçonniques, par les planches préparées avec des assistants conversationnels, les images générées, les archives explorées, les communications rédigées, les colloques annoncés, les synthèses produites, les invitations mises en forme. Le sommaire annonce d’ailleurs tout ce qu’il faut pour faire sérieux, histoire de l’IA, souveraineté cognitive, biais, mémoire, transmission, prompt maçonnique, modèles génératifs, obédiences, gouvernance, charte, observatoire, laboratoire, postface sur l’usage de l’IA dans l’écriture du livre.

Tout y est. C’est bien le problème. Tout y est, sauf peut-être ce qui devrait y brûler.

Car à force de vouloir tout embrasser, l’ouvrage donne déjà, par son architecture même, l’impression d’un catalogue

Image inspirée de Jiri Pragman (Philippe Allard), librement produite par une IA de qualité

On retrouve ici une manière d’écrire déjà repérable dans plusieurs de ses ouvrages. Le sujet est bon, le titre est habile, l’air du temps est capté, les mots-clés sont rangés sur les étagères.

Mais la question demeure. Où est la pierre ? Où est le travail ? Où est la taille ? Où est le risque intérieur ?

L’IA, en Franc-Maçonnerie, ne se réduit pas à une question d’usage

Elle touche à la parole, à la présence, à la lenteur, à la mémoire vivante, au silence, à l’épreuve de la pensée personnelle. Une planche maçonnique n’est pas seulement un texte bien tourné. Elle est une mise à nu. Elle engage celui qui parle, celui qui écoute, celui qui reçoit, celui qui se tait. Elle suppose une maturation. Elle exige une traversée. Or l’IA sait assembler, résumer, reformuler, séduire. Elle ne sait pas trembler. Elle ne sait pas rougir. Elle ne sait pas attendre dans la Chambre du Milieu que le mot juste vienne de plus loin que le clavier.

C’est là que le livre, tel qu’il se présente, paraît manquer son cœur

Il parle de vigilance, de méthode, de responsabilité, de gouvernance. Fort bien. Mais la vigilance devient vite une posture lorsque l’on ne descend pas vraiment dans la mine. La méthode tourne court lorsqu’elle se contente d’aligner des usages. La responsabilité devient élément de langage lorsqu’elle ne dit pas clairement ce qu’il faut refuser.

Le paradoxe est piquant

Depuis des années, les chroniques consacrées à Jiri Pragman pointent une même tendance. Transformer ce qui devrait relever de l’expérience initiatique en fiches, en listes, en recettes, en petites prudences bien rangées. On l’avait vu avec la planche maçonnique, réduite à un mode d’emploi. On l’avait vu avec Franc-maçonnerie et Internet sont-ils compatibles ?, ouvrage déjà jugé trop général, trop prudent, trop peu opératif. On l’avait vu avec le Cahier de vacances du Franc-Maçon – Apprenti, où le trait de Jiho apparaissait, à nos yeux, plus convaincant que l’appareil textuel. On l’avait vu encore avec L’antimaçonnisme actuel, où l’inventaire du soupçon risquait de devenir, malgré lui, une boîte à outils pour ceux qui soupçonnent. On l’a vu enfin, de manière presque caricaturale, dans Organiser un salon du livre maçonnique, ouvrage déjà sévèrement critiqué par 450.fm pour son caractère jugé auto-référentiel et insuffisamment opératif. Le dossier critique est désormais suffisamment nourri pour que chaque nouveau livre arrive précédé de son ombre.

Avec La Pierre et la Puce, cette ombre se prolonge

L’auteur parle d’intelligence artificielle comme il parlait d’Internet, de planche, de cahier ou de salon. Il repère le sujet, l’encadre, le découpe, le nomme, le ventile. Il donne l’impression d’un arpenteur muni d’un GPS dans un sanctuaire dont il oublie que le centre n’est pas une coordonnée mais une expérience.

« La Pierre et la Puce », le sous-titre lui-même mérite arrêt

Tout est là. La pierre est lourde, silencieuse, résistante. Elle demande la main, l’effort, la patience, l’erreur, la reprise. La puce, elle, calcule, accélère, transmet, exécute. Entre les deux, la Franc-Maçonnerie doit choisir son ordre. Non pas rejeter la puce, ce serait absurde. Mais refuser qu’elle devienne le maître d’œuvre. L’outil numérique peut aider. Il peut classer, traduire, transcrire, chercher, faciliter l’accès à certains savoirs. Mais il ne doit jamais se substituer à l’épreuve de l’homme devant lui-même.

Le livre promet d’aborder l’art du prompt maçonnique

Voilà bien une formule révélatrice. Le prompt, dans son sens technique, consiste à formuler une demande à une machine. Mais en Loge, la vraie question n’est pas de mieux demander à la machine. Elle est de savoir ce que l’on demande encore à soi-même. L’initiation n’est pas une optimisation de requête. Elle n’est pas une ingénierie de sortie textuelle. Elle n’est pas un assistant contextuel paramétrable. Elle est ce lent dépouillement par lequel l’homme apprend à ne pas confondre la réponse disponible avec la vérité conquise.

Plus troublant encore, Jiri Pragman annonce publiquement présenter ses « créations numériques » à Masonica Tours, aux côtés de ses livres consacrés à l’antimaçonnisme numérique et à l’intelligence artificielle. Le terme est habile.

« Création numérique » sonne mieux qu’image générée, avatar algorithmique, composition assistée ou production de machine.

On baptise, on embellit, on signe. Mais la question demeure

Que signifie signer une image lorsque la main n’a pas dessiné, lorsque l’œil a choisi parmi des possibles calculés, lorsque l’imaginaire a été médiatisé par un modèle entraîné sur le travail d’innombrables créateurs invisibles ?

Ce point n’est pas anecdotique

Il touche au cœur de la démarche maçonnique. Dans l’Art Royal, l’outil ne vaut que par la main qui l’emploie et par la conscience qui le gouverne. Le maillet n’est rien sans le discernement. Le ciseau n’est rien sans la mesure. Le compas n’est rien sans l’esprit de rectitude. L’IA, elle aussi, exige cette discipline. Mais elle la rend plus difficile, car elle donne l’illusion du résultat sans l’épreuve du chemin.

Le danger n’est donc pas que l’IA écrive mal

Elle écrit parfois très bien. Le danger est qu’elle écrive trop facilement. Qu’elle donne au Frère pressé une planche sans nuit intérieure. Qu’elle fournisse à l’orateur une profondeur d’emprunt. Qu’elle produise une spiritualité de surface, bien cadencée, bien articulée, parfaitement présentable, mais sans cette brûlure discrète qui distingue le texte vécu du texte fabriqué.

Il aurait fallu, sur ce sujet, un livre qui ose vraiment trancher

Dire ce qui peut être fait. Dire ce qui ne doit pas l’être. Dire qu’un assistant peut aider à retrouver une référence, mais ne doit jamais composer à la place du Frère la parole qu’il doit à la Loge. Dire qu’une IA peut transcrire une conférence, mais ne peut pas transmettre l’égrégore d’une Tenue. Dire qu’un modèle génératif peut produire une image de Temple, mais ne saura jamais ce qu’est la lumière reçue sous le bandeau. Dire qu’une obédience peut utiliser des outils numériques, mais qu’elle trahirait sa vocation si elle confondait mémoire initiatique et base documentaire automatisée.

Au lieu de cela, on devine une prudence englobante, un panorama, une mise en fiches de l’époque

Le vocabulaire est là. Les chapitres sont là. Les annexes sont là. Le prix aussi. Mais la densité initiatique, elle, semble encore attendue sur le parvis.

Jiri Pragman est souvent présenté comme membre du Grand Orient de Belgique depuis 2001. Les sources publiques disponibles ne permettent pas de confirmer son statut maçonnique actuel au 7 juin 2026. Si l’on retient l’information selon laquelle il serait aujourd’hui « en sommeil » du GOB, il convient donc de la formuler avec prudence, comme une indication donnée selon certaines informations et non comme un fait publiquement établi.

Reste le livre. Ou plutôt ce qu’il symbolise

L’IA méritait une vraie méditation maçonnique, une descente dans les profondeurs, une confrontation avec le silence, le secret, la parole, la mémoire, la liberté intérieure. Elle méritait que l’on interroge la machine non comme un gadget de plus, mais comme le miroir froid d’une époque qui confond la vitesse avec la pensée et la production avec la présence.

Intelligence Artificielle & Franc-Maçonnerie – La Pierre et la Puce aurait pu être un livre de seuil

Il risque de n’être qu’un livre de plus dans cette bibliothèque contemporaine où l’on empile des guides pour éviter d’entrer vraiment dans le Temple. La pierre attend toujours. Elle n’a pas besoin d’une puce pour être taillée. Elle attend seulement une main, une conscience, une lenteur, un Frère capable de comprendre que toute lumière obtenue sans effort finit par n’éclairer que la surface.

Et c’est peut-être là, finalement, que se joue le vrai débat. L’intelligence artificielle peut-elle tuer la pensée maçonnique ? Non. Mais une Franc-Maçonnerie trop heureuse de déléguer sa parole, son imaginaire et sa mémoire pourrait parfaitement s’en charger elle-même.

Quand la taille de la pierre paraît céder devant le cliquetis de la machine, quand un livre câblé, mais sans véritable initiation ou encore quand la puce bavarde, la pierre attend toujours !

Intelligence Artificielle & Franc-Maçonnerie – La Pierre et la Puce

Jiri Pragman – Éditions Numérilivre, 2026, 118 pages, 22 €

Aux Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal, les mains ont bâti demain

Du 29 au 31 mai 2026, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal ont tenu leur XIIIe édition au Temple maçonnique spinalien autour du thème [De]Main en Mains. Trois jours de conférences, d’art, de transmission et de fraternité, couronnés par la remise du Prix Cadet Roussel 2026 à Solange Sudarskis pour l’ensemble de son œuvre et son ouvrage L’Énigme des Maîtres – Les mains de l’éternité, publié aux éditions L.O.L.

450.fm l’avait annoncé comme l’ouverture d’un chantier de demain

Les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal ont tenu parole. Durant trois jours, le Temple maçonnique spinalien a accueilli une manifestation rare, à la fois savante, chaleureuse, exigeante et ouverte, fidèle à cette vocation singulière qui fait dialoguer l’imaginaire, la pensée symbolique, l’ésotérisme, la culture maçonnique et la cité. Le thème choisi, [De]Main en Mains, avait tout d’une évidence heureuse. Il suffisait pourtant de l’approfondir pour y découvrir une véritable architecture initiatique. La main n’est jamais seulement un organe. Elle est outil, signe, passage, promesse. Elle touche la matière, transmet le savoir, console, soigne, bâtit, écrit, bénit parfois, engage toujours. Entre la main et demain, les IM&E ont rappelé qu’il n’y a pas seulement un jeu de lettres, mais une responsabilité humaine.

Nées en 2013 dans le prolongement du 150e anniversaire de la Loge La Fraternité Vosgienne, installée à Épinal en 1862, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques se sont imposées au fil des années comme l’un des rendez-vous les plus originaux du paysage maçonnique, culturel et symbolique français.

Articulées au grand festival des Imaginales d’Épinal, elles donnent à la ville une respiration particulière, entre littérature de l’imaginaire et dévoilement prudent de ce que la tradition nomme la recherche de ce qui ne se donne pas immédiatement au regard.

Patrice Lhote

Depuis leur création, plus d’une centaine d’intervenants sont venus y prendre la parole et plus de 10 000 auditeurs ont franchi le seuil du Temple. Ces chiffres disent moins une réussite quantitative qu’une fidélité collective, celle d’un public curieux, attentif, passionné, venu chercher autre chose qu’une conférence ordinaire.

Cette édition avait aussi la tonalité émouvante d’un passage

Jacques Oréfice

Jacques Oréfice, président fondateur, avait placé l’année sous le signe du geste noble entre tous, passer la main. Non pas s’effacer. Non pas abandonner. Mais reconnaître que ce qui fut bâti n’appartient jamais totalement à celui qui l’a initié. Patrice Lhote, co-président des IM&E, a rappelé avec émotion la naissance de cette aventure, depuis les premiers pas de 2013 jusqu’aux rencontres qui associèrent d’abord cafés maçonniques, cafés ésotériques, déjeuners de partage et volonté d’ouvrir les murs sans jamais faire de prosélytisme. Il a aussi rappelé la diversité des thèmes successifs, de la forêt de symboles au réenchantement du monde, du voyage au rituel, de la manipulation au mot, jusqu’à cette main devenue fil conducteur d’un avenir à construire.

Dans l’hommage rendu à Jacques Oréfice, devenu président d’honneur fondateur, il y avait beaucoup plus qu’une reconnaissance personnelle

Remise du prix par Patrice Lhote

Il y avait la mémoire d’une œuvre collective. Les noms de Jean-Claude Gérardot, Jacky Martin, Georges Bertin et de notre sœur Jeanne Thernier de la GLFF furent évoqués comme autant de présences discrètes au cœur de la chaîne. À travers eux, les IM&E ont rappelé que toute construction humaine repose sur des mains visibles et sur des mains invisibles. Celles qui conçoivent, celles qui accueillent, celles qui préparent, celles qui veillent, celles qui portent l’œuvre dans la durée.

Jacques Oréfice

Jacques Oréfice a répondu avec humour et gravité, rappelant que Cadet Roussel, avec son face-à-main, incarne précisément cet art de regarder les choses avec distance, sans renoncer à les aimer. Faire les choses très sérieusement sans jamais se prendre au sérieux, telle pourrait être l’une des devises spirituelles de cette belle aventure.

Le programme 2026 a donné toute son ampleur au thème choisi

Jean-Jacques Zambrowski

Claude Vautrin a ouvert la voie avec Les Mains qui parlent. Francis Janot a conduit l’auditoire vers l’Égypte ancienne avec Le tour de Main d’un faïencier d’Amon révélé. Pierre-Yves Bocquet a interrogé l’état de droit et les libertés avec Main-basse sur la Constitution. Éric Badonnel a questionné les solidarités de demain. Joëlle Marchal a donné à entendre la promesse d’adelphité. Pierre Douglas a replacé la justice dans les mots d’aujourd’hui. Yves Jacob a ouvert un horizon scientifique et médical autour de la chirurgie de la main. Le dimanche, Jacques Oréfice a parlé de la main de l’accoucheur, Jean-Jacques Zambrowski de la poignée de main en franc-maçonnerie, Olivier Dartevelle de la main du musicien, Yonnel Ghernaouti de la main ouvrière, compagnonnique et bâtisseuse de l’Antiquité à nos jours, avant que Solange Sudarskis ne propose une méditation sur la main fraternelle en franc-maçonnerie comme toucher de l’œuvre initiatique.

L’une des grandes beautés de cette édition fut aussi plastique

Annie Tremsal

L’exposition d’Annie Tremsal, artiste peintre et plasticienne, a offert au public un contrepoint sensible aux conférences. Originaire des Vosges, Annie Tremsal déploie une œuvre où l’abstraction matiériste, la pensée taoïste, la surface méditative et la lumière intérieure se répondent. Chez elle, la matière n’est jamais un simple support. Elle devient un espace d’expérience, un lieu de passage, une chambre silencieuse où le visible apprend à respirer. Ses œuvres travaillent la densité, le vide, le blanc, le noir, la trace et le retrait. Dans le contexte des IM&E, cette exposition disait mieux qu’un long discours ce que signifie le geste créateur. La main n’y impose pas seulement une forme. Elle écoute la matière, elle laisse advenir, elle accompagne ce qui cherche à paraître. Très belle exposition, en vérité, parce qu’elle prolongeait le thème jusque dans l’épaisseur du silence.

Le moment le plus attendu du dimanche fut naturellement la remise du Prix Cadet Roussel 2026 à Solange Sudarskis

Le prix lui a été attribué pour l’ensemble de son œuvre et pour son ouvrage L’Énigme des Maîtres – Les mains de l’éternité, publié aux éditions L.O.L.

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Maître de conférences honoraire, Chevalier des Palmes académiques, membre de la Fédération française du Droit Humain depuis 1977, essayiste, romancière, conférencière, chroniqueuse régulière de 450.fm, Solange Sudarskis occupe depuis longtemps une place singulière dans la pensée maçonnique contemporaine. Ses ouvrages explorent le mythe d’Hiram, la théâtralité maçonnique, les tracés symboliques, le passage du profane au sacré, le vocabulaire maçonnique et les chemins de l’imaginaire initiatique. Elle sait unir l’exigence intellectuelle, la fantaisie savante, la liberté de ton et la profondeur symbolique.

Cette distinction avait donc valeur de reconnaissance et de signe

Elle honorait une œuvre au long cours, mais aussi une manière d’habiter l’écriture maçonnique. Chez Solange Sudarskis, la littérature n’est jamais un simple ornement posé sur la pensée. Elle devient une voie d’accès, une chambre d’échos, une manière de faire parler les signes sans les enfermer. Dans L’Énigme des Maîtres – Les mains de l’éternité, le lecteur entre dans un récit qui emprunte au thriller ésotérique ses ressorts narratifs, mais qui vise bien plus loin. Derrière l’énigme, le suspense, la traque, la trahison et le diamant alchimique, se dessine une réflexion sur la création, la transmission, la mémoire des symboles et la puissance des gestes. La main y devient à la fois indice, instrument, signature, empreinte et mystère.

La force de Solange Sudarskis est précisément de ne jamais séparer le jeu de l’esprit de la gravité initiatique

Elle sait que la franc-maçonnerie vit de signes, de paroles, de silences, de déplacements, de regards et de gestes. Elle sait aussi que les symboles ne sont pas des objets morts, mais des présences actives, des forces de transformation, des invitations à lire autrement le monde. En recevant le Prix Cadet Roussel, elle ne recevait donc pas seulement une distinction littéraire. Elle entrait dans une lignée d’auteurs et d’auteures dont les œuvres ont accompagné les IM&E depuis 2014, de Philippe Benhamou à Joël Gregogna, de Céline Bryon-Portet à Dominique Jardin, de Georges Bertin à Claude Vautrin. Cette lignée dit à sa manière que la littérature maçonnique, lorsqu’elle est exigeante, libre et inspirée, peut devenir un véritable chantier de conscience.

Le Prix Cadet Roussel possède d’ailleurs une symbolique propre

Son image d’Épinal, son face-à-main, son pavé mosaïque, son équerre et son compas composent une petite scène initiatique. Cadet Roussel observe le monde à distance, mais il ne s’en retire pas. Il sourit, regarde, interroge, avance parmi les opposés. Il rappelle que l’humour peut être une sagesse, que la distance peut être une forme de lucidité, que le regard oblique voit parfois mieux que le regard frontal. En ce sens, remettre ce prix à Solange Sudarskis avait quelque chose d’évident. Son œuvre sait regarder de biais, avec profondeur, avec finesse, avec cette liberté intérieure qui permet de tenir ensemble l’érudition, l’invention romanesque et le mystère.

La présence des élus a donné à cette clôture une résonance particulière

Benoît Jourdain, maire d’Épinal
Stéphane Viry, député

Aux côtés de Benoît Jourdain, maire d’Épinal, et de Stéphane Viry, député de la première circonscription des Vosges, les IM&E ont rappelé qu’elles n’étaient pas seulement une manifestation maçonnique et culturelle, mais aussi un lieu de dialogue vivant avec la cité.

Dans son propos final, Éric Badonnel a justement ouvert cette perspective avec hauteur et finesse

Il a souligné combien la franc-maçonnerie, sans se substituer au politique ni entrer dans la politique partisane, peut contribuer à préserver un espace public de délibération, d’écoute et de discernement. Dans une société fragilisée par la défiance, l’abstention, les crispations et l’hystérisation du débat public, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal apparaissent comme une école de patience civique, de parole maîtrisée et de fraternité concrète.

Éric Badonnel Prix Cadet Roussel 2023

Éric Badonnel a aussi rappelé que le thème [De]Main en Mains contenait en lui-même une promesse de coopération

La main désigne le rapport à la matière, à l’autre, au soin, à la transmission et à ce qui peut advenir. Elle invite à ne pas laisser le demain aux seules forces anonymes, mais à le reprendre ensemble, avec lucidité et confiance.

En présence du maire et du député, cette parole prenait un relief particulier. Elle ouvrait la possibilité de travailler mieux, et plus encore, avec la ville d’Épinal, dans le respect des rôles de chacun, mais avec une volonté partagée de faire vivre un espace culturel, symbolique et citoyen capable de relier les habitants, les élus, les chercheurs, les artistes, les auteurs et les francs-maçons autour d’un même chantier humaniste.

Les Imaginales Maçonniques & Ésotériques ne vivent donc pas à côté d’Épinal, mais avec Épinal

Cadet Roussel et une Marianne maçonnique reçu par Jacques Orifice des mains de Patrice Lhote

Elles prolongent, à leur manière, le dialogue entre culture, imaginaire, spiritualité, citoyenneté et transmission. Dans une époque dominée par l’immédiateté, elles offrent un espace rare, celui du temps long, de la réflexion partagée, de la pensée qui accepte d’être travaillée. Elles montrent qu’une manifestation maçonnique ouverte au public peut être à la fois digne, joyeuse, fraternelle, savante et profondément humaine. Cette main tendue vers la cité constitue sans doute l’un des grands enseignements de cette XIIIe édition.

Moment fraternel et hautement symbolique avec la remise d’une Marianne maçonnique par Éric Badonnel, coprésident des IM&E

Marianne-maçonnique-offerte-par-Éric-Badonnel-à-Jacques-Oréfice

Fin connaisseur et collectionneur passionné de Marianne, il a offert à Jacques Oréfice une figure républicaine chargée de sens.

Sous les traits de Marianne se rencontrent la République, la liberté, la lumière et l’idéal maçonnique.
Ce geste rappelle combien les symboles vivent lorsqu’ils circulent de main en main et de cœur en cœur.
Une belle transmission, à la croisée de la mémoire, de l’amitié et de l’engagement humaniste.

Et peut-être est-ce là la plus belle leçon de ces Imaginales

Demain ne surgit pas d’une abstraction. Il naît d’une main tendue, d’une œuvre reprise, d’un livre ouvert, d’un signe observé, d’une parole écoutée. Sous le regard amusé de Cadet Roussel, dans le blanc méditatif d’Annie Tremsal et dans l’honneur rendu à Solange Sudarskis, les IM&E d’Épinal ont rappelé que toute fraternité véritable commence par un geste. Une main se tend, une autre répond, et déjà le chantier recommence.

Temple de la Fraternité Vosgienne

Lundi 8 juin 2026 à Châteauroux : « Découvrir la Franc-maçonnerie au Droit Humain »

DECOUVRIR LA FRANC-MACONNERIE ET PLUS PARTICULIÈREMENT LE « DROIT-HUMAIN » , OBÉDIENCE MIXTE ET INTERNATIONALE

Le LUNDI 8 JUIN 2026 à 18h30, à la Chapelle des Rédemptoristes, 14 rue Paul Louis Courrier à CHÂTEAUROUX, se tiendra une conférence publique gratuite sur le thème :

 LE « DROIT-HUMAIN » ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ : UNE MÉTHODE, UN IDÉAL.

Association de sœurs et de frères en Humanité, l’Ordre « Le DROIT HUMAIN » travaille au progrès de la condition humaine, tant sur le plan individuel que collectif. Bien des personnes s’interrogent sur ce que peut être Franc-Maçonnerie : son action réelle dans le monde, en France plus particulièrement, ses origines, son fonctionnement, ses potentiels face aux défis d’aujourd’hui et de demain, ou encore sa présence locale dans l’Indre par exemple. Souvent décrite comme secrète, cette société s’avère plus précisément discrète. Pourtant, c’est en toute transparence que cette conférence va permettre de poser les questions et surtout échanger sur les réponses apportées.

Au travers des siècles, la Franc-Maçonnerie en général et le DROIT HUMAIN en particulier ont tenté de travailler, sinon comme une avant-garde intellectuelle et morale, du moins comme une vigie philosophique, profondément Républicaine et humaniste.

Ses temples peuvent intriguer, chargés de symboles souvent issus de la tradition des bâtisseurs de cathédrales. Ces décors relèvent d’évocations à portée universelle, tant ils s’ouvrent aux divers courants de pensée philosophiques et spirituels du monde. L’Ordre maçonnique LE DROIT HUMAIN offre à toutes et à tous un espace de liberté de pensée et de parole, tant spirituelle que philosophique. Le DROIT HUMAIN pose en fondement de son fonctionnement et de ses objectifs l’égalité entre les hommes et les femmes, entre personnes de toute origine sociale ou géographique.

Le DROIT HUMAIN pose pour principe initial la liberté absolue de conscience, se voulant dans cet esprit défenseur de la LAÏCITE, dans l’esprit des rédacteurs de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat. Adogmatique, le DROIT HUMAIN porte haut dans ses préoccupations la notion de respect des Droits et des Devoirs de l’être humain.

L’actualité s’avère brûlante de sujets clivants et de contextes à tendance anxiogène. L’espace médiatique et politique semble de plus en plus la cible de personnes privilégiant d’alimenter les passions, de flatter la part instinctive de l’homme, de nourrir les peurs et les réflexes de se replier sur des imaginaires identitaires exclusifs. Face aux risques d’acceptation d’abandon de parcelles de la Démocratie et de libertés au profit de pouvoirs arbitraires, comme tout autant face aux risques de chaos économique, social et spirituel, le Droit Humain fait appel à toute personne de bonne volonté et animé de bienveillance pour se retrouver en des lieux de réflexion apaisés. En ces lieux propices à l’approfondissement de la pensée, des rituels traditionnels garantissent le respect de chacun, notamment dans sa prise de parole et dans l’écoute de la parole des autres. Ainsi le DROIT HUMAIN rétablit la possibilité d’échange et de partage en toute Fraternité malgré la variété des options de pensées des personnes en présence.

AINSI, VOICI CE QUE PROPOSE LA FRANC-MAÇONNERIE et EN PARTICULIER LE DROIT HUMAIN en tant qu’Ordre Maçonnique Mixte et International :

  • Un lieu de réflexion où la fraternité et le dépassement de soi sont au cœur de chaque démarche.
  • Un lieu où l’on peut chercher des réponses aux questions de la vie, de sa vie tout en contribuant au bien commun.

-Un espace de liberté, d’échanges, de progrès et de transformation, visant à favoriser l’éveil de la conscience et l’élévation personnelle. Tous les thèmes politiques et sociaux sont possibles, si chacun veille à ne pas prioriser de convaincre par un prosélytisme mais dans l’intention humble d’apporter des éléments complémentaires pouvant enrichir la connaissance du sujet traité. L’intention s’avère aussi de travailler sur soi tout en réfléchissant sur le monde.

LES CONDITIONS : être majeur, présenter un casier judiciaire vierge, être disponible pour le travail à accomplir, avec au cœur les valeurs de LIBERTE, d’EGALITE et de FRATERNITE.

LA FRANC-MACONNERIE ALLIE TRADITION ET MODERNITÉ

Depuis plus de 300 ans elle reste une histoire vivante. Ses loges ont toujours été des lieux de liberté de pensée, de tolérance et de débats sur les grandes questions sociales. Aujourd’hui encore elles combinent initiation, philosophie et engagement dans les idées modernes sociales ou morales. Il est ainsi possible à chacun d’envisager de rejoindre un atelier, y compris dans l’Indre, afin de contribuer humblement mais activement au travail au progrès de l’Humanité.

Respectable Loge CREATION LIBERTE
Orient de CHATEAUROUX.