Accueil Blog Page 756

John Marvin Steele, le célèbre parachutiste du 6 juin 1944 était-il Franc-Maçon ?

John Marvin Steele (1912-1969) est un parachutiste américain de la Seconde Guerre mondiale, connu pour être resté accroché au clocher de l’église de Sainte-Mère-Église dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, la nuit précédant le débarquement de Normandie.

Église de Sainte-Mère-Église, avec un mannequin du parachutiste
John Marvin Steele accroché au clocher – Photos © YG

D-Day : la véritable histoire de John Steele

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, les parachutistes américains sautent sur le Cotentin (opérations Albany et Boston) pour créer une tête de pont aéroportée à l’arrière d’Utah Beach, une des deux plages américaines du débarquement pour faciliter la sortie des troupes qui vont y arriver à l’aube. En effet les nombreux marais et terrains volontairement inondés à l’arrière de la côte ainsi que le peu d’accès routier sont très favorables à la défense allemande et risquent d’empêcher la progression américaine sur la terre ferme. L’unité de John Steele doit sauter aux abords de Sainte-Mère-Église et prendre le bourg normand.

John Steele, second à partir de la droite

Mais le pilote du C-47 qui transporte une quinzaine de parachutistes, dont Steele, vole trop haut, de peur de la DCA. Les hommes sont donc mal largués et sont parachutés aux alentours de 1h du matin sur le village même. Lors de sa descente, John Steele est atteint au pied par une balle ou un éclat métallique. Il ne peut plus contrôler son parachute et atterrit finalement sur le clocher de l’église. Il se balance et tente de se libérer de son parachute tandis que sur la place, tout autour de l’église, les combats font rage.

John M. Steele Airborne Museum (Sainte-Mère-Église)

Il essaye de se décrocher à l’aide de son couteau mais malheureusement celui-ci tombe. Il prend alors la décision de faire le mort afin d’éviter de servir de cible à l’ennemi. Après plus de deux heures, un soldat allemand du nom de Rudolf May vint le décrocher. John Steele fut soigné et fait prisonnier. Il s’évade trois jours après.

« The Longest Day », « Le Jour le plus long » et Sainte-Mère-Église

En 1957, il reçoit un courrier de Cornelius Ryan, un journaliste qui prépare un livre sur le Jour J et qui sollicite des centaines d’anciens combattants. Il leur adresse un questionnaire type, libres à eux de rajouter des éléments biographiques. À la question « Où étiez-vous le 5 juin 1944 à minuit », John Steele écrit, en lettres capitales, « SUSPENDU AU CLOCHER SOUS LA CORNICHE DE L’ÉGLISE DE SAINTE-MÈRE ». Ryan contacte alors Steele et l’interviewe. Son livre Le Jour le plus long est publié aux États-Unis en novembre 1959. Une vingtaine de lignes sont consacrées à Steele, suffisant pour le faire connaitre. Il est ainsi invité à une prestigieuse soirée-débat à Washington avec une dizaine d’autres anciens GI et des officiers supérieurs.

John Steele lors de son premier retour à Sainte-Mère-Église

Le succès du livre est tel qu’une adaptation cinématographique est rapidement programmée, reprenant le titre de l’ouvrage Le jour le plus long. Le rôle de John Steele est interprété par Red Buttons, alors une star comique américaine (doublé en France par Guy Piérauld). La scène ne dure que 140 secondes – sur un film de 2 heures 50 – mais va faire connaitre au monde entier l’épisode du clocher et John Steele.

John Steele tel que vous ne l’avez jamais vu !

Un mannequin est accroché sur l’église de Sainte-Mère-Église en hommage à John Steele. Il est régulièrement « descendu » afin de lui refaire une beauté, généralement une à deux semaines avant le 6 juin, Jour- J.

Mannequin de John Steele – décrochage pour entretien – Photos © YG

À Sainte-Mère-Église, une auberge porte son nom.

John Steele franc-maçon ?

J’ai toujours entendu dire que le John Marvin Steele, soldat du 3e Bataillon du 505th Parachute Infantry Regiment de la 82nd Airborne Division, était Franc-Maçon. Il s’avère toutefois que cela soit ce que nous qualifions aujourd’hui de fake news !

Cependant sa dépouille repose au cimetière maçonnique de Metropolis – sa ville de naissance – dans le comté de Massac, Illinois.

Il est sans doute confondu avec un John Steele dont le nom figure sur liste de francs-maçons connus aux USA dès la fin du XVIIIe siècle dans le célèbre Biographical Congressional Directory, 1774-1903, p. 19-21.

Pierre tombale de John Marvin Steele

Sources : Wikipédia ; H. Paul Jeffers, The Freemasons In America : Inside Secret Society ; Masonic Cemetery, Metropolis, Massac County, Illinois, USA fr.findagrave.com ; Le Blog Normandy American Heroes normandyamericanheroes.com

82nd Airborne Division Shoulder Sleeve Insignia
Mannequin de John Marvin Steele – Photos © YG
John Marvin Steel – Photos © YG
John Marvin Steel – Photos © YG

Sensibilité maçonnique et sagesse humaine

Dans la succession des crises civilisationnelles, s’inscrivant dans la longue chaîne de la connaissance traditionnelle « l’ordo ab chao » maçonnique rappelle que l’on ne peut  pas réduire à une cause matérielle la faillite d’une organisation sociale donnée. Mais celle-ci en appelle, tout simplement à une autre révolution spirituelle, qui est l’apanage et l’honneur de notre espèce animale. La panique peut régner à la Bourse, les élites être totalement déconsidérées, l’économie partir en capilotade, l’essentiel est de pouvoir parler de l’esprit pour trouver une véritable issue à la décrépitude d’une société.

            Il est fréquent de rappeler qu’étymologiquement le mot « crise », en grec, signifie jugement. On signale moins, et ce n’est pas moins important, que cela désigne, aussi, cet instrument permettant de trier qu’est le crible. Belle métaphore populaire soulignant qu’il faut savoir rejeter ce qui doit l’être et garder, également, ce qui le mérite.

            À cet égard, puis-je ici noter une historiette par laquelle, dit-on, commença la vie monastique de Saint Benoît. Ce qu’il est convenu de nommer le « miracle du crible » ! Crible qui est prêté à sa nourrice, et que celle-ci brise en deux. Benoît réunifie les deux morceaux. Mais pour échapper à la ferveur de ses admirateurs il se retire dans un lieu désert appelé Subiaco où il va mener une vie érémétique dans la grotte appelée depuis « Sacro Speco ».

            Intéressant symbole que cette référence à cet instrument de la vie courante dans le monde paysan. Dans l’atmosphère fin de siècle qui est celle caractérisant la naissance de la réforme bénédictine. Ce passage au crible qu’opère celui qui va être qualifié de « Patriarche des moines d’Occident », le fait que lui-même se retire dans le secret du désert, tout cela est à l’origine de l’extraordinaire action civilisatrice du mouvement bénédictin dont tous les historiens ont montré l’importance dans l’élaboration de la civilisation européenne.

            A la fin de ce terrible Ve siècle, les barbares sont à toutes les portes, la fin d’un monde est vécue et ressentie comme telle, et c’est en se retirant de l’action immédiate, c’est par la force de l’esprit qu’un autre monde émerge. Cela mérite d’être souligné, quand on sait le rôle joué par les ecclésiastiques lorsque la maçonnerie, au XVIIIe siècle, entend participer à l’élaboration d’une nouvelle civilisation . Les travaux de mon regretté ami, Charles Porset en témoigne à loisir.Et ce en reprenant l’intuition primordiale de tous ceux que Chateaubriand nomme les « génies Mères » : c’est la puissance de l’esprit qui est matricielle. Le reste : politique, économie, social, vient de surcroît.

            La sagesse du « crible » est indéniable en ce qu’elle ne procède pas à partir d’une « tabula rasa », mais est faite de prudence, de discernement, cette « discrétion-secrète » qui sait, de savoir incorporé : celui de la tradition initiatique que l’ordre des choses est une perpétuelle métamorphose en appelant, toujours, à une nouvelle renaissance. De ce point de vue, ce dont sont conscients les francs-maçons c’est qu’il faut savoir mettre en œuvre une médecine expectante, c’est-à-dire prudente, qui sait attendre en mettant en œuvre des remèdes de longue durée, ayant fait leurs preuves au cours du temps.

            On a souvent reproché à la prudence maçonnique cette attitude du juste milieu, aussi loin du révolutionnarisme que du conservatisme. Attitude faisant place à toutes les sensibilités. Mais cela ne fait que traduire le souci de l’harmonie, fût-elle conflictuelle, qui redit, sous une forme sophistiquée, ce que la sagesse humaine sait d’antique mémoire : il faut de tout pour faire un monde. Et ces sensibilités diverses, avant de se dire et de se vivre au grand jour, doivent s’expérimenter dans le secret de ce qui inconsciemment attend la manifestation consciente.

            Peut-être est-ce ainsi qu’il faut comprendre cette lucide observation de Bossuet sur l’Histoire universelle, lorsqu’il rappelle que la « vraie science de l’histoire est de remarquer dans chaque temps les dispositions secrètes qui ont préparé les grands changements et les conjonctures importantes qui les ont fait arriver » . Parmi bien d’autres, cette remarque souligne que c’est toujours en catimini que s’opèrent les grands changements sociétaux. Lorsque Karl Marx utilise l’image de la « vieille taupe », il est dans la même sensibilité théorique. C’est bien en ce sens que le « secret » et la « loi du silence » maçonniques redisent une structure anthropologique dont il est vain de vouloir faire l’économie.

            Par là se dit la vie. Car c’est bien cela dont il est question. La médecine expectante de la sensibilité maçonnique est une sagesse humaniste s’accordant et accompagnant le tempo spécifique de l’humaine nature. Et ce afin de lui faire donner le meilleur d’elle-même,  non pas en forçant, d’une manière paranoïaque, à aller vers un avenir meilleur, mais bien en vivant ici et maintenant au mieux de ses potentialités. De toutes ses potentialités : sens et raison se fécondant l’un l’autre. Comme l’indique Spinoza, « Homo liber de nulla re minus quam de morte cogitat et ejus sapienta non mortis sed vitae meditatio est »[1]

                               C’est bien une sagesse au jour le jour que propose l’accompagnement maçonnique, et ce en ponctuant l’année civile par le comput liturgique que l’on retrouve dans toutes les religions. Les solstices d’hiver et d’été rendant attentif au soleil qui décroît, mort symbolique préparant à la mort réelle, et le soleil qui repart, allégorie de la résurrection et de la lumière de la connaissance. Dans la liturgie chrétienne : Saint Jean-Baptiste, la « voix » annonçant celui qui doit venir, Saint Jean l’Évangéliste proclamant la parole, le verbe se faisant chair. « Solstice » : « sol stare », le soleil s’arrête, mais ce afin qu’un cycle nouveau recommence : la vie en son développement perpétuel !

            L’éternelle métamorphose des choses et de la vie, voilà, certainement, ce qui est , ainsi que le rappelle Gilbert Durand (« Les grands mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie ») le cœur battant de l’ésotérisme maçonnique . C’est par là qu’il est, sur la longue durée, et sous des formes différentes, un excitateur de l’âme continuant à attirer nombre d’intelligences aiguës, et à la dynamiser vers un plus-être existentiel. Et ce, très précisément en montrant comment l’esprit, sans les contraindre ou les dévaster, permet à la nature et à la vie sociale de donner le meilleur d’elles-mêmes.

            L’idée même de la métamorphose est celle d’une création renouvelée faisant créance à l’efficace interne des situations, et qui reconnaît que lorsqu’une forme sociale spécifique est épuisée, c’est une autre qui est appelée à en prendre la relève. En la matière, la franc-maçonnerie, protagoniste essentielle de la modernité, est en phase secrète avec la post-modernité naissante. Et ce même si, nombreux sont les membres de diverses obédiences ne voulant pas en convenir, voire luttant contre un tel état de fait.

            En effet, ce passage d’une époque à une autre, certains ne veulent pas le voir car l’abâtardissement de la pensée, c’est-à-dire la perte de ses qualités originelles, de sa vigueur propre, freine la reconnaissance de ce qui est. La routine philosophique et les facilités de l’opinion commune, c’est chose fréquente dans le déroulement des histoires humaines, empêchent de voir en quoi, et comment, certaines structures anthropologiques, archétypales, reprennent force et vigueur alors qu’on les avait crues exténuées.

            Faut-il, d’ailleurs, le rappeler, l’expression même : « reprendre force et vigueur », que l’on retrouve, fréquemment, dans les textes et les divers rituels maçonniques ne traduit-elle pas l’inéluctable récurrence des phénomènes humains ? Récurrent ne signifie-t-il pas courant en arrière ? C’est-à-dire retourner à la source, revenir au fondamental. Le « Schritt zurück », ce pas en retour vers l’expérience ancestrale, celle de la tradition, dont la pensée allemande, en particulier celle de Husserl ou de Martin Heidegger, a montré la pertinence et l’actualité.

            Blocage que l’on doit à des élites n’étant plus en phase avec la vie sociale réelle. Et parmi eux nombre de ceux s’affichant francs-maçons sans en comprendre l’intime et profonde inspiration. Quelques uns, ayant le pouvoir institutionnel, celui de l’opinion publiée, mais qui reste une simple opinion, et oubliant que la pensée n’est jamais et en rien réductible à la facilité exotérique.

            Une telle situation peut être éclairée par cette remarque émise , , par Joseph de Maistre : « Il serait à désirer que cette nation impétueuse, qui ne sait revenir à la vérité qu’après avoir épuisé l’erreur, voulût enfin apercevoir une vérité bien palpable : c’est qu’elle est dupe et victime d’un petit nombre d’hommes qui se placent entre elle et son légitime bien » (« Considération sur la France ») .

            Son « légitime bien » est, pour lui, le souverain. Mais là n’est pas l’essentiel. L’important est l’acuité de son regard qui fut, d’ailleurs, relevé par des auteurs aussi divers que Philippe Sollers ou Cioran. Vision profonde des événements et des hommes lui permettant de noter en quoi une minorité active, obsédée par le pouvoir n’est plus à même de saisir qu’elle est la véritable puissance à l’œuvre dans une époque donnée. Mystique qu’il était, Joseph de Maistre, fortement marqué, en sa jeunesse, par la pensée maçonnique, a toujours su voir, au-delà des agitations de surface, quels étaient les courants profonds à l’œuvre dans les histoires humaines. C’est un défi de cet ordre qui est lancé à la Franc-Maçonnerie contemporaine.


[1] « L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse n’est pas une méditation sur la mort mais sur la vie. »

« Diableries ! » Namur (Belgique) invite le Diable en son musée des Arts anciens

Une thématique qui endiablera le musée tout l’été…

Organisée dans le cadre du projet « Circus We are », mené conjointement avec le Delta et le Musée Félicien Rops, l’exposition « Diableries ! » propose une plongée dans l’univers captivant du Diable, figure emblématique de notre imaginaire collectif. Tantôt créature hideuse et terrifiante, tantôt tentateur séduisant et envoûtant, ce dernier effraie autant qu’il fascine depuis des siècles.

De tout temps, le diable occupa une place centrale dans la vie des hommes, souvent pointé du doigt comme le principal responsable de leurs maux et malheurs, comme l’instigateur des plaisirs et des divertissements coupables auxquels ils s’adonnaient pourtant volontiers.

Cette exposition entend donc mettre en lumière le rapport étroit de l’homme au Malin, au Moyen Âge et durant l’époque moderne, au travers de thématiques diverses, principalement centrées autour du jeu et du délassement. Illustreront ces thèmes des œuvres variées, issues de collections privées et muséales, nationales comme internationales, mêlant sculptures, peintures, gravures, artefacts archéologiques et autres formes d’art populaire.

Cet été, et jusqu’au 28 août, le musée provincial des Arts anciens (TreM.a) propose une promenade aussi ténébreuse que fantastique à travers l’iconographie (peintures et gravures) de 121 œuvres (issues de 39 prêteurs) courant du XIIe au XVIIe siècle, du Moyen Âge à la Renaissance, à une époque où les artistes, jouant, dansant ou se produisant sur une scène de théâtre, pouvaient être accusés d’avoir pactisé avec le Malin.

« On dresse le portrait de ceux qu’on dépeint comme les disciples du Diable, qui l’ont aidé dans ses œuvres », explique Gaylen Vankan, commissaire de l’exposition. Au Moyen Âge, le cirque itinérant n’existe pas encore mais les jongleurs de rues, les saltimbanques, les bateleurs, les magiciens qui font des tours d’escamoteur, les contorsionnistes ou les funambules, sont vus comme des parasites sociaux invocateurs de démons. Dans l’esprit tordu de l’époque, qui peut mieux que le Diable se complaire dans la ruse et l’imposture, pour mieux illusionner et tromper les âmes pures? S’adonner aux jeux est synonyme de péché mortel. Mais pas n’importe quel jeu. « Ceux qui font intervenir le hasard, comme les cartes et les dés, sont jugés diaboliques, parce qu’ils conduisent à la violence et à l’abus d’alcool, à l’inverse du jeu d’échecs qui est assimilé à la conquête amoureuse », détaille le jeune commissaire de 29 ans, aspirant chercheur au FNRS de l’ULiège.

Les danses, au même titre que les jeux, et surtout celles qui font sauter et gesticuler, « sont des choses que les païens ont inventées sous la tutelle du diable » , dicte un décret du Concile d’Arles (524).

Le Musée Provincial des Arts anciens du Namurois

Situé dans un hôtel de maître du 18e siècle, bien caché derrière les stucs de sa façade classée patrimoine exceptionnel de Wallonie, le Musée des Arts anciens du Namurois abrite des trésors du Moyen Âge et de la Renaissance. Parmi les chefs-d’œuvre exposés, dont les plus anciens remontent au XIIe siècle, on y découvre en particulier le Trésor d’Oignies, une des 7 merveilles de Belgique, des sculptures réputées du Maître de Waha et les peintures d’Henri Bles évoquant la vallée mosane.

Le musée publie de nombreux ouvrages dont les guides du visiteur et les carnets d’exploration ludique (gratuits pour les jeunes visiteurs 4-6 ans et 7-12 ans). Visites guidées et animations sont organisées sur réservation pour les groupes, les particuliers, les familles et les écoles. Les enfants peuvent également fêter leur anniversaire au musée.

Infos pratiques :

Musée Provincial des Arts anciens du Namurois (TreM.a.), 24 rue de Fer, Namur – Belgique

Horaires : Jusqu’au 28 août. Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Tout le programme (conférences, petit théâtre de poche, dimanches en famille, etc.) sur :

www.museedesartsanciens.be – Tél. : 00 32 (0)81 77 67 54

Les espaces d’exposition temporaire sont accessibles aux PMR.

Tarifs : Enfants (< 12 ans) : gratuit/1ers dimanches du mois : gratuit/Adultes : 3 € (5€ si exposition temporaire)/Seniors, groupes (min 10 pers.), étudiants: 1,50 € (2,50€ si exposition temporaire)/Écoles (hors activités) : 1€

Illustration : Attribué à Jan Mandyn (1500-1560), Le Christ devant les portes de l’Enfer, panneau de chêne renforcé, deux planches, 33 x 47 cm.

Sources : TreM.a. ; https://www.lavenir.net/

Musée Provincial des Arts anciens du Namurois (TreM.a.)

Du rififi au CLIPSAS… est-ce qu’il y a un Président à bord ?


Est-ce qu’il y a un président à bord ? C’est la question qui s’impose face au bilan désastreux de la 60ème édition du Centre de Liaison et d’Information des Puissances Maçonniques Signataires de l’Appel de Strasbourg (CLIPSAS) et la mauvaise gestion flagrante de l’actuel président.

Après deux ans de pandémie et de réunions virtuelles, le congrès annuel du CLIPSAS s’est tenu du 12 au 15 mai 2022 à Lisbonne au Portugal. C’était une occasion unique de resserrer les liens de fraternité avec les premières retrouvailles en présentiel. Or, c’est surtout le manque de cohérence qui est apparu, tant du côté des organisateurs (Grande Loge Symbolique du Portugal) que de celui du Président, Ivan Herrera Michel. Ce dernier a si mal dirigé les travaux que plusieurs Obédiences se demandent encore ce qu’elles peuvent vraiment apporter à l’Organisation.

CLIPSAS 2022 à Lisbonne

Ce n’est désormais plus un secret : le colloque du CLIPSAS de cette année s’est conclu sur une mauvaise note. En effet, plusieurs sources le confirment, de nombreux cas de COVID ont été déclarés à l’issue de la rencontre. On peut même se demander si le groupe tout entier n’est pas reparti avec le virus. On peut d’ailleurs noter quelques cas graves qui ont requis une hospitalisation avant de pouvoir retourner chez eux. Malgré cette situation grave, le Président n’a pas daigné émettre la moindre communication. Seule la Grande Loge Féminine de Roumanie a dénoncé ce manquement dans un courriel envoyé aux membres participants du CLIPSAS. L’Obédience a indiqué que selon les accords de l’Union européenne, lorsqu’une personne était testée positive à un test Sars-COV 2, elle avait l’obligation de le déclarer à l’Organisation de l’évènement. Cependant, cette consigne allait à l’encontre de l’article 6 de la loi n° 27/2006, du 3 juillet, dans sa forme actuelle, explique ce courrier.

Sommes-nous déjà arrivés au point de demander la démission du Président ?

Ivan Herrera Michel Président du CLIPSAS

Cette lettre est co-signée par la Passé Grande Maîtresse, Anca Nicolescu, celle-là même qui après le vote négatif pour l’adhésion du Grand Orient d’Andorre, avait parlé en ces termes des membres du CLIPSAS: « Hai mucho gai y lesbiana por degracia en Clipsas ». Cette phrase peut se traduire en français par : « Il y a beaucoup de gays et de lesbiennes malheureusement au Clipsas ». Au moment où c’est arrivé, plusieurs Obédiences ont demandé des actions de la part de notre Président. Ce dernier, avait préféré ne rien faire. En effet, ce n’est qu’aujourd’hui, que nous avons reçu une communication provenant du Président demandant à la Grande Loge Féminine de Roumanie, si elle appuyait les paroles de la Passé Grande Maîtresse. Or, un mois s’est déjà écoulé après l’échec du vote.

Revenons sur ce vote qui a fait tant de vagues et suscite certainement encore des questions. Tout d’abord, il est important de préciser que chaque année, lorsqu’une ville se porte candidate pour accueillir le CLIPSAS, elle doit obligatoirement présenter un budget. Celui-ci doit contenir des estimations pour la location de salles, la traduction et les machines de votes. La Grande Loge Symbolique du Portugal a décidé d’opter pour un vote par Internet au lieu d’utiliser un système de vote avec des terminaux. Cela a fini par causer d’énormes problèmes puisque la majorité des votes a été mal effectuée.

En ce qui concerne le Grand Orient d’Andorre, pendant toute la journée, les options de votes étaient toujours : 1 – Positif et 2 – Négatif. Lorsque le moment est venu de présenter leur candidature au vote, la Grande Loge Symbolique du Portugal a inversé les choix à l’écran. Évidemment, cela a semé la confusion chez les Obédiences qui ont appuyé sur « 1 », pensant qu’ils voteraient pour l’adhésion. Une fois le résultat affiché sur l’écran, une majorité des Obédiences présentes sur place ont fait savoir que le vote n’était pas légal et que nous devions procéder à un nouveau vote. Notre Président a décidé d’ignorer tout le monde en disant que les erreurs peuvent exister et de passer au prochain vote. Qu’est-ce que le Grand Orient d’Andorre va faire ? Nous n’en savons rien pour le moment. Mais dans mes discussions avec des juristes, ils m’ont laissé entendre qu’il pourrait y avoir matière à un recours.

CLIPSAS 2022 à Lisbonne

Il y a quelques mois, Hiram.be écrivait un article à propos du Grand Orient du Mexique (GODM) et de son Grand Maître, Samuel Aguilar (https://www.hiram.be/tambouille-mexicaine-le-retour/). Cette obédience avait été suspendue à titre provisoire par le CLIPSAS. Cette année, elle devait être soumise à un vote pour décider de sa réintégration ou non. Le CLIPSAS a invité sur place Samuel Aguilar représentant le GODM et des représentants du Suprême Conseil du Mexique. Chacun clamait haut et fort que le nom « Grand Orient du Mexique » leur appartenait. Cette situation était semblable à celle de la Grande Loge Française de Memphis-Misraïm ou deux Obédiences revendiquaient le même nom. Les membres devaient donc écouter toutes les parties, discuter et juger par un vote. Le Président a néanmoins préféré sortir de la salle, et aller faire un test COVID PCR pour son vol (2 jours plus tard) au lieu de faire son travail. Ce faisant, il laissait le Bureau dépourvu dans une situation singulière.

Être Président d’une association, c’est accepter de prendre ses responsabilités et de travailler, bénévolement.

Le but est de promouvoir une activité, des valeurs et des idées, en dépit parfois de turbulences. Or, l’impression que laisse le Président actuel est celle de n’être là que pour le paraître et non pour l’être. En somme le CLIPSAS ne coule pas des jours paisibles.

Connaissez-vous l’Initiation Vaudou ?

Le vaudou (ou vodou, ou vodoun, ou encore voodoo), plus rarement appelé vaudouisme, est une religion originaire de l’ancien royaume du Dahomey (Afrique de l’Ouest). Parfois assimilé à des pratiques occultes éclatées en de multiples communautés, cette religion d’ordre cosmique issue des cultes animistes africains, est toujours largement répandue au Bénin et au Togo.

À partir du xviie siècle, les Hommes capturés, réduits en esclavage, originaires de cette région d’Afrique répandirent le culte vaudou aux Caraïbes et en Amérique. Le vaudou se retrouve donc sous différentes formes à Cuba, à Haïti, au Brésil ou encore aux États-Unis, en Louisiane surtout. Il s’est aussi répandu en Afrique du Nord, où il se retrouve sous différentes formes, dont la plus connue est le Gnawa au Maroc mélangé au folklore religieux berbéro-musulman. Le culte vaudou compte environ 50 millions de pratiquants dans le monde. De nombreuses communautés « vaudouisantes » existent dans le monde entier, majoritairement sur le continent américain, et aux Antilles. Il existe en Europe des communautés plus discrètes mais néanmoins actives tel que le Hounfor bonzanfè, le Lakou sans Lune ou le Hounfor Konblanmen. Au début du xxie siècle, le vaudou s’étend également au Canada où de nombreuses communautés ont vu le jour et tentent de mettre ce système de croyance au-devant de la scène.

Il existe un musée du vaudou à Essen en Allemagne (le Soul of Africa Museum) et à Strasbourg en France (le château Vodou).

Origine et histoire

Le vaudou est né de la rencontre des cultes traditionnels des dieux yorubas et des divinités fon et ewe, lors de la création puis l’expansion du royaume Fon d’Abomey aux xviie et xviiie siècles.

Le vaudou est le fondement culturel des peuples qui sont issus par migrations successives de Tado au Togo, les Aja (dont les Fons, les Gouns, les Ewe… et dans une certaine mesure les Yoruba…) peuples qui constituent un élément important des populations au sud des États du Golfe du Bénin (Bénin, Togo, Ghana, Nigéria…).

Le mot vaudou provient du terme vodoun de langue fon. Le « n » final de vodoun, quasi inaudible, fut retiré, donnant ainsi le terme vaudou, ayant plusieurs orthographes selon les pays en fonction de ce que les colons ont phonétiquement rapporté. Le terme vaudou n’existe d’ailleurs pas au Bénin et c’est bien le terme de langue fon qui est employé pour désigner cette pratique2. Le vaudou désigne l’ensemble des dieux ou des forces invisibles dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance. Il est l’affirmation d’un monde surnaturel, mais aussi l’ensemble des procédures permettant d’entrer en relation avec celui-ci. Le vaudou correspond au culte yoruba des Orishas. De même que le vaudou est un culte à l’esprit du monde de l’invisible. À chaque ouverture, le prêtre vodoun demande l’aide de l’esprit de Papa Legba pour ouvrir les portes des deux mondes.

Le vaudou vient des croyances de certaines tribus/castes africaines qui se sont répandues et déformées par l’acculturation d’un christianisme dominant en Amérique et la violence de l’esclavagisme négrier, croyances qui étaient d’ailleurs elles-mêmes rejetées à l’origine par d’autres tribus/castes africaines voisines : il s’agit d’une « magie » se voulant maléfique et, en Afrique, cachée, car représentant des « valeurs décadentes » pour la majorité des Africains bien avant l’arrivée des Européens.

Avec la traite négrière, la culture vaudoue s’est étendue à l’Amérique et aux îles des Caraïbes, notamment Haïti.

La pratique de leur religion et culture était interdite par les colons, passible de mort ou d’emprisonnement, et se pratiquait par conséquent en secret. Le vaudou a cependant intégré certains rites et conceptions catholiques.

Le vaudou a perduré et ses pratiquants affichent sans craintes leur croyance.

Panthéon vaudou en Afrique

Le panthéon vaudou est avant tout constitué des forces de la nature, comme dans le chamanisme. Les vaudou (loalwa) et leurs relations renvoient aux puissances naturelles que sont la foudre, la mer, la maladie, etc.

Mais le culte vaudou s’intéresse aussi à d’autres entités surnaturelles, telles que les ancêtres divinisés et les monstres (et autres animaux).

Dieux (ou vaudousa)

Mawu (prononcé ma-whou) est la Déesse suprême qui règne sur les autres dieux. (mawu lo lo pour « Dieu est grand » ; akpé na mawu pour « merci à Dieu » ; mawuena(m) pour « don de Dieu »). Mawu n’ayant pas de forme, elle n’est donc jamais représentée, ni en peinture ni associée à des objets, comme le sont les autres vaudous.

Mawu est incréé et créatrice de tous les autres vaudous. Mawu n’intervient pas dans la vie des humains. Elle aurait créé les autres vaudous pour qu’ils soient en relation avec les hommes et le monde. « Mawu » ne fait pas partie à proprement parler du panthéon vaudou ; c’est un concept, une entité plutôt qu’une personne ; littéralement Mawu doit se traduire par « l’inaccessible ». Ce qui explique qu’il n’y a nulle part dans l’aire du vaudou un culte pour Mawu ; on ne fait que la remercier, la glorifier. On la dit bienveillante envers toutes les créatures.

Les chrétiens Ewés et Fons utilisent le même mot Mawu pour désigner le Dieu chrétien.

Le panthéon vaudou est fait d’une multitude de Lwas, qui sont des esprits, des divinités inférieures, pouvant entrer en communication et même collaborer avec les humains. Les Lwas se matérialisent le plus souvent dans des objets inanimés de la nature, tel des pierres et des arbres ; c’est pourquoi on qualifie le vaudou d’« animiste ».

Une des plus importantes Lwas est Erzulie, ou Erzulie Freda, déesse de l’amour. On trouve aussi Gu (l’Ogoun des Yorubas), dieu de la guerre (et des forgerons),Ogoun Zobla (l’intelligence pure et la réussite) Sakpata, dieu de la variole (et plus généralement de la maladie, de la guérison et de la Terre), Damballa, esprit de la connaissance, ainsi que le puissant Hevioso, dieu de l’orage et de la foudre. Ce dernier est accompagné d’un nain ou d’un homoncule chargé de forger ses éclairs. Legba, quant à lui, a la fonction d’intermédiaire et de messager des dieux. Il est assimilé, dans le vaudou syncrétiste haïtien, à Saint Pierre, qui détient les clefs du Paradis et de l’Enfer. Il préside le lavage des mains d’eau et de rhum.

Dans le vaudou en Afrique, il n’y a pas les concepts de paradis et d’enfer. Lêgba (Eshu pour les Yorubas) est en effet le dieu le plus important en cela qu’il est le dieu des croisements, le dieu de la réflexion ; son rôle d’intermédiaire vient ensuite. Il forme avec la divinité Fa (ou Ifa) un couple porteur de la pédagogie de cette culture.

Autres divinités

Mami Wata (aussi appelée Yemendja par les Yorubas), un culte spécial lui est même consacré. C’est la (déesse) mère des eaux, déesse crainte des pêcheurs, elle symbolise aussi bien la mer nourricière que l’océan destructeur. Mami Wata est avant tout une divinité éwé, dont le culte est très présent sur la côte atlantique du Togo (mais aussi au Nigéria, au Cameroun, au Congo-Kinshasa) où elle symbolise la puissance suprême. Mami Wata est souvent représentée en peinture où elle figure sous les traits d’une sirène ou d’une belle jeune femme brandissant des serpents.

Mami Wata n’est pas une adaptation de l’anglais comme on le croit parfois. Dans la langue mina qui est parlée au Sud du Togo et une partie du sud du Benin, « Amuiê » veut dire serrer « Ata » veut dire la/les jambes. Après les rituels dédiés à la déesse des eaux pour la fécondité de la femme et dont la principale demeure est l’Océan, le maître (Hougan) ou la maîtresse (Mambo) de cérémonie lui demande de répéter : «Mamui Ata» ce qui veut dire : « je serre les jambes » afin de garder pendant un moment ce que la Déesse a ensemencé. Avec le temps, on nomma la déesse « Amuia Ata » et avec les déformations phonétiques successives le nom « Mamui Ata » est devenu « Mami Wata ».

Dan : pour les Fon, Dan désigne le serpent, plus particulièrement le python, un animal sacré qu’on ne doit pas tuer. Dan a assisté à la création et soutient l’univers. Son culte est surtout répandu à Ouidah et dans sa région, où l’on trouve de nombreuses maisons aux serpents.

Culte et pratiques vaudou hors d’Afrique

Le vaudou vient d’Afrique de l’Ouest, mais on pratique aussi un vaudou partout où des esclaves africains ont été déportés, comme dans certaines îles des Caraïbes ou dans quelques pays d’Amérique comme le Brésil, les États-Unis, le Mexique, etc.

Les vaudous pratiqués en dehors du continent africain sont souvent des variantes et des restes de la religion d’origine. En effet, les esclaves interdits de pratiquer leurs langues et cultes n’ont réussi à conserver qu’une infime partie de leur patrimoine culturel.

« La franc-maçonnerie et l’église ne sont pas ennemies » selon le plus haut gradé de la maçonnerie espagnole

De notre confrère espagnol periodicodeibiza.es – Par Juan Carlos Rodriguez

Jesús Soriano Carrillo (Madrid, 1950) est docteur en sciences géologiques et professeur honoraire de l’Université Complutense de Madrid. Il a été coordinateur scientifique et technique du Centre d’étude et d’expérimentation des travaux publics et depuis 2011, il est Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil du 33e et dernier Degré du Rite Écossais Ancien et Accepté pour l’Espagne. 

Nous sommes face à l’homme le plus haut gradé de la franc-maçonnerie espagnole. Son organisation gouverne parmi les maçons entre les 4e et 33e degrés, étant la troisième plus ancienne au monde, fondée le 4 juillet 1811. Il nous rencontre dans un hôtel de Sant Antoni, où ils ont tenu un discours dans lequel trois orateurs ont partagé sous le titre Le Rite Écossais Ancien et Accepté face aux défis éthiques, politiques et sociaux du 21e s. 

De ses réponses se dégage une vaste connaissance de ce qu’il explique, la didactique de quelqu’un qui s’est prodigué pour les cours universitaires en illustrant ses étudiants, ainsi qu’un certain automatisme typique de quelqu’un qui a été soumis à plusieurs reprises, à des questions morbides ou tendancieuses sur la franc-maçonnerie. Humble, proche et lucide, il répond à toutes les questions sans hésitation ni autocensure.

— Que poursuit un individu qui frappe à la porte d’une loge maçonnique ?

– Chaque personne est différente et chacun peut poursuivre des objectifs différents, mais en général toute personne qui frappe à la porte de la franc-maçonnerie peut être définie comme un chercheur qui cherche à s’améliorer, à améliorer la société et l’environnement dans lequel il vit.

Quelles qualités définissent un bon maçon ?

– Il y’en a pleines. En me référant à la franc-maçonnerie philosophique régulière, que je représente, je dirais qu’un bon franc-maçon est celui qui est une bonne personne, qui croit en un Être suprême que nous appelons le Grand Architecte de l’Univers et qui a une série de valeurs éthiques et principes moraux comme être un homme loyal, fidèle à ses serments et, surtout, un bon citoyen respectueux des lois du pays dans lequel il vit.

— La franc-maçonnerie a-t-elle été le sein dans lequel la pensée des Lumières a été fécondée ?

– Probablement oui. C’est un peu comme avant : la poule ou l’œuf, mais probablement oui. La plupart des grands penseurs des Lumières étaient des francs-maçons et il est donc plus que probable que les enseignements et les connaissances qu’ils avaient sont devenus partie intégrante des Lumières, bien que de nombreux grands francs-maçons aient également été formés à partir des Lumières. Ce qui est certain, c’est que la franc-maçonnerie est strictement liée au mouvement des Lumières.

— Combien y a-t-il de pensée éclairée aujourd’hui dans la franc-maçonnerie espagnole ?

– Je pense pratiquement à tout car les principes défendus par les Eclairés sont les mêmes que ceux défendus par la franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie philosophique peut être définie comme l’éthique de la démocratie, avec laquelle tous ces principes que les éclairés ont défendus sont encore valables aujourd’hui et tous les maçons des hauts degrés philosophiques les maintiennent et continuent à les soigner et à les accepter.

— Quel rôle la franc-maçonnerie philosophique a-t-elle au 21ème siècle ?

« Le même qu’il avait quand il a été fondé. La franc-maçonnerie philosophique s’appuie sur les maîtres maçons issus de la franc-maçonnerie symbolique (une institution qui régit les trois premiers degrés maçonniques : apprenti, compagnon et maître) qui est chargée de transformer un homme bon en un meilleur. À cet homme meilleur, dans la franc-maçonnerie philosophique, nous avons l’intention de le convertir en rien de plus et rien de moins qu’un bon citoyen.

« Comment la franc-maçonnerie philosophique transforme-t-elle un homme meilleur en un bon citoyen ? »

– Nos rituels enseignent une série de principes importants : la nécessité de payer des impôts, le droit d’habeas corpus, la loyauté, la défense des valeurs nationales, la croyance en un Être Suprême… tous ces principes sont inculqués en permanence aux personnes avec lesquelles ils travaillent avec nous à travers nos liturgies. C’est une démarche basée sur un travail personnel pour influencer ces valeurs démocratiques qu’on nous enseigne et que nous devons mettre en pratique.

— Une doctrine s’impose-t-elle au frère maçonnique ?

– Non. Dans la franc-maçonnerie, il n’y a pas de doctrines. Il n’y a pas de pensée unique qui soit contraire à nos valeurs. Ce que nous voulons, c’est apprendre de ce que le reste de nos frères nous enseigne. Dans notre sein il est interdit de parler de politique et de religion car c’est ce qui peut séparer les gens. Évidemment, nous sommes respectueux de toutes les religions et de toutes les convictions politiques.

« Qu’est-ce que le Suprême Conseil du 33e degré ? »

– C’est l’organisation maçonnique qui regroupe les frères entre le 4e degré et le 33e degré. Cette structure se divise en trois parties principales : la franc-maçonnerie rouge ou capitulaire qui couvre les 4e au 18e degrés, la franc-maçonnerie noire philosophique qui va du 19e au 30e degré puis la franc-maçonnerie blanche ou administrative qui va du 31e au 33e degré. Avec chacun de ces diplômes, toutes les vertus que doit avoir un bon citoyen sont acquises et apprises : respectueux des autres et croyant aux valeurs de la démocratie.

— La franc-maçonnerie est-elle un « lobby » qui influence la politique ?

– Absolument. Cela n’a jamais été un lobby qui a influencé la politique. Bien qu’il soit vrai qu’aux  XIXe et XXe siècles, il y avait de grands hommes d’État qui étaient des maçons. Dans le cas de l’Espagne, un exemple clair était Miguel Morayta (professeur d’histoire, journaliste et homme politique de la Première République), qui était également Souverain Grand Commandeur du Conseil suprême du 33e degré. C’est à lui, par exemple, que l’on doit la liberté académique. Cela a influencé le fait qu’un professeur pouvait enseigner à l’université ce qu’il jugeait nécessaire, en fournissant aux étudiants les notes ou les livres correspondants et il n’y avait pas une seule pensée au sein de l’université.

— L’Église est-elle un antagoniste ou un ennemi de la franc-maçonnerie ?

– « Non, pas du tout. » Nous respectons toute croyance religieuse et, en fait, dans notre ordre il y a des frères de toutes les religions. Bien qu’il soit vrai qu’à un certain moment de l’histoire de l’Église catholique, les maçons étaient des gens dangereux et ont même été excommuniés. Maintenant ce n’est plus le cas. Nous n’avons aucun antagonisme avec personne et nous en avons assez dit.

— Pourquoi faut-il être croyant pour être franc-maçon ?

– Nous croyons que l’homme est composé d’un corps, d’un esprit et d’une âme. Donc, si l’on croit être doté d’une âme, il faut croire en une entité supérieure. Il est vrai aussi qu’on ne peut pas parler de franc-maçonnerie au singulier, mais il faut parler de franc-maçonnerie au pluriel car il existe d’autres branches de la franc-maçonnerie (irrégulière) auxquelles il n’est pas nécessaire d’être croyant. Dans la franc-maçonnerie ordinaire, vous devez être croyant car nous comprenons que si ce n’est pas le cas, bon nombre de nos principes ne peuvent pas être maintenus.

— Pourquoi la symbologie maçonnique est-elle basée sur des éléments d’architecture et de construction ?

– Parce que la franc-maçonnerie commence par les maçons opératifs qui furent les grands bâtisseurs de cathédrales. Tous ces symboles représentent beaucoup de choses. Par exemple, l’équerre, le niveau, le compas ou le fil à plomb représentent une série de valeurs de rectitude, de respect d’autrui, etc., qui pour nous ont une valeur symbolique très utilisable.

« Qu’est-ce que vous gagnez en montant d’un grade ? »

– Amélioration personnelle accrue. Il s’élève parce qu’il a une plus grande connaissance des choses. C’est comme tout, pour devenir médecin, il fallait d’abord être un enfant d’âge préscolaire, puis un baccalauréat, puis un diplômé. C’est un effort continu d’étude et de travail. Dans mon cas particulier, ce que j’ai obtenu est une grande satisfaction personnelle pour le devoir accompli.

— Quelle importance le rituel a-t-il au sein de la franc-maçonnerie ?

– Tout. La franc-maçonnerie est un ordre initiatique et, par conséquent, le rituel est la manière dont nous devons nous comporter dans certains aspects de la vie. C’est notre outil de travail.

— Pourquoi en Espagne la franc-maçonnerie n’a-t-elle pas l’acceptation sociale qu’elle a dans des pays comme la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis ?

– La réponse est très simple : parce que l’Espagne est la seule nation au monde qui ait eu une loi pour réprimer la franc-maçonnerie. Une personne a été condamnée à mort pour le simple fait d’être maçon. De toute évidence, les quarante années de dictature de Franco ont créé un sédiment. Il ne faut pas oublier que quelques jours avant sa mort, Franco a encore dit sur la Plaza de Oriente qu’à propos de la « conspiration judéo-maçonnique », alors tous les grands maux du pays, y compris les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques, étaient la faute de la franc-maçonnerie. C’est la goutte malaise, si à chaque fois vous obtenez la goutte de « à quel point ils sont mauvais », eh bien… Beaucoup de grands personnages de l’histoire qui ont fait beaucoup de bien pour l’Espagne ont été des maçons. Maintenant, les gens sont beaucoup plus intelligents, en Espagne, ils commencent à avoir une éducation.

— Pensez-vous que cette situation est en train de s’inverser et que la franc-maçonnerie commence à être mieux acceptée dans la société espagnole ?

– Je crois que oui. Il existe déjà de nombreux organismes étatiques qui reconnaissent l’honorabilité de la franc-maçonnerie : conseils municipaux, parlements régionaux (comme les îles Baléares), etc. Il est vrai aussi qu’il faut reconnaître que les seuls à qui on n’a pas demandé pardon pour la répression de la guerre civile sont les francs-maçons. C’est une dette que l’État espagnol a envers les personnes qui ont donné leur vie pour défendre les valeurs démocratiques.

— Que diriez-vous à une personne qui associe la franc-maçonnerie au satanisme ?

– Eh bien, simplement qu’il est inculte, qu’il ne sait pas de quoi il parle et que dans cette vie, pour avoir une opinion, il faut d’abord avoir une formation.

— Quelle est la situation actuelle de la franc-maçonnerie à Ibiza ?

– En ce qui concerne le Suprême Conseil du 33e degré, à Ibiza, nous sommes dans une bonne situation. Nous avons trois corps capitulaires : une loge capitulaire de perfection, un chapitre rosicrucien et un conseil des chevaliers Kadosh. La franc-maçonnerie ici à Ibiza se développe très bien car il y a des jeunes qui entrent avec beaucoup d’enthousiasme et de désir. Petit à petit, comme dans le reste de l’Espagne, la raison prévaudra et être franc-maçon sera quelque chose de normal accepté par la société, sans aucun problème.

Garden-party pour la Grande Loge Provinciale de Valence (Espagne)

Par notre confrère espagnol euroweeklynews.com – Par Linda Hall

LA GRANDE LOGE PROVINCIALE DE VALENCE a récemment organisé sa deuxième garden-party provinciale.

« Je suis sûr que cela deviendra désormais un événement annuel », a déclaré William Turney, responsable de la communication de la Grande Loge.

« L’année dernière a été un peu difficile car nous souffrions toujours des restrictions de Covid, mais nous avons quand même réussi à inciter plus de 50 francs-maçons et leurs invités à participer à ce qui était un événement très spécial. »

Cette année, il n’y avait aucune restriction autre que celles du bon sens, a-t-il ajouté, et plus de 100 francs-maçons locaux et leurs invités ont assisté à la garden-party de cette année au restaurant Los Arcos à Pedreguer.

« L’idée de la garden-party était que chacun apportait sa propre nourriture qu’il partageait, généralement avec ses amis, sur la même table« , a déclaré M. Turney. Le divertissement a été assuré par le groupe local Match, qui a rendu un hommage très animé à ABBA et a été très bien accueilli.

Une grande tombola caritative avec pas moins de treize prix différents a permis de récolter plus de 500 € qui seront reversés à quatre associations caritatives locales pour enfants choisies par le nouveau Grand Maître provincial, Rodney Bignall.

Il y avait aussi des prix pour le costume ABBA le mieux habillé et la table la mieux habillée qui ont été respectivement remportés par Dennis Squirrel et la table San Juan Lodge.

Connaissez-vous la Fondation du GODF?

Quelques mots pour retracer l’histoire de la Fondation du Grand Orient de France.

Dans les années 1980, la question de la responsabilité sociale est de nouveau un objet d’intenses débats publics. A côté des organismes sociaux, de l’État ou des œuvres caritatives, chacun n’aurait-il pas, à son niveau, à s’impliquer ? On commence à parler d’entreprise citoyenne, de mécénat social ou culturel. A l’exemple des États-Unis, les Fondations privées se multiplient. Soucieux d’empêcher les dérives, les pouvoirs publics font du mot Fondation une appellation protégée, assortie d’une procédure lourde.

En 1985, le Grand Maître Roger Leray propose au Conseil de l’Ordre de s’engager dans la constitution d’une Fondation du Grand Orient de France qui pourrait être « reconnue d’utilité publique ». Une Fondation constituait le cadre et l’outil idéal pour atteindre le but fixé : doter le Grand Orient des moyens nécessaires pour tenir l’engagement de solidarité envers tous.

Le décret de reconnaissance d’utilité publique paraît au Journal Officiel du 12 février 1987. Trois ministères siègent à son Conseil d’administration : l’Intérieur, la Jeunesse et les Sports et les Affaires Sociales.

La Fondation du Grand Orient de France sera la 366e reconnue en France et… la dernière constituée avec un capital de 2 millions de Francs (305 000 €), la loi venant de porter le seuil à 5 millions de Francs (760 000 €). 4 000 personnes ont répondu à l’appel pour réunir le capital ; la trésorerie de l’Obédience a complété cet apport.

Le Conseil d’Administration s’est réuni pour la première fois le 12 juin 1987.
Il lance d’emblée un appel pour susciter dons et legs. Ce furent les premiers pas d’un travail sans relâche pour accomplir le grand œuvre de la fraternité universelle.

Les notions de solidarité et de fraternité ont conservé toute leur pertinence dans le monde d’aujourd’hui. Pour le Grand Orient de France, la Fondation est au service des valeurs humanistes chères aux Francs-Maçons : tolérance, respect mutuel, liberté de conscience.

Au fil des années, les actions de la Fondation du Grand Orient de France se sont diversifiées pour venir en aide aux populations les plus fragiles, pour soutenir les projets éducatifs, valoriser la laïcité, conformément à des objectifs qui tendent à améliorer la condition matérielle et morale de l’Humanité.

Aujourd’hui, la Fondation, ce sont 2000 donateurs par an, pour 200 000 € de dons. La Fondation du Grand Orient de France intervient partout dans le monde.

A ce jour :

4 200 donateurs pour 1.2 million d’euros récolté.

La Fondation a aidé plus de 160 associations et a financé plus de 260 projets.

Dons

1 818 en 2021

1 116 en 2022

INFORMATION du 2 juin 2022

Pour mémoire, la Fondation du GODF s’est fixée comme orientation prioritaire pour affecter ses soutiens financiers dans le cadre de l’Urgence Ukraine à
•    La protection de la santé des enfants,
•    La mise à disposition, aux acteurs locaux, de matériel médical et paramédical (en particulier à destination des personnes en situation de handicap),
•    L’aide psychologique aux enfants et adultes.

Lors du bureau du mois d’Avril, la Fondation a décidé d’aider financièrement les associations suivantes :
•    PHARMACIE HUMANITAIRE INTERNATIONALE,
•    PEDIATRES DU MONDE,
•    OPERATION UKRAINE.
 
PHARMACIE HUMANITAIRE INTERNATIONALE

PHARMACIE HUMANITAIRE INTERNATIONALE (PHI) a pour mission de favoriser l’accès aux soins et aux médicaments pour les plus démunis en France et dans les pays en voie de développement.
En ce qui concerne ses actions en l’Ukraine, PHI envisage d’apporter son aide en trois étapes.
•    Convoyer des produits de première nécessité, matériels, médicaments etc… Plusieurs convois de plusieurs camions en Pologne et Moldavie, (Berdichev, Krementchouk, Jytomyr en Ukraine) ont déjà été effectués et d’autres convois sont en préparation.
•    Répondre aux appels des hôpitaux ukrainiens, 
•    S’impliquer dans la reconstruction.
Plus d’informations sur https://www.phi.asso.fr/

PEDIATRES DU MONDE

PEDIATRES DU MONDE regroupe des professionnels de la santé de l’enfant et de la mère :  pédiatres, infirmier(e)s et puéricultrices, obstétriciens, sage-femmes, psychomotriciens, dentistes…Toutes les actions de Pédiatres du Monde se font sous couvert d’autorisations institutionnelles et en partenariat avec les associations locales, dans une démarche éthique de respect des cultures de chacun. 
Depuis le 24 février 2022, la Moldavie, pays le plus pauvre d’Europe, fait face à un afflux régulier de réfugiés ukrainiens, essentiellement des femmes et des enfants.
Pédiatres du Monde s’appuie sur l’association moldave AVE Copiii pour l’accueil des réfugiés ukrainiens.
L’association AVE Copii fournit de l’eau, des repas, des médicaments et propose aux enfants des activités scolaires et récréatives, encadrées par des éducateurs. Elle propose également un soutien psychologique par des entretiens avec des psychologues de langue ukrainienne. 
Des équipes de Pédiatres du Monde se rendent régulièrement en Moldavie, pour accompagner l’utilisation des dons reçus et communiquer sur les actions entreprises en faveur des réfugiés
Plus d’informations sur https://www.pediatres-du-monde.org/

OPERATION UKRAINE

L’association OPERATION UKRAINE a pour mission la collecte et l’acheminement de matériel de première urgence et de denrées alimentaires afin de subvenir aux besoins de la population ukrainienne déplacée suite à la guerre.
L’association achète, à Bollène (84) et aux alentours, des produits de première nécessité.
La priorité est donnée à des produits destinés essentiellement aux enfants : des couches, des petits pots bébé, des compotes, des boites de lait en poudre, des gâteaux secs, des produits alimentaires en conserve (pâté, sardines, soupes etc.…) et des produits sanitaires. Deux enseignes de la Grande distribution ont été contactées afin d’obtenir les prix les plus bas pour l’achat de palettes des produits précités.
La destination est Ostrów, une ville polonaise qui doit gérer de nombreux réfugiés.

Il pensait attaquer le GM du GODF… l’adjoint à la culture de Bayonne enfariné

De notre confrère sudouest.fr

Un jeune homme s’en est pris à Yves Ugalde, pensant qu’il était le Grand Maître du Grand Orient de France. Les faits se sont déroulés à la sortie d’une conférence sur la franc-maçonnerie, vendredi 3 juin à Bayonne.

Yves Ugalde, l’adjoint à la culture, a vécu une drôle d’agression, dans la soirée du vendredi 3 juin, à la sortie de la conférence sur la franc-maçonnerie à la Cité des arts de Bayonne : il a reçu un kilo de farine sur la tête !

L’élu a raconté à ses amis des réseaux sociaux cette mésaventure, avec la verve dont il fait preuve pour alimenter ses « chroniques bayonnaises ». Il ne portera pas plainte et a essayé de ne pas dramatiser ce « vidage de sac ».

Il m’a demandé si c’était moi, mais il n’a pas attendu la réponse. L’auteur de cet enfarinage est un jeune homme d’une vingtaine d’années qui visait le Grand Maître du Grand Orient. « Tout en criant « Franc-maçon en prison », il m’a enfariné. »
L’adjoint a tourné, pour ses amis, la situation en dérision, avant de l’analyser. « L’enfarinage passe, mais le fond est moins drôle ». Yves Ugalde s’interroge sur la radicalisation de certaines personnes, imperméables à tout dialogue, pétries de détestation et de défiance

« Ces gens-là sont aveuglés, en mission. Ils s’imaginent un élu local animé par le conspirationnisme, des nostalgies franquistes ou vendus au grand capital. Mais le dialogue est impossible. »

Bayonne braque les projecteurs sur la maçonnerie

De notre confrère bayonne.fr

Hier, Vendredi 3 juin à 18h30, avait lieu une conférence intitulée « Maçonnerie et Immigration » présentée à l’auditorium Henri-Grenet par Georges Sérignac, Grand Maître du Grand Orient de France. Elle sera suivie aujourd’hui, samedi 4 juin par l’inauguration de l’exposition « La Franc-Maçonnerie basque d’hier et d’aujourd’hui » au musée Basque.

Une loge qui intègre très tôt des membres de la communauté juive

À l’origine, la loge était composée de membres de professions très variées, principalement issus de l’élite sociale : commerçants, armateurs, parlementaires, procureurs du Roi, etc. Sa grande particularité est d’avoir admis des membres de la communauté juive, vingt ans avant qu’ils n’aient accès à la citoyenneté française. Vivant à Saint-Esprit, cette communauté composée de séfarades est à ce moment-là fort nombreuse. Les juifs sont intégrés à la vie bayonnaise, mais n’ont pas encore tous les droits, dont celui de venir commercer de l’autre côté du pont. Ils subissent en outre quelques brimades et font naître des jalousies dans le domaine des affaires. La présence de juifs à La Zélée provoque d’ailleurs une première scission : en 1783, certains frères désertent La Zélée pour créer L’Amitié qui ne vivra guère plus de trois ans. 

Le rôle de La Zélée dans la révolution de 1789

Les membres de La Zélée sont des libéraux ; ils participent activement à la rédaction des Cahiers des états généraux. Le Bayonnais Joseph Garat, député du Labourd, devient même ministre de la Justice, puis de l’Intérieur ; c’est lui qui annonce à Louis XVI sa condamnation à mort. Pourtant, lorsque survient la Terreur, les Révolutionnaires ne comprennent pas que des hommes puissent se réunir en secret, car tout doit être public. Les loges se mettent alors en sommeil et le Grand Orient ne reprendra ses activités officielles qu’en 1801. Quelques années plus tard, sous l’Empire, c’est l’embellie. La Franc-Maçonnerie est perçue par Napoléon III comme un moyen de contrôler une classe bourgeoise aisée et de faire passer, hors des frontières, les idéaux de la Révolution. 

En 1830, les maçons se distinguent

Sociologiquement, la composition de La Zélée évolue : les armateurs y sont moins nombreux, les professions libérales y entrent en masse et l’on assiste à une certaine prolétarisation, avec l’arrivée en son sein de petits commerçants et d’employés. À partir de 1824, sous la présidence de Nicolas Plantié, représentant de la jeune génération républicaine, La Zélée amorce un glissement nettement progressiste, qui aboutit en 1830 aux Trois Glorieuses. Un Maçon bayonnais comme Jacques Laffitte, devenu président du Conseil, monte à Paris sa propre loge, baptisée Les Trois Jours, dont La Fayette est vénérable d’honneur. Jacques Laffitte exerce une grosse influence dans la région en faisant nommer des percepteurs, en aidant de nombreuses personnes et en finançant discrètement la presse locale. De même, Frédéric Bastiat, un avant-gardiste très peu connu en France, est à l’époque considéré comme l’un des grands économistes mondiaux : il est étudié dans toutes les universités américaines, comme l’un des pionniers du libéralisme économique et grand humaniste. En qualité de député, il défendra les Caisses de Secours Mutuels et sera favorable à l’abolition de la peine de mort.

© Musée Basque

Les Francs-Maçons en 1848

Lors de la révolution de 1848, le peuple parisien est aux Tuileries, tandis que les Bayonnais manifestent sous la houlette d’Augustin Chaho, homme de lettres et journaliste. Mais tous les Francs-maçons ne partagent pas les idées de Chaho, alors la loge se divise.

En 1851, suite au coup d’état orchestré contre Napoléon III, les loges sont démantelées. C’est en 1892, soit quarante ans plus tard que La Zélée obtiendra une nouvelle patente, sous l’impulsion de Camille Delvaille, un homme remarquable qualifié de « médecin des pauvres », membre de l’Académie des Sciences.

Les débuts de la laïcité

Le début du XXe siècle est marqué par les débats sur la laïcité, pour laquelle s’engage à fond la Maçonnerie, provoquant le courroux du clergé. Dans les sermons, à la cathédrale de Bayonne, on parle de Satan en évoquant la Maçonnerie. Certains prêtres basques ont même rédigé un catéchisme bascophone contre la Franc-Maçonnerie. Quelques religieux, comme le cardinal bayonnais Charles Lavigerie, archevêque d’Alger, échappe à ce manichéisme. Il lance un appel à la reconnaissance de la République. L’histoire fit tant de bruit qu’après sa mort, en 1892, l’évêché de Bayonne retardera pendant dix ans l’inauguration de sa statue, finalement érigée en 1899 place du Réduit.

L’époque contemporaine

En 1936, lorsque la guerre civile a éclaté en 1936, La Zélée a permis la mise en place immédiate de l’accueil de réfugiés espagnols. Puis, comme toutes les autres loges, elle a disparu sous l’Occupation, fermée conformément à la loi de Vichy du 13 août 1940 qui interdisait entre autres la Maçonnerie. Après 1945, elle se réunit à nouveau dans un temple dévasté. Depuis cette époque, à Bayonne, les loges se sont multipliées : on en dénombre aujourd’hui 25, affiliées à diverses obédiences. De nombreux sujets philosophiques y sont abordés, alors que d’autres, plus politiques, sont évités car jugés sensibles. L’influence maçonnique sur les pouvoirs politique et économique est d’ailleurs bien moindre qu’hier. Et les frères revendiquent leur appartenance à une Société pas vraiment secrète, ouverte à celles et ceux qui se reconnaissent dans  l’article premier de leur Constitution qui définit « une institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, qui a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Elle a pour principe la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience« .

Conférence ouverte au public « Maçonnerie et immigration », vendredi 3 juin à 18h30 à l’auditorium Henri-Grenet, Cité des arts, 3 avenue Jean-Darrigrand.

Exposition « La Franc-Maçonnerie basque d’hier et d’aujourd’hui », du 4 juin au 31 août, au musée Basque, 37 quai des Corsaires. Plus d’infos > musee-basque