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Contrée de francs-maçonnes

Et la symbolique du jeu de cartes

Si certains jeux de cartes inspirent les cartomanciennes, comme le Tarot appelle à la divination, celui-ci est fort de symbolisme pour tout curieux qui en explorerait les arcanes, majeurs notamment. En prenant la peine de les examiner, tout franc-maçon devrait trouver une source incroyable d’interprétation ésotérique en résonance avec son chemin. Pour autant, il est bon aussi, juste, de jouer et dans le Sud à la contrée !

Jouer à la contrée, toujours animée, quelquefois arrosée, ce n’est pas forcément (et pas du tout d’ailleurs) le moment à commenter le sens symbolique de ces 32 cartes 😉 Quel intérêt à trouver le nom et la symbolique d’un valet en pleine annonce ? Va pour le valet de cœur, Lahire ; va pour le valet de pique, Ogier, va pour le valet de carreau, Hector mais un peu moins pour le Vallet de trèfle, Lancelot, surtout si on aligne les canons en cours de partie !

Apolline : « Je me demandais… Est-ce que le valet de trèfle pourrait représenter le Vénérable Maître ? »

Myrtille : « Tu pars de loin là ! Oh, j’ai un 7 ! Et si le 7 représentait notre engagement à travailler ensemble, dans la bienveillance, conscientes de nos devoirs ? »

Églantine : « Ah ? Et le roi de pique alors ? Je crois qu’il représente David, le père du Roi Salomon ? Il pourrait incarner notre pouvoir de décision dans la sagesse ? »

Adélaïde : «  Et… Si on jouait juste ! Je coupe ! »

Cannes : son festival… et sa palme d’or, maçonnique ou non ?

C’est ce soir que la 77e édition du Festival de Cannes 2024, dont le jury est présidé par l’actrice et réalisatrice américaine Greta Gerwig, s’achève.

Logo 2013

Beaucoup de sœurs et frères colportent encore et toujours que la palme d’or est une reproduction de la branche d’acacia…

Nous vous proposons donc de faire la lumière sur cette belle légende urbaine.

Retour sur l’histoire du festival et de son créateur

Le compositeur, musicographe et critique musical Émile Vuillermoz (1878-1960) et l’écrivain, scénariste et historien du cinéma René Jeanne (1887-1969) ont soumis à Jean Zay (1904-1944), alors ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts sous le gouvernement de Léon Blum (1872-1950) et du Front Populaire (du 4 juin 1936 au 10 septembre 1939), l’idée de créer un festival international de cinéma en France. Jean Zay, passionné par cette idée, embrasse rapidement le projet. Rappelons aussi qu’il fut aussi l’inspirateur des fondations successives du CNRS, de l’ENA, du Palais de la Découverte.

Jean Zay, en 1936

Ainsi, Jean Zay devient le principal instigateur du Festival de Cannes, choisi pour son climat ensoleillé. Ce projet reçoit également l’appui des États-Unis et du Royaume-Uni, qui à l’époque boycottent la Mostra de Venise pour ses affiliations fascistes. Il faut dire qu’en 1932, l’Italie fasciste créée ce festival de cinéma qui existe encore de nos jours. La Mostra était alors totalement phagocytée par la propagande fasciste de l’Italie mussolinienne. L’Allemagne nazie y était d’ailleurs très présente avec le funeste docteur Joseph Goebbels (1897-1945), homme d’État criminel proche d’Adolf Hitler qui fut, avec Hermann Göring et Heinrich Himmler, l’un des dirigeants les plus puissants et influents du régime nazi. Il profite de la Mostra de Venise pour vendre « l’art » cinématographique nazi…

Hall Léon Bourgeois – GODF – Photo © Yonnel Ghernaouti, YG

L’ingénieur et industriel Louis Lumière (1864-1948), figure emblématique du cinéma, accepte de présider ce festival, initialement prévu du 1er au 20 septembre 1939. Les délégations américaines sont présentes, et les sélections française et internationale sont prêtes.

L’objectif du festival était de célébrer un cinéma empreint de liberté, d’intelligence et de créativité, en opposition au festival italien marqué par ses inclinaisons nazies et fascistes.

Hall Léon Bourgeois – GODF – Photo © Yonnel Ghernaouti, YG

Cependant, le projet, bien que noble, est interrompu par l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie le 1er septembre 1939, événement qui marque également le début de la Seconde Guerre mondiale suite à la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne quelques jours plus tard.

Durant l’Occupation, l’idée d’un festival de cinéma, conçu et organisé sous l’égide d’un ministre du Front Populaire, est abandonnée.

Source Jean-Laurent Turbet

La palme d’or, récompense suprême, est-elle la branche d’acacia, symbole du maître maçon ?

La Palme d’or est le prix principal décerné lors du Festival de Cannes, qui se tient chaque année en mai depuis 1946. Remise au meilleur film de la sélection officielle, cette distinction a été renommée « Palme d’or » en 1955, remplaçant le « Grand Prix du Festival international du film ». Ce changement de nom s’inscrit dans la continuité des symboles emblématiques associés aux villes hôtes de festivals de film, à l’instar du Lion de la Mostra de Venise et de l’Ours du festival de Berlin, qui tirent leurs inspirations des armoiries de ces villes.

Initialement proposée sous le nom de « Coupe Lumière », en l’honneur du président d’honneur du « festival du monde libre », pour contrer la coupe Mussolini de la Mostra de Venise, la plus haute récompense du Festival de Cannes était initialement appelée le « Grand Prix du Festival international du film ». Elle était attribuée sous forme de diplôme accompagné d’un trophée conçu par un artiste contemporain.

Blason de la ville de Cannes

L’origine de la Palme d’or remonte à 1954, quand Robert Favre Le Bret, l’un des organisateurs, sollicite plusieurs joailliers pour créer une nouvelle distinction. Le motif choisi pour symboliser la victoire est la feuille de palmier, tirée des armoiries ancestrales de Cannes, qui elle-même provient du blason de l’abbaye de Lérins. La légende veut que saint Honorat, en grimpant sur un palmier, ait purifié les îles de Lérins des serpents. Ce symbole rappelle également les palmes ramenées par les habitants de Cannes de leur pèlerinage annuel aux îles de Lérins.

Palme d’or remise lors du Festival de Cannes 1979

La proposition de Lucienne Lazon est retenue, avec un design de feuille de palmier posée sur un socle en terre cuite sculpté par Sébastien. En 1955, la récompense, désormais connue sous le nom de « Palme d’or », est attribuée pour la première fois à l’Américain Delbert Mann pour son film « Marty ».

Bien que Jean Zay ait été franc-maçon et fondateur du Festival de Cannes, et que la franc-maçonnerie utilise l’acacia comme symbole représentant la pureté et l’immortalité de l’âme, le lien entre l’acacia spécifiquement et la « Palme d’or » est plus une coïncidence symbolique qu’une connexion directe. Le véritable rapport tient davantage de l’influence des idéaux maçonniques sur les engagements culturels et éducatifs de Zay, et de son impact durable sur la culture française et internationale à travers le festival.

Hall Léon Bourgeois – GODF – Photo © Yonnel Ghernaouti, YG

Jean Zay et la franc-maçonnerie

L’avocat, écrivain et journaliste Jean Zay, figure emblématique de la politique française, était membre de la franc-maçonnerie, ce qui a influencé sa vision progressiste et ses idéaux républicains. La franc-maçonnerie, connue pour ses idéaux de liberté, d’égalité, et de fraternité, ainsi que pour son engagement en faveur de la laïcité et de l’éducation, se reflète dans de nombreux aspects de la carrière politique de Zay. En tant que ministre de l’Éducation et des Beaux-Arts sous le Front Populaire, il a initié de nombreuses réformes qui visaient à démocratiser l’accès à la culture et à l’éducation en France.

Jean Zay, en 1937

Juif par son père, protestant par sa mère, Jean Zay a été initié le 24 janvier 1926 au sein de la loge « Étienne Dolet » du Grand Orient de France, à l’orient d’Orléans, qui est également la loge de son père. Jean Zay apparait aussi en qualité de membre de la loge « L’éducation Civique » de la Grande Loge de France, une loge importante de la Grande Loge de France au milieu des années 1930 et jusqu’à la guerre qui comptait, en 1934, pas moins de 142 frères actifs !

Le 21 février 2014, le président de la République François Hollande annonce le transfert des cendres de Jean Zay ainsi que celles de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion au Panthéon en tant que « grandes figures qui évoquent l’esprit de résistance ». Jean Zay y fait donc son entrée le 27 mai 2015.

Pour celles et ceux qui veulent mieux comprendre l’œuvre de Jean Zay, ils liront utilement le livre Jeunesse de la République, édité par Pierre Allorant et Olivier Loubes, avec une préface de Pascal Ory, membre de l’Académie française, est publié par Bouquins au prix de 33 €. Ce volume célèbre le 120e anniversaire de la naissance de Jean Zay et le 80e anniversaire de sa mort.

Ce livre rassemble une grande variété d’écrits de Jean Zay, tels que ses journaux scolaires de la Première Guerre mondiale, ses critiques littéraires, ses éditoriaux en tant que député, ses discours en tant que ministre, ses journaux de guerre, ainsi que des romans et contes inédits. Il recontextualise également les textes diffamatoires publiés contre lui par les collaborationnistes pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous reviendrons très prochainement sur Jeunesse de la République en mettant, bien évidemment, l’action de Jean Zay reconnu comme l’homme d’État qui a fait de l’école un pilier de la démocratie sociale.

Cet été, c’est Collège Maçonnique pour tous !

Nous avons le plaisir de vous présenter le programme des Entretiens 2024.

Chaque jeudi soir à 19h30 du 27 juin au 5 septembre 2024.

Cette année la thématique « Quelle modernité pour les vertus ? »

Ces conférences, ouvertes au-delà de nos cercles maçonniques habituels, réunissent des conférenciers principalement non-maçons. Vous êtes donc invités à y inscrire votre famille, vos amis et vos sympathisants.

Nous vous encourageons à vous inscrire dès maintenant via le lien d’inscription ci-dessous. Cette inscription vous permettra de recevoir chaque semaine, le mercredi soir ou le jeudi matin, le flyer de la conférence du jeudi soir, accompagné d’un lien de connexion unique pour chaque séance.

L’inscription, obligatoire, valable pour l’ensemble du cycle des conférences et sera confirmée immédiatement par Zoom.

Marie-Thérèse Besson et Alain-Noël Dubart sont impatients de vous retrouver nombreux lors de ces échanges enrichissants.

[NDLR : Nous ne doutons que les dix conférences seront éclairantes quant à « Quelle modernité pour les vertus ? »

En attendant, avec impatience ces séances « d’instruction » via Zoom, cette question invite à une réflexion profonde sur la place et la pertinence des vertus traditionnelles dans notre société contemporaine. Voici quelques axes de réflexion sur cette interrogation :

Redéfinition des vertus

Dans un monde en constante évolution, les vertus traditionnelles telles que la sagesse, le courage, la tempérance et la justice peuvent sembler décalées par rapport aux valeurs et aux normes actuelles. Cependant, la modernité ne signifie pas l’abandon de ces vertus, mais plutôt leur redéfinition et leur adaptation aux contextes contemporains. Par exemple :

sagesse : dans le monde numérique, la sagesse peut se traduire par la capacité à discerner la vérité parmi une multitude d’informations,

courage : aujourd’hui, le courage peut inclure la bravoure morale, comme défendre des causes justes sur les réseaux sociaux ou dans des environnements de travail hostiles,

tempérance : à l’ère de la consommation excessive, la tempérance prend une nouvelle dimension en promouvant la durabilité et la modération,

justice : les mouvements pour l’égalité sociale et la justice climatique montrent comment cette vertu se manifeste dans la lutte contre les inégalités systémiques.

Les vertus à l’ère technologiques

La modernité est marquée par des avancées technologiques rapides qui transforment nos vies. Les vertus peuvent servir de guide pour naviguer ces transformations :

éthique technologique : la prudence est essentielle pour gérer les implications éthiques de l’intelligence artificielle et de la biotechnologie,

la responsabilité numérique.

La vertu de la responsabilité est cruciale pour l’utilisation éthique des technologies de l’information et de la communication.

L’évolution des vertus collectives

La modernité a également changé notre perception des vertus collectives. La solidarité, l’empathie, et la coopération sont devenues essentielles dans notre société mondialisée et interconnectée :

solidarité mondiale : face à des défis globaux comme le changement climatique, la pandémie, et les crises économiques, la solidarité transcende les frontières nationales,

– empathie numérique : la capacité à comprendre et à partager les sentiments d’autrui est vitale dans les interactions virtuelles et les communautés en ligne.

L’application pratique desdites vertus

La modernité pose également la question de l’application pratique des vertus dans notre quotidien :

– leadership éthique : les dirigeants modernes doivent incarner les vertus pour inspirer et guider leurs équipes de manière juste et équitable,

– éducation aux vertus : les systèmes éducatifs doivent intégrer l’enseignement des vertus pour préparer les jeunes à devenir des citoyens responsables et éthiques.

Les vertus

Les défis et les contradictions modernes

La modernité présente des défis uniques qui peuvent parfois sembler en contradiction avec les vertus traditionnelles :

– culture de l’instantanéité : la vertu de la patience est mise à l’épreuve dans une culture qui valorise l’immédiateté et la gratification instantanée,

– individualisme vs. communauté : l’équilibre entre l’autonomie individuelle et le bien-être collectif doit être repensé dans des sociétés de plus en plus individualistes.

« Quelle modernité pour les vertus ? » est une question fondamentale qui pousse à réfléchir sur la manière dont les vertus peuvent être intégrées et adaptées aux réalités contemporaines. Plutôt que de considérer les vertus comme des reliques du passé, il est possible de les voir comme des principes dynamiques qui évoluent avec le temps et les contextes. En redéfinissant et en appliquant les vertus de manière pertinente, nous pouvons enrichir notre vie individuelle et collective, et construire une société plus juste, éthique et harmonieuse.

La question « Quelle modernité pour les vertus ? » revêt une signification particulière en franc-maçonnerie, une fraternité qui, depuis des siècles, met l’accent sur le développement moral et éthique de ses membres. Les vertus maçonniques, bien que traditionnelles, trouvent toujours une résonance dans le monde contemporain. Nous ne développerons pourtant pas ce point, vous laissant le soin d’assister aux réunions Zoom qui enchanteront un bel été à venir.]

Concours littéraire du Grand Orient d’Italie, que du social et du sociétal !

Ça bouge chez lesdits « réguliers et de tradition » ! Rappelons qu’à Londres, le 8 mars 2023, le duc Michael de Kent, Grand Maître la Grande Loge Unie d’Angleterre depuis 1968, cousin germain de feu la reine Elizabeth II, et actuel ”chef mondial” de la franc-maçonnerie, reconnaissait le Grand Orient d’Italie (GOI) après leur rupture il y a 30 ans.

S.A.R. le duc de Kent

Par ailleurs en France, la Grande Loge Nationale Française (GLNF) reconnaît le Grand Orient d’Italie (GOI) depuis 1971, en nommant depuis cette date, ce qui est d’usage d’appeler un garant d’amitié.

Le GOI ferait-il, encore, un pas de côté ? Il n’est pas le seul ! Non seulement, dans le monde, cette maçonnerie dite « régulière et de tradition » est en perte de vitesse, mais c’est aussi une maçonnerie qui semble présenter quelques fêlures… Nous en voulons pour preuve, notre article du 20 décembre 2023 : « La Grande Loge d’Argentine donnerait-elle un coup de canif au fameux « Basic Principles » de 1929 ? »

Quant aux « Basic Principles for Grand Lodge Recognition », souvent appelés les « Basic Principles of 1929 », ils sont un ensemble de règles établies par la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) pour déterminer la reconnaissance de la régularité maçonnique d’autres Grandes Loges. Dans le point 7, il est écrit « Que la discussion de sujets politiques ou religieux soit strictement interdite au sein de la Loge ». De même que dans le point 6 de la règle en douze points de la GLNF : « … Elle leur interdit en son sein toute discussion ou controverse politique ou religieuse… » Tout étant permis, un jour, la GLNF basculera-t-elle dans le social et sociétal, elle aussi ?

Le Grand Orient d’Italie (GOI) se distingue, quant à lui, par son engagement culturel, notamment à travers son prestigieux concours littéraire. Cette initiative encourage la création et la diffusion d’œuvres littéraires, contribuant ainsi à l’enrichissement du patrimoine culturel. En soutenant les auteurs et en promouvant la littérature, le GOI renforce son rôle dans la société en tant que promoteur des arts et des lettres.

Ce concours littéraire est dédié à la mémoire de l’enseignante Italia Donati. Une femme mise en avant : Triple Vivat !

Blason du GOI

Premier concours littéraire du GOI, à l’orient de Bénévent

Bénévent, connu sous le nom de Benevento en italien, est une ville et un chef-lieu de la province du même nom dans la région de Campanie, en Italie méridionale.

L’initiative, à laquelle s’est associée avec enthousiasme le lycée classique « Pietro Giannone », a été lancée par la loge « Federico Torre ».

Federico Torre (1815-1892) était un militaire, homme politique et lexicographe italien, originaire de Benevento. Il a joué un rôle significatif dans l’Italie du XIXe siècle en tant que député et sénateur. Torre a été élu député pour six législatures consécutives et est devenu sénateur du Royaume d’Italie en 1884​. Il est aussi connu pour ses contributions académiques, notamment la compilation d’un Vocabolario latino-italiano.

Bénévent

Le Prix, réservé aux étudiants des trois dernières années, est dédié à la mémoire d’Italia Donati.

Elle était une jeune enseignante italienne du XIXe siècle dont l’histoire tragique illustre les défis et les injustices auxquels les femmes de cette époque étaient confrontées, en particulier celles qui osaient se démarquer dans des rôles professionnels.

Originaire de Cintolese en Toscane, Italia Donati est parvenue à échapper à la pauvreté et à l’ignorance grâce à son intelligence et à son travail acharné, devenant institutrice à Porciano en 1883. Elle espérait y trouver un soutien dans le maire local, qui l’avait recrutée, mais cette relation professionnelle fut mal perçue par les habitants du village. Des rumeurs calomnieuses sur une relation inappropriée entre Italia et le maire se propagèrent rapidement, alimentant un climat de suspicion et de harcèlement.

Italia Donati

Les calomnies et le harcèlement incessant conduisirent Italia Donati au désespoir. Elle se sentit contrainte de prouver son innocence et de restaurer l’honneur de sa famille par un geste dramatique. Italia Donati se suicida en se jetant dans une rivière, espérant que sa mort serait une preuve de sa vertu.

La mort d’Italia Donati provoqua une onde de choc parmi les enseignants et dans l’opinion publique. Elle suscita une prise de conscience sur les conditions difficiles et souvent humiliantes des femmes enseignantes de l’époque. Sa tragédie fut largement médiatisée, incitant à des revendications pour des droits et des protections accrus pour les enseignantes. Cette affaire mit en lumière la nécessité de réformes structurelles dans le système éducatif, notamment pour centraliser l’instruction et protéger les enseignantes contre les abus locaux.

Italia Donati reste une figure emblématique des luttes féministes et de la défense des droits des femmes au travail. Son histoire a été relatée dans des œuvres littéraires et théâtrales, comme le roman Prima della quiete d’Elena Gianini Belotti, qui explore en profondeur les implications sociales et personnelles de sa vie et de sa mort.

L’école élémentaire de Cintolese porte désormais son nom, en hommage à son courage et à son engagement pour l’éducation.

L’histoire d’Italia Donati est un rappel poignant des obstacles que les femmes ont dû surmonter pour exercer des professions respectées et de la persistance des préjugés et des injustices.

Un grand merci à nos frères dits « réguliers et de tradition » d’avoir choisi le nom d’une femme pour offrir ce prix littéraire.

Le but du concours est d’impliquer les étudiants dans une réflexion sur le thème de la Franc-maçonnerie, une organisation peu connue dans notre pays et contre laquelle persistent des préjugés difficiles à éradiquer.

Risorgimento

Les thèmes assignés sont les suivants : Le rôle de la franc-maçonnerie dans les mouvements du Risorgimento1 ; La laïcité2 de l’État ; Le trinôme inspirant de la franc-maçonnerie : liberté, égalité et fraternité3 ; Les préjugés, le prisme déformé de la société de tous les temps ; Fondamentalismes ; Comment je vois la franc-maçonnerie.

La cérémonie de remise des prix a eu lieu ce matin, vendredi 24 mai, à 10h00, dans l’Aula Magna du Liceo Classico Pietro Giannone de Benevento. Pour celles et ceux qui se passionnent pour la culture, en général, et la littérature, en particulier, 450.fm vous tiendra, bien naturellement, informé du nom du lauréat... ou de la lauréate !

1Le Risorgimento est un terme qui désigne le mouvement politique et social du XIXe siècle qui a conduit à l’unification de l’Italie. Ce mouvement a marqué une période cruciale de l’histoire italienne, aboutissant à la formation de l’État italien moderne.

2En Italie, la laïcité de l’État, bien que présente, est une notion nuancée par l’histoire et les spécificités culturelles du pays. La relation entre l’État italien et l’Église catholique a été et reste un élément central de la vie politique et sociale du pays.

Quelques caractéristiques de la laïcité italienne.

En matière de liberté religieuse, la Constitution italienne garantit la liberté de religion et l’égalité devant la loi, indépendamment de la foi religieuse. Concernant l’éducation, il faut savoir que l’éducation religieuse catholique est facultative dans les écoles publiques, mais reste largement proposée. Les élèves peuvent choisir de ne pas y participer. Quant aux financement des Églises, le système de l’« otto per mille » permet aux contribuables de choisir de destiner 0,8 % de leur impôt sur le revenu à une organisation religieuse (dont l’Église catholique) ou à l’État pour des activités sociales ou culturelles.

3En Italie, les principes de liberté, égalité et fraternité sont présents dans les valeurs fondamentales de la République italienne, bien que ces concepts aient une histoire et une application spécifiques à la culture et aux institutions italiennes. Ces principes, hérités des idéaux de la Révolution française, ont été adaptés et intégrés dans le contexte italien à travers l’évolution historique et politique du pays.

La liberté en Italie est garantie par la Constitution italienne de 1948, qui a été rédigée après la Seconde Guerre mondiale et la chute du fascisme.

Le principe d’égalité est également un pilier fondamental de la Constitution italienne et se manifeste de diverses manières (égalité devant la loi, égalité des genres, lutte contre les discriminations).

La fraternité, bien que moins explicitement mentionnée dans les textes législatifs, se manifeste à travers des principes de solidarité et de soutien mutuel présents dans la société italienne (solidarité sociale, État-Providence, associations et volontariat ).

En Italie, les principes de liberté, d’égalité et de fraternité sont intégrés dans le cadre constitutionnel et institutionnel du pays. Bien que des défis subsistent, ces valeurs continuent de guider les politiques publiques et les actions citoyennes, contribuant à la construction d’une société plus juste et solidaire.

Source : Newsletter du GOI

Imprégner l’empathie de compassion

Je discutais récemment avec une infirmière qui, comme la plupart de ses collègues, est continuellement confrontée aux souffrances et aux problèmes des patients dont elle s’occupe. Elle me disait que dans les nouvelles formations de personnel soignant, l’accent était mis sur la « nécessité de garder une distance émotionnelle vis-à-vis des malades » pour éviter le fameux burnout qui affecte tant de professionnels de la santé.

Cette femme très chaleureuse, dont la simple présence rassure, me confia ensuite :

« C’est curieux, j’ai l’impression de gagner quelque chose lorsque je m’occupe de ceux qui souffrent, mais lorsque je parle de ce “gain” à mes collègues, je me sens un peu coupable de ressentir quelque chose de positif. »

Je lui décrivis brièvement les différences qui semblent exister entre la compassion et la détresse empathique. Cette différence concordait avec son expérience et prouvait qu’elle n’avait aucune raison de se sentir coupable. Contrairement à la détresse empathique, l’amour et la compassion sont des états d’esprit positifs, qui renforcent la capacité intérieure à faire face à la souffrance d’autrui.

Si un enfant est hospitalisé, la présence à ses côtés d’une mère aimante qui lui tient la main et le réconforte avec d’affectueuses paroles lui fera sans doute plus de bien que l’anxiété d’une maman submergée de détresse empathique qui, ne pouvant supporter la vue de son enfant malade, fait les cent pas dans le couloir. Rassurée par mes explications, cette amie infirmière me confia qu’en dépit des scrupules qu’elle avait de temps à autre, ce point de vue s’accordait avec son expérience de soignante.

À la lumière de ces recherches préliminaires, il semblerait donc logique de former à l’amour altruiste et à la compassion ceux dont le métier consiste à s’occuper quotidiennement de personnes qui souffrent.

Une telle formation aiderait également les proches (parents, enfants, conjoints) qui prennent soin de personnes malades ou handicapées. L’amour altruiste crée en nous un espace positif qui sert d’antidote à la détresse empathique et empêche que la résonance affective ne s’amplifie au point de devenir paralysante et d’engendrer l’épuisement émotionnel caractéristique du burnout.

Sans l’apport de l’amour et de la compassion, l’empathie livrée à elle-même est comme une pompe électrique dans laquelle l’eau ne circule plus : elle va rapidement s’échauffer et brûler. L’empathie doit donc prendre place dans l’espace beaucoup plus vaste de l’amour altruiste. Il importe également de considérer l’aspect cognitif de la compassion, autrement dit la compréhension des différents niveaux de la souffrance et de ses causes manifestes ou latentes.

Ainsi, nous sera-t-il possible de nous mettre au service des autres en les aidant efficacement tout en préservant notre force d’âme, notre bienveillance et notre paix intérieure. Comme l’écrit Christophe André : « Nous avons besoin de la douceur et de la force de la compassion.

Plus on est lucide sur ce monde, plus on accepte de le voir tel qu’il est, et plus on se rend à cette évidence : nous ne pouvons rencontrer toutes les souffrances que l’on rencontre dans une vie d’humain, sans cette force et sans cette douceur.

Matthieu Ricard

Extrait du livre de Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme.

Cet article a été publié dans LA LETTRE DES DEUX VOIES pour favoriser des échanges et des liens entre Francs-Maçon (nes) qui sont déjà dans une démarche bouddhiste ou qui souhaite connaître un peu mieux le bouddhisme.

La lettre est trimestrielle et gratuite, on peut s’y inscrire en précisant son nom, prénom, tél, Ob., sa L. et la Ville de résidence à ce mail : lesdeuxvoies@orange.fr

Lieu symbolique : Mystères et merveilles de Carnoët, entre forêt enchantée et légende de Barbe-Bleue

La forêt domaniale de Carnoët, également connue sous le nom de forêt de Toulfoën, est une grande étendue de nature située en Bretagne, près de Quimperlé dans le Finistère. Cette forêt est célèbre pour sa richesse historique et écologique. Elle couvre une surface importante et est principalement composée de feuillus, avec des espèces comme les chênes et les hêtres, mais aussi de zones de conifères.

Historiquement, la forêt de Carnoët a des racines profondes dans l’histoire locale. Elle aurait été fréquentée et utilisée depuis l’époque médiévale, servant de lieu de chasse, mais aussi de refuge et de source de bois pour la population locale. Au fil des siècles, elle a vu de nombreuses transformations, notamment son aménagement pour la gestion durable du bois et la préservation de la biodiversité.

La forêt est aussi un lieu prisé pour le tourisme vert, offrant de nombreux sentiers de randonnée, des parcours pour le VTT, et des sites d’intérêt comme des ruines historiques et des points de vue naturels. Elle joue un rôle crucial dans la préservation de l’environnement local et la promotion de la biodiversité grâce à sa gestion par l’Office National des Forêts.

C’est un exemple typique de l’interaction entre histoire, culture et environnement naturel dans les paysages français, un lieu où le patrimoine naturel et historique se rencontre et se conserve pour les générations futures.

Le château de Carnoët, en plus de son rôle de résidence ducale, a servi de siège à une châtellenie importante et de lieu de réunion temporaire pour la chambre des comptes du duché. À cette époque, un parc clôturé destiné à la chasse, à l’élevage et à l’exploitation forestière fut également créé.

Des vestiges architecturaux, notamment des substructions et des élévations maçonnées envahies par la végétation, témoignent encore de la grandeur passée de la résidence. Un aspect remarquable de ce site est la présence de colonnes d’une grande salle (« aula »), typique de la seconde moitié du XIIIe siècle, qui indique l’importance et la sophistication de la structure. Deux de ces colonnes ont été déplacées au XIXe siècle, l’une dans un jardin voisin et l’autre dans la forêt.

Au fil des siècles, notamment après la guerre de succession de Bretagne à la fin du XIVe siècle, le château fut progressivement démantelé, tomba en ruine et fut utilisé comme carrière. Des descriptions du XIXe siècle et des fouilles entreprises entre 1873 et 1894 ainsi qu’entre 2000 et 2003 ont permis de mettre à jour des fragments de carreaux en terre cuite vernissée, ajoutant à la connaissance archéologique du site.

Aujourd’hui, bien que les vestiges soient largement dégradés, ils sont toujours partiellement identifiables, offrant un aperçu fascinant de l’histoire médiévale bretonne. Ces ruines, intégrées dans le paysage de la forêt domaniale de Carnoët, continuent de captiver historiens, archéologues et visiteurs.

Le château de Carnoët, également connu sous le nom de château de Barbe-Bleue, est imprégné de mystères et de légendes. Voici quelques récits fascinants associés à ce lieu Comorre, le Barbe-bleue breton

Comorre était un redoutable seigneur dont le château pourrait se situer dans la forêt de Carnoët . On raconte qu’il avait déjà assassiné six de ses propres épouses de ses mains avant de demander en mariage la douce Triphine, fille du comte de Vannes. Le nom Barbe-Bleue évoque la cruauté et le mystère, et Comorre incarne cette figure légendaire.

Les fantômes du château de Carnoët

Dans les landes et les bois, lorsque les lambeaux de nuages étranglent la lune livide, les secrets s’extirpent en gémissant de la tourbe des sépultures. Le pays de Quimperlé regorge d’histoires plus ou moins horrifiques, et le château de Carnoët ne fait pas exception.

Les vieilles pierres maudites du château cachent des récits de fiancés trahis revenant certaines nuits, de charrettes aux roues grinçantes emportant les âmes des défunts, et de diableries qui roulent inévitablement le fourchu dans la farine.

Mais, concernant le château de Carnoët en particulier, il n’existe pas de preuves directes le reliant à la légende de Barbe Bleue. Il est possible que des rumeurs locales ou des légendes aient pu associer le château à cette histoire en raison de son ancienneté, de ses ruines mystérieuses et de son ambiance qui peut inspirer des récits de ce genre. La région de Bretagne, riche en folklore et en histoires légendaires, est particulièrement propice à ce genre d’associations.

La chaire de l’Évêque en forêt de Toulfoën, une roche située sur un éperon dominant la rive de la Laïta d’où prélats bénissaient les bateaux.

La Laïta, « rivière de mer », figure parmi les sites côtiers emblématiques du département. Fruit de la rencontre de l’Ellé et de l’Isole à Quimperlé, la Laïta s’étire et serpente ainsi sur 17 kilomètres et vous mènera de Guidel-plages jusqu’au Pouldu, à proximité de ses plages et ses criques.

La chaire de l’Évêque combine des éléments de nature, d’histoire et de spiritualité, rendant le site particulièrement attractif pour les randonneurs, les amateurs d’histoire et ceux intéressés par le patrimoine religieux. Le rocher lui-même et son emplacement offrent non seulement une vue panoramique sur la Laïta, mais servent aussi de témoignage des pratiques religieuses historiques et de l’interaction entre l’église et la communauté maritime locale.

La bénédiction des bateaux par les évêques à cet endroit est interprétée comme un rituel de protection et de bonne fortune pour les marins partant en mer ou naviguant le long de la rivière, un geste significatif compte tenu de l’importance de la navigation et de la pêche dans l’économie locale de l’époque.

Le tumulus de Lothéa

Ce type de tombe, caractéristique de certaines cultures préhistoriques européennes, est un monticule de terre et de pierres sous lequel sont enterrés les défunts. Le tumulus de Lothéa est particulièrement notable non seulement pour son âge et sa structure, mais aussi pour les objets qu’il contenait. Le mobilier funéraire trouvé à l’intérieur suggère que la tombe appartenait à une personne de haut rang ou à une figure importante de la société de l’époque. Les objets métalliques, tels que des armes et des éléments de parure, témoignent de la maîtrise technologique et de l’importance sociale du défunt.

La présence d’armes peut indiquer le statut guerrier du défunt ou sa position de pouvoir, tandis que les éléments de parure révèlent un intérêt pour l’esthétique et peut-être des croyances symboliques liées à l’au-delà. La découverte de ces objets dans le tumulus de Lothéa offre un aperçu précieux des croyances, des rites funéraires et du statut social à cette période de transition entre le Néolithique et l’Âge du bronze.

La structure du tumulus, avec ses dimensions initiales d’environ 26 mètres de diamètre et 4 mètres de hauteur, indique l’importance accordée à ce site funéraire dans son contexte culturel et historique. Les fouilles menées en 1843 ont révélé la présence d’un caveau en forme de coffre, une construction impressionnante faite de neuf dalles en orthogneiss d’origine locale. Ces dalles, dressées sur chant, créent un espace interne de 2,50 mètres de long sur 2 mètres de large et 1,45 mètre de hauteur, ce qui témoigne d’une certaine préoccupation pour la durabilité et la solennité de la sépulture. La dalle de couverture, d’une dimension de 2,20 mètres de long sur 1,80 mètre de large et d’une épaisseur de 0,45 mètre, a été brisée lors de la fouille, laissant seulement un fragment sur place. Cette destruction lors des fouilles antiques souligne les défis associés à la préservation des sites archéologiques.

Le tumulus était également recouvert d’un cairn de petits blocs de pierre mesurant entre 15 et 20 cm de long, surmonté d’une couche de terre jaune argilo-limoneuse, ajoutant environ 1,70 mètre à la hauteur du tumulus et étendant son diamètre à environ 8 mètres. Ces détails constructifs mettent en évidence les techniques avancées et les efforts déployés pour construire ces monuments funéraires.

Aujourd’hui, même si le tumulus s’est élargi et sa hauteur réduite à 2,85 mètres en raison des déblais des fouilles, les vestiges visibles, notamment les tranchées qui se croisent au centre, permettent aux visiteurs et aux chercheurs de comprendre les méthodes de construction et l’importance culturelle de ce site historique. Ces caractéristiques continuent de faire du tumulus de Lothéa un site d’intérêt pour l’archéologie et pour ceux qui sont fascinés par le passé préhistorique de la Bretagne.

L’allée couverte en forêt de Carnoët est un autre exemple remarquable de l’histoire préhistorique de cette région riche en patrimoine archéologique. Une allée couverte est un type de tombe mégalithique typique de la période néolithique, souvent construite avec de grandes dalles de pierre placées verticalement et recouvertes par d’autres dalles horizontales. Ces structures servaient de sépultures collectives et sont fréquemment trouvées dans le nord-ouest de la France, notamment en Bretagne.

Située dans la vaste étendue de la forêt domaniale de Carnoët, cette allée couverte est non seulement un témoin de l’ancienne culture mégalithique, mais aussi un élément intégré dans le paysage forestier, ajoutant à l’atmosphère mystique et historique de la forêt. Ces monuments sont souvent associés à des rites funéraires complexes et à des croyances spirituelles des communautés agricoles qui peuplaient l’Europe pendant le Néolithique.

La présence de la colonne Saint-Maurice ajoute une couche de mysticisme à la forêt, qui est déjà un lieu chargé d’histoire avec ses dolmens, ses châteaux et ses traces de civilisations passées. La forêt de Carnoët offre ainsi une expérience unique où nature et histoire se rencontrent…

Photos © Yonnel Ghernaouti, YG – Montage film FDFMD1717

Le Travail maçonnique (Par Alain Graesel)

Le Travail est une des vertus cardinales de l’initiation maçonnique.

Il est évoqué dans la plupart des degrés de la plupart des Rites. Maillet et ciseau, équerre et compas, fil à plomb et niveau sont des outils et instruments de travail qui accompagnent les Frères et Sœurs dès leur 1er degré et tout au long des suivants.

Il peut être commenté différemment selon ces Rites mais il est généralement présenté comme un engagement personnel et une vertu.

Je m’attarderai ici sur la signification qu’il peut avoir dans la FM symbolique et notamment au 2e degré du REAA tel que pratiqué à la GLDF au cours duquel le Vénérable Maître interpelle le compagnon lors de son élévation et l’exhorte ainsi : « Nous devons travailler non pas à contrecœur sous la pression de la nécessité, mais bien avec entrain, en artistes, pour qui l’œuvre seule compte et n’est pas nécessairement subordonnée à une récompense ».

Que peut signifier cette exhortation et pourquoi faudrait-il  « travailler en artiste » ?

Le travail au sens profane tout d’abord

Le travail en un sens profane présente trois caractéristiques essentielles communément admises :

  • Il permet, grâce au savoir, de maîtriser la nature et transformer le réel.
  • Il a un effet d’intégration sociale.
  • Il est aussi un vecteur de construction personnelle.

Dans une acception usuelle, le travail est l’activité par laquelle l’homme s’arrache à la nature qui l’entoure et dans laquelle il est immergé. Il la maîtrise grâce à ses outils et instruments et il transforme le réel à son profit. Il réalise en quelque sorte le projet du Discours de la Méthode (1637) de René Descartes : « Le savoir est destiné à nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ».

Mais le travail a aussi un effet d’intégration sociale : il crée des liens entre les humains par l’échange et les relations qu’il favorise et la mondialisation contemporaine – en dépit des contradictions parfois négatives qu’elle génère – en est une illustration spectaculaire.

Et le travail est par ailleurs, pour chacun, un vecteur de construction de sa propre personnalité et de son individualité. Il illustre la dialectique action – rétroaction. Comme dit l’architecte Eupalinos qui s’adresse à ses amis Phèdre et Socrate dans le texte éponyme de Paul Valéry : « À force de construire, je crois bien que je me suis construit moi-même. » 

Une conception évolutive

Il est intéressant de faire un détour par la conception de ceux qui ont marqué l’histoire de la pensée car ils ont eu de toute évidence une influence sur la conception que se font les maçons. 

De l’Antiquité à nos jours globalement deux grandes théories s’opposent, celle du « travail asservissement » et celle du « travail libération ». On les retrouve chez de grands penseurs et parfois paradoxalement de façon simultanée.

Les Grecs

Les philosophes grecs – et notamment Aristote – voient dans le travail une activité dégradante qui doit être dévolue aux esclaves ou aux barbares (i.e. les non-Grecs). Leur idéal est la vie contemplative désintéressée et non concernée par les contingences matérielles. Cette contemplation est une fin en soi, qu’ils appellent « praxis », définie comme une activité – telle que la réflexion philosophique par exemple – qui trouve du sens en elle-même et se justifie par sa seule pratique au contraire d’une activité qui consiste à fabriquer des choses tangibles comme le font les artisans et qu’ils appellent la « poiesis », c’est-à-dire la production matérielle.

Pour Aristote un homme libre ne travaille pas, il a « des occupations » intellectuelles, spirituelles, politiques ou guerrières, mais il n’effectue aucune tâche matérielle de production. Les Romains développeront une idée similaire. On comprend évidemment qu’une telle organisation sociale ne peut se perpétuer que grâce à l’esclavage que la démocratie grecque du Ve siècle av. JC – pourtant souvent citée comme un exemple vertueux par ailleurs – ne mettait absolument pas en question.

Le christianisme

Le christianisme – et le catholicisme notamment – quant à lui bâtira sa vision sur l’idée que le travail est une punition résultant de la transgression par Adam et Ève des lois du Paradis  » Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front jusqu’à ce que tu retournes dans la terre d’où tu as été tiré.  » (Genèse – 3,19). La formule et connue. Cette notion traversera les siècles et prévaut encore souvent aujourd’hui dans certains milieux alors que le protestantisme prône de son côté l’idée que le travail est une valeur rationnelle et un principe de succès social et qu’il est le contraire d’une malédiction divine (c’est la réflexion de Max Weber à ce sujet).

La philosophie moderne : Hegel, Nietzsche, Arendt

Le philosophe G.W. Friedrich Hegel au début du XIXe siècle, prend le contre-pied de la tradition biblique. Il valorise le travail et considère que grâce à la transformation de la nature qui en résulte l’homme prend conscience de soi. Le travail pour Hegel est donc un facteur d’affranchissement et de liberté qui permet l’épanouissement des humains. Karl Marx reprendra cette idée à son compte à condition que le travail ne soit pas aliéné et serve l’épanouissement des travailleurs et non pas la seule augmentation du patrimoine des détenteurs de capital par la captation organisée de la valeur ajoutée au travers du salariat, notion qui est une des bases de son économie politique (Le Capital 1867).

F. Nietzsche pour sa part, à la fin du XIXe siècle considère que le travail est un tourment physique et psychique qui entrave le développement de la personne, se sacrifiant ainsi selon lui à l’intérêt collectif au lieu de se servir de son talent à son propre profit. Il aboutit à une rationalisation du contrôle social qui fait dire au philosophe allemand que « Le travail constitue la meilleure des polices (sociales) ». Mais Nietzsche fait aussi l’apologie d’un autre type de travail qu’il considère comme « libérateur », celui des intellectuels, des artistes et des créateurs qui n’ont pas pour but premier le profit. Il est réservé aux aristocrates et il nécessite dans la vision nietzschéenne la séparation de la société en deux classes : les maîtres et les esclaves.  

Hannah Arendt au 1er Congrès des critiques culturelles, 1958

Hannah Arendt au XXème  siècle, distingue elle aussi de son côté deux formes différentes. D’un côté « le travail contraint » de production de biens éphémères auquel les humains sont soumis pour subsister dans l’existence grâce à la consommation qui caractérise selon elle nos sociétés contemporaines.

De l’autre ce qu’elle appelle le « travail œuvre » qui permet l’épanouissement de chacun et qui fait ainsi la grandeur de l’homme en dépassant de très loin l’univers de la seule production/consommation de subsistance.

On pourrait citer d’autres auteurs encore mais ceux-ci condensent assez bien ce que l’on peut en penser. 

Comme on le voit, l’objet « travail » est un concept difficile à saisir et les positions sur le sujet sont souvent contradictoires et parfois difficiles à concilier.

Alors qu’en est-il pour nous Frères et Sœurs ?

Francs-maçons de Victoria’s Smythesdale, qui compte 27 membres. Photo : TIM BOTTAMS

Et que signifie cette formule du Vénérable Maître qui s’adresse au futur Compagnon au moment de l’initiation au 2e degré et l’encourage à « travailler en artiste ».

C’est en somme un peu tout ce qui vient d’être dit plus haut.

Quel est ce travail évoqué par le Vénérable Maître ?

Ce n’est pas d’un travail contraint qu’il s’agit (voir Nietzsche, Arendt) ni d’une punition divine (comme pour le Christianisme), mais bien d’un travail émancipateur qui augmente la conscience de soi (voir Hegel), c’est un travail qui libère les énergies que chacun porte en soi et qui lui permet d’optimiser ses capacités créatrices.

Il ne s’agit pas évidemment d’une simple praxis contemplative à la façon des Grecs (Aristote), ni de la fabrication d’objets éphémères et sans mémoire (Arendt) qu’il s’agit de produire et de consommer pour subsister. Mais il s’agit d’une volonté de transformer le réel et de se transformer soi-même.

Il ne s’agit donc pas de travailler sous le joug de la nécessité, par l’effet de la soumission à une contrainte extérieure mais de se donner une obligation éthique personnelle dont on répond devant sa conscience et de transformer le monde autour de soi tout en se transformant soi-même comme le dit l’architecte Eupalinos cité plus haut.

La construction des cathédrales

On peut ici prendre pour illustration la construction d’une cathédrale.

Que faut-il pour construire une cathédrale ?

Quels en sont les auteurs et les acteurs ?

Il y faut un maître d’ouvrage donneur d’ordre et un maître d’œuvre architecte qui vont initier et concevoir le projet.

Il y faut les matériaux – pierre, bois, métal, verre – pour leur  donner une forme concrète.

Il y faut des artisans d’art capables par leur talent de mettre en œuvre ces matériaux complexes et de les associer entre eux dans un projet global.

Mais il faut également donner du sens à l’édifice. Et ce qui donne son sens à une cathédrale, sa finalité ultime, ne se trouve pas seulement dans la mise en synergie dynamique de ces éléments. Le sens ultime d’une cathédrale est sa dimension spirituelle. Et tous les efforts des acteurs cités plus haut tendent vers la réalisation de cet objectif.

La travail : technique, métier, art, valeur, vertu ?

Menuisier ou ébéniste au travail
Menuisier ou ébéniste au travail avec son bois sur son établis. Equerre, rabot,

Alors pourquoi le travail est-il pour nous FM une Valeur bien plus que la simple possession d’une technique ou d’un métier. Pourquoi n’est-il pas une contrainte mais au contraire une libération, un épanouissement ?

Car il est bien entendu la possession d’une technique ou d’un métier. Dans l’expression « Le grand art de la maçonnerie », utilisée par le VM pour qualifier notre démarche, le mot art renvoie au sens qui est le sien en français ancien où il signifie métier et technique généralement associé à la notion d’architecture.

Mais il renvoie aussi à l’idée d’artisan et d’artiste que j’ai cité plus haut et manifeste ainsi une double exigence.

Le talent de l’artisan est indispensable, car il sait tailler les pierres et les assembler entre elles dans un édifice. Mais celui de l’artiste aussi, qui sait concevoir et exécuter les plans, ayant le souci de l’esthétique et de la beauté de l’édifice.

Les deux dispositions d’artiste et d’artisan sont indispensables à la conception et à la réalisation de l’œuvre. Car c’est bien d’une œuvre collective qu’il s’agit et non d’un objet du quotidien.

Pic de la Mirandole

Série Gioviana. Cristofano dell’Altissimo, Portrait de Pico della Mirandola, vers 1552-1568.)

C’est une dialectique où il s’agit de toujours associer les deux exigences.

En valorisant le Travail comme nous le faisons, nous nous revendiquons comme les héritiers des penseurs de la Renaissance occidentale qui considéraient l’Homme comme un être non totalement réalisé ni totalement achevé et auquel il reste à réaliser son humanité par un effort de construction personnelle qui lui permettra de dépasser sa simple  nature première, instinctive et immédiate.

On peut évoquer ici Jean Pic de la Mirandole qui dans un discours célèbre rédigé en 1486, annonçant l’humanisme moderne – intitulé « Oratio de hominis dignitate » – évoque le « Parfait artisan » du monde qui s’adresse à l’homme (la figure d’Adam étant ici la forme allégorique de l’humanité) et lui parle ainsi : « Je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. [….] Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, souverain de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d’un peintre ou d’un sculpteur. »

Réveiller les consciences

un sculpteur assis - Tableau de Bernard Bonave
Tableau de Bernard Bonave

Il s’agit en quelque sorte par le Travail, de faire advenir en soi l’ordre et l’harmonie qui ne s’y trouvent pas naturellement et qui sont menacés de perpétuel déséquilibre : c’est d’abord d’une conquête de l’homme sur lui-même qu’il est question. Travailler, au-delà même du confort matériel que cela peut nous apporter, est une manière de se construire soi-même et de produire de l’intégration et du sens.

Il s’agit, par le Travail de réveiller notre conscience et d’adhérer avec lucidité à nos structures profondes, d’utiliser l’énergie qu’elles peuvent nous donner, pour pouvoir un jour les transcender, et en  passant de l’unité au binaire, puis du binaire au ternaire d’une unité nouvelle et recomposée former que nous appelons le « Franc-Maçon ».

Il est question ici de la capacité de l’humain de se réaliser en tant que tel.

Mais de le faire également en créant du lien fraternel avec les autres et de coopérer à la construction de l’humanité, en soi et autour de soi.

L’expression « Gloire au Travail » peut être comprise comme une sorte d’allégorie verbale de l’Homme construisant son humanité par un effort qu’il fait sur lui-même.

Sa forme renvoie évidemment au langage du XIXème siècle, inspirée de rituels anciens et il convient de l’accepter comme telle même si elle peut paraître aujourd’hui – et à juste raison – un peu désuète.

En synthèse et pour finir

Travail maçonnique

Le Travail est à la fois un effort de conception et de réalisation qui par l’effort qu’il sollicite de la part de chacun acquiert une dimension éthique que l’on peut aisément ranger au rang des vertus. Le travail au sens maçonnique est une vertu. Il transforme le réel et par l’effet en retour de cette transformation contribue à l’épanouissement de celui qui l’accomplit. Et donc à l’épanouissement de ceux avec qui il est en relation. Dans le cadre de la démarche initiatique il ne peut se limiter à l’exécution forcée d’une contrainte mais il prend la forme d’une obligation que chaque Frère ou Sœur se donne personnellement et en toute liberté étant bien conscient que l’effort indispensable pour l’accomplir contribuera à la construction de l’humanité dont chacun peut être porteur, en soi et autour de soi. C’est là sa dimension vertueuse.

La Révolution française est-elle un complot franc-maçon ? …ou les théories du complot maçonnique

Les théories du complot maçonnique dans la Révolution française prêtent à la franc-maçonnerie une influence déterminante dans le déclenchement du processus révolutionnaire.

Le Courrier des Stratèges : Dans ce numéro des chroniques de la royauté, Yves-Marie Adeline évoque le rôle de la franc-maçonnerie dans la déconstruction de la monarchie. Une interview salutaire pour la qualité du contexte qu’elle restitue.
Déclaration des droits de l'Homme
Déclaration des droits de l’Homme

En 1789, Jean-Pierre-Louis de Luchet, marquis de la Roche du Maine, dit aussi « marquis de Luchet », publie son Essai sur la secte des Illuminés où il dénonce les dirigeants des Illuminés de Bavière comme contrôlant l’espace maçonnique européen en général et français en particulier. Dès 1790-1791, l’eudiste Jacques-François Lefranc pose les bases de la thèse du complot maçonnique révolutionnaire direct et conscient organisé dans les loges. En 1797, un livre, Les Véritables Auteurs de la Révolution de France de 1789, publié sous le pseudonyme de Jourde, et attribué à Nicolas Sourdat, accuse les maçons d’avoir développé la révolution. Ils auraient procuré de l’argent et assuré la propagande des révolutionnaires.

Augustin Barruel

Après la révolution, cette théorie fut propagée principalement par deux auteurs: le jésuite français Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme, parus en quatre volumes entre 1797 et 1799, qui connaissent un vif succès et sont traduits en plusieurs langues. Il avait pour partenaire littéraire Jacques-François Lefranc, qui partageait son opinion dans ses propres livres. Les Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme de l’abbé Barruel soutiennent une théorie du complot selon laquelle les Illuminés de Bavière, groupe fondé le 1er mai 1776 par Adam Weishaupt, ont infiltré la franc-maçonnerie afin de renverser les pouvoirs en place, aussi bien politiques que religieux, pour asservir l’humanité. Cette thèse, qui veut que la Révolution française résulte d’un complot fomenté contre l’Église et la royauté par les philosophes athées, les francs-maçons avec les illuminés et les jacobins, a connu une postérité considérable dans les milieux contre-révolutionnaires, d’autant plus qu’à la même époque, une thèse similaire avait été proposée par l’Écossais John Robison. Barruel déclare avoir été lui-même reçu en loge. Il signala que les bourreaux qui assassinaient leur prisonniers durant le règne de la Terreur pratiquaient entre eux le salut maçonnique.

Dans son acception radicale, sa thèse n’a été retenue que par un seul historien : Louis Blanc.

John Robison.

Toujours en 1797, l’érudit franc-maçon écossais John Robison publie Les Preuves d’une conspiration contre l’ensemble des religions et des gouvernements d’Europe. Robison accuse les francs-maçons, avant tout du rite français, de complot révolutionnaire. Tout comme Barruel, il indique que les Illuminés de Bavière ont influencé les loges françaises, les incitant à comploter contre l’État et leur soufflant l’idée de la Révolution française.

Ces deux auteurs tentèrent de démontrer, indépendamment l’un de l’autre, qu’au-dessus de facteurs tels que la répression du Tiers état, la famine ou la mauvaise gestion de crises politiques par Louis XVI, le facteur prédominant qui aurait déclenché la Révolution française serait une préparation méthodique du processus révolutionnaire dont le plan fut tracé de manière détaillée des années avant son déclenchement et au cours duquel la franc-maçonnerie et les Illuminés de Bavière (organisation assimilée à la franc-maçonnerie ou de type maçonnique par ses 2 auteurs) auraient joué un rôle central de décision et d’organisation.

Augustin Cochin.

Au début du xxe siècle, les livres de l’historien français Augustin Cochin, écrits d’un point de vue sociologique, désignèrent la franc-maçonnerie comme l’une des sociétés de pensées qui préparèrent la Révolution. Il en assigne plus particulièrement la responsabilité à la maçonnerie bretonne. Ses travaux sur ce sujet, découverts après sa mort, sont encensés par ses amis mais reçus avec un certain scepticisme, quand ce n’est pas une réprobation totale par ses pairs. Alphonse Aulard entre autres écrit

« Mais l’auteur raisonne en dehors des faits et n’en allègue aucun. […] A lire ces pages posthumes, on voit bien que ce qu’on appelait jadis la philosophie de l’histoire n’était pas dans les aptitudes intellectuelles de Cochin. »

Des analyses ultérieures parues en 1955 sous la plume de l’historien Jean Égret puis reprises et complétées en 1990 sont tout aussi critiques à l’égard des écrits de Cochin : « En faisant procéder d’une commune mystique la révolte nobiliaire de l’été 1788 et le soulèvement bourgeois de l’hiver suivant, en faisant sortir le second mouvement du premier par le jeu, déclaré normal, d’une épuration, Augustin Cochin a construit une thèse séduisante, qui ne résiste pas à l’examen attentif des faits » pour le premier, « rien ou presque rien de ce qu’affirme Cochin ne résiste à l’épreuve des faits » pour le second.

En 1926, l’historien maçon Gaston Martin publia La Franc-maçonnerie française et la Préparation de la Révolution où il nie une direction maçonnique à la révolution mais accepte l’idée d’un niveau d’influence important sur elle dans la diffusion des idées révolutionnaires. En 1933, l’historien Daniel Mornet, dans Les Origines intellectuelles de la Révolution française s’oppose à la thèse de la conspiration mais reconnait une influence maçonnique dans la diffusion des idées révolutionnaires.

Pierre-André Taguieff souligne que le recours au mythe sert à justifier, dans une période d’incertitude, celle d’un « ordre naturel » contrarié : « La mythologie conspirationniste moderne commence ainsi à prendre forme dans un discours prétendant conjurer le « complot maçonnique » dont l’objectif serait de détruire la civilisation chrétienne et de bouleverser l’ordre social jugé « naturel » ».

Faits historiques en relations avec ces théories

Incompréhensions quant à la nature de la franc-maçonnerie

Loges maçonniques en France en 1789.

Une étude menée à partir de plus de 200 textes maçonniques de l’époque, rédigés essentiellement par les orateurs des loges lors de l’installation de celles-ci ou par de simples frères à l’occasion de conflits ou de scissions survenus entre les maçons d’un même orient, montrent d’ailleurs qu’il est impossible d’approcher de manière monolithique ce qui se cache derrière le terme d’égalité pour un maçon ! Dans les ateliers huppés, les définitions données de celle-ci la réduisent à la capacité à réunir les plus distingués alors que les membres des ateliers démocratiques la considèrent, de leur côté, de manière très politique comme un moyen d’abattre les barrières sociales existantes.

Noblesse et franc maçonnerie

Les grands maîtres de la franc-maçonnerie française étaient de très haute noblesse. Y sont aussi particulièrement représentés la noblesse de robe et les militaires. De façon générale, elle ne concerne, au xviiie siècle que la noblesse et quelques bourgeois.

À partir de 1771, Louis Philippe d’Orléans (1747-1793) succède au comte de Clermont à la tête de la franc-maçonnerie française. Il joue un rôle peu clair dans la révolution. Il est notamment mis en cause pour les Journées des 5 et 6 octobre 1789.

Devenu « Philippe-Égalité », il renie publiquement la maçonnerie en 1793, peu de temps avant de finir sur l’échafaud.

Le Duc de Luxembourg, bras droit du grand maître et initiateur de la fondation du Grand Orient de France, émigre dès juillet 1789. Une loge aristocratique comme « La Concorde », de Dijon se saborde dès août 1789.

Dans l’Assemblée constituante de 1789 issue des États généraux, la noblesse est le groupe qui a la plus forte proportion de maçons, avec de 79 à 81 maçons (selon les sources) sur 285, soit environ 28 %, contre environ 6 % du clergé et 18 % du Tiers état.

La franc maçonnerie victime de la Révolution française

La franc-maçonnerie, société souvent liée à la noblesse est également victime de la révolution et de la terreur.

Alors qu’on dénombrait près de 1000 loges à la veille de la Révolution, 75 loges seulement seront en mesure de reprendre leurs travaux en 1800.

(Sources Youtube et Wikipedia)

Une Infolettre autour de la Franc-Maçonnerie

Vous vous souvenez de la Chaîne Youtube : Les Frangins sont pas tous gâteux, et ses vidéos et podcasts qui présentent et parlent de Franc-Maçonnerie avec plein d’humour et un ton décalé ?

Et bien aujourd’hui, c’est sous la forme d’une infolettre que son auteur revient, une infolettre que vous pouvez aller découvrir juste ici.

Chaque lettre, envoyée au réveil, du lundi au vendredi, invite à la réflexion en proposant un petit sujet de réflexion autour de la franc-maçonnerie.
Ça se lit au petit matin, un café à la main. On y retrouve le ton des podcasts et des vidéos, et on peut continuer la conversation en rejoignant la plateforme Discord associée, qui offre beaucoup d’espaces d’échanges et de discussion.

Pour l’instant, il a été traité de sujets comme l’engagement, la différence entre opinion et point de vue, les templiers ou encore la parole.

Allez donc voir de quoi il s’agit. En vous abonnant, vous recevrez ces infolettres tous les matins dans votre boîte de courriel.

On y apprend aussi que le dimanche 26 Mai, à 17h, se tiendra une rencontre audio sur le Discord autour du thème : Ce qui me plait et me déçoit dans la Franc-Maçonnerie, ouverte aux initié(e)s et aux profanes.

Résister par la pensée : Mouvements philosophiques et religions sous le joug nazi

Pour vous rendre compte de ce remarquable ouvrage Mouvements philosophiques et religions durant les années noires, commençons par rappeler que, le 15 mai dernier, le très respectable frère Thierry Zaveroni, Grand Maître de la Grande Loge de France a reçu, l’universitaire Florence Fabreton, professeur de droit public à l’Université de Guyane, venue lui remettre les actes du colloque « Mouvements Philosophiques et religions durant les années noires de l’Occupation (1940-1944) » qui s’est tenu, en 2022, à Clermont-Ferrand, capitale historique de l’Auvergne et chef-lieu du département du Puy-de-Dôme.

Thierry Zaveroni, GM de la GLDF, l’universitaire Florence Fabreton et Jean-Pierre Thomas

Ceux-ci renferment les communications des représentants, entre autres, du judaïsme, du protestantisme, du catholicisme, de la Libre Pensée, du Grand Orient de France, de Memphis-Misraïm et de la Grande Loge de France.

Une remise qui eut lieu en présence de l’historien, lauréat de l’Institut, Jean-Pierre Thomas, Délégué du Grand Maître à la Culture et contributeur à Point de Vues Initiatiques (PVI) et à 450.fm.

Comment explorer le concept de résistance tout en suggérant une lutte intellectuelle et spirituelle contre l’oppression ?

Julien Bouchet

C’est toute la thématique de Mouvements philosophiques et religions durant les années noires. Un ouvrage sous la direction de Julien Bouchet, Professeur agrégé et docteur en histoire contemporaine, chercheur associé au Centre d’histoire « espaces et cultures », chargé d’enseignement à l’Université Clermont Auvergne et de Florence Faberon, Professeure de droit public, Université de Guyane, membre de l’Unité de recherche Migrations, interculturalité et éducation en Amazonie (MINEA, UR 7485) et membre associé du Centre Michel de l’Hospital de l’Université Clermont Auvergne (CMH, UR 4232).

Florence Faberon

Mouvements philosophiques et religions durant les années noires est un ouvrage collectif qui analyse le rôle et l’évolution des mouvements philosophiques et religieux durant la Seconde Guerre mondiale. En adoptant une triple perspective historiographique, culturelle et mémorielle, les auteurs examinent comment ces mouvements influenceurs et ont aussi été influencés par les événements de cette période sombre. L’objectif est de mesurer la diversité des positionnements, les tournants majeurs des années noires, et la profondeur mémorielle de ces réalités. Le livre est structuré en deux parties principales : « Pensée libre et résistante » et « Les religions. »

Jean-Pierre Thomas

La première partie explore les différentes formes de résistance philosophique et maçonnique face à l’oppression nazie et vichyste. Sont traités notamment la Grande loge de France dans les années noires par Jean-Pierre Thomas qui présente les activités clandestines et la persistance de la fraternité maçonnique malgré la répression.

Aurore Duvoisin traite du Grand Orient de France et des Documents maçonniques, mettant en lumière l’importance des archives maçonniques pour comprendre les stratégies de résistance.

Côté Rites Égyptiens, Jean Iozia-Marietti analyse leur évolution pendant les heures sombres de l’Occupation.

Quant à Julien Bouchet dans son « Les loges puydomoises du Grand Orient de France sous l’Occupation », ce dernier étudie la résistance maçonnique dans le Puy-de-Dôme, qui était encore un terrain d’étude inachevé. « En 1940, ce département comptait une loge-mére, « Les Enfants de Gergovie », créée en 1868, et deux autres Orients situes dans les périphéries méridionales et orientales du département : « Raison et solidarité » à Issoire (1901 3 ) et « Justice » a l’Orient de Thiers (1923).

Benoît Parret – La Montagne agence Saint-Flour, détail

Un texte suivi de celui du journaliste Benoît Parret qui nous instruit quant aux « Francs-maçons dans le Cantal durant les heures sombres de l’Occupation ».

Quant à la seconde sur « Les religions » examen est fait des réactions et des actions des différentes confessions religieuses durant la Seconde Guerre mondiale. Philippe Boukara retrace les parcours de résistance spirituelle juive. Patrick Cabanel analyse la participation et les positions des protestants face au régime de Vichy et à la Shoah. Puis, avec « Les jeunesses catholiques en France sous le régime de Vichy », Vincent Flauraud explore la complexité des relations entre jeunesses catholiques et le gouvernement autoritaire et collaborationniste établi en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Traditionnaliste, xénophobe et antisémite, ce régime était dirigé par le maréchal Philippe Pétain, avec Pierre Laval comme chef du gouvernement en 1940, puis de 1942 à 1944, et un intérim assuré par l’amiral François Darlan. Le sinistre régime qui a gouverné la France du 10 juillet 1940 au 9 août 1944.

Puis, Christian Sorrel présente le parcours de l’abbé Glasberg, figure emblématique de la résistance spirituelle et humanitaire durant la Seconde Guerre mondiale, qui a mené un parcours exceptionnel marqué par son dévouement envers les plus vulnérables. Revenons sur le parcours d’un homme hors du commun.

Né en Ukraine, Victor Glasberg émigre en France où il est ordonné prêtre catholique. Son engagement pour les droits de l’homme et la justice sociale le conduit naturellement à s’opposer au régime de Vichy et à l’occupation nazie. En 1942, l’abbé Glasberg fonde plusieurs centres d’accueil pour les réfugiés et les persécutés, notamment les Juifs, à Chamalières et dans d’autres localités françaises. Utilisant son réseau de contacts ecclésiastiques et laïques, il parvient à organiser des filières d’évasion vers des zones sécurisées, fournissant des faux papiers et des cachettes.

Victor Glasberg – Source Tribune Juive

Malgré les risques, Glasberg continue ses activités clandestines, démontrant un courage et une détermination inébranlables. Il joue un rôle clé dans le sauvetage des enfants juifs lors de la rafle de Vénissieux, évitant leur déportation vers les camps de concentration. Sa contribution à la Résistance ne se limite pas à l’action humanitaire; il participe également à des opérations de renseignement et de soutien logistique aux groupes de résistants.

Après la guerre, l’abbé Glasberg poursuit son engagement social, œuvrant pour la réintégration des survivants et des déportés. Son parcours illustre la résistance spirituelle face à la barbarie, faisant de lui un symbole de courage et de solidarité humaine en des temps de profonde adversité.

Propagande du régime de Vichy

Enfin, Sylvie Bernay examine les positions et les actions des évêques français durant cette période.

L’ouvrage se conclut sur une réflexion sur la résistance des mouvements philosophiques et religieux face à l’oppression, mettant en évidence la « mise à l’épreuve de la fraternité » et de la dignité humaine. Il souligne également l’importance de ces mouvements dans la construction de la liberté et leur rôle dans l’armée de l’ombre.

1re de couv., détail

Mouvements philosophiques et religions durant les années noires est une contribution précieuse à l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale. Les auteurs réussissent à articuler une analyse profonde et multidimensionnelle des divers mouvements de pensée et religieux en France durant cette période.

Situé à la croisée de l’histoire et de la littérature, cet essai examine comment les intellectuels de l’époque ont utilisé les écrits des Lumières pour soutenir ou appeler à la Résistance.

Les études de cas présentées sont très bien documentées et offrent une remarquable compréhension des stratégies de résistance face à l’Occupation et au régime de Vichy.

Mouvements philosophiques et religions durant les années noires

Julien Bouchet et Florence Faberon (dir.)

Réseau de recherches sur la cohésion sociale, N° 9, 2023, 234 pages, 23 €