Il y a quelques jours, Alain Graesel – Grand Maître des Loges Unies d’Europe, nous a parlé de travail maçonnique. Un hiérarque qui ne manque pas d’humour puisqu’il a accepté de préfacer le prochain livre de JISSEY ( Grains de Sel pour un Monde Maçonnique Mystérieux) à paraitre en novembre chez Dervy. C’est donc avec un sourire facétieux que notre ami dessinateur a pensé que la fabrication du pavé mosaïque pouvait être un travail initiatique !
Ce n’est pas rare d’entendre que la Franc-maçonnerie va de paire avec la République, et pourtant, il y a une grande part d’idées reçues là-dedans ! Idées reçues qui ne sont d’ailleurs pas neuves du tout, puisqu’elles se sont forgées peu après la Révolution française. Pourtant, on le sait maintenant, cette idée est largement fausse, et cette association n’est d’ailleurs pas toujours allée de soi.
Aujourd’hui, on va le montrer en s’intéressant plus particulièrement aux relations de cette organisation avec un autre régime politique, le Premier Empire, au début du XIXe siècle. Si vous vous attendez à des théories du complot sur des satanistes, des reptiliens, ou des judéo-bolchéviks, vous allez être déçus. Mais si vous voulez en savoir plus sur cette mystérieuse organisation qu’est la Franc-maçonnerie et sur une page importante de son histoire, alors vous êtes au bon endroit !
🖋 Écriture : Benjamin Brillaud, Damien Trentedeniers (Religare), Jean de Boisséson ➤ Découvrez la chaîne de Damien, Religare : / @religarelachaine 🎞 Montage : Dead Will / Wilfried Kaiser / deadwill
Sommaire : 0:00 : La clef et la croix de Giacometti et Ravenne 1:39 : Introduction 3:44 : La naissance de la Franc-maçonnerie 7:55 : De la croissance à la Révolution 11:42 : De la méfiance à l’instrumentalisation 14:36 : Les années Cambacérès 17:07 : Un âge d’or ? Vraiment ? 19:34 : Les loges d’adoptions 21:35 : Conclusion
Un numéro exceptionnellement de 128 pages de La Chaîne d’Union (N°108, avril 2024), connu sous l’abréviation LCU, dont le dossier traite des « habits neufs de l’antimaçonnisme ».
Alors que le blogueur d’Hiram.be titrait, le 21 février dernier, « Jordan Bardella invité par la GLNF» et remettait le couvert le 28 du même mois avec « Bardella-GLNF-Le Canard, acte II », certains, ceux qui font du social et du sociétal, s’occupe des vrais maux, sans langue de bois ou jouer les idiots utiles.
Remarquez à force de crier sur les toits « pas de politique pas de religion », ils peuvent toujours s’émouvoir, en se regardant le nombril, d’observer les méfaits d’un antimaçonnisme primaire et viscéral.
Ne s’occupant visiblement pas de ce qui se passe à l’extérieur, sauf à jouer au golf – ce qui est louable concernant des actions de charité –, ils n’ont sans doute pas le temps de s’intéresser à la défense des valeurs de la République et du principe de laïcité – cf. nos articles sur le Prix de la Laïcité 2022 et 2023 du Comité Laïcité République (CLR) à l’Hôtel de Ville de Paris – de lutter contre l’obscurantisme, etc.
Affichette anonyme de 1924
Car, oui, l’extrême droite a historiquement entretenu des idées et des positions antimaçonniques. Ces idées sont souvent fondées sur des théories du complot qui associent la franc-maçonnerie à des influences secrètes et malveillantes sur les gouvernements et les sociétés. Nous ne dresserons pas, ici et maintenant, un historique de l’antimaçonnisme de l’extrême droite, des origines au XIXe siècle, de l’entre-deux-guerres – période des régimes et des mouvements fascistes en Europe, comme ceux de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, qui ont intensifié la rhétorique antimaçonnique – au contexte contemporain… dont l’antimaçonnisme est désormais souvent alimenté par une méfiance générale envers ce qui est perçu comme des sociétés secrètes et des élites occultes.
Mais commençons avec le « In Memoriam » et revenant sur le passé un d’homme, d’un maçon, d’un frère exceptionnel.
René Le Moal nous a quittés le 23 février dernier à l’âge de 89 ans, laissant derrière lui un héritage riche et une communauté fraternelle en deuil mais reconnaissante. Alain de Keghel, 33°, Passé Très Puissant Souverain Grand Commandeur lui rend hommage, soulignant son dévouement exceptionnel à la franc-maçonnerie et son immense culture.
Un maçon discret et érudit
René Le Moal, connu pour sa discrétion, a mis son immense culture et son expérience au service des idéaux maçonniques. Ancien directeur de la « Revue des Deux Mondes », il s’inspirait de la maxime d’Alexander Pope : « L’esprit de parti est une folie de beaucoup d’hommes au profit de quelques-uns ». René a consacré sa vie à la propagation des Lumières par l’écriture, dirigeant de nombreuses publications dans la collection « L’Univers Maçonnique » aux éditions Vega et Dervy. Il était également Officier de la Légion d’Honneur.
Contribution au Grand Orient de France
En tant que rédacteur en chef de « La Chaîne d’Union », René Le Moal a incarné l’exigence intellectuelle et le goût de l’ouverture d’esprit. Sa quête constante de connaissance et sa curiosité intellectuelle ont marqué la revue philosophique et symboliste du GODF. Son ton doux cachait un caractère breton bien trempé, utilisé avec parcimonie et une conviction profonde, rendant ses interventions particulièrement marquantes.
Un Parcours maçonnique distingué
Initié le 15 décembre 1988, René a gravi les échelons de la franc-maçonnerie avec détermination. De la loge parisienne « Les Zélés Philanthropes » à la loge de Perfection « Stella Polaris », il a atteint le 33e degré du REAA. En 2015, il a été honoré par le Suprême Conseil avec la médaille de reconnaissance pour ses services exceptionnels. En 2020, il a demandé l’honorariat.
Héritage et reconnaissance
René Le Moal a laissé un héritage puissant, témoignant de son engagement inlassable pour les idéaux maçonniques. Son départ est une grande perte pour la communauté, mais son héritage perdure à travers ses contributions. Le Grand Commandeur Christian Confortini et toute la Juridiction écossaise se joignent à cet hommage, exprimant leurs condoléances à sa veuve Sylvia et à ses proches.
Tablier antimaçonnique
Quant au dossier « Les habits neufs de l’antimaçonnisme », il est préfacé par Guillaume Trichard, Grand Maître du Grand Orient de France.
Il introduit ce dossier en retraçant l’histoire et l’évolution de l’antimaçonnisme, de ses origines à ses manifestations contemporaines. Il souligne que les francs-maçons, depuis près de trois siècles, ont été confrontés à des préjugés et des attaques persistantes, souvent enracinées dans la méconnaissance et l’incompréhension. Trichard rappelle les attaques historiques majeures, depuis la bulle pontificale « In eminenti apostolatus » de 1738 jusqu’aux récentes déclarations du dicastère pour la Doctrine de la foi en 2023.
L’antimaçonnisme, loin de disparaître après la Seconde Guerre mondiale, s’est transformé et adapté aux nouvelles réalités sociopolitiques et technologiques. Guillaume Trichard note l’utilisation des réseaux sociaux comme terrain de jeu pour les discours antimaçonniques et relate des incidents récents d’attaques physiques contre des temples maçonniques. Malgré ces adversités, les francs-maçons continuent de défendre fermement leurs principes de liberté, d’égalité et de fraternité, en croyant en un universalisme capable de favoriser la concorde entre les peuples.
4e de couv.
Le dossier vise à éclairer sur les nouvelles formes de l’antimaçonnisme et à témoigner des menaces pesant sur les démocraties, tout en affirmant l’engagement des francs-maçons pour la liberté de conscience et la rationalité contre l’obscurantisme.
Voici le sommaire dudit dossier :
1. Un Tronc de la Veuve unique en son genre – Pierre Morin
– Étude d’un artefact antimaçonnique du début du XXe siècle.
2. L’Œuvre du sou antimaçonnique, une initiative catholique – Jean-Luc Le Bras
– Analyse d’une collecte de fonds politique contre les francs-maçons en 1901.
3. Deux formes d’antimaçonnisme au temps d’Humanusgenus – Jean-Pierre Villain
– Extraits de l’encyclique et présentation d’un roman populaire en écho.
4. La propagande antimaçonnique à travers quelques documents numismatiques – Pierre Morin
– Examen de médailles antimaçonniques et leur rôle propagandiste.
5. L’antimaçonnisme de Franco, ressentiment d’un blackboulé – Nicolas Pomiès
– Exploration des motivations personnelles et idéologiques de Franco contre la maçonnerie.
1re de couv., détail
6. Antimaçonnisme et Internet – Défendre la franc-maçonnerie au temps d’Internet et des réseaux sociaux – Jean-Marc Berlioux
– Impact de l’Internet sur l’expression de l’antimaçonnisme et les régulations en cours.
– Analyse de la « cathosphère » et sa misère intellectuelle face à la franc-maçonnerie.
8. Rap et antimaçonnisme – Étude d’un cas français – Stéphane François
– Étude des influences antimaçonniques dans la culture rap en France.
9. Le diable rentable ou le zèle étrange des maçons convertis : le cas Abad Gallardo – Laurent Segalini
– Exemple de maçon converti et repenti, et son implication dans les théories du complot.
10. L’Alt-Right et le renouveau des théories du complot aux États-Unis – Pierre Mourier
– Lien entre l’Alt-Right américaine et les théories antimaçonniques.
Le dossier « Les habits neufs de l’antimaçonnisme » propose ainsi une exploration riche et détaillée des différentes manifestations de l’antimaçonnisme à travers les âges, en mettant l’accent sur ses formes contemporaines et les défis qu’elles posent aux francs-maçons et à la société en général.
Nous souhaitons faire un focus sur le court article – une page – du numismate expérimenté Pierre Morin dont le « Tronc de la Veuve unique en son genre » illustre la première de couverture.
Cet objet, fruit d’une découverte au hasard d’une brocante francilienne, est unique en son genre. Il offre un témoignage tangible des sentiments et des actions dirigés contre la franc-maçonnerie à cette époque.
1re de couv., détail
Le Tronc de la Veuve est un terme qui désigne traditionnellement une boîte de collecte de fonds utilisée par les francs-maçons pour des œuvres de charité. Cependant, l’artefact étudié par Pierre Morin est une version détournée à des fins antimaçonniques. Cette boîte servait à collecter des fonds pour soutenir des campagnes et des initiatives visant à contrer l’influence de la franc-maçonnerie. Elle est ainsi un symbole matériel de l’antagonisme envers les maçons et leurs idéaux.
Ce tronc particulier se distingue par ses inscriptions et ses décorations explicitement antimaçonniques. Les symboles et les slogans gravés sur l’objet reflètent les préjugés et les théories du complot couramment associés à l’antimaçonnisme de cette période. L’analyse de Morin met en lumière les détails artistiques et les messages propagandistes intégrés dans la conception du tronc.
L’existence et l’utilisation de ce tronc révèlent les efforts systématiques déployés par certaines factions pour saper la franc-maçonnerie. Ces initiatives étaient souvent financées par des contributions publiques, recueillies par des moyens tels que ce tronc, montrant ainsi l’ampleur de l’organisation et du soutien derrière les mouvements antimaçonniques.
Pierre Morin conclut que le Tronc de la Veuve étudié est bien plus qu’un simple objet historique ; il est le reflet d’une époque marquée par une intense opposition à la franc-maçonnerie. En analysant cet artefact, Pierre Morin contribue à une meilleure compréhension des dynamiques sociales et politiques de l’antimaçonnisme au début du XXe siècle. Cet objet unique rappelle les défis continus auxquels les francs-maçons ont été confrontés et soulève des questions sur la persistance de tels sentiments dans le monde contemporain.
Réseau sociaux et antimaçonnisme
Ce remarquable dossier qui, au regard de l’importance des contributions, a nécessité des choix éditoriaux, nous parle de cette hostilité envers la franc-maçonnerie, que l’on nomme antimaçonnisme, et qui a traversé les siècles et s’est transformé en s’adaptant aux contextes sociopolitiques de chaque époque. Au XXIe siècle, cette animosité persiste et prend des formes variées, rappelant que la « bête immonde » – cette métaphore qui évoque les idéologies haineuses comme le nazisme, le fascisme, le racisme et l’antisémitisme – est toujours présente dans nos sociétés.
La locution « bête immonde » est empruntée à Bertolt Brecht, qui l’utilise dans sa pièce « La Résistible Ascension d’Arturo Ui » pour mettre en garde contre le retour possible des idéologies totalitaires. Dans le contexte de l’antimaçonnisme, cette métaphore est particulièrement pertinente. Le ventre de la haine et de la suspicion demeure fertile, donnant naissance à de nouvelles formes d’hostilité envers la franc-maçonnerie.
L’évolution des formes d’antimaçonnisme au XXIe siècle
À l’ère numérique, les théories du complot prolifèrent avec une facilité déconcertante. Les réseaux sociaux et les forums en ligne sont devenus des terrains fertiles pour la diffusion de mythes et de mensonges sur la franc-maçonnerie. Ces plateformes permettent à des groupes extrémistes de propager l’idée que les francs-maçons contrôlent les gouvernements, les banques et les médias, perpétuant ainsi une vision du monde teintée de suspicion et de peur.
L’antimaçonnisme moderne est souvent instrumentalisé par des mouvements politiques populistes et extrémistes – politiques et/ou religieux. Ces groupes utilisent l’hostilité envers la franc-maçonnerie comme un outil pour galvaniser leurs partisans, en présentant les francs-maçons comme les responsables de tous les maux de la société. Cette stratégie est similaire à celle employée par les régimes totalitaires du XXe siècle, qui utilisaient la haine d’un groupe spécifique pour renforcer leur pouvoir.
Le complot judéo-maçonnique à l’œuvre
L’antimaçonnisme contemporain se nourrit également de réminiscences historiques. Certains continuent de puiser dans des accusations vieilles de plusieurs siècles, telles que l’idée que les francs-maçons forment une société secrète ayant pour objectif de dominer le monde. Ces théories complotistes, bien que maintes fois réfutées, trouvent un écho dans les périodes d’incertitude économique et politique.
La télévision, les livres et surtout Internet, avec des vidéos YouTube, TikTok surtout et des blogs, jouent un rôle crucial dans la propagation de l’antimaçonnisme. Ce sont de nouveaux canaux de diffusion. Les documentaires pseudo-historiques et les publications sensationnalistes, souvent basés sur des informations déformées ou fabriquées, maintiennent un climat de méfiance et d’hostilité envers les francs-maçons.
Bertolt Brecht (1898-1956), dramaturge, metteur en scène, écrivain et poète allemand
La « bête Immonde » est toujours présente
La persistance de l’antimaçonnisme au XXIe siècle rappelle que le ventre d’où a surgi la « bête immonde » reste fécond. Les idéologies de haine et de division trouvent toujours des moyens de se manifester, que ce soit par le biais de nouvelles technologies ou de vieilles rancunes remises au goût du jour. La franc-maçonnerie, en tant que symbole de fraternité et de tolérance, devient une cible facile pour ceux qui cherchent à diviser et à contrôler par la peur et la désinformation.
En conclusion, bien que les formes d’antimaçonnisme aient évolué, la « bête immonde » de la haine et de l’intolérance reste une menace omniprésente. Il est crucial de rester vigilant et de combattre ces idéologies avec la même détermination que celles des générations passées, pour s’assurer que les leçons de l’histoire ne soient pas oubliées.
1re page du Clemens Episcopus, 1738
Ce très riche dossier doit être lu par tous !
Ce dossier extrêmement riche en informations et en analyses constitue une lecture indispensable pour chacun d’entre nous. Il ne se contente pas seulement de fournir des faits et des chiffres, mais il offre également une compréhension profonde des enjeux et des dynamiques à l’œuvre. Il permet aux lecteurs de comprendre les différents aspects et les ramifications des sujets traités, ce qui est essentiel pour une prise de décision éclairée.
En lisant ce dossier, chacun peut développer une conscience accrue des défis actuels. Cela nous permet d’exercer notre rôle de citoyen de manière plus responsable et engagée, en étant mieux informés sur les enjeux qui nous concernent tous.
Clément XII et l’antimaçonnisme catholique, en 1738
Le contenu de ce dossier prépare le lecteur à agir en connaissance de cause. Que ce soit pour des actions personnelles, communautaires ou professionnelles, avoir accès à des informations précises et détaillées est fondamental pour initier des changements positifs et significatifs.
Gravure de Léo Taxil évoquant le présumé meurtre de William Morgan en 1828
Pour agir en conscience et prendre des décisions et des actions basées sur une compréhension claire et éthique des situations. Ce dossier, par sa richesse et sa profondeur, fournit les outils nécessaires pour cela. Il ne s’agit pas seulement de lire pour s’informer, mais de lire pour comprendre et pour ensuite agir de manière réfléchie et responsable.
La lecture de ce dossier n’est pas simplement recommandée, elle est essentielle. Pour chacun de nous, elle représente une opportunité de devenir un acteur informé et conscient dans notre société. Ne passons pas à côté de cette chance de mieux comprendre notre monde et de contribuer, chacun à notre niveau, à son amélioration.
La Chaîne d’Union – « Les habits neufs de l’antimaçonnisme »
Collectif – Conform édition, N° 108, avril 2024, 128 pages, 13 €, 16 € port inclus
L’Auteur: Philippe Haddad, rabbin de mouvance libérale (JEM), enseigne depuis plusieurs années les Évangiles à l’aune de la tradition juive (Bible, Midrash, Talmud).
L’ouvrage :
Un livre qui propose de méditer les paroles, les enseignements et les gestes de Jésus, dans sa vie, ses miracles, ses commentaires de la Torah à l’époque du Second Temple de Jérusalem. L’auteur, très investi dans le dialogue interreligieux met en évidence les points de convergence entre les commentaires des Rabbis du Talmud et la sagesse de Jésus transmise à ses contemporains
C’est à l’invitation de Perry Wiley, Président de Dialogue et Démocratie Française (D&DF), que Jean Dumonteil, Secrétaire général du Global Local Forum1, réseau international d’expertise et d’action sur le développement territorial, planchera sur :
« L’éloge du Local pour refonder la Démocratie »
Perry Wiley précise que les élections européennes ne doivent pas nous faire oublier que l’expression de la Démocratie s’exerce tout d’abord au niveau local.
Perry Wiley
Face à la défiance généralisée envers les institutions démocratiques, le “local“, c’est là où on où on peut encore changer les choses, loin des politiques nationales trop souvent devenues virtuelles. Dans notre société en archipel, ce local construit des ponts, non des murs. C’est un projet de civilisation.
De quoi réconcilier les citoyens, retrouver le goût de la politique et embrasser les mutations en cours. Jean Dumonteil rappellera l’importance du Local, qui n’est ni une régression ni un enfermement à partir de son dernier ouvrage Éloge du local (Éditions de l’Aube)2.
1Le Forum Global Local, dirigé par Jean Dumonteil, Secrétaire général du réseau international d’expertise et d’action sur le développement territorial, est une plateforme dynamique qui réunit diverses communautés, organisations et parties prenantes du monde entier. Son objectif est de promouvoir le développement durable, l’échange culturel et la résolution collaborative des problèmes. En mettant l’accent sur les perspectives mondiales et locales, le forum vise à aborder les enjeux pressants tels que le changement climatique, les inégalités sociales, le développement économique et la préservation culturelle.
2La note de lecture de Yonnel Ghernaouti concernant l’ouvrage de Jean Dumonteil Éloge du local (Éditions de L’Aube, Collection Monde en cours – Essais, 2023, 240 pages, 18 €)
Dans Éloge du local, Jean Dumonteil propose une réflexion approfondie sur l’importance du local dans nos vies contemporaines. Contrairement à une vision régressive, le local représente une connexion réelle avec notre quotidien, un espace de rencontres et de projets concrets. Dumonteil critique la politique de spectateur, les tweets anonymes vengeurs et les passions tristes qui dominent souvent la sphère publique. Face à une défiance généralisée envers les institutions, il affirme que le local est l’endroit où la politique peut être refondée et où les citoyens peuvent reprendre pied. L’auteur analyse des thèmes tels que la crise sanitaire et l’organisation administrative, le concept de subsidiarité et la notion d’autonomie, la politique environnementale et l’autonomie énergétique, le nouveau modèle d’urbanité ainsi que l’héritage intellectuel et culturel du local…
De la crise du Covid-19 Jean Dumonteil retient qu’elle a servi de révélateur pour les limites de l’organisation administrative centralisée en France. L’État, bien qu’omniprésent, a montré ses faiblesses, ne pouvant pas tout gérer seul. Il critique la décentralisation actuelle, qu’il qualifie de fragmentée, reflétant la méfiance de l’État envers les pouvoirs locaux.
L’auteur plaide aussi pour une réelle autonomie des libertés locales, qui reste encore à conquérir en France. Les modèles de gouvernance verticale ayant échoué, il propose une approche basée sur des flux et des réseaux interconnectés.
Jean Dumonteil met en avant la nécessité d’une politique environnementale locale, d’une autonomie énergétique et de projets alimentaires locaux. Il soutient que l’autonomie n’est pas synonyme d’autarcie, mais d’interdépendance et de solidarité entre les différents types de territoires (urbains et ruraux, métropoles et petites villes).
Il rappelle, avec force et vigueur, que, contrairement à d’autres pays européens, la France possède un maillage de centaines de petites villes qui inventent une nouvelle forme d’urbanité. Ces villes sont des lieux d’innovation et de vitalité pour les politiques locales.
Selon lui, le local s’inscrit dans une tradition intellectuelle et culturelle de longue date, évoquant des penseurs comme Schumacher (Small is Beautiful), Simone Weil – L’Enracinement publié en 1949 par Albert Camus dans la collection « Espoir » qu’il dirigeait chez Gallimard – Ivan Illich et Edgar Morin. Il s’agit d’un véritable projet de civilisation, une philosophie et un art de vivre qui privilégie les rencontres, l’altérité et la fraternité.
Jean Dumonteil, fort de son expérience en tant que Secrétaire général du Forum Global Local et ancien directeur de La Gazette des communes, nous offre une vision de la politique locale comme espace de transformation réelle et de création de liens sociaux. Il démontre que c’est à échelle humaine, dans la proximité, que se tissent les liens nécessaires à une société durable et solidaire.
Éloge du local est bel et bien un plaidoyer pour redonner sa place à l’action locale dans un monde globalisé. Jean Dumonteil appelle à une reconquête des libertés locales, un retour à des politiques à hauteur d’homme, où chaque citoyen peut participer activement à la transformation de son environnement immédiat et, par extension, à celle de la société dans son ensemble.
Cet ouvrage s’adresse à tous ceux qui s’intéressent au développement territorial, aux politiques publiques locales, ainsi qu’à ceux qui cherchent des solutions concrètes et viables face aux défis globaux actuels. Il est également une source d’inspiration pour les acteurs politiques, les militants et les citoyens engagés dans la promotion d’une société plus équitable et durable.
Dialogues & Démocratie
Renseignements pratiques
/!\ Exceptionnellement, un nouveau lieu !
Mardi 11 juin 2024, de 19h30 à 23h00
Chez Françoise*, 10 rue Amélie – 75007 PARIS
Vous pouvez vous inscrire dès maintenant en cliquant ICI.
*La Cantine des Parlementaires – Chez Françoise est un restaurant gastronomique de tradition française, présent depuis 1949, dans le 7e arrondissement de Paris. Ce lieu convivial accueille aussi bien les repas d’affaires, que les moments de détente en famille ou encore les découvertes culinaires pour gourmets et gourmands ! Vous découvrirez une cuisine traditionnelle française et du marché.
Il y a quelques temps en loge j’ai parlé avec un frère qui m’a dit : « Je me demande si j’ai bien fait de me dévoiler ». En moi même m’est revenue cette réponse qu’aurait pu lui faire un brave paysan bien ancré dans la terre: « Ben mon gars fallait p’t être y penser avant »
« SE DÉVOILER, UNE BONNE IDÉE … »
Nous avons souvent remarqué l’analogie du déroulement de notre notre vie et celui de notre évolution en franc-maçonnerie.
Dans la vie profane, c’est encore plus évident avec la période qui va de l’enfance jusqu’à l’âge adulte où nous avons acquis une certaine maitrise de la vie.
Quand nous avons eu l’âge de passer le permis de conduire nous avons été fier de conduire notre première voiture. Les exemples sont nombreux où nous avons pu afficher nos réussites et nous n’avons pas manqué les occasions de le faire.
Il en va ainsi dans notre parcours maçonnique et les similitudes vont de paire avec les étapes qui participent à notre construction et qui nous conduisent à la maitrise.
Pour autant nous continuons le perfectionnement de notre temple intérieur …
C’est à ce moment qu’arrive notre questionnement.
Dans la vie profane nous sommes souvent sollicités pour nous exprimer et faire part de nos recherches, de nos travaux voire de nos réflexions.
Dans notre vie maçonnique nous ressentons un désir de communiquer plus avec les autres et souvent aussi avec celles ou ceux qui ne sont pas maçons, un peu comme une invitation à nous rejoindre. C’est à ce moment que nous prenons notre décision vers le partage souvent suite à une frustration.
Certes c’est une option qui demande, non pas du courage mais sans doute déjà une bonne connaissance, des capacités de communication, et de sagesse en franc-maçonnerie.
Eternelle question d’évolution que je viens de survoler et que je vous propose de poursuivre sur un mode plus humoristique dans la video ci-dessous:
UJM Clarté est un centre de vacances, mais c’est avant tout une colonie de vacances, votre colo. Ouverte à tous les enfants de francs-maçons et à leurs amis. Il faut imaginer 10 dortoirs dans 5 maisons en plein centre de la France à Arfeuilles dans l’Allier, entre Vichy et Roanne.
Ce sont 120 enfants par séjour qui se retrouvent chaque année et depuis des années. Le taux de retour d’une année sur l’autre est de plus de 70%.
Une communauté fraternelle qui se construit depuis près de 90 ans, aujourd’hui certains enfants sont la 3ème génération de « clartésiens ».
Il y a les juilletistes et les aoutiens, chacun préférant son séjour mais tous se reconnaissent dans une même chaîne d’amour et de fraternité qui se poursuit bien après les séjours car ils se retrouvent dans l’année, prennent le train, l’avion pour passer du temps ensemble puis se rassembler une fois par an dans cette colo « qui n’est pas comme les autres » comme ils disent.
Alors laissons leur un peu la parole dans des extraits d’un texte écrits par des « colons » atteints par la limite d’âge (nous les accueillons de 6 à 17 ans) :
« Pour nous, Clarté c’est un ensemble, c’est un tout, mais c’est aussi un groupe d’amis, Clarté, c’est une ambiance de vie, des moments de partage et de fraternité que l’on construit de jour en jour, de semaine en semaine, d’année en année, nous les enfants de Clarté…
Clarté, c’est comme une immense famille où la tolérance et le respect d’autrui sont les mots d’ordre de chacun.
Clarté, c’est un message à transmettre entre nous, enfants de Clarté mais c’est aussi un lieu dominé par un esprit, avec des valeurs qu’il faut savoir apprendre au monde.
Nous essayons de les retransmettre du mieux possible avec tout notre amour.
Clarté, c’est aussi quelque chose qui crée des liens d’amitiés si forts qu’ils deviennent vitaux. Ils sont tellement fort qu’ils survivent à des années de séparation et ne sont jamais oubliés.
Clarté, c’est un endroit où l’on se retrouve une fois par an, loin du reste du monde, c’est notre bulle de bonheur.
Clarté, c’est un havre de paix qui accueille tous ceux qui veulent venir ajouter leur pierre à l’édifice.»
Je dois vous avouer qu’à chaque fois que je relis ces lignes écrites par Noémie, Camille, Victor, Nicolas, et Jules en juillet 2012, une vive émotion m’envahit et je repense à ce qu’ils vivent à Clarté.
C’est un réfectoire bruyant au moment des repas ou du fond de la salle une petite fille de 8 ans lève la main pour prendre la parole et de table en table les mains se lèvent et chacun se tait. Le brouhaha se fait silence parfait, les mains levées signifiant « je suis prêt à accueillir ta parole ». La parole peut alors se faire entendre dans un silence impensable la minute d’avant.
C’est un interne en médecine, ancien colon, qui, au moment d’une série de grippes, vient donner bénévolement un coup de main pendant plusieurs jours à l’assistant sanitaire débordé qui n’avait pas dormi pendant 2 jours.
C’est cette ancienne animatrice de Clarté qui, habitant en Islande, et devant se rendre à Paris pour assister à un enterrement ne peut se payer ce billet d’avion à prendre en urgence. Alors colons, animateurs ont ouvert spontanément une cagnotte en ligne pour quelle puisse se rendre en France.
C’est aussi ce garçon en chaise roulante qui est venu en colo passer un séjour. Nous le bureau et l’administration avions mis en place tout un système de véhicule, de facilités pour qu’il accède facilement aux activités, au dortoir…. Au bout de 3 jours tout cela a été inutile, les enfants avaient inventé d’autres solutions plus inclusives, pour le porter, pour fabriquer une chaise à porteur plus pratique que sa chaise roulante, un parrain ou une marraine continuellement à ses côtés, ….
Oui vraiment Clarté n’est pas une colo comme les autres. On y chante, on y randonne, on y fait des jeux fabriqués avec du papier, des cartons, des bouts de bois. Pas de quad, d’équitation ou de voile. Rien de tout cela.
Enfant de Clarté, je te reconnais comme ma Sœur, comme mon Frère même si tu n’es pas en loge, tu es dans la même chaîne d’union.
Clarté depuis près de 90 ans vit grâce aux dons des obédiences, des Sœurs, des Frères individuellement et des troncs qui nous sont versés.
Bénévoles nous y faisons chaque année des travaux mais nous devons refaire ici une toiture, là le revêtement du terrain de basket ou encore racheter une friteuse de collectivité.
Nous avons besoin de vous pour que les enfants continuent à passer un séjour exceptionnel.
Sur le site https://ujmclarte.asso.fr/ vous trouverez un lien pour nous aider dans la rubrique faites un don.
Mais avant tout vous pouvez offrir à vos enfants, petits-enfants ou connaissances un séjour extraordinaire
– Du 16 Juillet au 30 juillet 2024
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Des cars sont mis à la disposition des enfants au départ de Paris, Marseille, Lyon, Mornas ou La Charité sur Loire … Et nos cars s’arrêtent sur le trajet si besoin.
Vous retrouverez nos bulletin d’inscription sur le site https://ujmclarte.asso.fr/ et bien sûr nous nous tenons à votre disposition, le président : Frédéric Antone au 06.50.53.96.97 ou moi-même au 06.23.14.09.74
À quelques heures de l’annonce des résultats des primés du Festival de Cannes, nous vous invitons à explorer avec nous les profondeurs initiatiques, ésotériques et symboliques de l’emblématique saga Mad Max. Depuis ses débuts en 1979, cette série de films réalisée par George Miller n’a cessé de captiver les spectateurs par ses récits post-apocalyptiques puissants et ses personnages emblématiques.
Analyse initiatique, ésotérique et symbolique de Mad Max (1979)
Mad Max (1979), réalisé par George Miller, est le premier film de la saga et pose les bases de nombreux thèmes et symboles qui seront explorés dans les opus suivants. Le film suit le parcours de Max Rockatansky, un policier dans un monde futuriste en proie à l’anarchie, qui subit une transformation personnelle profonde suite à la perte tragique de sa famille.
A – Les thèmes initiatiques
A.1 Transformation par la douleur :
–Perte et renaissance : le voyage initiatique de Max commence par la perte brutale de sa famille, qui symbolise une mort symbolique. Cette épreuve de douleur intense le pousse à renoncer à sa vie passée et à se réinventer en tant que justicier solitaire.
–Le justicier solitaire : Max devient une figure archétypale du héros solitaire, cherchant à imposer sa propre forme de justice dans un monde dévasté. Cette transformation est une étape initiatique classique où le héros doit mourir symboliquement pour renaître plus fort.
A.2 Quête de justice et de vengeance :
-Éveil de la conscience : La quête de Max pour venger sa famille et restaurer un certain ordre représente son éveil à une conscience supérieure de justice, même si elle est teintée de vengeance. Son voyage le pousse à dépasser ses limites personnelles et à affronter ses propres démons.
B – Le symbolisme
B.1 Interceptor :
– Symbole de pouvoir et de liberté : la voiture de Max, l’Interceptor, est plus qu’un simple véhicule; elle représente la puissance, la liberté, et la capacité de Max à naviguer dans un monde chaotique. C’est une extension de lui-même, un symbole de son autonomie et de sa force.
B.2 Désert et Ruines :
-Symbolisme du désert : le désert est un lieu de purification et de transformation. Dans de nombreuses traditions initiatiques, traverser le désert est une épreuve spirituelle où le héros doit se confronter à lui-même et émerger transformé.
-Ruines et désolation : les paysages de désolation symbolisent la chute de la civilisation et le besoin de renaissance. Ils représentent aussi l’état intérieur de Max, dévasté par la perte et cherchant un nouveau sens à sa vie.
B.3 Violence et anarchie :
-Monde en chaos : La violence omniprésente et l’anarchie dans le film symbolisent les forces destructrices de la nature humaine laissée sans contrôle. Elles servent de toile de fond à la transformation de Max et à son engagement dans une quête de justice personnelle.
-Gang des motards : représentent le chaos et la barbarie contre lesquels Max doit se battre. Ils sont les incarnations des forces destructrices qui menacent l’ordre et la civilisation.
B.4 La loi et le désordre :
-Max comme gardien de l’ordre : en tant que policier, Max représente la dernière ligne de défense contre le chaos. Sa transformation en justicier solitaire montre la fragilité de l’ordre et le besoin d’individus déterminés pour le maintenir.
-Effondrement de la société : le film montre une société au bord de l’effondrement, où la loi est devenue presque insignifiante. Cela souligne la nécessité d’une nouvelle forme de justice, plus personnelle et implacable.
C – Ésotérisme
C.1 Mort et renaissance :
-Initiation : la perte de la famille de Max peut être vue comme une mort initiatique. Dans de nombreuses traditions ésotériques, la mort symbolique est nécessaire pour renaître à une nouvelle vie avec une compréhension supérieure et des pouvoirs accrus.
-Max le guerrier initié : à travers ses épreuves, Max devient un guerrier initié, maîtrisant non seulement les compétences physiques nécessaires pour survivre dans un monde hostile, mais aussi développant une compréhension plus profonde de la justice et de l’ordre.
C.2 Symboles de résilience et de survie :
-Survie dans l’adversité : la capacité de Max à survivre dans un environnement hostile symbolise la résilience nécessaire pour traverser les épreuves initiatiques. Chaque obstacle surmonté renforce son caractère et sa détermination.
-Justice personnelle : Max incarne le concept de justice personnelle, où l’individu doit parfois prendre en main la défense de ses propres valeurs et de son honneur face à un monde dévasté.
Mad Max (1979) est plus qu’un simple film d’action post-apocalyptique; il est une exploration riche et complexe de thèmes initiatiques et ésotériques. Le parcours de Max, de policier à justicier solitaire, est une transformation initiatique marquée par la douleur, la quête de justice et la renaissance. Les symboles tels que l’Interceptor, le désert, et les ruines, ainsi que les thèmes de la violence et de l’anarchie, enrichissent le récit en lui conférant une profondeur symbolique et spirituelle. Max Rockatansky incarne l’archétype du héros initié, transformé par ses épreuves et prêt à affronter les défis d’un monde chaotique avec une nouvelle force intérieure et une quête implacable de justice.
Analyse initiatique, ésotérique et symbolique de Mad Max 2 – Le Défi (1981)
Mad Max 2 – Le Défi (1981), réalisé par George Miller, est la suite directe de Mad Max (1979) et approfondit les thèmes initiatiques et symboliques introduits dans le premier film. Dans ce volet, Max Rockatansky, désormais un héros errant, est confronté à de nouvelles épreuves dans un monde encore plus chaotique et dévasté.
A – Les thèmes initiatiques
A.1 Le Héros Errant et Protecteur :
-Solitude et Quête de Rédemption : Max, hanté par son passé, continue son voyage en solitaire. Sa quête de rédemption se manifeste à travers son engagement à protéger une communauté en danger. Cette mission devient une nouvelle étape initiatique, où il doit surmonter son cynisme et retrouver un sens à sa vie.
-Figure du Protecteur : Max devient un gardien pour ceux qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes. En acceptant ce rôle, il montre une évolution spirituelle et morale, passant de la vengeance personnelle à la protection d’autrui.
A.2 Communauté et Sacrifice :
-Solidarité et Altruisme : Contrairement au premier film, où la quête de Max était très personnelle, Mad Max 2 introduit l’importance de la communauté et du sacrifice. Max apprend que la survie collective dépend de l’entraide et de la solidarité.
-Sacrifice de Soi : le choix de Max de risquer sa vie pour aider la communauté montre une transformation profonde vers l’altruisme, un élément clé des initiations spirituelles.
B – Le symbolisme
B.1 Pétrole comme Graal moderne :
-Source de pouvoir : dans l’univers de Mad Max, le pétrole est une ressource précieuse et rare, essentielle pour la survie et la domination. Il symbolise la quête du Graal moderne, une source d’énergie vitale que tous cherchent à posséder.
-Objectif de la Quête : la lutte pour le contrôle du pétrole est une métaphore des luttes pour le pouvoir et la survie dans un monde post-apocalyptique.
B.2 Désert et ruines :
-Terre désolée : le désert, une constante dans la saga, représente un lieu de purification et de transformation. Il est le théâtre des épreuves que Max doit surmonter.
-Ruines de la civilisation : les ruines rappellent la fragilité de la civilisation et la nécessité de trouver de nouveaux moyens de vivre et de se reconstruire.
B.3 Le guerrier de la route :
-Symbole de résilience : Max est l’archétype du guerrier de la route, un survivant endurci par ses expériences. Il incarne la résilience et la détermination nécessaires pour naviguer dans un monde hostile.
-Véhicule comme extension de soi : son véhicule, l’Interceptor, est une extension de sa volonté et de sa liberté. Il symbolise la puissance et la capacité de Max à imposer sa propre forme de justice.
B.4 La Forteresse et les pilleurs :
-Forteresse : la communauté retranchée dans la forteresse représente un dernier bastion de civilisation, de coopération et d’espoir dans un monde de chaos.
-Pilleurs : les gangs de pilleurs symbolisent les forces du chaos et de la destruction. Leur brutalité et leur soif de pouvoir contrastent avec les valeurs de solidarité et de protection incarnées par la communauté et Max.
C – Ésotérisme
C.1 Mort et renaissance :
-Épreuves de survie : chaque confrontation avec les pilleurs est une épreuve initiatique pour Max. Surmonter ces défis symbolise une mort et une renaissance continuelles, renforçant son rôle de guerrier initié.
-Transformation spirituelle : le parcours de Max dans le désert et sa mission de protection de la communauté sont des métaphores de la transformation spirituelle, où il émerge chaque fois plus fort et plus déterminé.
C.2 Symbole de la flamme :
-Feu comme Purification : Les scènes de feu et d’explosion symbolisent la purification par l’épreuve. Le feu détruit mais permet aussi la renaissance de nouvelles formes de vie et de nouvelles structures sociales.
Mad Max 2 – Le Défi (1981), en tant que suite, approfondit les thèmes initiatiques et symboliques du premier film, tout en ajoutant des éléments nouveaux. Le voyage de Max en tant que héros errant et protecteur de la communauté symbolise une transformation morale et spirituelle. Les symboles du pétrole, du désert, de la forteresse, et des pilleurs enrichissent le récit en ajoutant des couches de signification ésotérique et initiatique. Max Rockatansky incarne l’archétype du guerrier initié, évoluant de la vengeance personnelle à la protection altruiste, illustrant la résilience et la quête de justice dans un monde dévasté.
Analyse initiatique, ésotérique et symbolique de Mad Max – Au-delà du dôme dutonnerre (1985)
Mad Max – Au-delà du dôme du tonnerre (1985), réalisé par George Miller et George Ogilvie, est le troisième volet de la saga Mad Max. Ce film explore davantage les thèmes initiatiques et symboliques à travers le personnage de Max Rockatansky, qui se retrouve impliqué dans les luttes de pouvoir de Bartertown et découvre une communauté d’enfants vivant dans les ruines de l’ancien monde.
A – Les thèmes initiatiques
A.1 Quête de justice et de rédemption :
-Nouvelle mission : Max, à la recherche de ses possessions volées, se retrouve à Bartertown, un lieu de commerce et de pouvoir. Son implication initiale par intérêt personnel évolue vers une mission de justice et de protection.
-Défi moral : Max doit naviguer dans un monde de moralité ambiguë, où il est contraint de participer à des combats pour survivre. Cette épreuve le pousse à redéfinir son sens de la justice.
A.2 Guide et protecteur :
-Figure de mentor : Max devient un guide pour les enfants qu’il découvre, les aidant à comprendre le monde extérieur et à survivre. Son rôle évolue de survivant solitaire à mentor et protecteur.
-Transmission de savoir : Il leur transmet les connaissances et les compétences nécessaires pour affronter le monde post-apocalyptique, symbolisant la transmission de sagesse et d’expérience initiatique.
B – Le symbolisme
B.1 Bartertown :
-Symbole de la civilisation déchue : Bartertown représente une tentative de recréer une forme de civilisation basée sur le commerce et la loi du plus fort. C’est un microcosme des luttes de pouvoir et de corruption humaine.
-Dualité de pouvoir : La lutte entre Aunty Entity et Master-Blaster symbolise la dualité du pouvoir, mêlant brutalité et intelligence, et la nécessité de trouver un équilibre pour maintenir l’ordre.
B.2 Le Dôme du Tonnerre :
-Arène de combat : le Dôme du Tonnerre est un lieu d’épreuve où les conflits sont résolus par des combats à mort. Il symbolise la brutalité et la survie du plus apte dans un monde sans règles.
-Épreuve initiatique : pour Max, combattre dans le Dôme du Tonnerre est une épreuve initiatique, où il doit prouver sa valeur et sa force face à des adversaires redoutables.
B.3 Les enfants du savoir :
-Symbole de l’innocence et de l’espoir : la communauté d’enfants représente l’innocence et l’espoir d’un avenir meilleur. Ils vivent dans les ruines d’un avion, croyant à une mythologie de sauvetage et de renouveau.
-Rêve de Paradis : leur quête pour retrouver « Tomorrow-morrow Land » symbolise l’aspiration humaine à un paradis perdu, une utopie où l’humanité peut renaître.
B.4 Le désert :
-Lieu de purification : comme dans les films précédents, le désert est un lieu de purification et de transformation. La traversée du désert est une épreuve qui renforce les personnages, les purifiant des influences corruptrices de Bartertown.
C – Ésotérisme
C.1 Mort et renaissance :
-Cycle initiatique : les épreuves de Max dans le Dôme du Tonnerre et son rôle de protecteur des enfants représentent des cycles de mort et de renaissance. Chaque défi surmonté symbolise une mort symbolique et une renaissance spirituelle.
-Renouveau de la civilisation : la quête des enfants pour un nouveau foyer symbolise la possibilité de renaissance et de reconstruction de la civilisation, malgré la dévastation.
C.2 Symbole de la flamme :
-Feu comme purification et destruction : le feu, omniprésent dans les scènes de combat et de destruction, symbolise à la fois la purification et la destruction nécessaires pour permettre une renaissance.
C.3 Mythologie et réalité :
-Récits mythiques des enfants : la mythologie que les enfants ont construite autour de l’avion et de la Terre Promise représente la manière dont les mythes et les récits peuvent fournir un sens et une direction dans un monde chaotique.
–Révélation de la vérité : Max, en leur montrant la réalité du monde extérieur, incarne la figure du révélateur, démystifiant les croyances tout en guidant les enfants vers une nouvelle réalité.
Mad Max – Au-delà du Dôme du Tonnerre (1985) enrichit la saga Mad Max en ajoutant des dimensions initiatiques et symboliques plus élaborées. Le voyage de Max à travers Bartertown et sa découverte de la communauté d’enfants représentent des étapes de transformation personnelle et de quête de justice. Les symboles tels que le Dôme du Tonnerre, Bartertown, et la quête des enfants pour une utopie perdue enrichissent le récit en ajoutant des couches de signification ésotérique et initiatique. Max Rockatansky incarne à nouveau l’archétype du héros initié, évoluant de la survie personnelle à la protection et à la guidance d’une nouvelle génération, illustrant la possibilité de renaissance et de reconstruction dans un monde dévasté.
Analyse initiatique, ésotérique et symboliquede Mad Max – Fury Road (2015)
Mad Max – Fury Road (2015), réalisé par George Miller, est le quatrième film de la saga et est souvent considéré comme un chef-d’œuvre de la science-fiction post-apocalyptique. Le film met en scène Max Rockatansky et Imperator Furiosa dans une quête de liberté et de survie dans un monde ravagé. Ce film est riche en symbolisme et explore des thèmes initiatiques et ésotériques à travers ses personnages et son récit.
A – Les thèmes initiatiques
A.1 Quête de Liberté et de rédemption :
-Furiosa et Max : les deux protagonistes sont en quête de rédemption et de liberté. Furiosa cherche à libérer les épouses d’Immortan Joe et à retrouver la terre verte, tandis que Max, hanté par son passé, cherche une forme de rédemption en aidant Furiosa et les épouses.
-Épreuves et transformations : Les épreuves rencontrées sur la route, symbolisées par les nombreux obstacles et ennemis, représentent les défis initiatiques que les personnages doivent surmonter pour atteindre leur but.
A.2 Alliance et solidarité :
-Communauté de destins : Max, Furiosa et les épouses forment une alliance improbable, montrant que la survie et le succès dans un monde post-apocalyptique dépendent de la solidarité et de la coopération.
-Transformation par l’Autre : les personnages se transforment en apprenant à se faire confiance et à se soutenir mutuellement, illustrant l’importance de la communauté dans le parcours initiatique.
B – Le symbolisme
B.1 Le Désert et la route :
-Lieu de purification : le désert, comme dans les films précédents, est un symbole de purification et de transformation. La traversée du désert est une épreuve initiatique où les personnages se débarrassent de leurs anciennes identités pour renaître.
-La route : la route symbolise le chemin initiatique, rempli de dangers et de défis, mais aussi de possibilités de transformation et de découverte.
B.2 L’eau et la terre verte :
-Symbole de vie et de renouveau : l’eau est une ressource précieuse et symbolise la vie et la purification. La terre verte représente un paradis perdu, un symbole d’espoir et de renouveau pour Furiosa.
-Quête du Paradis perdu : la quête pour retrouver la terre verte est une allégorie de la quête humaine pour un lieu de paix et de prospérité, un retour à un état de grâce et de pureté.
B.3 Immortan Joe et la citadelle :
-Figure du tyran : Immortan Joe représente l’oppression et la tyrannie, utilisant l’eau pour contrôler et manipuler les masses. Sa chute symbolise la libération des oppressés et la restauration de la justice.
-La citadelle : symbole de pouvoir corrompu, la Citadelle est un lieu de domination et de contrôle, que les héros doivent renverser pour instaurer un nouvel ordre.
Interceptor, la voiture de Mad Max
B.4 Le volcan et les moteurs :
-Symboles de puissance et de Ddstruction : les moteurs et les véhicules puissants représentent la force brute et la capacité de destruction, mais aussi le moyen de s’échapper et de se libérer.
-Rituel de l’immortalité : les War Boys, en idolâtrant les moteurs et en se sacrifiant pour Immortan Joe, participent à un rituel grotesque d’immortalité, symbolisant la quête humaine de transcender la mort, mais de manière pervertie.
C – Ésotérisme
C.1 Mort et renaissance :
-Initiation à travers la mort : le film est rempli de symboles de mort et de renaissance. Les War Boys cherchent à mourir glorieux pour être « immortels », tandis que Max et Furiosa traversent des épreuves mortelles pour renaître en tant que sauveurs.
-Purification par le feu : les scènes d’action explosives et les défis enflammés symbolisent la purification par le feu, un élément classique des rites initiatiques.
C.2 Symbole de l’équilibre :
-Dualité et Complémentarité : Max et Furiosa représentent des aspects complémentaires de la quête initiatique – la force brute et la détermination, l’empathie et la stratégie. Leur alliance symbolise l’équilibre nécessaire pour surmonter les épreuves.
C.3 Mythologie et réalité :
-Mythes Fondateurs : les récits et les croyances des personnages, comme ceux des War Boys et leurs rituels, créent une mythologie propre au monde de Mad Max. Ces mythes offrent un cadre pour comprendre le chaos et donner un sens aux actions des personnages.
-Révélation de la vérité : La prise de conscience de Furiosa que la terre verte n’existe plus et que la Citadelle peut devenir un nouveau foyer est une révélation initiatique, une nouvelle vérité qui redéfinit leur quête.
Mad Max – Fury Road (2015) est un film profondément initiatique et symbolique, explorant des thèmes de quête de liberté, de rédemption, et de transformation à travers des épreuves extrêmes. Le désert et la route représentent les chemins initiatiques de purification et de découverte, tandis que la quête de la terre verte symbolise la recherche d’un Paradis perdu. Immortan Joe et la citadelle incarnent la tyrannie et l’oppression à renverser pour restaurer la justice. Le film illustre la nécessité de l’alliance et de la solidarité pour survivre et triompher dans un monde chaotique. Les symboles de mort et de renaissance, d’équilibre et de mythologie enrichissent le récit, faisant de Mad Max – Fury Road une œuvre initiatique et ésotérique marquante dans la saga Mad Max.
Analyse initiatique, ésotérique et symbolique deFuriosa – Une Saga Mad Max (2024)
La « Palme d’or » du Festival de Cannes
Furiosa – Une Saga Mad Max (2024), dernier opus de la série Mad Max, réalisé par George Miller, est présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2024 et en avant-première mondiale. Le film poursuit les thèmes initiatiques et symboliques déjà présents dans les précédents volets, en se concentrant sur le personnage de Furiosa, introduit dans Mad Max: Fury Road (2015).
Le synopsis
Dans un monde en déclin, Furiosa est arrachée à la terre verte et capturée par une horde de motards dirigée par le redoutable Dementus. Tandis qu’elle tente de survivre à la Désolation et de retrouver son chemin vers la terre verte, Furiosa n’a qu’une seule obsession : la vengeance contre Immortan Joe et ceux qui l’ont capturée.
A – Les thèmes initiatiques
A.1 Quête de Vengeance et de Rédemption :
-Furiosa, arrachée de son monde natal, doit traverser des épreuves extrêmes pour retrouver sa terre d’origine. Sa quête de vengeance est aussi une quête de rédemption, où elle cherche à restaurer l’honneur et la justice.
-La vengeance, en tant que moteur de l’action, est un thème initiatique classique où le héros doit surmonter la douleur personnelle pour atteindre un but supérieur.
A.2 Transformation et Résilience :
-Le parcours de Furiosa à travers la Désolation symbolise une transformation intérieure, où chaque épreuve la rapproche de son objectif tout en la transformant en une figure plus résiliente et déterminée.
-Ce processus initiatique de transformation par l’épreuve est central dans les récits de héros.
Planimètre – Paris, détail
B – Le Symbolisme
B.1. La terre verte :
-Symbole d’utopie et de Paradis perdu : la terre verte représente un idéal, une terre promise que Furiosa cherche désespérément à retrouver. Elle symbolise l’espoir, la prospérité et la paix dans un monde chaotique.
-Quête de retour : la quête de Furiosa pour revenir à la terre verte peut être vue comme une recherche de l’âme et du soi véritable, un voyage de retour à l’état pur et originel.
B.2 La désolation :
-Symbolisme du désert : le désert, ou la Désolation, est un lieu de purification et de transformation. Il représente les défis et les obstacles que Furiosa doit surmonter, symbolisant un processus de mort et de renaissance.
-Épreuve spirituelle : la traversée de la désolation est une métaphore des épreuves spirituelles que l’on doit surmonter pour atteindre une sagesse supérieure.
B.3 Immortan Joe et Dementus :
-Figures du mal et de l’oppression : ces personnages symbolisent les forces oppressives et destructrices du monde. Combattre ces figures représente la lutte contre l’injustice et la tyrannie.
Planimètre – Paris
-Épreuves à surmonter : chaque confrontation avec ces antagonistes est une épreuve initiatique pour Furiosa, la poussant à révéler sa force intérieure et son courage.
B.4 Les motards :
-Horde de motards : les motards représentent le chaos et la violence inhérente au monde post-apocalyptique. Ils symbolisent les forces anarchiques et destructrices contre lesquelles Furiosa doit se battre.
-Force de résilience : leur présence constante force Furiosa à rester vigilante et résiliente, développant ainsi ses compétences de survie et de combat.
Furiosa – Une Saga Mad Max (2024), en restant fidèle aux thèmes initiatiques et symboliques de la série Mad Max, propose un récit de transformation, de résilience et de quête de justice. Le voyage de Furiosa à travers la Désolation pour retrouver la terre verte et se venger d’Immortan Joe est une allégorie puissante du parcours héroïque et spirituel, où chaque épreuve surmontée mène à une renaissance et à une nouvelle compréhension de soi. La présentation de ce film en hors-compétition au Festival de Cannes 2024 souligne son importance cinématographique et sa richesse narrative.
Ce que nous retenons
La série Mad Max est profondément initiatique, chaque film représentant des étapes de transformation personnelle et collective dans un monde chaotique. Les personnages principaux, Max et Furiosa, incarnent des archétypes héroïques confrontés à des épreuves qui les transforment et les poussent à évoluer. Les symboles tels que le désert, les véhicules, l’eau, et les communautés offrent une riche tapisserie de significations exotériques et ésotériques, explorant des thèmes de survie, de rédemption, et de renaissance.
Auteur, Jean Solis est particulièrement connu pour ses ouvrages détaillés et érudits sur la franc-maçonnerie, l’ésotérisme et la spiritualité. Il a écrit plusieurs livres – dont nous avons rendu compte sur 450.fm – qui explorent les divers aspects de l’art royal, ses rituels – Rite Standard d’Écosse York (RSE) et Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) , notamment pratiqués au sein de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) –, ses symboles et ses valeurs. Ses travaux sont appréciés pour leur profondeur, leur clarté et leur capacité à rendre accessible un sujet souvent perçu comme complexe.
En tant qu’éditeur, Jean Solis a également joué un rôle important dans la diffusion des connaissances sur la franc-maçonnerie et l’ésotérisme. Par son travail éditorial, il contribue à la vulgarisation et à la promotion de la compréhension des traditions ésotériques et maçonniques. Aureus Éditions est une maison d’édition spécialisée dans la publication de travaux sur ces sujets.
Jean Solis est aussi connu pour son engagement dans des conférences – comme à Montauban sur l’alchimie en avril 2023, et des séminaires sur la franc-maçonnerie. Il participe activement à des débats, des ateliers et des conférences, où il partage son expertise et ses réflexions sur l’histoire, les rituels et la philosophie maçonniques.
Ouvrages de Jean Solis sur le RSE et le REAA, détail
Nous retrouvons, dans son dernier opus Un regard sur l’ésotérisme chrétien-l’église gnostiquetoute l’importance de son travail quant à l’éducation et la vulgarisation une accessibilité à un très large public, démystifiant pratiques et valeurs. Nous considérons qu’en publiant des travaux de cette nature, l’auteur contribue à la préservation et à la transmission des traditions.
Jean Solis, avril 2023
Son engagement en tant qu’auteur et éditeur favorise donc une meilleure compréhension des enjeux spirituels et philosophiques contemporains liés à la franc-maçonnerie.
Pour nous, compte tenu de son savoir, dans des domaines aussi variés comme l’alchimie ou le gnosticisme, Jean Solis est une figure clé dans le domaine de la franc-maçonnerieen général et de la GLNF, en particulier.
En parcourant son livre, après une préface où il se confie sur sa scolarité et son apprentissage au lycée du christianisme primitif, nous découvrons ce regard si particulier sur l’ésotérisme chrétien, en général, et l’église gnostique, en particulier.
Mais qu’est-ce que l’église gnostique ? L’auteur faisant le choix de ne pas employer de majuscules, comme c’est l’usage pour l’Église gnostique.
Toutefois, nous rejoignons l’auteur car l’usage de la majuscule pour le mot Église représente généralement une institution religieuse ou l’ensemble de la communauté chrétienne, souvent en référence à l’Église catholique, apostolique et romaine…
L’église gnostique donc est un terme générique qui désigne diverses communautés religieuses et spirituelles contemporaines qui se réclament du gnosticisme, une tradition spirituelle ancienne apparue aux premiers siècles de notre ère.
Jean Solis nous entretient donc, en trente-cinq chapitres, du gnosticisme, ce courant religieux et philosophique qui s’est développé dans l’Antiquité, notamment aux premiers siècles du christianisme. Les gnostiques croyaient en la possession d’une connaissance (gnose) secrète qui permettrait de comprendre les mystères divins et de se libérer de l’emprise matérielle du monde.
Au cœur du gnosticisme se trouve la gnose, une connaissance intérieure et intuitive des réalités divines, considérée comme supérieure à la simple foi. Cette connaissance permettrait de comprendre la véritable nature de Dieu, de l’univers et de l’âme humaine.
Jean Solis, dans son ouvrage se propose de redéfinir la nature du christianisme. Contrairement à la vision traditionnelle qui le perçoit comme une religion structurée par des dogmes et des institutions, Jean Solis argue que le christianisme est avant tout une spiritualité. Cette distinction est fondamentale car elle permet de comprendre comment le christianisme a évolué depuis ses origines pour devenir ce qu’il est aujourd’hui.
L’auteur offre une analyse pénétrante et souvent critique des différentes facettes du christianisme, notamment en confrontant les traditions ésotériques aux dogmes officiels de l’Église catholique. Il met en lumière les divergences entre le christianisme primitif, qui se voulait une voie spirituelle plus mystique et inclusive, et le christianisme institutionnel qui a émergé après le concile de Nicée en 325.
Le Temple de la Rose-Croix, gravure du Miroir de la sagesse des Rose-Croix) de Teophilus Schweighardt Constantiens (pseudonyme de Daniel Mögling), 1618
L’auteur se penche également sur des thèmes rarement abordés dans les discussions courantes sur le christianisme, comme la franc-maçonnerie, les Rose+Croix, et les martinistes, révélant des liens insoupçonnés entre ces courants ésotériques et la foi chrétienne.
C’est un ouvrage dense et riche en informations – qui invite le lecteur à reconsidérer ses perceptions du christianisme. Jean Solis, par son style clair et ses analyses rigoureuses, réussit à rendre accessible un sujet difficile. Ce livre est une ressource précieuse pour quiconque s’intéresse à l’histoire du christianisme, à l’ésotérisme, et à la spiritualité en général.
Jean Solis explore en détail chaque notion dans son ouvrage de manière chronologique et didactique, semblable à une frise historique. Nous en offrons un aperçu partiel.
De l’Ancien Testament, il examine les fondements de l’ésotérisme chrétien à travers les textes anciens, soulignant les éléments mystiques et symboliques présents dès la genèse du judaïsme. Puis avec le Nouveau Testament, l’auteur témoigne des écrits des Évangiles et des Apôtres, mettant en lumière les aspects ésotériques des enseignements de Jésus et leurs interprétations gnostiques. Traitant aussi de la tradition orale, synonyme aussi de transmission des connaissances ésotériques, l’auteur en souligne toute l’importance dans le développement de la pensée gnostique.
La plus ancienne fresque représentant Marie, catacombe de Priscille, IIe siècle
Il fait aussi une distinction claire entre Jésus, l’homme historique, et le Christ, l’entité divine, avec une exploration des implications ésotériques de cette dualité. Quant à la fille d’Anne et Joachim, la Vierge Marie, mère de Jésus de Nazareth, Jean Solis analyse son rôle dans l’ésotérisme chrétien, sa symbolique et son importance dans les mystères gnostiques. De plus, l’ouvrage passe en revue les grands conciles de l’Église et les développements théologiques qui ont façonné le christianisme, en soulignant les aspects ésotériques souvent occultés. Et ne manque pas d’explorer la Réforme protestante et son impact sur l’ésotérisme chrétien, ainsi que les divergences et convergences avec les courants gnostiques. De la Rose+Croix, Jean Solis détaille l’influence de la fraternité rosicrucienne sur l’ésotérisme chrétien et les liens entre les enseignements rosicruciens et gnostiques.
Nombre de lecteurs découvriront l’Archonte, cette figure de la mythologie gnostique, représentant les forces oppressives et matérielles entravant la spiritualité humaine.
L’auteur passe en revue la Foi et les croyances, Satan et les démons – analysés dans une perspective ésotérique – les sacrements et les initiations de l’église gnostique, examinant les rites sacramentels et initiatiques, essentiels dans l’ésotérisme chrétien, et leur signification profonde.
En développant chaque notion, Jean Solis offre une vue d’ensemble exhaustive et érudite de l’ésotérisme chrétien et de l’église gnostique, permettant au lecteur de comprendre les complexités et les subtilités de cette tradition spirituelle riche et ancienne.
L’empereur Constantin (au centre), avec les évêques du concile de Nicée (325)
Jean Solis offre une analyse pénétrante et souvent critique des différentes facettes du christianisme, notamment en confrontant les traditions ésotériques aux dogmes officiels de l’Église catholique. Il met en lumière les divergences entre le christianisme primitif, qui se voulait une voie spirituelle plus mystique et inclusive, et le christianisme institutionnel qui a émergé après le concile de Nicée en 325.
Un regard sur l’ésotérisme chrétien-l’église gnostique est un ouvrage dense et riche en informations qui invite le lecteur à reconsidérer ses perceptions du christianisme. Ce livre est une ressource précieuse pour quiconque s’intéresse à l’histoire du christianisme, à l’ésotérisme, et à la spiritualité en général.
Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir leur compréhension du christianisme ésotérique, ce livre constitue une lecture incontournable, offrant des perspectives nouvelles et stimulantes sur une tradition souvent mal comprise.
Un regard sur l’ésotérisme chrétien-l’église gnostique
« Je n’ai jamais cru au pouvoir de la vérité par elle-même. Mais c’est déjà beaucoup de savoir qu’a énergie égale, la vérité l’emporte sur le mensonge »
Albert Camus (Juillet 1943. Lettres à un ami allemand)
Souvent, les grands thèmes de la philosophie fonctionnent en couple : amour/haine, beau/laid, bonté/méchanceté, fidélité/trahison, etc… Ce qui est également le cas de vérité/mensonge. Dans ce dernier thème, nous axerons notre réflexion sur le concept de vérité, qui est grandement présent dans nos rituels et nos idéaux, avec un bémol cependant : celui de définir ce qu’il en serait de cette vérité, objet de tous les discours !
I- Un éléphant ça trompe énormément !
Poète, dramaturge et diplomate français Paul Claudel (1868-1955)
Pour débuter nos investigations, je crains de ne pas pouvoir vous épargner l’histoire de l’éléphant que nous rappelait le poète Paul Claudel dans le « Figaro Littéraire » du 9 octobre 1948, à partir d’une estampe japonaise, et qui a fait florès depuis : un éléphant est entouré par des aveugles afin qu’ils donnent leur définition du concept « éléphant ». Le premier a enlacé une des pattes et dit : « c’est un arbre ». « C’est vrai, voici les feuilles » dit le second qui a découvert les oreilles. « Point du tout, c’est un mur » dit le troisième qui promène sa main sur le flanc. « C’est une ficelle » s’écrie le quatrième qui a saisi la queue. « Non ! C’est un tuyau » réplique le cinquième qui a affaire à la trompe…
Bien entendu, nous saisissons immédiatement la signification de cette histoire : la perception individuelle de chaque aveugle débouche sur le concept « éléphant », mais ne rend pas pour autant la vérité de ce qu’il est en totalité dans « la » vérité, mais la parcellisation de cette totalité fait-elle des aveugles des menteurs ? Nous pouvons avancer, bien entendu, l’idée que pour eux, l’animal se définit dans l’entité, comme le détail qu’ils ont perçu et que donc ils sont dans « leur » vérité absolue qu’ils sont prêts à défendre mordicus. Ce constat a conduit l’Asie a développer la théorie des deux niveaux de vérité, notamment dans l’hindouisme et dans le bouddhisme : Shankara, maître de la non-dualité absolue, dans sa pensée théiste de l’Advaïta-Védanta (1) et Nagarjuna dans son fameux ouvrage, le « Traité du milieu » (2). Pour eux, bien que de philosophie religieuse différente, il y a convergence dans le constat du fonctionnement obligatoire de deux vérités :
– La vérité ordinaire où l’on a besoin de croire que nous avons un « libre arbitre » et que nos convictions sont la vérité.
– La vérité sur le plan de l’ « Absolu Indéterminé » qui serait la non-dualité du « Tu es Cela ». La vérité Une, la multiplicité n’étant pas un mensonge, mais une illusion.
Toute la question métaphysique va résider dans la question : puis-je passer d’une vérité en « soi » à une vérité en « Soi » ? Nous savons que, pour la majorité, la diversité conservant la singularité personnelle, l’impression d’exister comme entité est fondamentale : « je » pense, « à »moi, « en vérité ». Cet éclatement, paradoxalement, est plus rassurant pour le sujet que l’idée d’Unité Absolue, où il serait de toute éternité. Avec la question apophatique : l’Absolu de la Vérité peut-il se changer lui-même où demeurer une sorte d’argile d’une nature inchangée qui serait en sorte le « Grand Potier de l’Univers » ? Rester dans l’illusion, comme l’analyse Freud (3) ou dans la « passion de ne pas savoir » comme ironise Lacan est le propre de l’ensemble des humains, exceptés ceux qui, dans des cultures multiples, tentent le cheminement toujours hasardeux de quitter leur vérité pour accéder à la Vérité vers l’Absolu Indéterminé, que l’on appelle en sanskrit « Kutastha » (« Celui qui se tient sur la crête »). Au sommet de l’échelle ?
Ii- Soi-même comme un autre ?
Être fidèle à la vérité suppose la connaissance d’où elle me vient et d’où me viendrait aussi l’écho d’une transcendance qui est supposée rassembler la mienne et la sienne dans l’Unité Absolue ? Concernant ce qui relèverait de « ma » vérité, une démythification narcissique s’impose immédiatement : la psychologie des profondeurs nous fait prendre conscience que nous ne vivons pas d’abord dans la conscience de nous-mêmes, ni même d’ailleurs dans la conscience des choses, mais dans l’expérience d’autrui. Nous nous sentons exister qu’après avoir pris contact avec les autres, et notre réflexion est toujours un retour à nous-même, à notre vérité, qui doit d’ailleurs beaucoup à notre fréquentation de l’autre : un nourrisson de quelques mois, par exemple, distingue assez facilement la vérité de l’autre dans l’instant, que cela soit la colère, la peur, la bienveillance sur le visage, dans un temps où il ne saurait avoir appris par l’examen de son propre corps les signes physiques de ces émotions. C’est donc le corps d’autrui, dans ces diverses traductions qui apparaît investi d’emblée de la vérité. C’est donc qu’il apprend à connaître l’esprit tout autant comme comportement visible que dans l’intimité de son propre esprit. Il va falloir des années pour que l’enfant et l’adolescent réussissent à dégager leur vérité de celle de leur environnement. La vérité environnementale étant l’illustration du fameux concept de « Surmoi ». L’adulte lui-même découvre dans sa propre vie ce que sa culture, l’enseignement, les livres, la tradition lui ont appris à y voir, donc d’influencer ce qu’il en est de sa vérité : le contact de nous-même avec nous-même se fait toujours à-travers une culture, au moins à travers un langage que nous avons reçu du dehors et qui nous oriente dans la connaissance de nous-même, au terme d’un combat interne entre l « Idéal du Moi » (le « bain de culture ») et le « Moi idéal » qui serait l’expression d’un être désirant dans sa vérité, maîtrisant son libre-arbitre, dans l’acceptation de l’altérité de l’autre, donc de sa concurrence dans la manifestation de sa propre volonté.
L’humanité n’est pas une somme d’individus, une communauté de penseurs dont chacun, dans sa solitude, soit assuré de s’entendre avec les autres parce qu’ils participeraient tous de la même essence pensante ! La vérité est, en général, en porte à faux : chacun ne peut croire qu’à ce qu’il reconnaît pour vrai intérieurement, et en même temps chacun ne pense et ne se décide que déjà pris dans les rapports à autrui qui orientent de préférence vers telle espèce d’opinion. Chacun est seul mais personne ne peut se passer des autres. Il n’y a pas de vie collective qui nous délivre de la charge de nous-mêmes et nous dispenserait d’avoir un avis et il n’y a pas de vie « intérieure » qui ne soit comme un premier essai de nos relations avec autrui. Nous sommes là dans ce que Hegel appelait une « situation diplomatique », c’est à dire une situation où les mots veulent dire deux choses et où les choses ne se laissent pas nommer d’un seul mot. L’une des illustration en est par exemple « la prisonnière » de Marcel Proust (4 ) où le héros ne souhaite être près d’Albertine que quand elle s’éloigne de lui et en conclut qu’il ne l’aime pas. Mais quand elle a disparu, quand il apprend sa mort, dans l’évidence de cet éloignement sans retour, il pense qu’il avait besoin d’elle et qu’il l’aimait. Drôle d’imbroglio pour définir ce qu’il en est de la vérité ! En fait, la vérité chez le sujet, nous dit Lacan, n’est qu’un « mi-dit » pour qu’elle soit supportable car, l’entièreté de la vérité est souvent un instrument déguisé de la destruction de l’autre.
Iii- La Franc-maçonnerie : un réceptacle de la vérité ?
Il y a, au musée lorrain de Nancy, un beau monument funéraire qui attire un grand nombre de visiteurs. Ce monument du XII eme siècle provenant du prieuré de Belval s’intitule : « Le retour du croisé ». La scène en est poignante : il y a d’abord la pauvre petite bonne femme qui s’accroche à lui, comme si elle avait peur qu’il reparte vers ses mirages. On soupçonne chez elle le vieillissement prématuré de celle qui a tant attendu qu’elle a même failli perdre la foi en un retour possible. Et puis, il y a lui… Chevalier sans cheval et sans épée, appuyé sur un simple bâton de pèlerin, conservant cependant sa vieille cote de mailles. On le sent exténué, peut-être souffrant. Et puis nous voyons son terrifiant visage : il ne regarde pas celle qu’il a retrouvée et ses yeux reflètent toute l’horreur du monde, toute l’amertume de ses illusions perdues. Brûlé par tous les soleils, c’est un mort en marche. Il est une sorte de fantôme qui a perdu tout amour de son idéal et de ses proches. Devant lui, il n’y a plus que l’abîme d’un néant sans vérité aucune. Sa quête fut vaine comme celle du chevalier dans le célèbre film d’Ingmar Bergman, « Le 7eme sceau ». Comment échapper à cette vérité de « ceux qui en ont trop vu » ?
Les scolastiques disaient : « Adea quatio rerum et intellectus » (« La vérité c’est la conformité de notre pensée aux choses ») ou aurait-elle la prétention d’être une copie de la réalité ? Mais l’idée vraie pourrait être aussi une idée qui réussit à plus ou moins longue échéance : les ruines de tous les temples du monde font foi qu’ils furent des vérités dont plus personne ne se réclame. Ce qu’il en est des civilisations se retrouve aussi chez l’homme. Dans son Vocabulaire, Lalance décrit le scepticisme comme « la doctrine d’après laquelle l’esprit humain ne peut atteindre avec certitude aucune vérité », car, pris dans l’éternité de la vacuité, notre opinion change par rapport à ce que nous pensions des vérités quelque temps auparavant. Ainsi, pour la petite histoire, une vérité fut défendue par l’Église catholique durant des décennies à la suite des « travaux » de James Ussher (1581-1656), Evêque prima d’Irlande qui avait trouvé la vérité sur l’origine du monde et de sa date exacte de création : le 23 octobre 4004 avant Jésus-Christ à 6 heures du soir !
La Vérité
Ce qui nous amène à pointer la richesse du travail de la Maçonnerie en la matière : les échanges nous amènent souvent à une remise en question de nos opinions, souvent erronées, considérées par nous comme des vérités. La résultante en est la tolérance : comment pourrais-je imposer à autrui des « vérités » que je ne suis pas sûr de conserver très longtemps, car elles s’érodent par l’expérience et le contact avec l’autre. Notre propre corps en est l’illustration parfaite : d’heure en heure, que dis-je, de minutes en minutes il évolue. Nous sommes plongés dans l’océan éternel du transformisme, où matière et esprit participent à la vacuité permanente.
Devant cette instabilité et l’échec programmé de toute perspective, l’homme a besoin de s’accrocher à un point fixe, immobile, moyeu de la roue en mouvement : Dieu, Grand Architecte de l’Univers, Nirvana bouddhiste, croyances philosophiques reposant sur la certitude de l’existence d’un Principe immobile aristotélicien ?
Comme dirait l’Autre, « En vérité, je vous le dis », l’avenir d’une illusion est assuré : notre fragilité face au cosmos et à nos destins individuels, nous contraint à chercher refuge dans l’imaginaire rassurant d’une vérité qui serait intangible…
Notes
(1) Shankara : Les milles enseignements. Editions Arfungen. 2013.
(2) Nagarjuna : Le Traité du milieu. Editions du Seuil. 1998.
(3) Freud Sigmund : L’avenir d’une illusion. PUF.
(4) Proust Marcel : A la recherche du temps perdu-Tome 6 : La Prisonnière. Editions Gallimard. 1923.