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Renverser les tyrans : Le pouvoir de la révolution non-violente

L’ouvrage de Srdja Popovic, Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes, s’inscrit dans une tradition littéraire et intellectuelle où l’action politique et le militantisme non-violent se rencontrent et se nourrissent mutuellement. Dès les premières pages, l’auteur adopte un ton à la fois humoristique et didactique, une approche qui peut surprendre dans un contexte aussi grave que celui de la lutte contre l’oppression. Pourtant, cet équilibre entre légèreté et profondeur est une des grandes forces du livre. Il permet à l’auteur de parler de stratégies révolutionnaires complexes avec une simplicité accessible à tous, rendant le manuel utile aussi bien à l’activiste novice qu’au militant aguerri.

Le livre se veut un guide pratique pour quiconque souhaite changer le monde à son échelle, que ce soit dans le cadre d’une révolution nationale ou pour améliorer des conditions locales. Srdja Popovic s’appuie sur son expérience en tant que membre du mouvement étudiant serbe « Otpor ! », qui a joué un rôle clé dans le renversement du dictateur Slobodan Milošević (1941-2006) accusé auprès du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Il déconstruit ainsi, pas à pas, les mécanismes qui permettent de mobiliser une population tout en évitant les pièges de la violence.

Otpor!

Au cœur de l’ouvrage se trouve une série de neuf principes essentiels, véritable fil conducteur du manuel. Chacun de ces principes est plus qu’un simple outil théorique ; il est illustré par des exemples concrets et des anecdotes tirées de diverses luttes à travers le monde. Ce n’est pas un ouvrage académique froid ou distancié, mais bien un manuel vivant, nourri par la réalité du terrain.

L’idée de « voir grand mais commencer petit » souligne l’importance de ne pas se laisser décourager par l’ampleur des injustices que l’on souhaite combattre. Popovic démontre avec brio que les révolutions, grandes ou petites, commencent toujours par des actions modestes, mais bien ciblées. Il raconte ainsi comment de simples graffitis ou des actions symboliques humoristiques peuvent fragiliser des régimes apparemment inébranlables. Cette capacité à réduire l’immensité d’un combat à une série de petites étapes rend la tâche plus accessible pour les lecteurs.

La notion de « vision pour demain » est un autre pilier fondamental de l’ouvrage. Selon Srdja Popovic, toute révolution doit s’accompagner d’une vision claire et attrayante du futur, un avenir meilleur qui doit donner envie de s’engager. Là encore, il oppose la lourdeur et la complexité des changements à long terme à la nécessité d’avoir des objectifs immédiats et clairs. Il rappelle aux lecteurs que sans une idée précise de ce que sera l’après-victoire, les révolutions risquent de s’effondrer sur elles-mêmes, faute d’adhésion populaire.

L’humour, souvent perçu comme un simple artifice, devient dans ce contexte un véritable outil politique. Srdja Popovic, dans ce livre, réinvente l’humour comme une arme subversive et puissante. Il montre comment il peut retourner les symboles de l’oppression contre elle-même, désamorcer les peurs et rendre ridicules les tyrans, sans jamais recourir à la violence. Cet usage stratégique de l’humour rappelle aux lecteurs que la dérision est souvent l’antidote le plus efficace contre la terreur.

L’unité au sein des mouvements, autre principe essentiel, est également une thématique récurrente. L’auteur insiste sur le fait que, pour qu’un mouvement soit efficace, il doit transcender les différences politiques, ethniques ou religieuses. La diversité devient alors une force, à condition qu’elle soit canalisée vers un objectif commun. Là encore, des exemples concrets viennent étayer cette idée, rappelant que la cohésion et la solidarité au sein des groupes de résistance sont des clés de la réussite.

Le choix de la non-violence, point central de la méthode prônée par Srdja Popovic, est présenté non pas comme une posture morale, mais comme une stratégie profondément réfléchie. La non-violence, selon l’auteur, est plus puissante à long terme, car elle déstabilise l’adversaire en lui refusant une légitimité souvent basée sur la répression violente. Ce choix tactique est mis en perspective avec des études de cas où l’usage de la violence a conduit à des impasses, alors que les approches non-violentes ont permis des avancées significatives.

Tout au long de l’ouvrage, Srdja Popovic met l’accent sur la nécessité d’aller au bout des démarches engagées. La persévérance, souvent négligée dans les récits de révolutions rapides, devient ici un impératif. En disséquant les étapes d’une révolution réussie, il montre que la victoire ne se joue pas seulement dans l’euphorie des premiers jours, mais dans la capacité à continuer, même lorsque la situation semble désespérée.

Srdja Popovic n’hésite pas non plus à montrer que, si les dictateurs s’appuient sur des piliers (militaire, économique, politique, etc.), leur pouvoir n’est pas aussi solide qu’il y paraît. En identifiant ces piliers et en les ébranlant, il devient possible de déstabiliser les régimes en place. Cette idée est non seulement encourageante pour ceux qui se sentent impuissants face à des forces écrasantes, mais elle fournit aussi un cadre de travail très concret pour mener des actions stratégiques.

À travers ces neuf principes, Comment faire tomber un dictateur devient bien plus qu’un simple guide. Il est une ode à la résilience, à l’ingéniosité humaine, et à la conviction que, même seul et sans armes, un individu ou un groupe peut faire basculer des dictatures. Le lecteur, guidé par l’esprit brillant de Srdja Popovic, ressort de cet ouvrage avec une boîte à outils intellectuelle et morale, prête à être utilisée dans ses propres combats, qu’ils soient d’ordre politique, social ou même personnel. Comme l’écrit Peter Gabriel en 4e de couverture :

« C’est entre vos mains. »

Srdja Popovic, la bio

Srdja Popovic, en 2012

Srdja Popovic, figure clé de la résistance non-violente en Serbie, a cofondé « Otpor! », un mouvement étudiant qui a contribué au renversement du régime de Slobodan Milošević.

CANVAS

Depuis, il a fondé le Centre pour les actions et stratégies non-violentes appliquées (CANVAS), une organisation qui enseigne les principes de la résistance pacifique à travers le monde. En plus d’être activiste, Srdja Popovic est un penseur moderne de la non-violence, prônant une approche à la fois pragmatique et créative pour renverser l’oppression.

Dans son livre Blueprint for Revolution (2015), qui est devenu Comment faire tomber un dictateur dans sa traduction française, il offre une vision rafraîchissante de l’action politique. Sa méthode s’appuie sur son vécu, mais aussi sur de nombreuses luttes menées à travers le monde, de la Serbie au printemps arabe, en passant par l’Amérique latine et l’Asie. Srdja Popovic a toujours soutenu l’idée que le changement peut venir des plus petites actions, pourvu qu’elles soient intelligemment pensées et menées avec persévérance.

Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes

Srdja Popovic – Françoise Bouillot (traduction)

Éditions Payot , Coll. Petite bibliothèque Payot Essais, 2017, Poche, 336 pages, 8,50 € – Format Kindle 5,49 €

Changement de Grand Maître à la GLNF : Analyse et critiques

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Réformes ou centralisation ? Les transformations de la GLNF sous Jean-Pierre Rollet et approuvées par Yves Pennes.

Depuis son arrivée à la tête de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) en 2019, Jean-Pierre Rollet, Grand Maître de l’Obédience, a introduit une série de réformes et de décisions marquantes. Si, prises individuellement, ces mesures semblent parfois anodines ou purement pratiques, un examen plus approfondi révèle un modèle d’action centralisé, concentrant les décisions autour d’un leadership fort. Ce modèle, que Jean-Pierre Rollet semble vouloir transmettre à son successeur désigné, Yves Pennes, mérite analyse et réflexion critique.

Grande Loge Nationale Francaise GLNF Siege social 12 rue Christine de Pisan Paris 17e Photo : Yonnel Ghernaouti
Grande Loge Nationale Francaise GLNF Siege social 12 rue Christine de Pisan Paris 17e Photo : Yonnel Ghernaouti

Lors du traditionnel séminaire des Grands Maîtres Provinciaux organisé durant le week-end de l’ascension cette année à Aix en Provence, sa ville natale, Jean-Pierre Rollet a publiquement présenté Yves Pennes comme son successeur durant l’agape. Les jeux seraient-ils faits d’avance ou est-ce un moyen d’influencer les votes ? La rédaction de 450.fm a décidé d’en savoir plus.

Les réformes entreprises par l’actuel Grand Maître et validée par son successeur « désigné », méritent donc un passage en revue :

1. Unification et appauvrissement des rituels d’installation

Grand Temple de la GLNF à Paris

Sous le mandat de Jean-Pierre Rollet, les six rites de l’Obédience ont vu leurs rituels d’installation harmonisés pour ne pas dire stérilisés. Une véritable standardisation à marche forcée de la cérémonie secrète de Maître Installé (exemple : réduction considérable de la cérémonie secrète de Maître Installé sans tous les signes, mots de passe et attouchements…).

Bien que cette décision puisse sembler purement administrative, elle reflète un désir d’uniformité et de contrôle accru. En appauvrissant les pratiques, cette mesure retire également une certaine autonomie aux rites, qui disposaient historiquement de leur propre liberté rituelle. Cette tendance à l’uniformisation va au-delà de l’efficacité et pourrait être perçue comme une standardisation excessive, menaçant la diversité des traditions auxquelles les membres sont profondément attachés. Une orientation qu’Yves Pennes a soutenue.

Jean-Pierre Rollet avait pourtant déclaré dans sa profession de foi en 2021 : « …réinstaurer la rigueur là où elle peut faire défaut : dans les pratiques rituelles, dans le respect de la Règle, des us et coutumes maçonniques, dans l’apprentissage de la démarche maçonnique… ». Il semblerait au contraire que la pratique se soit appauvrie ! La pratique de la cérémonie dite « étendue » (extended) est désormais refusée à la quasi-totalité des Loges qui désirent la pratiquer. Il en résulte une cérémonie sans odeur, sans saveur et sans repère symbolique ni spirituel (suppression des psaumes, de l’explication historique). Au point qu’un Vénérable Maître à la GLNF installé en septembre est incapable de répondre au tuilage nécessaire pour participer une semaine après, à une installation dans le monde anglo-saxon. Un comble !!!

2. Aménagement des articles du Règlement Général… pour des raisons inconnues

Musique maçonnique

Auparavant, un candidat à la Grand-Maîtrise devait justifier de 20 ans continus de présence dans l’Obédience. On ne sait pour quelle obscure raison, cet article a été transformé pour permettre à n’importe quel candidat ayant quitté la GLNF quelques mois de se présenter. Par le plus grand des hasards (ou Divine Providence), Yves Pennes peut en bénéficier, puisqu’il avait démissionné en 2011 pour réintégrer plus tard la maison.

Par ailleurs, il faut aussi tenir compte de la modification de l’article 10 du Règlement Général de la GLNF. Ce changement passé inaperçu pour beaucoup lors de son adoption en 2022 est loin d’être anodin. Auparavant, en cas d’empêchement du Grand Maître, pour quelque raison que ce soit (décès, démission de ses fonctions, radiation, etc.), le Député Grand Maître assurait la Grande Maîtrise jusqu’à la fin du mandat de trois ans en cours. Désormais, une procédure d’élection d’un nouveau Grand Maître est instantanément enclenchée. Ainsi, un précédent Grand Maître pourrait contourner la règle intangible de limitation à 2 mandats consécutifs si le cas se présentait après sa descente de charge. Car trois ans à attendre, c’est long pour certains, d’autant qu’en 3 ans, on est vite oublié, que les hommes changent… Verra-t-on grâce à cette pirouette, dans quelques mois, un scénario à la Poutine – Medvedev à la tête de l’Obédience ?…

3. Optimisation de la gestion financière de la Librairie Scribe

Devanture de la Librairie SCRIBE – Paris 17e

Durant le mandat de l’actuel Grand Maître, la librairie s’est transformée en machine à cash. En effet, de moins 73 786 € de pertes financières en 2021, la société a bondi à 177 345 € de bénéfice en 2022. Chacun pourra apprécier cette bonne nouvelle, si les moyens pour y parvenir n’étaient pas discutables : fortes pressions (fraternelle, il va de soi) sur les Grands Maîtres Provinciaux pour acheter les produits maison (incitation à l’acquisition des ouvrages de l’éditeur maison, produits dérivés – dessous de plat ; mug ; gilet matelassé de luxe -, cravates dont celle du Souverain Grand Comité, médaille du Grand Maître, rituels réimprimés…).
Ne cherchez pas à vérifier les chiffres de la SAS Scribe, depuis 2023, ils ne sont plus consultables au greffe. Quid de la transparence ? La question que les Frères de la GLNF sont en droit de se poser est : « Est-ce que le futur Grand Maître envisage de transformer l’Obédience en start-up ? » 

4. Centralisation des décisions financières et matérielles

Le statut de la GLNF est atypique en comparaison du GODF ou du Droit Humain. En effet, chez ces deux dernières, les Loges sont financièrement indépendantes et assurent leur propre gestion. Dans le système GLNF, il n’existe qu’un seul compte général, celui de l’Obédience. Durant les mandatures précédentes, les Loges bénéficiaient toutefois d’une autonomie pour le Tronc de la Veuve et le compte de la Loge. Depuis deux ans, suppression des chéquiers et centralisation financière à Paris. Ainsi, tant les Loges que les provinces ont perdu leur indépendance financière.  
Selon nos informations, cette décision devait permettre, si on en croit les justifications avancées à l’époque, à l’Obédience de dégager une économie au total de près de 400 000 €. Les Loges et les Frères attendent toujours d’en voir les retombées pour leur compte… Par ailleurs, quel que soit le futur Grand Maître, ce fonctionnement risque de perdurer.

5. Yves Pennes est-il devenu amnésique sur son passé maçonnique ?

Yves Pennes (Sources Facebook officiel GLNF)

Yves Pennes suscite des interrogations en dissimulant des informations concernant son passé maçonnique, notamment son obédience d’origine, son rite et la date de son initiation. Il a été régularisé en 1987 à la GLNF, mais où était-il auparavant ? Dans un contexte où la transparence est valorisée, particulièrement en franc-maçonnerie, cette opacité contraste avec les pratiques établies, telles qu’au sein de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Ce manque d’information alimente des rumeurs et des spéculations, notamment sur la désignation de son futur numéro deux, dont le nom serait déjà connu malgré l’absence de communication officielle. Habituellement, ce poste est défini bien à l’avance.
La question semble anodine, pourtant le nom du numéro deux est plus important qu’il n’y paraît car en cas de défaillance (maladie, décès ou incapacité…) c’est traditionnellement celui-ci qui assure l’intérim. Il serait donc fâcheux que ce maçon mystère ne fasse pas l’unanimité !  

6. La concentration du pouvoir au sein des juridictions maçonniques

Jean-Pierre Rollet (copyright GLNF)

Jean-Pierre Rollet avait émis le souhait que pour être Grand Maître d’une juridiction en amitié avec la Grande Loge, il fallait avoir occupé auparavant la fonction de Grand Maître Provincial. Ces derniers ayant prêté allégeance au Grand Maître en exercice, comment pourraient-ils ultérieurement prendre des décisions libres, sachant qu’il existe indirectement un lien de subordination (ou du moins de gratitude) entre les deux.

Conclusion

Les réformes entreprises par Jean-Pierre Rollet depuis 2019 s’inscrivent sans doute dans une certaine dynamique, la sienne  : strictement managériale et administrative ! Où est l’enchantement impulsé jadis par son prédécesseur ?…

Bien que ces décisions visent à renforcer l’organisation et la centralisation des pouvoirs, le manque évident de transparence suscite des inquiétudes quant à une gouvernance de plus en plus autoritaire. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si la GLNF continuera dans cette voie avec Yves Pennes son successeur désigné, héritier de ce système, ou si les membres de l’obédience choisiront de rompre avec ce modèle. L’avenir de la GLNF dépendra largement des réponses apportées à ces questions ce vendredi 13 septembre lors de la désignation du candidat proposé par le Souverain Grand Comité à la ratification du mois de décembre prochain lors de l’Assemblée de Grande Loge, qui touchent au cœur des valeurs maçonniques.

Commentaire de la rédaction : Dans le cadre de cet article, nous avons interrogé Yves Pennes. Sa réponse intégrale figure ci-dessous.

Mon TCF,

Je te remercie pour cette prise de contact. Cependant conformément au Règlement Général, je me suis engagé, durant cette période électorale, à ne pas faire campagne et par conséquent je ne peux m’exprimer sur ces sujets.

Fraternellement.
Yves PENNES

Le mystère des rituels maçonniques : Clé de voûte d’une tradition vivante

L’ouvrage « Les rituels, à quoi ça sert ? » de Roger Dachez, publié aux Éditions Dervy dans la collection « Les outils maçonniques du XXIe siècle », est une exploration approfondie de la nature des rituels maçonniques et de leur signification dans le cadre de la franc-maçonnerie contemporaine. À travers une analyse qui puise dans les domaines de l’anthropologie, de l’histoire et du symbolisme, Roger Dachez s’attache à clarifier un sujet souvent mal compris, voire déformé par des simplifications excessives.

L’auteur s’intéresse avant tout à la place du rituel dans l’univers maçonnique, perçu de l’extérieur comme une curiosité anachronique ou une pratique mystique teintée de mystère. Il souligne, dès l’introduction, l’étonnement que peut susciter l’importance du rituel en maçonnerie, au sein d’une époque marquée par la sécularisation et la déchristianisation progressive. Roger Dachez met en lumière un paradoxe : bien que la société moderne tende à se défaire de ses traditions rituelles, les francs-maçons continuent à leur accorder une place primordiale. Cette contradiction est au cœur de la réflexion de l’ouvrage.

Le rituel, tel que conçu par les maçons, est loin d’être une survivance du passé. Dachez montre que le rituel maçonnique n’est ni figé ni purement décoratif, mais qu’il est en constante évolution depuis ses premières formes aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ces rites, qui puisent dans une symbolique complexe, oscillent entre pratiques initiatiques et mystiques, tout en s’ancrant dans une tradition opérative issue des métiers et des guildes médiévales.

Le livre est structuré autour de trois perspectives essentielles : anthropologique, historique et symbolique. Roger Dachez insiste sur l’importance d’adopter une approche pluridimensionnelle pour saisir pleinement l’essence du rituel maçonnique. Chaque loge peut avoir ses particularités, mais l’initiation, au cœur du processus rituel, demeure un invariant anthropologique que l’on retrouve dans de nombreuses sociétés et cultures. En cela, l’auteur dresse des parallèles entre le rituel maçonnique et d’autres formes de pratiques symboliques à travers l’histoire.

Oswald Wirth

Sur le plan historique, il est intéressant de noter que l’auteur aborde les sources spécifiques du rituel maçonnique, soulignant ses liens étroits avec la période des Lumières en Europe. L’évolution de ces rituels reflète les bouleversements politiques et sociaux des époques traversées, notamment la Révolution française et la laïcisation progressive de l’État. Il mentionne et étudie également de grands personnages de la franc-maçonnerie, comme Oswald Wirth (1860-1943), spécialiste du symbolisme ésotérique qui a exercé une influence majeure sur l’art royal, René Guénon (1886-1951) qui a consacré sa vie à l’étude des traditions spirituelles et métaphysiques et surtout connu pour avoir développé la notion de Tradition primordiale, une vérité métaphysique universelle ou encore des intellectuels tels que Carl Gustav Jung (1875-1961), éminent psychologue et psychiatre suisse fondateur de la psychologie analytique, dont les travaux ont influencé les réflexions sur les archétypes et le symbolisme initiatique.

René Guénon

L’un des passages essentiels de l’ouvrage explore la question de la signification du rituel dans un monde sécularisé. Comment vivre un rituel traditionnel dans une société où la spiritualité semble s’effacer au profit de la rationalité et de l’efficacité ? Roger Dachez y répond en montrant que les rituels offrent un espace de réenchantement, une sorte de retraite symbolique dans un univers où tout va trop vite et où les repères se dissolvent. Loin d’être désuets, les rituels maçonniques apparaissent comme des outils essentiels pour une quête de sens, à la fois individuelle et collective.

Carl Gustav Jung

L’auteur insiste sur l’importance du rituel comme invariant anthropologique, le considérant comme une réponse aux besoins fondamentaux de structuration du temps et de l’espace. Il rappelle que les rites ont toujours joué un rôle dans l’organisation des sociétés humaines, notamment pour marquer les passages et les transformations individuelles ou collectives. Les rituels maçonniques, bien que marqués par une symbolique ésotérique, n’échappent pas à cette logique : ils structurent l’appartenance des membres, leur progression dans la hiérarchie et la fraternité qui les unit.

Cette dimension est centrale pour comprendre le rôle du rituel dans une organisation comme la franc-maçonnerie. Il s’agit, pour Roger Dachez, d’un ciment qui permet la continuité et la transmission de valeurs à la fois morales, spirituelles et intellectuelles. Loin de constituer une simple forme sans fond, le rituel est porteur d’une dynamique qui transcende les individus et assure la pérennité de l’institution maçonnique.

Le symbolisme occupe également une place centrale dans la réflexion de l’écrivain. Chaque geste, chaque mot, chaque objet utilisé dans le cadre du rituel maçonnique est porteur de sens. Dachez analyse avec finesse cette dimension symbolique, en montrant que le rituel est un langage en soi, permettant une communication entre l’homme et l’univers. Les francs-maçons, à travers ces pratiques, sont invités à une réflexion sur eux-mêmes, sur leur place dans le monde et sur leur relation avec le sacré.

Il explore ainsi les divers degrés de l’initiation maçonnique, des premiers grades jusqu’aux plus élevés, tout en soulignant que chaque étape est porteuse d’un enseignement moral et spirituel. Cette démarche initiatique, bien que codifiée, laisse également place à la créativité et à l’interprétation personnelle, ce qui explique pourquoi les rituels maçonniques ont pu se renouveler sans jamais perdre leur essence première.

L’éditeur et la collection

Dès sa création, Dervy s’est concentrée sur des publications tournées vers des thématiques ésotériques et symboliques, avec une orientation marquée par la franc-maçonnerie, un domaine que connaissait bien Madeleine Renard, co-fondatrice issue de ce milieu.

Mais c’est en 1948, avec la publication de La Symbolique maçonnique de l’occultiste, alchimiste et franc-maçon Jules Boucher (1902-1955), que Dervy commence à affirmer une orientation plus prononcée vers l’ésotérisme, ce qui deviendra une marque de fabrique de la maison. Parmi les auteurs les plus notables publiés par Dervy dans le domaine de la franc-maçonnerie et du symbolisme, on retrouve des figures emblématiques comme Oswald Wirth, Paul Naudon, Jean Tourniac, ainsi que des penseurs plus contemporains tels que Roger Dachez, Irène Mainguy et Pierre Mollier. Ce focus sur la franc-maçonnerie a permis à la maison de s’imposer comme un acteur incontournable dans le domaine.

Dervy est une maison d’édition qui, en dépit des transformations et des changements de propriétaires, a su conserver son identité originelle tout en s’adaptant aux nouvelles attentes des lecteurs. Aujourd’hui, elle continue de jouer un rôle essentiel dans la transmission des savoirs ésotériques et spirituels, en France et au-delà, en s’appuyant sur un catalogue riche et varié où se croisent traditions ancestrales et réflexions modernes.

La collection « Les outils maçonniques du XXIe siècle » s’inscrit dans cette démarche en proposant des ouvrages qui permettent à la fois une meilleure compréhension de la franc-maçonnerie, mais aussi une réflexion sur son évolution dans le contexte du monde contemporain. Les rituels, à quoi ça sert ? s’insère parfaitement dans cette ligne éditoriale en abordant un aspect fondamental de la pratique maçonnique sous un angle à la fois historique, anthropologique et symbolique.

Biographie de l’auteur

Roger Dachez est un éminent historien et universitaire, mais également médecin de formation. Ses travaux portent depuis plusieurs décennies sur l’histoire et les traditions de la franc-maçonnerie. Président de l’Institut Maçonnique de France (IMF), il a publié de nombreux ouvrages et donné des conférences en Europe sur les origines et les sources du symbolisme maçonnique. Parmi ses œuvres les plus notables, on trouve Histoire illustrée du Rite Écossais Rectifié (2021) et De Salomon à James Anderson (2023), toutes deux publiées chez Dervy. Ses recherches se distinguent par une approche rigoureuse, loin des clichés ou des visions simplistes que l’on associe parfois à la franc-maçonnerie.

Roger Dachez

L’ouvrage de Roger Dachez est une réflexion complète et érudite sur le rôle fondamental des rituels dans la franc-maçonnerie moderne. Il invite le lecteur à dépasser les idées reçues pour comprendre le rituel comme un outil complexe, mais essentiel, de transmission de valeurs et de savoirs. Roger Dachez montre que, loin d’être une pratique désuète, le rituel maçonnique est porteur d’une dimension universelle qui le rend pertinent, même dans un monde sécularisé.

Cet ouvrage est donc une lecture incontournable pour ceux qui souhaitent approfondir leur compréhension de la franc-maçonnerie et de ses rituels, mais aussi pour ceux qui s’intéressent plus largement à la fonction des rituels dans les sociétés humaines.

Les rituels, à quoi ça sert ?

Roger Dachez – Éditions Dervy, Coll. Les outils maçonniques du XXIe siècle, 96 pages, 9,90 € – Format Kindle 6,99 €

Retrouvez Roger Dachez à l’occasion du VIIe Colloque du Cercle Renaissance Traditionnelle.

Abraham, la geste abrahamique, une interprétation symbolique (1/2)

De notre confrère blog-glif.fr

Notre Très Cher Frère Jean G. s’est penché sur la geste du Patriarche Abraham. Il en a déduit une vision originale au travers le regard du mythe. Compte tenu de la richesse du contenu, son texte est publié en deux parties. Il écrit :

Abraham est le premier des Patriarches. À ceux-ci, succéderont les Juges puis les Rois. Ces Rois sont ceux de la terre. Ils prennent possession de la matière, en véritables gestionnaires, au risque de perdre l’Esprit caché derrière l’image de la terre. Et les Rois s’éteindront. La suite des Patriarches et des Juges correspond à une longue période de maturation, de réflexion voire d’hésitation, même peut-être à un refus d’accepter notre appartenance à ce monde, dans la nostalgie de l’Au-delà. En parallèle il y eût des Prophètes. Dès le début Abraham est accompagné par « le dire » prophétique. C’est Sarah qui prophétise dans de nombreuses circonstances. Les Prophètes disent, sans répéter stricto sensu la Parole du Livre. Leurs propos sont inclus dans le Livre mais y échappent aussi. Le prophète est plus habité par son dire, qu’il ne le contrôle intellectuellement. D’une certaine manière il ne sait pas ce qu’il dit. Il évoque constamment un Monde au-delà de lui-même. La geste d’Abraham est une sorte de procrastination, devant la fatalité de prendre pied dans la manifestation, d’accepter de quitter la seule spiritualité, de fonder l’Histoire.

Abraham dans l’Histoire.

L’existence historique d’Abraham semble infirmée par toutes les recherches. Sa saga aurait été créée vers le VIème siècle av JC dans une perspective post exodique, alors que les Juifs étaient déportés à Babylone. Dans cette optique le long chemin d’Abraham, d’Ur à Haran vers les sources de l’Euphrate, puis vers Sichem, puis en Égypte et retour vers Canaan (environ 3 500 km) serait paradigmatique du destin des Juifs exilés.

Le périple d’Abraham.

Quoi qu’il en soit, l’historicité d’Abraham est une énigme, dont la résolution est hors de portée. Mais que les textes en fassent une histoire est d’importance. Ce qui importe est la charge de sens inépuisable de cette aventure, qui se confond en fait avec le destin de chacun.

Nous ferons « comme si » Abraham avait existé (pour s’accorder respectueusement avec le dogme) et de toute façon, nous chercherons quelle est la signification (uniquement à notre avis) de la geste Abrahamique. Nous relèverons de très riches symboles qui pour avoir été cités sans doute bien avant nous, sont intéressants à repérer, répéter ou à souligner.

Le contexte géographique.

La naissance d’Abraham se situerait vers 1800 av JC, selon la tradition juive. Il est né en territoire sumérien à Ur (Our) près du delta de l’Euphrate et du Tigre, à 150 kms à l’ouest de la ville de Bassora actuelle, en Irak, dans une région à l’époque fertile, dépendant des crues très variables, voire tumultueuses, des deux fleuves, luttant contre des marées parfois envahissantes de la mer du Golfe Persique. L’origine des peuples sumériens est inconnue. Ils viendraient des Monts Zagros situés à l’Est du delta des deux fleuves. Les sumériens ne sont pas des sémites comme les akkadiens.

D’autres hypothèses évoquent une parenté avec les peuples de l’Indus, dravidiens dont sont issus les habitants actuels du sud de l’Inde. Certains parlent pour ces populations d’une ascendance homo sapiens africaine qui aurait migré vers cette région de l’Indus il y a 60 000 ans. D’autres parlent d’un peuplement Kousch, c’est-à-dire éthiopien, s’appuyant sur la citation de la Genèse en 10, 8-12 « Kouch engendra aussi Nemrod, celui qui le premier fut puissant sur la terre. » Sargon 1er akkadien qui vainquit les sumériens vers 3000 avant notre ère, se proclame en parlant de ces derniers comme « souverain des têtes noires », ce qui pourrait confirmer une origine lointaine africaine, soit par le détour de l’Indus, soit par celui de l’Éthiopie. De nos jours le sujet dépasse les débats de l’Ethnologie ou des sciences, pour n’être pas exempt de passion plus ou moins communautariste. 

Les Sumériens dépendaient intimement de l’eau. Ils avaient su drainer les terres par des canaux d’irrigation complexes. C’est sans doute la clef de leur prospérité. Mais c’est aussi une dépendance qui explique peut-être en partie leur chute. Le déluge qui apparaît pour la première fois dans une tradition écrite, en est un signe.

Le déluge narre une préoccupation vitale pour les sumériens, voire un événement en forme de catastrophe naturelle par submersion, inondation, tsunami, salinisation de terres fertiles par la montée des eaux de la mer ou au contraire retrait des eaux douces et des bassins d’alluvions.

Il est possible que la salinisation des eaux par la montée de la mer qui a dû se produire à cette époque géologique, ce qui semble attesté, entraîne une mise en danger de l’agriculture et de l’irrigation complexe à laquelle les sumériens devaient leur opulence.

La naissance d’un mythe.

Quand un sujet est tant évoqué par des hommes c’est qu’il les préoccupe et est imprimé profondément dans la mémoire collective même des siècles après. Un événement de type catastrophe écologique en rapport avec l’eau a possiblement marqué la vie des sumériens. Un mythe, est né, qui donne sens pour expurger toute la charge émotionnelle, mortifère et anxiogène. Les hommes ont vu dans le déluge la punition ou le courroux des dieux, justes ou pas, mais ils ont décidé de l’expliquer, sinon de le justifier.

            La XIème tablette de la version de Ninive de l’Épopée de Gilgamesh,

relatant le Déluge. British Museum.

Cette région prospère vit la naissance de l’écriture, dans un alphabet cunéiforme. Ainsi nous est parvenu le mythe de Gilgamesh créé à partir de l’histoire d’un roi attesté d’Ourouk dont la prospérité fut antérieure à sa voisine Ur vers 2500 ans av JC. L’Épopée de Gilgamesh nous livre une des premières théogonie et cosmogonie qui nous soient parvenues. La saga narre le passage de l’homme à la vie sédentaire, à l’agriculture, à la culture, à la fondation du concept de ville. En même temps s’organise un panthéon divin qui offre aux hommes une espérance face à l’angoisse de  mort qui torture le héros. Dans le récit est conté un déluge, fruit de la colère des dieux, dont est sauvé un ancêtre de Gilgamesh grâce à une embarcation qui protégera de l’extinction la vie humaine et animale en abritant des spécimens de chaque espèce.

Dans l’Épopée de Gilgamesh, les dieux anthropomorphes ne sont pas justes, ils sont capricieux, violents, lubriques et parmi eux règnent des figures exemptes de sagesse.

Généalogie d’Abraham.

Abraham est un sumérien, descendant de Noé par son père Terah. Il épousera Sarah, qui est, soit sa sœur, soit une demi-sœur (du même père) soit sa nièce, fille de Haran qui meurt dans un brasier, ayant refusé d’être idolâtre à l’instar de son père, haut dignitaire d’Ur.

Terah, dignitaire au service du roi d’Ur, adhère d’abord au culte local.

Si des exodes, d’Abram ou de peuples sumériens ont existé, quelles en sont les causes ? Autour de – 2500 ou – 2000, les cités sumériennes déclinent. Après Ourouk, Ur (ou Our), Éridou, les royaumes du sud s’affaiblissent. Babylone, plus au nord et Ninive s’affirment. Ces nouveaux peuples, dits akkadiens prennent le dessus sur les sumériens. Les Akkadiens viennent de Syrie, sont Amorites, peuple sémitique. Leur langue va se brasser avec le sumérien.

En tout cas les villes du sud sont supplantées par celles du centre du bassin de l’Euphrate, progressivement à partir du deuxième millénaire. Sont-t-elles balayées par la conquête militaire ? Il y a-t-il des changements écologiques importants ? Il y-a-t-il conjonction de plusieurs facteurs ?

Des envahisseurs ont peut-être profité de la situation. Ainsi les populations locales soumises à de nouveaux princes ou victimes de famines se sont-elles mises en marche pour chercher des terres plus hospitalières ou ont été déportées en esclavage ? Aujourd’hui nous parlerions d’immigration climatologique et de luttes ethniques de voisinage.

La conversion d’Abram.

Selon le Midrash Bereshit Rabbah 38 19, Abram n’adhère pas à la religion des idoles et du feu, à laquelle son père Thera et son ami et souverain Nemrod (ou Nimrod) adhèrent. Abram brise les idoles et son père le dénonce au roi. Ce dernier jette Abram dans le feu, qui en ressort miraculeusement indemne. Le frère d’Abram Haran[1] se jette dans le feu pour prouver qu’il partage les idées de son frère plus jeune. Il est brulé. Thera et Abram, Loth le fils d’Haran et leurs commensaux partent. Ils gagnent Haran (curieuse homonymie avec le nom du frère). C’est là que Thera mourra, faisant d’Abram, alors âgé de 70 ans, le chef de famille. À ce moment, Dieu se manifestera pour la première fois à Abram.

Dans la Genèse, Abram, « le Père est exalté » deviendra Abraham, « père d’une multitude de nations »

Le passage du nom : d’Abram à Abraham.

Le terme Abram est en rapport avec l’exaltation, soit pour lui-même soit vis-à-vis d’un Père exalté ou à exalter. Ce mot est d’une grande force et polysémique.  C’est à la fois élever, parfois au point de risquer, la démesure, le délire, voire la folie peut-être. « Contrôlée », l’exaltation a une dimension prophétique. Dans une acception chimique voire alchimique, c’est augmenter l’activité d’une substance sous l’action d’un catalyseur (cela n’identifie pas la nature de ce catalyseur, le divin peut-être). C’est aussi s’élever en esprit.

Abram devenant Abraham, le père d’une multitude, accède à un espace de réalité quasi matérielle. Il s’agit d’expandre sa « trace » sur la terre et de prendre possession de celle-ci. La réalisation est une nécessité, un passage obligé, mais ne constitue-t-elle pas une diminution de la dimension de notre héros ? D’Abram à Abraham n’y-a-t-il pas rétrécissement de l’amplitude des domaines, un passage de la puissance à la substance, du divin à l’humain ?

Ce passage de l’un à l’autre, longtemps refusé à Abraham par dieu lui-même comme s’il voulait le retenir ou nous faire comprendre que la vérité et la grandeur étaient dans Abram et non dans Abraham, dans l’esprit plus que dans la matière, se produit en plusieurs étapes et par l’entremise du féminin, dans sa dimension prophétique.

Alors qu’une grande descendance est promise à Abraham puis à Isaac, leur femme respective sont stériles. Alors qu’une terre est promise, ils restent nomades et plus ou moins chassés des pays qu’ils convoitent. Avant de devenir Abraham, l’homme est dans le manque (de terre, de descendance). Il n’est pas accompli, pas réalisé (au sens strict, c’est-à-dire pas de plein pied avec la réalité) ou plutôt a quitté paradoxalement la plénitude de l’exaltation.

Fin de la 1ère partie de la Geste abrahamique. (A demain pour la suite…)

JG, 2024/07.

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[1] Haran a été trouvé dans 6 verset(s) :

Gn 11 ; 26 : Térach, âgé de soixante-dix ans, engendra Abram, Nachor et Haran (Haran).

Gn 11 ; 27 :  Voici la postérité de Térach. Térach engendra Abram, Nachor et Haran (Haran). -Haran (Haran) engendra Lot.

Gn 11; 28 : Et Haran (Haran) mourut en présence de Térach, son père, au pays de sa naissance, à Ur en Chaldée

Gn 11 ; 29 : Abram et Nachor prirent des femmes : le nom de la femme d’Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nachor était Milca, fille d’Haran (Haran), père de Milca et père de Jisca.

Gn 11 ; 31 : Térach prit Abram, son fils, et Lot, fils d’Haran (Haran), fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram, son fils. Ils sortirent ensemble d’Ur en Chaldée, pour aller au pays de Canaan. Ils vinrent jusqu’à Charan, et ils y habitèrent.

1 Chroniques 23 ; 9 : Fils de Schimeï : Schelomith, Haziel et Haran (Haran), trois. Ce sont là les chefs des maisons paternelles de la famille de Laedan.

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Interview de Joseph Badila : « La franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes en Afrique »

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De notre confrère makanisi.org – Par Muriel DEVEY MALU-MALU

Partout, la franc-maçonnerie fait couler beaucoup d’encre. En Afrique, elle suscite aussi de nombreux fantasmes. Pour certains de ses détracteurs, elle serait inféodée aux pouvoirs en place, notamment aux régimes autoritaires, et ses loges fonctionneraient comme des clubs d’affaires ou des lieux où il faut être à tout prix pour décrocher un maroquin ou un contrat. D’autres lui prêtent des pratiques de sorcellerie.

Qu’en est-il réellement sur le terrain ? À quelles difficultés la franc-maçonnerie est-elle confrontée ? Quels sont ses buts et ses fondements  ? Quel rôle l’institution joue-t-elle dans la bataille pour la bonne gouvernance et l’évolution du vivre-ensemble ?  

Auteur de plusieurs ouvrages sur la franc-maçonnerie en Afrique, dont le dernier en date, « La franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes en Afrique », est paru, début 2024, aux Éditions Detrad, Joseph Badila, franc-maçon de longue date et membre fondateur du Golac, a bien voulu répondre aux questions de Makanisi sur une institution qui fascine et rebute à la fois.

Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : Comment se présente la franc-maçonnerie en Afrique francophone  ?

Joseph Badila

Joseph Badila : C’est à partir des années 1970 que les premières obédiences sont entrées dans l’ère dite franc-maçonnerie africaine. Deux types d’obédiences opèrent en Afrique. Il y a les Puissances maçonniques africaines et malgaches du Cameroun, du Bénin, du Gabon, de la République Démocratique du Congo, de la République du Congo, du Maroc, du Togo, de Madagascar, etc. Ces obédiences maçonniques, dites a-dogmatiques ou libérales, qui représentent une variété de rites, sont membres de la Conférence des Puissances Maçonniques africaines et malgaches (CPMAM), créée en 1994. La CPMAM est chargée d’organiser la vie des Rencontres humanistes et fraternelles d’Afrique francophone et de Madagascar (Rehfram) et de gérer les archives maçonniques.

Mais l’activité maçonnique ne se déroule pas seulement dans le cadre des puissances maçonniques africaines. Des obédiences a-dogmatiques européennes (du Nord), comme le Droit Humain, la Grande Loge de France, la Grande Loge féminine de France ou de Belgique, ou le Grand Orient de France, ont aussi créé des loges en Afrique francophone.

Depuis 1992, les Rehfram organisent, chaque année, une conférence dans une ville, généralement une capitale, d’Afrique francophoneà laquelle participent les puissances maçonniques africaines et les puissances maçonniques européennes, signataires ou non de la déclaration de Libreville de 1994.

La franc-maçonnerie africaine est-elle plutôt masculine?

Historiquement, les obédiences maçonniques d’Afrique francophone ont reçu leurs patentes d’obédiences françaises dont une grande partie pratiquait une franc-maçonnerie masculine. À l’exception des obédiences mixtes, ces obédiences n’initiaient ni ne recevaient de Sœurs. Toutefois, la Franc-maçonnerie congolaise a fait exception. À sa création en 1987, le Grand Orient et Loges associées du Congo (Golac) a manifesté son exigence de mixité. Nous voulions surmonter les antagonismes initiatiques et prôner l’idée de tolérance. Il était important pour nous de rassembler les Frères et les Sœurs dans le combat maçonnique pour la République, pour la justice sociale, pour le progrès humain. Voilà les raisons qui, à l’origine, ont prévalu à la création de la première obédience mixte en Afrique, laquelle a servi de modèle par la suite à d’autres obédiences.

Ces fonctionnements et ces particularismes statiques participent du dysfonctionnement de l’ensemble des procédures capables de sortir les pays de l’immobilisme. Ils mettent à mal le vivre-ensemble.

Quelles sont ces particularismes qu’évoque le titre de votre ouvrage auxquels la FM serait confrontée en Afrique ?

Après l’indépendance, l’Afrique francophone a connu plusieurs phases, dont certaines difficiles. Il y a eu d’abord la période des partis uniques. Puis, dans les années 1990, un vent de démocratisation a soufflé sur le continent, mais avec des résultats très mitigés selon les pays. Aujourd’hui, la démocratie est loin d’être solidement implantée dans nombre de pays africains.

Aujourd’hui, la démocratie est loin d’être solidement implantée dans nombre de pays africains.

Dans certaines régions, les anciens caciques des partis uniques se sont maintenus ou reviennent par tous les moyens au pouvoir, en usant notamment de déstabilisation fondée sur la violence pour assurer la longévité de leurs régimes. Cette pratique s’accompagne de mal gouvernance et d’autres phénomènes, comme le tribalisme ou le fait de privilégier le clan, qui vont à l’encontre de la démocratie et de l’intérêt général. Les magouilles électorales sont nombreuses, le vote est bafoué. Même là où il y a eu alternance, ces pratiques sont fréquentes.

Ces fonctionnements et ces particularismes statiques participent du dysfonctionnement de l’ensemble des procédures capables de sortir les pays de l’immobilisme. Ils mettent à mal le vivre-ensemble. Cet immobilisme touche aussi les partis politiques, dont le rôle ne consiste plus à produire des idées neuves.

D’où viendrait la difficulté de certains FM africains à asseoir dans la cité les valeurs de Liberté, d’Égalité, de Fraternité, de tolérance prônées par la Franc-Maçonnerie ?

La FM est une institution d’initiation spirituelle au moyen de symboles. Le parcours initiatique essaie de transformer l’initié en un être capable de découvrir et d’apprécier, à sa juste valeur, sa propre spiritualité et de pratiquer les principes maçonniques.

Mais, dans la réalité, être franc-maçon ne signifie pas toujours agir en franc-maçon. Car on n’adhère pas à la franc-maçonnerie, mais on devient franc-maçon.

À noter que des loges travaillent à la fois sur une approche spirituelle et sociétale, tandis que d’autres ne travaillent que sur la spiritualité. Quelle que soit l’approche privilégiée, un franc-maçon doit toujours agir sur la base des valeurs maçonniques enseignées et, bien évidemment, sur la base d’une introspection qui doit l’amener à s’interroger sur lui-même et à s’améliorer. Si ces règles sont appliquées, le rôle de la Franc-maçonnerie en Afrique devrait permettre d’agir sur les particularismes négatifs soulignés plus haut.

Mais, dans la réalité, être franc-maçon ne signifie pas toujours agir en franc-maçon. Car on n’adhère pas à la franc-maçonnerie, mais on devient franc-maçon. En franc maçonnerie, on dit que le pire ennemi du maçon, c’est le maçon lui-même, notamment lorsqu’il éprouve des difficultés à mener un combat à l’intérieur de soi. S’approprier les valeurs maçonniques requiert tout un apprentissage.

Comment se manifestent ces travers au sein de la franc-maçonnerie ?

Dans nos pays, la Franc-maçonnerie s’apparente parfois davantage à une sorte de club, voire à un réseau d’affaires qu’à une institution initiatique. Pour certains maçons, appartenir à la franc-maçonnerie est un statut prestigieux. Beaucoup de profanes viennent donc à la maçonnerie dans le seul but de se servir de ce « prestige » à des fins politiques ou professionnelles, dénaturant, au passage, l’institution.

Dans nos pays, la Franc-maçonnerie s’apparente parfois davantage à une sorte de club, voire à un réseau d’affaires qu’à une institution initiatique.

Sans oublier le phénomène de la « cordonite », l’obtention de grades et de responsabilités s’accompagnant parfois de toute une batterie d’honneurs que certains recherchent. Les valeurs maçonniques ne sont donc pas mises au service de l’amélioration individuelle ni de l’intérêt général et un grand nombre de loges, notamment celles qui travaillent sur les questions sociétales, ne sont plus des espaces de réflexion sur les questions de développement et même de mondialisation.  Or le travail en loge doit différer de celui des groupements profanes ou politiques. On est loin de l’humanisme qui caractérise la franc-maçonnerie.

Parmi les diverses obédiences et loges représentées en Afrique, toutes ne fonctionnent pas sur le modèle de l’affairisme ou de l’allégeance à un clan au pouvoir…

À l’exception de la France, la franc-maçonnerie ne fait pas bon ménage avec les régimes en place. On pense que la franc-maçonnerie en Afrique est le réservoir des régimes en place. Ce qui est faux. Quand et si c’est le cas, ce sont des francs-maçons qui n’appliquent pas la règle maçonnique. L’essentiel de la démarche maçonnique commence au niveau de la loge, qui est le premier outil d’agrégation.

La Franc-maçonnerie n’est pas encore une force de proposition en Afrique. Ses synthèses et les idées qui sont véhiculées dans les loges maçonniques ne sont pas prises en compte par les institutions.

Quelles sont les avancées aux plans politique, économique et de gouvernance dont les Rehfram peuvent se prévaloir ?  

Les Rehfram n’ont pas de tabous sur les thèmes à débattre et les débats y sont riches et animés. Mais la Franc-maçonnerie n’est pas encore une force de proposition en Afrique. Ses synthèses et les idées qui sont véhiculées dans les loges maçonniques ne sont pas prises en compte par les institutions. Elles n’influencent pas les cercles du pouvoir. Pour diverses raisons. Parce que ceux qui dirigent n’ont pas de culture maçonnique. Ou parce que les francs-maçons évoluant dans les sphères du pouvoir appartiennent à des loges qui ne travaillent pas sur les questions sociétales.

Les avancées dont les Rehfram pourront se prévaloir ne seront possibles que lorsque les participants feront montre d’aptitudes et de comportements acceptables. En attendant, méditons sur ce que nous enseigne la Franc-maçonnerie sur le temps présent : « Que chacun d’entre nous, dans sa diversité, à son grade, dans son intelligence et son savoir, s’inscrive dans l’entreprise qui pousse les Hommes à bâtir leur existence autour de la recherche de la vérité, de la lumière et d’une vie collective pacifiée ». C’est dans cette direction que la quête maçonnique, pas à pas, ouvrira la véritable voie, avec un intéressement total, vers les problèmes du temps.

Les valeurs préconisées par la FM sont aussi celles des voies initiatiques africaines. Un roi africain était initié pour faire le bien de son peuple. La philosophie Ubuntu est empreinte d’humanisme….

Entre toutes les formes d’initiation, il existe, en effet, une sorte de solidarité structurelle qui fait qu’on peut considérer qu’elles se ressemblent toutes.  Depuis la nuit des temps, les initiations se pratiquent en Afrique. Les hommes comme les femmes accèdent aux rites d’initiation.

Dans les sociétés traditionnelles africaines, l’Ubuntu prépare au voyage que l’Homme entreprend pour examiner chaque jour sa conduite, pour dépasser ce qu’il y a de mauvais en lui, pour développer les bons côtés de l’existence.

Dans les sociétés traditionnelles africaines, l’Ubuntu prépare au voyage que l’Homme entreprend pour examiner chaque jour sa conduite, pour dépasser ce qu’il y a de mauvais en lui, pour développer les bons côtés de l’existence. Dans la plupart des cas étudiés, le roi ou le chef africain est le porte-parole. C’est lui qui trace la voie de principe intelligente. Dans ces sociétés hiérarchisées, les peuples ont gardé la conception sacrée de la vie et de la nature.

La finalité des initiations ou traditions africaines et de l’initiation maçonnique est de refaire le monde. Il n’y a pas d’incompatibilité entre les deux voies.

Dans ces conditions, ne faudrait-il pas revivifier les initiations africaines pour que davantage d’Africains se réapproprient des traditions plus adaptées à leurs modes d’organisation, leur culture et leur imaginaire ?

Léon Tolstoï disait : « Si tu veux parler de l’universel, parle de ton village ». C’est par la reconnaissance de l’authenticité culturelle de chacun que viendra la réconciliation des cultures. Au moment où l’Afrique cherche à trouver ses marques dans un monde en mutation, cette question reste pertinente et mérite d’être approfondie

Les contes, les mythes, les légendes existent en Afrique. On doit s’en inspirer. Il suffit de se montrer plus exigeants en ce qui concerne les réponses aux questions brûlantes

Les contes, les mythes, les légendes existent en Afrique. On doit s’en inspirer. Il suffit de se montrer plus exigeants en ce qui concerne les réponses aux questions brûlantes : les politiciens, les hommes de sciences doivent produire des avis suffisamment sages, grâce aux mythes et aux outils bien placés pour trancher les débats les plus vifs et résoudre les problèmes les plus ardus.

Pour le franc-maçon, c’est par une parfaite initiation qu’il doit se réaliser. Ainsi puissions-nous profiter de ces qualités nobles et essentielles adoptées. On s’y est engagé, physiquement et moralement. Mettons également une énergie avérée à transmettre la beauté,  la vitalité, la richesse de la négritude avec ses valeurs propres à même de contribuer aux grands courants de la culture universelle.

il faut revaloriser ou valoriser ces traditions et leur ethno-philosophie. C’est l’ensemble de ces traditions revivifiées qui participeront de leur universalité. Si l’on ne les valorise pas, on perdra notre part d’humanité en tant qu’Africain.

Les francs-maçons africains se préoccupent-ils de revaloriser ces traditions initiatiques ? Si oui, comment procéder pour que ces voies sortent des villages pour pénétrer le monde urbain et atteindre notamment les jeunes ?

C’est tout un questionnement ! La modeste contribution que les FM peuvent apporter, en direction notamment des dirigeants africains, c’est de rappeler que « la culture détermine la qualité et l’ampleur du développement… La culture précède et conditionne le développement ». Il nous faut donc apprendre, à nouveau, à prendre la tradition ancestrale au sérieux. Elle s’inscrit dans le cadre de la métaphysique, qui veut que tout ce qui s’élève converge.

Ainsi il faut revaloriser ou valoriser ces traditions et leur ethno-philosophie. C’est l’ensemble de ces traditions revivifiées qui participeront de leur universalité. Si l’on ne les valorise pas, on perdra notre part d’humanité en tant qu’Africain.

Qui peut jouer ce rôle ? Les familles et les sociétés secrètes traditionnelles. En effet, les valeurs philosophiques et de vie sont transmises par les familles et les sociétés secrètes traditionnelles. Bien qu’étant plutôt actives dans les villages, certaines de ces sociétés travaillent aussi en milieu urbain. Les francs-maçons, membres de sociétés secrètes traditionnelles, ont également un rôle à jouer dans la transmission de nos valeurs ancestrales. Outre la franc-maçonnerie, l’État et l’école doivent aussi jouer leur partition sur ce plan. Chaque pan de la société doit intervenir et agir.

La Franc-Maçonnerie (FM) en bref

  • CPMAM : Conférence des puissances maçonniques africaines et malgaches, qui regroupe plus d’une centaine de loges réparties entre une quinzaine d’obédiences.  
  • Rehfram : Rencontres humanistes et fraternelles d’Afrique et de Madagascar. Les premières ont eu lieu en 1992 à Dakar (Sénégal). Réunies chaque année dans une capitale d’Afrique francophone, elles constituent une activité régulière de la CPMAM.
  • Obédience : ensemble ou fédération de loges qui ont choisi de se rattacher à une même autorité maçonnique. Il faut au minimum 3 loges pour constituer une obédience.  Pour être régulière, une obédience doit être « souchée » à une Puissance maçonnique souveraine, c’est-à-dire avoir reçu une patente d’une obédience pré-existante. Aucune obédience ne se crée ex-nihilo.
  • Patente : acte de constitution d’une Loge ou d’une Obédience délivré par une Puissance Maçonnique Souveraine. La patente garantit la légitimité de la transmission.
  • Loge (ou atelier) : groupe d’au moins sept maçons, régulièrement initiés. Pour être régulière, une loge doit avoir reçu du grand maître d’une obédience légitimée, un droit de pratiquer le rite (patente) et s’acquitter d’une contribution. Les loges des trois premiers degrés (apprenti, compagnon et maître) sont appelées loges symboliques ou loges bleues.
  • Triangle : groupe de maçons de moins de sept membres
  • Rite : organisation des degrés et de leurs rituels correspondants.
  • Tenue : réunion rituelle de maçons au Temple 
  • Joseph Badila
  • La franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes en Afrique
  • Préface d’Alain de Keghel
  • Éditions Detrad, Coll. Rencontres
  • 242 pages
  • Prix : 23 €.

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Le Dessin de François Morel « Le Wokisme influence les Rituels »

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Plus personne n’est à l’abri de la Cancel Culture et du Wokisme, même pas les Loges maçonniques, la preuve… les Rituels sont retravaillés et triturés afin de correspondre à cette idéologie nouvelle. Jusqu’où cela ira t-il ?

NOUVEAU : Un éditeur maçonnique révolutionne la publication et la diffusion de vos manuscrits et autres planches

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Êtes-vous l’auteur d’un roman ou d’une collection de planches maçonniques ? Vous allez bientôt découvrir que l’édition de votre manuscrit est un véritable parcours du combattant. Selon les Éditions Humanis, 98% des manuscrits sont refusés1.

Dans ces conditions, rêver de faire fortune grâce à sa plume, ou tout simplement partager avec sa Loge une collection de planches issue de 20 ans de pratique maçonnique, devient une utopie ou un calvaire. Toujours selon Humanis, un auteur gagne en moyenne 700 € brut sur la vente de son ouvrage.

Pas de quoi s’exiler dans un paradis fiscal pour échapper à l’impôt. Au-delà des aspects matériels qu’il convient d’oublier au plus vite, l’écriture reste un plaisir et surtout une fierté pour son auteur, qui appréciera de contempler dans sa bibliothèque, entre Victor Hugo et William Shakespeare, un ouvrage portant son nom apposé près de celui de son éditeur.

Avant d’aller plus loin, vous devez connaître le prix payé par votre futur éditeur pour rendre votre manuscrit vendable en librairie. Tout d’abord, il le soumet à un comité de lecture pour en apprécier la qualité. Une fois sélectionné, il le fait relire et corriger. Ensuite, il procède à la mise en page pour l’imprimerie et à la création de la couverture.

Enfin, l’imprimeur met en route ses rotatives pour éditer un petit tirage de 300 premiers exemplaires. À ce stade, votre éditeur a investi au bas mot 2000 €. Faisons un calcul rapide de rentabilité : sur un ouvrage vendu 15 €, il génère 40 % de marge brute. Ainsi, il devra en vendre 350 exemplaires avant d’amortir son investissement et de gagner le premier euro. Vous comprenez mieux la réticence de certains à éditer votre futur chef-d’œuvre. Sachant qu’en général, un titre maçonnique se vend entre 100 et 300 copies, on comprend immédiatement que ce n’est pas gagné côté rentabilité.

Par ailleurs, le marché de l’édition est en pleine recomposition depuis l’avènement des plateformes numériques de fabrication et de diffusion de livres. À cela, il faut ajouter l’explosion des tarifs du papier. En effet, son prix a plus que doublé depuis 4 ans. Comme le témoigne François de Monès, journaliste à Toulouse :

« Entre janvier 2022 et janvier 2024, on a subi 79 % d’augmentation pour le prix du papier2 ».

Qui est responsable de cette crise ? Réponse : le tandem COVID et la guerre en Ukraine.

La montée en puissance des plateformes de vente en ligne grignote chaque année le marché traditionnel de la librairie : Amazon, Rakuten, Decitre, Abebooks, Place des Libraires, Eyrolles, FNAC, Le Furet du Nord, Chapitre… ce qui représente 15 % des parts de marché de la vente de livres3. En 2022, les sites internet sont montés à 21,9 % de parts (+1,9 point en un an)4.

UN CONCEPT NOUVEAU POURRAIT REBATTRE LES CARTES

Fort de ce constat, un concept nouveau apparaît dans le paysage de l’édition maçonnique. Il est porté par l’association des Éditions LOL, qui propose une approche innovante aux auteurs maçonniques. Les acteurs francs-maçons de l’édition peuvent désormais faire appel à l’association, qui offre un service tout-en-un, sans débourser le moindre euro. Voici la recette qui permettra aux maçons d’immortaliser leurs œuvres littéraires et autres travaux de Loges.

Comme le rappelle le Directeur de Collection Yonnel Ghernaouti,

« Les deux postes incompressibles de l’édition sont les coûts d’impression, de stockage et de livraison pour le premier, et le prix de la diffusion pour le second. Si vous les compressez, cela change tout. Le prix de création et de vente du livre redevient aussitôt raisonnable. »

La Méthode : Éditions LOL a constitué une équipe de relecteurs et correcteurs. Ainsi, les livres peuvent être relus, corrigés et passent le filtre du comité de relecture pour être validés. Ensuite, les ouvrages sont intégrés sur la plateforme d’impression afin d’être produits à l’unité si besoin. Plus besoin de stockage ni de financement pour un stock dormant.

Ensuite, la diffusion par les ténors du marché ampute plus de la moitié du prix du livre. Avec l’association Éditions LOL, plus besoin de diffuseur, car elle s’appuie sur le Journal 450.fm pour promouvoir directement auprès de sa cible de lecteurs francs-maçons via le site du journal, un site dédié à la vente des livres, les plateformes telles qu’Amazon, et surtout, la newsletter envoyée chaque matin à 10 000 abonnés francs-maçons.

Comme le mentionne Yonnel Ghernaouti :

« C’est un contact direct entre l’auteur et la cible des lecteurs, sans aucun intermédiaire. C’est ce qui nous permet de fournir aux auteurs des exemplaires de leur propre livre jusqu’à 30 % moins cher que d’habitude. »

Nous avons posé la question du coût pour éditer son propre livre ou sa collection de planches chez Éditions LOL. Le Directeur de Collection nous répond tout net :

« C’est gratuit, il n’y a aucun investissement de la part des auteurs, ni d’obligation d’acheter 150 copies de son propre livre. Par ailleurs, de nombreux éditeurs imposent dans les contrats un volume de vente de 300 exemplaires avant de reverser les droits d’auteur. Chez Éditions LOL… ce sera dès le premier livre vendu ! »

Vous savez ce qu’il vous reste à faire : écrire votre prochain roman ou vous associer avec quelques membres de votre Loge pour faire éditer vos planches afin de les offrir pour Noël. Pour ma part, je vous laisse aussi, car je vais aller y faire éditer ma collection d’articles de presse.

Site officiel des Éditions-LOL

  1. https://www.editions-humanis.com/combien-gagne-auteur.php ↩︎
  2. https://larevuedesmedias.ina.fr/prix-du-papier-pour-la-presse-ecrite-une-ascension-haut-risque ↩︎
  3. https://www.syndicat-librairie.fr/ressources/chiffres-cles ↩︎
  4. https://www.lefigaro.fr/conjoncture/face-aux-librairies-les-sites-internet-gagnent-des-parts-de-marche-20230413 ↩︎

22/09/24 : La GLTSO vous accueille à bras ouverts en France

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À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, le dimanche 22 septembre 2024, la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) ouvrira ses portes au grand public, offrant ainsi une rare opportunité de franchir le seuil de ses temples et de rencontrer les francs-maçons qui les animent. Cet événement exceptionnel permettra aux curieux de découvrir un univers souvent entouré de mystère et d’échanger directement avec ceux qui en sont les membres.

Journées européennes du patrimoine : La GLTSO lève le voile sur la Franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie, en dotant ses adeptes d’outils de réflexion et d’introspection, invite chacun à entreprendre un voyage intérieur, à la croisée de la spiritualité, de l’humanisme et de la liberté. Elle encourage ainsi chaque individu à se perfectionner, tout en contribuant à l’élévation collective de l’humanité.

Tout au long de cette journée, à 10 heures, 11 heures 30 et 14 heures 30, des conférences intitulées « À la rencontre des francs-maçons » seront proposées à l’issue des visites guidées des temples. Elles permettront d’approfondir la connaissance de cette tradition séculaire, tout en offrant un espace de dialogue enrichissant.

Que vous soyez simple curieux ou en quête de réponses, cette journée promet de dissiper bien des mystères entourant la franc-maçonnerie.

Informations pratiques pour les visiteurs

Horaires : 10h, 11h30 & 14h30, dimanche 22 septembre 2024

Durée de la visite et de la conférence : 40 minutes

Lieu : 9 place Henri-Barbusse, 92300 Levallois-Perret

Inscription préalable obligatoire.

Il est impératif de se présenter 15 minutes avant l’heure choisie, muni de sa confirmation d’inscription ainsi que d’une pièce d’identité en cours de validité.

Venez découvrir les secrets de la franc-maçonnerie !

À propos de la GLTSO

Fondée en 1958, la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra figure parmi les principales obédiences maçonniques de France. Comptant près de 4500 membres répartis en 250 loges à travers la France et l’étranger, cette obédience masculine, adogmatique, se distingue par son engagement rigoureux dans une quête spirituelle intérieure. Fidèle à ses valeurs, elle demeure en retrait des débats sociétaux et politiques, tout en prônant la bienfaisance et la tempérance comme vertus cardinales.

Ce rendez-vous privilégié vous ouvrira les portes d’une tradition millénaire, et peut-être, celle de votre propre cheminement.

Retrouvez la GLTSO à Lille, capitale des Hauts-de-France Horaires : Matin : 10h00 & 11h00  – Après-midi : 14h00 & 15h00/Dimanche 22 septembre 2024. Durée (visite + conférence) : 40 minutes/Adresse : 62 bis rue de Lambersart –59350 Saint-André-lez-Lille/Inscription préalable indispensable.

et à Villeurbanne (Rhône), ville de la première couronne de Lyon (Rhône) – Horaires : Matin : 10h00 & 11h30 Après-midi : 14h30 & 16h00/Dimanche 22 septembre 2024. Durée (visite + conférence) : 40 minutes/Adresse : 18, impasse Million –69100 Villeurbanne/Inscription préalable indispensable.

Une nouvelle Loge Maçonnique à Niort : « La Fraternité Écossaise »

Dans une société assaillie par le sectarisme et la radicalisation et dans laquelle les relations humaines se dégradent, une nouvelle Loge a été créée à Niort : «la Fraternité Écossaise». 

Dans un cadre de réflexion personnelle, la Loge « La Fraternité Écossaise » propose aux hommes libres et de bonne volonté des repères de spiritualité pour un perfectionnement moral, dans l’harmonie, l’union et la paix.

Elle est constituée d’hommes, Francs-maçons d’expérience, ce qui permet à cette Loge d’assurer les meilleures conditions d’accueil et de travail, dans le respect des valeurs de la Grande Loge Indépendante de France (G.L.I.F.), dans un cadre de fraternité initiatique.

La règle fondamentale et les valeurs immuable des Loges travaillant sous les auspices de la Grande Loge Indépendante de France (G.L.I.F.), qui priment toujours la qualité sur la quantité, sont :

  • La séparation du matériel (gestion des ressources) et du spirituel (transmission de la Tradition symbolique des cérémonies),
  • Le respect mutuel entre ses membres,
  • L’authenticité des pratiques, us et coutumes, 
  • La pratique rigoureuse des usages des anciens bâtisseurs comme le moyen traditionnel de la Franc-Maçonnerie universelle de réalisation spirituelle et individuelle, sur le mode d’un chantier collectif,
  • Le rejet de toute sollicitation à caractère « affairiste », réseau ou sectaire.

La G.L.I.F. est une Fédération de Loges autonomes à statut associatif Loi 1901, dont la direction, la gestion et l’animation sont électives par les représentants des Loges.

Pour toute information concernant la Loge « La Fraternité Écossaise » : fraternite.ecossaise@tutamail.comwww.glif.fr

Laïcité en péril : le cri d’alarme d’Abnousse Shalmani contre la capitulation républicaine

Le texte d’Abnousse Shalmani, Laïcité, j’écris ton nom, se positionne avec une force vibrante en faveur d’une laïcité républicaine intransigeante, dans un contexte où les violences de l’islamisme, ainsi que les menaces contre la liberté d’expression et les valeurs républicaines, se font de plus en plus pressantes. Dès le début, la dédicace poignante aux victimes des pogroms du 7 octobre 2023 en Israël et aux otages détenus par des terroristes islamistes résonne comme une mise en garde solennelle contre les ravages de l’obscurantisme et la barbarie, rappelant que le combat pour la laïcité ne se limite pas à un idéal abstrait mais concerne des vies humaines bien réelles.

Laïcité, j’écris ton nom

L’auteure développe tout au long de l’essai un discours sans concession sur les dérives qu’elle observe dans la société française contemporaine. Le texte fait écho aux débats ayant traversé les années 1989, lors de l’affaire du voile à Creil, où elle met en lumière la mollesse des autorités de l’époque, qui, selon elle, ont capitulé face à des revendications religieuses communautaristes, trahissant ainsi les principes laïques fondateurs de la République française. Abnousse Shalmani s’en prend aux concessions faites au nom d’une prétendue tolérance, dénonçant un recul de la neutralité laïque dans les institutions publiques, et en particulier dans l’éducation.

L’argument de l’auteure s’appuie sur une vision universaliste de la laïcité, qu’elle définit comme un rempart non seulement contre l’influence religieuse, mais aussi contre les divisions identitaires. L’éducation, pour elle, doit permettre aux élèves de transcender leur origine, leur religion, leur sexe, pour penser en termes universels, libérés des assignations communautaires. Elle fustige le fait que les combats menés par des intellectuels des Lumières comme Spinoza, Voltaire ou Baudelaire sont aujourd’hui relégués au second plan au profit d’un retour inquiétant des particularismes religieux et identitaires.

Au cœur de son propos, la laïcité est présentée non pas comme une simple position de tolérance passive, mais comme un combat actif pour la liberté. « La neutralité n’est pas passivité, ni liberté simple tolérance », martèle-t-elle, en faisant de la laïcité un principe d’émancipation contre toutes les formes de domination, y compris celles provenant de la religion. Ce qui est en jeu, c’est la capacité de la République à maintenir son idéal d’égalité face à des courants religieux qui revendiquent de plus en plus d’espace dans l’espace public. Pour Abnousse Shalmani, il ne s’agit pas de stigmatiser une religion en particulier, mais de maintenir un cadre commun où la liberté de conscience prime sur les croyances individuelles.

L’essai devient progressivement un plaidoyer contre ce qu’elle appelle l’obscurantisme islamiste, qui, selon elle, cherche à saper les fondements de la République laïque. Abnousse Shalmani ne mâche pas ses mots : elle accuse certains courants intellectuels et politiques d’excuser les dérives islamistes par peur d’être accusés de racisme ou d’islamophobie, une accusation qui, d’après elle, paralyse tout discours critique. Elle dénonce un climat de lâcheté et d’opportunisme qui permet à l’islamisme radical de gagner du terrain, aussi bien en France qu’à l’international.

Cette critique est portée par un ton qui oscille entre indignation et colère, une colère dirigée contre ceux qui, par passivité ou complicité, ont laissé l’affaire de Creil se transformer en un symbole de renoncement. Le texte d’Abnousse Shalmani est profondément engagé, tant dans la défense d’une laïcité combattante que dans le rejet d’une société de ghettos communautaires.

Pour l’auteure, le danger n’est pas seulement religieux, il est également politique. La laïcité est la condition même de la démocratie républicaine, et son affaiblissement ouvre la voie à une fragmentation de la société en communautés rivales. Cette fragmentation, selon elle, fait le jeu de ceux qui voudraient réduire la France à une mosaïque de ghettos, éloignée de son passé humaniste et universaliste. Abnousse Shalmani défend avec ferveur l’idée que la République ne peut survivre si elle ne défend pas fermement les principes de laïcité et d’universalité qui la fondent.

L’ouvrage se conclut sur une note de résistance. Abnousse Shalmani sait que son combat est difficile et qu’il s’oppose à des forces puissantes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières françaises. Cependant, elle refuse la capitulation et se pose en gardienne de l’héritage des Lumières, cet humanisme qui considère chaque être humain comme égal, peu importe son origine, sa religion ou son sexe.

Laïcité, j’écris ton nom est un essai dense et percutant, qui ne laisse personne indifférent. Et surtout pas le maçon ! Abnousse Shalmani y expose, avec une clarté et une force rares, sa vision d’une laïcité républicaine mise en péril par l’islamisme et par les renoncements successifs des gouvernements et des élites intellectuelles françaises. Elle appelle à un sursaut, à une résistance ferme contre toutes les tentatives d’imposer une vision communautariste de la société, et à une réaffirmation des principes humanistes et universalistes qui ont fait la grandeur de la République française.

Abnousse Shalmani

Biographie de l’auteure

Née en Iran en 1977, Abnousse Shalmani est une journaliste, romancière et essayiste française d’origine iranienne. Exilée en France avec sa famille pour fuir le régime islamique instauré par Khomeiny, elle a fait de la laïcité et de la liberté d’expression les piliers de ses écrits. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages notables, parmi lesquels Khomeiny, Sade et moi (2014), où elle aborde de façon percutante sa révolte contre l’oppression religieuse. Dans Éloge du métèque (2019), elle célèbre la diversité culturelle et condamne les dérives identitaires. Son dernier essai, J’ai péché, péché dans le plaisir (2024), témoigne de son engagement toujours vif pour la liberté sous toutes ses formes.

Présentation de l’éditeur

Les Éditions de L’Observatoire sont une maison d’édition française fondée en 2017, spécialisée dans la publication d’essais et de romans traitant des grands débats de société, de la politique et de la culture. L’Observatoire a pour vocation de donner la parole à des auteurs engagés qui interrogent notre monde contemporain, avec un accent particulier sur les questions de liberté, de laïcité et de démocratie.

Laïcité, j’écris ton nom

Abnousse Shalmani Éditions de L’Observatoire, 2024, 80 pages, 10 €