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Nos erreurs si humaines, si gênantes ?

Un tour de piste de notre connaissance des mécanismes d’erreur amène à une philosophie de vie. 

Sigmund Freud, grand promoteur de l’inconscient, serait-il de la même étoffe que nos complotistes contemporains ? On peut se poser la question. Cette entité cachée nommée Inconscient, peu définie, et que les IRM les plus puissants n’ont pas réussi à débusquer dans nos crânes, tirerait les ficelles de nos esprits. De temps en temps, telle Nessie dans le loch Ness, elle pointerait son museau pour lâcher un lapsus, révélateur de son existence occulte. Occulte mais quasiment insaisissable, sauf à s’infliger d’interminables cures analytiques pour en comprendre le contenu en partie, grâce à d’éclairantes interprétations, à des profondeurs progressives.  

Les neuropsychologues étudient la question des erreurs que nous commettons à une fréquence élevée. Toutes ne sont pas les lapsus révélateurs qui nous font tant rire. Sébastian Dieguez nous en brosse un florilège dans son récent «  la force de nos bugs ». Sébastian était présent à Lyon lors d’un séminaire qui eut un retentissement certain en 2020, organisé par le GODF, et centré sur la réhabilitation de la science. Il y défendait, avec bec humoristique et ongles, les apports de la science, expérimentale et factuelle, face aux diverses théories. Ces théories sont tentantes mais n’ont d’autre force que d’ être orientées conformément à nos envies.

Les erreurs de parole sont les premières bien entendu : les lapsus et autres glissements de langage, mais aussi les mots « sur le bout de la langue ». Les doigts nous font également des fautes de frappe. Pourtant,  nos cerveaux se sont réservé le niveau sémantique, et ont délégué les gestes précis à un niveau de pure dextérité manuelle donc « locale » , sans remontée d’infos détaillées vers le cerveau.

 D’ailleurs, la main gauche ignore ce que fait la droite, comme dans l’expression.

Quelques autres erreurs sont imputables à une tache aveugle que nous avons tous sur la rétine, à l’emplacement où le nerf optique se raccorde dessus. Il y a également les illusions que notre cerveau crée à partir de reflets dans un miroir. Le déjà vu nous crée aussi des sentiments d’étrangeté.

Diverses confusions permettent de s’approcher des mécanismes à la base des croyances complotistes.

L’âge a cet effet : augmenter la quantité de souvenirs stockés sous notre crâne, et par suite aussi les problèmes de qualité ou quantité des souvenirs restitués. Cela a déclenché une industrie florissante du maintien de la mémoire des seniors, afin de calmer les angoisses de perte de mémoire. Les résultats scientifiquement prouvés restent maigrichons.

Même les plus jeunes sont sujets au vagabondage mental, pendant lequel la personne est absente, ce qui induit plusieurs pertes et risques. Tous nous souffrons du syndrome du poisson rouge, manipulés que nous sommes par les algorithmes bien pensés pour nous retenir sur nos écrans. Enfin, les gaffes sont omniprésentes dans nos comportements journaliers.

En très grand résumé, force est tout de même de constater que s’il existe des approches théoriques afin d’expliquer les observations, tout cela reste très proche du niveau descriptif.

Les mécanismes neuropsychologiques correspondants restent largement à découvrir.

En passant, la liaison directe et permanente lapsus / inconscient de la psychanalyse n’a pas récolté de preuves. Au contraire, les études autour des biais cognitifs montrent ( biais téléologique ) que la recherche active d’intentions ou finalités derrière tous les phénomènes est le mode de pensée par défaut des humains. C’est le mode de pensée qui également rejette l’existence du hasard. L’hypothèse de l’inconscient à la base de toutes les erreurs est dans ce courant de pensée. Elle est ainsi antérieure à la psychanalyse, ce qui explique le succès de l’idée, mais sans la démontrer de manière scientifique.

Les ressources à notre disposition sont toutes faillibles, pas étonnant que la fiabilité de l’ensemble soit inférieure à 100%. Mais, « en échange », nous disposons d’un système d’une grande flexibilité pour l’adaptation à des situations imprévues. Paul Federn, disciple de Freud, en déduisait une notion d’ « investissement du moi », le moi incluant des objets ou représentations d’objets de manière changeante avec le temps. Le sentiment d’étrangeté signalé dans plusieurs cas ( ex :  le déjà vu ) serait lié à ces inclusions/exclusions. Pour Federn, « l’acte manqué est une irruption de la vie privée dans la vie sociale », et il résulte le plus souvent « d’un décalage entre la vie intérieure et les exigences du monde extérieur ». La raison qui sous-tend l’espèce de malaise éprouvé après un acte manqué a à voir avec l’angoisse générée par le fait de se trouver brutalement confrontés à nos fragilités et imperfections, et souvent en public. Federn conclut alors que « la meilleure protection contre les actes manqués est la bienveillance des interlocuteurs l’un envers l’autre ». 

Voilà qui sonne maçonnique, non ?

Dans le monde profane l’excuse «  je n’ai pas fait exprès » est souvent utilisée, mais est parfois rejetée. Le motif de rejet est que c’est justement le défaut de contrôle qui est l’objet du reproche. Nous connaissons tous le cas du bébé oublié dans une voiture au soleil. Le parent oublieux ne va pas avancer qu’il n’a pas fait exprès. Nos erreurs sont en grande majorité évitables. Le blâme a souvent pour objet d’inciter celui qui a commis l’impair à mieux se surveiller à l’avenir, afin de réduire le risque de récidive.

Mais revenons dans le temple. La bienveillance n’empêche pas de réfléchir aux moyens d’améliorer les processus et d’en éliminer les erreurs. La sérénité favorise la qualité de ces réflexions, l’action collective permet d’éviter les « angles morts », au service de l’idéal de perfection ! Ce sera plus agréable et le résultat sera meilleur que sous la pression de personnages qui se placent en surplomb. 

Cela me remémore un séminaire professionnel placé sous les auspices de la qualité totale : « bienvenue aux problèmes » était notre slogan, car les problèmes fournissent l’occasion de progresser. Acceptons ces rappels incessants de notre finitude. Boostons notre créativité, notre goût pour l’humour et l’art tout en tordant le cou à plein d’imperfections.

Restons conscients que ces dernières font partie du cadeau que l’évolution nous fit :  la vie !

La garde du couvreur

À la porte du Temple…

Le couvreur garde « un lieu retiré et très secret connu des seuls vrais maçons, sur la plus haute colline ou dans la vallée la plus profonde, là où on n’entend ni un chien aboyer ni un coq chanter ». (Extrait – Livre Tuileur 1er degré ROS)

C’est bien au couvreur en début de Tenue de vérifier, dans les parvis, que le lieu est bien clos et la loge à couvert. Alors, comme tout maçon(ne) fort(e) de ses obligations, c’est en pleine conscience qu’il (ou elle) s’engage sur la voie initiatique pour travailler en toute circonstance ALGDGADLUEALRDGO ! Mais, quelquefois, il (elle) prend son temps…

La garde en escrime : Posture d’équilibre la plus favorable que prend le tireur pour être prêt à l’offensive, à la défensive ou la contre-offensive (Source Glossaire de l’escrime sportive 2022).

Chasser les mouches : Parer au hasard.

Dans l’épreuve, multiplions les preuves !

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Une devise de la franc-maçonnerie me trotte dans la tête, depuis quelque temps : c’est celle du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) : Ordo ab Chao. « Vous avez dit bizarre, mon cher Frère. Comme c’est bizarre… » Certes, cette locution latine signifiant « l’ordre tiré du chaos » ne peut s’entendre comme d’un ordre arbitraire plaqué sur la société mais bien comme d’une injonction à retrouver l’ordre sous-jacent au chaos même du vivant.

Pourtant, sur bien des fronts, l’on en est à redouter de voir renverser les précautions d’usage à la compréhension des choses : ne valent plus alors que des interprétations brutes voire brutales, toute formule lapidaire pouvant désormais frapper littéralement comme un jet de pierre, incarner un mot d’ordre qui, au lieu d’être de chair, devient de sang, passant du sensible au terrible !

Il faut donc faire attention à ce que l’on dit et s’assurer que l’on est bien compris, ce qui devient de plus en plus compliqué, dans la polarisation aux extrêmes de la société, dans l’hystérisation du débat public. Plus que jamais sans doute doit-on s’attacher à l’esprit de mesure et de tempérance que nous révérons comme vertu. Nous connaissons les dangers des passions collectives et des démagogies réductrices. Dans des secteurs opposés et puissants de l’opinion – que l’on ne saurait, pour autant, rabattre l’un sur l’autre sans une expéditive malhonnêteté –, soufflent violemment des vents hostiles aux idéaux de la franc-maçonnerie, celle-ci prônant la compréhension de l’autre et la « transigeance », ce mot déjà rare, désormais près d’être banni du vocabulaire comme tous ceux qui fleurent un tant soit peu la nuance et la concession.

Toujours est-il que le franc-maçon, porté à la découverte de l’autre et soucieux de progressivité dans son appréhension constante du monde, est rudement mis à l’épreuve, ces temps-ci. Eh oui, le franc-maçon est mis au pied du mur, du mur de l’incompréhension et de l’intolérance. Le monde qui l’entoure – et non plus celui dont il avait l’habitude et qui, à bon compte, je le concède, lui paraissait lointain – s’enflamme ou se ferme, à la moindre occasion. Il est à craindre que son humanisme ne soit vu comme une lâcheté. Or la vraie lâcheté ne serait plus seulement d’étouffer son cri, mais de faire taire sa raison. Dans cette ivresse à tout régler d’un trait, le petit ringard de franc-maçon, si ridiculement démodé voire démonétisé, risque d’être regardé, plus encore que comme un médiocre, comme un incapable. Même si on ne le pourchasse pas, on l’ignorera et ce n’est guère mieux…

Alors, mes Sœurs et Mes frères, haut les cœurs ! Gardez le cap et le calme. Ne mollissez ni ne faiblissez pas. Expliquez aussi tranquillement que possible ce qui vous paraît juste et adapté ! Non point à tout bout de champ (ce serait bientôt une satisfaction morale aussi vaine qu’épuisante) mais en choisissant à bon escient les causes et les circonstances. Donnez, en tout cas, partout où c’est primordial, sa chance à l’Homme !

Le monde vous pèse et c’est bien normal. Répétez-vous inlassablement : Dans l’épreuve, multiplions les preuves !

Baruch Spinoza : Genial garnement theologico-politique !

« Le temple même a degenerÉ en thÉÂtre »

Spinoza (Traité théologico-politique) 

Un test original pourrait se pratiquer en Franc-Maçonnerie : demander aux Frères quel est le symbole auquel ils se sont littéralement accrochés lors de leur initiation, quand on leur ôtait le bandeau et que la lumière venait éclairer une forêt de nouveaux symboles inconnus au préalable ?

Accroche liée à des motifs inconscients sans doute, mais aussi combattre l’angoisse que cette nouvelle situation générait. Une sorte d’objet-fétiche que nous conserverons ensuite au cours de notre vie maçonnique et qui émerge de nouveau, de temps à autre, dans des temps d’épreuves ou de joies.

En confidence, nous allons vous dévoiler le nôtre ! Le regard fut fasciné par le delta lumineux où cet œil énigmatique nous fixait, nous rappelant celui qui était familier dans les églises, ancrant ainsi, d’office, dans le religieux la première vision maçonnique que nous pouvions en avoir. Cela nous conduira, par la suite, à déterminer ce qu’il en était de la nature de ce que nous avions appris être le « Grand Architecte de l’Univers » et d’en chercher l’origine. Tel un limier sur la piste, nous découvrîmes que le concept avait été influencé par le philosophe irlandais John Toland, lui-même fasciné par Baruch Spinoza, au point d’inventer pour résumer son œuvre le terme « Panthéisme ». Bien entendu, un conflit permanent va s’instaurer entre le christianisme et le panthéisme, et la Maçonnerie, compte-tenu de ses origines réformées, y est autant concernée. Tentons de faire le point…

I – JOHN TOLAND (1670-1722), UN PHILOSOPHE IRLANDAIS ENTRE PANTHEISME ET GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS.

Le 24 juin 1717 à Londres, quatre loges s’assemblaient au lieu de réunion de l’une d’entre elles à la « Taverne de l’oie et du Gril », les lieux de rencontre des autres loges étant : « La Taverne de la Brasserie et de la Couronne », « Le Grand Verre et les Raisins » et « La taverne du Pommier ». Le but de cette réunion étant de fédérer et d’officialiser ce qui allait s’appeler la « Grande Loge Unie d’Angleterre ». Mais, au-delà de cette volonté de « rassembler ce qui est épars », se posait le problème de trouver un point d’accord religieux à l’intérieur du monde déchiré des réformés protestants britanniques, cela excluant d’emblée le catholicisme et le judaïsme du débat. Cette question des antagonismes religieux (surtout entre anglicans et calvinistes) avait causé un climat de tension permanente dans la société britannique, parfois de véritables guerres civiles se conjuguant à la géographie des îles britanniques : l’Ecosse, Le Pays de Galle et l’Irlande du Nord s’étant ralliés au calvinisme grâce à l’influence du réformateur presbytérien John Knox (mort en 1572) ; l’Angleterre conservant la structure de l’anglicanisme, bien que traversée par des courants divergents (« High Church » de tendance catholique, « Low Church » allant dans le sens de l’évangélisme protestant ; « Broad Church » se vivant comme une orientation libérale de l’interprétation biblique) ; l’Irlande restait, quant à elle, catholique (exceptée la partie nord où les protestants implantés par Cromwell étaient nombreux) qui n’était nullement concernée, voire totalement rejetée par la naissance de la Franc-Maçonnerie et sa mission de concilier les différents courants de la Réforme. Quelques groupes religieux minoritaires se trouvaient aussi concernés indirectement par les questions que leurs croyances soulevaient : les Quakers et leur fonctionnement religieux démocratique, crée par Georges Fox (1624-1691) à partir de la sortie de l’Église anglicane, ou les Unitariens (1), antitrinitaires, constitués au moment de la Réforme au 16e siècle, en reprenant et en élargissant la pensée hérétique d’Arius (25O-336), condamnée par l’Église et dont le représentant en France le plus célèbre sera Michel Servet (1511-1553), qui finira brûlé à Genève sur l’ordre de Jean Calvin !

Les querelles religieuses contrarient les affaires et la composition sociologique des Créateurs de la Maçonnerie et dévoilent leur appartenance à la bourgeoisie protestante qui apparaîtra très nettement dans les « Constitutions d’Anderson » par le refus d’admettre dans l’institution : les femmes, les serviteurs, les gens de couleur, toute personne qui ne vit pas dans de « bonnes moeurs » (sous-entendu irréligieux). A ces interdits s’ajoute, en contrepartie, la très calviniste « Gloire au travail » ! Qui, évidemment, trouve un écho favorable. Cependant, demeure en suspens la question théologique de la définition de Dieu et de Jésus qui puisse être reconnue par des courants réformés qui ne partagent pas forcément le même regard sur l’Ancien et le Nouveau Testament. C’est surtout sur la question de Jésus que porte la polémique, d’où l’intérêt pour l’Ancien Testament dans un désir de conciliation et dans la mise en place des rituels. A ces réunions constitutives sont conviées des personnes proches et amies. C’est ainsi qu’est présent le philosophe d’origine irlandaise John Toland, connu pour sa passion pour l’œuvre se Spinoza. C’est lui qui va d’ailleurs inventer le mot « Panthéisme » pour synthétiser la pensée du célèbre philosophe et créer ainsi un néo-spinozisme. Ses idées progressistes républicaines et sa critique du christianisme le conduiront à prôner un retour au paganisme : ainsi, le 22 septembre 1717, il préside une réunion à la « Taverne du Pommier » qui va fédérer des groupes panthéistes sous le titre de « Druid Order », qui ont peu du druidisme que l’on ne connaît pas, mais doivent beaucoup à la pensée de Spinoza ! Très souvent et ce, jusqu’à nos jours en Grande-Bretagne, une double appartenance a lieu : rappelons-nous la célèbre photo de notre Frère Winston Churchill se faisant initier au Druid Order ! John Toland aura une incontestable influence sur la Maçonnerie et le Druid Order en Grande-Bretagne, bien que son appartenance à la Maçonnerie n’ait jamais été prouvée. En revanche, c’est lui qui va influencer l’adoption du concept de « Grand Architecte de l’Univers », largement influencé par la pensée spinoziste ou de celle de Leibnitz (« Il résulte de la perfection suprême de Dieu qu’en produisant l’univers, il a choisi le meilleur plan possible »).

D’origine irlandaise (d’où, sans doute, son engouement pour le druidisme !), John Toland fut d’origine catholique et se convertira au protestantisme, mais va évoluer rapidement vers une contestation du christianisme. Il ira faire ses études en Ecosse, à Glasgow où il montre des dons certains pour la vie intellectuelle. C’est là qu’il découvre les ouvrages de Locke, Giordano Bruno et surtout Spinoza. C’est en 1696 qu’il va publier son livre, « Christianisme sans mystère », qui va obtenir immédiatement un énorme succès, mais il effraie Locke lui-même par le dépassement de la pensée de Spinoza et il va prendre ses distances avec le philosophe naissant, d’autant que ce dernier va se lancer dans des écrits pro-républicains et sur la liberté de conscience. Ce qui l’amène à une célébrité dérangeante. C’est en 1705, qu’il s’avoue panthéiste. Discrètement, en Hollande en 1712, il fit paraître son « Traité des trois imposteurs, Moïse, Jésus, Mahomet », précédé d’une biographie de Spinoza et, en 1714, il publie « Raison de naturaliser les Juifs » qui est une dénonciation de l’antisémitisme. En 172O, après des textes où il défend notamment la philosophe Hypatie d’Alexandrie et la cause des femmes, il publie « Clidophorus » (Le porte-clefs) qui est considéré comme l’un de ses textes les plus importants, où il explique que dans toute spiritualité existe deux formes d’expression : l’une exotérique et l’autre ésotérique. Durant cette période, il sort aussi son célèbre « Pantheisticon », couronnement de sa pensée et qui prône le discernement : « Le sage panthéiste soumettra toutes choses au raisonnement qui les entourera comme d’une haie pour discerner le vrai du faux, et il connaîtra par cet art et cette science ce qui suit nécessairement d’une chose et ce qui lui est opposé ». Le rôle que jouera John Toland durant la période des Lumières sera considérable dans toute l’Europe et, à coup sûr, son influence sur les orientations naissantes de la Franc-Maçonnerie fut capitale par l’introduction de son concept de Grand Architecte de l’Univers, tellement inspiré par la pensée spinoziste. Il sera aussi le créateur d’une « Société Socratique » avec des rituels et une pensée qui est très voisine à la Maçonnerie, ce qui interroge sur les influences réciproques des deux courants qui restaient liés fortement.

 Ce qui nous amène à aborder maintenant la pensée même de Spinoza, au-delà de John Toland, son fidèle diffuseur.

II – UN GEANT DANS L’HISTOIRE DES IDEES.

Baruch Spinoza

Dans un ouvrage de réflexion clair et profond, le Père Jésuite Henri Laux, enseignant aux facultés jésuites de Paris Loyola (ex-Centre Sèvres) et spécialiste de Spinoza, nous cite une lettre du futur cardinal Henri de Lubac (1896-1991) adressée à l’un de ses jeunes confrères jésuites, étudiant en philosophie, Yves de Moncheuil (Résistant, aumônier du maquis du Vercors, fusillé par les nazis le 11 août 1944), où il lui donne son opinion sur le grand philosophe. Cette missive nous paraît importante pour notre propos et, bien que longue, nous la reproduirons (2) : « Travaillez-le beaucoup (Spinoza) : c’est le plus important de tous ; lui et Kant, mais lui d’abord, je me persuade de plus en plus, que ce sont les deux hommes à connaître. Je dit « lui d’abord », parce que je crois qu’en fait son influence fut beaucoup plus étendue et profonde, en même temps que plus néfaste. C’est le grand homme et le principal fondateur, qu’on le sache ou non, de la « pensée moderne » et de la « libre pensée ». Ce ne sont pas de vagues déistes ni des poliçons comme furent beaucoup de gens du XVIIIe s., ni de pâles scientistes, qui auraient suffi à déchristianiser la pensée. Spinoza est le grand coupable. Il n’y a que deux attitudes foncières en présence : la chrétienne et la panthéiste. Panthéisme et naturalisme, c’est tout un. Les solutions intermédiaires ne vivent un temps que par ce qu’elles empruntent à l’une ou l’autre : par ex., la philosophie laïque de Descartes, ou l’éclectisme du siècle dernier, ou le moralisme de Kant. On a beaucoup disserté sur ce thème : « Pascal et Descartes » ; un thème beaucoup plus intéressant, et qui permettrait des vues plus profondes, serait celui-ci : « Pascal et Spinoza ». Encore aujourd’hui, il s’agit de savoir, des deux, qui l’emportera. Même dans les matières où l’on a le plus dénoncé l’influence kantienne, v.g., en exégèse, ou dans le modernisme en général, c’est bien d’avantage celle de Spinoza qui est prépondérante. Vous avez donc raison de vouloir le lire de près, et surtout son Traité théologico-politique : c’est le bréviaire du naturalisme et du rationalisme, il importe de le connaître à fond et de savoir que lui opposer : après cela, on peut répondre à tout ».

Analyse fondamentale et d’une lucidité implacable : nous sommes ainsi suspendus au choix fondamental, loin des demi-mesures, entre christianisme et panthéisme, entre Spinoza et Pascal le janséniste. Personne ne peut échapper à cet « Exercice Spirituel », si cher à Ignace de Loyola, pas même, et surtout peut-être, à la Franc-Maçonnerie ! La pensée éthique et métaphysique de Spinoza couvre de nombreux champs du savoir : anthropologie, sociologie, psychanalyse, politique, économie, écologie, biologie, etc. Mais elle fut surtout un terrain d’affrontement théologique avec le christianisme, en particulier avec Rome qui condamna très tôt la pensée spinoziste (3), qui fut présentée comme l’ennemi le plus dangereux du christianisme. Rome sera rejointe par un certain nombre de calvinistes et luthériens qui refusaient ce qui portait atteinte à leur foi. Réfuter Spinoza devint un devoir théologique : signalons que dans les universités allemandes, durant tout le XVIIIe siècle, on commençait une carrière de philosophe ou de théologien par une dissertation contre Spinoza ! Il va être, d’emblée, assimiler à l’athéisme, alors qu’il était panthéiste.

La première question que Spinoza va traiter est naturellement, « De Deo » celle de Dieu ! Dans l’éthique, il le définit ainsi « Par Dieu j’entends un être absolument infini, c’est-à-dire une substance consistant en une infinité d’attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie ». Dieu est la substance, donc la totalité et l’infinité des attributs, la totalité et l’infinité des formes d’être. Dieu existe nécessairement et l’affirmation de son existence est pleine et absolue, mais à-travers la fameuse formule : « Deus sive Natura », « Dieu, donc la nature » ! Bien entendu, le judaïsme et le christianisme entrent en opposition avec cette formule : Dieu n’est pas créateur de façon permanente car dans la création il fait exister en dehors de lui des choses qui ne sont pas lui et qui ne relève pas du miracle. Mais pour Spinoza, les attributs et les modes qui en découlent ne sont pas une réalité distincte de lui. L’idée de création est inintelligible puisque tout est Dieu. Nous pourrions utiliser là une formule célèbre de « nature naturante » et de « nature naturée ». Ainsi, la nature se déploierait grâce et à partir d’un verbe qui n’existe pas ! Dieu n’a pas crée l’homme pour qu’il lui rende hommage, car il n’a pas de passions, ne se venge pas, n’éprouve ni colère ni jubilation et ne poursuit pas de projet particulier. Il n’y a pas à rechercher ses intentions, donc toute théologie est inutile. En fait, Dieu n’est pas créateur. La liberté divine est la puissance de tout ce qui est : Dieu, c’est-à-dire la nature est à comprendre, de façon symétrique, avec l’histoire, dans l’enchaînement infini de ses modalités finies. Par-delà les siècles, il préfigure la réflexions d’Albert Camus quand il écrit dans « Le mythe de Sisyphe » en 1942 : « On connaît l’alternative : ou nous ne sommes pas libres et Dieu tout-puissant est responsable du mal. Ou nous sommes libres et responsables mais Dieu n’est pas tout-puissant. Toutes les subtilités d’écoles n’ont rien ajouté ni soustrait au tranchant de ce paradoxe »

La réflexion de Spinoza s’effectue naturellement dans un milieu où tentent de cohabiter, avec plus ou moins de succès, des courants divers du christianisme et il va traiter la question christique en lui accordant un statut singulier : pour lui, le Christ a eu une connaissance « vraie et adéquate » de Dieu, contrairement aux prophètes de la Bible qui ont perçu et transmis les révélations de Dieu au-moyen de l’imaginaire. Mais, comme le Dieu substance-Nature, infinie totalité du réel n’a rien en dehors de lui, il ne crée pas, ni n’engendre, donc le Christ est homme, non pas Dieu. Il n’y a pas de divinité du Christ ni incarnation et surtout pas de résurrection, ou faut-il le comprendre alors de manière spirituelle allégorique. Existe, dès lors, une rupture totale avec le christianisme qui souligne que la liberté n’a plus de repères puisqu’elle n’a plus à s’ordonner à la recherche d’une vie conforme au bien puisque celui-ci n’existe plus comme norme transcendante et que la nature humaine, corrompue par le péché est en attente de rédemption. La réponse de Spinoza est que, d’une certaine façon, l’éthique doit remplacer la morale de type religieux.

Existe aussi pour le philosophe, le problème de l’interprétation des Ecritures, dans laquelle il va jouer un rôle décisif à l’époque moderne dans l’établissement d’une méthode d’interprétation. Pour lui, les théologiens déforment les textes pour justifier leurs arguments, ils les altèrent et les falsifient avec ce que cela suppose comme conséquences dans l’ordre public : haine, superstition qui conduit à mépriser la nature et la raison. C’est pour faire barrage à ces « préjugés théologiques » qu’il va établir une méthode d’interprétation des Ecritures, que l’on appellera deux siècles plus tard « historico-critique ». Il ne manquera pas non plus de critiquer l’impact de la pensée religieuse sur le fonctionnement de l’État lorsque les Eglises prétendent se substituer au souverain : il est insupportable pour lui la notion d’ « Etats chrétiens », faisant du christianisme une religion d’État après l’Edit de Milan de Constantin, en 323.

Bien entendu, la théologie contemporaine sera confrontée au Spinozisme et tous ses grands noms, catholiques ou protestants, vont tenter de faire face à celui qui apparaît encore comme un adversaire fondamental. Nous pouvons citer quelques figures notoires. Par exemple, le pasteur calviniste Karl Barth (1886-1968) n’hésite pas à attaquer les Lumières en pensant que la pensée de Spinoza les a depuis longtemps noyautées. Le Dieu de Spinoza, sans transcendance ni personnalité, ni incarnation ne pouvait être que rejeté par Barth. De son côté, le théologien catholique, Urs von Balthasar (1905-1988) pense que Spinoza est un successeur de Descartes qui n’a pas su penser les éléments qui lui auraient permis d’affronter un panthéisme et un « athéisme logique, où toute espèce de gloire antique ou chrétienne disparaît au profit d’un sujet universel solipsiste, dans lequel liberté et nécessité doivent coïncider ». Henri de Lubac (1896-1991), l’un des plus célèbres théologiens de l’Église catholique du XXe siècle, reconnaît une place unique dans l’histoire des idées à Spinoza, mais qu’il est non seulement dangereux, mais « coupable » d’avoir développé une doctrine panthéiste, naturaliste et rationaliste. C’est le pasteur et philosophe, Paul Tillich (1886-1965) qui manifestera une certaine sympathie pour Spinoza en écrivant que « l’affirmation de soi, selon Spinoza, est participation à l’affirmation de soi divine » et que son Ethique amène à une ultime conséquence : « Le courage d’être est possible parce qu’il est participation à l’affirmation de soi de l’être même » Tillich aura aussi des échanges avec Albert Einstein, profondément influencé par la pensée de Spinoza et le panthéisme qui répondra à la question « Croyez-vous en Dieu ? » : « Je crois dans le Dieu de Spinoza qui se révèle lui-même dans l’harmonie ordonnée de ce qui existe, non pas en un Dieu qui s’occupe de la destinée et des actions des êtres humains ». Nous découvrons, chez le théologien catholique, Joseph Moingt (1915-2020) une certaine sympathie nouvelle, assez contraire aux milieux ecclésiastiques. Pour lui, Spinoza, permet de penser Dieu autrement. C’est pour le théologien une inspiration pour revendiquer la liberté du croyant au coeur de la modernité et cette liberté invite alors à penser toujours plus profondément, là même où il en va de la question de Dieu. Mais, il va également être connu pour son soutien à Pierre Teilhard de Chardin dans le conflit qui l’oppose à L’Église et à la « Compagnie », des jésuites, à laquelle il appartenait. Le conflit portait précisément sur le concept de panthéisme auquel Theilard va faire appel couramment et donc avoir des connivences de fond avec Spinoza, sans qu’on puisse parler d’influences directes. Nous pourrions dire que nul mieux qu’un spinoziste n’est incliné à devenir teilhardien ! Joseph Moingt prendra la défense du mot panthéisme au sein de l’Église en le christianisant (4) : « Le mot « panthéisme » est la traduction littérale du nom de Dieu-Tout, de Dieu-Plérôme. A t-il de quoi effaroucher une religion fondée sur l’incarnation de Dieu, une Eglise qui s’intitule fièrement Corps-du-Christ ? A-t-il de quoi scandaliser quand il est appliqué à la vision, non de ce monde dans son état présent, mais d’un univers spiritualisé, devenu incorruptible et projeté dans l’éternité de la vie de Dieu ? Il ne signifie pas que Dieu est constitué des éléments du monde, dilué en toutes choses. Il signifie l’état d’achèvement que se donne à la fois en lui-même et dans l’humanité du Christ le Dieu amour ». Belle démonstration dialectique qui, hélas, n’emportera ni l’adhésion des théologiens ni celle des panthéistes spinoziens ! Dans une conférence de 1923 intitulée « Panthéisme et christianisme » Teilhard se propose de rapprocher les deux doctrines « en dégageant ce qu’on pourrait appeler l’âme chrétienne du Panthéisme ou la face panthéiste du Christianisme ». Il va jusqu’à énoncer que le panthéisme est une tendance légitime de l’âme humaine reposant sur « la préoccupation religieuse du Tout »(5). L’Ethique n’est pas une accumulation de concepts mais est le mouvement de la substance qui se déploie dans l’organicité du réel. L’orientation christique, essentielle chez Teilhard, rejoint chez Spinoza une orientation vers le Tout, saisi dans son unité et éprouvé par l’homme comme désir infini de persévérer dans l’être. De très rares théologiens iront vers un ralliement total à la pensée spinoziste. Nous citerons cependant Stanislas Breton (1912-2005), religieux de la « Congrégation de la Passion » et philosophe qui déclarera son entière adhésion à la pensée Spinozienne (6) : « Roche sédimentaire, roche activement éruptive, roche métaphorique : dureté du plus brillant et du plus limpide des minéraux, ce diamant, qui n’a jamais pu faire partie d’une couronne, est toujours là à nous attendre ». Exceptionnelle déclaration chez un théologien chrétien !

Pour le christianisme, Spinoza, reste dans l’ensemble quelqu’un de peu fréquentable, de même que beaucoup d’autres penseurs, quand ce n’est pas la philosophie, jugée suspecte ou inutile. Même dans les courants de la théologie les plus en lien avec la culture, il reste un marginal car il illustre toujours certaines dérives panthéistes. A bien des égards, il reste ce monument que l’on respecte en le tenant à distance faute de le comprendre. Pour le christianisme, demeure également le « péché » lié à l’idée que le Christ est seulement homme : il n’y a chez lui ni incarnation de Dieu, ni Résurrection, donc, il ne reste pas grand-chose du témoignage des Ecritures ! Pas grand-chose non plus de l’amour de Dieu pour ses créatures : « Dieu, à proprement parler n’aime personne et n’a personne en haine. Car Dieu n’est affecté d’aucun affect de joie ni de tristesse, et par conséquent, il n’aime personne et n’a personne en haine » (Ethique IV, page 28). Ou encore : « Qui aime Dieu ne peut faire effort pour que Dieu l’aime en retour » (Ethique V, page 19). Pour Spinoza, la projection de l’homme sur une figure paternelle est nulle et sans appel ! Nous reste alors, dans le rapport avec Dieu, de nous saisir nous-mêmes en tant qu’existants dans et à-travers Dieu, saisir Dieu, ou la totalité à-travers telle singularité, à-travers le singulier concret que nous sommes nous-mêmes, et de percevoir que nous existons en Dieu et que Dieu existe à-travers nous. Cette démarche s’accompagne alors d’une joie intense qui est celle de connaître et de se connaître parfaitement, au principe même de l’être, « Nous sentons et nous faisons l’expérience que nous sommes éternels » (Ethique V, page 23). Avec Spinoza, la théologie garde sa liberté d’interprétation, mais la confrontation de la théologie avec lui pose la question plus générale du rapport de la philosophie et de la théologie, alors que Spinoza défend leur séparation pour éviter la subordination de l’une à l’autre et veut défendre l’autonomie de ces deux disciplines en évitant ainsi que l’on condamne une opinion à partir d’une autorité extérieure.

III – LA FRANC-MACONNERIE, A LA CROISÉE DES CHEMINS, A-T-ELLE UNE VISION APAISÉE DES CHOSES ?

Les deux orientations nous donnent un choix dans une vision de l’homme qui n’est pas sans conséquences sur la vision que la Maçonnerie peut en avoir : soit un regard qui dévalorise la nature humaine dans le sens d’une théologie augustinienne, protestante ou janséniste, ou seule la grâce sauve le pécheur de la damnation et où l’on s’en remet à la prédestination ; ou une option plus humaniste qui ne s’illusionne pas sur la pureté de la nature humaine mais qui pense que l’homme peut, sans figure divine, dépasser des morales impossibles au profit de l’éthique. D’où la nécessité d’expliquer au lieu de corriger, ce qui amène à trouver l’équilibre entre fermeté et générosité. Ce qu’écrit Spinoza dans don Traité Théologico-politique (scolie de la proposition 59) : « Par fermeté j’entends le désir par lequel chacun s’efforce de conserver son être sous le seul commandement de la Raison. Tandis que par générosité j’entends le désir par lequel chacun s’efforce sous le seul commandement de la Raison d’aider les autres hommes et de les joindre à lui d’amitié ». Il ne s’agit pas ici de charité, marque d’une supériorité, mais d’une collaboration raisonnable avec l’autre, teintée d’amitié et d’égalité, et ce, en cheminent vers l ‘ « autonomie de soi-même », car il ne s’agit pas de participer à la transcendance de Dieu, mais d’être partie nécessairement de Dieu dans son immanence. Demeure l’analyse des affects qui sont incarnés et ne restent pas seulement des manifestations intellectuelles de notre Raison : devançant la psychanalyse avec génie, Spinoza va comprendre comment ils sont complexes et travaillent à notre insu dans ce qui n’est pas encore nommé « inconscient » et combien sont relatifs et trompeurs les sentiments. Ce qui amène à la tolérance devant la vacuité même du monde et des individus. S’y ajoute donc la conclusion de la liberté de pensée, car les Eglises n’ont ni à se substituer à l’état, ni à entrer en concurrence avec lui. Elles doivent exercer leur autorité dans le cadre des lois, dans le respect du droit commun. Propos nettement en avance sur son époque et qui ébauche déjà largement le concept de « Laïcité » !

Bible et 3 grandes Lumières

La Maçonnerie se pensait tenue à l’écart de ce type de débat, mais en fait de ses origines religieuses chrétiennes et de l’influence du spinozisme, elle se retrouve à la pointe de la réflexion sur l’opposition fondamentale entre christianisme et panthéisme. Le panthéisme est défini par Régis Blanchet de la manière suivante (6) « C’est une philosophie métaphysique et sociale, c’est un espace, un au-delà, de toutes les religions, une vision personnelle et presque sensuelle du monde, un amour intense de la nature qui guide l’homme jusqu’à un amour de l’Être infini ». Nous percevons chez l’auteur, panthéiste convaincu, des accents qui ressemblent à ceux de Teilhard de Chardin !

Bien entendu, la Franc-Maçonnerie dans son idéal de tolérance, ne peut que laisser à chaque Maçon sa liberté d’orientation spirituelle, mais elle ne peut, indéniablement, que constater que l’homme a un besoin de transcendance, sous réserve que pour « tourner rond » il ne convient pas de « tourner en rond » ! Le cheminement métaphysique, à laquelle la Maçonnerie peut apporter dans certains cas son appui, ne nécessite pas forcément l’apport théologique, comme nous le rappelle le poète mystique indien Kabir (7) : « Frère ne te laisse pas prendre aux erreurs du monde. La création est dans le Créateur, le Créateur dans la création : en tous lieux, Il demeure ». Presque une déclaration de foi panthéiste !

Tout cela n’arrange guère notre réflexion de départ sur le « Delta Lumineux » : me rappelle-t-il à l’existence d’un Principe créateur en relation avec sa créature ou le reflet de moi-même en tant que cellule d’un Tout, donc Dieu moi-même à travers l’éternité de la matière ?…

 NOTES

(1) Baron Michel : Les Unitariens. Paris. Editions de l’Harmattan. 2004.

(2) Laux Henri : Spinoza et le christianisme. Paris. PUF. 2022. (page 12).

(3) Condamnations romaines de Spinoza : l’Ethique fut inscrite à l’ « Index librorum prohibitorum » par deux décrets successifs, le premier émanant de la Sacrée Congrégation de l’Index des livres interdits le 13 mars 1679, sous le pontificat d’Innocent XI ; le second émis le 29 août 1690 durant le pontificat d’Alexandre VIII. Dans ce second document était renouvelé la condamnation du « Tractatus theologico-politicus ».

(4) Laux Henri : Idem (page 139)

(5) Teilhard de Chardin Pierre : Comment je crois. Paris. Editions du Seuil. 1969. (page 73)

(5) Breton Stanislas : Spinoza, théologie et politique. Paris. Editions Desclée de Brouwer. 1977. (page 5).

(6) Blanchet Régis : Le panthéisme maçonnique. Rouvray. Editions du Prieuré. 1994. (page 88).

(7) Kabir : Au cabaret de l’amour. Paris. Editions Gallimard. 1959. (page 177)

 BIBLIOGRAPHIE

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– Bénichou Paul : Morales du grand siècle. Paris. Editions Gallimard. 1948.

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– Dagron Tristan : Toland et Leibniz-L’invention du néo-spinozisme. Paris. Ediions Vrin. 2009

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– De Lubac Henri : Le drame de l’humanisme athée. Paris. Editions du Cerf. 1998.

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– Fraisse Jean-Claude : L’oeuvre de Spinoza. Paris. Librairie philosophique J. Vrin. 1978.

– Gueroult Martial : Spinoza-Dieu (Ethique 1). Paris. Editions Aubier-Montaigne. 1968.

– Kant Emmanuel : Oeuvres philosophiques. Editions Gallimard/La Pléiade. 1980.

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– Macherey Pierre : Introduction à l’éthique de Spinoza. Paris. PUF. 1998.

– Moreau Pierre-François : Problèmes du spinozisme. Paris. Editions Vrin. 2006.

– Moreau Pierre-François : Spinoza et le spinozisme. Paris. PUF. 2003.

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– Pascal Blaise : Oeuvres complètes. Paris. Editions du Seuil. 1963.

– Pintard René : Le libertinage érudit dans la première moitié du XVIIe siècle. Genève. Editions Slatkine. 1983.

– Rodis-Lewis : Descartes et le rationalisme. Paris. PUF. 1966.

– Scala André : Spinoza. Paris. Editions Perrin. 2009.

– Spinoza : Oeuvres complètes. Paris. Editions Gallimard/Pléiade. 1954.

– Toland John : Clidophorus. Paris. Editions Allia. 2992.

– Toland John : Lettres à Serena et autres textes. Paris. Editions Champion.

2004.

– Toland John : Le christianisme sans mystères. Paris. Editions Champion. 2005.

– Urs von Balthasar Hans : La gloire et la croix. Paris. Editions Aubier. 1983.

– Vernière Paul : Spinoza et la pensée française avant la Révolution. Paris. PUF. 1954.

– Zac Sylvain : La morale de Spinoza. Paris. PUF. 1959.

Archives antimaçonniques : Histoire de la Franc-Maçonnerie

Enregistrement audio du cours donné par Bernard Faÿ (1893-1978) au Séminaire d’Écône.

Bernard Faÿ, né le 3 avril 1893 à Paris et mort le 31 décembre 1978 à Tours, est un historien et essayiste français. Professeur au Collège de France, il se rallie dès 1940 au maréchal Pétain et est administrateur général de la Bibliothèque nationale sous le régime de Vichy. Condamné en 1945 à l’emprisonnement à perpétuité et à l’indignité nationale pour collaboration avec l’occupant allemand, il est gracié en 1959 par le président René Coty.

En 1940 il est nommé par son ami le Maréchal Pétain Administrateur Général de la Bibliothèque Nationale, puis chef du Service des Sociétés Secrètes.
Bernard Faÿ est donc chargé sous l’occupation de recueillir, de classer et d’étudier l’ensemble des archives saisies dans les loges maçonniques et autres sociétés secrètes.

Il est arrêté en 1945, condamné aux travaux forcés à perpétuité, mais parvient à s’évader en 1951 pour se réfugier en Suisse, puis fût gracié en 1959. A son décès, la messe de requiem fut célébrée en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet par Mgr Ducaud-Bourget, en présence de Mgr Lefebvre

[NDLR : Bernard Faÿ et la FM, une drôle de relation…

Bernard Faÿ est une figure historique dont le parcours et les actions ont laissé une empreinte durable, notamment au sein de la communauté maçonnique. Historien reconnu et essayiste prolifique, Bernard Faÿ a également joué un rôle majeur dans la persécution des francs-maçons sous le régime de Vichy, un aspect de sa vie qui reste particulièrement controversé et pertinent pour un lectorat maçonnique.

Avant de devenir une figure controversée, Bernard Faÿ s’est fait connaître pour ses travaux sur les relations franco-américaines et la franc-maçonnerie. Son livre La Franc-maçonnerie et la Révolution intellectuelle du XVIIIe siècle, publié en 1935 – l’illustration est celle de la réédition de 2022 dans la collection « Documents pour l’histoire » chez Deterna – , est un ouvrage de référence qui explore l’influence de la franc-maçonnerie sur les mouvements intellectuels et politiques du XVIIIe siècle. À travers ses recherches, Bernard Faÿ s’intéresse particulièrement aux réseaux maçonniques et à leur impact sur la société européenne et américaine.

L’année 1940 marque un tournant décisif dans la vie de Bernard Faÿ. Avec l’occupation de la France par les forces allemandes et l’instauration du régime de Vichy sous la direction du maréchal Pétain, Bernard Faÿ se rallie rapidement à ce nouveau pouvoir. Il est nommé administrateur général de la Bibliothèque nationale de France, une position qu’il utilise pour promouvoir les idéaux du régime et, surtout, pour mener une campagne active contre la franc-maçonnerie.

Portrait officiel de Philippe Pétain. 1941 photographie de propagande imprimerie Draeger

Sous Vichy, Bernard Faÿ devient l’un des principaux artisans de la politique antisémite et antimaçonnique du régime collaborationiste. Il dirige le Service des sociétés secrètes, une organisation créée spécifiquement pour traquer et persécuter les francs-maçons. Bernard Faÿ utilise ses connaissances approfondies de la franc-maçonnerie pour identifier, arrêter et faire interner de nombreux maçons. Les archives maçonniques sont saisies et utilisées pour justifier les persécutions, et plusieurs francs-maçons sont envoyés dans des camps de concentration.

Bernard Faÿ a également été impliqué dans la publication de pamphlets et d’articles destinés à discréditer la franc-maçonnerie, accusée de complots et de subversion contre l’État français. Son zèle et son efficacité dans la persécution des francs-maçons lui ont valu une réputation sinistre au sein de la communauté maçonnique.

Après la Libération en 1944, Bernard Faÿ est arrêté et jugé pour collaboration avec l’occupant allemand. En 1945, il est condamné à l’emprisonnement à perpétuité et à l’indignité nationale. Cependant, son histoire prend un tournant inattendu en 1959, lorsque le président René Coty lui accorde une grâce. Cette décision suscite des réactions mitigées, certains voyant en Bernard Faÿ un traître impardonnable, tandis que d’autres considèrent sa contribution intellectuelle.

Emblème officiel du maréchal Pétain en tant que chef de l’État.
Emblème officiel du maréchal Pétain en tant que chef de l’État.

Pour la communauté maçonnique, Bernard Faÿ reste une figure ambivalente. D’une part, ses travaux historiques sur la franc-maçonnerie continuent d’être étudiés pour leur rigueur et leur profondeur. D’autre part, ses actions sous le régime de Vichy rappellent une période sombre de l’histoire maçonnique, marquée par la persécution et la répression.

Le parcours de Bernard Faÿ invite à une réflexion sur la manière dont les intellectuels peuvent être utilisés par les pouvoirs politiques et sur les dangers de l’instrumentalisation des connaissances pour des fins idéologiques. Pour les francs-maçons, il est également un rappel de l’importance de la vigilance face à toute forme de persécution et de la nécessité de défendre les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ! D’actualité, non ?]

Le dernier JOABEN : Au cœur de l’Humanité, entre Lumière et ombre…

Avant de plonger dans ce dernier numéro à la thématique passionnante intitulée « L’humain, l’inhumain, l’humanité », mots que nous étudierons, ci-dessous, de façon profane mais surtout maçonnique, entrons dans les voies qui nous sont pénétrables, à savoir de constater que de très belles plumes sont retenues sous terminologie de « personnalités qualifiées ». Elles apportent chacune une expertise unique et précieuse aux discussions et études sur la franc-maçonnerie, enrichissant ainsi les travaux et publications de JOABEN-La Revue.

À commencer par Gérard Contremoulin, auteur spécialiste du Rite Français, entre autres, essayiste et conférencier renommé, spécialisé dans l’histoire et la philosophie de la franc-maçonnerie. Il est reconnu pour ses contributions aux débats sur l’humanisme et les valeurs maçonniques. Et par ordre alphabétique, nous trouvons :

Laurent Kupferman
  • Christophe Devillers, historien de l’art et chercheur spécialisé dans les symboles et les rituels maçonniques. Ses travaux explorent l’intersection entre l’art, la culture et la franc-maçonnerie ;
  • Laurent Kupferman, écrivain et essayiste, coauteur de plusieurs ouvrages sur la franc-maçonnerie et l’humanisme. Il est actif dans la promotion des valeurs maçonniques à travers ses écrits et ses interventions publiques et ets à l’origine de la panthéonisation de Joséphine Baker ;
  • Dominique Lamoureux, une figure importante dans le monde de la recherche maçonnique, connue pour ses études approfondies sur les rites et les traditions maçonniques. Il contribue régulièrement à des publications spécialisées. Chacun  se souvient encore de son discours lors du 1er mai dernier à l’occasion du rassemblement en hommage aux Martyrs de la Commune de Paris, pour la République et la Laïcité devant la sépulture d’Oscar Wilde.
  • Colette Léger, est une auteure et conférencière, spécialisée dans l’histoire de la Franc-maçonnerie féminine et la place des femmes dans les loges maçonniques. Elle a écrit plusieurs livres et articles sur ce sujet. Elle est honoré du prix littéraire IMF 2018, catégorie « Histoire » pour  « Les 81 grades qui fondèrent au siècle des Lumières le Rite Français » (Éd. Conform) ;
  • Pierre Mollier, historien et archiviste, expert en histoire de la franc-maçonnerie. Il est directeur de la bibliothèque du Grand Orient de France et a publié de très nombreux ouvrages sur les rituels et les symboles maçonniques.
  • Cécile Révauger, Professeure des universités, agrégée d’anglais, docteur de IIIe cycle et docteur d’État, auteure et historiographe reconnue dans les domaines de la franc-maçonnerie et des Lumières. Elle œuvre sans cesse pour la promotion des idées de liberté, d’égalité et de fraternité.
Philippe Guglielmi

JOABEN s’ouvre, comme c’est l’usage, par l’éditorial de Philippe Guglielmi, directeur de publication.

Philippe Guglielmi, Très Sage & Parfait Grand Vénérable, introduit son éditorial en affirmant que la franc-maçonnerie s’inscrit dans un courant profond de l’Humanisme. Les francs-maçons du Grand Orient de France et de son Grand Chapitre Général-Rite Français considèrent cet engagement humaniste comme le cœur de leur action.

L’éditorial commence par souligner que l’engagement maçonnique est avant tout une recherche. Il explique que paradoxalement, l’homme est un mystère pour lui-même. Dans le monde actuel, les humains ont toujours tenté de comprendre et de résoudre ce mystère en projetant leurs espoirs et leurs croyances dans les cieux. Cependant, avec le temps, les humains ont appris à se tourner vers eux-mêmes pour trouver des réponses. La Franc-maçonnerie, en répétant les gestes symboliques lors de l’initiation, invite les membres à projeter la lumière intérieurement.

La franc-maçonnerie,selon Philippe Guglielmi, balise ce chemin de recherche avec des repères symboliques. Elle invite chacun à découvrir et à comprendre l’humain avec lucidité. Cette exploration révèle à la fois les merveilles de l’humanité lorsqu’elle s’élève et ses horreurs lorsqu’elle tombe dans l’inhumain. La Franc-maçonnerie souligne l’importance de l’humanité au pluriel, mettant en valeur la singularité de chaque individu et les particularités culturelles qui les façonnent.

Philippe Guglielmi insiste sur le fait que la franc-maçonnerie encourage l’universalisation de cette diversité humaine non par la violence ou l’uniformisation, mais par la concorde. Il s’agit de construire une humanité commune tout en respectant les différences individuelles, un idéal symbolisé par les Ordres du Rite Français.

L’éditorial met également en lumière l’importance du travail maçonnique. Il s’agit d’un travail intérieur pour chaque individu, mais aussi un travail collectif pour renforcer les liens de fraternité et améliorer la société. Les maçons sont appelés à être « des hommes de bien et loyaux ou des hommes d’honneur et de probité », conformément aux Constitutions de 1723.

Enfin, Philippe Guglielmi parle de l’engagement humaniste des francs-maçons du Grand Chapitre Général-Rite Français du Grand Orient de France comme un combat contre l’ignorance, l’hypocrisie et le fanatisme. Cet engagement vise à émanciper l’humain des obscurantismes et des logiques mercantiles, et à l’orienter vers la sagesse et la compréhension.

L’éditorial se termine sur une note de réflexion profonde : permettre à l’humain de se porter à son meilleur, repousser l’inhumain et construire une humanité éclairée est le chantier des Maçons de Rite Français.

Pierre-Yves Beaurepaire

Retenons le premier article intitulé « La Franc-maçonnerie : un nouvel humanisme au siècle des Lumières », de Pierre-Yves Beaurepaire, historien français spécialisé dans l’histoire culturelle et intellectuelle de l’Europe moderne, particulièrement de la Franc-Maçonnerie et des Lumières. Professeur à l’Université Côte d’Azur, il est membre de l’Institut Universitaire de France et auteur de nombreux ouvrages, dont L’Europe des francs-maçons, XVIIIe-XXIe siècle. Ses recherches éclairent les réseaux de sociabilité et les dynamiques transnationales au XVIIIe siècle.

Pierre-Yves Beaurepaire explore comment la franc-maçonnerie a évolué et s’est adaptée aux idées humanistes qui ont émergé pendant le siècle des Lumières. Ce mouvement intellectuel et culturel, qui s’est épanoui en Europe au XVIIIe siècle, a été marqué par une valorisation de la raison, de la science et de la quête du progrès, tout en promouvant des idées de liberté, d’égalité et de fraternité.

L’article commence par un aperçu historique de la franc-maçonnerie avant le siècle des Lumières. Initialement, les loges maçonniques étaient des associations de tailleurs de pierre, évoluant progressivement pour inclure des membres de diverses professions et pour se concentrer sur des objectifs philosophiques et spirituels plutôt que purement opératifs.

Avec l’avènement des Lumières, la franc-maçonnerie a subi une transformation significative. Les loges maçonniques ont commencé à attirer des intellectuels, des scientifiques, des philosophes et des réformateurs sociaux. Ces nouveaux membres ont apporté avec eux les idéaux des Lumières, transformant la franc-maçonnerie en un espace de réflexion et de débat sur des questions sociales, politiques et philosophiques.

Pierre-Yves Beaurepaire explique comment la franc-maçonnerie a embrassé les principes humanistes des Lumières. Les loges sont devenues des lieux où les idées de rationalité, de progrès et de réforme pouvaient être discutées librement. La franc-maçonnerie a adopté une vision de l’humanisme qui valorisait la dignité humaine, la liberté individuelle et la fraternité universelle.

Couverture 3D, Conform édition

L’article détaille également comment les rituels maçonniques ont été adaptés pour refléter ces nouvelles valeurs. Les symboles et les allégories utilisés dans les cérémonies maçonniques ont été réinterprétés pour promouvoir la quête de la connaissance, l’amélioration de soi et le perfectionnement moral. La franc-maçonnerie a encouragé ses membres à travailler non seulement à leur propre élévation spirituelle, mais aussi à l’amélioration de la société dans son ensemble.

Un aspect crucial abordé dans l’article est l’impact de la franc-maçonnerie sur le progrès social et politique du siècle des Lumières. Les loges maçonniques ont souvent servi de foyers pour les réformes politiques et sociales. Elles ont joué un rôle clé dans la promotion des idées démocratiques, la tolérance religieuse et les droits de l’homme.

Pierre-Yves Beaurepaire illustre cette influence en mentionnant des figures historiques emblématiques qui étaient membres des loges maçonniques et qui ont contribué à des réformes majeures. Il discute également des réseaux maçonniques internationaux qui ont facilité la diffusion des idées des Lumières à travers l’Europe et au-delà.

L’article conclut en soulignant que la franc-maçonnerie, en s’adaptant aux idées humanistes des Lumières, a non seulement transformé ses propres pratiques et objectifs, mais a également eu un impact durable sur la société européenne. En adoptant et en diffusant les idéaux des Lumières, la franc-maçonnerie a contribué à façonner le monde moderne, en promouvant les valeurs de raison, de progrès, de liberté et de fraternité.

Ainsi, Pierre-Yves Beaurepaire démontre que la franc-maçonnerie a joué un rôle crucial en tant que vecteur de l’humanisme éclairé, en soutenant et en propageant les principes qui ont conduit à de nombreux progrès sociaux et politiques.

Revenons sur l’intérêt d’avoir choisi cette thématique de « L’humain, l’inhumain, l’humanité », car ces mots résonnent profondément au cœur du maçon.

L’humain désigne l’ensemble des caractéristiques qui définissent l’être humain, tant sur le plan physique que moral et intellectuel. Cela inclut les capacités cognitives, émotionnelles, et sociales qui permettent aux individus de penser, ressentir, et interagir avec autrui. L’humain englobe également les valeurs de compassion, de solidarité, et de respect qui sont souvent associées à l’humanité. En somme, l’humain se réfère à ce qui est propre à l’espèce humaine, incluant la complexité de ses comportements et de ses cultures.

Dans une perspective maçonnique, l’humain désigne non seulement les caractéristiques physiques et mentales qui définissent l’être humain, mais aussi les valeurs éthiques et morales que la franc-maçonnerie cherche à cultiver. L’humain en maçonnerie est celui qui poursuit un travail constant de perfectionnement personnel et de développement spirituel. Il incarne les vertus de la vérité, de la justice, et de la fraternité. La quête maçonnique vise à éveiller la conscience humaine à travers les rituels et les symboles, encourageant ainsi chaque franc-maçon à devenir un être éclairé, capable de réfléchir par lui-même et de contribuer positivement à la société.

L’inhumain représente tout ce qui va à l’encontre des valeurs et des caractéristiques qui définissent l’humanité. Cela inclut des comportements, des actions, ou des attitudes qui déshumanisent les individus ou les groupes, leur retirant leur dignité et leur essence humaine. L’inhumain se manifeste par la cruauté, la violence, la barbarie, et la négation des droits fondamentaux. Les actes inhumains sont souvent ceux qui causent souffrance et détresse, et qui montrent un mépris total pour la vie et la dignité humaine.

4e de couv., détail

Avec un regard maçonnique, l’inhumain se réfère à tout ce qui contredit les valeurs fondamentales de la franc-maçonnerie. Il s’agit des comportements et des actions qui renient la dignité humaine, tels que la cruauté, l’injustice, et l’intolérance. Dans le contexte maçonnique, l’inhumain est souvent vu comme une conséquence de l’ignorance et du fanatisme, que la maçonnerie cherche activement à combattre par l’éducation, la diffusion de la connaissance, et la promotion des valeurs humanistes. Les francs-maçons s’engagent à identifier et à éradiquer les manifestations de l’inhumain, tant dans leur propre comportement que dans la société.

L’humanité a une double acception. D’une part, elle désigne l’ensemble des êtres humains pris comme un tout global. C’est la communauté des hommes et des femmes qui peuplent la Terre, avec leurs diversités culturelles, sociales, et individuelles. D’autre part, l’humanité fait référence à la qualité d’être humain, c’est-à-dire les vertus de compassion, de bienveillance, et d’altruisme. Cette dimension morale de l’humanité renvoie à la capacité des individus à se montrer empathiques et solidaires, à agir pour le bien commun, et à promouvoir la justice et la paix.

L’humanité, dans une perspective maçonnique, représente à la fois la communauté globale des êtres humains et l’idéal éthique de fraternité universelle. Pour les francs-maçons, l’humanité est un concept sacré qui implique une responsabilité collective de promouvoir la paix, la justice, et la solidarité. La franc-maçonnerie considère l’humanité comme un chantier où chaque membre doit œuvrer à son amélioration continue, en étant un exemple de tolérance et de bienveillance. L’engagement maçonnique envers l’humanité se manifeste par des actions concrètes pour le bien commun, la protection des droits de l’homme, et la lutte contre les inégalités et les injustices.

En explorant ces trois termes, la revue examine les différentes facettes de ce qui constitue notre nature humaine, les dérives possibles vers l’inhumain, et la quête constante pour une humanité meilleure et plus éclairée.

Mais JOABEN, en intégrant ces termes avec un regard maçonnique, analyse non seulement les dimensions philosophiques et éthiques de ce qui constitue notre nature humaine, mais aussi les engagements pratiques et spirituels que chaque franc-maçon est appelé à embrasser. La revue invite ses lecteurs à réfléchir sur comment la Franc-maçonnerie peut continuer à être un bastion de l’humanisme face aux défis contemporains de l’inhumanité.

1re de couv., détail

Le sommaire, commenté

1. La Franc-maçonnerie : un nouvel humanisme au siècle des Lumières – Pierre-Yves Beaurepaire. Un article qui discute de l’évolution de la Franc-maçonnerie et son adaptation aux idées humanistes des Lumières.

2. Tu ne tueras point – Voyage dans les tréfonds de l’inhumanité – Alain Bauer. Il explore les profondeurs de l’inhumanité et les implications morales et éthiques de cette exploration.

3. Primo Levi : surmonter l’épreuve de l’inhumanité – Charles Coutel. Une très belle réflexion sur l’œuvre de Primo Levi et comment il a affronté et dépassé l’inhumanité à travers ses écrits.

4. Francs-Maçons : ne faut-il pas repenser « l’Humain Universel » ? – Aline Kotlyar, Michel Papaud, Jean-Francis Dauriac. Un débat sur la nécessité de redéfinir le concept de l’Humain Universel à la lumière des défis contemporains.

5. L’Humanité partagée – comment le Rite des Modernes a construit la démocratie sociale – Jean-Christophe Garrigues. Une analyse de la contribution du Rite des Modernes à la construction de la démocratie sociale.

6. Le mouvement n’est pas la guerre, c’est la paix – Antoine Godbert. Une exploration des idéaux pacifistes au sein de la Franc-maçonnerie et leur application pratique.

7. L’Humanité – Gérard Contremoulin. Il propose une réflexion sur la nature de l’humanité et ses multiples facettes.

8. L’humain et le non-humain : conscience humaine ou intelligence artificielle ? – Laurent Defillion. Une étude sur les intersections entre la conscience humaine et l’intelligence artificielle.

Notes de lecture – Didier Molines, Jean-Michel Gelin. Une série de critiques littéraires sur des ouvrages récents concernant la Franc-maçonnerie, la mixité, la grandeur, et les découvertes des temples maçonniques en France.

Les 5 ordres de Sagesse

Jean-Michel Gelin est le rédacteur en chef de JOABEN. Sous sa direction, la revue traite des thèmes profonds et contemporains liés à la Franc-maçonnerie. Le dernier numéro, intitulé « L’humain, l’inhumain, l’humanité », explore les frontières de l’humanisme, les dérives de l’inhumanité, et la quête de l’humanité idéale. Gelin apporte une perspective éclairée et une rigueur intellectuelle, guidant les lecteurs à travers des réflexions sur l’histoire, la symbolique, et l’éthique maçonniques.

Le dernier numéro de JOABEN, intitulé « L’humain, l’inhumain, l’humanité », offre une réflexion profonde et diversifiée sur les multiples facettes de l’humanité. Cette édition se distingue par la richesse et la pertinence de ses contributions, explorant des thèmes aussi variés que la moralité, l’inhumanité, l’éthique, et l’évolution des idées humanistes au sein de la Franc-maçonnerie.

Les articles et les notes de lecture nous guident à travers des voyages intellectuels et historiques qui mettent en lumière la capacité de la franc-maçonnerie à s’adapter et à répondre aux défis éthiques et moraux de chaque époque. De l’exploration des idéaux des Lumières par Pierre-Yves Beaurepaire à la plongée dans les tréfonds de l’inhumanité par Alain Bauer, chaque contribution offre une perspective unique et enrichissante.

Les réflexions sur la pédagogie maçonnique, la mixité, et la découverte des temples maçonniques, ainsi que les débats sur la place de Dieu dans la maçonnerie, illustrent la diversité des sujets abordés et l’importance accordée à la compréhension et à la tolérance. Ces discussions révèlent l’engagement constant des francs-maçons à promouvoir un humanisme éclairé, ancré dans la tradition mais résolument tourné vers le progrès et la fraternité universelle.

Il est important de noter que JOABEN n’est pas réservée exclusivement aux frères et sœurs des hauts grades du Rite Français. Cette revue est accessible à tous les francs-maçons, y compris ceux des loges Bleues. Cette inclusivité permet à un large public de profiter des réflexions et des analyses présentées, favorisant ainsi un échange d’idées enrichissant au sein de la communauté maçonnique.

En somme, ce numéro de JOABEN ne se contente pas de décrire les enjeux de l’humanité et de l’inhumanité; il appelle à une introspection et à un engagement renouvelé envers les valeurs maçonniques de liberté, d’égalité et de fraternité. Il démontre que la Franc-maçonnerie, par ses rituels, ses symboles et ses réflexions, reste un pilier de la recherche humaniste et un acteur crucial dans la construction d’un monde plus juste et plus humain.

Ce numéro se révèle donc indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à la philosophie maçonnique, à l’histoire et à l’évolution des idées humanistes, et à la manière dont ces concepts peuvent nous guider pour relever les défis contemporains.

JOABEN-La Revue « L’humain, l’inhumain, l’humanité »

Grand Chapitre Général du Grand Orient de France – Rite Français 1729-1786

Conform édition, N°23 – Juin 2024, 96 pages, 14 €

À commander chez Conform édition et/ou disponible chez DETRAD.

Lieu symbolique : Les merveilles mégalithiques de Locmariaquer (Morbihan)

Locmariaquer est une charmante commune située dans le département du Morbihan, en Bretagne, sur la côte atlantique. Elle est réputée pour ses sites mégalithiques impressionnants et son patrimoine maritime. Elle est également connue pour son patrimoine maritime. Située au bord du golfe du Morbihan, la commune est un port de pêche et de plaisance important. Elle offre des vues pittoresques sur la mer et propose des activités nautiques variées, comme la voile, la pêche et le kayak.

Comme partout en Bretagne, la culture est vivante à Locmariaquer. Les habitants sont fiers de leur patrimoine et célèbrent régulièrement des festivals traditionnels. La gastronomie locale est également un point fort, avec des spécialités telles que les fruits de mer frais, les crêpes et le cidre breton.

De plus, la région autour de Locmariaquer offre des paysages magnifiques, avec des plages, des marais, et des sentiers côtiers. C’est un endroit idéal pour les amateurs de nature et de randonnée, offrant des vues imprenables sur l’océan et des opportunités d’observation de la faune et de la flore locales.

Locmariaquer est une destination fascinante, combinant un riche patrimoine historique, une belle culture maritime et des paysages naturels magnifiques. C’est un endroit parfait pour découvrir la Bretagne authentique.

Les sites mégalithiques

Locmariaquer est célèbre pour ses monuments mégalithiques Ces sites témoignent de l’importance de la région dans la culture néolithique. Parmi les plus notables, nous trouvons le Tumulus d’Er Grah, la Table des Marchand et le grand menhir brisé

Le Tumulus d’Er Grah

Il date du Néolithique et témoigne de l’ingéniosité et de la dévotion des anciens peuples de la région.

Il est également appelé « tumulus de la déesse », une structure longue de plus de 140 mètres et large de 20 mètres. Il s’agit d’un cairn funéraire, construit à partir de pierres sèches et de terre, abritant une allée couverte. Le tumulus s’élève à une hauteur de 10 mètres à son point le plus élevé.

Son histoire

Le Tumulus d’Er Grah remonte à environ 4500 ans avant notre ère, ce qui en fait l’un des plus anciens et des plus grands tumulus de Bretagne. Il a été construit à l’aide de techniques de construction sophistiquées, impliquant la superposition de pierres et de terre pour former une structure massive. Les fouilles ont révélé que le tumulus a été utilisé pour des sépultures collectives, ce qui suggère son importance culturelle et spirituelle pour les populations néolithiques.

Sa signification

Le Tumulus d’Er Grah témoigne de l’importance des pratiques funéraires dans les sociétés néolithiques. Sa taille et sa complexité indiquent qu’il a probablement servi de lieu de repos pour des membres importants de la communauté. Les tumulus comme celui d’Er Grah sont également des symboles de pouvoir et de prestige, reflétant la structure sociale des peuples préhistoriques.

La Table des Marchands

C’est un impressionnant dolmen mégalithique qui fait partie du riche patrimoine préhistorique de la région. Ce site archéologique remarquable est connu pour sa taille, son architecture et les gravures fascinantes qui ornent ses pierres.

La Table des Marchand est un dolmen à couloir, ce qui signifie qu’il se compose d’un long corridor menant à une chambre funéraire. Le dolmen est constitué de plusieurs grandes dalles de pierre. La dalle de couverture, appelée « table », est particulièrement impressionnante en raison de sa taille. Le couloir est orienté de manière à aligner l’entrée du dolmen avec le lever du soleil pendant le solstice d’été, ce qui reflète l’intérêt des anciens peuples pour les phénomènes astronomiques.

Son histoire

La Table des Marchand a été construite pendant le Néolithique, il y a environ 6500 ans. Pour mémoire, la pyramide de Khéops, ou grande pyramide de Gizeh, est un monument construit par les Égyptiens il y a plus de 4500 ans

Ce dolmen était probablement un lieu de sépulture collectif, utilisé par une communauté locale. Les gravures sur les pierres, dont certaines représentent des motifs symboliques, offrent un aperçu des croyances et des préoccupations des anciens habitants de la région.

Ses célèbres gravures

Les gravures sur les pierres de la Table des Marchand sont particulièrement notables. La dalle de couverture est ornée de motifs en spirale et d’une représentation stylisée d’une hache. Ces motifs sont typiques de l’art mégalithique de la région et suggèrent des significations symboliques ou rituelles.

Sa signification

La Table des Marchand est un exemple impressionnant de l’architecture mégalithique et de l’art néolithique. Elle témoigne de la sophistication des premières sociétés agricoles de Bretagne et de leur compréhension des cycles naturels. Ce dolmen est également un témoignage de l’importance des pratiques funéraires dans les cultures préhistoriques.

Le grand menhir brisé

Il est un monument mégalithique spectaculaire et fascinant. Bien que ce menhir soit maintenant brisé en plusieurs morceaux, il reste l’un des plus impressionnants exemples d’architecture préhistorique en Europe.

Sa description

Le grand menhir brisé est une pierre monumentale, autrefois érigée à la verticale. Il mesure environ 20 mètres de long et pèse environ 280 tonnes, ce qui en fait l’un des plus grands menhirs jamais érigés. Aujourd’hui, le menhir est brisé en quatre morceaux, probablement à cause de l’instabilité structurelle et de l’érosion naturelle.

Histoire et signification

Le grand menhir brisé a été érigé vers 4500 avant notre ère, à une époque où la Bretagne était un centre de la culture mégalithique. Il faisait probablement partie d’un alignement plus vaste de pierres, formant une structure cérémonielle ou rituelle. La raison pour laquelle il a été brisé reste incertaine, mais des théories suggèrent que cela pourrait être dû à un séisme, à une instabilité naturelle ou même à une intervention humaine.

Ce menhir colossal illustre le génie architectural des peuples néolithiques, qui ont réussi à déplacer et ériger une pierre de taille énorme. Sa taille et son emplacement suggèrent qu’il avait une importance symbolique ou rituelle, peut-être liée aux cycles solaires ou à des croyances religieuses.

Tous ces monuments sont des témoignages impressionnants de la culture et de l’architecture préhistoriques de la Bretagne. Ils offrent un aperçu fascinant de la vie et des croyances des anciens habitants de la région, et reste un site incontournable pour les amateurs d’histoire et d’archéologie.

450.fm vous souhaite un bon diaporama !

Photos © Yonnel Ghernaouti, YG ; montage LFDFMD1717

Appel à un sursaut pour une République fraternelle

Quelques grandes Obédiences se sont réunies afin de rédiger un communiqué commun

Appel à un sursaut pour une République fraternelle

Paris le 13 juin 2024,

Dimanche dernier, la France est entrée dans une phase très inquiétante de son Histoire, avec l’imminence du retour de l’extrême-droite au pouvoir.

Dans trois semaines, à l’occasion des élections législatives anticipées, le risque de voir la France rejoindre le rang de la sombre cohorte des gouvernements populistes et nationalistes d’extrême droite n’aura jamais été aussi élevé.

Les forces les plus réactionnaires cherchent à s’entendre, avec comme seule ambition, celle de remettre en cause tous les fondamentaux de la philosophie des Lumières, sources du progrès.

Dans cette année où nous commémorons la mémoire de ceux qui sont tombés pour notre liberté face au joug nazi et au régime collaborationniste, les Francs-maçons et les Franc-maçonnes ne peuvent rester muets face au retour du bruit des bottes, des effets de menton et de la geste milicienne.

Fidèles et viscéralement attachés à leur tradition humaniste et universaliste, les Francs-maçons et les Franc-maçonnes seront plus que jamais de ce combat essentiel, celui de la défense de la République fraternelle. Car il ne faut plus seulement sonner l’alerte, mais agir.

Agir sur le terrain, agir dans nos loges, agir en dehors des temples. Agir, c’est aussi entendre la colère de celles et de ceux qui ont pu par lassitude ou par désespoir, porter le 9 juin dernier leurs suffrages sur les fossoyeurs de la République, afin de les convaincre que l’extrême-droite est une impasse.

Réunies hier au siège du Grand Orient de France, les obédiences maçonniques signataires lancent un appel solennel à la mobilisation de tous les Francs-maçons, frères et sœurs, pour dire non à l’inéluctabilité de la victoire de l’extrême-droite et de son idéologie de la haine. Les obédiences maçonniques exhortent tous les Francs-maçons à se rassembler le 18 juin à 18h00 à Paris et dans tous les Orients de France.

Les francs-maçons résistants de tout temps à l’hydre haineuse de l’extrême-droite, fidèles aux idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité se lèvent, déterminés à prendre part dans la reconstruction d’un espoir républicain pour tous.

Guillaume TRICHARD, Grand Maître du Grand Orient de France
Sylvain ZEGHNI, Grand Maître de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain
Bernard DEKOKER-SUAREZ, Grand Maître de la Grande Loge Mixte Universelle
Christiane VIENNE, Grand Maître de la Grande Loge Mixte de France

Obédiences ? Pourquoi ? Pour faire quoi ?

S’il est un besoin irrépressible de la meute humaine, c’est, à l’instar des autres animaux de meute, de se regrouper selon une forme que la nature a sanctifiée. C’est ce que j’appelle dans mes livres et mes conférences l’« organisation pyramidale ». Or notre première exigence dès la naissance est d’apprendre à se conformer à vivre avec les autres, selon les lois inflexibles et inchangeable de cette organisation, la meute.

En fait je prétends qu’il y a un au-delà de nos histoires personnelles, individuelles de notre enfance qui décideraient de tout ce que nous sommes, selon les psychologies et autres psychanalyses. Une pression bien plus forte s’incrusterait dans nos têtes :la manière dont la plupart des mammifères ont de vivre ensemble.

 Sans que cela, jusqu’à aujourd’hui, ne soit vraiment dénoncé : la pyramide est, de toute évidence, pour le marmot, la seule façon de vivre en groupe : la meute !

Les lois de la meute sont depuis toujours considérées comme d’une évidence d’airain. Sauf pour les anarchistes, qui méritent, à eux seuls, des articles dans les revues maçonniques. Pourquoi ? Parce que l’Ordre se targue de prôner la liberté et de l’enflammer de vertus en toutes circonstances .

Pourtant force est de reconnaître l’évidence : Les guerres sont un effet délirant de la panoplie de l’organisation pyramidale : « Un pour tous, tous pour un ». Et tout est dit, même dans nos démocraties. Car le serpent de la soumission à la pyramide est omniprésent, omni fluctuant et dictatorial, partout où des vertébrés de meute sévissent. Nous, les humanimaux, comme le dit D. Béresniak, sommes des mammifères de meute.

Pour rappel voici les caractéristiques de ce type d’organisation : En deux mots, les éthologues l’ont observé : tout en haut, couronné de pouvoirs, au moins de lustres, le « mâle alpha » ; puis autour de lui, les « lieutenants » qui le vénèrent et chopent la partie de pouvoir que le mâle dominant concède. Puis, au fur et à mesure que l’on descend, de plus en plus nombreux, les inféodés… le peuple… Mais aussi, à un degré moindre mais bien réel, les Frères, les Sœurs, enivrés de cette soumission révérée par tous. Elle les conforte dans leur sécurité, exigence première du vivant. Avec l’organisation pyramidale, rien ne fout le camp, tout est à sa place, chacun € a un rôle à jouer.

 Bref et sans tomber dans l’invective sarcastique comme mes phrases peuvent amener à le croire, la nature s’est bien débrouillée pour que survivent les animaux de meute. Et cela fonctionne bien.

En quelques mots, l’organisation pyramidale est le nec plus ultra pour paître en tranquillité, pour jouir de la soumission dite « librement consentie » (une formule maçonnique !). Toute la vie des mammifères se plie sans broncher et sans la moindre conscience, à cette manière de vivre en groupe. Les maçons, évidemment aussi !

Or notre franc-maçonnerie s’enorgueillit de ne jamais se reposer là où des libertés sont menacées. Nos déclarations officielles, nos serments en loges attestent de notre croyance forte en cette valeur de base, la liberté. La réalité est inverse ! En fait, sans s’en douter le moins du monde, les maçons se plient en quatre, en huit, sous les férules de l’organisation pyramidale de l’obédience et de leur loge. C’est le comble pour une association qui clame l’indépendance d’esprit, la tolérance, et la libre pensée !

Bref et sans tomber dans l’invective sarcastique comme mes phrases peuvent amener à le croire, la nature s’est bien débrouillée pour que survivent les animaux de meute. Et cela fonctionne bien.

Il ne nous viendrait pas à l’idée de remettre en cause les soubassements idéologiques in conscients qui nous gouvernent. Nous sommes coulés, roulés, moulés dans ce modèle de vie groupale. 90% des obédiences, (pas toutes) ne se posent pas la question du substrat sociologique, qui les modèle et les aligne. Surtout celles où les initié(e)s chantent la liberté de pensée, dans l’égalité, en garant(e)s de la fraternité. Des plus petites aux plus grandes. Et je n’évoque pas la Maçonnerie anglo-saxonne (Emulation, York) : la soumission pyramidale y est vécue comme la chantaison harmonieuse du vivre ensemble.

Nous voici donc devant l’irrésolu, le contradictoire, l’hypocrisie inconsciente des méandres neuronaux. Nous dénonçons sans cesse les saignements des blessures à la liberté. Mais tout en nous conformant à la loi dictatoriale mais tout à fait naturelle de l’organisation pyramidale. C’est ainsi que naissent les obédiences : dans ce mot, geint une évidence : « Ob » pour obéir et « ience » pour silence !

La critique fuse partout, de tout temps : Dans un monde insensé où serait dénoncés nos présupposés animaux de la vie en meute, la vie deviendrait le fruit insupportable de l’anarchie.

Tout ce que je viens de développer, n’est pas nouveau : les refus de la pyramide des pouvoirs et la disposition en triangle, fut, et est encore, dénoncé par quelques initié (e)s. Les anciens se rappelleront, parmi d’autres, Léo Campion, ce frère gentil et anarchiste qui dénonçait, cette soumission. Quelques émules. Et aujourd’hui même des Frères, des Sœurs osent porter l’étendard de l’anarchie. Mais les obédiences ne les tolèrent pas et ne cessent de les dénoncer en loucedé ou -en déclarations hostiles.

Pourtant, en France, il existe toujours des « cordées » de quelques loges qui ne dépendent ni d’un quelconque règlement principiel, ni de sonores déclarations de vertus. J’en connais trois ou quatre : les Loges sont en relations fraternelles et sans dépendance les unes des autres. Pas de mots d’Ordre, pasde clairon ni de fanfare sur les grandes et belles valeurs prétendument défendues.

L’anarchie est ce trublion au cœur des agitations cervicales, toujours socialement apaisées : Lisons la définition de Wikipédia : << anarchie, ou société libertaire, est une société fondée sur la démocratie directe sans système de pouvoir vertical tel qu’un gouvernement non soumis au peuple (les anarchistes prônent le mandat impératif et le référendum d’initiative populaire), une économie d’exploitation (refus de l’existence du salariat, des monopoles, des cartels, du capitalisme d’État) ou une religion d’État. C’est la situation d’un milieu social où il n’existe pas de rapports de pouvoir verticaux et qui est de ce fait dépourvu de classes sociales.>>

Moi, j’aime beaucoup le très bref : l’anarchie « C’est l’ordre dans le pouvoir ».

Les obédiences ont une mise en organisation spontanée et qui fonctionne dans les perspectives de la grande symphonie de la soumission. Dans leur vocation proclamée, dans les déclarations des loges et des mâles alpha (femelles aussi), les règlements et tout le tintouin qui les organisa en pyramide de pouvoirs jugulés, toujours pareil : Les obédiences sont remises en cause avec prudence et par de rares initié(e)s peu patenté(e)s.

Mais pour autant tout cela fonctionne bien, voire avec harmonie. Alors pourquoi chercher des poux dans les têtes couronnées de ces obédiences ? Pour rien puisqu’il apparaît que le mode d’organisation verticale des pouvoirs soit fait de nature et non choix car les meutes sont soumises à l’intemporalité. Alors que faire, quand nous nous agenouillons devant les réponses à nos désirs libertaires ? A mon sens, rien de fondamental. Sauf à prendre conscience des rêts qui nous entortillent parfois à l’excès. Peut-être est-ce là notre possibilité de tentative anarchique pour ceux, celles qui rêvent, d’un autre monde, comme l’on dit ! Nous serions, nous, Maçons, les gardiens de la Loi. Certes ! Mais d’une Loi qui déclare à cris rares, préserve, cajole la folle inventivité sociale de quelques-uns-es.

Heureusement, des obédiences ont sourdement ingéré la discordance entre le baryton de pouvoir et les flûtes insolentes de quelques Loges. Loin des commissions officielles qui sont des outils pyramidaux, de ci de là, des Loges s’ébattent, pour se pâmer devant des organisations de meute nouvelles et créatives. J’ai évoqué tout à l’heure, ces quelques cordées de Loges qui s’aiment, sans autre dépendance que les relations affectueuses et la floraison des richesses spontanées, dans leurs relations et leurs tenues parfois partagées. Oui, les rites peuvent vaciller. Quelle horreur pour ces références intangibles sacralisés par le passé et les grands causeurs ! Mais qu’importe ?

Un rite, selon moi, n’est pas une prison consentie mais une embrassade de la socialité humanimale !

Que la dépendance qui plaît tant à nos inconscients s’incline enfin devant la reliance.

J’entends s’écrier : « Mais avec ce qu’il dit, tout va foutre le camp, aller dans tous les sens, les repères vont éclater, » Au bout du compte, la belle et grande unité humaine maçonnique que nous défendons, va se fracasser sur les humeurs caillouteuses de ces réflexions hasardeuses et saignantes. Adogmatique, libérale, parfois libertaire c’est ce que chantèrent quelques initiés, comme Oswald Wirth, Léo Campion et d’autres, aujourd’hui encore. Relisons Jules Le Gall : anarchiste (1881-1944). Franc-maçon, libertaire et libre-penseur. Je salue ce Frère visionnaire ou aliéné. Mais peu m’importe !
La grande majorité des maçons de style français, (selon mon expérience de maçon bien ancien !), jubile en entendant ces qualificatifs. Il reste à oser, en chassant l’ignorance, l’hypocrisie et le fanatisme : Sous leurs comptines planquées au fond de moi torpillent des rafales d’air frais. Elles feraient basculer l’opiniâtre organisation pyramidale.

 Pour terminer cet appel à la prise de conscience de ce qui nous enchaîne, éclatons de rire ou de sarcasmes en nous rappelant bêtement que le symbole de la Maçonnerie est un triangle. Il avoue tout ! Serions-nous donc une espèce de meute soumise ? Une meute, bien sûr ; la nature nous a forgés ainsi. Mais soumise ? Oui les animaux de meute recherchent la calmante et sécurisante soumission. Ne pourrions-nous pas trouver la troisième voie ? Pour devenir vraiment des humanimaux ? Nos descendants modèleront peut-être, à partir de leur pâte initiale, ce nouveau cheminement. Après sans doute des cataclysmes, des terreurs, des envolées, des folies ; et vers des horizons régénérés. Inventons-les !

Série de paroles de sagesse bouddhiste par Vincent Cao

La pagode Thiện Minh est un magnifique temple bouddhique vietnamien situé sur la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon dans le département du Rhône. Elle est gérée par l’Association Bouddhique de la région Rhône Alpes sous la présidence du Vénérable Thich Tanh Thiet. Vincent Cao, pratiquant bouddhiste représentant d’une lignée d’enseignants bouddhistes du Mahāyāna ou « grand véhicule » témoigne.

Tous les samedis après-midi, le temple est ouvert aux curieux et à 14 h il y a possibilité d’une visite guidée avec initiation à la méditation et séances de rencontre avec le bouddhisme.

A l’issu de ce moment très convivial, thé et petits
gâteaux. Participation : 5 € par personne


Appelé parfois religion athée, le bouddhisme revêt de multiples formes d’expressions.

Certaines sont très loin du dépouillement originel et de la simple expérience philosophique d’autres se sont adaptées aux exigences sociales et culturelles.

Dans les temples de multiples représentations incarnent une tradition de 2500 ans contemporaine du philosophe Platon.

Toute une vision de l’univers des hommes et des dieux s’offre à la psyché humaine désireuse de mieux comprendre son humanité .

Le programme bouddhiste se décline de manière très pragmatique en 4 « nobles vérités »

  1. La première Noble vérité – DUKKHA, se traduit comme La vérité de la souffrance : toute vie implique la souffrance, l’insatisfaction, des douleurs, des afflictions. Cette première réflexion ressemble plutôt à un regard froid et sans concession sur l’existence
  2. La seconde Noble Vérité – SAMUDAYA.
    La vérité de « l’origine de la souffrance », explore les racines de notre conditionnement et les mécanismes du désir et de l’attachement. C’est une sorte de parcours analytique qui analyse la production conditionnée de notre mental.
  3. La troisième Noble vérité NIRODHA.
    « la vérité de la cessation de la souffrance » : affirme qu’il existe une émancipation, une libération (au sens existentiel). Il y a une sorte d’étape où la vérité ultime apparaît dans toute son évidence et sa lumière. Ce stade appelé Nirvana se traduit parfois comme extinction de la soif ou l’expérience du néant.
  4. La quatrième Noble vérité MAGGA.
    « Le sentier » : montre qu’il existe un chemin qui mène à la cessation de la souffrance et à cette réalisation ultime. Ce chemin est aussi appelé le noble sentier octuple.

Située sur la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon dans le Rhône, la pagode bouddhiste de Thiện Minh dispense ces paroles de sagesse, fragment d’un enseignement bouddhiste.
Ce temple vietnamien est un endroit paisible.

Sa gestion est assurée par l’Association Bouddhique de la région Rhône Alpes sous la présidence du vénérable Thich Tanh Thiet.

L’enseignant, Vincent Cao, de la lignée du Mahāyāna ou « grand véhicule » propose les samedis après-midi, un regard pratique sur le bouddhisme.

Le temple est ouvert aux curieux qui ont la possibilité de participer à une initiation à la méditation suivi d’un enseignement.

Ces vidéos à partager sans modération ont été réalisées en collaboration avec la chaine YouTube « les voies de l’esprit »

https://www.youtube.com/@danielrobin4822

http://www.pagodethienminh.fr/