Ce texte est présenté en trois parties pour en alléger la lecture.Ceci est la première partie, la deuxième sera publiée demain et la troisième sera publiée prochainement.
L’écrivain Albert Camus, disparu accidentellement, et trop tôt pour compenser par sa pensée l’intellectualisme totalitaire débridé qui régnait alors, est resté dans les mémoires, entre autres, pour avoir écrit cette célèbre sentence : « un homme, ça s’empêche[1] ! ».
Cet appel à la morale conduit à se poser la question : « Au fait, qu’est-ce qui fait qu’un Franc-maçon s’empêcherait, et sur quoi ? »
L’imposition à lui d’une Loi ou Morale « universelle ».
Parler de l’homme en général fait référence à l’être en tant que catégorie homogène, à pratiques communes cohérentes et légitimes. Donc astreint à un code moral commun, autrement dit à une « morale universelle ». Par « universel », on entend ce sur quoi tous les hommes peuvent s’accorder, parce que cela ne contredit pas leur expérience de vie.
Quelle serait donc cette « Loi ou Morale Universelle » ou, autrement dit, quels seraient les interdits, acceptables par tous les humains, quelles que soient leur culture, leurs croyances, leurs pratiques ?
Cette tentative de « Morale universelle » intitulée « Loi universelle » avait déjà été identifiée aux « Lois Noachides (ou Noahides) ». Quels étaient les interdits « noachides » ? ; ils étaient au nombre de sept[2].
1. Interdiction de se faire justice soi-même, mais se soumettre aux jugements des tribunaux ;
2. Interdiction du blasphème ;
3. Interdiction de l’idolâtrie;
4. Interdiction des unions illicites : inceste, sodomie, zoophilie, relations sexuelles avec une femme mariée (« adultère ») ;
5. Interdiction du meurtre ;
6. Interdiction du vol ;
7. Interdiction de manger la chair d’un animal vivant.
D’après la Bible, où ces interdits sont sinon explicités en totalité mais certains clairement décrits, on constate que ces Lois Noachides ont été conçues avant la Loi Écrite (les interdits et prescriptions de la Torah). Ce sont les commentaires rabbiniques qui ont explicité la liste des sept interdits.
Dans les Actes des Apôtres, Luc raconte que, lors du Concile de Jérusalem, sous la présidence de Jacques et en présence de Pierre, on convint d’imposer aux païens qui se convertissaient en la foi en Jésus-Christ (qui ne s’appelait pas encore le christianisme), des obligations dont il donne à trois reprises la liste (Ac 15, 20-29; 21, 25) :
• s’abstenir des viandes immolées aux idoles (comparer la troisième loi noahide : interdiction de l’idolâtrie) ;
• s’abstenir de l’impudicité (comparer la quatrième loi noahide : interdiction des unions illicites, c’est-à-dire les relations hors mariage et l’inceste) ;
• s’abstenir des animaux étouffés, c’est-à-dire des viandes non saignées (comparer la dernière loi noahide, dont la formulation rabbinique, toutefois, ne correspond pas exactement : interdiction d’arracher un membre d’un animal vivant) ;
• s’abstenir du sang (comparer la cinquième loi noachide ; interdiction de l’assassinat).
Les Livres Sibyllins[3] (ou « Livre des Sibylles) (fin du Ier siècle) présentent les Lois Noachides comme des lois morales que toutes les nations ont l’obligation (notons le terme !) d’observer[4]. L’Antiquité les concevait donc comme ayant valeur de « Loi ou Morale universelle ».
La Première épître aux Corinthiens fera allusion aux deux premières (I Co. 5, 1 : allusion à l’interdit de l’inceste ; I Co. 8, 1ss : allusion à l’interdit des viandes offertes aux idoles), mais aussi à la première loi noachide (obligation de respecter les décisions des tribunaux et de ne pas se faire justice soi-même, v. I Co. 6, 1-10) et à la sixième (interdiction du vol, v. I Co. 6, 10) ; quant à la deuxième (interdiction de blasphémer), elle pourrait être évoquée dans d’autres passages pauliniens, comme l’épître aux Romains, 2, 24[5].
Une Morale universelle est-elle possible ?
Arche de Noé, Edward Hicks, 1780 – 1849.
Tout système de morale est composé d’interdits, imposés de l’extérieur ; les interdits peuvent être, selon les cas, d’origine sacrée, théologique, religieuse, imposés par une autorité civile extérieure ou autre. Et les interdits et leurs sanctions varient naturellement selon les lieux, les temps et les cultures. Il apparaît donc que le concept de « morale universelle » est un oxymore, aucune morale ne pouvant prétendre raisonnablement à l’universalité, même au sein d’un même espace civilisationnel homogène.
Si un tel concept d’universalité de mœurs à obéir existe au niveau universel, il ne peut s’agir de « morale » mais d’autre chose : d’un mode de pensée unique et de vie imposé par un régime totalitaire, d’un terrorisme idéologique, voire d’un conditionnement politico-économique. Fondé sur l’égarement, la fabrication de la terreur et la coercition de la sanction, l’application forcée d’une forme « sanitaire » de « morale universelle » s’est accompagnée d’un contrôle social à surveillance technologique, avec matraquage de slogans moralisateurs culpabilisants (« tous vaccinés, tous protégés ! »), comme la crise du Covid nous a donné de la subir ; avec l’exclusion hors de l’« universalité », tous ceux qui n’ont pas voulu se soumettre au « diktat moralisateur universel ».
Au XVIIIe siècle, l’idée d’universalité donc de « Morale Universelle » était dans l’air du temps.
Le sujet de l’existence possible d’une Morale Universelle a fait l’objet aux XVIIe et XVIIIe de travaux de plusieurs philosophes : Montaigne, Rousseau, Voltaire, Kant, Hume, etc., et cela, à une époque où Newton bouleversait la connaissance scientifique par une théorie sur la Nature que l’on pourrait qualifier « d’absolue » (temps, espace, lois de l’univers). Son influence sur l’universalité de la Morale, devenant absolue, renvoyait à l’erreur l’idée de moralités « relatives » selon les peuples et les circonstances. En tous cas, une Morale relative ne pouvait convenir pour soutenir intellectuellement et pratiquement le projet d’une « république universelle » composés de « citoyens du monde », auquel s’associera la Maçonnerie spéculative naissante, en le dotant du caractère de fraternité universelle.
C’est alors, et dans ce but que le concept de « morale » trop relatif et particulier, fait place à celui d’« éthique », au sens spinozien du terme.
C’est Spinoza en particulier, dont l’œuvre philosophique s’intitule … « L’Éthique », reprenant des pensées antérieures (Hobbes par exemple), qui a théorisé l’éthique comme facteur de liberté et réduit la morale à celui de servitude volontaire sous apparence d’engagement et de liberté.
Penser « Éthique Universelle », c’est penser que les multiples points de vue moraux divisent les hommes plus qu’ils ne les unissent. L’éthique, c’est penser que ce qui est bon pour soi doit aussi être bon pour autrui, et que ce qui est mauvais pour soi doit aussi l’être pour autrui.
De ce point de vue, la valeur éthique d’une pensée, d’une volonté et d’une action doit être appréciée en fonction de sa capacité d’universalisation.
L’éthique est une obligation intérieure, au-delà du respect de la morale « locale » que tout bon citoyen ou « bon « croyant » se doit par ailleurs de respecter pour ne pas se mettre hors la loi.
Le foyer de l’éthique se trouve dans la raison humaine, et non dans des interdits imposés de l’extérieur, donc accessible à chacun, car la raison se trouve en tout homme, d’où sa valeur universelle. Il s’ensuit que les interdits moraux, corollaires de l’Éthique Universelle, sont dans notre raison. Ils sont intériorisés. Si ces interdits étaient d’origine sacrée, théologique, religieuse, ou imposés par une autorité extérieure, la Morale et les interdits correspondants ne pourraient être universels, mais seulement relatifs. Il s’ensuit que l’appréciation du caractère d’universalité ne se trouve pas dans le sentiment personnel, mais dans la raison, voire dans l’intuition que chacun peut avoir, comme indiqué supra, de la capacité d’universalisation de ses pensées, de ses volontés et de ses actes, et non dans les interdits de morale, toujours relatifs aux hommes et aux lieux.
La place manque ici pour développer ces grandes idées. Nous nous contenterons de citer trois pensées, d’Immanuel Kant[6], philosophe de référence sur le sujet, pour illustrer le propos :
« Agis uniquement d’après une maxime telle que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. »[7]
« Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature. »
« Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans la personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. ».
Cela s’appelle l’éthique !
Il n’y a universalité de l’éthique que s’il y valeur d’universalisation des fins de l’intention !
Fin de la première partie.
La deuxième et la troisième parties seront publiées successivement prochainement.
[1] Albert Camus(1913-1960) Prix Nobel de Littérature en 1957, Le premier homme.
[2] Il existe quelques variantes de nombre et de traduction de ces interdits (cf. Talmud de Babylone Sanhédrin 56a, sqq. et Genèse Raba 24, 5).
[3] À ne pas confondre avec Les Oracles Sibyllins »
[4] Cf. Naomi G. Cohen, “Taryag and the Noahide Commandments”, University of Haifa, Israel. Journal of Jewish Studies Spring 1992 | vol. 43 | no. 1 | pp. 046–057
[6]Fondement de la métaphysique des mœurs (Première section, 13)
[7] Les maximes (…) du sens commun (…) sont les maximes suivantes : 1. Penser par soi-même; 2. Penser en se mettant à la place de tout autre; 3. Toujours penser en accord avec soi-même. La première maxime est la maxime de la pensée sans préjugés, la seconde maxime est celle de la pensée élargie, la troisième maxime est celle de la pensée conséquente. La première maxime est celle d’une pensée qui n’est jamais passive. On appelle préjugé la tendance à la passivité et par conséquent à l’hétéronomie de la raison (…). En ce qui concerne la seconde maxime de la pensée nous sommes bien habitués par ailleurs à appeler étroit d’esprit (borné, le contraire d’élargi) celui dont les talents ne suffisent pas à un usage important (…). Il n’est pas en ceci question des facultés de la connaissance, mais de la manière de penser et de faire de la pensée un usage final; et si petit selon l’extension et le degré que soit le champ couvert par les dons naturels de l’homme, c’est là ce qui montre cependant un homme d’esprit ouvert que de pouvoir s’élever au-dessus des conditions subjectives du jugement, en lesquelles tant d’autres se cramponnent, et de pouvoir réfléchir sur son propre jugement à partir d’un point de vue universel (qu’il ne peut déterminer qu’en se plaçant au point de vue d’autrui). C’est la troisième maxime, celle de la manière de penser conséquente, qui est la plus difficile à mettre en œuvre; on ne le peut qu’en liant les deux premières maximes et après avoir acquis une maîtrise rendue parfaite par un exercice répété. In maphilosophie.fr.
Martin Gandoff, dans son ouvrage monumental – en anglais – intitulé Over 300 Years of Masonic Ritual (Plus de 300 ans de Rituel Maçonnique), nous propose une plongée fascinante et érudite dans les mystères de la franc-maçonnerie. Loin d’être un simple exposé chronologique des événements, ce livre s’aventure à retracer l’évolution des rituels maçonniques à travers les siècles, en s’appuyant sur une rigueur historique remarquable et une analyse pénétrante des changements culturels et sociaux qui ont influencé la pratique de la franc-maçonnerie.
Le livre s’ouvre sur une question fondamentale : qu’est-ce que le Craft ( le Métier) de la franc-maçonnerie et d’où vient-il ? Pour répondre à cette interrogation, Martin Gandoff remonte aux origines les plus anciennes, explorant les pratiques maçonniques entre 1200 et 1700. Il met en lumière les transformations profondes qui ont marqué cette période, montrant comment la franc-maçonnerie est passée d’une série de pratiques artisanales secrètes à une organisation philosophique et fraternelle influente. Martin Gandoff, avec une plume précise et une érudition sans faille, décrit les différentes étapes qui ont mené à la formation de la Première Grande Loge en juin 1717, un moment crucial qui marque le début d’une nouvelle ère pour la franc-maçonnerie.
L’ouvrage continue en explorant les raisons de la formation de cette Grande Loge et les conséquences qu’elle a eues sur l’organisation et la pratique de la franc-maçonnerie. L’auteur ne se contente pas de décrire les événements ; il cherche à comprendre et à expliquer les motivations profondes qui ont conduit à ces changements. En analysant les influences sociales, politiques et religieuses de l’époque, Martin Gandoff offre une perspective riche et nuancée sur les dynamiques internes et externes qui ont façonné le rituel maçonnique tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Un des aspects les plus captivants de ce livre est l’analyse minutieuse des variations rituelles à travers l’Angleterre. Martin Gandoff, avec une rigueur presque archéologique, examine les différentes pratiques rituelles qui ont coexisté, se sont opposées ou ont fusionné au fil du temps. Il offre ainsi un panorama détaillé des divers courants qui ont traversé la franc-maçonnerie, tout en les replaçant dans le contexte plus large des évolutions culturelles et historiques.
Ce travail n’est pas seulement une étude historique ; il est aussi une invitation à la réflexion pour tout franc-maçon ou amateur de la maçonnerie. Martin Gandoff propose des observations pénétrantes et soulève des questions intrigantes qui incitent le lecteur à contempler la signification profonde des rituels maçonniques et leur pertinence dans le monde contemporain. Son approche, bien que profondément ancrée dans l’histoire, ne manque pas de pertinence pour les débats actuels sur l’avenir de la franc-maçonnerie.
L’auteur fait également preuve d’une grande habileté dans l’art de la synthèse. Les 240 pages de cet ouvrage sont denses et riches en informations, mais Martin Gandoff réussit à les présenter de manière claire et accessible, sans pour autant sacrifier la complexité des sujets abordés. Son style, à la fois littéraire et érudit, rend la lecture à la fois agréable et stimulante.
Biographie de l’auteur
Martin Gandoff est un historien reconnu, spécialiste de la franc-maçonnerie et de ses rituels. Auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le sujet, il est considéré comme une autorité dans le domaine de l’histoire maçonnique. Sa formation académique rigoureuse et sa passion pour l’histoire l’ont conduit à explorer en profondeur les aspects méconnus et souvent mal compris de la franc-maçonnerie. Martin Gandoff est également un conférencier respecté, souvent invité à parler de l’évolution des rituels maçonniques et de leur signification dans le contexte moderne.
Présentation de l’éditeur
Ce livre est publié par Lewis Masonic, un éditeur britannique de renom spécialisé dans les ouvrages sur la franc-maçonnerie. Fondée il y a plus de cent ans, Lewis Masonic s’est imposée comme la principale maison d’édition pour les livres traitant de la franc-maçonnerie, avec un catalogue riche couvrant tous les aspects de la tradition maçonnique, des rituels et symboles aux études historiques et analyses contemporaines. Réputé pour la qualité de ses publications et l’expertise de ses auteurs, Lewis Masonic est un nom respecté parmi les francs-maçons du monde entier.
The Complete Story of the Craft Ritual of Freemasonry from the Earliest Records to the Present Day de Martin Gandoff est bien plus qu’un simple livre d’histoire ; c’est une exploration profonde et captivante de la franc-maçonnerie, qui offre à la fois une riche analyse des rituels et une réflexion sur leur évolution au fil des siècles. C’est une œuvre essentielle pour tout franc-maçon ou chercheur désireux de comprendre les racines et l’évolution de cette ancienne tradition.
The Complete Story of the Craft Ritual of Freemasonry from the Earliest Records to the Present Day
Cette carte postale ancienne (CPA) des funérailles de Maurice Berteaux, se présente à la fois comme une scène solennelle et un témoignage historique précieux. Elle capture un moment unique où la République française rend hommage à un de ses serviteurs dévoués, sous le regard attentif de la Franc-maçonnerie, dont les symboles et la présence imposante marquent de manière indélébile cet adieu collectif.
Au centre de la scène
Au centre de la scène, les rangs serrés des francs-maçons avancent avec gravité. Leurs costumes sombres, ornés de tabliers maçonniques et d’écharpes blanches, créent une harmonie visuelle empreinte de respect et de dignité. Les chapeaux hauts-de-forme ajoutent une touche d’élégance formelle, tandis que les visages graves témoignent du poids de l’événement. Ces hommes, figures importantes de la République et gardiens des idéaux maçonniques, sont là pour rendre un dernier hommage à Maurice Berteaux, non seulement en tant que ministre de la Guerre, mais aussi en tant que frère maçon, un homme qui partageait avec eux une vision du monde fondée sur la liberté, l’égalité, et la fraternité.
Le cadrage de la CPA
Le cadrage de la CPA, avec l’alignement précis des silhouettes, accentue la solennité du moment. La foule qui se tient en arrière-plan, presque anonyme, renforce l’idée que cet hommage dépasse le cadre personnel pour devenir un acte public, une cérémonie nationale. La présence des monuments parisiens en arrière-plan, à peine visibles dans le lointain, rappelle que cette procession a lieu au cœur de la capitale, dans un lieu où l’histoire de la République française s’est souvent écrite.
Le texte
Le texte qui surmonte l’image, « FUNÉRAILLES DE M. MAURICE BERTEAUX, Ministre de la Guerre, mort accidentellement le 21 Mai 1911. La Franc-Maçonnerie », encadre le sens de la scène avec une simplicité poignante. Il suggère non seulement la perte d’un homme d’État, mais aussi celle d’un membre éminent de la communauté maçonnique, une communauté qui, à travers ses rituels et symboles, cherche à donner du sens à la vie et à la mort dans un cadre philosophique et spirituel.
Cette image n’est pas seulement un document historique ; elle est aussi un symbole de la relation intime entre la République française et la franc-maçonnerie au début du XXe siècle. En ce jour funèbre de mai 1911, la République laïque et la franc-maçonnerie se rejoignent dans une célébration de la vie d’un homme dont l’engagement pour les valeurs républicaines était indéfectible.
Le sigle F.F. Paris visible en haut à droite indique les initiales de l’imprimeur
Le sigle F.F. correspond à Fernand Fleury, un imprimeur parisien renommé. Il a travaillé principalement pour des éditeurs locaux et était basé au 43 avenue de la République à Paris, dans le 11e arrondissement.
Fernand Fleury est particulièrement connu pour son travail sur des séries de cartes postales, et parmi celles-ci, la série « TOUT PARIS » est sans doute la plus célèbre, comptant au moins 2300 cartes. Cette série est très recherchée par les collectionneurs en raison de sa qualité et de son intérêt historique.
Fernand Fleury n’était pas seulement un imprimeur, mais un acteur clé dans la diffusion de la culture visuelle parisienne à travers ses cartes postales. Son travail d’imprimeur consistait à transformer les images fournies par les photographes ou les éditeurs en cartes postales de haute qualité, souvent colorisées ou enrichies de détails, qui étaient ensuite largement distribuées.
Le fait que cette carte postale portant la mention « F.F. Paris » ait été imprimée par Fernand Fleury ajoute une dimension supplémentaire à son intérêt, en la reliant à une figure importante de l’industrie de la carte postale en France. Cela confirme aussi que cette carte est un produit de qualité, issu d’une tradition d’excellence dans l’impression et la reproduction d’images.
Maurice Berteaux est un homme politique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, ainsi qu’un franc-maçon actif
Maurice Berteaux
Sa vie et sa carrière politique
Maurice Berteaux est né le 3 juin 1852 à Saint-Maur-des-Fossés, dans une famille bourgeoise. Son père était un industriel dans le domaine du textile. Maurice Berteaux a suivi des études de droit avant de se lancer dans le monde des affaires en tant qu’associé dans l’entreprise familiale. Cependant, son intérêt pour les affaires publiques le pousse rapidement vers la politique.
Seine-et-Oise
Il devient conseiller municipal de Chatou, une commune des Yvelines, où il montre un engagement constant pour le développement local. En 1893, il est élu député de Seine-et-Oise.
Rappelons qu’en 1968, dans le cadre de la réorganisation administrative de la région parisienne, le département de la Seine-et-Oise a été supprimé et son territoire a été divisé en plusieurs nouveaux départements dont celui des Yvelines (chef-lieu : Versailles) correspondant à la partie ouest de l’ancienne Seine-et-Oise.
Maurice Berteaux s’affirme rapidement comme un républicain radical-socialiste, une tendance politique prônant la laïcité, la démocratie parlementaire, et les réformes sociales progressistes.
Tombe de Maurice Berteaux au cimetière des Landes à Chatou (Yvelines)
Il se distingue par son engagement en faveur des réformes militaires et par son attachement aux valeurs républicaines. En 1904, il est nommé ministre de la Guerre dans le gouvernement d’Émile Combes, où il s’efforce de moderniser l’armée française tout en luttant contre l’influence cléricale dans les affaires militaires, en ligne avec la loi de séparation des Églises et de l’État.
Le 21 mai 1911, alors qu’il est redevenu ministre de la Guerre dans le gouvernement de Joseph Caillaux, et qu’il assistait au départ de la course aérienne Paris-Madrid à Issy-les-Moulineaux, il trouve la mort tragiquement, frappé par un aéroplane piloté par l’aviateur Train qui s’est écrasé.
Son parcours maçonnique
Maurice Berteaux était également un franc-maçon très actif, particulièrement au sein du Grand Orient de France, la principale obédience maçonnique en France, connue pour son engagement en faveur des valeurs républicaines, laïques, et démocratiques.
Maurice Berteaux fréquentait assidûment la loge de Saint-Germain-en-Laye, une ville située non loin de sa résidence à Chatou. Sa présence régulière et son implication dans les activités de la loge témoignent de son attachement aux principes maçonniques, qu’il transposait dans son action publique, notamment dans la défense de la laïcité et des libertés républicaines.
Ses prises de position en faveur de la laïcité et contre l’influence de l’Église dans les affaires publiques reflètent cet engagement. Il a notamment soutenu la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, un projet soutenu par de nombreux francs-maçons de l’époque.
Par la suite, en reconnaissance de son engagement, une loge maçonnique fut créée et porta son nom. Cette loge symbolise l’héritage qu’il a laissé non seulement dans la sphère publique, mais aussi au sein de la franc-maçonnerie. Elle perpétue sa mémoire et continue d’œuvrer selon les principes et valeurs qu’il défendait, tout en rendant hommage à sa contribution à la fois à la République et à la franc-maçonnerie.
Son héritage
Maurice Berteaux a laissé une empreinte significative dans l’histoire politique et militaire de la France. Sa mort prématurée a été largement déplorée, tant pour sa contribution à la République que pour son rôle dans la modernisation de l’armée française.
Aujourd’hui, Maurice Berteaux est souvent commémoré comme un fervent défenseur de la République et un réformateur militaire engagé. Plusieurs lieux publics en France portent son nom, en hommage à son dévouement à la nation et à la République.
Pour en savoir plus sur ce grand défenseur des idées républicaines, nous vous invitions à lire Un grand parlementaire de la IIIe République, Maurice Berteaux (1852-1911) (Clio 94 n° 11, 1993, p. 139-143) que nous devons à l’un des contributeurs de 450.fm, notre TCF Jean-Pierre Thomas ou encore l’article de J. Marec « Maurice Berteaux, député et ministre de la Guerre (1852-1911) », dans le Bulletin. des Amis du Vieux Saint-Germain (n° 42, 2005).
La fin de notre feuilleton estival des CPA
Cette carte postale achève avec élégance notre série estivale. Tandis que 12 millions d’écoliers, collégiens et lycéens s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école dès le lundi 2 septembre, cette CPA nous rappelle que pour les 169 500 francs-maçons de France, c’est aussi le retour aux temples, lieux de réflexion et de méditation, où ils poursuivront leur quête d’amélioration personnelle et sociale. Comme l’année scolaire, la vie maçonnique est rythmée par des cycles de travail, d’apprentissage et de transmission, et c’est dans ce contexte que la mémoire de Maurice Berteaux continue de vivre, non seulement comme celle d’un ministre, mais aussi comme celle d’un frère maçon dont l’héritage demeure gravé dans les cœurs et les esprits.
Septembre, c’est la rentrée, après parfois pour certains d’entre-vous, de longues semaines en dilettante. Notre vie est rythmée par des calendriers que l’on se plait à conserver et à utiliser dans notre vie courante.
Le mois de septembre est une période de renouveau décisif, pour repartir sur de nouvelles bases, en s’imposant des exigences influencées par un rythme souvent scolaire.
« TOUT VA BIEN, JE DOIS PASSER L’ÉPREUVE DES MARRONNIERS ! »
Il y a dans ces traditions qui nous rappellent nos rentrées scolaires, un rituel qui nous interpelle comme franc-maçon.
Nous nous laissons prendre au jeu, car nous sommes un peu joueurs. C’est aussi l’occasion de redéfinir des valeurs, d’en reparler, d’approfondir et de remettre en fonction nos modes opératoires maçonniques sur la réflexion.
C’est ce que vous propose au travers du « mini-délire » de la Minute du Grand René dans la vidéo ci-dessous :
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Les Jeux paralympiques qui viennent de s’ouvrir à Paris sont l’occasion de se poser à nouveaux frais la question de l’intégration des personnes en situation de handicap physique, sensoriel ou mental dans notre société, sans négliger une réflexion approfondie sur leur sort au sein de nos fraternités maçonniques.
Dans son vibrant discours lors de la cérémonie d’ouverture, ce 28 août, le président du Comité paralympique international, Andrew Parsons, en a appelé à la liberté, à l’inclusion et à l’égalité, déclarant notamment, au sujet des compétitions qui allaient suivre : « nous célébrerons ce qui nous rend différents, montrerons qu’il y a de la force dans la différence, de la beauté dans la différence, et que cette différence est une force puissante au service du bien [1] ».
Non seulement, grâce au sport, les athlètes en cause parviennent à être bien dans leur peau, mais ils remplacent, dans le cœur des spectateurs valides, par de l’admiration et de la solidarité, la sensation de malaise que ceux-ci éprouvent d’ordinaire, face aux infirmités – quelque chose de vague, de confus, d’inavoué, ces meurtrissures de l’angoisse, immédiates et irrépressibles, qui les font regarder ailleurs, comme le relève si bien Philippe Croizon [2], athlète quadri-amputé, pour qui « c’est culturel d’avoir peur du handicap » et qui préfère parler, plutôt que de handicapés, « de femmes et d’hommes qui font autrement ».
Car ces sportifs objectivement diminués se sont confrontés à leurs déficiences ou à leurs mutilations pour accomplir un parcours qu’ils n’auraient peut-être pas entrepris sans cela. Ils ont refusé de s’achopper aux immenses difficultés qu’ils rencontraient. Ils ont grignoté jour après jour l’adversité qui les tourmentait. Par leurs combats et leurs défis, ils ont gagné la seule intégrité qui soit, celle d’une conscience profondément accomplie, qui dépasse de beaucoup la satisfaction souvent puérile et orgueilleuse de la simple totalité physique.
En réalité, il faudrait que les jeux paralympiques aient lieu au moins une fois par an, pour que nous nous souciions enfin sérieusement de l’adaptation de l’ensemble des environnements aux enfants et aux adultes porteurs de handicap [3] or cette peur subconsciente qui nous envahit nous vient du fond des âges, de l’époque où le malheur des hommes relevait, dans l’opinion commune, de la volonté de Dieu. Dans l’idéologie dominant alors, chacun méritait le destin auquel il était assigné. Il se peut bien qu’il nous en reste quelque chose…
Quant à la longue tradition de la franc-maçonnerie spéculative, elle n’est pas épargnée, non plus. Ainsi, dès l’origine, en 1723, Les Constitutions d’Anderson énoncent impérativement que : « [L’Apprenti] ne doit avoir aucune Mutilation ou Défaut en son Corps qui puissent le rendre incapable d’apprendre l’Art ou de servir le Seigneur de son Vénérable, d’être initié comme Frère[4] […] ».
Graduellement, on en fut conduit à exclure une longue série de « B » (répétition où certains, au-delà de la curiosité d’un vocabulaire choisi, voulaient voir un céleste présage), tels les bègues (et les sourds), les bigles (ceux qui louchaient), les boiteux (les bancals et les nains aussi), les borgnes (et a fortiori les aveugles). Pour faire bonne mesure, on y ajoutait les bossus, les bâtards et les bougres (autrement appelés sodomites, c’est-à-dire les homosexuels). Quoique, dans cette dernière catégorie, on s’était montré plutôt « gay friendly » envers Cambacérès qui fut également, sous l’Empire, l’un des tout premiers dignitaires de la franc-maçonnerie… Donc, au XVIIIe siècle et au-delà, sans que l’on puisse vraiment dater la fin de ces déplorables assimilations, les déficiences physiques emportaient des déficiences morales [5].
Même quand disparurent ces amalgames accablants et ces disqualifications abruptes, le chemin des loges resta longtemps semé d’obstacles plus ou moins tortueux. La plupart des frères handicapés que l’on croisait en loge s’étaient retrouvés dans cette condition, au cours de leur existence, mais après leur initiation. Le sujet mérite encore d’être clarifié [6]. C’est, d’ailleurs, pourquoi fut créée, au Grand Orient de France – et ce, en 2021 seulement, ce qui en démontre l’actualité –, une loge de recherche dédiée à cette problématique [7], intitulée : « Héphaïstos 3H (Héphaïstos [8], handicap, humanisme) ». Elle a, d’emblée, spécifiquement orienté ses réflexions sur l’accessibilité des lieux maçonniques, la praticabilité des rituels et la mise à disposition d’outils de communication aidant à une évolution significative dans l’univers maçonnique.
Bénéfices, à mon sens, loin d’être accessoires : cette voie d’accueil et d’ouverture permet également de guérir les frères valides, des diverses « infirmités » qui les empêchent d’initier, dans toute la mesure du possible, des candidats affectés d’une insuffisance ou d’une diminution de leurs capacités physiques. De surcroît, c’est certainement un moyen de parvenir tous ensemble et plus pleinement à la Lumière.
[1] « We will celebrate what makes us different, show there is strength in difference, beauty in difference, and that difference serves as a powerful force for good. » À retrouver ici dans son discours intégral en anglais.
[2] Philippe Croizon a parrainé, ce 31 août, la nouvelle émission de Marina Carrère d’Encausse : « Carnets de santé », le samedi à midi, sur France Culture (cliquer ici pour accéder au podcast radiophonique et ici pour la captation vidéo). Pour en savoir plus sur Philippe Croizon, cliquer ici.
[3] Observons, d’ailleurs, que l’accessibilité aux Jeux s’annonçait déjà comme une « galère » pour les spectateurs handicapés et ce fut bel et bien le cas. Cliquer ici pour accéder à un article du journal Libération, publié le 20 mai 2024.
[4] Au livre des Obligations du franc-maçon, Ch. IV, p. 2.
[6] Sur le sujet en général, on se reportera avec intérêt à l’essai de Francine Caruel & Jean Moreau, L’Art Royal et le Petit Prince : Franc-maçonnerie et handicap, Paris : Detrad aVs (Coll. : Rencontres), déc. 2010, 208 p. (v. site de l’éditeur en cliquant ici).
Un compte rendu de l’ouvrage, accessible en ligne en cliquant ici, est paru sous la signature de Jacques Demorgon : « Le nœud gordien des handicaps, défi de l’humain », pp. 17-26, in : Humanisme [Grand Orient de France] 2011/2, № 292 (« Les invisibles, ceux que l’on ignore »), 124 p.
[7] Pour en savoir plus sur l’allumage des feux de cette loge de recherche, cliquer ici.
[8] Hḗphaistos (en grec ancien : Ἥφαιστος), ce dieu du feu, de la forge, de la métallurgie et des volcans, dans la mythologie grecque, assimilé, par syncrétisme, à Vulcain dans la mythologie romaine, est devenu boiteux, encore tout bébé, après avoir été jeté au bas de l’Olympe par sa mère, Héra, tant il lui paraissait laid et repoussant. Pour en savoir plus sur Héphaïstos, cliquer ici. Sans compter que, dieu de la forge, Hḗphaistos n’est pas sans rappeler allusivement, dans notre légendaire, le biblique Hiram Abiff, artisan bronzier…
Le Groupe de Recherche Maçonnique Suisse organise le samedi 28 septembre 2024, à Lausanne, une conférence intitulée « Recherche et mise en valeur d’anciens rituels maçonniques, pourquoi et qu’en faire ? ». Cet événement, destiné aux membres et aux amis du Groupement, sera animé par Christian Mermet, Secrétaire de la Fondation LATOMIA.
Contexte et objectifs de la conférence
La conférence se focalise sur un sujet d’une importance cruciale pour l’histoire et la pratique contemporaine de la franc-maçonnerie : la recherche, la conservation, et la mise en valeur des anciens rituels maçonniques. Christian Mermet, avec son expertise en tant que responsable de la Fondation LATOMIA, abordera les méthodes et les enjeux liés à cette quête de redécouverte des traditions maçonniques anciennes.
La Fondation LATOMIA, surnommée « carrière de fouilles maçonniques », est dédiée à la promotion de la recherche sur les rituels et l’histoire maçonnique. Initialement créée pour servir les maçons, quelle que soit leur obédience, elle est désormais accessible aux chercheurs « profanes » qualifiés, élargissant ainsi son audience au-delà des cercles strictement maçonniques. La Fondation se distingue par son engagement à publier des documents, principalement des rituels du XVIIIe siècle, sous forme de fac-similés restaurés, accompagnés de transcriptions et de traductions pour en faciliter l’étude et la compréhension.
Importance et impact des travaux de la Fondation LATOMIA
Depuis la découverte en 1976 du manuscrit « Francken », un document fondateur du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), la Fondation LATOMIA a accumulé un fonds impressionnant de plus de 400 documents. Ces manuscrits, souvent numérisés ou transcrits, offrent une fenêtre unique sur les pratiques et les évolutions de la franc-maçonnerie au fil des siècles. Les travaux de la Fondation, et particulièrement les découvertes récentes comme le rituel « Courtin », sont essentiels pour comprendre l’évolution des trois premiers degrés du REAA, pratiqués à Lausanne dès le XIXe siècle.
L’objectif de la conférence est double : d’une part, exposer le processus de recherche et de valorisation de ces anciens rituels, et d’autre part, discuter de l’utilisation de ces documents pour enrichir la compréhension actuelle de l’histoire maçonnique. Christian Mermet partagera les méthodologies employées pour découvrir, restaurer, et interpréter ces documents, soulignant l’importance de leur préservation pour les générations futures.
Pourquoi et qu’en faire ?
La question posée par la conférence – « pourquoi et qu’en faire ? » – invite à une réflexion sur l’importance de ces rituels dans le contexte actuel. Pourquoi est-il crucial de redécouvrir et de préserver ces textes anciens ? Quels enseignements peuvent-ils encore offrir à la franc-maçonnerie moderne ? Et surtout, comment les intégrer dans une pratique qui, tout en respectant les traditions, doit s’adapter aux réalités contemporaines ?
Christian Mermet
Christian Mermet abordera ces interrogations, en soulignant que les rituels maçonniques anciens ne sont pas simplement des artefacts historiques. Ils sont des éléments vivants d’une tradition qui continue d’évoluer. Leur redécouverte permet non seulement de renforcer l’identité maçonnique, mais aussi d’enrichir la pratique maçonnique actuelle en la reconnectant à ses racines profondes.
Programme de la journée
Accueil : 10:00
Conférence : 10:30
Apéritif offert par le GRA : 11:45
Repas de midi : 12:30 dans les locaux maçonniques lausannois
Fin de la rencontre : 15:00
Prix de participation : CHF 15. (env. 16,02 €) – pour les amis (non-membres) du GRA, gratuit pour les membres. Inscription préalable indispensable pour la présence au repas (prix CHF 35. (env. 37,38€)– avec les boissons) Via le courriel du GRA/Délai d’inscription au repas : mercredi 25 septembre 2024
Ressources vidéo recommandées
En complément à cette conférence, nous vous recommandons de visionner les vidéos suivantes pour enrichir votre compréhension de la franc-maçonnerie :
1717-2017, Trois siècles de franc-maçonnerie – Conférence à l’Université de Mons
Il est intéressant de noter que c’est Nicolas Penin, récemment élu grand maître du Grand Orient de France (GODF), qui nous a inspirés à entreprendre cette note de lecture.
Nicolas Penin – GODF
Conseiller Principal d’Éducation (CPE) et ancien responsable syndical à l’UNSA, Nicolas Penin a été élu à la tête de cette importante obédience maçonnique française le jeudi 22 août dernier, succédant à Guillaume Trichard. Né en 1975 dans la région Nord-Pas-de-Calais, Nicolas Penin, à 48 ans, incarne la continuité des valeurs républicaines de l’école publique et de la laïcité, dont il est un fervent défenseur. D’ailleurs, demain, dimanche 1er septembre, de 9h42 à 10h, « Divers aspects de la pensée contemporaine », émission de France Culture, recevra le nouveau grand maître du GODF.
Dans son discours d’élection, il a immédiatement mis en avant la nécessité de renforcer ces piliers fondamentaux, avertissant que toute faiblesse dans ces domaines pourrait ouvrir la porte à des risques de séparatisme et de ségrégation. Son parcours dans l’Éducation nationale, notamment en tant que secrétaire régional du syndicat Unsa-Éducation pour les Hauts-de-France, l’a profondément ancré dans les débats actuels sur l’éducation en France. C’est précisément cette passion pour l’école publique et la défense de ses valeurs républicaines qui nous a donné l’envie et l’idée de réaliser cette analyse approfondie de l’ouvrage Grande et petites histoires de l’école.
Ce livre du documentaire événement de France TV de Françoise Davisse et Carl Aderhold (Nathan, 2022) s’inscrit dans une longue tradition d’ouvrages explorant la thématique de l’éducation. L’école, en tant qu’institution, a suscité un intérêt constant au fil des décennies, donnant lieu à une multitude d’essais et de réflexions philosophiques.
Parmi ces ouvrages, citons notamment Pour une éducation humaniste de Noam Chomsky (2010), un essai qui interroge les fondements de l’éducation contemporaine. De même, Réflexions sur l’éducation d’Emmanuel Kant (date de publication originale en 1803) et De l’éducation de Jiddu Krishnamurti (éd. originelle 1959) offrent des perspectives philosophiques profondes sur le rôle de l’éducation dans la formation de l’individu.
D’autres auteurs ont abordé les enjeux contemporains de l’école, comme Béatrice Mabilon-Bonfils et François Durpaire dans La fin de l’école, l’ère du savoir-relation (2014), ou encore Edgar Morin dans ses multiples contributions, dont Enseigner à vivre (2014) et La tête bien faite (1999). Ces œuvres montrent l’évolution des réflexions sur l’éducation, qui s’étendent bien au-delà des frontières de l’école traditionnelle pour inclure les défis posés par la société moderne et le numérique, comme le souligne L’École, le numérique et la société qui vient de Denis Kambouchner, Philippe Meirieu et Bernard Stiegler (2012).
En somme, Grande et petites histoires de l’école s’ajoute à une vaste bibliothèque d’ouvrages dédiés à l’examen critique de l’éducation, contribuant à enrichir le débat sur l’avenir de l’école et son rôle dans la société.
Revenons à l’ouvrage
Ce livre signé par Françoise Davisse et Carl Aderhold est bien plus qu’une simple évocation de l’évolution de l’école en France. Il s’agit d’une plongée au cœur de ce qui constitue non seulement l’épine dorsale de la société française mais aussi le reflet des aspirations, des luttes et des espoirs qui ont façonné les différentes générations. Ce livre, en lien avec le documentaire événement de France Télévisions, prend le lecteur par la main et le guide à travers des décennies de transformations, parfois douloureuses, souvent nécessaires, de l’institution scolaire.
L’écriture de cet ouvrage se caractérise par une richesse narrative qui entremêle avec habileté anecdotes, faits historiques et réflexions sociopolitiques. Dès les premières pages, les auteurs établissent un lien fort entre l’école et la République, notion centrale et récurrente dans la pensée éducative française. L’école y est présentée non seulement comme un lieu d’apprentissage mais aussi comme un espace de socialisation où se forge l’idée même de citoyenneté. Cette vision est appuyée par une analyse minutieuse des différentes phases de l’évolution de l’école, depuis l’école pour tous, concept révolutionnaire pour son époque, jusqu’aux débats contemporains sur l’inclusivité et l’équité.
Françoise Davisse et Carl Aderhold choisissent de ne pas simplement retracer l’histoire linéaire de l’école mais plutôt d’en exposer les différentes facettes à travers des chapitres thématiques qui explorent des sujets variés tels que le mérite, la promotion sociale, le savoir, la laïcité et le rôle de l’école dans la République. Cette structure permet non seulement de mettre en lumière les enjeux spécifiques de chaque époque mais aussi de démontrer la complexité et la continuité des débats qui entourent l’institution scolaire.
L’école pour tous, telle que présentée dans le premier chapitre, est une idée qui, si elle paraît aujourd’hui évidente, fut à son origine une véritable révolution. Les auteurs rappellent avec pertinence que la démocratisation de l’accès à l’éducation a été un long combat, souvent marqué par des résistances fortes de la part des élites qui y voyaient une menace pour leur hégémonie sociale. Ils soulignent également les contradictions inhérentes à cette idée d’école pour tous, notamment lorsque celle-ci est confrontée à la réalité des inégalités sociales et économiques qui continuent de peser sur le système éducatif.
Les chapitres suivants approfondissent la réflexion en s’attardant sur la notion de mérite et sur la tension entre excellence et égalité des chances. L’idée que l’école doit être un lieu où chacun peut, par son travail, gravir les échelons sociaux est explorée à travers une analyse des politiques éducatives successives et des résultats contrastés qu’elles ont produits. Françoise Davisse et Carl Aderhold ne manquent pas de souligner les échecs, parfois cuisants, de certaines réformes qui, en cherchant à promouvoir l’excellence, ont renforcé les inégalités au lieu de les atténuer.
Un des moments forts de l’ouvrage est sans doute la discussion autour de l’école laïque, pilier de la République française. Les auteurs montrent comment cette laïcité, souvent érigée en rempart contre les influences religieuses, a évolué pour devenir un point de crispation dans les débats contemporains sur l’identité nationale et le vivre-ensemble. Ils n’hésitent pas à aborder les controverses les plus récentes, notamment celles liées au port des signes religieux à l’école, en offrant une perspective historique qui éclaire les enjeux actuels.
L’analyse se poursuit avec un chapitre consacré à l’école de la République, où l’accent est mis sur le rôle fondamental de l’école dans la construction d’un sentiment d’appartenance nationale. Les auteurs explorent comment, à travers l’histoire, l’école a été utilisée comme un outil de propagation des valeurs républicaines, mais aussi comme un moyen de contrôle social. Cette dualité est présentée de manière nuancée, avec une attention particulière portée aux périodes où l’école a dû naviguer entre ces deux fonctions parfois contradictoires.
Enfin, l’ouvrage se termine sur une réflexion autour de la question brûlante de la séparation ou de l’unification des élèves selon leurs origines sociales et culturelles. Ce dernier chapitre est particulièrement percutant, car il soulève des questions fondamentales sur l’avenir de l’école en tant qu’institution capable de garantir à la fois l’égalité des chances et la cohésion sociale.
La biographie des auteurs
Françoise Davisse
Françoise Davisse est une réalisatrice et documentariste française reconnue pour ses travaux qui abordent des sujets de société avec une approche à la fois critique et engagée. Son expertise dans l’analyse des dynamiques sociales et éducatives lui confère une perspective unique, qu’elle partage dans cet ouvrage en collaboration avec Carl Aderhold.
Carl Aderhold
Carl Aderhold est un écrivain et historien français, auteur de plusieurs ouvrages qui explorent des thématiques variées allant de l’histoire à la littérature. Son approche rigoureuse et documentée permet de donner à l’ouvrage une profondeur historique et une richesse d’analyse qui complètent parfaitement la vision de Françoise Davisse.
Présentation de l’éditeur Nathan
Nathan est une maison d’édition française fondée en 1881, spécialisée dans la publication de livres scolaires, d’ouvrages parascolaires, de jeunesse et d’essais. Reconnue pour son engagement en faveur de l’éducation, Nathan s’est imposée comme une référence dans le domaine des publications pédagogiques. Avec Grande et petites histoires de l’école, Nathan continue de jouer un rôle clé dans la réflexion sur les enjeux éducatifs contemporains, en offrant une plateforme à des voix qui interrogent, analysent et proposent des solutions pour l’avenir de l’école.
Grande et petites histoires de l’école est un ouvrage incontournable pour quiconque s’intéresse à l’histoire de l’éducation en France et aux débats actuels qui façonnent l’avenir de cette institution fondamentale. Les auteurs, par leur approche rigoureuse et leur capacité à rendre accessible une matière complexe, offrent au lecteur une véritable immersion dans les méandres de l’histoire scolaire française, tout en l’invitant à réfléchir sur les défis qui se posent aujourd’hui.
Grande et petites histoires de l’école
Carl Aderhold – Françoise Davisse-Nathan, 2022, 240 pages, 16,95 €
L’Infolettre bimensuelle (n°34 – Août 2024) des Libres Penseurs de France (ADLPF) est une publication qui se dresse en défense de la liberté de conscience et de la laïcité, deux valeurs fondamentales dans la société contemporaine, particulièrement en France, où l’histoire de la laïcité est riche et complexe. Cette infolettre s’affirme comme une vigie qui, par une veille numérique, entend mettre en lumière non seulement les avancées mais aussi les menaces qui pèsent sur ces principes dans divers domaines comme la culture, la politique, l’éducation, et le féminisme.
La citation de Victor Hugo (Océan prose) « La volonté trouve, la liberté choisit. Trouver et choisir, c’est penser »
Le choix de la citation de Victor Hugo, « La volonté trouve, la liberté choisit. Trouver et choisir, c’est penser », résonne comme un appel à l’intellectualisme engagé, à une réflexion profonde sur la liberté d’expression et la laïcité. Ces notions, pour l’ADLPF, ne sont pas que des concepts abstraits, mais des combats quotidiens dans lesquels chaque acte de pensée, chaque parole libre, devient un geste politique.
L’infolettre aborde plusieurs sujets d’actualité
L’infolettre aborde plusieurs sujets d’actualité, parmi lesquels l’affaire Mila occupe une place centrale. Mila, devenue une figure controversée après avoir répondu de manière crue à une vague de cyberharcèlement en 2020, est ici analysée sous un angle à la fois critique et complexe. L’article d’Élodie Solaris, qui reproche à Mila d’être passée de victime de harcèlement à influenceuse d’extrême droite, expose une tension entre la défense de la liberté d’expression et les risques associés à la diffusion de discours perçus comme extrémistes. L’infolettre ne se contente pas de dénoncer cette position, elle la décortique pour mettre en lumière les implications politiques et médiatiques de ce changement de perception.
Blasphème – Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
Vous avez dit droit au blasphème ?
La question du droit au blasphème, intrinsèquement liée à la laïcité, est explorée avec une acuité qui souligne l’importance de maintenir un espace public où toutes les opinions, y compris celles qui dérangent, peuvent être exprimées sans crainte de répression. Cependant, cette défense intransigeante de la liberté de conscience et d’expression pose aussi des défis, notamment dans la mesure où elle peut être exploitée par des courants politiques dont les valeurs sont en tension avec celles de la laïcité.
Synagogue – Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
Les attentats antisémites en France
Le traitement médiatique des attentats antisémites en France est également un point fort de cette infolettre. Il est particulièrement intéressant de noter comment la nomination des victimes et la qualification des crimes sont analysées sous le prisme de la laïcité et de l’universalisme républicain. L’analyse démontre que, malgré une reconnaissance officielle, la spécificité des victimes juives tend à être occultée dans un discours national qui privilégie l’unité et la non-distinction religieuse. Cela met en évidence un paradoxe : comment concilier la reconnaissance des identités particulières avec un idéal républicain qui aspire à transcender ces distinctions ?
Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
Montée de l’extrême droite ? Vigilance accrue !
L’infolettre ne se contente pas de dresser un constat, elle appelle à une vigilance accrue face à la montée de l’extrême droite, qui, selon les articles sélectionnés, tente de s’approprier les valeurs de laïcité et de liberté pour légitimer des discours de haine et d’exclusion. Cette dérive est particulièrement préoccupante dans un contexte où certains intellectuels médiatiques semblent abandonner le front républicain, contribuant ainsi à une banalisation des idées réactionnaires.
En somme, cette infolettre bimensuelle des Libres Penseurs de France s’érige comme un outil essentiel pour ceux qui souhaitent comprendre et défendre la laïcité et la liberté de conscience dans un monde de plus en plus polarisé. Par ses analyses pointues et ses prises de position claires, elle nous rappelle que la pensée libre n’est pas seulement un droit, mais aussi un devoir dans la défense des valeurs démocratiques.
… et se mettre en ordre pour la reprise des travaux.
Ah l’été ! Quelle douce période où le soleil brille, où les enfants jouent à la plage et où, ressourcées en vitamine D, certaines ont dévoré avec joie, le cœur palpitant, le dernier roman hautement philosophique de la collection Harlequin ! La seule ombre serait peut-être, que cela reste la période propice où les législateurs se découvrent une passion insatiable pour la rédaction de nouvelles Lois. Mais, heureusement, en ces temps de gestion courante des affaires d’Etat, nous devrions éviter les grands débats de rentrée sur la législation des pailles biodégradables !
Ah septembre ! Le mois les plus anxiogène où les jours raccourcissent plus vite que notre envie de voir ranger nos rabanes ! Mais, c’est aussi le moment, où ressourcés de notre bonne et belle humeur ou encore de faux optimisme (oui, parce qu’optimisme est volonté et pessimisme inné), nous retournons sur le lieu de notre labeur professionnel ou d’initié…
Reprendre le travail, est-ce comme plonger dans une eau glacée en espérant qu’elle soit à température ambiante ? Il ne faut pas oublier, comme l’a dit Pierre DAC que « tout corps plongé dans un flux d’emmerdements pivote de façon à exposer sa surface maximale » ! Reprendre les travaux, en franc-maçonnerie, après quasi 2 mois d’abstinence, c’est comme retrouver sa famille que l’on aurait perdue de vue, comme un 1er de l’An où l’on s’arme de bonnes résolutions. Nous serons efficaces et travaillerons sans relâche au Grand Œuvre ! Et nous resserrerons nos liens, quitte à tirer 3 canons de trop ! Mais est-ce que cela remplacera un bon vieux 15 août sur le sable ? Ou ailleurs d’ailleurs ?
Alors, pour bien attaquer cette rentrée de septembre, comme l’écolier prépare son cartable tout neuf, le salarié s’arme de courage pour reprendre métro ou routes embouteillées, il convient pour tout bon franc-maçon de se remettre à l’ordre, si tant est qu’il puisse retrouver où il a bien pu ranger ses : rituel, décor et tablier !
Nous sommes honorés d’accueillir Liliane Mirville qui, le samedi 1er juin 2024 à l’issue de l’Assemblée Générale annuelle, a été élue par les Députées Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France (GLFF), pour cette interview exclusive. Forte de son expérience et de son engagement profond, elle incarne un nouveau souffle pour cette institution vénérable et se prépare à diriger avec sagesse et vision la plus grande obédience féminine au monde.
Liliane Mirville : Bonjour, en premier lieu, je voudrais saluer vos lectrices et lecteurs et vous remercier de cette interview.
450.fm : Très respectable sœur, très chère Liliane, pouvez-vous nous parler des grandes figures féminines qui vous ont inspirée tout au long de votre vie, qu’elles soient maçonniques ou non ?
LM : Quatre grandes figures féminines m’ont inspirée et ont tracé ma voie de femme et de femme Franc- Maçonne : Olympe de Gouges, Louise Michel, Simone de Beauvoir, Simone Veil. Ces personnalités ont marqué leur époque ,par leur destin hors norme. Ce sont des femmes, héroïques, des pionnières éclairées et les plus illustres figures de nombreux combats menés par les femmes pour l’égalité, l’abolition de l’esclavage, la défense pour leur émancipation…
450.fm : Pourriez-vous partager avec nous un moment marquant de votre carrière maçonnique qui a particulièrement influencé votre parcours ?
L. M. : Un moment marquant de ma carrière maçonnique a été l’initiation de femmes en tant que Vénérable Maîtresse d’une loge de la Grande Loge Féminine de France. Une responsabilité, une grande émotion, une grande joie, un devoir de transmission ininterrompue de la démarche initiatique et spirituelle. Initier des femmes, c’est les mettre à un début de chemin. C’est leur faire prendre conscience de leurs potentialités, de prendre la mesure de leur liberté, de leur faire comprendre la place vitale qu’elles occupent dans l’univers par leur engagement fécond dans la construction de la Cité pour une humanité meilleure.
450.fm : Quels sont, selon vous, les défis actuels les plus importants pour la franc-maçonnerie féminine en France ?
L. M. : Pour moi, il n’y a qu’un seul défi , celui qui consiste à dépasser le clivage des valeurs masculines et des valeurs féminines pour arriver à reconnaître leur valeur universelle de paix. En somme c’est réunir ce qui épars aujourd’hui.
450.fm : Comment envisagez-vous de faire rayonner les valeurs de la Grande Loge Féminine de France ?
L. M. : Faire rayonner nos valeurs : c’est porter haut et fort notre idéal maçonnique et les valeurs qui nous rassemblent, c’est aussi et surtout, porter haut et fort un message d’Espérance.
Tout d’abord, la GLFF, ordre initiatique, a pour but le perfectionnement de l’humanité ; à cet effet, les franc maçonnes travaillent à l’amélioration constante de la condition humaine…Elles ont pour devoir d’étendre à tous les membres de l’humanité les liens fraternels qui les unissent. Elle a pour objet la recherche constante et sans limite de la Vérité, de la Justice, dans le respect d’autrui et la liberté absolue de conscience … (art 1 de la Constitution).
Être initiée à la GLFF, c’est se construire, travailler à l’intérieur des loges pour porter à l’extérieur l’idéal et nos valeurs. Mais c’est aussi agir, prendre position, c’est se sentir responsable du monde réel dans lequel nous vivons.
Entrer dans une Obédience féminine ,c’est se battre pour celles qui n’ont pas la liberté de se battre. C’est se battre pour celles qui n’osent pas ou ne peuvent pas parler.
Toute l’action de nos pionnières a été de participer activement à l’émancipation des femmes :
-à la reconnaissance des droits sociaux des femmes,
-au développement de la contraception, à la légalisation et l’inscription de l’IVG dans la Constitution.
Nous devons poursuive ces actions, avec ardeur, permettant l’émancipation des femmes qui se rassemblent autour des valeurs de la République, dont la GLFF fait siennes, LIBERTE -EGALITE- FRATERNITE
450.fm : Quelles initiatives spécifiques prévoyez-vous pour renforcer la présence de la GLFF dans le paysage maçonnique français ?
L. M. : La GLFF occupe une place prépondérante au sein de la Franc Maçonnerie mondiale.
Elle est la première Obédience maçonnique féminine dans le monde, compte aujourd’hui 13000 membres voire 25000 membres avec les Grandes Loges Féminine dans le monde, issus d’horizons et de milieux différents .C’est une Association avec 452 loges réparties en France métropolitaine, en Outre-mer, dans de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique du Nord, et d’Europe sur 4 continents et 20 pays.
Les initiatives spécifiques pour renforcer notre présence dans le paysage maçonnique passe par d’une part, par l’organisation de nombreux colloques, conférences, salons maçonniques, journées régionales, visio conférences et d’autre part par les nombreuses visites des Conseillères Déléguées auprès des loges dont elles ont la charge ce qui favorise les échanges et les liens et renforce la solidité féminine.
450.fm : Comment prévoyez-vous de vivifier la vie initiatique et spirituelle au sein de la GLFF ?
L. M. : La Grande Loge féminine de France travaille dans différents domaines : symbolique, philosophique et sociétal selon plusieurs rites : REAA rite de l’Obédience, RF avec ses 4 variantes, Rite Écossais Rectifié, Rite d’Adoption, Rite Ancien et Primitif Memphis Misraïm. Ces différents rites offrent de nouvelles voies de recherches, qui répondent aux différentes sensibilités pour les Sœurs de la GLFF ainsi que pour les profanes.
L’initiatique est bien le socle de notre démarche qui nous rassemble et fonde notre unité. Ce travail initiatique collectif est incontournable, il est effectué en Loges, selon le rituel que, chacune a choisi.
Notre dimension initiatique nous offre les forces et les méthodes qui nous permettent à nous, femmes initiées « d’être et de devenir ».
450.fm : Quelle est votre vision pour l’avenir de la laïcité et des droits des femmes dans le contexte actuel ?
L. M. : Bien que le principe de laïcité soit inscrit dans la Constitution de la République Française dans son article 1, celui-ci est bien malmené depuis quelques années.
Nous assistons à une résurgence du religieux dans la société. La tentation du communautarisme, proposant une organisation sociale sur la base de communautés fondées, la plupart du temps, sur des lois religieuses, et vivant les unes à côté des autres, à l’exemple des pays anglo-saxons, doit être considérée comme contraire à ce qui caractérise l’organisation de la société française depuis la loi du 9 décembre 1905. Ce qui se passe en ce moment, avec des demandes croissantes d’accommodements qui peuvent sembler raisonnables, droits à la différence en matière religieuse sont plus s inquiétants pour l’avenir, pour la liberté, l’égalité et la fraternité.
Est-il nécessaire d’ajouter que laïcité et droit des femmes sont intimement liés ? Les femmes sont toujours les premières victimes des intégrismes religieux.
Nos combats et nos engagements doivent continuer avec plus d’ardeur encore ,pour dénoncer les structures de domination masculine, les stéréotypes, les difficultés des femmes : violence, difficulté économique, plafond de verre, prostitution, terrorismes religieux et politiques…
450.fm : Comment comptez-vous intégrer les nouvelles technologies dans les pratiques et les communications de la GLFF ?
L. M. : Je dirais que pour le moment , nous n’utilisons que les médias « classiques ». En dehors du digital, nous communiquons grâce à nos communiqués, envoyés à la presse, et grâce à nos publications.
450.fm : Quels sont les principaux projets qui vous tiennent à cœur pour les trois prochaines années de votre mandat ?
L. M. En complément du projet « Vivifions la vie initiatique et spirituelle », je vous en citerai trois autres :
Contribuer à notre rayonnement
Ma volonté, c’est de communiquer davantage, par tout type de support, pour faire connaître pleinement dans le monde la spécificité féminine et ses valeurs distinctives de la Grande Loge féminine de France et ainsi susciter le « désir » chez d’autres femmes de nous rejoindre.
Au sein de l’Obédience, c’est organiser davantage de Tenues Blanches Fermées, de Tenues Communes entre loges avec une pluralité de conférencières qui, j’en suis persuadée, auront à cœur de faire partager leurs travaux.
Les thèmes de réflexion émanent de multiples directions :
-des commissions (Laïcité, Droits des Femmes, Ethique et Bioéthique, Vœux, Histoire et Recherche maçonnique, etc.), des congrès régionaux, des loges de l’obédience avec les travaux .
C’est mettre au point des colloques ou autres manifestations pour partager auprès d’un large public, nos publications, écrites par des femmes Franc Maçonnes, » Voix d’Initiées et Les Cahiers de Bathilde Vérité » et systématiquement proposées lors de chaque évènement.
Être visible en Europe, à l’International et Outre- Mer, nos actions déjà entreprises avec l’Institut maçonnique européen que nous avons créé en 2008, pour porter la voix de la Grande Loge Féminine de France auprès des institutions sont à pérenniser.
Rayonner passe par un développement de la GLFF. Incorporer de nouvelles loges en France, en Europe, en Outre-mer et à l’International dans l’Obédience, puis fonder de nouvelles obédiences féminines indépendantes et souveraines font partie des priorités de l’évolution de la GLFF.
De nombreuses Obédiences émanant de la GLFF ont déjà été créées. En 2025, nous espérons, voir la naissance d’une, voire deux nouvelles Obédiences féminines….
Favoriser un recrutement dynamique,
Le paysage maçonnique a changé, de nombreuses Obédiences se sont ouvertes aux femmes et la pandémie COVID est passée par là, comme les autres Obédiences, nous avons vu nos effectifs diminuer, aussi nous devons favoriser un recrutement dynamique, alors comment peut-on faire ?
J’ai demandé en Convent que chaque Sœur de la GLFF devienne une « Ambassadrice » active favorisant la cooptation comme mode de recrutement de nos loges mais aussi « des Ambassadrices » d’une Franc-Maçonnerie féminine actuelle lors de tous nos événements. Ce comportement est vital pour le devenir de notre Obédience. A cet effet, lors de notre prochaine Assemblée, un débat de fond portera sur la thématique « la Jeunesse-notre Avenir » ?
Placer la solidarité au sein de notre engagement
La solidarité est une des valeurs à laquelle je suis profondément attachée. C’est une valeur essentielle qu’il nous faut transmettre d’autant plus que nous vivons une période de crise économique importante au quotidien qui génère beaucoup d’inquiétudes et d’anxiétés.
Nous avons Un Fonds de dotation qui s’appelle « Femmes Ensemble ».
Nous participons aux actions inter obédiencielles, en ce qui concerne l’emploi, l’aide aux anciens, la colonie de vacances…
450.fm : Pouvez-vous nous en dire plus sur le fonds de dotation « Femmes Ensemble » et comment il soutient les droits des femmes et la solidarité ?
L. M. : Le Fonds de dotation « Femmes Ensemble » qui, grâce aux dons de nos membres, vient en aide à des personnes en souffrance auprès d’Associations humanitaires dans la Cité.
Il soutient les droits des femmes et la solidarité par des actions de solidarité conduisant à redistribuer tout ou partie de ses ressources, par la promotion ou à la défense des droits des femmes, par des manifestations pour faire connaître les valeurs du fondateur, par le développement et si nécessaire l’acquisition d’un patrimoine historique.
Ainsi, nous avons poursuivi les actions en faveur : des femmes et enfants victimes de violences domestiques, des femmes afghanes réfugiées et de leurs enfants, des Banques Alimentaires, des victimes du tremblement de terre de Turquie et de Syrie et au bénéfice des femmes vivant en territoire de grande ruralité pour qu’elles puissent bénéficier de procédures d’accueil et d’écoute. L’année 2024 a débuté par la mise en route d’une action dite « Camping Care » dont nous espérons qu’elle permettra d’aider au financement d’un second véhicule transformé en salon solidaire et itinérant de soins de bien-être, destiné aux femmes en situation de grande exclusion.
450.fm : La Grande Loge Féminine de France participe régulièrement à des salons maçonniques. Pouvez-vous nous parler de l’importance de ces événements pour votre obédience ?
L. M. : La richesse de nos auteurs et de nos publications fait que nous sommes présentes dans nombre de salons du livre maçonnique pour nous faire mieux connaître. C’est une action que nous comptons amplifier dans les années à venir. A ce titre, je suis heureuse de vous informer que nous allons participer avec les autres Obédiences, aux salons du livre de Nantes et Toulouse. Nous espérons vous y rencontrer.
450.fm : La collection « Voix d’initiées » est une belle initiative de la GLFF. Quels sont les objectifs de cette collection et comment contribuez-vous à sa promotion ?
L. M. : La collection « Voix d’initiées » écrite par des femmes Franc-maçonnes est une vitrine de notre obédience dont nous pouvons être fières. Elle illustre bien la spécificité de notre mode de pensée et comment la démarche initiatique voire spirituelle ouvre sur les préoccupations du monde. Les nombreuses contributions reçues pour le dernier ouvrage paru, Vivre Rire et Aimer, a suscité un engouement qui confirme que c’est une philosophie indispensable, particulièrement à cette époque difficile.
La collection « Voix d’initiées » s’est bien développée depuis sa naissance il y a 14 ans et connaît de plus en plus de succès. Pour contribuer à sa promotion et accroître notre désir de visibilité, plusieurs voies de communication sont en place :
Je peux déjà annoncer que sortira pour la TGL 2025 un nouvel ouvrage sur le thème « Du silence et de la responsabilité des mots ».
Vers le grand public, la GLFF organise une table de vente de la collection de « Voix d’initiées » à chacun de nos événements publics. (Colloques, conférences publiques, journées du Patrimoine, Temple Ouvert etc…)
Sur le site grand public de la GLFF, dans la rubrique nos publications, nous présentons également les différents opus de la collection avec un lien vers le site de notre éditeur, ce qui permet à toute personne qui le souhaite de les acquérir.
450.fm : Pouvez-vous nous expliquer le rôle de la Commission Nationale des Droits des Femmes au sein de la GLFF et les actions qu’elle mène ?
L. M. : La Commission Conventuelle des Droits des Femmes conduit une réflexion sur l’état actuel des droits des femmes et sur les actions à mener pour que les femmes d’ici et d’ailleurs accèdent à leur autonomie et à la plénitude de leurs droits.
La commission s’attache à s’interroger les structures politiques , sociales et religieuses ainsi que les courants culturels qui pérennisent l’inégalité entre les femmes et les hommes. Elle s’attache à imaginer des moyens pour y remédier
Les actions menées par la commission sont nombreuses :
Au titre des « Familles de pensée », nous sommes consultés lors de l’élaboration de chaque projet de loi touchant à l’intégrité de la personne humaine et nous défendons les valeurs de la dignité , du respect de l’individu : de la naissance de la personne jusqu’à sa mort par ex sur le port du voile, dernièrement sur « l’accompagnement des malades et la fin de vie ».
Dans le cadre de l’évolution de la politique de la France en Europe, nous avons pris part à la rédaction du « Manifeste pour une Europe de progrès et de paix » pour notre Obédience ,dans le cadre de l’IME et d’un questionnaire pour la plateforme en vue des élections européennes.
Nous nous sommes interrogés et nous sommes réjouies de la constitutionalisation de L’IVG. Nous avons fait ouvrir des réflexions autour de la maternité de substitution nommée GPA et en a fait un ouvrage posant le pour et le contre. Nous travaillons de façon assidue sur la problématique de la « transidentité »
Nous nous intéressons à la condition des femmes en Iran, en Afghanistan, dans les guerres en Ukraine, entre le Hamas et Israël mais aussi sur le viol, la pornographie, la prostitution et toutes les violences que les femmes en particulier subissent
Cette vigilance nous emmène à réfléchir de façon approfondie sur le concept de « Sororité »
450.fm La loge Nationale de recherche « Bathilde Vérité » de la GLFF publient les « Cahiers ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ces publications et leur impact ?
L. M. : La vocation de la Loge Nationale de Recherche réside dans des travaux qu’elle met à disposition de l’ensemble des Franc-maçonnes de l’obédience comme des autres composantes de la Franc-maçonnerie. C’est un véritable outil de réflexion utile, tant au niveau du travail symbolique, philosophique, éthique, sociologique, qu’ésotérique. Le premier thème choisi est celui de l’hermétisme.
Les cahiers « Bathilde Vérité », dont 3 ont déjà été publiés, portent sur les textes Hermétiques de l’Antiquité à la Renaissance, qui ont influencé nos rituels.
En dehors des Cahiers, la loge Nationale de recherche transmet ses travaux :
Lors de ses quatre tenues annuelles au 3ème degré, tenue ouverte à tous, Sœurs et Frères.
Proposant des conférence, elle met à disposition des Loges de La GLFF, qui le souhaitent, une vingtaine de sujets. Durant cette année maçonnique, 22 tenues sur les 36 prévues en 2024 ont été présentés en Métropole. Ces moments de partage mettent en évidence cet appétit qu’ont les Sœurs de l’Obédience de connaître certains aspects de notre Tradition et suscitent chez certaines l’envie d’aller plus loin.
Un nouveau Cahier paraît à chaque convent. Une visioconférence présente ce nouveau cahier pour partager ce bonheur de la découverte avec nos sœurs de la Grande Loge féminine de France.
Les cahiers de la Loge Nationale de Recherche Bathilde prennent tout naturellement place dans la ligne éditoriale de la GLFF. Ils apportent des éclairages, impulsent des réflexions au sein de notre Obédience mais aussi à l’extérieur, participant ainsi au rayonnement de la Grande Loge féminine de France.
450.fm : La Commission Nationale de la Laïcité joue un rôle crucial. Quelles sont ses principales missions et réalisations ?
L. M. : Parmi les principales missions des commissions, nous travaillons afin que le principe de laïcité demeure compris, clair et que sa définition ne soit entachée d’aucune ambiguïté. Nous participons en tant que commission de la laïcité aux travaux de l’obédience autour de la fin de vie par exemple, ou de ce que nous voulons pour l’Europe avec le manifeste de l’IME.
Parmi les réalisations de la commission on peut compter notre colloque annuel, à la date anniversaire du 9 décembre, ouvert au public (Sport et République : agir dans la cité pour l’universalisme et contre les communautarismes) ou à public plus restreint (Art, Culture et Laïcité : un même combat vers la Liberté).
De plus, la commission publie annuellement les actes de ces colloques ; elle publie d’autre part les Cahiers de la Laïcité, documents d’analyse permettant d’engager des réflexions plus approfondies pour les Sœurs de l’obédience. Enfin elle diffuse les travaux des commissions régionales ; pour exemple, « Laïcité et fin de vie » par nos Sœurs du Nord, « Aux arts, citoyennes, citoyens » par nos Sœurs du Centre.
450.fm : La Commission Nationale Éthique et Bioéthique traite de sujets importants et sensibles. Quels sont les thèmes actuels sur lesquels elle travaille ?
L. M. : Pour répondre à ce monde pluriel et aux changements de paradigmes que nous traversons, nos actions s’inscrivent dans un travail sur soi de formation, d’éveil de l’esprit critique concernant les problématiques actuelles.
Questionnements sur le sens que nous voulons donner à nos existences. Nous interrogeons les différentes sensibilités sur les philosophies de la vie, de la fin de vie, l’importance du droit dans la mise en œuvre du respect des libertés de chacune et chacun.
Ni dogme, ni religion, notre Commission espère jouer un rôle de « passeuse » Informer, Transmettre, pour construire un monde équitable et durable respectueux des différences, de l’altérité.
Nos thèmes de réflexion et d’action au quotidien :
Nos échanges pour comprendre les impacts, du numérique, des I.A, génératives ou non, des nouvelles technologies sur le fonctionnement de la société, les relations interindividuelles, la santé humaine et planétaire ont pour finalité de participer à la construction d’un monde équitable, durable, respectueux des différences.
Sœurs de la GLFF, nous sommes très sensibles à la modification des imaginaires indispensables pour restaurer une société des communs, prendre soin des vulnérabilités et prévenir la marchandisation du corps des femmes et de l’humain.
Nos réflexions portent sur la conduite des recherches, les connaissances, la vision d’une pensée cosmopolitique.
C’est dans ce sens que nous organisons un colloque tous les ans sur une question d’actualité.
En 2024 à Marseille : « La Préservation du Vivant ; Une responsabilité individuelle et collective ». Valérie Masson Delmotte (Co Présidente du GIEC) …
450.fm : L’Institut Maçonnique Européen (IME) représente la GLFF auprès des instances européennes. Quels sont les projets récents ou à venir de l’IME ?
L. M. : L’Institut Maçonnique Européen (IME) est l’organisme de représentation de la Grande Loge féminine de France auprès des institutions européennes.
Concernant les projets récents ou à venir de l’IME, nous avons travaillé au sein de la Commission européenne avec les organisations philosophiques sur le thème « Le mode de vie européen en période d’instabilité » et réalisé une synthèse de travaux de loges 2022-2023 sur « 6
A l’occasion de ses 15 ans et dans la perspective des élections européennes, nous avons publié un Manifeste IME « Pour une Europe de progrès et de paix ». Nous organiserons le 12 octobre 2024 à Lyon un colloque sur le thème « Les femmes au cœur de l’Europe » à la fois pour les Sœurs de la GLFF, pour les obédiences amies et les profanes. Enfin, un travail historique de l’IME depuis sa création en 2008 est en cours.
Pour 2024-2026 Le travail de l’IME, à l’étude des loges, portera sur « De la démocratie en Europe -Regards de femmes ».
450.fm : La démarche initiatique et spirituelle ainsi que la défense des droits des femmes et de la laïcité sont au cœur de votre mission. Comment articulez-vous ces deux aspects dans vos actions quotidiennes ?
L. M. : Ce sont des aspects absolument indissociables, les droits des femmes sont au cœur de la démarche initiatique qui ouvre à une meilleure compréhension de soi, un chemin de liberté dégagé du poids des conditionnements culturels ou des stéréotypes.
Quant à la laïcité c’est un principe qui permet le respect des croyances de chacune, mais elle est aussi héritière de cet idéal d’une « religion universelle » où chaque être humain puisse se retrouver quelle que soit son opinion, ce « centre de l’union » cher aux fondateurs de la Franc-maçonnerie. En ce sens cette universalité souvent mal comprise n’exclut pas la quête spirituelle de chacune, ils ne peuvent que donner à chacune l’envie de s’engager pour une société ouverte en particulier pour les femmes, car en tant qu’obédience féminine nous sommes particulièrement sensibles au sort qui leur est fait, comme cela a déjà été dit….