Accueil Blog Page 290

« Sombre Moyen Âge » : Par Laurent Ridel

Du site de Laurent Ridel decoder-eglises-chateaux.fr

Encore aujourd’hui, une partie du public le voit comme une période obscure où règnent l’ignorance, le fanatisme et l’intolérance religieuse. Des stéréotypes qu’un film assez populaire comme Le Nom de la Rose alimente en cochant toutes les cases : dans une abbaye bénédictine, théâtre de meurtres mystérieux, s’affrontent des paysans réduits à l’état de bêtes, des moines stupides et des inquisiteurs despotiques, qui règlent les problèmes par le bûcher et la torture. Guillaume de Baskerville, interprété par Sean Connery, semble le seul être raisonnable dans cette faune humaine. 

Un monde de méchants ?

Sorina cible trois facettes du Moyen Âge, qui méritent d’être nuancées.

Déjà la chasse aux sorcières. Certes, des dizaines de milliers de personnes, en grande majorité des femmes, sont exécutées en France pour sorcellerie. Cependant les persécutions se concentrent après le Moyen Âge, sur les XVIe et XVIIe siècles. Autrement dit, elles sont plus représentatives du règne de Louis XIV que du règne de saint Louis.

Sorcières vaudoises, Martin le Franc, Champion des Dames, manuscrit 12476, 1451, BNF/Gallica

Quant aux livres, il est vrai que l’Église en incendiait, notamment ceux qui contenaient des propos jugés hérétiques. Par exemple, vers 1140, l’intellectuel Abélard — qui formait un couple célèbre et dramatique avec Héloïse — est forcé, après le jugement d’un concile, à jeter son livre de théologie au feu. En 1242, à l’invitation du pape, saint Louis fait brûler à Paris des volumes du Talmud (commentaires de la Bible par les rabbins) après les avoir confisqués et entassés dans 24 chariots.

En même temps, évoquer ces exemples, c’est faire peu de cas des entreprises de conservation du livre. Au Moyen Âge, les livres sont des objets extrêmement précieux. Avant l’imprimerie, étant donné le temps, l’effort et les ressources nécessaires pour produire un seul livre, ils sont généralement très protégés.

Le savoir qu’ils contiennent les rend aussi précieux. Conscients de cette valeur, les moines recopient des textes anciens, qu’ils soient écrits par des auteurs chrétiens ou païens de l’Antiquité romaine ou grecque. Ces œuvres sont ensuite conservées dans les bibliothèques monastiques ou princières. Sans cet effort, une partie du savoir antique aurait disparu. On ne connaîtrait pas aujourd’hui la Guerre des Gaules de Jules César ou Histoires naturelles de Pline l’Ancien.

Dans ces conditions, je ne peux pas considérer le Moyen Âge comme une époque malheureuse pour les livres.

Copiste, Liber de informatione principum, Manuscrit Français 1950, 1379, Gallica/BNF

Enfin Sorina déplore le traitement des orphelins dans les monastères. C’est la première fois que je lis cet argument négatif sur le Moyen Âge. Je doute qu’il tienne la route. Un orphelin, pris en charge par un monastère, avait sûrement une vie plus heureuse qu’un autre orphelin. Dans ce type d’établissements riches, il était assuré de vivre à l’abri des famines et de la violence. Rien n’indique que les moines éduquaient plus durement que des parents. Au contraire, leur instruction offrait des perspectives de promotion. Suger, donné aux moines après la mort de sa mère, en est le plus brillant exemple : il est élevé à la fonction d’abbé de Saint-Denis et devient le conseiller très écouté des rois Louis VI et Louis VII.
Un discours biaisé sur le Moyen Âge

Ne tombons pas dans le piège de ceux qui, depuis des siècles, aiment nous vendre un Moyen Âge sombre :

Les humanistes de la Renaissance, qui regrettaient la culture de l’Antiquité classique
Les Lumières autrefois et certains athées aujourd’hui, hostiles à l’Église
Les films et la littérature, en quête de scénarios dramatiques et de scènes violentes. 

Pour autant, je ne recommande pas un retour au Moyen Âge. En termes d’injustice, d’insécurité et d’inconfort, cette longue période a de larges parts d’ombre.

Le Dernier duel, film de Ridley Scott

Lieu symbolique : Carentoir, l’Église Saint-Jean-Baptiste du Temple (Morbihan)

En Bretagne, dans le département du Morbihan, se dresse à Carentoir l’Église Saint-Jean-Baptiste du Temple, vestige de la commanderie templière de la région.

Annonce 2022

Fondée en 1182, l’existence de cette commanderie est attestée par une charte du duc de Bretagne, sous le nom de Karantoe. Le premier édifice roman, dont aucune trace ne subsiste, occupait probablement l’emplacement du chœur actuel de la chapelle. Au XIVe siècle, les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem héritèrent des biens des Templiers et transformèrent ce lieu en commanderie dépendant du Grand Prieuré d’Aquitaine. Au XVIe siècle, cette commanderie possédait des dépendances dans soixante-six paroisses réparties sur six diocèses.

L’histoire des ordres militaires en Bretagne reste à écrire

Certes, cette reste à écrire mais les procès-verbaux de visite et d’amélioration permettent de connaître l’aspect du village et de l’église du Temple à partir de cette époque. Ces données ont inspiré un projet de restauration visant à redonner au bâtiment sa lisibilité historique. Avant cette restauration, l’ancienne église paroissiale se composait d’un grand vaisseau unique à chevet aveugle, surmonté d’une voûte en plein cintre, et d’une sacristie attenante.

Le sol était pavé de schiste bleu, la toiture en ardoise reposait sur une corniche moulurée, et un clocher à huit pans sur base carrée ornait l’édifice. La façade occidentale, avec sa petite fenêtre et sa porte d’entrée appareillée, s’ouvrait directement sur la voirie communale. Les murs gouttereaux nord et sud étaient éclairés par quatre fenêtres en plein cintre et une porte de service. Les maçonneries en moellons de schiste de La Gacilly étaient malheureusement rejointoyées au ciment, et un soubassement de ciment ceinturait l’édifice.

Le bâtiment en lui-même

Le bâtiment, bien que d’une taille remarquable pour un si petit village, était extrêmement simple. Au début du XXe siècle, des interventions lourdes avaient modifié l’église des Hospitaliers, lui faisant perdre son sens et ses qualités esthétiques. Vers 1920, le porche d’entrée en bois fut supprimé, la sacristie incendiée puis reconstruite avec des proportions différentes. En 1935, le clocher et le mur de refend intérieur furent démolis, les proportions des baies modifiées, et la charpente remaniée.

L’expo temporaire

Les travaux de restauration

Ils avaient pour objectif principal l’assainissement des murs, le changement de la couverture, et la restitution de la charpente d’origine, notamment pour le chœur. En 1921, des photographies montrent l’église des paroissiens, la nef, et l’église dite « du commandeur », le chancel ou sanctuaire, espace noble. Lors des travaux, la dépose de la voûte permit une découverte renforçant la double identité de l’édifice. Les fermes étaient chaulées et sculptées sur toute leur hauteur, sans aucune trace de clous sur les arbalétriers. Le pignon du chœur était enduit jusque dans sa partie sommitale, indiquant que le chancel n’avait pas connu de voûte avant l’uniformisation des charpentes de la nef et du chœur. La charpente du XVIIe siècle a donc été restaurée dans ses dispositions originelles, en conservant au maximum les bois anciens.

L’épisode templier

Celui-ci a profondément marqué les esprits locaux, et la tradition orale regorge de récits sur les « moines rouges » de Carentoir. Cette influence se manifeste également dans le décor du mobilier. Le retable monumental en bois, datant des XVIIIe et XIXe siècles, arbore encore les symboles templiers, avec une devise sur le fronton : non nobis domine non nobis sed nomini tuo dei gloriam. L’église, paroissiale jusqu’à la Révolution, conserve un ensemble de statuaire des XVIe et XVIIe siècles, dont la plus belle pièce est un gisant en bois sculpté et anciennement polychrome, daté de la fin du règne de Saint Louis.

Au commencement, deux nefs existaient…

Pour les travaux de couverture et charpente du chœur et du clocher, la Sauvegarde de l’Art français a accordé un don de 10 000 € en 2008. Initialement, deux nefs existaient, séparant une église paroissiale d’une chapelle réservée aux Templiers par un mur de refend percé d’une arcade romane. Supprimé en 1935, ce mur a été rebâti au début des années 2010. L’église abrite également une collection d’œuvres d’art qui associe la thématique de l’ordre militaire et religieux à celle de l’église paroissiale à travers les siècles.

Le retable

Un retable remarquable est exposé, et derrière lui se trouve une croix trilobée. L’un des derniers gisants de France, daté de la fin du XIIIe siècle, est également présent dans l’église Saint-Jean-Baptiste du Temple.

Classé Monument Historique, il est décrit comme un templier ou un seigneur local. Les visites gratuites ont lieu en juillet et août uniquement, ainsi que lors des Journées du Patrimoine en septembre. Pour plus de renseignements, il est possible de contacter l’Office de Tourisme ou la mairie de Carentoir.

Le 19 juillet 2022 déjà, nous vous indiquions ce « Bon plan anti-canicule : Visitez l’église du Temple et son exposition à Carentoir (56) »

Commémorons la disparition de Nicolas avec Béatrice le 5 Septembre

Béatrice, la maman de Nicolas, assistante de direction dans les services administratifs de la Grande Loge de France et ancienne Franc-maçonne de la GLFF, née Maçonniquement à Riom dans la RL Koré, fait preuve d’un courage et d’une détermination admirables, pour transformer cette tragédie en une force pour le changement.

Frères et Sœurs de toutes obédiences et Amis Profanes, qui êtes parents ou futurs parents, grands-parents, oncles ou tantes ou encore adolescents,

Le jeudi 5 septembre 2024, le collectif « Tous avec Nicolas contre le harcèlement scolaire ! » organise à Poissy une marche blanche en mémoire de Nicolas Nébot, jeune lycéen, qui s’est suicidé, victime de harcèlement scolaire. Le harcèlement scolaire est un problème grave qui peut avoir des conséquences dévastatrices, comme en témoigne la tragique histoire de Nicolas.

Ce harcèlement se manifeste sous diverses formes : moqueries, insultes, menaces, agressions physiques et exclusion sociale. Il peut également se dérouler en ligne, à travers le cyberharcèlement. Les victimes peuvent éprouver de l’anxiété, de la dépression, une baisse de l’estime de soi et, dans les cas les plus extrêmes, des pensées suicidaires.

Les effets du harcèlement peuvent persister bien au-delà des années scolaires, affectant la santé mentale, la réussite académique et professionnelle et les relations sociales des victimes.

Comme l’écrivait Antoine de Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Il est donc crucial de se rappeler que derrière chaque sourire d’enfant peut se cacher une douleur invisible et qu’il est de notre devoir de regarder avec le cœur pour comprendre et aider.

En France, une enquête de l’UNICEF estime qu’un enfant sur dix est victime de harcèlement !

Certes des programmes sont mis en place dans les écoles pour sensibiliser les élèves, les enseignants et les parents aux signes de harcèlement et à la manière d’y répondre. Certes les lois contre le harcèlement scolaire, obligeant les établissements scolaires à mettre en place des mesures préventives et réactives ont été renforcées mais le combat est loin d’être gagné.

Marche Blanche à Poissy

L’organisation de la Marche Blanche en hommage à Nicolas est une initiative puissante pour sensibiliser davantage le public et les autorités à cette cause.

Voici les détails de la marche :

  • Date et heure : Jeudi 5 septembre 2024, début à 13 h 30.
  • Lieu de départ : Cimetière de la Tournelle à Poissy.
  • Itinéraire : Passera par le lycée Adrienne Bolland, puis se terminera vers 15 h 30 sur la place de la République, devant la Mairie.

Cet événement est apolitique et universel, visant à rassembler toutes les personnes souhaitant lutter contre le harcèlement scolaire. C’est un rappel de l’importance de la solidarité et de la vigilance collective pour protéger nos enfants et assurer leur bien-être à l’école.

Frères et Sœurs de toutes obédiences et Amis Profanes, le collectif « Tous avec Nicolas contre le harcèlement scolaire ! » compte sur vous.

Le paysage maçonnique français de nos jours (Par Yves Hivert-Messeca et Michel Maffesoli)

Dossier spécial Bibliothèque Nationale de France

Au-delà des différences politiques, sociétales, religieuses et philosophiques (qui relèvent du choix de chacun), jamais les usages dans les loges ne se sont autant diversifiés, de l’esprit libertaire à la stricte observance traditionnelle. Le courant libéral y est cependant, comme en Belgique, largement majoritaire.

Une représentation allégorique du Grand Orient de France
Une représentation allégorique du Grand Orient de France | Bibliothèque nationale de France

Avant de la décrire telle qu’elle apparaît aujourd’hui, il convient de préciser que la franc-maçonnerie française est, par sa nature, sa pratique et son patrimoine culturel, depuis cent cinquante ans, nettement particulière au sein du Landerneau maçonnique mondial. Le courant libéral, comme en Belgique, y est largement majoritaire.

Ledit paysage maçonnique français tire ses caractéristiques présentes des décennies 1870 à 1910. Ainsi, au convent dit « international » de Lausanne (1875), rassemblant une minorité de suprêmes conseils – juridictions gérant les grades post-magistraux du rite écossais ancien et accepté (REAA) –, est définie une maçonnerie représentée aujourd’hui par la Grande Loge de France (GLDF). En 1877, le Grand Orient de France supprime (il ne l’interdit pas) l’obligation de la référence au Grand Architecte, faisant de cette obédience le référent de la maçonnerie libérale adogmatique. En 1893-1894 naît à Paris l’Obédience mixte internationale Le Droit humain. Des loges d’adoption souchées auprès d’ateliers masculins de la GLDF, à compter de la décennie 1900, formeront l’Union maçonnique féminine de France (1945), transformée en 1952 en obédience dite « Grande Loge féminine de France » (GLFF). Enfin, en 1913, deux ateliers sécessionnistes donneront naissance à la Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France, devenue en 1948 la Grande Loge nationale française (GLNF), seule obédience reconnue par Londres, sauf de 2012 à 2014.

Les traits spécifiques à la France

Depuis plus d’un siècle, la franc-maçonnerie en France présente ainsi des traits spécifiques, dont certains se sont précisés, redessinés ou accentués.

De larges effectifs

D’abord, ses effectifs n’ont jamais été aussi importants (17 0000 membres, dont un sixième de maçonnes, répartis en 5 500 à 6 000 loges) en nombre et en pourcentage par rapport à la population globale. Cette situation est relativement récente : la répression conduite par l’État de Vichy et l’occupant allemand (1940-1944) a eu des effets négatifs sur son développement pendant de nombreuses années. Ce ne fut que dans la décennie 1960 que les obédiences françaises retrouvèrent leur étiage d’avant-guerre. Ensuite, la progression fut massive. Il semble qu’elle s’accompagne néanmoins d’un certain turnover, tant et si bien qu’il se murmure que le nombre maçons d’ex-maçons est équivalent à celui des maçons actifs. Néanmoins, en quarante ans, les effectifs ont été multipliés par quatre. Les causes de ce succès sont multiples, variées et cumulatives, de la fin des grands récits métapolitiques et du déclin de deux institutions structurantes de la société française que furent l’Église romaine et le parti communiste (toutes deux hostiles à la franc-maçonnerie) au désir individuel de se construire et d’habiter une identité singulière, éclectique et adaptable. Parmi les motifs d’adhésion, on trouve la recherche d’un engagement civique et sociétal, le sens de l’autre, l’appétence pour la sociabilité associative, les besoins d’accomplissement, d’estime, d’action, de réflexion, d’identification et/ou de sécurité, la recherche d’un capital culturel, d’une expérience émotionnelle intense, d’une confiance mutuelle et de services partagés, la quête de soi, l’attrait pour le mystère, la tradition familiale, le plaisir d’être inclus dans un monde à la fois de plus en plus globalisé et individualisé, sans oublier toutes les motivations particulières de chaque impétrant. Sans être exclusif, le recrutement maçonnique s’opère largement dans les classes moyennes diplômées urbaines d’âge également moyen (40 à 50 ans le plus souvent).

La balkanisation

Bijou de sublime maître du Grand Œuvre
Bijou de sublime maître du Grand Œuvre | © Musée de la Franc‑maçonnerie

Présentement, à côté des institutions historiques ou d’importance majeure citées ci-dessus et de quelques nouvelles institutions qui ont trouvé leur place, on peut estimer à une centaine le nombre de micro-obédiences. Leur naissance, leur vie et leur disparition s’enchaînent de façon souvent rapide. Si le sérieux de quelques-unes d’entre elles est facilement admis, la conformité aux usages maçonniques de beaucoup n’est pas toujours évidente. À cela s’ajoute le phénomène des loges « indépendantes » ou « sauvages ». Une partie de cette multiplication est liée à la refondation / création de diverses obédiences issues de l’éparpillement de la mouvance « égyptienne » (rite de Memphis-Misraïm) à compter de la décennie 1990 ; une autre provient de miniscissions dans les grandes obédiences ; une troisième s’explique par le parcours buissonnier et zigzagant de certains maçons. Aussi les actions communes sont-elles quelquefois difficiles et éphémères et les œuvres partagées, rares. Néanmoins, les relations interpersonnelles entre sœurs et frères suppléent largement à cette division obédientielle.

L’hétérogénéité

Au-delà des différences politiques, sociétales, religieuses et philosophiques des maçons (qui relèvent du choix de chacun), jamais les usages dans les loges ne se sont autant diversifiés, de l’esprit libertaire à la stricte observance traditionnelle. Jamais le panel des rites pratiqués n’a été aussi riche.

Dieu créateur
Dieu créateur | Bibliothèque nationale de France

Ainsi, dans l’ensemble des loges françaises, le rite écossais ancien et accepté (REAA) est devenu majoritaire dans la décennie 1990. À côté de ce dernier, du rite français (lui-même pratiqué dans diverses versions), du régime écossais rectifié (RER) et des rites égyptiens sont apparus et se sont développés des systèmes nouveaux notamment venus du monde anglo-saxon, comme le style émulation ou le rite standard d’Écosse (RSE).

Autre nouveauté : depuis ces mêmes années 1990, la majorité des loges françaises travaille à nouveau « à la gloire du Grand Architecte de l’univers » – il est vrai avec des conceptions fort diverses, d’une simple interprétation symbolique pour les uns à une affirmation théiste pour les autres. Au-delà de cette diversification liturgique, on note les positionnements (parfois changeants ou flous) des obédiences entre tradition, régularité, reconnaissance, intervisites, libéralisme, mixité, spiritualité, engagement sociétal, philanthropie, mémoire, transmission, transgression et modernité. Depuis deux décennies, la plupart des obédiences ont également connu des questionnements internes, diverses évolutions et remises en cause, voire certaines turbulences, qui n’ont pas été sans influencer le paysage maçonnique français, dont il n’est pas sûr que la présente recomposition soit achevée. Aujourd’hui, il offre un large panel d’obédiences masculines, mixtes et féminines qui se veulent régulières, traditionnelles et / ou libérales.

Les obédiences présentes en France

L’empreinte maçonnique

Un laboratoire pour la socialité postmoderne

L’imaginaire moderne, qui avait pris naissance avec le cartésianisme, s’était conforté avec la philosophie des Lumières et avait trouvé son apogée dans les grands systèmes sociaux du 19e siècle, reposait ainsi que l’a dit avec justesse le sociologue Auguste Comte sur la reductio ad unum. Les institutions sociales sont progressivement devenues homogènes, et, en politique, la République s’est constituée comme une et indivisible. Pourtant, à côté de la « rationalisation généralisée de l’existence », cette spécificité des « temps modernes » (Max Weber), on voit revenir de multiples représentations et donc organisations privilégiant non pas l’irrationnel, mais ce que le grand anthropologue de la culture Gilbert Durand, par ailleurs remarquable théoricien de la franc-maçonnerie, a appelé le « non-rationnel ».

C’est à partir de cette mise en perspective théorique que l’on peut comprendre que la franc-maçonnerie, qui regroupe des individus en petites entités (les loges) et favorise la recherche de ce non-rationnel, puisse exercer une fascination / répulsion. Fascination parce qu’elle est en phase avec l’esprit du temps, répulsion parce que d’une certaine manière ceux qui n’y participent pas expriment ainsi un désir inconscient.

Scène se déroulant à la loge Les Trois Globes de Berlin
Scène se déroulant à la loge Les Trois Globes de Berlin | © GLDF

Discrétion, secret, appartenance

Précisions que la franc-maçonnerie se caractérise moins comme une « société secrète » que comme une société discrète. Mais reconnaissons tout de même que la thématique du secret est tout à fait prospective, précisément en ce qu’elle privilégie le sentiment d’appartenance et le fait qu’au-delà d’un universalisme fleurant bien le siècle des Lumières elle rend attentif à la nécessité des regroupements affinitaires. En un moment où l’idéologie de la transparence tend à prévaloir, il est important de rappeler que de plus en plus la vraie appétence sociétale va vers les « mystères » que l’on partage à quelques-uns. D’où la vision fantasmatique que ne manque pas de susciter une franc-maçonnerie qui, qu’elle le veuille ou non, favorise discrétion, voire loi du secret dans sa constitution même.
Une manière de relativiser le fantasme ayant trait à la franc-maçonnerie consistera peut-être à pratiquer un équilibre entre l’extériorisation et la discrétion.

Le secret maçonnique essentiel est justement qu’il n’y a pas de secret. Comme la « lettre volée » d’Edgar Poe, les grandes valeurs maçonniques sont si évidentes – le sens de la fraternité, l’importance de la solidarité, la recherche de l’entièreté de l’être, etc. – que ce sont des « secrets », pour reprendre une expression d’un grand franc-maçon, Joseph de Maistre, que « le bon sens et la droite raison réunis » comprennent aisément. Un goût pour le scandale pousse à voir du secret là où il n’y a qu’une évidence de bon sens. Là encore, la franc-maçonnerie correspond bien à l’esprit du temps : la multiplicité des microgroupes, ce que j’appelle « tribus », montre à loisir que le lien social est aujourd’hui quelque chose de mystérieux. Peut-être le secret maçonnique rappelle-t-il avec justesse cette constante anthropologique qu’est le clair-obscur de toute existence, c’est-à-dire le fait d’intégrer la part d’ombre dans le vivre-ensemble.

L’arc-boutant de Reims
L’arc-boutant de Reims | Bibliothèque nationale de France
Rose dite de l’église de Lausanne - Homme barbu assis tenant son pied.
Rose dite de l’église de Lausanne – Homme barbu assis tenant son pied. | Bibliothèque nationale de France
Plans de chevets d’église
Plans de chevets d’église | © Bibliothèque nationale de France
Élévation intérieure des chapelles absidales de la cathédrale de Reims
Élévation intérieure des chapelles absidales de la cathédrale de Reims | Bibliothèque nationale de France

Une quête spirituelle en phase avec les aspirations de la postmodernité

Le monde rationaliste et désenchanté, bien décrit par Max Weber et caractérisant notre société officielle, est en voie de saturation. La société officieuse en gestation, elle, est traversée par un véritable réenchantement du monde auquel participe le développement technologique. Il est évident que la franc-maçonnerie, qui a conservé un tel trésor par le biais de ses rituels, de ses secrets, de son ordre symbolique, ne peut qu’intéresser les jeunes générations en quête d’une expression spirituelle.
Une des spécificités de la socialité maçonnique repose sur cette vieille structure anthropologique qu’est l’entraide, l’idéal communautaire, ce que l’on peut nommer, au travers d’un vieux terme médiéval, l’« affrèrement ». Ce que l’on trouvait dans les sodalités des corporations ou même des ordres chevaleresques. Tout cela va à l’encontre du prétendu individualisme ambiant. Pour ma part, je pense que la fascination exercée par la franc-maçonnerie repose sur le fait qu’elle a pu garder un tel souci de l’autre propre à l’idéal communautaire. En effet, la franc-maçonnerie a été le dépositaire de ces « communautés affectuelles » qui sur la longue durée assurent la perdurance du lien sociétal. Là est peut-être le vrai secret maçonnique. La postmodernité est caractérisée par l’importance des affects, émotions et passions collectifs. L’idéal maçonnique n’est-il pas « de rassembler ce qui est épars » ?

« Maçons levez les yeux vers l’étoile mystérieuse »
« Maçons levez les yeux vers l’étoile mystérieuse » | Bibliothèque nationale de France

Il est important maintenant, à l’encontre des éternels feuillets à scandale dénonçant un prétendu complot maçonnique, de développer une vision objective propre à ce mouvement de fond, celle qui anime les hommes et femmes de bonne volonté et que l’on retrouve dans les diverses obédiences maçonniques. Pour ma part, sans pouvoir ni vouloir donner une définition précise d’un mouvement qui est par essence multiforme, complexe et d’une richesse encore insoupçonnée, je considère que la franc-maçonnerie, d’une manière prospective et grâce aux racines des traditions qui sont les siennes, constitue un vrai laboratoire pour la socialité postmoderne. L’appétence des jeunes générations pour la structure initiatique, le retour des rituels, le souci de l’entièreté de la personne individuelle, le sens de la communauté, la recherche d’un ordre symbolique, toutes ces choses mettent l’accent sur le qualitatif et sur la primauté du spirituel. Tout cela montre à loisir qu’au-delà du règne du quantitatif ayant marqué les temps modernes nous entrons dans un moment où va prévaloir le prix des choses sans prix. N’est-ce pas ainsi que l’on peut qualifier sur la longue durée ce qui fut, toujours et à nouveau, la quête maçonnique ?

Provenance

Cet article provient du site Franc-maçonnerie (2016)

62 ans de sagesse maçonnique : Marcel Bolle De Bal nous guide à travers ses « spirales initiatiques »

Préfacé par le philosophe et historien des religions belge francophone Baudouin Decharneux, Professeur à l’Université Libre de Bruxelles, membre de l’Académie royale de Belgique et franc-maçon de la Grande Loge de Belgique (GLB), Les spirales initiatiques d’un vieux franc-maçon de Marcel Bolle De Bal explore les différentes étapes de l’initiation maçonnique à travers une structure en spirales, symbolisant la progression et l’approfondissement continu du savoir et de la sagesse maçonnique.

Baudouin Decharneux, le préfacier

L’auteur divise son livre en plusieurs parties, chacune représentant une spire ou un degré de l’initiation, détaillant les enseignements et les expériences spécifiques à chaque étape.

L’ouvrage commence par une exploration de l’« Œuvre de l’Apprenti », où le néophyte est introduit aux concepts de l’identité personnelle et spirituelle. Marcel Bolle de Bal met l’accent sur la reliance à soi et le travail sur l’identité. Les thèmes de la lumière et du silence sont abordés comme des éléments essentiels de cette phase d’introspection. L’auteur invite les apprentis à méditer sur leur propre identité et sur le concept de l’identité de soi, posant des questions profondes et parfois déroutantes sur la nature de l’existence.

La deuxième spire est dédiée à l’« Œuvre du Compagnon », centrée sur la fraternité et la relation à autrui. L’auteur décrit cette étape comme un chantier de cinq voyages, chacun apportant des révélations sur la fraternité, non seulement en tant que concept anthropologique, mais aussi comme un rêve humain et une éthique maçonnique. Les expériences initiatiques sont décrites comme des moments cruciaux pour élargir la fraternité et débattre des enjeux de la mixité en franc-maçonnerie.

Dans la troisième spire, l’« Œuvre du Maître », Marcel Bolle De Bal explore la reliance au monde et le travail sur la citoyenneté. Cette section aborde la construction du temple extérieur et initiatique, symbolisant le temple de l’humanité. L’auteur pose la question du progrès de l’humanité et de l’idéal maçonnique, invitant à une réflexion sur le siège du temple et la référence maçonnique actualisée. Bolle de Bal conclut cette spire en spéculant sur l’avenir de notre humanité et son temple.

L’« Œuvre du chevalier prince Rose-Croix », la quatrième spire, traite de la reliance à l’univers et au cosmos, avec un accent sur la spiritualité. Marcel Bolle De Bal discute de la connexion au cosmos à travers trois symboles : la clé, la voûte et les étoiles. Il explore les paradoxes de ces symboles et les liens entre eux, soulignant les défis et les révélations associés à la spiritualité maçonnique.

La cinquième spire, dédiée à l’« Œuvre du chevalier Kadosh », se concentre sur la lumière et le sens de la vie. L’auteur décrit trois voyages exploratoires, chacun menant à une compréhension plus profonde de la lumière et de la reliance. Cette section aborde également des thèmes tels que la déliance, la liance mythologique et le Soi, en élargissant la réflexion sur la fin de vie, la mort digne et le sens de la vie maçonnique.

« À partir et au-delà du temple », la dernière spire transcende les limites du temple maçonnique pour aborder des méditations philosophiques sur la reliance, l’existence et la sagesse. Marcel Bolle De Bal partage ses convictions philosophiques et son engagement pour une spiritualité laïque, paradoxale et humaniste. Il conclut avec des réflexions sur la spiritualité au-delà des cadres traditionnels, invitant à une quête continue de sagesse et de compréhension.

À l’âge de 93 ans et pratiquement aveugle, Marcel Bolle De Bal offre cet ouvrage comme un véritable testament philosophique.  Il représente un résumé des enseignements et des expériences accumulés au cours de sa vie. C’est une réflexion ultime sur les valeurs et les principes qui ont guidé son parcours maçonnique tout au long de sa vie. En partageant ses réflexions finales, Bolle de Bal transmet son héritage intellectuel et spirituel, aspirant à inspirer et à éclairer les générations futures de maçons.

Marcel Bolle De Bal

Marcel Bolle De Bal, la bio

Marcel Bolle de Bal, initié en 1962 au sein d’une loge du Grand Orient de Belgique (GOB), est un sociologue et franc-maçon belge renommé, connu pour ses travaux sur la psychosociologie et la franc-maçonnerie. Il a publié de nombreux ouvrages sur ces sujets, cherchant à intégrer la réflexion maçonnique avec des perspectives sociologiques et philosophiques plus larges. Sa carrière académique et ses contributions à la pensée maçonnique ont fait de lui une figure respectée dans ces domaines.

La présentation de l’éditeur

L’éditeur « La Pensée et les Hommes », dans sa collection « Penser l’humain », se consacre à la publication d’ouvrages qui stimulent la réflexion philosophique, sociologique et humaniste. Leur objectif est de promouvoir une compréhension approfondie des enjeux de notre époque à travers des perspectives variées et éclairantes.

Cette maison d’édition est réputée pour son engagement à enrichir le débat intellectuel et à soutenir des auteurs qui offrent des contributions significatives à la pensée contemporaine.

Les spirales initiatiques d’un vieux franc-maçon est un ouvrage riche en réflexions profondes et en enseignements sur la progression initiatique maçonnique. Marcel Bolle De Bal guide ses lecteurs à travers les différentes étapes de l’initiation, offrant des éléments précieux et des perspectives élargies sur la fraternité, la citoyenneté et la spiritualité. Par sa structure en spirales, le livre invite à une quête perpétuelle de connaissance et de sagesse, fidèle à l’esprit maçonnique.

Les spirales initiatiques d’un vieux franc-maçon

Marcel Bolle de BalLa Pensée et les Hommes, coll. Penser l’humain, 2023, 192 pages, 20 €

Le philosophe de la Médiation, récemment rebaptisé Philosophe en Contemplation par le musée, est le titre traditionnel d’une peinture à l’huile au Musée du Louvre, à Paris, qui est attribué à l’artiste néerlandais Rembrandt du XVIIe siècle.

L’Énigme du 39 Rue Castérès à Clichy – Acte IV : Comptes et mécomptes du GODF

La série de l’été : « L’énigme du 39 Rue Castérès : Un scandale immobilier de la Fondation du GODF à Clichy »

Acte IV  Comptes et mécomptes du GODF (Lire le N°III si vous avez manqué l’épisode précédant)

Comment tirer les conséquences d’une situation désastreuse, très mal gérée par les administrateurs de la Fondation, le Conseils de l’Ordre et les Grands Maîtres de Philippe Foussier à Guillaume Trichard en passant par Jean-Philippe Hubsch qui ont choisi l’opacité à la transparence.

Le Grand Orient de France se penserait-il au-dessus des lois de la République Française ? Elles s’appliquent pourtant en son sein… Les conséquences financières s’accumulent comme nous allons le voir.

La Fondation a perdu la somme de 300 000 euros selon Paul ROSE, le vice-président de la Fondation, dans l’opération de vente avortée du 39 rue Castérès.

Philippe Foussier, ancien Grand Maitre du Grand Orient de France. | VERNIER/JBV NEWS

En effet, vice–président en 2019 et 2020 et parfait honnête homme, Paul Rose a révélé le pot aux roses. Il fut l’artisan du fameux protocole d’accord qui a mis en rage les membres du Conseils de l’Ordre. C’est lui qui affirmait que Charles Arambourou avait coûté 300 000 euros à la Fondation : dédit de 95 000 €, frais d’avocats et frais annexes, tout çela saupoudré dans les bilans 2017, 18, 19, 20 et 21 de la Fondation.

Charles Arambourou sur Public Sénat

On ne peut que s’interroger sur les raisons qui ont poussé Philippe Foussier et Charles Arambourou à décider de la vente en 2018 avec les conséquences sur les comptes de la Fondation qui n’apparaissent qu’aujourd’hui.

Les comptes de la Fondation sont en berne en 2022 et en 2023.

39 Rue Castérès à Clichy (92)

Selon Charles Arambourou, l’immeuble était une charge pour la Fondation. Le tandem Philippe Foussier – Charles Arambourou avait inventé un concept d’amortissement pour un immeuble en donation. Or la rentabilité de l’immeuble est pourtant exceptionnelle. Dans le bilan 2020 de la Fondation, l’immeuble Castérès est valorisé 304 898 euros, valorisation faible en raison du caractère incessible d’un immeuble constitutif du fond de dotation. Il est loué principalement au Centre Médico-Dentaire du Nord-Ouest parisien. Il rapportait en 2020 en produits d’exploitation loyer et charges 63 797 euros soit une rentabilité comptable de 20 %. Les loyers et charges de 2023 sont à 67 569 soit un augmentation de 6 %.

On ne peut que s’interroger sur les raisons qui ont poussé Philippe Foussier et Charles Arambourou à décider de la vente en 2018 avec les conséquences sur les comptes de la Fondation qui n’apparaissent qu’aujourd’hui.

Il suffit de se procurer les bilans certifiés par les commissaires aux comptes qui ne sont jamais produits au convent, terme d’origine monastique – du latin conventus – désignant l’assemblée générale du GODF.

  • Le résultat net de l’exercice 2022 est de moins 78 115 euros.
  • Le résultat net de l’exercice 2023 est de moins 133 116 euros.

La variation est de moins 55 000 euros. Le trésorier de la Fondation en 2022-2023 était l’actuel Grand Maître Guillaume Trichard, actuel président de la Fondation. Or rappelons que les comptes de la Fondation ne sont jamais soumis au convent.

À ce rythme le fonds de dotation sera annulé dans 4 ans. Le président Guillaume Trichard sait prendre les décisions courageuses qui s’imposent.

Le Trésorier Trichard s’est chargé d’ouvrir le carnet de chèques de la Fondation pour favoriser les projets de ses amis. Une subvention de 150 000 euros est attribuée à « La chrysalide de Martigues et du Golfe de Fos ». Elle concerne un hébergement d’adultes handicapés pris en charge par un prix de journée fixé par l’ARS. C’est la seule subvention à 6 chiffres, il y a 13 subventions à 5 chiffres dont les deux plus élevées sont à 20 000 euros et 38 à quatre chiffres.

Cette somme faramineuse provient du legs Lesgrez (800 000 euros) dont la volonté était de venir en aide aux maçons âgés et nécessiteux. Cette attribution arbitraire à des adultes handicapés est un détournement de la volonté du donataire. Quelles sont les raisons qui ont abouti au détournement de 150 000 euros de leur destination initiale ?

Les comptes de la SOGOFIM, société immobilière du GODF sont en berne en 2023, 24 et 25.

Le vice-président de la Sogofim depuis septembre 22, Guillaume Trichard a fait le tour d’une très grande partie des quelques 120 immeubles Sogofim en France et Outre-mer. Il a recensé les desiderata des uns et des autres . Il a ouvert le carnet de chèques de la Sogofim et s’est fait une quantité d’obligés. En d’autres termes, il a pratiqué le clientélisme classique d’un candidat permanent à une Grande Maîtrise pour un an en 2023 et pour trois ans ultérieurement pour aboutir aux déficits constatés. Imagine-t-on un syndic de copropriétaires qui dépenserait plus que ce que les copropriétaires ont mis à sa disposition ?

Dans le monde profane, ça n’existe pas, au GODF, ça fonctionne comme ça.

C’est ce qui s’est passé pour aboutir aux déficits :

  • constatés en 23 : 552 000 euros
  • prévus en 24 : 568 000 euros
  • prévisibles en 25 : 572 000 euros

Le carnet de chèques grand ouvert selon la doctrine bien connue du « Quoiqu’il en coûte » a fonctionné à plein. Les déficits constatés sont payés par tous les membres à raison de plus de 11 euros par membre cotisant du GODF, y compris les membres des Loges propriétaires qui gèrent au plus juste leurs immeubles . L’augmentation de dix euros par utilisateur de la SOGOFIM ne suffira pas à combler le déficit. Il faudrait recruter à tout va.

Les comptes de la SOGOFIM sont des comptes qui ne sont pas soumis au vote du convent, tout comme les comptes de la fondation.

La SOGOFIM a ceci de particulier, que le GODF doit garantir l’intégralité des déficits de la SOGOFIM. Le responsable de la Société depuis septembre 2022 est l’actuel Grand Maître Guillaume Trichard.

Pour couvrir ces déficits, une augmentation de dix euros par capitation a déjà été votée par la SOGOFIM. Les Loges propriétaires qui gèrent leur immeuble au plus juste ne devraient avoir aucune raison de cautionner une société sur laquelle ils n’ont aucun droit de regard, qui les taxe et dont ils sont obligés de rembourser les déficits.

Les comptes du Grand Orient de France sont en berne en 2023 et en 2024.

Il suffit de consulter les comptes fournis par le Conseil de l’Ordre.

  • Le déficit 2023 du GODF est de 385 000 euros, en grande partie due à la commémoration du 250e anniversaire de l’appellation GODF, dont le budget a explosé.
  • Le déficit 2024 du GODF est de 664 000 euros alors qu’il n’y a pas eu de commémoration.

Fort heureusement, le report à nouveau des réserves constituées par la Covid : pas de convent en 2020, un minimum de réunions présentielles des instances et de déplacement ont permis de constituer des réserves. Soit 1,9 million d’euros. Ces réserves vont fondre de plus de 50 %.

Depuis des années, des sacoches sont fournis aux délégués au convent. Le président a donc trouvé une source d’économies : pas de sacoche cette année. Prière aux délégués d’apporter le sac recyclable de leur supermarché favori pour transporter les multiples rapports et dossiers dont le convent est un producteur.

Guillaume Trichard, Grand Maître. Photo GODF

Là aussi, le président Guillaume Trichard sait prendre des décisions courageuses : le numéro spécial de La Chaîne d’Union (LCU) sur l’Antimaçonnisme, très bien fait, devait figurer dans la sacoche. Une précommande de 2000 exemplaires devait être tirée. Plus de sacoche, plus de Chaîne d’Union.

Car, il faut montrer un esprit affiché d’économies à tout prix. Dans le rapport d’activité, on constate que le Grand Maître a consacré 144 jours ouvrables au GODF dont 45 jours en déplacement Outre-Mer et outre-France en visitant Arménie, Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guadeloupe, Guyane, Île Maurice, Madagascar, Martinique, Pologne, Réunion, Thaïlande, Togo.

Cette frénésie touristique s’est faite en Classe Affaires en compagnie des inévitables conseillers de l’Ordre accompagnants. Il est donc normal que les délégués participent aux économies rendues nécessaires par le manque de frugalité du Grand Maître et de ses conseillers.

Ministère de l’Economie et des Finances (Mars 2022 – Crédit Wikipedia)

Le profane se posera des questions : comment le quitus financier peut-il être voté chaque année avec des déficits pareils ? C’est très simple, le quitus financier est voté très en amont dès le mois de juin par chacun des 17 congrès régionaux qui n’échangent pas entre eux. Les Commissaires du Conseil de l’Ordre sont très attentifs à contrôler les éventuels questionneurs. La réponse habituelle est la suivante « Oh mais nous ne sommes responsables que des six derniers mois ».

L’augmentation de la capitation est de 8,80 euros. Soit 440 000 euros. Chacun sait que ce sera insuffisant, car elle est établie avec une projection de 55 000 cotisants, montant qui n’est qu’une hypothèse peu réaliste . On se croirait à Bercy.

Si on additionne les déficits du GODF et de ses structures associées, on constate qu’ils ne sont pas inférieurs à un Million d’Euros par an pour les trois années considérées dont est responsable le Grand Maître Trichard par ses différentes fonctions de trésorier de la Fondation, de VP de la Sogofim et de GM du GODF

 On est littéralement dans un « Quoiqu’il en coûte » totalement désinvolte et irresponsable aux frais du contributeur involontaire qu’est le membre du GODF taillable et corvéable à merci.

Les séquelles maçonniques sont immenses pour le GODF.

La démission d’une de ses loges historiques au GODF, « Les Travailleurs » fondée en 1866, est une faute politique. C’est la seule loge à avoir fait don de ses locaux à la Fondation du Grand Orient de France. Erreur grossière que l’obédience va devoir payer au prix fort. La mise en garde d’Elie Leroy envers son fils prend tout son sens (« Tu fais une bêtise ! »).

Nicolas Penin – GODF

Ses responsables ont été traités de manière indigne alors que le Grand Maître Philippe Foussier a commis une faute légale en signant un compromis de vente qu’il n’était pas habilité à signer. La Loge et ses animateurs ont été pourchassés et exclus du GODF alors qu’ils en étaient démissionnaires. Cette chasse a été achevée sous la Grande Maîtrise de Guillaume Trichard qui a obtenu, avec Nicolas Pénin, l’exclusion des responsables de l’APP.

La contrefaçon des « Travailleurs » est toujours inscrite sur les rôles du GODF. Cette dernière a d’ailleurs payé ses capitations par tiers avec un compte bancaire obtenu frauduleusement comme l’a constaté le Tribunal de Nanterre.

Elle n’a jamais été installée, ses dix officiers (les dix administrateurs dont l’élection a été annulée) sont convaincus de faux et d’usage de faux, elle n’a pas de patente officielle. L’orateur du convent ne jugera sans doute pas de sa qualité à participer aux travaux.

L’histoire ne s’arrêtera pas là, car l’APP reste propriétaire de la parcelle que lui a transmis gracieusement Elie Leroy en 1952 et de la jouissance ad vitam du 3e étage du 39 rue Castérès à Clichy.

Comment le convent informé va-t-il réagir ? Que pourrait faire l’APP ? Que va faire la fondation ?

Que pourrait faire le convent du Grand Orient de France ?

Dans une association avec un fonctionnement classique, une telle situation ferait l’objet d’une commission d’enquête interne. Car elle ne peut pas être confiée au Conseil de l’Ordre qui deviendrait juge et partie. Tous ses membres sont actuellement responsables à la fois de la fondation et de l’exécutif.

 Les comptes de la fondation ne font jamais l’objet d’un vote du convent. Le convent peut confier cette mission à la Commission Conventuelle du budget (COCOBU) en interprétant l’article 116bis qui prévoit « qu’elle surveille la bonne gestion financière des structures associées qui pourraient engager la responsabilité financière du GODF ».

Mais la COCOBU a surtout fait la preuve de sa complaisance à l’égard de l’exécutif.

Un certain nombre de ses membres considérant qu’elle leur sert de tremplin pour y accéder. L’idéal serait de faire un audit externe de la gestion de la Fondation depuis septembre 2017, date de l’arrivée de Philippe Foussier et de Charles Arambourou qui n’ont jamais rendu compte à qui que ce soit de leurs mécomptes.

Que pourraient faire le Conseil de l’Ordre et la Fondation du Grand Orient de France ?

Les faits parlent pour eux : un compromis illégal signé par Philippe Foussier, une chasse à l’homme pour exclure les lanceurs d’alerte tel que Jean-Pierre Chanard, une action menée par la loge contrefaite « Les Travailleurs » pour les évincer et prendre le contrôle des comptes bancaires et radier des récalcitrants.

Fort heureusement, le Tribunal de Nanterre veille, les coupables sont condamnés, l’arroseur arrosé et le conseil de l’Ordre avec !

Le Conseil de l’Ordre et Fondation du Grand Orient de France ne peuvent plus rien faire.

Quelles actions vont mener Jean-Pierre Chanard et les membres de l’APP ?

Jean-Pierre Chanard

Selon nos informations, ils n’ont nulle intention de porter à nouveau cette affaire devant la Justice Maçonnique du GODF. Ils la considèrent comme une justice discrétionnaire. Elle interprète une affaire de 2018 comme irrecevable, alors que les fautes de Philippe Foussier étaient incontestables. Elle les sanctionne en 2023 alors qu’ils ne sont que des lanceurs d’alerte.

Fort heureusement, l’APP est toujours propriétaire du terrain. Elle jouit toujours de l’usufruit d’un 3e étage de 240 m2. C’est à ce titre qu’elle étudie l’hypothèse de faire « casser » juridiquement la donation initiale et de procéder à une nouvelle donation, mais cette fois à la Fondation de France ou tout autre organisme digne de confiance.

Dans ces conditions, quel serait l’avenir de la Fondation du GODF qui verrait s’évaporer la dotation initiale et les 70 000 euros de revenus annuels ? Quel serait l’avenir de la fondation du GODF alors que le GODF est à la recherche d’1 million d’euros par an pour résorber les déficits de la Sogofim et du GODF lui-même ? … surtout si on se souvient qu’en 2025, il aura consommé toutes ses réserves ?

Roger Leray – Source-INA

Les membres et les loges du GODF remercieront alors Philippe Foussier, Charles Arambourou, Guillaume Trichard, Nicolas Pénin et tous ceux qui auront laissé disparaître leur Fondation, initiée par le Grand Maître Roger Leray (1921-1991) en 1987 et confortée par le Grand Maître Gilbert Abergel en 1994, grâce à la donation du 39 rue Castérès à Clichy.

Fin

Piliers de l’islam | La prière

0

Du site de l’Institut du Monde Arabe

La prière n’est ni mécanique ni dogmatique, elle se vit comme un chemin initiatique quotidien : au fil de sa gestuelle en quatre temps (station debout, inclinaison, prosternation, station assise), le corps et l’âme se trouvent engagés ensemble dans l’histoire symbolique et initiatique d’un face-à-face entre le divin et l’humain.

La prière peut culminer dans une rencontre, une union mystique qui est présence de l’infini dans le fini. Et si, finalement, la prière avait pour vocation de nous faire découvrir que les mystères du divin et de l’humain ne font qu’un ?

Auteur : Abdennour Bidar. Producteur : Institut du monde arabe. Crédits musique : Ensembles al-Mahi & al-Bura’i, Chants sacrés de Nubie et de Kordofan, 7. Al-Ba‘ûdah/Le moustique, © Institut du monde arabe, 2002. Retrouvez l’album complet sur arabosounds. Identité graphique : Lila Saddoune / IMA. Montage & mixage : Making Waves. Jingle IMA : Anthony Capelli / Making Waves.

What is Spiritualités / مسالك روحية?

L’IMA confie à des personnalités (Barbara Cassin, Abdennour Bidar…) une exploration des spiritualités et des religions du monde arabe.

Un bien-être collectif un peu moins fugace

2

(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Les Jeux Olympiques[1] qui s’étaient féériquement ouverts et qui viennent de s’achever en apothéose se sont déroulés dans une liesse qui ne s’est jamais démentie. Aussi bien, à la suite de mon précédent édito, j’aimerais cette fois-ci réfléchir avec vous sur l’engouement populaire qu’ils ont suscité.

S’agit-il d’une conversion nationale, aussi radicale que soudaine, aux disciplines de fer auxquelles se sont astreints, des années durant, non seulement la bonne dizaine de milliers d’athlètes participants mais tous ceux qui, dans chaque pays, ont concouru aux épreuves de sélection de leur équipe ? Je crains que l’exemplarité de ces multiples parcours ne répande qu’une lueur superficielle et éphémère, chez nos concitoyens…

S’abandonne-t-on, alors, à la seule célébration des champions qui ont su imposer leur suprématie et triompher ainsi de la glorieuse incertitude du sport ? Tout aimanté de forces et de fragilités physiques et mentales, l’ardent magnétisme des victoires semble, en effet, bousculer nos divisions et abréger nos regrets envers les malchanceux…

Cherche-t-on, enfin, à exalter l’exigence de loyauté régnant aussi bien entre les compétiteurs que parmi les juges, même si les sports de notation ne conduisent pas toujours à l’évidence des classements ? C’est le rappel, en définitive, que tout reste humain et au moins marginalement imparfait. Cela dit, dans leur conception religieuse de l’égalité des règles, les Français sont sans doute fort loin, en tout domaine transposable, d’accepter sans discussion l’inégalité des résultats…

Au fond, nous ne cessons d’éprouver des sentiments partagés et ce, dans un double sens : certes, en ce qu’ils sont communs au plus grand nombre – et, quand ils sont positifs, nous ne pouvons que nous en réjouir – mais, tout aussi bien, en ce que nous sommes souvent en proie à des tendances contradictoires – et nous n’aurions guère à perdre à les réduire un peu… 

Pour revenir à ces 33es Olympiades de l’ère moderne[2], ce à quoi nous sommes, d’abord, sensibles, me semble-t-il, c’est à un message de paix universelle sublimant la concurrence des nations et, plus encore, sur notre Terre épouvantablement déchirée, c’est d’un cœur unanime que nous nous sommes laissés embraser par ce fervent hymne à la jeunesse, la vitalité et la beauté des corps resplendissant, tout du long, d’une santé ô combien plus éclatante que la Justice, en ce bas monde. Et nous avons fait mine de croire que, grâce aux promesses d’avenir radieux que semblaient prodiguer sans discontinuer ces êtres frais et forts, nous pourrions, pourquoi pas, nous élever un jour jusqu’aux cieux, en en acceptant d’autant plus facilement l’augure que nous nous rapprochions du 15 août[3] !

Ainsi va notre imaginaire : à l’impôt du sang que la guerre fait aveuglément verser sur les champs de bataille se substitue, dans les stades, l’impôt de la sueur qui fait aussi couler beaucoup de larmes, heureuses pour les médaillés et, tout de même, moins tragiques pour les autres. Pour autant, sauf au cours de modestes trêves qu’ont parfois observées des États en conflit armé, les Jeux olympiques n’ont jamais démontré les vertus exorcisantes qu’on voudrait opiniâtrement leur prêter. En réalité, ils n’enrayent rien dans la durée. On peut donc s’interroger : les peuples, au-delà des rêves évanescents qu’ils partagent rituellement tous les quatre ans, préfèrent-ils vraiment voir des jeunes gens s’affronter pacifiquement dans des joutes sportives, plutôt que de les sacrifier en bien plus grand nombre, au nom d’intérêts dits supérieurs, en cela surtout qu’ils sont supérieurement mortifères ? À l’inverse des règles du sport qui sont toujours claires et détaillées, les lois du massacre comptent plus efficacement sur des ressorts abscons et persistants…

Alors, la franc-maçonnerie dans tout cela ? Eh bien, elle partage, en certains points, l’idéal olympique, notamment en ce que, tout comme lui, elle magnifie l’effort, la probité et le dépassement de soi, mais elle s’en distingue substantiellement par d’autres revendications, parce que, d’une part, elle promeut la coopération à l’encontre de la rivalité et que, d’autre part, elle ne vise pas à comparer les mérites de ses membres, se contentant d’inciter chacun à lutter contre soi-même, avec l’ambition de vaincre ses passions et de pratiquer la vertu[4].

Plus délicatement encore, elle a aussi pour vocation de nous réconcilier avec nous-mêmes, tant au plan individuel qu’entre les uns et les autres. Même si elle contribue à réduire les heurts et les fracas de nos contradictions, elle ne confond pas la sagesse avec leur abolition : tout d’abord, elle nous enjoint de nous efforcer de les comprendre, d’en saisir les causes et les mécanismes ; ensuite, en recherchant un peu plus de cohérence, en mettant un peu plus d’harmonie dans chacune de nos personnes comme dans nos actions communes, nous nous donnons la chance de cohabiter chaque jour plus paisiblement avec nos ambivalences, c’est-à-dire d’accueillir, de façon pondérée, ces dispositions qui conjuguent des sentiments ou des comportements opposés.

La franc-maçonnerie nous exerce à dénouer les liens obscurs de l’amour et de la haine et à étendre, dans nos conduites, l’empire de la raison, au service de ce que les philosophes appellent le « souverain bien », c’est-à-dire ce qui contribue au bonheur de tous. Dans cette perspective, résorber nos ambiguïtés majeures consiste, en tout premier lieu, à sortir du régime voilé de nos interprétations, à emprunter les voies de la tolérance et du respect mutuel, en sachant qu’il nous appartient d’assumer en conscience et avec joie le flou léger et perpétuel de la vie, là où, à la fois, elle se partage et se régénère.

Ainsi, en ce si rare instant des Jeux Olympiques, nous n’avions rien à craindre à ne pas bouder notre plaisir, mais nous pouvions également en profiter pour nous rendre compte qu’il ne saurait y avoir de récompense durable sans une application constante, une volonté générale et une construction concertée, seuls principes à même de garantir un bien-être collectif un peu moins fugace.


[1] Les Jeux paralympiques se dérouleront du 28 août au 8 septembre 2024.

Par ailleurs, on trouvera, dans ce Journal, différents articles se rapportant à l’olympisme, notamment au regard de la franc-maçonnerie, en cliquant ici.

[2] Depuis leur première édition à Athènes, en 1896. 33es ? Tiens, tiens…

[3] Date de la première mise en ligne de cet édito. Une double considération sur le terme d’assomption, selon qu’on l’affecte ou non d’une majuscule :

L’Assomption, en tant qu’enlèvement corps et âme de la Vierge au ciel n’est curieusement un dogme de l’Église catholique romaine que depuis le 1er novembre 1950, jour de la Toussaint. En effet, c’est alors que le pape Pie XII proclame, dans la Constitution Apostolique Munificentissimus Deus, le dogme de l’Assomption : « Au terme de sa vie terrestre, l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, a été prise corps et âme dans la gloire céleste ». Il décide de le faire un 1er novembre et non un 15 août, pour situer Marie dans la communion de tous les saints.

Si l’on conserve des minuscules au mot entier, l’assomption apparaît philosophiquement comme un acte d’acceptation lucide de ce qui est, d’où découle le fait d’en assumer les conséquences. C’est en cela qu’il s’agit d’une élévation de l’âme ou de l’esprit qui transfigure la réalité à la mesure des valeurs qu’on y applique.

[4] Ce vocable désuet est remis à l’honneur par les Entretiens d’été du Collège maçonnique qui a pris pour thème général, cette année : « Quelle modernité pour les vertus ? ». Les conférences se tiennent en visio, chaque jeudi soir de 19h30 à 21h, à l’exception de ce 15 août. Le programme a commencé le 27 juin et se terminera le 5 septembre 2024. Pour en avoir un aperçu et s’inscrire, cliquer ici (replays disponibles pour les adhérents des Académies maçonniques, sur le site du Collège maçonnique).

Mythes et origines de la franc-maçonnerie (Par Roger Dachez)

Dossier spécial Bibliothèque Nationale de France

La jeune grande loge qui fut fondée à Londres le 24 juin 1717, et dont le premier grand maître était un obscur libraire, marqua le début d’une aventure qui allait conquérir le monde en quelques décennies.

Origines réelles et symboliques de la franc-maçonnerie.

Tout aurait commencé au Moyen Âge, en Grande-Bretagne, par ce qu’on appelle la « maçonnerie opérative » : le regroupement des maçons de métier. C’est de là que serait née la franc-maçonnerie « spéculative », moderne, détachée de toute préoccupation professionnelle, telle que nous la connaissons.
À l’origine, c’est-à-dire durant l’époque médiévale, le métier de maçon rassemblait des ouvriers, plus ou moins qualifiés et expérimentés, et des maîtres d’œuvre. Les chantiers pouvaient occuper toute une vie ; le métier se résumait à l’édification d’une cathédrale dont le maçon n’avait pas vu poser la première pierre et dont il ne verrait pas l’achèvement. Les plus anciens, les compagnons, formaient les plus jeunes, les apprentis. Ils disposaient de loges (le terme apparaît dans nos documents au 13e siècle), c’est-à-dire de simples bâtisses adossées à l’édifice en construction, où l’on rangeait les outils, où l’on se reposait, où l’on parlait des problèmes du chantier et des projets du lendemain. On y faisait aussi des plans, sur le sol égalisé qui servait à tracer les épures ou à fabriquer les gabarits.

Le Livre des métiers
Le Livre des métiers | Bibliothèque nationale de France

Pour organiser la profession, les clercs en rédigèrent des règlements, comme pour d’autres corps de métier (charpentiers, couvreurs…). C’est à cette époque aussi que, pour donner une perspective au travail des maçons, ils en écrivirent une histoire légendaire, à partir de vieilles chroniques. On en trouve le récit dans les Old Charges (qu’on appelle aussi les « Anciens Devoirs » ), dont les versions les plus anciennes que l’on connaisse remontent à la fin du 14e siècle. Elles rapportent comment les secrets de la « géométrie » ou de la « maçonnerie », inventées dès l’origine du monde, furent sauvés du Déluge grâce à des colonnes de pierre où ils avaient été gravés par les fils de Noé. La tour de Babel puis le temple de Salomon à Jérusalem en sont les réalisations les plus illustres.

La religion était souvent mêlée aux usages et aux cérémonies en vigueur : un ouvrier reçu dans un chantier jurait de respecter Dieu, la Sainte Église, son roi et le maître du chantier ; on lui enseignait les « devoirs » et on lui présentait la Bible. Telle était son initiation. En 1472, la Compagnie des maçons de Londres (London Masons’ Company) reçoit officiellement ses armes et sa première devise : God Is Our Guide ( « Dieu est notre guide » ). À cette époque, la Compagnie exerce son contrôle à Londres : les apprentis lui sont présentés, et leurs noms sont portés sur ses registres. Au terme d’un apprentissage d’au moins sept ans, ils peuvent paraître devant une commission et, après avoir prêté serment de fidélité et de loyauté envers le métier, la ville et la Couronne, devenir « hommes libres du métier » (freemen of the craft).

Manuscrit Cooke, entre 1425 et 1450, lignes 463 à 490
Manuscrit Cooke, entre 1425 et 1450, lignes 463 à 490 | © British Library
La plus ancienne copie des statuts et règlements des maçons médiévaux
La plus ancienne copie des statuts et règlements des maçons médiévaux | © British Library

Parallèlement, le mot « loge », si évidemment et intimement lié à la franc-maçonnerie telle que nous la connaissons, évolue. Vers le 15e siècle, un usage extensif le conduit à s’appliquer à l’enemble des maçons qui travaillent sur un même chantier : la loge devient, en quelque sorte, une personne morale.

La quête des origines

Écosse, 1 598 : les prémices de la maçonnerie moderne

Au 16e siècle, en Écosse cette fois, ce mot apparaît pourvu d’une signification très différente, et surtout beaucoup plus complexe et plus riche. Il désigne alors les maçons travaillant dans le ressort d’une cité ou d’un district, et formant une juridiction permanente qui règle l’organisation du métier et arbitre les conflits entre les ouvriers et les employeurs.

En 1598, toujours en Écosse, William Shaw, qui porte le titre de « maître des ouvrages du roi et surveillant général des maçons », publie de nouveaux statuts : dorénavant, la loge contrôle l’entrée des apprentis ainsi que leur accession au statut de compagnon, juge les différends, punit les manquements aux règles. Selon une opinion classique, longtemps soutenue par les historiens de la maçonnerie, c’est au terme d’une transition de deux siècles environ que cette maçonnerie opérative médiévale déclinante aurait donné progressivement naissance à la franc-maçonnerie spéculative moderne. Les premiers signes de cette transition seraient apparus précisément en Écosse : il s’agit de l’admission dans les loges opératives de membres sans rapport avec la profession de maçon, appelés gentlemen masons, recrutés en règle générale parmi les notabilités locales, dans le premier tiers du 17e siècle.

Des statuts compagnonniques
Des statuts compagnonniques | © Archives départementales du Vaucluse

Parmi les personnages les plus représentatifs de cette protohistoire de la maçonnerie spéculative, il faut citer Robert Moray (1608-1673), officier de la Couronne écossaise, passionné de philosophie et d’hermétisme. En 1641, à Newcastle, en marge d’un conflit avec l’Angleterre – il exerce des fonctions dans l’armée écossaise –, Robert Moray est reçu maçon par une délégation de la loge opérative d’Édimbourg. Pendant toute sa vie, il n’assistera qu’à deux réunions de loge – la seconde fois en 1647. Mais surtout, fait emblématique, il sera, en 1 660, le premier président de séance de la Royal Society. Tout un symbole.

En 1646, en Angleterre cette fois, on retient également la réception à Warrington, près de Liverpool, d’Elias Ashmole, érudit féru d’alchimie et d’hermétisme, dans une loge composée de sept membres, tous des notables locaux, sans lien apparent avec la maçonnerie. Une note portée dans le journal d’Ashmole conserve seule la trace de cette loge sans doute occasionnelle.

Dès 1686, du reste, dans son Histoire naturelle du Staffordshire, sir Robert Plot rapportait la coutume locale d’admettre dans la « Société des francs-maçons » (Society of Freemasons) des personnes de toutes qualités, et la disait « répandue dans toute la nation ».

Depuis une quarantaine d’années, cependant, cette vision classique de la transition entre la maçonnerie opérative et la franc-maçonnerie spéculative a été sérieusement remise en cause par les historiens. Un réexamen attentif des quelques sources disponibles a pu faire apparaître qu’elle reposait sur des bases documentaires assez faibles. Même si des gens étrangers au métier ont pu être admis dans des loges anglaises ou écossaises, au cours du 17e siècle, il n’y a pas eu pour autant de « transition » ni de transmission. La maçonnerie spéculative moderne est bel et bien née en Angleterre au début du 18e siècle.

Le plus ancien procès-verbal d’une réunion de loge
Le plus ancien procès-verbal d’une réunion de loge | © Bibliothèque de la Grande Loge d’Écosse
Les « statuts Schaw » : les premières loges autonomes
Les « statuts Schaw » : les premières loges autonomes | © Bibliothèque de la Grande Loge d’Écosse

Si cette théorie de la transition a pu s’imposer, c’est que, dès ses débuts, la maçonnerie spéculative moderne – notamment la Grande Loge de Londres, fondée dans les premières années du 18e siècle – a manifesté le besoin d’établir à tout prix son ancienneté « de temps immémorial ». Dans la légende maçonnique fixée au début du 18e siècle, les allusions à la construction du temple de Salomon et à son architecte Hiram, par exemple, traduisent ce besoin et tentent d’y répondre. Nul ne doute, pourtant, qu’il s’agisse là de pures légendes.

Si l’hypothèse de la transition paraît donc désormais plus qu’incertaine, il convient d’en examiner une autre, selon laquelle la maçonnerie spéculative aurait, à son origine, délibérément repris des textes et des pratiques appartenant ou ayant appartenu aux opératifs, mais de façon tout à fait indépendante, sans filiation directe ni autorisation.

Les « chartes » Saint-Clair
Les « chartes » Saint-Clair | © Bibliothèque de la Grande Loge d’Écosse
Les « chartes » Saint-Clair
Les « chartes » Saint-Clair | © Bibliothèque de la Grande Loge d’Écosse

Londres, 1 717 : le véritable acte de naissance de la franc-maçonnerie

Dans le courant du 17e siècle, quelques gentlemen masons, férus de recherches philosophiques, sensibles à l’écho de la Renaissance néoplatonicienne, aux proclamations mystérieuses des premiers manifestes rose-croix, ou des notables érudits, parfois membres de la Royal Society, voulurent peut-être se réunir pour en faire l’objet de leurs travaux. Par souci de discrétion, par goût du mystère, par attrait pour les rites étranges et anciens, ils purent décider d’emprunter les formes symboliques et rituelles qu’ils avaient peut-être connues au contact des maçons écossais, qui, eux aussi, partageaient un secret – même si ce secret, ils le savaient bien, n’avait jamais été qu’un secret professionnel.

Londres, 1717 : la fondation de la première Grande Loge

La théorie de la transition s’appuie aussi, parfois, sur l’hypothèse d’une filiation entre compagnonnage et franc-maçonnerie spéculative. Ce n’est pas ici le lieu d’en montrer en détail les contradictions et les invraisemblances. Il reste qu’elle repose en grande partie sur une grave mais fréquente confusion entre la maçonnerie opérative, telle qu’elle a pu exister, sous des formes très diverses du reste, dans l’Europe du Moyen Âge, en France, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, et le compagnonnage lui-même. Or, celui-ci a longtemps été presque exclusivement français. Ses origines historiques semblent attestées vers le 15e siècle, mais, hormis quelques rares documents, nous ne possédons aucun renseignement substantiel ou fiable avant le début du 19e siècle sur ses usages !

Quelle qu’ait pu être leur origine, et quoi qu’il en soit de leurs connexions (très douteuses) avec des loges opératives, il apparaît que les premières loges spéculatives anglaises, si elles ont vraiment existé, avaient totalement disparu à la fin du 17e siècle. Contrairement à ce qui a été souvent écrit, on ne voit donc aucun lien entre elles et les quatre modestes loges de petits artisans et boutiquiers qui fondèrent, le 24 juin 1717, la Grande Loge de Londres. L’origine même de ces dernières est inconnue : elles sont dites, par conséquent, « de temps immémorial ».

Un témoignage imprimé sur les cérémonies de maçonnerie spéculative au 17e siècle
Un témoignage imprimé sur les cérémonies de maçonnerie spéculative au 17e siècle | © Bibliothèque du GODF
La réthorique s’illustre
La réthorique s’illustre | Bibliothèque nationale de France

Lorsque, par une belle fin d’après-midi de l’été 1717, le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, traditionnel patron des maçons, « quatre loges et quelques frères anciens » s’assemblèrent au premier étage d’une petite taverne du quartier Saint-Paul à Londres, un lieu appelé L’Oie et le Gril (Goose and Gridiron – l’établissement existait encore au début du 20e siècle), personne n’en rendit compte, l’événement passa inaperçu. Les présents eux-mêmes n’eurent apparemment pas l’idée d’en consigner le procès-verbal : tout ce que nous en savons fut rapporté vingt ans plus tard, en 1738, par le révérend James Anderson, compilateur des fameuses Constitutions de 1723, qui lui-même n’avait pas assisté à la réunion de 1717 !

La Procession de francs-maçons à Londres
La Procession de francs-maçons à Londres | © Musée de la Franc‑maçonnerie

Et pourtant, ce fut un événement fondateur. D’abord reçue avec méfiance, voire avec une certaine hostilité, par les « anciens » maçons, la jeune grande loge qui fut fondée ce jour-là, et dont le premier grand maître était un obscur libraire, rallia en quelques années à peu près tous les suffrages : vingt ans plus tard, elle comptait plus d’une centaine de loges. C’était aussi le début d’une aventure qui allait en quelques décennies conquérir le monde – ce dont les humbles fondateurs de 1717 se doutaient assurément fort peu.

Dès 1719, Jean-Théophile Désaguliers (1683-1744), fils d’un pasteur rochelais chassé par l’édit de Nantes, devenu physicien, ingénieur, enseignant à Oxford, ministre de l’Église d’Angleterre et plus tard chapelain du prince de Galles, conférencier scientifique de renom et principal collaborateur de Newton, devint grand maître : un autre monde s’invitait parmi les modestes artisans. En 1721, la mutation est symboliquement accomplie lorsque John, deuxième duc de Montagu (1690-1749), familier de la cour de Hanovre et l’un des hommes les plus riches du pays, devient grand maître à son tour : jusqu’à nos jours, les aristocrates, bien éloignés des tâches matérielles de leurs ancêtres prétendus, ne devaient plus lâcher les rênes du pouvoir au sein de la maçonnerie britannique.

Il n’importe : la métaphore opérative de la franc-maçonnerie demeure son ressort le plus puissant. La référence mythique – et donc toujours actuelle – à « l’édification du temple idéal » lui fournit la base de son univers symbolique et les éléments de sa méthode. Spéculatifs ou opératifs, depuis toujours les francs-maçons « glorifient le travail », quelle qu’en soit la nature…

« Humanisme » explore les défis contemporains du service public

Humanisme est la revue officielle du Grand Orient de France (GODF), puissance symbolique régulière souveraine, la plus ancienne obédience maçonnique française, la plus importante d’Europe continentale et, depuis le Brexit, de l’Union européenne, mais aussi la plus importante obédience libérale au monde.

Cette publication trimestrielle, reconnue pour sa rigueur intellectuelle et son engagement humaniste, se distingue par son exploration approfondie de thèmes variés tels que la philosophie, la politique, la culture, l’histoire et les enjeux contemporains.

Humanisme a pour mission de promouvoir les valeurs de la franc-maçonnerie adogmatique et libérale, en défendant des idéaux tels que la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité. Elle se veut un espace de réflexion et de débat, offrant une plateforme aux penseurs, chercheurs, et membres de la société civile pour échanger sur des sujets d’intérêt général.

Chaque numéro de la revue est structuré autour de plusieurs rubriques principales, offrant une diversité de perspectives et de sujets :

Éditorial : Une réflexion incisive sur un sujet d’actualité, souvent teintée d’ironie ou de critique sociale, comme dans ce dernier opus, où Christophe Devillers évoque le climat politique post-élections législatives en France avec une touche d’humour noir.

Vitriol : Une section dédiée à des critiques acerbes et des réflexions provocatrices sur des thèmes contemporains, ici, telle l’analyse de Cincinnatus sur le transhumanisme.

Actualité des Lumières : Des essais et analyses qui revisitent l’héritage des Lumières à la lumière des enjeux actuels, comme l’article de P-Yves Beaurepaire qui offre une lecture historienne des idéaux des Lumières.

Pro fanum : Des articles qui explorent des aspects culturels et patrimoniaux, souvent liés à des ressources accessibles en ligne, comme celui d’Aline Girard sur le patrimoine sportif dans Gallica. Rappelons que le terme pro fanum peut être traduit littéralement du latin par « devant le temple », suggère une perspective extérieure ou profane sur des sujets habituellement perçus comme sacrés ou élevés.

Parcours : Des récits historiques ou biographiques qui tracent des trajectoires intellectuelles et culturelles, illustrés par l’article de J-Pierre Weisselberg sur les Allobroges et l’astronomie.

Le grand entretien : Des interviews approfondies avec des personnalités influentes, apportant des insights uniques sur divers sujets, comme l’entretien avec Laure Daussy sur les méfaits de la réputation.

Dossier : Des études thématiques détaillées, regroupant plusieurs articles autour d’un même sujet. Par exemple, le dossier sur le service public explore ses multiples facettes et enjeux contemporains à travers les contributions de divers auteurs.

Exploration : Des analyses sociétales et philosophiques sur des institutions et des concepts essentiels à la civilisation, comme les articles de Nicolas Pomiès sur la santé publique et d’Olivier Nobile sur la sécurité sociale.

Histoire et chroniques humanistes : Des articles historiques et des réflexions sur l’humanisme moderne, souvent avec une dimension maçonnique, comme les contributions de Charles Conte et Benoît Graisset-Recco.

Musique, 7e art, musique et livres : Des critiques et analyses culturelles couvrant la musique, le cinéma et la littérature, offrant une perspective humaniste sur les arts, illustrée par les critiques de Philippe Foussier et Naudot Taskin.

La revue s’adresse non seulement aux membres du GODF mais aussi à un public plus large intéressé par les questions philosophiques, sociétales et culturelles. Elle joue un rôle crucial dans la diffusion des valeurs maçonniques et humanistes, contribuant au débat public et à la réflexion critique sur les défis contemporains. Elle est disponible chez Conform édition ou DETRAD.

Ce numéro 344 d’août 2024 se présente comme un recueil riche et diversifié, abordant des thématiques variées allant de l’actualité politique à l’histoire, en passant par la culture et la philosophie. Cette édition s’ouvre sur un éditorial signé Christophe Devillers, dont le titre énigmatique « Mais c’est Groucho qui vint » laisse présager une réflexion teintée d’humour et de sagacité. S’ensuivent des rubriques intrigantes telles que « Vitriol » et « Cincinnatus », qui évoquent respectivement une critique acerbe et une référence à l’idéal républicain romain.

Éditorial : Mais c’est Groucho qui vint – Christophe Devillers

L’éditorial de Christophe Devillers s’ouvre sur une note ironique en évoquant la perplexité des événements politiques récents en France. Christophe Devillers semble jouer sur l’inattendu, en invoquant Groucho Marx, symbole de l’absurde, pour souligner le climat de confusion post-élections législatives. Ce texte est une réflexion acerbe sur la fragmentation et la déliquescence du paysage politique, tout en laissant poindre une certaine nostalgie pour des idéaux plus élevés. La prose de Christophe Devillers est incisive, mêlant humour et critique sociale avec une verve littéraire qui capte immédiatement l’attention du lecteur.

Vitriol : Vous avez dit « transhumanisme » ? – Cincinnatus

Cincinnatus interroge avec une verve polémique le concept du transhumanisme. Il aborde cette idéologie avec une certaine défiance, mettant en lumière les dilemmes éthiques et les promesses douteuses qui l’accompagnent. Le ton est résolument critique, parfois sarcastique, questionnant les motivations derrière cette quête de perfection technologique et les impacts potentiels sur la condition humaine. La critique est acerbe, appuyée par des références à des figures emblématiques de la philosophie et de la science contemporaine.

Actualité des Lumières : une lecture historienne – Pierre-Yves Beaurepaire

Pierre-Yves Beaurepaire revisite les idéaux des Lumières, les confrontant aux réalités contemporaines. À travers une analyse historique rigoureuse, Beaurepaire démontre la pertinence actuelle de ces valeurs, tout en soulignant les défis posés par les nouvelles formes d’obscurantisme. Son essai est une invitation à réactualiser l’héritage des Lumières, à défendre la raison et le progrès dans un contexte marqué par des régressions intellectuelles et politiques. Le texte est érudit, soutenu par une recherche approfondie et une réflexion dense.

Pro fanum : Pour les fondus de sports, un patrimoine à portée de clic dans Gallica – Aline Girard

Aline Girard nous emmène dans un voyage numérique, explorant comment la bibliothèque en ligne Gallica permet de redécouvrir le patrimoine sportif. Girard évoque avec passion la richesse des archives accessibles, mettant en lumière l’histoire et l’évolution des pratiques sportives à travers les siècles. Son récit est vibrant, illustrant comment le numérique peut revitaliser notre compréhension du passé et encourager une appréciation renouvelée du sport comme un élément culturel majeur.

Parcours : Des Allobroges au Miroir de Sirius – Jean-Pierre Weisselberg

Jean-Pierre Weisselberg nous entraîne dans une odyssée historique, des Allobroges antiques aux explorations stellaires contemporaines. Son récit est une mosaïque de faits historiques, mythologiques et scientifiques, offrant un panorama fascinant des connaissances humaines à travers le temps. Le style est narratif, presque épique, invitant le lecteur à s’émerveiller devant la continuité et l’évolution de la quête humaine pour comprendre le monde et l’univers.

Couv. 3 D, Conform édition

Le grand entretien : Les méfaits de la réputation – Laure Daussy (Propos recueillis par Dominique Papon)

Dans cet entretien, Laure Daussy aborde les implications souvent néfastes de la réputation dans le monde contemporain. Laure Daussy discute des mécanismes sociaux et médiatiques qui façonnent et détruisent les réputations, et comment ceux-ci affectent les individus et les institutions. Ses propos sont percutants, illustrant avec des exemples concrets les dangers d’un système où l’apparence et la perception priment souvent sur la réalité. La conversation est fluide, révélant des insights profonds sur la dynamique complexe de la réputation.

Dossier : Service public : L’État utile

Le cœur de l’ouvrage est consacré à un dossier substantiel sur le service public, intitulé « Service public : l’État utile ». Cette section, divisée en deux parties, offre une analyse approfondie de l’évolution et des défis auxquels font face les services publics. Des questions cruciales sont soulevées, telles que l’avenir de l’éducation publique, la privatisation, et la survie des services publics face à la construction européenne. Les auteurs explorent également des domaines spécifiques comme la santé publique, la sécurité sociale, l’emploi et la justice, offrant ainsi un panorama complet des enjeux contemporains liés à l’État providence. Revenons sur six des onze articles du dossier.

Le 4e élément. Parachever l’œuvre républicain – Jean-Pierre Sakoun

Jean-Pierre Sakoun propose une réflexion profonde sur le rôle crucial du service public dans la consolidation des idéaux républicains. Il plaide pour une revitalisation et une défense acharnée des services publics, les présentant comme les piliers indispensables de la cohésion sociale et de l’égalité des chances. Sakoun mêle analyse politique et appel militant, incitant à une prise de conscience collective de l’importance de ces institutions.

Qu’est-il advenu du Service public d’éducation en 1984 et 1992 ? – Eddy Khaldi

Eddy Khaldi analyse les transformations du service public d’éducation au cours des décennies. Son texte est un diagnostic critique des politiques éducatives, mettant en lumière les dégradations et les réformes qui ont altéré le paysage éducatif français. Khaldi utilise une approche analytique, supportée par des données historiques, pour souligner la nécessité de réformer en profondeur le système éducatif afin de restaurer son efficacité et son équité.

Oasis de socialisme ou béquille du capitalisme ? – Charles Arambourou

Charles Arambourou explore le paradoxe des services publics comme à la fois refuge des idéaux socialistes et instruments du capitalisme. Son essai est une exploration dialectique, confrontant des visions opposées du rôle de l’État dans l’économie. Arambourou utilise une dialectique sophistiquée pour décortiquer les contradictions et les tensions inhérentes à la gestion des services publics dans un contexte capitaliste.

Exploration : L’organisation de la santé publique indicatrice de civilisation – Nicolas Pomiès

Nicolas Pomiès discute de la santé publique comme reflet de la civilisation. Son analyse est philosophique et sociologique, examinant comment les politiques de santé publique révèlent les priorités et les valeurs d’une société. Pomiès propose une vision holistique, soulignant l’interconnexion entre santé, justice sociale et progrès civilisationnel.

Sécurité sociale : un service public atypique porteur d’un idéal démocratique – Olivier Nobile

Olivier Nobile aborde la sécurité sociale comme une institution singulière incarnant l’idéal démocratique. Son essai est à la fois historique et analytique, retraçant l’évolution de la sécurité sociale et son rôle dans la promotion de l’égalité et de la solidarité. Nobile démontre comment ce service public est un pilier de la démocratie, soutenant la cohésion sociale et économique.

Justice et service public – Dominique Raimbourg

Dominique Raimbourg examine la relation entre justice et service public, illustrant comment une justice équitable et accessible est essentielle pour une société juste. Son analyse est juridique et sociopolitique, explorant les réformes nécessaires pour améliorer l’efficacité et l’accessibilité du système judiciaire.

La partie historique de l’ouvrage est particulièrement intéressante, avec un article sur le World Congress on Fraternalism, qui a été un événement majeur dans le domaine de la recherche maçonnique. L’étude sur Thomas Paine et Nicolas de Bonneville, par Cécile Révauger, offre une perspective historique sur le dialogue franco-britannique concernant la franc-maçonnerie et la liberté de conscience.

Les chroniques humanistes, signées Charles Conte, abordent la vision d’Emmanuel Macron sur l’humanisme européen, un sujet d’actualité qui résonne avec les débats contemporains sur l’identité et l’avenir de l’Europe.

La revue ne néglige pas les aspects culturels – et c’est aussi pour cela que nous l’apprécions, avec des rubriques dédiées au cinéma, à la musique et à la littérature. L’analyse du film « La Jetée » de Chris Marker par Benoît Graisset-Recco promet une réflexion profonde sur l’art cinématographique, tandis que l’article de Jean Kriff sur Mozart explore probablement la dualité entre l’homme et l’artiste.

La section consacrée aux livres offre un panorama éclectique d’ouvrages récents, allant de l’histoire politique avec Les Quarante-huitards et les autres – Dictionnaire des dirigeants de 1848 (SUP, 2024) à des réflexions contemporaines sur la République avec Encore debout – La République à l’épreuve des mots (Éd. de l’Observatoire, 2024) de Rachel Khan. L’ouvrage de Charles Coutel sur la franc-maçonnerie comme « pédagogie de la grandeur », publié en 2024 chez Conform édition, semble particulièrement intrigant, promettant une analyse approfondie de cette institution souvent méconnue.

Paul Valéry, photo Henri Manuel, 1920

Notons, en fin de 4e de couverture, la formule de Paul Valery dans Notes (1919) « Si l’État est trop fort, il nous écrase, s’il est trop faible alors nous périssons », exprimant une réflexion profonde sur l’équilibre nécessaire entre l’autorité de l’État et la liberté individuelle. Cette citation invite à considérer les conséquences de deux extrêmes dans la gestion du pouvoir étatique : l’autoritarisme et l’anarchie.

Par ailleurs, le prochain numéro aura pour dossier « Migrer, bon gré, mal gré ».Un dossier d’une importance et d’un intérêt considérables car ce sujet, ô combien d’actualité, résonne profondément avec les questions contemporaines de mobilité humaine, des crises migratoires, et des implications culturelles, sociales et politiques des mouvements de populations.

Humanisme, recueil d’essais et d’analyses, offre une exploration profonde et diversifiée de thèmes allant de la politique et la philosophie à la culture et l’histoire. Chaque contribution est marquée par une rigueur intellectuelle et un engagement passionné, rendant l’ouvrage riche et stimulant. Les auteurs, par leurs réflexions critiques et leurs approches variées, invitent le lecteur à une réflexion profonde sur les enjeux contemporains, soulignant l’importance de revisiter et de défendre les idéaux humanistes dans un monde en constante évolution.

Humanisme – Service public : L’État utile

Revue des francs-maçons du Grand Orient de France

Conform édition, N°344, août 2024, 128 pages, 13 € – 16 € port inclus