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« Alchimie » de Melan, un rappeur ésotérik ?

C’est le commentaire de G.A.S posté le 16 août courant à la suite de notre article « « No Pasarán » : Quand le rap français vise les francs-macs ! Côté obédiences, silence radio ! » qui nous a inspiré cette analyse de cette chanson intitulée « Alchimie » de Melan.

Plongeons dans les thèmes, les paroles, et l’atmosphère générale de la chanson

Melan*, un artiste français souvent associé à la scène rap underground, est connu pour ses textes introspectifs et poétiques. Dans « Alchimie », il aborde des thèmes profonds et personnels, caractérisés par une réflexion sur la vie, la condition humaine, et les luttes internes.

Le titre « Alchimie » renvoie à l’idée de transformation, un processus central dans l’alchimie traditionnelle où l’on cherche à transformer le plomb en or. Ici, Melan semble utiliser cette métaphore pour parler de transformation intérieure, d’évolution personnelle. Il explore comment les expériences de vie, souvent difficiles, peuvent être transformées en quelque chose de précieux.

Une grande partie des paroles reflète une lutte interne, un conflit entre le désir de s’améliorer, de transcender ses propres limites, et les obstacles qui se dressent en chemin. Cette lutte est un thème récurrent dans le rap de Melan, qui utilise souvent ses chansons comme une forme de catharsis.

La chanson met en lumière la dualité de la vie – la coexistence du bien et du mal, du bonheur et de la souffrance. Melan évoque cette dualité pour illustrer comment elle est une part intégrante de l’expérience humaine.

L’analyse des paroles…

Melan se distingue par sa capacité à jouer avec les mots, créant des images riches. Les paroles de « Alchimie » sont imprégnées de symbolisme, souvent évoquant des idées philosophiques et spirituelles. Le ton est à la fois mélancolique et déterminé, comme si l’artiste se battait contre des forces extérieures tout en cherchant à trouver un sens à sa propre existence.

Melan utilise un langage à la fois poétique et brut, une combinaison qui permet de capturer la réalité dure de la vie tout en l’élevant à un niveau plus symbolique. Ses rimes sont souvent serrées, créant un rythme hypnotique qui soutient le poids émotionnel des paroles.

Il utilise des jeux de mots complexes et des métaphores élaborées et ses rimes sont riches et souvent multisyllabiques.

Les métaphores alchimiques sont omniprésentes, soulignant l’idée de transformation personnelle. Par exemple, la transformation du « plomb en or » peut être vue comme une métaphore pour transformer les aspects les plus sombres ou les plus pesants de la vie en quelque chose de positif et de lumineux.

… Et de la musique

La production musicale de « Alchimie » renforce l’atmosphère introspective des paroles. Les sonorités sont souvent sombres, avec des beats lourds qui ajoutent au sentiment de gravité. Les instrumentations subtiles, parfois teintées de mélodies mélancoliques, créent une ambiance qui invite à la réflexion. Côté technique de rap, Melan démontre une maîtrise technique impressionnante ! Son flow est fluide et varié, s’adaptant aux nuances du beat

« Alchimie » de Melan est une œuvre riche en significations, où l’artiste explore des thèmes de transformation, de lutte intérieure, et de dualité. À travers une poésie urbaine et un langage symbolique, Melan, qui utilise cette métaphore pour décrire son parcours artistique et personnel, invite l’auditeur à réfléchir sur sa propre vie, ses propres luttes, et les moyens par lesquels il peut transformer ses défis en quelque chose de précieux. C’est une chanson qui, à l’image de l’alchimie, vise à élever l’âme en transcendant les épreuves de l’existence.

*Melan, de son vrai nom Manel Foulgoc, est un artiste dont le parcours reflète une vie en mouvement, tant sur le plan géographique qu’artistique. Né en région parisienne, il quitte la capitale à l’âge de 14 ans pour s’installer dans le quartier Belfort de Toulouse, une ville qui deviendra le terreau fertile de son épanouissement artistique.

Blason de la ville de Toulouse
Toulouse, pont Saint-Pierre et le Dôme de la Grave enneigés en février 2012

C’est dans les cités toulousaines qu’il fait ses premiers pas en tant qu’animateur, une expérience qui le plonge dans la réalité des quartiers populaires et nourrit sa créativité. Cette période est marquée par son intégration au collectif Omerta Musik, où il affine son style et trouve sa voix.

En 2020, Melan fait une incursion remarquée dans le septième art avec son rôle dans « La Fine Fleur » de Pierre Pinaud, aux côtés de Catherine Frot et Vincent Dedienne. Cette transition vers le cinéma témoigne de la polyvalence de l’artiste, capable de s’exprimer avec autant de force à travers le micro que devant la caméra. Deux ans plus tard, il confirme son statut d’artiste accompli en rejoignant le jury du Festival Montmirail, marquant ainsi une nouvelle étape dans sa carrière.

Sur le plan musical, Melan se distingue par une discographie riche et évocatrice. Dès 2012, avec « Vagabond de la rime, vol. 1 », il pose les bases de son univers poétique et introspectif, poursuivant avec « Vagabond de la rime, vol. 2 » en 2014, et « La vingtaine » en 2015. Chaque album, du triptyque « Vagabond de la rime » jusqu’à « Abandon sauvage » en 2018, témoigne de son évolution artistique et de sa capacité à capter les nuances de la vie.

Son œuvre s’enrichit encore avec des projets comme « Pragma » en 2019, « Déconfinement » et « Angle mort » en 2020, avant de revenir en force avec « La Tr3ntaine » en 2023 et son intégrale en 2024. La même année, il sort « Havana », un album qui marque une nouvelle étape dans sa carrière musicale.

Parallèlement, Melan continue de s’investir dans le cinéma, avec des rôles dans « J’mange froid » de Romain Laguna en 2017, « J’ai tué mon mari » en 2021, et dans la saison 4 de « Capitaine Marleau » en 2022, où il incarne le personnage d’Erwan. Chacune de ses apparitions à l’écran confirme son talent et sa capacité à explorer différents registres artistiques.

Melan est un véritable vagabond de la rime et de l’image, un artiste en perpétuelle évolution, dont la quête d’expression ne connaît aucune limite.

YouTube : Titre issu de l’album « La Tr3ntaine l’intégrale », disponible partout. Clip réalisé par Théo Di Malta & Antoine Di Malta beatmaker: NiNETY8 Mix Master: El Gaouli Distribution: Addictive Music Produit par Surround Production. Illustrations Facebook Melan

La carte postale ancienne (CPA) maçonnique du dimanche 18 août 2024

Cette carte postale ancienne intitulée « Il pleut (de la boue) sur le temple » par A. Lemot se présente comme une satire mordante et riche en symbolisme, visant à dénoncer une institution ou un groupe spécifique, très probablement les francs-maçons, ce qui était un sujet fréquent de caricature en France à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Au centre de l’image, un homme robuste, aux traits sévères, est représenté en train de balayer avec force le toit d’un bâtiment qui ressemble à un temple, marqué de l’inscription Grand Orient de France (GODF).

Ce temple, à l’architecture symbolique et austère, évoque clairement une loge maçonnique, le Grand Orient étant la plus ancienne obédience maçonnique française. L’homme, dont le visage exprime une détermination implacable, tient un balai sur lequel est inscrit « Interpellation Guyot de Villeneuve », indiquant que son action est celle d’une remise en question ou d’une critique vigoureuse. Le geste de balayer, dans ce contexte, est lourd de signification : il s’agit d’un nettoyage, d’une purification, voire d’une tentative de dévoiler ou de détruire ce qui est considéré comme corrompu ou secret.

Le balayeur

Le nom inscrit sur le balai dans la caricature, « Interpellation Guyot de Villeneuve », fait référence à Jean Guyot de Villeneuve, un personnage marquant de la Troisième République française, connu pour son rôle dans la révélation du scandale de l’affaire des fiches en 1904. Cette affaire a secoué les fondements de la vie politique française en exposant un système de surveillance politique et religieuse orchestré par le ministère de la Guerre en collaboration avec le Grand Orient de France.

Jean Guyot de Villeneuve, issu d’une famille aristocratique avec des liens profonds dans l’administration et la politique françaises, a choisi la carrière militaire avant de se lancer dans la politique. Patriote et nationaliste convaincu, il se distingue rapidement par ses positions tranchées et son intégrité rigoureuse. Ce sont ces qualités qui l’ont conduit à devenir une figure emblématique de l’opposition aux réformes républicaines de son époque, notamment celles visant à républicaniser l’armée.

Jean Guyot de Villeneuve (1864-1909) – Source Wikimedia Commons

La mention de son nom dans la caricature est lourde de sens. Elle évoque son action à la Chambre des députés lorsqu’il a révélé au grand jour le système des fiches, un réseau clandestin de surveillance des opinions politiques et religieuses des officiers de l’armée. Les informations recueillies par les francs-maçons du GODF étaient transmises au ministère de la Guerre pour influencer les promotions et les affectations, excluant systématiquement les catholiques et les opposants politiques. Guyot de Villeneuve, par son intervention, a précipité la chute du ministère Combes, bien que la politique anticléricale de ce dernier ne soit pas totalement interrompue.

La caricature le représente ainsi, balayant symboliquement la boue qui se déverse sur le temple maçonnique, une allégorie de la purification et de la dénonciation des pratiques jugées corrompues. Son acte de balayage devient un symbole de sa lutte pour exposer ce qu’il percevait comme une conspiration contre les valeurs traditionnelles françaises. Par cette interpellation, il a incarné la voix d’une partie de la société française qui voyait dans les actions du gouvernement et des francs-maçons une menace pour l’ordre moral et la liberté de conscience.

En fin de compte, Jean Guyot de Villeneuve, par son engagement et sa détermination, est devenu une figure incontournable dans l’histoire politique de la France de la Troisième République, laissant une empreinte durable par son rôle dans l’affaire des fiches et sa défense intransigeante de ses convictions nationalistes. La caricature, en le représentant ainsi, rend hommage à son combat tout en soulignant la violence symbolique de son action contre une institution qu’il considérait comme profondément pernicieuse.

Les personnages fuyant le temple

Les personnages qui fuient précipitamment le temple sous cette pluie de boue – symbolisant sans doute les scandales ou les accusations – sont présentés de manière grotesque et caricaturale. À gauche, un vieil homme à la barbe hirsute semble trébucher, tentant désespérément de s’échapper. Il est suivi d’un personnage affublé d’une tête d’animal (probablement un chien ou un bouc, souvent symboles d’obéissance aveugle ou de diablerie dans l’imaginaire populaire) et portant un chapeau où l’on peut lire VADE CAR...

Bien que n’ayant pas trouvé de locutions latines commençant par ces mots, nous imaginons volontiers qu’ils pourraient renvoyer, quand même, à cette injonction latine Vade retro qui signifie « va-t’en« , renforçant l’idée de rejet ou d’exorcisme. En vérité, ce Vade retro satana, soit « Retire-toi, Satan ! » provient de la Bible, Nouveau Testament, Évangile de Marc, 8, 33 (traduction : Louis Segond, 1910) : « … Mais Jésus, se retournant et regardant ses disciples, réprimanda Pierre, et dit : Arrière de moi, Satan ! car tu ne conçois pas les choses de Dieu, tu n’as que des pensées humaines… »

Un autre homme, en rouge, chute également, un livre sous le bras, peut-être une référence à des textes sacrés ou à des secrets dévoilés.

Les insectes volants qui sortent du temple peuvent être vus comme des métaphores des rumeurs, des mensonges ou des esprits corrompus. Les insectes sont souvent associés à la pestilence ou à la décomposition, et leur fuite précipitée du temple suggère que quelque chose de pourri ou de sale est en train d’être révélé ou exorcisé.

L’ensemble de la scène est marqué par une atmosphère de chaos et de déshonneur, où les individus sont littéralement balayés hors du temple, leur dignité et leur pouvoir réduits à néant. Le texte en bas de l’image « N’êtes-vous pas d’avis, Frère Vadecard, que voilà un vilain coup pour la fanfare ? » ajoute une touche d’ironie amère, s’adressant à un certain Frère Vadecard,

« N’êtes-vous pas d’avis, Frère Vadecard, que voilà un vilain coup pour la fanfare? »

C’est bel et bien une remarque plus qu’ironique adressée à Vadecard, qui était à l’époque le secrétaire général du GODF. Ce texte, aussi bref soit-il, est chargé de sous-entendus et de moqueries subtiles, visant à commenter de manière acerbe la situation représentée dans la caricature.

En s’adressant à Narcisse-Amédée Vadecard avec cette appellation, le caricaturiste souligne non seulement son rôle important au sein de l’organisation, mais aussi son implication directe dans les événements critiqués dans l’image. Narcisse-Amédée Vadecard, en tant que secrétaire général, aurait été responsable non seulement de la gestion quotidienne du GODF, mais aussi potentiellement impliqué dans les affaires controversées, telles que l’affaire des fiches.

Le mot fanfare est ici employé de manière métaphorique

Une fanfare, par définition, est un ensemble de musiciens jouant ensemble, souvent dans un esprit de célébration et d’organisation. Dans ce contexte, elle pourrait symboliser le GODF lui-même, perçu comme une organisation orchestrant, à la manière d’une fanfare, ses activités et ses influence dans la société française. L’expression « vilain coup pour la fanfare » pourrait alors être interprétée comme une attaque directe contre l’harmonie et la façade organisée du GODF. La révélation des scandales, des manipulations ou des intrigues internes vient dissoner cette fanfare, brisant l’image d’une organisation impeccable et ordonnée.

En posant la question « N’êtes-vous pas d’avis… », le caricaturiste invite Narcisse-Amédée Vadecard à reconnaître l’évidence : le coup porté à l’organisation est sévère, embarrassant, voire dévastateur. Ce ton faussement poli et inquisiteur renforce l’ironie mordante de la scène. L’auteur de la caricature ne cherche pas réellement à susciter l’accord de Narcisse-Amédée Vadecard, mais plutôt à souligner son impuissance face à l’exposition publique des pratiques douteuses de son organisation. C’est une manière de piéger l’interlocuteur dans une situation où toute réponse, qu’elle soit affirmative ou négative, ne ferait qu’accentuer la honte et la désapprobation.

Ainsi, cette simple phrase résume de manière cinglante la chute de l’institution maçonnique sous les coups de boutoirs de ses adversaires. Elle marque le désarroi et l’humiliation subis par Narcisse-Amédée Vadecard et ses semblables, désormais exposés aux yeux du public comme des figures centrales d’une « fanfare » démasquée et discréditée. L’ironie est donc ici utilisée comme une arme pour tourner en ridicule une institution autrefois redoutée et respectée, mais maintenant accablée par le scandale et la critique publique.

Pour mémoire, le système Vadecard

Vadecart, Secrétaire Général du Grand-Orient – Source Wikimedia Commons

Narcisse-Amédée Vadecard, né le 1er décembre 1866 à Saint-Saëns en Seine-Inférieure, incarne une figure majeure de la franc-maçonnerie française du début du XXe siècle, notamment en tant que secrétaire général du GODF au moment de l’affaire des fiches. Issu d’un milieu modeste, fils d’un cocher et d’une repasseuse, Narcisse-Amédée Vadecard parvient à gravir les échelons au sein de cette institution, consacrant toute sa carrière au service du GODF. Entré dans l’organisation en 1889, il commence modestement en tant qu’employé au secrétariat. Son dévouement et son zèle lui valent une ascension rapide : il devient chef du secrétariat par intérim en 1899, puis est officiellement nommé secrétaire général en 1901. Cette position lui confère un pouvoir exceptionnel, surpassant même celui des membres élus du Conseil de l’Ordre, car contrairement à eux, il occupe un poste permanent, lui assurant une continuité d’influence rare.

L’affaire des fiches, qui éclate sous son mandat, reste l’épisode le plus marquant de sa carrière. Narcisse-Amédée Vadecard joue un rôle central dans la mise en œuvre de ce système de surveillance politique et religieuse des officiers de l’armée française. Bien qu’il n’en soit pas l’initiateur, il en devient le principal exécutant, recevant et transmettant les informations recueillies par les loges maçonniques aux autorités militaires. Cette collaboration secrète entre le GODF et le ministère de la Guerre, visant à écarter systématiquement les officiers catholiques et non républicains, provoque un scandale majeur lorsqu’elle est révélée au grand jour.

Le système mis en place sous la direction de Narcisse-Amédée Vadecard est méticuleux et bien rodé : les fiches contenant des renseignements détaillés sur les opinions politiques et religieuses des officiers sont centralisées à la rue Cadet, siège du GODF, puis transmises au ministère. Narcisse-Amédée Vadecard, en contact direct avec le capitaine franc-maçon Henri Mollin, veille à ce que ces informations soient utilisées pour influencer les promotions et les affectations au sein de l’armée, favorisant ainsi les candidats républicains.

Blason GODF

Outre ses activités au sein du GODF, Narcisse-Amédée Vadecard s’engage également dans la vie intellectuelle et politique en tant que publiciste. Il rédige des articles pour le Journal de Seine-et-Oise et contribue aux « Notes républicaines » de La Revue du siècle, un périodique dirigé par son adjoint au secrétariat du GODF, Jean-Baptiste Bidegain. Sa contribution à la cause républicaine est reconnue en 1903, lorsqu’il est décoré de la Légion d’honneur, une distinction qui lui est remise au sein même d’une loge maçonnique.

La carrière de Narcisse-Amédée Vadecard s’étend au-delà de l’affaire des fiches, marquant durablement l’histoire du GODF. Toujours en vie en 1941, son nom figure dans une liste des dignitaires de la franc-maçonnerie publiée sous le régime collaborationniste de Vichy, témoignant de sa longévité dans les cercles de pouvoir maçonnique. Cependant, sa figure reste à jamais liée à l’affaire des fiches, symbole de l’influence et des dérives possibles du pouvoir maçonnique dans la République française…

Cette carte postale est donc plus qu’une simple caricature

Elle est une attaque frontale, un pamphlet visuel qui utilise l’humour et l’exagération pour critiquer et dénigrer une institution qui, à l’époque, était souvent accusée d’influencer la politique française dans l’ombre. Les éléments visuels, combinés au texte incisif, forment un ensemble cohérent où chaque détail contribue à renforcer le message d’opposition et de désaveu, faisant de cette œuvre une pièce marquante de la propagande antimaçonnique de son époque.

Afin de connaître l’auteur de cette CPA, si tel est votre désir vous pouvez(re)lire le chapitre « Qui était A. Lemot, auteur de cette CPA ? » dans notre article du 7 juillet La CPA maçonnique du dimanche 7 juillet 2024.

Universalisme : valeur en péril ?

Les conflits en cours nous montrent que l’universalisme marque le pas face aux tentations impérialistes de certains pays, dont ceux mus par une animosité envers l’occident. L’histoire n’est pas linéaire.

Ce n’est plus une nouveauté, et pour personne : les pays occidentaux font l’objet d’une hostilité de la part de tous les autres pays. Et ce, qu’ils aient été colonisateurs ou non. Les pays occidentaux ont tous été à un moment ou l’autre des promoteurs de notre modèle démocratique / libéral. Cette démocratie, nous la croyions en voie de généralisation tout autour de notre globe : universelle. Les philosophes des Lumières avaient bien vu la longue liste de points communs que partagent tous les humains. Parmi ces points communs on retrouve pas mal de valeurs telles que la liberté, l’égalité en droits, la fraternité.

Tiens, cela nous mène aux francs-maçons, qui ont aussi pris leur essor au 18e siècle. La franc-maçonnerie dite de tradition s’intéresse d’abord à l’individu. Constatant la difficulté qu’il y a à vouloir s’améliorer personnellement, et qu’il y a des cas « désespérés », elle ne se veut pas comme convenant à tous. Elle annonce néanmoins en conclusion viser le perfectionnement de l’Humanité tout entière (ex : règle 4 sur GLNF.fr). Il s’agit donc bien de visées universelles.

La maçonnerie libérale/adogmatique, elle, affiche plus directement encore ses ambitions universalistes.

À côté de ses travaux symboliques et tournés vers la connaissance/amélioration de soi, la réflexion et l’action sociétale abordent les dynamiques collectives et civilisationnelles. Le perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité apparaît dès le premier article de la constitution du GODF.

Mais revenons à cette animosité envers les pays dits occidentaux. Elle est analysée par Amin Maalouf dans son « Labyrinthe des égarés ». Le cheminement historique est différent pour chaque pays, mais on détecte des similitudes. Presque toujours on rencontre des médailles à deux faces. D’un côté on a certes les avantages et bénéfices de la modernité associée à la démocratie et à la technologie apportés par l’occident. Mais une lecture plus lucide révèle côté pile des arrangements plus discrets et dissymétriques, qui laisseront un goût amer chez les « émergents ». Encore plus destructeurs, les épisodes du type deux poids deux mesures, dans lesquels la violence unilatérale s’est invitée, en contradiction des discours lénifiants tenus par nos chancelleries.

Alain Bauer relate cela également dans son « Au commencement était la guerre ». Il indique de plus que notre torpeur qui a suivi la chute de l’URSS était un aveuglement. L’appeler « dividendes de la paix » montrait que le pouvoir était passé chez nous aux mains des comptables. Difficile de ne pas voir de similitude avec la période d’avant la seconde guerre mondiale, où nous avions laissé Hitler avancer trop loin.

A la chute du Mur nous avons fait d’intenses efforts pour ne pas écouter ce que terroristes et dictateurs avaient à nous dire.

À présent la fin de la récréation a sonné et il est grand temps de « s’y remettre ». Alain relève que parmi les pays qui nous font actuellement souci il en est un nombre important qui autrefois ont eu un empire. Le fantasme de la puissance peut hanter longtemps tout un peuple. Et même s’il n’y a pas eu d’empire, la motivation reste un élément capital influençant l’issue des conflits. 

Mais nous avons une presque « bonne nouvelle ». Plusieurs régimes autoritaires se découvrent moins efficaces qu’ils ne le pensaient, et des régimes démocratiques moins faibles qu’ils ne le craignaient.

En effet, les régimes dictatoriaux reposent sur peu de dirigeants, souvent un seul, ce qui entraîne presque mécaniquement une bien faible qualité décisionnelle, avec une faible motivation de la population générale. A contrario, les pays démocratiques peuvent se révéler forts, à condition que leurs ennemis intérieurs ne leur mettent pas le moral à zéro. À ce propos, il faut observer les groupes politiques, mais aussi les médias ( sont-ils systématiquement négatifs ?), les groupes religieux ( et les francs-maçons ? ), et les influences étrangères ( trolls, bots, fermes à fake news ). Ces derniers temps, chaque élection se joue sur le fil entre vote protestataire et abstention massive.

Il ne faut pas oublier que dans notre monde actuel, la guerre ne se déclare plus.

On dit qu’elle est hybride car mélangeant le dur et le soft, l’officiel et le crypté, l’intense et le feutré. Désormais une guerre démarre bien avant que la démocratie ne détecte les dégâts déjà occasionnés : attaques informatiques et autres sabotages. Et on constate qu’apporter des preuves de l’identité des agresseurs est souvent malaisé. Rien n’est plus pousse-au-crime !

Sur le plan psychologique, puisque les années passées à soigner son petit moi vont devoir se terminer, au profit d’une action plus collective, Alain conclut : « le tout-à-l’ego ne fait plus loi, le nous se reconstitue, sourdine sur le moi-je ». Nos années de diastole « laisser faire, laisser dire » se terminent, voici venir les années systole « serrer les poings et les rangs, sans compter les dents ».

Pour paraphraser notre pote l’Ecclésiaste : « il y a un temps pour tout : pour la paix que l’Occident a crue acquise, pour cette démocratie qu’il a crue irréversible, et même pour ce libéralisme qu’il a cru universel, mais aussi pour tous les contraires ».

Nous nous en doutions, mais il est encore démontré que l’histoire est tout sauf linéaire, et que les retours en arrière peuvent être longs et douloureux.

Universel : nous avions démarré sur cette valeur.

Elle est provisoirement bien malmenée, prise dans la gigantesque bataille culturelle permanente qui agite la planète. Cette bataille dresse l’un contre l’autre le groupe des similitudes humaines contre celui des différences. Face à l’universalisme on voit le mur des identités. Le mur identitaire peut de plus être clivé/multiplié par les wokismes, racismes et autres -ismes toxiques. On oppose le genre au sexe, on répond communautarisme à ceux qui clament république, on dit droit des minorités en réponse à la légalité/légitimité de la majorité. Bref la dualité du pavé mosaïque est en fait la reine des cœurs…où est la tête ?

Faisons en sorte qu’elle reste froide, sur nos épaules, avec les yeux et les oreilles bien ouverts. Néanmoins n’oublions jamais nos valeurs maçonniques telles que la bienveillance. Bernanos concluait : « Au commencement était la guerre, espérons finir en paix ».

Science et spiritualité ! Ou comment l’exploration intégrative éveille votre conscience

Le Chemin – Une ouverture profonde de votre champ de conscience de Moundir Zniber, publié par Guy Trédaniel éditeur en mai 2024, est une œuvre riche et pénétrante qui se propose de fusionner les domaines de la science et de la spiritualité.

L’ouvrage, composé de 240 pages et agrémenté d’une couverture à rabat montrant comment ce professionnel du livre qu’est Guy Trédaniel a souhaité donner une impression de qualité et de soin, rendant l’ouvrage plus attractif – et utile cela servant de marque-pages ! – pour les lecteurs potentiels.

De plus, l’utilisation de la couleur bleue pour les titres et les dessins n’est pas simplement esthétique, elle est également symbolique. Le bleu, souvent associé à la sérénité, à la profondeur et à la sagesse, renforce le ton contemplatif et apaisant de l’ouvrage. Cette couleur évoque aussi la communication et la compréhension, des thèmes centraux du livre. Ainsi, chaque titre et dessin en bleu guide le lecteur à travers une quête de connaissance et de paix intérieure, alignant visuellement et conceptuellement l’expérience de lecture avec les enseignements spirituels de Moundir Zniber

L’ouvrage est d’ailleurs un véritable guide interactif destiné à ceux qui cherchent à élargir leur conscience et à naviguer dans les eaux tumultueuses de la crise existentielle contemporaine.

Le bandeau du livre

Le livre est structuré en cinq chapitres principaux : La conscience, Le corps, Le choix, Le chemin, et L’élévation. Chacun de ces chapitre aborde des aspects essentiels de la vie humaine et propose des outils et des enseignements adaptés à la réalité du citoyen moderne.

Dans ce premier chapitre, Moundir Zniber explore les profondeurs de la conscience humaine. Il pose des questions fondamentales telles que « Qu’est-ce que la conscience ? » et « Comment évolue la conscience dans l’univers ? ». L’auteur nous guide à travers des concepts complexes comme la pleine conscience et la vidange du mental, offrant des perspectives sur la manière dont notre environnement direct nous influence en tant que premier maître. La section s’intéresse également aux ondes cérébrales et à la loi de l’observateur, qui relie compréhension quantique et spiritualité. Moundir Zniber propose des méthodes pour se défaire de ses nœuds et se libérer de ses croyances limitantes, fournissant ainsi des clés pour comprendre ce qui conditionne l’être humain.

« Le corps », considéré comme un temple de l’amour, est au centre du deuxième chapitre. Moundir Zniber met en avant l’importance de manger en pleine conscience et détaille les cinq clés essentielles qui peuvent transformer notre vie. L’approche holistique de l’auteur nous invite à voir le corps non seulement comme un véhicule physique, mais aussi comme un sanctuaire spirituel nécessitant une attention consciente et bienveillante.

Moundir Zniber  explore avec « Le choix » le pouvoir du silence et du vide, et nous incite à être dans l’action parfaite. Il distingue entre action et inaction et propose des voies pour atteindre l’équilibre, en nous guidant vers la voie du juste milieu. Cette section est une invitation à naviguer les dilemmes de la vie moderne avec une clarté et une sérénité accrues, en trouvant un juste équilibre entre faire et ne rien faire.

« Le Chemin » , le quatrième chapitre traite du lien entre spiritualité et religion et examine des concepts comme le destin et le mektoub. D’ailleurs, le terme mektoub, souvent traduit par « ce qui est écrit » ou « destin », est une notion centrale dans de nombreuses philosophies et traditions spirituelles. Moundir Zniber l’utilise pour explorer l’idée que certains aspects de notre vie sont prédéterminés, et que l’acceptation de ce fait peut apporter une profonde paix intérieure. L’auteur nous rappelle pourquoi il est crucial de ne pas juger et explore la raison d’être de la souffrance. Il ouvre également les portes du paradis, nous encourageant à nous laisser guider par l’énergie. En insistant sur la possibilité de vivre sa spiritualité ici et maintenant, il propose des pratiques de prière constante pour une vie en harmonie avec ses convictions spirituelles.

Ce dernier chapitre « L’élévation » s’attaque à des questions métaphysiques profondes telles que « C’est quoi l’énergie ?  » et « Où se trouve l’âme ? ». Moundir Zniber décrit les cycles de la vie et de la mort, et insiste sur le fait que la vérité est inscrite en chacun de nous. Il conclut sur la Grâce, un concept qui englobe la bienveillance universelle et la connexion spirituelle ultime.

Moundir Zniber, la bio

Moundir Zniber est un enseignant spirituel de renommée internationale. En plus de ses activités spirituelles, il est chef d’entreprise, sonothérapeute, musicien, auteur et compositeur.

Il dirige le groupe d’entreprises Gaïa Energy, qui se consacre au développement des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert en Afrique. Son travail et ses enseignements combinent une profonde compréhension spirituelle avec un engagement concret dans des projets de développement durable. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter son site internet

La présentation de l’éditeur

Guy Trédaniel éditeur est reconnu pour publier des ouvrages qui offrent des réponses aux grandes questions existentielles de notre époque. En collaborant avec des auteurs comme Moundir Zniber, l’éditeur s’engage à fournir des ressources précieuses pour ceux qui cherchent à approfondir leur compréhension de la vie et à trouver des solutions pratiques aux défis contemporains.

M. Guy Trédaniel

À ce jour, le Groupe Guy Trédaniel est l’un des éditeurs les plus influents et respectés dans le domaine du bien-être, de la méditation, de la santé naturelle, du  développement spirituel et personnel, de la spiritualité et bien d’autres… Depuis sa création, il s’est engagé à publier des ouvrages qui offrent aussi  et des solutions pratiques pour améliorer la qualité de vie des lecteurs.

En conclusion, Le Chemin – Une ouverture profonde de votre champ de conscience est une œuvre profondément enrichissante. Moundir Zniber, par son approche holistique et intégrative, offre un guide précieux pour ceux qui cherchent à élargir leur conscience et à vivre en accord avec leurs aspirations spirituelles et existentielles. Ce livre est une invitation à un voyage intérieur, un voyage vers une compréhension plus profonde de soi et du monde.

Le Chemin – Une ouverture profonde de votre champ de conscience

Moundir Zniber Guy Trédaniel éditeur, 2024, 240 pages, 19 €

Avec « Les carnets d’Hermès », entrez en quête de la Sagesse éternelle

Les carnets d’Hermès – Voyage en Tradition primordiale de Philippe Heckmann est une œuvre singulière qui invite le lecteur à un périple fascinant à travers les méandres de la sagesse ésotérique. Ce carnet, à la fois intime et universel, se présente comme un testament spirituel, une transmission de père à fille, mais aussi comme une boussole pour tout chercheur de vérité.

Cette œuvre érudite se déploie comme un voyage initiatique en vingt-quatre stations, chacune représentant une étape cruciale dans l’exploration de la Tradition primordiale. De Maât, déesse égyptienne incarnant l’ordre cosmique, la vérité, la justice, l’équilibre et jouant un rôle crucial dans la pensée et la religion de l’ancienne Égypte, à la Très Sainte Trinité, en passant par l’Ouroboros et le Mont Sinaï, Philippe Heckmann tisse une tapisserie complexe de symboles et de concepts ésotériques universels.

Swayambhunath

Le parcours proposé transcende les frontières géographiques et temporelles. Il nous emmène des rives du Nil aux sommets de l’Himalaya, des ruines de Pompéi aux steppes mongoles, créant ainsi une cartographie spirituelle qui embrasse l’ensemble de l’expérience humaine. Cette approche syncrétique révèle la conviction profonde de l’auteur en une sagesse universelle qui sous-tend toutes les traditions spirituelles.

Kailash
Lac Manasarovar

Le choix des stations n’est pas anodin. Chacune représente un point nodal dans la quête de connaissance de soi et du cosmos. La présence de lieux sacrés comme le stupa de la révélation, Swayambunath, également connu sous le nom de Temple des Singes, l’un des sites religieux les plus sacrés du Népal, Kailash (montagne, considérée comme le trône de Shiva)-Manasarovar (le lac source de pureté) – la station 8 représente deux lieux sacrés situés au Tibet symbolisant l’ultime pèlerinage spirituel ou l’Acropole souligne l’importance du pèlerinage physique comme métaphore du voyage intérieur. Des concepts tels que la Psychostasie (la pesée des âmes) ou le Gnôthi Seauton (Connais-toi toi-même) rappellent l’importance de l’introspection et de la responsabilité personnelle dans le cheminement spirituel.

Le Parthénon

L’inclusion d’Hermès Trismégiste, figure mythique associée à la sagesse hermétique, comme quatrième station, n’est pas fortuite. Elle annonce le ton de l’ouvrage : une exploration des mystères cachés, une quête alchimique de transformation intérieure. Le titre même, Les carnets d’Hermès, évoque cette dimension hermétique, suggérant que le livre lui-même est un véhicule de transmission de connaissances secrètes.

Philippe Heckmann explore aussi la notion de « Substance », un terme polysémique qui englobe à la fois un mot, un concept et un nombre. Cela permet de poser les bases de la réflexion, en soulignant l’importance de comprendre la « Substance » non seulement comme une matière première, mais comme une essence fondamentale de l’univers.

La structure de l’ouvrage, dépourvue de chapitres formels, mime le flux de la conscience, le va-et-vient entre observation et réflexion caractéristique du carnet de voyage. Cette approche non linéaire invite le lecteur à une lecture méditative, où chaque page devient une porte ouverte sur un nouveau mystère à contempler.

Hermès Trismégiste

Les dessins et notes qui composent le livre sont le fruit d’une quête personnelle s’étendant sur plus d’un demi-siècle. Ils témoignent d’une vie consacrée à l’étude et à l’expérience directe des traditions ésotériques du monde entier. Cette dimension autobiographique confère à l’ouvrage une authenticité et une profondeur particulières. Ce n’est pas un traité académique froid, mais le partage chaleureux d’une sagesse vécue.

L’auteur présente la Tradition comme un « espace de sagesses développées depuis des siècles », soulignant ainsi son caractère vivant et évolutif. Cette conception dynamique de la tradition s’oppose à une vision figée et dogmatique. Pour Philippe Heckmann, la Tradition est un guide pour le progrès et l’évolution, animée par un « dessein cosmique » qui en est « l’impulsion éternelle ».

Le livre se veut à la fois un témoignage et un outil de transmission. En le dédiant à sa fille Séverine, l’auteur inscrit son œuvre dans la longue chaîne de la transmission initiatique, tout en lui conférant une touche personnelle et émouvante. Cette dédicace rappelle que la sagesse ésotérique n’est pas destinée à rester confinée dans des cercles fermés, mais à être partagée et transmise aux générations futures.

Maât, déesse égyptienne

L’ambition de l’ouvrage est claire : offrir un guide pour « se maintenir sur une voie de progrès et d’évolution ». Philippe Heckmann suggère que la connaissance des symboles et des idées fondamentales de la Tradition permet de naviguer dans le monde « selon les meilleurs auspices ». Cette promesse d’élévation et de transformation personnelle fait écho aux aspirations les plus profondes de l’être humain.

En conclusion, Les carnets d’Hermès se présente comme une œuvre à la croisée des chemins entre le journal intime, le guide spirituel et le traité ésotérique. Philippe Heckmann y distille l’essence de décennies d’exploration et de réflexion, offrant au lecteur une clé pour déchiffrer les mystères de l’existence. Ce livre est une invitation à un voyage intérieur, un appel à l’élévation de l’âme, et un rappel de l’unité fondamentale qui sous-tend la diversité des traditions spirituelles de l’humanité.

Concernant l’auteur

Philippe Heckmann apparaît comme un chercheur passionné et un voyageur infatigable sur les chemins de la spiritualité. Bien que les informations biographiques précises soient limitées, l’ouvrage lui-même témoigne d’une vie consacrée à l’étude et à l’expérience des traditions ésotériques du monde entier. Son approche syncrétique et sa capacité à tisser des liens entre diverses traditions spirituelles suggèrent une érudition profonde et une ouverture d’esprit remarquable. Ila notoirement écrit dans la revue MAP Matières à Penser,une publication intellectuelle qui se consacre à l’exploration et à la discussion des idées philosophiques, ésotériques et spirituelles. Cette revue se distingue par son approche rigoureuse et sa volonté de fournir un espace de réflexion pour les penseurs et les chercheurs passionnés par les mystères de l’existence. À travers des articles, des essais et des critiques, MAP invite ses lecteurs à questionner, à méditer et à approfondir leur compréhension du monde et des concepts qui le façonnent.

Les Éditions du Cosmogone

Spécialisées dans les ouvrages alchimiques, ésotériques, maçonniques et philosophiques, elles se distinguent par leur engagement à publier des œuvres qui explorent les dimensions cachées de la réalité et les sagesses ancestrales. En publiant Les carnets d’Hermès – Voyage en Tradition primordiale, elles offrent aux lecteurs une opportunité unique de plonger dans un univers de connaissances profondes et de réflexions spirituelles.

Les carnets d’Hermès – Voyage en Tradition primordiale est une invitation à un voyage intérieur, guidé par les symboles et les concepts de la Tradition.

De très beaux dessins viennent enrichir l’ouvrage, ajoutant une dimension visuelle et artistique qui complète magnifiquement les concepts ésotériques explorés par Philippe Heckmann. Il partage, du reste, avec une grande générosité les fruits de sa longue quête, offrant à chaque lecteur les clés pour un cheminement spirituel enrichissant. Ce carnet est à la fois un témoignage personnel et une source inestimable de sagesse universelle.

Les carnets d’Hermès – Voyage en Tradition primordiale

Philippe Heckmann – Éditions du Cosmogone, 2024, 182 pages, 18,50 €

Les Éditions du Cosmogone, le site.

Le jeu des 33 erreurs avec Adélaïde Della Langoust

Cette semaine de vacances est l’occasion de se lancer dans une chasse aux 33 erreurs. Adélaïde Della Langoust vous a préparé un petit exercice qui devrait vous conduire jusqu’à samedi prochain… bonne chasse !

A vous de jouer avec les 33 erreurs

Il vous restera ensuite à comparer avec le résultat ci-dessous

GLMF : Le nouveau Grand Maître répond aux questions de la presse corse

De notre confrère corse corsenetinfos.corsica – Par Patrice Paquier Lorenzi

Félix Natali, un Ajaccien de 48 ans, a été élu Grand Maître de la Grande Loge Mixte de France, il y a moins d’un mois. Conseiller en gestion de patrimoine entre Paris et la cité impériale, il succède ainsi à Christiane Vienne, pour un mandat de trois ans. Félix Natali est donc le troisième corse à prendre la tête de cette obédience qui compte 266 loges et près de 5 000 membres, après Jean-Pierre Orsoni et François Padovani.

La rédaction de 450.fm en avait parlé le jour de cette élection (lire l’article)

Que représente pour vous cette élection de Grand Maître de la GLMF ? 

– Cela fait naître chez moi un double sentiment. Tout d’abord, je ressens beaucoup de joie de sentir la confiance des gens qui me confient cette responsabilité-là. Mais ce n’est pas le plus important. Ce qui compte c’est de pouvoir partager ces responsabilités avec un collège avec qui je vais avoir la chance de travailler. Nous sommes 18 dans ce collège, à travailler ensemble. Nous devons faire en sorte que tous les membres des loges de la GLMF puissent travailler le plus sereinement possible.

Que représente aujourd’hui la GLMF dans la franc-maçonnerie française ?

 – La GLMF est une obédience qui a été créée en décembre 1982, et dont nous venons de fêter récemment les 40 ans d’existence. Notre ADN c’est la mixité. Aujourd’hui, nous sommes 49,9% de Frères et 50,1% de Sœurs avec une mixité de genre quasi parfaite. C’est une obédience qui défend la laïcité et des valeurs d’humanisme et de solidarité, qui sont très poussées pour nous. Nous comptons aujourd’hui 266 loges réparties sur la quasi-totalité du territoire. Nous sommes très présents en métropole, mais aussi dans les DOM-TOM. Nous avons une dizaine de loges en Corse et nous sommes à peu près 5 000 membres au total en France.

Quelles sont les caractéristiques de la GLMF ? Qu’est-ce qui la distingue des autres loges ?

 – Ce qui nous distingue, c’est avant tout notre mixité, mais aussi les multiples façons de travailler, offertes aux différentes loges. Les francs-maçons travaillent avec des rites et des rituels. Si vous voulez travailler avec un rituel très encadré ou un autre plus souple, avec quelque chose d’ésotérique, très symbolique ou même sociétal, vous pouvez le faire. Il y a également des loges qui travaillent de toutes les manières que je vous ai évoquées. La seule exigence que nous avons, c’est que nos loges soient mixtes. Depuis quelques années, nous avons fait voter en assemblée générale, l’impossibilité d’être soit exclusivement masculin, soit féminin.

La Franc-maçonnerie en général a souffert de la crise du Covid avec une perte du nombre de membres, comment se porte la GLMF en 2024 ?

 – Il y a des obédiences qui ont souffert plus que d’autres. De notre côté, nous avons subi également une baisse de nos effectifs, mais nous avons été plutôt préservés. La Franc-maçonnerie n’a pas peut-être pas encore retrouvé la totalité de ses membres, mais nous nous y sommes parvenus. Nous étions à 5 030 membres avant la crise Covid pour arriver à 4 991 aujourd’hui. Nous avons donc réussi à reconstituer nos effectifs grâce au travail effectué par nos vénérables maîtres, notamment au niveau de l’animation des loges, de faire en sorte qu’elles puissent être encore attractives. Ce qui a permis de passer ce cap difficile, c’est la proximité entre toutes les loges de notre obédience. Le Grand Maître doit rester proche de ses membres, c’est en tout cas ma vision de la franc-maçonnerie. Je ne veux pas un Grand Maître seul, isolé et qui fait tout tout seul. Cela ne m’intéresse pas, et c’est une autre caractéristique de la GLMF. Les échanges humains sont indispensables pour progresser. L’objectif de la franc-maçonnerie c’est d’améliorer l’humanité.

Comment jugez-vous l’évolution de la franc-maçonnerie depuis que vous y êtes entrés en 2008 ?

 – Il faut savoir que nous avons été percutés par beaucoup de choses depuis toutes ces années. Les francs-maçons sont des personnes qui vivent au cœur de la société. Tout comme quelqu’un qui est président d’un club de volley, de ping-pong ou d’un club de lecture et qui fait partie de la société. Nous avons donc connu les crises économiques ou financières ainsi que les difficultés sociales. Ce qui m’a le plus marqué durant ces 15 dernières années, c’est l’apparition des fake news et donc la mauvaise qualité de l’information qui circule. Jean Grenier, le professeur de philosophie d’Albert Camus a écrit dans les années 60, un traité sur l’esprit d’orthodoxie où il dit notamment qu’on ne peut pas apporter une réponse simple à une problématique compliquée et qu’il y a aujourd’hui de plus en plus de lumières, mais qui éclairent de plus en plus en mal. C’est quelque chose qui a été écrit il y a longtemps, mais que je trouve très contemporain. On peut s’informer de millions de manières, mais la qualité n’est plus au rendez-vous.

La Corse a toujours été une terre maçonnique, comment l’expliquez-vous ?

 – C’est le cas c’est vrai, comme beaucoup d’îles d’ailleurs. Les Antilles et la Réunion sont également des fiefs de la franc-maçonnerie. L’insularité, la solidarité et le fait que dans ces petites sociétés, tout le monde se connaît, font que l’on a envie de faire partager au plus grand nombre, quelque chose qui porte des valeurs saines. En Corse, il y aurait à peu près 1 200 francs-maçons sur 170 000 au total en France. La proportion est deux fois plus importante dans la société corse que dans le reste du pays. Je suis d’ailleurs le troisième Grand Maîître de la GLMF après Jean-Pierre Orsoni et François Padovani, qui était d’ailleurs Président d’une instance internationale de la Franc-maçonnerie.

Quels vont être les axes de travail que vous allez développer durant votre mandature ?

 – Je suis élu pour un mandat au conseil d’administration d’une durée de trois ans. J’ai envie de porter un message qui est double. Je vais organiser des rencontres avec toutes les loges pour approfondir ces deux axes de travail qui me sont chers. Premièrement, il faut continuer à porter nos valeurs à l’intérieur de l’obédience, que sont l’humanité, la solidarité et le principe de laïcité. Il faut continuer à creuser ce sillon pour que nos membres continuent d’aller véhiculer à l’extérieur, ce qu’ils ont appris à l’intérieur de nos loges. Deuxièmement, il va falloir que la franc-maçonnerie sorte de son temple pour aller collaborer avec l’ensemble de la société, pour faire reculer les idées néfastes.

Écoutez l’interview de Felix Natali sur France 3 Corse

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Le fonds maçonnique de la BnF (Par Sylvie Bourel et Francis Delon)

Dossier spécial Bibliothèque Nationale de France

Le fonds maçonnique de la BnF est l’un des plus importants au monde. L’apport du Grand Orient de France dans sa constitution est premier, et primordial. Le département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France conserve un certain nombre de documents extraits du fonds maçonnique. La richesse et l’intérêt de cet ensemble étonnant, atypique, sont peut-être encore méconnus, bien que de plus en plus de chercheurs chaque année, notamment des historiens, et en général de plus en plus d’universitaires demandent à le consulter pour les études les plus sérieuses.

Il faut tout d’abord signaler que ce fonds maçonnique est l’un des plus importants au monde. Il l’est par sa taille d’une part (environ mille mètres linéaires), par la valeur des documents qui y ont été rassemblés depuis son entrée à la Bibliothèque nationale, en 1945, d’autre part.

Un bref historique est nécessaire pour rappeler les circonstances, liées aux grands événements d’une époque, dans lesquelles le fonds maçonnique du département des Manuscrits s’est constitué.

La confiscation des archives maçonniques sous Vichy

Fin 1940, à la suite des mesures prises contre les sociétés secrètes par le gouvernement de Vichy, les archives des obédiences furent raflées en masse et déposées pour l’exploitation qu’on sait par les services de Bernard Faÿ, d’abord dans les locaux du Grand Orient de France, puis en 1944 à la Bibliothèque nationale.

À la fin de la guerre, quand il fut question de rétrocéder leurs archives aux obédiences, le Grand Orient de France jugea que ses locaux sinistrés n’étaient plus en mesure d’abriter la totalité des siennes dans les conditions requises pour leur bonne conservation. Il fut donc décidé, par un contrat passé entre le grand maître, Arthur Groussier, et l’administrateur de la BN, Jean Laran, le 14 septembre 1944, que toute la partie des archives allant des plus anciennes (1735) à 1851 resteraient – assez naturellement puisqu’elles y étaient déjà – à la Bibliothèque nationale. Ce n’était pas fini, car en 1954, le 8 décembre, un premier avenant au contrat fut signé à nouveau entre le GODF et la BN afin qu’à la suite du premier don un deuxième fût fait par l’obédience de ses archives allant de 1852 à  875. Le dernier avenant en date est celui qui fit entrer à la Bibliothèque nationale de France en 2001 les archives du Grand Orient de France couvrant la période 1876-1900.

Fichier antimaçonnique de Vichy
Fichier antimaçonnique de Vichy | Bibliothèque nationale de France
Fichier antimaçonnique de Vichy
Fichier antimaçonnique de Vichy | © Bibliothèque du GODF

L’apport du Grand Orient de France dans la constitution du fonds maçonnique est donc, on le voit, premier, et primordial. D’autant que le contrat passé en 1944 reste ouvert. Il ne faut pas oublier cependant d’autres apports moins importants numériquement, mais dont la valeur historique et l’intérêt pour les chercheurs ne sont assurément pas moindres.

Les dons

Outre les archives centrales du Suprême Conseil restées à la Bibliothèque nationale en vertu du premier accord de septembre 1944 – dont on voit qu’il fut signé aussi par la Grande Loge de France pour cette partie de ses archives –, on doit citer les principaux ensembles entrés au fil des années, par dons ou par achats, au département des Manuscrits pour le fonds maçonnique.

Dans l’ordre chronologique, sont entrées par don, en 1 979, la collection d’archives maçonniques de Jean Baylot (fondateur en 1964, à la Grande Loge nationale française, de la loge de recherche Villard de Honnecourt) ainsi que sa bibliothèque. Ce don a notablement enrichi le fonds maçonnique d’un ensemble iconographique (gravures, aquarelles, recueils), qui contenait l’extraordinaire « Géométrie du maçon », de François-Nicolas Noël.

La Physique du maçon
La Physique du maçon | Bibliothèque nationale de France
La croix d’or « Pauzé [sic] moi comme un sceau sur votre cœur »
La croix d’or « Pauzé [sic] moi comme un sceau sur votre cœur » | Bibliothèque nationale de France

Le « fichier Bossu »

Arrivé par legs en 1987, le « fichier Bossu » est l’une des grandes attractions du fonds maçonnique de la Bibliothèque nationale de France. Ses plus de cent trente mille petites fiches brunes, aujourd’hui numérisées et accessibles en ligne, sont plébiscitées par les chercheurs de tout poil. Son auteur, lui, y aura consacré sa vie entière. Jean Bossu était maçon à la Grande Loge nationale française, et ami de Jean Baylot. Il eut d’ailleurs accès à la collection de celui-ci avant qu’elle n’entre dans les fonds publics. Pour constituer ses fiches, nominatives, il a commencé avant 1945 par sonder les collections de brochures anciennes, ainsi que les archives et les bibliothèques des départements. Après 1945, il puisa dans les archives du Grand Orient données à la BN.

Le « fichier Bossu » est réputé exhaustif, compte tenu en tous les cas des sources actuellement accessibles, jusqu’en 1850. Les maçons les plus célèbres y sont répertoriés, ainsi que les détails de leur carrière maçonnique, à côté de personnages illustres dont l’appartenance à la franc-maçonnerie n’est pas confirmée, d’inconnus, et enfin de tous les maçons français rencontrés par Jean Bossu au fil des archives qu’il dépouilla systématiquement. Le dernier apport de taille (et le mot n’est pas vain) à signaler au fonds maçonnique de la BnF est l’énorme et précieux fonds de la Revue internationale des sociétés secrètes, magistralement étudié et classé par Emmanuel Kreis. Témoins exceptionnels de l’antimaçonnisme allié à l’antisémitisme en France au début du 20e siècle, les archives de Mgr Jouin, fondateur en 1912 de la fameuse Revue internationale des sociétés secrètes, qui traque sans relâche ce qu’elle appelle le « complot judéo-maçonnique », notamment dans l’entre-deux-guerres, y côtoient les archives de la Revue et celles de la Ligue franc-catholique. S’y ajoute une bibliothèque considérable non seulement par la quantité des ouvrages qu’elle rassemble, mais aussi par l’extrême rareté de certains des volumes, monographies ou périodiques, notamment étrangers, qu’elle recèle.

Le classement des archives maçonniques

Cette nébuleuse, dont la nature de type « archives » resta longtemps atypique pour le département des Manuscrits, s’organise matériellement en une dizaine de grandes séries : « FM1 » pour les archives centrales des obédiences (Grand Orient de France, Suprême Conseil) ; « FM2 », la série la plus consultée, pour la correspondance des loges avec les obédiences, qui contient par exemple les très courus « tableaux » qui indiquent chaque année la liste des membres de la loge ; « FM3 » pour les registres, notamment de procès-verbaux des tenues de loge (livres d’architecture) ; « FM4 » pour les rituels ; « FM5 » pour les diplômes (diplômes personnels et « patentes » pour l’installation des loges) ; « FM6 » pour les archives des historiens de la franc-maçonnerie ; « FM7 » pour l’antimaçonnisme ; « FM8 » pour les obédiences autres que le Grand Orient de France, et notamment les obédiences étrangères ; « FM9 » pour la documentation sur la franc-maçonnerie ; « FM-Iconographie » pour tous les documents iconographiques ; « FM-Photos » pour tous les documents photographiques ; « FM-Musique » pour les documents musicaux ; « FM-Imprimés » pour le fonds, très considérable, et notamment alimenté par le dépôt légal, des imprimés traitant de franc-maconnerie.

Du côté des outils mis à la disposition des chercheurs pour son exploitation, le fonds maçonnique du département des Manuscrits entre peu à peu dans le 21e siècle. L’indispensable « fichier Bossu » est numérisé et accessible en ligne, de chez soi, à partir du site Web de la BnF, depuis 2013. Une partie des inventaires, essentiellement pour les séries « FM1 » (accessible intégralement) et FM2 (accessible en partie), est visible dans le catalogue BnF Archives et Manuscrits. Le reste, qui n’est encore consultable par le public que sous la forme d’un fichier manuel en salle de lecture, fait l’objet d’un projet de rétroconversion intégrale à court terme.

Le fonds maçonnique du département des Manuscrits est de plus en plus consulté et, depuis quelques années maintenant, par un public de plus en plus varié. Des seuls maçons auxquels son accès était réservé à l’issue du premier contrat de 1944, il s’est assez vite ouvert aux chercheurs, qui se sont multipliés, des universitaires spécialistes de l’histoire de la franc-maçonnerie aux particuliers curieux de leur généalogie, en passant par beaucoup d’historiens en général, notamment les biographes, parmi les plus sérieux et attachés aux domaines les plus divers. L’intérêt de ce fonds n’est donc plus à démontrer.

Deux donateurs du fonds maçonnique

Jean Baylot

Employé des postes et militant syndical actif au sein de la Fédération postale CGT, Jean Baylot (1897-1976) rejoignit, dès 1923, au Grand Orient de France, la loge La Fraternité des Peuples puis celle des Amis de l’humanité, dont il tint le premier maillet (1936-1938) avant d’être élu grand maître adjoint au cours des années 1950. Engagé très tôt dans la Résistance, il poursuivit ensuite une brillante carrière préfectorale (il fut préfet de police de 1951 à 1955). Influencé par les œuvres de Wirth et de Guénon, il créa, en 1954, une loge fortement empreinte de christianisme, L’Europe unie. Député indépendant de Paris après son ralliement au général de Gaulle, il refusa de suivre les consignes de vote du Conseil de l’ordre et passa, avec la majorité de son atelier, à la Grande Loge nationale française. Le grand maître Van Hecke lui confia aussitôt d’importantes fonctions : grand orateur (1961-1963) et grand maître provincial de Guyenne (1966-1968). Il fonda en 1964 une loge d’études et de recherches, Villard de Honnecourt, dont il fut le premier vénérable puis l’inamovible secrétaire et l’éditeur des Travaux. Il publia également, en 1968, son principal ouvrage historique, La Voie substituée, recherche sur la déviation de la franc-maçonnerie en France et en Europe. Appelé au Suprême Conseil pour la France en 1965, il servit aussi comme grand chancelier (1962-1973) puis grand prieur (1973-1976) du Grand Prieuré des Gaules.

Jean Bossu

Issu d’une ancienne famille vosgienne, fils d’un magistrat républicain franc-maçon, Jean Bossu (1911-1985) interrompit ses études de droit en raison d’une timidité maladive. Libre-penseur devenu compagnon de route du mouvement libertaire, il collabora à l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure. Journaliste à la Liberté de l’Est d’Épinal, il fut un des rédacteurs du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier tout en se consacrant surtout à l’élaboration d’un fichier exhaustif des francs-maçons français des origines à 1850. Après avoir sollicité son admission, il fut reçu, le 28 octobre 1961, par la loge rectifiée Marianne n° 75, fondée à Maubeuge par Jean Baylot pour accueillir les frères belges en quête de régularité. Affilié à L’Europe unie dès janvier 1962, il ne participa pas toutefois à la création de Villard de Honnecourt en raison de son éloignement géographique.

[NDLR : Titulaire d’une Maîtrise d’Histoire Contemporaine de l’Université Paris IV (1981) et d’un D.E.S.S. « Histoire et Métiers des Archives » de l’Université d’Angers (1999), Francis Delon est Chargé d’études documentaires principal aux Archives de Paris Il a reçu en 2010 la distinction de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Archiviste bénévole de la Grande Loge Nationale Française depuis 2000, il a obtenu, en 2013, le classement de ses archives par le Service interministériel des Archives de France. Collaborateur régulier, depuis 1997, de sa revue Les Cahiers Villard de Honnecourt, membre du Comité Scientifique des expositions Le Franc-Maçon en habit de Lumière (Château de Tours, 2002) et La Franc-Maçonnerie (Bibliothèque nationale de France, 2016), il a soutenu, le 19 juin 2018 à l’Université Bordeaux-Montaigne une Thèse de Doctorat en Études anglophones sous la direction du Professeur Cécile Révauger, sur « La Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises (1910-1940) ». En 2021, Francis Delon éditait chez La Tarente un ouvrage au titre éponyme. Fidèle à son éditeur, fin septembre, il nous livrera Chroniques d’Histoire de la Grande Loge Nationale Française-Des faits et des hommes.] 

Mythes, contes & légendes : « Le maillon » vous emmène en voyage maçonnique

La revue Le maillon de la chaîne maçonnique choisit de se concentrer sur les mythes, contes et légendes, des éléments essentiels dans la tradition maçonnique. Ces récits jouent un rôle fondamental dans l’enrichissement des pratiques et des enseignements maçonniques.

Les mythes sont des récits symboliques qui racontent des histoires fondamentales sur les origines, les divinités, les héros et les grandes questions existentielles de l’humanité. Ils sont souvent ancrés dans les cultures et les religions anciennes.

Les mythes véhiculent des connaissances profondes sur l’univers, la nature humaine et les valeurs éthiques. Ils transmettent des sagesses ancestrales qui sont toujours pertinentes aujourd’hui.

Les mythes sont remplis de symboles que les francs-maçons utilisent pour méditer et réfléchir sur des concepts spirituels et philosophiques. Par exemple, le mythe d’Adam, souvent revisité dans la maçonnerie, est riche en symbolisme sur la création, la chute et la rédemption.

Les mythes fournissent des modèles de comportement et des leçons de vie. Ils montrent comment les héros mythiques ont surmonté des défis, offrant ainsi des exemples à suivre pour les initiés maçonniques. Dans cette dernière livraison du maillon, ils sont traités sous la plume érudite d’André Benzimra. Dans « Comment se forment les mythes ? », en rubrique « Philosophie », il explore les mécanismes de formation des mythes, analysant leur origine, leur évolution et leur rôle dans la structuration des croyances collectives.

Quant aux contes, ils sont des histoires plus courtes et souvent plus simples que les mythes. Ils sont transmis oralement ou par écrit et contiennent généralement une morale ou une leçon de vie.

Les contes sont souvent utilisés pour illustrer des leçons morales. Ils peuvent être des outils puissants pour enseigner les valeurs maçonniques telles que l’honnêteté, la justice et la fraternité.

Les contes, avec leur structure narrative simple et directe, sont accessibles à tous les niveaux d’initiation. Ils peuvent être utilisés pour introduire les nouveaux membres aux concepts maçonniques.

Même les contes les plus simples sont souvent riches en symbolisme. Les francs-maçons peuvent utiliser ces histoires pour explorer des idées plus profondes et complexes, en interprétant les symboles et les métaphores qu’ils contiennent.

Les légendes, enfin, sont des récits traditionnels qui se situent entre les faits historiques et la fiction. Elles sont souvent liées à des personnages ou des événements historiques, mais embellies par des éléments fantastiques ou surnaturels.

Les légendes préservent l’héritage culturel et les traditions. Elles rappellent aux francs-maçons les racines historiques de leur pratique et l’importance de préserver ces traditions.

Les légendes, avec leurs héros et leurs aventures, peuvent inspirer les francs-maçons dans leur chemin d’initiation. Elles montrent comment les individus peuvent surmonter les obstacles et réaliser de grandes choses, reflétant le parcours initiatique maçonnique.

Les légendes permettent aux francs-maçons d’explorer des questions d’identité et de communauté. Elles relient les membres à une histoire commune et renforcent le sentiment d’appartenance à une tradition plus grande.

Quelle belle thématique car mythes, contes et légendes sont des éléments essentiels de la franc-maçonnerie d’aujourd’hui, chacun apportant une richesse particulière à la pratique de l’art royal. Ils fournissent un cadre symbolique et narratif pour l’enseignement des valeurs, l’exploration spirituelle et la préservation des traditions. En se concentrant sur ces récits, Le maillon offre aux francs-maçons des outils précieux pour leur réflexion et leur développement personnel, enrichissant ainsi leur compréhension de l’univers et de leur propre parcours initiatique.

Christine Ribes

Christine Ribes ouvre ce numéro en invitant les lecteurs à un voyage estival au cœur des mythes et légendes. À l’approche des Jeux olympiques de Paris, elle propose une exploration des racines maçonniques et de leurs inspirations, offrant une échappatoire aux réalités quotidiennes. Son édito souligne l’importance des mythes comme source de réflexion et de connaissance universelle.

Didier Ozil

Le chapitre « À l’extérieur du temple » nous vaut une entrevue avec Frédéric Vincent.

Dans la sérénité de la réflexion, Didier Ozil nous conduit dans une promenade intellectuelle en compagnie de Frédéric Vincent, auteur du fascinant ouvrage Le Complexe de Gaïa (Dandelion, 2023). Leurs échanges, d’une profondeur philosophique et poétique, résonnent comme un écho lointain dans le temple de la pensée maçonnique.

Frédéric Vincent, illuminé par une fascination pour la nature et l’humanité, nous dévoile l’origine de son œuvre. Gaïa, déesse de la Terre, incarne le cœur battant de son livre. Ce terme symbolise la danse complexe et souvent conflictuelle entre l’homme et la nature. Vincent nous invite à un voyage introspectif, où mythes anciens et réalités modernes s’entrelacent. L’auteur éclaire le titre de son ouvrage : le « complexe » représente la toile tissée de contradictions et de connexions entre l’homme et son environnement. La perception d’une séparation entre l’humanité et la nature engendre des tourments intérieurs et des déséquilibres extérieurs. En déconstruisant cette dichotomie, Vincent propose une vision où l’harmonie et l’interdépendance deviennent les guides vers une coexistence plus sereine et équilibrée.

Frédéric Vincent au micro d’Europe 1

Les thèmes majeurs de Le Complexe de Gaïa sont des piliers universels : l’interconnexion, l’équilibre et la responsabilité. Vincent exhorte à reconnaître notre interdépendance avec la nature, à retrouver un équilibre perdu, et à embrasser une responsabilité collective. Les mythes de Gaïa, porteurs de sagesse intemporelle, deviennent des phares guidant vers une compréhension et un respect renouvelés de la Terre.

Une belle résonance maçonnique quand la conversation glisse naturellement vers la franc-maçonnerie, où Frédéric Vincent trouve une résonance profonde entre ses idées et les principes maçonniques de fraternité, de quête de vérité et de respect de la nature. La franc-maçonnerie, avec sa tradition de réflexion et de quête spirituelle, s’aligne harmonieusement avec les messages écologiques et philosophiques de l’auteur.

Dans un dernier souffle poétique, Frédéric Vincent espère que son livre incitera à voir la Terre non plus comme une simple ressource, mais comme une partie essentielle de notre être. Il aspire à une perspective de symbiose et de respect, ouvrant la voie à un avenir harmonieux et durable. L’entretien se clôt sur cette note d’espoir, résonnant comme une mélodie apaisante dans l’esprit des lecteurs.

Didier Ozil, tel un guide bienveillant, nous a menés à travers les méandres de la pensée de Frédéric Vincent. Le Complexe de Gaïa se révèle être une œuvre lumineuse, invitant à une réflexion profonde et nécessaire sur notre rapport à la nature. Par cet entretien, Le maillon renforce son rôle de gardien des sagesses ancestrales et modernes, offrant aux francs-maçons et aux chercheurs de vérité des clés pour une réconciliation avec l’univers.

Le chapitre « Symbolisme » nous donne notamment, sans oublier celui de Dominique Segalen sur « Le projecteur et la chandelle : regard sur le Lumière », un texte sur « À propos du mythe d’Adam Franc-maçon ».

Permettez-nous un focus sur le texte de R. Brochéro. Le maillon est dédiée à l’exploration des significations profondes et cachées derrière les symboles maçonniques. Cette section se distingue par son approche analytique et introspective, visant à décoder les messages ésotériques et spirituels contenus dans les récits, les objets, et les rituels maçonniques. Le symbolisme est au cœur de la franc-maçonnerie, servant de pont entre le monde matériel et les réalités spirituelles.

R. Brochéro propose une étude approfondie du mythe d’Adam sous l’angle maçonnique. R. Brochéro commence par rappeler que le mythe d’Adam est l’un des récits fondateurs de l’humanité. Dans la tradition maçonnique, ce mythe n’est pas seulement un conte religieux, mais une allégorie riche en symboles. Adam, le premier homme, est une figure qui incarne l’initiation, la chute et la quête de rédemption.

L’auteur souligne que la création d’Adam peut être vue comme une métaphore de l’initiation maçonnique. Adam est façonné à partir de la terre, symbolisant l’origine humble et matérielle de l’initié. La vie insufflée en Adam par Dieu représente l’étincelle divine ou la lumière de la connaissance qui éveille l’initié.

Le jardin d’Éden est présenté comme un symbole de l’état d’innocence et d’unité avec le divin. La présence de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal est particulièrement significative. Selon Brochéro, cet arbre représente la dualité inhérente à l’expérience humaine et la nécessité de la connaissance pour atteindre la sagesse. La consommation du fruit défendu par Adam et Ève symbolise l’acte de franchir les limites imposées par l’ignorance et de rechercher activement la vérité.

Albrecht Dürer, 1504

L’expulsion d’Adam et Ève du jardin d’Éden est interprétée comme la perte de l’état d’innocence et l’entrée dans le monde de la dualité et de la souffrance. Pour les francs-maçons, cet exil n’est pas seulement une punition, mais une étape nécessaire dans la quête de la sagesse et de la réintégration spirituelle. L’exil symbolise le voyage de l’initié à travers les épreuves de la vie, une quête constante pour retrouver l’harmonie perdue.

Brochéro met en lumière le rôle de la franc-maçonnerie dans la réinterprétation du mythe d’Adam. Pour les maçons, Adam est perçu comme le prototype de l’initié, un modèle de la condition humaine en quête de lumière. La franc-maçonnerie offre un cadre symbolique et rituel permettant à l’individu de comprendre et de transcender cette condition. Les rituels maçonniques, les enseignements symboliques et les pratiques ésotériques sont autant d’outils pour guider l’initié sur le chemin de la réintégration spirituelle.

L’article se conclut sur une réflexion philosophique sur la nature humaine et son potentiel infini. Adam, en tant qu’homme, représente la capacité de transcender les limites matérielles et de s’élever vers la connaissance divine. Pour Brochéro, l’essence de l’initiation maçonnique est cette quête perpétuelle de l’infini, la recherche de l’absolu et de la vérité ultime.

L’article de R. Brochéro offre une perspective riche et nuancée sur le mythe d’Adam. En le réinterprétant à travers le prisme maçonnique, Brochéro démontre comment les récits anciens peuvent continuer à offrir des enseignements précieux et des sources d’inspiration. Le symbolisme de l’histoire d’Adam, de la création à la chute, résonne profondément avec les valeurs et les objectifs de la franc-maçonnerie, soulignant l’importance de la quête de la connaissance, de la sagesse et de la réintégration spirituelle.

Puis, c’est dans « Ésotérisme », deux textes nous sont donnés, à savoir « Un conte Andersen: La petite sirène » par Élisabeth Fiebig-Betuel qui revisite le conte de « La Petite Sirène » d’Andersen sous un angle ésotérique, révélant les symboles cachés de transformation et d’élévation spirituelle. La sirène, aspirant à l’âme humaine, incarne la quête de l’immortalité et de la transcendance. Ce conte devient une allégorie de l’initiation maçonnique, où la souffrance et le sacrifice mènent à une rédemption spirituelle. Et « Apollon Chaos et lumière » par Élisabeth Rochlin. Cette dernière explore la figure d’Apollon, dieu de la lumière et de la vérité, en lien avec le concept de Chaos. L’auteure met en lumière comment Apollon symbolise la quête de la connaissance et l’éveil spirituel. En tant qu’incarnation de l’harmonie et de l’ordre, Apollon guide les initiés vers la clarté et la sagesse, illuminant le chemin de la transformation intérieure.

Dans « Philosophie », après « Comment se forment les mythes ? » d’André Benzimra, Marcel Bolle de Bal examine la notion de « Passage à l’Orient éternel » comme une œuvre maçonnique, réfléchissant sur son symbolisme et sa signification dans le cheminement spirituel des francs-maçons.

Marie-Dominique Massoni, en « Histoire », nous plonge dans l’univers de François Rabelais à travers son étude de l’abbaye de Thélème. L’auteure analyse ce lieu utopique comme une métaphore de la liberté et de la quête de connaissance, des valeurs chères à la franc-maçonnerie. Elle explore comment Rabelais, par cette création littéraire, critique les institutions et propose une vision humaniste où l’individu s’épanouit en harmonie avec ses semblables.

Tablier Apprenti-Compagnon – DETRAD

Dans « Les Pages du Compagnon » Anne de Garils explore le mythe de Déméter et Perséphone, mettant en lumière ses symbolismes de cycle de la vie, mort et renaissance. Elle révèle comment ce récit mythologique illustre la transformation personnelle et spirituelle, essentiels dans le parcours maçonnique du compagnon.

Tablier de Maître REAA – DETRAD

Puis « Les Pages du Maître », grâce à Élisabeth Moreau, détaille le symbolisme de l’androgyne, représentant l’unité des opposés et l’harmonie entre les énergies masculine et féminine. Ce concept ésotérique souligne l’idée de complétude et de perfection spirituelle dans le cheminement maçonnique. Moreau analyse comment cette figure mythique incarne la quête de l’équilibre intérieur et l’aspiration à une transformation holistique.

Le chapitre « Livres, revues et bibliographie » offre une revue critique des publications récentes, couvrant une variété de sujets pertinents pour les francs-maçons. Elle inclut des recommandations de lectures essentielles, des analyses détaillées des ouvrages et des revues qui enrichissent la réflexion symbolique et philosophique. Les contributeurs partagent leurs perspectives éclairées pour guider les lecteurs dans leur quête de connaissances et d’inspiration

La vie des loges et des obédiences est abordée dans l’avant-dernier chapitre. Il propose un aperçu des activités à avenir ou en cours, notamment les salons maçonnique du livre (Nantes, Bruxelles, Lyon, Limoges et Toulouse) et exposition.

Enfin, un récapitulatif des derniers numéros du maillon est présentée ici, permettant aux lecteurs de voir les thèmes abordés et de rattraper les éditions qu’ils auraient pu manquer.

Ce dernier opus du maillon révèle une revue riche et variée, où chaque chapitre et chaque article apporte sa pierre à l’édifice de la connaissance maçonnique. Le maillon, nominé par l’Institut Maçonnique de France en 2019 – catégorie Revues » – se distingue par son approche multidimensionnelle, couvrant des domaines aussi divers que l’histoire, la philosophie, l’ésotérisme, et les arts. Chaque contribution est soigneusement conçue pour offrir au lecteur non seulement des informations, mais aussi des pistes de réflexion profonde.

Les articles sont rédigés avec une prose soignée, parfois poétique, et une érudition manifeste. Les auteurs utilisent des références symboliques et historiques pour ancrer leurs arguments, tout en laissant place à l’interprétation personnelle du lecteur. Le maillon réussit ainsi à créer un espace de dialogue intellectuel et spirituel, fidèle à l’esprit de la franc-maçonnerie.

Le maillon de la chaîne maçonnique – Mythes, contes & légendes

Revue indépendante d’information et de documentation inter-obédientielles

DETRAD aVs, N°155, Juin 2024, 116 pages, 15 €

Disponible chez DETRAD.

La 4e de couverture

« Sombre Moyen Âge » : Par Laurent Ridel

Du site de Laurent Ridel decoder-eglises-chateaux.fr

Encore aujourd’hui, une partie du public le voit comme une période obscure où règnent l’ignorance, le fanatisme et l’intolérance religieuse. Des stéréotypes qu’un film assez populaire comme Le Nom de la Rose alimente en cochant toutes les cases : dans une abbaye bénédictine, théâtre de meurtres mystérieux, s’affrontent des paysans réduits à l’état de bêtes, des moines stupides et des inquisiteurs despotiques, qui règlent les problèmes par le bûcher et la torture. Guillaume de Baskerville, interprété par Sean Connery, semble le seul être raisonnable dans cette faune humaine. 

Un monde de méchants ?

Sorina cible trois facettes du Moyen Âge, qui méritent d’être nuancées.

Déjà la chasse aux sorcières. Certes, des dizaines de milliers de personnes, en grande majorité des femmes, sont exécutées en France pour sorcellerie. Cependant les persécutions se concentrent après le Moyen Âge, sur les XVIe et XVIIe siècles. Autrement dit, elles sont plus représentatives du règne de Louis XIV que du règne de saint Louis.

Sorcières vaudoises, Martin le Franc, Champion des Dames, manuscrit 12476, 1451, BNF/Gallica

Quant aux livres, il est vrai que l’Église en incendiait, notamment ceux qui contenaient des propos jugés hérétiques. Par exemple, vers 1140, l’intellectuel Abélard — qui formait un couple célèbre et dramatique avec Héloïse — est forcé, après le jugement d’un concile, à jeter son livre de théologie au feu. En 1242, à l’invitation du pape, saint Louis fait brûler à Paris des volumes du Talmud (commentaires de la Bible par les rabbins) après les avoir confisqués et entassés dans 24 chariots.

En même temps, évoquer ces exemples, c’est faire peu de cas des entreprises de conservation du livre. Au Moyen Âge, les livres sont des objets extrêmement précieux. Avant l’imprimerie, étant donné le temps, l’effort et les ressources nécessaires pour produire un seul livre, ils sont généralement très protégés.

Le savoir qu’ils contiennent les rend aussi précieux. Conscients de cette valeur, les moines recopient des textes anciens, qu’ils soient écrits par des auteurs chrétiens ou païens de l’Antiquité romaine ou grecque. Ces œuvres sont ensuite conservées dans les bibliothèques monastiques ou princières. Sans cet effort, une partie du savoir antique aurait disparu. On ne connaîtrait pas aujourd’hui la Guerre des Gaules de Jules César ou Histoires naturelles de Pline l’Ancien.

Dans ces conditions, je ne peux pas considérer le Moyen Âge comme une époque malheureuse pour les livres.

Copiste, Liber de informatione principum, Manuscrit Français 1950, 1379, Gallica/BNF

Enfin Sorina déplore le traitement des orphelins dans les monastères. C’est la première fois que je lis cet argument négatif sur le Moyen Âge. Je doute qu’il tienne la route. Un orphelin, pris en charge par un monastère, avait sûrement une vie plus heureuse qu’un autre orphelin. Dans ce type d’établissements riches, il était assuré de vivre à l’abri des famines et de la violence. Rien n’indique que les moines éduquaient plus durement que des parents. Au contraire, leur instruction offrait des perspectives de promotion. Suger, donné aux moines après la mort de sa mère, en est le plus brillant exemple : il est élevé à la fonction d’abbé de Saint-Denis et devient le conseiller très écouté des rois Louis VI et Louis VII.
Un discours biaisé sur le Moyen Âge

Ne tombons pas dans le piège de ceux qui, depuis des siècles, aiment nous vendre un Moyen Âge sombre :

Les humanistes de la Renaissance, qui regrettaient la culture de l’Antiquité classique
Les Lumières autrefois et certains athées aujourd’hui, hostiles à l’Église
Les films et la littérature, en quête de scénarios dramatiques et de scènes violentes. 

Pour autant, je ne recommande pas un retour au Moyen Âge. En termes d’injustice, d’insécurité et d’inconfort, cette longue période a de larges parts d’ombre.

Le Dernier duel, film de Ridley Scott