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La Lune et le Soleil (Par Marie Delclos)

« La Parole est d’argent le Silence est d’or »

Dans toutes les traditions on fête la Lumière, on la fête dans sa double origine, le Soleil et la Lune, qui par leur mariage ont créé les mois. En témoignent ces images présentes sur un autel de pierre trouvé dans le Néguev. On a généralement choisi de placer cette fête à l’équinoxe de printemps (Premier temps), car, à ce moment-là, le royaume de chacun, la nuit pour la Lune, le jour pour le Soleil, a la même durée et la Nature, après son exil dans l’ombre et le froid, après sa mort apparente dans le tombeau de l’hiver, renaît dans toute sa splendeur.

un sculpteur assis - Tableau de Bernard Bonave
Tableau de Bernard Bonave

Ce premier temps de l’année rappelle le temps du monde à sa création, lorsque le premier jour, la Première lumière apparut, annonçant l’arrivée proche des deux luminaires (le quatrième jour, un mercredi), qui devaient ensuite éclairer la Terre des hommes :
Le Soleil rouge, symbole du Feu, de l’énergie. La Lune blanche, symbole de la lumière, de la connaissance et des transformations.

Ainsi faisait-on en Mésopotamie, notre civilisation mère : à Babylone, durant la grande fête de l’Akitu on célébrait à la fois le deuil de la nature à la mort de la végétation et le triomphe de son retour, symbolisés par la disparition et le retour du dieu Marduk.
Cette fête se transmit aux Hébreux, puis aux chrétiens, puis de là en Maçonnerie issue de l’ésotérisme judéo chrétien, passant d’un mythe à l’autre, Marduk, Yahvé, Jésus, Hiram et sans doute bien d’autres…

On ne s’étonnera donc pas de voir dans nos temples, à l’Orient, la Lune et le Soleil encadrant le Delta. Tout comme dans le temple du dieu des cieux phénicien, Baalshamin était représenté encadré du dieu Soleil Yarhibol à droite et du dieu Lune Aglibol à gauche tous trois représentés en soldats romains !

Commençons par la Lune puisque, quand nous entrons en Maçonnerie, c’est sur sa colonne que nous nous s’installons.

La Lune

La Lune tient une place importante en Franc-Maçonnerie. Dès qu’on entre dans le temple, on la voit sur le mur, à l’Orient, au-dessus du Vénérable Maître, le Président de la loge. Elle encadre le Delta avec le Soleil.

Tandis que le Soleil est à droite, du côté sud, et va vers son lever, la Lune est à gauche, du côté nord : elle vient de dépasser le Soleil lors de sa conjonction. Elle montre son tout premier croissant, qui se lèvera peu après le Soleil. Elle est donc elle aussi à son levant .
Elle renaît ainsi doublement : au-dessus de l’horizon et à son premier croissant.
Tout comme l’Apprenti qui renaît à une nouvelle vie, à la sortie de son tombeau, le cabinet de réflexion…

La colonne de gauche en effet avec à sa tête la Lune est celle des Apprentis, qui ne peuvent s’asseoir que de ce côté tandis que les Compagnons s’installent du côté du midi, du côté du Soleil.

Les Maîtres, quant à eux, en dehors des officiers de la loge, se mettent du côté qui leur plaît. La Lune traditionnellement est associée au Nord. Pourtant, quand elle se lève, elle n’est évidemment pas du tout au Nord mais à l’Est côté sud. Alors ?

Pourquoi dit-on qu’elle est associée au Nord ? C’est une façon symbolique de s’exprimer.
Le Soleil évoque l’heure du midi donc le Sud, la pleine lumière, la chaleur. La Lune évoque la nuit, là où elle resplendit à minuit, lorsqu’elle est pleine, donc le Nord, l’obscurité, la fraîcheur.

Mais ce n’est pas tout : Son symbolisme est particulièrement riche. Pour commencer elle est le sourire du Ciel. La Lune , sourire du Ciel, la bouche et la Parole. La Lune est le sourire du ciel disaient les Anciens, on comprend qu’on en ait fait le symbole de la parole. En effet, suivant sa position par rapport à l’horizon, les cornes du croissant pointent vers le haut de sorte que le croissant prend l’apparence d’un bol ou d’un sourire. D’ailleurs c’est ainsi qu’elle était représentée en Mésopotamie plus près de l’Equateur, que nous.

Ainsi la voit-on, centrale, en sourire horizontal, entre Vénus l’étoile à cinq branches, représentée par ses huit rayons symbolisant les huit ans que dure son cycle et le Soleil avec ses rayons ondulant témoins de sa véritable nature d’étoile.

La Lune Maître du temps

Organisatrice du Temps avec le Soleil, elle détermine le calendrier. La Lune est celle qui apprend à compter, elle est le maître du temps. Psaume CIV, 19 « Tu as fait la Lune pour marquer le temps. »

Avec l’aide du Soleil, elle marque le temps. Celui-ci marquant les jours par ses levers et couchers, on peut ainsi compter les jours des cycles lunaires.
Le cycle visible de quatre fois sept, vingt-huit jours
Premier jour, Premier Croissant ; Septième jour, Premier Quartier ; Quatorzième jour, Pleine Lune ; Vingt et unième jour, Dernier quartier, Vingt-huitième jour Disparition.

On décompose ainsi le cycle lunaire en quatre semaines de sept jours. On retrouvera ce septénaire très important sur le plan symbolique dans les sept jours de la semaine, que l’on a mis en rapport avec les sept planètes traditionnelles : Dimanche Soleil, Lundi Lune, Mardi Mars, Mercredi Mercure, Jeudi Jupiter, Samedi Saturne. Sept est le nombre de base de la Lune.

Chez les Hébreux

La Bible reprit ce septénaire : La création s’accomplit en six jours et se termine au septième jour, jour de repos, le Samedi. Pour bien marquer ce comput lunaire, la première phrase de la Genèse en hébreu comprend sept mots et vingt-huit lettres. Elle commence à compter dès la première lettre de l’Ancien Testament dont le premier mot est Beréchit.

En effet, la première lettre de ce mot, est un B soit le Beith en hébreu. Or, pour les kabbalistes, cette lettre évocatrice du Premier Croissant (cornes tournées vers la gauche), celui de la vie qui naît, symbolise la Lune, la Sagesse. Et : Elle est le nombre Deux.

Tout ne commence-t-il pas avec le Deux, le premier dédoublement de l’Unité ? Avec ce nombre commence donc la Manifestation. C’est pourquoi la Création, premier chapitre de la Bible, commence avec le Beith et non avec la première lettre de l’Alef Beith, le Alef, le Un, l’Unité de Dieu en dehors du temps et de l’espace.

Son nom Beith, qui s’écrit Beith Yod Tav (Beith 2 + Yod 10 + Tav 400 = 412 = 4+1+2 =7) est égal à sept, évoquant la base des cycles lunaires. Enfin on retrouve le Sept dans le chandelier à sept branches placé dans le Temple de Salomon.

Dans le Christianisme

On retrouve ces cycles de sept, quatorze et vingt- huit dans la généalogie de Jésus.
Chez Matthieu et chez Luc. Quatorze correspondant alors à la Pleine Lune. Chez Luc la généalogie commence avec Elohim, Adam…jusqu’à Abraham, vingt-deux générations, suivies de quatre fois quatorze générations ou deux cycles de vingt-huit jours. Jésus est ainsi le soixante-dix huitième et la quatrième Pleine Lune. Le cycle de trente jours et les douze lunaisons de l’année. Toutefois, entre deux Pleines Lunes, en réalité il y a trente jours. Car aux vingt- huit jours il faut y ajouter les jours de conjonction de la Lune avec le Soleil, durant lesquels elle est invisible.

On disait que, lors de cette disparition, soit elle mourait pour ressusciter lors de sa réapparition (le troisième jour comme le Christ ou comme Hiram), soit elle descendait dans la Terre pour la féconder ou encore elle descendait dans les enfers. Le nombre de la Lune est 30 car en fait on compte 30 jours d’une Nouvelle Lune astronomique (jour de sa conjonction avec le Soleil) à l’autre ou d’une Pleine Lune à l’autre (ce qui est plus facile à repérer).

De la sorte, une fois l’année déterminée par le retour du Soleil dans les mêmes étoiles lors de l’équinoxe de Printemps on put la découper en douze lunaisons. D’où la représentation de la Lune sur les Kudurru (Bornes de pierre gravées) en Mésopotamie : Un croissant avec au centre un cercle, symbole de la Pleine Lune, entouré de douze rayons rappelant qu’elle est à l’origine des douze mois de l’année, des douze signes du zodiaque, du partage du cercle en douze.

En résumé son cycle visible est de quatre fois sept, vingt-huit jours, tandis que son cycle synodique est de trente jours.

Dans le Judaïsme

Quatre-volumes-anciens-avec-superosition-symboles-lumineux-du-zodiaque
Quatre-volumes-anciens-avec-superosition-symboles-lumineux-du-zodiaque

Les douze signes du zodiaque se retrouvent dans les douze tribus d’Israël, dans les douze galettes de pain, les « pains des faces », symboles des douze Pleines Lunes de l’année, mis dans la Tente du Rendez-vous, puis dans le Temple de Salomon.

Dans le Christianisme

La Cène (bas-relief, Wieliczka, Pologne)
La Cène (bas-relief, Wieliczka, Pologne)

Ce seront les douze apôtres. Le cycle sidéral de vingt-sept jours. Si l’on compte les jours que met la Lune pour parcourir le zodiaque à partir d’une étoile donnée, il lui faut vingt-sept jours pour retrouver cette étoile. Ces vingt-sept jours projetés sur le zodiaque forme le zodiaque lunaire de vingt-sept signes. Il s’articule avec les douze signes soli-lunaires, tous les neuf signes lunaires, partageant ainsi le zodiaque en trois, soit tous les quatre signes en rapport avec les quatre éléments. On remarquera que cette division commence avec la tête du Bélier surmonté du Delta.

Cette division remonte à la préhistoire, comme ces vingt-sept crânes, que l’on a trouvés, posés comme les œufs d’un nid sur une couche d’ocre ; puis on la retrouve un peu partout dans l’antiquité : En Egypte, le labyrinthe décrit par Strabon avait douze grand palais et vingt-sept chambres.

Byzance, ville dédiée à la Lune ,était flanquée de vingt-sept tours. Vingt-sept jeunes filles formaient un chœur pour les fêtes de Junon dédiées à la Lune. Aujourd’hui elle est très importante en Inde mais généralement oubliée en Occident. Ces deux zodiaques s’articulent par le cent-huitième du cercle, le pada (pied), égal à un quart de signe lunaire et un neuvième de signe solaire, ce qui a donné naissance aux chapelets hindous à cent huit grains mais divisé en deux pour les chrétiens qui en ont cinquante-quatre.

Dans le Judaïsme

On trouve ce nombre dans l’alphabet : vingt-sept lettres en comptant les cinq finales.

Dans le Christianisme

Dans les vingt-sept écrits du Nouveau Testament : Les quatre évangiles, les Actes des apôtres, les Vingt-et-une Epîtres, les vingt-deux chapitres de l’Apocalypse.

Le cycle de quarante jours

Ce cycle de quarante ou quarante-deux jours est important sur le plan ésotérique et pratique : c’est le temps maximum durant lequel on peut jeuner. C’est la quarantaine, période d’attente, de préparation ou de châtiment. Il s’écoule du Premier Croissant à la deuxième Pleine Lune. Mais on peut aussi le transposer en années : le peuple hébreu resta quarante ans dans le désert. On le retrouvera en Maçonnerie au vingt et unième degré particulièrement basé sur la Lune.

La Lune Maître de la géométrie et des mesures

Au premier croissant le dieu Lune traça un arc de cercle ouvert à gauche, que les hommes de Mésopotamie nommèrent askaru c’est-à-dire « croissant de Lune ».
Lors du Premier Quartier au septième jour, le dieu Lune traça un demi-cercle côté droit avec son diamètre et en barbouilla la surface en blanc.

Au quinzième jour il montra le modèle final : obtenir le cercle parfait qui se tint là bien en évidence régnant sans partage sur la nuit éteignant presque toutes les étoiles qui s’inclinaient devant lui.

Au vingt-et-unième jour, pour montrer comment arriver au cercle final, il traça un autre demi-cercle avec son diamètre et sa surface peinte en blanc. Si bien qu’au bout du vingt-deuxième jour l’essentiel de la leçon était donnée : l’arc de cercle, le cercle, son diamètre et ses deux demi-cercles égaux en surface et en contours. Il laissa alors l’image sur le grand livre du ciel s’estomper peu à peu en gardant qu’un dernier arc de cercle.

Enfin le tableau fut effacé prêt pour la prochaine leçon. Elle montre le zodiaque.
Ce zodiaque qui entoure le haut des murs du temple maçonnique, était nommé originellement « Le Chemin de la Lune ».

Et disent les textes :
« Le Soleil suit le même chemin que la Lune
Jupiter suit le même chemin que la Lune
Vénus suit le même chemin que la Lune
Mars suit le même chemin que la Lune
Mercure suit le même chemin que la Lune
Saturne suit le même chemin que la Lune »
(Tablette babylonienne)

Il est clair que seule la Lune en raison de sa visibilité et de sa vitesse permet de repérer la route du zodiaque, cette route du ciel sur laquelle courent les planètes. Elle est le « Grand Coureur Blanc » des Mésopotamiens.

Au cours d’une nuit en effet on peut la voir passer de la droite de l’étoile Spica étoile à la fin de la Vierge pour arriver au milieu de la nuit à la gauche de Spica et à la fin de la nuit amorçant sa descente derrière l’horizon dans les premières étoiles de la Balance ayant parcouru six degrés.

Elle est ainsi le divin Pasteur qui du ciel guide le berger et ses troupeaux.
Par ailleurs les apparitions successives des douze Pleines Lunes (ou des douze Nouvelles Lunes) le long du zodiaque d’un printemps à l’autre, fut évidemment à l’origine de la division du cercle en douze et de ses douze signes stellaires.

La Lune Maître des lois

On ne s’étonnera pas d’apprendre que c’est le dieu de la Lune Nanna (en sumérien) ou Sin (en accadien), qui, muni du bâton à mesurer et de la corde, soit celui qui donna le code des lois au roi Ur Nammu.

« Sin dieu brillant, lumière des cieux, fils du dieu Enlil, le plus éclatant, investi de la royauté universelle, coiffé d’une tiare royale (La Lune en croissant montre un visage sombre surmonté d’un diadème de lumière) ».

Dans le Judaïsme

Moïse se rend pour la seconde fois sur le Mont Sinaï (le mont du dieu Sîn).
La gloire de Yahvé couvre la montagne comme une nuit durant six jours le septième il y a comme un feu dévorant. Moïse monte en traversant la nuée et une fois en haut y reste quarante jours et quarante nuits, sans manger et sans boire. Il écrit sur les tables les paroles de l’alliance, les Dix Paroles et lorsqu’il redescend de la montagne les Deux Tables de la Loi dans la main, son visage rayonne.

Le mot que l’on traduit par « rayonne » est Qaran (Qof Reish Noun) « pousser une corne » peut se traduire par « il descend avec des cornes ». Comme la Lune en croissant en fait.
Comme le montre l’image datée du XV° siècle illustrant la Bible dans laquelle on voit à plusieurs reprise Moïse avec ses cornes, évoquant un croissant lunaire.
D’ailleurs en Mésopotamie la Lune était la corne, celle du Taureau céleste, la corne d’abondance distribuant sa manne.

La Lune et l’écriture

En Mésopotamie c’est au dieu Lune que l’on doit l’invention de l’alphabet.
Le plus ancien connu, celui d’Ougarit comportait trente lettres. Plus tard apparurent des alphabets à vingt-sept ou vingt-huit lettres ou encore (en Inde) cinquante (7fois 7 + 1).
La premier lettre étant Aleph qui représente un taureau, car à l’origine l’année commençait à l’équinoxe de printemps lorsque la Nouvelle lune se trouvait dans les Pléiades au début de la constellation du Taureau dont la tête était surmontée du croissant pointant ses deux cornes vers le ciel.
C’est ainsi que les livres sacrés descendirent du ciel écrits par les dieux. Comme ceux des codes des lois donné par Sin en Chaldée ou par Yahvé sur le mont Sinaï.
Ou encore, comme en Égypte les livres d’Architecture. En témoigne l’inscription gravée sur le temple d’Edfou, précisant que le temple fut construit « selon le grand plan du livre, tel qu’il est venu du ciel au nord de Memphis ».

La Lune un fruit

Le lien organique entre la Lune et le règne végétal fut ressenti si fortement par diverses civilisations que grand nombre des dieux de la fertilité sont lunaires. La Lune est l’astre de la vie et les Mésopotamiens ont donné à la Pleine Lune le nom de fruit Inbu un fruit qui croît de lui-même. C’est « le fruit du mois, que nul ne peut cueillir » disent les textes ou encore Sin est « mûr comme un fruit très brillant. » Enfin son cycle de trente jours se manifeste sur l’Arbre de vie aux trente fleurs que l’on voit sur certains bas-reliefs.

Dans le Christianisme

Dans la Jérusalem céleste de l’Apocalypse se trouvent deux fois « un arbre de vie faisant fruits, douze. Chaque mois il donne son fruit. »

La Lune la porte du Ciel

Le Lune est évidemment l’astre le plus proche de nous. Aussi les Anciens en ont-ils fait la porte du Ciel, la porte de l’Incarnation mais évidemment celle du retour ou encore celle de l’entrée dans les cieux.

La Pleine Lune et la Présence divine dans toute sa puissance. Le nombre Quinze
Le quinzième jour marquant le Pleine Lune dans le cycle de trente jours, le nombre quinze, prit une importance considérable dans le symbolisme lunaire. On le trouve dans toutes les traditions en rapport avec l’astrologie, l’alchimie et la connaissance.

En Egypte

dans les temples on montait un escalier de 14 marches jusqu’à la plateforme, quinzième marche où se trouvait l’œil symbole de la Pleine Lune.

Chez Les Hébreux

On montait en quinze étapes le mont jusqu’à Jérusalem tout en chantant les quinze psaumes dits justement « de la montée », quinze étapes se retrouvant dans les quinze marches menant au parvis du Temple (en partant de la cour des femmes).
Dans le judaïsme, en effet, la Pleine Lune est le symbole de la Shekhina, la Présence divine.

Ainsi , dit le Zohar, « À l’époque de Salomon la Lune était pleine », pour signifier que la présence divine était là.

Chez les chrétiens

Dans le Christianisme la Lune est le symbole du Logos, (le Verbe, la Parole en grec) ainsi qu’en témoigne le célèbre Prologue de l’Évangile de Jean

« Au commencement était le Logos et le Logos était auprès de Dieu et Dieu était la Parole. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. Et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue. »

(Jean I, 1-5).

La Lune est donc le symbole du Logos, car qui luit dans les ténèbres et ne les illuminent pas, si ce n’est la Lune ? N’est-ce pas la Pleine Lune à son zénith au cœur de la nuit brillant d’un éclat blanc dans le noir profond, piqueté d’étincelles de lumière ?
La Lune du quinzième jour dans le cycle astronomique de trente jours et le quatorzième dans le cycle visible de vingt-huit jours :

  • C’est ainsi que, à Bethléem, dans la basilique de la Nativité, édifiée par Constantin, on peut voir, sur le pavement de la grotte où naquit Jésus, une étoile en argent de quatorze rayons (La Pleine Lune dans le cycle visible), surmontée d’un cercle de quinze lampes et on peut lire « Hic de virgine Maria Jésus Christus natus est »
  • C’est ainsi que dans l’ancienne liturgie, lors de l’office des ténèbres du Jeudi Saint qui commence le Mercredi soir et se termine le Samedi matin Trois jours de ténèbres rappelant que le Christ en tant qu’incarnation ressuscite le troisième jour tout comme la Lune)
  • Pour ces trois offices de nuit on met au milieu du Chœur un chandelier triangulaire à quinze branches sur lequel se trouvent quinze cierges que l’on éteint l’un après l’autre à l’exception de celui qui est placé au sommet du chandelier. À la fin de l’office on cache ce dernier cierge derrière l’autel.

Le Dimanche matin le cierge caché symbole du Christ enseveli et ressuscité réapparaît et est replacé sur le chandelier.
Et on élève l’hostie blanche (pain sans levain) qui fait écho aux pains des faces des Hébreux.

En Franc-Maçonnerie

On va retrouver les attributs du dieu Lune :

  • L’Écriture et la Loi avec le VLS Volume de la Loi Sacré, présent à tous les degrés. La Bible à l’origine, car c’est le seul livre de la tradition qui parle du métier des bâtisseurs. Il est là non en tant que religion mais en tant que tradition. Il est le symbole de :la transmission du savoir ou de la connaissance de génération en génération.
  • La Parole et la Lune. Si le nombre sept est à peu près présent à tous les degrés. Certains sont particulièrement éclairant sur l’importance de la Lune en particulier le nombre quinze associé à la Pleine Lune et à la Parole.

Au1er degré grade d’Apprenti

La Lune n’est qu’à son tout premier croissant. L’Apprenti a monté trois marches sur les quinze de sa montée vers la Pleine Lune.

La Parole n’est pas encore manifestée, il n’a pas droit à la parole, mais il doit être capable de répondre à la question suivante :

  • Que faut-il pour qu’une loge soit juste et parfaite ?

Un de cinq, devant le Deuxième Surveillant.
Le Trois fois puissant frappe cinq coups, répété par les deux surveillants, soit quinze.

Au 10ième les Élus des Quinze

C’est le degré qui manifeste avec le plus d’intensité la manifestation de la Présence divine associée à la Pleine Lune lorsque la Justice est établie.
Le temple est décoré de quinze lumières : cinq à l’Orient, cinq devant le Premier Surveillant et cinq devant le Deuxième Surveillant.

Lors de son passage à ce grade le récipiendaire devra faire quinze pas.
Quinze élus partent à la recherche des deux derniers mauvais compagnons le 15 du mois Tamouz (Juin/Juillet) et, après les avoir trouvés et enchaînés, les ramènent à Jérusalem, le 15 du mois suivant, soit le 15 de Av (Juillet/Août).

La Lune est pleine, la Présence divine est dans toute sa gloire car les trois mauvais compagnons ont été détruits.

Au 11ième Sublime Chevalier Élu

Grâce à la destruction des trois mauvais compagnons, le Maçon va faire partie des douze Élus qui pourront accéder au saint des saints et contempler les Tables de la Loi données à Moïse sur le mont Sinaï. Son mot de passe est Emeth (et non Emeret qui ne veut rien dire) qui signifie sous-entendu « homme » « de vérité » soit intègre, fidèle, sur qui on peut compter. Ce mot fait allusion aux « hommes vrais », aneishi (« hommes » en chaldéen) emeth «(de) vérité » choisis par Moïse pour faire régner la justice sur les groupes divers. (Exode 18, 21)

Au 12ième Le Grand Maître Architecte

Si le zodiaque est très souvent représenté en haut des murs du temple, c’est à ce degré que l’on retrouve l’importance du nombre douze lorsque le Grand Maître Architecte, tracera un cercle en mettant la pointe de son compas sur l’étoile polaire , symbole du centre, placée sur le mur nord du temple.

Au 13ième et 14ième degrés Royale Arche et Grand Élu de la Voûte sacrée

On retrouve le nombre lunaire Vingt-sept.

Au 13ième les anciens Maître sont mentionnés :

ils sont vingt-sept, les deux premiers étant Salomon et Hiram.

Et au 14ième autrefois le nombre de FF ne devait pas excéder vingt-sept

Par ailleurs, dans certains rituels du 13ième degré, le bijou d’Hiram, retrouvé dans les décombres du temple de Salomon, comporte une chaîne de soixante-dix-sept anneaux à laquelle est accroché le Delta avec le nom ineffable. Il fait donc référence à la généalogie de Jésus dans Luc, Hiram étant le soixante- dix-huitième, montrant ainsi l’analogie symbolique de Jésus et d’Hiram, tous deux symboles du Logos.

Au 17ième le Chevalier d’Orient et d’Occident et l’Apocalypse

A l’origine, le rite était entièrement basé sur l’Apocalypse jusqu’à la descente de la Jérusalem céleste. Aujourd’hui il est simplifié mais il est évidement recommandé de le lire et de tenter de le comprendre.

Le récit de l’Apocalypse, construit sur le septénaire est en fait une lecture astrologique. Le Ciel s’ouvre et explique l’histoire de l’humanité. Le Chevalier d’Orient et d’Occident doit tâcher de la comprendre à la lueur de ce qu’il apprend au grade de Rose Croix par le signe d’Hermès : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. ». Le Maçon comprend qu’il lui faut acquérir les sept vertus destinées à combattre les sept vices qui sont en lui, s’il veut accéder à la Jérusalem céleste.

Au 18ième Le Chevalier Rose+Croix

Lors du repas de l’équinoxe de printemps on s’inspire de l’office des ténèbres.
On a simplement remplacé les quinze cierges par sept mais le symbolisme est le même le sept est une partie des quinze). On les éteint puis on les rallume pour retrouver la Parole perdue.

Au 19ième Sublime Ecossais

Le thème est la descente de la Jérusalem céleste à la fin de l’Apocalypse, le 17ième s’arrêtant avant cette descente.
L’Apocalypse met dans cette ville céleste deux arbres de vie, portant chacun douze fruits.
Dans le rituel il n’y en a qu’un : « Au centre de la ville est un arbre qui porte douze feuilles différentes. » mais ces feuilles sont bien rondes !
Le rituel a simplifié.

Au 21ième Chevalier prussien ou Noachite sous-titré par Franken Clef de la Maçonnerie

C’est dans ce degré que s’explicite la Parole, l’origine de sa perte, lors de la construction de la tour de Babel et comment la retrouver. C’est le thème du grade.
Pour commencer on remarquera que le numéro de ce degré est explicite : C’est le vingt-et-unième jour que la Lune entame son dernier septénaire l’emmenant vers sa disparition, que la Parole se perd.

Ensuite la loge ne se réunit que lors de la Pleine Lune soit le quinzième jour du mois. Le tableau de loge ci-contre montre la lumière de la Pleine Lune de Mars entrant par la fenêtre et le tableau de loge avec la Lune au milieu de vingt-et-une étoiles.

Le bijou du grade montre une Pleine Lune sur l’horizon entourée de quinze étoiles. La flèche descendant du Delta symbolise la destruction de la tour et la punition de l’Éternel la perte de la Parole. La Pleine Lune est brisée.

Il s’agit avec Phaleg le constructeur de la tour de retrouver la Parole : Il traverse le désert pour aller se repentir et termine sa vie dans une mine de sel.
Le sel évoque la Lune et la transformation alchimique. Il meurt là et son tombeau est retrouvé marqué par une Pleine Lune entourée de quarante étoiles (le cycle lunaire du premier croissant à la seconde Pleine Lune) évoquant la traversée du désert par les Hébreux pendant quarante ans.
Sa transformation est terminée.
La Parole est retrouvée

Au 27ième Souverain Commandeur du Temple

La loge est éclairée de vingt-sept lumières et on frappe vingt-sept coups.
Certes vingt-sept est le cube de trois, mais la ronde des vingt-sept lumières d’un des tableaux de loge fait bien référence au zodiaque lunaire de vingt-sept signes (trois fois neuf signes).

La Lune est la Présence divine. Même si vingt-sept fait référence aux douze tribus d’Israël aux douze apôtres et à la Trinité (12+12+3).
On est toujours dans les signes du ciel.
L’étoile avec le signe de Mercure indique le signe de la Vierge (C’est la planète de ce signe) et la Vierge est la mère du Logos qui brille dans les Ténèbres
La couronne indique que, arrivé à ce grade, le Maçon approche de son but.

Au 30ième Chevalier Kadosh la fin d’une incarnation

Le trentième est la fin du cycle lunaire de trente jours marquant le mois et Trente était le nombre de la Lune.

La Lune étant la porte de l’incarnation, le maçon qui a gravi les trente degrés de l’échelle du rite écossais est arrivé au bout au bout de sa quête pour retrouver Hiram et la Parole perdue. Après cette montée retrouvée d’une autre manière sur l’échelle des Kadosh ayant dorénavant fini sa recherche de la lumière lunaire symbole de la raison accessible à l’esprit humain parce qu’elle trace des signes divers dans le ciel il va reprendre sa recherche de la lumière, la lumière solaire, accessible par l’esprit.

Sept la rendent juste et parfaite.

Au 2ième degré Compagnon

Le Maçon découvre les sept arts libéraux et le G de Géométrie, mais il ne trace pas encore de cercle.
Il a continué sa montée : cinq marches de plus, soit huit marches. Il vient de dépasser le Premier Quartier.

Au 3ième grade de Maître La montée des quinze marches

Le nouveau Maître a gravi sept marches de plus, soit quinze pour arriver à la Pleine Lune, symbole de la Sagesse, de la Connaissance et de la Parole :
C’est parce qu’il a gravi ces quinze marches, qu’il peut accéder à la Chambre du Milieu, autrement dit dans la partie sacrée du Temple entre le Débir et le Parvis l’équivalent du Héikhal. Mais non encore dans le Débir.
Il a gravi quinze marches. Il a tracé un premier cercle.
Il a découvert Hiram, la Parole.
Car Hiram c’est la Parole, le Verbe car il possède, Sagesse Intelligence et Savoir (I Rois VII, 4). Et ces trois vertus possédées par l’Éternel résument les Dix Paroles :
« Le monde a été créé par dix paroles lesquelles ont été résumées en trois ainsi qu’il est dit : ‘C’est par la sagesse que YHVH a fondé la terre, c’est par l’intelligence qu’il a affermi les cieux, c’est par Son savoir que les abîmes se sont ouverts.’ »

Ainsi quand il crée les deux colonnes il les nomme : il élève la colonne de droite (du Sud) et crie son nom Iakhîn. » (sous-entendu ‘Dieu’ « le soutient »). Il élève la colonne de gauche et crie son nom Bo’az (« En force »). Il nomme les choses alors il les crée.
Le nouveau Maître s’est uni à Hiram lors de son élévation.
Mais cela ne va pas durer. Rien n’est jamais acquis.

Au 4ième Maître secret

Hiram est mort et la Parole est perdue. Le nouveau Maître Secret se doit de la retrouver.
Le temple est décoré de tentures noires parsemées de larmes d’argent, indiquant la disparition de la Lune, dont il ne reste plus que des éclats d’argent.

Mais la Grande Lumière commence à apparaître et la batterie, Six plus Un, rappelle évidemment les six jours de la création plus le septième, le shabbat, le repos.

Au 6ième Secrétaire intime : vingt-sept lumières

La loge est éclairée de vingt-sept lumières sur trois chandeliers à neuf branches et la batterie est de vingt-sept coups, rappelant le cycle sidéral de la Lune.

  • Pourquoi vingt-sept lumières ? dit le rituel.
  • Elles signifient les 27000 lumières que Salomon fit faire pour l’usage du Temple, est la réponse.

Au 8ième Intendant des Bâtiments et les nombres lunaires, Vingt-sept, Quinze, Sept.

Le thème de la loge est Justice et Équité. La Lune est en rapport avec l’application des lois et à ce degré elle est bien là :

La loge est éclairée de vingt-sept lumières, montrant toujours que la Lune, symbole de la Présence divine, veille sur le temple.

D’autant que ces vingt-sept lumières sont distribuées en groupes :

Un, composé de quinze, symbole de la Pleine Lune, placé devant l’autel du Trois fois Puissant, qui représente Salomon.

Un de sept, devant le Premier Surveillant, nombre de base de la Lune.

Dans les coulisses de la franc-maçonnerie avec Marc Henri

De notre confrère lejournaldici.com – Propos recueillis par AFJ

Une exposition, à partir du 28 novembre 2024, et une conférence menée par un ancien Grand maître de la Grande Loge de France vont lever un coin du voile sur la franc-maçonnerie.

Du jeudi 28 novembre au dimanche 8 décembre, l’hôtel Rochegude va accueillir, de 13 à 18 heures, l’exposition intitulée Au cœur des symboles, proposée par le musée, archive et bibliothèque de la Grande Loge de France. Le samedi 7 décembre, l’ancien Grand maître Marc Henry animera, à 17 h 30 au domaine de la Mouline, une conférence autour de pourquoi on devient franc-maçon en 2024. Premiers éléments de réponse avec l’intéressé.

Quel a été votre parcours de franc-maçon ?

J’ai été Grand maître de la Grande Loge de France de 2012 à 2015. J’ai été initié il y a quarante-huit ans. J’ai voyagé et fait plein de choses… Mais ce qui compte, que ce soit moi ou un autre, c’est ce qu’on y fait. Et c’est plutôt rare.

Comment est née cette exposition ?

Elle a dû être imaginée par les loges locales. Elles ont dû demander de faire une conférence publique. Et puis, l’idée est venue de proposer une exposition. Les loges ont voulu une exposition tournée vers aujourd’hui.

Mais il y aura bien sûr des choses plus anciennes. Il y aura donc des mosaïques, des peintures, des fresques, de l’art contemporain d’une certaine manière. Il est aussi prévu d’ajouter deux maquettes de temple. Il y aura aussi des symboles… Et l’avant-dernier jour, il y aura cette conférence au domaine de la Mouline. Et là, c’est ma petite personne qui s’y colle.

Comment voyez-vous le rôle de la franc-maçonnerie dans la société actuelle ?

Pour changer le monde, il faut commencer par changer l’être humain. C’est ça l’idée de « Change toi ! Transforme-toi ! Regarde-toi ! » Tout cela peut paraître fou, mais cela fait des siècles que ça dure, et que ça continue… Pourquoi devenir franc-maçon en 2024 ? Si vous voulez que le monde change, commencez à vous regarder vous-même, tel que vous êtes, sans vous flageller. On parle souvent des qualités et des défauts de quelqu’un. Moi, je parle plutôt de forces et de faiblesses… La franc-maçonnerie, c’est hors circuit. Nous sacralisons un lieu qui n’est pas sacré. Mais c’est le rituel. C’est le support qui nous permet de nous poser, en groupe, pour apprendre à vivre ensemble. Ça change tout, car ça ne se fait pas. Il n’y a que dans notre maison que nous faisons des choses pareilles. On n’est pas une religion. On ne travaille plus à la gloire de Dieu. On travaille à la gloire d’un principe créateur. Ce n’est pas la même chose. Ce qui nous intéresse, nous, c’est la lumière. Par exemple, lors de leur initiation, les apprentis n’ont pas le droit de parler en loge. Ils n’ont pas la parole, pour apprendre à accueillir celle de l’autre. Dans une loge, on ne se coupe jamais la parole. Ça peut paraître curieux.

Appel à Monsieur le Président de la République, Appel à tous les élus, toutes les élues, Appel à toutes les forces de progrès

Lire au bas de cet article le rebondissement de cette affaire et la présentation détaillée de Ahou Daryaei.

Vous ne pouvez rester silencieux devant ce nouvel acte de résistance d’une étudiante iranienne Ahou Daryaei qui en se dévêtant publiquement a transformé son corps en manifeste vivant contre un régime de coercition absolue qui étouffe la liberté des femmes. Son acte, aussi immensément courageux que symbolique, porte la voix de millions de femmes dans le monde, réduites au silence par le fanatisme religieux.

Il porte la voix des femmes qui se battent en Iran contre un pouvoir théocratique et obscurantiste. Cet acte courageux nous rappelle une vérité fondamentale : la liberté n’est pas un privilège mais un droit inaliénable, non négociable.

Le combat des Iraniennes transcende les frontières et nous concerne tous et toutes. Il nous rappelle que la dignité humaine est indivisible. Quand une femme est privée de ses droits fondamentaux, c’est l’humanité entière qui en est privée.

Nous ne pouvons pas, à longueur de temps, déclarer notre solidarité avec toutes les victimes et, aujourd’hui, nous taire. Il y a des silences complices que nous ne pouvons accepter. La lutte de ces femmes doit être la nôtre, nous devons amplifier leurs voix, relayer leur message, et maintenir la pression sur ceux qui violent les droits humains, à Téhéran et partout. Ailleurs comme en Afghanistan aussi.

Le chemin vers la liberté est long, mais chaque acte de résistance, chaque voix qui s’élève rapproche un peu plus du jour où les femmes, dans le monde pourront enfin s’éduquer, travailler, s’habiller et s’exprimer librement, en un mot vivre.

Exigeons la libération d’Ahou Daryaei, tout de suite et maintenant. Condamnons les agissements du régime des Mollahs !

À toutes les femmes d’Iran qui résistent pacifiquement, qui persistent malgré la répression, nous disons : « votre courage nous inspire, votre combat est le nôtre, votre idéal est la part la plus lumineuse de notre commune humanité ». L’avenir des Lumières se joue à Téhéran.

Signataires :

Nicolas PENIN, Grand Maître du Grand Orient de France
Sylvain ZEGHNI, Grand Maître de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain
Bernard DEKOKER-SUAREZ, Grand Maître de la Grande Loge Mixte Universelle
Félix NATALI, Grand Maître de la Grande Loge Mixte de France
Liliane MIRVILLE, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France
Philippe CANGEMI, Grand Maître de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra
Paulina CERVANTES, Grand Maître adjoint Gran Oriente Latinoamericano – Région Europa

Information de dernière minute le 22/11/2024

Ahou Daryaei libérée, mais à quel prix ?

La pression internationale a fini par faire plier le régime iranien : Ahou Daryaei, étudiante devenue symbole de la lutte pour les droits des femmes en Iran, est rentrée chez elle. Mais derrière cette apparente victoire, des zones d’ombre subsistent, laissant planer le doute sur l’intention réelle des autorités.

Une mobilisation mondiale efficace

« Ahou Daryaei a été relâchée et a pu rentrer chez elle. Quand les médias et les peuples se mobilisent, la République islamique ne peut que reculer », s’est réjouie l’association Femme Azadi dans un message diffusé sur les réseaux sociaux le 20 novembre. Ce mouvement militant, comme d’autres, avait appelé à une prise de conscience mondiale après l’arrestation spectaculaire de l’étudiante.

Début novembre, Ahou Daryaei avait été arrêtée après un acte de protestation sans précédent : confrontée à la « police des mœurs » qui lui interdisait l’accès à son université pour un voile jugé mal porté, elle avait enlevé ses vêtements et traversé le campus, défiant les autorités. Arrêtée avec violence, elle avait été internée dans un hôpital psychiatrique, déclenchant une vague d’indignation internationale.

Une pression diplomatique

Face à l’indignation croissante, plusieurs pays ont adopté une posture de « diplomatie féministe ». La France, par exemple, avait adressé le 13 novembre des messages officiels d’« inquiétude, de préoccupation et de consternation » aux autorités iraniennes, selon l’AFP. Ces pressions semblent avoir porté leurs fruits : Ahou Daryaei a été libérée, et aucune poursuite judiciaire ne sera engagée contre elle.

Cependant, cette libération s’accompagne d’un diagnostic imposé par les autorités : selon le porte-parole du pouvoir judiciaire iranien, Asghar Jahangir, l’étudiante aurait été transférée à l’hôpital en raison d’un « trouble mental » constaté par les médecins. Une rhétorique qui, selon Amnesty International, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à discréditer les manifestants.

Une victoire amère

Pour de nombreux observateurs, cette libération pourrait s’apparenter à un « cadeau empoisonné ». Le journaliste Armin Arefi, spécialiste de l’Iran, rappelle que qualifier les dissidents de « fous » est une tactique récurrente du régime iranien. « Le transfert de manifestants dans des hôpitaux psychiatriques permet de nier leur contestation et de les soumettre à davantage de pressions et de tortures », souligne-t-il, en citant le compte juridique spécialisé Dadban sur X.

En effet, aucune explication n’a été fournie sur les raisons ayant conduit à l’internement d’Ahou Daryaei ni sur la durée de son hospitalisation. Cette absence de transparence alimente les doutes sur les véritables intentions des autorités.

Le combat continue

La libération d’Ahou Daryaei est une victoire symbolique, mais elle met en lumière les tactiques oppressives du régime iranien et le sort d’autres prisonniers politiques, comme les #EkbatanBoys, condamnés à mort pour avoir manifesté.

Si cette affaire montre l’impact de la mobilisation internationale, elle rappelle également que la route est encore longue pour garantir la liberté et les droits fondamentaux en Iran. Ahou Daryaei reste un symbole, mais aussi une victime d’un système qui tente de réprimer toute forme de dissidence.

Qui est exactement Ahou Daryaei ?

Ahou Daryaei : le symbole de la résistance féminine en Iran face à la répression du hijab obligatoire

Le 2 novembre 2024, un geste de défiance audacieux a propulsé une doctorante iranienne de 30 ans, identifiée comme Ahou Daryaei (آهو دریایی), au rang de symbole de la résistance contre le hijab obligatoire en Iran. Étudiante en littérature française à l’Université islamique Azad de Téhéran, Ahou Daryaei aurait été harcelée par des membres de la milice islamiste Basij pour avoir porté son voile de manière « inappropriée ». Ce jour-là, elle aurait répondu à l’agression en se déshabillant partiellement et en s’asseyant dans la cour de son université, dénonçant ainsi les lois strictes sur le code vestimentaire imposé aux femmes.

Un acte de défiance qui fait écho à Mahsa Amini

Ce geste de résistance intervient deux ans après la mort tragique de Mahsa Amini, jeune femme arrêtée et battue par la police des mœurs pour un hijab mal porté. L’onde de choc de cet événement a déclenché un mouvement sans précédent en Iran, où de plus en plus de femmes défient publiquement les lois sur le port obligatoire du voile. La protestation d’Ahou Daryaei, capturée en vidéo et largement partagée sur les réseaux sociaux, a immédiatement attiré l’attention internationale.

Une répression brutale

Après son acte de défiance, Ahou Daryaei a été arrêtée par les forces de sécurité iraniennes. Selon plusieurs sources, elle aurait été conduite dans un établissement psychiatrique, une pratique documentée en Iran pour discréditer les femmes qui s’opposent au hijab obligatoire. Les autorités iraniennes, habituées à qualifier de « malades mentales » les dissidentes, cherchent ainsi à minimiser la portée politique de leurs actes.

Le porte-parole du pouvoir judiciaire, Asghar Jahangir, a déclaré que l’étudiante avait été libérée sous la garde de sa famille, affirmant qu’elle souffrirait de troubles mentaux. Pourtant, des militants des droits humains dénoncent une manœuvre destinée à la soumettre à davantage de pressions psychologiques et de traitements inhumains.

Un symbole de la résistance féminine

Ahou Daryaei est rapidement devenue un symbole de la lutte contre la répression en Iran. Son acte de défiance rappelle les manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa Amini en septembre 2022, où des milliers de femmes ont publiquement retiré leur hijab en signe de protestation. Depuis, le régime a intensifié la répression : en seulement quatre mois après l’élection du président Masoud Pezeshkian, 386 exécutions ont été recensées selon des organisations de défense des droits humains.

Une mobilisation internationale

L’arrestation d’Ahou Daryaei a suscité une indignation mondiale. Des organisations comme Amnesty International appellent à sa libération immédiate, tandis que des politologues comme Azadeh Kian soulignent que ce recours à l’internement psychiatrique est un aveu d’échec pour un régime incapable de faire respecter ses lois sans répression brutale.

Une jeunesse en lutte pour la liberté

À travers son acte, Ahou Daryaei incarne la détermination d’une nouvelle génération d’Iraniens à défier un régime qui utilise la religion comme outil de contrôle. Sa situation reste préoccupante, et les militants craignent que sa libération apparente ne soit qu’un répit temporaire dans un système qui punit lourdement toute dissidence.

Tandis que les voix s’élèvent pour exiger justice, le cas d’Ahou Daryaei rappelle que le combat pour les droits des femmes et les libertés individuelles en Iran est loin d’être terminé.

Ahou Daryaei : un symbole mondial pour la liberté des femmes en Iran

La lutte pour les droits des femmes en Iran prend une nouvelle dimension avec l’arrestation d’Ahou Daryaei, doctorante à l’Université islamique Azad de Téhéran, devenue un symbole de résistance après un acte de défiance inédit contre les lois sur le hijab obligatoire.

Arrestation et détention

Le 2 novembre 2024, la jeune femme a été arrêtée par des agents en civil après avoir retiré ses vêtements en signe de protestation. Placée en détention, son lieu de réclusion reste inconnu. Des rapports suggèrent qu’elle pourrait être enfermée dans un établissement psychiatrique, une méthode utilisée par le régime iranien pour discréditer les dissidentes. Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits humains exigent sa libération immédiate et l’ouverture d’une enquête indépendante sur les abus présumés lors de son arrestation.

La National Secular Society a appelé le gouvernement britannique à exercer une pression diplomatique pour obtenir sa libération, dénonçant un acte de répression qui va à l’encontre des droits fondamentaux.

Une mobilisation internationale en pleine expansion

L’affaire Ahou Daryaei a suscité une vague de solidarité à travers le monde. Le 5 novembre, des centaines de personnes se sont rassemblées au centre de Paris, devant le Panthéon, pour soutenir les femmes iraniennes. Parmi les participants figuraient des parlementaires français, des membres des associations Femen, ainsi que des représentants syndicaux de la CGT.

Trois jours plus tard, une manifestation à Piccadilly Circus, à Londres, a également réuni des militants de One Law for All et des Femen. Les slogans scandés, comme Femme, Vie, Liberté, reprennent le cri de ralliement des manifestations iraniennes, rappelant les noms des martyrs du mouvement, tels que Nika Shakarami, Sarina Esmailzadeh et Hadis Najafi.

Soutien des institutions et organisations mondiales

La Global Science Foundation (GSF) a publié une déclaration condamnant les violences infligées aux femmes iraniennes et exhortant la communauté internationale à agir. Selon la GSF, l’arrestation d’Ahou Daryaei illustre la répression brutale et systématique des femmes qui s’opposent aux lois patriarcales en Iran.

La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits de l’homme en Iran, Mai Sato, a déclaré suivre de près l’affaire, tout en diffusant une vidéo de l’incident. « Je vais surveiller attentivement les réponses des autorités iraniennes, » a-t-elle annoncé, appelant à une prise de responsabilité.

Un symbole clivant

Le geste courageux d’Ahou Daryaei a inspiré des artistes à travers le monde, souvent à travers des représentations symboliques. Des œuvres la décrivent comme une figure isolée, défiant une foule silencieuse et voilée. Si ces images mettent en lumière le courage individuel face à un système oppressif, certains médias indépendants, comme Mr Mondialisation et Arrêt sur Images, critiquent cette vision. Ils estiment qu’elle invisibilise les oppresseurs réels et tend à blâmer les victimes.

Une protestation qui dépasse les frontières

L’arrestation d’Ahou Daryaei est devenue un catalyseur pour les discussions mondiales sur les droits des femmes et l’impact des lois religieuses imposées par les États. Si elle incarne l’espoir d’un changement, son sort demeure incertain.

Cette affaire illustre la fragilité des libertés en Iran et l’urgence d’une mobilisation internationale plus forte. Au-delà de l’Iran, elle soulève une question universelle : jusqu’où les femmes doivent-elles aller pour obtenir leurs droits fondamentaux ?

Fabienne Boll : « La franc-maçonnerie est présente et active dans des sociétés comme l’île Maurice »

De notre confrère defimedia.info – Par Pradeep Daby

Il y a 52 ans, l’obédience maçonnique Grande Loge de France implantait sa première loge féminine à l’Île Maurice portant le nom de « Rose de l’aurore ». Une seconde loge nommée « Le Flamboyant » a vu le jour il y a une vingtaine d’années. Quelques jours avant le scrutin du 10 novembre dernier, Fabienne Boll, qui représente Liliane Mirville, la Grande Maitresse de la Loge féminine de France, accordait une interview au Défi Plus.

« Là où les femmes ne sont pas libres, il n’y a pas de franc-maçonnerie ! Et surtout pas féminine… Ceci est un véritable marqueur de liberté »

y faisait-elle valoir.

Quel est l’objectif de votre visite à Maurice ?
Trois loges de la GLFF sont présentes à l’île Maurice. La plus ancienne « Rose de l’aurore » a été ouverte il y a maintenant 52 ans. La seconde « Le Flamboyant » fête ses 20 ans. C’est l’occasion d’une visite pour fêter cet anniversaire, retrouver et partager des travaux avec toutes les sœurs présentes sur l’île. La troisième, la plus jeune, mais très dynamique, « Shooting star » travaille en langue anglaise.

Fabienne Boll : « La franc-maçonnerie est présente et active dans des sociétés comme l’île Maurice » (Crédit photo defimedia.info)

La franc-maçonnerie féminine est relativement jeune. La Grande Loge féminine de France a 80 ans. Elle a vu le jour en 1945, peu après que les femmes aient acquis le droit de vote en France. C’est dire qu’elle était déjà placée sur un chemin d’émancipation.

La Grande Loge féminine de France s’est largement développée à l’international, c’est ainsi que des loges ont été créées, entre autres, à Maurice, et dans ce cadre, il est légitime de rendre visite à nos sœurs.

Comment expliquer cette séparation entre hommes et femmes dans les loges de même que les procédures d’initiation de femmes, d’autant que la franc-maçonnerie a longtemps été un domaine réservé aux hommes ? 
Effectivement, la franc-maçonnerie a longtemps été un domaine réservé exclusivement aux hommes, à l’exception du Droit humain qui est mixte depuis sa fondation en 1893. 

Il a fallu que nos pionnières, lesquelles étaient portées par un ardent désir, d’affranchissement et la volonté d’exister en tant que femmes, soient persévérantes et imaginatives pour faire exister une Obédience autonome et indépendante afin d’initier d’autres femmes.

Notre spécificité féminine ne se traduit ni par un repli ni par une défiance vis-à-vis du travail commun avec des hommes, ce qui serait absurde dans une société où la mixité est la norme. Ce choix répond à la nécessité de créer un temps et un espace de réflexion et d’expression qui nous soient propres. Cela nous permet de prendre pleinement conscience de notre identité féminine, de notre responsabilité et de notre rôle de femme dans le monde.

Dans une société pluraliste, il est souhaitable que soit offert le choix de la mixité ou de la non-mixité pour ce qui ressort de l’ordre privé, de l’intimité, et plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’une démarche initiatique.

Il est important de préciser que dans nos loges, nous sommes profondément attachées aux principes d’ouverture. Nous accueillons ainsi tout franc-maçon ou toute franc-maçonne d’une autre obédience souhaitant partager nos travaux, avec qui nous entretenons des relations amicales et fraternelles.

Quelle est l’importance du rite de l’initiation au sein de la franc-maçonnerie ? Est-elle encore d’actualité ?  
L’initiation est l’acte fondateur de notre démarche maçonnique. On entre en maçonnerie par une initiation, mais celle-ci n’est qu’un instant qui se poursuit par une démarche au long cours. Étymologiquement, initier, c’est un début, une mise en route sur un chemin intime, singulier, que l’on poursuivra toute sa vie. Il s’agit d’une expérience unique, personnelle, solitaire, qui ne peut cependant pas se vivre hors du groupe que constitue la Loge. Être franc-maçonne, c’est vivre une expérience à la fois personnelle et collective.

La dimension initiatique relève plus du philosophique au sens ancien du mot (connaissance des choses humaines, conception générale de la connaissance, du savoir humain). Elle implique un changement de perspective où, au lieu de se diriger vers le monde extérieur, le regard se dirige momentanément vers l’intérieur de soi. Ce mouvement permet de se découvrir et de se connaître en profondeur, avant de revenir vers l’autre avec une meilleure compréhension de soi.

Chaque être humain, chaque femme est encore prisonnière d’un certain nombre de déterminations, qu’elles soient familiales, psychologiques, socio-économiques… et nous devons chercher à nous en détacher le plus possible. La dimension initiatique contribue à une recherche. Elle est un questionnement sur soi-même et sur le monde.

C’est dans nos Loges que ce questionnement s’inscrit et se développe. Les Loges sont des espaces de liberté, non dogmatiques, où les réponses ne sont pas données ; il faut se questionner et chercher. La franc-maçonnerie est là pour nous amener à nous poser des questions et non pour nous donner des réponses toutes faites.

Que renferme le terme « recevoir la lumière » ?  
Recevoir la lumière, c’est être initié. C’est être mis sur un chemin qui nous permette de discerner le juste, le vrai, le bien. Toutes les franc-maçonnes de la GLFF, comme l’affirme l’article I de notre Constitution, ont pour but : « La recherche constante et sans limites de la vérité et de la justice, dans le respect d’autrui, afin de contribuer au perfectionnement de l’humanité ».

Sur un plan philosophique, il faut aussi le mettre en lien avec la philosophie des Lumières développée au XVIIIe  siècle, philosophie dans laquelle nous retrouvons toutes les valeurs portées par la franc-maçonnerie.

Est-ce qu’aujourd’hui, la philosophie de la franc-maçonnerie est admise/reconnue par l’Église ?
C’est à l’Église qu’il faudrait poser la question !

La Grande Loge féminine de France est une obédience féminine ouverte aux femmes en recherche d’une quête spirituelle, mais la spiritualité n’est pas la religion. De quelle spiritualité est-il question ? Il s’agit d’une spiritualité ouverte, libre, un pari sur l’esprit, qui est différent de la spiritualité de la croyance religieuse. 

Les sœurs de la GLFF sont athées, agnostiques ou croyantes, peu importe. Nous affirmons simplement que nous sommes des « êtres d’esprit » ou des « êtres spirituels ». Jamais la question de la religion n’est abordée en loge. La démarche initiatique ne s’oppose pas à une croyance religieuse. Cette dernière reste du côté de l’intime. Ce qui est travaillé en loge est de l’ordre du commun, ce qui peut être partagé.

Dans quel type de modèle de société la franc-maçonnerie est-elle interdite/persécutée ? Et quelles sont les forces qui s’opposent à elle ? Peut-on déduire que les pays où elle est présente sont ceux qui possèdent un haut niveau de libertés d’idées et d’actions ?  
La franc-maçonnerie est généralement prohibée dans des systèmes oppressifs. Les régimes autoritaires, totalitaires ou fondamentalistes interdisent ou persécutent la franc-maçonnerie, car elle est vue comme une menace à l’ordre établi, en raison de ses valeurs de liberté, de tolérance et d’égalité. Les forces qui s’opposent à la franc-maçonnerie incluent souvent des gouvernements répressifs, des institutions religieuses conservatrices et des groupes extrémistes qui craignent la remise en question de leur autorité.

La franc-maçonnerie est présente et active dans des sociétés, comme ici à l’île Maurice, lesquelles tendent à valoriser la laïcité, le pluralisme et le dialogue interculturel, des principes qui sont en accord avec les idéaux maçonniques. 

Nous pouvons rajouter que là où les femmes ne sont pas libres, il n’y a pas de franc-maçonnerie ! Et surtout pas féminine… Ceci est un véritable marqueur de liberté. 

Dans le passé, il y a eu des dérives liées à la FM, notamment celle liée à la Loge P2 du Vatican de même que des trafics d’influence que le Procureur Éric Montgolfier avait mis en « lumière ». Comment la FM s’est-elle refait une santé ? 
Le scandale de la loge P2 est déjà vraiment ancien (années 1970), n’en faisons surtout pas quelque chose d’important ! La franc-maçonnerie est une société humaine avec des personnes qui ne méritent pas d’en faire partie. C’est tout. Les personnes impliquées ont été sanctionnées.

Malheureusement ces événements ont contribué à une perception négative de la franc-maçonnerie, mais n’en faisons pas une généralité.

Je tiens à préciser qu’à la Grande Loge féminine de France, si des individus sont découverts dans les loges cherchant à utiliser la Maçonnerie à des fins autres que son objectif principal, à savoir le perfectionnement de l’humanité, ils sont définitivement radiés.

Pourquoi devenir franc-maçon en 2024 ?
Je ne saurai répondre à cette question posée au masculin, mais pourquoi devenir franc-maçonne ?  Ceci est sans doute le sens de votre question…
On vient un jour frapper à la porte d’un « Temple » en franc-maçonnerie, parce qu’on éprouve un manque dans sa vie, on ne peut pas toujours bien l’identifier, mais on sent intuitivement qu’il est nécessaire d’élargir son horizon, de repousser ses propres limites, d’échanger avec d’autres, de tenter de comprendre autrement, de chercher du sens.  Le monde qui nous entoure est en pleine mutation, l’ordre mondial est bouleversé, les questionnements, les mises en doute et critiques sont nombreux.

La franc-maçonnerie propose un temps, hors du temps qui permet d’échapper à la tourmente extérieure et nous permet de nous libérer de nos préjugés, de développer notre esprit critique en nous interrogeant, en échangeant selon notre méthode et avec nos outils.

La franc-maçonnerie a-t-elle réussi à se débarrasser de cette réputation de « société secrète » où il existait une certaine culture du secret et qu’est-ce qui fait qu’elle a longtemps traîné cette image qui l’a desservie ? 
Encore faudrait-il se mettre d’accord sur la notion du secret. Cette dernière est concomitante à celle de l’initiation. Nous promettons en entrant de conserver le secret sur ce qui est partagé et bien sûr de ne pas dévoiler les ‘sœurs’ et les ‘frères’ qui en font partie.  Au-delà de cette obligation au secret, il y a aussi la notion de ce qui ne peut être partagé. Comment est-ce possible de partager le secret de l’initiation qui est de l’ordre de l’intime, celui de l’expérience alors que d’autres la vivent autrement ?

La culture du secret suscite sûrement de la curiosité parmi les non-initiées, la curiosité ou la méfiance, de ce qui est caché. Cette discrétion nous dessert sans doute, mais elle est la garante de la protection de celles qui ne peuvent s’exprimer librement. 

Les sœurs de la GLFF adhèrent-elles totalement à la cause féministe ? 
L’engagement féministe est diversement partagé par les sœurs de l’obédience. Si certaines sont militantes et engagées dans des associations qui défendent la cause des femmes, d’autres sont plus discrètes, sont simplement femmes et vivent leur quotidien, conscientes de cet être féminin avec ses forces et ses faiblesses. 

Savez-vous qu’aujourd’hui en Europe, 7 femmes meurent chaque jour des violences des hommes envers les femmes ? Pensez-vous que le dénoncer est une cause féministe ? Cette cause ne devrait-elle pas être défendue par tous les êtres humains ? 
Au moment où des conflits persistent à Gaza, au Liban et en Ukraine, où en est le projet de citoyenneté universelle qui est l’objectif final de la FM ?
La franc-maçonnerie prône des valeurs de tolérance, de liberté et de fraternité. Elle a souvent été vue comme un promoteur de la paix et de la compréhension entre les peuples. Cependant, le chemin vers une citoyenneté universelle est semé d’embûches et nécessite des efforts concertés sur de nombreux fronts, y compris la diplomatie, l’éducation et la justice sociale.

La réalité des conflits en cours, comme ceux à Gaza, au Liban et en Ukraine, et ailleurs montre à quel point ces idéaux peuvent être difficiles à réaliser. Les tensions géopolitiques, les nationalismes exacerbés et les inégalités sociales compliquent la mise en œuvre d’une telle vision. En somme, bien que l’idée de citoyenneté universelle soit un objectif noble et souhaitable, sa réalisation est confrontée à des défis considérables, surtout dans un contexte mondial marqué par des conflits persistants. 

Les principes maçonniques de fraternité, d’égalité, et de liberté répondent-ils aux défis contemporains ?
Nos principes ne sont ni une réponse ni une fin en soi. Ils sont les valeurs fondamentales qui résonnent en nous et nous servent de boussole dans un monde en mutation, parfois en perte d’humanité. 

Les principes de la franc-maçonnerie posent un cadre éthique pertinent pour aborder les défis contemporains, pour tenter de construire des sociétés plus inclusives, justes et respectueuses des droits de chacun. 

C’est à cette réflexion individuelle et collective, portée par nos valeurs, que nous invitons toutes les femmes désireuses de s’inscrire dans un monde respectueux de chacune et de chacun, et prêtes à œuvrer pour la Paix à venir rejoindre la Grande Loge féminine de France.

Quelle part la GLFF doit-elle prendre dans le chaos actuel du monde profane ? Quelle parole porter à l’extérieur ?  
Dans un monde qui a perdu tous ses repères, la franc-maçonnerie est un véritable rempart. Dans nos loges, nous apprenons à mesurer notre regard sur l’autre et à apprendre de l’autre, ce qui veut dire que cette approche nous donne des clés pour se défendre, défendre les droits des femmes, mais aussi défendre la dignité, défendre la liberté et tous nos principes « Liberté, Égalité, Fraternité, et Laïcité »…  La laïcité qui est très malmenée aujourd’hui avec la montée des radicalismes religieux, du communautarisme et de l’intégrisme. Et là, notre travail, c’est de porter au-dehors l’œuvre commencée dans le temple, cela signifie propager toutes nos valeurs de citoyennes dans la cité. 

Beaucoup de maitresses font partie d’associations et, par les valeurs apprises au sein de la GLFF, elles portent à l’extérieur, la tolérance, la bienveillance, le respect de soi, le respect des autres.  Grâce à ces comportements, à cette posture, je pense qu’en tant que femmes libres et de progrès, nous pouvons essayer de réduire le chaos. Pour autant peut-on changer l’humanité ? Notre but maçonnique est de travailler à l’amélioration constante de la condition humaine, nous y contribuons à notre niveau. À la GLFF, lorsque les droits des femmes sont bafoués, les principes fondamentaux de la République remis en cause, nous écrivons notre indignation par communiqués de presse. 

Si nous ne pouvons pas nous immiscer dans aucune controverse touchant à des questions politiques, ne nous privons pas de dire les choses sur le plan humaniste, même s’il y a parfois un léger décalage entre l’attente de nombreuses sœurs, et le devoir, les valeurs, et la cohérence de notre expression publique dans les médias. 

Les chevaliers : les « Marvel » du Moyen Âge

Le Moyen Âge a donné naissance à des figures mythiques dont l’influence résonne encore aujourd’hui : les chevaliers. Mais qui étaient réellement ces personnages qui ont marqué l’histoire et la culture européenne ?

Les origines des chevaliers

Les chevaliers apparaissent après la chute de l’Empire romain en 476. Avec le déclin de l’autorité centrale, l’Église catholique et les seigneurs locaux deviennent les principaux piliers de pouvoir. Soutenus par l’Église, qui les considère comme choisis par Dieu, ces seigneurs instaurent un système féodal basé sur des liens complexes d’obligations. La féodalité dépend largement des chevaliers pour protéger les terres et défendre les intérêts de l’Église et du royaume.

Un rôle central dans la société féodale

Leur formation était rigoureuse, mêlant entraînement militaire, éducation spirituelle et apprentissage des valeurs sociales. Le code de la chevalerie — courtoisie, honnêteté, galanterie — façonnait leur identité. Plus qu’une élite militaire, les chevaliers devinrent des symboles culturels, immortalisés dans des légendes comme celle du roi Arthur. Leur image perdure aujourd’hui dans les récits fantastiques modernes.

Les modèles de la chevalerie

Des personnages historiques comme Godefroid de Bouillon et Guillaume le Maréchal incarnent les idéaux chevaleresques.

Godefroid de Bouillon, figure des croisades, refusa le trône de Jérusalem en 1099, préférant le titre d’« avoué du Saint-Sépulcre ». Il devint légendaire, notamment à travers la légende du Chevalier au Cygne, qui mêle réalité et fiction autour de sa dynastie.

Guillaume le Maréchal, surnommé « le meilleur chevalier du monde », fut un conseiller loyal de quatre rois anglais. Ses exploits dans les tournois, où il vainquit plus de 500 adversaires, et sa fidélité envers la couronne durant les crises politiques, notamment lors de la signature de la Magna Carta, le consacrèrent comme un modèle de vertu chevaleresque.

Héritage des chevaliers

Ces figures historiques et littéraires continuent d’inspirer. Leurs récits, à la croisée de la réalité et du mythe, ont façonné l’imaginaire collectif et contribué à la naissance de la fantasy contemporaine. Les chevaliers, héros de leur époque, restent des symboles intemporels d’honneur, de bravoure et de loyauté.

Le chevalier littéraire : entre plume et épée

Si certains chevaliers furent immortalisés par les récits de leurs exploits, d’autres se distinguèrent comme poètes eux-mêmes. Ulrich von Liechtenstein (1200-1278), chevalier de Styrie, est l’exemple parfait de cette dualité. En plus de ses faits d’armes, il était un Minnesänger, un troubadour germanique.

Adoubé par le duc Léopold VI d’Autriche, un grand mécène de l’époque, Ulrich occupa des postes prestigieux tout en développant une œuvre littéraire majeure. Son Frauenbuch déplorait le déclin de l’amour courtois, tandis que son Frauendienst célébrait les valeurs chevaleresques et les idéaux de la courtoisie au travers d’aventures parfois exagérées. Son legs littéraire, immortalisé dans le célèbre Codex Manesse, offre un témoignage rare et précieux sur la vie chevaleresque.

Le crépuscule de la chevalerie

OSMTH-Alain-Yvon-BEGUIN
OSMTH- Ordre de la Stricte Observance Templière. Crédit photo Alain-Yvon-BEGUIN

À partir du XIVe siècle, l’évolution des stratégies militaires rendit les chevaliers moins indispensables sur le champ de bataille. Les grandes cavaleries furent progressivement remplacées par des fantassins et des armes à longue portée, comme les arcs longs anglais et, plus tard, les armes à feu. Le rôle des chevaliers se limita alors aux tournois et aux cérémonies de cour, bien loin de leurs exploits héroïques des siècles précédents.

Jean II le Meingre, dit Boucicaut (1366-1421), incarne cette transition. Maréchal de France et héros de nombreuses batailles, il participa également à la fondation de l’Ordre de la Dame blanche à l’écu vert, destiné à protéger les femmes des chevaliers absents. Malgré ses succès, il fut capturé à Azincourt en 1415, marquant la fin symbolique de l’âge d’or des chevaliers.

La fin d’une ère

Le déclin de la chevalerie fut aussi accéléré par des changements politiques et sociaux. L’émergence des armées permanentes et des monarchies puissantes affaiblit le rôle traditionnel des chevaliers dans la défense des territoires. Parallèlement, la séparation croissante entre l’Église et l’État ébranla les bases religieuses de leur existence.

Avec l’avènement des armes à poudre noire, les chevaliers perdirent leur place dans la stratégie militaire. Leur code d’honneur, basé sur des combats au corps à corps, devint obsolète. Pourtant, leurs valeurs et leurs légendes continuèrent de vivre à travers la littérature, les récits populaires et l’imaginaire collectif, assurant à ces héros médiévaux une place éternelle dans l’histoire et la culture.

Ainsi, bien que leur époque soit révolue, les chevaliers demeurent des symboles intemporels de courage, de loyauté et de noblesse.

L’héritage de la chevalerie dans la franc-maçonnerie est à la fois symbolique et philosophique, enraciné dans des valeurs communes, des mythes partagés et des rituels empruntés à l’imaginaire médiéval. Voici les principales influences :

1. L’idéal chevaleresque comme source d’inspiration

Les chevaliers étaient porteurs d’un code d’honneur qui mettait en avant des valeurs telles que :

  • La noblesse d’âme et l’éthique personnelle,
  • La fidélité à une cause supérieure, souvent spirituelle,
  • La protection des faibles et la défense de la justice.

Ces idéaux se retrouvent dans la franc-maçonnerie, qui valorise la quête de la perfection personnelle, le travail au service de l’humanité et le respect d’un ordre moral supérieur. Les francs-maçons s’inspirent notamment de la chevalerie pour promouvoir une quête intérieure et collective de vérité et de lumière.

2. Les influences historiques des Templiers

Les mystères du trésor des Templiers - Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
Les mystères du trésor des Templiers – Image générée par Intelligence Artificielle (IA)

La franc-maçonnerie spéculative, telle qu’on la connaît aujourd’hui, s’est développée au XVIIe siècle, mais certaines de ses traditions évoquent celles des Templiers, ces chevaliers religieux et militaires du Moyen Âge. Le Rite Écossais Ancien et Accepté, l’un des systèmes maçonniques les plus pratiqués, inclut des degrés qui font explicitement référence aux chevaliers et aux Templiers.

  • Le 18ᵉ degré, appelé « Chevalier Rose-Croix », symbolise la quête spirituelle et la victoire de la lumière sur les ténèbres.
  • Le 30ᵉ degré, « Chevalier Kadosh », est parfois associé à un héritage des Templiers et représente le combat contre l’injustice et la tyrannie.

Bien que les liens historiques directs entre Templiers et francs-maçons soient débattus, l’imaginaire chevaleresque des Templiers a clairement influencé la symbolique maçonnique.

3. Les rituels et emblèmes chevaleresques

La franc-maçonnerie a adopté des éléments de la chevalerie dans ses rituels :

  • Les titres honorifiques (chevalier, commandeur, grand maître) rappellent les structures des ordres chevaleresques.
  • Les cérémonies initiatiques, où le candidat « franchit des épreuves » pour accéder à une quête plus élevée, s’inspirent des rites d’adoubement des chevaliers.
  • Les épées, les bannières et certains emblèmes maçonniques reprennent des symboles liés à la chevalerie, notamment la croix, la lumière et le triangle.

4. La quête spirituelle commune

Une porte mystérieuse
Une porte mystérieuse – Escalier qui monte vers la porte de la Lumière

Tout comme les chevaliers médiévaux poursuivaient une quête du Graal, symbole de pureté et de vérité divine, les francs-maçons entreprennent une quête spirituelle visant à comprendre les mystères de l’existence et à améliorer le monde. La recherche du Graal est souvent évoquée dans les grades maçonniques élevés, particulièrement ceux ayant une forte composante ésotérique.

5. Une fraternité hiérarchique et un code moral

La structure hiérarchique de la franc-maçonnerie, avec des apprentis, des compagnons et des maîtres, reflète l’organisation des chevaliers autour d’un seigneur ou d’un grand maître. Cette hiérarchie est un outil symbolique pour guider les membres dans leur progression personnelle et leur compréhension des mystères maçonniques.

En résumé

L’héritage de la chevalerie dans la franc-maçonnerie réside dans ses symboles, ses valeurs et ses rituels, qui empruntent largement à l’imaginaire médiéval et à la quête chevaleresque. Ce lien se traduit par une philosophie commune : servir la lumière, la justice et l’humanité avec dévouement et intégrité. Les chevaliers du Moyen Âge continuent ainsi de vivre au travers des loges, sous une forme plus spirituelle et symbolique.

Interview exclusive de Thomas Denicourt : GM Général de l’OITAR

Thomas Denicourt, dit Boulonnais, l’Épicurien du Savoir, Grand Maître Général de l’OITAR. (Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal). Un homme jeune, presqu’un jeune homme à la vie bien remplie, né à l’OITAR alors qu’il était doctorant en physique, 23 ans après toujours aussi passionné.

Pourquoi entrer en franc-Maçonnerie alors que vos études vous prenaient beaucoup de temps ?

Thomas Denicourt

Osons le dire, un alignement de planètes à un moment de ma vie ? Ma boulimie de découverte, de savoir, de comprendre… Un concours de circonstances aussi va se mêler de mon approche.

À l’époque, je suis thésard et je tombe un soir, par hasard, sur une émission de télé qui évoque la sortie d’un livre grand public, plutôt antimaçonnique. Je ne connaissais rigoureusement rien de la maçonnerie à cette époque. Sur le plateau, les auteurs du livre et quelques maçons. Le calme des maçons devant ce qui me paraissait être l’agressivité des auteurs m’avait interpellé. Quelques jours plus tard, un magazine dans la salle d’attente d’un médecin, encore un peu plus tard, un jeu de rôle organisé par un ami, jeu de rôle dont le thème portait sur la Franc-maçonnerie.

Tout cela se produit en quelques semaines et trop de clins d’œil successifs auront éveillé ma curiosité, mon besoin d’apprendre et de comprendre. Un ami se révèle finalement et quelques mois après j’étais initié à l’OITAR nous étions en 2001 et j’avais 26 ans.

Depuis votre vie a bien changé et vous êtes toujours là. On pourrait dire de vous que vous êtes un homme « overbooké » et pourtant !

Il est vrai que par moment je me sens nomade – j’aime à dire vagabond – et que mon emploi du temps est souvent bousculé. Je travaille à Lille dans une société de service informatique avec 40 personnes dans mon équipe à manager, mais je vis dans un village à côté de Rennes. Mon épouse est universitaire et nous avons deux filles de 16 et 13 ans. Une ado, avec tout ce que cela sous-entend…, et l’autre qui va y arriver !

De l’apprenti à ce jour des années se sont écoulées et un long chemin vous a conduit à cette fonction, une des plus haute en Franc-maçonnerie.

Thomas Denicourt Grand Maître Général de l’OITAR

Pour illustrer ce chemin et son fil, je pourrais raconter que l’apprenti que j’ai été, fut fasciné par Le Point de Centre (le cercle pointé et tangenté de la maçonnerie anglaise) ! Un symbole fort chez nous déposé au centre du tapis de loge dès l’ouverture des travaux. Ce premier symbole m’a marqué et suivi tout au long de mon parcours, au point qu’aujourd’hui il est représenté sur mon tablier de Grand Maitre Général. Au fond, je transporte encore avec moi aujourd’hui mon premier coup de cœur d’apprenti !

Honnêtement, je ne savais pas vraiment ce que je cherchais en entrant en franc-maçonnerie. Mais j’y ai fait des rencontres magnifiques, et aujourd’hui, j’y trouve une soupape, un espace de respiration salutaire au milieu d’une vie sociétale, familiale et professionnelle très remplie. La Franc-maçonnerie est une façon de regarder le monde autrement, son histoire, son actualité, et de comprendre qu’il ne devrait pas y avoir tant de distance entre les peuples et les hommes.

La Franc-maçonnerie est pour moi un monde de calme, sans pression, sans enjeu autre que d’apprendre et s’enrichir spirituellement et intellectuellement. Le fait de ne pas avoir d’enjeu, pas d’objectif à atteindre, pas de date limite pour tel ou tel travail, ne pas être jugé, ne pas avoir de note, tout cela est précieux, et chaque maçon devrait prendre conscience de cette chance. Un espace privilégié, un temps qui laisse le temps au temps, un rythme qui reste le nôtre… on ne trouve cela nulle part ailleurs qu’en Franc-Maçonnerie.

Comment en arrive-t-on à la fonction de Grand Maître ? Campagne électorale (humour), élection, choix… ?

Thomas Denicourt Grand Maître Général de l’OITAR

Faisons déjà la différence entre un Ordre et une Obédience.
Dans ma conception des choses, une obédience a un mode de fonctionnement relativement pyramidal, le pouvoir de décision est en haut de la pyramide, les décisions doivent être approuvées hiérarchiquement.

Dans toute son organisation, notre Ordre a deux espaces de décision et deux seulement : la chambre du milieu de chaque loge et le Suprême Conseil Universel.

  • La chambre du milieu car chaque loge est autonome et libre de ses choix : initiations, radiations, finance, programme de travail… dans la mesure où elle respecte scrupuleusement les exigences de notre rite.
  • Le Suprême Conseil Universel, qui est le seul espace autorisé à apporter une modification à notre rite (rituels et textes régulateurs) et que les loges ont donc obligation d’appliquer.
    Cela m’amène une seconde précision : nous sommes un ordre aussi car nous ne pratiquons qu’un seul rite, le Rite Opératif de Salomon (à l’instar d’un ordre monastique qui ne suit qu’une Règle).

Chez nous, il n’y a pas le poids de la structure : celle-ci n’est là que pour animer les loges, proposer, dynamiser fédérer, mais n’impose rien.

Revenons à la fonction de Grand Maitre Général. Il n’y a pas de campagne électorale , mais une proposition dont l’acceptation se manifeste in fine par un vote unanime du Suprême Conseil dont il est un des membres désigné pour animer le bleu. D’ailleurs ce choix unanime est un principe valable pour toutes les décisions prise à tous les niveaux dans l’OITAR.

Je me faisais une montagne de cette fonction. Je pensais que cela allait être compliqué à la fois à gérer et à vivre. En fait, pas tant que cela. Je suis bien entouré, j’ai inclus cette fonction et ses charges dans ma vie quotidienne et privée.
Je suis très amusé de constater que cette fonction semble en train de rajeunir. Regardez les nouveaux Grands Maîtres : du GO, 48 ans ; de la GLMF, 49 ; De OITAR, 49. Preuve en est que les initiés restent fidèles et que les plus jeunes acceptent des fonctions à responsabilité. La FM ne s’endort pas.

Cela reste une lourde fonction.

Évidemment. Des déplacements à organiser, des décisions à prendre avec le soutien de mes Grands Maitres Territoriaux. C’est un espace de créativité extraordinaire et le plaisir de rencontres étonnantes. Certes la fonction est importante elle est responsable des loges bleues et du respect du Rite Opératif de Salomon (ROS) dans ces loges, selon les préceptes du Suprême Conseil qui en est le garant.

Il faut aussi savoir dire non aux nombreuses sollicitations qui ne manquent pas d’accompagner la fonction ! Pas toujours facile mais cela permet de respirer sans culpabilité et d’assumer cette fonction sereinement.

Un conseil à ceux qui manquent d’assiduité et disent ne pas avoir le temps.

Osons dire que le temps on le trouve pour les choses dont on a envie. Alors là c’est la même chose. Il faut inclure l’agenda FM dans son quotidien. On le fait bien pour le sport, la méditation, la religion, les associations…

Apprendre à dire non et oser faire des choix qui vont nous enrichir et nous apporter une respiration dans la société d’aujourd’hui.

N’oublions pas que la Franc-maçonnerie est un espace privilégié où tout est possible de dire, aucun compte ne sera demandé, un espace de respiration, aucun jugement de valeur, juste le respect de l’autre et un chemin personnel parcouru à son propre rythme sachant que les Sœurs et les Frères seront toujours là pour tendre la main dans cette chaîne universelle.

Tout de même fabuleux dans le monde dans lequel on vit, non ?

Nuit des Musées : le Palais maçonnique ouvre aujourd’hui ses portes pour des visites guidées

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De notre confrère du Paraguay lanacion.com.py

À 18 heures ce samedi commence la visite guidée de l’intérieur du temple maçonnique, dirigée par le Grand Maître José Miguel Fernández Zacur, dans le cadre de la Nuit des musées.

Au cours de la visite, l’œuvre « Socrate à la recherche de la vérité » sera présentée. « La franc-maçonnerie et la théorie de la connaissance nous invitent à réfléchir sur notre propre recherche de vérité et de sagesse. Ils nous rappellent également que la connaissance ne se trouve pas simplement dans l’accumulation d’informations, mais dans l’ouverture de notre esprit et le désir fervent de découvrir la vérité la plus profonde qui se trouve en nous », dit le message d’invitation de la franc-maçonnerie autour de l’activité.

Cette tournée a déjà été réalisée les années précédentes avec différentes modalités culturelles au sein du palais, ce qui a été un succès total en termes de fréquentation. Le Palais maçonnique est situé au RI2 Ytororó, coin du Dr Benigno Ferreira à Asunción et ouvre ses portes afin de profiter d’une visite de l’établissement en famille et entre amis, en plus de pouvoir en apprendre davantage sur la franc-maçonnerie paraguayenne.

Vous pourrez également profiter de la pièce « Cérémonie des Lumières » avec les jeunes DeMolay, la modalité sera de six tournées qui dureront environ une heure chacune. A noter que l’accès au musée et au Palais maçonnique sera totalement gratuit.

L’Association Nuit des Musées – Paraguay, une organisation à but non lucratif qui travaille sans interruption depuis 2017, prépare la huitième édition de la Nuit des Musées qui aura lieu ce samedi 16 novembre de 18h00 à 00h00. :00 en format entièrement présentiel avec la participation de 13 départements du pays.

Cette édition compte près d’une centaine de musées et d’espaces culturels qui ouvriront leurs portes au public le même soir avec diverses propositions culturelles en accès totalement gratuit.

20/11/2024 : Droits de l’enfant, 35 ans après la CIDE, la France toujours face à ses défaillances systémiques

Tout au long de son histoire, la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte le DROIT HUMAIN, s’est engagée pour la défense des Droits de l’Enfant. Il y a 35 ans, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) engageait les États signataires à garantir des droits fondamentaux aux enfants, sans discrimination.

Son principe phare : toutes les décisions doivent être guidées par l’intérêt supérieur de l’enfant. Pourtant, en ce 20 novembre 2024, Journée internationale des droits de l’enfant, force est de constater que la situation en France demeure préoccupante. De nombreux enfants restent en proie à des conditions de vulnérabilité extrême, privés de la protection institutionnelle à laquelle ils ont droit.

Des chiffres alarmants mais incomplets

Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France, soit une victime toutes les trois minutes. Tous les cinq jours, un enfant succombe à des mauvais traitements infligés par un parent ou un proche. Ces données glaçantes pourraient même être bien inférieures à la réalité : le manque de statistiques fiables sur les maltraitances, notamment dans les territoires d’Outre-mer, jette le voile sur une véritable vision d’ensemble.

Un système de protection en échec

Les failles du système de protection de l’enfance exposent encore trop d’enfants à des souffrances évitables. Certaines mesures d’assistance éducative, ordonnées par les juges pour garantir leur sécurité – comme le placement en structure spécialisée ou l’intervention d’un éducateur – ne sont pas mises en œuvre ou le sont avec un retard dramatique. Ces délais, parfois supérieurs à un an, s’expliquent par un manque criant de professionnels, de services et de places disponibles. En 2023, le Syndicat de la magistrature dénombrait au moins 3 335 placements non exécutés sur le territoire !

Pendant ce laps de temps, les enfants concernés voient leur situation familiale se détériorer davantage encore, avec des répercussions physiques et psychologiques durables. Certains, même pris en charge, subissent des parcours marqués par des ruptures successives ou une prise en charge inadéquate, conséquences directes de dysfonctionnements systémiques.

Maltraitance institutionnelle : l’inaction en accusation

L’inaction prolongée de l’État face à ces défaillances constitue une forme de maltraitance institutionnelle, compromettant les droits fondamentaux des enfants et affaiblissant leurs liens familiaux. Pour remédier à cette situation, un changement de paradigme s’impose : il faut repenser la protection de l’enfance à partir des besoins réels des enfants et de leurs droits.

Vers une refonte nécessaire

Parmi les actions prioritaires figure la mise en place d’une collecte systématique et uniformisée des données sur les maltraitances et les capacités d’accueil. Ce socle d’informations fiables est indispensable pour ajuster les politiques publiques et allouer des moyens suffisants. En outre, la protection de l’enfance doit être érigée en priorité nationale et intégrée dans une approche globale, respectant les obligations légales des décideurs.

À l’heure où l’on commémore les principes fondamentaux posés par la CIDE, le constat est clair : il ne suffit plus de reconnaître ces droits, il est impératif d’agir pour les garantir pleinement. Chaque jour d’inaction expose des enfants à de nouvelles violences. L’urgence est là.

Protection de l’enfance : une urgence sociale et un investissement pour l’avenir

La prévention des maltraitances, la justice des mineurs, le soutien à la parentalité, la santé mentale, l’accompagnement des situations de handicap et la lutte contre la pauvreté multidimensionnelle forment un ensemble de défis cruciaux. Ces enjeux exigent une action immédiate et coordonnée pour garantir une approche globale et adaptée à la réalité des enfants.

Une protection sur mesure pour chaque enfant

Les enfants placés sous protection, quelles que soient leur origine, leur nationalité, leur lieu de résidence, doivent bénéficier d’un soutien personnalisé et de qualité. C’est le système qui doit s’adapter à leurs parcours uniques, et non l’inverse. Pour cela, les travailleurs sociaux jouent un rôle clé, en œuvrant quotidiennement pour la sécurité et le bien-être des enfants et de leurs familles. Pourtant, leur engagement se heurte souvent à des moyens insuffisants et à des conditions de travail difficiles. Il est indispensable de les doter des ressources nécessaires et de leur témoigner une reconnaissance à la hauteur de leurs missions.

Des engagements financiers pour une prise en charge adaptée

En 2023, le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies a exhorté la France à augmenter les budgets alloués aux secteurs sociaux. Objectif : assurer des conditions d’accueil dignes, des infrastructures adaptées et des équipes renforcées, capables de répondre aux besoins croissants en matière de protection de l’enfance. Cette recommandation souligne l’urgence d’un investissement public concret, sans lequel les promesses d’une meilleure prise en charge resteront lettre morte.

L’intérêt supérieur de l’enfant comme boussole des politiques publiques

L’enjeu est crucial, car investir dans la protection de l’enfance aujourd’hui, c’est miser sur un avenir meilleur pour l’ensemble de la société. Chaque mesure adoptée pour renforcer ce secteur est une contribution directe à la construction d’un futur où les droits de l’enfant seront pleinement respectés. L’intérêt supérieur de l’enfant doit devenir le fil rouge des politiques publiques, guidant chaque décision et chaque réforme. Mobilisons-nous afin de transformer cette ambition en réalité. L’avenir des enfants ne peut attendre.

Le 19 novembre 2024,

Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International le DROIT HUMAIN

24/11/24 Conférence à Lens à 10h30 : « 120 ans d’histoire d’une Loge maçonnique dans le bassin minier… »

Conférence publique de la Grande Loge de France Dimanche 24 novembre 2024 salle Jean NOHAIN, Route de Béthune 62300 LENS.

PROGRAMME

  • Accueil du public de 10h30 à 11h00
  • Présentation par Franco VAIRO, Vénérable Maître d’Union et Travail.

« 120 ans d’histoire d’une Loge maçonnique dans le bassin minier : Hier, aujourd’hui, … et demain ? »

Conférence de Thierry SARRAZIN

Assistant Grand Maître de la Grande Loge De France,

« La Franc – Maçonnerie pourquoi ? Son rôle au 21éme siècle. »

Suivie d’échanges avec le public

À l’issue de cette conférence, le verre de l’amitié sera offert pour prolon- ger les échanges.

Informations importantes :

Pour des raisons de place et de sécurité, l’accès à la conférence se fera
uniquement sur inscription nominale et justificatif d’identité.
Clôture des inscriptions au 17/11/2024.

La conférence est ouverte aux Sœurs et Frères ainsi qu’aux profanes qui les accompagnent.

Pour l’inscription et tout autre renseignement, veuillez utiliser cette adresse mail : UT356secretaire@gmail.com

Pour les SS et FF, indiquez : NOM Prénom, Atelier, Obédience, email. Pour les profanes qui vous accompagnent : NOM Prénom, et éventuellement email et / ou téléphone.

Le thème de la conférence

Une Loge maçonnique au cœur du bassin minier lensois : histoire d’un engagement solidaire

Au cœur du bassin minier lensois, terre de charbon et de solidarité, une Loge maçonnique a vu le jour il y a plus d’un siècle, témoignant d’un engagement profond pour les valeurs de liberté, égalité et fraternité. Fondée dans un contexte de luttes ouvrières et de mutations industrielles, cette Loge a su, dès ses débuts, tisser des liens étroits avec les communautés locales, offrant un espace de réflexion et d’entraide pour les habitants de cette région en constante transformation.

Composée de membres issus des milieux ouvriers, intellectuels et artisans, elle incarnait une mosaïque représentative de la diversité sociale de l’époque. Les frères et sœurs se réunissaient alors dans la discrétion des maisons modestes, soucieux de préserver la confidentialité de leurs travaux dans un environnement souvent méfiant à l’égard des idéaux maçonniques.

Au fil des décennies, cette Loge a traversé les épreuves, de la crise des houillères aux conflits mondiaux, en adaptant ses actions aux besoins du moment. Pendant les grèves des mineurs, elle s’est mobilisée pour apporter un soutien matériel et moral aux familles affectées. Plus récemment, elle s’est investie dans des projets éducatifs et culturels visant à préserver la mémoire du bassin minier tout en promouvant l’inclusion et la solidarité.

Aujourd’hui encore, la Loge continue d’être un pilier discret mais actif de la vie lensoise, conjuguant traditions maçonniques et préoccupations modernes. Elle demeure un espace de réflexion où la fraternité transcende les frontières sociales et culturelles, honorant ainsi un héritage ancré dans l’histoire et les valeurs universelles.

Comment la Singularité technologique peut impacter la pratique de la Franc-maçonnerie ?

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De notre confrère armees.com – Par Laurène Meghe

La Singularité technologique, souvent décrite comme le point où l’intelligence artificielle (IA) surpassera l’intelligence humaine et déclenchera une transformation rapide et imprévisible de la société, pourrait avoir des impacts profonds sur de nombreuses institutions humaines, y compris la franc-maçonnerie. Voici quelques pistes de réflexion sur la manière dont cette évolution pourrait influencer la pratique maçonnique :

1. Transformation des rituels et des outils symboliques

La franc-maçonnerie repose sur des rituels, des symboles et des traditions ancestrales. L’introduction de technologies avancées, comme la réalité virtuelle (RV) ou augmentée (RA), pourrait enrichir ces pratiques :

  • Immersion virtuelle : Des temples virtuels pourraient être créés, permettant aux membres de se réunir à distance tout en préservant l’aspect rituel.
  • Symboles interactifs : Les outils symboliques pourraient être enrichis par des représentations numériques, permettant une compréhension plus profonde de leurs significations ésotériques.

Cependant, ces innovations pourraient soulever des débats sur la nécessité de préserver l’authenticité et la tradition.

Chimères, image générée par IA

2. Évolution des principes philosophiques

La franc-maçonnerie encourage la réflexion sur l’humanité, la spiritualité et la quête de la vérité. Avec l’émergence de l’IA capable de produire des œuvres créatives, de résoudre des problèmes complexes et d’explorer des questions philosophiques, les maçons pourraient être amenés à redéfinir ce que signifie être humain, libre et éclairé :

  • Impact sur le libre arbitre : Si l’IA influence les choix humains, cela pourrait remettre en question des concepts fondamentaux du libre arbitre, pilier de la franc-maçonnerie.
  • Nouvelles perspectives : Les maçons pourraient être parmi ceux qui mènent une réflexion éthique sur l’IA, son rôle et ses limites dans la société.

3. Transmission du savoir

La franc-maçonnerie valorise la transmission orale et écrite du savoir initiatique. Avec des IA capables de stocker et d’interpréter d’immenses quantités d’informations, des questions se poseraient :

  • Conservation des archives : Une IA pourrait organiser, préserver et analyser les archives maçonniques pour en tirer des enseignements inédits.
  • Automatisation de l’éducation : Les apprentis et compagnons pourraient bénéficier de formations personnalisées grâce à des systèmes d’apprentissage automatique, bien que cela puisse diminuer l’importance des interactions humaines.

4. Défis éthiques et sociaux

Le voyage initiatique de Christian Rose-Croix, image générée par IA

La Singularité technologique soulèvera des questions éthiques et existentielles majeures. La franc-maçonnerie, en tant qu’organisation promouvant la réflexion morale et la responsabilité, pourrait jouer un rôle clé :

  • Débats éthiques : Les loges pourraient devenir des lieux privilégiés pour discuter des implications éthiques de la Singularité, notamment sur des questions comme la vie artificielle, la justice algorithmique ou les droits des machines conscientes.
  • Adaptation sociale : La franc-maçonnerie pourrait contribuer à l’intégration des transformations sociales engendrées par l’IA, en favorisant la fraternité et le dialogue.

5. Risques d’une déshumanisation

Image générée par Intelligence Artificielle (IA)

Enfin, le développement exponentiel de la technologie pourrait entraîner une déconnexion des valeurs humanistes traditionnelles. La franc-maçonnerie pourrait agir comme un rempart contre une perte de sens en réaffirmant l’importance de la spiritualité, de l’introspection et de la fraternité.

Conclusion

La Singularité technologique représente une opportunité et un défi pour la franc-maçonnerie. Si elle est bien intégrée, elle pourrait enrichir la pratique maçonnique en offrant de nouveaux moyens d’explorer et de transmettre ses enseignements. Cependant, il sera essentiel de veiller à ce que ces avancées technologiques ne compromettent pas l’essence même de cette tradition séculaire, centrée sur l’humain, le symbolisme et la quête spirituelle.

Un scientifique affirme que l’humanité atteindra la singularité dans les 21 prochaines années

La fusion de l’intelligence humaine et artificielle fascine les futurologues depuis des décennies. Ray Kurzweil, éminent scientifique américain, prédit que cette convergence, appelée singularité technologique, pourrait survenir plus tôt que prévu. Ses prévisions audacieuses suscitent à la fois enthousiasme et inquiétude dans la communauté scientifique.

Ray Kurzweil

Ray Kurzweil, pionnier de l’informatique devenu futurologue, s’est imposé comme une figure incontournable dans le domaine des prédictions technologiques. Son approche visionnaire a souvent été accueillie avec scepticisme, mais l’évolution rapide de l’intelligence artificielle (IA) donne aujourd’hui du crédit à ses théories.

Dans son dernier ouvrage, « The Singularity is Nearer », Kurzweil réaffirme sa conviction que la singularité surviendra vers le milieu du 21e siècle. Il y détaille comment l’intelligence humaine pourrait être multipliée par un million d’ici 2045, notamment grâce à l’utilisation de nanobots. Cette perspective, bien qu’audacieuse, s’inscrit dans la lignée de ses précédentes prédictions.

Kurzweil avait notamment prédit en 1999 que l’intelligence artificielle générale serait atteinte lorsque nous disposerions d’une technologie capable d’effectuer un billion de calculs par seconde, ce qu’il estimait possible dès 2029. Si cette prévision semblait farfelue à l’époque, elle paraît aujourd’hui bien plus plausible.

L’avènement d’une humanité augmentée

La vision de Kurzweil va au-delà d’une simple amélioration technologique. Il envisage une véritable symbiose entre l’homme et la machine. Selon lui, des interfaces cérébrales formées par des nanobots insérés de manière non invasive dans nos capillaires permettront cette fusion révolutionnaire.

« Nous serons une combinaison de notre intelligence naturelle et de notre intelligence cybernétique« , affirme Kurzweil. Cette fusion permettrait non seulement d’accroître nos capacités cognitives, mais aussi d’approfondir notre conscience. Le scientifique va jusqu’à évoquer la possibilité d’atteindre une forme d’immortalité virtuelle.

Cette perspective soulève de nombreuses questions éthiques et philosophiques :

Que deviendra la notion d’identité humaine ?

Comment gérer les inégalités d’accès à ces technologies ?

Quelles seront les implications sur le marché du travail ?

Un avenir hybride inéluctable ?

Les prédictions de Kurzweil ne font pas l’unanimité, mais de nombreux experts s’accordent sur l’inévitabilité d’une forme de fusion entre l’homme et la machine. Marcus du Sautoy et Nick Bostrom, chercheurs à Oxford, évoquent un « avenir hybride » déjà en marche.

Cette évolution pourrait redéfinir fondamentalement notre place dans l’univers. Du Sautoy souligne : « Nous croyons encore être les seuls êtres dotés d’un haut niveau de conscience. C’est une partie du voyage copernicien que de réaliser que nous ne sommes pas uniques ni au centre. »

Le tableau ci-dessous résume les principales étapes prévues par Kurzweil :

Implications sociétales et éthiques

L’avènement de la singularité technologique soulève des questions cruciales pour notre société. Kurzweil évoque la nécessité d’un revenu universel de base pour faire face aux bouleversements du marché du travail. Il prévoit également des avancées médicales sans précédent, ouvrant la voie à une extension significative de la longévité humaine.

Ces perspectives soulèvent des interrogations fondamentales :

  1. Comment préserver l’équité dans un monde où certains pourraient accéder à une intelligence surhumaine ?
  2. Quelles seront les implications psychologiques d’une vie potentiellement illimitée ?
  3. Comment maintenir un sens et un but dans une société où le travail traditionnel pourrait devenir obsolète ?

Bien que les prédictions de Kurzweil puissent sembler relever de la science-fiction, l’histoire montre que les avancées technologiques ont souvent dépassé les attentes les plus audacieuses. Alors que nous approchons de la fin de cette décennie, il est essentiel de réfléchir aux implications éthiques et sociétales de ces potentielles transformations, afin de nous préparer au mieux à cet avenir qui pourrait redéfinir l’essence même de l’humanité.

Comment vivre 500 ans ? Entretien avec le futurologue Ray Kurzweil (2011) | Tracks | ARTE