La rédaction est allée à la rencontre du robot « Perplexity » avec sa boule de cristal, afin de lui demander si la Franc-maçonnerie portait en elle les germes de sa propre disparition future. Nous en avons profité pour lui demander quels étaient les moyens à mettre en œuvre pour renaître et rayonner de nouveau.
Question1 : Quelles sont les 5 raisons qui expliquent pourquoi la Franc-maçonnerie pourrait disparaitre dans les prochaines années ?
Voici 5 raisons qui expliquent pourquoi la franc-maçonnerie risque de péricliter dans les prochaines années :
1) Difficultés économiques : Les crises économiques et la nouvelle précarité des classes moyennes, traditionnellement présentes dans les loges maçonniques, affectent leur capacité à soutenir financièrement les œuvres de bienfaisance de la Franc-maçonnerie
2) Déclin des effectifs : Le nombre de membres chute depuis des années, sans parler des démissions, suivant une tendance observée dans d’autres organisations fraternelles et clubs philanthropiques.
3) Évolution des modes de vie : Les changements sociétaux, comme le travail accru des femmes et l’implication croissante des hommes dans la vie familiale, laissent moins de temps pour s’engager dans des organisations comme la Franc-maçonnerie.
4) Concurrence des distractions modernes : Les nombreuses distractions de la société moderne, notamment les réseaux sociaux, détournent l’attention des valeurs fondamentales promues par la Franc-maçonnerie.
5) Perte de mystère : La familiarisation croissante du public avec les rituels autrefois secrets du mouvement peut diminuer son attrait.
Question 2 : Fort de ces 5 raisons, qu’est-ce qui pourrait revivifier la Franc-maçonnerie pour la relancer activement ?
Malgré les défis auxquels la Franc-maçonnerie est confrontée, plusieurs éléments pourraient contribuer à sa revitalisation :
Renouveau des valeurs fondamentales : La Franc-maçonnerie pourrait se recentrer sur ses principes de base, tels que l’amélioration de soi et le développement personnel, qui restent pertinents dans la société moderne. En mettant l’accent sur la « quête maçonnique comme un outil pour retrouver le sens de la nature humaine et ré-enchanter le monde« , elle pourrait attirer de nouveaux membres en quête de sens.
Adaptation aux enjeux contemporains : En s’engageant activement sur des questions sociétales actuelles, comme l’écologie, la Franc-maçonnerie pourrait démontrer sa pertinence continue. L’idée de « revitalisation des racines détériorées, symbole de l’engagement écologique du citoyen Franc-maçon » illustre cette possibilité.
Modernisation des méthodes : Tout en préservant ses traditions, la Franc-maçonnerie pourrait actualiser ses pratiques pour les rendre plus accessibles aux générations plus jeunes. L’utilisation de la « méthode et de la pensée symboliques » pourrait être adaptée aux modes de communication modernes.
Transparence accrue : Pour contrer les perceptions négatives, les obédiences maçonniques pourraient adopter une approche plus ouverte, expliquant clairement leur mission d’être « au service de tous » et non seulement des élites.
Renforcement du réseau international : La Franc-maçonnerie pourrait capitaliser sur son réseau mondial pour offrir des opportunités uniques de connexions et d’échanges interculturels, un atout précieux dans un monde globalisé.
En se concentrant sur ces aspects, la Franc-maçonnerie pourrait se revitaliser et attirer de nouveaux membres tout en restant fidèle à ses valeurs fondamentales de sagesse, force et beauté.
Qu’en pensez-vous ?
Avouez que ces réponses pourraient faire l’objet d’un travail en Loge, car elles ne sont absolument pas dénuées de (bon) sens, n’est-ce-pas ?
Que nous soyons pro IA ou définitivement contre, nous ne pouvons pas faire l’économie de ce débat. Ce serait une ouverture sur un thème nouveau, car il semble de toute évidence que le sacro-saint thème de la « Laïcité » ne fasse plus recette auprès du public d’antan. Ce thème par ailleurs fort important dans notre société, ne suffit plus à fédérer les foules constituées de jeunes. Par ailleurs, est-ce réellement mobilisateur que de vouloir attirer en Loge des nouvelles recrues avec pour seule motivation le sauvetage de la république ? Pas certain du tout.
Si je peux poser une requête à certains lecteurs qui vont s’empresser d’intervenir dans les commentaires pour défendre leur idéologie ou leur maison maçonnique, l’objet de cet article est aux antipodes de la polémique, pour rappel :
Cet article est une proposition de réflexion sur l’avenir de la Franc-maçonnerie. Comme dans tout débat, pour faire avancer les idées, traitons des idées, débattons, mais ne nous battons pas !
Les sectes gnostiques des premiers chrétiens présentent des similitudes frappantes avec les pratiques de la franc-maçonnerie moderne. Est-il possible que la Franc-maçonnerie puisse faire remonter ses origines à ces écoles religieuses secrètes ?
L’hypothèse qui cherche à établir un lien entre le gnosticisme et la franc-maçonnerie, et peut-être même une origine de cette dernière à partir du premier, a été avancée à maintes reprises et mérite donc d’être prise en considération. Le dernier exemple en date se trouve dans un ouvrage de M. C.W. King, publié en 1864 sous le titre The Gnostics and their Remains, Ancient and Medieval.
M. Hughan a très justement qualifié cet ouvrage de King, en ce qui concerne ses théories maçonniques, de « caractère non maçonnique et non historique ». Mais il faut reconnaître que King n’a pas été le premier écrivain à chercher à faire remonter la Franc-Maçonnerie à une origine gnostique.
Dans une brochure publiée en 1725, dont une copie a été conservée à la Bibliothèque Bodléienne, parmi les manuscrits du Dr Rawlinson, et qui porte le titre de Deux lettres à un ami.
Le premier concerne la Société des Francs-Maçons. Le second donne un compte rendu du plus ancien ordre des Gormogons, etc.
Nous trouvons, dans la première lettre, sur les francs-maçons, le passage suivant :
Mais maintenant, Monsieur, pour en venir à une conclusion et donner sérieusement mon opinion sur ces prodigieux virtuoses, je crois que s’ils appartiennent à une dénomination quelconque ou à une secte d’hommes qui est apparue jusqu’ici dans le monde, ils peuvent être classés parmi les gnostiques, qui ont pris leur origine de Simon le Magicien ; c’était un groupe d’hommes qui ridiculisaient non seulement le christianisme, mais même la morale rationnelle, enseignant qu’ils devraient être sauvés par leur vaste connaissance et leur compréhension d’aucun mortel ne pourrait dire quoi.
Ils parlaient d’une étonnante intelligence qu’ils tenaient on ne sait d’où. Ils amusaient et intriguaient la foule écervelée et imprudente avec des interprétations superstitieuses de caractères talismaniques extravagants et des significations absconses de mots cabalistiques peu communs ; ce qui concorde exactement avec les procédés de nos francs-maçons modernes.
Bien que la valeur intrinsèque de cette brochure n’ait pas été telle qu’elle aurait pu la préserver du tombeau littéraire qui l’aurait vouée à l’oubli, si le zèle d’un antiquaire n’en avait conservé qu’un seul exemplaire comme relique, l’idée d’une relation quelconque entre la franc-maçonnerie et le gnosticisme n’a pas été complètement abandonnée dans les années suivantes. Hutchinson dit que :
… dans le cadre de notre profession actuelle de franc-maçonnerie, nous prétendons que notre moralité a été déduite à l’origine de l’école de Pythagore, et que le système religieux basilidien nous a fourni certains principes et hiéroglyphes.[i]
Basilide, le fondateur de la secte qui porte son nom, était le plus éminent des gnostiques égyptiens. A l’époque de la fabrication des Hauts Grades sur le continent européen, diverses opinions sur l’origine de la Maçonnerie – dont beaucoup étaient absurdes – surgirent parmi les érudits maçonniques. Parmi ces théoriciens, nombreux furent ceux qui remontèrent l’origine de l’Ordre aux premiers chrétiens, parce qu’ils le supposaient trouvé parmi les gnostiques, et surtout sa secte la plus importante, les Basilidiens.
Certains auteurs allemands et français ont également soutenu l’hypothèse d’un lien plus ou moins intime entre les gnostiques et les francs-maçons. Je ne connais aucun auteur allemand qui ait affirmé positivement l’existence de ce lien. Mais il a été fait allusion à cette doctrine à plusieurs reprises sans que l’on nie absolument sa véracité.
Ainsi, Carl Michaeler, auteur d’un Traité sur les mystères phéniciens, a écrit quelques observations sur ce sujet dans un article publié par lui en 1784 dans le Journale für Freimaurer de Vienne, sur l’analogie entre le christianisme des premiers temps et la franc-maçonnerie. Dans cet essai, il fait allusion à la théorie de l’origine gnostique de la franc-maçonnerie.
Il est cependant très prudent dans ses déductions et dit sous réserve que, s’il existe un lien entre les deux, il doit être rattaché au gnosticisme de Clément d’Alexandrie, sur lequel il peut simplement avoir été fondé en tant qu’école de philosophie et d’histoire, tandis que les différences qui existent actuellement entre les deux doivent être attribuées aux changements de conception humaine survenus au cours des siècles intermédiaires. Mais, en fait, le gnosticisme de Clément était quelque chose d’entièrement différent de celui de Basilide, à qui Hutchinson et King attribuent l’origine de nos symboles et auquel Clément s’est vigoureusement opposé dans ses ouvrages.
C’était ce qu’il appelle lui-même « une véritable philosophie gnostique ou chrétienne fondée sur la foi ». C’était cette connaissance supérieure, ou cet état plus parfait de la foi chrétienne, auquel saint Paul est censé faire allusion lorsqu’il dit, dans sa première épître aux Corinthiens, qu’il a fait connaître à ceux qui étaient parfaits une sagesse supérieure. Reghellini parle de manière plus positive et dit que les symboles et les doctrines des Ophites, qui étaient une secte gnostique, sont passés en Europe, après avoir été adaptés par les Croisés, les Rosicruciens et les Templiers, et ont finalement atteint les Francs-Maçons[ii].
Enfin, je puis me référer au manuscrit Leland, dont l’auteur a clairement fait connaître cette doctrine au public, en affirmant que les francs-maçons connaissaient les « facultés d’Abrac », expression par laquelle il fait allusion au plus important et au plus distinctif des symboles gnostiques.
Mais avant de pouvoir aborder cette importante question, il convient, pour le bien du lecteur, de dire quelques mots sur les gnostiques et sur le système philosophique et religieux qu’ils professaient. Je me propose donc de répondre très brièvement aux questions suivantes : Qu’est-ce que le gnosticisme ? Qui étaient les gnostiques ?
A peine la lumière du christianisme avait-elle brillé sur le monde qu’une multitude d’hérésies surgirent pour troubler la nouvelle religion.
Parmi ces sectes, le gnosticisme occupe la position la plus importante. Le titre de la secte dérive du mot grec Gnosis, « sagesse ou connaissance », et a été adopté dans un esprit d’ostentation, pour indiquer que les disciples de la secte étaient en possession d’un degré de sagesse spirituelle plus élevé que celui auquel pouvaient prétendre ceux qui n’avaient pas été initiés à leurs mystères.
L’hérésie du gnosticisme est apparue si tôt dans l’Église chrétienne que nous trouvons l’apôtre Paul avertissant les convertis à la nouvelle foi des innovations sur la pure doctrine du Christ, et disant à son disciple Timothée d’éviter « les bavardages profanes et vains, et les oppositions de la science, faussement appelée ainsi ».
Les traducteurs de la version autorisée ont traduit le passage ainsi. Mais, étant donné la plus grande lumière qui a été jetée depuis leur époque sur l’histoire et l’esprit religieux de l’époque apostolique, et la nature réelle de l’élément gnostique qui l’a perturbé, nous pouvons mieux préserver le vrai sens du grec original en le rendant par « oppositions de la fausse gnose ».
Il y avait alors deux espèces de Gnose, ou gnosticisme, la vraie et la fausse, distinction que saint Paul lui-même fait dans un passage de son Épître aux Corinthiens, où il parle de la sagesse qu’il communiquait aux parfaits, en opposition à la sagesse du monde.
La fausse Gnose à laquelle l’Apôtre fait allusion est le Gnosticisme qui fait l’objet de notre présente enquête.
A l’époque où Jean-Baptiste prêchait dans le désert, et depuis quelque temps déjà, il existait de nombreux systèmes philosophiques et religieux anciens qui, émanant de l’Orient, participaient tous du caractère mystique propre à l’esprit oriental. Ces divers systèmes, par suite des communications accrues entre les différentes nations qui suivirent les conquêtes d’Alexandre de Macédoine, commencèrent donc à se rapprocher les uns des autres. Les disciples de Platon acquéraient quelques-unes des doctrines des mages orientaux, et ceux-ci s’imprégnaient à leur tour plus ou moins de la philosophie grecque.
Les traditions de l’Inde, de la Perse, de l’Égypte, de la Chaldée, de la Judée, de la Grèce et de Rome se mélangeaient en une seule masse, et formaient à partir de ce conglomérat une philosophie et une religion mystiques qui participaient des éléments de tous les ingrédients dont elles étaient composées et contenaient pourtant en leur sein un mysticisme qui lui était propre.
Ce nouveau système était le gnosticisme, qui tirait ses principales doctrines de Platon, du Zend-Avesta, de la Kabbale, des Védas et des hiéroglyphes d’Égypte. Il enseignait comme articles de foi l’existence d’un Être suprême, invisible, inaccessible et incompréhensible, créateur d’un monde spirituel composé d’intelligences divines appelées éons, émanant de lui, et d’une matière éternelle, source du mal et antagoniste de l’Être suprême. L’un de ces éons, le plus bas de tous, appelé le Démiurge, créa le monde à partir de la matière, qui, bien qu’éternelle, était inerte et sans forme.
Le Père Suprême, ou Premier Principe de toutes choses, demeurait de toute éternité dans un plérôme ou plénitude de lumière inaccessible, et c’est pourquoi on l’appelait Bythos, ou l’Abîme, pour désigner la nature insondable de ses perfections. Le Dr Burton, dans son exposé éclairé du système gnostique dans les conférences de Bampton, déclare :
Cet Être, par une opération purement mentale ou agissant sur lui-même, produisit deux autres êtres de sexes différents, desquels, par une série de descendances plus ou moins nombreuses suivant les différents schémas, se formèrent plusieurs couples d’êtres, qu’on appela Éons, d’après les périodes de leur existence antérieure au temps, ou émanations, d’après le mode de leur production. Ces Éons ou émanations successifs paraissent avoir été inférieurs les uns aux autres ; et leur existence était indispensable au schéma gnostique, pour rendre compte de la création du monde, sans faire de Dieu l’auteur du mal.
Ces Eons vécurent d’innombrables siècles auprès de leur premier Père. Mais le système des émanations semble avoir ressemblé à celui des cercles concentriques, et ils se détériorèrent peu à peu à mesure qu’ils s’approchaient de plus en plus de l’extrémité du Plérôme.
Au-delà de ce Plérôme se trouvait la matière, inerte et impuissante, quoique coéternelle avec le Dieu suprême et comme lui sans commencement. Enfin, l’un des Éons (le Démiurge) franchit les limites du Plérôme et, rencontrant la matière, créa le monde d’après la forme et le modèle d’un monde idéal qui existait dans le Plérôme ou l’esprit du Dieu suprême.
Il n’est pas nécessaire d’entrer dans une récapitulation minutieuse des autres points de doctrine qui découlèrent de ces trois doctrines. Il suffit de dire que l’ancien gnosticisme n’était pas un système original, mais une cosmogonie, une religion et une philosophie constituées de parties des anciens systèmes grecs et orientaux, y compris le platonisme des Grecs, le parsisme des Perses et la cabale des Juifs.
L’avènement du christianisme a vu l’essor de ce vieux gnosticisme en Asie et en Egypte. Certains de ses disciples se convertirent à la nouvelle religion, mais ils y apportèrent avec eux de nombreuses vues mystiques de leur philosophie gnostique et cherchèrent à les appliquer aux doctrines pures et simples de l’Evangile.
Ainsi, le nom de gnosticisme fut appliqué à une grande variété d’écoles, qui différaient les unes des autres dans leurs interprétations de la foi chrétienne, mais qui avaient cependant un principe commun d’unité : elles se plaçaient en opposition avec les conceptions du christianisme telles qu’elles étaient généralement reçues par ses disciples. Et cela parce qu’elles le jugeaient insuffisant pour fournir des germes de vérité absolue, et c’est pourquoi elles prétendaient posséder une somme de connaissances supérieure à celle des croyants ordinaires.
Le révérend Dr Wing déclare :
Ils prétendaient rarement démontrer les principes sur lesquels reposaient leurs systèmes par des preuves historiques ou des raisonnements logiques, car ils se vantaient plutôt d’avoir découvert ces principes grâce aux facultés intuitives d’esprits plus doués que les leurs, et que les matériaux ainsi obtenus, soit par la foi, soit par la révélation divine, étaient ensuite élaborés sous une forme scientifique, selon les capacités naturelles et la culture de chacun. Leur but était de construire, non seulement une théorie de la rédemption, mais celle de l’univers, une cosmogonie.
Aucun sujet n’échappait à leurs recherches. Tout ce que Dieu pouvait révéler à l’intellect fini leur semblait à leur portée. Ce qui pour d’autres n’était que des idées spéculatives était hypostasiée ou personnifiée par eux en êtres réels ou en faits historiques. C’est ainsi qu’ils élaborèrent des systèmes de spéculation sur des sujets entièrement hors de portée de la connaissance humaine, qui nous étonnent par leur audace et leur apparente conscience de la réalité.
Tel fut le gnosticisme dont les diverses sectes s’introduisirent dans l’Eglise avec leurs notions mystiques et leurs interprétations allégoriques, avant que le christianisme ne soit bien établi. Bien que dénoncées par saint Paul comme de « vains bavards », elles se multiplièrent et donnèrent naissance à de nombreuses hérésies qui durèrent jusqu’au IVe siècle.
La plus importante de ces sectes, et celle dont les modernes ont tiré la plupart de leurs conceptions sur ce qu’est le gnosticisme chrétien, fut fondée au IIe siècle par Basilide, le chef des gnostiques égyptiens. La doctrine de Basilide et des Basilidiens était un développement ultérieur du système gnostique originel. Elle se distinguait plus particulièrement par l’adoption de la doctrine des nombres de Pythagore et par l’utilisation et l’interprétation du mot « Abraxas » – ce mot dont la signification, selon le manuscrit Leland, intrigua tant le savant M. Locke.
Dans le système de Basilide, le Dieu suprême était incompréhensible, inexistant et ineffable. De sa perfection se développaient sept attributs ou pouvoirs personnifiés, à savoir :
1. Esprit,
2. Raison,
3. Pensée,
4. Sagesse,
5. Puissance,
6. La sainteté et
7. Paix.
Sept était un nombre sacré, et ces sept pouvoirs se rapportaient aux sept jours de la semaine. Basilide supposait aussi qu’il y avait sept êtres semblables dans chaque étape ou région du monde spirituel, et que ces régions étaient au nombre de trois cent soixante-cinq, correspondant ainsi aux jours de l’année solaire. Ces trois cent soixante-cinq régions étaient autant de demeures célestes entre la Terre et l’Empyrée, et il supposait l’existence d’un nombre égal d’anges.
Le nombre trois cent soixante-cinq était dans le système basilidien un nombre sacré. C’est pourquoi il inventa le mot « ABRAXAS », car les lettres grecques qui le composent ont une valeur numérique, une fois additionnées, d’exactement trois cent soixante-cinq.
Le savant théologien allemand Bellerman pense avoir trouvé la dérivation dans le Captu, ou ancienne langue égyptienne, où les mots « Abrah », signifiant « parole », et « Sadsch », signifiant « béni », « saint » ou « adorable ».
Par conséquent, « Abrahsadsch » hellénisé en « Abraxas » dénoterait « le Verbe saint, béni ou adorable », se rapprochant ainsi de l’esprit des kabbalistes juifs dans leur utilisation similaire d’un nom sacré. On ne sait pas si le mot a été ainsi dérivé ou s’il a été inventé par Basilide en raison de la valeur numérique de ses lettres.
Il l’appliqua cependant dans son système comme le nom du Dieu suprême. Ce mot Abraxas, comme le Tétragramme des Juifs, devint d’une grande importance pour la secte des Basilidiens. Leur vénération pour lui donna naissance à ce qu’on appelle les « pierres précieuses abraxas ». Ce sont des pierres précieuses, des plaques ou des tablettes de métal, qui ont été découvertes principalement en Égypte, mais aussi en France et en Espagne. Elles portent l’inscription du mot Abraxas et d’une image censée désigner le dieu basilidien. Certaines d’entre elles portent des mots juifs, tels que Jéhovah ou Adonaï, et d’autres contiennent des symboles persans, égyptiens ou grecs.
Montfaucon, qui a traité le sujet des « Gemmes d’Abraxas » de manière élaborée, les divise en sept classes.
1. Ceux sur lesquels est inscrite la tête d’un coq, symbole du soleil.
2. Ceux qui ont une tête de lion, pour désigner la chaleur du soleil, et le mot Mithra.
3. Ceux qui ont l’image du dieu égyptien Sérapis.
4. Ceux qui ont des images de sphinx, de singes et d’autres animaux.
5. Ceux qui ont des figures humaines avec les mots Iao, Sabaoth, Adonaï, etc.
6. Ceux qui ont des inscriptions sans figures.
7. Ceux qui ont des formes monstrueuses.
De ces joyaux nous avons tiré notre connaissance des symboles gnostiques ou basilidiens, qui auraient fourni des idées aux constructeurs du moyen âge dans leur art décoratif. M. King et quelques autres écrivains ont supposé qu’ils avaient été transmis aux francs-maçons. Le principal de ces symboles gnostiques est celui du Dieu suprême, Abraxas. Celui-ci est représenté sous la forme d’une figure humaine à tête de coq, les jambes étant deux serpents. Il brandit une épée dans une main, parfois un fouet, et un bouclier dans l’autre.
Le serpent est également un symbole très courant, ayant parfois la tête d’un coq et parfois celle d’un lion ou d’un faucon.
D’autres symboles, dont on sait qu’ils sont d’origine purement gnostique ou plutôt basilidienne, d’après l’inscription qui l’accompagne, Abraxas, ou Iao, ou les deux, sont Horus, ou le Soleil, assis sur une fleur de lotus, qui est soutenue par une double lampe, composée de deux images phalliques jointes à leurs bases. Le chien, le corbeau et la croix de bronze surmontée d’une tête humaine.
Le dieu égyptien Anubis et le père Nil, dans une posture courbée et tenant dans sa main la double lampe phallique d’Horus. Ce dernier symbole est curieux parce que le mot Heilos, comme Mithra, qui est aussi un symbole gnostique, et Abraxas, exprime, dans la valeur des lettres grecques dont il est composé, le nombre trois cent soixante-cinq.
Tous ces symboles, on le voit, font allusion au soleil, à l’éther, comme représentant du Dieu suprême ou comme source de lumière. On pourrait supposer que dans le gnosticisme ultérieur, comme dans les mystères mithraïques, il y avait une allusion au culte du soleil, qui était l’une des religions primitives les plus anciennes et les plus largement diffusées.
Il est évident que le soleil joue un rôle très important dans le symbolisme gnostique comme dans le symbolisme mithraïque. Bien que les architectes ou les constructeurs du Moyen Âge aient pu emprunter et aient probablement emprunté certaines suggestions des gnostiques pour mettre en œuvre le symbolisme de leur art, il n’est pas probable, compte tenu de leur organisation ecclésiastique et de leur caractère religieux, qu’elles aient été plus que de simples suggestions. Elles n’auraient certainement pas été acceptées par ces chrétiens orthodoxes avec quoi que ce soit de leur véritable interprétation gnostique.
On peut appliquer à l’emploi des symboles gnostiques par les architectes médiévaux les remarques faites par M. Paley au sujet de l’adoption de certains symboles païens par les mêmes constructeurs. Leur origine gnostique n’était qu’un simple accident. Ils n’étaient pas employés comme symbole d’une quelconque doctrine gnostique, mais dans l’esprit du christianisme, et « l’Église, en perfectionnant leur développement, leur a donné un caractère plus pur et plus sublime »[iv].
Il est vrai que les francs-maçons ont manifesté très tôt une tendance à la doctrine des nombres sacrés, qui s’est depuis largement développée dans la franc-maçonnerie des Hauts Degrés modernes, mais ce symbolisme est directement dérivé des enseignements de Pythagore, que connaissaient bien les fondateurs des rituels primitifs. Il est également vrai que le soleil et la lune sont brièvement mentionnés dans nos rituels et peuvent être considérés comme des symboles maçonniques, mais l’utilisation qui est faite de ce symbolisme et son interprétation prouvent très clairement qu’il n’est pas issu d’une source gnostique.
De notre confrère italien trucioli.it – de Gianfranco Barcella
Entretien avec Mauro Cerulli : avocat, essayiste, philologue et journaliste indépendant
Mauro Cerulli, avocat, essayiste, philologue et journaliste indépendant, prend la parole. « La franc-maçonnerie n’est plus ce qu’elle était. Mais tout change… aux origines. Elle n’est pas née en opposition à la doctrine chrétienne, bien au contraire.
Je rencontre Mauro Cerulli, avocat pénaliste et civil dans son cabinet, situé à Savona. Il est au seuil des soixante-dix ans mais est toujours actif, engagé sur plusieurs fronts : au-delà de la profession d’avocat il cultive des études sur les communions ésotériques des XVIIIe et XIXe siècles, de la franc-maçonnerie au martinézisme, avec une grande rigueur philologique et une passion pour l’histoire. Et il ne néglige pas non plus l’étude et la valorisation des plus belles traditions de Savone, en restaurant et en mettant en ligne les films réalisés par les cinéastes de la ville il y a plus d’un demi-siècle.
L’avocat Cerulli est une figure très connue également parce qu’il a été conseiller municipal et qu’il a participé activement pendant une courte période à la vie politique de la ville ; Il est en outre assez souvent présent sur les réseaux sociaux, sur lesquels il n’épargne pas de critiques cinglantes à l’encontre de Carlo Nordio, qu’il considère comme le pire ministre de la Justice que le pays ait connu depuis l’époque de Numa Pompilio. Mais ses critiques visent également les dernières lois sur la décriminalisation et la réforme Cartabia, qui, selon lui, ont été une innovation réglementaire qui a donné le coup de grâce à un système déjà dans le coma. La discussion nous mènerait loin et je préfère le presser avec cette question sur sa précieuse activité d’érudit et de chercheur.
Avocat, pouvez-vous m’expliquer votre activité d’universitaire et de journaliste ?
« Depuis près de trente ans, pendant mon temps libre, je me consacre à la restitution et au commentaire de textes anciens sur des sujets ésotériques écrits en français et en anglais, avec une attention particulière aux rituels maçonniques anciens et aux écrits kabbalistiques. Rite de Perfection dédié aux degrés de Vengeance et à ceux de la Voûte Sacrée, dont une version très augmentée constitue le quatrième volume d’une série consacrée au Rite Écossais. J’ai également traduit les textes alchimiques de Théodore de Tschoudy en italien en 2015 et restitué la quasi-totalité des rituels du Rite de Memphis et de celui de Misraim, à partir des textes d’ Etienne Marconis de Negre et du Rite de Venise.
La plupart de mes travaux ont été publiés par Place and Book Publishing, mais certains ont été publiés par Tipheret et Fontana. Un texte que je voudrais signaler s’intitule : Magie théurgique et thaumaturgique au siècle des Lumières. Il s’agit de la correspondance de Martinez De Pasqually avec Jean-Baptiste Willermoz et les Adeptes Cohen qui est conservée à la bibliothèque de Lyon également pour les types PlaceBook. La doctrine diffusée par Martinez de Pasqially peut en quelque sorte être considérée comme issue d’une tendance chrétienne ésotérique particulière de la franc-maçonnerie. Davide Delbono écrit dans la préface : « Martinez de Pasqually est certainement l’un des personnages les plus fascinants et énigmatiques de l’ésotérisme et de l’occultisme ». Je ne peux m’empêcher de rappeler avec plaisir que les illustrations de presque tous mes volumes, dont deux à paraître prochainement, ont été réalisées par Riccardo Cerulli, mon fils, professeur d’art et diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Brera.
De plus, la plupart de mes volumes sont édités par Fortunato Guerra, un mathématicien napolitain, qui se consacre patiemment à ce travail de diffusion depuis des années.
Mais pour beaucoup, la Franc-maçonnerie reste encore une association enveloppée de brouillard…
Je voudrais tout d’abord préciser que, de ce que j’ai appris au cours de mes études, la Franc-maçonnerie est née comme une communion sur une base initiatique, ésotérique et fraternelle. Répandue dans de nombreux États du monde, ses origines remontent aux temps modernes en Écosse, d’où elle s’est ensuite propagée en Irlande, en Angleterre et enfin sur le continent, en France, grâce aux exilés de la maison Stuart, exilée à la fin du siècle XVII lorsque la dinastía hanovrienne monta sur le trône de Saint Georges.
Une forte impulsion a été donnée par les francs-maçons de la Royal Society anglaise, tels que Newton, Boyle, Fludd et bien d’autres, mais il s’agissait toujours d’organisations hautement élitistes, qui s’occupaient des sciences occultes, de l’alchimie, de la physique et de la philosophie.
Il n’existe pas beaucoup de certitudes quant aux origines de la franc-maçonnerie moderne et les chercheurs ont souvent émis des opinions contradictoires. Il y a ceux qui prétendent qu’elle descend des corporations médiévales, héritières de celles qui existaient à l’époque de l’Empire romain, les collegia fabrorum, confréries d’artisans qui rassemblaient les métiers nécessaires à tout type de construction et qui accompagnèrent les légions dans la colonisation. de nouveaux territoires. D’autres soutiennent qu’il s’agit d’une forme de continuation de l’ Ordre des Templiers, dont les survivants de la conspiration de Philippe le Bel et de Clément V s’étaient en grande partie réfugiés en Écosse.
Ensuite, il ne faut pas oublier la légende qui situe les origines de la tradition maçonnique à l’époque de Salomon, roi d’Israël au 10ème siècle avant JC. Hiram Abif, un maître bâtisseur de la ville de Tyr, en aurait été le maître d’oeuvre. du temple que Salomon avait bâti à Jérusalem. Même si dans la Bible il n’est mentionné que comme un artisan étranger, dans la mythologie maçonnique il est indiqué comme le principal responsable de la construction du temple et dans sa légende, qui rappelle sa résurrection, beaucoup ont vu une référence précise à Jésus-Christ, que les anciens rituels appellent le « Grand Maître ».
En parlant de constructions, la thèse a été avancée selon laquelle les Templiers médiévaux installés à Jérusalem avaient appris l’art sacré de l’architecture directement auprès des savants musulmans lors de leur séjour en Terre Sainte, lors des différentes croisades ou qu’ils y avaient en tout cas découvert quelque chose de caché depuis longtemps. Après la suppression de l’ Ordre du Temple par le pape Clément V en 1312, les Templiers se dispersèrent sur tout le continent européen, s’installant, comme nous l’avons dit, principalement en Écosse, où ils donnèrent vie à ce qui pourrait être une sorte de continuation de l’Ordre du Temple. est l’œuvre de l’ordre dissous, une manière de survivre dans une extrême discrétion pendant plusieurs siècles.
Cette hypothèse reposait sur le caractère initiatique de l’ordre des Chevaliers du Temple. En fait, ses membres subissaient un rituel d’initiation dont nous ne savons pratiquement rien, et nous savons aussi qu’ils s’inspiraient du soufisme islamique, dont les confréries suivaient les enseignements mystiques de divers maîtres, et dont les secrets et les rites sont peut-être devenus partie intégrante des traditions les plus anciennes. ancien rituel de maçonnerie.
Et maintenant dissipons une légende : certains attribuent la naissance de la maçonnerie moderne à 1717 lorsque quatre loges qui se réunissaient dans des tavernes décidèrent de se fédérer pour créer ce qu’on appelle communément la Grande Loge, une structure qui aurait unifié les critères et donné des règles communes à celles-ci. sociétés qui voulaient adhérer.
En réalité, rien ne s’est passé en 1717. La franc-maçonnerie existait depuis longtemps et celle créée à Londres en 1717 n’est en aucun cas la communion la plus importante : la véritable franc-maçonnerie moderne est née en France, comme mentionné précédemment, par des exilés écossais. Ce n’est pas un hasard si tous les principaux rites maçonniques ont leurs racines dans le territoire transalpin et que toutes les figures les plus importantes de la franc-maçonnerie historique sont françaises ou d’origine écossaise.
Et en Italie ?
Le problème de la franc-maçonnerie en Italie, à ne pas confondre avec la franc-maçonnerie italienne, qui malheureusement s’effondre entre disputes et scissions, dont je ne veux et ne peux rien dire, étant étranger à des milieux que je respecte certes mais que je connais peu, doit être encadré dans le cadre général de son histoire.
Disons que la contribution la plus importante et la plus innovante apportée à la franc-maçonnerie moderne par l’Italie est constituée par l’œuvre de Raimondo di Sangro, prince de San Severo, à qui l’on doit la création des fondations sur lesquelles reposent les rituels alchimiques du Rite de Misraim.
En Italie, la franc-maçonnerie est née sous l’impulsion étrangère, principalement française mais aussi allemande, si l’on considère qu’au XVIIIe siècle il existait des loges italiennes de la Stricte Observance Templière fondées en 1751 par le baron Karl von Hund.
Les premiers ateliers maçonniques documentés furent ceux de Florence (1731) et de Rome (1734). Cependant, il faut rappeler qu’en 1738 le pape Clément XII excommunia les francs-maçons et que leur chemin devint plus difficile. Malgré tout, en l’espace d’une soixantaine d’années, entre 1859 – 1862 et entre 1922-23, quatre présidents du Conseil des Ministres sont issus de la Franc-maçonnerie : De Pretis, Crispi, Zanardelli et Fortis mais s’il avait un projet pour s’implanter en tant que <parti de l’État>, cela n’a jamais abouti. Même Ernesto Nathan, peut-être le meilleur maire que Rome ait jamais eu, n’était pas seulement franc-maçon mais était le Grand Maître du Grand Orient d’Italie.
C’est un thème passionnant qui touche à l’Histoire, à la Philosophie, au Droit, à la Sociologie…
Permettez-moi de citer à nouveau l’ouvrage de Fichte intitulé : « Philosophie de la franc-maçonnerie ». Publié en Allemagne entre 1802 et 1803, de manière anonyme et sous forme de conférences. La Philosophie de la franc-maçonnerieest l’œuvre de l’un des plus grands représentants du romantisme allemand : Johann Gottlieb Fichte. L’esprit qui anime les interventions de Fichte, qui peuvent être considérées comme de véritables leçons magistrales, fait ressortir avec force et rigueur la centralité de la traction initiatique et ésotérique. Pour Fichte, la tradition n’exige pas de preuves historiques, encore moins de méthodes rationnelles attestant de son authenticité. L’essence de la franc-maçonnerie, à laquelle le philosophe a été initié, ne consiste donc pas dans son histoire, mais dans le fait qu’elle existe dans le cœur de ceux qui y adhèrent. Fichte démontre ainsi qu’il a compris, quoique dans un domaine romantique, l’essence ésotérique de la franc-maçonnerie : la recherche de l’Absolu, de la Totalité, de l’Être. Je voudrais également ajouter que, bien que cela soit inconnu de la plupart, bon nombre des grandes figures qui ont apporté une contribution substantielle à l’histoire de l’humanité au cours des trois derniers siècles ont rejoint la franc-maçonnerie. Ils ont apporté une contribution notable au progrès culturel de la société, comme un brillant exemple du travail initiatique nécessaire pour atteindre les objectifs humains les plus élevés, entre autres : Voltaire, Benjamin Franklin, Mozart, Oscar Wilde, De Amicis, Carducci, Pascoli, Alfieri. et dans le cadre du spectacle Gino Cervi et Totò.
Enfin, Giuseppe Garibaldi était franc-maçon dès son plus jeune âge et fut le représentant le plus célèbre de la franc-maçonnerie italienne du XIXe siècle. Il parvint à occuper les plus hautes fonctions et pensa que la franc-maçonnerie pouvait être l’organisme capable de réaliser le plan politique de recomposition de toutes les forces dispersées de la gauche démocratique italienne en un front unique. Garibaldi incarnait le symbole de l’idée républicaine et de la lutte contre le pouvoir temporel des papes et l’obscurantisme de l’Église catholique. La franc-maçonnerie était absente de la scène italienne de 1820 à 1859 ; interdit par tous les États avant l’unification après le Congrès de Vienne parce qu’il inspirait les forces révolutionnaires et qu’il était farouchement combattu par l’Église catholique. En Italie, il ne réapparut que vers la fin de 1959, lorsqu’à Turin un groupe de libéraux de confession cavourienne fonda la Grande Oriente Italiano, qui devint plus tard la Grande Oriente d’Italia. Il fut ensuite rejoint par le Conseil Suprême du Rite Écossais ».
J’ai aussi entendu parler de la cabale maçonnique et de l’ésotérisme
On appelle initiation maçonnique, l’ascension de l’humain vers le Divin. Nous définissons le processus inverse comme la Kabbale maçonnique. En vérité, il ne s’agit pas de deux processus, ni de deux chemins, ni de deux échelles, mais d’une échelle unique dans laquelle se rencontrent descendants et ascendants. Les premiers transmettent la science de la maçonnerie ; ces derniers le reçoivent. Cette rencontre est donc une transmission-réception ; pour les Compagnons c’est Réception, pour les Maîtres c’est Transmission. En vérité, l’Artificier Universel réserve aux Apprentis la lumière qu’ils sont capables d’apprécier puisqu’ils ont à bien des égards les yeux bandés et profanes. Ils n’utilisent que la sensorialité, mais cette possibilité n’est pas mince, puisque c’est précisément par les sens que l’élu entre en contact avec le monde, d’abord matériel, puis spirituel et progressivement plus spirituel.
L’ésotérisme est un système de pensée, même s’il ne reste pas une pure abstraction, mais il donne généralement l’impulsion à certaines pratiques. Cela nécessite également une attitude d’obéissance au principe qui interdit de révéler aux non-initiés certaines parties d’un rite ou d’une doctrine, notamment religieuse.
Un autre volume d’un grand intérêt historique intitulé « All’ombra di De Molay » sortira prochainement, publié par Place Book Publishing. Le thème central concerne <le caractère chrétien de la franc-maçonnerie originelle>, ignoré ou mal compris par la plupart.
L’ouvrage traite de l’élément templier dans les sociétés initiatiques du XVIIIe siècle et est le résultat d’une longue recherche à travers des documents vieux de plusieurs siècles. Et l’élément chrétien est dominant, même s’il est mélangé à des éléments issus de l’Ancien Testament.
Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui sont amenés à penser, notamment en raison du contraste historique entre les communions maçonniques et l’Église de Rome, que la franc-maçonnerie constitue l’expression forte d’une laïcité pleinement affirmée et, dans certains cas, aussi une solide barrière contre un pouvoir ecclésiastique excessif. C’est certainement le cas aujourd’hui, notamment en France, où un athée est autorisé à faire partie de la franc-maçonnerie, alors qu’autrefois cela était interdit. Mais en même temps, même aujourd’hui, dans certaines communions, l’adhésion n’est autorisée qu’à ceux qui se déclarent chrétiens et, dans certains cas, un acte de baptême est requis.
A cet égard, je voudrais rappeler, comme l’auront constaté tous ceux qui ont lu nos volumes consacrés aux origines du Rite Écossais (< Aux origines du Rite Écossais. Volumes 1 à 4, tous publiés chez Place and Book Publishing entre 2020 et 2023 éd.), que les communions maçonniques nées de l’époque du roi Jacques Ier jusqu’au XVIIIe siècle avaient des caractéristiques complètement laïques et reposaient en effet sur une vision résolument et profondément chrétienne de la monde; être un bon chrétien, quelle que soit sa confession, était donc une condition absolument nécessaire pour rejoindre la franc-maçonnerie.
En même temps, il faut rappeler qu’en général la franc-maçonnerie a été et est toujours anticléricale, dans le sens où elle a toujours été, ou a toujours été considérée comme une sorte de contre-pouvoir par rapport à l’Église de Rome, qui a toujours été a toujours considéré la franc-maçonnerie comme un obstacle à sa prétention à contrôler la conscience des individus, comme elle l’a fait avec succès pendant de nombreux siècles et a affirmé continuer à le faire jusqu’aux temps modernes. Mais la philosophie et les principaux objectifs de la franc-maçonnerie originale, indépendamment de ce qu’a pu écrire le surfait et bien connu James Anderson (Anderson, 1679 – 1739, écossais et prêtre, était un ministre du culte de l’église presbytérienne écossaise et, en tant que franc-maçon, parmi les rédacteurs des constitutions des francs-maçons, connues sous le nom de Constitutions d’Anderson ( dont il est considéré comme le père, ndlr), étaient tous de nature profondément chrétienne ».
Pouvez-vous développer ce sujet ? Il me semble opportun de réfuter de nombreuses inexactitudes concernant la franc-maçonnerie.
« Comme on peut le comprendre à la lecture des rituels contenus dans les volumes cités précédemment, les références à Jésus et à sa doctrine évangélique sont larges et claires, tandis que les influences juives restent en arrière-plan. Le Psaume 133 de l’Ancien Testament lui-même, à la page duquel la Bible a été ouverte pendant le travail de l’Apprenti et sa lecture lors de la cérémonie de réception, a un caractère résolument évangélique car il appelle à la fraternité, et ce n’est pas un hasard s’il a été adopté par l’Ordre des Martinistes pour cette inspiration chrétienne ( Psaume 133 : < Voyez comme il est bon et agréable pour des frères de vivre ensemble. Et comme une huile parfumée qui, aspergée sur la tête, tombe sur la barbe, le barbe d’Aaron, qui descend jusqu’au bord de ses vêtements ; c’est comme la rosée de l’Hermon, qui descend sur les montagnes de Sion ; car là le Seigneur a ordonné qu’il y ait une bénédiction, la vie éternelle ).
Si par exemple, le Rite de Perfection d’ Etienne Morin, puis tous les rites qu’il a inspirés, dont le Rite écossais, ainsi que les rituels alchimiques du baron Théodore de Tschoudy, s’inspirent ensuite de la tradition juive pour le choix initiatique, le rite chrétien la matrice n’a jamais échoué. Il suffit de penser au contenu du XVIIIe Degré pour voir comment cela fait revivre au candidat ce qui est décrit par le Credo chrétien : ( Jésus)… est mort et a été enterré, il est descendu aux enfers ; le troisième jour, il ressuscita des morts. Le candidat, tout comme Jésus, avant d’être admis à la Chambre Rouge, ignorant la Parole, doit descendre aux enfers.
La déchristianisation de la franc-maçonnerie en général a commencé au XIXe siècle en France et fut l’un des fruits de la Révolution, qui avait introduit le culte de l’ Être suprême et de la déesse de la Raison. Cette sécularisation progressive de l’institution maçonnique atteint son apogée dans la seconde moitié du XIXe siècle en France et fut l’un des fruits de la Révolution qui avait introduit le culte de l’ Être Suprême et de la Déesse de la Raison. Cette sécularisation progressive de l’institution maçonnique a trouvé son point culminant dans la seconde moitié du XIXe siècle lorsque même les athées déclarés ont commencé à être acceptés dans le corps de la franc-maçonnerie et que des loges individuelles ont été autorisées à supprimer la figure du Grand Architecte de l’Univers parmi la maçonnerie. symboles. La franc-maçonnerie originelle ne prévoyait pas de formule particulière pour la dédicace des œuvres : celle-ci commençait par la lecture du Psaume 133 et la simple déclaration que les œuvres étaient ouvertes. Nous avons procédé de même pour la clôture dans laquelle la bénédiction du Ciel était invoquée tout aussi simplement (Ciel dans le texte original) ».
La Franc-maçonnerie d’aujourd’hui a-t-elle conservé les valeurs chrétiennes de ses origines ?
« Nous avons aujourd’hui, notamment en France, à côté d’une franc-maçonnerie encore traditionnellement chrétienne, une franc-maçonnerie plus laïque qui fait de sa laïcité proclamée son point fort, même si cet aspect implique la suppression d’éléments qui à notre avis étaient et restent fondamentaux. Pensez par exemple au rituel du Prince Rose+Croix qui est l’apothéose de la Résurrection du Christ. En supprimant l’élément chrétien par quelque chose de différent, on obtient un résultat très étranger, un peu comme si l’on voulait remplacer la tomate pour assaisonner les spaghettis avec de la confiture. C’est une position respectable, à mon avis, et probablement nécessaire ou du moins appropriée dans un monde globalisé et multiculturel (et trop souvent éloigné de la spiritualité), mais qui est décidément loin de l’esprit qui imprégnait la franc-maçonnerie de l’époque. Cet esprit imprègne presque tous les rites maçonniques du XVIIIe siècle et donc aussi les différentes versions des diplômes évoquant des thèmes chrétiens. La principale caractéristique de la franc-maçonnerie de l’époque était celle d’un rituel d’ouverture et de fermeture des œuvres, réduit à l’essentiel, tandis qu’un grand espace était consacré au travail en profondeur typique des communions initiatiques, sans fioritures mais qui prêtait attention à la question ».
Aujourd’hui, d’après ce que j’ai pu constater en lisant les textes qui me sont parvenus, disons que la peau a augmenté et la pulpe a diminué. Mais c’est un problème qui ne me concerne pas, mais uniquement ceux qui travaillent dans les loges.
Gianfranco Barcella
CURRICULUM DE L’AVOCAT MAURO CERUALLI DU SITE WEB DE LA RÉGION DE LIGURIE
Il est né le 25/12/1954. EXPÉRIENCE PROFESSIONNELLE De 1977 à 1979 employé au spa privé TV Savona-TV en tant que technicien RVM et opérateur de télévision. Il exerce le droit depuis 1982. Actuellement sous forme associée en tant que membre du cabinet d’avocats associé Cerulli-D’Angelo.
De 1983 à 1985, il a enseigné le droit et l’économie à l’Institut Technique des Comptables de Loano et Varazze et à l’ITIS de Savone. Depuis 1992, inscrit au registre des journalistes – section publicistes de Ligurie. Collaboration de 1986 à 2006 avec des magazines du secteur audiovisuel pour la partie juridique.
En 1994, membre de la Commission Anti-Piraterie Audiovisuelle du Ministère de l’Intérieur. Conseil pour l’élaboration de la loi communautaire de 1994 pour la mise en œuvre de la directive CEE no. 100/93 sur la protection des œuvres audiovisuelles. Fiduciaire de Compagnies d’Assurances depuis 1986. Actuellement du Groupe Assicurazioni Generali.
Collaboration avec l’Office Régional des Avocats de Ligurie depuis 2000.
FORMATION ET FORMATION Diplômé en droit en 1981 de l’Université de Gênes avec une thèse en droit romain : « Gestion du patrimoine impérial au Bas Empire ».
Habile à exercer la profession d’avocat avec le titre d’avocat, session de 1985 près la Cour d’Appel de Gênes. Habile à exercer devant les juridictions supérieures depuis 1998. Qualifié en 2011 pour exercer comme médiateur civil professionnel. Domaine d’activité : droit civil, pénal et fiscal.
Dès le 23 janvier, la Grande Loge de France reprend son cycle de conférences « enjeux et perspectives » ouvertes à toutes et à tous, en son hôtel 8 rue Louis Puteaux Paris 17° (métro Rome). Organisées et animées par le 1er Grand Maître Adjoint de l’obédience, Dominique Losay, également en charge de la vie culturelle, ces conférences et petits déjeuners donnent la parole à des intervenants non maçons, figures de la vie intellectuelle et spirituelle.
Pour commencer cette année du 120° anniversaire des lois de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat, la Grande Loge de France a choisi d’affirmer que la défense de la laïcité n’a rien à voir avec un rejet du fait religieux ou de la recherche spirituelle.
C’est ainsi que le thème de cette première soirée d’échanges sous forme de table-ronde sera :
« croire en liberté, être frères »
avec des personnalités de premier ordre :
le frère Benoît Dubigeon, prêtre franciscain, aumônier catholique à la prison de Fleury-Mérogis
le pasteur Jean-Marie de Bourqueney, théologien, ancien directeur de la rédaction de « Réformes »
le rabbin Yann Boissière, de Judaïsme en mouvement, théologien et président de l’association « les voix de la paix »
Abdennour Bidar, philosophe et essayiste, « méditant engagé » pour un Islam d’aujourd’hui
Alain-Noël Dubart, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France
La modération de la table ronde sera assurée par Clément Ledoux, vénérable maître de la Loge « La Justice » de la Grande Loge de France et animateur, sur France culture, de l’émission mensuelle de la Grande Loge de France.
Dominique Losay, 1er Grand Maître adjoint de la Grande Loge de France introduira la soirée
Thierry Zaveroni, Grand Maître de la Grande Loge de France, fera une intervention conclusion des échanges.
1925 est l’année où la Franc-maçonnerie du Grand Orient d’Italie fut interdite par la loi par le fascisme. Une année qui marque également le début de la transformation du leadership de Benito Mussolini d’une dictature masquée à un régime ouvertement autoritaire, avec des chemises noires, des milices paramilitaires, déterminées à intensifier la campagne d’intimidation et de répression contre les opposants politiques déjà commencée en « après la marche sur Rome le 28 octobre 1922.
Une vague de violence qui se traduit par de véritables massacres, passages à tabac, destruction des sièges du parti adversaires, arrestations arbitraires et, dans de nombreux cas, assassinats, comme ce fut le cas dans la nuit du 3 au 4 octobre à Florence, lorsque fut assassiné le maçon libre Giovanni Becciolini, à l’histoire duquel le Grand Maître Stefano Bisi a consacré une reconstitution historique précise contenue dans le volume « Les dictatures enferment les cœurs » (Betti).
Les Chemises noires ont agi avec le soutien tacite du gouvernement, créant un climat de terreur qui paralysait toute tentative de résistance. De nombreux dirigeants de l’opposition ont été contraints à l’exil ou au silence, tandis que les syndicats ont été dissous, tout comme d’autres associations non alignées sur le régime naissant. Cette violence systématique a servi non seulement à éliminer les opposants, mais aussi à consolider le contrôle social et politique du régime.
Les lois très fascistes et la dictature
Dans le même temps, Mussolini a lancé une série de réformes législatives qui ont consolidé son pouvoir, en promulguant les soi-disant « lois fascistes », qui ont achevé le processus de démantèlement de l’État libéral et transformé l’Italie en un État totalitaire. La première de ces mesures, visant précisément à éteindre la voix de la franc-maçonnerie, fut ratifiée le 26 novembre 1925 et publiée sous le numéro 1. 2029 au Journal Officiel du 28 novembre. Promulguée par le roi Vittorio Emanuele III, signée par le chef du gouvernement Benito Mussolini, après avoir vu le garde des sceaux Alfredo Rocco, la législation intitulée « Régularisation des activités des associations, organismes et instituts et de l’adhésion de ceux-ci au personnel employé par l’État, les provinces, les communes et les institutions soumises par la loi à la protection de l’État, des provinces et des communes » a restreint le droit d’association, soumis les associations au contrôle policier et adopté des mesures plus répressives grave. Approuvé par une large majorité des deux chambres du Parlement, il interdit définitivement la franc-maçonnerie, marquant le début de la fin de toutes les libertés civiles.
Avant cela, plus de deux ans de pillages et d’attaques contre les loges perpétrés par les chemises noires sur la vague de haine envers les francs-maçons semée par le Parti National Fasciste, qui, avant que le projet de loi parvienne à la Chambre le 14 avril 1925, publia une circulaire , numéro 4, distribué à toutes ses Fédérations, dans lequel il était dit : « La franc-maçonnerie constitue en Italie la seule organisation concrète de cette mentalité démocratique qui c’est à notre parti et à notre idée de Nation infâme et irréductiblement hostile qu’il permet, et lui seul, aux différents partis, bourgeois et socialistes, de l’opposition parlementaire et aventinienne, la résistance, la cohérence et l’unité d’action ». Le 8 août de l’année précédente, le Conseil national fasciste avait également approuvé un ordre du jour entérinant la rupture définitive avec la franc-maçonnerie.
Le texte de la loi, élaboré dès janvier, figurait parmi les priorités absolues du gouvernement et du parti fasciste. Le débat à la Chambre était fixé au 16 mai. L’orateur de la proposition était Emilio Bodrero, l’un des opposants les plus virulents à la franc-maçonnerie au sein du Pnf, partisan de féroces campagnes anti-maçonniques.
Parmi les très rares députés présents dans la salle le jour du débat se trouvait Antonio Gramsci qui a pris la parole pour s’en prendre à la loi. C’était aussi son premier et unique discours dans un parlement désormais complètement fasciste. Mais sa, comme le prévient l’historien et Grand Maître honoraire du Grand Orient Santi Fedele, n’était pas une harangue de défense des francs-maçons mais une dénonciation claire contre la dérive liberticide en cours.
La démarche maçonnique est un défi fondé sur la capacité d’un rituel à permettre à un groupe d’êtres humains d’accéder à une spiritualité accompagnée de préoccupations sociologiques.
La première difficulté rencontrée pour réussir ce défi est la capacité des membres de la loge à gérer les émotions. L’objet de cet article est d’en exposer les différents attendus.
II – Rappel sur la spécificité des émotions
Il ne faut pas confondre les émotions et les sentiments ; ceux-ci sont également des réactions affectives évoluant de façon plus durables et complexes, mais avec une participation cérébrale faisant appel à notre vécu, notre intellect, voire notre imaginaire. Ils peuvent être également intenses.
Le mot « émotion » vient de l’ancien français motion, c’est à dire mouvement, qui a généré émouvoir, puis émeute, et ensuite émoi. C’est une réaction de l’organisme secondaire au ressenti d’un événement vécu. Cette réaction est généralement spontanée plus ou moins contrôlable.
Psychologiquement, on décrit différents ressentis psychologiques qui émaillent la vie des êtres humains :
Le ressenti des organes des sens
Les sentiments
Les émotions
Le stress.
La spécificité des émotions réside dans leur caractère réactionnel spontané lié à un événement intercurrent. Rappelons que l’utilité des émotions réside dans leur capacité à réagir face à un danger impromptu.
Le ressenti des organes des sens (goût, odorat, vue, toucher, ouïe) est plus physique et élémentaire mais il peut rentrer dans le cadre d’une émotion : une détonation intense par exemple peut nous inciter à nous plaquer au sol.
Le stress n’est habituellement pas considéré comme une émotion car il s’agit d’un état général de mal être qui perturbe le fonctionnement de la pensée.
On définit généralement comme principales émotions :
la joie (l’amour, l’excitation sexuelle),
la peur,
la colère (la révolte),
la tristesse (la dépression, le découragement) ;
on rajoute parfois la surprise, le dégoût, le mépris.
Le siège de l’émotion est situé au niveau du système limbique appelé parfois cerveau limbique ou cerveau émotionnel. C’est une zone différente que celle du cortex où l’on situe le fonctionnement de la raison.
II – En loge, le rituel est créateur d’émotions :
a / Tout rituel est écrit pour créer de l’émotion ;
Les émotions jouent un rôle clé dans les rituels lorsqu’elles sont comprises comme un moyen de renforcer la méditation intérieure ou transcendantale.
Le plus souvent il s’agit de la joie dans sa modalité « joie intérieure » ; il peut aussi s’agir de la tristesse quand il est fait mention des disparus ou des frères dans la peine. La surprise surgit aussi dans certains temps de l’initiation.
Nous vivons en loge, parfois une émotion collective puissante empreinte de sérénité : l’égrégore ; à ce moment précis l’émotion est sublimée, elle est dans une autre dimension où la raison n’a plus sa place. Il est clair que cela est induit par le rituel de la chaîne d’union.
Dans une approche mystique, les émotions sont utilisées pour favoriser l’accession à la spiritualité et en particulier au Grand Architecte de l’Univers.
Dans une approche non dogmatique, il est nécessaire de réinterpréter les rituels pour en faire un moyen d’accès à une spiritualité comprise comme une recherche d’harmonie.
Quels symboles pour vivre l’émotion ?
On pourrait citer :
Le cœur : symbole universel de l’émotion, notamment de l’amour,
La lumière : douce et rayonnante en particulier quand elle émanr d’une bougie
Les couleurs :
Rouge : Passion, amour, colère.
Bleu : Tristesse, calme, sérénité.
Jaune : Joie, bonheur, chaleur.
Violet : Mystère, spiritualité.
Les mains ou un cercle d’individus : en particulier la chaîne d’union.
b/ Les conditions préalables :
Pour vivre le rituel, il est indispensable d’être vierge d’émotions préalables pouvant être apparues dans les heures précédant la tenue ; ceci suppose un « retour sur soi » permettant un « lâcher prise ». Cette condition préalable est parfois difficile à réaliser lorsqu’une perturbation psychologique installée transforme les dispositions d’esprit du maçon ou de la maçonne : c’est le cas par exemple en cas de troubles de la personnalité (en particulier les paranoïaques), de maladies chroniques invalidantes ou de chocs affectifs.
c / Rituel et émotions « perturbantes » :
En loge, le rituel impose son rythme et sa dramaturgie. Mais il arrive que des émotions non prévues par le rituel surgissent ; que cela soit un fou rire déclenché par un lapsus ou une désinvolture inappropriée d’un officier ou une prise de parole « décalée », l’expression de l’émotion peut devenir perturbante.
Les moments de vote sont aussi des périodes capables de susciter des émotions. Il y a aussi les réactions suscitées par un morceau d’architecture : traditionnellement aucune déclaration de félicitation ou de réprobation n’est prévue mais la réalité est bien entendue différente et la passion peut prendre le dessus si un sujet sensible est évoqué ! Un attachement excessif à des désirs (la fameuse irruption de « l’ego ») ou à des attentes émotionnelles peut créer des obstacles à la quête spirituelle maçonnique.
Qui n’a pas déjà vu la réaction colérique d’un Vénérable se voyant contesté dans une prise de décision autocratique ?
Ces émotions perturbantes sont bien sûr contre -productives par rapport au rituel. Comment accepter ces émotions perturbantes en loge ? C’est de la responsabilité du collège des officiers de veiller à contrôler les expressions intempestives d’émotions imprévues. Cela suppose tact et mesure ! L’anticipation est souvent un bon moyen de « maîtriser » la survenue éventuelle d’émotions intempestives
III – Comment gérer les émotions ?
Que cela soit dans la vie profane ou dans la vie maçonnique, les émotions par définition sont incontrôlables ! La seule possibilité qui nous reste c’est de les vivre le mieux possible en nous préparant aux différents événementiels de notre existence !
Le rôle du Vénérable et des membres du collège des officier-e-s est particulièrement important pour mettre en scène les moments du rituel créateurs d’émotions mais aussi pour maîtriser et si possible éviter les émotions « perturbantes » non prévues afin qu’elles ne perturbent pas trop le rituel. Le meilleur moyen de privilégier les émotions suscitées par le rituel est l’implication de tous les membres de la loge aussi bien dans leurs comportements que dans les prises de parole : sérieux, dignité, concentration en sont les maîtres mots !
IV – La place de la Raison dans une tenue maçonnique :
Fondamentalement, la raison n’a pas sa place dans une tenue maçonnique car l’émotion règne ! Par contre en dehors du temple la raison prime ! Tout se passe comme si nous fonctionnons sous l’emprise de deux formes d’intelligence :
L’intelligence cognitive qui met en œuvre les connaissances acquises soit par l’éducation et l’apprentissage, soit par l’expérience. C’est elle qui « officie » lorsqu’il s’agit de Raison !
Et l’intelligence émotionnelle qui est “la capacité d’un individu à reconnaitre ses propres émotions et celles des autres et à utiliser ces informations pour guider sa pensée et ses comportements de manière efficace et optimale“.
Descartes affirmait « Toute connaissance vraie a sa source exclusivement dans la raison » ; aujourd’hui, il serait plus juste de dire « Toute expression raisonnable se fonde sur la connaissance que l’on possède ! » Cela a le mérite de montrer les limites de la raison car chacun sait que la connaissance a encore des limites !
La connaissance du fonctionnement cérébral permet de fixer le siège de la raison au niveau du cortex cérébral c’est-à-dire la partie du cerveau où sont stackées des informations accumulées par les êtres humains en fonction de leurs vécus. On a vu que pour les émotions cela se passe ailleurs !
V – Conclusion :
L’émotion est une force intérieure imprévisible. Les rituels s’en sont servis pour faciliter l’imprégnation symbolique et initiatique.
Mais d’autres émotions peuvent émerger spontanément, parfois de manière intense, et peuvent rapidement envahir notre esprit.
Pour atteindre un équilibre intérieur, il est essentiel de savoir accueillir les émotions. Accepter une émotion, c’est en reconnaître la présence, sans chercher à la réprimer ou à l’ignorer, pour l’analyser dans un deuxième temps et la comprendre voire à la critiquer.
Accepter l’émotion ne signifie pas pour autant céder à l’émotion. La raison nous aide à prendre du recul et à choisir notre réponse.
Cette attitude demande de la lucidité et un travail d’introspection. En apprenant à observer nos émotions, nous découvrons comment les accepter tout en gardant notre esprit clair et libre. C’est dans cette harmonie que se trouve la véritable maîtrise de soi, où l’émotion et la raison cohabitent, chacune trouvant sa juste place.
« Le peuple avait reporté sur le temple le caractère absolu de Dieu, ne voulant pas comprendre que l’existence de ce sanctuaire dépendait du niveau moral de ses adorateurs ; pareillement ils avaient nourri des idées fausses sur le rôle du peuple lui-même, de la terre sainte. »
Joseph Carlebach
(Les trois grands prophètes, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel)
Le Temple et sa signification sont omniprésents dans nos loges et nos réflexions, notamment celle d’œuvrer à sa reconstruction. Vaste programme qui a hanté théologiens, philosophes et…Francs-maçons !
Dans son ouvrage célèbre, « Le Guide des Egarés » (1), Moïse Maïmonide (1135-1204) évoque longuement le Temple de Jérusalem, avec de très nombreux détails sur son agencement (pages 571 à 577). Ces pages sont touchantes : le grand théologien sait que le temple est en ruines depuis 500 ans, mais il le présente comme encore vivant dans l’esprit du peuple juif. Son livre est à destination des intellectuels écartelés entre la tradition religieuse et la pensée scientifique et philosophique de l’époque. Il tente surtout de mettre en accord l’enseignement biblique avec la pensée d’Aristote, tout en voulant l’insertion du judaïsme dans la modernité, mais il n’hésite pas cependant à glorifier le temple comme une entité vivante, spécifiquement juive, au-même titre que la thora et le concept de terre sainte. Cependant, en bon théologien, il sait que Salomon en construisant le Temple de Jérusalem commet la transgression d’un interdit. Juste après les 10 commandements, comme si cela en était un onzième, Dieu ordonne à Moïse : « Tu m’élèveras un autel de terre, sur lequel tu offriras tes holocaustes et tes sacrifices d’action de grâces, tes brebis et tes bœufs. Partout où je rappellerai mon nom, je viendrai à toi et te bénirai. Si tu m’élèves un autel de pierre, tu ne le bâtiras point en pierre taillées ; car en passant ton ciseau sur la pierre, tu la profanerais » (Exode 2O, 24-25). Dès lors, existe un interdit d’ériger des temples qui ne seraient qu’une imitation du paganisme ambiant. « Pour faire comme tout le monde ». Va, peu- à-peu, se faire jour que le Temple est intérieur, surtout après les deux destructions de celui de Jérusalem. Maïmonide, en intériorisant la construction spirituelle ne rappelle-t-il-pas que le Temple « en pierres » est un défi puni par l’histoire ?
I-LE TEMPLE : UN EDIFICE ENTRE POUVOIR ET BUISNESS !
Cette sacralisation du temple n’est pas sans soulever de questions : en effet, dès le projet de construction du temple se met en place une relation au monde extérieur, car le lieu le plus saint au judaïsme est construit par les mains de « travailleurs migrants », étrangers et polythéistes ! Peuple essentiellement nomade, les Hébreux sont confrontés, au cours de leurs pérégrinations, à des civilisations où l’urbanisme se traduit par une architecture religieuse dédiée aux différents dieux et déesses de leurs cultures. La conquête de la Palestine va bientôt transformer leur sociologie : d’éleveurs itinérants ils deviennent agriculteurs et développent villes et village, installant des autels à la gloire du Dieu unique (après de grandes hésitations parfois et des retours condamnés au paganisme !) sur le lieu d’anciens sites polythéistes. Ces transformations vont les amener à imiter leurs voisins : la théocratie est abandonnée au profit de la mise en place d’un état dirigé par un souverain et le désir de mettre dans un temple « solide » les tables de la loi. Leur incapacité à l’architecture va les amener à négocier avec l’étranger pour la construction d’un édifice qui puisse être comparé à ses rivaux, après avoir cependant utilisé d’anciens lieux de cultes cananéens pour y bâtir de petits ou grands sanctuaires : par exemple le temple de Jérusalem est lui-même un ancien lieu de culte polythéiste. Au-delà de l’acte religieux lui-même se met en place une relation politique que va mener avec efficacité Salomon qui veut traduire dans le réel le rêve de David son père. Ce sont les sources archéologiques, indépendantes du texte biblique, qui nous apportent la meilleure vision complémentaire des accords économiques passés entre Israël et ses voisins pour la construction du Temple (2). Nous y voyons les relations entre Salomon et Hiram de Tyr, petits roitelets face à de colossaux empires environnants, mettant au point des contacts diplomatiques ; mais surtout des accords commerciaux. D’où la signature d’un « Berit », mot qui relève d’une distinction entre « alliance » et « traité ». La conséquence va en être la cession de villes maritimes à Hiram et, en contrepartie, la fourniture de matériaux et de cadres techniques pour la construction du Temple, et de la mise en place d’une flotte commune (Les pilotes de bateaux étant de Tyr), afin de trouver de l’or dans d’autres pays ou d’établir des comptoirs commerciaux. Un autre élément de cette bonne entente pourrait être également la présence de Sidoniennes dans le harem de Salomon et l’adoration de la divinité sidonienne Astarté par Salomon, au sein même du Temple, ce qui remet en cause son appellation iconique de « sage » !
Il est intéressant de noter, qu’au retour de l’exil en Babylonie, Zorobabel fera de nouveau appel aux Tyriens et aux Sidoniens pour la reconstruction du Temple et ce n’est qu’au cours de la tentative d’une troisième reconstruction que les juifs ne firent plus appel aux alliés de Tyr et Sidon, mais tout avait disparu dans l’Empire Romain : à Jérusalem même, un temple fut dédié à Jupiter, protecteur de la cité, sur l’emplacement du second Temple et on y édifia aussi au nord-ouest, un édifice à la gloire de Vénus ! (3). Le culte du Temple est devenu un alibi qui est là pour contourner la loi et l’alliance. Jérémie va qualifier le Temple de « caverne de bandits », et Jésus chassant les marchands du Temple reste dans cette action prophétique.
Chez Ezéchiel, prêtre du Temple de Jérusalem et prophète à Babylone, le Temple joue un rôle central, mais il va décentrer cet intérêt à travers une vision célèbre (Ez. 8-11) où il voit Yavhé quitter le Temple pour rejoindre les exilés de Babylone. Pour lui, en fait, Dieu est là où réside son peuple et n’est lié à aucun sanctuaire, surtout un lieu souillé par le peuple demeuré à Jérusalem. Ezéchiel est considéré comme « le prophète de la Galout », c’est à dire de l’exil et de l’exode, là où le contact avec Dieu revient dans la simplicité de l’échange. Dieu serait près de l’homme qui souffre (Ez. 48-35 et aussi Is. 66, 1-2). Pourtant, après la catastrophe, Ezéchiel à une nouvelle vision (Ez. 40, 48) où il dresse les plans d’un Temple à reconstruire, et le nom de la ville désormais purifiée, ayant affectée sa « Techouva » (4) sera pour toujours « Le Seigneur est là » (Ez. 48,35). Ce sont d’ailleurs les dernières paroles du livre. Chez lui, se met en place une sorte d’architecture imaginaire (Ez. 47, 1-2 et 8,9) que reprendra Saint-Augustin dans son image de la Jérusalem terrestre et de la Jérusalem céleste.
Bien entendu, la destruction du premier Temple va être une catastrophe pour les Juifs, la captivité babylonienne étant une régression, un retour à l’esclavage en Egypte, avec peut-être cependant la perspective d’un retour à la Terre Promise. C’est pourquoi, comme une utopie salvatrice, va se développer l’idée de reconstruire le Temple, d’abord en rêve et en réalité par la suite, comme symbole d’une unité retrouvée avant tout.
II-LE TEMPLE ET LE PROPHETISME. UNE RELATION D’AMOUR ET DE HAINE.
Les Juifs vont ériger leur vie nationale autour de trois piliers : la royauté, le concept d’Alliance et le Temple. Les prophètes vont développer leur action autour de ces trois sujets, en particulier celui du Temple.
Au projet de David de construire un Temple à Yahvé, ce dernier lui répond par le prophète Nathan : « Le Seigneur t’annonce que le Seigneur te fera une maison » (25, 7-11) sans préciser la nature de l’édifice en question. Salomon fait construire le Temple à l’image de ceux existants dans l’environnement géographique, mais les critiques vont débuter sur les sanctuaires et sur les cultes rendus à Yahvé. Le plus important demeure « La connaissance de Dieu et non les holocaustes » (Os. 6-6). Une querelle va même éclater entre Amos et Amazias, prêtre du temple de Béthel (Am. 7, 10-17) : pour Amos le Temple ne joue son rôle que si les prophètes peuvent y proclamer une parole libre, même si cette parole se veut critique au pouvoir royal. Le Temple ne peut pas-être l’objet d’une sécurité trompeuse ou la pratique de rituels serait simplement à l’image des cultes païens. Cette fausse sécurité doit-être ébranlée (Am. 9,1).
Pour Isaïe qui reçoit sa vocation prophétique dans le Temple de Jérusalem (Is. 6), le Temple est le signe par excellence de la présence de Dieu auprès de son peuple. Il ne remet pas en cause l’existence du Temple, mais il dénonce l’accumulation des sacrifices au détriment de la justice (Is. 1, 11) : Que me fait la multitude de vos sacrifices ? Dit le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié ». Au VIIe siècle, Jérémie, proclame un « Discours sur le Temple » où il critique avec colère la pratique des Judéens qui acclament le Temple du Seigneur et déclarent : « Nous sommes sauvés », alors qu’ils n’ont aucun souci de la justice (Jr . 7, 1-15). En fait, Dieu peut-il habiter un temple fait de mains d’hommes et ceux-ci peuvent-ils assigner Dieu à résidence pour « l’avoir sous la main » pour qu’il réponde à leurs demandes ?
III-REBÂTIR DANS L’APOCALYPSE ? AGGEE ET ZACHARIE.
Au traumatisme de l’exil durant cinquante ans va s’ajouter celui du retour d’une partie de la population juive à la suite du décret de Cyrus. Le pays est devenu méconnaissable, tant du point de vue géographique, économique, culturel, que du point de vue psychologique. C’est l’apocalypse : la terre du « lait et du miel » est dévastée. Les institutions majeures du régime de Juda ont disparu dans la tourmente. Des événements résultent un incroyable état d’anarchie : plus de roi, plus de terre, plus de Temple. Pire encore : le retour d’exil est limité et les Judéens installés à Babylone hésitent à revenir à Jérusalem.
C’est dans cette tourmente que deux prophètes vont intervenir : Aggée et Zacharie. Ils sont témoins du terrible retour des exilés et tentent de redonner espoir au peuple, en les incitant à la reconstruction d’une nation déchirée entre ceux qui reviennent de Babylone et ceux qui étaient demeurés sur place. Le Temple et sa reconstruction sera le moyen symbolique par excellence de tenter de refaire une unité, mais aussi de promouvoir une orientation théologique qui va aller dans le sens d’une intériorisation du judaïsme, plutôt qu’à des manifestations ostentatoires de pouvoir. Reconstruire oui, mais surtout « manger l’Ecriture », incorporer la Torah dans le Temple intérieur.
Le prophète Daniel va amorcer ce mouvement d’intériorisation par le constat suivant : on peut parfaitement vivre en juif pieux et heureux dans un pays étranger, sous la domination d’un roi païen, pourvu que l’on reste fidèle à l’essentiel de la foi des pères. Cela induit que le Temple n’est pas indispensable et il n’est plus question d’aller en pèlerinage trois fois par an « voir la face du Seigneur » comme le stipulait la Loi (Ex. 34,23 ; Dt. 16,16), ni même une fois pour la fête de Pâques. Tout cela est devenu secondaire. Le livre fait l’éloge de l’intégration de la vie en diaspora. Pour être juif et que pour que la communauté existe, il n’est pas nécessaire d’avoir une terre ou une indépendance politique. Cela devient la « liberté du juif intérieur ». Cependant, Aggée et Zacharie n’en sont pas encore là : ils veulent donner un message à un peuple anéanti psychologiquement et spirituellement.
Aggée (Haggad) est le nom donné à un enfant né le jour d’une fête juive (Hag). Son livre fut le plus court de l’Ancien Testament après Abdias et fut écrit aux environs de – 520, dans la deuxième année du régime de Darius. Pour lui, reconstruire c’est unir : le Temple doit-être rebâti matériellement mais aussi spirituellement, pour éviter que la communauté se désintègre. La reconstruction n’est pas un but en soi, elle est le signe que le reste des promesses sera bientôt accompli. Elle est acte de foi par lequel le peuple se tient prêt pour la venue eschatologique du Principe dans sa gloire. Il voit la fin de l’exil comme un temps messianique.
A cette époque, la Judée est sous la domination perse. Zorobabel, prince de Juda et descendant de David aura pour mission de reconstruire le Temple, selon l’édit de Cyrus de -538. Les Juifs voient en lui l’espoir d’une restauration monarchique, mais c’est Josué qui reçoit le titre de « Grand Prêtre » qui est le personnage principal de la communauté dans son retour d’exil et qu’il va organiser autour du Temple et du sacerdoce.
Pour Aggée, le temps de la reconstruction est permanent, matériellement et métaphoriquement. Cette exhortation crée une dynamique : les chefs religieux et tout le peuple se mettent au travail (1, 12-14), mais va-t-on retrouver la splendeur du Temple de Salomon ? C’est Dieu lui-même qui va encourager les Juifs à refaire l’unité (verset 4). L’engagement physique dans la construction va devenir un acte de foi et Aggée montre par là qu’il ne peut y avoir de foi sans œuvres, sans enracinement dans l’action. Le résultat va être la reconstruction du Temple et le prophète va proclamer la gloire du « Seigneur de l’Univers », étendant ainsi la royauté de Yahvé, dieu d’un peuple local, à une dimension universelle, au-delà du judaïsme (verset 7).
Zacharie va compléter la dynamique de restauration d’Aggée. Il commence sa prédication en même temps que celle d’Aggée, en –520, la deuxième année du règne de Darius. Le nom de Zacharie signifie, en hébreu, « Dieu se souvient » et il fait probablement partie des rapatriés de l’Exil et on le dit prêtre parce qu’il répond à des questions liturgiques sur le jeûne (Za, 7-8). Il va avoir plusieurs visions durant une nuit, notamment celle de l’arpenteur venu mesurer Jérusalem pour déterminer quelle est sa longueur, afin d’y construire un rempart, car depuis -587 la ville n’en possède plus et est exposée aux attaques des ennemis, notamment des Samaritains. Mais, naturellement, c’est aussi une métaphore pour protéger sa foi des idéologies païennes. Yahvé revient habiter au milieu des siens (2, 14). Mais Jérusalem, protégée par le rempart de Dieu, doit rester une ville ouverte (2,8), afin d’accueillir ceux qui viennent de l’extérieur. Il est intéressant de constater que Zacharie insiste plus sur la reconstruction des remparts que sur celle du Temple ! Comme si déjà se mettait en place l’idée du Temple intérieur comme supérieur à la reconstruction en pierre de l’ancien.
Cependant, Zacharie va annoncer la venue du Seigneur comme reliée à la reconstruction du Temple et ce pour des raisons idéologiques nationales (2, 14-17) mais aussi à l’ouverture aux étrangers qui seront incorporés au peuple élu et auront part, en s’installant à Jérusalem, au bonheur du salut (2, 17). Toutes les nations sont convoquées pour attendre la manifestation universelle du « Seigneur de l’Univers », laquelle est un hymne d’amour passionnel (8, 2) :
« J’éprouve pour Sion un amour jaloux, J’ai pour elle une ardeur passionnée »
Nous retrouvons là l’image symbolique de la relation amoureuse chère à Osée, Ezéchiel et Isaïe.
Zacharie se fait le théologien d’un nouveau langage où le Temple s’ouvre à toutes les nations et les Juifs qui sont restés à Babylone ne sont plus des exilés mais des Juifs de la diaspora. Dans ce temps de reconstruction, Zacharie annonce la venue du Messie qu’il décrit comme un roi pauvre, humble et juste (9, 9). Sa domination sera universelle et il accomplira la justice comme l’annonçait le prophète Isaïe (11, 3-5). Bien entendu, dans le Nouveau Testament, St. Jean reprendra la vision de Zacharie pour l’adapter au Christ (Jn. 19, 37).
L’attente du Messie vient de prendre le pas sur la reconstruction du Temple qui ne s’avère plus aussi essentiel qu’il l’était symboliquement auparavant !..
IV- CONCLUSION-DU TEMPLE DE JERUSALEM AU TEMPLE INTERIEUR.
Nous savons de ce qu’il advint du second Temple, mais sa destruction s’avérera moins dramatique que la première : peu à peu le judaïsme et le christianisme à la suite, vont intégrer l’existence du concept de « Temple intérieur », bien que durant l’office synagogal une prière soit-dite pour la restauration du Temple. Cela peut s’inscrire dans ce que nous pourrions appeler une théologie de substitution où le Temple détruit est représenté par la communauté vivante en construction permanente, par des pierres vivantes dont parle St Jean, pour lequel, chez les chrétiens, Jésus deviendrait le Temple lui-même, son corps mystique comme sanctuaire.
Ce Temple eschatologique, tel un vrai Temple, doit reposer sur les fondations du réel : il ne peut se construire sans action. Toute destruction doit-être suivie d’une action immédiate qui, partant d’une action prosaïque, va s’installer en spiritualité vivante. Il convient de se souvenir que le mot hébreu « Yasar » veut dire construire mais aussi modeler.
Au retour des exilés, non seulement le Temple est reconstruit, mais les jardins sont replantés comme s’il s’agissait de ressemer la Loi dans l’âme, ce jardin rappelant celui de l’Eden. La reconstruction des murailles, que nous retrouvons dans la vision de l’arpenteur de Zacharie, peut faire allusion à la protection symbolique d’un « Saint des saints » intérieur, indestructible face à n’importe quelle apocalypse, lieu d’adoration et de ressourcement.
Ainsi, construit, à partir de transactions politiques et économiques, par des étrangers à la foi juive, le Temple était devenu ce moyeu, cet axe central de la foi, allant jusqu’au danger de diviniser la pierre au lieu de l’esprit. Sa première destruction suivie de l’exil à Babylone devait amener à rebâtir un Temple réel, mais surtout un Temple intérieur sous peine de disparaître dans la tourmente du monde. Ce Temple intérieur étant soutenu par une vie communautaire sans laquelle rien n’est possible car elle est le garant de la recherche permanente de l’éthique.
Bien entendu, la Franc-Maçonnerie ne peut que partager cette vision des choses : ériger un édifice pour « faire comme tout le monde », d’être des « parvenus » genre « Bourgeois Gentilhomme », déclenche le rire de nos contemporains ! Nous avons une autre exigence : bâtir ou rebâtir notre Temple personnel intérieur, celui qui résiste aux apocalypses du monde. Pour l’autre Temple, le démoli, devenons de ces touristes qui aiment les ruines archéologiques. Soyons de ceux qui préfèrent la « tente d’assignation » durant le cheminement dans le désert, dans un dialogue permanent entre le Principe et son peuple, plutôt que les transgressions salomoniennes d’enfermer le même Principe entre les murs et, n’y réussissant pas, d’y introduire les fabulations délirantes d’autres cultures environnantes…
NOTES
(1) Maïmonide Moïse : Le Guide des Egarés. Paris. Ed. Verdier 1979.
(2) Dictionnaire archéologique de la Bible. Ouvrage collectif. Paris. Ed. Fernand Hazan. 1970. Article : « Temples ».
(3) Article du journal Le Monde du 4 mai 2005 par Stéphane Foucart intitulé : « Enquête archéologique aux racines d’Israël ».
(4) Techouva : expression hébraïque signifiant « conversion » dans le sens d’un retour à la foi originelle et non d’une conversion à une autre religion.
BIBLIOGRAPHIE
Vieyra M. : Les Assyriens. Paris. Ed. Du Seuil. 1961.
Baron S.W. : Histoire d’Israël. Tome I. Des origines au début de l’ère chrétienne. Paris. PUF. 1986.
Carlebach S. : Les trois grands prophètes – Isaïe, Jérémie, Ezéchiel. Paris. Ed. Albin Michel. 1959.
Le vendredi 10 janvier 2025, à 19h30, la ville de Figeac accueillira Thierry Zaveroni, Grand Maître de la Grande Loge de France, pour une conférence publique qui se tiendra à la salle Roger Laval. Le thème de cette soirée, “Franc-maçon en Grande Loge de France : Se réaliser pour agir dans le monde”, résonne comme une invitation à une réflexion profonde sur le rôle de l’individu au sein de la société et sur l’impact de la démarche maçonnique dans un monde en quête de sens.
Cette conférence s’inscrit dans la continuité des valeurs fondamentales portées par la Grande Loge de France, une obédience historique, humaniste et spiritualiste. Thierry Zaveroni, figure centrale de cette institution, partagera avec le public sa vision d’une franc-maçonnerie moderne et engagée.
Il expliquera comment les enseignements et pratiques de la Grande Loge de France permettent aux individus de développer leur potentiel personnel, non seulement pour leur propre épanouissement, mais aussi pour œuvrer activement à l’amélioration de la société.
Un événement ouvert à tous
Loin des idées reçues, cette conférence publique se veut accessible à tous :
Ceux qui souhaitent découvrir les bases de la franc-maçonnerie et ses principes philosophiques.
Les curieux qui cherchent à comprendre le rôle et les actions des loges dans le monde contemporain.
Les passionnés de réflexion sur les thèmes de l’éthique, de la spiritualité et de l’engagement citoyen.
Au-delà de la conférence, un temps sera dédié aux questions et échanges, permettant aux participants d’interagir directement avec le Grand Maître.
Informations pratiques
Date : Vendredi 10 janvier 2025
Heure : 19h30
Lieu : Salle Roger Laval, Figeac
Entrée : Libre et gratuite dans la limite des places disponibles
Pourquoi assister à cette conférence ?
Dans un monde en constante évolution, où les repères se brouillent parfois, cette conférence est une occasion unique de réfléchir à des questions essentielles :
Comment se réaliser en tant qu’individu tout en étant acteur du collectif ?
Quel est le rôle d’une institution comme la Grande Loge de France dans la transmission de valeurs universelles ?
Comment la franc-maçonnerie peut-elle contribuer à relever les défis de notre époque ?
À travers ses propos, Thierry Zaveroni apportera des éclairages précieux et inspirants, rendant cet événement incontournable pour tous les passionnés de philosophie, d’histoire et d’humanisme.
Le livre d’Alain Queruel, « Le parti communiste français et la franc-maçonnerie », explore en profondeur la relation conflictuelle et complexe entre deux institutions qui, à première vue, semblent diamétralement opposées. Cette relation tumultueuse remonte bien avant la création du Parti communiste français (PCF) en 1920, lors du Congrès de Tours, et trouve ses racines dans les débats internes du Parti socialiste français.
Les Origines du Conflit
Le Parti socialiste, né de la fusion en 1905 des courants de Brousse et Allemane (antimilitaristes et antimarxistes) et de Guesde et Vaillant (marxistes), a dès ses débuts été le théâtre de discussions intenses sur la compatibilité entre franc-maçonnerie et engagement politique socialiste. Les premiers congrès, notamment ceux de Limoges (1906), Toulouse (1908), et Lyon (1912), ont mis en lumière des tensions, où la double appartenance à la franc-maçonnerie et au parti était vivement débattue. Les critiques contre les francs-maçons, accusés de collaborer avec les gouvernements bourgeois, étaient parfois virulentes, mais des figures comme Marcel Sembat défendaient une vision plus nuancée en soulignant les valeurs humanistes de la franc-maçonnerie.
L’Influence de la Révolution Russe
La Première Guerre mondiale et la Révolution russe de 1917 ont profondément changé le paysage politique. L’adhésion au bolchevisme a divisé le Parti socialiste, menant à la création du PCF sous l’impulsion de la Troisième Internationale en 1920. Cette nouvelle entité, sous la pression de l’Internationale communiste, notamment lors du voyage des délégués français à Moscou en 1922, a forcé une rupture claire: les francs-maçons devaient choisir entre leur engagement maçonnique et leur militantisme communiste.
Les Années d’Après-Guerre
Après la Seconde Guerre mondiale, malgré la résistance commune contre l’occupation nazie, les espoirs de réconciliation entre communistes et francs-maçons se sont évanouis. Les positions idéologiques étaient trop divergentes pour permettre une véritable convergence. Les dirigeants soviétiques voyaient dans la franc-maçonnerie une force réactionnaire et conservatrice, incompatible avec les idéaux communistes.
Avec la chute du mur de Berlin et la fin de l’URSS, la pertinence de ce conflit s’est considérablement atténuée. Aujourd’hui, alors que le PCF est réduit à une influence marginale, la question de sa relation avec la franc-maçonnerie semble anecdotique.
Alain Queruel, à travers une analyse historique méticuleuse et riche en détails, nous offre une compréhension approfondie de cette relation complexe, marquée par des phases d’affrontements et de tentatives de cohabitation, dans le contexte de l’évolution politique et sociale de la France du XXe siècle.
Souscription pour la sortie du livre
L’auteur Alain Queruel
Alain Quéruel est une figure éminente dans les domaines de l’histoire des sciences, de l’alchimie, de la franc-maçonnerie et du traitement de surface des métaux. Auteur prolifique, conférencier et enseignant, il a marqué son époque par ses contributions à la compréhension de la science et de l’ésotérisme à travers les âges.
Biographie et Carrière
Alain Quéruel a établi sa résidence à Saint-Mandé, France, d’où il opère encore aujourd’hui. Sa carrière académique et littéraire s’étend sur plusieurs décennies, durant lesquelles il a combiné son expertise industrielle avec une passion pour l’histoire et les traditions ésotériques.
Contributions Littéraires
Histoire des Sciences : Quéruel a exploré les vies et les œuvres de chimistes notables de la Révolution et de l’Empire français, tels que Vauquelin, Conté, Fourcroy, Monge, Lavoisier, et Parmentier. Ses ouvrages comme « Petit dictionnaire des chimistes de la Révolution et de l’Empire » et « Antoine Laurent Lavoisier » sont des références dans le domaine. Il a également écrit sur les entreprises chimiques pendant la Seconde Guerre mondiale.
Alchimie : Son travail dans ce domaine est particulièrement reconnu. De « De l’alchimie du Moyen Âge à la chimie moderne » à « Alchimie, Ésotérisme et nazisme », il a tracé une ligne continue de l’alchimie médiévale jusqu’aux temps modernes, en passant par la franc-maçonnerie.
Franc-maçonnerie : Quéruel a publié plusieurs livres sur le sujet, y compris « Le Grand Livre de la franc-maçonnerie » et « Cagliostro, une vie d’errance », offrant un aperçu historique et symbolique de cette société secrète à travers différentes époques et contextes politiques.
Technique et Économie : En dehors de l’histoire et de l’ésotérisme, il a produit des ouvrages pratiques sur le traitement de surface des métaux et un essai sur l’économie politique.
Romans : Sous le pseudonyme d’Alain Gilodet, il a également exploré le genre littéraire avec des romans policiers à saveur historique.
Conférences et Enseignement
Quéruel est connu pour ses conférences passionnantes et informatives à travers la France, couvrant ses domaines d’expertise auprès de divers publics, allant des universités inter âges aux cercles privés d’histoire et de science. Il a été chargé de cours dans plusieurs établissements, notamment à l’Université Ouverte de Paris 7 Diderot, sur des sujets variés de son expertise.
Participation à la Vie Culturelle
Il est souvent invité à des salons littéraires, des émissions de radio et de télévision, et des dîners-débats thématiques, où il partage ses connaissances et son enthousiasme pour les sciences humaines et l’histoire des idées.
Alain Quéruel représente un pont entre le passé et le présent, entre la science et l’ésotérisme, offrant des perspectives uniques sur comment ces domaines ont évolué et interagi au fil du temps. Sa capacité à démocratiser des sujets complexes, tout en restant fidèle à l’exactitude historique, fait de lui un auteur et conférencier de renom. Son travail continue d’inspirer et d’éduquer, démontrant que l’histoire des sciences et la quête de connaissance transcendent les époques et les disciplines.
Le Grand Orient de Suisse organise une tenue blanche fermée en collaboration avec la Loge Mozart et Voltaire le 24 janvier 2025 à Genève. Cet événement, portera sur les tensions actuelles au Moyen-Orient et leurs répercussions sur l’Occident.
(L’expression Tenue blanche fermée est utilisée lorsqu’un profane, vient donner une conférence dans une Loge maçonnique. Seuls les initiés, c’est à dire les Francs-maçons et franc-maçonnes, sont autorisés à y participer)
Le Moyen-Orient est une région marquée par des conflits armés persistants, des rivalités géopolitiques et des influences idéologiques. Les dynamiques internes de la région, notamment les crises économiques et les mouvements sociaux, exacerbent les fractures déjà présentes.
Les affrontements entre Israël et la Palestine, la guerre civile en Syrie et le conflit au Yémen figurent parmi les crises les plus notables. La rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran continue d’alimenter des guerres par procuration, tandis que l’implication d’acteurs internationaux tels que les États-Unis, la Russie et la Chine complexifie davantage la situation. Le Qatar joue également un rôle spécifique à travers son soutien aux Frères musulmans, ce qui suscite des tensions avec d’autres pays du Moyen-Orient comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte.
Ces conflits ont un coût humain tragique, avec des millions de déplacés, des pertes humaines innombrables et des communautés entières plongées dans la pauvreté et la détresse. Les populations civiles, souvent otages des combats, subissent des pénuries alimentaires, un accès limité aux soins de santé et la destruction de leurs infrastructures vitales.
Ces tensions ont des répercussions majeures sur l’Occident, notamment par l’intensification des flux migratoires, l’impact sur les marchés énergétiques, et les défis posés par les groupes extrémistes.
Malgré ce tableau sombre, des espoirs de stabilité et de démocratie persistent, portés par les aspirations des nouvelles générations, les efforts de médiation internationale et les initiatives locales en faveur de la paix et de la reconstruction.
L’orateur invité, Mr Djilali Benchabane, est un spécialiste des questions stratégiques notamment de la zone Moyen-Orient. Ancien chargé de mission auprès du centre d’analyse, de prévision et de stratégie du Quai d’Orsay, il a exercé différentes responsabilités au niveau institutionnel. En parallèle de son parcours au service de l’État français, il a été chercheur associé auprès de l’institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Il est l’auteur de nombreux articles et contributeur à des ouvrages collectifs sur les enjeux géopolitiques et stratégiques ; et intervient régulièrement dans les médias. Il exerce en tant que consultant indépendant, en parallèle de ses activités d’enseignement. Enfin, il est également membre fondateur du cercle K2, plateforme de dialogue interdisciplinaire et cercle d’influence qui réunit des experts de tous horizons en France.
INSCRIPTION: Les frères et sœurs souhaitant participer peuvent s’inscrire directement sur le site de la Loge Mozart et Voltaire. Ce rendez-vous sera une occasion unique d’approfondir la compréhension des défis actuels.