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Le processus d’individuation en 6 étapes de Carl Gustav Jung

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LA DÉCOUVERTE DE LA PERSONA ET LA DIFFÉRENCIATION (2/6)

Thésée, Athéna et le Minotaure

La découverte de la « persona » et les phénomènes psychiques liés la « différenciation », qui constituent la deuxième étape du processus d’individuation dans la psychologie analytique de C.G. Jung, conduisent l’être en quête de soi-même dans un voyage initiatique intérieur vers le Soi équivalent à l’Atman hindou.

La persona est un masque dissimulant la personnalité et l’identité profonde sous des traits superficiels, conformes d’une part à des règles de vie sociale extérieures conçues par d’autres, et d’autre part à des processus de vie mentale intérieure révélateurs en dernière instance du Soi profond. Le labyrinthe symbolise ce voyage en soi-même de la périphérie vers le centre, d’où l’on ressort en suivant le chemin inverse du centre vers la périphérie, à moins de s’en évader par les airs en s’envolant du centre verticalement.

Labyrinte

Le Sage du Labyrinthe (52è degré de la Maçonnerie égyptienne) connaît et pratique ces deux voies, la première horizontale à dimension humaine illustrée par le mythe de Thésée, la seconde verticale pour se relier au Soi d’essence divine, symbolisée par le récit des Noces de Philologie et de Mercure. (Martianus Capella, Vè siècle de notre ère). C’est sur la voie horizontale du labyrinthe que l’être découvre sa persona et trouve ses propres repères en se rectifiant à l’équerre et en se désorientant, comme le font les Maçonnes et les Maçons à tous les degrés pour demeurer vigilant(e)s et éveillé(e)s spirituellement. La différenciation effectuée sur la voie verticale de la conscience et de l’amour leur est donnée par surcroît comme une récompense pour le travail effectué sur soi-même afin de se connaître, s’accepter, et s’aimer.

Thésée
Thésée

Ces voies horizontale et verticale conduisent Thésée à retrouver ses origines humaine et divine symbolisées par ses deux pères potentiels Égée et Poséidon, sa mère Aethra s’étant unie au dieu Poséidon après son étreinte avec le roi Égée. La vie de Thésée est une suite de combats et d’épreuves révélateurs de cette double nature humaine et divine. Durant ses voyages et avant d’affronter le Minotaure dans le labyrinthe, il doit combattre et vaincre cinq criminels enfreignant les règles morales et éthiques en vigueur dans les mondes conscient et subconscient. Avec le premier, il apprend qu’au niveau conscient comme au niveau subconscient, on est traité comme on se comporte, et il tue son adversaire en retournant son arme contre lui et en écoutant les messages de son subconscient.

Le second lui apprend qu’on peut se sentir écartelé par des forces opposées et centrifuges, et il se sert de ce sentiment ressenti par le criminel pour le retourner contre lui et le maintenir écartelé, alors que lui-même s’en libère en inversant le sens des forces et en les recentrant en soi-même. Il apprend avec le troisième à se défier de la fausse humilité conduisant à la soumission et à la paralysie morale, et à en triompher par la ruse en neutralisant la cause de la soumission. Le quatrième lui apprend à triompher en s’appuyant consciemment sur son habilité et son inventivité, en évitant de s’en remettre excessivement au subconscient pour tout solutionner. Avec le cinquième, il combat la fausse conformité aux fausses règles, et détruit le pouvoir tyrannique qui réduit la diversité individuelle naturelle à une uniformité collective artificielle.

Combat contre le Minotaure

Le combat le plus célèbre de Thésée se déroule en Crète dans le labyrinthe, où il tue le Minotaure jusqu’alors invincible. Cet exploit individuel est aussi la victoire collective des dieux et déesses appelés par Thésée à regrouper et conjuguer leurs forces pour triompher. Ariane, fille du roi de Crète Minos et demi-sœur du Minotaure, lui donne par amour la pelote de fil conduisant de l’entrée vers le centre, et donc en sens inverse du centre vers la sortie du labyrinthe ; Héphaïstos, dieu du feu,lui forge une épée pour tuer le Minotaure. Thésée accomplit le double exploit d’accéder au centre du labyrinthe du subconscient où demeure le Soi, et de ressortir consciemment du labyrinthe en suivant le fil d’Ariane. Le mythe de Thésée conte l’exploit accompli dans l’horizontalité du dédale et la découverte de ses ombres, prochaine étape du voyage vers l’individuation. Il associe aussi le fil d’Ariane à cet exploit, le fil des pensées éclairées par la lumière de la conscience, qui, grâce à cette lumière, sait mémoriser et donner une raison d’être à son parcours dans la nuit du subconscient.

Les Noces de Philologie et de Mercure

La deuxième sortie du dédale par le centre est effectuée dans la verticalité de la conscience par Thésée et tous les initiés qui sont eux aussi des héros mi-dieux mi-humains, car ils travaillent intensément sur eux-mêmes et surmontent les épreuves du processus d’individuation qui les conduit à découvrir, accepter, et aimer leur nature divine. « Les Noces de Philologie et de Mercure » de Martianus Capella symbolisent cette ascension par la mise en scène du mariage du dieu Mercure et de Philologie, une mortelle choisie par les dieux pour la récompenser de ce travail intérieur. Dans ce récit, à l’origine, Mercure décide de se marier. Il a d’abord pensé à prendre pour femme Sophia, déesse de la Sagesse, mais celle-ci veut rester vierge, puis Psyché, mais elle s’en remet au pouvoir de l’Amour. Finalement, Apollon lui propose Philologie, qui est une mortelle mais qui passe ses veillées à étudier et dont la curiosité est insatiable.

Apothéose

Jupiter accepte cette union, à condition que Philologie reçoive son « apothéose », une cérémonie célébrant l’élévation dans les cieux auprès des dieux, et l’intégration pleine et entière en soi-même de ce niveau divin de l’être. À cette fin, la litière dans laquelle elle s’élève doit être précédée par le cortège des muses et suivie par Periergia, la curiosité, et être guidée et protégée par ceux et celles qui ont formé la disciple de Pallas pour être l’épouse rêvée de Mercure : Labor impiger, le Travail acharné, Amor, l’amour pour les choses d’en haut qui tient éveillé, Epimelia et Agrypnia, le Soin et la Veille. Par ailleurs, Philologie elle-même prépare son apothéose, son départ de la Terre et son ascension vers la Voie lactée où l’attend l’assemblée des dieux, et elle se demande si le mariage qu’on lui propose sera propice.

Pour le savoir, elle procède à une opération de divination basée sur la numérologie en calculant les nombres que représentent son nom (total = 724) et celui du dieu égyptien Thot, équivalent du dieu Mercure (total = 1218). Elle divise ensuite ces nombres par 9 et obtient un reste de 4 pour elle et de 3 pour Thot, deux nombres qui présagent l’harmonie entre les dimensions matérielle (le 4) et spirituelle (le 3) dans la tradition pythagoricienne. Pour être plus légère, elle vomit les livres qui pèsent lourdement sur sa poitrine, puis elle monte dans la litière qui doit la conduire jusqu’à l’assemblée des dieux en traversant les sept sphères célestes qui forment la gamme musicale, selon la théorie de l’harmonie des sphères reprise dans les milieux néoplatoniciens. Une fois arrivée auprès des dieux, Mercure lui offre sept jeunes filles comme demoiselles d’honneur, représentant chacune un art que Philologie s’applique à intégrer tour à tour parfaitement en elle-même.

Mercure

Cette élection et cette élévation de Philologie au rang des dieux glorifient tout son travail effectué sur terre et au cours de son élévation par l’action conjuguée des nymphes et des muses, dédiées non seulement à la réalisation du travail en cours, mais à son achèvement dans la perfection. Le travail partiel de Philologie lié aux circonstances de son parcours spirituel se parachève ainsi en œuvre globale de toute une vie. Autrement dit, l’amour du travail est la source de l’amour et des noces de Mercure et de Philologie, car le travail attire les vertus naturelles et sur-naturelles comme un aimant et nettoie comme l’eau purifie, dans le cours d’une vie dédiée à l’étude de soi et de l’univers. Car tout est lié et l’on ne travaille pas à son propre perfectionnement sans être relié à l’univers, sans attirer et travailler avec les forces du cosmos où évoluent les principes spirituels des dieux en action, notamment les nymphes et les muses.

Le feu occupe une place capitale dans l’aspiration de Philologie à rejoindre les héros et les dieux dans la Voie lactée. « La prière que Philologie adresse au démiurge suprême lorsqu’elle s’agenouille sur le dos de la voûte céleste, au terme de son ascension planétaire, c’est à « la fleur du feu » qu’elle sera offerte (le purpura, le pur du pur des alchistes). L’essence du Dieu ineffable, maître tout-puissant de la musique des sphères traversées par Philologie montant vers son époux avec le consentement des dieux, est le feu mystérieux et la flamme inextinguible. Elle sait que le démiurge suprême de ce monde sensible s’est retiré en dehors de la connaissance même des autres dieux-démiurges, car il a franchi les espaces qui se trouvent dans les béatitudes hyper-cosmiques pour y jouir joyeusement d’un monde qu’on appelle igné. » (Jean Préaux, Le culte des muses chez Martianus Capella)

Après les deux premières étapes sur la voie conduisant à l’individuation de C.G. Jung, marquées par le feu du trauma et le feu de l’aspiration spirituelle, la troisième étape consacre le surgissement en soi-même du Phénix renaissant perpétuellement de ses cendres.

Les six degrés de la Maçonnerie égyptienne (51è au 56è) illustrant les six étapes du processus d’individuation, sont extraits des 60 degrés (34è au 93è) développés dans le livre Méditations du Sphinx de Patrick Carré, Éditions GAMAYUN)

Patrick Carré donne rendez-vous à ses lecteurs devant la Fontaine Saint-Michel le samedi 11 ocobre 2025 à 10h, pour une conférence interactive (durée 2h). L’article de l’auteur déjà paru sur 450.fm à cette adresse prépare activement à cette conférence. Venez nombreux !

Autres articles de la série

Le mythe grec du Minotaure : un monstre dans les ténèbres du labyrinthe

Le Minotaure est l’une des figures les plus fascinantes de la mythologie grecque, incarnant un mélange troublant d’humanité et de bestialité. Ce monstre mi-homme, mi-taureau, doté du corps d’un homme, de la tête et de la queue d’un taureau, trouve ses origines dans une histoire complexe de passion, de trahison et de châtiment divin. Selon le mythe, il naît de l’union contre-nature entre Pasiphaé, reine de Crète, et un magnifique taureau blanc envoyé par Poséidon.

Combat contre le Minotaure

Ce taureau avait été offert à Minos, roi de Crète, comme preuve de la faveur divine, à condition qu’il soit sacrifié. Refusant ce sacrifice, Minos attire la colère du dieu, qui pousse Pasiphaé à s’éprendre de l’animal. De cette union naît le Minotaure, une créature monstrueuse que Minos, honteux, décide de dissimuler.

Parallèles avec la Franc-maçonnerie : symbolisme et initiation

Le mythe du Minotaure et de son labyrinthe offre des résonances profondes avec les symboles et les rituels de la franc-maçonnerie, une fraternité initiatique fondée sur des principes de connaissance, de transformation intérieure et de quête spirituelle. Plusieurs liens et images peuvent être établis entre ces deux univers.

Minotaure, copie d’une statue de Myron, Musée national archéologique d’Athènes.
  1. Le Labyrinthe comme Métaphore de l’Initiation
    En franc-maçonnerie, le cheminement initiatique est souvent représenté comme un parcours à travers un labyrinthe symbolique, où l’apprenti doit surmonter des épreuves pour atteindre la lumière de la connaissance. Le labyrinthe de Dédale, avec ses couloirs tortueux et son apparente absence de sortie, reflète cette quête intérieure. Comme Thésée, le franc-maçon doit trouver son propre fil d’Ariane – la sagesse et la vertu – pour transcender les ténèbres de l’ignorance.
  2. Le Minotaure comme Représentation des Pulsions
    Le Minotaure, mi-homme mi-bête, peut être vu comme une allégorie des instincts primitifs et des passions que la franc-maçonnerie invite à dompter. L’objectif de l’initiation est de transformer l’individu brut en un être éclairé, maîtrisant ses bas instincts – une lutte intérieure que le mythe illustre par la confrontation de Thésée avec le monstre.
  3. Dédale, Architecte et Maître Maçon
    Dédale, artisan du labyrinthe, évoque le rôle du maître maçon, architecte de son propre destin et de son temple intérieur. Sa capacité à concevoir une structure aussi complexe symbolise la maîtrise des arts et des sciences, un idéal central en franc-maçonnerie. Cependant, sa fuite avec des ailes de cire rappelle aussi les limites humaines et les dangers de l’orgueil, un avertissement implicite pour les maçons.
  4. Le Fil d’Ariane et la Lumière
    Le fil donné par Ariane peut être interprété comme un symbole de la guidance spirituelle ou de la tradition maçonnique, qui éclaire le chemin des initiés. Cette image renvoie aux outils et aux enseignements transmis au sein des loges pour aider les membres à naviguer dans les complexités de la vie.
  5. Le Sacrifice et la Rédemption
    Les tributs envoyés au Minotaure évoquent les sacrifices nécessaires à une transformation personnelle, un thème récurrent dans les rituels maçonniques. La victoire de Thésée symbolise la rédemption et l’émergence d’un homme nouveau, aligné sur des valeurs morales et spirituelles.

Pour conclure

Le mythe du Minotaure, avec son labyrinthe oppressant et sa créature hybride, offre un riche terrain d’interprétation pour la franc-maçonnerie. Il incarne la lutte entre l’ombre et la lumière, la bête et l’esprit, le chaos et l’ordre – des dualités que les maçons cherchent à harmoniser à travers leur parcours initiatique. Ce parallèle souligne l’universalité des récits mythiques, qui continuent d’inspirer des réflexions profondes sur la condition humaine, bien au-delà de leur contexte originel.

Les différentes formes d’amour

L’amour est une vertu, une éthique, à laquelle on nous demande d’être fidèle tout au long de notre cheminement maçonnique. Un Franc-maçon se doit d’aimer ses frères, et plus au delà l’humanité entière et tout le Vivant. Et pourtant, lequel d’entre nous n’a jamais éprouvé des difficultés à s’acquitter de ce devoir si simple et si exigeant ? Comment aimer cet autre que je trouve stupide ou arrogant, ou qui m’a fait du mal ? L’amour étant un sentiment, comment diriger un sentiment par la simple volonté du devoir ?

Une des origines de ces difficultés me semble être que les sens que l’on peut mettre sur ce mot peuvent être très différents.

Jeune garçon et son chien
Jeune garçon et son chien

« J’aime mon chien ». « J’aime ma femme ». « J’aime les couchers de soleil ». « J’aime le beefsteak ». « J’aime mon frère »… Chacun sent bienque l’on ne parle pas de la même chose dans toutes ces affirmations.

Alors de quoi parle-t-on quand on parle d’amour ?

Les définitions du dictionnaire, tellement diverses vont nous être de peu d’utilité : « Elan physique ou sentimental qui porte un être humain vers un autre. Disposition à vouloir le bien d’une entité humanisée. Affection entre les membres d’une famille. Inclination envers une personne le plus souvent de caractère passionnel… »

Or pour appréhender un concept, pour pouvoir se l’approprier intimement, certes intellectuellement par la pensée, mais aussi physiquement et sensoriellement à travers notre ressenti corporel, on a besoin de mieux pouvoir définir ce mot. Le mot va alors pouvoir devenir vivant dans notre représentation, et s’incarner concrètement dans notre corps. « A l’origine était le verbe… et le verbe s’est fait chair » Prologue de l’Evangile de Jean. Il n’y a pas du Verbe sans une chair qui va l’incarner.

Par exemple, les esquimaux disposent dans leurs langue de 27 mots différents pour nommer ce que nous appelons « neige ». Suivant qu’elle est lourde, légère, floconneuse, humide, fraiche, cristalline… elle prendra des noms différents. Et cela leur est nécessaire car dans leur expérience de la vie quotidienne la qualité de la neige à un certain moment, et le rapport qu’ils entretiennent avec cet élément est très important et a un impact direct, dans leur chair, sur leur existence.

Alors on peut se dire que pour appréhender et vivre ces mots « aimer, amour », il serait intéressant d’enrichir notre vocabulaire en différenciant ces mots. Les anglophones différencient déjà « like », aimer une chose inerte et « love », aimer un être vivant. Cela donne déjà une première précision.

Mais c’est du coté des racines grecques de notre langue que nous allons trouver de quoi enrichir et colorier notre vocabulaire.

En effet le grec ancien dispose d’au moins 10 mots différents pour qualifier ce que nous nommons « amour ». Et plus nous pourrons nuancer et affiner ce mot, plus nous gagnerons en liberté et en sensibilité pour nous y retrouver dans toutes les gammes de sentiments divers qu’il évoque. Plus à l’aise pour exprimer un ressenti particulier, nous serons aussi plus à l’aise pour partager et communiquer avec l’autre sur ce ressenti spécifique, et ainsi en acquérir une plus grande maitrise. On peut mieux exprimer, définir et ressentir dans sa chair quelquechose en utilisant une palette de différentes couleurs qu’en limitant notre outil au seul crayon noir.

Couple et amour

Nous allons donc passer en revue les différents mots que l’on trouve dans le grec pour signifier « amour ». Je me suis pour cela appuyé sur un livre que j’ai découvert il y a une dizaine d’années : « Qui aime quand je t’aime ? » de Catherine Bensaïd et Jean-Yves Leloup.

Le premier sens que l’on peut donner au mot amour est Pornéia : l’amour appétit, l’amour captatif, celui du nourrisson pour le sein maternel ou de l’enfant pour les petits plats mitonnés par sa maman ou son papa. Mais quel que soit notre âge, il y a toujours de l’enfant en nous, et l’adulte que nous sommes devenus pourra continuer à demander à l’autre de combler son manque, de le rassasier par une disponibilité constante. L’autre serait alors réduit à n’être que la pâture, que l’objet dont on a besoin pour calmer son appétit, la source qui viendra étancher notre soif insatiable. « Aime-moi sans compter ». C’est un amour qui consomme l’autre. Cet autre pouvant d’ailleurs être la femme aimée dans un couple, ou le Frère ou la Loge, la Loge Mère justement, dont je peux vouloir lui demander qu’elle me nourrisse toujours sans pour autant me préoccuper de ce que je peux lui apporter.

Puis viennent Pothos, l’amour besoin, et Mania, l’amour passion. On est ici dans la passion amoureuse, un amour possessif, qui va ajouter à la dimension pulsionnelle la dimension émotive. C’est le premier amour de l’adolescence : « Je t’aime comme un fou », « je ne pourrais pas vivre sans toi », « je t’ai dans la peau… ». La sensation voluptueuse d’être possédé s’accompagne de la nécessité de vouloir posséder l’autre.

Mais après l’exaltation du coup de foudre peut venir la cendre de la désillusion : et cet amour peur être fugace, et on peut bruler ce qu’il y a peu encore on adorait.

On rencontre parfois dans nos Loges des Frères impatients qui, la passion exaltante de l’Initiation, ou de la Maîtrise, retombée, nous quittent en maugréant sur cette passion retombée comme un soufflé. Passion et patience ne font jamais bon ménage.

Avec Eros, on entre dans l’amour érotique, celui du jeune homme ou de la jeune femme, dans le domaine du désir. Désir sexuel, désir de désirer, d’être désiré, mais aussi de s’envoler vers quelque chose qui nous dépasse, qui nous pousse à nous élever : un femme et la jouissance érotique, mais aussi peut-être la poursuite éperdue de la Connaissance, de la Vérité, de la Perfection, d’autant plus désirable qu’elle s’éloigne quand on l’approche.

Eros est ce jeune Dieu ailé qui va déclencher, grâce à la flèche qu’il décoche, le désir dans le coeur de celui qui en sera transpercé. Pour le meilleur et pour le pire, le meilleur étant l’énergie éperdue qui va le transcender, le pousser à s’élever toujours plus haut, et le pire étant la chute pour celui qui, comme Icare, s’élève trop vite et trop haut et dont les ailes fondent sous les rayons ardents du soleil qui vient le consummer.

Avec l’âge mur, l’amour va entrer dans Philia, l’amour amitié, l’amour durable, l’amour confiant, qui ne brûle pas des feux de la passion, mais qui est la braise qui demeure sous la cendre, qui résiste au temps et à toutes ses vicissitudes. Il est basé sur un échange, la confiance, la construction patiente d’une vraie relation, que chacun prendra soin d’entretenir car tout ce qui est vivant (et une relation est vivante si elle n’est pas morte) n’est jamais éternel et nécessite que l’on en prenne soin. Il est précieux de pouvoir se mettre à nu et être accueilli devant l’ami, non pas tel que nous aimerions être mais tel que nous sommes vraiment, avec nos faiblesses, nos vulnérabilités et nos zones d’ombre.

C’est sur cet amour là que nous comptons quand en Loge, nous prenons le risque de demander au Vénérable Maître à prendre la parole et partager devant nos Frères, avec parfois maladresses et tâtonnements, notre quête vers la lumière. Ou que nous allons à la rencontre d’un Frère dont nous percevons qu’il se trouve en difficulté.

En continuant de monter les barreaux de l’échelle de l’amour, nous passons à l’amour Storgé, l’amour tendresse et Harmonia, l’amour harmonie, l’amour bonté. L’amour ici n’est plus dépendant d’une relation mais est considéré comme un état d’être, un rayonnement de notre Etre profond, qui se manifeste comme une infinie tendresse à l’égard de tous les êtres et plus, à l’égard de tout notre environnement et de toute la création. Il ne s’agit pas seulement de poser des actes d’amour, mais d’être amour, rayonnant de tendresse et de bonté. « Ayez un soleil en vous-même », comme l’ont dit le Christ comme le Bouddha.

Lorsque des êtres rayonnent de cet amour, il ne leur appartient plus mais il les traverse et ils peuvent être source d’harmonie, harmonie du ciel et de la terre, du masculin et du féminin, du fort et du faible, de l’enfant et du vieillard, du yin et du yang, de tous les contraires et de toutes les dualités qui dès lors ne sont plus séparées.

C’est cet atmosphère d’harmonia que nous éprouvons quand, au contact de certaines personnes, ou dans certains lieux, ou pour ce qui nous concerne dans certains moments de notre rituel comme la Chaîne d’Union, nous ressentons brusquement une joie profonde nous envahir ; sentiment de paix, d’être à sa juste place, de simple appartenance à l’univers, alors que parfois rien autour de nous n’a changé par rapport à l’instant d’avant.

Antoine Caron, Les Funérailles de l’Amour (1560-1570) (musée du Louvre) – ce tableau allégorique typique du maniérisme constitue selon Bernard Gorceix une illustration du style des Noces Chymiques.

A un autre degré est l’amour Eunoia, amour dévouement, amour compassion. Amour de la joie à donner plus qu’à recevoir, à servir plus qu’à être servi. Là nous ne sommes plus du coté de la soif mais du coté de la source, plus du coté de la demande ou du désir mais du coté du don, du don gratuit, de la compassion à l’égard de l’autre quel qu’il soit. Joie de servir, mais de servir sans ostentation ou fausse humilité, de servir en toute liberté. Car on sait bien que l’amour est la seule richesse qui augmente d’autant plus qu’on la distribue autour de nous.

C’est l’amour Eunoia qui va guider le Frère Hospitalier vers un Frère de la Loge qui peut se trouver dans le besoin. C’est Eunoia qui va conduire le Vénérable Maître et ses Officiers à servir la Loge, les Maîtres à servir les Apprentis et les Apprentis à servir les Maîtres.

Enfin avec Charis, l’amour gratitude, l’amour célébration, et Agapé, l’amour gratuit et inconditionnel, il devient difficile de trouver les mots car l’expérience, pour la plupart des gens, et tout au moins en ce qui me concerne, n’est que furtive, effleurée. La Charis, c’est donner et se donner avec joie ; l’égo, les désirs, les demande ne sont plus des obstacles, mais sont vite débordés par la puissance d’un amour qui vient d’ailleurs, qui est donné gratuitement, et qui se donne gratuitement. Ce serait ce qu’on peut appeler « l’état de grâce ». Tout est simple, l’amour coule de source, et il se nourrit et s’exalte même des obstacles qu’il rencontre.

Avec l’Agape, l’amour devient divin et inconditionnel. Il devient saint et totalement libre. Amour et liberté s’embrassent, il n’y a plus de dualité, l’homme est ouvert dans toutes les dimensions de son être : la hauteur, la largeur, la profondeur. Il demeure dans l’ouvert : une porte, des bras se sont ouverts en lui et nul ne peut les fermer.

Cène de Fidèle Patritti sur le décor du chœur de la chapelle des pénitents blancs (Saint-Sébastien)

Pour les chrétiens, ce moment est représenté par la Cène, ce repas et ce pain partagé par le Christ avec ses disciples. Le bouddha qui a vécu cette épreuve et avait fait l’expérience de la vanité de toutes choses, pouvait déclarer à ce sujet « Il n’y a pas de Soi, il n’y pas d’Être ».

Pour nous Francs-maçons, nous tentons de le retrouver lors de nos agapes, et plus particulièrement lors de la Saint Jean d’hiver, et je crois qu’il est bon de rappeler ici ce qui devrait nous inspirer à ce moment là, et qui est particulièrement sacré.

Ainsi donc voila rapidement brossées les diverses définitions que l’on peut donner au mot Amour. Comme les différentes couleurs d’un arc en ciel, chacune participe, à sa mesure, au tableau global. A chacun de s’y reconnaître dans la juste utilisation de ces couleurs pour que l’oeuvre soit la plus belle et précise.

L'amour d'Hélène et Paris Jacques-Louis David
L’amour d’Hélène et Paris Jacques-Louis David

De l’amour Pornéia à l’amour Agapé, on pourrait également les représenter sur les 10 barreaux d’une échelle, en mettant Pornéia en bas, au premier barreau, et Agapé en haut, au dernier. Et, comme Jacob dans son songe, tout au long de notre vie, en fonction des circonstances extérieures ou de nos différents états intérieurs, nous nous déplaçons tout au long de cette échelle. Déplacements qui peuvent nous élever et nous amener à vivre l’amour dans ses manifestations les plus nobles, mais aussi nous conduire à redescendre ces différents barreaux, et pas toujours harmonieusement et avec grâce, mais parfois plus maladroitement quand nous loupons quelques barreaux de l’échelle, et que nous chutons et nous retrouvons à terre, mordant la poussière. Il ne nous reste plus alors qu’à se relever et à reprendre notre ascension, plus fort de l’expérience acquise, car « c’est en se plantant que l‘on forge ses racines ».

Alors l’important n’est pas tant de juger et de hiérarchiser le niveau d’amour auquel je suis arrivé sur cette échelle que de faire preuve de clairvoyance et de lucidité sur là ou j’en suis, ici et maintenant et dans cette circonstance, de ma qualité d’amour. C’est de pouvoir définir ou j’en suis qui va me permettre de décider si j’ai le désir, la volonté, et la force, de grimper un barreau supplémentaire ; ou si je choisis de descendre prudemment sur le barreau inférieur car le ne m’y sens plus en sécurité.

Pouvoir définir les différentes manières d’aimer permet par ailleurs de dédramatiser ce « devoir d’amour » que nous avons accepté en devenant Franc-maçon.

N’étant pas de constitution Divine mais simplement humaine, je ne peux pas aimer tous mes Frères d’un amour agapé, totalement libre et inconditionnel. Par contre par exemple l’amour eunoia, de dévouement et de compassion, est celui qui va m’animer lorsque je me mets au service de mes Frères ou l’amour philia quand je prends soin de la relation qui lie chaque Frères les uns aux autres.

Et je peux passer d’une forme d’amour à une autre, tout en étant toujours fidèle à ce devoir d’amour. Et aimer des personnes diversesde manières différentes ; ou encore aimer la même personne différemment, suivant les circonstances changeantes de la vie. En somme faire preuve de tolérance avec moi-même dans mes multiples modalités d’aimer. Et donc faire preuve de tolérance avec l’autre dans ses différentes manières d’aimer également.

Alors « que l’amour règne parmi les hommes » pourra être aussi entendu comme « que les amours règnent parmi les hommes ». Et devenir ainsi peut-être un peu plus accessible à chacun d’entre nous.

Le chantage de Saint-Étienne : une affaire de pouvoir et de manipulation vue à travers le prisme maçonnique

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De notre confrère if-saint-etienne.fr – Par Julie Tadduni

Quand le pouvoir politique rencontre les ombres de l’initiation

Dans les méandres de la politique locale française, l’affaire de chantage qui secoue Saint-Étienne depuis 2022 ressemble à un drame antique, où les passions humaines – ambition, trahison, vengeance – se heurtent aux exigences d’une éthique supérieure. Centrée sur une vidéo compromettante utilisée comme arme de coercition, cette intrigue impliquant le maire Gaël Perdriau et ses proches collaborateurs met en lumière les dérives du pouvoir : un « barbouzage » politique qui évoque les intrigues des cours royales ou des loges secrètes.

À partir du 22 septembre 2025, le Tribunal correctionnel de Lyon jugera cette affaire hors norme, potentiellement explosive à l’approche des élections municipales de 2026.

Labyrinthe
Labyrinthe

Mais au-delà du scandale médiatique, comment aborder cette histoire sous un angle maçonnique ? La franc-maçonnerie, en tant que tradition initiatique, valorise des principes intangibles : la fraternité, la bienveillance, la recherche de la vérité et la maîtrise de soi. Elle enseigne que le pouvoir véritable réside dans la lumière intérieure, non dans les manipulations obscures. Cette affaire, bien que n’impliquant pas directement des loges maçonniques – du moins publiquement –, offre un terrain fertile pour une réflexion symbolique. Le chantage, comme un labyrinthe minoen, piège l’âme dans les ténèbres de l’ego ; la vidéo, tel un miroir déformant, révèle les faiblesses humaines que l’initié doit transcender. En explorant chronologiquement les faits, nous verrons comment ces événements interrogent les valeurs maçonniques, invitant à une introspection collective sur la corruption morale et la quête de sagesse.

Chronologie détaillée : de la passion cachée à la chute publique

Gaël Perdriau

Pour comprendre l’ampleur de cette affaire, remontons aux origines, en retraçant les faits tels qu’ils ont été révélés par Mediapart et les enquêtes judiciaires. Cette chronologie, établie sur la base des éléments publics, met en scène un quatuor central : Gaël Perdriau (maire LR de Saint-Étienne et président de Saint-Étienne Métropole), Pierre Gauttieri (son directeur de cabinet), Samy Kéfi-Jérôme (adjoint à l’éducation) et Gilles Rossary-Lenglet (ex-compagnon de la victime, Gilles Artigues). Le cœur du scandale : une vidéo intime datant de janvier 2015, filmée à l’hôtel sans consentement lors d’une rencontre avec un escort-boy à Paris, utilisée pendant huit ans pour « contrôler » Artigues, premier adjoint à l’urbanisme.

Gilles Artigues en 2012.
  • Janvier 2015 : L’Origine du Piège
    Tout commence par une soirée privée à Paris. Gilles Artigues, alors figure montante de la droite stéphanoise, est filmé à son insu lors d’un massage érotique. Les images, capturées par un tiers, deviennent un « assurance-vie » pour ses rivaux internes au sein des Républicains (LR). Bien que l’identité du caméraman reste floue, la vidéo circule dans les cercles politiques comme une arme dissuasive, empêchant Artigues de contester l’ascension de Perdriau.
  • 2014-2022 : Huit Ans de Contrôle Silencieux
    Durant cette période, Artigues grimpe les échelons : élu conseiller municipal en 2014, il devient premier adjoint en 2020. Mais sous la surface, la vidéo plane comme une ombre. Selon les audios publiés par Mediapart, Gauttieri et Perdriau l’utilisent pour « verrouiller » sa loyauté, l’empêchant de briguer des postes rivaux ou de critiquer les décisions municipales. Des subventions publiques – environ 50 000 euros – sont versées à des associations liées à Rossary-Lenglet et Kéfi-Jérôme pour services rendus, un détournement qualifié de « rémunération » pour leur rôle dans le chantage. Ce « barbouzage » interne, digne d’un thriller politique, transforme la mairie en un nid d’intrigues.
  • 23 Mai 2022 : La Première Fissure
    Artigues démissionne de son poste de premier adjoint, invoquant un retour à la vie professionnelle. Perdriau salue publiquement sa décision, mais les enregistrements ultérieurs révéleront une jubilation privée : la vidéo a servi son objectif, neutralisant un rival potentiel.
  • 26 Août 2022 : L’Explosion Médiatique
    Mediapart frappe fort avec son enquête « Sexe, chantage et vidéo : l’odieux complot ». Des captures d’écran de la vidéo sont publiées, montrant Artigues nu, aux côtés de Kéfi-Jérôme et d’un troisième homme. Les audios accablants suivent : Gauttieri avoue agir « comme un criminel », tandis que Perdriau évoque une utilisation discrète de la vidéo en « petits comités ». Le montant du chantage financier est chiffré à 50 000 euros, prélevés sur des fonds publics via des subventions occultes. L’affaire éclabousse immédiatement la droite locale, avec des accusations de chantage aggravé, abus de biens sociaux et non-dénonciation de crime.
  • 27-29 Août 2022 : Réactions en Chaîne et Plainte
    La Région Auvergne-Rhône-Alpes suspend Kéfi-Jérôme. Perdriau, lors d’une commémoration, minimise : « C’est une affaire privée », niant l’existence de la vidéo ou son usage politique. Artigues porte plainte le 29 août pour embuscade organisée, chantage aggravé, menaces et détournement de fonds. L’enquête est confiée à Lyon pour impartialité.
  • 12 Septembre 2022 : Les Audios Dévastateurs
    Mediapart publie de nouveaux enregistrements : Perdriau y parle de « disposer » de la vidéo pour influencer des « cercles restreints ». Gauttieri, dans une conversation avec Rossary-Lenglet, détaille le montage financier.
  • 13 Septembre 2022 : Gardiens et Exclusions
    Perdriau, Gauttieri, Kéfi-Jérôme et Rossary-Lenglet sont placés en garde à vue, puis relâchés sous contrôle judiciaire. Les Républicains lancent une procédure d’exclusion contre Perdriau.
  • 20-26 Septembre 2022 : Les Démission et Remous au Conseil
    Gauttieri est limogé avec une indemnité de 33 500 euros (20 553 euros de la Ville + Métropole). Perdriau se met en retrait de la présidence de Saint-Étienne Métropole. Kéfi-Jérôme démissionne. Le conseil municipal du 26 septembre est électrique : l’opposition quitte la salle, Perdriau invoque la présomption d’innocence.
  • 11 Octobre 2022 : L’Exclusion de Perdriau
    LR l’exclut unanimement, marquant la fin de sa carrière au sein du parti.
  • 30 Novembre 2022 : L’Insulte à Wauquiez
    Un audio révèle Perdriau insultant Laurent Wauquiez (président LR de la Région), l’accusant de corruption sexuelle. Wauquiez porte plainte pour diffamation. Perdriau s’excuse publiquement.
  • Janvier 2024 : Le Lien Maçonnique Évoqué
    Dans une interview au Progrès, Perdriau mentionne brièvement la franc-maçonnerie : « Je ne suis pas franc-maçon, mais je sais que certains le sont et que cela joue dans les réseaux. » Cette phrase isolée, sans lien direct avec l’affaire, alimente les spéculations sur les influences occultes en politique locale.
  • Octobre 2024 : Mises en Examen
    Tous les protagonistes sont mis en examen pour chantage aggravé et abus de biens sociaux. L’instruction s’achève, pavant la voie au procès.
  • 22-26 Septembre 2025 : Le Procès Imminent
    Devant la 17e chambre correctionnelle de Lyon, l’affaire sera jugée. Les enjeux : peines potentielles de 10 ans de prison pour chantage, plus des amendes pour détournement. À six mois des municipales, elle pourrait redessiner la carte politique stéphanoise.

Analyse maçonnique : le chantage comme épreuve inversée de l’initiation

Sous l’angle maçonnique, cette affaire transcende le scandale pour devenir une parabole sur la dérive des ombres. La franc-maçonnerie, avec ses rituels symboliques, enseigne que l’initié doit affronter ses propres ténèbres pour accéder à la lumière : le cabinet de réflexion, où l’on médite sur la mort et la vanité des passions, en est l’emblème. Ici, le chantage opère à l’inverse : il enferme la victime dans un labyrinthe de honte, utilisant la vulnérabilité intime comme chaîne. La vidéo, tel un « miroir noir » maçonnique dévoyé, ne révèle pas la vérité libératrice mais asservit l’individu à la volonté d’autrui.

La fraternité trahie : du lien sacré à la manipulation

En loge, la fraternité est un pacte inviolable, scellé par serment sous le regard du Grand Architecte. À Saint-Étienne, elle est pervertie en réseau de contrôle : Gauttieri, « directeur de cabinet » comme un Vénérable Maître corrompu, orchestre le « barbouzage » ; Perdriau, en retrait comme un apprenti déchu, minimise ses responsabilités. Les 50 000 euros détournés évoquent un abus des « fonds du temple » – ces ressources collectives qui, en maçonnerie, servent la bienfaisance, non l’enrichissement personnel. Schopenhauer, cité dans les réflexions maçonniques sur la compassion, verrait ici une absence totale d’empathie : le chantage ignore le bien-être de l’Autre, préférant la domination.

Le pouvoir et l’épreuve de la vertu

Aristote, dont les vertus sont au cœur de l’éthique maçonnique (Nicomacheque Éthique), prône la bienveillance comme recherche du bien d’autrui. Perdriau, en utilisant la vidéo pour « verrouiller » Artigues, incarne l’inverse : une phronesis (sagesse pratique) détournée en machiavélisme. Kant, avec son impératif catégorique, condamnerait ce calcul utilitaire. L’affaire de Saint-Étienne illustre l’échec : huit ans de silence forcé, comme une « nuit noire de l’âme » non transcendée.

colonnes

La mention isolée de la franc-maçonnerie par Perdriau en 2024 ajoute une couche symbolique. Bien que sans preuve d’implication maçonnique (aucune loge n’est citée dans l’enquête), elle renvoie aux stéréotypes des « réseaux occultes » que la maçonnerie combat depuis des siècles. Historiquement, des affaires comme celle des « frères » impliqués dans des scandales financiers (ex. : l’affaire des fiches en 1904) ont terni l’image des loges, rappelant que l’initié n’est pas immunisé contre les vices profanes. Ici, le parallèle est clair : le pouvoir politique, sans garde-fou éthique, devient un faux temple, où les colonnes J et B symbolisent non l’équilibre, mais la dualité destructrice entre apparence et réalité.

L’auto-bienveillance manquante : vers une transformation intérieure

Maçonniquement, la bienveillance commence par soi : reconnaître ses faiblesses sans jugement, comme dans l’épreuve de l’eau ou du feu. Artigues, victime piégée, incarne l’apprenti confronté à son ombre ; mais les chantagistes, en niant leurs actes, refusent cette introspection. Le détournement de fonds publics – une trahison de la « pierre brute » sociétale – appelle à une réforme : comment les élus, potentiels « maçons du monde profane », peuvent-ils incarner la sagesse sans pureté ?

Implications politiques et sociétales : un appel à la lumière

Laurent Wauquiez en 2021

À l’approche du procès, l’affaire risque de fracturer la droite stéphanoise : Perdriau, toujours maire malgré l’exclusion de LR, pourrait se présenter sans étiquette, mais avec un passif judiciaire lourd. Wauquiez, visé par les insultes, observe de loin, tandis que l’opposition (PS, écologistes) y voit une opportunité. Financièrement, les 50 000 euros ne sont que la partie visible : l’enquête explore d’autres subventions occultes.

Sociétalement, ce scandale interroge la normalisation du chantage numérique – une « épée de Damoclès » moderne, opposée à la discrétion maçonnique qui protège, non qui détruit. Il met en lumière les luttes internes aux partis, où l’ambition l’emporte sur l’honneur.

Vers une fraternité authentique

Rudyard Kipling

L’affaire de Saint-Étienne n’est pas qu’un fait divers ; c’est un miroir tendu à la société, et particulièrement aux cercles initiatiques comme la franc-maçonnerie. Elle nous rappelle que le vrai pouvoir n’est pas dans la coercition, mais dans la transformation : dompter le Minotaure intérieur pour sortir du labyrinthe. Que le procès de septembre 2025 soit un moment de vérité, invitant chacun – profane ou initié – à pratiquer la bienveillance sans modération. Comme l’enseigne le rituel maçonnique :

« Tu seras homme, et tu connaîtras l’univers. ».

Cultivons la lumière, non les ombres. Belle réflexion à tous les chercheurs de vérité.

« L’I.A. dans tous ses états » : les horizons maçonniques du massif vosgien, un rendez-vous éclairé

Dans les replis verdoyants du massif vosgien, où les forêts ancestrales murmurent les secrets du temps, se prépare un événement qui marie l’antique sagesse maçonnique à la fulgurance de l’Intelligence Artificielle (IA).

Les Horizons Maçonniques du Massif Vosgien, organisés par le Souverain Chapitre VOSEGUS sous les auspices de la Chambre d’Administration du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France (GODF), invitent à une réflexion profonde et plurielle sur « L’I.A. dans tous ses états ».

L’I.A. dans tous ses états

Du 26 au 28 septembre 2025, au Pont du Metty à La Bresse (88250)

Ce rassemblement ouvert à toutes les Obédiences amies, rites et grades, promet de transcender les frontières habituelles pour explorer les enjeux éthiques, sociétaux et philosophiques de cette technologie omniprésente.

Philippe Guglielmi

À la tête de cette initiative inspirée, le Très Sage & Parfait Grand Vénérable Philippe Guglielmi affirme avec conviction : « L’avenir passe par la formation et la connaissance de nouveaux concepts des nouvelles générations et ces questions vitales méritent débat. Formons des projets qui dépassent notre cadre habituel pour revenir en finalité à nos vraies valeurs : la citoyenneté et ce que nous voulons voir porté par une société républicaine, universaliste et laïque, fidèle à l’esprit des Lumières. »

Le Grand Chapitre Général du Rite Français : Gardien d’une tradition maçonnique

Au cœur de cet événement se trouve le Grand Chapitre Général du Rite Français, une institution vénérable au sein du Grand Orient de France (GODF).

Fondé dans les années 1728 et agrégé au GODF en 1786, le Grand Chapitre Général veille à la préservation et à la pratique des Ordres de Sagesse, les grades supérieurs du Rite Français – un rite codifié par le GODF entre 1783 et 1786. Ce rite, ancré dans l’esprit des Lumières, met l’accent sur la raison, l’universalisme et la laïcité, tout en favorisant le perfectionnement intellectuel et moral de ses membres.

Refondé et consolidé au fil des siècles, le Grand Chapitre Général représente aujourd’hui un pilier de la Franc-Maçonnerie obédientielle, avec environ 85 % des loges du GODF travaillant au Rite Français. Il supervise les chapitres locaux, comme le Souverain Chapitre VOSEGUS, et promeut des initiatives qui allient tradition rituelle et engagement contemporain. Sous la direction de sa Chambre d’Administration, il encourage des débats ouverts sur les défis sociétaux, tels que l’impact de l’intelligence artificielle, en harmonie avec les valeurs républicaines. Ce cadre institutionnel garantit une continuité historique tout en s’ouvrant aux enjeux modernes, faisant des Horizons Maçonniques un exemple vivant de cette dynamique.

Stèle votive pour Vosegus

Une tradition maçonnique ancrée dans le territoire vosgien

Les Horizons Maçonniques du Massif Vosgien ne sont pas juste une manifestation isolée. Ils incarnent un ensemble vivant d’activités, de conférences et de rencontres qui animent la vie maçonnique dans les Vosges.

Portés par des chapitres locaux comme le Souverain Chapitre VOSEGUSVosegus est dans l’héritage gallo-romain un dieu topique de la faune –, ces horizons couvrent des cycles de conférences, des expositions et des rencontres qui rassemblent membres et sympathisants des loges disséminées autour d’Épinal, Mirecourt, Remiremont et Saint-Dié-des-Vosges. Parmi les formats les plus emblématiques, les Imaginales maçonniques et ésotériques d’Épinal se distinguent par leurs intervenants de renom, leurs conférences publiques et leurs ateliers dédiés aux traditions rituelles, à la philosophie maçonnique et à l’histoire locale des loges.

Le massif vosgien abrite une typologie riche de loges : l’emblématique Fraternité Vosgienne à l’Orient d’Épinal ou la Loge de Remiremont, qui célèbre plus de 150 ans d’implantation régionale. Les temples maçonniques, tels ceux de Saint-Dié-des-Vosges et d’Épinal, souvent inscrits au patrimoine local, ouvrent leurs portes au public lors de journées dédiées, invitant les curieux à plonger dans le symbolisme et la culture maçonnique. Ces activités visent le perfectionnement individuel, la valorisation de la symbolique du compagnonnage et la transmission des rites propres aux obédiences vosgiennes. Thèmes récurrents : la diversité rituelle, la mixité, l’histoire régionale, l’engagement citoyen et fraternel, à travers des expositions comme « Voyages du Franc-maçon » ou des visites guidées en lien avec le département.

L’Intelligence Artificielle au cœur des débats : des intervenants d’exception pour une réflexion de haut vol

Cette édition 2025 place l’intelligence artificielle au centre des réflexions, explorant ses multiples facettes – de ses apports salvateurs à ses dérives potentielles. Dans un monde où l’I.A. redéfinit les contours de l’humain, ces horizons maçonniques proposent un dialogue éclairé, fidèle à l’esprit des Lumières : universaliste, laïque et républicain. La qualité des intervenants, sélectionnés pour leur expertise pointue et leur engagement interdisciplinaire, garantit un programme d’une rare profondeur, alliant science, philosophie, droit et politique pour décrypter les implications sociétales de l’I.A.

Le programme, riche et varié, débute le vendredi 26 septembre à 14h00 avec « L’apport de l’IA en chirurgie, un éclairage éthique », animé par Michel Caillol.

Ancien interne et assistant chef de clinique en chirurgie orthopédique et traumatologique aux hôpitaux de Marseille, Michel Caillol a exercé dans des établissements à but non lucratif avant qu’une blessure ne le mène à une reconversion profonde. Docteur en philosophie spécialisé en éthique et politique, titulaire d’un Master en gestion et politiques de santé de Sciences-Po Paris, il est aujourd’hui formateur en éthique médicale et hospitalière, dirigeant un organisme dédié à ces questions. Président national de la CNSPB (Commission Nationale de Santé Publique et Bien-être) du Grand Orient de France, il apporte un regard unique de soignant devenu patient et philosophe, enrichi par des interventions régulières sur les dilemmes éthiques du numérique en santé. Son expertise allie pratique clinique et réflexion morale, offrant un éclairage précieux sur les avancées technologiques en chirurgie.

Didier Desor

Le samedi 27 septembre s’ouvre à 10h00 sur deux conférences successives. D’abord, « Le contrôle social à l’heure de l’IA » par Didier Desor, professeur émérite des Universités et enseignant en Neurosciences du Comportement à la Faculté des Sciences de l’Université Henri Poincaré (aujourd’hui Université de Lorraine).

Âgé de 62 ans lors de ses dernières publications actives, Didier Desor est un chercheur renommé en neurosciences des comportements sociaux, avec une spécialisation dans les mécanismes alimentaires, la nutrition et les interactions humaines. Il a enseigné également à l’IUT de Saint-Dié-des-Vosges en psychologie, et ses travaux, souvent accompagnés de projections-débats, explorent comment les algorithmes pourraient influencer nos comportements collectifs. Son approche scientifique rigoureuse, forgée par des décennies de recherche, promet d’analyser les risques de surveillance algorithmique avec une précision neuroscientifique.

Stéphane Viry – Source Assemblée nationale

Suivie de « L’impact futur de l’IA dans le domaine de l’emploi » par Stéphane Viry, député de la première circonscription des Vosges et membre influent de la Commission des Affaires Sociales de l’Assemblée Nationale. Élu en 2017 sous l’étiquette Les Républicains, réélu en 2022 et 2024, Stéphane Viry est une figure politique ancrée localement, avec un cabinet à Épinal. Ancien cadre du secteur privé, il s’est distingué par ses interventions sur les questions sociales, l’emploi et la transition numérique, défendant une vision républicaine équilibrée face aux disruptions technologiques. Sa position au cœur du législatif français lui confère une expertise unique, idéale pour anticiper les transformations du marché du travail induites par l’I.A.

L’après-midi, à 14h00, deux interventions complémentaires : « L’IA : dérives et danger et implication dans l’éthique animale » par Anaëlle Martin, docteure en droit public de l’Université de Strasbourg (thèse soutenue en 2020). Spécialisée en droit de l’Union européenne, elle est formatrice en droit français et européen relatif à l’expérimentation animale auprès des Comités Régionaux de Biosécurité (CRBS).

Travaillant activement dans l’éthique du numérique et de l’intelligence artificielle, ainsi que l’éthique animale, Anaëlle Martin excelle dans les croisements philosophiques et juridiques, comme en témoigne sa conférence récente sur les distinctions légales entre humains, animaux et machines. Ses prédilections – philosophie, théorie du droit et éthique appliquée – en font une voix autorisée pour questionner les biais éthiques de l’I.A. envers les non-humains.

Le temple de la loge « La Fraternité Vosgienne », à l’Orient d’Épinal
Le temple de la loge « La Fraternité Vosgienne », à l’Orient d’Épinal

Puis, « L’IA générative environnement et climat » par Henry Dufaure de Citres, ingénieur chevronné dans l’économie circulaire. En tant que bénévole associatif, il mobilise les données pour promouvoir des pratiques durables, intervenant sur les interfaces entre technologie et écologie. Son expertise pratique en ingénierie environnementale, alliée à un engagement militant pour la transition écologique, permettra d’explorer comment l’I.A. générative peut accélérer – ou entraver – les solutions climatiques, avec un regard concret sur l’économie circulaire.

La journée se poursuit par une découverte poétique de La Bresse et ses environs à 17h00, suivie d’une réunion des T∴S∴P∴M∴ avec le T∴Ill∴F∴ Richard Guth, Délégué Régional de la Chambre d’Administration du G∴C∴G∴, figure respectée au sein du Grand Orient de France pour son rôle dans la coordination régionale des rites. Un dîner convivial à 19h30 scellera ces échanges fraternels.

Blason GODF

Enfin, le dimanche 28 septembre à 9h30, un conseil ouvert aux Maîtres du GODF et Obédiences amies présentera l’histoire du Rite Français par le B∴A∴F∴ Yvan Viry du Chapitre Vosegus, initié chevronné dont l’expérience maçonnique locale enrichit les débats sur les traditions vosgiennes, enrichi d’un témoignage personnel de Richard Guth, soulignant les enjeux contemporains du compagnonnage.

GCGGO Rite Français (Source Wikipedia – Kagaoua)

Un appel à la fraternité et à l’ouverture

Ces Horizons Maçonniques incarnent la mémoire et le présent du compagnonnage lorrain, dans des formats accueillants qui favorisent le dialogue public et la continuité rituelle. Grâce au leadership du Grand Chapitre Général du Rite Français et de Philippe Guglielmi, l’événement élève le débat sur l’I.A. à un niveau maçonnique exemplaire, nous rappelant que cette technologie, dans tous ses états – créative, disruptive, éthique ou périlleuse –, doit être appréhendée avec la sagesse des bâtisseurs. Comme un écho aux valeurs maçonniques, cet événement invite à former des projets qui transcendent les cadres habituels, pour revenir à l’essentiel : la citoyenneté, l’universalisme et la laïcité.

Que vous soyez initié ou simple curieux, ces horizons vosgiens vous attendent pour un voyage intellectuel et fraternel inoubliable.

Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal 2023
Temple d’Épinal (GODF)

Pour toute réservation ou inscription, contactez pgrasser1@yahoo.fr

Indiquez rapidement le nombre de participants ; les validations se font à réception du règlement via le coupon d’inscription. Source :Grand Chapitre Général du Rite Français (GCGRF)

Les loges Kennington et Artifex s’étendent dans le monde entier

De notre confrère masons.au

Le 23 juin 2025, des Frères du monde entier se sont réunis pour célébrer les liens durables de la Franc-maçonnerie lors d’un événement du Grand Temple organisé au Freemasons’ Hall sous les auspices de la Loge Kennington n° 1381 du Met et de la Loge Artifex n° 4555 de la Province du Kent oriental. L’occasion a marqué la visite distinguée du Très Vénérable Frère Bernie Khristian Albano, Grand Maître du Territoire de la capitale australienne et de la Nouvelle-Galles du Sud, accompagné de ses Grands Officiers, dans une démonstration de fraternité internationale et de valeurs partagées.

Le Grand Temple était en effervescence alors que les dignitaires et les membres se rassemblaient sous les plafonds voûtés historiques du Grand Temple, coordonnés avec une parfaite synchronisation par le Grand Directeur adjoint métropolitain des cérémonies, W Bro David Cresswell, avec ses Grands Intendants métropolitains. 

Le Frère Khris Albano, figure vénérée de la communauté maçonnique australienne, a prononcé un discours émouvant soulignant l’importance de la fraternité, du service et du soutien mutuel au-delà des frontières. Il a également évoqué certains rituels traditionnels australiens, mettant en lumière la riche histoire de la maçonnerie dans le Territoire de la capitale australienne et au sein de la Grande Loge Unie de Nouvelle-Galles du Sud. Il a rappelé que Lord Carrington, alors gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud, avait été proclamé premier Grand Maître de l’UGLNSW. 

Son discours a eu un profond écho auprès des participants, réaffirmant les principes universels au cœur de la franc-maçonnerie.

L’entrée et la présence du Grand Inspecteur Métropolitain W Bro Huw Pritchard ont ajouté une touche particulière à la cérémonie. Leader et représentant respecté, il a prononcé une invocation poignante qui a donné le ton à l’unité et à la fraternité. 

Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre – Le Temple (GLUA)

Les hymnes nationaux britannique et australien ont été interprétés et orchestrés avec brio par le grand organiste, W Bro Nick Murdoch. Tout au long de la journée, un sentiment de camaraderie et de partage d’un objectif commun a régné.

Cette visite souligne l’engagement continu de la GLUA et de ses partenaires internationaux à favoriser les liens fraternels et à promouvoir les valeurs d’intégrité, de charité et de fraternité.

Alors que les Frères partaient, après un conseil festif dans les salles Connaught, ils sont repartis avec une inspiration renouvelée et un dévouement réaffirmé à la franc-maçonnerie, unis dans un but à travers les continents. 

Article original des francs-maçons de Londres :   
https://www.londonmasons.org.uk/news/1005/kennington-and-artifex-lodges-span-the-globe

Sauvons notre laïcité : « La crise musulmane en France »

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L’ouvrage rappelle que la laïcité française est un pilier démocratique issu de la loi de 1905, fruit d’un compromis historique avec l’Église catholique. Ce principe assure la liberté de conscience, en séparant clairement le domaine spirituel du domaine politique. La République garantit ainsi à chaque citoyen de mener sa quête métaphysique en toute indépendance.

Or, depuis plusieurs décennies, la laïcité est mise à l’épreuve par l’émergence de l’islam en France.

Cette religion, dans son acception stricte, ne sépare pas le spirituel du temporel. Elle entre donc en tension avec la neutralité de l’espace public telle que l’entend la République. L’ouvrage dénonce, par ailleurs, le laxisme politique et ce qu’il appelle un « abus de démocratie », ouvrant la voie au communautarisme.

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Pour cet essai, la laïcité est plus qu’une règle : c’est un ciment de la Nation et un facteur d’unité.

 En insistant sur la nécessité de défendre un modèle fondé sur l’égalité, la liberté de pensée et la fraternité, la solution passerait soit par une réforme profonde de la lecture des textes islamiques, soit par une rupture nette. La France pourrait encourager une élite musulmane moderniste capable d’inventer un islam compatible avec la laïcité. Enfin elle pourrait restaurer la confiance en la Nation par une pédagogie de la laïcité à l’école.

L’AUTEUR : Le Général Henri Roure

Officier général, Saint-Cyrien, breveté de l’enseignement militaire supérieur, docteur d’État en Sciences politiques, le Général Henri Roure a fait sa carrière dans les Troupes de Marine. Il a notamment servi en Afrique et en état-major dans les Relations internationales. Il est membre du Cercle de Réflexion Interarmées, conseiller pour les questions africaines et géopolitiques et conférencier. Il est auteur d’une douzaine d’ouvrages et de nombreux articles.

18/10/25 – Château Saint-Antoine : Mathusalem 13 réunit musique et solidarité fraternelle

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Dans le paysage maçonnique français, où la fraternité et la solidarité se manifestent au quotidien, l’association Mathusalem 13 émerge comme un pilier essentiel de soutien aux aînés et aux frères et sœurs éloignés de leur Loge. C’est dans cet esprit d’union et de générosité que Mathusalem 13 organise un événement musical d’exception : un récital de piano par le virtuose Maximilien Borron, qui se tiendra au prestigieux Château Saint-Antoine, à Marseille.

450.fm, votre premier journal dédié à la Franc-Maçonnerie, met en lumière cet événement qui allie art, histoire et valeurs maçonniques, tout en développant le rôle crucial de Mathusalem 13 et en valorisant le cadre majestueux du Château Saint-Antoine.

Mathusalem 13 : Réparer la chaîne d’union rompue

Fondée sur les principes de solidarité et de fraternité, l’association Mathusalem 13 s’est donnée pour mission de pratiquer concrètement l’entraide envers celles et ceux qui, pour des raisons économiques, de santé, d’éloignement géographique ou de drames personnels, ont dû cesser leur activité maçonnique. Comme le souligne son président, Jean-Claude Levy, « Véritable CHAINE D’UNION, notre Association « MATHUSALEM 13 » se donne pour mission de pratiquer concrètement la SOLIDARITÉ, à l’intention de celles et ceux qui […] ont cessé leur activité Maçonnique, et ne font plus partie de leur Loge (ou s’en trouvent matériellement éloignés). POUR CES SS & FF LA CHAÎNE D’UNION EST ROMPUE… Ils représentent le patrimoine de nos Aînés, Notre Devoir est de les servir, ainsi que leurs conjoints ».

Mathusalem 13

En étroite collaboration avec les Vénérables Maîtres, Secrétaires, Hospitaliers et tous les Frères et Sœurs volontaires, Mathusalem 13 travaille à rétablir cette chaîne d’union brisée. L’association opère en Bouches-du-Rhône et au-delà, organisant des événements culturels et caritatifs pour financer ses actions. Ce récital de piano n’est pas seulement un moment artistique : il est un acte de solidarité, dont les bénéfices soutiendront directement les initiatives de l’association. Mathusalem 13 incarne ainsi l’essence même de la Franc-Maçonnerie : un engagement concret envers les plus vulnérables, rappelant que la fraternité ne s’arrête pas aux portes des Loges.

Thierry Zaveroni

Mathusalem 13 sait pouvoir compter sur la présence fraternelle de Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître de la Grande Loge de France, dont la bienveillance sans ostentation, l’écoute qui précède la parole et le souci d’ouvrir des chemins plutôt que d’assigner des places éclairent nos travaux.

Sa venue donne le ton : l’art au service de l’entraide, la musique comme chaîne d’union rendue à sa charge de fraternité, au bénéfice des plus fragiles, dans la continuité de la mission de Mathusalem 13.
 

Le Château Saint-Antoine : Un joyau maçonnique au cœur de Marseille

L’événement se déroulera dans un cadre d’exception : le Château Saint-Antoine, qui abrite l’Hôtel de la Grande Loge de France, situé au 10, Boulevard Jules Sébastianelli, dans le 11e arrondissement de Marseille. Ce lieu emblématique, niché dans un environnement verdoyant et chargé d’histoire, est bien plus qu’un simple bâtiment. Construit au XIXe siècle et rénové pour accueillir les activités maçonniques, le Château Saint-Antoine symbolise l’harmonie entre tradition et modernité. Ses salons élégants, ses jardins paisibles et son architecture néo-classique en font un sanctuaire idéal pour des rassemblements fraternels.

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Les Heures Bleues au Château Saint-Antoine

Propriété de la Grande Loge de France, le château accueille régulièrement des conférences, des tenues et des événements culturels – expositions en relation avec le Musée de la GLDF (musée de France – appellation délivrée par le ministère de la Culture – ; Les Heures Bleues ; Rencontre 2025 « Jeunesse et valeurs européennes » de  AAPM), qui renforcent les liens entre les Obédiences.

Château Saint-Antoine
Château Saint-Antoine

Pour ce récital, son acoustique remarquable et son ambiance solennelle promettent une immersion totale dans la musique, transformant l’expérience en un rituel artistique. En choisissant ce lieu, Mathusalem 13 met en avant non seulement l’héritage maçonnique marseillais, mais aussi la capacité de la Franc-Maçonnerie à ouvrir ses portes à la culture, invitant amis et sympathisants à partager ces moments d’élévation spirituelle.

Maximilien Borron

Un virtuose au piano : Maximilien Borron et son programme envoûtant

Au cœur de cet événement, le pianiste Maximilien Borron, originaire de Côte d’Or, offrira un récital qui marie virtuosité technique et profondeur émotionnelle. Formé auprès des plus grands maîtres à Dijon, Boulogne-Billancourt, Londres (Guildhall School) et Moscou (Conservatoire Tchaïkovski, dans la classe de Lev Naumov), Maximilien Borron a forgé un style unique, influencé par l’école occidentale et la grande tradition russe. Sa sonorité profonde, alliant intensité et poésie, captive les auditoires du monde entier. En parallèle de sa carrière de concertiste, il transmet sa passion en tant que professeur au Conservatoire d’Antibes.

Le programme du récital, prévu le samedi 18 octobre 2025 à 18h00, invite à une immersion au cœur des grands maîtres du piano romantique et impressionniste :

Beethoven – Sonate op. 26 : Une œuvre introspective, explorant les thèmes de la variation et de l’émotion pure.

Schumann – Concert sans orchestre op. 14 : Une pièce virtuose qui évoque la passion et la rêverie schumanniennes.

Ravel – Sonatine : Un bijou d’élégance française, mêlant clarté et subtilité harmonique.

Liszt – Valse de Méphisto : Une démonstration de technique flamboyante, inspirée du mythe faustien.

Ce répertoire, riche en contrastes, promet une expérience inoubliable, où la musique devient un vecteur de réflexion et d’union.

Marseille, la plus ancienne des villes de France, belle deux fois parce qu’elle est d’abord fidèle à sa mémoire, ensuite audacieuse dans son présent.

Ici, la mer n’est pas un décor : elle est un miroir d’Orient, un compas ouvert vers l’autre. Le Château Saint-Antoine y tient le rôle d’une bastide-phare : un lieu où la tradition se respire, où la modernité se travaille, où l’on entre comme dans un temple de lumière.

Armoiries de Marseille

À Marseille, l’hospitalité n’est pas un slogan mais un geste ; l’on y apprend que la beauté naît de l’alliage entre la pierre et le vent, la mémoire et l’avenir. Quel merveilleux écrin pour une soirée où la musique devient travail d’élévation et promesse de fraternité active.

Rejoignez-les pour un moment d’exception

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, amis(ies), Mathusalem 13 vous invite à assister à ce rendez-vous musical d’exception. Les tarifs sont accessibles : 10 € pour le récital seul, et 35 € pour le récital suivi d’un repas convivial. Les paiements se font par carte bancaire via le lien Hello Asso, disponible sur le site de Mathusalem France.

Réservez dès maintenant et contribuez à rétablir la chaîne d’union ! Nous vous attendons nombreux pour partager cet instant de beauté et de fraternité.

Du Je au Nous : réflexions sur un langage de l’autorité

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Je ne suis qu’un simple Frère de colonne. Je ne tiens pas le maillet, je ne siège pas dans les conseils, je ne conduis pas les débats. J’écoute, je reçois, je contemple. Et parfois, dans ce silence qui est aussi une école, un mot me heurte ou m’interpelle. Il ne s’agit pas de juger, encore moins de condamner, mais de partager une inquiétude fraternelle.

De plus en plus souvent, en Loge, dans nos assemblées, voire en Grande Loge, j’entends cette formule : « j’ai décidé ». Trois mots. Trois syllabes. Un écho qui, pour certains, passe inaperçu, mais qui, pour moi, résonne comme une dissonance dans l’harmonie de nos travaux.

Pourquoi ?

Parce que la Franc-Maçonnerie n’est pas l’art de commander, mais celui de conduire ensemble. Le « je » y a sa place, certes : quand nous prenons la parole, nous disons « je pense », « je crois », « j’ai travaillé sur ». Mais lorsque l’autorité s’exprime, elle ne parle jamais en son nom propre. Elle parle au nom de la Loge, au nom du Conseil, au nom de l’Obédience. Elle n’impose pas une volonté individuelle : elle traduit la décision commune, fruit de la délibération.

En entendant ce « j’ai décidé », je songe à l’équerre et au compas. L’équerre rappelle la rectitude, le compas l’ouverture. Mais aucun des deux outils ne se suffit à lui-même : ils n’ont de sens que dans leur articulation. Le « je » qui se ferme sur lui-même se fait équerre rigide ; le « nous » qui s’élargit devient compas accueillant. L’autorité maçonnique se tient entre les deux : elle trace une règle qui n’est jamais celle d’un seul, mais celle qui unit.

Psychologiquement, ce tic verbal peut traduire bien des choses : le besoin de s’affirmer dans une fonction nouvelle, la volonté d’afficher de la fermeté, ou tout simplement la maladresse de quelqu’un qui transpose dans le temple les réflexes du monde profane. Dans l’entreprise, dans la politique, dire « j’ai décidé » est valorisé : cela rassure, cela montre que « le chef tient la barre ».

Mais en Loge, cette tournure fait vaciller la perception que nous avons de la fonction : le Grand Maître, le Vénérable, le Surveillant ne sont pas des chefs, ils sont les gardiens provisoires d’une charge confiée par les Frères.

Initiatiquement, il y a là une leçon précieuse. Nos rituels nous enseignent que le maillet ne frappe pas pour imposer une volonté, mais pour rappeler à l’ordre, pour accorder le rythme du chantier. De même, la parole de celui qui préside n’est pas un décret, mais une médiation. Le « j’ai décidé » enferme la fonction dans la personne ; le « nous avons décidé » élève la personne à la hauteur de la fonction.

Frères, mon propos n’est pas de pointer du doigt tel ou tel, ni d’alimenter des murmures inutiles. Je cherche simplement à dire combien les mots sont importants, combien ils façonnent notre perception. Car le langage n’est pas un simple vêtement : il est matière vivante de notre Temple. Une pierre mal taillée peut fragiliser un mur ; une parole mal ajustée peut fissurer la confiance.

Cadenas attachés tous ensemble
Cadenas attachés tous ensemble

Alors, je nous invite à entendre cette nuance : le « je » est l’expression d’une conscience individuelle, le « nous » est l’expression d’un corps initiatique. Quand nous disons « j’ai décidé », nous risquons de réduire l’égrégore à une volonté solitaire. Quand nous disons « nous avons décidé », nous rappelons que nul n’est au-dessus de la Loge, mais que chacun, selon sa place, sert l’édifice.

Puissions-nous, Frères, retrouver cette humilité du langage, qui n’est pas faiblesse mais force, car elle nous relie les uns aux autres. Puissions-nous, chaque fois que nous entendons « j’ai décidé », nous souvenir que l’art maçonnique est de transformer le « je » en « nous », comme la pierre brute devient pierre cubique.

J’ai dit, ou plutôt : nous avons réfléchi ensemble.

Mylène Farmer : l’autre lumière, l’alchimie d’une voix

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Nous avons appris depuis longtemps que certaines œuvres ne se contentent pas d’être écoutées. Elles se visitent comme un Temple intérieur, avec ses portes battantes, ses silences, ses colonnes de lumière et ses zones d’ombre où l’on affûte la parole.

Mylène Farmer, Live 2019, capture d'écran
Mylène Farmer, Live 2019, capture d’écran

L’univers de Mylène Farmer appartient à cette famille rare. Il mêle pudeur et dévoilement, Eros et Thanatos, bibliothèque et piste de danse, une alchimie volontairement paradoxale qui aimante depuis quatre décennies une communauté d’adeptes.

Sa trajectoire, canadienne d’origine et française d’inscription, commence à Pierrefonds, dans la banlieue de Montréal, avant de s’enraciner près de Paris ; son nom civil, Mylène Jeanne Gautier, deviendra « Mylène Farmer », patronyme choisi en écho à l’actrice Frances Farmer, comme si le théâtre de la vie annonçait déjà la future poétique du masque. Discrétion farouche, rareté médiatique, fidélité au compagnonnage créatif avec Laurent Boutonnat : la biographie dessine une signature – autant une œuvre qu’un personnage, autant une voix qu’un monde.

Son aventure discographique installe une dramaturgie de métamorphoses : des premiers sortilèges de « Cendres de lune » et d’« Ainsi soit je… » au tournant blanc et corvidé de « L’autre… », puis au virage californien d’« Anamorphosée », au lyrisme d’« Innamoramento », aux cycles « Avant que l’ombre… » et « Bleu Noir », jusqu’aux constellations d’« Interstellaires » et aux brûlures de « L’Emprise ». On y aura reconnu une esthétique de grand atelier : textes à doubles fonds, iconographie somptuaire, clips cinématographiques, fables interdites et ballet d’allusions littéraires (Baudelaire, Poe, Wilde, Levi, Egon Schiele) qui signent l’érudition discrète et la mélancolie lumineuse de l’autrice. L’album « L’autre… » (1991), porté par un oiseau noir posé sur une chevelure incendiaire, restera son sommet commercial en France, où il se classe très longuement en tête et installe définitivement l’aura Farmer.

Source : site mylene.net

La scène, chez elle, est davantage qu’un concert : c’est un rituel de passage. Des théâtres de la fin des années 1980 aux vastes arènes, jusqu’aux rendez-vous géants au Stade de France, chaque tournée rejoue un serment : chorégraphies comme fresques, décors en cathédrales d’écrans, dramaturgie minutée. La tournée « Nevermore 2023/2024 », malgré les aléas d’un monde troublé, a confirmé l’ampleur de ce dispositif et l’inscription d’un répertoire désormais patrimonial dans l’imaginaire collectif. Que le spectacle se clôt souvent sur « Désenchantée » dit assez la valeur d’étendard de cette chanson – refrain partagé, bras levés, rite profane de fraternité immédiate.

Quant aux « mystères » de Mylène Farmer, il faut les entendre non comme des secrets à dérober mais comme une façon d’habiter la distance. Peu d’interviews, beaucoup d’images : elle inverse la proportion usuelle de la célébrité contemporaine. À la curiosité indiscrète elle oppose la construction d’un mythe, patiemment, pierre à pierre : fables historiques (« Libertine », XVIIᵉ baroque et fouet de soie), contes cruels, religiosité détournée, martyrs de papier, anges et fauves, tout un bestiaire où l’innocence et la faute dansent ensemble. Ce théâtre nourrit une herméneutique sans fin : chacun y projette son labyrinthe, y retrouve son miroir. C’est la force des grandes icônes pop : elles proposent des chambres d’échos pour nos contradictions.

Approchons maintenant « Désenchantée », par où tant d’itinéraires ont commencé. Sortie en 1991, première étincelle de « L’autre… », elle demeurera sa chanson-signature, numéro 1 durant de longues semaines en France : au-delà d’un tube, une formule – l’air même d’une époque – que la foule chante comme on se reconnaît. Les historiens de la pop noteront l’alliage : pulsation europop, mélodie ascendante, diction nette qui martèle des mots simples et fatidiques. Les herméneutes, eux, liront autre chose : une dramaturgie de la perte et de la mesure, le sentiment d’une génération venue trop tard pour les utopies, trop tôt pour renoncer.

Comment une loge symbolique entendrait-elle cette chanson ?

D’abord comme une nuit de « nigredo ». Le mot « désenchantée » n’est pas le deuil de la magie, mais l’aveu d’un voile arraché : les illusions tombent, reste la matière brute. C’est la pierre non taillée posée au centre, à laquelle il faudra appliquer le maillet et le ciseau. La frappe du refrain agit comme un marteau rythmique : à chaque battement, une scorie se détache, à chaque retour une part de nous se dénude. L’alchimiste sait que l’œuvre au noir n’est pas la fin, mais l’indispensable commencement.

Ensuite, la chanson met en scène la traversée des deux Colonnes. Le texte oppose jour et nuit, idéal et constat, promesse et chute : nous passons de Jakin à Boaz, de la théorie à l’épreuve, de l’Orient espéré à la réalité du Septentrion. Le « désenchantement » n’est pas l’échec de l’initiation ; c’en est le seuil. C’est le moment où l’on cesse d’accuser le monde et où l’on se met à travailler. Dans le Temple intérieur, le constat « tout est chaos » (pour ne citer qu’un très bref fragment) ne clôt pas la marche : il l’ordonne. Un monde qui paraît disloqué appelle précisément l’équerre, le niveau, le fil à plomb ; c’est dans l’écart des choses que naît la géométrie.

La chanson, de couplet en couplet, procède alors comme un dialogue entre l’Atelier et la cité. Dans l’Atelier, nous reprenons souffle, nous mesurons, nous nommons. Dans la cité, nous entendons le tumulte, la fatigue, la phrase cassée. Le refrain agit comme ces retours en soi que prescrit l’inscription V.I.T.R.I.O.L. : « Visita Interiora Terrae… ». Visiter l’intérieur de la Terre, c’est écouter la basse obstinée de la chanson : non un gémissement, mais une basse continue – un bourdon de cathédrale – qui porte la voix claire. Aller au centre de soi pour y trouver l’étoile polaire qui ne se voit pas en plein midi.

On ne s’étonnera pas que cette poétique respire la bibliothèque. Mylène Farmer a toujours mêlé aux pulsations synthétiques du temps des réminiscences littéraires : chez elle, Baudelaire et Poe traversent la pop comme des spectres familiers. L’ombre d’« Allan » – clin d’œil explicite au maître d’outre-tombe – suffit à rappeler que l’imaginaire n’est pas une décoration mais une boussole : des récits, des symboles, des figures continuent d’enseigner dans la langue d’aujourd’hui. C’est ce tissage qui, pour nous, fait signe : tradition vivante, modernité assumée, fidélité et invention.

Nigredo rubedo albedo : les étapes alchimiques
Nigredo rubedo albedo : les étapes alchimiques

Si l’on prolonge la lecture alchimique, « Désenchantée » laisse entrevoir ses deux autres couleurs. Après la « nigredo » (noir), vient l’« albedo » (blanc) : ce moment de clarification où l’on comprend que l’innocence n’est pas un état perdu mais un effort de vérité. L’iconographie de « L’autre… » – visages diaphanes, oiseau sombre, épure glacée – en a donné des échos plastiques. Enfin, « rubedo » (rouge) : la chevelure flamboyante, le désir et la volonté, la chaleur du chœur quand des dizaines de milliers de voix entonnent la même devise. À ce stade, la chanson n’est plus plainte mais énergie, elle devient « chant de marche ». Elle réveille le désir de justesse plutôt que la nostalgie d’un âge d’or.

Une oreille maçonnique y reconnaîtra encore la pédagogie de l’équilibre. La pièce n’offre pas de solution spectaculaire ; elle propose une méthode : regarder le réel en face, nommer, mesurer, polir, reprendre. Dans nos rituels, la lumière n’abolit pas la nuit ; elle lui donne sens, la traverse et l’oriente. De même, la chanson n’abolit pas la fatigue moderne ; elle la met en travail. « Idéaux », « mots abîmés » : nous savons ce que c’est que des mots rabotés par l’usage. L’Atelier sert justement à leur redonner du fil, à les affûter jusqu’à ce qu’ils redeviennent performants, opérants, capables d’ouvrir.

Au fond, la « morale » initiatique de « Désenchantée » tient en peu de choses : ne pas confondre la chute des fables avec la fin du sens ; tenir le chantier, même quand l’époque se défait ; chercher la lumière intérieure là où l’exténuation du monde nous pousserait à baisser les bras. Nous n’avons pas à choisir entre la danse et la pensée : l’une peut servir l’autre. C’est le pari, profondément humaniste, de Mylène Farmer : relier l’intellect et le corps, l’icône et la blessure, l’intime et le partage.

Reste que la trajectoire entière de l’artiste explique la persistance de cette œuvre dans nos mémoires. Carrière au long cours, record impressionnant de numéros 1, constance du public francophone et au-delà, capacité à renouveler ses matières sonores sans renier sa patte : la tenue est exemplaire. Et l’actualité récente a rappelé la puissance du rite scénique : malgré reports et tempêtes, la communauté se retrouve, elle fait cercle, elle se reconnaît — et la chanson-signe referme la procession. C’est peut-être cela, au bout du compte, la « réponse » de Mylène Farmer : non une doctrine, mais une liturgie profane où chacune et chacun, à hauteur de sa propre nuit, repart avec une étincelle.

Pour l’historien, on retiendra que « Désenchantée » demeure son titre le plus emblématique : premier single de L’autre… (1991), il a occupé la tête des classements durant de longues semaines. Pour le symboliste, c’est une œuvre au noir muée en chant de marche. Pour nous, travailleurs de l’esprit, l’essentiel est la méthode : dans le vacarme des jours, ouvrir l’espace intérieur où le désenchantement cesse d’être une fatalité et devient, tout simplement, l’autre nom d’un réveil.

Alors,  notre iconique Mylène Farmer, à canoniser de son vivant ?

Illustrations : Wikimedia Commons