Au cœur de la tradition hindoue, la Bhagavad-Gītā (Chant du Seigneur), souvent abrégée en Gītā, occupe une place centrale comme l’un des textes philosophiques et spirituels les plus influents de l’histoire. Datant approximativement du IIe siècle avant J.-C. au Ve siècle après J.-C., selon les estimations des chercheurs, ce poème épique de 700 versets est inséré dans le grand récit du Mahābhārata, spécifiquement dans son sixième livre, le Bhīṣma Parva.
Explorons en détail ce chef-d’œuvre spirituel, son contexte, ses enseignements et ses surprenantes résonances avec la franc-maçonnerie, une fraternité philosophique née bien plus tard mais partageant des idéaux universels.
Contexte historique et littéraire
La Bhagavad-Gītā se déroule sur le champ de bataille de Kurukshetra, où le prince Arjuna, confronté à la guerre imminente contre ses propres cousins, les Kauravas, hésite à combattre. Son charriotier, Krishna, se révèle être une incarnation divine (avatar) de Vishnou et lui dispense un enseignement profond sur le devoir (dharma), la dévotion (bhakti), la connaissance (jnana) et l’action désintéressée (karma yoga).
Ce dialogue, structuré en 18 chapitres, transcende le cadre guerrier pour devenir une méditation universelle sur la vie, la mort et l’âme.
Le texte, rédigé en sanskrit, est attribué à Vyāsa, bien que sa composition ait probablement évolué sur plusieurs siècles. Il synthétise diverses écoles de pensée hindoues : le védisme, le yoga, le sankhya et le vedānta. Les manuscrits les plus anciens, comme ceux retrouvés dans les grottes d’Ajanta, datent du IVe siècle après J.-C., mais des fragments oraux plus anciens sont supposés exister. Traduite pour la première fois en Europe par Charles Wilkins en 1785 sous le patronage de la Compagnie des Indes orientales, la Gītā a influencé des penseurs comme Ralph Waldo Emerson, Henry David Thoreau et, plus tard, Mahatma Gandhi, qui y voyait un guide pour la non-violence et la résistance spirituelle.
Structure et enseignements principaux
La Bhagavad-Gītā est divisée en 18 chapitres, chacun abordant un aspect de la quête spirituelle. Voici les thèmes majeurs :
Le dilemme d’Arjuna (chapitre 1) : Arjuna exprime son désarroi face à la guerre fratricide, posant les bases de la réflexion éthique.
La voie du devoir (chapitres 2-3): Krishna enseigne le karma yoga, l’action sans attachement aux fruits, et insiste sur le dharma personnel, le devoir conforme à sa nature.
La connaissance et la discipline (chapitres 4-6) : Le jnana yoga (voie de la connaissance) et le dhyana yoga (méditation) sont présentés comme des moyens de transcender l’ego.
La dévotion (chapitres 7-12) : Le bhakti yoga, amour et dévotion envers Dieu, est exalté comme une voie accessible à tous.
La cosmologie et l’éternité (chapitres 13-15) : Krishna révèle sa nature divine et l’immortalité de l’âme (atman), distincte du corps périssable.
La renonciation et la libération (chapitres 16-18) : Le texte conclut sur la nécessité de renoncer aux désirs égoïstes pour atteindre la moksha (libération).
Un verset emblématique, 2.47 (« Tu as droit à l’action, mais non à ses fruits »), résume l’éthique du détachement, tandis que la vision cosmique de Krishna au chapitre 11, où il se manifeste sous sa forme universelle, illustre la transcendance divine. Le texte oscille entre monisme (l’âme et le divin sont une) et théisme (dévotion à un dieu personnel), reflétant sa richesse philosophique.
Influence culturelle et spirituelle
La Bhagavad-Gītā a transcendé l’Inde pour devenir un texte universel. En Occident, elle a inspiré le mouvement transcendantaliste américain et les philosophies New Age. Gandhi l’a utilisée comme un manuel de résistance passive pendant la lutte pour l’indépendance indienne, interprétant le champ de bataille comme une métaphore de la lutte intérieure. Des études modernes, comme celles de l’Indologist Georg Feuerstein, soulignent son impact sur la psychologie, notamment via la gestion des conflits internes et la quête de sens.
Similitudes avec la franc-maçonnerie : une quête commune de lumière
La franc-maçonnerie, née au 18e siècle avec la Grande Loge de Londres, partage avec la Bhagavad-Gītā des thèmes profonds, malgré leurs origines et contextes distincts. Examinons deux aspects clés de cette convergence.
1. L’initiation et la transformation personnelle
Dans la Gītā, l’initiation d’Arjuna par Krishna symbolise un passage d’un état de doute à une compréhension éclairée. De même, la franc-maçonnerie structure son parcours initiatique en trois grades – Apprenti, Compagnon, Maître – où le candidat progresse par des rituels et des symboles pour atteindre une « lumière intérieure ». Le temple maçonnique, comme le champ de Kurukshetra, devient un espace métaphorique où l’individu affronte ses propres conflits. Les outils des maçons (équerre, compas) évoquent les disciplines yogiques de la Gītā (contrôle du corps, de l’esprit), visant à aligner l’âme sur un ordre supérieur.
2. Le devoir et l’universalité des valeurs
Krishna insiste sur le dharma d’Arjuna, un devoir adapté à sa caste et à sa situation, tout en prônant une éthique universelle de justice et de détachement. La franc-maçonnerie, avec ses idéaux de fraternité, d’égalité et de vérité, transcende les frontières sociales et religieuses, un écho à l’universalisme de la Gītā. Les francs-maçons, comme Arjuna guidé par Krishna, cherchent à harmoniser leur action personnelle avec un bien collectif, souvent à travers des œuvres philanthropiques, parallèles à la notion hindoue de seva (service désintéressé).
Différences et complémentarités
Malgré ces parallèles, des divergences existent. La Bhagavad-Gītā est ancrée dans une cosmologie hindoue avec des concepts comme la réincarnation, absents de la maçonnerie, qui s’inspire davantage des traditions judéo-chrétiennes et des Lumières. Tandis que la Gītā propose une voie spirituelle explicite vers la moksha, la franc-maçonnerie se concentre sur une amélioration morale et sociale, laissant la métaphysique à l’interprétation personnelle. Cependant, ces différences enrichissent leur dialogue : la Gītā offre une profondeur spirituelle que la maçonnerie peut intégrer, tandis que cette dernière apporte une structure fraternelle à l’individualisme de la quête hindoue.
Un héritage vivant
En ce 18 juillet 2025, la Bhagavad-Gītā reste un texte vivant, étudié par des millions de personnes à travers le monde, de l’Inde aux cercles philosophiques occidentaux. Ses enseignements sur le devoir, la dévotion et la libération résonnent avec les aspirations humaines universelles, trouvant un écho inattendu dans la franc-maçonnerie.
Ensemble, ils illustrent une quête intemporelle de lumière et de sens, reliant des traditions séparées par des millénaires mais unies par une même recherche de vérité. Que ce soit sur les champs de Kurukshetra ou dans les temples maçonniques, l’humanité continue de puiser dans ces sagesses pour façonner son destin.
Il ne faut pas perdre la main sauf dans certains cas utiles peut être.
Aussi je vous propose un moment vintage avec le « Cahier Vacances », car il arrive que l’on s’y perde en Franc-maçonnerie. Par exemple, on parle tous des constitutions d’Anderson mais qu’en est il exactement ? Voilà un sujet qui peut vous occuper durant des heures. C’est un sujet que se plait à citer de nombreux biographes et de Franc-maçons érudits.
On plonge avec ce sujet dans les méandres de l’histoire et il y a matière à combler les vides et les incertitudes laissés depuis des siècles.
Premier excercice
origines de la franc-maçonnerie
Je vous propose donc ce premier exercice qui commence par les origines de la Franc-maçonnerie, une idée pour agrémenter vos vacances et comme
Deuxieme excercice
pourquoi ne pas enchaîner par un classique qui a fait ses preuves :
Le cabinet de réflexion
le cabinet de réflexion, c’est un exercice un peu fastidieux, mais au combien riche en symbolisme.
Avec le temps et les années on le laisse de côté et chaque retour dans ce cabinet nous émerveille de nouveau. Je le qualifierai d’incontournable à garder près de sa table de chevet de vacances !
Je laisse la place au Grand René car je crois qu’il a commencé le premier exercice dans sa vidéo ci-dessous :
Le Rite Français Moderne tel qu’il est pratiqué en Belgique est-il identique au Rite Français originel ? Et en quoi diffère-t-il du Régulateur du Maçon 1801, gardé vivant en France au sein de plusieurs Obédiences ?
Voici une réponse sous forme de voyage comparatif… Deux rites nés d’une même source, mais façonnés par deux histoires, deux cultures, deux philosophies. Deux rameaux, et pourtant la même sève : conduire l’homme des ténèbres à la Lumière.
Une fraternité d’origine, deux histoires façonnées par le temps
Le Rite Français Moderne et le Régulateur du Maçon partagent une même racine : la maçonnerie des Modernes, issue de la Grande Loge de Londres et de Westminster de 1717. À la fin du XVIIIe siècle, en France, le Grand Orient codifie le Rite Français (1783-1786) et publie en 1801 le « Régulateur du Maçon », sous la direction d’Alexandre Roëttiers de Montaleau (illustration de droite), garant d’une cohérence initiatique : trois grades bleus, prolongés par quatre Ordres de Sagesse, organisés comme une échelle ascendante.
Mais après 1815, l’histoire scinde ce tronc commun
Sceau GOB
En Belgique, la franc-maçonnerie, confrontée à la puissance de l’Église catholique, se politise et se laïcise. Le Grand Orient de Belgique (GOB) supprime en 1872 toute obligation d’invoquer le Grand Architecte de l’Univers. Le rite se simplifie, se libéralise, devient un outil d’émancipation morale et sociale, amputé des Ordres de Sagesse. Il se concentre sur les trois grades bleus, ouverts à tous sans condition métaphysique.
En France, plusieurs Obédiences, telles la Grande Loge Nationale Français (GLNF) ou encore L’Alliance par exemple, préservent fidèlement le Régulateur du Maçon. Elle maintient la référence au Grand Architecte, conserve la structure symbolique originelle, et garde la continuité des Ordres supérieurs. Le rite demeure une voie initiatique complète, enracinée dans le Temple mythique de Salomon.
Ainsi naissent deux rameaux : l’un horizontal, humaniste, laïc, l’autre vertical, symbolique, métaphysique.
Une dramaturgie identique au seuil de l’initiation
Malgré leurs divergences, le cœur du 1er grade est inchangé.
Dans les deux rites, le profane est conduit dans le Cabinet de réflexion. Là, il contemple le sablier, le crâne, le pain et l’eau, les maximes qui l’invitent à méditer sur la fragilité de la vie. Il rédige son testament philosophique, signe qu’il quitte symboliquement son ancienne existence.
Puis il est introduit les yeux bandés. Il traverse des voyages qui l’éprouvent : le bruit et la confusion, les forces des éléments. Il prête serment, engageant son honneur devant la Loge. Enfin, le bandeau tombe : il voit le pavé mosaïque, les colonnes, les Frères assemblés.
Dans les deux rites, le nouvel Apprenti comprend qu’il n’est qu’une pierre brute, à tailler par son travail intérieur.
Tableau d’apprenti selon le Régulateur de 1801
Mais des différences profondes dans la mise en sens
C’est après cette expérience que les nuances apparaissent. Car chaque rite lui donne une lecture différente.
Les colonnes : mémoire du Temple ou simple seuil
Dans le Régulateur du Maçon, les colonnes Jakin et Boaz sont fidèlement placées : J au Nord pour les Apprentis, B au Sud pour les Compagnons. Elles rappellent le porche du Temple de Salomon et marquent l’entrée dans l’Histoire mythique du peuple de la Lumière.
Dans le Moderne belge, les colonnes sont souvent inversées, sous influence écossaise ou britannique. Elles deviennent un symbole plus général de dualité : l’ombre et la lumière, la force et la stabilité. Le lien au Temple biblique s’estompe, remplacé par une lecture plus philosophique et laïque.
Les voyages : éléments de la nature ou étapes de la Création
Dans le Moderne belge, l’initié traverse quatre voyages, chacun lié à un élément : Terre, Air, Eau, Feu. Il expérimente la matière, la légèreté, la régénération et la purification. Cette symbolique est naturaliste et alchimique, héritée du compagnonnage : purifier l’homme par les forces de la nature.
Dans le Régulateur, il n’y a que trois voyages : le chaos et le bruit du monde profane, la purification par l’Eau, la transformation par le Feu. Ils évoquent le plan biblique de la Création : passer du désordre à l’harmonie.
Deux logiques : l’une terrestre, l’autre cosmique.
Tablier de vénérable au Rite français moderne (régulateur 1801)
Les outils : moralité sociale ou chemin initiatique
Dans les deux rites, l’Apprenti reçoit le maillet, le ciseau et la jauge. Mais le discours qui les accompagne change.
En Belgique, le maillet corrige les passions, le ciseau affine le caractère, la jauge mesure la juste répartition du temps. Les outils servent à devenir un homme meilleur dans la cité.
En France, le maillet est la force qui brise l’ignorance, le ciseau est la connaissance qui détache les scories de l’âme, la jauge est la mesure du plan cosmique. Les outils servent à éveiller l’initié à une dimension supérieure.
La pierre brute, dans le Moderne belge, est l’homme social ; dans le Régulateur, elle est l’homme spirituel.
Le pavé mosaïque : dualité morale ou ordre universel
Lorsque le bandeau tombe, l’Apprenti voit le pavé mosaïque.
Dans le Moderne belge, il est la dualité du monde : joie et peine, lumière et ombre, bien et mal, que l’homme doit accepter pour bâtir une société plus juste.
Dans le Régulateur, il est le reflet de la Création tout entière : un équilibre éternel des contraires, sous l’œil du Grand Architecte.
L’un est une leçon morale, l’autre une clé métaphysique.
Tablier de Maître Maçon du XIXe siècle
Les Lumières : conquête humaine ou révélation verticale
La Lumière est aussi comprise différemment.
En Belgique, elle est horizontale : elle éclaire la raison, libère l’homme des dogmes, révèle sa dignité. Elle est une conquête humaine.
En France, au Régulateur, elle est verticale : elle descend comme un don, elle rappelle le Verbe créateur : « Au commencement était la Lumière… »
Deux Lumières : l’une pour la cité, l’autre pour le Temple.
Les Ordres de Sagesse : la complétude ou le fragment
Drapeau de la Belgique
Drapeau de la France
Enfin, la différence la plus lourde est dans la suite du chemin.
En Belgique, le Moderne s’arrête à la Maîtrise. Les Ordres supérieurs ont été perdus, le rite est devenu un vestibule, qui mène souvent au REAA ou à d’autres systèmes.
Au Régulateur, les quatre Ordres de Sagesse et le cinquième Ordre final prolongent la progression. C’est une voie complète, du porche du Temple jusqu’à ses Chambres secrètes.
Ainsi, le Moderne belge est fragmentaire, le Régulateur est total.
Deux philosophies implicites
Ces divergences racontent deux visions de la Franc-Maçonnerie :
Le Moderne belge est un rite humaniste : il forme des citoyens libres et éclairés, il travaille à la cité fraternelle.
Le Régulateur du Maçon est un rite initiatiquement complet : il forme des hommes conscients de leur place dans un plan symbolique et universel.
Mais ils partagent une même mission : polir la pierre brute, améliorer l’homme.
Tableau comparatif synthétique
Aspect
Rite Moderne belge (GOB)
Régulateur du Maçon 1801
Contexte
Laïcisé, progressiste, libéral
Traditionnel, régulier, symbolique
Colonnes
Inversées, dualité morale
Fidèles au Temple de Salomon, seuil initiatique
Voyages
Quatre éléments (nature, alchimie)
Trois voyages (chaos, eau, feu – plan cosmique)
Outils
Instruments moraux pour la cité
Instruments initiatiques pour l’âme
Pavé mosaïque
Dualité du monde social
Ordre universel des contraires
Lumière
Horizontale, raison humaine
Verticale, révélation symbolique
Ordres supérieurs
Absents (rite fragmentaire)
Présents (rite complet, quatre Ordres + 5e Ordre)
Finalité
Émancipation individuelle et collective
Transformation spirituelle et universelle
Une même porte, deux chemins
Et pourtant, malgré tout cela, le cœur initiatique est le même.
Tablier du 4e ordre du Rite français moderne
Dans les deux rites, l’Apprenti quitte son ancienne vie, traverse la confusion, prête serment, reçoit la Lumière. Dans les deux rites, il comprend que la pierre brute doit être taillée. Dans les deux rites, il s’engage à travailler sur lui-même pour être utile aux autres.
Le Rite Moderne belge polit la pierre pour qu’elle s’intègre dans la société des hommes. Le Régulateur polit la pierre pour qu’elle reflète la lumière du Temple universel. Mais au fond, on ne bâtit pas la cité sans bâtir l’âme, et on n’élève pas le Temple sans aimer les hommes.
Citation en exergue
« Deux rites, deux finalités apparentes. Mais une seule voix : Travaille, persévère, et deviens l’ouvrier de toi-même. »
Tableau de loge 2e Grade du Rite Français – Source Eosphoros
Conclusion
Notre précédent article « L’Europe sous l’Équerre et le Compas » avait ouvert la réflexion sur la franc-maçonnerie belge. Cette étude comparative montre que, derrière les différences formelles, le Rite Français garde sa mission : initier l’homme, l’éclairer, le faire grandir.
Le Moderne belge est un rite façonné par la liberté de conscience et la société humaine. Le Régulateur du Maçon est un rite préservé dans sa dimension initiatique et symbolique. Deux visages, une même quête : conduire chacun de nous vers la Lumière.
Sources de cette étude :
Pour le Rite Français Moderne en Belgique : le Cahier du Premier Grade, tel que pratiqué à l’Orient de Nivelles, sous les auspices de la Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB) – Obédience dite « régulière et de tradition », au sein de la Respectable Loge Charles de Lorraine, n°29 ;
Pour la France : le rituel d’Apprenti du Rite Français, selon le Rituel de 1785, imprimé en 1801 sous le titre Régulateur du Maçon 3e édition, 2014) de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), Obédience dite « régulière et de tradition ». Précisons que cette édition est le fruit des remarquables Travaux de la Loge Nationale d’Instruction (LNI) Philibert de l’Orme, d’après les textes historiques…
Les « Constitutions d’Anderson » sont l’un des textes fondamentaux de la Franc-Maçonnerie moderne puisqu’il s’agit des premières constitutions de la première Grande Loge. Elles doivent cependant être replacées dans leur contexte et ne constituent en aucun cas une loi immuable de la Franc-Maçonnerie, puisqu’elles furent modifiées, en Angleterre même, dès 1738. Le texte intégral des Constitutions d’Anderson est fort long, il contient toutes sortes de choses, y compris des chansons. Vous trouverez ci-dessous la traduction de leur partie la plus connue et la plus souvent mentionnée, à savoir les « anciennes obligations ».
Les Anciennes Obligations des MAÇONS FRANCS ET ACCEPTES
TÊTES DE CHAPITRES savoir: I – Concernant DIEU et la RELIGION. II – Du MAGISTRAT CIVIL Suprême et Subordonné. III – Des LOGES IV – Des MAITRES, Surveillants, Compagnons et Apprentis V – De la Direction du MÉTIER pendant le travail. VI – De la CONDUITE, à savoir: . 1. Dans la Loge quand elle est constituée. . 2. Conduite après la fermeture de la Loge et avant le départ des Frères. . 3. Conduite quand des Frères se rencontrent sans présence Etrangère mais hors d’une Loge constituée. .4. Conduite en présence d’Étrangers non Maçons. . 5. Conduite Chez Vous et dans votre Entourage. . 6. Conduite envers un Frère étranger Recueillies par l’Auteur dans leurs Anciennes Archives, sur l’ordre du Grand Maître, l’actuel Duc de Montaigu. Approuvées par la Grande Loge et imprimées par ordre dans la première Édition du Livre des Constitutions, le 25 mars 1722.
I. – Concernant DIEU et la RELIGION Un MAÇON est obligé par sa Tenure d’obéir à la Loi morale et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais un Athée stupide, ni un Libertin irreligieux. Mais, quoique dans les Temps anciens les Maçons fussent astreints dans chaque pays d’appartenir à la Religion de ce Pays ou de cette Nation, quelle qu’elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette Religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des Hommes bons et loyaux ou Hommes d’Honneur et de Probité, quelles que soient les Dénominations ou Croyances qui puissent les distinguer; ainsi, la Maçonnerie devient le Centre d’Union et le Moyen de nouer une véritable Amitié parmi des Personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement Éloignées.
II. – Du MAGISTRAT CIVIL SUPRÊME et SUBORDONNÉ Un Maçon est un paisible Sujet à l’égard des Pouvoirs Civils, en quelque lieu qu’il réside ou travaille, et ne doit jamais être mêlé aux Complots et Conspirations contre la Paix et le Bien-Être de la Nation, ni manquer à ses devoirs envers les Magistrats inférieurs; car la Maçonnerie a toujours pâti de la Guerre, de l’Effusion de Sang et du Désordre; aussi les anciens Rois et Princes ont toujours été fort disposés à encourager les Frères, en raison de leur Caractère Pacifique et de leur Loyauté par lesquelles ils répondaient en fait aux chicanes de leurs Adversaires et défendaient l’Honneur de la Fraternité qui fut toujours florissante dans les Périodes de Paix. Aussi, si un Frère devenait Rebelle envers l’État, il ne devrait pas être soutenu dans sa Rébellion, quelle que soit la pitié que puisse inspirer son infortune; et s’il n’est convaincu d’aucun autre Crime, bien que la loyale Confrérie ait le devoir et l’obligation de désavouer sa Rébellion, pour ne provoquer aucune Inquiétude ni Suspicion politique de la part du Gouvernement au pouvoir, il ne peut pas être chassé de la Loge et ses relations avec elle demeurent indissolubles.
III. – Des LOGES Une LOGE est un lieu où des Maçons s’assemblent pour travailler : d’où le nom de LOGE qui est donné à l’Assemblée ou à la Société de Maçons régulièrement organisée, et l’obligation pour chaque Frère d’appartenir à l’une d’elles et de se soumettre à ses Règlements Particuliers ainsi qu’aux Règlements Généraux. La Loge est soit particulière, soit générale et plus on la fréquente, mieux on la comprend, de même que les Règlements de la Loge générale ou Grande Loge annexés ci- après. Dans les Temps anciens, aucun Maître ou Compagnon ne pouvait s’en absenter, spécialement lorsqu’il y avait été convoqué, sans encourir une sévère Censure à moins que le Maître ou les Surveillants n’aient constaté qu’il en avait été empêché par une impérieuse nécessité. Les Personnes admises comme membres d’une Loge doivent être des Hommes bons et loyaux, nés libres, ayant l’Age de la maturité d’esprit et de la Prudence, ni Serfs ni femmes ni Hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation.
IV. – Des MAITRES, SURVEILLANTS, COMPAGNONS et APPRENTIS Toute Promotion parmi les Maîtres Maçons est fondée uniquement sur la Valeur réelle et sur le Mérite personnel; afin que les Seigneurs puissent être bien servis, que les Frères ne soient pas exposés à l’Humiliation et que l’Art Royal ne soit point décrié : pour cela aucun Maître ou Surveillant n’est choisi à l’Ancienneté, mais bien pour son Mérite. Il est impossible de dépeindre ces choses par écrit, chaque Frère doit rester à sa propre place et les étudier selon les méthodes particulières de cette Confrérie. Tout ce que les Candidats peuvent savoir c’est qu’aucun Maître n’a le droit de prendre un Apprenti s’il n’a pas un Travail suffisant à lui fournir et s’il n’est pas un Jeune Homme parfait ne souffrant d’aucune Mutilation ou Tare Physique qui puisse l’empêcher d’apprendre l’Art et de servir le Seigneur de son Maître et de devenir un Frère, puis un Compagnon en temps voulu après avoir durant le Nombre d’Années fixé par la Coutume du Pays; et s’il n’est issu de Parents honnêtes; ceci afin qu’après avoir acquis les qualités requises il puisse parvenir à l’Honneur d’être le Surveillant, puis le Maître de la Loge, le Grand Surveillant et enfin, selon son Mérite, le Grand Maître de toutes les Loges.
Nul Frère ne peut être Surveillant avant d’avoir passé le degré de Compagnon; ni Maître avant d’avoir occupé les fonctions de Surveillant; ni Grand Surveillant avant d’avoir été Maître d’une Loge, ni Grand Maître s’il n’a pas été Compagnon avant son Election. Celui-ci doit être, en outre, de noble naissance ou GENTILHOMME de bonnes Manières ou quelque SAVANT éminent ou quelque ARCHITECTE distingué ou quelque autre HOMME DE L’ART d’une honnête ascendance et jouissant d’une grande Estime personnelle dans l’Opinion des Loges. Et afin de pouvoir s’acquitter le plus utilement, le plus aisément et le plus honorablement de son Office, le Grand Maître détient le pouvoir de choisir son propre Député Grand Maître qui doit être alors ou avoir été précédemment le Maître d’une Loge particulière et qui a le Privilège d’agir comme le ferait le Grand Maître lui-même, son Commettant, sauf quand le dit Commettant est présent ou qu’il manifeste son Autorité par une Lettre. Ces Administrateurs et Gouverneurs, supérieurs et subalternes de la Loge ancienne, doivent être obéis dans leurs Fonctions respectives par tous les Frères, conformément aux Anciennes Obligations et Règlements, en toute Humilité, Révérence, Amour et Diligence.
V. – De la Direction du Métier pendant le Travail Tous les Maçons travailleront honnêtement pendant les jours ouvrables afin de profiter honorablement des jours de fête; et l’horaire prescrit par la Loi du Pays ou fixé par la coutume sera respecté.
Le Compagnon Maçon le plus expert sera choisi ou délégué en qualité de Maître ou Surintendant des Travaux du Seigneur; ceux qui travaillent sous ses ordre l’appelleront Maître. Les Ouvriers doivent éviter tout Langage déplacé, et ne point se donner entre eux de sobriquets désobligeants, mais s’appeler Frère ou Compagnon; et se conduire avec courtoisie à l’intérieur de la Loge.
Le Maître, confiant en son Habileté, entreprendra les Travaux du Seigneur aussi raisonnablement que possible et tirera parti des matériaux comme s’ils étaient à lui, ne donnant à aucun Frère ou Apprenti plus que le salaire qu’il mérite vraiment. Le Maître et les Maçons recevant chacun leur juste Salaire seront fidèles au Seigneur et achèveront leur Travail consciencieusement, qu’il soit à la Tâche ou à la Journée; et ils n’effectueront pas à la Tâche l’Ouvrage qu’on a l’habitude de faire à Temps. Nul ne se montrera Envieux de la Prospérité d’un Frère ni ne le supplantera, ni ne l’écartera de son Travail s’il est capable de le mener à bien; car personne ne peut achever le Travail d’autrui, à l’avantage du Seigneur, sans être parfaitement au courant des Projets et Conceptions de celui qui l’a commencé.
Quand un Compagnon Maçon est désigné comme Surveillant des Travaux sous la conduite du Maître, il sera équitable tant à l’égard du Maître que des Compagnons, surveillera avec soin le Travail en l’absence du Maître dans l’intérêt du Seigneur; et ses Frères lui obéiront. Tous les Maçons employés recevront leur salaire uniment, sans Murmure ni Révolte, et ne quitteront pas le Maître avant l’achèvement du Travail.
On instruira un Frère plus jeune dans le travail pour que les Matériaux ne soient point gâchés par manque d’Expérience et pour accroître et consolider l’Amour Fraternel. On n’utilisera dans le travail que les Outils approuvés par la Grande Loge. Aucun Manoeuvre ne sera employé aux Travaux propres à la Maçonnerie; et les Francs-Maçons ne travailleront pas avec ceux qui ne sont pas francs, sauf nécessité impérieuse; et ils n’instruiront ni les Manoeuvres ni les Maçons non acceptés, comme ils instruiraient un Frère ou un Compagnon. VI.- De la CONDUITE, savoir :
I. Dans la LOGE quand elle est CONSTITUÉE. Vous ne devez pas tenir de Réunions privées, ni de Conversations à part sans Autorisation du Maître, ni parler de choses inopportunes ou inconvenantes; ni interrompre le Maître, ou les Surveillants ni aucun Frère parlant au Maître: ne vous conduisez pas non plus de manière ridicule ou bouffonne quand la Loge traite de choses sérieuses et solennelles; et sous aucun prétexte n’usez d’un Langage malséant; mais manifestez à votre Maître, à vos Surveillants et à vos Compagnons la Déférence qui leur est due et entourez-les de respect.
Si quelque Plainte est déposée, le Frère reconnu s’inclinera devant le Jugement et la Décision de la Loge, qui est le seul Juge compétent pour tous ces Différents (sous réserve d’Appel devant la Grande Loge), et c’est à elle qu’il doit être déféré, à moins que le Travail d’un Seigneur ne risque d’en souffrir, dans lequel cas il serait possible de recourir à une Procédure particulière; mais les affaires Maçonniques ne doivent jamais être portées en Justice, à moins d’absolue Nécessité dûment constatée par la Loge.
2. CONDUITE après fermeture de la LOGE et avant le départ des FRÈRES.
Vous pouvez jouir d’innocents plaisirs, vous traitant réciproquement suivant vos Moyens, mais en évitant tout Excès et en n’incitant pas un Frère à manger ou à boire plus qu’il n’en a envie, en ne le retenant pas lorsque ses Affaires l’appellent, en ne disant et en ne faisant rien d’offensant ou qui puisse interdire une Conversation aisée et libre; car cela détruirait notre Harmonie, et ruinerait nos louables Desseins.
C’est pourquoi aucune Brouille ni Querelle privée ne doit passer le Seuil de la Loge, et moins encore quelque Querelle à propos de la Religion, des Nations ou de la Politique car comme Maçons nous sommes seulement de la Religion Catholique mentionnée cidessus; nous sommes aussi de toutes Nations, Idiomes, Races et Langages et nous sommes résolument contre toute POLITIQUE comme n’ayant jamais contribué et ne pouvant jamais contribuer au Bien-Etre de la Loge. Cette Obligation a toujours été strictement prescrite et respectée; surtout depuis la Réforme en Grande-Bretagne, ou la Séparation et la Sécession de ces Nations de la Communion de Rome.
3. CONDUITE quand les FRÈRES se rencontrent sans présence étrangère mais hors d’une LOGE CONSTITUÉE.
Vous devez vous saluer réciproquement de manière courtoise, comme on vous l’enseignera, vous appelant mutuellement Frère, échangeant librement les Instructions que vous jugerez utiles, sans être vus ni entendus, sans prendre le pas l’un sur l’autre, ni manquer aux marque de Respect qui seraient dues à un Frère, s’il n’était pas Maçon: car quoique les Maçons en tant que Frères soient tous sur un pied d’Egalité, la Maçonnerie ne prive pas un Homme des Honneurs auxquels il avait droit auparavant; bien au contraire, elle ajoute à ces Honneurs, spécialement lorsqu’il a bien mérité de la Fraternité qui se plaît à honorer ceux qui le méritent et à proscrire les mauvaises manières.
4. CONDUITE en Présence d’ÉTRANGERS non MAÇONS. Vous serez circonspects dans vos Propos et dans votre Comportement, pour que l’Étranger le plus perspicace ne puisse découvrir ni deviner ce qu’il ne doit pas connaître, et vous aurez parfois à détourner la Conversation et à la conduire prudemment pour l’Honneur de la vénérable Fraternité.
5. CONDUITE Chez Vous et dans votre Entourage. Vous devez agir comme il convient à un homme sage et de bonnes moeurs; en particulier n’entretenez pas votre Famille, vos Amis et Voisins des Affaires de la Loge, etc., mais soyez particulièrement soucieux de votre propre Honneur, et de celui de l’ancienne Fraternité, ceci pour des Raisons qui n’ont pas à être énoncées ici. Ménagez aussi votre Santé en ne restant pas trop tard ensemble ou trop longtemps dehors, après les Heures de réunion de la Loge; et en évitant les excès de chair ou de boisson, afin que vos Familles ne souffrent ni désaffection ni dommage, et que vousmême ne perdiez pas votre capacité de travail.
6. CONDUITE envers un FRÈRE étranger. Vous devez l’éprouver consciencieusement de la Manière que la Prudence vous inspirera, afin de ne pas vous en laisser imposer par un Imposteur ignorant, que vous devez repousser avec Mépris et Dérision, en vous gardant de lui dévoiler la Moindre Connaissance.
Mais si vous le reconnaissez comme un Frère authentique et sincère, vous devez lui prodiguer le respect qu’il mérite; et s’il est dans le besoin, vous devez le secourir si vous le pouvez, ou lui indiquer comment il peut être secouru: vous devez l’employer pendant quelques Jours ou le recommander pour qu’on l’emploie.
Vous n’êtes pas obligé de faire plus que vos moyens ne vous le permettent mais seulement dans des circonstances identiques, de donner la préférence à un Frère pauvre, qui est un Homme bon et honnête, avant toute autre Personne dans le besoin.
Enfin, toutes ces OBLIGATIONS doivent être observées par vous, de même que celles qui vous seront communiquées d’autre manière ; cultivez l’Amour Fraternel, Fondement et clé de voûte, Ciment et Gloire de cette ancienne Fraternité, repoussez toute Dispute et Querelle, toute Calomnie et Médisance, ne permettez pas qu’un Frère honnête soit calomnié, mais défendez sa Réputation, et fournissez-lui tous les Services que vous pourrez, pour autant que cela soit compatible avec votre Honneur et votre Sûreté, et pas au-delà.
Et si l’un d’eux vous fait Tort, vous devez recourir à votre propre Loge ou à la sienne, ensuite vous pouvez en appeler à la GRANDE LOGE en Assemblée Trimestrielle, et ensuite à la GRANDE LOGE annuelle, selon l’ancienne et louable Coutume de nos Ancêtres dans chaque Nation; n’ayez jamais recours à un procès en Justice sinon quand l’Affaire ne peut pas être tranchée autrement, et écoutez patiemment les Conseils du Maître et des Compagnons lorsqu’ils veulent vous éviter de comparaître en Justice avec des Profanes ou vous inciter à mettre un terme rapide à toutes Procédures, ceci afin que vous puissiez vous occuper des Affaires de la MAÇONNERIE avec plus d’Alacrité et de Succès ; mais en ce qui concerne les Frères ou Compagnons en Procès, le Maître et les Frères doivent offrir bénévolement leur Médiation, à laquelle les Frères en opposition doivent se soumettre avec gratitude ; et si cet Arbitrage s’avère impraticable, ils doivent alors poursuivre leur Procès ou Procédure Légale, sans Aigreur ni Rancune (contrairement à l’ordinaire) en ne disant et en ne faisant rien qui puisse altérer l’Amour fraternel, et les bonnes Relations doivent être renouées et poursuivies; afin que tous puissent constater l’Influence bienfaisante de la MAÇONNERIE, ainsi que tous les vrais Maçons l’ont fait depuis le commencement du Monde et le feront jusqu’à la fin des Temps. AMEN. AINSI SOIT-IL.
Les modifications anglaises de 1738 et de 1813.
L’article premier des « Constitutions d’Anderson » fut modifié à deux reprises en Angleterre. Du point de vue des Anglais, il s’agissait de préciser la première rédaction et d’éviter des dérives dans son interprétation. Du point de vue de la majorité des Obédiences françaises, ces modifications sont au contraire perçues comme une restriction de l’Universalisme Maçonnique qu’elles refusent.
Ce débat n’est pas simple. Il est vraisemblable que la rédaction d’Anderson soit allée au-delà des traditions maçonniques opératives. Elle a d’ailleurs suscité de sérieuses controverses en Angleterre dès sa parution.
Que doit-on faire primer ? L’ancienne Tradition, qui, compte-tenu du contexte de l’époque, pouvait difficilement ne pas être théiste, ou au contraire ce que d’autres appellent le « projet andersonnien », qui autorise une très large liberté de conscience ?
Peut-on par exemple conférer l’initiation maçonnique à des gens qui se retrouvent dans la pensée de Spinoza ou dans celle de Confucius ? Peut-on même accepter ceux qui croient en Dieu, sans pour autant avoir la certitude que Dieu est personnel et révélé ? Peut-on enfin initier en Franc-Maçonnerie des agnostiques ?, des athées ?
Les réponses sont différentes … comme le sont les Obédiences. Notons cependant qu’on trouve quelques agnostiques et même peut-être quelques athées jusque dans les rangs de certaines obédiences reconnues par l’UGLE, mais ceci est une autre histoire…
A vous de vous faire votre opinion. Voici les documents :
L’article 1 des Constitutions d’Anderson (1723) :
Un MAÇON est obligé par sa Tenure d’obéir à la Loi morale et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais un Athée stupide, ni un Libertin irreligieux. Mais, quoique dans les Temps anciens les Maçons fussent astreints dans chaque pays d’appartenir à la Religion de ce Pays ou de cette Nation, quelle qu’elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette Religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des Hommes bons et loyaux ou Hommes d’Honneur et de Probité, quelles que soient les Dénominations ou Croyances qui puissent les distinguer; ainsi, la Maçonnerie devient le Centre d’Union et le Moyen de nouer une véritable Amitié parmi des Personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement Éloignées.
Le texte de 1738 :
(Ce texte est modifié à l’occasion de la transformation de la Grande Loge de Londres en Grande Loge d’Angleterre).
Un maçon est obligé par sa tenure d’obéir à la loi morale en tant que véritable noachite et s’il comprend bien le métier, il ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin irreligieux, ni n’agira à l’encontre de sa conscience. Dans les temps anciens, les maçons chrétiens étaient tenus de se conformer aux coutumes chrétiennes de chaque pays où ils voyageaient. Mais la maçonnerie existant dans toutes les nations, même de religions diverses, ils sont maintenant tenus d’adhérer à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord (laissant à chaque frère ses propres opinions) c’est à dire être hommes de bien et loyaux, hommes d’honneur et de probité, quels que soient les noms, religions ou confession qui aident à les distinguer: car tous s’accordent sur les trois articles de Noé assez pour préserver le ciment de la Loge. Ainsi la maçonnerie est leur centre de l’union et l’heureux moyen de concilier des personnes qui, autrement, n’auraient pu que rester perpétuellement étrangères.
Le texte de 1813 :
(A la fin de la très longue scission entre les « Ancients » et les « Moderns », les deux courants se réunifient en formant l’actuelle Grande Loge Unie d’Angleterre qui inclut le texte suivant dans ses nouvelles constitutions:)
Concernant Dieu et la religion : un maçon est obligé, de par sa tenure, d’obéir à la loi morale et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irreligieux. De tous les hommes, il doit le mieux comprendre que Dieu voit autrement que l’homme car l’homme voit l’apparence extérieure alors que Dieu voit le coeur. Un maçon est par conséquent particulièrement astreint à ne jamais agir à l’encontre des commandements de sa conscience. Quelle que soit la religion de l’homme ou sa manière d’adorer, il n’est pas exclu de l’Ordre, pourvu qu’il croie au glorieux Architecte du ciel et de la terre et qu’il pratique les devoirs sacrés de la morale. Les maçons s’unissent aux hommes vertueux de toutes les croyances dans le lien solide et agréable de l’amour fraternel, on leur apprend à voir les erreurs de l’humanité avec compassion et à s’efforcer, par la pureté de leur propre conduite, de démontrer la haute supériorité de la foi particulière qu’ils professent…
Publié en 1976, Éloge de la fuite de Henri Laborit, neurobiologiste et philosophe français, est un essai audacieux qui invite à repenser les mécanismes de domination sociale et à chercher une émancipation intérieure face aux contraintes imposées par la société. L’ouvrage explore comment l’individu peut « fuir » non pas physiquement, mais mentalement, en refusant les hiérarchies oppressives et en cultivant une liberté de pensée.
Ce concept résonne de manière singulière avec les idéaux et pratiques de la Franc-maçonnerie, une fraternité historique qui, elle aussi, s’est construite autour de la quête de liberté et de réflexion personnelle.
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Une fuite comme acte de résistance
Laborit soutient que l’être humain, prisonnier des structures sociales, réagit souvent par la soumission, l’agressivité ou la fuite. Pour lui, cette dernière, lorsqu’elle est intérieure, devient un acte de résistance : refuser de se plier aux dominations extérieures en cultivant sa propre autonomie intellectuelle. Il s’appuie sur ses recherches en neurosciences pour expliquer comment les conditionnements sociaux inhibent notre capacité à penser librement, suggérant que la véritable liberté passe par une rupture avec ces schémas imposés. Cette idée d’une évasion mentale vers un espace de souveraineté personnelle trouve un écho dans la franc-maçonnerie, où les rituels et les symboles servent de cadres pour encourager les membres à dépasser les dogmes extérieurs et à explorer leur propre vérité.
La franc-maçonnerie : un refuge pour la pensée libre
Née au 18e siècle avec la fondation de la Grande Loge de Londres, la franc-maçonnerie s’est développée comme un espace de réflexion philosophique, attirant érudits, aristocrates et penseurs en quête d’un ailleurs intellectuel. Comme Laborit, les francs-maçons cherchent à s’affranchir des contraintes sociales et religieuses de leur époque, utilisant les loges comme des lieux de « fuite » symbolique. Les rituels, ancrés dans des mythes comme celui des bâtisseurs de cathédrales, et les grades initiatiques (Apprenti, Compagnon, Maître) sont des outils pour guider l’individu vers une introspection et une liberté intérieure, loin des pressions extérieures. Cette quête d’autonomie s’aligne avec l’idée laboritienne de résister à l’oppression par la pensée.
Paralèlle entre domination et initiation
Laborit décrit la société comme un système hiérarchique où la domination s’exerce par la peur et la récompense, un constat que les francs-maçons ont souvent critiqué à travers leur histoire. Dès le Moyen Âge, les guildes de maçons, ancêtres symboliques de la franc-maçonnerie, fonctionnaient comme des communautés égalitaires face aux seigneurs féodaux. Au 18e siècle, la franc-maçonnerie spéculative a repris cet esprit en s’opposant aux absolutismes monarchiques et religieux, notamment en France avant la Révolution. L’initiation maçonnique, avec son exigence de remise en question personnelle, peut être vue comme une « fuite » organisée face aux conditionnements sociaux, un processus que Laborit aurait pu apprécier pour sa capacité à libérer l’esprit.
Une limite commune : l’accessibilité de la fuite
Cependant, tant l’ouvrage de Laborit que la franc-maçonnerie soulèvent une question d’accessibilité. Éloge de la fuite reste un texte exigeant, accessible principalement à un public cultivé, tandis que la franc-maçonnerie, avec ses rites complexes et son élitisme historique, n’a pas toujours été ouverte à toutes les classes sociales. Cette tension entre idéal d’émancipation et exclusivité rappelle que la « fuite » prônée par Laborit, comme l’initiation maçonnique, demande un effort personnel qui peut être hors de portée pour ceux opprimés par des contraintes matérielles.
Une quête partagée de liberté
Alors que les débats sur la liberté individuelle et collective restent d’actualité, Éloge de la fuite offre une réflexion intemporelle qui croise les aspirations de la franc-maçonnerie. Tous deux, à leur manière, invitent à une évasion intérieure pour défier les dominations et construire un espace de pensée libre. Si Laborit propose une philosophie individuelle, la franc-maçonnerie l’inscrit dans une fraternité collective, démontrant que la fuite peut aussi être un acte partagé. Cet parallèle éclaire la pertinence durable de ces deux approches face aux défis d’une société toujours plus normative.
Cent ans après la visite d’Albert Einstein en Argentine, la Franc-maçonnerie argentine organise une journée spéciale de vulgarisation scientifique et culturelle pour rendre hommage à l’un des penseurs les plus influents du XXe siècle. L’événement aura lieu le samedi 19 juillet, de 17h à 20h, au siège historique de la Société scientifique argentine, situé au 1245, avenue Santa Fe, dans la ville autonome de Buenos Aires. L’entrée est gratuite.
Cette initiative vise à faire découvrir au grand public la vie, la pensée et l’héritage d’Einstein, ainsi qu’à souligner son impact sur le développement scientifique et éducatif, tant au niveau mondial que local. L’événement comprendra des présentations de spécialistes de renom et une exposition d’objets liés à la science argentine et à Einstein lui-même.
Programme académique et scientifique de l’hommage
L’événement débutera à 17h00 avec la présentation « ITBA en route vers la NASA », par les lauréats du projet Consat 25 de l’Institut Technologique de Buenos Aires (ITBA), en présence de l’ingénieur Lautaro Capasso , directeur du Département de l’Environnement et de la Mobilité de la même institution. L’événement présentera les avancées technologiques développées par de jeunes Argentins de renommée internationale dans le domaine aérospatial.
À 18h00, Albert Einstein sera à l’honneur avec la conférence « Albert Einstein, génie scientifique et humaniste », animée par le Dr Jorge Sellés Martínez , directeur du Complexe historique Manzana de las Luces, et le Dr Pablo Souza , chercheur à l’Université San Martín et à l’Université de Buenos Aires (UBA). Cette présentation explorera la dimension intellectuelle et éthique du physicien allemand, ainsi que son héritage humaniste.
La séance de clôture, à 19h00, portera sur le lien entre connaissance et développement social avec la conférence « Éducation publique, science et développement », animée par le professeur Jorge Ferronato , ancien directeur général du Cycle fondamental commun de l’Université de Buenos Aires, et le Dr Osvaldo Uchitel , neuroscientifique du CONICET et de l’Université de Buenos Aires. Cette conférence soulignera l’importance de l’éducation publique et de la science comme moteurs du progrès de la société argentine.
Einstein en Argentine : une visite historique
Albert Einstein visita l’Argentine en 1925 à l’invitation de l’Université de Buenos Aires. Durant son séjour, il donna une série de conférences qui marquèrent profondément la communauté universitaire locale. Sa présence symbolisa également l’ouverture intellectuelle et l’engagement envers la connaissance à une étape clé du développement institutionnel du pays.
Un siècle après cette visite, cette journée d’hommage organisée par la Franc-maçonnerie argentine et la Société scientifique argentine vise non seulement à commémorer son passage dans le pays, mais aussi à renforcer les valeurs de la pensée critique, de l’éducation et de l’engagement envers la connaissance comme piliers d’une société démocratique et avancée.
En 2025, une affaire intrigante refait surface dans les cercles investigatifs italiens, mêlant maçonnerie, criminalité organisée et réseaux transnationaux. L’article publié sur Iacchite. blog, intitulé « Così il massone passa da Palmi e Malta e resta segreto: le somiglianze e la differenza con la P2 » (publié le 14 juillet 2025), lève le voile sur un réseau présumé reliant Palmi, en Calabre, à Malte, impliquant des loges maçonniques et des dynamiques évoquant l’ombre de la loggia Propaganda 2 (P2).
Explorons cette affaire complexe, ses ramifications et les parallèles historiques avec la scandaleuse P2.
Contexte et révélations initiales
Licio Gelli
L’article d’Iacchite.blog s’appuie sur des témoignages et des enquêtes internes pour décrire un système où des loges maçonniques, potentiellement déviées, serviraient d’intermédiaires entre des intérêts criminels et des élites locales. À Palmi, une ville calabraise connue pour son passé mafieux, un « incontro segreto » (rencontre secrète) aurait réuni des membres de loges et des avocats liés à des clans, notamment celui des Alvaro. L’objectif présumé : manipuler des inspections agricoles pour protéger des intérêts illicites. La source, un maçon du Grande Oriente d’Italia (GOI), décrit une rencontre dans un restaurant périphérique de Palmi, où un avocat influent aurait joué un rôle clé en déplaçant des inspecteurs, une pratique qualifiée de « chambre de compensation » entre mondes officiels et criminels.
Le lien avec Malte surgit comme une extension géographique de ce réseau. L’île, souvent citée comme un paradis fiscal, aurait servi de base pour des opérations financières occultes, un écho aux pratiques de la P2, qui utilisait des comptes offshore pour ses activités. L’article suggère que des loges maltaises, connectées à des structures italiennes, auraient facilité ces transactions, bien que les preuves restent circonstancielles et nécessitent une investigation approfondie.
Similitudes avec la P2
La loggia P2, fondée en 1877 sous le GOI et dirigée par Licio Gelli à partir de 1975, reste une référence dans les scandales maçonniques italiens. Découverte en 1981 lors d’une perquisition à Castiglion Fibocchi, elle comptait plus de 1 000 membres influents – politiciens, militaires, financiers – et visait à « gouverner sans être au gouvernement ».
Les similitudes avec l’affaire de Palmi-Malte sont frappantes :
Secret et pouvoir occulte : Comme la P2, les loges impliquées à Palmi opéreraient dans l’ombre, utilisant le secret maçonnique pour masquer des alliances illégales.
Infiltration institutionnelle : La P2 avait infiltré des organes d’État ; à Palmi, des avocats et fonctionnaires seraient manipulés pour des fins criminelles.
Réseaux transnationaux : La P2 exploitait des connexions internationales (notamment via la Suisse et l’Amérique latine) ; l’implication de Malte suggère une stratégie similaire pour blanchir des fonds.
Cependant, l’article souligne une différence clé : la P2 avait une structure centralisée sous Gelli, avec un programme politique subversif explicite, tandis que les loges de Palmi-Malte sembleraient plus fragmentées, agissant comme des nœuds locaux dans un réseau plus large, sans une direction unifiée aussi évidente.
Enjeux et controverses
Stefano Bisi (Grand Maître du Grand Orient d’Italie)
Cette affaire soulève des questions sur la transparence de la maçonnerie italienne. Depuis les années 1980, la loi Spadolini-Anselmi (1982) interdit les associations secrètes interférant avec les institutions, mais son application reste inégale. Des initiatives comme la proposition d’une « commission antimafia interne » au GOI, évoquée après les élections de 2024, témoignent d’un désir de réforme, mais aussi d’une résistance interne. L’élection de Tonino Seminario, proche de l’ancien Grand Maître Stefano Bisi, a exacerbé les tensions, avec des expulsions et des promotions visant à consolider le pouvoir des loyalistes.
Sud de l’Italie région contrôlée par la ndrangheta
Les liens avec la ‘ndrangheta, bien documentés dans des enquêtes comme Six Towns, renforcent les soupçons. À Palmi, l’avocat Renato Vigna a exercé son droit de réponse (16 octobre 2024), contestant les allégations d’Iacchite.blog et niant toute implication, ce qui alimente le débat sur la véracité des témoignages. Pourtant, l’historique d’infiltrations mafieuses dans la maçonnerie, comme révélé par la commission antimafia en 2018, donne du poids aux accusations.
Limites et perspectives
Malgré les détails fournis, l’affaire manque de preuves concrètes – noms précis, documents financiers – rendant les conclusions préliminaires. L’opacité des loges maltaises et l’absence d’accès aux archives compliquent l’enquête. Historiquement, des figures comme Agostino Cordova, ancien procureur de Palmi, avaient tenté de percer ces secrets dans les années 1990, mais leurs efforts furent entravés par des menaces et des pressions internes, comme celles subies par Giuliano Di Bernardo, ancien Grand Maître du GOI.
À l’heure actuelle, cette affaire illustre un défi persistant : la maçonnerie, bien que légale, reste un terrain fertile pour des dérives, surtout dans des régions comme la Calabre, où les réseaux criminels prospèrent. Une investigation indépendante, appuyée par des autorités internationales, serait nécessaire pour démêler la vérité, tout en respectant les droits des individus impliqués.
L’affaire de Palmi à Malte, dévoilée par Iacchite.blog, rouvre un chapitre sombre de l’histoire italienne, où Maçonnerie et criminalité s’entrelacent dans l’ombre. Si elle rappelle la P2 par son secret et ses ambitions, elle se distingue par sa décentralisation et son ancrage local. En 2025, alors que la société exige plus de transparence, ce scandale appelle à une réflexion sur la régulation des loges et leur rôle dans les dynamiques modernes de pouvoir. Tant que les mystères persistent, l’écho de la P2 continuera de hanter les couloirs de la maçonnerie italienne.
À Paris, le concept des bars cachés, ou speakeasys, connaît un regain de popularité en 2025, offrant des espaces discrets où l’accès repose sur le secret et l’initiation. Derrière des façades anodines ou des entrées déguisées – une laverie, un passage discret, une porte sans enseigne – ces établissements attirent une clientèle en quête d’exclusivité et d’évasion.
Ce phénomène, qui puise ses racines dans l’époque de la Prohibition aux États-Unis, trouve un parallèle fascinant avec les loges maçonniques cachées, ces lieux historiques où se réunissaient des francs-maçons pour échanger des idées philosophiques à l’abri des regards. Explorons cette connexion symbolique et listons les speakeasys parisiens les plus prisés.
Un parallélisme entre secret et initiation
Auberge Goose and Gridiron « L’Oie et le Grill »
Les loges maçonniques, nées au 18e siècle avec la Grande Loge de Londres, étaient des sanctuaires où l’accès nécessitait un mot de passe ou un rituel d’initiation, protégeant leurs membres des persécutions religieuses ou politiques. De même, les bars cachés de Paris exigent souvent une connaissance préalable – un code, une recommandation ou une porte dérobée – pour y pénétrer, créant un sentiment d’appartenance exclusif. Cette discrétion n’est pas seulement une stratégie commerciale ; elle évoque l’esprit des loges, où le secret favorisait la liberté de pensée face aux normes sociales. Les speakeasys, avec leurs ambiances feutrées et leurs cocktails élaborés, deviennent ainsi des refuges modernes, où l’on échappe aux tumultes extérieurs, un peu comme les francs-maçons trouvaient refuge dans leurs temples.
Une évolution culturelle commune
Historiquement, les loges maçonniques ont évolué d’espaces pratiques pour les bâtisseurs médiévaux à des lieux de réflexion spéculative, attirant des élites pensantes. Les bars cachés suivent une trajectoire similaire : partis d’une nécessité clandestine pendant la Prohibition, ils se sont transformés en espaces de prestige, mêlant art de la mixologie et design sophistiqué. À Paris, cette tendance reflète une quête d’intimité et de mystère, valeurs chères à la franc-maçonnerie, où les symboles et les rituels renforçaient l’identité collective. Si les loges visaient l’élévation spirituelle, les speakeasys offrent une évasion hédoniste, mais les deux partagent cette idée d’un espace sacré, accessible uniquement à ceux qui savent le trouver.
Liste des bars cachés à Paris
D’après les sources récentes, voici une sélection des speakeasys les plus réputés de la capitale, où cette atmosphère secrète prospère :
Le Lavomatic (75011) : Niché derrière une laverie, accessible via un bouton secret, ce bar propose des cocktails créatifs dans une ambiance rétro.
Le Syndicat (75010) : Sans enseigne, il se cache dans une cour et mise sur des spiritueux français, attirant les amateurs d’authenticité.
Le Bar à Bulles (75006) : Situé derrière une librairie, ce speakeasy offre une expérience champenoise dans un cadre intimiste.
Le Mary Celeste (75003) : Accessible par une entrée discrète, il allie cuisine et cocktails dans une atmosphère conviviale mais réservée.
Le Prescription Cocktail Club (75006) : Derrière une porte anonyme, ce lieu élégant revisite les classiques avec un cachet clandestin.
Le Candelaria (75003) : Une taquería sert de façade à un bar à cocktails caché, accessible via une porte intérieure.
Le Lulu White (75010) : Inspiré des saloons de la Nouvelle-Orléans, il se trouve derrière une entrée masquée et séduit par son ambiance jazzy.
Le Little Red Door (75003) : Sans signe extérieur, ce bar primé propose des créations audacieuses dans un décor minimaliste.
Le High Club (75008) : Accessible via un ascenseur secret, il offre une vue panoramique et une exclusivité rare.
Le Danico (75002) : Derrière un rideau, ce speakeasy chic attire avec ses cocktails signatures et son atmosphère feutrée.
Une convergence symbolique
En 2025, alors que Paris brille par sa scène nocturne, les bars cachés réinventent l’héritage des loges maçonniques en proposant des espaces où le secret devient une expérience sociale. Si les francs-maçons cherchaient à façonner un monde meilleur par la réflexion, les speakeasys offrent une parenthèse ludique mais tout aussi sélective. Cette convergence illustre une constante humaine : le besoin d’espaces réservés, qu’ils soient philosophiques ou festifs, pour se reconnecter à soi-même ou à une communauté choisie.
La Franc-maçonnerie, souvent associée aux Illuminati, occupe une place centrale dans l’imaginaire des théories du complot, incarnant l’archétype d’une société secrète manipulant les fils du pouvoir mondial. Dans leur podcast en deux parties Le Bureau des Complots, diffusé par La Première, Peeters et Jacobs endossent le tablier pour retracer l’histoire captivante de cette fraternité multiséculaire. De ses origines mystérieuses aux rites ésotériques et à son influence politique, la franc-maçonnerie a su tisser un mythe autour de son culte du secret, alimentant encore aujourd’hui spéculations et controverses.
Une légende forgée dans les brumes du Moyen Âge
Les racines de la franc-maçonnerie plongent dans les guildes de maçons des 12e et 13e siècles, où les bâtisseurs de cathédrales, qualifiés de Compagnons, formaient les Apprentis dans des loges – des abris fonctionnels accolés aux chantiers, servant à ranger outils et à planifier travaux. Ces loges, initialement dépourvues de toute connotation secrète, se sont progressivement structurées avec des règlements codifiant le métier. Cependant, pour transcender leur statut utilitaire, certains maçons lettrés, influencés par les récits religieux, ont élaboré une histoire légendaire consignée dans les Old Charges ou Anciens Devoirs, datant de la fin du 14e siècle en Angleterre.
Ces textes affirment que la maçonnerie et la géométrie, héritées des fils de Noé post-Déluge et gravées sur des colonnes de pierre, sous-tendent des chefs-d’œuvre comme la Tour de Babel ou le Temple de Salomon. Ce récit, loin d’être un simple folklore, confère aux maçons une identité noble et sacrée, dépassant le cadre artisanal, tout en imposant des règles disciplinaires pour les ouvriers itinérants.
De l’artisanat à la spéculation philosophique
Au 16e siècle, en Écosse, émerge le terme « franc-maçon », signifiant un ouvrier libre des contraintes seigneuriales. Un « mot » secret, transmis lors d’une cérémonie d’initiation sous serment, devient alors un signe de reconnaissance réservé aux maçons qualifiés. Paradoxalement, à la fin du 16e siècle, les loges écossaises commencent à accueillir des non-maçons, comme John Boswell, notable d’Édimbourg, marquant une transition inexpliquée par les historiens. Ce phénomène s’amplifie en Angleterre avec l’entrée d’érudits et d’aristocrates, transformant la maçonnerie opérative – centrée sur la construction – en maçonnerie spéculative, un espace de réflexion philosophique et symbolique.
La naissance d’une société secrète : la Grande Loge de Londres
Auberge Goose and Gridiron « L’Oie et le Grill »
Le tournant décisif survient en 1717 avec la fondation de la Grande Loge de Londres, issue de la fusion de quatre loges préexistantes. Composée d’intellectuels, d’aristocrates et de bourgeois aisés, cette nouvelle entité s’éloigne des origines artisanales pour s’approprier les rituels, symboles et secrets des maçons médiévaux. En 1720, George Payne, l’un des premiers Grands Maîtres, confie au pasteur James Anderson la révision des Anciens Devoirs. Les Constitutions d’Anderson de 1723 transforment cette confrérie en une société secrète, dotée de lois propres et de rites protégés des regards extérieurs. En 1730, le Duc de Montaigu, aristocrate influent, prend la tête de la Grande Loge, inaugurant une ère où cette institution devient l’arrière-cour du pouvoir britannique. Depuis, les Grands Maîtres appartiennent à la famille royale, ancrant durablement cette tradition.
Une expansion européenne et des répercussions historiques
Notre-Dame de Paris. Des bâtisseurs aux restaurateurs
Au 18e siècle, la franc-maçonnerie s’implante en France et en Belgique, jouant un rôle notable dans la Révolution française et l’indépendance belge. Ces premiers pas, marqués par l’attrait des élites pour ses idéaux, posent les bases d’une influence qui perdure. Cependant, cette expansion alimente les soupçons d’un gouvernement occulte, perçu comme infiltrant institutions politiques et sphères économiques pour manipuler l’ordre établi et l’opinion publique.
Un mythe persistant
De ses origines modestes à son statut d’élite, la franc-maçonnerie a bâti un récit qui oscille entre héritage spirituel et pouvoir occulte. Si ses rituels et symboles fascinent, ils suscitent aussi répulsion, nourissant l’idée d’un réseau affairiste omniprésent. Le podcast Le Bureau des Complots invite à explorer cette dualité, décryptant comment une guilde d’artisans a évolué en une confrérie énigmatique, forgeant son propre mythe à travers les siècles.(Source : La Première, extrait du podcast Le Bureau des Complots)
A première vue, la sincérité est une. On est sincère ou on ne l’est pas ! Et dans ces conditions mon exposé devrait être vite terminé. Et puis je me suis très vite rendu compte que le sujet était beaucoup vaste qu’il n’y paraissait à première vue. Je suis donc parti d’une feuille blanche, sachant qu’aucun manuel ne pourrait m’être utile, en essayant de trouver, une réponse à ce vaste sujet.
Je vous livre donc l’état de mes réflexions, que j’ai scindé en deux principales parties, la première étant consacrée à la définition de la sincérité, la seconde étant consacrée à sa mise en œuvre dans notre rite.
Pour moi être sincère équivaut à dire la vérité, faire état de ses pensées, de ses sentiments, de ses motivations, en fait être transparent.
Mais la sincérité c’est également être authentique, de bonne foi, franc, scrupuleux, honnête et impartial … en fait être un cœur pur. « Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu ».
La notion de sincérité est aussi pour moi indissociable de l’éthique et de la morale, mais en disant cela j’ai conscience qu’il faut aussi poser le problème de la définition même de l’éthique et de la morale. Pour faire simple, alors que le sujet est éminemment complexe, je dirai qu’il s’agit des valeurs universellement reconnues en précisant pour limiter le sujet dans notre monde occidental et dans notre civilisation judéo chrétienne.
En effet comment pourrait-on parler des valeurs d’Adolf Hitler et de sa clique qui voulaient se débarrasser des Juifs et des Francs Maçons, tout comme des islamistes qui décrètent lors d’une fatwa récente (qu’outre les Juifs), les Francs maçons : « sont un grand danger et ses objectifs vicieux, l’Assemblée de jurisprudence a déterminé que la franc-maçonnerie fait partie des organisations les plus dangereuses et les plus destructrices pour l’islam et les musulmans. D’autre part, celui qui adhère à cette organisation tout en connaissant sa réalité et ses objectifs, est considéré comme mécréant, et non pas comme musulman. »
Tout un programme pour un futur holocauste…
Pour revenir au cœur de notre sujet, la notion de sincérité est forcément duale : on est sincère par rapport à soi (l’image du miroir) et par rapport aux autres (le monde). Mais cette notion est forcément fluctuante en fonction de chaque individu, de ses croyances, de son éducation et des valeurs qui sont siennes.
Je pourrais définir la sincérité aussi à contrario et dans ces conditions elle est le contraire de la fausseté, de l’hypocrisie et du mensonge. Voici dans une première analyse mon sentiment sur ce sujet, mais quelles sont les définitions données par nos penseurs et philosophes ?
J’en ai trouvé plusieurs.
C’est ainsi que :
Dans la tradition confucéenne, la sincérité qu’on peut aussi traduire par honnêteté ou fidélité est une vertu de clarté et de transparence dans les relations sociales. Elle est donc définie par rapport aux autres et à la vie sociale.
Aristote
Aristote donne une analyse différente de la sincérité : Est sincère l’homme « qui reconnaît l’existence de ses qualités propres, sans y rien ajouter ni retrancher. ». Aristote reconnaît que la sincérité comme la fausseté peuvent être utilisées dans un but précis ou sans but, mais que le « véritable caractère de tout homme se révèle dans le langage, les actes et la façon de vivre, toutes les fois qu’il n’agit pas en vue d’une fin ». Il indique que la sincérité est une vertu noble, et que son contraire est méprisable.
Il s’agit donc d’une définition plus large que celle de Confucius puisqu’elle y rajoute la notion d’honnêteté vis-à-vis de soi, et la notion de désintérêt dans les rapports humain.
La sincérité a aussi une valeur Biblique, sur laquelle insiste un des dix commandements (« Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain (Exode 20.16) »). Règle de vie en commun, règle d’estime de soi et de désintéressement, elle prend ici une autre valeur, dans le cadre de l’universalité Divine.
Dans le nouveau testament Jésus dit :
« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. » (Mathieu 7:12). En d’autres termes, traitez les autres comme vous aimeriez être traités. Ce principe fondé sur l’amour, ou cet intérêt porté à notre prochain est devenu la « Règle d’Or » de la déontologie, car c’est le seul moyen de garantir la paix et l’harmonie entre tous. Cette règle d’or aide à discerner, dans les situations concrètes, s’il convient ou non de révéler la vérité à celui qui la demande.
Le respect de la réputation et de l’honneur des personnes interdit toute attitude ou toute parole de médisance ou de calomnie. Les confidences préjudiciables à autrui n’ont pas à être divulguées. Les secrets professionnels doivent être gardés.
Cette règle d’or met l’Amour au centre des rapports humains, en introduisant des limites à la sincérité : ne pas blesser l’autre, agir avec délicatesse, c’est le corollaire du commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même.(Mt 22,37) »
A ce stade de l’exposé, je pourrai citer d’autres penseurs comme Montesquieu qui disserte dans l’éloge de la Sincérité en distinguant la sincérité dans la vie privée et la sincérité par rapport au commerce des grands en concluant de manière magistrale : « Détestons la flatterie ! Que la Sincérité règne à sa place ! Faisons-la descendre du Ciel, si elle a quitté la Terre. Elle sera notre vertu tutélaire. Elle ramènera l’âge d’or et le siècle de l’innocence, tandis que le mensonge et l’artifice rentreront dans la boîte funeste de Pandore. », Saint Augustin, Montaigne, Pascal, Rousseau ont eux aussi apporté leur pierre à l’édifice de la définition de la sincérité…
Mais parmi les penseurs, il existe aussi des détracteurs de la notion d’universalité des valeurs sur lequel est adossé la sincérité. Ils affirment que les valeurs universelles auxquelles elle fait référence ne sont que le produit de l’évolution historique en d’autres termes les valeurs du monde occidental, ne sont pas celles des tribus africaines. Devant cette critique je rétorquerais qu’il existe quelque soit l’endroit du monde dans lequel on se trouve un plus petit dénominateur commun, une valeur sur laquelle la sincérité peut asseoir son universalisme : l’Amour.
A ce stade je voudrai à nouveau recentrer le sujet sur ce qui me semble important voire central.
Tout ce que je sais, c’est-à-dire pas grand-chose, me ramène inexorablement, à la symbolique de notre temple, à la fraternité entre ses membres, toutes choses qui font que le Grand Architecte de l’Univers et/ou Dieu sont sur une même ligne, une même philosophie, un même enseignement.
Or les francs maçons pratiquent cette vertu telle que nous l’avons décrite dans leur Temple et c’est cette démonstration qui constitue la deuxième partie de cet exposé.
En corollaire de cette affirmation je donnerai quelques exemples :
Reprenons le jour de notre (mon) initiation où enfermé dans le cabinet de réflexion et seul face au miroir, je me suis posé la question est-ce bien ce que tu veux ? Or qu’est-ce que cette épreuve si ce n’est de rechercher au fond se soi la sincérité la plus absolue dans une démarche difficile. Le miroir placé en face de moi était là pour me rappeler sans cesse cette nécessaire quête.
Deux autres exemples me viennent en tête, l’entrée dans le Temple le Cœur dénudé et le pas de l’apprenti qui débute avec le pied gauche, ne sommes nous pas devant la symbolique du « Cœur Pur », de la Sincérité ?
Par ailleurs ma première entrée dans le Temple m’a rappelé qu’il fallait que je reste humble, non seulement vis-à-vis de moi, mais surtout vis-à-vis de ceux qui allaient devenir mes frères et d’accepter sans arrière pensée de n’être qu’une pierre brute. Ce message je l’ai bien reçu et je l’avais anticipé dans le cabinet de réflexion : rester humble et sincère.
Ce message m’a renvoyé à la parabole de la « Porte Etroite » : «Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas ». La porte du Temple/du Royaume de Dieu semblait promise à l’élite, or cette parabole nous dit qu’il n’en est rien, ce n’est pas une question de rite, de savoir, mais plus d’attitude, et d’invitation à l’authenticité dans sa foi, de sincérité- Nous y revoilà !
Un autre exemple tient à l’ouverture de la Bible à la première page de l’Evangile de Jean dont l’un des messages est « aimez vous les uns les autres », c’est l’Evangile de l’Amour, c’est aussi, à mon sens LA valeur universelle sur laquelle doit reposer la sincérité, c’est aussi le rappel de la règle d’or.
Il me serait impardonnable d’omettre, le fondement de notre obédience, dite Anciennes Obligations qui dispose comme obligation faite à chaque maçon de « Cultiver l’Amour Fraternel » fondement et clé de voûte de la Franc-maçonnerie universelle.
Alors oui pour moi la Franc-maçonnerie a fait sienne les définitions ci-dessus et applique concrètement la sincérité, basé sur l’amour fraternel de ses membres. C’est même un des premiers enseignements donné lors des voyages initiatiques.
Dès lors les rapports entre frères ne peuvent être qu’authentiques puisque basés sur cette notion. Il en est ainsi lors de chaque intronisation, ou chaque impétrant se voit offrir à plusieurs moments la possibilité de revenir en arrière et de renoncer à ses premiers vœux.
Il en est ainsi des rapports entre frères reposant sur la même notion, permettant ainsi à tout un chacun de pouvoir s’exprimer sans avoir peur d’être jugé et de pouvoir ainsi avancer sans tabous dans sa quête de Vérité. A contrario un frère ne cultivant pas cette vertu serait très vite démasqué. Dès lors la sincérité se pose comme une des clés de voûte de la Maçonnerie, un principe de base, sans elle plus rien n’est possible.
Mais le temps presse et il me faut conclure.
Oui, la franc maçonnerie pratique véritablement dans le secret de son temple, la sincérité, vis-à-vis de soi, vis-à-vis des autres.
Mais pour moi cette recherche va plus loin, car lorsque nous pratiquons la chaîne d’union sous la voûte étoilée, non seulement toutes les énergies des membres de la loge sont concentrées en ce lieu ici bas dans une même synergie d’amour et de sincérité, mais aussi notre communion, véritable Egrégore, nous donne le sentiment de partager un moment d’éternité avec ce qui nous dépasse et qui est au dessus de nos têtes, qui est à la fois notre passé et notre avenir.