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Ce que je ne sais plus

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« Je me tiens au massif et au vraisemblable, évitant les reproches anciens : Les hommes accordent plus de foi à ce qu’ils ne comprennent pas. L’esprit humain est porté à croire plus volontiers les choses obscures »

Montaigne

Préface : Le rêve commence

Je ne suis pas né dans la lumière. Je suis né dans le flou. Entre les livres et les silences, entre les questions qu’on ne pose pas et celles qu’on n’ose pas entendre. Ce texte est un rêve éveillé. Il s’est écrit en marchant à travers les âges, les voix, les vertiges. Je n’ai rien conquis. J’ai tout perdu. Et dans cette perte, j’ai entrevu quelque chose, une lumière qui ne s’impose pas, mais qui attend. Et déjà, un souffle. Infime. Inexplicable. Présent.

Le Passage : Charon et le fleuve sans nom

Charon m’attendait au bord d’un fleuve qui ne figure sur aucune carte. Il ne m’a pas demandé de payer. Il m’a simplement tendu la main.

Ce n’était pas la mort que je traversais. C’était l’oubli du savoir. Nous avons navigué entre les mondes. Chaque rive portait un visage. Chaque escale était un rêve. Et dans le creux de la barque, un souffle. Ni vent, ni voix. Juste une présence qui ne disait rien, mais qui veillait.

Égypte : Le secret et le symbole

Aménémopé

Un temple surgit du sable. Immense. Silencieux. Les murs vibraient de signes que je ne comprenais pas. Un prêtre m’apparut, vêtu d’ombre. Il ne m’enseigna rien. « Tu veux voir la lumière ? Alors commence par ne pas la chercher. » Chaque hiéroglyphe semblait me dire : Tu n’es pas là pour comprendre. Tu es là pour te taire. Et dans ce silence, un souffle. Il ne venait pas du vent, mais du dedans. Je sortis du rêve avec une brûlure douce : la lumière ne se lit pas. Elle se devine.

« L’homme sage est celui qui voit avec les yeux du cœur, car les apparences sont des voiles posés sur la vérité. »

Inspiré des enseignements d’Aménémopé

Grèce : Le doute et le dialogue

Démosthène

Athènes résonnait comme une mer de pensées. Socrate m’arrêta sans me parler. Son regard me dénudait. « Tu crois savoir. Mais sais-tu ce que tu crois ? » Platon me montra la caverne. Il ne me demanda pas de sortir. Il me demanda de regarder mes chaînes. Et dans l’ombre de la caverne, un souffle. Il ne brisait pas les chaînes, mais les faisait vibrer. La lumière grecque n’était pas une révélation. C’était une fissure dans le réel. Et dans cette fissure, je me suis mis à penser autrement.

« On croit ce que l’on veut croire. »

Démosthène

Rome : La loi et le marbre

La cité était droite, figée, imposée. Un sénateur m’expliqua la clarté, la loi, le pouvoir. « La lumière est ce qui ordonne le chaos. » Mais dans une ruelle, un mendiant me murmura : « Le marbre est clair, mais il ne respire pas. »

Et dans cette pierre, un souffle retenu. Comme si le monde voulait parler mais n’osait plus. J’ai compris que la lumière peut devenir dogme. Et que le dogme peut devenir prison.

Auguste

« J’ai trouvé Rome en briques, et je l’ai quittée en marbre. »

Auguste

Kabbale : L’arbre et le vide

Zohar

Un arbre poussait dans l’âme. Ses racines étaient des questions. Un maître me parla du retrait de Dieu. Et je me sentis vide. Mais ce vide vibrait. « La lumière est dans le manque. Dans le désir. Dans le feu qui ne consume pas. » Et dans ce vide, un souffle. Il ne comblait rien, mais il animait tout. Je ne savais plus qui j’étais. Mais je sentais que ce que je cherchais… me cherchait aussi.

« Le monde que nous voyons n’est que l’ombre d’un monde caché, tissé de lettres, de symboles et de lumière. »

Inspirée des enseignements du Zohar

Maître Eckhart : Le silence et le dépouillement

Maître Eckhart

Un monastère sans murs. Le silence était une mer. Maître Eckhart m’apparut comme une absence. « Ce que tu cherches est ce qui cherche. » Je me suis effacé. Et dans cet effacement, j’ai entrevu une lumière nue, sans forme, sans dogme, sans voix. Et dans ce rien, un souffle. Pur. Dénué. Présent. Il ne disait rien. Il était là.

« L’homme ne doit pas se contenter d’un Dieu qu’il pense, car lorsque la pensée s’évanouit, Dieu s’évanouit aussi. »

Maître Eckhart, Sermons

Spinoza : La joie et la nécessité

Spinoza

Un homme polissait des lentilles comme on caresse l’univers. Spinoza me regarda comme on regarde une étoile. « La lumière est la joie de comprendre. » Je ne comprenais pas tout. Mais je sentais que comprendre n’était pas posséder.

C’était consentir à l’ordre du monde. Et dans cet ordre, un souffle. Clair. Continu. Comme une loi qui respire. Et dans cette respiration, je me suis senti libre.

« Aussi longtemps que l’homme est affecté par l’image d’une chose, il la considère comme présente, même si elle n’existe pas. »

Spinoza, Éthique, Partie II, Proposition 17, Corollaire

Rûmî : Le feu et la danse

Rumi

Un cercle en feu. Le monde tournait. Rûmî dansait. Et je tournais avec lui. « La lumière est ce qui te brûle sans te détruire. » Je ne savais plus où était le haut, le bas, le moi. Mais je savais que je touchais quelque chose, une ivresse sacrée. Et dans cette ivresse, un souffle. Il tournait avec nous. Il ne guidait pas. Il embrasait.

« Tout l’univers est contenu dans un seul être humain : toi. Tout ce que tu vois autour de toi… est présent en toi à divers degrés. »

Rûmî

Simone Weil : Le poids et la grâce

Simone Weil

Une femme regardait le monde sans le juger. Simone Weil me parla doucement. « La lumière est ce qui ne s’impose pas. Elle est ce qui attend. » Je ne savais plus comment prier. Mais j’ai appris à attendre. Et dans cette attente, un souffle. Léger. Suspendu. Comme une grâce qui ne tombe jamais. Et dans cette suspension, j’ai reçu.

« L’enfer est du néant qui a la prétention et donne l’illusion d’être. »

La Pesanteur et la Grâce

Chapitre final I : Le dernier seuil

Je suis revenu. Mais ce n’est pas un retour. C’est une traversée inachevée. Charon m’a déposé sur une rive inconnue. Le fleuve continue de couler en moi.

Le temple m’attendait. Et dans son silence, un souffle. Infime. Inexplicable. Présent. Je l’ai reconnu sans le comprendre. Et peut-être… tu le reconnais aussi.

Je ne suis plus celui qui cherche. Je suis celui qui consent à être traversé. Je ne suis pas éclairé. Je suis éveillé.

Et maintenant, je sais que je ne sais plus.

Chapitre final II : Le seuil partagé

Je marche encore, non pour comprendre, mais pour respirer ce feu sans me consumer, pour laisser le souffle me porter, pour être ce rêve qui ne s’achève jamais.

Et toi, mon Frère, ma Sœur, tu n’as pas quitté ton siège, mais quelque chose en toi s’est mis à respirer autrement. Ce texte n’est pas une fin. C’est ton seuil. Un souffle t’attend.

Et si ce rêve éveillé te semble flou, impalpable, c’est peut-être parce qu’il ne se laisse pas saisir, mais il existe. Il est là, comme une brume qui caresse la peau, comme une présence qui ne s’impose pas mais qui insiste. Ce n’est pas le néant. C’est une matière subtile, réelle, que nous ne savons pas encore nommer.

Épigraphe finale

Le rêve éveillé n’est pas un vide. C’est une présence qui attend d’être reconnue.

Curiosités à l’occasion de la Journée du patrimoine en Bavière

De notre confrère allemand antenne.de

Certes, de nombreux monuments sont ouverts au public. Mais la Bavière compte aussi des bâtiments classés dont les portes ne sont généralement pas ouvertes à tous, sauf lors de la Journée du patrimoine. Un ancien abattoir, une loge maçonnique ou une salle funéraire peu avant sa démolition – à l’occasion de la Journée du Monument Ouvert en Bavière ce dimanche (14 septembre), de nombreuses portes s’ouvriront qui restent habituellement fermées – une sélection de monuments curieux ou insolites :

Ancien abattoir de Bamberg

Jusqu’au printemps 2024, porcs et bovins y étaient abattus quotidiennement. La ville de Bamberg a ensuite cessé ses activités pour des raisons économiques. On ignore encore ce qu’il adviendra du site. Cet abattoir classé a été construit au début du XXe siècle. La ville écrit : « Il allie une utilisation et une construction innovantes à une qualité architecturale. » Les personnes intéressées peuvent désormais le constater par elles-mêmes : les traces de l’abattoir ont depuis longtemps disparu. 

Dernière chance de voir

À Neusäß, en Souabe, la Journée du patrimoine pourrait bien être la dernière occasion de visiter une ancienne salle funéraire. La municipalité souhaite depuis longtemps démolir ce cimetière centenaire du quartier de Steppach, malgré son classement aux monuments historiques. Une porte-parole de la ville de Neusäß a justifié ce projet de démolition en invoquant la vétusté du bâtiment et son caractère non accessible aux personnes à mobilité réduite. Les personnes âgées, notamment, fréquentent la salle funéraire et se plaignent fréquemment de son état, a-t-elle expliqué. La ville prévoit donc la construction d’un nouveau bâtiment moderne.

« L’exceptionnelle rareté du bâtiment tient uniquement à sa date de construction », indique le site web denkmalnetzbayern.de de l’Association bavaroise pour la préservation du patrimoine local, à propos de l’importance de la salle funéraire. « De plus, le bâtiment impressionne par ses nombreux détails de conception et d’artisanat, comme la porte d’entrée ornée d’une grille. » La demande de démolition de la municipalité est actuellement en instance auprès de la mairie d’Augsbourg. Aucune décision n’a encore été prise.

Regardez par-dessus l’épaule des carillonneurs

Au château de Johannisburg à Aschaffenburg, les visiteurs peuvent observer les sonneurs du carillon municipal, Ariane Toffel et Georg Wagner, à l’œuvre. Depuis la console du huitième étage du clocher, ils montrent comment ils manipulent le carillon, composé de 48 cloches. Selon la ville, la plus petite pèse 10 kilogrammes, la plus grande 271 kilogrammes. Au total, le carillon de la tour pèse plus de deux tonnes.

Bandes dessinées dans une ancienne synagogue

À l’occasion de la Journée du Patrimoine, la Vieille Synagogue de Kitzingen accueillera une exposition de bandes dessinées contre l’antisémitisme, la haine et le racisme. Construite en 1883 près des rives du Main, cette imposante synagogue servit de centre spirituel et culturel à la communauté juive de l’époque dans ce chef-lieu de Basse-Franconie jusqu’à sa destruction lors du pogrom de la Nuit de Cristal de 1938. Ce n’est que plusieurs décennies plus tard que le bâtiment, gravement endommagé, fut rénové et reconstruit. En 1993, la ville de Kitzingen ouvrit le centre culturel et éducatif « Vieille Synagogue ».

Impôts, douanes, architecture

Habituellement, l’accent est mis ici sur le droit fiscal allemand complexe, mais dimanche, l’architecture est également à l’honneur : la Cour fédérale des finances de Munich ouvre ses portes aux visiteurs. Depuis 1950, la plus haute juridiction en matière fiscale et douanière est installée dans le palais Fleischer à Munich-Bogenhausen. Ce manoir néoclassique a été construit au début du XXe siècle pour servir de résidence et de lieu de réception au peintre Ernst Philipp Fleischer, mais n’a jamais été achevé, selon le programme des Journées du patrimoine.

Le monde mystérieux des francs-maçons

Leur univers est empreint de mythes, de légendes et de théories du complot ; de nombreux livres et thrillers les concernent. À l’occasion de la Journée du Monument Ouvert, les visiteurs peuvent désormais visiter la maison de la Loge maçonnique « Zur Verbrüderung an der Regnitz » à Bamberg. Selon les autorités municipales, la loge a été construite en 1891 et a servi d’hôpital militaire pendant la Première Guerre mondiale. Les membres de la loge présenteront des informations sur la franc-maçonnerie lors de deux conférences.

Les francs-maçons se considèrent comme une association aux objectifs éthiques et humanistes ; leur secret découle de nombreux rites et coutumes, souvent connus des seuls membres. Selon les Grandes Loges Unies d’Allemagne, on compte actuellement plus de 15 000 francs-maçons dans tout le pays.

Hôpital Art Nouveau

L’hôpital du district de Mainkofen à Deggendorf possède une histoire de plus de 100 ans et une architecture exceptionnelle : dès 1909, plus de 30 bâtiments de style Art nouveau rural furent construits au cœur d’un parc. Dix services pour 45 patients, un bâtiment administratif, plusieurs bâtiments commerciaux et résidentiels, ainsi qu’une salle de bal Art nouveau, unique en Basse-Bavière et qui constitue encore aujourd’hui la pièce maîtresse du complexe, furent construits. L’hôpital ouvrit ses portes en 1911 sous le nom d’« Hôpital et maison de retraite de Mainkofen ».

Lors d’une visite guidée d’une heure, le dimanche à 10h, les personnes intéressées pourront découvrir le parc de l’hôpital, l’église et la salle de bal, ainsi que le mémorial dédié aux victimes de l’euthanasie nazie, dans l’ancien sanatorium et maison de retraite. Inscription obligatoire avant le 11 septembre à l’adresse kultur@bezirk-niederbayern.de.

La revue de la Grande Loge de France explore le champ du sacré

Nous entrons dans ce numéro de Points de Vue Initiatiques (PVI) comme l’on franchit un parvis à l’aube, lorsque les couleurs basculent et que la parole cesse d’être bavarde pour redevenir service. Ce 217e numéro porte un titre qui ne cherche pas l’effet mais la vérité d’un seuil. Tout est sacré. Nous lisons, nous respirons, nous éprouvons surtout la cohérence d’un chantier qui ne juxtapose pas des articles mais organise une élévation intérieure.

Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France
Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France

Jean-Raphaël Notton ouvre la marche avec une adresse franche qui relie l’événement et la Tradition. Élu au solstice d’été, le Grand Maître inscrit son mandat sous le signe de l’initiation. Il retient une devise de chevalerie qui est aussi une consigne maçonnique, Visita Interiora Terrae, et nous invite à descendre dans l’épaisseur de nous-mêmes afin de rouvrir la mine des symboles. Il salue la revue comme un instrument de transmission et de rayonnement, non un simple bulletin, et il confie à Olivier Balaine une mission qui ne relève pas de l’intendance mais du sens.

La revue est présentée comme une fenêtre ouverte sur le monde et nous comprenons que ce mot de fenêtre signifie orientation, souffle, responsabilité.

Être heureux du présent n’empêche pas d’oser de grandes ambitions pour la diffusion d’une pensée maçonnique française qui ne renie ni l’histoire ni la modernité. Dans cette page inaugurale vibre une chose rare, la joie grave d’un homme qui sait que les mots ne suffisent pas et que le rituel est une pédagogie du réel.

Olivier Balaine tient ensuite la plume avec la fermeté des éditeurs qui aiment la nuance. Il rappelle que la notion de sacré n’a de poids que si elle continue d’opérer une séparation. Nous sentons passer la leçon d’Émile Durkheim, non comme une thèse mais comme une pierre d’angle. Si tout est sacré, plus rien ne l’est, car l’œuvre du sacré commence par distinguer. Le directeur ne transforme pas cette exigence en dogme. Il décrit le passage par les rites, la lenteur des gestes, l’offrande qu’est chaque consécration. Il évoque la profanation qui blesse et qui paradoxalement révèle la valeur de ce qui fut consacré. Il rappelle que l’excès de sacralisation peut enfermer, tout comme l’excès inverse, la désacralisation brutale, peut ruiner les attaches sensibles qui nous tiennent debout. Nous sentons dans cette page une éthique de l’attention, une politique du temps, une fraternité des désaccords tenus. La revue se place à la croisée des pensées contemporaines et de la Tradition vivante. Elle accueille des voix qui ne pensent pas à l’identique et qui pourtant travaillent de concert à l’élévation du lecteur.

Le cœur battant du numéro se trouve dans l’entretien avec André Comte-Sponville.

Le philosophe y parle avec la franchise qui le caractérise. Nous connaissons sa fidélité à l’esprit laïque, son athéisme sans fanfare, son attention passionnée aux vertus. Ici, il rappelle que si tout est sacré, il n’y a plus de sacré, ce qui oblige à réserver ce mot pour ce qui exige une attitude de respect, de retrait, de reconnaissance. André Comte-Sponville refuse de confondre sacré et religieux. Il distingue la transcendance théologique et la transcendance de valeur, celle qui surgit lorsque nous rencontrons quelque chose qui nous dépasse sans nous écraser, qui nous oblige sans nous déposséder. Il parle de l’amour, du courage, de la justice, non comme d’idées vides, mais comme de réalités qui nous réclament. Il assume que l’on peut vivre pleinement la profondeur sans invoquer un dieu. Et pourtant, tout au long de l’entretien, nous lisons une manière de prière implicite, une discipline de l’âme qui est sœur de la nôtre. Il n’ignore pas les risques d’un sacré dilué dans l’émotion ou dans l’idéologie. Il appelle à discerner, à nommer avec précision, à ne pas céder au vertige d’un vocabulaire grandiloquent. Son exigence rejoint l’épure du Temple, où l’outil est à sa place, où la parole est cadrée, où la liberté ne s’oppose pas à la règle mais s’y ajuste.

André Comte-Sponville en 2014

Ce dialogue éclaire la pratique maçonnique avec une netteté nouvelle. Dans le Temple, nous ne sacralisons ni des objets, ni des personnes, ni des opinions. Nous consacrons un espace et un temps pour travailler à l’édification de l’humain.

Nous savons que la séparation d’avec le monde profane n’est pas mépris mais méthode.

Nous faisons de la porte une articulation, non un mur. André Comte-Sponville nous aide à formuler ce qui parfois s’éprouve sans se dire. Il montre qu’il existe une expérience laïque du sacré qui n’est pas une religion bis, et qui peut néanmoins rencontrer les traditions religieuses sans les caricaturer. Cette rencontre est précieuse. Elle rappelle au franc-maçon que l’universalité ne grandit pas par uniformisation, qu’elle procède par justesse, par reconnaissance, par patience.

La revue fait dialoguer cette perspective avec d’autres voix.

Muhammad Vâlsan, héritier de René Guénon, réancre le mot sacré dans la profondeur de la Tradition primordiale. Là encore, pas de chapelle. Il s’agit de tenir ensemble l’exigence d’un principe métaphysique et l’expérience concrète des rites. La tension est féconde. Elle invite à habiter notre rite écossais avec un cœur écartelé vers le haut et les pieds au sol, dans l’exacte mesure du pas. D’autres contributions explorent les frontières et les passages, la loi qui sépare l’humain et le plus qu’humain, la chair et les cinq sens, le compas qui libère parce qu’il contraint, le Proche-Orient où l’initiation trace ses chemins de pierre et de vent. Les portraits d’initiés rappellent que la mémoire maçonnique a des visages. Les arrêts sur images, les lectures et même l’humeur du temps composent une polyphonie qui nous tient éveillés.

Ce qui frappe dans l’ensemble, et qui dépasse la simple addition des sujets, tient à une justesse d’intonation.

Jean-Raphaël Notton engage la revue dans un mouvement de fidélité inventive. Olivier Balaine soutient ce mouvement par une direction éditoriale sobre et ferme. Les auteurs se répondent sans se confondre. Nous traversons le numéro comme on suit un fil d’Ariane, non pour sortir d’un labyrinthe, mais pour consentir à un voyage intérieur. La maçonnerie y est pensée comme une pédagogie du sacré au cœur de la cité. Ni Église ni parti, mais un art de vivre qui corrige les passions tristes, qui répare les liens abîmés, qui réapprend à nommer.

L’entretien avec André Comte-Sponville résonne alors comme une chambre d’échos pour nos propres travaux. Le philosophe ramène le mot sacré à sa gravité. Il propose de reconnaître la source d’obligation qui se manifeste dans certaines expériences humaines, expérience de beauté, de vérité, de bonté, de fidélité. Nous retrouvons le geste maçonnique qui écarte et qui rassemble. Écarter pour ne pas tout confondre. Rassembler pour faire œuvre commune. Nous entendons aussi une critique utile. Parfois, trop de paroles étouffent l’expérience. Parfois, la sacralisation devient idole. Parfois, le rituel se vide. L’athée fidèle nous oblige à retrouver l’élan, à réaccorder la forme et la flamme. Dans la Loge, nous pouvons lui répondre par des actes. Silence gardé. Outils nettoyés. Parole tenue. Bienfaisance discrète. Progression mesurée. Il y a là une alliance possible entre une sagesse laïque et une sagesse initiatique. Elle n’efface pas les différences. Elle leur donne une fécondité.

Nous refermons le numéro avec gratitude et vigilance. Gratitude pour la qualité des écritures, la densité des idées, le soin des images, l’architecture générale qui n’écrase jamais et souvent élève. Vigilance car tout chantier peut se relâcher et nous savons que la Tradition ne tient que si nous la vivons.

4e de couv., nuage de mots

Le choix de la devise Visita Interiora Terrae nous accompagne.

Il ne s’agit pas de se complaire dans l’introspection, mais de visiter pour mieux servir, de descendre pour mieux remonter, d’éprouver la matière de nos vies afin de la transfigurer en œuvre. Le lecteur sort grandi lorsqu’il accepte ce pacte. Il sort surtout requis. Le monde a besoin d’une maçonnerie qui respire avec lui, non à côté de lui. Une maçonnerie qui sait que le sacré commence par une manière d’habiter le temps, par une manière de parler à voix basse, par une manière d’agir sans bruit.

Brève biographie et repères bibliographiques d’André Comte-Sponville
André Comte-Sponville naît en 1952. Normalien, agrégé de philosophie, il enseigne à l’université avant de se consacrer à l’écriture et aux conférences. Sa pensée croise la fidélité aux vertus antiques et l’exigence d’une laïcité heureuse. Il refuse la croyance et ne renonce pas à la spiritualité, posture qu’il nomme athée fidèle. Son œuvre se caractérise par une clarté ferme, une attention aux mots du cœur et un goût du réel. Parmi ses ouvrages majeurs figurent Petit traité des grandes vertus, Traité du désespoir et de la béatitude, La sagesse des modernes en dialogue avec Luc Ferry, Le capitalisme est-il moral, L’esprit de l’athéisme. Ses livres sur la joie, la fidélité, l’amour et la mort accompagnent des générations de lecteurs. Sa présence dans ce numéro ne vaut pas adoubement idéologique. Elle manifeste l’ambition de la revue, faire dialoguer la Tradition maçonnique avec des pensées contemporaines de haute tenue.

Olivier Balaine

Nous conservons de cette lecture une image qui tient du symbole. Une porte ouverte sur un sol de damier, un rayon qui coupe la poussière, des outils posés, des voix qui n’empiètent pas les unes sur les autres. À l’oreille, une phrase de Jean-Raphaël Notton qui rappelle la tâche et la joie du service. À la main, l’éditorial d’Olivier Balaine qui nous interdit de dormir sur des mots trop grands. Au cœur, l’appel d’André Comte-Sponville qui demande que nous honorions ce que nous tenons pour plus grand que nous, par la conduite, par l’attention, par la fidélité. Alors seulement, tout peut devenir sacré sans perdre sa mesure, car tout est travaillé par la lumière et rien n’est sacrifié à l’orgueil. Nous refermons la revue comme on éteint les feux en fin de Tenue, avec la certitude qu’ils continuent de briller dedans, et que la ville, au dehors, n’attend que notre pas juste.

Points de Vue Initiatiques – « Tout est sacré »

Revue de la Grande Loge de France – Vivre la tradition

GLDF, #217, septembre 2025, 120 pages, 8 €

PVI, la page sur le site public de la GLDF – La page FacebookGLDF, rubrique « Actualité littéraire »

16/10/25 : Samuel Paty, 5 ans après – une soirée hommage pour défendre la liberté d’expression

Le 16 octobre 2020, la France était frappée par un drame qui a ébranlé les fondements mêmes de la République : l’assassinat de Samuel Paty, un professeur d’histoire-géographie du collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine. Âgé de 47 ans, ce père de famille dévoué à l’éducation avait osé enseigner la liberté d’expression en montrant des caricatures de Mahomet à ses élèves de troisième, dans le cadre d’un cours sur la laïcité. Son geste pédagogique, conforme aux valeurs de l’École républicaine, lui a valu une décapitation barbare par un terroriste islamiste, sous les yeux d’une société parfois déchirée par les tensions communautaristes.

Cinq ans plus tard, la mémoire de Samuel Paty reste vive, et son sacrifice continue d’incarner la lutte pour la laïcité et la liberté pédagogique. Pour marquer cet anniversaire tragique, l’association Unité Laïque, en partenariat avec le Barreau des Avocats de Paris et la Mairie du 9e arrondissement, organise une soirée hommage émouvante. Intitulée « Samuel Paty, 5 ans après », cette manifestation se tiendra le jeudi 16 octobre 2025, de 18h30 à 20h30, dans la prestigieuse Salle Rossini de la Mairie du 9e arrondissement de Paris. Cet événement n’est pas seulement un moment de recueillement, mais un acte de résistance collective contre l’obscurantisme et un appel renouvelé à la vigilance républicaine.

Une soirée riche en symboles et en émotions

Au cœur de cette soirée, des élèves de la classe de première du Lycée Camille-Claudel de Palaiseau mettront en scène quatre extraits de la pièce Le Professeur, écrite par Émilie Frèche. Cette représentation théâtrale, portée par la voix des jeunes, rappellera avec force le quotidien des enseignants confrontés à la haine et à l’intolérance. Elle symbolisera la transmission intergénérationnelle des valeurs laïques, en écho à l’engagement de Samuel Paty pour une éducation émancipatrice.

La soirée réunira des figures emblématiques du combat pour les droits et la laïcité. Parmi les intervenants attendus :

  • Delphine Bürkli, maire du 9e arrondissement de Paris, qui accueillera l’événement dans sa mairie ;
  • Mickaëlle Paty, sœur de Samuel, dont la dignité exemplaire depuis cinq ans inspire le pays entier ;
  • Alain Jakubowicz, président d’honneur de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), voix forte contre toutes les formes de discrimination ;
  • Alain Seksig, inspecteur académique honoraire et vice-président du Comité Laïcité République (CLR), expert en éducation laïque ;
  • Pierre Hoffman, bâtonnier de Paris ou son représentant, incarnant le rôle des juristes dans la défense des libertés ;
  • Jean-Pierre Sakoun, président d’Unité Laïque, qui pilote cette initiative avec détermination.

Ces personnalités, unies par un même idéal, partageront leurs réflexions sur l’héritage de Samuel Paty et les défis actuels pour la laïcité en France. Des discours poignants, des témoignages personnels et des appels à l’action ponctueront la soirée, transformant le deuil en un élan collectif pour l’avenir.

Un contexte qui interpelle la société française

L’assassinat de Samuel Paty n’était pas un fait isolé. Il s’inscrivait dans une série d’attentats qui ont visé la liberté d’expression en France, de Charlie Hebdo à l’Hyper Cacher, en passant par le Bataclan. Ce drame a révélé les failles d’une société où la laïcité, pilier de la République, est parfois remise en question par des discours extrémistes. Des enquêtes postérieures ont mis en lumière comment des rumeurs propagées sur les réseaux sociaux avaient attisé la haine contre l’enseignant, menant à son exécution.

Cinq ans après, la France fait face à une recrudescence des tensions : discours haineux en ligne, pressions communautaires dans les écoles, et une jeunesse parfois perdue face à la radicalisation. Cette soirée hommage s’inscrit donc dans une démarche militante. Unité Laïque, association fondée pour promouvoir la laïcité et l’unité républicaine, rappelle que « la mémoire de Samuel Paty nous oblige ». Elle invite tous les citoyens – enseignants, parents, élus, militants – à se mobiliser pour que de tels actes ne se reproduisent plus.

Comment participer ?

L’entrée à cette soirée est gratuite, mais l’inscription est obligatoire pour des raisons d’organisation. Vous pouvez vous enregistrer dès à présent via ce lien : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSeFKEpfrUGppRYp2Lj6s20gbvOreFHixHJrAmpoJH74fYJhnQ/viewform. Un poster de l’événement est également disponible en téléchargement ici : https://unitelaique.org/wp-content/uploads/2025/09/SAMUEL-PATY-2025-2.pdf.En participant, vous rejoignez un mouvement plus large pour la défense de l’École laïque et de la liberté d’enseigner. Comme l’écrivait Samuel Paty dans ses préparations de cours, « l’éducation est le meilleur rempart contre l’ignorance ». Que cette soirée du 16 octobre soit un phare dans la nuit, illuminant le chemin vers une République plus unie et plus forte.Pour plus d’informations, consultez le site d’Unité Laïque : unitelaique.org.

Samuel Paty, présent !

À Jalès, une ancienne commanderie templière abrite des trésors archéologiques

De notre confrère cnrs.fr

Située dans la plaine ardéchoise, cette ancienne commanderie des Templiers recèle des collections uniques en Europe et abrite des recherches scientifiques à visée internationale.  C’est un petit bijou architectural au milieu de la plaine ardéchoise. La commanderie de Jalès, qui rassemble un ensemble de bâtiments tenant à la fois du monastère et de la ferme, s’étend sur un domaine de 1,9 hectares entre Aubenas et Alès. Fondé par l’Ordre du Temple dans le deuxième tiers du XIIe siècle, le lieu permettait jadis de procurer des fonds à l’ordre religieux et militaire, en particulier grâce à l’exploitation des terres agricoles.

Jalès demeure aujourd’hui parmi les commanderies les mieux conservées de l’époque sur les quelques huit cents disséminées à travers toute la France par les Templiers. 

Le site a subi diverses transformations au fil des siècles. Passé aux Hospitaliers au début du XIVe siècle, il traverse la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion. Au XVIIIe siècle, il est occupé par des troupes gagnées à la Contre-Révolution, puis vendu comme bien national en 1793. « La commanderie sera achetée par la famille d’un paysan ardéchois protestant érudit puis léguée en viager au département qui en hérite définitivement en 1975. Elle est partiellement laissée à l’abandon jusqu’à ce que Jacques Cauvin, préhistorien, se prenne d’un véritable coup de foudre pour ce lieu historique et décide d’y implanter en 1984 les bureaux de l’Institut de préhistoire orientale », explique Frédéric Abbes, directeur du laboratoire Archéorient1 . Aujourd’hui, le lieu, inscrit sur la liste des monuments historiques, abrite toujours une antenne de ce laboratoire sous co-tutelle CNRS.

Céréales, céramiques et vers à soie

Sur le plan architectural et géographique, Jalès dispose en effet de nombreux atouts. Ses 800 m² de locaux accueillent un nombre imposant de collections archéologiques. Sa magnanerie, ce bâtiment où l’on pratiquait jadis l’élevage des vers à soie, permet d’entreposer certains objets fragiles. Construit en majorité à partir du XVIe siècle dans le sud de la France, ce type de bâtisse a été conçu pour maintenir une température stable essentielle au développement des vers à soie. De facto, il est propice à la conservation des œuvres. Enfin, les prairies qui entourent les bâtiments offrent un terrain inespéré pour conduire des expérimentations scientifiques. Jacques Cauvin et les archéo-botanistes de son équipe ont d’ailleurs tenté à la fin des années 1980 d’y planter des cultures sauvages de céréales proches des spécimens que cultivaient les femmes et hommes du Néolithique. Cette recherche originale a conduit à mieux comprendre comment les grains ont pu se modifier et devenir domestiques sous l’influence de l’agriculture.

Encore aujourd’hui, le lieu accueille des ateliers destinés à permettre aux scientifiques et aux étudiants de reproduire les savoir-faire des populations humaines du passé, de la taille de silex à la reproduction de céramiques. « En reconstituant les gestes et les savoir-faire des populations préhistoriques, la taille des silex renseigne les archéologues non seulement sur les compétences techniques des premiers humains, mais aussi sur leurs modes de vie. Les silex taillés peuvent également être utilisés pour des études archéologiques approfondies en comparant les résultats avec des vestiges archéologiques », détaille Séverine Sanz, ingénieure d’études CNRS à Jalès. Alors qu’en France comme en Europe, les formations de ce type se sont raréfiées depuis plusieurs années, le laboratoire a également accueilli ces dernières années une formation sur la lecture et l’interprétation des chaînes opératoires céramiques, une discipline qui consiste à reconstituer les étapes du processus de création et d’utilisation de ces objets. 

Jalès offre aux scientifiques la possibilité de reconstituer les gestes et savoir-faire du passé, à l’instar de ces archéologues construisant un four de potier expérimental© Thibaut VERGOZ / Archéorient / CNRS Images

Des collections archéologiques uniques au monde

Mais ce n’est pas seulement la reproduction expérimentale de céramiques et de taille de silex qui attirent les scientifiques du monde entier. Avec sa superficie géante de 250 m², la commanderie possède l’une des seules carothèques d’Europe capable d’accueillir des carottes sédimentaires dites « mono-run » de six mètres de long. Ces carottes sédimentaires sont une prouesse technique car la longueur de l’échantillon permet d’étudier plus de périodes historiques. Toutefois, beaucoup de salles d’archives ne sont actuellement pas en mesure d’accueillir de tels échantillons en raison de leur taille imposante. 

Jalès abrite surtout une collection archéologique hors du commun, avec des objets issus principalement de la période néolithique au Proche Orient. Les chiffres de la collection donnent le tournis : « On parle de 900 portoirs d’objets stockés, soit des dizaines de milliers d’objets unitaires. C’est colossal comme collection », commente Frédéric Abbes. D’autant plus que les réserves abritent des objets qui ont parfois disparu des réserves de leur pays d’origine, comme en Syrie, où la guerre a ravagé le patrimoine archéologique. La plupart ont été ramenés par l’équipe de Jacques Cauvin dans les années 1970 à 2000, notamment au moment des fouilles archéologiques de sauvetage réalisées en amont de la construction des barrages de l’Euphrate. Prenant part à l’opération, le préhistorien ramène des spécimens d’outillages, en os et en silex, ainsi que des échantillons de faune, de flore, de terre (os, graines, charbons). Autant de curiosités qui n’ont pas d’intérêt muséographique mais qui présentent un réel intérêt pour les archéologues et leurs recherches.

Au fil du temps, cette collection historique est venue s’enrichir d’autres collections destinées à la recherche en archéologie. Jalès dispose ainsi d’une ostéothèque, autrement dit une collection de squelettes d’animaux, constituée au fil des années. Ces squelettes servent de référence pour comparer et identifier les restes osseux trouvés sur des sites archéologiques. Ils permettent aux archéozoologues d’affiner l’identification des espèces, de déterminer l’âge et le sexe des animaux afin d’améliorer leurs études sur les pratiques alimentaires, l’élevage, la chasse, et l’évolution des animaux domestiques ou sauvages. La commanderie abrite aussi une collection sédimentaire unique au monde. Les prélèvements de stratigraphie archéologique ont été réalisés sur les plus importants sites antiques du pourtour de la Méditerranée : Grèce, Syrie, Liban, Égypte, Tunisie, Maroc, Italie… Là encore, certains échantillons ou carottages sont des témoins uniques de l’histoire et des conditions climatiques, géologiques et environnementales passées du site géographique où ils ont été prélevés. « Pendant dix ans, la Syrie était fermée. Nous disposions donc d’une des rares archives sédimentaires encore accessibles sur ce pays. D’autres pays du pourtour méditerranéen, comme l’Égypte et la Grèce, ont en outre modifié leur législation pour rendre difficile, voire interdire l’exportation d’échantillons sédimentaires. Nous disposons des rares échantillons disponibles hors de leurs frontières administratives », explique Jean-Philippe Goiran, géoarchéologue au CNRS au sein d‘Archéorient. 

La commanderie abrite une ostéothèque de renom© Claire GIGUET / Archéorient

Le mythe du Tonneau des Danaïdes : une peine éternelle et son écho dans la Franc-maçonnerie

Dans les profondeurs de la mythologie grecque, le mythe des Danaïdes offre une parabole fascinante sur la culpabilité, l’effort vain et la quête sans fin. Ce récit, ancré dans l’imaginaire collectif, trouve un écho inattendu dans les symboles et les enseignements de la Franc-maçonnerie, une société initiatique dédiée à l’amélioration de soi et à la fraternité. Explorons cette histoire intemporelle et ses résonances modernes.

Le Mythe des Danaïdes : une condamnation éternelle

Tonneau des Danaïdes

Les Danaïdes sont les cinquante filles du roi Danaos, figure légendaire de la Grèce antique. Pour échapper à un mariage forcé avec leurs cousins, les fils d’Égyptos, elles commettent un acte dramatique : sur l’ordre de leur père, elles assassinent leurs époux la nuit de leurs noces, à l’exception d’Hypermnestre, qui épargne Lynée par amour. Ce crime, bien que motivé par la défense de leur liberté, attire la colère divine. Condamnées aux Enfers, les Danaïdes se voient infliger une peine symbolique et cruelle : remplir un tonneau sans fond avec de l’eau, un labeur éternel et inutile.

Ce châtiment incarne plusieurs thèmes profonds. Il reflète d’abord la culpabilité et l’impossibilité d’une rédemption complète, les Danaïdes étant enchaînées à une expiation sans fin. Le tonneau sans fond, quant à lui, symbolise l’absurde, une tâche vouée à l’échec qui met en lumière la vanité humaine face à des lois immuables. Cette image a traversé les siècles, donnant naissance à l’expression « tonneau des Danaïdes », utilisée aujourd’hui pour désigner une entreprise stérile ou un effort perpétuel sans résultat tangible. Le mythe, ainsi, interroge notre rapport à l’effort, à la mémoire et aux conséquences de nos actes.

Un parallèle avec la Franc-maçonnerie

La Franc-maçonnerie, société philosophique et initiatique, offre un cadre où ce mythe trouve une résonance symbolique inattendue. Bien que les contextes diffèrent, plusieurs parallèles émergent, enrichissant la réflexion.

Le travail incessant comme quête de perfection

En loge maçonnique, le maçon est invité à tailler sa « pierre brute » pour en faire une « pierre cubique », symbole d’une perfection morale et spirituelle. Comme le tonneau des Danaïdes, ce processus n’atteint jamais une fin absolue. Cette quête sans terme devient une métaphore de l’amélioration personnelle, un idéal que les francs-maçons poursuivent avec humilité, acceptant que la perfection reste hors de portée.

L’épreuve comme chemin vers la Lumière

Les Danaïdes, contraintes à leur tâche par les juges des Enfers, subissent leur sort comme une conséquence de leurs actes. De manière similaire, les francs-maçons traversent des épreuves initiatiques pour accéder à une compréhension plus profonde. Là où les Danaïdes sont prisonnières, les maçons y voient une opportunité : l’effort, même apparenté à un échec, est une étape vers une élévation spirituelle.

L’eau, symbole de purification et de savoir

comme une pierre dans le courant …

L’eau, utilisée pour remplir le tonneau, est un élément central dans la maçonnerie, où elle évoque la purification, la régénération et la connaissance. Le fait qu’elle s’échappe sans fin pourrait symboliser la difficulté d’absorber pleinement la sagesse ou de transmettre un savoir parfait. Ce défi incite les maçons à renouveler leur effort, transformant l’absurde en une leçon de persévérance.

La responsabilité collective

Le crime des Danaïdes est un acte collectif, et leur punition les unit dans une souffrance partagée. En Franc-maçonnerie, la fraternité et le travail en loge soulignent une responsabilité mutuelle. Chaque membre contribue à un édifice commun, parfois perçu comme inachevé, à l’image d’un tonneau qui ne se remplit jamais, renforçant l’idée d’un effort collectif vers un idéal supérieur.

Une réflexion universelle

Le mythe du tonneau des Danaïdes, avec sa peine éternelle, invite à méditer sur la vanité et la résilience face à l’impossible. En Franc-maçonnerie, cette idée est sublimée : le labeur sans fin devient une philosophie active. Là où les Danaïdes sont captives d’un châtiment, les francs-maçons y puisent une invitation à transcender les limites humaines à travers le travail, la réflexion et la solidarité.

Ce parallèle ne vise pas à égaler les deux récits, mais à souligner comment des symboles anciens peuvent éclairer des pratiques modernes. Le tonneau sans fond, loin d’être une malédiction, devient dans cette lumière un appel à persévérer, à chercher la lumière même dans l’obscurité de l’échec. Ainsi, le mythe des Danaïdes, vieux de plusieurs millénaires, continue de parler à notre époque, reliant passé et présent dans une quête intemporelle de sens.

Une leçon sur la préservation de l’émerveillement au Pakistan – Le Temple maçonnique devient musée

De notre confrère pakistanais thenews.com.pk – Par Nabil Abro

La Loge des Francs-Maçons, un bâtiment de l’époque coloniale entouré de mystère, rouvre ses portes sous le nom de Musée de la faune du Sindh. J’avais l’habitude de traverser Din Muhammad Wafai Road presque tous les jours sans remarquer le vieux bâtiment en pierre qui se dressait silencieusement derrière ses portes. Pour moi, ce n’était qu’un vestige du passé colonial de Karachi, niché entre les arbres et l’ombre. J’ai finalement appris qu’il ne s’agissait pas d’un bâtiment ordinaire. C’était la Loge des Francs-Maçons, un lieu enveloppé de mystère pendant des décennies. Aujourd’hui, la loge a trouvé une nouvelle vie et est devenue le Musée de la faune du Sindh.

Construite en 1914, alors que Karachi connaissait une expansion rapide sous la domination britannique, la loge était autrefois le lieu de rencontre des francs-maçons, une confrérie internationale influente souvent associée au secret et à l’exclusivité. Ses hautes arches et sa façade en pierre reflétaient la grandeur coloniale. Pour la plupart des habitants de la ville, elle était imprégnée de mystère.

Rares étaient ceux qui pénétraient dans le bâtiment. De nombreuses rumeurs circulaient sur d’étranges rituels et des rassemblements secrets.

« Pour les habitants de Karachi, ce lieu était entouré de mystère »

explique un historien de l’architecture coloniale. « On ignorait ce qui s’y passait, et des mythes se sont développés autour de lui. C’est ainsi qu’il a été surnommé le Jadoo Ghar, ou Maison de la Magie. »

Les années qui suivirent l’indépendance furent difficiles pour la loge. Les francs-maçons perdirent de leur influence et, dans les années 1970, leurs réunions à Karachi cessèrent. Le majestueux bâtiment tomba à l’abandon, ses portes verrouillées et ses secrets s’évanouissant dans le silence. Pendant des décennies, il resta une énigme, admiré de l’extérieur mais abandonné à l’intérieur.

L’histoire prit un nouveau tournant dans les années 1990, lorsque le Département de la faune du Sindh décida de transformer le lodge en musée. Pour une ville peu riche en histoire naturelle, le projet était ambitieux. L’objectif était de préserver la biodiversité du Sindh dans les murs d’un monument chargé d’histoire. Une modeste collection d’animaux empaillés, de photographies et de livres y était exposée, offrant aux habitants un aperçu de la faune de la province. Mais le musée peinait à survivre. Faute de financements suffisants, d’une promotion insuffisante et d’un soutien institutionnel insuffisant, il ferma rapidement ses portes. Pendant près de 29 ans, le bâtiment resta à nouveau négligé, son musée oublié, son potentiel gaspillé et sa façade drapée dans le silence.

En 2020, le silence a finalement été rompu et les choses ont commencé à changer. Le Département de la faune du Sindh, avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le développement, a restauré le bâtiment et rouvert le musée, investissant près de 1,6 million de roupies dans ce projet.

L’inauguration ressemblait moins à l’ouverture d’une galerie qu’à la renaissance d’un pan oublié de la ville. « Il s’agissait de bien plus qu’une simple rénovation », a déclaré Javed Ahmed Mahar, conservateur en chef du Département de la faune du Sindh. « Nous souhaitions faire revivre un musée capable de sensibiliser le public à la faune du Sindh tout en respectant l’histoire de ce bâtiment remarquable. Pour nous, c’est un pont entre conservation et culture. »

À l’intérieur, la transformation est saisissante. Le musée présente plus de 300 espèces d’oiseaux, 100 reptiles et 80 mammifères, tous préservés grâce à la taxidermie. Les cerfs semblent figés en mouvement, les faucons déploient leurs ailes en plein vol et les tortues dévoilent leurs carapaces avec des détails réalistes. Une biche se penchant pour protéger son faon figure parmi les expositions les plus admirées, créée par des taxidermistes talentueux qui allient science et art.

Il est important de noter que le musée applique une politique stricte de non-abattage. « Nous sommes là pour célébrer et protéger la faune sauvage, et non pour lui faire du mal », explique Mahar. « Les animaux que vous voyez ici sont morts de causes naturelles. Nous leur avons donné une seconde vie pour que le public puisse apprendre d’eux. »

Le musée abrite également une bibliothèque, considérée comme l’une des plus riches collections de littérature animalière du pays. Certains volumes remontent à près de deux siècles. Ces étagères poussiéreuses recèlent des documents précieux pour les chercheurs et les étudiants. Il est prévu de numériser la collection pour un accès plus large. « Nous disposons ici de documents que vous ne trouverez nulle part ailleurs au Pakistan », explique Mahar. « C’est un trésor de connaissances caché. »

Pour les habitants, la réouverture a également transformé la perception du bâtiment. « Enfants, on nous disait que c’était un lieu hanté, un Jadoo Ghar où des choses étranges se produisaient », se souvient Rafiq Ahmed, un habitant de longue date de Saddar. « Avant, on passait devant, effrayés. Maintenant, j’emmène mes petits-enfants ici et, au lieu d’avoir peur, ils découvrent des animaux. C’est un changement merveilleux. »

D’autres partagent ce sentiment. « Le bâtiment est passé du secret à l’ouverture », explique un historien. « Ce qui était autrefois le pavillon le plus exclusif de Karachi est aujourd’hui un musée public. Ce changement reflète l’évolution de la ville elle-même. »

Le Musée de la faune du Sindh continue de jouer son rôle. Depuis sa réouverture, il accueille des sorties scolaires, des chercheurs, des photographes et des artistes. Les enfants admirent les expositions avec émerveillement. Photographes et peintres animaliers trouvent l’inspiration dans ces expositions réalistes.

Les responsables espèrent que le musée pourra s’agrandir davantage et se transformer un jour en un véritable musée d’histoire naturelle, comparable à ceux des autres grandes villes. « La conservation commence par la sensibilisation. Les musées jouent un rôle essentiel à cet égard », explique Mahar. « Nous voulons que ce soit un lieu où les générations futures viendront découvrir leur environnement. »

L’aspect le plus puissant du musée est peut-être symbolique. La Loge des Francs-Maçons, autrefois considérée comme un lieu de secret et de peur, est devenue un lieu d’apprentissage.

Ses pierres centenaires évoquent encore le passé colonial de Karachi, mais ses salles racontent aussi l’histoire des merveilles naturelles du Sindh.

Pour une ville souvent accusée de négliger son patrimoine, cette transformation est un rare exemple de renouveau.

Le Musée de la faune du Sindh ne se résume pas à des animaux en vitrine. Il s’agit de se réapproprier l’histoire, de remodeler les mythes et de réimaginer des espaces pour le bien public. La Maison de la Magie a rouvert ses portes, mais cette fois, la magie est bien réelle. Elle réside dans la possibilité de redécouvrir le cœur sauvage du Sindh, préservé entre les murs d’un bâtiment autrefois secret.

Briser les petites baronnies maçonniques

La souveraineté de la Loge, l’humilité des Offices

Nous voyons monter, de beaucoup d’Orients – ces jours-ci, plus nombreux depuis le grand Sud-Ouest – une même sidération : ici un Vénérable qui confond maillet et sceptre, là un Surveillant qui tient la Colonne comme on tient un ban, plus loin un Inspecteur de Loge ou un représentant provincial qui parle en suzerain et non en serviteur. Les mots sont durs parce que les blessures le sont. La féodalité s’infiltre parfois sous les voûtes, tel un brouillard qui ternit l’éclat des métaux.

Nulle région n’est indemne, nul rite ni Obédience n’est visé ; seul l’autoritarisme est en cause, où qu’il se loge.

Maître maçon grincheux

Elle prend le visage des petites baronnies, ces micro-pouvoirs qui prétendent régenter la vie de la Loge, du district, de la province, jusqu’à croire avoir « droit de vie et de mort » sur les itinéraires, les travaux, les destins. Nous savons, par l’histoire autant que par le rituel, que la Maçonnerie n’a pas été instituée pour adouber des seigneurs mais pour libérer des ouvriers. Le maillet n’est pas un droit de cuissage, l’équerre n’est pas une verge de commandement ; ce sont des instruments de service.

Le mécanisme est connu. Il commence par une captation douce : le calendrier, l’ordre du jour, la parole distribuée selon l’humeur. Puis survient la mise sous tutelle de l’Atelier : cooptations orientées, silences découragés, visites filtrées, lectures « retenues » pour préserver une paix factice.

L’étape suivante est l’édification d’un égrégore d’obéissance

La critique devient offense, la régularité se confond avec l’allégeance, la fraternité se mesure à l’applaudimètre. À la fin, la Loge ne respire plus qu’au rythme d’un petit nombre et c’est l’âme même de l’Atelier qui se rétrécit. Nous ne parlons pas ici d’autorité légitime – nécessaire, claire, assumée – mais d’autoritarisme, c’est-à-dire d’une dérive où la fonction se nourrit d’elle-même et oublie la pierre à polir.

Maçonne autoritaire

Nous pourrions minorer le phénomène en le renvoyant aux caractères : narcissisme des petites différences, susceptibilités, querelles d’ego. Ce serait trop simple. La tentation féodale est structurelle dès qu’une organisation oublie ses finalités pour ne plus penser qu’en termes de positions. La science des symboles nous instruit pourtant d’un autre ordre : l’Orient n’est pas un trône mais un chantier ; Le mailletage est d’abord un rythme intérieur. Il n’impose pas la cadence mais met la Loge à l’unisson ; la colonne J comme la colonne B doivent demeurer vivantes, contradictoires, hospitalières. Quand les offices se crispent, le Temple se pétrifie et quand la parole se raréfie, la Lumière se fait rare !

Rappelons quelques évidences initiatiques que le tumulte fait parfois oublier

Venerable maîtresse autoritaire

La souveraineté réside dans la Loge réunie, non dans celui qui la préside ; l’élection n’est pas onction mais confiance révocable ; le serment lie à plus grand que soi : à la Loi de la Loge, à l’esprit du Rite, à l’Ordre tout entier. La règle de l’Atelier – ses Règlements, ses anciens usages, la jurisprudence fraternelle – vaut garde-fou contre l’arbitraire. La chaîne d’union n’est pas une corde de traction pour amener tous au même pas, c’est un cercle de respiration où l’on tient et où l’on est tenu. « Gradus » signifie marche : chaque grade oblige à plus d’humilité, non à plus de crédit social.

Que faire, alors, lorsque se lèvent ces petites baronnies qui projettent leur ombre ? D’abord, nommer les choses sans outrager les personnes. Gardons en mémoire cette exigence d’exactitude :

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. »

Albert Camus,

– « Sur une philosophie de l’expression », Poésie 44, n°17, 1944. Dire ce qui blesse avec les mots du Rituel : profanation du silence, détournement des offices, privatisation des outils, confusion entre personne et fonction. Ensuite, réouvrir le Temple à la Loi commune : relire ensemble les Règlements de la Loge, les textes fondateurs de l’Obédience, la lettre du Rite. Rien n’est plus désarmant pour l’arbitraire que la lecture apaisée des règles auxquelles tous ont juré obéissance.

Vient alors l’œuvre de réparation…

 Elle n’est pas spectaculaire. Elle est patiente, presque ascétique. Rendre à la parole sa juste circulation en disciplinant les débats ; restaurer la rotation réelle des charges en veillant à l’alternance et à la formation préalable des officiers ; redonner aux visites et aux échanges inter-Orients leur puissance d’oxygénation ; instaurer des moments de régulation non judiciaires – médiations fraternelles, « tenues de réconciliation », planches d’éthique préparées à plusieurs voix. Il est bon parfois qu’une Loge, après un épisode féodal, s’offre un cycle de travaux explicitement consacrés à l’humilité des offices : « Du service au commandement », « L’usage des outils ne fait pas la main », « Le silence, vertu active ». C’est dans la liturgie même que se trouvent nos remèdes.

Il y a aussi des garde-fous concrets

Rimbaud avait tout compris: « Je est un Autre »

Ils ne brisent pas la poésie du Rite, ils la protègent : calendrier des élections et transmissions clarifié longtemps à l’avance ; votes réellement libres, scrutateurs choisis avec prudence, procès-verbaux fidèles aux débats ; droit de visite et d’expression réaffirmé pour tout Maître, droit d’alerte sobre et fraternel lorsque la forme déraille ; accompagnement par des Frères expérimentés venus d’autres Orients quand la Loge peine à se redresser seule. Dans les structures régionales, rappel qu’aucun « représentant » ne tient son mandat d’une délégation divine mais d’une mission temporaire au service des Loges, et que toute injonction doit pouvoir être relue à la lumière des textes.

Nous n’ignorons pas que la douleur est vive chez ceux qui témoignent

Temple du Grande Oriente Lusitano (GOL)
Temple du Grande Oriente Lusitano (GOL)

Elle l’est davantage quand l’on a donné du temps, des nuits, des pages, des larmes, et que l’on voit la fraternité se racornir. Mais nous savons aussi que l’Ordre, dans sa longue mémoire, a traversé d’autres fièvres. À chaque fois, le retour à la simplicité rituelle, à la sincérité des regards, à l’économie des mots, a fini par déliter les fiefs. L’ego aime les estrades ; la Lumière préfère les Ateliers où l’on taille vraiment.

Gardons-nous des anathèmes

Rien n’est plus tentant que d’opposer les « purs » et les « seigneurs ». Or nous ne guérissons pas la féodalité par une nouvelle croisade. Nous la dissolvons en rappelant que nous sommes tous Apprentis – mais pas éternellement – de quelque chose et responsables les uns des autres – cette fois-ci éternellement. La mainmise se défait lorsque beaucoup de mains se remettent à l’œuvre. Le jour où le Vénérable redevient d’abord un conducteur de parole, le Surveillant un veilleur de croissance, l’Inspecteur un frère-ressource, le représentant provincial un messager, ce jour-là, la Loge respire, la région s’apaise, la province redevient un réseau d’entraide et non un échiquier de notabilités.

Nous n’avons pas d’autre ambition que celle-ci : rendre à la Maçonnerie son visage d’apprentissage.

Au fond, tout est dit dans nos outils

L’équerre n’ordonne pas, elle rectifie. Le compas n’enserre pas, il ouvre. Le maillet ne frappe pas des sujets, il réveille des consciences. Si nous consentons à cette ascèse du sens, les petites baronnies se dissiperont comme se dissipent les brumes au lever du jour : non par un coup d’éclat, mais parce qu’une Lumière tranquille s’installe et dure.

Qu’on nous entende clairement. La loi du silence n’est pas l’omerta. Elle est ce repli intérieur qui permet au verbe de devenir juste.

Frères et sœurs qui souffrez de ces féodalités, écrivez, témoignez, demandez médiation, faites valoir vos textes, cherchez l’appui d’Orients voisins, osez l’alliance des humbles. Et vous qui tenez aujourd’hui un office, rappelez-vous que la trace la plus haute qu’on laisse dans un Temple n’est pas celle de son nom au tableau des Vénérables, mais celle des frères grandis quand on s’efface.

Du chantier au Temple, telle est notre promesse. Elle ne souffre ni suzerain, ni vassaux. Elle réclame des ouvriers consentants, des officiers modestes, des Loges souveraines. Alors seulement la Tradition respire et la République des esprits – notre véritable province – se reconnaît à ce signe : personne n’y règne, chacun y sert.

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20/09/25 – Académie maçonnique Paris : « Pourquoi ai-je eu l’idée de fonder une Obédience ? »

Ce samedi 20 septembre à 10h30, l’Académie maçonnique Paris recevra, lors de son webinaire mensuel, pour une conférence intitulée :

« Pourquoi ai-je eu l’idée de fonder une Obédience ? »

Marcel LAURENT,

Fondateur de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité,

Ce webinaire est gracieusement accessible aux Sœurs et aux Frères de toutes Obédiences, titulaires du grade de Maître, sur inscription préalable :

https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_nmeFmLV2Rr6kfc936mVGBg

Marcel Laurent

Dans son nouveau cycle annuel 2025-2026 qui a pour thème général : « Paroles de vie maçonnique(s) », l’Académie maçonnique Paris recevra le T⸫ C⸫ F⸫ Marcel LAURENT qui, initié dans une loge de la G⸫ L⸫ N⸫ F⸫ – obédience à laquelle il a appartenu pendant 23 ans, y occupant longtemps de hautes fonctions –,  a décidé, en tirant les conséquences de convictions personnelles, de fonder, il y a 25 ans, la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité.

C’est ainsi, qu’au cours d’un entretien avec Christian Roblin, suivi des habituelles questions-réponses, il répondra à la question :

«  Pourquoi ai-je eu l’idée de fonder une Obédience ? »

L’entretien se déroulera en trois temps :

Marcel Laurent
  • Tout d’abord, Marcel LAURENT présentera cette obédience spiritualiste mixte travaillant au Rite Écossais Ancien et Accepté, dont beaucoup de Frères et de Sœurs ont entendu parler, sans en connaître la spécificité ;
  • Il expliquera, en suite, sur quels fondements  et avec qui il a fondé cette obédience qui compte aujourd’hui une quarantaine de loges en France et à l’étranger ;
  • Enfin, il terminera sur une note plus personnelle élargissant ses réflexions à son engagement maçonnique dans la vie.

C’est une occasion tout à fait particulière de découvrir les conditions de la genèse de cette Obédience, d’examiner les principes qui la guide et de converser avec son fondateur, personnage attachant dont le parcours de vie, aux aspects multiples, n’est pas l’objet de cet  entretien, laissant celles et ceux qui s’y intéresseraient se rapporter à son autobiographie disponible sur Amazon, sous le titre : À dire vrai – un destin français (249 p.).

Daniel Keller ancien Grand Maître (GODF) et Marcel Laurent (GLCS)

En visioconférence avec l’outil Zoom en vous inscrivant grâce au lien suivant :

https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_nmeFmLV2Rr6kfc936mVGBg

Accès réservé aux Sœurs et aux Frères de toutes obédiences, titulaires du grade de maître.

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Grand Collège des Rites Écossais – Sous la voûte de Groussier, Lausanne se lève

De la pierre des Constitutions à la chair des consciences, une fraternité en action

Nous entrons rue Cadet comme on franchit un seuil intérieur. Le Temple Arthur Groussier, archiplein – plus de 400 participants –, respire, vaste atelier d’Écosse où la mémoire n’est pas un musée mais une lampe allumée sur le chantier. Le Grand Collège des Rites Écossais a voulu, en ce vendredi 5 septembre, reprendre Lausanne non pour l’embaumer mais pour l’éprouver.

Nous y avons entendu des voix différentes et concordantes, issues de juridictions masculines, mixtes et féminines, signe clair que l’Écossisme se sait aujourd’hui pluriel, hospitalier et fidèle à sa promesse d’universalité.

Nul oubli de la mixité, nulle amnésie de la féminité : la parole des Sœurs y fut reçue, écoutée, honorée, et c’est à cette place enfin assumée que l’« universel » commence à prendre corps.

Présenté avec élégance par Gérard Boned, président de la commission du colloque du Suprême Conseil, l’assemblée prit place dans le célèbre Grand Temple. À l’heure dite – l’heure, c’est l’heure – il frappa les coups d’usage avec une précision suisse.

Michel Meley

Michel Meley, Très Puissant Grand Commandeur du Grand Conseil de la Fédération française du Droit Humain, ouvre la marche en historien du Rite et en homme d’atelier. Il remonte les filons qui convergent vers 1875 : des Constitutions dites de 1786 aux aspirations de concorde entre Suprêmes Conseils, du principe créateur affirmé à la liberté de conscience défendue, de la lutte contre l’ignorance à l’exigence d’égalité. Lausanne apparaît alors comme une charpente : confédérer sans asservir, reconnaître des souverainetés tout en fixant des repères, garantir l’unité du REAA sans l’uniformiser. On mesure combien ces « landmarks » ne sont pas des bornes figées mais des jalons pour marcher droit, équerre en main, au milieu des vents contraires de l’histoire.

André Combes
André Combes

André Combes, historien, campe ensuite la figure d’Adolphe Crémieux, Grand Commandeur et homme d’État, maître du verbe et du courage. Par lui nous voyons la politique du XIXᵉ siècle dialoguer avec la haute maçonnerie : tenir ensemble la transcendance nommée et l’ouverture libérale, apaiser les tempêtes internes sans étouffer la réforme, préserver l’autorité du Rite en la mettant au service de la Cité. À travers Crémieux, c’est la stratégie d’un bâtisseur que l’on saisit, prudente et résolue, soucieuse de rassembler ce qui est épars sans dissoudre l’exigence.

Pierre Mollier
Pierre Mollier

Pierre Mollier, historien, membre du Suprême Conseil du Grand Collège des Rites Écossais, avec la précision qui éclaire sans blesser, replace la réaction du Grand Collège des Rites et du Grand Orient de France dans la longue durée. Il montre que la querelle ne fut pas tant métaphysique qu’institutionnelle : moins une dispute sur le Principe qu’un conflit de légitimité et de juridiction pour la pratique des grades. Le fameux article qui irrita rue Cadet disait en creux l’éternel débat entre l’Obédience et la Juridiction. Ici encore, la leçon n’est pas de polémique mais de méthode : chaque fois qu’une autorité cherche à faire taire une autre, le Rite se rétrécit ; chaque fois qu’elles se reconnaissent, il respire.

Gérard Boned et Christian Mermet
Gérard Boned et Christian Mermet

Christian Mermet, historien, membre du Suprême Conseil pour la France, pour la  déplie alors une page souvent méconnue, celle du Tuilleur de Lausanne et de la tentative de normalisation des rituels. Nous comprenons que la « grammaire » des hauts grades ne se réduit pas à des prescriptions techniques : elle dessine une manière de parler à l’âme, de conduire les symboles, d’accorder la légende d’Hiram à la musique des consciences. Normaliser n’est pas uniformiser : c’est chercher la note juste qui permette au chœur d’être un chœur et à chaque voix de rester une voix.

Évelyne Grimal-Richard
Évelyne Grimal-Richard

Vient la parole attendue de notre Sœur Évelyne Grimal-Richard pour le Suprême Conseil Féminin de France. Elle rappelle avec finesse que l’« universel » proclamé à Lausanne portait, en 1875, une cécité : l’absence des femmes. Non pour condamner les Pères, mais pour dire l’inaccompli et la patience de l’accomplissement. De la longue histoire des loges d’adoption à l’adoption du REAA par la GLFF, de la création du Suprême Conseil Féminin à l’essor actuel des travaux de recherche, elle trace une ligne claire : l’Écossisme ne devient vraiment universel que lorsqu’il s’ouvre à toute l’humanité. Ce jour-là, au Temple Groussier, le Grand Collège des Rites n’a pas oublié cette évidence : il a donné place, écoute et rayonnement à la voix des Sœurs. Cette présence n’est pas un appendice moderne ; elle est la mesure même de notre fidélité au Rite, qui ne sépare jamais la Sagesse de la Beauté, ni la Force de la douceur.

À la tribune, Christian Confortini, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais, filmé par un invité
À la tribune, Christian Confortini, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais, filmé par un invité

La conclusion de Christian Confortini tient de la bénédiction et de l’appel.

Gratitude aux intervenants, rappel des chantiers ouverts : publication des actes, poursuite des rencontres internationales, volonté de faire grandir une Charte commune des hauts grades qui respecte les souverainetés tout en ouvrant des passages. Surtout, une injonction douce et ferme : « Aimer, c’est agir ». À quoi sert Lausanne si ce n’est à nourrir nos loges de gestes justes ? À quoi sert l’histoire si elle n’allume pas nos braises d’aujourd’hui ?

En clôture, Christian Confortini, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais, scella les travaux avec maestria, rappelant que l’universel n’est pas un slogan mais une pratique quotidienne de la Fraternité.

Nous sortons dans la lumière de midi avec une boussole et non une relique. Lausanne, relu à Groussier, nous enseigne que l’unité sans liberté est servitude, que la diversité sans repères est dispersion, et que l’universel sans les femmes n’est qu’un demi-cercle.

Alors nous reprenons nos outils. Nous savons que l’équerre demande la droiture, que le compas exige l’ampleur, que la règle réclame la patience. Et nous entendons, plus clairement qu’hier, cette phrase que le Rite murmure à chacun : avance, mais avance ensemble. Parce qu’au fond, nos « landmarks » ne valent que par la fraternité qu’ils rendent possible, et notre fidélité ne s’éprouve qu’à ce signe : faire place à tous les visages de l’humanité pour bâtir, enfin, un Temple habitable.

Photos © Yonnel Ghernaouti, YG