« Guerre juste et morale maçonnique » : à Lausanne, le GRA affronte la question qui dérange

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Peut-on défendre la paix sans renoncer à combattre l’injustice ? Une guerre peut-elle être légitime sans cesser d’être une tragédie ? Le samedi 19 septembre 2026, à Lausanne, le Groupe de recherche Alpina confie à son nouveau président, Jean-Pierre Augier, une conférence consacrée aux rapports complexes entre conflits armés, droit international et éthique maçonnique. Un rendez-vous intellectuel et fraternel qui invite les Francs-Maçons à regarder le monde sans abandonner leurs principes.

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Lorsque le fracas du monde s’invite sous la Voûte étoilée

Le Temple protège du tumulte extérieur, mais il n’a jamais eu vocation à rendre sourd aux souffrances du monde. Derrière la porte close, les Francs-Maçons travaillent à rapprocher ce qui est épars, à combattre les préjugés et à construire une société plus juste. Pourtant, dès qu’ils quittent leurs Travaux, ils retrouvent une réalité traversée par les guerres, les agressions, les populations déplacées et l’affaiblissement du droit.

Que devient, dans un tel contexte, l’idéal de fraternité universelle ? Comment défendre la paix lorsque celle-ci paraît menacée par la force ? Faut-il considérer toute guerre comme moralement condamnable, ou existe-t-il des circonstances dans lesquelles refuser de combattre revient à abandonner les victimes à leur agresseur ?

Ce sont ces interrogations, anciennes mais d’une actualité saisissante, que le Groupe de recherche Alpina, ou GRA, placera au centre de sa prochaine conférence, organisée le samedi 19 septembre 2026, à 11 heures, dans les locaux des Loges lausannoises.

Son nouveau président, Jean-Pierre Augier, interviendra sur un thème dont la formulation annonce déjà l’exigence : « Guerre juste et morale maçonnique ».

L’ambition n’est pas de distribuer des certificats de vertu aux États, de commenter l’actualité à la manière d’un plateau de télévision ou de réduire les tragédies contemporaines à des slogans. Il s’agit de retrouver des instruments de discernement lorsque les certitudes vacillent et que la violence semble reprendre le dessus sur la règle commune.

Une question ancienne que les conflits contemporains rendent brûlante

L’ordre international établi après 1945 n’a jamais fait disparaître la guerre. Les conflits coloniaux, les affrontements régionaux, les guerres civiles et les rivalités entre puissances ont constamment rappelé les limites de la paix proclamée. Mais cet ordre reposait néanmoins sur une conviction : la force devait être encadrée par le droit, et les relations entre les peuples ne pouvaient durablement se réduire à la domination du plus puissant.

Aujourd’hui, les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, comme d’autres foyers de tensions à travers le monde, remettent brutalement cette ambition au premier plan.

Face à ces bouleversements, la difficulté n’est pas seulement militaire, diplomatique ou économique. Elle est également intellectuelle, psychologique et morale.

Pour les Francs-Maçons, la question prend une dimension particulière. Comment articuler le refus de la violence, la défense des libertés, la protection des populations et le devoir de résistance à l’oppression ?

L’épée présente dans certains rituels n’est pas nécessairement l’emblème de l’agression. Elle peut aussi rappeler la vigilance, la protection de l’ordre et l’obligation de défendre ce qui mérite de l’être. Encore faut-il savoir à quel moment la défense cesse d’être légitime pour devenir vengeance, domination ou démesure.

C’est précisément cette frontière incertaine que la conférence de Jean-Pierre Augier se propose d’examiner.

De Cicéron à Grotius, une longue histoire de la guerre et de ses limites

Le parcours annoncé remontera aux sources de la réflexion occidentale sur la guerre juste.

L’Antiquité romaine, avec Cicéron, a déjà posé la question des conditions dans lesquelles un conflit pouvait être considéré comme légitime. Il ne s’agissait pas simplement de savoir qui possédait la force, mais d’interroger les motifs de la guerre et les obligations qui entourent son déclenchement.

La pensée chrétienne reprendra cette interrogation avec saint Augustin, confronté au paradoxe d’une religion prêchant la paix dans un monde exposé à la violence. Thomas d’Aquin précisera ensuite les critères traditionnellement associés à la guerre juste : l’autorité légitime, la justesse de la cause et l’intention droite.

Ces critères ne transforment pas la guerre en bien moral. Ils cherchent, au contraire, à empêcher que la violence ne soit justifiée par le seul désir de conquête, par la haine ou par l’intérêt particulier.

Avec Hugo Grotius, juriste majeur du XVIIᵉ siècle, la réflexion s’ouvre davantage au droit naturel et aux règles susceptibles d’encadrer les relations entre les peuples. La guerre ne peut plus être pensée comme un espace entièrement soustrait à la justice.

Cette histoire conduit directement à une distinction fondamentale : celle qui sépare les motifs invoqués pour entrer en guerre des règles qui doivent être respectées pendant les combats.

Une cause jugée légitime ne dispense jamais de protéger les civils. Une agression subie n’autorise pas toutes les représailles. Le droit international humanitaire impose notamment la distinction entre combattants et populations civiles, la proportionnalité et des précautions destinées à limiter les souffrances. Quant à la Charte des Nations unies, elle encadre le recours à la force et reconnaît notamment le droit de légitime défense.

Autrement dit, la véritable interrogation n’est pas seulement : « Cette guerre est-elle juste ? » Elle est aussi : « Jusqu’où peut-on défendre une cause sans trahir les principes que l’on prétend protéger ? »

La Franc-Maçonnerie face à ses propres contradictions

La conférence abordera également les différentes positions adoptées par la Franc-Maçonnerie au fil du temps.

L’histoire de l’Ordre n’a jamais été celle d’un pacifisme uniforme. Des Frères se sont engagés pour la réconciliation entre les peuples, tandis que d’autres ont pris les armes au nom de leur patrie, de la résistance à l’oppression ou de la défense des libertés. Il est même arrivé que des Francs-Maçons se retrouvent dans des camps opposés, révélant la tension entre leurs appartenances nationales et leur idéal de fraternité.

Cette contradiction ne disqualifie pas nécessairement l’engagement maçonnique. Elle oblige à le penser avec davantage de lucidité.

La Chaîne d’union ne prend son sens que si elle demeure capable d’embrasser l’humanité entière, y compris lorsque les passions collectives poussent à réduire l’adversaire à une caricature. Mais l’universalisme ne peut pas davantage servir de prétexte à l’indifférence devant l’injustice.

Entre la fascination pour la force et l’impuissance élevée au rang de vertu, il existe un chemin plus étroit : celui d’une éthique de responsabilité, attentive aux faits, aux victimes, aux limites du droit et aux conséquences des décisions humaines.

L’affiche de la conférence met ainsi en garde contre trois écueils : l’émotion lorsqu’elle obscurcit le jugement, l’utopie lorsqu’elle refuse d’affronter le réel et la résignation lorsqu’elle transforme la prudence en complaisance.

Une perspective qui n’oppose pas l’idéal maçonnique au monde contemporain, mais cherche au contraire à vérifier ce que cet idéal vaut lorsqu’il est soumis à l’épreuve des événements.

Jean-Pierre Augier, un juriste et un chercheur au carrefour des traditions

Pour conduire cette réflexion, le GRA pourra s’appuyer sur l’expérience de son nouveau président.

Jean-Pierre Augier

Né en 1950, Jean-Pierre Augier a exercé la profession d’avocat. Membre actif du Groupe de recherche Alpina depuis 2005, il en a été vice-président de 2010 à 2016 avant d’accéder à sa présidence.

Franc-Maçon depuis plus de trois décennies, il développe des recherches qui associent histoire maçonnique, symbolisme, mythes, psychologie jungienne, exégèse et spiritualité.

Il a publié plusieurs contributions dans la revue Masonica et participé à la rédaction du Guide suisse du Franc-Maçon. Il est également l’auteur de la brochure Le Droit impose-t-il la mixité des Loges ?, consacrée aux rapports entre principes juridiques et organisation maçonnique.

En novembre 2024, il a publié Symbolique et Spiritualité de la Loge de Saint-André – Essai sur le quatrième degré du Régime Écossais Rectifié, ouvrage paru aux Éditions de l’Art Royal et consacré à la portée initiatique, symbolique et spirituelle de ce grade.

Son approche, nourrie à la fois par le droit et par la tradition initiatique, paraît particulièrement adaptée à un sujet qui exige de tenir ensemble la rigueur des principes et la complexité des situations historiques.

À Lausanne, un rendez-vous pour penser sans simplifier

Créé à Berne en 1985, le GRA rassemble des chercheurs intéressés par les rites, le symbolisme, l’histoire, la philosophie, la littérature et les perspectives contemporaines de la Franc-Maçonnerie. Reconnu par la Grande Loge Suisse Alpina depuis 2002, il conserve son autonomie et entretient des relations avec plusieurs groupes et Loges de recherche.

La rencontre du 19 septembre s’inscrit dans cette vocation : ouvrir un espace où les questions difficiles peuvent être étudiées sans céder aux réflexes partisans ni aux certitudes confortables.

La conférence commencera à 11 heures dans les locaux des Loges lausannoises, rue du Petit-Beaulieu 1, 1004 Lausanne.

Elle sera suivie, à 12 h 15, d’une verrée fraternelle offerte par le GRA, puis d’un repas à 13 heures. La réunion s’achèvera vers 14 h 30.

L’entrée est gratuite pour les membres du GRA. Une participation de 15 francs suisses est demandée aux non-membres. Le repas, facultatif, est proposé au tarif de 30 francs suisses.

Les inscriptions doivent parvenir au plus tard le mardi 15 septembre 2026, en précisant si l’on souhaite participer au repas :

Courriel : presidence@masonica-gra.ch / SMS : +41 79 849 71 36

Les Guides suisses du Franc-Maçon proposés à prix exceptionnel

En complément de cette rencontre, le GRA lance une offre spéciale, limitée à la Suisse, sur ses Guides suisses du Franc-Maçon, ouvrages de référence auxquels Jean-Pierre Augier a lui-même contribué.

En français, deux volumes sont proposés :

Guide suisse du Franc-Maçon, tome I – Histoire et rites ;

Guide suisse du Franc-Maçon, tome II – Diversité des obédiences dans le monde.

Le premier éclaire notamment l’histoire de la Franc-Maçonnerie suisse, ses traditions et ses pratiques rituelles. Le second élargit la perspective aux différentes Obédiences et à la présence maçonnique à travers le monde.

L’offre concerne également la version allemande du premier volume : Schweizer Handbuch des Freimaurers, Band I – Geschichte & Riten.

Chaque exemplaire est proposé au prix exceptionnel de 10 francs suisses, alors que ces ouvrages figurent habituellement à 19 francs suisses l’unité dans la boutique du GRA. Une remise supplémentaire de 10 % est accordée à partir de dix exemplaires, soit 9 francs suisses par volume pour une commande répondant à cette condition. Les frais de port ne sont pas inclus.

Les commandes doivent être adressées à m_chopard@bluewin.ch, en indiquant le nombre d’exemplaires souhaités, les volumes demandés, ainsi que le nom et l’adresse postale de livraison. La facture est jointe à l’envoi.

Une occasion, pour les Frères, les Sœurs et les Loges établis en Suisse, d’enrichir leur bibliothèque à moindre coût. Car lorsqu’il devient difficile de comprendre le monde, la première responsabilité demeure peut-être celle-ci : continuer à étudier, à transmettre et à penser librement.

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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