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Avec The Conspiracy (2012), le Canadien Christopher MacBride signe un faux documentaire où deux jeunes cinéastes, partis filmer un militant complotiste, finissent par s’infiltrer dans une société secrète vouée au culte de Mithra. Sans jamais nommer la Franc-maçonnerie, le film met en scène avec talent le vertige de la pensée conspirationniste et une parodie inquiétante de rite d’initiation, masques et sacrifice compris.
De quoi parle The Conspiracy ?
Aaron et Jim, deux jeunes documentaristes canadiens, décident de consacrer un film à Terrance, un militant qui harangue les passants avec ses théories reliant guerres, attentats et crises financières. Lorsque l’homme disparaît sans laisser de trace, après avoir affirmé qu’il était suivi, les deux amis reprennent ses archives. Tous les fils semblent converger vers le Tarsus Club, cercle d’influence très discret réunissant des décideurs du monde entier.
Un journaliste ayant autrefois enquêté sur ce club leur apprend que ses membres vénèrent Mithra et célèbrent leurs rencontres par le sacrifice d’un taureau. Pressions et menaces se multiplient, jusqu’au jour où les cinéastes, équipés de caméras cachées, tentent de pénétrer dans une réunion du club organisée dans un domaine isolé. Le film, présenté au Fantastic Fest d’Austin en septembre 2012, a été salué pour l’efficacité de son dispositif « found footage ».
Une société secrète imaginaire, des peurs bien réelles
Le Tarsus Club est une invention du scénario, qui emprunte autant aux clubs d’influence contemporains qu’aux sociétés secrètes du roman populaire. La Franc-maçonnerie n’y est jamais citée, mais le spectateur reconnaît la grammaire que l’imaginaire antimaçonnique lui prête depuis deux siècles : élites cooptées, cérémonies cachées, serments de silence, mainmise sur le cours de l’Histoire.
La réussite du film est de montrer, de l’intérieur, comment se construit une conviction complotiste : chaque coïncidence devient une preuve, chaque silence un aveu. Le spectateur maçon y retrouvera la confusion classique entre discrétion et dissimulation, qui alimente encore les soupçons envers les Loges. Il notera aussi l’ironie finale du récit, qui interroge la manière dont un film peut être monté pour servir le discours de ceux qu’il prétendait dénoncer.
Mithra, le masque et le taureau
Le choix de Mithra n’est pas anodin. Les mystères mithriaques de l’Empire romain furent un véritable culte initiatique, réservé aux hommes, organisé en grades successifs et célébré dans des sanctuaires souterrains ornés de la scène du dieu immolant le taureau. Le film en fait un rite de pouvoir, coupé de toute quête intérieure : on y revêt un masque non pour mourir à soi-même, mais pour se fondre dans un corps collectif.
C’est là que le regard maçonnique devient utile. L’initiation authentique suppose une mort symbolique librement consentie et une lumière reçue au terme d’un travail sur soi ; le cercle du film exige au contraire l’effacement de l’individu au profit d’un dessein qui le dépasse. The Conspiracy offre ainsi, en creux, un bel exemple d’initiation dévoyée.
Fiche technique
- Titre original : The Conspiracy
- Année : 2012
- Pays : Canada
- Réalisation : Christopher MacBride
- Scénario : Christopher MacBride
- Interprètes : Aaron Poole, James Gilbert, Alan Peterson, Julian Richings, Bruce Clayton
- Durée : 1 h 24
- Genre : Thriller, horreur, faux documentaire
Voir aussi dans le glossaire : Théories du complot, Confusion entre secret et dissimulation, Élites, Contre-initiation.
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