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Coproduction tchéco-américaine réalisée par Nathan Frankowski, The Devil Conspiracy (2022) imagine une entreprise de biotechnologie secrètement vouée à Lucifer, qui dérobe le Suaire de Turin pour donner un corps au Prince des ténèbres. Aucune Loge dans ce film de genre, mais une variation spectaculaire sur la vieille figure de la secte satanique tapie au cœur des élites, figure que la propagande antimaçonnique a longtemps exploitée.
De quoi parle The Devil Conspiracy ?
Le film s’ouvre sur la guerre des anges : vaincu par l’archange Michel, Lucifer a été précipité dans l’abîme et y demeure enchaîné. Des millénaires plus tard, une entreprise de biotechnologie en apparence respectable vend à de riches clients des enfants clonés à partir de l’ADN d’artistes et de compositeurs célèbres. Son véritable projet est tout autre : voler le Suaire de Turin pour en extraire l’ADN du Christ et préparer, au moyen d’un rituel, le retour de son maître.
Face à elle, Laura, étudiante américaine venue à Turin préparer une thèse sur le Suaire, se retrouve au centre d’une prophétie, tandis que l’archange Michel prend possession du corps d’un prêtre assassiné pour s’opposer au complot. Présenté en septembre 2022 au Festival international du film fantastique de Bruxelles, le film est sorti en salles en Amérique du Nord en janvier 2023 et a reçu un accueil critique plutôt réservé.
Le vieux fantasme de la secte luciférienne
The Devil Conspiracy ne mentionne pas la Franc-maçonnerie. Il reprend en revanche un schéma familier : une élite fortunée et savante, réunie en secret, pratiquant des cérémonies nocturnes au service du diable. Ce cliché a une histoire. À la fin du XIXᵉ siècle, les fausses révélations de Léo Taxil prétendaient dévoiler un culte luciférien au sommet des obédiences ; leur auteur reconnut lui-même la mystification en 1897, mais l’accusation de satanisme n’a jamais tout à fait disparu.
L’intérêt du film, pour le lecteur maçon, est d’observer ce glissement contemporain : la science n’y remplace pas la magie, elle la sert. Laboratoires, séquenceurs et chambres stériles deviennent le nouveau décor de la messe noire. La peur du pouvoir occulte se déplace des Loges vers les multinationales, sans changer de structure.
Lumière volée, lumière transmise
Le nom même de Lucifer, « porteur de lumière », est au cœur du malentendu. Les détracteurs de la Franc-maçonnerie ont souvent confondu la lumière maçonnique, symbole de connaissance et d’éveil de la conscience, avec une lumière dérobée à Dieu. Le film met en scène cette lumière usurpée : un savoir arraché par effraction, sans transformation intérieure de celui qui le possède.
Le contraste éclaire la démarche initiatique. En Loge, la lumière ne se prend pas, elle se reçoit, au terme d’épreuves symboliques et dans un cadre fraternel. Le film, malgré ses excès, donne ainsi à penser la différence entre la quête de puissance et la quête de sens.
Reste le Suaire lui-même, relique vénérée et objet de controverses scientifiques séculaires. En faisant d’un linge sacré une simple matière première génétique, le récit pousse jusqu’à la caricature la tentation de réduire le symbole à la chose. Le maçon, habitué à travailler sur des symboles qui ne livrent leur sens qu’à celui qui les médite, y verra une mise en garde contre toute lecture matérialiste du sacré.
Fiche technique
- Titre original : The Devil Conspiracy
- Année : 2022
- Pays : République tchèque, États-Unis
- Réalisation : Nathan Frankowski
- Scénario : Ed Alan
- Interprètes : Alice Orr-Ewing, Joe Doyle, Eveline Hall, Peter Mensah, Joe Anderson
- Durée : 1 h 51
- Genre : Fantastique, horreur, science-fiction
Voir aussi dans le glossaire : Accusation de satanisme, Pseudo-révélations, Lumière (maçonnique).
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