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Dans La Neuvième Porte (1999), Roman Polanski lance Johnny Depp, libraire cynique, sur la piste d’un grimoire du XVIIᵉ siècle censé permettre d’invoquer le diable. Adapté du Club Dumas d’Arturo Pérez-Reverte, le film n’évoque pas la Franc-maçonnerie, mais il épouse la forme d’un parcours initiatique en neuf étapes, pour mieux poser une question essentielle : toute connaissance est-elle lumière ?
De quoi parle La Neuvième Porte ?
Dean Corso, chasseur de livres rares à New York, n’a guère de scrupules lorsqu’il s’agit de faire une bonne affaire. Le riche collectionneur Boris Balkan le charge d’une mission singulière : comparer son exemplaire des Neuf Portes du royaume des ombres, traité attribué à un certain Aristide Torchia, brûlé pour hérésie avec presque toute son œuvre, aux deux autres exemplaires connus, conservés en Europe. Selon la légende, l’ouvrage aurait été composé avec le concours du diable.
L’enquête mène Corso de Tolède à Sintra puis à Paris. Il découvre que les neuf gravures de chaque exemplaire diffèrent subtilement, certaines étant signées « LCF ». Autour de lui, les morts suspectes se multiplient, tandis qu’une mystérieuse jeune femme aux yeux verts semble veiller sur sa route. Tourné en France, en Espagne et au Portugal, le film s’achève au château de Puivert, dans l’Aude.
Polanski et ses coscénaristes ont fortement resserré le roman de 1993, en supprimant notamment toute l’intrigue consacrée à un manuscrit des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas. Le cinéaste revendiquait aussi une part d’ironie à l’égard des clichés du film satanique, une dimension que le public de l’époque n’a pas toujours perçue.
Un faux parcours initiatique
Rien dans le film ne relève de la Franc-maçonnerie : pas de Loge, pas de rituel maçonnique, pas de personnage initié. Ce qu’il donne à voir, c’est l’ésotérisme de bibliothèque, fait de grimoires, d’ex-libris, de gravures cryptées et de sociétés d’amateurs fortunés qui jouent au satanisme comme on joue au club. Polanski filme avec une ironie certaine ces adeptes en robe, dont la cérémonie tient davantage de la mondanité que du mystère.
Pour un lecteur maçon, le film reste précieux parce qu’il emprunte la structure de l’initiation pour en montrer le dévoiement. Neuf portes, neuf images, des gardiens, des épreuves, un voyage de ville en ville : tout évoque un cheminement par degrés. Mais Corso ne cherche pas à se connaître ; il collectionne des indices comme d’autres collectionnent les éditions originales.
Qui, en nous, veut ouvrir la porte ?
Le parcours de Corso ne l’adoucit pas : à mesure qu’il avance, il se fait plus froid, plus calculateur, plus seul. C’est le cœur de la leçon que le regard maçonnique peut tirer du film : un savoir accumulé sans travail sur soi ne conduit pas à la lumière, il épaissit les ténèbres. La porte franchie sans que l’être intérieur ait changé n’ouvre que sur un pouvoir, jamais sur une sagesse.
On pourra comparer ce trajet au cabinet de réflexion ou aux voyages du rituel d’initiation, où l’épreuve n’a de sens que si elle dépouille le profane de ses métaux. Le film invite ainsi chacun à s’interroger sur ses motivations : qui, en nous, désire franchir le seuil, et pour quoi faire ?
Fiche technique
- Titre original : The Ninth Gate
- Année : 1999
- Pays : Espagne, France, États-Unis
- Réalisation : Roman Polanski
- Scénario : John Brownjohn, Enrique Urbizu, Roman Polanski
- D’après : Le Club Dumas, d’Arturo Pérez-Reverte (1993)
- Interprètes : Johnny Depp, Frank Langella, Lena Olin, Emmanuelle Seigner
- Durée : 2 h 13
- Genre : Thriller fantastique
Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Ténèbres, Ésotérisme et fantasme, Pacte satanique.
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