I comme Initiation en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’initiation est la cérémonie par laquelle un profane devient franc-maçon, et le processus intérieur qu’elle inaugure. Le mot vient du latin initium, « commencement » : être initié, c’est être mis sur un chemin, non arrivé au but. La cérémonie, réglée par le rituel de chaque rite, fait passer le candidat par le cabinet de réflexion, les voyages, l’engagement et la réception de la lumière. Elle reprend un schéma que l’on retrouve dans de nombreuses sociétés humaines et que l’anthropologie appelle rite de passage. Elle reste, pour la plupart des maçons, l’expérience fondatrice de leur parcours.

Le mot et son histoire

Initiation

En latin, initia désignait les mystères, ces cultes antiques, comme ceux d’Éleusis, auxquels on n’accédait qu’après une cérémonie secrète. Initiare, c’était introduire à ces mystères. Le mot a gardé ce double sens : commencer et faire entrer dans un savoir réservé. Les loges du XVIIIe siècle parlaient surtout de « réception » ; le terme « initiation » s’est imposé progressivement, notamment au XIXe et au XXe siècle, sous l’influence des auteurs qui ont rapproché la maçonnerie des mystères antiques.

Avant la cérémonie

L’initiation commence bien avant le jour de la cérémonie. Le profane fait une demande, rencontre des membres de la loge qui mènent des enquêtes, puis il est entendu par la loge, souvent les yeux bandés, au cours d’un « passage sous le bandeau ». La loge vote. Ce délai, parfois long, fait partie du processus : il éprouve la sincérité de la demande et laisse au candidat le temps de mûrir sa décision. Il peut d’ailleurs renoncer à tout moment.

Les grandes étapes

  • Le cabinet de réflexion : isolement, méditation sur la mort et le temps, rédaction d’un testament philosophique dans de nombreux rites.
  • La préparation : le candidat est dépouillé de ses métaux et se présente dans un état de dénuement symbolique.
  • Les voyages : parcours symboliques dans le temple, rattachés aux éléments au Rite Écossais Ancien et Accepté.
  • L’engagement : serment ou promesse solennelle de discrétion et de fidélité.
  • La lumière : le bandeau tombe, le nouvel apprenti découvre la loge.
  • La consécration et la remise du tablier, puis l’installation sur la colonne.

Un rite de passage

Initiation

En 1909, l’ethnologue Arnold van Gennep a montré que les rites de passage suivent partout un même schéma : séparation, marge, agrégation. L’initiation maçonnique en offre un exemple clair : le cabinet de réflexion sépare, les voyages les yeux bandés placent dans un entre-deux, la lumière et l’accueil intègrent. Mircea Eliade a, plus tard, étudié la mort et la renaissance symboliques au cœur des initiations traditionnelles, un thème que le grade de maître développera.

Virtuelle ou effective ?

Une distinction courante, popularisée par René Guénon, oppose l’initiation virtuelle, transmise par le rite, à l’initiation effective, qui dépend du travail personnel. La cérémonie ouvre une possibilité ; elle ne garantit rien. D’où l’insistance des loges sur l’apprentissage : le silence de l’apprenti, l’étude des symboles, la présentation de planches. Quelle que soit l’interprétation retenue, tous s’accordent à dire que l’initiation ne s’achève pas le soir de la cérémonie.

Selon les rites

Les rituels diffèrent. Le Rite Écossais Ancien et Accepté insiste sur les épreuves des éléments, terre, air, eau, feu ; le Rite français sur les voyages et la portée morale de l’engagement ; le Régime Écossais Rectifié sur une perspective spirituelle chrétienne ; le rite Émulation sur la précision du dialogue rituel. Mais la structure d’ensemble demeure, ce qui permet à un maçon d’un rite de reconnaître, dans une autre loge, l’expérience qu’il a vécue.

Le saviez-vous ?

Initiation
Rituel d’initiation d’un candidat

L’imagerie de l’initiation a débordé les loges. Le tableau Le Serment de Dionysios Tsokos (1849) représente l’entrée d’un combattant dans la Philikí Etaireía, société secrète de la guerre d’indépendance grecque, dont l’organisation s’inspirait en partie des loges : une illustration de l’influence des formes maçonniques sur les sociétés initiatiques du XIXe siècle.

Pour approfondir

  • Arnold van Gennep, Les Rites de passage, Émile Nourry, 1909.
  • René Guénon, Aperçus sur l’initiation, Éditions Traditionnelles, 1946.
  • Mircea Eliade, Naissances mystiques, Gallimard, 1959.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Récipiendaire, Cabinet de Réflexion, Profane, Réception, Lumières (trois), Serment, Apprentissage.

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