Meurtre par décret (Film)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Sorti en 1979, Meurtre par décret lance Sherlock Holmes et le docteur Watson sur la piste de Jack l’Éventreur, dans un Londres de brouillard et de lanternes. Bob Clark y reprend la thèse, alors toute récente, d’un complot maçonnique protégeant la Couronne. Pour le lecteur maçon, le film est un cas d’école : il montre comment un rituel mal compris et quelques noms empruntés à la légende d’Hiram suffisent à fabriquer un coupable idéal.

De quoi parle Meurtre par décret ?

Affiche du film Meurtre par décret

Londres, automne 1888. Les meurtres de Whitechapel terrorisent l’East End et la police métropolitaine piétine. Des habitants du quartier sollicitent Sherlock Holmes, qui entraîne Watson dans une enquête où se croisent un médium, Robert Lees, une jeune femme internée, Annie Crook, et des notables trop pressés d’étouffer l’affaire. Plus Holmes avance, plus les portes se ferment, et plus le crime semble remonter vers les sommets de l’État.

Coproduction anglo-canadienne réalisée par Bob Clark sur un scénario de John Hopkins, le film réunit une distribution prestigieuse : Christopher Plummer en Holmes, James Mason en Watson, Donald Sutherland, Geneviève Bujold, Anthony Quayle en Sir Charles Warren et John Gielgud en Premier ministre. Il a remporté cinq prix aux premiers Genie Awards canadiens, dont ceux de la réalisation et du meilleur acteur pour Plummer.

Une conspiration maçonnique de fiction

Le scénario s’inspire de The Ripper File d’Elwyn Jones et John Lloyd, et surtout de l’essai de Stephen Knight, Jack the Ripper: The Final Solution (1976). Knight y soutenait que les meurtres avaient été commis par des francs-maçons haut placés pour effacer la trace d’un mariage secret dans la famille royale. Le film transpose cette thèse avec des personnages en partie renommés, et fait de la solidarité entre initiés le ressort d’une omerta d’État.

Le détail le plus frappant concerne l’inscription retrouvée près d’un des crimes, où figure le mot « Juwes ». Holmes y lit une allusion à Jubela, Jubelo et Jubelum, les trois Mauvais Compagnons de la légende d’Hiram, comme si les assassins avaient signé leur forfait. C’est précisément là que le fantasme se trahit : une légende qui enseigne la condamnation du meurtre devient, sous la plume du romancier, un mode d’emploi. Le film culmine d’ailleurs dans une réunion de loge filmée comme un tribunal occulte.

Il faut rappeler que la thèse de Knight est rejetée par les historiens de l’affaire : elle repose sur des témoignages invérifiables et sur l’interprétation d’un graffiti que rien ne permet d’attribuer au tueur. Sir Charles Warren, chef de la police, fut bien un franc-maçon actif, mais cela ne fait pas de lui le protecteur d’un assassin. Le film relève du roman noir, non de l’histoire.

Deux silences face à face

Le regard le plus fécond pour un maçon consiste à opposer deux manières de se taire. Il y a le silence de Holmes, qui observe, compare, laisse mûrir avant de parler : un silence d’attention, proche de celui que l’on demande à l’Apprenti. Et il y a le silence des puissants, qui n’est que dissimulation organisée.

La Franc-maçonnerie demande la discrétion sur ce qui a été confié en loge, jamais la complicité. Aucun serment ne délie la conscience, et un engagement qui couvrirait un crime cesserait d’en être un. En ce sens, Meurtre par décret rend service à qui veut penser la différence entre secret initiatique et loi du silence, même s’il le fait en prenant la Fraternité pour cible.

Une thèse qui a fait école

Le film a contribué à installer durablement l’image d’un Éventreur maçonnique dans la culture populaire. La même thèse sera reprise par Alan Moore et Eddie Campbell dans la bande dessinée From Hell, adaptée au cinéma en 2001. Curiosité pour les cinéphiles : Christopher Plummer, ici Sherlock Holmes, avait incarné Rudyard Kipling, franc-maçon authentique, quatre ans plus tôt dans L’Homme qui voulut être roi.

Fiche technique

  • Titre original : Murder by Decree
  • Année : 1979
  • Pays : Royaume-Uni, Canada
  • Réalisation : Bob Clark
  • Scénario : John Hopkins
  • Interprètes : Christopher Plummer, James Mason, David Hemmings, Susan Clark, Anthony Quayle, Donald Sutherland, Geneviève Bujold, John Gielgud
  • Durée : 2 h 04
  • Genre : Policier, thriller

Voir aussi dans le glossaire : Mauvais Compagnons, Silence, Théories du complot, Confusion entre secret et dissimulation.

Pour aller plus loin sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

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