M comme Mauvais Compagnons en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les mauvais compagnons sont les trois ouvriers qui, dans la légende d’Hiram, assassinent l’architecte du Temple de Salomon pour lui arracher le mot de maître. Ce récit, attesté pour la première fois en 1730, est au cœur de la cérémonie d’élévation au grade de Maître dans la plupart des rites. Les trois meurtriers y incarnent des vices que la tradition maçonnique a diversement nommés, le plus souvent l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Ils ne sont pas seulement des figures extérieures : chaque maçon est invité à les reconnaître en lui.

Le récit

Mauvais Compagnons

Pendant la construction du Temple, trois compagnons veulent obtenir de force les secrets de la maîtrise. Ils attendent Hiram aux trois portes du Temple ; chacun l’interroge, essuie un refus et le frappe avec un outil, le troisième coup étant mortel. Les meurtriers enterrent le corps et marquent la tombe d’une branche d’acacia. Salomon fait rechercher l’architecte ; le corps est retrouvé et relevé. Le récit varie selon les versions dans le détail des outils, des portes et du nombre de conjurés.

Aux origines de la légende

La première version détaillée figure dans la divulgation Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730). Le manuscrit Graham (1726) contient un récit voisin centré sur Noé. Selon certaines versions anglaises, quinze ou douze compagnons auraient d’abord conspiré avant de se rétracter, trois seulement passant à l’acte ; certains textes français parlent de neuf. Les assassins sont généralement des compagnons, parfois des apprentis, jamais des maîtres.

Des noms changeants

Les noms des trois meurtriers varient selon les rituels et les époques.

  • Dans la tradition anglo-américaine : Jubela, Jubelo et Jubelum.
  • Dans des rituels français : Jubelas, Jubelos, Jubelum, ou encore Giblos et Jiblime.
  • Ces noms ont été rapprochés de Giblim, terme désignant les ouvriers de Gebal (Byblos) dans la Bible, glosé par certaines bibles anciennes comme « tailleurs de pierre ».
  • Les grades d’Élus, développés au XVIIIe siècle, donnent d’autres noms et racontent la recherche et le châtiment des coupables.

Trois vices, trois coups

Mauvais Compagnons
Hiram et les 3 mauvais Compagnons

La tradition française associe volontiers les mauvais compagnons à l’ignorance, au fanatisme et à l’ambition, avec des variantes (hypocrisie, mensonge, envie). Chaque coup frappe un aspect de l’être : l’ignorance refuse d’apprendre, le fanatisme impose sans comprendre, l’ambition veut obtenir sans mériter. L’idée commune est celle d’une connaissance qu’on voudrait arracher au lieu de la recevoir par le travail et le temps.

Dans la cérémonie de maîtrise

Au troisième degré, le récipiendaire revit symboliquement le drame d’Hiram : il passe de la mort à la relève. Les mauvais compagnons sont donc l’instrument d’une mort initiatique. Le rituel ne glorifie pas la violence ; il montre comment l’impatience et la convoitise détruisent ce qu’elles veulent posséder, et comment la fidélité au secret survit à la mort de celui qui le garde. Le mot perdu est remplacé par un mot substitué, image d’une quête qui continue.

Les grades de vengeance

Plusieurs systèmes de hauts grades, dont le REAA avec ses grades d’Élus (9e, 10e et 11e degrés), mettent en scène la poursuite et le châtiment des meurtriers. Ces grades, nés dans le contexte chevaleresque du XVIIIe siècle, ont été réinterprétés : la vengeance y devient le combat contre ses propres passions et la justice substituée à la vindicte. Les rituels modernes insistent sur ce passage de la vengeance à la justice.

Une lecture intérieure

Mauvais Compagnons

La lecture la plus répandue fait des mauvais compagnons des miroirs. Ils représentent ce qui, en chacun, voudrait brûler les étapes, posséder un titre plutôt qu’une connaissance, obtenir par la force ce qui ne se donne qu’au mérite. Les reconnaître en soi est la condition pour ne pas leur céder. La légende enseigne ainsi que les menaces les plus graves pour le Temple viennent souvent de l’intérieur du chantier.

Repères

  • Première attestation détaillée : Masonry Dissected, Prichard, 1730.
  • Rôle : meurtriers d’Hiram dans la légende du grade de Maître.
  • Noms usuels : Jubela, Jubelo, Jubelum et variantes.
  • Vices associés : ignorance, fanatisme, ambition (variantes).
  • Prolongement : grades d’Élus du REAA.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hiram, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Acacia, Compagnon.

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