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À moins de cent mètres au nord de la cathédrale Saint-Front, au cœur du secteur sauvegardé de Périgueux, le temple maçonnique de la rue Saint-Front occupe une ancienne salle de comédie louée par les francs-maçons dès 1841. Sa façade de 1868-1869, dessinée par l’architecte Lambert et sculptée par Grasset dans un style inspiré de l’architecture mauresque balkanique, affiche ouvertement équerre, compas, fil à plomb et truelle. Mutilés sur ordre du régime de Vichy en 1941, ces emblèmes n’ont été reconstitués qu’en 1987. Inscrit au titre des monuments historiques en 1975, l’édifice accueille toujours plusieurs loges.
Lieu : 10 rue Saint-Front, 24000 Périgueux, France
Construction : 1842 (aménagement) ; façade 1868-1869
Architecte : Alexandre Antoine Lambert (façade)
Protection : Inscrit MH, façades et toitures (29 octobre 1975)
D’une salle de comédie à un temple

L’histoire du bâtiment commence à la fin du XVIIIe siècle, lorsqu’une salle de comédie s’installe dans une ancienne auberge située au nord de la cathédrale. Ce premier théâtre de Périgueux est réputé insalubre et peu sûr ; entre 1836 et 1838, la ville fait donc construire un nouveau théâtre sur les boulevards, œuvre de Louis Catoire. Les anciens locaux, devenus vacants, sont loués en 1841 à une loge maçonnique, qui les aménage dès l’année suivante.
La loge est issue de la fusion de deux anciens ateliers périgourdins, réunis sous le titre distinctif « Les Amis persévérants et l’Étoile de Vésone réunis », installé le 1er mars 1857 selon la base Mérimée. Après 1858, cinq francs-maçons – François Bellé, Alexis Clerveaux, Ferdinand Millet-Lacombe, Émile Picot et Jean Régnier – rachètent le bâtiment à la veuve du docteur Renaud ; il forme encore aujourd’hui la partie centrale de l’immeuble.
La façade de 1868-1869
L’ouverture de la rue Saint-Front, décidée par la ville en 1858, change la physionomie du quartier. En 1861, la municipalité cède à la loge, côté ouest, le terrain nécessaire à l’avancée de la façade. Celle-ci est bâtie en 1868-1869 sur les plans de l’architecte Alexandre Antoine Lambert, avec des sculptures de Grasset et l’entrepreneur Eyssalet ; le temple est inauguré en 1869.
Seules les façades nord (rue Notre-Dame) et ouest (rue Saint-Front) sont ornées. Le style, inspiré de l’architecture mauresque balkanique, se lit dans les baies géminées de l’étage, coiffées d’arcs mitrés et masquées par des moucharabiehs, et dans les deux petits clochetons qui encadrent le pignon. Au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée sont sculptés les outils du compagnonnage et de la franc-maçonnerie : équerre, compas, fil à plomb, truelle, maillet. Le portail est surmonté d’un tympan de feuillages centré sur une étoile à cinq branches, puis d’une fenêtre à pilastres et fronton triangulaire ; des frises géométriques soulignent le bas des toits.
Agrandissements et société immobilière
En 1885 et 1887, les francs-maçons Jean Bardon, Ernest Lacoste, Ferdinand Pouyadou et Ernest Sirventon acquièrent les parties latérales : un bâtiment côté rue Notre-Dame, adjugé à la barre du tribunal civil, et la boulangerie des époux Bonnefon, côté rue de la Constitution. L’extrémité côté rue Notre-Dame est élevée entre 1885 et 1901. En 1891 est créée la société anonyme immobilière « L’Orient de Périgueux », qui reçoit le temple et ces deux bâtiments. Le pendant symétrique prévu rue de la Constitution ne sera jamais construit, faute d’avoir pu racheter le bail commercial de la boulangerie. Entre-temps, en 1876, une scission avait donné naissance à une seconde loge, La Tolérance.
Vichy et la reconstitution des emblèmes

Sous l’Occupation, la franc-maçonnerie est interdite par le régime de Vichy. Début 1941, sur ordre des autorités, les sculptures représentant les emblèmes maçonniques de la façade sont détruites. Il faudra attendre 1987 pour qu’elles soient reconstituées, rendant à la rue Saint-Front l’un des rares décors maçonniques visibles de l’espace public en France.
Protection et usages actuels
Les façades et toitures sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du 29 octobre 1975. Le temple reste un lieu de travail maçonnique : lors des Journées européennes du patrimoine 2025, la visite organisée par le Cercle philosophique et culturel lié au Grand Orient de France mentionnait les loges Eugène Le Roy, Les Amis Persévérants et l’Étoile de Vésone Réunis, Fraternité 89 et Silex-Éveil-Conscience. Les modalités de visite sont annoncées chaque année à l’occasion des Journées du patrimoine.
Repères
- Adresse : 10 rue Saint-Front, à l’angle de la rue Notre-Dame, Périgueux
- Location des locaux à une loge : 1841 ; aménagement : 1842
- Façade : 1868-1869, architecte Alexandre Antoine Lambert, sculpteur Grasset
- Inauguration du temple : 1869
- Style : inspiré de l’architecture mauresque balkanique
- Emblèmes détruits en 1941, reconstitués en 1987
- Protection : inscription MH des façades et toitures (29 octobre 1975)
- Loges : notamment Les Amis Persévérants et l’Étoile de Vésone Réunis (Grand Orient de France)
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce bâtiment.
Voir aussi dans le glossaire : Temple, Loge Mère, Étoile flamboyante, Eugène Le Roy (Personnalité).
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