mar 06 décembre 2022 - 13:12

Lieu symbolique : Le Temple maçonnique de Périgueux (Dordogne)

Situé au 10 rue Saint-Front à Périgueux, ville du sud-ouest de la France en région Nouvelle-Aquitaine et chef-lieu et préfecture du département de la Dordogne depuis 1791, l’immeuble de style mauresque balkanique* – monument historique inscrit MH en 1975 (façades nord et ouest édifiées au XIXe siècle et toitures) – que nous devons à l’architecte Antoine Lambert**, est enserré entre la rue Saint-Front et celle des Francs-Maçons.

Dans le secteur sauvegardé du centre-ville de Périgueux, à l’angle de la rue Notre-Dame, il est à moins de cent mètres au nord de la cathédrale Saint-Front.

Histoire

Labellisée « 4 fleurs », Périgueux, connue aussi pour sa célèbre Félibrée – fête populaire occitane inspirée par l’écrivain et lexicographe provençal de langue d’oc Frédéric Mistral (1830-1914) – est la capitale culturelle et touristique du Périgord blanc***. C’est à la fin du XVIIIe siècle qu’une salle de comédie s’implante dans les locaux d’une ancienne auberge, dans un îlot urbain au nord de la cathédrale Saint-Front, classée monument historique depuis 1840 et au Patrimoine mondial en 1998, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France. Elle devient le premier « théâtre » de Périgueux, insalubre et fonctionnant dans des conditions de sécurité douteuses. De 1836 à 1838, la ville de Périgueux fait construire un nouveau théâtre digne de ce nom sur les boulevards par l’architecte Jean Baptiste Louis Godard, dit Louis Catoire.

Les locaux devenant libres, ils sont loués en 1841 à une loge maçonnique qui aménage le lieu dès 1842. Cinq francs-maçons, François Bellé, Alexis Clerveaux, Ferdinand Millet-Lacombe, Émile Picot et Jean Régnier, achètent le bâtiment à la veuve du docteur Renaud, après 1858. Ce bâtiment correspond à la partie centrale du bâtiment actuel.

En 1858, la ville décide de créer la rue Saint-Front au nord de la cathédrale et cède à la loge, trois ans plus tard, côté ouest, un terrain en bordure de la nouvelle voie. Les travaux de la nouvelle façade, œuvre de l’architecte Alexandre Antoine Lambert6 et du sculpteur Grasset1, s’effectuent en 1868 et 1869. L’inauguration du nouveau bâtiment a lieu le 4 juillet 18694.

Les parties du temple maçonnique situées de part et d’autre de la partie centrale sont achetées en 1885 et 1887 par les francs-maçons Jean Bardon, Ernest Lacoste, Ferdinand Pouyadou et Ernest Sirventon : le 30 septembre 1885, ils acquièrent le bâtiment du côté de la rue Notre-Dame à la barre du tribunal civil et le 27 janvier 1887, le bâtiment de la boulangerie des époux Bonnefon, côté rue de la Constitution.

En 1891 est constituée la société anonyme immobilière dénommée « L’Orient de Périgueux » qui reçoit le temple déjà construit et les deux bâtiments achetés en 1885 et 1887.

Du côté de la rue Notre-Dame, l’extrémité du temple maçonnique a été élevée entre 1885 et 1901. Le symétrique qu’il était prévu de construire, rue de la Constitution, n’a pas pu être édifié car les « Amis Persévérants et l’Étoile de Vésone Réunis » n’ont pu acquérir le bail commercial de la boulangerie.

Rue des francs-maçons

La loi du 14 août 1940 a supprimé la franc-maçonnerie. Les sculptures représentant les emblèmes maçonniques sont détruites début 1941 sur ordre du Régime de Vichy et ne sont reconstituées qu’en 1987.

Architecture

Les façades de la rue Saint-Front, à l’ouest, et de la rue Notre-Dame, au nord, offrent une architecture de style mauresque balkanique avec à l’étage des fenêtres masquées de moucharabiehs. Sur la façade principale, les fenêtres du rez-de-chaussée sont surmontées de sculptures d’outils emblématiques du compagnonnage et de la franc-maçonnerie, (équerre, compas, fil à plomb, truelle, maillet…) Le portail est surmonté d’un tympan abondamment décoré de feuillages, au centre duquel se trouve une étoile à cinq branches. Au-dessus, une fenêtre encadrée de pilastres, est elle-même surmontée d’un fronton triangulaire. Toujours sur les façades, des frises géométriques soulignent le bord inférieur des toits.

Reconstitution

*Le « style mauresque » est un style architectural et ornemental élaboré en Europe, à partir du XVIIIe mais surtout au XIXe siècle, par imitation de celui des anciens Maures d’Espagne, créateurs de l’art hispano-mauresque, ou à partir de connaissances éparses des différentes architectures islamiques et des arts de l’Islam. Il s’est développé principalement dans l’architecture, en continuité de l’architecture mauresque, mais aussi en peinture ou en sculpture. Au tournant du XIXe siècle et du XXe siècle, ce style d’imitation est l’objet d’interprétations plus libres, mêlées d’éléments stylistiques européens, et s’inscrivant dans la lignée du « style néo-mauresque », aux tournures arabisantes, développé à partir de techniques plus modernes, notamment au Maghreb, durant la période coloniale.

**Alexandre-Antoine Lambert (1836-1919) est un architecte fils et petit-fils d’architectes périgourdins. Il a été élève de l’école des beaux-arts de Paris et inspecteur des travaux exécutés par Paul Abadie à Bordeaux entre 1860 et 1866 pour l’église Sainte-Croix, la tour Saint-Michel, l’église Saint-Ferdinand, l’église Sainte-Marie de La Bastide et les sacristies de la cathédrale Saint-André.

À Périgueux, il a gagné le concours pour la reconstruction de l’église Saint-Martin et la construction du temple maçonnique. Il a rédigé des notices pour les travaux d’Aymar Pierre Verdier, Adolphe Lance et Eugène Viollet-le-Duc et sur les monuments historiques au préfet de la Dordogne.

***Il existe, pour des raisons historiques, culturelles, touristiques et économiques, quatre Périgord : le noir, le blanc, le vert et le pourpre.

Le Périgord noir est sans doute la plus ancienne des appellations qui existait avant même le département de la Dordogne. La couleur noire fait référence aux chênes verts très sombres qui sont très présents dans cette partie de la Dordogne et qui donnent au paysage une belle couleur sombre. Le noir ajoute une touche de mystère qui plait beaucoup à ses habitants et aux touristes.

Le Périgord blanc tire son nom des plateaux calcaires de cette partie de la Dordogne et couvre la partie centrale du département. Historiquement, il comprenait le Riberacois qui a préféré depuis quelques années rejoindre le Périgord vert porteur de plus d’authenticité. Le Périgord blanc héberge, notamment, Périgueux.

Le Périgord vert. L’appellation aurait été trouvée par Jules Vernes lors d’un séjour dans le nord du Département. Cette couleur pleine d’espoir vient de la nature luxuriante, arrosée par les nombreux cours d’eau qui couvrent ce territoire.

Château de Monbazillac, Monument historique par arrêté du 20 février 1941, entouré d’un vignoble réputé, au bord d’un plateau dominant la Dordogne, face à Bergerac

Le Périgord pourpre est sans aucun doute de la couleur la plus contestée car elle répond avant tout à des considérations touristiques et non pas à une réalité historique. Apparu dans les années 90, le pourpre fait référence au vignoble qui est très présent dans cette partie au sud-ouest du département autour de Bergerac, berceau du célèbre vin. Ce Périgord est riche d’une grande variété paysagère et d’un patrimoine célèbre en particulier pour ses bastides.

Paillettes d’or de l’Isle à Coulaures (Dordogne)

Certains ajoute que le Périgord, c’est de l’or. Car OR est présent tout aussi bien dans DORdogne que dans PérigORd et que cela souligne la richesse à tous les niveaux de ce magnifique territoire…

Carte postale ancienne
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Retraité, Yonnel Ghernaouti a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du compagnon de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire et membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France, il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour « La Chaîne d’Union », revue trimestrielle d'études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en est le Commissaire général.

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2 Commentaires

  1. Merci Yonnel pour ce magnifique article très bien documenté. Le Périgord est une terre très riche en mystères. Le temple de Bergerac avait ouvert ses portes pour les journées du Patrimoine 2022. En deux jours ils ont reçu la presse et plus de neuf cents personnes !
    Pour information, le festival du livre Joséphine Baker aura lieu les 23/24 et 25 juin dans le parc des Milandes (le parc et restaurant situés en contrebas du château des Milandes), en Périgord Noir. Le but est d’organiser un festival autour des valeurs portées par la Lycra et Joséphine Baker. Il y aurait bien entendu beaucoup à dire sur ce thème.

  2. Le Périgord poupre a été invente par des hurluberlus qui ont une nouvelle fois délabré le Périgord par des idioties et des avanies culturelles…Le chemin de Compostelle coupe en deux le triangle du Périgord et ses 3 couleurs tout simplement…Le bergeracois se situe entre le blanc et le noir et possede la plus grande grotte culte de l age de bronze a la Fontanguillere 24Le site de Fontanguillère comporte un abri sous roche utilisé depuis le néolithique, mais les vestiges trouvés lors des fouilles recouvrent surtout la période située entre l’âge du cuivre (-2500 à -1800 av. JC) et l’âge du fer (-800 à- 50 av. JC). De nombreux dépôts funéraires et offrandes ont été trouvés sur les 250 premiers mètres de la grotte lors des fouilles réalisée au début du siècle dernier. Un culte de la Vierge Noire y a été assuré jusqu’à une période très récente….Dans une communication, parue dans les C. R. du Congrès
    Préhistorique de Toulouse-Foix, 1936, sur les fouilles de la caverne sépulcrale de Fontanguillère, en Dordogne, nous faisions remarquer, en conclusion, que : « l’utilisation de cette caverne comme
    nécropole [du Cuivre au Bronze IV] ne l’a pas été d’une manière arbitraire : la répartition et la découverte de toutes les sépultures, sans exception, entre les berges du ruisseau souterrain et jamais dans les
    autres parties sèches de la grotte, impliquent une intention qui ne peut être qu’en corrélation avec un rite se rapportant au culte des eaux »

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