Parution des « Frères Trois-Points », premier livre antimaçonnique de Léo Taxil, 1885 (date historique)

Gardez cet article avec vous
Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?

Glossaire de la franc-maçonnerie

En 1885, à Paris, le polémiste Léo Taxil, de son vrai nom Gabriel Jogand-Pagès, opère une volte-face spectaculaire : l’ancien pamphlétaire anticlérical, brièvement initié puis exclu de la franc-maçonnerie, annonce sa conversion au catholicisme et renie ses écrits. Il lance aussitôt, chez l’éditeur catholique Letouzey et Ané, Les Frères Trois-Points, présenté comme des « révélations complètes » sur les loges. C’est le premier titre d’une longue série antimaçonnique qui culminera avec l’invention du palladisme et de Diana Vaughan, avant l’aveu public de la mystification en 1897 : l’un des plus grands canulars de l’histoire de la presse.

Date : 1885
Lieu : Paris, France

Le contexte : l’après-Humanum Genus

Parution des « Frères Trois-Points », premier livre antimaçonnique de Léo Taxil, 1885
Source : Wikimedia Commons – Frid’rick – Public domain

Au milieu des années 1880, la franc-maçonnerie française est au cœur des affrontements entre républicains et catholiques. Le Grand Orient de France a supprimé en 1877 l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme, et de nombreux maçons participent à la politique de laïcisation de la Troisième République. Le 20 avril 1884, le pape Léon XIII publie l’encyclique Humanum Genus, qui dénonce la franc-maçonnerie comme une entreprise hostile à l’Église et appelle à « arracher le masque » de la secte. Un marché éditorial antimaçonnique s’ouvre alors, avide de révélations sur les rites et les secrets des loges.

Qui est Léo Taxil ?

Né à Marseille en 1854, Marie Joseph Gabriel Antoine Jogand-Pagès prend le pseudonyme de Léo Taxil. Élevé chez les jésuites, il devient dans les années 1870 un pamphlétaire anticlérical virulent : sa Librairie anticléricale diffuse des ouvrages satiriques qui lui valent procès et condamnations. Il est initié à Paris dans la loge Le Temple des Amis de l’Honneur français, mais son passage est bref : accusé de fraude littéraire, notamment à propos de lettres qu’il attribuait à Victor Hugo et à Louis Blanc, qui les démentirent, il est exclu sans avoir dépassé le grade d’apprenti, décision confirmée par le Grand Orient de France.

La conversion de 1885

En 1885, Taxil annonce qu’il abjure ses erreurs, est reçu dans l’Église catholique et renie publiquement ses ouvrages antérieurs. La sincérité de ce retournement sera mise en doute pendant toute la suite de l’affaire, et Taxil lui-même la présentera en 1897 comme une comédie. Sur le moment, la presse catholique accueille le converti comme une prise de choix : un ancien ennemi de l’Église, de surcroît passé par les loges, semble le mieux placé pour en dévoiler les secrets.

Le livre : Les Frères Trois-Points

Parution des « Frères Trois-Points », premier livre antimaçonnique de Léo Taxil, 1885
Source : Wikimedia Commons – Léo Taxil – Public domain

Le premier ouvrage de cette nouvelle carrière s’intitule Les Frères Trois-Points, sous-titré « révélations complètes sur la franc-maçonnerie ». Il paraît à Paris chez Letouzey et Ané, maison d’édition proche de l’archevêché, en deux volumes ; le catalogue de l’exemplaire numérisé de l’université d’Ottawa date le premier tome de 1885 (442 pages), tandis que d’autres notices situent l’ensemble en 1886. Le titre reprend l’abréviation des signatures maçonniques par trois points disposés en triangle, que les antimaçons transformaient en sobriquet.

Le livre décrit les grades et les rituels du Rite français et du Rite écossais, en mêlant des éléments tirés de rituels réels, souvent déjà publiés, à des commentaires sarcastiques et à des insinuations sur les mœurs et la politique des loges. Il inaugure une série de titres regroupés sous l’étiquette des « révélations complètes » : Le Culte du Grand Architecte, Les Sœurs maçonnes, consacré aux loges d’adoption, puis La Franc-maçonnerie dévoilée et expliquée, version populaire de l’ensemble.

De la divulgation à l’imposture

Encouragé par le succès, Taxil glisse peu à peu de la divulgation de rituels vers l’invention pure. Avec le médecin Charles Hacks, sous le pseudonyme collectif de « docteur Bataille », il publie de 1892 à 1894 Le Diable au XIXe siècle, en 240 livraisons, qui décrivent un culte luciférien, le « palladisme », dont le chef supposé serait Albert Pike, Grand Commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction Sud à Charleston. Il crée ensuite le personnage de Diana Vaughan, prétendue grande maîtresse palladiste convertie, dont paraissent des Mémoires d’une ex-palladiste. Le 19 avril 1897, à la Société de géographie, Taxil annonce lui-même que tout était une mystification.

Portée et postérité

Les Frères Trois-Points marque l’entrée en scène d’un auteur qui a durablement façonné l’imaginaire antimaçonnique. Même après l’aveu de 1897, nombre de ses inventions, du culte de Lucifer aux prétendus meurtres rituels, ont continué de circuler et de nourrir des écrits complotistes au XXe siècle. Pour les historiens de la franc-maçonnerie, l’affaire Taxil est un cas d’école sur la fabrication d’une fausse information et sur la crédulité d’un public prévenu. Taxil, brouillé avec ses éditeurs, attaqua Letouzey et Ané en 1891 pour des droits d’auteur impayés ; il mourut le 31 mars 1907.

Repères chronologiques

  • 1877 : le Grand Orient de France supprime l’obligation de la croyance en Dieu.
  • 20 avril 1884 : encyclique Humanum Genus de Léon XIII contre la franc-maçonnerie.
  • 1885 : conversion de Taxil et parution des Frères Trois-Points chez Letouzey et Ané.
  • 1887 : Taxil est reçu en audience par Léon XIII.
  • 1892-1894 : Le Diable au XIXe siècle, signé « docteur Bataille ».
  • 19 avril 1897 : aveu public de la mystification à la Société de géographie, à Paris.
  • 31 mars 1907 : mort de Léo Taxil.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Alchimie et soupçon antimaçonnique (antimaçonnisme), Affaire Léo Taxil (antimaçonnisme), Louis Blanc (Personnalité), Albert Pike (Auteur), Léo Taxil (Auteur).

Glossaire de la franc-maçonnerie

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

DERNIERS ARTICLES