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Né le 21 mars 1854 à Marseille et mort le 31 mars 1907 à Sceaux, Léo Taxil, de son vrai nom Gabriel Jogand-Pagès, est le polémiste qui a orchestré la plus célèbre mystification antimaçonnique de l’histoire. Anticlérical virulent devenu faux converti, il a inventé de toutes pièces le culte luciférien du « palladisme » et la prétendue grande prêtresse Diana Vaughan, avant d’avouer la supercherie le 19 avril 1897. Ses écrits ne sont pas un témoignage sur la maçonnerie, mais l’histoire d’une imposture.
Un enfant de Marseille en rupture

Deuxième des trois enfants d’une famille marseillaise royaliste et cléricale, Marie Joseph Gabriel Antoine Jogand-Pagès rejette le catholicisme dès l’adolescence pour les idées républicaines radicales. Une fugue lui vaut un passage à la colonie pénitentiaire de Mettray. Journaliste républicain à Marseille, il adopte le pseudonyme de Léo Taxil et s’installe à Paris, où il fonde à partir de 1875 une Librairie anticléricale.
Le pamphlétaire anticlérical
Dans les années 1870-1880, Taxil inonde le marché de pamphlets contre l’Église, dont À bas la calotte (1879). Il se veut libre penseur et provocateur. Il est reçu en 1881 dans la loge Le Temple des amis de l’honneur français, du Grand Orient de France, mais il en est écarté dès le premier degré, pour une affaire qualifiée de « fraude littéraire ». Sa connaissance de la maçonnerie se limite donc au grade d’apprenti.
La fausse conversion et la campagne antimaçonnique
En 1885, coup de théâtre : Taxil annonce sa conversion au catholicisme et renie ses écrits antérieurs. Il se rend à Rome et obtient en 1887 une audience du pape Léon XIII, dont l’encyclique Humanum genus (1884) venait de condamner la franc-maçonnerie. Il se lance alors dans une série de livres prétendument révélateurs, publiés notamment chez Letouzey et Ané : Les Mystères de la franc-maçonnerie dévoilés, Les Frères trois points, Les Sœurs maçonnes (1886), puis La France maçonnique (1888).
Ces ouvrages, mêlant extraits de rituels déformés, rumeurs et inventions, rencontrent un immense succès dans les milieux catholiques. Taxil fonde en 1892 un journal, La France chrétienne anti-maçonnique.
Diana Vaughan et le palladisme : la grande mystification

Avec Le Diable au XIXe siècle (1892-1895), publié avec Carl Hacks sous le pseudonyme de « docteur Bataille », la supercherie atteint son sommet : la maçonnerie serait dirigée par une secte satanique, le palladisme, qui vénérerait Lucifer. Taxil invente une grande prêtresse repentie, Diana Vaughan, dont il publie les prétendus mémoires et qui devient une célébrité du monde catholique, sans jamais apparaître en public. Même au Carmel de Lisieux, on s’émeut du sort de la « convertie ».
Le 19 avril 1897, devant un public nombreux réuni à la Société de géographie de Paris, Taxil avoue tout : ses « révélations », sa conversion, Diana Vaughan elle-même – qui n’était qu’une dactylographe employée par une maison américaine de machines à écrire. La séance s’achève dans le tumulte. Il finit sa vie dans l’obscurité, à Sceaux, écrivant sous le pseudonyme de Jeanne Savarin.
Principaux ouvrages
- À bas la calotte, 1879
- Les Mystères de la franc-maçonnerie dévoilés, Letouzey et Ané, 1886
- Les Frères trois points, 1886
- Les Sœurs maçonnes, Letouzey et Ané, 1886
- Le Vatican et les francs-maçons, 1886
- Confessions d’un ex-libre penseur, 1887
- La France maçonnique, 1888
- Le Diable au XIXe siècle (sous le nom de « Dr Bataille », avec Carl Hacks), 1892-1895
Une imposture qui survit à son auteur
L’affaire Taxil est un cas d’école de désinformation. Bien qu’avouées dès 1897, ses inventions – le palladisme, le culte de Lucifer, de fausses citations attribuées à des dignitaires maçonniques comme Albert Pike – continuent de circuler dans la littérature complotiste et sur Internet. Pour le franc-maçon comme pour l’historien, Taxil n’est pas une source, mais un objet d’étude : il illustre la puissance de l’antimaçonnisme de la fin du XIXe siècle et la facilité avec laquelle une fable peut devenir « vérité » pour qui veut y croire.
À lire sur 450.fm : Comment Léo Taxil a-t-il pu mystifier le grand public ? , « COMPLORAMA » en précommande – 164 pages pour comprendre la fabrique contemporaine du soupçon, CONSPIRACY WATCH : La Franc-Maçonnerie, ce fantasme immuable.
Voir aussi dans le glossaire : Léo Taxil (antimaçonnisme), Affaire Léo Taxil (antimaçonnisme), Accusation de secret (antimaçonnisme), Humanum genus (antimaçonnisme), Apprenti.

