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Le 23 février 1833, à Bruxelles, les loges belges qui ont rompu avec l’obédience néerlandaise se constituent en Grand Orient de Belgique. Trois ans après la révolution de 1830, le jeune royaume se dote ainsi de sa propre puissance maçonnique, avec le soutien du roi Léopold Ier, réputé initié à Berne en 1813. Placée d’abord sous l’autorité de proches du pouvoir comme le baron Goswin de Stassart, l’obédience deviendra en quelques décennies l’un des foyers du libéralisme belge et l’une des grandes références de la maçonnerie adogmatique.
Date : 23 février 1833
Lieu : Bruxelles, Belgique
Le contexte : une maçonnerie à reconstruire après 1830

De 1815 à 1830, les provinces belges font partie du Royaume uni des Pays-Bas, et leurs loges relèvent d’une administration maçonnique néerlandaise. La révolution de 1830 et la naissance de la Belgique indépendante posent une question immédiate : à quelle autorité les ateliers du Sud doivent-ils désormais obéir ? Une « Grande Loge d’administration des Pays-Bas méridionaux » sert de structure de transition, avant de rejeter l’autorité néerlandaise et de se transformer en obédience nationale.
L’événement : une obédience pour un nouveau royaume
La fondation est datée du 23 février 1833 par l’encyclopédie Wikipédia ; plusieurs chronologies maçonniques, dont celle qui a servi de base à cette notice, retiennent le 25 février. Le départ est difficile : sur les 27 loges de l’ancienne administration méridionale, dix seulement rejoignent le Grand Orient, dix tombent en sommeil, cinq restent fidèles aux Pays-Bas et deux forment une autre obédience. Les statuts interdisent alors toute discussion politique ou religieuse en loge, ce qui tient à l’écart les ateliers liégeois et verviétois réunis dans une Fédération maçonnique belge.
Léopold Ier, protecteur plutôt que grand maître
Le roi Léopold Ier aurait été initié en 1813 à la loge L’Espérance de Berne. Sollicité pour prendre la grande maîtrise, il la décline mais soutient la nouvelle obédience et fait placer à sa tête un proche collaborateur, le baron Goswin de Stassart. Les sources divergent sur la chronologie exacte des premiers grands maîtres : certaines présentent Stassart comme premier titulaire dès 1833, d’autres font précéder son mandat (1835-1841) de celui de Joseph Defrenne. Stassart démissionne en 1841, après sa révocation comme gouverneur du Brabant ; Eugène Defacqz lui succède.
Une obédience au cœur du combat libéral

Dès 1834, la loge bruxelloise Les Amis philanthropes, pilier du nouveau Grand Orient, porte la création de l’Université libre de Bruxelles. En 1837, une lettre de l’épiscopat conduite par le cardinal Engelbert Sterckx, dans le sillage de l’encyclique Mirari vos (1832), interdit aux catholiques l’appartenance à la franc-maçonnerie. Le fossé se creuse entre loges et Église, et les ateliers deviennent des lieux de sociabilité du libéralisme belge.
Les ruptures de 1854 et de la décennie suivante
Sous l’impulsion de Pierre-Théodore Verhaegen, grand maître de 1854 à 1862, l’article qui proscrivait les débats politiques et religieux est abrogé en 1854. La décision provoque des départs, des mises en sommeil et la rupture avec le Suprême Conseil de Belgique. Quelques années plus tard, l’obligation d’invoquer le Grand Architecte de l’Univers disparaît à son tour des statuts (en 1868 ou en 1872 selon les sources), ce qui éloigne durablement le Grand Orient de la maçonnerie anglo-saxonne.
Postérité et mémoire
Un traité de 1880 répartit les rôles : les trois grades symboliques au Grand Orient, les hauts grades au Suprême Conseil, jusqu’à sa dénonciation en 1960. Au XXe siècle, l’obédience participe à la fondation de l’Association maçonnique internationale (1921), puis du CLIPSAS (1961). Pendant la Seconde Guerre mondiale, des frères belges fondent la loge Liberté chérie dans un camp de concentration nazi. Aujourd’hui, le Grand Orient de Belgique revendique plus d’une centaine de loges et environ 10 000 membres, en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie.
Repères chronologiques
- 1813 : Léopold de Saxe-Cobourg aurait été initié à la loge L’Espérance de Berne.
- 1830 : révolution belge et indépendance du royaume.
- 23 février 1833 : fondation du Grand Orient de Belgique.
- 1834 : fondation de l’Université libre de Bruxelles à l’initiative des Amis philanthropes.
- 1837 : lettre des évêques belges interdisant la franc-maçonnerie aux catholiques.
- 1854 : abrogation de l’interdiction des débats politiques et religieux en loge.
- 1961 : le Grand Orient de Belgique cofonde le CLIPSAS.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Grand Orient, Grand Maître, Suprême Conseil, Grand Architecte de l’Univers mal interprété (antimaçonnisme).

