Rite Swedenborg (Rite maçonnique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Rite Swedenborg est un rite maçonnique en six grades se réclamant des enseignements du visionnaire suédois Emanuel Swedenborg (1688-1772). Ses origines sont disputées : la tradition le fait naître à Avignon en 1773, quand l’historien R. A. Gilbert y voit une construction du XIXe siècle, popularisée par Samuel Beswick à partir de 1870. Développé au Canada, puis en Angleterre et en Écosse sous l’autorité de John Yarker, relayé en France par Papus, il s’éteint au début du XXe siècle ; une reprise italienne a été tentée en 1982.

Une origine entre légende et histoire

Rite Swedenborg
Source : Wikimedia Commons – The original uploader was Cro-Maat at French Wikipedia. – Public domain

Selon les Wikipédia français et anglais, le rite aurait été créé à Avignon en 1773 par un « marquis de Thorn », d’abord comme organisation politique, orientation ensuite abandonnée ; cette première version aurait disparu en une dizaine d’années. Cette version s’appuie sur des ouvrages du XIXe siècle, notamment le dictionnaire d’Augustus Row, qui assimile le rite aux « Illuminés d’Avignon ».

L’historien R. A. Gilbert, dans son étude « Chaos Out of Order » (1995), conteste cette filiation : Swedenborg n’a joué aucun rôle dans le rite, dont les racines lointaines se trouvent plutôt chez les Illuminés d’Avignon de Pernety et Grabianka, mélange de doctrine swedenborgienne et d’occultisme. Pour lui, le rite connu historiquement est une création du XIXe siècle, et les affirmations de Beswick sur une activité américaine depuis 1859 ne sont pas étayées. Les deux versions sont donc à présenter avec prudence.

Beswick, Yarker et Mackenzie

Samuel Beswick, swedenborgien d’origine anglaise, publie à New York en 1870 Swedenborg Rite and the Great Masonic Leaders of the Eighteenth Century. Le 3 juin 1872, il délivre une charte pour un Suprême Grand Temple du Canada, installé en 1873 à Maitland (Ontario) ; une seule loge, Sphynx Lodge n° 1, y est fondée, et le corps ne survit guère que sur le papier.

En 1876, John Yarker (1833-1913), figure du Rite de Memphis-Misraïm, obtient une charte swedenborgienne par échange de patentes. La Suprême Grande Loge est constituée à Manchester le 13 janvier 1877, avec Yarker comme grand maître suprême. Kenneth Mackenzie, grand secrétaire de 1877 à sa mort en 1886, rédige les Fundamental Constitutions et tient l’administration d’une main rugueuse.

Six grades d’inspiration théosophique

Le rite compte six grades, dont les intitulés varient légèrement selon les sources :

  • Apprenti
  • Compagnon
  • Maître néophyte
  • Illuminé théosophe (ou Frère vert, selon le Wikipédia français)
  • Frère bleu
  • Frère rouge

Les trois derniers grades, aux noms de couleurs, entendent transposer dans le cadre initiatique la doctrine des correspondances et la vision spirituelle de Swedenborg, sans que les sources consultées en détaillent le contenu.

Esprit : une maçonnerie mystique et hermétique

Réactivé au XIXe siècle comme organisation hermétique, le rite s’inscrit dans le foisonnement des systèmes occultistes de l’époque victorienne. Selon Gilbert, William Wynn Westcott tente de le relancer à partir de 1885 et y admet, dans la loge Hermes, des personnalités comme Mathers, Papus et A. E. Waite ; les manuscrits chiffrés de Mackenzie, sans lien avec le rite mais récupérés par Westcott, serviront de base à l’Ordre hermétique de la Golden Dawn en 1888.

Diffusion : Canada, îles Britanniques, France

Rite Swedenborg
Source : Wikimedia Commons – Signe Toksvig – Public domain

Neuf loges sont patentées entre 1877 et 1879 en Angleterre et en Écosse ; la loge Eri n° 13 est fondée à Limerick en 1886, une Grande Loge roumaine est patentée en 1883 et, en 1902, Yarker charte une loge allemande placée sous l’autorité de Theodor Reuss. En France, le rite est repris à la Belle Époque par Papus, en marge de l’ordre martiniste ; il ne survit pas à la mort de son successeur Teder (Charles Détré), en 1918.

Déclin et tentatives de renaissance

Les effectifs restent faibles, les rituels imprimés et les décors manquent, et l’opposition de grandes loges, notamment américaines dès 1882, précipite le déclin. Le dernier document connu date de 1908. Le Wikipédia anglais signale une reprise italienne en 1982 : le franc-maçon anglais Desmond Bourke transmet une patente à Michele Moramarco, qui révise les rituels sous le nom d’Antico Rito Noachita. Les sources consultées ne mentionnent aucune activité actuelle en France.

Pour approfondir

  • Swedenborg Rite and the Great Masonic Leaders of the Eighteenth Century, Samuel Beswick, New York, 1870 (réédition Kessinger, 1994)
  • La franc-maçonnerie swedenborgienne, Serge Caillet, Éditions de la Tarente
  • « Chaos Out of Order: The Rise and Fall of the Swedenborgian Rite », R. A. Gilbert, 1995
  • Encyclopedia of Freemasonry, vol. 2, Albert G. Mackey et H. L. Haywood, Kessinger, 2003
  • Masonic Biography and Dictionary, Augustus Row, J. B. Lippincott, 1868
  • Nuova Enciclopedia Massonica, Michele Moramarco, 1989

Synthèse

Le Rite Swedenborg illustre la part de légende qui entoure bien des systèmes maçonniques : une origine avignonnaise invoquée mais douteuse, une existence réelle mais brève dans le monde anglophone, puis une survie dans les milieux occultistes français autour de Papus. Plus que par son implantation, restée modeste, il compte par les figures qu’il a réunies et par son rôle de carrefour entre maçonnerie, illuminisme et hermétisme de la fin du XIXe siècle.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.

Voir aussi dans le glossaire : Michele Moramarco (Auteur).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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