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Jean-Jacques Bacon de La Chevalerie, né à Lyon en 1731 et mort à Paris en 1821, est un officier français, brigadier des armées du roi, propriétaire à Saint-Domingue et acteur de la Révolution dans cette colonie. Il est surtout connu dans l’histoire maçonnique comme grand orateur du Grand Orient de France à sa fondation, membre de la commission des hauts grades et chevalier de la Stricte Observance templière sous le nom d’Eques ab Apro, artisan d’un rapprochement avec les directoires écossais.
Un officier lyonnais aux intérêts atlantiques

Colonel d’infanterie, Bacon de La Chevalerie devient brigadier des armées du roi en 1780. Lié à Rouen par des attaches familiales, il possède des biens importants à Saint-Domingue et des intérêts dans l’entreprise de négoce familiale établie dans ce port normand.
En 1778, il arme un navire de commerce à destination de Lisbonne, ce qui lui vaut de figurer dans le Dictionnaire des marins francs-maçons de Jean-Marc Van Hille.
Un acteur de la Révolution à Saint-Domingue
Pendant la Révolution, il est présenté comme le promoteur de la révolution autonomiste blanche à Saint-Domingue. Élu président de l’assemblée provinciale du Nord de l’île, il est ensuite nommé capitaine général des troupes nationales, puis promu général.
Il pousse ensuite à l’embarquement de colons pour la France, dans l’épisode dit des Léopardins, que le commissaire civil Ignace-Frédéric de Mirbeck, envoyé par la métropole, désigne comme la « faction des 85 » dans son Compte sommaire de l’état actuel de la colonie de Saint-Domingue.
Grand orateur du Grand Orient
Au moment de la constitution du Grand Orient de France, en 1773, Bacon de La Chevalerie est l’émissaire des loges lyonnaises auprès de la Grande Loge, puis devient l’un des officiers de la nouvelle obédience, avec la fonction de grand orateur. Dès 1773, il fait partie de la commission des hauts grades instituée par le Grand Orient pour mettre de l’ordre dans la prolifération des grades au-delà de la maîtrise.
Ces fonctions le placent dans l’entourage des dignitaires qui organisent l’obédience sous la grande maîtrise du duc de Chartres, futur Philippe Égalité ; l’historien Hubert La Marle le mentionne à ce titre dans son ouvrage sur ce grand maître.
Eques ab Apro, chevalier de la Stricte Observance
Membre de la Stricte Observance templière, système d’origine allemande qui prétendait rattacher la maçonnerie aux Templiers, il y porte le nom d’ordre Eques ab Apro. En 1776, il pousse la commission des hauts grades à rechercher un accord avec les directoires écossais de la branche française de cet ordre, animés notamment depuis Lyon par Jean-Baptiste Willermoz.
L’accord est conclu mais rencontre de nombreuses oppositions et n’est jamais vraiment appliqué. Dans une lettre à Willermoz, Bacon de La Chevalerie recommande la discrétion sur les relations avec les francs-maçons allemands. Le processus aboutira, au convent des Gaules de 1778 puis à celui de Wilhelmsbad en 1782, à la naissance du Rite écossais rectifié. Sa loge d’origine et la date de son initiation ne sont pas précisées par les sources consultées.
Réuni à Lyon en 1778 sous l’impulsion de Willermoz, le convent des Gaules transforme la branche française de la Stricte Observance en Ordre des Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte ; quatre ans plus tard, le convent de Wilhelmsbad, qui rassemble des délégués de toute l’Europe, consacre cette réforme. Les sources consultées ne précisent pas si Bacon de La Chevalerie prit part à ces assemblées.
Un artisan des débuts du Grand Orient
Bacon de La Chevalerie appartient au cercle des dignitaires qui ont organisé le Grand Orient de France dans les années 1770. Son double rôle, à la tête de l’obédience et dans la Stricte Observance, en fait un témoin privilégié des tentatives de concilier la maçonnerie française et les systèmes templiers venus d’Allemagne. Le Dictionnaire de la franc-maçonnerie de Daniel Ligou lui consacre une notice (p. 102-103), et l’ouvrage collectif Franc-maçonnerie et politique au siècle des Lumières : Europe-Amériques (Presses universitaires de Bordeaux, 2006) évoque son rôle ; sa longévité le fait traverser la Révolution jusqu’à la Restauration.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Jean-Jacques Bacon de La Chevalerie.
Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré.

