Du Cabinet de réflexion à la réception comme Apprenti dans le Temple maçonnique

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De la phase de préparation à la (quasi) fin de la phase de SOLVE 

Je me présente devant vous, nu d’apparence. Cette nudité face à des inconnus me fait rougir, aussi est-ce la couleur qui prédomine. Je ne sais pas encore qui je suis vraiment et ce qui me constitue. Lors de nos premières rencontres, privé d’un de mes sens principaux (la vue), j’ai tout simplement appris, par le jeu de questions et de réponses qui m’ont été posées d’abord par une voix éloignée de moi et semblant être en hauteur, puis par plusieurs autres réunies en assemblée et provenant de toutes les directions, m’entourant donc, que la vie est dans les trois règnes de la Nature. 

Mais quelle est donc cette vie dont je dispose en moi, mais qui ne m’a pas encore été révélée ? 

Alchimie
Alchimie

Je commence par l’inventer, au sens d’invenies c’est-à-dire la découvrir lorsqu’un premier guide me place en une cellule qui ne sera pas ma dernière demeure, mais un cabinet dans lequel je m’expose à moi-même, par le jeu du miroir dans lequel je peux me mirer en ce lieu, ce qui me constitue. Je me reflète alors en ce miroir, dans ce cabinet : il s’agit d’un cabinet de réflexion dans lequel le miroir me livre ce que je suis extérieurement, mais aussi, par le temps de l’analyse des symboles qui m’entourent et de l’introspection, de nouveau grâce au miroir, que je peux inventer en scrutant le plus profond de mes yeux, ce que je suis intérieurement. 

Aidé par les symboles dessinés ou physiquement présents dans ce cabinet qui s’apparente de plus en plus à un premier creuset, je décode petit à petit, par la double réflexion, les constituants de ce que je suis : des matières liées entre elles et dont il faudra que je me sépare pour plusieurs. 

Qui suis-je ? 

Lors de mon interrogatoire précédent, avant de pénétrer ce lieu éclairé par la flamme vive d’une bougie, j’ai entendu plusieurs voix dire que je suis une belle Pierre brute, constituée aussi de beaux et bons métaux, pour l’un d’entre eux en dose infinitésimale et pour d’autres dont il va falloir que je me débarrasse, car seulement trois provenant d’un ne peuvent servir à l’œuvre dans laquelle je débute mon parcours. 

Dans le miroir, je constate que je suis donc bien un… extérieurement. Prenant le temps de la réflexion donc, je pénètre en moi-même et, les symboles m’interpellant : une coupe avec le symbole du Soufre, une autre avec le symbole du Mercure et enfin une dernière avec le symbole du Sel (symboles dont je comprends la signification pour avoir pu d’ores et déjà les rencontrer avant mon entrée dans ce cabinet) ; les symboles m’interpellant disais-je, je découvre qu’un n’existe que par l’amalgame de la multitude. Ainsi, tout est dans un et un est dans tout. Mais est-ce que tout est bon pour un ? 

Les symboles m’indiquent que seulement trois sont important pour un, afin de lui permettre d’évoluer. La Pierre brute que je suis est une matière première dont il va falloir extraire des premières matières, au nombre de trois. Je comprends cette nécessaire extraction, car la tête de mort et les tibias entrecroisés sous elle, dessinés, mais aussi le crâne humain disposé sur la table devant laquelle j’ai pris place dans le cabinet, m’y invitent. Dans le miroir, je contemple un crâne « vêtu » de peau et parsemé d’autres accessoires que l’on nomme organes (comme les yeux, visibles, ou encore le cerveau, cette noix dissimulée sous la coque calcique, savoir l’os crânien), cheveux, etc. J’ai le départ : ce un qui contient tout. Il me faut atteindre une arrivée : le crâne, matière dépouillée de ce qui le constitue à l’intérieur et « dévêtu » de la peau. 

Cette Pierre brute – telle que l’on m’a nommée à plusieurs reprises, en ma présence lors de l’interrogatoire, mais aussi par la suite en mon absence dans plusieurs espaces dédiés que l’on nomme salle humide, parvis ou Temple – est donc une contenant plusieurs et il va falloir que les « plusieurs » puissent être détachés de l’unique. 

La méthode m’est confiée, grâce à l’allégorie du dépouillement de la tête pour arriver au crâne. 

Pour que le multiple constituant le un de la Pierre brute se dévoile, alors il faut une étape de petite mort qui m’est indiquée par le symbole d’une faux, sur ce tableau habillement posé sur la table de « projection ». La faux est utile à la Mort pour couper, c’est-à-dire démembrer un corps. Je comprends qu’il faut que le démembrement de la Pierre brute se réalise. Il ne le peut, pour le minéral que je suis, qu’en passant par un broyage. Le symbole du sablier sur le tableau m’aide à cette réflexion et à cette conclusion : il faut que je devienne comme les grains de sable contenus dans le sablier. De la Pierre brute regroupant solidement tout en un, le broyage, avec le temps qu’il prendra, ce que m’indique aussi le sablier dans son ensemble, me permet de devenir un dans tout. 

Je viens donc, dans ce premier creuset qu’est le cabinet de réflexion, de passer d’un état solide unique et dont chacun de mes constituants étaient soudés, à un état solide à nouveau, mais divisé et dispersé. Bien que l’unité ne soit plus, je reste encore de même nature puisque mon broyage a certes permis de me diviser, mais pas encore de séparer les métaux nécessaires à la poursuite de ma reformation en un regroupant tout. 

Ma vie m’a permis d’agréger, chemin faisant, plusieurs éléments à ceux constituant ce que j’étais lors de ma naissance. J’étais une Pierre qui roule, accumulant sur elle des terrestréités lui permettant de grossir… bien que l’évolution ne soit pas dans l’accroissement du volume, mais ailleurs. 

Il faut que je puisse me débarrasser de tout ce qui est superflu pour la suite et que je subisse donc une extraction de ce qui est considérée comme des impuretés. Je conserve en mémoire, mais aussi encore à la vue, les symboles dessinés sur le tableau. Trois me sont utiles pour que je continue mon parcours : un Soufre, un Mercure et un Sel. Trois métaux qui étaient liés dans une Pierre brute constituée et désormais broyée afin de pouvoir entreprendre la séparation des premières matières de la matière première : séparation de trois métaux d’une Pierre brute. 

Le broyage que j’ai subi, dans ce premier creuset, m’a permis de me séparer des premières impuretés et masses grossières accumulées. Je suis prêt à subir l’extraction des trois premières matières de mon corps meurtri. Un symbole attire encore mon regard, sur le tableau. Il s’agit de celui d’un pain cuit. D’ailleurs, sur la table, un bout de pain a été déposé. Il n’est pas là pour me nourrir, mais pour m’enseigner que la manière dont la séparation, l’extraction, va se réaliser passera par une cuisson. 

Vais-je être passé à la casserole ? à la poêle ? sur un feu vif d’une gazinière ? dans un four ?… 

Non, il en sera tout autre comme me le révèle le symbole d’un coq dessiné une fois encore sur le tableau. Volatil aptère, grattant de ses griffes et ergots la terre, le sable (ce que je suis devenu puisque broyé !), piquant avec son bec et extrayant ce qui doit l’être pour le consommer, je comprends qu’il est un Sel extérieur, de même nature que celui qui réside encore en moi, non extrait. 

Avant que d’entreprendre la séparation et l’extraction nécessaires des trois premières matières, je m’imprègne de deux mots inscrits dans un phylactère dessiné toujours sur le tableau : Vigilance et Persévérance. Je comprends qu’il va falloir que je fasse attention désormais à chaque étape du parcours déjà entrepris et que je persiste, demeure ferme et constant dans le parcours. C’est en respectant ces consignes que le chemin sera moins semé d’embûches. 

Le premier guide m’ayant introduit dans le premier creuset vient me récupérer. Je suis le même dans ma nature, quoique déjà soustrait d’impuretés, grâce au broyage subi et au premier lavage que j’ai pu faire en rédigeant un écrit que ce guide m’a indiqué être un testament philosophique. Je comprends que je me suis déjà dépouillé de plusieurs choses, que l’on nomme toujours des métaux. Je découvrirai d’ailleurs plus tard que, une première fois, j’ai laissé mes métaux à la porte du Temple. 

C’est donc broyé, allégé, mais toujours un en tout que je suis présenté à la porte d’un Temple. J’ai perdu, depuis ma sortie du premier creuset, l’usage de mes yeux. Il ne me reste que quatre sens sur les cinq. Tout un symbole ! Je comprendrai plus tard à nouveau que quatre éléments seront réunis avec un cinquième, alors nommé Quintessence. 

Je suis présenté à la porte d’un Temple, ni nu, ni vêtu. Je ne suis plus cette Pierre brute de l’interrogatoire et d’avant mon entrée dans le cabinet de réflexion (nu) et, broyé, comme la tête devenue crâne, je ne porte plus rien de grossier. Je conserve toujours néanmoins plusieurs impuretés dont il va falloir que je me débarrasse, par une cuisson. 

Extrait du premier creuset, extrait du cabinet de réflexion, j’ai été extrait de la terre. J’ai déposé mes premiers métaux inutiles pour la suite de l’œuvre à la porte du Temple. Il faut que je me débarrasse maintenant des dernières impuretés. 

Introduit dans le Temple, par une porte basse qui me rappellera, la première fois que j’assisterai à une cérémonie identique à celle que je vis, le goulot du ballon, étroit mais permettant d’accéder ensuite à un espace plus vaste, je suis placé entre des colonnes, à la porte du Temple. Privé de mes yeux et le découvrant par la suite, en face de moi, à l’Orient, siègent un Soufre symbolisé par un Soleil, un Mercure symbolisé par une Lune et un Sel en la personne du Maître de Loge qui me guidera pour les prochaines étapes. 

Je suis trois en un, dans la multitude qu’est la Pierre brute broyée : une minière. Ils font un à trois et m’indique ce passage depuis l’Occident, Royaume des morts dont je reviens de ma première station, vers l’Orient. 

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pierre brute avec maillet et ciseau

La terminologie de ma condition évolue à plusieurs étapes de mon parcours. J’étais un Candidat devenu une Pierre brute, placée par un premier creuset afin d’y subir une première mortification. Je suis un Profane, littéralement « devant le Temple », une minière résultant du broyage très fin de la Pierre brute. J’ai été extrait du premier creuset et je suis désormais placé en un nouveau lieu, non plus devant le Temple, mais à l’intérieur. 

Le Maître de Loge est mon Guide, mon Initiateur. Il a pour particularité d’être installé en hauteur, siégeant en haut de trois marches. Pour ma part, je suis debout, en face de lui, éloigné dans un premier temps, au-dessous de son niveau. 

Je représente le ballon et l’Initiateur la cornue. Lors de l’étape de séparation et d’extraction, ce sont les verreries dont l’Artiste a besoin. La séparation est faite grâce au Sel philosophique, lorsque la minière est placée en la cornue. 

Dans ce Temple, mon Initiateur se situe plus haut que moi. Il est la cornue et je suis le ballon, ais-je exposé. La cornue, contenant la Matière Première très finement broyée donc, se situe plus haut que le ballon, réceptacle du Mercure et du Sel Philosophique. 

Dans cette phase que je vis par le biais de trois voyages, chacun d’entre eux est associé à l’un des trois éléments complémentaires à la terre dont j’ai été extrait, c’est-à-dire le cabinet de réflexion. Ce seront des purifications par l’eau, l’air et le feu m’explique l’Initiateur qui me permettront de me débarrasser de mes dernières imperfections, impuretés, métaux. 

Dans cette cornue dans laquelle moi, minière, j’ai été placée, débute la cuisson permettant la séparation des trois matières premières et des impuretés que nous pouvons aussi nommer « terrestréités », puisque résidus encore accrochés à mon corps depuis mon extraction de la terre. 

Pour aparté quant à la terre, je serais informé plus tard que le seul bon soufre est celui qui est extrait par carottage des mines de soufre. Pour le Mercure, il faut préférer celui à l’état coulant ou de gouttes, des sites minéralogiques du cinabre. 

Alchimie laboratoire
Alchimie laboratoire

La séparation, l’extraction se réalise par évaporation du Mercure et du Sel, puis refroidissement dans le tube allant vers le ballon, le Soufre qui est un corps igné sert à provoquer une intense chaleur. Ce sont là les significations de mes circumambulations guidées, passant de l’Occident à l’Orient à trois reprises, par le Midi et le Septentrion (alternance de chaud et de refroidissement). Si symboliquement j’ai été placé à la porte du Temple, à l’Occident, moi, minière entre les mains de mon Initiateur, mon périple débute dans la cornue et se termine pour partie en ce même endroit et pour autre dans le ballon, cet autre état de moi qui est signifié par le Passé Maître de Loge, mis en miroir à l’Occident de mon Initiateur à l’Orient. 

Les corps changent d’état, sous l’action du 5ème feu, savoir les voyages plus ou moins agités que l’on me fait subir, soit conduit par le fil de l’épée dans certains rites, soit par une progression mouvementée à apaisée dans d’autres où je progresse aussi parfois sur des accessoires comme une planche à bascule ou une autre à boules. 

Les coups de marteaux (portés sur mon thorax afin de stopper mes voyages et bénéficier d’un court repos) de mon Initiateur et de ses deux Assistants – dont j’apprendrais qu’ils sont appelés les trois Lumières (Sels) de l’Atelier – rythment les phases des voyages et marquent chacune des purifications subies, grâce aux doses de sel permettant la cuisson, la séparation donc des trois premières matières de la matière première sous sa forme de minière. 

Cette séparation est réalisée avec le Sel potassique, associé au 5ème feu énergétique, et non pas le sel calcique. Elle n’est pas toujours facile à exécuter, car dépend de plusieurs facteurs : la pureté de la minière des Sages, la puissance du Sel potassique et la vigueur du 5ème feu énergétique. 

À la fin de l’opération de séparation et d’extraction, le Soufre reste, avec les terrestréités, au fond de la cornue. Le Mercure et le Sel sont dans le ballon. 

Ma tri-unité est alors révélée par : 
le corps, Soufre des Philosophes ;
l’âme, Mercure des Philosophes ; 
l’esprit, Sel philosophique. 

Les voyages terminés, on me renvoie sur les parvis, parfois même dans le cabinet de réflexion (ce qui est une erreur, car je n’ai nul besoin de retourner en la terre et y reprendre des terrestréités !), pour y reprendre mes atours, bien que je sois encore incomplet. Rappelons-nous que l’Initiateur est la cornue et que je suis le ballon. La séparation accomplie, il n’y a, dans le ballon, que Mercure et Sel. De retour donc sur les parvis, je ne suis que deux (matières) en un (contenant) et non trois en un. 

Cela signifie uniquement que l’opération de séparation et extraction est terminée. SOLVE va pouvoir débuter. 

Mon retour sur les parvis permet à l’Initiateur de séparer le Soufre des terrestréités qui pourront être mises à leur tour à porte du Temple. Le Soufre, matière première me faisant défaut, est réincorporé en moi lors de mon retour dans le Temple. Mon Initiateur a aussi confectionné le Sel nécessaire au mariage à venir des trois matières premières dans le ballon, c’est-à-dire en moi. 

Comme le Sel des Philosophes se trouve en quantité infinitésimale en moi, ceci est la raison pour laquelle, par la suite de l’œuvre, son ajout sera nécessaire. 

Suis-je apte à recevoir la Lumière (doses de Sel) ? Il appert que le cérémonial mis en œuvre m’indique qu’il faudra que je le fasse en plusieurs étapes : d’abord une petite Lumière et, à terme, une grande Lumière. 

Me voici de retour dans le Temple, ballon vide de tout Mercure et Sel que j’ai confié à celui qui m’a ramené sur les Parvis, afin qu’il fasse attention à ce que le Soufre conservé par mon Initiateur, le Mercure et le Sel ramené dans le Temple, auprès de celui-ci, soient exempts de toutes impuretés, métaux de nouveau laissés à la porte du Temple. 

Une nouvelle opération débute : SOLVE. Je ne suis plus nu, mais revêtu d’une peau transparente comme l’est le ballon ; peau transparente du contenant dans lequel un nouveau contenu va prendre forme. Je suis toujours privé de la vue, car c’est par l’œil que passe la Lumière. C’est par ce goulet spécifique de mon corps que passera la Lumière, ce Sel permettant par la suite la cuisson comme le refroidissement des opérations. 

Je ne suis donc plus minière : les trois matières que sont le Soufre, le Mercure et le Sel figurent en bonne et due place, à l’Orient du Temple, entre les mains du Maître de Loge. Mon Initiateur doit reconstituer en moi, ballon, la minière nouvelle, en partant des proportions approximatives requises. Je récupère mon Soleil et ma Lune, mon Soufre d’abord, puis mon Mercure, introduits chacun l’un après l’autre en moi. 

J’ai grise mine. Je suis éthiop minéral, comme le rappelle ma vêture reprise sur les Parvis avant ma réintroduction dans le Temple : costume noir et chemise blanche qui, couleurs mélangées, donnent le gris. Pourquoi le Soufre s’introduit-il en moi avant le Mercure ? Car à l’Orient, le Soleil brille et me darde de ces rayons, comme il darde aussi la Lune qui m’irradie ensuite à son tour. Le Soleil s’introduit donc avant la Lune en moi ; le Soufre l’est donc tout autant avant le Mercure. Mais quel est l’objectif de ce mélange ? Au moment de l’union du Soufre et du Mercure, du Soleil et de la Lune, du masculin et du féminin, par le Sel, l’objectif est qu’il y ait le moins possible de superflu utilisé. 

Au stade d’éthiop minéral, après avoir été saisi par les deux Assistants de mon Initiateur, ceux siégeant sur une seule marche, à l’Occident, chacun sous une colonne dédiée, mon Initiateur va enfin pouvoir me donner la petite Lumière. Il s’agit des premières doses de sels qui vont arroser l’éthiop minéral, afin de créer la réaction nécessaire au mariage des corps : de deux séparés, ils seront deux en un par l’action d’un troisième les liant, soit à nouveau trois en un à la toute fin de l’opération. Ce seront plusieurs doses de Sel nécessaires pour l’union des matières. 

En plusieurs fois, je vais recevoir la Lumière. Petite au début, car une trop grande Lumière pénétrant mon corps par mes yeux me les brûlerait. Ceci est la raison pour laquelle la première Lumière m’est donnée dans la pénombre. On m’ôte le bandeau et j’aperçois alors des glaives ou épées pointés, selon les rituels, soit dans ma direction soit dans celle d’un cadavre gisant et ensanglanté, dont les pieds reposent sur la première marche montant à l’Orient, vers mon Initiateur, et dont la position est celle d’un pentacle, tête à l’Occident et chacun des bras orientés pour l’un vers le Midi et l’autre le Septentrion. Parfois, deux flambeaux complètent ce décors, disposés vers les mains du cadavre. 

Petite Lumière reçue une fois le bandeau ôté est la première dose de Sel. 

Le cadavre disposé en pentacle est l’allégorie pour les cinq doses de Sel suivantes. 

Les glaives et épées pointés dans ma direction ou vers le cadavre rappellent que le Sel agresse, en trop forte quantité et qu’il faut le donner avec parcimonie, prenant soin de vérifier que la matière contenue dans mon corps – ballon ne suinte pas de sang, comme le figure le drap blanc ensanglanté recouvrant le cadavre, signifiant que si cela se produit, alors tout est perdu et à refaire. Autrement dit, lors de la première cuisson, une attention particulière doit être apportée, car si la « matière » apparaît de la teinte orange, alors cela signifie que le feu a trop été poussé au départ et que tout est à recommencer. 

Mon Initiateur, épée flamboyante en main, et celles et ceux l’assistant ou présents dans le Temple pour l’aider à ma réception, eux aussi glaive ou épée en main, symbolise à la fois la cuisson par le Sel et le cinquième feu énergétique. 

Mon Initiateur procède donc à l’arrosage de l’éthiop minéral, cette minière reconstituée que je suis, à l’aide d’un Sel Philosophique qui opère alors l’union des matières, par une première dose, faible, puis par cinq autres doses successives plus ou moins fortes. L’opération se réalise donc en plusieurs fois. 

Le Sel potassique est l’élément qui déclenche la chaleur en agressant le Soufre, aidé aussi par l’action du cinquième feu énergétique. L’Initiateur est celui qui me permet de recevoir la Lumière, aidé par les assistants et les présents dans le Temple. 

Ce sont une plus cinq, soit six doses que je reçois, dans un premier temps de l’opération. 

Je reçois enfin la grande Lumière, une dose de Sel finale. Six plus une font sept. Il s’agit du nombre de doses de Sel nécessaires à recevoir pour aboutir au terme de cette première opération qui fera de moi un Apprenti. J’apprendrai par la suite de mon parcours, lors d’une réception ultérieure au grade de Maître, que mon âge est de sept ans et plus. Cela me permet de conclure que le nombre de doses de Sel, selon l’agressivité de celui-ci, ne se limitera pas qu’à sept, mais parfois nécessitera quelques doses de plus. 

Ma réception m’a permis de voir, à un moment précis de celle-ci, quel en est le résultat attendu : la Putréfaction, à l’instar du cadavre qui a commencé la lente séparation des chairs de son corps. Tout cela, je le savais déjà, car, dans le cabinet de réflexion, ma tête dans le miroir et le crâne disposé sur la table m’indiquaient déjà le parcours à accomplir. Je découvrirai d’ailleurs bien plus tard que la chair quitte les os, mais ceci n’est pas encore le sujet présentement. 

Que s’est-il passé lors de cette phase ? 

Tout d’abord, réintroduit dans le Temple, un Gardien que certains Rites nomment Frère Terrible et d’autres Couvreurs, qui est toujours un ancien Maître de Loge, sage Initiateur aussi donc, veille au maintien des portes fermées, à l’Occident. Ceci est important, car mon Initiateur, déposant le Soufre, puis le Mercure, puis arrosant à sept reprises au moins ce mélange des matières afin de les unir, doit veiller à ce que rien ne sorte ni n’entre pendant les opérations de cette phase. 

Durant la phase de Solve, il est important que le haut du ballon soit fermé par un bouchon, autrement les vapeurs éthérées, dans lesquelles vont se sublimer les corps, s’évaderont. Le bouchon protège de toute fuite de matière aussi. 

Il m’est d’ailleurs demandé, à plusieurs reprises, si je souhaite poursuivre mon parcours et m’engager. Auquel cas négatif, rien ne m’empêche de partir, mais alors tout sera à recommencer. 

À la réception de chacune des Lumières, mon corps, contenant vide lorsque je fus réintroduit dans le Temple, au début de cette phase de Solve, ayant accueilli Soufre et Mercure, se remplit de vapeurs, voile évanescent derrière lequel leur union se réalise en montant dans l’air du ballon (le haut de mon corps, ma tête), puis en retombant dans la terre du ballon (le bas de mon corps). Par l’action de la Lumière à travers mes yeux, ma tête se remplit de l’univers et des multiples planètes qui le composent. Elle est tel un microcosme. 

Durant ces sept et plus opérations successives visant à dispenser les doses de Lumière – Sel, les granules naissent dans le haut du ballon. L’union des trois corps primordiaux – c’est-à-dire la corporification – se réalise dans leurs vapeurs, selon les proportions de nature. Lorsqu’ils retombent, les granules (appelées aussi semences) subissent un regain de vitalité et de force au sein du compôt nourricier, terre vaseuse pestilentielle qui naît des impuretés et de la partie du Soufre des Philosophes qui n’a pu s’amalgamer. 

Les symboles à nouveau me parlent : c’est par l’épée, symbole du feu salin, que la cuisson se réalise. C’est l’action du 5ème feu, énergétique, qui permet l’élévation des trois corps primordiaux vaporisés

Je suis reçu Apprenti par mon Initiateur, passé de nouveau par le fil de l’épée flamboyante posée sur ma tête et chacune de mes épaules. Mon Initiateur tape par trois fois sur l’épée flamboyante à chacune des trois stations. Trois fois trois font neuf. J’en déduis alors la dose maximale de Lumière à recevoir, de Sel donc pour cuire les matières et permettre la bonne union du Soufre et du Mercure. 

Ai-je eu chaud ? Ai-je eu froid tout au long de cette phase ? Je n’en sais rien, car la vivre permet d’oublier certains facteurs externes comme la température de mon corps. D’ailleurs la température ne compte guère, car tout se passe dans le ballon clos. 

La Putréfaction est la première phase de Solve qui se termine par celle de la Végétation ou herbe sans racine. Les compôts sont noirs pour la Putréfaction et verts pour la Végétation. 

Ma vêture est noire et on me place en tête de la colonne du Septentrion, où pendant plusieurs temps, je ne pourrais plus m’exprimer. Je vais pouvoir végéter… dans l’attente de la suite de mon parcours initiatique, lors duquel ma réception au grade de Compagnon, puis de Maître, préciseront des étapes de ce que je viens de vivre. Le grade de Maître me permettra notamment de constater qu’un corps enterré et dont la chair quitte les os, mais aussi dont l’emplacement est marqué par une branche d’acacia est l’allégorie de la Putréfaction et de la Végétation. 

A suivre…

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Damien Charitat
Damien Charitat
Damien CHARITAT est entrepreneur, enseignant-chercheur et co-Président du Suprême Conseil des Rites Confédérés de France. Son parcours initiatique s’inscrit principalement dans l’étude et la pratique des traditions égyptiennes, hermétiques et alchimiques. Engagé dans la voie alchimique transmise par Roger CARO, il exerce la fonction de Maître-Guide au sein de l’une des organisations héritières de cet enseignement. Il est notamment l’auteur de travaux consacrés au Tarot divinatoire, aux Arts libéraux, au Rite de la Vieille Égypte, aux rites forestiers et à différentes traditions initiatiques. Il a été le rédacteur et le rapporteur d’une étude internationale conduite auprès de 103 organisations maçonniques réparties sur les cinq continents, consacrée à la place et à la compréhension de la dignité humaine dans le monde. Dans 450.fm, il signe les « Cahiers alchimiques d’un Cherchant laborieux », partageant recherches, expériences et réflexions sur le Grand Œuvre, dans la voie du cinabre. dc@scrcf.org

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