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Oswald Wirth demeure l’une des grandes figures de la Franc-maçonnerie moderne en France. Théoricien du symbole, interprète du rituel, auteur d’ouvrages faisant référence depuis un siècle, au moins, il a consacré une grande part de sa vie à rendre l’Art royal intelligible à ses adeptes. Son œuvre n’a rien perdu de sa force, parce qu’elle ne se borne pas à commenter des formes : elle cherche à rendre la démarche initiatique plus claire, plus rigoureuse et plus intérieure.
À travers ce dialogue imaginaire, il ne s’agit pas de fabriquer des réponses anachroniques, mais de prolonger, autant que faire se peut, la pensée d’Oswald Wirth, en soumettant ses positions classiques à l’épreuve de l’actualité, sur des thèmes comme : le symbole, le rituel, le Tarot, la discrétion, la tradition, la verticalité initiatique, la formation de l’homme intérieur et la place de la franc-maçonnerie dans le monde contemporain. Et ce, bien entendu, dans la limite des capacités de l’interviewer…

450.fm : Frère Oswald Wirth, qu’est-ce qui vous semble le plus urgent à rappeler à un maçon d’aujourd’hui ?
Oswald Wirth : Il faut, d’abord, lui rappeler que la franc-maçonnerie n’est ni un décorum ni une décoration et, même si, par le fait c’est un lieu de sociabilité, il faut se garder d’en faire une appartenance mondaine. Il s’agit, à proprement parler, d’une discipline de transformation, sans quoi il faut renoncer à l’idée même de chemin initiatique. Celui qui l’aborde sans esprit de travail intérieur risque de n’en retenir que des apparences vaguement badigeonnées non d’exigences mais de commodités morales. Si l’on songe que l’effort en cause consiste à aller de la lettre à l’esprit, du rite au sens, du visible à l’invisible, et si ce passage n’est pas vécu, à chaque étape, en profondeur, autant dire que l’initiation devient vite inconsistante et reste, de toute manière, inachevée. Le maçon d’aujourd’hui doit donc comprendre qu’il ne vient pas en Loge pour prendre part à d’aimables conversations, à l’abri de l’agitation du monde, mais pour être travaillé et s’émanciper, c.-à-d., en se débarrassant de ses propres scories, mettre à jour le creuset de son être, là où circulent les principes vitaux.
450.fm : Vous avez souvent défendu l’idée que le rituel ne devait jamais être exécuté mécaniquement. Pourquoi est-ce si important ?
Oswald Wirth : Parce qu’un rituel sans conscience devient vite une cérémonie sans consistance. Il peut impressionner, mais il n’éveille pas. La répétition n’est féconde que si elle est accompagnée d’attention, de mémoire et d’intelligence. Le rituel maçonnique n’est pas fait pour produire une émotion superficielle ; il est destiné à imprimer dans l’âme des images agissantes. Quand on le prononce sans le comprendre ou en l’entendant de loin, sans vouloir l’intégrer, cela devient une coquille vide et ce n’est plus seulement lui qui sonne creux, mais celui qui prétend le pratiquer. Quand on le vit réellement, il devient, alors, un instrument de conversion intérieure. C’est là toute la différence entre la routine de confort et l’initiation progressive.

450.fm : Dans votre enseignement, le symbole est central. Qu’a-t-il que ne possède pas le discours ordinaire ?
Oswald Wirth : Le symbole a l’avantage d’être vivant. Le discours ordinaire arrête, spécifie, enferme ; le symbole ouvre, ouvre encore, ouvre toujours. Il parle à plusieurs niveaux, à la fois. Il peut être compris par l’intellect, ressenti par l’imagination et médité par l’âme. Voilà pourquoi il traverse les siècles sans se dessécher. Un symbole n’épuise jamais son contenu. Plus on le contemple, plus il révèle. En cela, il s’oppose au langage purement conceptuel, qui prétend souvent tout dire alors qu’il réduit l’expérience humaine à des formules étroites. Le symbole respecte le mystère ; il en est même indéfiniment la porte.
450.fm : Votre ouvrage sur le Tarot a marqué des générations de lecteurs. Que représente pour vous le Tarot des imagiers du Moyen Âge ?
Oswald Wirth : Je l’ai toujours considéré comme un livre de sagesse voilée[1]. Le Tarot ne doit pas plus être réduit à un amusement qu’à une pratique divinatoire de bas étage. C’est une architecture de symboles. Ses arcanes majeurs décrivent les étapes d’un devenir, les dangers du chemin, les chutes possibles, les élans de l’âme et la conquête progressive d’une conscience plus haute. C’est un alphabet de l’initiation. Il ne remplace pas la franc-maçonnerie, bien entendu, mais il l’éclaire par correspondance. Les deux systèmes parlent de l’ascension de l’être, du combat contre l’illusion et de l’accès à une forme d’unité intérieure.
[1] Oswald Wirth, Le Tarot des imagiers du Moyen Âge, deux tomes (1926-1927), Paris, Aux éditions « Le Symbolisme » ; plus récemment Tchou. 1990, puis 2014, préface de Roger Caillois. in-8o, relié ; également réédité en fac-similé en 2019, Quimper, Aquilonia Éditions.
450.fm : Vous avez voulu rendre la franc-maçonnerie “intelligible”. Que faut-il entendre par là ?
Oswald Wirth : Dans l’ouvrage auquel vous faites référence[1], il ne s’agissait pas, pour moi, de « vulgariser », au sens le plus pauvre du terme, celui qui renvoie au radical du mot. Dans toute mon œuvre, d’ailleurs, il s’est toujours agi de restituer le sens, d’encourager la dynamique. Beaucoup croient que l’initiation consiste à recevoir un secret. Je dis, au contraire, qu’elle vise à apprendre à voir. Une franc-maçonnerie intelligible est une franc-maçonnerie qui ne cache pas son travail derrière des gestes incompris. Le secret initiatique n’est pas l’opacité ; c’est la profondeur. Rendre la Maçonnerie intelligible, c’est donc aider le maçon à comprendre ce qu’il vit, afin qu’il puisse en tirer un véritable progrès moral et spirituel.
[1] Oswald Wirth, La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, sa philosophie, son objet, sa méthode, ses moyens, trois tomes (1893-1922), Paris, Éd. Dervy, 1999 ; également en poche, 3 vol., chez J’ai lu, coll. « Aventure secrète », 2015-2016. Dans la même veine, on peut lire un autre de ses ouvrages majeurs : Oswald Wirth, Les Mystères de l’Art royal, rituel de l’adepte, Paris : Libr. Critique Emile Nourry, 1932 ; dernière éd. Paris, Éd. Dervy, 2024.

450.fm : Quel danger voyez-vous dans une franc-maçonnerie qui ne chercherait plus à se comprendre elle-même ?
Oswald Wirth : Elle risquerait de devenir mondaine, c.-à-d. détachée du sens du sacré et attaché aux usages sociaux superficiels, puis ornementale, c.-à-d. surchargée de motifs ronflants à force de tourner à vide, enfin rigoureusement inutile, parce que dépourvue de toute implication et de toute conséquence. Lorsqu’une institution initiatique cesse de se penser, elle se fige, elle se momifie, elle se dégrade. Les mots continuent d’être prononcés par habitude, les gestes continuent d’être accomplis mécaniquement, mais l’esprit s’en est allé. Le plus grand péril n’est pas l’hostilité extérieure ; c’est l’étourdissement, l’engourdissement, l’endormissement intérieurs. Une Maçonnerie qui se contente de perpétuer des formes sans les vivifier devient une survivance languide, un attardement artificiel, une persistance confuse et déclinante. Or l’initiation ne tolère ni l’intermittence ni la mollesse ni la passivité : elle exige une présence constante, un effort de l’intelligence, une fidélité de l’âme.
450.fm : Vous attachez beaucoup d’importance à la transmission. Qu’est-ce qu’une vraie transmission initiatique ?
Oswald Wirth : Une vraie transmission ne consiste pas à appliquer à toute force un contenu intangible et figé. Elle consiste à éveiller chez l’autre la capacité de comprendre par lui-même. Le maître qui transmet ne rend pas obligatoire une vérité toute faite ; il donne les moyens d’accéder à la fraîcheur de la vérité, telle qu’elle se révèle et se déploie aux yeux de son nouvel adepte. C’est pourquoi la transmission maçonnique est si délicate : elle doit être à la fois fidèle et non dogmatique, précise et ouverte. Elle doit éviter deux écueils opposés : l’aridité technique et l’imposition autoritaire. Transmettre, c’est allumer un feu, non brandir une archive.
450.fm : La discrétion vous paraît-elle encore une vertu centrale ?
Oswald Wirth : Évidemment. Mais il faut s’entendre sur le sens et la portée de la notion. La discrétion n’est pas le mutisme ni le repli ni le goût du secret pour lui-même. C’est une forme de justesse. Le maçon discret ne cherche pas à exhiber son appartenance ni à en tirer profit. Il sait que les plus grandes transformations se font dans le silence intérieur. En ce qui le concerne, la discrétion protège l’œuvre contre les tentations du bâclage et les intempérances de la vanité et, dans l’esprit du profane, elle préserve le travail du risque d’incompréhension ou de mésinterprétation – toutes précautions dépourvues du moindre mépris. D’ailleurs, si le profane n’est pas convié à visiter les travaux en cours, si je puis dire, c’est aussi bien parce que, ce qui compte pour lui, c’est le résultat qu’il pourra concrètement observer – amélioration du comportement qu’il attribuera, si jamais cela le préoccupe, à toute cause qu’il voudra bien imaginer : c’est son affaire, l’essentiel étant que les fruits soient récoltés quand ils sont mûrs…

450.fm : Quelle différence faites-vous entre initiation et simple savoir ?
Oswald Wirth : Le savoir accumule des données ; l’initiation transforme l’être qui connaît (c’est la différence qu’on a coutume de faire entre savoir et connaissance). On peut posséder beaucoup d’informations et rester intérieurement inchangé. Quant à l’initiation, elle engage l’homme en entier. Elle ne consiste pas seulement à comprendre avec l’esprit, mais à aligner l’esprit, la sensibilité, la volonté et l’action. C’est pourquoi elle demande du temps, de la patience et une certaine humilité. L’initié n’est pas celui qui sait beaucoup ; c’est celui qui devient plus juste, à tous les sens du terme.
450.fm : Que faut-il penser de ceux qui recherchent dans la franc-maçonnerie une promotion sociale ?
Oswald Wirth : Ils se trompent de porte. La Loge n’est pas un tremplin de carrière. Celui qui y entre pour obtenir des avantages extérieurs n’a pas compris son sens profond. De toutes façons, s’il existe des réseaux favorables aux avancements et aux nominations, ils passent par ailleurs : c’est l’appartenance à un grand corps, à un bureau d’anciens élèves, à certains cercles ou clubs huppés, à des associations professionnelles, etc. Je déconseille catégoriquement la franc-maçonnerie à cette fin. Ce serait, au demeurant, une contradiction flagrante dans les termes.
Sur le fond, la franc-maçonnerie n’a de valeur que si elle aide l’homme à se dépouiller de ses vanités, non à les nourrir. Elle ne confère pas du pouvoir ; elle apprend la maîtrise de soi. Elle ne distribue pas de privilèges ; elle enseigne la responsabilité. C’est précisément pour cette raison qu’elle convient mal à ceux qui cherchent seulement à grimper dans l’échelle sociale, à monter dans le monde.

450.fm : Pour autant, la franc-maçonnerie doit-elle rester à l’écart du monde profane ?
Oswald Wirth : Non, pas au sens d’un retrait ombrageux voire absolu. Le maçon doit vivre parmi les hommes et participer aux devoirs de la cité. Mais il doit le faire en gardant une distance intérieure. La Loge forme un être qui agit dans le monde sans s’y dissoudre. La franc-maçonnerie n’isole pas, elle prépare. Elle apprend à servir sans se perdre, à agir sans se corrompre, à s’engager sans être asservi aux passions du moment.
450.fm : Pourquoi l’idée de l’homme au travail vous semble-t-elle essentielle ?
Oswald Wirth : Parce que rien d’important ne se fait sans œuvre. L’homme n’est pas achevé. Il est une pierre encore imparfaite, une matière à façonner pour lui donner une plus grande cohérence. La franc-maçonnerie rappelle cette vérité oubliée : nous sommes des êtres en devenir. Le travail initiatique consiste à tailler, polir, ordonner, rectifier. Sans ce travail, l’homme demeure prisonnier de ses impulsions et de ses abandons. Grâce à cet effort constant, il devient capable de construire du sens et d’en être, à la fois, un moteur et un inspirateur
450.fm : Quelle est, selon vous, la première condition pour qu’un maçon progresse ?
Oswald Wirth : L’honnêteté envers soi-même. Sans cela, rien n’est possible. Il faut accepter de voir ses limites, ses illusions, ses résistances. L’initié qui se ment à lui-même n’avance pas. Au contraire, celui qui ose regarder ce qui lui manque ou ce qui le submerge peut commencer à se transformer. La franc-maçonnerie n’est pas un refuge pour les personnes satisfaites de leur propre image. C’est une école d’examen intérieur, tournée vers la rectification, puis l’action.
450.fm : Y a-t-il une seconde condition ?

Oswald Wirth : La persévérance. L’initiation n’aime ni la précipitation ni l’impatience. Beaucoup veulent des résultats immédiats, des certitudes rapides, des effets visibles. Mais le vrai travail se fait lentement. Le symbole demande du temps, le rituel demande de l’assimilation, la pierre demande d’être reprise… à de multiples reprises, justement. Une progression initiatique authentique repose sur la constance. C’est dans la durée que se reconnaît le sérieux du chercheur de Lumière.
450.fm : Le Grand Architecte de l’Univers occupe-t-il pour vous une place centrale ?
Oswald Wirth : Il représente le principe d’ordre et d’unité auquel l’intelligence humaine peut se référer. Je ne le réduirai à aucune formule. La Tradition y voit le Principe créateur, c.-à-d. Ce de quoi tout procède et Ce vers quoi tout doit tendre. Il est, à la fois, une incitation au respect, une orientation intérieure et une manière d’affirmer que le monde n’est pas voué à un chaos indescriptible et insurmontable et que l’homme peut y conduire des projets cohérents et bénéfiques. C’est, d’ailleurs, le sens de la devise maçonnique : Ordo Ab Chao, que l’on traduit coutumièrement par « L’Ordre issu du Chaos », et qui est également associée à une autre expression latine : Lux In Tenebris, qui s’interprète comme la « Lumière issue des Ténèbres ». N’est-il pas dit dans la Bible, en Genèse 1,8 : « Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le deuxième jour » ? Eh bien, c’est ainsi que la franc-maçonnerie transpose symboliquement ce verset. En effet, la franc-maçonnerie, lorsqu’elle est profonde, invite à reconnaître une harmonie supérieure, même si chacun la comprend selon sa sensibilité. L’essentiel est de ne pas tomber dans la veulerie, la confusion ou l’arbitraire. Le principe du Grand Architecte de l’Univers rappelle qu’il existe des finalités heureuses, qu’il existe des mesures adéquates et qu’il existe des constructions bénéfiques.
450.fm : Comment concevez-vous le lien entre tradition et modernité ?
Oswald Wirth : La tradition n’est pas la répétition servile du passé. Elle est la conservation vivante d’un esprit. La modernité n’est pas à rejeter ; elle doit seulement être jugée à l’aune de ce qu’elle apporte à l’élévation humaine. Quand une époque oublie la tradition, elle s’agite beaucoup mais construit peu au bénéfice de l’Homme. Quand elle l’entretient sans intelligence, elle la fige. Il faut donc unir fidélité, discernement et innovation. La vraie tradition sait traverser le temps, parce qu’elle est féconde.

450.fm : D’où cette question : les symboles maçonniques changent-ils avec les siècles ?
Oswald Wirth : Leur forme extérieure peut varier, mais leur noyau demeure. Un symbole authentique est assez riche pour parler à des générations différentes sans cesser d’être lui-même. Ce qui change, c’est notre capacité à le comprendre, c’est la variété de nos évocations. Chaque époque projette sur lui ses propres inquiétudes et ses propres aveuglements comme ses propres attentes et ses propres défis. C’est pourquoi le travail d’interprétation ne s’arrête jamais. Le symbole reste stable ; l’homme, lui, évolue.
450.fm : Quelle place donnez-vous à la fraternité ?
Oswald Wirth : Elle est capitale, à condition d’être vraie. La fraternité n’est pas une cordialité de façade. Elle suppose le respect, la loyauté, l’aide mutuelle et la reconnaissance de la dignité d’autrui. Dans une Loge bien comprise, elle n’est pas sentimentale : elle est spirituelle et morale. Toutefois, cette vertu se colore nécessairement d’éléments subjectifs. Elle ne nous en oblige pas moins à voir en l’autre un compagnon de route et jamais un rival. En cela, c’est tout le contraire d’Abel et Caïn. Dans sa bienveillance foncière, la fraternité est l’une des grandes conquêtes de la franc-maçonnerie, parce qu’elle transforme le regard que nous portons sur nos semblables, nous engage à la coopération avec autrui et concourt au succès de chacun dans son accomplissement initiatique.
450.fm : Que diriez-vous à ceux qui doutent encore de l’intérêt de l’initiation ?

Oswald Wirth : Je leur dirais, qu’homme ou femme, on a toujours su tracer des chemins pour se comprendre. À cette fin, les doctrines abstraites ne suffisent pas. Il faut des rites, des symboles, des légendes, des expériences impliquantes. L’initiation répond à un besoin profond de l’âme humaine : aider à formaliser et à choisir les directions d’un devenir. Ce n’est pas un luxe pour amateurs de mystères ; c’est une pédagogie de l’être. Certes, ceux qui ignorent cette voie peuvent vivre et progresser honnêtement, mais, à mon sens, ils se privent d’un langage précieux pour mieux se comprendre et mieux se construire.
450.fm : Si vous deviez résumer votre héritage en une seule phrase, laquelle choisiriez-vous ?
Oswald Wirth : Je dirais simplement ceci : la franc-maçonnerie vaut par la transformation intérieure qu’elle rend possible, non par les apparences sous lesquelles elle se montre. Si, au delà de la part la plus intime de la conscience qu’elle contribue à forger, elle aide aussi un être humain à devenir plus lucide, plus juste, plus libre et plus fraternel dans son rapport à son entourage, à la société et au monde, nul doute, alors, qu’elle accomplit sa mission.
Quelques mots pour inviter à poursuivre…

À travers ces réponses, une même ligne se dessine : la franc-maçonnerie, pour Oswald Wirth, n’est jamais une exposition de soi ni une identité de circonstance. C’est une école du symbole, une méthode de travail intérieur, une discipline de vérité et une pratique de transformation. Son langage est celui de la profondeur, non de l’éclat ; celui de l’effort, non du prestige ; celui de la fidélité, non de la mode.
Ce dialogue imaginaire rappelle combien sa pensée demeure actuelle. Dans un monde saturé d’images, d’opinions sommaires et d’exclusions revendiquées, Wirth ramène sans cesse à l’essentiel : comprendre, méditer, travailler, se corriger, transmettre : bref, prendre le temps d’exister réellement, d’être pleinement. C’est à cela que le sujet peut le mieux employer sa liberté. Et c’est sans doute pour cela que son œuvre continue de parler à ceux qui, ne cherchant pas un catalogue de réponses toutes faites, ont souhaité, à la fois, cultiver une exigence et s’engager dans la Voie.
On mesure mal aujourd’hui l’immense notoriété que connut cet occultiste et franc-maçon (dont le parcours se déroula essentiellement à la Grande Loge de France, au sein de la loge Le Travail et les Vrais Amis Fidèles qui existe encore, après moult tribulations, sous le titre distinctif : José Roigt – Thomas Jefferson, № 137), lui qui fut aussi le secrétaire et l’ami de Stanislas de Guaita, disparu prématurément, en 1897, à l’âge de 36 ans, des suites de complications rénales sans doute causées ou aggravées par la prise de drogue. Originaire de Suisse alémanique et traducteur d’un conte symbolique de Goethe : Le Serpent vert (préface d’Albert Lantoine, Paris, Éd. Dervy, 1935 ; rééd. 1999), Oswald Wirth, au faîte de sa gloire, servit ainsi de modèle à Jules Romain pour son personnage de Lengnau, dans sa suite romanesque en 27 volumes, parus entre 1932 et 1946 : Les hommes de bonne volonté[1].
[1] Jules Romain, Les hommes de bonne volonté, Paris, Flammarion, 1958, nouv. éd. en quatre volumes Paris, Robert Laffont, « Collection Bouquins », 1988. Pour Lengnau, v. vol. 1, chap. « Recherche d’une Église », pp. 1190-1202.
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