Depuis plusieurs semaines, nos commentaires sur 450.fm ressemblent à un ring de boxe où les supporters du RN et ceux de LFI se livrent à un combat sans merci, à coups de formules assassines, de raccourcis grossiers et d’insultes à peine voilées. On se croirait revenus aux repas de famille chez tonton Maurice, dans les années 80.

D’un côté, Maxime, le beau-frère pharmacien, capitaliste assumé, libéral jusqu’au bout des ongles. De l’autre, Lucien, ouvrier spécialisé chez Citroën à Aulnay-sous-Bois, communiste pur et dur, qui citait Marx entre le fromage et le dessert. Les débats étaient violents, les arguments fusaient, les verres se vidaient… et pourtant, Maurice finissait toujours par les mettre d’accord sur un point : ils finiraient tous les deux au cimetière. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Ils reposent aujourd’hui à cinquante mètres l’un de l’autre.
Au moins, là-haut (ou là-dessous), ils ont enfin trouvé un terrain d’entente.
Eh bien mes Très Chers Frères et Sœurs, je ne vais pas attendre que vous soyez tous sous terre pour vous mettre d’accord. Je vais même vous départager tout de suite.
Après avoir lu avec attention tous vos commentaires enflammés, je suis arrivé à une conclusion définitive. J’ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle.

La bonne nouvelle : les deux camps ont raison.
La mauvaise nouvelle : les deux camps ont tort.
Et non, je ne suis pas devenu normand. Je vais vous expliquer. Je n’ai jamais prétendu être un grand politologue. Depuis longtemps, j’adhère à la pensée coluchienne :
« Si voter servait à quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit. »
Cela dit, j’ai pris le temps de lire vos arguments, vos certitudes, vos indignations et vos prophéties apocalyptiques respectives.

Et j’en arrive à ce constat terrible pour vos egos : vous êtes tous les deux à la fois gagnants et perdants. Parce que la vérité, comme souvent, n’est ni toute blanche ni toute noire. Elle est grise, nuancée, inconfortable. Exactement ce que beaucoup d’entre vous refusent d’admettre.
Car voilà le vrai problème : trop d’entre vous êtes entrés en Franc-maçonnerie comme on entre dans un parti politique. Vous avez apporté vos passions profanes, vos haines recuites, vos certitudes idéologiques, et vous les avez simplement posées sur le plateau de la loge, comme si le tablier suffisait à sanctifier vos opinions. Vous ânonnez des rituels depuis des années, vous parlez de Lumière, de travail sur soi, de voie du milieu… et dès que vous sortez de la loge (ou même dans les commentaires), vous vous comportez comme les pires vulgus profanes, excités du clavier et sectaires du dimanche.
Permettez-moi de vous rappeler trois postulats maçonniques élémentaires, que certains semblent avoir oubliés quelque part entre le premier et le troisième degré :
Postulat n°1 : Un franc-maçon travaille exclusivement à rassembler ce qui est épars. Pas à choisir un camp et à massacrer l’autre. Son rôle est de chercher, dans chaque idéologie, ce qui est constructif, et d’écarter ce qui est destructeur. Cela s’appelle la désacralisation de son propre camp et la dédiabolisation de l’adversaire. C’est difficile. C’est inconfortable. C’est précisément pour cela que c’est maçonnique.
Postulat n°2 : Si, après des années de rituels, de symboles et de travail en loge, vous vous comportez exactement comme n’importe quel militant lambda sur les réseaux sociaux, alors à quoi bon ? Pourquoi porter le tablier ? Pourquoi perdre des soirées à réciter des textes que vous ne mettez jamais en pratique ? Le jour où les francs-maçons se comporteront comme les supporters de l’OM et du PSG en tribune, la Franc-maçonnerie sera morte.
Postulat n°3 : Quand un profane lit vos échanges haineux, vos insultes à peine masquées et vos certitudes imbéciles, pensez-vous sincèrement qu’il aura envie de frapper à la porte d’une loge ? Vous êtes en train de faire le plus beau travail de propagande anti-maçonnique qui soit, gratuitement, avec zèle et enthousiasme.

Alors voilà mon message, clair et sans filtre : Respirez par le nez.
Redescendez sur terre.
Reprenez votre travail de maçon là où vous l’avez abandonné : sur vous-mêmes.

Ceux qui ne sont pas capables de s’élever au-dessus de leurs passions politiques partisanes, ceux qui continuent à se comporter en militants déchaînés plutôt qu’en francs-maçons, ceux-là n’ont rien à faire dans nos temples. Ils nuisent à l’institution, ils découragent les bons éléments et ils donnent aux apprentis l’envie de rendre leur tablier avant même d’avoir commencé à comprendre ce qu’est vraiment la Franc-maçonnerie. À ceux-là, je le dis sans plaisir mais avec fermeté : envoyez votre lettre de démission. Vous ne servez à rien, sinon à ternir l’image de l’Ordre et à transformer nos colonnes en vulgaire champ de bataille profane.
Quant aux autres, ceux qui ont encore un peu d’humilité et de conscience maçonnique, remettons-nous au travail. Le vrai. Celui qui consiste à extraire le meilleur des deux mondes sans se prosterner devant aucun.
Parce que rassembler ce qui est épars, ce n’est pas un slogan. C’est notre raison d’être. Et si cela vous dépasse, alors effectivement : bon vent.
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Merci pour cet article intéressant à plusieurs titres :
1- il remet l’église au milieu du village. Oui la Franc-maçonnerie a pour idéal le centre de l’Union. Ce principe est fondamental et les obédiences d’Inquisition, qui pratiquent le délit d’opinion statutaire, semblent l’avoir furieusement oublié. En cas de conflit, nous serons heureux qu’il y ait des endroits où les opposants pourront toujours se parler, ce qui est le cas de ma Loge qui n’est pas dans une obédience Canada dry.
2- il rappelle également qu’on ne doit faire ni politique ni religion et au contraire tenter de nous élever grâce au symbolisme et à la spiritualité. Non, la vérité n’est pas absolue et elle est souvent entre les opposants… Encore faut il avoir l’ouverture d’esprit pour le constater.
3- il sous entend que les valeurs maçonniques sont au delà des valeurs politiques, ce qui est selon moi tout à fait exact. Les valeurs politiques touchent le cerveau reptilien, dual, primaire sinon primitif. Les valeurs maçonniques touchent le pariétal…
Il y a donc des primitifs en Maçonnerie, mais on le savait déjà ; par fraternité nous ne donnerons pas les noms…
En tous cas merci à l’auteur qui signe là un vrai travail maçonnique, bien au dessus des soucis de la vie matérielle…
Trop fort 450. Je veux le même tablier tricolore pour aller au Canon français avec mes potes frangins !