La Franc-maçonnerie s’apprête à recevoir un choc dont elle n’a, pour l’instant, pas même l’intuition. Un choc technologique, économique, social et anthropologique d’une ampleur telle que les mutations du XXe siècle paraîtront bientôt dérisoires. Transport, édition, travail, argent, relations intergénérationnelles, rapport au savoir et à l’histoire : tous ces domaines vont connaître dans les mois et les années à venir un saut quantique. Et la maçonnerie, qu’elle le veuille ou non, sera emportée dans la tourmente.
Pour mesurer l’aveuglement actuel, il suffit de se souvenir de l’arrivée de l’automobile au tournant du XXe siècle. Cochers de fiacre, maréchaux-ferrants, selliers, bourreliers et nourrisseurs de chevaux ont poussé des cris d’orfraie. Ils ont protesté, tempêté, tenté de ralentir l’inéluctable. Rien n’y a fait. Le progrès a roulé sur eux sans état d’âme.
Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, la robotique humanoïde et les technologies quantiques, nous sommes face à une révolution d’un ordre bien supérieur. Et pourtant, dans le petit microcosme maçonnique bien douillet, on continue de siroter son champagne tiède en se disputant sur LFI et le RN comme des supporters de foot en fin de match.
Pendant que certains Frères s’étripent sur les réseaux « fraternels » avec la subtilité d’un chauffeur de taxi parisien, le monde change à une vitesse exponentielle. L’an dernier, un peu plus de 15 000 robots humanoïdes ont été vendus dans le monde. C’est exactement le nombre de sites internet qui existaient en 1995, à l’âge de pierre du numérique. Aujourd’hui, on compte entre 1,5 et 2 milliards de sites, dont 200 à 400 millions de sites actifs, avec près de 10 000 nouveaux sites créés chaque heure.
Les robots suivront la même courbe. Cette année, entre 50 000 et 100 000 nouvelles unités devraient voir le jour. Dans cinq ans, en 2031 – et non en l’an 3000 –, le paysage économique, social et même relationnel aura radicalement muté.
Face à cette guerre technologique, sociale et civilisationnelle planétaire, où se situe la Franc-maçonnerie ? Qui prépare l’avenir ? Qui réfléchit sérieusement aux conséquences sur le recrutement, l’instruction des nouveaux initiés, le modèle économique des obédiences, la viabilité des temples et la pertinence même du rituel dans un monde bouleversé ? Personne, ou presque.
Les Grands Maîtres prononcent des discours aussi lisses qu’inaudibles, déconnectés des réalités qui s’annoncent.
Les maçonnologues patentés recyclent avec application leurs vieilles conférences sur le XXe siècle, comme si défendre leur notoriété passée pouvait tenir lieu de vision pour l’avenir. Quant aux « barons » obédientiels, ils semblent bien plus occupés à protéger leurs petites baronnies, leurs plateaux et leurs prébendes qu’à regarder l’horizon. Certains, confortablement installés, se demandent encore de quoi on parle. Leur métro n’a pas changé de ligne, leurs agapes restent identiques, et la date de leur tenue mensuelle est toujours gravée dans le marbre. Alors, pour eux, tout va bien.
On croirait entendre les crieurs de nuit du Moyen Âge, qui parcouraient les rues pour rassurer les habitants : « Dormez en paix, bonnes gens, tout est calme… »
Eh bien non. Tout n’est pas calme. Le tsunami arrive. Et la Franc-maçonnerie, obnubilée par ses querelles internes et ses combats d’arrière-garde, risque fort de se faire balayer comme les cochers de fiacre d’antan si elle ne retrouve pas très vite une conscience aiguë du progrès et une véritable capacité d’adaptation.
Protéger la tradition ne signifie pas la momifier.
Être fidèle à l’esprit maçonnique, ce n’est pas répéter indéfiniment les mêmes gestes dans un monde qui ne ressemble plus à celui dans lequel ces gestes ont été inventés. Il est grand temps de passer du confort douillet des tabliers à franges à la lucidité exigeante que réclame ce siècle naissant. Sinon, dans quelques années, il ne restera plus qu’à allumer des cierges… pour une institution qui n’aura pas su voir venir son propre déclin.
Quand Athanor remonte jusqu’aux portes du secret d’État
Du 22 au 29 avril 2026, le procès Athanor a franchi un seuil. La semaine n’a plus seulement raconté la dérive d’une loge dévoyée ni les mécanismes d’un réseau criminel. Elle a déplacé la focale vers le renseignement, la hiérarchie, le cloisonnement et l’argument du secret. En quelques jours, une même question a traversé la presse écrite, les sites d’information, les reprises d’agence, les récits d’audience et les plateformes vidéo. Où s’arrête la dérive individuelle et où commence la responsabilité d’un système qui se protège lui-même.
Cette cinquième revue de presse marque un tournant très net dans la perception publique du dossier Athanor
Depuis l’ouverture du procès, les médias racontaient surtout l’effondrement d’une loge devenue, selon l’accusation, le point de rencontre d’un réseau d’intimidations, de violences, de tentatives d’assassinat et d’un meurtre. Entre le 22 et le 29 avril, le centre de gravité s’est déplacé. Athanor n’est plus seulement regardée comme le nom d’une loge dévoyée. Elle devient le lieu d’un entrelacement plus troublant entre imaginaire clandestin, culture barbouzarde, anciens agents du renseignement et embarras institutionnel.
Le 22 avril, un premier récit s’impose massivement dans l’espace médiatique
Il est porté par l’AFP puis relayé par plusieurs titres et plateformes. Ce fil raconte une DGSE qui fait bloc et nie toute responsabilité institutionnelle dans la tentative d’assassinat d’une coach en entreprise, tentative à laquelle sont mêlés quatre militaires du renseignement et un ancien réserviste. La ligne est simple et ferme. Les anciens agents auraient dérivé seuls. Les missions dites « hors cadre » n’existeraient pas. Les hommes arrêtés en 2020 près du domicile de Marie-Hélène Dini n’auraient jamais pu se croire légitimement investis d’une opération relevant de l’État. Ce cadrage a été repris très largement, donnant au récit de la semaine une tonalité d’abord défensive et institutionnelle.
Dans cette séquence, le témoignage de Bernard Émié occupe une place centrale
L’ancien directeur de la DGSE affirme avoir découvert les faits « en même temps que la presse » et rejette l’idée même de mission clandestine non autorisée sur le territoire national. La formule est forte, presque pédagogique, et vise à replanter le décor doctrinal du service. Pourtant, à mesure que les comptes rendus d’audience s’accumulent, cette parole de fermeté ne suffit pas à dissiper le malaise. Car les médias ne retiennent pas seulement la dénégation institutionnelle. Ils retiennent aussi l’embarras, les zones grises, les défauts d’encadrement et la difficulté à convaincre que rien, dans la culture interne, n’a pu nourrir les illusions de ceux qui comparaissent aujourd’hui.
C’est précisément là que Mediapart introduit une inflexion décisive
Le 22 avril, Matthieu Suc ne décrit pas une institution qui aurait repris la main. Il décrit un service secret qui « échoue à rectifier son image ». Le papier insiste sur la séquence d’audience allant du 17 au 21 avril, sur le défilé de quinze agents ou ex-agents de la DGSE et sur des manquements sérieux à la sécurité. Là où la reprise d’agence s’emploie à resserrer la focale autour de quelques brebis galeuses, Mediapart élargit la scène et suggère une fragilité plus profonde. Ce n’est plus seulement un groupe d’individus qui est observé, c’est un système de commandement et de contrôle dont la crédibilité vacille dès lors qu’il doit rendre des comptes au grand jour.
Le 23 avril, la presse ajoute une strate supplémentaire
La Dépêche du Midi met fortement en avant le thème de la « mission homo », c’est-à-dire l’idée qu’un des protagonistes a pu se croire engagé dans une mission homicide. L’article rappelle que le procès, ouvert le 30 mars, doit durer jusqu’à mi-juillet, qu’il compte 22 accusés et que 13 d’entre eux encourent la prison à perpétuité. Surtout, il montre comment l’arrestation de Dagomar et Adelard à Créteil en juillet 2020 a servi de point de départ à la remontée de toute l’affaire. La défense des agents soutient qu’ils pensaient agir pour la France. L’institution leur oppose le langage des fantasmes, de la naïveté et de l’immaturité. Entre ces deux récits, la cour cherche la ligne de vérité.
À ce stade, un autre mot gagne du terrain dans le traitement médiatique du procès
Ce mot est « cloisonnement ». Entrevue le reprend de façon très visible le 24 avril en montrant comment le « secret défense » devient presque un personnage d’audience. Le média décrit une cour qui tente de comprendre comment des militaires chargés de fonctions de contrôle sur un site lié à la DGSE ont pu croire mener une mission validée par l’État. Il insiste sur les ordres incomplets, les informations morcelées, les zones grises et la difficulté à établir qui savait quoi, à quel niveau et à quel moment. Le passage est important. Il fait quitter à l’affaire le seul registre du sensationnel criminel pour l’inscrire dans celui, plus lourd encore, de la responsabilité hiérarchique et des opacités de l’appareil d’État.
Le 24 avril encore, Mediapart pousse plus loin la déstabilisation du récit institutionnel
Un ancien agent de la DGSI laisse entendre à plusieurs reprises lors de son témoignage que la DGSE pourrait mener des opérations « Homo » sur le sol national. L’avocat général lui-même intervient pour demander des éclaircissements sur cette affirmation, tant elle contredit frontalement les dépositions des hauts gradés du renseignement extérieur. Ce moment est capital dans la dramaturgie du procès. Jusqu’ici, la ligne de défense du service reposait sur la clôture et la négation. Avec ce témoignage, le doute ne vient plus de la seule défense des accusés. Il surgit du monde du renseignement lui-même. Et c’est cette apparition d’une contradiction interne qui donne à la semaine du 24 avril sa densité propre.
Il faut mesurer ce que cela change dans la narration générale d’Athanor
Depuis plusieurs semaines, la presse décrivait une affaire hors norme mêlant francs-maçons, anciens militaires, policiers, sécurité privée, manipulations et projets criminels. Désormais, l’attention ne se porte plus seulement sur les exécutants, les commanditaires supposés ou les liens fraternels dévoyés. Elle remonte jusqu’au cadre qui aurait pu rendre crédible, dans l’esprit de certains, l’idée même d’une mission exceptionnelle, d’un mandat implicite ou d’une couverture institutionnelle. Autrement dit, le procès ne met plus seulement en lumière un réseau criminel. Il expose aussi la puissance performative du secret, ce moment où l’opacité devient une matrice à fantasmes, mais peut-être aussi un refuge commode pour l’irresponsabilité.
Cette semaine médiatique montre également un second phénomène, plus discret mais très important pour qui observe la formation d’une mémoire publique
Les grands médias d’information générale ont d’abord cadré la séquence selon une logique institutionnelle et judiciaire. Puis les médias d’enquête ont complexifié le tableau. Enfin, le web et les plateformes vidéo ont pris le relais pour diffuser l’affaire dans un langage plus immédiatement narratif, plus accessible, plus partageable. Le 26 avril, la vidéo de Silent Jill installe Athanor dans le récit criminel grand public. Diverto relaie ce basculement.
Le 27 avril, GADLU.INFO, dans le web maçonnique, reprend la vidéo en rappelant que cette affaire ne résume pas la franc-maçonnerie, mais interroge le détournement possible d’un cadre initiatique par des comportements radicalement contraires à son esprit. Nous assistons donc à une triple circulation du dossier. D’abord judiciaire. Puis journalistique. Enfin mémorielle et numérique.
C’est là que se situe, à nos yeux, l’enseignement majeur de ce N°5
L’affaire Athanor n’est plus seulement le scandale d’une loge qui aurait cessé d’être elle-même. Elle devient, dans la sphère publique, un révélateur plus large. Révélateur des zones troubles où se croisent fascination pour l’espionnage, culture du secret, hiérarchies opaques et dévoiement de la fraternité. Révélateur aussi de la manière dont l’opinion fabrique sa compréhension d’un procès. Une dépêche pose le cadre. Une enquête ouvre une brèche. Un témoignage contradictoire jette le trouble. Une vidéo transforme le dossier en récit massif. Puis le web maçonnique tente de sauver ce qui doit l’être encore, à savoir la distinction essentielle entre l’idéal initiatique et son travestissement criminel.
Dès lors, la question qui monte n’est plus seulement celle de la culpabilité des uns ou des autres
L’athanor,-Jean-Luc-Leguay,-Coll.-particulière-DR
Elle est aussi celle de la parole des institutions qui se trouvent, de près ou de loin, touchées par l’affaire. Depuis l’origine de ce dossier, 450.fm suit précisément cette dimension. Lorsqu’une structure se tait, lorsque l’autorité se recroqueville, lorsque l’argument technique remplace l’explication claire, ce ne sont pas seulement les magistrats qui occupent l’espace. Ce sont aussi les récits concurrents, les hypothèses, les reconstructions, les zones d’ombre, puis les plateformes. Et ce vide laissé par la parole officielle devient à son tour un acteur du procès symbolique. Ici, la DGSE a choisi le bunker. D’autres choisissent le commentaire. D’autres encore choisissent la sidération. Le résultat est le même. Le soupçon circule plus vite que la maîtrise.
Cette cinquième semaine nous fait donc changer d’échelle. Athanor n’est plus seulement un nom de loge chargé d’opprobre
Il devient une chambre d’écho où résonnent ensemble le dévoiement maçonnique, la défense des services, le doute des avocats, la curiosité du public et l’appétit narratif de l’époque. Le procès suit son cours. Mais dans l’espace médiatique, une autre audience se tient en parallèle. Elle juge moins les faits que la crédibilité des institutions, la solidité de leurs dénégations et leur capacité à distinguer sans trembler l’autorité, l’ombre et la faute.
L’athanor, dans la tradition hermétique, est le lieu où l’épreuve consume les apparences pour laisser remonter la vérité du mélange
Cette semaine, le procès a placé au feu non seulement des hommes et des faits, mais des discours institutionnels entiers. À mesure que les mots « cloisonnement », « secret défense » et « mission homo » gagnent l’espace public, une chose devient claire. Ce n’est plus seulement une loge qui vacille sous le regard du pays. C’est tout un langage de l’opacité qui commence à se fissurer.
Revue de presse hebdo – N°5Dans l’ordre chronologique
Mediapart fait basculer la semaine en introduisant un contre-récit venu du renseignement lui-même. Entrevue souligne de son côté le rôle croissant du secret défense dans les débats.
En préambule, je voudrais souligner qu’effectuer un travail maçonnique est une opportunité et non une obligation. Ce n’est pas l’occasion de montrer des qualités littéraires inexistantes, mais plutôt de rechercher une amélioration individuelle et collective. Bien sûr, nous devons éviter d’utiliser des figures de style emphatiques, prolixes et pompeuses dans une tentative de persuasion inutile ou par l’étalage, en faisant des discours grandiloquents, ornés et presque toujours vides.
Cependant, c’est un de nos devoirs de francs-maçons, de nous perfectionner dans l’art de la parole, c’est-à-dire de nous consacrer à l’Art de la Rhétorique, l’une des sept sciences ou arts libéraux des anciens.
« Au sein du Temple, quiconque prend la parole doit démontrer une connaissance de la Rhétorique, car il est de son devoir de cultiver cet art, afin que les personnes présentes puissent devenir de plus en plus éclairées »
Et pas seulement en Oratoire, mais aussi et principalement par écrit : « Si tu dis que tu m’aimes, je le croirai. Mais si tu écris que tu m’aimes, je le croirai encore plus… » ou « … Celui qui écrit construit un château, et celui qui lit y habite ».
Liberté de pensée et tolérance en loge
D’un autre côté, les francs-maçons doivent lutter sans relâche pour le maintien de la liberté humaine, notamment, dans son sens le plus noble, la liberté de pensée et d’expression. Malheureusement, de nos jours, donner son avis est devenu un sport risqué.
Avec la liberté de pensée, il n’y aura jamais d’esclavage, car vous pouvez même asservir le corps, mais vous n’asservirez jamais l’esprit.
« La seule certitude est que je doute, et si je doute je pense, et si je pense alors j’existe », disait Descartes.
René Descartes
La franc-maçonnerie en tant qu’école doit instruire ses membres à des discussions tolérantes, avec exposition de pensées, permettant à la vérité ou, du moins, à la meilleure vérité de toujours émerger du dialogue. Et la Vérité a généralement de multiples facettes, devenant une barrière facilement surmontable.
La liberté n’impose pas le besoin d’équité ou d’accord, mais surtout d’être conscient que la raison peut dépasser nos croyances et cela devrait nous suffire, avec Bienveillance, à réfléchir sur nos positions ; il n’y aura jamais de gagnant-gagnant !
Malheureusement, la gentillesse peut être sélective pour l’individu, mais elle pardonne dans le groupe. Quant au besoin, c’est la barrière qui crée le plus de difficulté à surmonter et qui devrait être décisive pour guider bon nombre de nos comportements. Laissons donc cette digression et passons à l’idée principale : tenter de répondre pourquoi la Franc-maçonnerie étudie Noé ou quelle est l’importance de ce personnage pour notre Institution ?
Il est important de rappeler que l’un des objectifs fondamentaux de toutes les religions est d’établir la moralité et la justice dans le monde.
Après tout, qui était Noé ?
Sans entrer dans de fatigants détails, même parce que la littérature y relative est abondante et facilement accessible, Noé ou Noé, du mot hébreu signifiant « repos, soulagement, confort », est le nom du héros biblique qui aurait reçu des ordres du Grand Architecte. de l’Univers, qui est Dieu, afin qu’il puisse construire une arche qui sauverait la création du cataclysme qui était sur le point d’arriver.
Noé apparaît dans la dixième génération après Adam et est devenu le centre de l’une des histoires bibliques les plus connues. Selon la tradition, Noé était le fils de Lamech et le petit-fils de Mathusalem.
Laissant de côté les interprétations individuelles, il convient de souligner ce que raconte l’histoire : Mathusalem a choisi une épouse pour son fils Lémec et elle est tombée enceinte. À sa naissance, ils ont remarqué qu’il était un bébé très différent des autres et Lamèque a eu peur. Il alla voir son père Mathusalem pour lui raconter ce qui s’était passé et lui dit :
« J’ai eu un fils étranger, qui ne ressemble à aucun homme, et son apparence est semblable aux fils de Dieu venus du ciel ; sa nature est différente et il n’est pas comme l’un de nous. » (Hénoch 106 : 7)
Mathusalem entendant cela, voyagea loin pour rencontrer Enoch et lui raconta ce qui s’était passé ; Après avoir tout entendu, il répondit :
« Le Seigneur fera quelque chose de nouveau sur la terre, car dans la génération de mon père Jared, certains des anges du Seigneur ont transgressé la parole de Dieu et sa loi, se sont unis dans le péché aux filles des hommes et ont eu des enfants. Ces enfants issus de cette union étaient des géants, non selon l’esprit, mais selon la chair. Pour cette raison, Dieu détruira la terre avec un grand déluge et il y aura une grande destruction et un grand châtiment. Et ce fils qui est né de ton fils sera sauvé, et ses enfants avec lui. Et toute l’humanité restante mourra. » (Hénoch 106 : 13-17)
Le Grand Architecte de l’Univers, qui est Dieu, a révélé son plan à Noé, lui accordant, ainsi qu’à sa famille et à de nombreux animaux, la primauté d’être sauvé du déluge et du déluge, qui dureraient 40 jours et 40 nuits.
Pourquoi un tel privilège ? Parce qu’il était juste et suivait les enseignements divins ou parce qu’après tout, il était un « géant », le fils d’un des « fils de Dieu venus du ciel » ?
Ce sont des doutes insolubles.
Après le déluge, Noé a commencé le processus de repeuplement de la Terre. Par conséquent, selon la Bible, l’humanité est admise comme étant sa descendance.
Les Sept lois de Noé
Dans tous les cas, quels que soient les aspects religieux, les croyances, les conceptions et les interprétations, nous devrions tous suivre sept lois fondamentales de la moralité, connues sous le nom de Sept lois de Noé.
Ils ont reçu ce nom parce que, comme mentionné ci-dessus, Noé représente l’ancêtre de toute l’humanité. Les lois Noahide sont des lois simples qui visent à propager la moralité et un comportement approprié pour chaque être humain.
Ce sont donc les Sept Lois de Noé [4] :
Avodah zarah ( עבודה זרה) – Ne commettez pas d’idolâtrie ;
Birkat Hachem ( ברכת השם) – Ne blasphème pas ;
Shefichat damim ( שפיכות דמים) – Ne tuez pas ;
Gezel ( גזל) – Ne volez pas ;
Gilui arayot ( גילוי עריות) – Ne commettez pas d’immoralité sexuelle ;
Ever min ha-chai ( אבר מן החי) – Ne maltraitez pas les animaux (il est uniquement permis de tuer un animal pour se nourrir) ;
Dinim ( דינים) – Établir des systèmes et des lois d’honnêteté et de justice.
Il y a aussi le rapport d’une loi supplémentaire, qui est la pratique de la charité et les actes de bonté et de bonté.
Quelle est l’importance de Noé pour la franc-maçonnerie ? Ou pourquoi étudier Noé ?
Le Déluge, un grand bain rituel selon la Kabbale
La mystique juive révèle qu’avant le Déluge, le monde physique était insensible à la réalité spirituelle. Les hommes sont devenus corrompus parce qu’ils ne croyaient pas avoir d’obligation ou de responsabilité morale.
La Kabbale révèle que les eaux du Déluge étaient un grand mikvé, le bain rituel qui purifie les objets et, principalement, le corps et l’âme des êtres humains. Les « eaux de Noé » qui ont inondé le monde ont purifié la matière physique, permettant à ses habitants une plus grande conscience de la réalité divine et une plus grande connexion spirituelle entre l’homme et son Créateur.
« Il a plu sur la terre pendant 40 jours et 40 nuits » (Genèse 7:12)
Mais pourquoi exactement 40 jours ? Le nombre 40 est lié à la purification et le but du Déluge était de nettoyer et purifier le monde. Pour être valide, un mikvé (étendue d’eau, source ou lac) nécessite un minimum de 40 mesures d’eau de pluie ou d’eau de source naturelle. De même, les eaux du Déluge proviendraient de l’eau de pluie et de sources naturelles sur Terre, inondant progressivement le monde pendant 40 jours.
Après purification, émergent les Sept Lois de Noé [4], qui représenteraient un chemin pour les êtres humains vers une vie honorable et morale, tant dans leurs actions en tant qu’individu que dans la société.
La société humaine ne peut fonctionner de manière morale et correcte que si elle est organisée et juste. Les êtres humains doivent établir des lois civiles et les faire respecter par la justice. Les maux de la société – violence, criminalité, mauvais comportement, injustice ou pauvreté – doivent être combattus. Les êtres humains ne peuvent ignorer les lois civiles et s’attendre à ce que la justice divine corrige les erreurs de leurs sociétés.
La franc-maçonnerie a choisi les symboles comme objets d’étude, visant l’amélioration morale et spirituelle de l’individu. Et en cela, elle n’est pas différente des religions ou des autres sciences.
La franc-maçonnerie a été définie à maintes reprises en disant que « c’est une science morale, voilée par des allégories et clarifiée par des symboles » ; exprime exactement le principe que nous venons d’annoncer : la franc-maçonnerie est une science, une philosophie, un système de doctrines qui s’enseigne d’une manière particulière à travers des allégories et des symboles. C’est son caractère interne, car les cérémonies sont des ajouts externes qui n’affectent pas son essence.
La philosophie de la franc-maçonnerie a pour objet la contemplation du caractère divin et humain.
Notre philosophie considère le Grand Architecte de l’Univers, qui est Dieu, comme un être éternel, existant en soi, contrairement à la mythologie des peuples anciens surchargée de multiples dieux et déesses, demi-dieux et héros ; A l’homme en tant qu’être immortel, dans cette vie, est réservée la préparation à l’autre, éternel et futur, en opposition identique à la philosophie de l’Antiquité qui limitait l’existence humaine à la vie présente.
En définissant les descendants de Noé comme Noachites, on avait l’intention de perpétuer l’idée que la justice peut vaincre les puissants et que les humbles peuvent aussi l’obtenir. Ainsi, l’orgueil, la vanité et l’égoïsme sont combattus.
Tous les êtres humains devraient s’efforcer de soutenir les pauvres et les sans défense.
Noé et l’initiation maçonnique
Noé était un prédicateur de justice. Par conséquent, les êtres humains, leurs descendants, doivent être justes et corrects les uns envers les autres, que ce soit dans le domaine professionnel ou personnel et, surtout, en tant que francs-maçons.
Il est inconcevable que dans la Franc-Maçonnerie on puisse assister à un manque de réponse au besoin de certains actes ! Je me permets de comprendre, avant toute conception religieuse ou divine, que le déluge représente un rite de passage. C’est l’initiation des êtres humains à de nouvelles voies et vérités.
Le grand mikvé ou bain rituel représenté par l’événement cataclysmique divin, peut même être comparé, si l’on veut, à l’initiation maçonnique, début d’une nouvelle vie éthico-philosophique. Pas seulement l’initiation mais l’acceptation des règles de coexistence d’un certain groupe.
La véritable initiation est une alchimie mentale qui transforme l’être dans son contenu intérieur et pas seulement dans sa « coquille » apparente : « Il n’y a pas de chemin qui mène des ténèbres à la LUMIÈRE sans engagement, dévouement, tolérance et purification préalable ».
Pour cette raison, nous pouvons laisser vagabonder la libre pensée et supposer que Noé représentait l’engagement et le dévouement ; l’épuration des inondations ; et la tolérance, la réalisation ultérieure du développement spirituel.
Autres interviews des « Rencontre au miroir du temps »
En ce 1er mai, il n’est pas inutile de rappeler qu’il existe des livres qui ne commentent pas le monde mais le prennent à la gorge. Alain Deneault livre ici une charge d’une rare netteté contre le règne du moyen, la liturgie du gérable et la tyrannie du tiède. Son diagnostic est sans indulgence. Une société ne s’effondre pas seulement sous les coups de ses ennemis déclarés. Elle s’abîme plus sûrement encore lorsqu’elle consent à l’abaissement, lorsqu’elle confie son destin à ceux qui administrent tout et n’élèvent rien.
Avec Alain Deneault, la médiocrité n’est plus une faiblesse individuelle, encore moins un défaut de caractère. Elle devient un système, une méthode de gouvernement, une manière d’éteindre les consciences tout en donnant à cette extinction le visage rassurant de la compétence. Ce livre n’accuse pas seulement quelques élites satisfaites d’elles-mêmes. Il dévoile un ordre plus profond, presque atmosphérique, où la pensée se rétracte, où la parole publique s’évide, où la dignité commune s’use à force d’être ramenée à des procédures, à des indicateurs, à des arbitrages sans souffle.
Dans cette édition de poche parue en 2025, d’abord publiée au Québec chez Lux Éditeur en 2013, Alain Deneault rassemble La médiocratie, Politique de l’extrême centre et « Gouvernance ». Ce triptyque forme un bloc d’une redoutable cohérence. L’auteur y démonte la montée d’un langage gestionnaire qui a colonisé jusqu’à notre manière de penser le monde. Le centre, dans cette perspective, n’est plus un lieu d’équilibre mais un dispositif d’anesthésie. Il ne cherche pas la justice. Il neutralise. Il ne pacifie pas. Il dissout. Il ne protège pas le bien commun. Il le remplace par l’administration sans fin de compromis toujours favorables à l’ordre établi.
Ce qui donne à ce livre sa puissance singulière, c’est qu’Alain Deneault ne s’arrête jamais à la surface des choses
Il ne dénonce pas seulement la bêtise voyante, le cynisme grossier ou l’arrivisme ordinaire. Il met au jour un régime mental dans lequel la moyenne devient idéal, l’ajustement devient vertu, la prudence devient renoncement. Alors il ne s’agit plus d’édifier mais de gérer, plus de juger mais d’évaluer, plus de servir la cité mais d’en réguler les flux. Le politique perd sa chair, la langue perd sa coupe, l’action perd sa hauteur. La médiocratie n’est pas le désordre. Elle est pire. Elle est l’ordre abaissé, rendu acceptable, normalisé, presque désirable.
Pour une lecture maçonnique et initiatique, l’ouvrage atteint un point névralgique. Il nous rappelle que toute décadence collective commence par une déformation intérieure. Lorsque la rectitude cède devant la conformité, lorsque le discernement s’efface devant le réflexe, lorsque la parole pesée est remplacée par le jargon, ce n’est pas seulement l’espace public qui se corrompt. C’est l’homme lui-même qui se rapetisse. Alain Deneault montre avec une grande fermeté que la médiocratie fabrique des experts sans vision, des responsables sans conscience, des citoyens sans souffle. Elle aime les êtres adaptables, non les êtres debout. Elle préfère les profils aux caractères, les exécutants aux consciences, les gestionnaires aux bâtisseurs. Pour nous qui savons qu’aucune pierre ne devient juste sans travail, sans heurt, sans exigence, ce livre agit comme une mise en demeure. Il rappelle qu’une civilisation se défait lorsque l’œuvre de taille est abandonnée au profit du rabotage général.
Philosophe québécois, né en 1970 en Outaouais, docteur de l’Université Paris VIII, ancien directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris, Alain Deneault enseigne la philosophie et la sociologie à l’Université de Moncton. Son œuvre s’inscrit dans une lutte constante contre les puissances d’opacification du monde contemporain. De Noir Canada, pillage, corruption et criminalité en Afrique à Offshore, puis à Bande de colons et Mœurs, il poursuit une même tâche, restituer aux mots leur tranchant, à la pensée sa tenue, au politique son sérieux. Cette continuité donne à La médiocratie une portée plus vaste qu’un essai de circonstance. Nous sommes devant une œuvre de dévoilement, au sens fort, c’est-à-dire une œuvre qui arrache les voiles dont le temps recouvre ses propres abdications.
Il y a dans ces pages une vigueur qui ne cherche jamais à plaire
Alain Deneault n’écrit pas pour apaiser. Il écrit pour réveiller, pour rompre le charme, pour contraindre l’esprit à sortir de la torpeur administrée. Son livre a quelque chose d’un contre-poison. Il rend à la critique sa nécessité et à la pensée sa fonction de combat. Dans un monde saturé d’expertises, de procédures, de gouvernance et d’éléments de langage, il sauve une chose devenue presque subversive, la possibilité d’une parole droite. Et cette droiture-là, aujourd’hui, a déjà valeur de geste révolutionnaire.
À l’heure où tant d’institutions ne savent plus que gérer leur propre épuisement, Alain Deneault rappelle une vérité sévère et salutaire. Le contraire de la médiocrité n’est pas l’excellence marchande.
C’est la tenue, la hauteur, la force de refus. Autrement dit, la part indomptable de l’esprit.
Toute ressemblance avec des personnages connus, hommes politiques, grands maîtres ou autres autorités de circonstance serait purement fortuite, à ceci près que le réel, dans sa malice, s’obstine parfois à reproduire les mêmes travers sous des noms, des fonctions et des visages différents. Si quelques lecteurs s’avisent d’y reconnaître une figure publique bien identifiable, cela ne dira sans doute pas grand-chose du texte, mais beaucoup de l’époque qui rend ces ressemblances si aisées.
La médiocratie – Précédé de Politique de l’extrême centre et suivi de « Gouvernance ». Le management totalitaire
Le 24 avril 2026, le Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France (GCG-RF GODF)a pris part, à Erevan, à la commémoration nationale du génocide arménien.
GCG-RF-GODF,-bannière
Au mémorial de Tsitsernakaberd, haut lieu de recueillement du peuple arménien, une délégation conduite par Jean-Francis Dauriac et Patrick Lafourcade a déposé une gerbe au nom du Grand Chapitre Général et du Grand Orient de France. Un geste fraternel, mémoriel et profondément humaniste, dans le prolongement de l’implantation du Rite Français dans le Caucase du Sud.
Il est des lieux où la pierre ne se contente pas de porter le souvenir
Mount Ararat and the Yerevan skyline in spring as viewed from the Cascade (Cafesjian Center for the Arts)
Elle le tient debout. Elle l’élève. Elle l’offre au ciel comme une parole silencieuse adressée aux vivants. Le mémorial de Tsitsernakaberd, à Erevan, appartient à cette famille de monuments où l’architecture devient conscience. Le 24 avril 2026, le Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France y a inscrit un geste fort, en participant à la commémoration nationale du génocide arménien et en déposant une gerbe au nom du Grand Chapitre Général et du Grand Orient de France.
Cette présence en Arménie s’est ajoutée à la commémoration organisée à Paris par le Grand Orient de France
Elle lui a donné une profondeur particulière, celle d’un déplacement vers la source même de la mémoire arménienne, dans ce lieu où chaque 24 avril des milliers de personnes viennent se recueillir devant la flamme éternelle. En France, le génocide arménien de 1915 est reconnu par la loi du 29 janvier 2001, et le décret du 10 avril 2019 a fixé au 24 avril la commémoration annuelle, avec une cérémonie organisée chaque année à Paris. Le choix du 24 avril renvoie à l’arrestation, à Constantinople, de plusieurs centaines de responsables, intellectuels et représentants de l’élite arménienne en 1915.
YTsitsernakaberd
Cette date est devenue, pour les Arméniens, le seuil mémoriel du génocide
Le musée institut du génocide arménien rappelle que les arrestations du 24 avril 1915 ouvrirent une phase décisive de l’extermination, tandis que le United States Holocaust Memorial Museum souligne que cette rafle est aujourd’hui commémorée comme le commencement du génocide. Le mémorial de Tsitsernakaberd, dont l’architecture manifeste une force dépouillée et saisissante, fut achevé en 1967 sur une colline dominant Erevan.
Le complexe est dédié à la mémoire des Arméniens victimes du premier génocide du XXe siècle
Il est devenu un lieu de pèlerinage national et international. La ville d’Erevan décrit l’ensemble autour de trois grands éléments symboliques, le mur mémorial, le sanctuaire de l’Éternité avec sa flamme, et la colonne Reborn Armenia, image verticale d’une Arménie blessée mais relevée.
Dans ce paysage de pierre, de silence et de ciel, la délégation du Grand Chapitre Général du Rite Français a pris part à la grande marche mémorielle.
Les Sœurs et Frères géorgiens, arméniens et de plusieurs pays voisins ont accompagné la délégation française, aux côtés des corps constitués de l’Arménie et d’une foule considérable. Le geste maçonnique n’avait rien d’un simple protocole. Il disait une fraternité active, une mémoire partagée, une fidélité à l’universel lorsque l’universel refuse l’oubli.
Jean-Francis Dauriac
La délégation était conduite par Jean-Francis Dauriac, Grand Secrétaire aux Affaires Intérieures du Grand Chapitre Général du Rite Français, et par Patrick Lafourcade, Grand Garde des Sceaux de la Chambre d’Administration et délégué de la Région IV Côte d’Azur.
1TV Arménie
Jean-Francis Dauriac a également été invité au journal de 13 heures de la principale chaîne de télévision arménienne, 1TV Arménie. Il y a rappelé que la commémoration arménienne adresse chaque année au monde un message qui lie l’humanisme universel à la dénonciation claire des inhumanités.
Cette présence du Grand Chapitre Général s’inscrit aussi dans une dynamique plus large
Le communiqué du GCG-RF GODF rappelle l’implantation du Rite Français dans le Caucase du Sud, notamment autour de la Loge du Grand Orient de France Les Enfants d’Ararat, dont les feux avaient été allumés par Philippe Guglielmi lorsqu’il était Grand Maître. Il évoque également la création, l’an dernier, du premier chapitre de Rite Français à Tbilissi, en Géorgie, La Rose et la Vigne, dont presque tous les membres étaient présents à Erevan.
Ce mouvement se poursuivra avec la création annoncée d’un premier chapitre arménien, Sagesses d’Ararat, dont l’allumage est prévu le 21 septembre prochain, date de la fête nationale de l’Arménie.
Le nom même de ce futur chapitre porte une densité symbolique évidente
Représentation de l’arche de Noé se posant sur la « montagne d’Ararat »
Ararat n’est pas seulement une montagne. Il est une arche intérieure, une hauteur de mémoire, un lieu de relèvement. Dans l’imaginaire biblique, historique et arménien, il désigne à la fois la blessure de l’exil, la permanence d’un peuple et l’espérance d’une terre spirituelle.
Une tenue exceptionnelle a enfin permis aux francs-maçons présents de se réunir et au Grand Chapitre Général de nouer des contacts avec les autorités du pays, dont il a été rendu compte aux instances du Grand Orient de France.
Là encore, le symbole rejoint l’action
Les Ordres de Sagesse ne se tiennent pas au-dessus du monde. Ils invitent à descendre dans la cité avec une conscience plus haute, à faire de la mémoire non un tombeau mais une vigilance, non une plainte sans issue mais une fidélité active à la dignité humaine.
À Tsitsernakaberd, le Grand Chapitre Général du Rite Français n’a pas seulement déposé une gerbe
Il a posé un signe. Devant la flamme éternelle, la franc-maçonnerie a rappelé que la lumière initiatique n’a de sens que lorsqu’elle éclaire les ténèbres de l’histoire, qu’elle nomme les crimes, qu’elle refuse l’oubli et qu’elle tient, avec les peuples meurtris, la promesse obstinée d’une humanité plus juste.
Sources : Communiqué du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France, Paris, 24 avril 2026 ; Armenian Genocide Museum-Institute, histoire et description du mémorial de Tsitsernakaberd ; Erevan, présentation du complexe mémoriel de Tsitsernakaberd ; Légifrance, loi du 29 janvier 2001 et décret du 10 avril 2019 relatifs à la reconnaissance et à la commémoration du génocide arménien. Photos GCG-RF GODF.
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Le vacarme envahit l’espace social. Il faut y faire du bruit pour exister. Ce Journal fait grand cas des perturbations qu’engendrent dans les têtes et dans les relations les clameurs qui fusent de partout, comme, à un moindre degré, le brouhaha permanent des conversations. Comment se concentrer et se recentrer, sans faire le calme en soi ? Serait-ce devenu une trop vaine espérance ?
L’actualité nous prend à partie et, dans ce tohu-bohu d’indignations qui s’entrecoupent, devons-nous céder à l’injonction de… prendre parti sur toutes choses, comme nous sommes sommés à tout instant de le faire ? Première règle d’hygiène mentale : examiner en quoi des réactions vives résolvent un tant soit peu les difficultés qu’elles prétendent trancher. La réponse est sous-jacente à la question.
Franc-Maçon faisant un doigt d’honneur – Image d’IA purement imaginaire, toute ressemblance…
Il y a, en effet, des débats entre Frères et Sœurs dont la Rédaction s’est fait l’écho, qui brouillent sérieusement l’écoute, comme on aime à dire au Canard enchaîné. Toutes et tous ont appris à lever le doigt pour demander la parole en loge. Quand je dis le doigt, c’est tout au plus l’index. Mais dès qu’ils s’expriment en ligne sur des forums ou des blogs et parfois physiquement à l’extérieur des temples, c’est le majeur qu’ils brandissent, sans demander la permission, en agonisant d’injures leurs semblables, en les frappant d’anathèmes. C’est ainsi qu’ils se condamnent mutuellement aux ténèbres extérieures de la franc-maçonnerie, c.-à-d. à errer irrémédiablement en des lieux totalement privés de Lumière.
Ici, nous ouvrons des débats. Certaines questions préoccupent nos consciences habituées à moins d’outrance et de radicalité. Nous offrons des angles nouveaux d’interprétation, en sollicitant les apports des sciences biologiques et humaines. Nous souhaitons comprendre comment de tels phénomènes déferlent, désormais, sur nous, sans crier gare.
Nous constatons tristement que nos exercices spirituels et sociaux ne sont pas assez fréquents pour nous éduquer avec robustesse à la mesure et nous obliger patiemment au résultat. Nous demandons plus d’engagement maçonnique et, pour tout dire, osons le mot : initiatique, afin que le franc-maçon ou la franc-maçonne échappe aux dérives voire aux dérapages que nous déplorons et conserve une vision d’ampleur, certes, lourde des contrastes ravageurs qu’on observe, mais riche de nouvelles possibilités constructives voire constructrices.
Avant toutes choses, imposons-nous de faire régulièrement silence en nous et d’en approfondir les disciplines. Laissons, alors, advenir les paroles et les actes qui, ne participant jamais au fracas du monde, ne se coupent pas davantage des voies du cœur. Et, pour celles et ceux que mes propos iréniques agaceraient, je leur dirais :
« Regardez l’Histoire ! Ne croyez-vous pas que la lenteur aurait corrigé les erreurs et apaiséles violences que produisent ou ravivent constamment toutes les formes de haine ou d’excitation, dans un jeu perpétuel d’effets et de contre-effets ? »
Oui, les cieux sont silencieux. Ne soyez pas trop pressés. Accoutumez-vous à élever votre âme et vous le constaterez vous-même : on ne fait jamais sans dommage l’économie des si lents cieux. Écrivez le comme vous voulez…
Au musée de la franc-maçonnerie, au siège du Grand Orient de France, le vernissage de « Lumières dans la ville Paris et les francs-maçons » a réuni une assistance nombreuse, passionnée et érudite.
Autour de Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France et président du musée, et de Laurent Segalini, conservateur du musée, cette exposition ouverte du 29 avril au 20 décembre 2026 invite à relire Paris comme un immense livre de pierre, de mémoire et de Lumière. Le catalogue qui l’accompagne, remarquable par son ampleur et sa richesse, fera prochainement l’objet d’une note de lecture approfondie.
Il est des expositions qui ne se contentent pas de présenter des objets, des documents ou des images. Elles déplacent le regard. Elles nous conduisent à traverser un lieu familier comme si nous le découvrions pour la première fois.
« Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons » appartient à cette famille d’expositions qui déplacent le regard et nous conduisent à traverser un lieu familier comme si nous le découvrions pour la première fois.
Inaugurée au musée de la franc-maçonnerie, au « 16 Cadet », elle propose bien davantage qu’une promenade historique dans la capitale
Elle donne à voir un Paris traversé par trois siècles de présence maçonnique, un Paris de signes, de bâtisseurs, d’artistes, de musiciens, de républicains, de savants, d’artisans, de figures célèbres et de noms oubliés.
Le vernissage s’est déroulé devant une assistance nombreuse, passionnée et érudite, comme à l’accoutumée lorsque le musée de la franc-maçonnerie ouvre ses portes à une histoire qui touche autant à la culture qu’à l’initiation.
Parmi les personnalités présentes, il convient de relever la présence de deux anciens Grands Maîtres du Grand Orient de France, Guillaume Trichard, Grand Maître 2023-2024, et Jean-Michel Quillardet, Grand Maître 2005-2008. Leur présence donnait à cette soirée une profondeur institutionnelle supplémentaire, comme si plusieurs générations de l’obédience venaient saluer, dans un même mouvement, le travail du musée et la fidélité d’une mémoire vivante.
Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France et président du musée de la franc-maçonnerie, a ouvert cette soirée en donnant immédiatement au titre de l’exposition sa pleine résonance.
Lumières dans la ville n’est pas seulement une belle formule. C’est une promesse de lecture
Dans son propos, il a rappelé combien les francs-maçons avaient contribué, depuis près de trois siècles, à faire briller Paris par leurs idées, leurs combats et leurs idéaux, mais aussi par leur participation concrète à l’espace urbain lui-même. L’exposition permet ainsi de comprendre comment la franc-maçonnerie a laissé dans la capitale une empreinte discrète, délicate et pourtant remarquable, souvent méconnue, parfois oubliée, mais toujours perceptible pour qui sait regarder et écouter la ville.
Ce mot d’ouverture donnait le ton
Le Paris maçonnique qui se dévoile ici n’est pas celui d’une mythologie facile ni celui d’une chasse aux signes cachés. Il est celui d’une présence patiente, parfois silencieuse, inscrite dans la pierre, dans les institutions, dans les jardins, dans les musées, dans les combats civiques et dans les idéaux républicains. Paris n’apparaît plus seulement comme décor de l’histoire maçonnique. Elle en devient l’un des grands théâtres, l’un des ateliers, l’un des temples à ciel ouvert.
Laurent Segalini, conservateur du musée, a ensuite donné à cette exposition sa respiration savante et presque initiatique
Son intervention a pris la forme d’une déambulation à travers une ville que nous croyons connaître, mais dont les couches profondes demeurent encore à déchiffrer. Paris y apparaît tour à tour comme ville lumineuse, ville des Lumières, ville gauloise, ville égyptienne, ville rebelle, ville fraternelle.
Des premières loges du faubourg Saint-Germain au mythe d’Isis, de Jacques Louis David à Bartholdi, de Carmontelle à Vivant Denon, du Conservatoire de musique à Notre-Dame, de la Commune aux fêtes laïques de la Belle Époque, c’est tout un paysage intérieur de la capitale qui surgit.
L’exposition invite ainsi à comprendre que le symbole maçonnique n’est jamais un simple décor
Il est une méthode du regard. Il apprend à lire ce qui se tient derrière l’évidence. Il fait apparaître des continuités là où le passant ne voit parfois que des façades, des rues, des plaques ou des monuments. Dans cette perspective, Paris devient un grand palimpseste. La ville conserve, efface, recouvre, révèle. Elle est mémoire et chantier. Elle garde les traces de celles et ceux qui voulurent travailler à l’amélioration de la condition humaine, selon cette formule chère au Grand Orient de France.
Il faut saluer ici le travail de toute l’équipe du musée, des bénévoles, des médiateurs culturels, des prêteurs, des auteurs du catalogue et de toutes celles et ceux qui ont rendu possible cette exposition.
Leur présence fortement représentée lors du vernissage rappelait que la transmission patrimoniale ne repose jamais seulement sur les vitrines. Elle suppose des voix, des regards, des passeurs, une disponibilité fraternelle. Le pot de la fraternité qui clôtura la soirée prolongea naturellement cette ambiance, dans cette alliance si particulière entre exigence intellectuelle et chaleur humaine.
Le musée de la franc-maçonnerie bénéficie depuis 2003 de l’appellation Musée de France, délivrée par le ministère de la Culture. Créé en 1889, victime de spoliations sous l’Occupation, rouvert en 1973, il est devenu depuis 2000 le musée de la franc-maçonnerie, avant d’obtenir cette reconnaissance patrimoniale majeure.
Le catalogue de l’exposition
Le magnifique catalogue publié à l’occasion de « Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons » mérite, à lui seul, une attention particulière. Nous y reviendrons prochainement dans une note de lecture approfondie, tant cet ouvrage apparaît déjà comme bien davantage qu’un simple accompagnement d’exposition, afin d’en mesurer toute la richesse historique, culturelle, symbolique et initiatique.
Il constitue un véritable livre de référence, à la fois savant, vivant et superbement construit, où la mémoire maçonnique de Paris se lit comme une autre histoire de la capitale.
Publié à l’occasion de l’exposition temporaire, ce catalogue, proposé au prix de 15 €, rassemble des contributions qui composent une cartographie intellectuelle, historique et symbolique du Paris maçonnique.
L’ouvrage s’ouvre par un avant-propos de Pierre Bertinotti qui inscrit d’emblée l’exposition dans une relation profonde entre les francs-maçons et Paris. Cette relation, écrit-il en substance, ne pouvait être autre chose qu’une histoire d’amour, discrète parfois, décisive souvent, mais toujours enracinée dans la vie de la cité.
L’introduction de Laurent Segalini, conservateur du musée, donne ensuite au parcours sa respiration propre. Elle invite à regarder Paris autrement, non pour y chercher les signes d’une omniprésence fantasmée, mais pour y reconnaître des empreintes, des œuvres, des lieux, des noms et des gestes.
Le catalogue devient alors une promenade initiatique dans la ville, une manière d’apprendre à lire ce qui demeure visible, ce qui s’est effacé, ce qui subsiste dans la pierre, les jardins, les musées, les monuments, les cimetières et la mémoire des rues.
Le sommaire confirme l’ampleur du projet. Jean-Marie Mercier et Thierry Zarcone reviennent sur « Une loge à Paris en 1725, un faisceau d’indices convergents », tandis que Laurent Segalini explore le paysage des premières loges parisiennes autour de Saint-Germain-des-Prés. Jean-Luc Le Bras propose une « Esquisse d’un atlas maçonnique de Paris 1725-1825 », Séverine Laporte-Dupuis étudie les « Artisans, commerçants et francs-maçons à Paris au XVIIIe siècle », René Perinelli et Laurent Segalini croisent les figures de « Casanova et Cagliostro, deux aventuriers italiens à Paris ».
Pierre Mollier
Pierre Mollier éclaire ensuite « Les « 33e » à la table de l’Archichancelier », dans une étude consacrée à la franc-maçonnerie et à la gastronomie sous le Premier Empire. Jean-Marc Schivo ouvre les allées de « Paris et ses jardins maçonniques », Patrice Verrier suit les traces du « Paris maçonnique des musiciens », François Mairesse interroge le lien entre francs-maçons et musées, tandis que Pierre Mollier redonne toute sa place à un Frère parisien redécouvert, Jacques Louis David.
Le catalogue s’aventure aussi vers les mythes et les profondeurs symboliques
Laurent Segalini signe « Par-Isis, la franc-maçonnerie et le mythe de l’Isis parisienne », puis une étude sur « Le sculpteur Antoine-Denis Chaudet et l’interprétation alchimique de Notre-Dame de Paris ». Bernard Brangé met en lumière « Auguste Bellu et Eugène Milon, deux bâtisseurs au cœur du Paris monumental ». Sylvain Solustri revient sur « Paris, la Commune et les Francs-maçons ». Jean-Claude Momal (OE) clôt ce parcours par « Le funéraire maçonnique, de la mémoire à l’oubli ».
Ainsi présenté, le catalogue apparaît comme un véritable chantier de lecture
Il ne juxtapose pas des articles. Il assemble des pierres. Chacune éclaire une façade différente du Paris maçonnique. Ensemble, elles composent une ville intérieure, une capitale de signes, de filiations, d’engagements et de transmissions.
Avec « Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons », le musée de la franc-maçonnerie ne propose pas seulement une exposition
Il tend un miroir à Paris. Dans ce miroir, la capitale n’apparaît pas comme une ville achevée, mais comme un chantier toujours ouvert, travaillé par la mémoire, la liberté, la fraternité et la transmission. La Lumière y circule de la loge à la rue, du symbole à la pierre, du passé au présent. Elle ne s’impose jamais. Elle affleure, elle suggère, elle invite à regarder mieux. Et le visiteur comprend alors que lire le Paris maçonnique, c’est peut-être apprendre à mieux lire Paris lui-même, non comme un décor, mais comme une œuvre humaine encore inachevée, où chaque génération reçoit mission de poursuivre le travail.
Informations pratiques
Lumières dans la ville, Paris et les francs-maçons Exposition du 29 avril au 20 décembre 2026 Musée de la franc-maçonnerie, siège du Grand Orient de France – 16 Cadet, 75009 Paris
Horaires habituels du musée : Du mardi au vendredi, de 10h00 à 12h30 et de 14h00 à 18h00 Le samedi, de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 19h00 / Le dimanche, de 10h00 à 12h30 et de 14h00 à 18h00 / Fermeture le lundi et les jours fériés selon les informations touristiques régionales disponibles.
Tarifs habituels : Plein tarif 8 € / Tarif réduit 5 € Gratuité notamment pour les moins de 18 ans, les demandeurs d’emploi, les journalistes, les guides-conférenciers nationaux, les membres ICOM et les visiteurs handicapés, sur justificatif selon les informations pratiques recensées.
Musée de la franc-maçonnerie, la librairie
La billetterie en ligne du musée propose la réservation pour la visite libre du musée, collection permanente et exposition temporaire, ainsi que pour la visite guidée du musée et des temples du Grand Orient de France. Elle indique aussi le téléphone du musée, 01 45 23 74 09, et l’adresse de contact museefm@godf.org.
L’ouvrage explore d’abord un basculement majeur : l’intelligence artificielle ne se limite plus à un outil technique, elle entre dans notre sphère psychique et relationnelle car l’IA devient un interlocuteur (chatbots, assistants), un miroir (recommandations personnalisées), parfois même un substitut relationnel. L’auteur insiste sur une idée centrale : l’IA transforme notre manière d’être en relation, non seulement avec les autres, mais aussi avec nous-mêmes. Elle agit comme un révélateur de nos attentes, de nos projections et de nos fragilités.
L’auteur analyse ensuite la relation entre l’individu et ces systèmes. Il montre que l’IA donne une illusion de compréhension car elle simule l’empathie sans la vivre, elle répond sans conscience, elle renvoie une image flatteuse ou adaptée de l’utilisateur .Cela pose une question fondamentale : Qui suis-je lorsque je dialogue avec une entité qui me reflète sans me comprendre ? L’auteur met en garde contre un risque subtil : celui de se construire dans un miroir artificiel, où l’altérité (le vrai autre) disparaît.
Un des axes majeurs du livre est l’impact de l’IA sur les relations humaines. L’auteur explique que les interactions humaines sont imprévisibles, exigeantes et parfois conflictuelles, que, les interactions avec l’IA sont fluides, rapides et sans friction. Il en résulte une tentation de préférer la machine à l’humain. Cela pourrait entraîner un appauvrissement des relations réelles, une baisse de la tolérance à la frustration, une difficulté croissante à gérer l’altérité. L’auteur ne parle pas d’une disparition du lien social, mais d’une transformation profonde de sa qualité.
L’ouvrage met en lumière une forme émergente de dépendance à la réponse immédiate, à la validation algorithmique, à la facilité cognitive. L’IA devient une extension de nos capacités, mais aussi un risque d’atrophie de certaines facultés comme réflexion ralentie, imagination non autonome, affaiblissement de l’effort intellectuel. L’auteur insiste : L’enjeu n’est pas l’IA en soi, mais la manière dont nous nous appuyons sur elle. Dans une approche nuancée, l’auteur ne diabolise pas l’IA. Au contraire, il la voit comme un outil révélateur qui met en lumière nos besoins affectifs, expose notre rapport au savoir, questionne notre autonomie. L’IA agit alors comme un test philosophique : Cela nous oblige à redéfinir ce qui fait notre humanité.
Dans sa conclusion, l’ouvrage appelle à une posture lucide : ne pas anthropomorphiser l’IA, préserver des espaces de relation humaine authentique, cultiver l’esprit critique. Il propose une voie médiane : coexister avec l’IA sans s’y dissoudre. Cela suppose une éducation aux usages, une vigilance psychologique, une redéfinition des limites entre humain et machine
AUTEUR :
Frédéric Soussin est conseil indépendant, spécialisé dans l’usage des technologies de l’information dans les organisations. Son approche : comment améliorer les relations humaines par un usage pertinent des technologies. Auteur de deux livres : Le manager métanoïque et Internet @ visage humain
Dans son numéro de mai 2026, la revue Alpina ne se contente pas d’aligner des sujets maçonniques. Elle propose une traversée. Entre spiritualité laïque et religieuse, mémoire des loges, interrogation sur la guerre, vigilance face au numérique et fidélité au symbole, la Grande Loge Suisse Alpina livre ici un ensemble d’une rare tenue, où la réflexion initiatique demeure liée à la vie du siècle.
La première intelligence de ce numéro tient dans son image inaugurale
Une figure humaine, songeuse, descend vers l’intérieur d’une tête ouverte, comme si la pensée véritable exigeait non pas l’exhibition de soi, mais le courage d’une immersion. Tout le dossier semble contenu dans cette scène. La spiritualité n’y est pas présentée comme un refuge vaporeux, encore moins comme une parure de langage. Elle apparaît comme un exercice de profondeur, une discipline de descente, une mise à l’épreuve de la conscience. Revue quadrilingue de la Grande Loge Suisse Alpina, paraissant six fois l’an dans sa cent cinquante-deuxième année, Alpina affirme ici une vocation éditoriale précise. Faire travailler ensemble les langues, les sensibilités, les traditions, sans jamais rompre l’unité d’une même exigence intérieure.
Le grand mérite de cette livraison est de ne pas enfermer la spiritualité dans une opposition stérile entre foi et libre pensée
L’éditorial de Daniele Bui donne le ton avec justesse en rappelant que la spiritualité religieuse et la spiritualité laïque peuvent s’éclairer l’une l’autre, la première portant la mémoire de la tradition et de la communauté, la seconde rappelant le prix de la liberté de conscience, du doute et de la recherche. Les textes consacrés à « une spiritualité sans religion », au sens de la vie et à la laïcité prolongent cette intuition avec une tenue remarquable. André Nahum y fait sentir qu’une quête intérieure peut demeurer fidèle au mystère sans se soumettre à la clôture dogmatique. Didier Planche, dans un registre plus civique et philosophique, rappelle que la laïcité n’est pas un appauvrissement du sacré mais une protection de la dignité humaine, un feu de veille contre toutes les captations de conscience. Ce que défend Alpina, en filigrane, c’est une transcendance sans tyrannie, une hauteur qui n’humilie pas, une verticalité qui n’écrase pas. C’est là une position profondément maçonnique.
Cette revue touche juste parce qu’elle ne dissocie jamais l’ésotérique du réel
L’article de François Füllemann sur l’ésotérisme et l’initiation compte parmi les plus beaux de l’ensemble. Il refuse les grimaces du faux mystère, les séductions du superficiel, les ivresses de l’initié imaginaire. Il reconduit l’ésotérisme vers ce qu’il devrait toujours demeurer, non une marchandise obscure, mais un art du dévoilement, une écoute du presque imperceptible, une disponibilité à la présence. De la même manière, la méditation de Jean-Jacques Schwab sur les cinq outils maçonniques à l’ère des réseaux accomplit un geste salutaire. Le fil à plomb, l’équerre, le compas, la règle et l’étoile flamboyante cessent d’être des emblèmes convenus pour redevenir des instruments de sauvegarde intérieure face à la dispersion numérique. Nous touchons ici à une vérité essentielle. La symbolique maçonnique n’a pas pour fonction d’orner un discours, elle sert à rétablir un axe quand l’homme contemporain se perd dans la circulation infinie des signes.
L’autre force d’Alpina est de ne pas abandonner l’histoire ni le monde profane aux seuls chroniqueurs de l’événement.
La revue se souvient que la maçonnerie pense mieux lorsqu’elle se mesure aux pierres du temps
Drapeau de la Suisse
Le très bel article « Du Temple au musée » sur la loge La Régénérée à l’Orient de Fribourg fait apparaître la continuité fragile d’une présence maçonnique dans un terreau catholique longtemps hostile. Il y est question d’archives ouvertes, de transmission, de survivance, de lieux menacés puis relevés. De même, l’étude sur la franc-maçonnerie dans le monde arabe contemporain rappelle avec force que la régularité n’est jamais une abstraction innocente lorsqu’elle se confronte à la peur, aux interdits et aux fantasmes complotistes. Ces pages ont une gravité particulière. Elles disent que la fraternité n’existe vraiment que lorsqu’elle demeure pensable sous pression, dans la discrétion, parfois dans le risque. Même la réflexion sur la guerre juste ou injuste participe de cette densité. Elle montre que l’idéal fraternel ne dispense pas de penser le tragique, mais qu’il oblige à le penser sans complaisance.
Il faut aussi saluer la lucidité avec laquelle la revue regarde notre présent technique
L’article de Gregor Lüthy sur le langage de l’intelligence artificielle aurait pu n’être qu’un papier d’actualité. Il devient davantage. Parce qu’il pose une question de civilisation. Si la langue est la maison de notre rapport au monde, que devient notre jugement lorsque des machines prennent en charge une part croissante de nos formulations, de nos résumés, de nos récits, bientôt peut-être de nos convictions mêmes. La réponse d’Alpina n’est ni technophobe ni naïve. Elle tient dans une ligne de crête que nous devrions méditer plus souvent. Les outils peuvent assister, jamais absoudre du travail du discernement. Rien ne remplace l’effort du jugement, rien ne dispense du labeur intérieur. Sous cet angle, ce numéro tout entier peut se lire comme une défense du libre arbitre contre ses dissolutions modernes.
Publication collective portée par la Grande Loge Suisse Alpina, coordonnée notamment par Jean-Daniel Sauterel, Didier Planche, Daniele Bui et Gregor Lüthy, Alpina confirme ici ce qui fait les revues de tradition lorsqu’elles demeurent vivantes.
Elles ne parlent pas seulement de maçonnerie, elles la mettent en acte par leur composition même
Quant à sa bibliographie vivante, elle se lit dans les signatures de ce numéro, de Daniele Bui à André Nahum, de Didier Planche à François Füllemann, de Jean-Jacques Schwab à Gregor Lüthy. Toutes concourent à une même œuvre de tenue intérieure. Ce numéro ne cherche pas l’effet. Il cherche mieux. Il cherche la justesse. Et c’est peut-être cela, au fond, qu’une revue initiatique digne de ce nom devrait toujours offrir à ses lecteurs, non des certitudes supplémentaires, mais une manière plus haute, plus nue et plus fraternelle d’habiter la question humaine.
Avec Alpina, numéro 3 de mai 2026, la Suisse maçonnique ne parle ni fort ni pour rien
Elle élève la voix à l’endroit exact où notre temps s’égare le plus souvent, dans la confusion entre information et sagesse, identité et intériorité, visibilité et vérité. Une revue qui rappelle, avec une sobriété lumineuse, que l’initiation n’est jamais une fuite hors du monde mais une manière plus exigeante de lui demeurer fidèle.
Alpina – Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina GLSA, N°3 , 2026 – mai, 52 pages Paraît 6 fois par an ; abonnement CHF 60 (64,18 €)
Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina / Magazin der Schweizerischen Grossloge Alpina / Rivista della Gran Loggia Svizzera Alpina / Revista da la Granda Loscha Svizra Alpina / Magazine of the Grand Lodge Alpina of Switzerland
Depuis plusieurs semaines, nos commentaires sur 450.fm ressemblent à un ring de boxe où les supporters du RN et ceux de LFI se livrent à un combat sans merci, à coups de formules assassines, de raccourcis grossiers et d’insultes à peine voilées. On se croirait revenus aux repas de famille chez tonton Maurice, dans les années 80.
D’un côté, Maxime, le beau-frère pharmacien, capitaliste assumé, libéral jusqu’au bout des ongles. De l’autre, Lucien, ouvrier spécialisé chez Citroën à Aulnay-sous-Bois, communiste pur et dur, qui citait Marx entre le fromage et le dessert. Les débats étaient violents, les arguments fusaient, les verres se vidaient… et pourtant, Maurice finissait toujours par les mettre d’accord sur un point : ils finiraient tous les deux au cimetière. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Ils reposent aujourd’hui à cinquante mètres l’un de l’autre.
Au moins, là-haut (ou là-dessous), ils ont enfin trouvé un terrain d’entente.
Eh bien mes Très Chers Frères et Sœurs, je ne vais pas attendre que vous soyez tous sous terre pour vous mettre d’accord. Je vais même vous départager tout de suite.
Après avoir lu avec attention tous vos commentaires enflammés, je suis arrivé à une conclusion définitive. J’ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle.
La bonne nouvelle : les deux camps ont raison. La mauvaise nouvelle : les deux camps ont tort.
Et non, je ne suis pas devenu normand. Je vais vous expliquer. Je n’ai jamais prétendu être un grand politologue. Depuis longtemps, j’adhère à la pensée coluchienne :
« Si voter servait à quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit. »
Cela dit, j’ai pris le temps de lire vos arguments, vos certitudes, vos indignations et vos prophéties apocalyptiques respectives.
Et j’en arrive à ce constat terrible pour vos egos : vous êtes tous les deux à la fois gagnants et perdants. Parce que la vérité, comme souvent, n’est ni toute blanche ni toute noire. Elle est grise, nuancée, inconfortable. Exactement ce que beaucoup d’entre vous refusent d’admettre.
Car voilà le vrai problème : trop d’entre vous êtes entrés en Franc-maçonnerie comme on entre dans un parti politique. Vous avez apporté vos passions profanes, vos haines recuites, vos certitudes idéologiques, et vous les avez simplement posées sur le plateau de la loge, comme si le tablier suffisait à sanctifier vos opinions. Vous ânonnez des rituels depuis des années, vous parlez de Lumière, de travail sur soi, de voie du milieu… et dès que vous sortez de la loge (ou même dans les commentaires), vous vous comportez comme les pires vulgus profanes, excités du clavier et sectaires du dimanche.
Permettez-moi de vous rappeler trois postulats maçonniques élémentaires, que certains semblent avoir oubliés quelque part entre le premier et le troisième degré :
Postulat n°1 : Un franc-maçon travaille exclusivement à rassembler ce qui est épars. Pas à choisir un camp et à massacrer l’autre. Son rôle est de chercher, dans chaque idéologie, ce qui est constructif, et d’écarter ce qui est destructeur. Cela s’appelle la désacralisation de son propre camp et la dédiabolisation de l’adversaire. C’est difficile. C’est inconfortable. C’est précisément pour cela que c’est maçonnique.
Postulat n°2 : Si, après des années de rituels, de symboles et de travail en loge, vous vous comportez exactement comme n’importe quel militant lambda sur les réseaux sociaux, alors à quoi bon ? Pourquoi porter le tablier ? Pourquoi perdre des soirées à réciter des textes que vous ne mettez jamais en pratique ? Le jour où les francs-maçons se comporteront comme les supporters de l’OM et du PSG en tribune, la Franc-maçonnerie sera morte.
Postulat n°3 : Quand un profane lit vos échanges haineux, vos insultes à peine masquées et vos certitudes imbéciles, pensez-vous sincèrement qu’il aura envie de frapper à la porte d’une loge ? Vous êtes en train de faire le plus beau travail de propagande anti-maçonnique qui soit, gratuitement, avec zèle et enthousiasme.
Alors voilà mon message, clair et sans filtre : Respirez par le nez. Redescendez sur terre. Reprenez votre travail de maçon là où vous l’avez abandonné : sur vous-mêmes.
Ceux qui ne sont pas capables de s’élever au-dessus de leurs passions politiques partisanes, ceux qui continuent à se comporter en militants déchaînés plutôt qu’en francs-maçons, ceux-là n’ont rien à faire dans nos temples. Ils nuisent à l’institution, ils découragent les bons éléments et ils donnent aux apprentis l’envie de rendre leur tablier avant même d’avoir commencé à comprendre ce qu’est vraiment la Franc-maçonnerie. À ceux-là, je le dis sans plaisir mais avec fermeté : envoyez votre lettre de démission. Vous ne servez à rien, sinon à ternir l’image de l’Ordre et à transformer nos colonnes en vulgaire champ de bataille profane.
Quant aux autres, ceux qui ont encore un peu d’humilité et de conscience maçonnique, remettons-nous au travail. Le vrai. Celui qui consiste à extraire le meilleur des deux mondes sans se prosterner devant aucun.
Parce que rassembler ce qui est épars, ce n’est pas un slogan. C’est notre raison d’être. Et si cela vous dépasse, alors effectivement : bon vent.