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INTERVIEW EXCLUSIVE de Laurent Lemaire : Nouveau Grand Maître Général de l’OITAR

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INTERVIEW EXCLUSIVE de Laurent Lemaire : Nouveau Grand Maître Général de l’OITAR
Blason OITAR

Nous recevons aujourd’hui Laurent Lemaire, fraîchement élu Grand Maître Général de l’OITAR lors de la cérémonie d’Installation du samedi 28 mars 2026 au Temple de la GLNF rue Pisan.

Le Saviez-vous ?

Laurent Lemaire dit Calonnois Cœur Authentique, enseignant en CM2, âgé de 57 ans, initié en 2008 dans la Juste et Parfaite Loge le Puits de Sydrach à l’Orient de Béthune, est le nouveau Grand Maître Général de l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal.

Originaire des cités minières du Pas de Calais, fils de mineur, engagé dans l’Éducation Populaire, la tradition, la transmission la fraternité sont pour lui des outils nécessaires à l’évolution positive de l’Être Humain.

INTERVIEW EXCLUSIVE de Laurent Lemaire : Nouveau Grand Maître Général de l’OITAR
Laurent Lemaire – Grand Maître Général de l’OITAR

Un Regard sur les Débuts

450.fm : Comment vous sentez-vous après votre récente élection en tant que Grand Maître de l’OITAR ?

Laurent Lemaire : Pour l’instant je me sens très bien. En fait même mieux que la dernière semaine avant mon Installation. Cela ressemblait aux semaines qui précédaient mes matchs de rugby. On y pense, on y repense, on s’imagine on se projette…on attend. J’ai été choisi par mes pairs et la décision est officielle depuis novembre.

450.fm : Si vous deviez résumer ce début de mandat en un mot ou une image, lequel choisiriez-vous ?

LL : L’énergie, celle qui m’a été transmise à travers les sourires et les regards bienveillants des FF et des SS qui m’ont accompagné et qui m’ont soutenu lors de mon élévation à la charge de GMG.

450.fm : Que signifie pour vous porter la charge de Grand Maître de l’OITAR ?

LL : C’est une grande responsabilité et une grande marque de confiance que je dois honorer.

INTERVIEW EXCLUSIVE de Laurent Lemaire : Nouveau Grand Maître Général de l’OITAR
Thomas Denicourt – Ancien Grand Maître Général de l’OITAR

Je dois honorer la confiance des PGMG, des Dignitaires qui ont validé la proposition de mon Prédécesseur mon F Thomas Dénicourt. C’est une grande responsabilité car je serai, et je le dis en toute modestie, le visage visible de OITAR, ce qui m’oblige à la rigueur et à l’exemplarité.

Les Objectifs Initiaux


450.fm : Lors de votre installation le 28 mars, quels étaient vos objectifs prioritaires pour l’OITAR ?

LL : Poursuivre l’héritage de mes prédécesseurs sur trois axes :

a) Le rayonnement de notre Ordre : en soutenant les Territoires existants mais aussi en soutenant les initiatives pour accomplir notre vocation missionnaire c’est à dire développer notre implantation permettant à des cherchant de trouver un espace sacré pour pratiquer le ROS…

b) De nous faire connaitre le mieux possible en participant à des moments de communication

c) De maintenir, de garder, d’ouvrir des liens fraternels avec les obédiences de la Franc-maçonnerie Universelle.

450.fm : Quelles ambitions espérez-vous concrétiser au cours de votre mandat de trois ans ?

LL : Les 3 axes cités précédemment effectivement.

INTERVIEW EXCLUSIVE de Laurent Lemaire : Nouveau Grand Maître Général de l’OITAR
OITAR

450.fm : Pouvez-vous citer une initiative ou un projet que vous souhaitez rapidement mettre en avant pour marquer votre mandat ?

LL : Avec beaucoup de modestie, je vous répondrai que j’ai un peu commencé à répondre, à donner vie à ces 3 axes.

Le 5 avril, nous avons ouvert une loge à Porto qui se nomme « Sol Invictus » et nous avons signé un traité d’amitié avec la Grande Loge Symbolique de France Fédération du Portugal.

Le 11 avril j’ai participé à un café maçonnique organisé par la J et P Loge « La Rose et le Sable » à l’orient du Touquet.

Le 18 avril j’ai participé à une table ronde sur l’Antimaçonnisme.

Le 31 mai le 6 juin le 7 juin je serai présent aux Convents de la GLFF GLSF GLDF.

Le 13 juin j’accompagnerai les FF et SS du Territoire de Rhône Bourgogne pour ouvrir une nouvelle loge » Les Tailleurs de Pierre » à l’Orient de Valence.

Ce n’est pas la panacée mais c’est un début.

450.fm : Y a-t-il une priorité imprévue qui s’est déjà imposée depuis votre prise de fonction ?

LL : A ce jour aucune difficulté aucun imprévu n’est venu contrarier mon agenda mon calendrier de travail.

Le Saviez-vous ?

L’OITAR, fondée en 1974, est un ordre initiatique composé en neuf degrés. Le Suprême Conseil Universel, dirigé par le Souverain Grand Commandeur,administre les degrés d’avancement. Le GMG, membre du Suprême Conseil Universel, reçoit une délégation du SGC pour administrer en compagnie des Grands Maîtres Territoriaux les degrés bleus

Les Défis à Venir

450.fm : Quels sont les principaux défis, internes ou externes, que vous anticipez pour l’OITAR sous votre mandat ?

LL : Défis internes : Comme de nombreuses obédiences maçonniques, l’âge des Sœurs et Frères est une préoccupation. En effet le parcours, le chemin maçonnique en 9 degrés est un parcours exigeant, encadré, réglementé par une maturation de découverte et maîtrise de chaque degré. L’initié à l’OITAR a entre 45 et 55 ans ce qui fait que lorsqu’il ouvrira la porte du 9 degré il se pourrait que son âge soit avancé.

Quelles conclusions en tirons-nous ? Voici un défi non dénué de sens !

Il y aussi le « serpent de mer » de l’initiation des jeunes. Comment attirer des jeunes à OITAR tout en conservant nos traditions et notre héritage.

Défis externes : Poursuivre le travail de mes prédécesseurs c’est à dire installer de façon pérenne et reconnue OITAR, dans le paysage maçonnique français mais aussi hors de nos frontières 

450.fm : Y a-t-il des projets spécifiques que vous aimeriez voir aboutir avant la fin de votre mandat en 2029 ?

LL : Comme je vous l’ai précédemment énoncé les 3 axes me semblent prioritaires mais je ne les considère pas comme des objectifs chiffrés à atteindre mais plutôt comme des devoirs que je me suis librement imposé.

INTERVIEW EXCLUSIVE de Laurent Lemaire : Nouveau Grand Maître Général de l’OITAR
Thomas Denicourt – Ancien Grand Maître Général de l’OITAR

450.fm : Quelles leçons tirez-vous des expériences de votre prédécesseur Thomas DENICOURT, pour aborder ces défis ?

LL : Il faut incarner la charge car elle l’humanise, elle lui donne un visage et une vie à une fonction pour :

– L’ensemble des SS et FF de OITAR dont certains ne me connaissent pas.

– Pour les obédiences amies

– Pour les non-initiés maçons. Cela permet de concevoir que OITAR est composé d’hommes et de femmes ordinaires mais qui ont choisi un chemin maçonnique pour s’élever.

C’est un travail chronophage dans lequel notre F Thomas, maintenant PGMG, s’est lancé avec énergie. Mais notre F Thomas n’aspire pas au repos. Et c’est aussi une spécificité de OITAR. Notre F Thomas en devant PGMG va rester à mes côtés durant 3 ans pour m’épauler et me conseiller.  Je conduirai selon mes principes en ayant à l’oreille l’héritage et la tradition.

L’Évolution de l’Obédience

450.fm : Comment envisagez-vous l’évolution de l’OITAR sous votre direction, en termes de vie rituelle, d’organisation et de rayonnement public ?

LL :  J’espère que le rayonnement de OITAR durant ces trois ans, sera le plus lumineux possible par ses travaux à l’intérieur de nos loges, par les animations maçonniques sur chacun des territoires, par nos coopérations fraternelles avec nos obédiences amies. L’évolution rituéliques et statutats dépendent du Suprême Conseil Universel dirigé par le Souverain Grand Commandeur. Je suis de fait membre du Suprême Conseil Universel et j’ai une délégation du Souverain Grand Commandeur pour être dépositaire du ROS dans les trois premiers degrés. Pour l’instant personnellement je ne suis pas porteur d’une idée d’une évolution rituélique.

450.fm : Quelles avancées espérez-vous dans le dialogue inter-obédientiel et les relations avec la société civile ?

LL : le dialogue inter obédientiel est un dialogue vivant, existant, créatif, assumé. Ce dialogue est le résultat d’un travail, d’une préoccupation, d’une volonté de mes prédécesseurs. C’est donc un héritage qu’à minima je dois présenter, dans l’idéal faire prospérer.

450.fm : En quoi les valeurs fondamentales de l’OITAR guideront-elles vos choix stratégiques ?

LL : Personnellement, je réfléchirai, je m’appuierai sur différents axiomes avant de prendre une décision.

– Suis-je dans la transmission ? Suis-je dans la fraternité, la concorde, l’harmonie ?

– Est-ce que mes choix ne seront pas le résultat, d’une soumission à la charge des honneurs, à l’orgueil, à la vanité ?

– Me suis-je entourer de sages conseils ? Ai-je obtenu l’accord, le consensus du Collège des Grands Maitres Territoriaux ?

Cette instruction m’a été donnée par le Souverain Grand Commandeurs lors de mon installation pour me protéger des erreurs, des fautes. Pour que je ne cède pas à la solitude du pouvoir personnel et que mon chemin soit toujours dirigé vers l’élévation spirituelle la plus haute.

Le Saviez-vous ?

L’OITAR a eu 50 ans en 2024. C’est un ordre avec des loges souveraines et non une obédience. C’est un ordre qui s’appuie uniquement sur le Rite Opératif de Salomon. Les sujets des travaux sont essentiellement symboliques et se déclinent à l’oralité.

Les Moments Forts

450.fm : Quel moment vous a particulièrement marquée durant votre week-end d’élection le 28 Mars 2026 ?

LL : Mon passage sur le point de centre. J’ai eu l’impression de flotter, porté par une énergie, une force qui me transperçait de part en part. Il y a eu durant ce moment un égrégore durant lequel toutes les énergies positives ont été orientées vers moi. Le dimanche 29 Mars, lorsque je me suis installé à la Chaire de Salomon pour diriger mon 1er collège des Grands Maitres Territoriaux, je me suis dit : « Là ça y est, il n’y a plus qu’à »

450.fm : Une rencontre ou un échange qui vous a profondément touchée ?

LL : Lors de mon installation, les mots et la bienveillance de notre Souverain Grand Commandeur, notre F Hugues SIDERSKI m’ont particulièrement touché car ils étaient pou moi élogieux, positifs et engageant pour l’avenir. Être choisi par ses pairs est un moment très émouvant, être reconnu par le SGC est une étape, indélébile sur mon cheminement maçonnique personnel.

450.fm : Un événement maçonnique marquant depuis votre prise de fonction ?

LL :  L’ouverture de la Loge « Sol Invictus » à Porto. Notre F Thomas DENICOURT en GMG pour assister à la transformation du Triangle en Loge.

Plus qu’une transmission, qu’un passage de maillet c’est un travail collaboratif entre le Passé GMG et le GMG et cela est une vraie spécificité de l’OITAR.

En plus, mon F Thomas m’a fait l’honneur d’entrer maillets battants.

Regard Vers l’Avenir

450.fm : Quelle est votre vision pour l’avenir de l’OITAR d’ici la fin de votre mandat ?

LL :  Je le souhaite, j’ai le désir de ne pas décevoir la confiance que mes pairs ont placé en moi. De ce fait, l’avenir de l’OITAR est d’apparaitre toujours plus accueillant, toujours plus rayonnant, toujours plus méritant.

450.fm : Quels conseils croyez-vous que pourrez donner à votre successeur ou successeure en 2029 ?

LL : Très honnêtement je n’ai pas du tout réfléchi à ce moment.

450.fm : Quels chantiers prioritaires devraient, selon vous, être lancés ou poursuivis immédiatement ?

LL : Poursuivre le renforcement de nos loges, de nos territoires existants. Dans notre volonté, missionnaire aller rayonner, aller s’implanter durablement dans des régions de la métropole ou nous n’offrons pas encore aux cherchant un chemin initiatique.

Vision sur la Franc-Maçonnerie

450.fm : Comment percevez-vous l’évolution générale de la franc-maçonnerie en France et à l’international ?

LL :  Depuis quelques années, la Franc Maçonnerie en France est plus visible. La 1ère cause étant la multiplication des conférences publiques et des cafés maçonniques.

Les conférences publiques sont souvent bien relayées par la presse régionale, et l’image qui en ressort est souvent plutôt positive et humanisée. La Franc Maçonnerie Française est aussi très morcelée même si on parle de 10 grandes obédiences.

Comment analyser cette multitude d’Obédiences ?

Est-ce le résultat d’une course aux honneurs et aux tabliers ?

Est-ce la preuve que le chemin est multiple pour atteindre la vérité ?

Je me garderai de donner une réponse définitive.

450.fm : Quels défis majeurs attendent les obédiences maçonniques dans les années à venir ?

LL : la Franc Maçonnerie, mais d’ailleurs comme toutes les autres institutions anciennes basées sur la tradition, est face à une époque aux changements multiples et rapides.

La FM doit-elle accompagner ses changements multiples au risque de se renier ?

La FM est basée sur l’initiatique, l’intime à l’opposé du tout image. Elle enseigne la lenteur, la maturation à l’opposé de l’instantanéité.

Les idéaux maçonniques sont universels et solides. Ils ont traversé les siècles et sont plus que jamais des idéaux nécessaires à un monde tourné vers le vivre ensemble. La FM n’a pas à devenir moderne, elle l’est. Son plus grand défi, c’est de rester juste et exigeante.

450.fm : Quels sont, selon vous, les atouts et les défis spécifiques de l’OITAR dans le paysage maçonnique contemporain ?

LL : L’OITAR a pour fondement l’initiatique. La démarche initiatique enseigne le temps long, le travail personnel, le travail collectif. Nous travaillons sur les symboles, ouvrant des portes sur notre intériorité. Nous pensons, à l’OITAR que la démarche initiatique est une expérience à vivre, favorisant notre amélioration individuelle, favorisant l’amélioration collective dans la Loge, mais aussi sur le forum. L’Art Royal est une science du bonheur et un art de vivre. Ce qui favorise chez les SS et les FF de l’OITAR le don de soi, le don d’Amour. Voilà des atouts non négligeables de l’OITAR pour participer à l’amélioration de l’humanité. De nombreux non maçons sont en recherche de sens et de spiritualité. Notre pratique initiatique, adogmatique, apolitique voulant réenchanter le monde (héritage du projet de mon F Thomas DENICOURT) est un chemin qui peut leur correspondre.

Conclusion

450.fm : Si vous pouviez adresser un message fraternel à tous les membres de l’OITAR…

LL : MTCSS, MTCFF, vous êtes un maillon de la chaine humaine qui constitue l’OITAR. C’est votre investissement, votre travail, votre quête initiatique de la vérité, qui font briller, rayonner, vivre la flamme de l’OITAR. Le rayonnement de l’OITAR est donc une œuvre collective même si notre chemin maçonnique est individuel. Les valeurs, les idéaux que nous découvrons, que nous développons, transcendent l’individualisme, proclame la fraternité et nous permettent d’acquérir une vision partagée du parcours initiatique. A l’image de mes prédécesseurs, comme un héritage, je m’efforcerai de cimenter les liens qui nous unissent. Cette fraternité favorisera mon élévation spirituelle et favorisera aussi, à votre contact, l’existence d’une aventure enrichissante et innovante.

450.fm : … et un mot à la communauté maçonnique au sens large ?

LL : C’est avec détermination, mais aussi avec humilité, que je poursuivrais l’œuvre entreprise par mes prédécesseurs, c’est-à-dire le renforcement de nos liens fraternels. Je suis persuadé que nos travaux respectifs mais aussi collectifs dans le respect de nos traditions, sont une source, un point d’appui pour la recherche de la lumière.

C’est la responsabilité de chacun d’entre nous, de faire preuve d’exemplarité et de tolérance.

450.fm : Enfin, quels sont vos projets, maçonniques ou profanes, pour les années à venir ?

LL : C’est continuer ce que je fais dans le monde profane :
Être vecteur de la transmission de valeurs, de traditions et de fraternité, que ce soit dans l’Éducation Nationale, que dans l’Éducation Populaire.

Rendre la tradition vivante dans la bienveillance en étant parfois innovant sur les pratiques. Être actif sur le forum pour y répandre les vérités acquises à la lumière le la loge.

💬 450.fm remercie chaleureusement Laurent Lemaire pour cet entretien fraternel et transparent, qui témoigne de l’engagement profond pour l’OITAR envers ses valeurs fondatrices.

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« Les dangers de l’occultisme », selon l’Église : quand la peur remplace la Lumière

L’émission Enquête d’Esprit diffusée sur CNews et Europe 1, produite en lien avec France Catholique, revue chrétienne riche en actualité et en spiritualité pour nourrir sa foi, a récemment consacré un numéro aux « dangers de l’occultisme ». Sous couvert de témoignages et d’analyses, l’émission propose une mise en garde ferme contre toutes les pratiques ésotériques, énergétiques ou spirituelles non chrétiennes : soins énergétiques, Reiki, pendule, tarot, médiumship, littérature New Age, etc.

À travers les interventions du père Guy Emmanuel Cariot* (prêtre exorciste), de Cécilia Rançon (réalisatrice), d’Agnès (ancienne praticienne de soins énergétiques) et d’Adrien Bourg (bibliothécaire), l’Église catholique y expose une vision très claire, et surtout très binaire, de la vie spirituelle. Une vision qu’un franc-maçon ne peut écouter sans se perdre en perplexité, tant elle semble éloignée de l’esprit de tolérance, de recherche intérieure et de quête de la Lumière qui animent la Franc-maçonnerie.

Le récit de l’emprise : une réalité à ne pas nier

Les témoignages présentés sont sincères et parfois poignants. Agnès décrit avec justesse comment une pratique de soins énergétiques, initialement vécue comme bienveillante, a progressivement envahi sa vie, isolé sa famille, généré angoisses, cauchemars et une forme d’obsession. Cécilia Rançon évoque sa propre curiosité juvénile pour les sciences occultes avant de s’en détourner. Ces récits ne sont pas à balayer d’un revers de main : toute pratique spirituelle, qu’elle soit ésotérique ou religieuse, peut se révéler pathologique lorsqu’elle devient addictive, exclusive et qu’elle coupe l’individu de sa vie terrestre.

Mais c’est précisément dans l’interprétation que l’Église réserve à ces phénomènes que le bât blesse profondément.

La réponse de l’Église catholique, apostolique et romaine : une vision manichéenne et réductrice

« Les dangers de l’occultisme », selon l’Église : quand la peur remplace la Lumière

Pour le père Cariot, exorciste**, la grille de lecture est d’une simplicité radicale : « Tout ce qui ne vient pas de Dieu vient du démon ». Les dons qui ne sont pas ceux du Saint-Esprit seraient donc, par défaut, d’origine diabolique. Le bien apparent procuré par ces pratiques ne serait qu’un appât du Malin pour mieux ligoter l’âme.

Cette vision binaire – Dieu d’un côté, le Diable de l’autre – est typique d’une certaine théologie catholique traditionnelle. Elle nie toute possibilité d’une spiritualité intermédiaire, d’une quête personnelle légitime en dehors du cadre ecclésial. Elle transforme toute expérience spirituelle non chrétienne en une porte ouverte à l’influence maléfique. Qui pis est, elle assimile presque systématiquement la recherche de pouvoirs (guérison, guidance, intuition) à de l’orgueil spirituel (« Vous serez comme des dieux »).

Du point de vue maçonnique, cette approche présente, d’emblée, une difficulté majeure : elle infantilise l’être humain et lui refuse le droit à l’expérimentation spirituelle. Elle remplace la quête individuelle par l’obéissance à une autorité extérieure. Elle transforme la spiritualité en un champ de bataille cosmique où l’individu n’est qu’un pion entre Dieu et le Démon.

La Franc-maçonnerie face à la quête de Lumière

« Les dangers de l’occultisme », selon l’Église : quand la peur remplace la Lumière

La spiritualité maçonnique repose sur une tout autre conception. Elle ne nie pas l’existence du Mal, ni celle des forces invisibles, mais elle refuse de les essentialiser dans un dualisme simpliste. Le franc-maçon travaille sur sa pierre brute, cherche la Lumière à travers le symbole, le rituel et le travail intérieur. Il sait que la vraie initiation n’est pas l’acquisition de pouvoirs, mais la maîtrise de soi, la tempérance et l’élévation de l’âme.

« Les dangers de l’occultisme », selon l’Église : quand la peur remplace la Lumière

Contrairement à ce que suggère l’émission, la Franc-maçonnerie n’encourage pas l’occulte au sens de pratiques magiques ou de manipulation de forces surnaturelles. Elle prône plutôt une voie du milieu : pas plus majoritairement un matérialisme athée qu’une crédulité superstitieuse. Elle invite à la prudence, au discernement et à la raison éclairée par l’intuition. Le compas et l’équerre ne servent pas à invoquer des entités, mais à tracer des limites et à construire un temple intérieur.

Là où l’Église voit dans la curiosité spirituelle une menace diabolique, le maçon revendique un droit sacré : celui de chercher la Vérité par soi-même, sans intermédiaire imposé. La Franc-maçonnerie a toujours soutenu la liberté de conscience contre l’autoritarisme dogmatique.

Une stratégie de reconquête plutôt qu’une véritable analyse spirituelle ?

« Les dangers de l’occultisme », selon l’Église : quand la peur remplace la Lumière

L’émission révèle surtout la profonde inquiétude d’une Église qui voit son influence culturelle reculer face à la montée des spiritualités alternatives. En assimilant tout ce qui n’est pas catholique à de l’occultisme dangereux, elle opère une stratégie classique : créer la peur pour mieux ramener les brebis au bercail.

Les solutions proposées – chapelet, neuvaine à Marie, confession, pèlerinage, recours à un prêtre exorciste – sont parfaitement légitimes pour ceux qui trouvent leur voie dans le catholicisme. Point plus discutable : elles sont présentées comme l’unique issue possible. C’est là que réside le véritable danger intellectuel et spirituel : le refus de la pluralité des chemins.

La Franc-maçonnerie, elle, ne prétend pas détenir l’unique vérité, surtout qu’elle n’en professe pas ! Elle se contente de proposer une méthode de travail sur soi, ouverte à toutes les sensibilités spirituelles ou philosophiques, pourvu qu’elles respectent la liberté d’autrui.

Discerner sans condamner

« Les dangers de l’occultisme », selon l’Église : quand la peur remplace la Lumière

Il est légitime de mettre en garde contre les dérives sectaires, les emprises psychiques ou les pratiques commerciales déguisées en spiritualité. Certaines personnes se perdent effectivement dans l’ésotérisme mercantile. Mais réduire toute quête spirituelle hors de l’Église à une œuvre du démon relève d’une vision pour le moins réductrice, voire quelque peu obscurantiste…

Le franc-maçon, fidèle à sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité » appliquée à la sphère spirituelle, préfère la lumière de la raison, le travail sur soi et la tolérance, plutôt que la peur du Malin. Il sait que la vraie Lumière ne se gagne pas par la soumission à une institution, mais par la conquête patiente et humble de sa propre conscience.

Au lieu de diaboliser l’occultisme dans son ensemble, peut-être faudrait-il d’abord se demander pourquoi tant d’âmes en recherche se tournent aujourd’hui vers ces pratiques ? La réponse se trouve probablement moins dans le « démon » que dans l’absence ou l’inadéquation d’une certaine parole religieuse contemporaine.

La Franc-maçonnerie, école de liberté et de spiritualité symbolique, continue d’offrir une voie exigeante : celle qui enseigne à l’homme à devenir pleinement homme, éclairé par sa propre raison et guidé par sa conscience, sans crainte ni soumission.

« Les dangers de l’occultisme », selon l’Église : quand la peur remplace la Lumière
Guy-Emmanuel Cariot, Babelio

*Le père Guy-Emmanuel Cariot est prêtre du diocèse de Pontoise, ordonné en 1996. Curé et recteur de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil, il s’est fait connaître par un ministère profondément tourné vers l’accompagnement spirituel, la guérison intérieure, la réconciliation et le combat spirituel. Il a notamment été présenté comme prêtre exorciste du diocèse de Pontoise, fonction au titre de laquelle il a reçu de nombreuses personnes en souffrance, avec ce souci pastoral de discerner, d’écouter et de ramener l’épreuve humaine vers la lumière de la foi.

Membre de l’Oratoire de Saint Philippe Neri, il a également exercé des responsabilités auprès des Guides et Scouts d’Europe en France comme conseiller religieux national. Son itinéraire conjugue ainsi la rigueur du ministère sacerdotal, la proximité avec les jeunes et une expérience reconnue de l’accompagnement des âmes.

Auteur de La citadelle imprenable, publié chez Mame en 2020, le père Guy-Emmanuel Cariot propose une lecture concrète du combat spirituel à partir de l’image d’une ville fortifiée. L’ouvrage invite chacun à reconnaître les lieux intérieurs exposés, à fortifier sa vie spirituelle et à comprendre que la véritable libération ne relève ni du spectaculaire ni de la peur, mais d’un chemin de foi, de vérité et de pacification intérieure.

**Dans l’Église catholique, un exorciste est un prêtre mandaté par son évêque pour exercer un ministère particulier de prière, de discernement et de délivrance auprès de personnes qui se disent éprouvées spirituellement. Ce n’est pas un « magicien » ni un guérisseur ni même un personnage spectaculaire. C’est un ministre de l’Église chargé d’agir selon un rituel précis, dans l’obéissance à son diocèse.

« Les dangers de l’occultisme », selon l’Église : quand la peur remplace la Lumière
La position la plus récente sur la pratique de l’exorcisme dans l’Église catholique

Le droit canonique est très clair. Personne ne peut pratiquer légitimement un exorcisme sur une personne supposée possédée sans une permission particulière et expresse de l’Ordinaire du lieu, c’est-à-dire généralement l’évêque diocésain. Cette mission ne peut être confiée qu’à un prêtre reconnu pour sa piété, sa science, sa prudence et l’intégrité de sa vie. Il faut distinguer deux choses. D’une part, il existe des prières d’exorcisme simples, présentes par exemple dans certains rites baptismaux, qui signifient la libération du péché et l’entrée dans la vie du Christ. D’autre part, il existe le grand exorcisme, beaucoup plus rare, qui concerne les cas où l’Église discerne une possible possession ou influence démoniaque grave. Concrètement, l’exorciste reçoit les personnes, les écoute, prie avec elles, cherche à discerner ce qui relève d’une souffrance spirituelle, psychologique, psychiatrique, familiale ou existentielle. Dans les cas sérieux, il ne travaille pas dans l’improvisation. L’Église insiste sur la prudence, le discernement, la discrétion et le respect du rituel officiel. L’exorciste agit normalement dans son diocèse, sauf dérogation spéciale.

L’Église met aussi en garde contre les personnes qui se prétendent exorcistes sans mandat officiel. Un véritable prêtre exorciste est reconnu par son diocèse. Les personnes non mandatées qui se présentent comme « évêques », « monseigneurs » ou « prêtres exorcistes » et demandent de l’argent doivent susciter la plus grande prudence.

Sources : vatican.va ; Église catholique de France

au delà du mystère de la foi, C’est là, sans doute, un bien plus grand « danger » encore, pour ceux qui préfèrent l’obéissance voire la soumission, en renonçant à un éveil ou à une émancipation spirituels, guidés par un authentique et libre chemin de conscience..

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Le feu et la couronne : le 33e degré du REAA

Pourquoi ai-je écrit cet ouvrage ?

Le rituel du trente-troisième ajoute à tous les enseignements contenus dans les grades précédents un enseignement particulier, qui apporte la lumière la plus vive sur les principes, les moyens et ce qui pourrait être la finalité de ce rite. C’est ici seulement que se trouve, dans son intégrité, le fameux « Secret Maçonnique » mais pas le « secret » tout court, on y reviendra à la fin !

On a publié fort peu de livres sur ce trente troisième degrés. Ceux qui existent se gardent naturellement de donner l’explication entière du grade, beaucoup trop secrète pour être confiée à une indiscrétion du papier.

De plus, tout insignifiant qu’ils sont, ces livres restent, comme exceptionnels qu’ils sont aussi, scrupuleusement enfermés, sous triple clé, dans les coffres-forts les plus secrets des Suprêmes Conseils, sauf à être soi-même Souverain Grand Commandeur, ce qui est le cas de l’Auteur.

Écrire sur le 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) peut sembler audacieux, voire présomptueux. Ce degré, souvent enveloppé de mystère, d’honneurs et de solennité, suscite à la fois fascination et réserve. Pourtant, c’est précisément cette tension entre lumière et silence qui m’a poussé à prendre la plume.

Contrairement à ce qui est généralement répandu par les « sachant » ce degré est profondément symbolique et philosophique. Il ne s’agit pas simplement d’un titre honorifique, administratif comme il est courant de le dire, mais d’un engagement à incarner les valeurs les plus élevées du REAA.  Il repose sur une tension entre la réalité imparfaite et l’idéal moral à atteindre. Il invite à dépasser les contradictions du monde pour incarner la justice, la sagesse et la vérité.

Ce degré mobilise des archétypes puissants, devoir, justice, amour, pouvoir, qui renvoient à des questionnements philosophiques profonds sur la condition humaine. Le Souverain Grand Inspecteur Général est censé être un guide, un modèle de vertu et de discernement, capable de juger avec équité et de transmettre les valeurs du rite.

Ce livre n’est pas un manuel, encore moins une révélation interdite par la bien-pensance maçonnique. C’est le fruit d’un cheminement, long, exigeant, parfois douloureux, de transgressions à travers les degrés du REAA, jusqu’à son sommet symbolique. Si j’ai décidé d’écrire sur le 33e degré, ce n’est ni pour en dévoiler les arcanes, ni pour le sacraliser à outrance, mais pour en partager la portée humaine, philosophique et spirituelle.

Le 33e degré n’est pas une fin. Il est, à mes yeux, un commencement : celui d’une autre manière d’être au monde, d’assumer ses engagements, de comprendre le pouvoir et le service, la justice et la paix. Il ne consacre pas une élite, il exige une responsabilité. Il ne donne pas un titre, il rappelle une mission.

A ce degré, il ne s’agit plus seulement de recevoir,  il s’agit aussi de transmettre.

À travers ces pages, je souhaite proposer une lecture vivante, incarnée, respectueuse de la tradition mais ancrée dans notre temps. Je m’adresse autant au Franc-maçon qu’au chercheur sincère, aux sœurs et aux frères de tous degrés qui revivront le processus initiatique qu’à celui qui regarde le temple de l’extérieur.

Ce livre est une tentative de dialogue, non un monologue docte.

De nombreux observateurs et francs-maçons eux-mêmes constatent que l’avenir de la franc-maçonnerie semble s’orienter vers une quête spirituelle, délaissant peu à peu les engagements politiques ou syndicaux qui ont marqué et encore, certaines obédiences dans le passé.

Et après !

En somme, pour un chrétien, « au-delà du 33e degré » ne signifie pas un grade caché, mais une invitation à vivre la grâce, à dépasser les formes pour atteindre l’essence : la communion avec le divin. C’est là que l’initiation devient contemplation, et que le rituel devient prière.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) s’arrête officiellement au 33ᵉ degré, qui est celui de « Souverain Grand Inspecteur Général ». Il représente l’aboutissement du parcours initiatique maçonnique dans ce rite.

Il n’existe pas, dans la structure formelle du REAA, de degré supérieur reconnu au-delà du 33ᵉ.

Cependant, certaines spéculations ou traditions ésotériques évoquent des chemins spirituels parallèles ou complémentaires, parfois qualifiés de « voies secrètes » ou « initiations intérieures », qui ne sont pas codifiées dans les rituels officiels mais qui peuvent être explorées dans des cercles très restreints ou dans des lectures symboliques.

Il est important de noter la dimension chrétienne dans les hauts grades du REAA

Les degrés supérieurs du REAA, notamment du 15ᵉ au 33ᵉ, intègrent des éléments issus de la tradition judéo-chrétienne, de la symbolique johannique (Évangile de Jean, Apocalypse) et de la chevalerie chrétienne liée aux Templiers.

– Certains grades comme le 18ᵉ (« Chevalier Rose-Croix ») sont profondément marqués par une spiritualité chrétienne mystique, évoquant la résurrection, la lumière du Christ, et la rédemption.

Au-delà du 33ᵉ degré : mythe ou réalité ?

– Il n’existe aucun degré officiel au-delà du 33ᵉ dans le REAA. Toutefois, certains courants ésotériques parlent d’initiations intérieures, parfois appelées « degrés invisibles » ou « degrés de conscience », qui ne sont pas transmis par des rituels mais par une expérience spirituelle personnelle.

– Ces voies sont souvent liées à des traditions hermétiques, gnostiques ou mystiques chrétiennes, et peuvent inclure des pratiques de méditation, de prière contemplative, ou d’étude des textes sacrés.

Le travail de Raoul Berteaux sur la symbolique des degrés supérieurs du REAA est une excellente porte d’entrée pour comprendre les fondements spirituels et mythiques du rite.

Le blog de Jean-François sur la spiritualité universelle du REAA aborde aussi la diversité des croyances et la tolérance dans le chemin initiatique.

Chercher une voie chrétienne plus profonde ou secrète, il se pourrait que ce ne soit pas une question de degré, mais de transformation intérieure.

Et ça, c’est un chemin que seul le cœur peut mesurer.

Le terme « l’ultime degré » peut évoquer plusieurs choses selon le contexte, mais dans les sphères ésotériques et initiatiques, il prend une signification particulièrement profonde.

Dans la franc-maçonnerie, notamment au sein du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), les derniers degrés, comme le 31e, 32e et 33e,  sont appelés les ultimes degrés de vaillance et de sagesse. Ils représentent l’aboutissement d’un long cheminement spirituel et symbolique. Ces degrés ne sont pas simplement honorifiques : ils incarnent une synthèse des enseignements précédents et une quête vers l’unité, la vérité et la lumière.

Symboliquement, atteindre « l’ultime degré » signifie franchir les dernières étapes d’un parcours initiatique. Cela peut être vu comme :

– Une élévation vers la connaissance suprême

– Une intégration complète du corps et de l’esprit dans une démarche de perfection

– Une reconnaissance de la sagesse acquise et du pouvoir de transmettre cette vérité

La Grande Loge Féminine d’Argentine a mis en lumière l’excellent travail des Francs-maçons de Santiago del Estero

De notre confrère argentin elliberal.com.ar

Elle a mis en lumière le travail du triangle maçonnique « Olimpia Righetti », déjà actif au sein du temple situé dans le quartier de Los Flores, au sud de la capitale. ENTRETIEN EXCLUSIF avec la Grande Maîtresse María Elena Castillo, par EL LIBERAL. Un discours clair et percutant sur le rôle des femmes en franc-maçonnerie.

« Ils sont audacieux, dynamiques, intellectuels, attachés à leur territoire et à leur époque, et ils s’engagent dans ce grand effort bénévole, car la franc-maçonnerie est un effort bénévole. Santiago del Estero dispose aujourd’hui d’un terreau fertile avec les membres de l’« Olimpia Righettii ». »

La Grande Maîtresse María Elena Castillo – Très Sérénissime Grande Maîtresse de la Grande Loge des Femmes d’Argentine, s’est entretenue sans les réseaux sociaux avec EL LIBERAL.

C’est la Grande Maîtresse María Elena Castillo , Très Sérénissime Grande Maîtresse de la Grande Loge des Femmes d’Argentine, qui exprime ce point de vue concernant le rôle des femmes franc-maçonnes du Triangle maçonnique « Olimpia Righetti » . La loge « Olimpia Righetti » est déjà installée dans le temple de la Grande Loge d’Argentine des Francs-Maçons Libres et Acceptés, situé dans le quartier de Los Flores, au sud de la capitale.

Dans un entretien exclusif accordé à EL LIBERAL via Zoom, Castillo a détaillé le rôle des femmes franc-maçonnes au Portugal. Elle a également souligné qu’en ces temps de polarisation, la franc-maçonnerie « est un espace de tolérance, de dialogue et d’épanouissement, auquel les femmes peuvent désormais participer ».

– Comment avez-vous observé le travail accompli par les femmes franc-maçonnes dans cette province lors de votre récente visite à Santiago ?

Je suis immensément fière du groupe de femmes qui composent le nouvel espace maçonnique créé à Santiago del Estero, le Triangle maçonnique « Olimpia Righetti », premier espace maçonnique établi par la Grande Loge des Femmes d’Argentine dans cette juridiction. Je les crois audacieuses, curieuses et intellectuelles, profondément attachées à leur région et à son histoire, et engagées dans cette belle aventure de bénévolat, car la franc-maçonnerie est par essence un engagement volontaire. Nous consacrons une partie de notre vie et de nos connaissances à notre développement personnel et au bien-être de nos communautés. De ce point de vue, le groupe est dynamique et prometteur pour la croissance de l’institution, ainsi que pour le travail que chaque membre accomplit dans sa profession, son domaine d’expertise, etc. Je suis donc convaincue que Santiago del Estero dispose aujourd’hui d’un terreau fertile grâce aux membres d’« Olimpia Righetti », et qu’elles sauront assurément se développer et se multiplier harmonieusement, à l’image de la Grande Loge des Femmes d’Argentine. Nous devons consolider les espaces par le renforcement et la formation, non pas en formulant simplement des projets vides, mais bien au contraire.

– Quel rôle jouent les femmes franc-maçonnes dans la société argentine actuelle ?

Notre rôle est celui d’une participation active dans tous les espaces où nous sommes présentes. La franc-maçonnerie féminine n’a pas une histoire institutionnelle aussi longue que la franc-maçonnerie traditionnellement masculine. Nous, les femmes, sommes conscientes d’être des actrices du changement, des piliers de la construction d’un tissu social qui nous permette de former des citoyennes. De ce point de vue, chacune d’entre nous, dans sa sphère d’activité respective, participe activement à l’exercice de la responsabilité civique – une responsabilité propre à chaque sphère. Que ce soit au sein de nos domaines d’expertise, de nos organisations, de nos municipalités, de nos syndicats ou de nos établissements scolaires, nous sommes conscientes que la participation des femmes est fondamentale, car nous représentons 52 % de la société. En quelque sorte, nous sommes l’autre moitié de la société, longtemps restée invisible.

– Ainsi rompent-ils avec les préjugés, laissant de côté cette crainte d’être stigmatisés parce qu’ils sont francs-maçons, une crainte qui englobe tout un mysticisme ?

Il est clair que la franc-maçonnerie, dans notre pays, reste stigmatisée et souffre d’une mauvaise réputation. Cela est principalement dû à une méconnaissance de notre institution par le public. Cette méconnaissance engendre une série de préjugés dénigrants à son égard dans l’imaginaire collectif. En réalité, la franc-maçonnerie est une organisation de la société civile, enregistrée et soumise à la juridiction et au contrôle des lois de la République.

– Pourquoi avez-vous l’impression que c’est encore stigmatisé d’une certaine manière ?

Ce manque de compréhension conduit certaines personnes, dans certaines régions, à nous qualifier de sectes ou de groupes antireligieux, nous accusant de pratiquer des rituels sataniques. Tout cela est totalement faux. Pourquoi ? Parce que, comme nous l’avons mentionné, il existe un manque de compréhension, lequel découle de la perception, longtemps ancrée, que la franc-maçonnerie est une organisation totalement secrète. En réalité, la franc-maçonnerie cultive la liberté de pensée. Or, la liberté de pensée est une subjectivité qui ne se soumet à aucune idéologie, autorité ou forme d’asservissement, ce qui permet d’exercer pleinement sa pensée et son libre arbitre. Par conséquent, la présence d’un libre penseur crée un malaise au sein des communautés. Nous sommes encore confrontés à une forte stigmatisation, à des préjugés et, d’une certaine manière, à de l’hostilité. Nombre de nos membres travaillent au sein de l’institution, y sont actifs, mais ne s’identifient pas ouvertement comme tels. Et lorsque nous avons ouvert notre premier atelier à l’intérieur du pays, à Mendoza en 2009, ils ont tout au plus exigé de nous brûler vifs. Et cela remonte à moins de vingt ans.

Craintes et réalités de la franc-maçonnerie féminine

Castillo a affirmé : « Nombre de femmes franc-maçonnes œuvrent dans l’ombre pour éviter la persécution et les préjugés, et pour ne pas perdre leur emploi, leur réputation et leur honneur, car ce choix reste encore incompris et mal accepté. Je crois que le fait que certains groupes, notamment ceux liés à la religion, nous perçoivent comme une menace joue également un rôle important. La franc-maçonnerie est loin de manifester un respect fervent des convictions religieuses de ses membres. Néanmoins, elle défend avec vigueur la nécessité de promouvoir des États laïques qui respectent toutes les croyances et toutes les absences de croyances, car l’État se doit de représenter chacun de nous de manière impartiale. »

Castillo : « C’est un espace de tolérance, de dialogue. »

Castillo a souligné qu’en ces temps de division, la franc-maçonnerie « est un espace de tolérance, de dialogue et de progrès, auquel les femmes peuvent désormais participer. La franc-maçonnerie renforce la démocratie et les principes républicains car elle contribue à la coexistence pacifique de tous ses membres et place l’harmonie nationale au-dessus de tout. Elle est la grande agora, l’espace de construction du consensus, l’opportunité de bâtir un tissu social diversifié, pluraliste et collectif, dont l’axe fondamental est le progrès de l’humanité fondé sur la dignité. Aujourd’hui, la franc-maçonnerie a l’occasion de démontrer qu’elle est une institution pertinente pour construire le présent et l’avenir, pour créer une nation prospère, diverse, pluraliste, fédérale, juste, égalitaire et souveraine. »

Le Druidisme, ou la sagesse retrouvée des clairières

Avec Le Druidisme, Morgane Camiret rend à une tradition trop souvent réduite à l’imagerie sa véritable hauteur spirituelle. Elle y restaure une voie de connaissance où la nature, le nombre, le symbole, la parole et la transmission composent une même quête d’équilibre. Un ouvrage dense, habité, qui intéressera autant les chercheurs de mémoire que les lecteurs sensibles aux chemins initiatiques.

Il est des livres qui ne se contentent pas d’informer mais qui redressent un paysage intérieur. Le Druidisme – Origines, philosophie et pratiques d’une tradition antique appartient à cette famille.

Morgane Camiret y accomplit un travail de restitution au sens le plus noble du terme

Le Druidisme, ou la sagesse retrouvée des clairières

Elle arrache le druidisme à la brume des caricatures, aux rêveries approximatives, aux reconstructions hâtives, pour lui rendre sa densité de tradition, sa rigueur de discipline, sa profondeur de voie spirituelle. Ce qu’elle nous donne à lire n’est pas un folklore des forêts anciennes, encore moins un assemblage de motifs séduisants pour sensibilités en mal d’enracinement. Elle nous restitue une structure de pensée, une ascèse, une vision du monde fondée sur la connaissance, la hiérarchie du savoir, la transmission et l’accord patient de l’être avec les lois du cosmos.

Cette restitution est précieuse parce qu’elle procède d’une double fidélité

Fidélité du travail intellectuel d’abord, nourri d’histoire, de philosophie, de littérature et d’histoire de l’art. Fidélité initiatique ensuite, puisée dans un long compagnonnage avec la tradition druidique. À chaque page, nous sentons que Morgane Camiret n’écrit pas depuis une curiosité extérieure mais depuis une proximité vécue. Son écriture demeure claire sans dissiper le mystère. Elle expose sans profaner. Elle éclaire sans rabattre. Cet équilibre donne à l’ouvrage sa tenue la plus remarquable.

L’un de ses mérites majeurs consiste à rappeler qu’aucune authenticité spirituelle ne relève de l’improvisation

Le druide n’y apparaît jamais comme une figure décorative, ni comme l’emblème commode d’un retour imaginaire à la nature. Il est un être formé, éprouvé, instruit, lentement façonné par l’étude, par la mémoire, par l’expérience et par une discipline de soi. Cette insistance sur la durée, sur l’apprentissage, sur la nécessité d’une transmission légitime, donne au livre une portée qui dépasse largement son objet apparent. Toute tradition initiatique sérieuse reconnaît là son propre langage. La lumière n’est pas un ornement. Elle engage une conversion. Le savoir n’est pas accumulation mais transformation. En cela, le livre de Morgane Camiret touche profondément le lecteur maçon, familier de cette idée que l’être ne s’élève qu’à proportion du travail qu’il accepte sur lui-même.

Le druidisme que l’auteure met au jour ne vit pas dans l’isolement d’une singularité close

Il s’inscrit dans une vaste famille de sagesses anciennes. Les rapprochements qu’elle tisse avec le monde grec, avec Platon, avec Pythagore, avec les visions cosmologiques fondées sur l’harmonie et la proportion, n’ont rien d’un syncrétisme de facilité. Ils dessinent des parentés de structure. Le monde y apparaît comme un ordre vivant, traversé de correspondances, de rythmes, de rapports invisibles entre les plans de l’être. Le visible ne s’y oppose jamais à l’invisible. Il en procède. Il le révèle. Il en porte la trace. Cette intuition est capitale. Elle restitue au druidisme sa hauteur philosophique et sa portée métaphysique. Elle rappelle aussi que les traditions anciennes ne séparaient pas la science du symbole, la poésie de la connaissance, la contemplation de l’observation du réel.

Œuf cosmique
Œuf cosmique

C’est dans cette cohérence qu’il faut lire les pages consacrées à l’Œuf cosmique, aux alphabets sacrés, au Colbren y Berdd, à l’ésotérisme des sons, à l’Harmonia Mundi, au Nombre d’Or, aux énergies vibratoires ou encore à la magie des pierres.

Sous la plume de Morgane Camiret, ces thèmes ne deviennent jamais des curiosités ésotériques offertes à la fascination

Ils s’ordonnent dans une architecture. Les lettres ne servent pas seulement à noter la parole. Elles ouvrent des seuils. Les sons ne sont pas de simples émissions vocales. Ils portent des qualités vibratoires et des puissances d’orientation. Les pierres ne sont pas des masses inertes. Elles conservent, polarisent, transmettent. L’univers tout entier devient ainsi lisible comme un tissu de résonances. Nous retrouvons là, sous une forme celtique, des intuitions qui rejoignent l’hermétisme, certaines méditations de la Kabbale, la science symbolique des bâtisseurs et, plus profondément encore, toute tradition pour laquelle le monde est un livre sacré offert à une lecture intérieure.

Le lecteur initié reconnaîtra aussi, dans cette vision, une proximité profonde avec la sensibilité maçonnique.

Non qu’il faille forcer les analogies, mais parce que certaines constantes apparaissent avec évidence

Le Druidisme, ou la sagesse retrouvée des clairières

Le respect des degrés, la transmission orale, la hiérarchie des fonctions, le lien entre connaissance et rectification de l’être, la centralité du symbole, le rôle du lieu consacré, tout cela compose une grammaire familière. La forêt druidique, dans sa dimension la plus haute, répond au Temple comme espace orienté de transformation. La pierre, l’arbre, la source, le rythme des saisons et la parole mesurée forment autant d’images d’un apprentissage de la justesse. Le druidisme, tel que Morgane Camiret le présente, nous rappelle que l’initiation ne consiste jamais à s’arracher au monde mais à l’habiter selon une intelligence plus profonde, plus accordée, plus fraternelle avec le vivant.

Le livre est également traversé par une méditation très juste sur la mémoire des peuples

L’inconscient collectif, les survivances symboliques, la géographie sacrée, les sites druidiques et la persistance des formes anciennes dans les sensibilités contemporaines montrent que l’auteure pense la tradition comme une présence continue, parfois voilée, jamais tout à fait abolie. Les racines poursuivent leur œuvre bien après la chute visible du tronc. Une telle pensée de la permanence souterraine donne à l’ouvrage sa gravité la plus émouvante. Elle nous rappelle que les civilisations ne meurent pas entièrement lorsque leurs sanctuaires sont détruits. Quelque chose subsiste dans la langue, dans les rythmes, dans les paysages, dans les rêves, dans les gestes. C’est peut-être là que réside l’une des plus belles leçons de ce livre.

Une tradition n’est vivante que si des veilleurs savent encore en reconnaître la braise sous la cendre.

Morgane Camiret apporte à cette œuvre une légitimité singulière

Morgane Camiret - source Éd. Atlantes
Morgane Camiret – source Éd. Atlantes

Formée dans des universités britanniques et françaises en littérature, philosophie analytique, histoire et histoire de l’art, elle conjugue une vaste culture à une authentique expérience de transmission. Enseignante et auteure, elle a publié des essais consacrés à l’histoire des croyances, aux peuples anciens et à l’art, ainsi que des romans historiques. Son parcours au sein de la Clairière de l’Ambre, après de longues années de maturation et d’étude, éclaire d’une lumière particulière ce livre où la connaissance acquise ne cherche jamais à dominer mais à transmettre. Chez elle, l’érudition n’est pas un surplomb. Elle devient hospitalité.

Ce volume mérite donc d’être salué pour ce qu’il accomplit réellement

Le Druidisme, ou la sagesse retrouvée des clairières

Il rend au druidisme sa noblesse intellectuelle, sa verticalité spirituelle, son épaisseur symbolique. Il rappelle que le sacré ne relève ni du divertissement ni de l’impatience identitaire. Il demande de l’humilité, de la patience, une fidélité au temps long et le consentement à être transformé par ce que l’on cherche. Dans une époque qui confond volontiers expression de soi et voie intérieure, Morgane Camiret oppose la belle austérité d’une tradition où l’homme ne grandit qu’en se mettant à l’écoute d’un ordre plus haut que lui. C’est cette exigence qui fait la valeur de son ouvrage. C’est aussi elle qui lui donne sa lumière durable.

Parce qu’il unit l’étude à la ferveur, la mémoire à la pensée, la nature au symbole et le visible à l’invisible, Le Druidisme laisse dans l’esprit une impression de rectitude rare. Il ne flatte ni les nostalgies ni les impatiences. Il rappelle, avec une force paisible, que toute sagesse véritable commence lorsque nous acceptons enfin de servir ce qui nous dépasse.

Le Druidisme, ou la sagesse retrouvée des clairières

Le Druidisme – Origines, philosophie et pratiques d’une tradition antique 

Morgane Camiret – Druide Becolloudios (préf.) – Grancher, coll. ABC Spiritualité-Religion, 2026, 176 pages, 16,50 € / L’éditeur, le SITE

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Selon la science, quelle est la part du cerveau qu’utilise vraiment un Franc-maçon ?

La question peut paraître provocatrice, presque ironique. Elle repose pourtant sur une idée profondément ancrée dans l’imaginaire collectif : celle selon laquelle l’être humain n’utiliserait que 10 % de son cerveau. Appliquée au franc-maçon, cette croyance prend une dimension particulière, comme si la démarche initiatique permettait d’accéder à une part cachée, mystérieuse, de nos capacités mentales. Mais que dit réellement la science ? Et surtout, la pratique maçonnique modifie-t-elle notre manière d’utiliser notre cerveau ?

Un mythe tenace : les 10 % du cerveau

Selon la science, quelle est la part du cerveau qu’utilise vraiment un Franc-maçon ?

Il faut commencer par une clarification essentielle et définitive : l’idée selon laquelle nous n’utiliserions que 10 % de notre cerveau est totalement fausse. Les recherches en neurosciences sont unanimes sur ce point. Nous utilisons la quasi-totalité de notre cerveau, et toutes les régions cérébrales ont une fonction précise. Aucune zone n’est « inactive » ou inutile.

Les techniques d’imagerie cérébrale, notamment l’IRM fonctionnelle, montrent que de nombreuses régions du cerveau sont actives en permanence, même lors de tâches simples ou pendant le repos. D’un point de vue biologique, cette idée des 10 % n’a d’ailleurs aucun sens. Le cerveau représente environ 2 % de la masse corporelle, mais il consomme près de 20 % de l’énergie totale de l’organisme. Un tel coût énergétique rendrait impossible l’existence de 90 % de tissu « inutile ». Autre argument décisif : la moindre lésion cérébrale, même minime, entraîne des déficits mesurables, qu’il s’agisse de troubles moteurs, sensoriels, cognitifs ou émotionnels. Cela prouve que chaque zone joue un rôle indispensable.

Une réalité plus subtile : usage total, activation variable

Selon la science, quelle est la part du cerveau qu’utilise vraiment un Franc-maçon ?

Si le mythe des 10 % est scientifiquement infondé, il contient néanmoins une confusion intéressante qui mérite d’être explorée. Nous utilisons bien tout notre cerveau, mais pas toutes les zones au même moment ni avec la même intensité. Le cerveau est un système dynamique et distribué. Selon les tâches que nous accomplissons, certaines régions s’activent fortement tandis que d’autres fonctionnent en arrière-plan, en mode « veille » ou de soutien.

Cette activation variable explique pourquoi nous avons parfois l’impression de n’utiliser qu’une partie de nos capacités. Il ne s’agit pas d’un manque de matière grise, mais d’une question d’organisation et d’efficacité neuronale.

Et le franc-maçon dans tout cela ?

Selon la science, quelle est la part du cerveau qu’utilise vraiment un Franc-maçon ?

D’un point de vue strictement scientifique, la réponse est claire et sans ambiguïté : il n’existe aucun pourcentage spécifique d’utilisation du cerveau propre aux francs-maçons. Il n’existe pas non plus de « cerveau maçonnique » distinct de celui du reste de l’humanité. Un franc-maçon utilise exactement le même cerveau que tout le monde, avec les mêmes 100 % de ses structures anatomiques et fonctionnelles.

Là où la différence peut apparaître, ce n’est pas dans la quantité de cerveau mobilisée, mais dans la qualité et la nature de son usage. Certaines activités associées à la démarche maçonnique sollicitent particulièrement des fonctions cognitives élevées. Parmi elles figurent la pensée symbolique – cette capacité à interpréter des symboles, à relier des idées abstraites et à construire du sens à partir d’éléments apparemment disparates –, la métacognition, c’est-à-dire la capacité à réfléchir sur sa propre pensée et à se remettre constamment en question, la régulation émotionnelle – maîtriser ses réactions, différer le jugement, écouter sans interrompre – ou encore le langage structuré, qui consiste à organiser une pensée, à la formuler clairement et à l’argumenter avec rigueur.

Ces fonctions sont bien identifiées en neurosciences et en psychologie cognitive comme des compétences qui peuvent être entraînées et renforcées par la pratique régulière.

La clé scientifique : la neuroplasticité

Selon la science, quelle est la part du cerveau qu’utilise vraiment un Franc-maçon ?

Le cerveau n’est pas une structure figée une fois pour toutes. Il se modifie en permanence en fonction de ce que nous faisons, de ce que nous pensons et de ce que nous répétons. C’est ce que l’on appelle la neuroplasticité. Autrement dit, ce que nous pratiquons régulièrement finit par transformer nos circuits neuronaux. Un musicien développe certaines zones auditives et motrices, un méditant renforce ses capacités d’attention et de pleine conscience, un lecteur assidu améliore ses réseaux cognitifs liés à la compréhension et à la mémoire.

Un franc-maçon qui s’engage dans un véritable travail sur lui-même peut donc, par la répétition des exercices symboliques, rituels et réflexifs, développer certaines fonctions mentales spécifiques. Mais cette transformation n’est pas automatique. Elle dépend entièrement de la régularité, de la profondeur et de la sincérité de la pratique.

Une illusion dangereuse : croire que le cadre suffit

Selon la science, quelle est la part du cerveau qu’utilise vraiment un Franc-maçon ?

C’est ici que la réflexion devient plus exigeante et plus inconfortable pour le franc-maçon d’aujourd’hui. Le simple fait d’être initié ou de fréquenter une loge ne garantit aucune transformation cérébrale ou spirituelle. Deux écueils reviennent souvent : croire que l’initiation transforme automatiquement l’individu, et confondre la participation passive avec un véritable travail intérieur.

La science comme l’expérience maçonnique le confirment : sans pratique régulière et engagée, il n’y a aucune modification durable des circuits neuronaux. Deux tenues par mois, aussi riches soient-elles, ne suffisent pas à remodeler en profondeur les habitudes cognitives. Le cerveau a besoin de répétition, de discipline et de confrontation réelle avec soi-même pour évoluer.

Le vrai enjeu : la qualité du travail intérieur

Selon la science, quelle est la part du cerveau qu’utilise vraiment un Franc-maçon ?

La question du pourcentage devient alors presque secondaire. La vraie interrogation est ailleurs : comment utilisons-nous notre cerveau ? Car les dérives observées aujourd’hui – polarisation politique extrême, réactions impulsives, perte de nuance, querelles fratricides sur les réseaux – ne traduisent pas un manque de capacité cérébrale, mais un mauvais usage de fonctions pourtant pleinement disponibles.

La science le confirme : nous avons tous les outils cognitifs nécessaires, mais nous ne les mobilisons pas toujours efficacement. À l’heure où les réseaux sociaux amplifient les émotions les plus primitives, où les algorithmes influencent nos décisions et où les débats se radicalisent, la question n’est plus « combien de cerveau utilisons-nous ? », mais « sommes-nous encore capables de penser par nous-mêmes ? ».

Pour terminer…

La science est formelle : un franc-maçon n’utilise ni 10 %, ni 20 %, ni même 50 % de son cerveau. Il utilise 100 % de son cerveau, comme tout être humain. Mais là où réside la différence potentielle, c’est dans la manière dont il l’utilise : plus consciente ou non, plus maîtrisée ou non, plus orientée vers l’unité ou vers la division.

En définitive, la franc-maçonnerie n’offre pas un cerveau supplémentaire. Elle propose une méthode ancienne et exigeante pour mieux utiliser celui que nous possédons déjà. Encore faut-il l’appliquer avec constance et sincérité. Et cela, aucune science ne peut le faire à la place de l’homme.

Le véritable travail reste, comme toujours, intérieur.

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Attouchements, le code secret des francs-maçons… ou plus si affinités

La diffusion en librairie du Dictionnaire malicieux du vocabulaire maçonnique est très proche (en mai). J’en reprends pour vous, chers lecteurs, un extrait dans cet article.

Les attouchements maçonniques, poignée de main secrète

Les attouchements, c’est le handshake (poignée de main) maçonnique, le petit coucou secret entre francs-maçons pour se reconnaître – un peu comme un mot de passe, mais en version main dans la main. Ça change selon les grades, et chaque niveau a son style bien à lui pour dire «Hey, t’es des nôtres.

Déjà chez les Orphiques et les Gnostiques, on se chatouillait le creux de la main pour se reconnaître – mais ça n’a pas plu à tout le monde. Les Pères de l’Église, en mode drama queens, ont crié au scandale : «C’est un mariage avec les démons.» Faut dire que ce petit chatouillis initiatique, ce n’est pas juste une poignée de main de profanes, mais un rituel précis pour se dire «T’es dans le club.»  (Trois Coups Distincts, 1760, Note 11, Gilles Pasquier, p. 90).

Pour les Apprentis, l’attouchement est tout un art. Tu prends la main droite de ton frère ou de ta sœur, et hop, tu fais discrètement quelques pressions bien précises sur une partie de la main, selon le degré d’identification.

Attouchements, le code secret des francs-maçons... ou plus si affinités

En 1745, Le Sceau rompu donne une description qui prête à sourire : «Si un maçon presse la première jointure de l’index pour reconnaître un frère, ce dernier doit presser la jointure du doigt suivant. Si c’est la deuxième jointure qu’on presse, faut passer au troisième doigt. Mais attention, on ne va jamais plus loin que le second doigt après l’index – et si un frère s’y risque, tu reviens direct à l’index.»  Un vrai jeu de doigts, on dirait presque une chorégraphie.

Attouchements, le code secret des francs-maçons... ou plus si affinités

Les attouchements d’Apprenti et de Compagnon au REAA

Au REAA, l’attouchement de l’apprenti, c’est du sérieux : tu prends la main droite, tu frappes trois petits coups égaux avec ton pouce sur la première phalange de l’index, puis tu presses légèrement avec l’ongle du pouce – une sorte de «Toc-toc, c’est moi.» qui demande le mot sacré. En réponse, l’autre te donne le mot du grade, et voilà, t’es reconnu.

Attouchements, le code secret des francs-maçons... ou plus si affinités

Pour le compagnon, on monte d’un cran.
tu tends la main droite, tu places ton pouce entre le médium et l’annulaire de l’examinateur, et ça appelle le mot de passe, Schibboleth. Ensuite, tu presses l’ongle du pouce sur la première phalange du médium, et là, l’autre doit dire le mot sacré, Jakin – un vrai dialogue codé.

Attouchements, le code secret des francs-maçons... ou plus si affinités

La griffe du Maître, de la patte du lion au Manuscrit Sloane

Au niveau maître, l’attouchement devient une grippe amicale – une poignée de main fraternelle qui te permet de reconnaître un frère, que ce soit dans le noir ou en pleine lumière. Aujourd’hui, entre maîtres, on parle de griffe pour se saluer, une manière stylée de dire «Salut, collègue.»  (Franc-maçonnerie, décryptage de sa théâtralité Solange Sudarskis, éd. Le compas dans l’œil, octobre 2025).
La griffe, c’est le signe ultime entre maîtres maçons, un handshake qui a traversé les âges et les polémiques.

La griffe, c’est aussi tout un art : tu utilises trois doigts pour former un triangle – un clin d’œil géométrique, bien sûr. Chaque doigt a sa vibe : le pouce, c’est la volonté (les Romains l’utilisaient déjà, et les catholiques le font au baptême). Chez les maçons, le pouce reste toujours écarté, prêt à agir. La griffe du Maître, c’est une entente, un jumelage, une solidarité à toute épreuve. Les cinq doigts sont tous dans le coup, comme une équipe de choc pour sceller une fraternité indestructible.

Attouchements, le code secret des francs-maçons... ou plus si affinités

Dans les Rites des Ancients, comme au REAA (Guide des Maçons Écossais, 1814), la griffe du maître évoque la patte du lion. Le lion, c’est le symbole de la tribu de Juda, celle qui a donné David et Salomon – rien que ça. C’est un signe de force et de royauté, mais aussi un clin d’œil à Saint Marc, où le lion représente la Terre et la matérialité. On peut aussi faire un parallèle avec l’aigle, symbole de Saint Jean l’Évangéliste, qui représente l’air, le ciel, la spiritualité. En alchimie, l’aigle terrassant le lion, c’est le passage du matériel au spirituel – un vrai voyage initiatique.

Le Manuscrit Sloane (un des Anciens Devoirs, p.23) donne une description précise de la griffe du maître : «On se saisit la main droite, on appuie fort les ongles des quatre doigts sur le carpe ou l’extrémité du poignet, tout en enfonçant l’ongle du pouce entre la deuxième jointure du pouce et la troisième de l’index.»  Mais certains ajoutent une touche poétique : «Le médius doit aller un peu plus loin, d’un pouce ou de la longueur de trois grains d’orge, pour toucher une veine qui vient du cœur.»  Un handshake qui va droit au cœur, littéralement.

En Maçonnerie, les mains symbolisent l’union et la connaissance. C’est par les mains qu’on relève le maître, et par la parole qu’il est ressuscité.
Jean Mallinger explique le rituel : pour initier, il faut une semence de vie dans un milieu réceptif – la Chambre du Milieu de la Mère. Le néophyte ferme sa main en griffe, comme une cavité prête à recevoir le germe de vie. L’initiateur glisse son médius dans cette cavité, ferme sa griffe sur la main du néophyte, et bam : «Je te crée Maître.» (Les Secrets du Grade de Maître) 

Le Catéchisme des trois coups distincts (1760) donne une vibe plus fraternelle : «Main contre main, ça veut dire que je tendrai toujours la main à un frère ou une sœur pour l’aider, tant que je peux.»  

La griffe, c’est un vrai code moral. Aujourd’hui, entre maîtres, c’est la manière de se saluer.

Grippe et griffe : l’attouchement au temps d’Hiram

Mais on parle aussi de grippe – un mot francisé de l’anglais «grip». Au REAA, ça désigne les attouchements d’Apprenti et de Compagnon, mais au 3e degré, grippe et griffe, c’est la même chose. Dans les rites anglo-saxons, on y associe le mot de passe Tubalcaïn, donné parfois par syllabes (tu-bal-ca-in), parfois en entier. Le Rite forestier explique : «La grippe, c’est l’union intime qui doit régner entre nous et les secours qu’on se doit mutuellement.»

Le Rituel du marquis de Gages (1763) ajoute une anecdote historique []. Avant la mort d’Hiram, les maîtres allaient chercher leur salaire le samedi dans la Chambre interne. Là, Hiram leur demandait mot, signe, attouchement, passe, et signification. L’attouchement ? «Ils prenaient Hiram par la première jointure du médius en disant Jakin, puis la deuxième en disant Boaz, puis la troisième en disant Jéhovah – nous sommes 3593 Maîtres pour ce salaire.»  Après la mort d’Hiram, ces chiffres prennent un sens : trois forment, cinq composent, neuf cherchent le corps du Maître, et trois l’assassinent – un vrai thriller maçonnique.

Ces attouchements, c’est le handshake qui transforme une simple poignée de main en un vrai rituel maçonnique – alors, prêt à serrer des mains comme un pro… ou juste à jouer à «devine mon grade»  avec les doigts ?

Un attouchement particulier : les cinq points parfaits qui font du simple maçon un maître maçonnique

Attouchements, le code secret des francs-maçons... ou plus si affinités

Les Cinq Points Parfaits, c’est le bouquet final du relèvement du maître lors de la cérémonie de passage – un moment où tu passes de «simple maçon»  à «star maçonnique». Ces points sont un attouchement spécial, un peu comme un high-five (« tape-m’en cinq ») initiatique, mais avec une touche de magie et de symbolisme.

Déjà chez les opératifs, ces points existaient sous le nom de Guilbrette, une vieille tradition des compagnons pour se reconnaître – un peu comme un code secret entre collègues de chantier, et ça existe encore aujourd’hui. À l’époque, on les appelait les «cinq points du Compagnonnage». Dans les rites anglo-saxons, on les nomme Cinq Points de la Fraternité, et côté francophone, ça devient les Cinq Points de la Perfection Magistrale, ou encore les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise – autant de noms pour dire «T’es un boss maintenant.»

Harry Carr, dans The Free Mason at Work, raconte que le Manuscrit Graham est le premier à parler du redressement d’un corps dans un contexte maçonnique, avec ces cinq points. Ils tirent leur puissance de cinq origines : une divine (le Christ, la tête et la pierre d’angle) et quatre temporelles (Pierre alias Cephas, Moïse qui grava les commandements, Betsaléel le meilleur maçon, et Hiram, plein de sagesse et d’intelligence).
C’est en 1724 que des textes maçonniques mentionnent les Cinq Points Justes, mais c’est vers 1730 que la Maçonnerie traditionnelle ajoute un Mot Sacré – un mot clé qui donne aux cinq points leur caractère «parfait», en unissant l’humain et le divin.
Dans le manichéisme, ça rappelle l’esprit vivant et la mère de vie qui descendent dans les ténèbres pour sauver l’homme primordial, le hissant hors de l’abîme avec une main droite salvatrice – un vrai sauvetage cosmique.

Les gestes des Cinq Points Parfaits selon les rites

Alors, comment ça marche ? Voici les Cinq Points Parfaits :
Tu te saisis mutuellement le poignet droit en formant la Griffe – le fameux handshake qui rugit.
Tu rapproches ton pied droit du sien, côté intérieur – un pas de danse fraternel.
Tu colles vos poitrines du côté droit – un câlin viril, mais codé.
Tu fais toucher vos genoux droits – un peu comme un check de genoux.
Tu poses ta main gauche sur son épaule droite (vers le dos) pour vous attirer l’un à l’autre, ou tu tends le bras gauche derrière lui en mode salut romain, signe de protection.
De profil, ça forme une étoile à cinq branches, symbole des Cinq Points de la Fraternité au RSE/REE – stylé, non ?

Au Rite Écossais, selon Ragon (Tuileur de la Franc-maçonnerie, 1861, p.27), ça se passe comme ça : 1) pieds droits qui se rapprochent côté intérieur ; 2) genoux droits qui se touchent et poitrines qui se collent ; 3) main gauche sur l’épaule droite pour se serrer fort ; 4) mains droites qui se saisissent en griffe pour embrasser la paume. Ensuite, chacun prononce alternativement les trois syllabes du mot sacré – un vrai duo vocal.
Au RER, ces points rappellent la sincérité, la cordialité, et l’union entre maçons, avec l’obligation de s’entraider à fond.
Au Rite Émulation, ils correspondent à cinq signes du grade : le Signe d’Horreur, le Signe de Compassion, le Signe Pénal, le Signe de Douleur et de Détresse, et le Signe d’Admiration et de Triomphe (aussi appelé Grand Signe ou Signe Royal) – un festival d’émotions.

Et ça va plus loin : comme le corps a ses sens extérieurs, l’âme a ses sens spirituels, qui correspondent aux cinq points : 1) le sens humain (l’humanité), 2) le sens moral (le bon et l’honnête), 3) le sens intellectuel (le vrai et le juste), 4) le sens esthétique (le beau et le sublime), 5) le sens religieux (le saint et le divin). Ces points, c’est une étoile qui brille dans l’âme du maître.

Les Cinq Points Parfaits te métamorphosent en corps radieux, et te transforme en étoile maçonnique.

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Gargantua, le géant solaire caché dans la pierre de France

Avec Laurent Segalini, Gargantua quitte le seul rire rabelaisien pour redevenir une puissance très ancienne du sol, du ciel et de la mémoire. Sous la figure du grand avaleur reparaissent une mythologie gauloise, des survivances chrétiennes, des rites de métiers et toute une géographie sacrée que la franc-maçonnerie peut encore entendre.

Il fallait un regard singulièrement exercé pour rendre à Gargantua son antique gravité

Francois_Rabelais
Francois_Rabelais

Laurent Segalini y parvient avec une sûreté remarquable. Son livre arrache le géant à l’habitude scolaire qui le réduit trop volontiers à l’ombre portée de François Rabelais. Il le reconduit vers une profondeur plus obscure, plus vaste, plus ancienne aussi, où la littérature, le folklore, la mémoire des terroirs, les mutations religieuses et les vieux soubassements mythiques cessent de s’opposer pour recomposer une seule et même présence. Gargantua n’est plus seulement un personnage. Il devient une force, presque une fonction sacrée, un principe de modelage du monde. Il avale, il déplace, il taille, il creuse, il laisse des empreintes, il renverse des blocs, il féconde les terres, il marque les cols, les buttes, les rivières, les mégalithes, les sanctuaires et jusqu’aux souffles du ciel. Ce que Laurent Segalini restitue avec une rare justesse, c’est cette souveraineté du mythe sur l’espace. Le géant ne vit pas au-dessus du paysage, il le pense de l’intérieur, il lui donne forme, il y dépose sa mémoire.

Cette lecture nous touche d’autant plus qu’elle rejoint des régions symboliques que la sensibilité initiatique reconnaît aussitôt.

Le Gargantua de Laurent Segalini appartient à la terre, certes, par ses pas, sa gorge, son ventre, sa pilosité, sa vigueur fécondante, ses meules, ses pierres et ses jeux de force

Gargantua, le géant solaire caché dans la pierre de France

Mais il appartient aussi au ciel. Le livre montre admirablement comment les traditions rapportées au géant s’ordonnent autour des cycles de l’année, des vents, des pluies, du soleil, de l’orage, de la lumière caniculaire et même de Sirius. Cette dimension céleste n’est pas un ajout tardif. Elle donne à la figure gargantuine sa stature véritable. Le géant n’est pas un colosse de foire. Il est un médiateur entre les étages du monde. Il se tient à la jonction du tellurique et de l’astral, du corps et du cosmos, de la gorge qui dévore et du verbe qui ordonne. Laurent Segalini suit avec finesse la manière dont cette puissance a pu être successivement rapprochée d’Hercule gaulois, de saint Christophe, de saint Michel, de saint Blaise, de saint Jacques, parfois de figures plus archaïques encore, serpentines, taurines ou solaires. L’érudition ne dessèche jamais l’intuition. Elle la fortifie. Nous comprenons alors que Gargantua fut moins une fable qu’une immense chambre d’échos où se sont conservées des strates de sacré.

Il faut dire aussi combien la beauté visuelle de l’ouvrage contribue à cette remontée dans les profondeurs

Gargantua, le géant solaire caché dans la pierre de France

L’auteur ne propose pas seulement un texte nourri, il compose un véritable parcours du regard. Les illustrations sont d’une qualité remarquable, non seulement par leur intérêt documentaire, mais par leur pouvoir d’évocation. Elles ne viennent jamais orner le propos comme un supplément aimable. Elles l’approfondissent, elles le déploient, elles lui donnent chair. Chaque image agit comme une preuve sensible et comme une relance de l’imaginaire. Gravures anciennes, chroniques imprimées, figures de saints, cartes postales, images populaires, réminiscences carnavalesques ou légendaires, tout cela compose une procession iconographique d’une grande intelligence. Le lecteur ne reçoit pas seulement des arguments, il voit la longue survie du géant. Il la voit dans les traits d’une barbe effrayante, dans l’allure d’un roi démesuré, dans la courbe d’un rocher, dans l’étrangeté d’un timbre, dans l’archaïsme d’une image pieuse ou dans la vigueur d’une scène populaire. C’est là une des forces majeures du volume. Les illustrations ne commentent pas le mythe, elles montrent comment le mythe continue de migrer d’un support à l’autre, d’un siècle à l’autre, d’une croyance à l’autre.

Cette qualité iconographique est d’autant plus précieuse qu’elle répond exactement au sujet.

Gargantua appartient à une civilisation du signe incarné

Gargantua imaginée par Gustave Doré (gravure, 1873).
Gargantua imaginée par Gustave Doré (gravure, 1873).

Il laisse des traces, des profils, des silhouettes, des reliefs, des visages de substitution. Il fallait donc que le livre sache donner à voir cette sédimentation du sens. Laurent Segalini y réussit pleinement. Certaines reproductions possèdent la rudesse des témoignages anciens, d’autres la naïveté savante de l’imagerie populaire, d’autres encore la force équivoque des survivances religieuses. Toutes disent à leur manière que la mémoire ne se transmet pas seulement par le texte, mais par la vision, par l’empreinte, par la persistance des formes. Nous retrouvons là une leçon profondément initiatique. Voir juste, ce n’est pas illustrer une idée, c’est reconnaître dans une forme la survivance d’un monde. Ce livre nous invite précisément à cet exercice du regard.

C’est ici que l’ouvrage devient, pour nous, particulièrement précieux.

Car Laurent Segalini ne se contente pas d’éclairer une survivance populaire

Grand G qui inclut un petit A, se traduisant par « J’ai grand appétit », a peut-être influencé le choix du nom Gargantua
Grand G qui inclut un petit A, se traduisant par « J’ai grand appétit », a peut-être influencé le choix du nom Gargantua
Gargantua, le géant solaire caché dans la pierre de France

Il touche à une vérité plus haute concernant la transmission elle-même. Une tradition ne naît pas au moment où elle s’écrit. Elle circule longtemps avant dans les chemins, dans les pèlerinages, dans les noms de lieux, dans les usages d’atelier, dans les substitutions chrétiennes, dans les réemplois de sanctuaires et dans la patience des peuples. Le géant de ce livre est un passeur. Il traverse les siècles comme il traverse les monts. Il change de visage sans perdre son noyau. Sous les noms de saints, sous les habits du carnaval, sous la satire rabelaisienne, sous la morale chrétienne, sous les interprétations savantes, quelque chose demeure. Ce quelque chose, Laurent Segalini le nomme sans lourdeur et sans emphase. C’est une vitalité. Une énergie formatrice. Une mémoire qui ne renonce jamais tout à fait à elle-même.

La portée maçonnique du livre apparaît alors avec éclat.

Car ce Gargantua des pierres, des hauteurs et des passages rejoint toute une méditation sur l’acte de bâtir

Gargantua, le géant solaire caché dans la pierre de France

Il y a chez lui du maître d’œuvre primordial. Il distribue des masses, institue des seuils, dresse des repères, règle des circulations, sacralise des emplacements. Lorsque Laurent Segalini explore les liens entre Gargantua, les métiers du bâtiment, la symbolique de l’Hercule gaulois, les confréries de bâtisseurs, la polarité des dates, la lecture des noms saints et jusqu’à certaines résonances avec le Temple de Salomon et les deux colonnes, il ne verse jamais dans la surinterprétation gratuite. Il montre comment un imaginaire de métier a pu reconnaître dans le géant une très ancienne dignité opérative. Nous y entendons, nous-mêmes, quelque chose de profondément fraternel. Non pas un dogme plaqué sur les récits, mais l’intuition qu’avant même les codifications spéculatives, l’Europe des constructeurs, des tailleurs de pierre, des passeurs et des pèlerins travaillait déjà dans un bain symbolique commun où le cosmos, la route, la pierre et le souffle dialoguaient sans cesse.

La réussite du livre doit beaucoup à la qualité de son auteur

Gargantua, le géant solaire caché dans la pierre de France

Laurent Segalini n’est pas seulement un historien des XVIe et XVIIIe siècles et un préhistorien, docteur en anthropologie, chercheur associé au CNRS. Il est aussi, de toute évidence, un lecteur des continuités cachées. Sa trajectoire le montre. Sous divers noms de plume, il a consacré de nombreux travaux à l’hermétisme, aux initiations de métiers et aux traditions populaires.

Laurent Segalini
Laurent Segalini

Sa bibliographie, dispersée en apparence mais très cohérente dans son mouvement profond, poursuit la même quête, celle des passages entre culture savante et mémoire symbolique, entre rite et territoire, entre histoire et survivance. Son travail actuel de conservateur du musée de la franc-maçonnerie donne à cette enquête une résonance supplémentaire. Il connaît le poids des objets, la lente éloquence des signes, la manière dont une civilisation se raconte à travers ce qu’elle croit avoir laissé derrière elle. C’est pourquoi son écriture possède cette densité rare qui n’écrase jamais le lecteur. Elle avance avec clarté, mais une clarté habitée, nourrie de longue fréquentation des mythes, des archives et des formes.

Ce que nous retenons surtout, c’est la manière dont Laurent Segalini rend à Gargantua sa noblesse spirituelle sans l’arracher à sa chair populaire.

Le géant demeure gourmand, truculent, parfois grotesque, volontiers carnavalesque

Gargantua, le géant solaire caché dans la pierre de France

Mais cette corporéité n’abaisse rien. Elle dit au contraire la grandeur d’une pensée qui ne sépare pas la matière de l’esprit. Dans cette perspective, Gargantua peut être lu comme une figure de l’homme total, non encore amputé, tenant ensemble la montagne et la gorge, le soleil et la meule, la pluie et le chantier, l’excès de vie et l’ordre des formes. Cette leçon résonne puissamment aujourd’hui. Dans une époque qui fragmente tout, Laurent Segalini nous rappelle que les anciens savaient confier à un géant ce qu’ils pressentaient de la création, de la fécondité, de la violence, du langage et du sacré. Il fallait retrouver cette stature. Ce livre y parvient avec une autorité tranquille, et parfois avec une véritable beauté intérieure.

Avec Laurent Segalini, Gargantua redevient plus qu’un nom célèbre de notre littérature

Gargantua, le géant solaire caché dans la pierre de France

Il redevient une mémoire debout, un ancien maître des passages, un veilleur colossal posé entre la pierre, le souffle et l’astre. Et grâce à la splendeur discrète de son appareil iconographique, cette résurrection ne se contente pas d’être démontrée. Elle se donne aussi à voir. C’est beaucoup plus qu’une étude savante sur un géant. C’est une méditation sur ce que la France profonde n’a jamais tout à fait cessé de savoir.

Gargantua

Laurent Segalini – Éditions Dervy, coll. Les symboles de notre Histoire, 2026, 80 pages, 12,90 € – numérique 8,99 € / DERVY, une marque du groupe Guy Trédaniel

Gargantua, le géant solaire caché dans la pierre de France

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L’Anthropocène au miroir du Temple

Avec L’humain, le vivant, la planète, la Grande Loge de France donne à lire une méditation collective d’une rare actualité sur la crise de notre temps. Non pas seulement crise écologique, mais crise de l’âme, crise de la mesure, crise de la juste place de l’homme dans l’ordre du monde.

À travers la voie du Rite Écossais Ancien et Accepté, ce texte replace le vivant au cœur de l’initiation et rappelle que la Terre n’est pas un objet à conquérir, mais le premier Temple confié à notre responsabilité.

Ce recueil porte une signature singulière

Son auteur véritable n’est pas un individu isolé, mais une conscience fraternelle en travail, celle des Loges de la Grande Loge de France, réunies autour d’une interrogation majeure de l’année maçonnique 2024-2025.

Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France

Cette écriture collective lui donne une force particulière. Elle ne parle pas depuis le surplomb d’une doctrine, mais depuis l’épaisseur d’une expérience initiatique partagée. La parole y circule comme une lumière reçue, éprouvée, transmise.

Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître de la Grande Loge de France

Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France, et Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître, inscrivent cette réflexion dans la fidélité d’une tradition qui ne sépare jamais l’amélioration morale et spirituelle de l’humanité de la responsabilité envers la cité, envers la Terre, envers le vivant. Cette filiation n’est pas institutionnelle seulement. Elle est spirituelle. Elle rappelle que le Rite Écossais Ancien et Accepté n’a jamais été une voie de retrait du monde, mais une discipline de transfiguration du regard.

Le grand mérite de L’humain, le vivant, la planète est de refuser l’opposition paresseuse entre écologie et spiritualité, entre science et symbole, entre urgence contemporaine et tradition initiatique.

L’ouvrage comprend que l’Anthropocène n’est pas uniquement une donnée géologique ou climatique

Il est le nom d’un désaccord intérieur. L’homme moderne a cru pouvoir transformer le monde sans se transformer lui-même. Il a confondu maîtrise et sagesse, puissance et élévation, production et accomplissement. Ce déplacement est au cœur du texte. La question écologique devient alors une question maçonnique fondamentale. Quelle pierre sommes-nous en train de tailler lorsque nous exploitons sans mesure ce qui nous porte. Quel Temple prétendons-nous bâtir lorsque les fondations mêmes du vivant sont blessées. Quelle Lumière cherchons-nous lorsque la clarté artificielle du progrès nous éloigne du rayonnement intérieur.

La méditation proposée revient sans cesse à cette idée essentielle

L’homme n’est pas extérieur au vivant. Il n’en est ni le propriétaire, ni le surveillant orgueilleux, ni le consommateur absolu. Il en est une expression consciente, et cette conscience ne lui donne pas des droits illimités, mais des devoirs plus vastes. La tradition hermétique affleure ici avec une belle évidence. Le microcosme humain répond au macrocosme. Ce qui se dérègle dans notre rapport à la Terre révèle ce qui s’est obscurci dans notre propre Temple intérieur. La crise du monde n’est pas seulement devant nous. Elle est en nous. Elle indique une rupture de l’axe, une perte du fil à plomb, une fatigue du sens.

La richesse symbolique de l’ouvrage tient à sa capacité d’interpréter les outils maçonniques comme des instruments d’une éthique du vivant

Blason GLDF
Blason GLDF

L’Équerre devient rectitude dans l’usage des ressources. Le Compas rappelle la limite, cette limite féconde sans laquelle la liberté devient prédation. Le Niveau élargit l’égalité à une fraternité plus vaste, où l’humain n’écrase plus les autres formes de vie, mais reconnaît leur dignité dans l’économie sacrée du monde. Le Fil à Plomb restaure la verticalité, non comme domination, mais comme alignement avec une loi plus haute que l’ego. L’Étoile Flamboyante, enfin, rappelle que la connaissance ne vaut que si elle éclaire l’action. Nous retrouvons là une écologie initiatique, non une morale extérieure, mais une ascèse de la mesure.

Ce qui touche profondément dans ce texte, c’est sa manière de replacer la Terre au cœur de la voie vers la Lumière

Trop souvent, la spiritualité s’est rêvée comme arrachement au monde sensible. Ici, au contraire, la Terre devient matrice, seuil, humus sacré de l’élévation. La Lumière ne fuit pas la matière. Elle s’y révèle. Elle y prend corps. Elle y trouve son épreuve. Le Cabinet de Réflexion, la descente en nous-mêmes, la confrontation à la mort et à la matière obscure prennent alors une résonance cosmique. V.I.T.R.I.O.L. n’est plus seulement une formule de l’intériorité, mais un appel à redescendre vers les racines de notre présence terrestre afin d’y retrouver la pierre cachée, celle d’une humanité réconciliée avec sa propre origine.

L’ouvrage évite ainsi l’écueil d’une écologie de surface

Il ne se contente pas d’appeler à protéger, préserver, corriger. Il demande plus profondément de convertir le regard. Voir le vivant comme un partenaire d’évolution. Voir la Terre comme un Temple premier. Voir la technique comme un outil qui doit être ordonné par la Sagesse, soutenu par la Force, couronné par la Beauté. Cette triade donne au texte sa respiration la plus authentiquement maçonnique. La Sagesse discerne la finalité. La Force empêche le renoncement. La Beauté sauve l’action de la sécheresse gestionnaire. Sans Beauté, aucune civilisation ne tient longtemps, car la Beauté seule rend désirable l’harmonie.

Nous retrouvons aussi, dans ces pages, une pensée exigeante de la fraternité.

La fraternité n’y demeure pas enfermée entre les murs de la Loge

Elle s’élargit, elle respire, elle devient relation. Elle unit les vivants, les générations, les cycles, les présences visibles et invisibles. Cette fraternité élargie n’abolit pas la dignité propre de l’homme. Elle l’accomplit. Car l’homme n’est grand que lorsqu’il sert plus grand que lui. Là se tient peut-être l’une des intuitions les plus fortes du recueil. La dignité humaine ne consiste pas à s’extraire de la nature, mais à devenir responsable de l’alliance qui nous relie à elle.

Cette lecture possède enfin une portée historique et spirituelle

Elle inscrit la Grande Loge de France dans une tradition où l’initiation ne se satisfait pas de la contemplation des symboles, mais exige leur incarnation. La Loge devient laboratoire de l’avenir, non refuge de mémoire. Le Franc-maçon n’est pas invité à se faire prédicateur, mais témoin. Témoin d’une mesure possible. Témoin d’une sobriété qui ne soit pas privation, mais retour à la plénitude. Témoin d’un progrès qui ne sacrifie ni la science, ni l’esprit, ni l’homme, ni le vivant. À l’heure où tant de discours publics oscillent entre l’effroi et le déni, cette parole maçonnique offre autre chose. Une gravité calme. Une espérance sans naïveté. Une voie de construction.

L’humain, le vivant, la planète n’est donc pas seulement une contribution à une réflexion environnementale

C’est une planche collective sur la juste place de l’homme dans le Temple de l’Univers. C’est un appel à retrouver l’Alliance, non comme nostalgie d’un âge perdu, mais comme tâche présente. Nous y entendons une injonction fraternelle à refaire de notre puissance une responsabilité, de notre savoir un discernement, de notre présence sur Terre une œuvre de réconciliation. Le vivant y devient miroir de la Lumière. La planète y devient autel silencieux. L’humain y redevient apprenti.

À l’heure où l’Anthropocène révèle la démesure de l’homme, la Grande Loge de France rappelle que la véritable modernité ne sera pas celle qui dominera davantage le monde, mais celle qui saura enfin l’habiter avec mesure, gratitude et lumière.

L’humain, le vivant, la planète
Question à l’étude des Loges
Grande Loge de France, 2025, 30 pages, Téléchargement gratuit
Publication de la Grande Loge de France, 8, rue Louis Puteaux, 75017 Paris

Promenade dans le Temps… et dans le Temple

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

Il y a des moments où l’on se retourne et où l’on ne reconnaît plus la distance parcourue.

Il semble que c’était hier que vous franchissiez ce seuil pour la première fois, un peu tremblant, un peu curieux, le cœur gonflé de questions que vous ne saviez pas encore formuler. Je me souviens de chaque détail de cette journée : l’odeur du bois, la lumière tamisée, le silence qui semblait différent de tous les autres. Un silence qui attendait quelque chose de moi. Puis vous levez les yeux et vous constatez qu’une, dix, vingt, quarante ans ont passé. Et vous vous demandez : quand cela s’est-il produit ?

Le temps s’enfuit.

Le temps passe vite.

Mais sa fuite n’a pas été vaine. Chaque année passée en Loge a laissé une trace. Pas toujours belle, il faut bien le dire. Il y a eu des moments où je fréquentais le Temple avec la frénésie de quelqu’un qui a enfin trouvé un foyer, chaque semaine, chaque cérémonie, chaque chaîne d’union vécue comme si c’était la dernière.

Je suis arrivé avant les autres et reparti plus tard. J’éprouvais cette soif de connaissance propre à celui qui vient de comprendre qu’il existe un niveau de compréhension plus profond et qui souhaite l’explorer sans relâche.

Et puis, il y a eu d’autres moments où la simple idée de rentrer me pesait. Je ne saurais l’expliquer précisément, et j’ai fini par abandonner. Peut-être que je n’avais pas l’énergie, peut-être que je n’étais plus moi-même.

Le Temple était là, comme toujours, patient et immobile. C’était moi qui étais ailleurs. Dans ces moments-là, je prenais mes distances, parfois pendant des semaines, parfois pendant des mois. Sans drame, sans grandes déclarations. Je ne pouvais tout simplement pas entrer. Le seuil était le même, mais je n’étais pas prêt à le franchir.

Tempora mutatur, nos et mutamur in illis.

Les temps changent, et nous changeons avec eux.

couple avec enfant sous le soleil couchant

Durant ces années, j’ai tout vécu. J’ai trouvé l’amour, je me suis mariée, et mes frères et sœurs étaient présents à mon mariage. J’ai eu une fille, et je lui ai lu des histoires sur l’énergie d’Hiram et la franc-maçonnerie. J’ai bâti une carrière, je l’ai vue évoluer, puis la reconstruire, et dans au moins un de ces moments difficiles, j’ai eu à mes côtés un franc-maçon qui m’a compris sans que j’aie besoin de lui expliquer quoi que ce soit.

Les mots n’étaient pas nécessaires. Sa présence suffisait. Car dans certaines relations, la confiance se construit lentement, rituel après rituel. Et puis un jour, on réalise qu’on connaît vraiment cette personne – non pas son nom ou son rôle, mais son âme. La vie profane et la vie initiatique ne sont jamais vraiment séparées : elles s’entremêlent, elles fusionnent, elles deviennent un seul fil qu’on ne peut plus distinguer fil par fil. J’ai aussi changé d’Obéissance, d’Ordre, de Fédération. J’ai beaucoup erré, comme on dit, j’ai cherché, je me suis un peu égaré, et je me suis retrouvé. J’ai rencontré de nouveaux Frères, de nouvelles Sœurs, différentes manières de se rassembler autour des mêmes symboles. J’ai vu différents rites, différentes langues pour exprimer les mêmes choses.

Et, à chaque fois, au fond de tout cela, je retrouvais quelque chose d’identique : cette sensation propre au Temple, cette vibration subtile qui émane du sol et vous traverse, inexplicable mais immédiatement reconnaissable. Comme le parfum du foyer après un long voyage. Il y a eu aussi un nouvel amour, surgi alors que je ne le cherchais plus, car la vie ne suit jamais le scénario qu’on lui a écrit. Et lui aussi avait la saveur de ces choses qui se construisent lentement, profondément enracinées, bâties sur quelque chose de plus solide que la chance ou le hasard.

L’amour triomphe de tout.

Virgile l’affirme, et cela est confirmé par ceux qui ont vécu assez longtemps pour le voir se produire.

Au milieu du voyage de notre vie

Dante l’a écrit pour le voyage vers l’au-delà, mais je sens qu’il m’appartient aussi pour ce chemin ésotérique. Il arrive un moment où l’on cesse de courir et où l’on commence à regarder. Non pas en arrière avec des regrets, ni en avant avec anxiété. Simplement autour de soi, avec ce calme nouveau qui s’installe quand on a cessé de chercher à prouver quoi que ce soit. Et, en y regardant de plus près, vous comprenez que la franc-maçonnerie ne vous a jamais abandonné. Pas même lorsque vous avez failli l’abandonner.

Semper fidelis.

Toujours fidèle.

Horloge astrologique
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Elle était bien plus que ce que j’avais jamais su être. Pour le meilleur et pour le pire, dans les saisons lumineuses comme dans les saisons sombres, il y avait toujours un lieu où revenir. Un seuil qui nous attendait. Frères et sœurs qui, même après des années de silence, vous avez accueillis sans poser de questions, comme si le temps ne s’était jamais écoulé, ou plutôt, comme si le temps s’écoulait différemment là-bas. Et c’est peut-être exactement ainsi. Peut-être le Temple existe-t-il dans son propre temps parallèle, où les absences n’ont pas d’importance et où les retours n’ont pas besoin d’être justifiés. Car le temps du Temple n’est pas celui des horloges. C’est un autre temps.

Celui où l’« avant » et l’« après » importent moins que le pendant, pendant la chaîne de l’union, pendant le rituel, pendant ce silence collectif où tout semble s’arrêter et où seul l’essentiel respire.

Sénèque a écrit :

Nusquam est qui ubique est.

Celui qui est partout n’est nulle part.

Jeune garçon et son chien

Et moi, durant ces instants passés à l’intérieur du Temple, j’étais toujours exactement là où je devais être. Nulle part ailleurs. Uniquement là. J’ai vu des Frères partir pour toujours, avant l’âge qu’ils méritaient. J’ai tenu des mains que je ne tiendrai plus jamais. J’ai pensé à eux lors de certains rites et j’ai senti qu’ils étaient toujours dans la chaîne, invisibles, mais présents. Voici peut-être la plus grande vérité que la franc-maçonnerie m’ait enseignée : certaines présences ne disparaissent jamais vraiment. Elles transforment !

Quand viendra le moment de quitter ce vêtement de chair, je n’aurai pas peur.

Post mortem vita est.

Après la mort, la vie continue.

J’en suis convaincue non par une foi aveugle, mais par quelque chose que j’ai ressenti lors de ces moments de grâce au sein du Temple. Cette énergie qui circulait dans mes mains, enchaînées à la chaîne, cette lumière que je perçois lorsque je prends place entre les colonnes : c’est la même énergie qui, j’en suis certaine, existe au-delà.

Le Grand Architecte de l’Univers nous a guidés dans la vie, et il ne semble pas être du genre à s’arrêter après cela. Nous serons pure énergie. À l’image du phénix, ce symbole ancestral qui a imprégné les traditions ésotériques à travers le temps et l’espace, nous ne mourons pas vraiment : nous nous transformons. Le feu ne nous détruit pas, il nous purifie. Il consume ce qui était inutile et restaure ce qui était éternel. L’énergie même dont nous nous sommes nourris pendant des décennies, chaque fois que nous foulons ce lieu, ne disparaît pas : elle s’élève, se métamorphose, retourne à la Source dont elle provient.

Lux in tenebris lucet.

La lumière brille dans l’obscurité.

Elle brille même après quarante ans. Elle brille même les nuits où tu ne la vois pas, aux saisons où tu ne la cherches pas, aux moments où tu as cessé de croire que tu la mérites. Elle rayonne, tout simplement. Comme la franc-maçonnerie : toujours présente, même quand on ne la regarde pas. C’est peut-être là son secret le plus simple, et le plus grand.

Ce n’est pas un lieu.
Ce n’est pas un rituel.
Il ne s’agit même pas d’un groupe de personnes, aussi chères soient-elles.

C’est quelque chose qui, une fois ancré en vous, ne vous quitte jamais.

Écrit par quelqu’un qui porte ce tablier depuis bien plus longtemps qu’elle ne voudrait l’admettre, et qui, inexplicablement, lui en est encore reconnaissant.