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Mort et résurrection initiatique

Inspiré par notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Au-delà de la tombe : un voyage alchimique de transformation de soi.Dans les ténèbres du cabinet de réflexion, le néophyte signe son testament philosophique. Crâne, sablier, pain amer, soufre : tout crie la mort. Pourtant, c’est ici que commence la plus grande aventure humaine : mourir pour renaître. Oswald Wirth, ce géant suisse de la maçonnerie symbolique, l’écrivait en 1912 dans Le Livre du Compagnon :

« …se retirer véritablement dans la chambre de la réflexion et s’abstraire du monde extérieur si l’on souhaite descendre au puits où se cache la vérité. Ce sont là des symboles qu’il faut prendre au sérieux ; autrement, le néophyte restera tel qu’il était : il ne meurt pas à son existence profane et ne renaît jamais à la vie initiatique… ».

La chambre noire : noir maçonnique

Le cabinet de réflexion n’est pas une simple antichambre. Peint en noir, il est l’athanor des alchimistes : l’Œuvre au Noir, le Nigredo. Sel, soufre, mercure trônent sur la table. L’acronyme V.I.T.R.I.O.L. hurle l’ordre : « Visite l’intérieur de la Terre et en rectifiant tu trouveras la Pierre cachée. » Ici, le profane putréfie. Ses métaux – orgueil, avidité, illusions – sont abandonnés à la porte. Comme le plomb saturnien, il doit fondre pour révéler l’or enfoui. Les alchimistes savaient : sans putréfaction, point de transmutation. Les maçons aussi : sans mort volontaire, point d’initiation.

Les trois coups de maillet : la mort rituelle

Bandeau sur les yeux, épée sur la gorge, le récipiendaire avance. Trois voyages : terre, air, feu. Trois épreuves : chaos, tempête, incendie. Puis les trois coups. Le Vénérable tonne : « À l’ordre, mes Frères ! » Le bandeau tombe. La lumière frappe. Le profane est mort. L’Apprenti naît. Ce n’est pas une mise en scène : c’est une catarasis, descente aux enfers comme Orphée, Jésus ou Hiram. Éphésiens 4:9-10 : « Celui qui est descendu est aussi celui qui est monté. » Le Christ descend aux enfers pour libérer les âmes. Le maçon descend dans le cabinet pour libérer la sienne.La légende d’Hiram : double mort, double résurrection

Au grade de Maître, la mort frappe plus fort. Trois compagnons – ignorance, fanatisme, ambition – assomment Hiram. Il tombe. Mais le lion de la tribu de Juda rugit. Le Maître Secret relève le corps avec la prise du lion : cinq points parfaits de la maîtrise. Hiram renaît. Le maçon aussi.

Wirth : « Nul ne s’élève sans consentir à l’humilité. De même que seule une mort volontaire permet aux non-initiés de renaître à la vie supérieure de l’Initiation, il est nécessaire de mourir une seconde fois pour atteindre les prérogatives des Maîtres immortels. »

Albedo et rubedo : du blanchiment à l’aurification

Wirth

Après le Noir, le Blanc. L’Apprenti devient Compagnon : il gravit l’escalier en spirale, cinq marches (sens), sept (arts libéraux), trois (vertus théologales). Il passe du carré à la circonférence, de la pierre brute à la pierre cubique. Puis le Rouge. Le Maître contemple l’étoile flamboyante : pentagramme d’or où rayonne la lettre G – Géométrie, Gnose, Grand Architecte. Le plomb est devenu or. L’ego est mort. Le Soi resplendit.Qu’est-ce qui doit mourir en moi ?

Wirth pose la question brutale : Quels attachements ? Quelles peurs ? Quels fanatismes ? « La porte de nos prisons est verrouillée de l’intérieur. » Ouvrir, c’est mourir. Mourir à l’ancien moi pour naître libre. « Né libre » : celui qui, après être mort aux préjugés des masses, renaît à la vie nouvelle conférée par l’initiation.

La branche d’acacia : immortalité promise

Branche d'acacia dans les mains sur tissu rouge
Branche d’acacia dans les mains sur tissu rouge

Sur la tombe d’Hiram pousse l’acacia. Vert, incorruptible. Symbole de résurrection. Le maçon mort au monde profane porte désormais cette branche en lui. Il n’a plus peur de la grande faucheuse. Il sait : la mort physique n’est qu’un troisième bandeau qui tombera. Derrière, la Lumière. Éternelle.

Frère, sœur : es-tu prêt ?

Les outils du maitre
maitre, équerre, compas, ciseau, acacia, sculpture, ferronnerie, emblème, symbole, dramatique, entrelacé

Ce soir, quand tu rentreras chez toi, regarde ton tablier. Il est blanc. Mais il fut noir. Et demain, il sera rouge. Car l’initiation ne s’arrête jamais. Chaque tenue est une petite mort. Chaque chaîne d’union, une petite résurrection. Chaque « À moi les enfants de la Veuve ! » un cri de victoire sur la tombe. Mourir avant la mort. Renaître avant la Vie. Telle est la promesse maçonnique. Telle est la promesse alchimique. Telle est la promesse humaine. Que la Lumière soit.

Et que l’acacia fleurisse éternellement.

Suite de Fibonacci, nombre d’or et Franc-maçonnerie

Inspiré par notre confrère nationalgeographic.fr

Chaque être vivant est organisé selon des principes mathématiques aussi fascinants que précis : la suite de Fibonacci et le nombre d’or sont ainsi des symboles de l’harmonie universelle, une quête éternelle qui résonne profondément dans les mystères de la franc-maçonnerie. On doit la suite de Fibonacci à Léonard de Pise, également connu sous le nom de Leonardo Fibonacci, né en 1175 et auteur de nombreux manuscrits mathématiques d’importance. Il est célèbre pour avoir rapporté et démocratisé la notation numérique indo-arabe, que l’on utilise aujourd’hui quotidiennement, au détriment des chiffres romains.

Leonardo Fibonacci

En mathématiques, la suite de Fibonacci est une suite de nombres entiers dont chaque terme successif représente la somme des deux termes précédents, et qui commence par 0 puis 1. Ainsi, les dix premiers termes qui la composent sont 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21 et 34. Cette suite à la logique simple est considérée comme le tout premier modèle mathématique en dynamique des populations, illustrant comment la vie se propage en une croissance infinie et harmonieuse.

Mais si cette suite est aussi célèbre aujourd’hui, c’est parce qu’elle a un taux de croissance exponentiel qui tend vers le nombre d’or, un ratio symbolisé par « φ », associé à de nombreuses qualités esthétiques au sein de notre civilisation. Sa valeur exacte est de (1+√5)/2, ayant comme dix premières décimales 1,6180339887… Ce rapport, considéré comme la clé de l’harmonie universelle, se décline et se transpose par des formes géométriques telles que le rectangle, le pentagone et le triangle, figures qui évoquent les outils sacrés des bâtisseurs.

Les dimensions du logo de National Geographic sont basées sur les proportions du nombre d’or. Plus on avance dans la suite de Fibonacci, plus l’écart entre le rapport de deux de ses termes successifs et le nombre d’or s’amenuise. Par exemple, 21/13=1,615…, alors que le rapport suivant s’en rapproche davantage, 34/21=1,619…, et ceci de manière infinie, comme une spirale ascendante vers la perfection divine.

Le nombre d’or et la suite de Fibonacci sont des constantes qui débordent dans beaucoup de domaines, dont certains peuvent paraître très éloignés de l’univers des mathématiques.

Ils apparaissent en effet tout autour de nous dans la nature, au sein de nombreuses formes biologiques : la ramification des arbres, la disposition des feuilles sur une tige, la floraison d’un artichaut, la disposition des pommes de pin, ou encore la coquille d’un escargot. Les marguerites ont également, pour la plupart, un nombre de pétales correspondant à la suite de Fibonacci. Ces motifs naturels, tels les tournesols ou les ananas, dessinent des spirales logarithmiques qui guident l’œil vers un centre mystique, rappelant les voyages initiatiques des francs-maçons.

suite de fibonacci sur une fleur
suite de Fibonacci illustrée par une fleur, Nombre d’or

Ces constantes ont ensuite intégré les domaines culturels, artistiques et architecturaux. La plupart des artistes, quel que soit leur domaine, utilisent la notion de proportion du nombre d’or qui lie leurs œuvres, musicales, artistiques, architecturales, photographiques, avec le rapport géométrique. Bien connu des Grecs anciens, le nombre d’or apparaît sur le Panthéon. Le fronton est en effet inscrit dans un rectangle dont les dimensions des côtés adjacents ont le nombre d’or comme rapport. On retrouve également ces constantes dans des œuvres très célèbres, notamment celles de Léonard de Vinci, comme La Joconde et l’Homme de Vitruve ; dans le tableau Parade de cirque de Georges Seurat, qui a employé les premiers termes de la suite dans sa composition : un personnage central, deux personnages à droite, trois musiciens, cinq banderoles ou cinq spectateurs en bas à gauche, huit à droite. En poésie également, un fib est un petit poème, similaire à un haïku, dont le nombre de pieds des premiers vers correspond aux premiers nombres de la suite 1, 1, 2, 3, 5, 8.

Origines antiques et pythagoriciennes

Les racines du nombre d’or plongent dans l’Antiquité, où les Pythagoriciens vénéraient le pentagone et le pentagramme comme signes de reconnaissance secrets. Cette étoile à cinq branches, tracée d’un seul trait, incarne la divine proportion : dans un pentagone régulier, le rapport entre une diagonale et un côté est exactement φ. Les initiés pythagoriciens y voyaient la santé, la vie et l’harmonie cosmique, des thèmes qui traversent les âges jusqu’aux loges maçonniques.

Dans la franc-maçonnerie, héritière de ces traditions opératives et spéculatives, le pentagramme devient l’étoile flamboyante, symbole majeur du grade de compagnon. Placée au centre du tapis de loge, elle rayonne de lumière, guidant l’initié vers la connaissance cachée, la gnose. La lettre G, souvent inscrite en son cœur, représente à la fois la Géométrie – cinquième science libérale – et le Grand Architecte de l’Univers. Tracer l’étoile flamboyante nécessite l’usage du nombre d’or, accessible à l’artisan humble via l’équerre et le compas, sans algèbre complexe. Cette construction infinie, où pentagones et pentagrammes s’engendrent mutuellement, symbolise l’ascension éternelle de l’âme, de l’infiniment petit à l’infiniment grand.

L’escalier en colimaçon et les marches symboliques

Puits initiatique de Sintra, Portugal
Puits initiatique de Sintra, Quinta da Regaleira – Portugal

Au cœur du rituel du deuxième degré, l’escalier en colimaçon évoque les « diverses volutes » de la nature. Ses marches – souvent groupées en 3, 5 et 7, nombres de Fibonacci – mènent à la chambre du milieu, allégorie de la sagesse. Cette spirale, miroir de la suite de Fibonacci, rappelle les proportions dorées des cathédrales gothiques, édifiées par les compagnons maçons. Le triangle d’or, isocèle avec un angle de 108 degrés au sommet, couronne ces édifices : ses côtés respectent φ, symbolisant l’équilibre entre force, beauté et sagesse.

Dans les temples maçonniques, le delta lumineux – triangle radiant – est fréquemment un triangle d’or obtus, évoquant le ternaire divin tempéré par la miséricorde. L’Homme de Vitruve, inscrit dans un pentagone, illustre l’harmonie microcosmique, où le corps humain reflète les proportions cosmiques chères aux francs-maçons.

La ruche et la généalogie sacrée

Suite de Fibonacci
Suite de Fibonacci sur une feuille avec un stylo plume

Autre symbole captivant : la ruche, emblème d’industrie et de fraternité. La généalogie des abeilles mâles suit la suite de Fibonacci – 1, 1, 2, 3, 5, 8… – car les faux-bourdons naissent d’œufs non fécondés. Cette prolifération harmonieuse, tendant vers φ, incarne la croissance de la loge : chaque frère contribue à l’édifice collectif, sous la guidance du Grand Architecte.Le Modulor de Le Corbusier, inspiré de Fibonacci, ou les pyramides égyptiennes, alignées sur ces ratios, prolongent cette quête. Même la spirale de Théodorus, formée de racines carrées et de nombres fibonaciens, ressemble à un escalier winding, reliant mathématiques et mystique.

Vers une harmonie initiatique

La suite de Fibonacci et le nombre d’or ne sont pas de simples curiosités : ils révèlent l’ordre caché du cosmos, que la franc-maçonnerie explore via ses symboles. Du pentagramme pythagoricien à l’étoile flamboyante, de l’escalier ritualistique aux proportions des temples, ces principes guident l’initié vers l’illumination. Ils enseignent que l’univers est un grand livre géométrique, où chaque forme, chaque nombre, murmure la présence du divin.

En contemplant ces mystères, le maçon polit sa pierre brute, s’élevant vers la perfection, dans une spirale infinie d’harmonie et de lumière.

Comment le rite vint à l’ordre

Le  Rite Ecossais Ancien et Accepté n’a été introduit dans notre pays qu’au retour d’Amérique d’Alexandre-Auguste de Grasse-Tilly, en 1804. A quel ou à quels rites travaillaient les loges de Paris et des provinces françaises avant 1804 ? Comment s’est fait le passage ?

Au XVII° siècle, en Ecosse, quelques loges réunissant des Maçons de métier, dont on sait à quel point elles insistaient sur les devoirs de leurs membres quant à  la solidarité et à la spiritualité, vont accepter des membres étrangers aux professions de ces bâtisseurs . Ces maçons acceptés sont à l’origine de la Franc-maçonnerie spéculative moderne, même si sauf à de très rares exceptions près, en Ecosse notamment, aucune filiation directe ne peut être affirmée entre loges opératives et loges spéculatives.

En juin 1717, si on en croit la chronologie officielle mais très probablement inexacte, quatre loges maçonniques londoniennes qui avaient semble-t-il pour objectif principal de pratiquer l’entraide mutuelle entre leurs membres en mettant en commun leurs troncs de solidarité, dans un pays ravagé et ruiné par les querelles politiques et religieuses, se réunissent pour fonder ensemble la « Grande Loge de Londres et de Westminster ». C’est l’acte fondateur « officiel » de la franc-maçonnerie moderne.

Ceci se passe à Londres, donc dans un milieu protestant. Le vénérable de la loge qui se réunit à la taverne Goose and Gridiron où a lieu la première réunion est le pasteur anglican Jean-Théophile Desaguliers, dont le père, pasteur huguenot, avait quitté la France dans des conditions rocambolesques après la révocation de l’Edit de Nantes et le siège de la Rochelle, où il résidait.

Fort occupé par son rôle de démonstrateur et de curateur des expérimentations visant à vérifier les idées scientifiques de Newton et à imaginer leurs applications technologiques, c’est à un autre pasteur, calviniste presbytérien, le Révérend James Anderson, qui avait dû fuir sa paroisse écossaise et était sans ressource à Londres, que Désaguliers confie la rédaction d’une nouvelle et bonne version de la Constitution de la nouvelle Grande Loge, une première version des « anciens devoirs » ayant été jugée « fautive et dévoyée ». Cette première Constitution et publiée en 1723.

Etant dans un milieu protestant, animée par des pasteurs, on comprend comment et pourquoi la Franc-maçonnerie puise dans l’Ancien Testament son enseignement moral. Dès lors  qu’elle se donne pour objet, au-delà de la solidarité entre ses membres, de construire un temple idéal, elle adopte pour modèle le Temple du roi Salomon.

Une première loge maçonnique voit le jour à Paris vers 1725.

Elle se réunissait chez le traiteur anglais Barnabé Hute, rue des Boucheries, « à la manière des sociétés angloises », et regroupait principalement des Irlandais et des exilés stuartistes.

Les historiens s’accordent pour considérer que c’est cette même loge se réunissant à l’enseigne du « Louis d’Argent », toujours rue des Boucheries, qui recevra en 1732 des patentes officielles de la Grande Loge de Londres sous le nom de loge « Saint Thomas n° 1 ».

La rue des Boucheries a été absorbée plus tard lors de la création du boulevard Saint-Germain par le baron Haussmann.

En 1728, les francs-maçons français font le choix de reconnaître comme « Grand maître des francs-maçons en France », Philippe, Duc de Wharton, qui avait déjà été, en 1723, Grand Maître de la Grande Loge de Londres, et dont les séjours à Paris et à Lyon sont attestés de 1728 à 1729.

Avec la nomination du duc de Wharton, on est donc fondé à considérer l’année 1728 comme l’année de la naissance d’une franc-maçonnerie française indépendante de celle de Grande-Bretagne.

Lui succèderont ensuite deux jacobites,  James Hector MacLean, qui proclame les règlements généraux dans lesquels le terme « Grande Loge » apparaît pour la première fois, le 27 octobre 1735 puis Charles Radclyffe, Duc de Derwentwater.

C’est sous le mandat de ce dernier, le 24 juin 1738, qu’une assemblée des représentants de toutes les loges « anglaises » et « écossaises » constitue pleinement la première Grande Loge de France.  

Cette assemblée représentative institue un noble de haut rang, Louis de Pardaillan de Gondrin, deuxième duc d’Antin, petit-fils de Madame de Montespan, « Grand Maître général et perpétuel des maçons dans le royaume de France ».

Dès 1740, et jusque vers 1770, vont se développer ici et là des rituels correspondant à approfondissement et à un élargissement de la réflexion philosophique, morale et spirituelle.

On connaît par exemple l’influence durable du discours rédigé – plus certainement que prononcé – par le chevalier d’origine écossaise Michael de Ramsay en décembre 1736, dans lequel il développe l’idée d’une origine chevaleresque de la franc-maçonnerie.

Très vite, dans les principales villes de France, de nombreuses autres loges vont se créer, rassemblant aristocrates, bourgeois cultivés, membres du haut clergé et autres membres de ces élites du « Siècle des Lumières », qui se piquent de philosophie et participent avec bonheur à de riches échanges intellectuels. Vers 1744 on compte déjà une vingtaine de loges à Paris et autant en province.

La religion n’est pas loin, non plus que les références à l’architecture sacrée. Peut-être pour éviter de raviver les querelles religieuses qui avaient déchiré la France  tout comme la Grande Bretagne – et à dire vrai une bonne part de l’Europe – l’appellation « Grand Architecte de l’Univers » s’impose peu à peu pour désigner le Principe Créateur, évitant la référence exclusive ou ne serait-ce que privilégiée à un Dieu révélé et à une religion particulière.

Avant 1738, de nombreux membres de ces loges qui s’implantent et se développent en France, et surtout les premiers Grands Maîtres de la Franc-maçonnerie française, sont des exilés britanniques ayant trouvé refuge dans notre pays. On les appelle les Jacobites car ils sont partisans de la dynastie détrônée des Stuarts.

Faisons ici une courte parenthèse.

C’est en 1688 que le roi Jacques II d’Angleterre et d’Irlande, qui fût aussi sous le nom de Jacques VII roi d’Écosse, fut détrôné par un coup d’État, la  Glorieuse Révolution, mené par une armée hollandaise de 25 000 hommes, parmi lesquels plus de 7 000 huguenots français. Le roi Jacques fût chassé et est accueilli en France en 1689 par son cousin le roi de Louis XIV, qui l’installe avec ses courtisans et sa famille dans le château de Saint-Germain-en-Laye.

On évalue à 40 000 le nombre de réfugiés jacobites en France, qui ont émigré après la Glorieuse Révolution. C’est au sein de  la Cour jacobite de Saint-Germain en Laye que se développèrent les premières loges maçonniques sur le sol français, logiquement dirigées pendant un temps par des nobles d’origine britanniques.

D’après une tradition remontant à 1777, la première loge maçonnique apparue en France aurait été fondée sous le nom de « La Parfaite Égalité » à  Saint-Germain-en-Laye en 1688 dès l’arrivée en France du roi Jacques Start, par des officiers du régiment « Royal Irlandais » à dire vrai largement servi par de nobles Ecossais francs-maçons, arrivés en France à la suite de l’exil de leur roi.

Cette maçonnerie d’importation deviendra bien davantage française en 1743, lorsque le Comte de Clermont est élu Grand Maître. Noble de haut rang, il conservera cette charge, qui est avant tout celle d’un protecteur, aussi prestigieux que lointain, sans intervention sur la conduite effective de l’ordre ni dans sa gestion, pendant 28 ans, jusqu’à sa mort en 1771.

En fait, jusqu’en 1755, les loges fonctionnant dans les diverses villes de France ne sont fédérées que par une allégeance peu contraignante au « Grand Maître des Loges du Royaume ».

Entre 1755 et 1766, les Vénérables des loges de la capitale, réunis en une « Grande Loge des Maîtres de l’Orient de Paris dite de France », – que certains considèrent comme la première « Grande Loge de France » vont s’efforcer d’établir leur autorité sur l’ensemble de la Maçonnerie française.

Mais cette « Première Grande Loge de France » sera déstabilisée de façon chronique par les querelles entre systèmes de hauts-grades rivaux qui essayent d’en prendre le contrôle et finira par se mettre en sommeil en 1766.

Sept ans plus tard, en 1773,  une nouvelle tentative visant à fédérer et à coordonner les loges françaises se fait jour. C’est dans cet esprit que les représentants de toutes les loges – y compris et pour la première fois des loges de provinces – sont convoqués.

17 réunions plénières auront ainsi lieu, aboutissant à la création du Grand Orient de France. Force est de constater que près de 9 loges sur 10 se rallient alors à cette nouvelle structure.

Dans les années qui précèdent la Révolution, des loges prestigieuses comme Les Neufs Sœurs, Les Amis Réunis ou La Candeur rassemblent des élites gagnées aux idées nouvelles portées par les philosophes des Lumières.

Quelques années plus tard, celui qui fût Premier Consul avant de devenir Empereur vît le parti qu’il pouvait tirer de ces cercles de savants et de membres des diverses élites scientifiques et intellectuelles.

Quels rites pratiquait-on  à cette époque ?

Rappelons d’abord une évidence, que chacun de nous devrait être capable d’énoncer et d’expliciter. Un rite maçonnique peut être défini comme la mise en œuvre d’un ensemble de signes, de mots voire de sons qui ont une portée symbolique et qui respectent des règles communes,

Ils se réunissent dans un espace abrité et consacré, l’ensemble ayant pour effet de mettre en condition le franc maçon pour recevoir l’initiation puis d’être en mesure d’assurer à son tour la transmission de l’influence spirituelle tout en s’ouvrant à lui-même et aux autres.

 Le rituel est le moyen de concrétiser le rite. Il s’agit d’obtenir grâce au rituel d’échapper aux limites de l’Espace et du Temps et de parvenir à se situer radicalement hors la contingence.

Nous avons vu comment, dès 1740, on voit apparaître de nouveaux textes à vocation rituélique, à côté des rituels traditionnels des trois premiers degrés, sous la forme de plusieurs centaines de rituels de degrés additionnels dits de « hauts grades ». Ils semblent se créer spontanément ici ou là, au gré des inspirations, des racines culturelles ou religieuses des uns et des autres, de leur intérêt pour la science, l’alchimie, l’ésotérisme,  la Kabale, la chevalerie …

Selon Louis Trébuchet, la Loge Saint Jean d’Ecosse du Contrat Social pratiquait ainsi avant 1780 pas moins de sept grades au-delà des degrés symboliques : Chevalier de l’Orient, Chevalier Rose-Croix, Rose-Croix Philosophique, Chevalier du Soleil,  Chevalier du Phoenix, Chevalier de l’Aigle Noir, et enfin Sage et Vrai Maçon.

Parmi les grades apparus au cours des deux dernières décennies du 18ème siècle, on peut citer celui de Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir et surtout celui de Grand Inspecteur Commandeur, qui sera le seul degré du Rite Ecossais Philosophique à être incorporé par Alexandre-Auguste de Grasse-Tilly en 1804 dans le cursus du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Chaque ville, chaque Loge, avait son système, plus ou moins développé, avec un nombre variable de grades, dans un ordre variable lui aussi.

A la vérité, beaucoup n’étaient que des variantes les uns des autres, ou restèrent à l’état de projets, ou ne furent en réalité jamais vraiment pratiqués. Cette multiplication des rituels maçonniques aboutit à diverses initiatives visant à normaliser les pratiques et à les rassembler en ensembles cohérents et stables : les rites maçonniques.

Parmi les rites anciens, il faut citer ceux qui existaient avant le XVIIIème siècle, que l’on appelle les rites historiques. Le Rite des Anciens devoirs est le nom donné par certains auteurs à la cérémonie d’admission dans une corporation de maçons avant le XVIIe siècle, sans transmission de mot secret. Cette pratique a aujourd’hui disparu. Le Rite du Mot de maçon est attesté vers 1637 dans les premières loges écossaises de francs-maçons, notamment la loge de Kilwinning. Il a également disparu.

Le Rite standard d’Écosse trouve ses origines dans les premières loges écossaises comme Mary’s Chapel, dont le plus ancien procès-verbal date de 1599. C’est aujourd’hui encore le rite officiel proposé par la Grande Loge d’Écosse, présent pratiquement sur tous les continents.

Au XVIIIème siècle, de très nombreux rites vont apparaître. Vous en connaissez la plupart, en tous cas vous en avez entendu parler.

Le Rite des Moderns est le nom qui sera donné par ses adversaires au rite maçonnique pratiqué par la Grande Loge de Londres à l’époque des Constitutions d’Anderson, vers 1723. Constitué sur les bases de textes fondateurs et du Rite du Mot de maçon, il fusionnera au Royaume-Uniu avec le « Rite des Antients » en 1813.

Ce Rite des Antients  était celui pratiqué par la Grande Loge des anciens, et notamment par la loge d’York en 1756. Ses constitutions furent publiées sous le nom de Ahiman Rezon.

Le Rite d’York  en est issu, suite à l’expansion de la Grande Loge britannique des Antients en Amérique du Nord. De nos jours, il est pratiqué par plusieurs milliers de loges, principalement aux États-Unis.

Je citerai encore le Rite suédois : apparu vers 1759, très chrétien dans son symbolisme, de nos jours le rite majoritaire en Scandinavie tan,dis qu’il est pratiqué plus minoritairement en Allemagne.

Il faut faire une mention à part pour le Rite d’adoption : apparu au XVIIIème siècle en France, où il était pratiqué par les loges féminines, dites d’adoption. D’un symbolisme particulier, différent de celui des autres rites, notamment en ce qu’il ne se réfère pas à la construction du Temple de Salomon, il a presque totalement disparu depuis la fin du Premier Empire et semble n’être plus conservé aujourd’hui que dans une seule loge de la Grande Loge féminine de France.

Autre Rite disparu, ou plutôt transformé, l’Ordre du royal secret , également nommé « Rite de Perfection », Il aurait été créé en 1762 et est aujourd’hui éteint. Mais on sait bien sûr comment ses 25 degrés véhiculés par Etienne Morin puis Henry Andrew Francken furent repris en 1801 dans les 33 degrés du Rite écossais ancien et accepté.

Je citerai encore deux rites encore présents en France, voire dans certains autres pays influencés par le nôtre. Le Rite écossais rectifié est un rite d’essence chrétienne, codifié à Lyon en 1778. Il est encore pratiqué, principalement en Europe. Six Loges travaillent à ce rite aux trois premiers degrés symboliques au sein de la GLDF.

Enfin, je terminerai par le Rite français codifié entre 1783 et 1786. Directement issu du rite des Moderns dont il reprend la plupart des caractéristiques, il est toujours aujourd’hui le rite pratiqué en France, notamment au sein du Grand Orient de France, ainsi qu’au Brésil. Il est également présent dans de nombreuses loges en Europe et à travers le monde. Il en existe différentes variantes.[1]

Alain Bernheim, illustre auteur de l’ouvrage  essentiel qu’est « Le Rite en 33 degrés », a publié il y a quelques années « Les deux plus anciens manuscrits des grades symboliques de la franc-maçonnerie de langue française ».

Le premier de ces textes est « Les vrai catéchisme des frères francs-maçons rédigé suivant le code mystérieux et approuvé de toutes les loges justes et régulières ». Ce manuscrit fut trouvé par Georges Luquet (qu’il a dactylographié dans un document de plus de cent pages) dans la bibliothèque du Grand Collège des Rites du GODF. C’est en effet le plus ancien manuscrit connu du rituel des trois grades de la maçonnerie symbolique en langue française, comme l’écrit Alain Bernheim. Il aurait été rédigé antérieurement à 1745.

Le second texte est appelé « manuscrit de Berne ». Il pourrait s’agir de l’exemplaire d’un officier des dragons qui appartenait à la loge de Berne et avait abjuré la Maçonnerie en 1744. Son texte provient probablement d’un rituel manuscrit que ce capitaine aurait en partie recopié. C’est en tous cas la plus ancienne et la plus complète version manuscrite aujourd’hui connue en langue française de la réception au grade d’apprenti, complétée par un catéchisme pour les grades d’apprenti et compagnon. Rien pour le grade de maître.

Rien de véritablement écossais dans ces documents. Il faut dire que la marque de l’écossisme n’est guère évidente dans ces premiers degrés. A la fin du XVIIIème  siècle, le Rite Français est très largement majoritaire parmi les loges de notre pays. Mais dès qu’il est présenté à quelques loges parisiennes, le nouveau Rite en 33 degrés, qui va prendre en France le nom de Rite Ecossais Ancien et Accepté, va progressivement s’implanter.

On sait en effet, et Jean-Pierre Thomas le détaille par le menu,  comment, en 1804, le comte Alexandre de Grasse-Tilly, venant des Antilles, rentre en France muni de pouvoirs émanant du Suprême Conseil de Charleston, fondé en 1802.

Il faut dire que l’annonce officielle de la création de ce Suprême Conseil de Charleston était passée très largement inaperçue en France. Les différentes instances de la franc-maçonnerie française avaient été quelque peu déstabilisées lors du choc révolutionnaire. Il ne restait guère que 18 loges en activité dans toute la France en 1796.

Mais quelques années plus tard, le 18 Thermidor an X, soit le 6 août 1802, une assemblée générale de maçons Ecossais se réunit, afin de réactiver la Loge Saint Alexandre d’Ecosse.  Un Frère, du nom de Firmin Abraham, est désigné pour rédiger et adresser une circulaire à toutes les loges écossaises, afin qu’elles se rassemblent et s’unissent pour défendre le Rite Ecossais, contre les menées du Grand Orient qui paraît déterminé à le détruire.

Quelques Loges, à Paris et à Douai, vont immédiatement répondre à cet appel. A Paris, en effet, quelques loges et chapitres dits « écossais » se réunissaient, plus ou moins régulièrement, dans un sous-sol d’un immeuble du boulevard Poissonnière. Certains Frères, par ailleurs adeptes du Grand Orient, regrettaient les Hauts Grades du XVIIIème que cette obédience avait écartés, allant jusqu’à promulguer le 12 novembre 1804 un décret déclarant irrégulier tout atelier « professant des rites étrangers à ceux reconnus par lui ».

C’est dans ce contexte que de Grasse-Tilly, tout juste arrivé à Paris, fait connaître son intention d’établir, fort des patentes qui lui avaient été conférées à Charleston,  un Suprême Conseil de France après celui qu’il  avait fondé à Port-au-Prince.

Il ne perd pas de temps : en janvier 1804, il crée la loge « écossaise » de Saint Napoléon.

C’est sur cette loge qu’il s’appuie pour créer le Suprême Conseil de France le 22 septembre de la même année, rapidement suivi par un Grand Consistoire le 17 octobre 1804. Cinq jours plus tard, le 22 octobre 1804, les Vénérables maîtres et les officiers de plusieurs loges écossaises dont Saint Alexandre d’Ecosse,  se réunissent dans les locaux de cette dernière, rue du Coq- Héron, et constituent la « Grande Loge Écossaise de Rite Ancien et Accepté ». Cette Grande Loge est dirigée par le Prince Louis Bonaparte et a pour Député Grand Maître le comte Alexandre-Auguste de Grasse-Tilly.

Lors de la première réunion effective de cette Grande Loge Générale Ecossaise cinq jours plus tard, le 27 octobre 1804, de Grasse-Tilly préside, en qualité de Très Respectable Représentant du Grand Maître. Huit loges participent aux travaux ou demandent à recevoir des constitutions : la Respectable Mère Loge Ecossaise et sept loges régulières de Paris, c’est-à-dire les sept loges du Rite Ecossais Philosophique, soit les loges La Parfaite Union, de Douai, le Patriotisme, de Versailles, et les loges parisiennes Saint Jean d’Ecosse du Grand Sphinx, le Temple des Muses, la Parfaite Harmonie, le Amis Eprouvés, St Jean d’Ecosse du Cercle Oriental des Philalètes et Saint Napoléon d’Ecosse.

Une autre loge est présente, la Triple Unité Ecossaise, qui rassemble des Frères revenus des Amériques. Sont également présents le Frère Haquet, député des loges écossaises de Saint-Domingue (le compte -rendu ajoute « s’il en reste » ) et le Frère Abraham, vénérable de la loge Les Elèves de la Nature.

Lors d’une troisième réunion, quelques jours plus tard, le Très Respectable Frère Bounin, Grand Vénérable de la Mère Loge Ecossaise de Marseille ; est applaudi après un discours particulièrement brillant.

Dix jours plus tard, elle commença à décerner des constitutions et des chartes capitulaires. Louis Bonaparte n’étant guère actif comme Grand Maître, elle choisit rapidement de solliciter Kellermann, qui fût nommé Grand Administrateur. Kellermann, duc de Valmy et Maréchal de France, nomma alors de Grasse-Tilly à son état-major en qualité d’aide de camp.

C’est cette Grande Loge qui, dans la foulée le 1er novembre 1804, envoya une circulaire à toutes les loges et à tous les chapitres de France. Cette circulaire annonce à la fois qu’ « un nouveau jour reluit pour la Maçonnerie Ecossaise trop longtemps persécutée » mais que « Sa Majesté l’Empereur désirait que la Grande Loge Générale se rapprochât du Grand Orient. »

Comme on l’imagine en effet, le Grand Orient voit cette revivification d’un courant qu’il croyait divisé voire agonisant d’un très mauvais œil. Il charge Masséna et Roëttiers de Montaleau de négocier un accord avec Kellermann et Pyron. Une commission est désignée, qui travaille d’arrache-pied, aboutissant en moins d’un mois au Concordat du 3 décembre 1804.

Peut-être trop vite travaillé, sûrement ambigu, ce concordat qui prévoit l’union et la fusion des deux organisations confond rite et obédience. Le Grand Orient se voit confier le contrôle des ateliers du premier au 18ème degré, qui travaillent au Rite français, tandis que le Suprême Conseil régit les degrés supérieurs, qui travaillent au Rite Ecossais Ancien et Accepté, sous l’autorité de Grasse-Tilly, élu Souverain Grand Commandeur le 22 décembre 1804.

En effet, de Grasse-Tilly ne pouvait s’en tenir aux seuls degrés symboliques ; sa mission était clairement de créer un Suprême Conseil en France. Il s’y employa donc activement, communiquant les hauts-grades écossais à de nombreux Maçons parisiens. Le 10 octobre 1804, un certain Paul Vidal est admis au 33ème degré, dont sont déjà porteurs de Grasse-Tilly et Jean-Nicolas Le Tricheux. Dix jours plus tard, le 20 octobre 1804, les Souverains Grands Inspecteurs Généraux sont au nombre de neuf et peuvent donc constituer un Suprême Conseil dont Alexandre Auguste de Grasse-Tilly est Souverain Grand Commandeur ad vitam.

Rapidement, les tensions ne tardent pas à apparaître : le 5 avril 1805, Pyron, l’un des signataires du Concordat au titre des Ecossais, Souverain Grand Inspecteur Général depuis le 25 août 1804 et membre du Suprême Conseil, est exclu du Grand Orient.

Le 21 juillet, le même Grand Orient crée un Directoire des Rites, qui deviendra plus tard le Grand Consistoire avant de prendre en 1826 l’appellation de Grand Collège des Rites encore en vigueur aujourd’hui. Considérant qu’il s’agit là d’une concurrence déloyale, les Ecossais reprennent leur indépendance. Le 16 septembre 1805, ils créent la Grande Loge Générale Ecossaise.

Tous les ponts ne sont pas rompus cependant. De Grasse-Tilly fût prié de démissionner, tandis que Cambacérès, déjà Grand Maître adjoint du Grand Orient, devenait en même temps Grand maître de la Grande Loge Générale Ecossais et Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil !

On revenait en fait à la situation de 1804, le Grand Orient  gérant les degrés du premier au 18ème tandis que le Suprême Conseil administre ceux au-delà. La coexistence du Suprême Conseil et d’un groupe de 33ème au sein du Grand Directoire des Rites du Grand Orient est mal vécue, surtout lorsque le beau-père de de Grasse-Tilly rassemble autour de lui d’autres 33ème, membres comme lui du Suprême Conseil des Iles françaises d’Amérique, faisant connaître leur souhait d’être incorporés au sein du Suprême Conseil de France, ce qui leur est dans un premier temps refusé. Un point essentiel doit être évoqué pour terminer :  jusqu’en 1804, on n’appelle « loges écossaises » que les loges des degrés au-delà de la maîtrise.

A partir de la création de la Grande Loge Générale Ecossaise, le terme est désormais utilisé pour désigner les loges des trois premiers degrés pratiquant un rite différent du Rite français. S’agissant des trois premiers degrés, les, rituels et les instructions semblent avoir été constitués à partir de 1804 sur la base du Rite français, combinés avec des éléments empruntés à la « Grande Loge des Anciens » qui avait été fondée en Angleterre en 1751.

C’est ce rite, ce sont ces rituels, que l’on mit « définitivement » en forme lors de la rédaction du « Guide des maçons écossais », paru en 1821, première itération en tous cas des rituels des trois premiers degrés selon le Rite écossais ancien et accepté, dont celui en vigueur aujourd’hui dérive directement.

Enfin, il faut évoquer la persévérance d’ Alexandre de Grasse-Tilly, fidèle jusqu’à l’obstination à la mission de promotion du rite en 33 degrés qui lui avait été confiée à Charleston, puisque c’est lui qui, dès le début de la Restauration, en 1814, sera à l’initiative du courant qui réveille le conflit qui ne cessera plus d’opposer jusqu’à la fin du siècle, voire au-delà, le Grand Orient de France, qui se veut le centre d’union de toute la franc-maçonnerie française et le Suprême Conseil de France, jaloux de l’indépendance du Rite écossais ancien et accepté.

On a pu résumer cette opposition, qui perdure fraternellement aujourd’hui, par la formule « hégémonie contre hégémonie », l’une étant liée à la volonté d’avoir une influence politique, l’autre visant à susciter une élévation  spirituelle.


  • [1] Il existe d’autres rites apparus au XIXème siècle :
    • Rite de Misraïm : développé en France vers 1810 par les frères Bédarride, il est aujourd’hui l’une des composantes des rites maçonniques dits « égyptiens ».
    • Rite de Schroeder : rite en trois grades, adopté en 1811 par la Grande Loge provinciale de Hambourg, il était le plus démocratique de tous les rites pratiqués en Allemagne avant la deuxième guerre mondiale, pratiqué en Allemagne, Autriche, Hongrie et Suisse.
    • Rite émulation : codifié en Angleterre vers 1823, suite à la réunion des Ancients et des Moderns, le rite est pratiqué aujourd’hui par plusieurs milliers de loges, principalement au Royaume-Uni et dans les anciennes colonies britanniques.
    • Rite symbolique italien : rite en trois grades né 1862, afin de constituer une franc-maçonnerie nationale italienne unitaire, indépendante de toute influence étrangère et fidèle aux Constitutions d’Anderson. Pratiqué encore aujourd’hui par les loges de la Grande Loge symbolique d’Italie, au sein du Grand Orient d’Italie.
    • Rite écossais primitif : d’après l’ésotériste Robert Ambelain qui déclara le « réveiller » en 1985, il s’agirait du rite qui était pratiqué par les exilés jacobites à Saint-Germain-en-Laye en 1688, ce qu’aucun document historique connu à ce jour ne peut confirmer avec certitude. Il est pratiqué depuis par quelques loges en France.

La vision maffesolienne du voyage comme acte de reliance et de pensée vivante

Réédité chez Dervy (2025), une marque du groupe Guy Trédaniel, Le voyage ou la conquête des mondes n’est ni guide ni divertissement : c’est une boussole. Maffesoli y pense la marche comme une alchimie douce où l’altérité transfigure l’identique, où la maison répond à l’horizon, où l’on habite plusieurs mondes sans trahir sa source. Entre Hermès et l’égrégore des cités, le sociologue fait vibrer une éthique de la reliance : accueillir, relier, transmuer.

Les lecteurs initiés reconnaîtront l’allure des « voyages » : mesure du pas, tact des seuils, hospitalité des signes. Ici, le compas n’est pas symbole mais méthode – ouverture du regard, précision du lien, joie grave d’une fraternité en marche. Un court livre, dense et clair, pour apprendre à voyager juste, où marcher, c’est penser.

Nous lisons Michel Maffesoli comme nous suivrions la trace vive d’un Mercure chaussé d’ailes. Le voyage n’y ressemble ni à un tourisme de l’ego ni à une fuite hors du monde. Il devient puissance d’aimantation. Le pas met en branle l’imaginaire. Il ouvre une voie dans la grande dialectique qui travaille nos existences entre la maison qui rassemble et l’horizon qui appelle. Ce texte reparaît aujourd’hui en réédition d’un livre paru en 2003 et cette reprise éclaire la persistance d’un motif central de l’œuvre maffesolienne.

L’ouvrage tresse le double mouvement du foyer et de l’aventure avec une simplicité apparente qui dissimule une architecture savante. La marche attire l’inconnu. Elle autorise l’échange avec l’étrange. Elle inaugure une fraternité paradoxale où l’étranger éclaircit notre propre figure.

Nous retrouvons le vieil Hermès au coin des pages. Messager souriant. Dieu des carrefours et des enlacements. Prince du commerce des signes. Il avance sous la poussière des routes comme le souffle alchimique qui fait circuler les humeurs et empêche la matière de se figer. Le voyage chez Michel Maffesoli est mercurial. Il traverse. Il relie. Il contourne les dogmes et défait les clôtures. La pensée y préfère l’aisance des chemins au confort des systèmes. Le réel se donne dans la rencontre qui dérange et réconcilie. L’altérité ne se consomme pas. Elle se fréquente. Elle transmet une vigueur qui échappe aux cadres trop rigides.

Le Voyage ou la conquête des mondes, Paris, éd. Dervy, coll. « Paroles retrouvées », 2003.

Nous entendons alors un écho familier. Celui des itinéraires maçonniques tout entiers contenus dans ce verbe marcher. Les voyages ne sont pas une figuration pittoresque. Ils ordonnent l’âme. Ils l’exposent au rythme. Ils la conduisent à reconnaître ses angles morts et ses trésors enfouis. La loge propose une géographie intérieure. Michel Maffesoli la déploie dans le monde. Le foyer ne s’oppose plus à l’aventure. Les deux se répondent comme deux colonnes dressées à l’entrée. Entre le ici et le là-bas s’établit une tension féconde. Nous avançons à l’écoute des signes. Un geste d’hospitalité en terre inconnue réveille la lampe du dedans. Une parole offerte dans la langue de l’autre élargit la nôtre.

Nous croisons au fil du texte le chevalier errant et le savant cosmopolite. Figures jumelles d’une même ascèse. Le premier porte l’inquiétude fertile qui déprend des certitudes. Le second cultive le cosmopolitisme de l’esprit qui sait habiter plusieurs mondes à la fois. Entre eux passe une fraternité tacite. Elle rappelle les alliances chères à l’hermétisme. Soufre et mercure. Lune et soleil. Terre et ciel. Rien n’est aboli. Tout se transmute par la circulation. Le voyage apparaît alors comme une grande œuvre patiente. Aux étapes visibles répondent des mutations secrètes. Nous ne revenons jamais exactement semblables à ceux qui partirent. L’identité cesse d’être un bastion. Elle devient un art d’habiter les métamorphoses sans perdre la mémoire de la source.

Nous reconnaissons la manière maffesolienne. Une écriture qui aima décrire l’effervescence des tribus postmodernes et la capillarité des émotions collectives. Ici la sensibilité prend la main. La sociologie se fait poème. Elle regarde l’époque depuis ses soubassements mythiques. Elle écoute le chœur des peuples et la polyphonie des cultures. Ce polychromatisme n’efface pas le tragique. Il le rend supportable. Le voyage accueille l’ambiguïté constitutive de la vie. Il tient ensemble l’ombre et la clarté. Il sait que l’initiation n’efface ni la peur ni le désir. Elle apprend à danser avec eux.

Le-Voyage

Nous venons du Temple en lecteurs fraternels. Les voyages rituels y apprennent la mesure. Ils donnent le goût des signes. Ils enseignent la lenteur qui comprend mieux que la précipitation. Michel Maffesoli prolonge cette leçon dans la cité. Il nous rend attentifs aux seuils. Une gare. Un port. Un aéroport. Un marché où se mêlent parfums et langues. Tous ces lieux passent dans la conscience comme des vestibules. Chaque pas devient une mise à l’équerre de nos gestes. Chaque rencontre éprouve notre compas intérieur. Alors se devine une urbanité vraie. Moins de surveillance. Plus de vigilance. Moins de comparaison jalouse. Plus d’attention aimante.

Nous lisons enfin un art de vivre. Le monde contemporain multiplie les interfaces. Il fatigue les appartenances. Il fragmente. Le livre répond par une éthique de la reliance. Non pas un syncrétisme mou. Une fidélité mobile. Rester fidèle à sa maison tout en gardant le regard disponible pour l’infini des autres maisons. Accepter que la pensée se nourrisse d’Homère et des soufis. Des pèlerinages médiévaux et des marches des compagnons. Des cartes marines et des cartes du ciel. Le voyage accomplit ce mariage des contraires. L’humain y gagne une densité nouvelle. Une joie grave. Un courage qui ne cherche pas l’exploit mais l’accord.

Nous sortons de cette méditation avec un désir accru de chemins. Non pas pour accumuler des pays. Plutôt pour visiter la profondeur des mondes. Il y a toujours plus d’un monde dans le monde. Chacun réclame un tact. Une disponibilité. Un silence qui écoute avant de vouloir expliquer. Une gratitude qui reçoit avant de prétendre valider. Cette disposition relève de l’esprit de la loge et d’une sagesse universelle. Michel Maffesoli lui prête des mots souples et chaleureux. Il rappelle que la promenade peut devenir prière. Que l’itinérance peut servir l’œuvre de paix. Que l’humanité se répare mieux en multipliant les ponts qu’en dressant des clôtures. La réédition ne répète pas un message du passé. Elle réactive une boussole pour notre temps et donne au voyage initiatique une actualité brûlante.

Michel Maffesoli
MICHEL MAFFESOLI, SOCIOLOGUE, PARIS, LE 10 AVRIL 2014.

Brève biographie vivante de l’auteur

Michel Maffesoli a longtemps enseigné à la Sorbonne. Il a promené sa sociologie à travers les villes et les fêtes. Il a participé à la typologie de nos appartenances mouvantes et reçu de nombreuses distinctions en France et à l’étranger. Son œuvre compte une quarantaine d’ouvrages. Le Temps des tribus a décrit la montée des communautés affinitaires. La Transfiguration du politique a montré le retour du symbolique dans l’espace public. Le Réenchantement du monde a redonné droit aux puissances de l’imaginaire. D’autres titres jalonnent cette constellation. Homo eroticus pour penser l’énergie du lien. La Conquête du présent pour apprendre à habiter la durée qui passe. Écosophie pour redécouvrir la sagesse des milieux. Et sur le versant le plus proche de nos chemins initiatiques, La franc-maçonnerie peut-elle réenchanter le monde, Le Trésor caché – Lettre ouvertes aux Francs-Maçons et à quelques autres et Le Grand Orient – Les Lumières sont éteintes ouvrent un dialogue exigeant entre tradition, modernité et quête spirituelle. Cette réédition de Le Voyage ou la conquête des mondes s’y insère comme un viatique. Elle confirme l’attention constante de Michel Maffesoli pour l’imaginaire, la relation et l’épreuve vivante de l’altérité.

Le voyage ou la conquête des mondes

Michel MaffesoliÉditions Dervy, 2025, 80 pages, 12 €

Tarot, alchimie, Franc-maçonnerie : un même fil d’or pour la quête de soi

À Rambouillet (Yvelines), la Grande Loge de France (GLDF) propose une conférence publique qui parlera autant aux curieux qu’aux initiés.

Blason Rambouillet

Dominique-Joseph Balette-Pape y tissera un dialogue vivant entre le Tarot, l’alchimie et la Franc-maçonnerie : trois voies différentes, un même labeur de lumière. Un conte en ouverture, un voyage initiatique en fil rouge, et, pour guide discret, Hermès qui passe d’arcane en arcane « de l’autre côté du miroir ».

Trois langages, une seule quête

Tarot, alchimie, Franc-maçonnerie : les mots semblent éloignés, ils décrivent pourtant une même dynamique intérieure.

  • Le Tarot n’est pas ici un oracle de foire, mais un alphabet symbolique. Les 22 arcanes majeurs racontent un itinéraire : du Mat qui s’élance sans numéro au Monde qui réunit, chaque lame met en scène une épreuve, une vertu, une tension créatrice. On n’y « prévoit » pas l’avenir, on y déplie la conscience : l’Arcane XIII invite à dépouiller, la Tempérance à relier, la Justice à axer.
Alchimie laboratoire
Alchimie laboratoire
  • L’alchimie n’est pas l’obsession du métal, mais l’art de transmuter l’être. Œuvre au noir, au blanc, au rouge : trois temps pour brûler l’inutile, éclaircir le cœur et unir le soufre de la volonté au mercure de l’imaginal. Le laboratoire dit la patience, l’athanor la chaleur juste, la matière première ce « vil » de soi qui demande soin plutôt que déni.
Dessin Julie Lô
  • La Franc-Maçonnerie enfin, ordonne ce travail dans une architecture de symboles : l’équerre pour la rectitude, le compas pour l’ouverture, le pavé mosaïque pour l’unité des contraires, la parole reçue et transmise comme un outil de transformation. Le Temple n’est pas un lieu, c’est une méthode.

Ces trois langages ne se juxtaposent pas : ils s’éclairent. Le Tarot donne des images actives au cheminement, l’alchimie offre la discipline opérative, la Franc-maçonnerie propose la communauté et le rite qui unifient l’effort.

Ce que chacun y gagne, profane ou initié

  • Pour le profane, la soirée donnera des clés pour reconnaître, dans les images du Tarot ou les métaphores de l’alchimie, une pédagogie de vie : assumer les fins nécessaires (Arcane XIII), tenir le milieu (Tempérance), ajuster ses actes (Justice), persévérer dans l’Œuvre rouge (naître au désir qui construit).
  • Pour l’initié, elle offrira un miroir exigeant : le rituel ne vaut que s’il transforme. La loge est un athanor, l’écoute une distillation, la fraternité une coction lente qui rend l’ego respirable. Le « secret » n’est pas un trésor caché, c’est un degré d’intensité dans la présence au monde.

Une heure pour faire levain

La conférence durera environ 45 minutes, suivies d’un temps d’échanges. Ce format court vise l’essentiel : transmettre sans verbiage, laisser au public la place des questions, puis prolonger la rencontre lors d’un pot amical avec des Frères et des Sœurs des loges de Rambouillet. La voie initiatique s’apprend aussi au coin de la table, quand les symboles redescendent dans la vie ordinaire.

Ouvrir les portes

Parce qu’ouvrir les portes, c’est ouvrir les signes. En croisant Tarot, alchimie et Franc-maçonnerie, cette rencontre rappelle que la tradition n’est pas musée mais mouvement : une science de l’âme qui aide à demeurer droit dans un monde incertain. Que tu viennes par curiosité, pour approfondir ta pratique, ou pour éprouver par toi-même ce que « symboliser » veut dire, cette soirée offre un viatique : apprendre à lire, à relier, à réaliser.

Les cartes parlent. Les symboles opèrent. Le Temple s’édifie en nous.

Informations pratiques

Conférence publique – Grande Loge de France
Conférencier 
: Dominique-Joseph Balette-Pape, membre de la GLDF
Thème : Tarot, alchimie et Franc-maçonnerie – Cheminement initiatique et spirituel

Salle La Valéria – Hôtel Best Western Amarys


Jeudi 20 novembre
2025 à 20h00 (accueil dès 19h00)
Lieu : Salle « La Valéria » – Hôtel Best Western Amarys, 73, rue de la Louvière, 78120 Rambouillet
Accès : entrée libre et gratuite
Organisation : Grande Loge de France – échanges et verre de l’amitié à l’issue

Inscription : https://bit.ly/47yNoI1

Hôtel-Best-Western-Amarys

La cérémonie d’élévation maçonnique: quand le vif saisit le mort

Il y a deux sortes d’initiations : les initiations de ce monde, préparatoires ; et celles de l’autre, qui achèvent les premières (Olympiodore, «opérateur en alchimie»).

On n’en disconviendra pas, nous avons des secrets ! Ce sont des signes figuratifs empruntés d’abord à l’outillage des bâtisseurs, puis à la symbolique du Temple de Salomon, ce sont des paroles sacrées (des hébraïsmes empruntés à la Bible), et ce sont des attitudes instaurées par les rituels. Ces secrets composent un langage, tantôt muet et tantôt très éloquent, pour communiquer, pour nous reconnaître. Ces signes, ces paroles et ces postures rappellent le souvenir de quelque vertu morale ou de quelque mystère  de notre foi de maçons. Ce n’est qu’aux adeptes que l’on en dévoile le sens.

Aujourd’hui, il reste de la forme archaïque des premiers rituels fondateurs de la Maçonnerie un symbolisme correspondant à un ensemble de rites de reconnaissance mutuelle, et il reste  aussi des rites porteurs d’exégèse, celles d’un catéchisme allégorique conduisant aux mystères du Christ, tels qu’ils furent divulgués au commencement ; commencement marqué par le calvinisme. En effet, le calvinisme apparaît historiquement comme fondateur des débuts de la Maçonnerie spéculative. Les références au Temple de Salomon n’étaient pas seulement des références à des réalités du passé en tant que Temple de Jérusalem ou du corps du Christ, c’était aussi une référence à une réalité future espérée : l’Église presbytérienne dont il fallait poursuivre et parachever l’édification.

L’essence des rites d’initiation chamanique est l’expérience de la mort et de la renaissance. Les chamans sibériens, dont les pratiques sont restées assez inchangées depuis l’âge de pierre, subissent une maladie initiatique et une dissolution de leur personnalité, se culminant par une mort durant laquelle ils reposent dans un état inanimé à l’intérieur d’une loge ou dans un endroit isolé pendant trois à sept jours. Ils sont ramenés à une conscience normale seulement après l’expérience de l’initiation.
L’idée de la résurrection du mythe d’Osiris se retrouve en Grèce avec celui de Dionysos, héros qui meurt et renaît périodiquement (ancien «Feu divin»). Cet héritage explique la conception qui avance que la nature de Dionysos serait unique : différente de celle des autres dieux puisqu’il est soumis à la mort, mais également des mortels puisqu’il renaît (sur un talisman, on le montre, crucifié comme Jésus). Le mythe du dieu fait homme, qui meurt et ressuscite, se prolonge avec Athis, Adonis et Mithra.

Le réconfort à l'impatiente. Ars moriendi :  https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl020626956

L’idée de réincarnation est répandue partout dans le monde, surtout dans les religions de l’Inde: hindouisme, bouddhisme et jaïnisme. Dans le bouddhisme tibétain, le Bardo Thödol (livre des morts tibétains) décrit en détail les étapes entre la mort et la réincarnation. Il existe d’autres livres des morts, notamment le Livre des morts égyptien et lArs moriendi (l’art de mourir) du Moyen Âge européen. Dans le christianisme, seuls quelques rares pères de l’Église, notamment Origène, ont défendu cette hypothèse.

Dans la cérémonie d’élévation, quel est l’objet de la substitution par le rituel, objet qui est aussi en l’espèce un sujet ? Des cérémonials primitifs, que vivons-nous aujourd’hui avec la cérémonie d’élévation ?

Avant de tenter de donner une explication à ce cérémoniel, voyons d’abord comment les cinq points du compagnonnage furent préconisés à travers les traces des textes fondateurs les évoquant.

Voici pour les textes fondateurs

  • Dans le Manuscrit d’Édimbourg de 1696, qui date donc de la période de transition de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative (il est à l’heure actuelle, en Écosse et dans le monde, le plus ancien document connu de caractère rituel, c’est ce qui fait son intérêt exceptionnel), on trouve le passage suivant : Q. 2 : Combien y a-t-il de points du compagnonnage ? R. : Cinq, à savoir : pied à pied, genou à genou, cœur à cœur, main à main et oreille à oreille. Faites alors le signe du compagnonnage, et serrez la main [de votre interrogateur], et vous serez reconnu pour un véritable maçon. Les mots sont dans 1Rois 7,2l : «Il dressa les colonnes dans le portique du temple ; il dressa la colonne de droite, et la nomma Jakin; puis il dressa la colonne de gauche, et la nomma Boaz» et dans 2Chroniques 3, dernier verset : «Il dressa les colonnes sur le devant du temple, l’une à droite et l’autre à gauche; il nomma celle de droite Jakin, et celle de gauche Boaz».
  • Dans le Manuscrit Sloane, datant de +/- 1700 (British Museum), il est écrit : Ils ont un autre mot qu’ils appellent le mot de maître, et c’est Mahabyn, qu’ils divisent toujours en deux mots. Ils se tiennent debout l’un contre l’autre, poitrine contre poitrine, les chevilles droites se touchant par l’intérieur, en se serrant mutuellement la main droite par la poignée de main de maître, l’extrémité des doigts de la main gauche pressant fortement les vertèbres cervicales de l’autre ; ils restent dans cette position le temps de se murmurer à l’oreille l’un Maha et l’autre, en réponse, Byn.
  • Dans le Manuscrit Graham de 1726, qui est catéchisme maçonnique, se présentent des parallèles certains avec d’autres écrits du même genre, comme «The whole institutions of free-masons opened» de 1725. Il s’y rappelle trois légendes dont celle de l’histoire de la découverte du cadavre de Noé par ses fils. Sem, Cham et Japhet, les trois fils de Noé, se rendent à la tombe de leur père pour tenter d’y découvrir quelque chose à son sujet, qui les guiderait jusqu’au puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. Ces trois hommes étaient déjà convenus que s’ils ne trouvaient pas le véritable secret, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret. Arrivés à la tombe, ils ne trouvent rien d’autre que le corps de leur père, corrompu, et dont la main et l’avant-bras se détachent en morceau ; ils le relèvent alors «en se plaçant avec lui pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos «, selon la méthode que l’on apprend plus loin être celle des «cinq points des compagnons francs-maçons» «Aide-nous, ô Père». Comme s’ils avaient dit : «ô Père du ciel aide-nous maintenant, car notre père terrestre ne le peut pas. « Ils reposèrent ensuite le cadavre, ne sachant qu’en faire. L’un d’eux dit alors : «Marrow in this bone, il y a de la moelle dans cet os», le second dit : «mais c’est un os sec» et le troisième dit : «il pue». Ils s’accordèrent alors pour donner à cela un nom qui est encore connu de la Franc-maçonnerie de nos jours et qui est le mot du Maître.
    Pour mémoire, la troisième légende concerne Hiram, il y achève le Temple mais ne meurt pas de mort violente.
    Ces cinq points font référence aux cinq principaux signes qui sont: la tête, le pied, le corps, la main et le cœur ; et aussi aux cinq points d’architecture. Ils tirent leur force de cinq origines, une divine et quatre temporelles, qui sont les suivantes : premièrement le Christ, le chef et la pierre d’angle; deuxièmement Pierre appelé Képhas; troisièmement Moïse qui grava les commandements; quatriè­me­ment Betsaléel le meilleur des maçons; cinquièmement Hiram qui était rempli de sagesse et d’intelligence.
  • Dans le catéchisme irlandais Les 3 coups distincts du rite d’York de 1760, représentant l’usage des anciens,  on peut lire : Ils enfoncèrent les cinq doigts de leur main droite dans le poignet de sa main droite (ce qui constitue l’attouchement du M \) et en tirant de toute leur force, leur pied droit contre son pied droit, leur genou droit contre son genou droit, leur sein droit contre son sein droit, leur main gauche soutenant son dos et susurrant dans son oreille le mot Mahhabone qui signifie à peu près, pourri jusqu’à l’os et constitue le mot du Maître.
  • Dans la version, complétée par Jean-Baptiste Willermoz, du Rituel du Régime Écossais Rectifié,  rédigé au Convent Général de l’Ordre en l’an1782, il est dit : Enfin, le Vénérable Maître lui prend le poignet droit avec sa main  droite, lui passe sa main gauche sous l’épaule gauche, tenant le pied droit contre le pied droit du candidat, genou contre genou, et  poitrine contre poitrine. Dans cette attitude, et aidé par les deux Surveillants, il le relève entièrement, disant d’une voix élevée : Il recevra la vie dans le sein de la mort.
  • Dans le Rituel du Rite Français du XVIIIe siècle, on trouve : 2ème S\. : Très Respectable, j’ai cru pouvoir le relever par l’attouchement d’Apprenti, mais la chaire quitte les os.
    1er S\ : Très Respectable, j’ai cru pouvoir le relever par l’attouchement de Compagnon, mais la chair quitte les os. T\R\ : Ne savez-vous pas que vous ne pouvez rien sans moi et que nous pouvons tout à nous trois. Il s’approche du Récipiendaire, pose le pied droit contre le sien, genoux contre genoux ; de la main droite il lui enserre le poing, de façon que les paumes des deux mains soient l’une contre tous l’autre, et lui passe le bras gauche sous l’omoplate droite, ayant par ce moyen, estomac contre estomac ; puis à l’aide des deux Surveillants, il le relève et lui dit à l’oreille, en lui donnant l’accolade par trois, les trois syllabes du mot Machaben.

Que ce soit dans le Cooke, 1400-1410, le Sloane environ 1700, le Dumfries 1711, le Wilkinson 1724-1730, le Graham 1726, tous les rituels fondateurs font référence à des corps à corps, âme dans âme, pour la cérémonie d’acceptation du maçon à sa maîtrise.

Juste une remarque : Ce n’est qu’avec la deuxième édition des Constitutions d’Anderson, publiées en 1738 (p42), que la maîtrise sera formellement intégrée comme troisième degré hiérarchique .

Quant à  l’interprétation, les courants maçonniques divergent. Retenons en quelques-unes, sans prétention à l’exhaustivité.

La fraternité comme code moral. C’est l’explication qu’en donne le «catéchisme des trois coups distincts» de 1760 : Premièrement, main contre main, signifie que je tendrai toujours la main à un F\pour l’aider, tant que cela sera en mon pouvoir. Deuxièmement, pied contre-pied, signifie que je n’aurai jamais peur de m’écarter de mon chemin pour rendre service à un frère. Troisièmement, genou contre genou, signifie que lorsque je m’agenouille pour faire ma prière, je ne dois jamais oublier de prier aussi bien pour mon frère que pour moi-même. Quatrièmement, poitrine contre poitrine sert à montrer que je garderai les secrets de mon frère comme les miens propres. Cinquièmement la main gauche qui soutient le dos signifie que je serai toujours prêt à soutenir un frère tant que cela sera en mon pouvoir.

Le rappel ecclésiologique et spirituel du calvinisme.  La doctrine calviniste exprimant les fondements de la foi presbytérienne fut présentée et définie en cinq points, mieux en cinq contre-points de la réfutation de l’arminianisme au synode de Dordretch en 1618.
L’arminianisme classique est une vue théologique protestante affirmant que la grâce prévenante de Dieu préparant la régénération est universelle, et que la grâce permettant la régénération et la sanctification est résistible
Ces cinq points, résumés par l’acronyme anglais TULIP (Total depravity, Unconditonal election, Limited atonement, Irresistible grace, Perseverance of the saints), portaient essentiellement sur le primat et les modalités de la grâce et constituaient par-là les clefs de la rédemption en vue du salut éternel. Ils représentaient des instruments de la résurrection des corps.
Dépravation totale : contrairement à la vision arminienne populaire selon laquelle l’homme est simplement blessé par le péché, la théologie réformée enseigne la doctrine de la dépravation totale. Cela ne signifie pas que chaque personne est aussi mauvaise qu’elle pourrait l’être ; cela signifie que la chute a corrompu chaque aspect de la nature humaine et que l’homme déchu est mort dans le péché. Non pas malade, mais mort.
Élection inconditionnelle : contrairement à la vision arminienne selon laquelle Dieu a élu certains en fonction de leur foi prédite en Christ, la théologie réformée enseigne la doctrine de l’élection inconditionnelle. Cela signifie que l’élection des pécheurs par Dieu au salut n’est conditionnée par rien d’extérieur à la nature divine. Dieu ne dépend en aucune façon de ses créatures.
Grâce irrésistible : contrairement à la vision arminienne selon laquelle la mort du Christ était pour toute l’humanité, rendant possible la rédemption de tous les êtres humains, la théologie réformée enseigne la doctrine de l’expiation limitée (ou mieux, de l’expiation définitive). Cela signifie qu’au lieu de rendre la rédemption possible, Christ a accompli la rédemption de ceux pour qui il est mort. La grâce irrésistible Contrairement à la vision arminienne selon laquelle la grâce est résistible, la théologie réformée enseigne la doctrine de la grâce irrésistible. Elle enseigne que le Saint-Esprit régénérera tous ceux pour qui Christ est mort. Si les incroyants peuvent résister à l’appel extérieur de l’Évangile, les élus parmi eux entendront et répondront à l’appel intérieur. Dieu leur accordera souverainement le don de la foi et ils sortiront du tombeau de la mort spirituelle.
La persévérance des saints: enfin, contrairement à la vision arminienne selon laquelle les chrétiens véritablement régénérés peuvent abandonner définitivement la foi, la théologie réformée enseigne la doctrine de la persévérance des saints. Ceux qui ont été choisis par Dieu, ceux pour qui Christ est mort et qui ont été appelés de la mort à la vie, Dieu les préservera par sa grâce jusqu’à la fin. Personne ne les arrachera jamais de la main de leur Père.
Le pouvoir résurrecteur des cinq points du calvinisme suggéra aux rédacteurs du Graham  en 1726 l’idée de relever un cadavre, probablement celui de Noé.
Par ailleurs le «Contrat de la loge écossaise» de Perth, qui décrit en 1658 le rite calviniste des cinq points du compagnonnage, développait l’attouchement originel de la griffe. Cette griffe était à considérer d’une part,  ut singuli, comme un double instrument d’union fraternelle et d’onction spirituelle, d’autre part, ut universi, comme référence au double symbolisme ecclésiologique et spirituel du Temple de Salomon. La communion fraternelle engendrant l’onction spirituelle, l’onction spirituelle engendrant la communauté fraternelle. Le relèvement est donc à interpréter, ici, comme l’affirmation en la foi presbytérienne.
Ce n’est qu’en 1730, sur fond d’opposition religieuse, que la Grande Loge de Londres, en majorité anglicane, remplace Noé par le cadavre d’un meurtre, Hiram. Par réaction, la légende d’Hiram, occulta l’interprétation calviniste, allant même jusqu’à identifier les calvinistes aux assassins du bâtisseur.

La connaissance du métier des compagnons. Le manuscrit Graham 1726 se termine en insistant sur le nombre cinq. Outre les cinq points physiques qui sont pied contre pied, etc., le manuscrit faisait référence aux cinq ordres d’architecture (le toscan, le dorique, le ionique, le corinthien, le composite) et aux cinq ordres de la Maçonnerie (en 1804 ce sont les cinq ordres supérieurs gérés par le Grand Chapître Général de France : Élu, Écossais, Chevalier d’Orient, Rose-croix et un cinquième regroupant tout ce qui était supérieur au Rose-croix), affirmant qu’ils tirent leur force de cinq figures primitives, une divine et quatre temporelles qui sont comme suit : premièrement le Christ, le chef et la pierre d’angle, deuxièmement Pierre appelé Képhas, (nom signifiant rocher), troisièmement Moïse qui grava les commandements (sur deux tables de pierre), quatrièmement Betsal’el le meilleur des maçons qui construisit le sanctuaire à l’époque de l’exode («Vois : j’ai appelé par son nom Betsal’el, fils d’Ouri, fils de Hour, de la tribu de Juda. Je l’ai rempli de l’esprit de Dieu pour qu’il ait sagesse, intelligence, connaissance et savoir-faire universel ; création artistique, travail de l’or, de l’argent, du bronze, ciselure des pierres de garniture, sculpture sur bois et toutes sortes de travaux, Ex. 3,1), cinquièmement Hiram qui était rempli de sagesse et d’intelligence. Ici l’interprétation  litho centrique du métier des bâtisseurs s’impose confirmée par la question-réponse 24 du Graham : Qu’est-ce qu’un maçon ?  Un ouvrier de la pierre.

Sans doute, ces cinq points parfaits correspondent-ils à un secret opératif : Utilisant le rituel de reconnaissance des compagnons opératifs (la guilbrette), Villard de Honnecourt dans son Album dessine à usage mnémotechnique, entre autres deux figures. De droite à gauche : 1°)  «la courbe qui recouvre les deux hommes qui se tiennent aux épaules symbolise la voûte en ogive tracée avec des arcs de cercle.» Il s’agit, d’une voûte dite en tiers-point. 2°) le rappel de la partition du carré (Planche XXVII et XXXVI pages 140 et 141 de l’album).

L’interprétation égyptienne. Comment ne pas remarquer quelques similitudes avec la manière dont Isis transmettait à son enfant les facultés et les qualités lumineuses qui en faisaient un roi : «à l’aide de quelques opérations magiques auxquelles s’ajoutait la gestuelle de l’enlacement, de l’effleurement (face à face), de l’embrassement (sur l’épaule droite), du caressement ou friction (fontanelle et nuque) et de l’aspiration de l’haleine divine».

L’interprétation Alchimique.Seulement effleurée car, dans quelques manuscrits anciens, on trouve de cet art plusieurs définitions desquelles il importe que nous l’évoquions ici.
Hermès dit : «L’Alchimie est la science immuable qui travaille sur les corps à l’aide de la théorie et de l’expérience, et qui, par une conjonction naturelle, les transforme en une espèce supérieure plus précieuse». C’est essentiellement le Rite de l’étoile Flamboyante dont on retrouve trace dans le Système philosophique des Anciens Mages égyptiens revoilé par les prêtres Hébreux sous l’emblème maçonnique vers 1750 qui développa en Franc-maçonnerie cette interprétation. Ce Rite est réellement alchimique. Son catéchisme est une description du Grand Œuvre avec en parallèle l’explication alchimique des principaux symboles maçonniques.
Par le broyage, la mortification de la materia prima, suivie de sa séparation du corps (soufre et terrestréités) d’avec l’âme (mercure) et l’esprit (sel), on obtient l’image d’une mort humaine. Mourir pour renaître toujours plus pur, voilà la conception philosophique.
En alchimie, «certaines statues allégoriques de la Prudence ont pour attribut le serpent fixé sur un miroir. Et ce miroir, signature du minéral brut fourni par la nature, devient lumineux en réfléchissant la lumière, c’est-à-dire en manifestant sa vitalité dans le serpent, ou mercure, qu’il tenait caché sous son enveloppe grossière. Ainsi, grâce à ce primitif agent vivant et vivifiant, il devient possible de rendre la vie au soufre des métaux morts. En exécutant l’opération, le mercure, dissolvant le métal, s’empare du soufre, l’anime et meurt en lui cédant sa vitalité propre. C’est ce que les maîtres veulent enseigner lorsqu’ils ordonnent de tuer le vif pour ressusciter le mort, de corporifier les esprits et de réanimer les corporifications.» (Fulcanelli, Les demeures philosophales, t2, p70).
C’est aussi une des conceptions philosophiques de la Franc-maçonnerie. Lorsqu’il est dit que le maître Hiram revit dans le nouveau maître, cela évoque la réincarnation d’un être dans un autre. Ce n’est évidemment qu’une métaphore. La réalité créée par l’esprit est en nous-mêmes. C’est une représentation du monde élaborée par l’esprit, qui a nécessité différents intermédiaires ayant codé la perception : les organes des sens qui transforment nos perceptions en influx nerveux, puis les nerfs qui acheminent cette information jusqu’au cerveau. Hiram n’est qu’une façon d’être, ce sont ses valeurs qui sont offertes au récipiendaire pour qu’il les fasse siennes. Être Hiram c’est découvrir en soi cette part de qualités morales et spirituelles qui vont révéler l’initié. Hiram est celui qui maîtrise les forces de l’inorganique et rassemble ce qui est épars (les ouvriers, la chair avec les os…). La réincarnation d’Hiram c’est l’éveil du maître intérieur. 

L’interprétation christique. On ne peut ignorer l’influence réelle d’une culture religieuse christique dans la Maçonnerie française du XVIIIe siècle.

La posture de relèvement et d’accueil du nouveau M\ est une invitation à déchiffrer le sens de la légende d’Hiram dont la première version parut en 1730 dans l’ouvrage de Samuel Prichard intitulé La Maçonnerie disséquée. C’était une divulgation du rituel de la Grande loge de Londres de 1730. Analysant les deux sources immédiates de cette légende (le Graham de 1726 et le Wilkinson de 1727), il est permis de montrer que la figure d’Hiram était une figure allégorique renvoyant à une réalité bien précise : Jésus. Et c’est en ce même sens allégorique sans équivoque que le rituel de la Grande loge de Londres reprit la figure d’Hiram, la superposant à celle de Noé, pour élaborer sa légende, afin d’entamer une herméneutique biblique à l’abri des clergés. La légende maçonnique d’Hiram n’avait rien d’irréel ou d’irrationnel, elle n’avait rien d’arbitraire ou d’artificiel car elle exprimait une interprétation spirituelle, et non charnelle, de la résurrection des morts tout en invitant les maçons à s’interroger sur la notion mystérieuse d’attouchement corporel.
Selon la théologie chrétienne : «C’est Dieu le Fils lui-même, le Verbe de Dieu, qui se ressuscite Lui-même à partir de son corps mort. Son âme resurgit donc et la forme glorieuse de ce corps réanime victorieusement son cadavre. Il est le Médiateur en Son corps de Sa résurrection ! Le sens réel de résurrection, en tant que promesse placée devant nous dans les écritures, a été très généralement perdu de vue, en partie parce que ce terme est employé de diverses manières.

Dans l’usage courant, il n’est pas rare d’utiliser ce terme au sens figuré. En disant ressusciter pour réveiller, revigorer, faire sortir de sa torpeur, ranimer, rendre force tant à des objets, des idées que des personnes.

Dans l’usage biblique, il y a une autre confusion terminologique entre un simple réveil et une résurrection pleine et entière hors la mort. Les chrétiens parlent de la résurrection de Lazare «sors d’ici», de la résurrection du fils de la veuve de Naïn «jeune homme lève-toi», de la résurrection de la fille de Jaïrus «Jeune agnelle, debout». Ils donnent à ce vocable le même sens qu’aux promesses eschatologiques. À remarquer le terme d’agnelle  préfigurant le sacrifice de l’agneau Jésus. Or, il n’est pas vrai que Lazare et les autres furent ressuscités ; ils furent simplement réveillés, ranimés. Réveiller signifie simplement faire fonctionner à nouveau l’organisme de la vie. Ranimation, «Ressuscitation» ou «ressuscitement» c’est ce qui fut fait pour Lazare ou pour le fils de la veuve de Naïn ou pour la fille de Jaïrus. Ils étaient encore soumis à la sentence de mort, et n’obtinrent qu’une brève prolongation des conditions de la vie mourante. Ils ne furent pas relevés, sortis de la mort pour entrer dans des conditions de vie parfaite.

On trouvait déjà chez les prophètes de l’Ancien Testament ce thème de résurrection et pour mémoire : Élie s’étendit trois fois sur l’enfant, invoqua l’Éternel, et dit : Éternel, mon Dieu, je t’en prie, que l’âme de cet enfant revienne au dedans de lui !(1 Rois 17:17-24).
Élisée monta, et se coucha sur l’enfant ; il mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains, et il s’étendit sur lui. Et la chair de l’enfant se réchauffa (2 Rois 4.34). Et comme on enterrait un homme, voici, on aperçut une de ces troupes, et l’on jeta l’homme dans le sépulcre d’Élisée. L’homme alla toucher les os d’Élisée, et il reprit vie et se leva sur ses pieds (2 Rois 13.21).


Le terme «résurrection «, tel qu’on le trouve dans le Nouveau Testament, vient du mot grec anastasis. Anastasis ou anistèmi (de histèmi se tenir debout après s’être couché et du préfixe ana de bas en haut). Il se trouve quarante-trois fois dans le Nouveau Testament et signifie se tenir debout à nouveau, ou se relever. On ne l’emploie, cependant, jamais pour désigner le relèvement debout d’un cadavre dans un tombeau, pas plus pour désigner la simple reviviscence ou une remise en fonction de l’organisme de la vie. Il signifie quelque chose de beaucoup plus important. Il est employé comme l’antithèse, ou l’opposé, de la mort, le rétablissement hors de la mort. Pour avoir une idée exacte de la signification du terme anastasis, il faut d’abord que nous ayons une idée exacte de ce qui constitue la vie du point de vue divin. Il nous faut ensuite comprendre ce qui constitue l’état mourant et la mort. Ayant ces deux pensées bien à l’esprit, il nous est possible de saisir la pensée de résurrection, ou de relèvement hors de la mort pour entrer dans la pleine perfection de vie dont nous sommes tous déchus en Adam, selon la doctrine chrétienne. Il n’y a que deux hommes qui aient jamais possédé cette vie parfaite: le premier, Adam, avant sa transgression, avant qu’il n’ait attiré sur lui la malédiction ou la sentence de mort, le second, l’homme Christ Jésus. À l’instant où la sentence de mort fut prononcée contre Adam, sa vie fut perdue, le processus de mort commença son œuvre. Adam était dans la mort, il n’était donc plus en vie.
La postérité d’Adam n’a jamais eu la vie, l’étincelle qui vacille pendant quelques années n’étant pas considérée par Dieu comme étant la vie, étant donné que la sentence de mort demeure sur tous, et que ceux qui naissent dans le monde ne reçoivent pas la vie dans le plein sens de ce terme, mais simplement une vie mourante. Dieu ne reconnaît comme ayant la vie parfaite que ceux-là seuls qui s’uniront au Fils de Dieu, Rédempteur des hommes,  Donateur de vie.
Le sens du terme anastasis est à comprendre comme voulant dire un rétablissement, un relèvement à la condition d’avant la chute, à la condition de perfection dans laquelle Adam fut créé. C’est à cette condition de perfection que Dieu se propose d’amener tous ceux des humains qui le voudront par l’intermédiaire du Christ, étant admis que, lorsqu’ils seront amenés à la connaissance de la Vérité, ils devront accepter la faveur divine, et prouver leur loyauté par l’obéissance à l’esprit de la Loi divine.
Une fois acceptée que anastasis signifie relèvement complet hors de la mort, il reste à s’interroger sur son caractère soit instantané, soit graduel. En ce qui concerne la résurrection de Jésus vue par les théologiens chrétiens, il est certain qu’elle fut instantanée, de la mort à la vie parfaite, tandis que, pour les hommes, elle sera une résurrection graduelle, ou un relèvement à la vie, qui prendra plusieurs années destinées à cette œuvre de résurrection, ou de rétablissement. Anastasis ne change pas non plus la nature de l’être qui sera relevé, car l’être relevé sera de la même nature que quand il mourut.

Dans des études des textes XVIIIe siècle, on peut retrouver ce même esprit d’actualisation de la foi chrétienne à travers le mimodrame du relèvement d’Hiram, en particulier dans le signe de Maître au Rite du Mot de Maçon.Pour interpréter correctement le signe de maître au rite du Mot de maçon, il faut d’abord commencer par le pratiquer correctement, c’est-à-dire  conformément à la manière dont il était pratiqué à l’origine, et non pas, comme l’affirme Patrick Négrier, de la manière fantaisiste et contre-traditionnelle qu’on voit aujourd’hui pratiquée, par exemple au Rite dit écossais Ancien et Accepté. De fait nous lisons dans le texte de 1745 de l’abbé Gabriel-Louis Perau, L’Ordre des francs-maçons trahi : «le signe de maître… est de porter la main droite au-dessus de la tête, le revers tourné du côté du front, les quatre doigts étendus et serrés, le pouce écarté, et de la porter ainsi dans le creux de l’estomac». L’abbé poursuit quelques pages plus loin : «Le signe de maître est de faire l’équerre avec la main, de la façon qui a été déjà expliquée plusieurs fois ; de l’élever horizontalement à hauteur de la tête, et d’appuyer le bout du pouce sur le front ; et de la descendre ensuite dans la même position au-dessous de la poitrine, en mettant le bout du pouce dans le creux de l’estomac» (p.150).           
Dans le contexte de l’interprétation implicite de la légende hiramique en tant que  Passion/Résurrection de Jésus de Nazareth, le signe de maître faisait référence par sa forme d’équerre à la croix de Jésus, et le coup donné par la main en équerre dans le creux de l’estomac faisant penser,  non pas aux femmes et aux autres témoins de la crucifixion qui se frappèrent la poitrine (Lc 23,27.48) mais aux coups physiques donnés à Jésus lors de son procès (Mt. 26,67-68 ; Mc 14,65 ; Lc 22,63-64 ; Jn 18,22-23 ; 19,3) et plus particulièrement au coup de lance infligé par l’un des soldats au côté de Jésus décédé sur la croix (Jn 19,34).
C’est bien-là l’interprétation d’un abbé !

Nous pourrions poursuivre avec l’analyse des origines du mot secret ou encore avec celle de l’art diagrammatique du tableau de loge, au grade de maître. À travers les textes fondateurs, il y apparaîtra clairement que le rituel maçonnique représentait une liturgie judéo-chrétienne dont les éléments devaient servir de support à l’instruction spirituelle et d’encouragement à la pratique spirituelle d’une manière analogue aux liturgies religieuses chrétiennes.

Alors de l’essence biblique qu’est-ce qui s’impose à nous dans la praxis de la cérémonie ? Trois plans s’interfèrent  où l’opposition mort-vie est renouée dans la résurrection : la putréfaction ranimée, le vif saisit le mort, le salut éternel.

La putréfaction ranimée par la résurrection du compagnon qui fera dire : Notre maître Hiram est ressuscité nous interroge. Le nouveau M\ est-il devenu Hiram ? Est-il la ré-incarnation du Maître ? Il sera nommé vénérable par ses frères et sœurs, qu’est-ce que cela signifie ?
Mais ne perdons pas de vue qu’Hiram ne ressuscite qu’à travers autrui, c’est-à-dire à travers la naissance d’un nouveau maître assurant la poursuite de l’œuvre dans le temps et devant les hommes.

Le vif saisit le mort par la grippe ; c’est une résurrection semblable à celles relatées dans la Bible. Redonne-t-elle une nouvelle vie au nouveau M\ ? Et laquelle ? Cela n’est pas sans rappeler que, par l’épée flamboyante, le vén M\ a donné re-naissance à l’impétrant en le faisant apprenti F\M\

Le salut éternel par la résurrection de Jésus engendrée par lui-même et la promesse de la résurrection en Jésus car ne dit-il pas à Marthe la sœur de Lazare : «Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort» n’est-il pas au cœur de l’instant de l’élévation. N’est-elle pas, alors, l’affirmation du dogme chrétien de la foi en l’éternité de Jésus ? Le cordon représenterait-il alors la descente de l’esprit saint ?

Chacun répondra avec ses croyances et sa façon de  dominer les paradoxes de nos rituels.
Au-delà du rôle sacramentel du Vénérable, il s’agit alors, non de recevoir, mais d’accueillir «Mac Benah» ou «Moha Ben» comme la substitution de l’esprit au corps.

Quelques textes anciens évoquant la réincarnation

Et c’est sur nos tabliers que seront tatoués les stigmates de la passion qui a fait de nous des Maîtres francs-maçons. Alors advient le récit où la voix, cassée de consonnes, se lie de voyelles.
Le sublime est bien cet effort indéfini vers le sens de ce qui échappe à la représentation et qui, cependant, s’y révèle.

Il nous est rendu, alors, ce qui ne peut plus pourrir, la Lumière.

Pour compléter ce sujet que diriez-vous de consulter un autre de mes articles ?

Être libre : le pacte silencieux des Francs-maçons

De notre confrère expartibus.it

Je suis franc-maçon. Je suis libre. Acceptez-le. Le concept est aussi simple qu’il est, pour beaucoup, radicalement incompréhensible. Car la liberté, sur la voie franc-maçonne, est une pierre angulaire qui remet en question la logique, dissout les certitudes et ébranle les fondements de ce qui est considéré comme inébranlable. Mais c’est précisément dans cette « ébranlement » que réside le sens de l’initiation.

Dans le symbolisme maçonnique, chaque contribution individuelle, chaque geste rituel et chaque réflexion intérieure impliquent la responsabilité du libre choix.

On n’est pas franc-maçon parce que les autres le veulent ou parce qu’on recherche la gloire, mais parce qu’on accepte le miroir à l’intérieur de la pierre brute et qu’on y répond :

Que ta volonté soit faite.

Benjamin Franklin a averti :

Ceux qui renonceraient à une liberté essentielle pour acquérir un peu de sécurité temporaire ne méritent ni l’une ni l’autre.

Le Franc-maçon comprend que la liberté n’est pas une concession, mais une conquête. Parce que la « gratuité » fait peur, perturbe, déstabilise !

La société laïque affectionne les schémas, les hiérarchies et la reconnaissance. Le système maçonnique, en revanche, exige du Frère qu’il prenne du recul et devienne son propre artisan et peintre. Non plus sujet, mais citoyen conscient.

William Howard Taft a écrit :

La liberté est l’élément essentiel de la franc-maçonnerie… la liberté de pensée et d’expression… la liberté face à l’ignorance, la superstition, le vice et le sectarisme.

La liberté du Franc-maçon devient ainsi un choix : libre penseur, travailleur libre, Franc-maçon. Mais cette liberté exige de nous que nous n’obéissions pas à des dogmes extérieurs ; que nous ne nous mesurions pas à l’aune de symboles et de rituels comme s’il s’agissait d’instruments vivants ; que nous fassions entrer en nous la verdure vivante de la pierre que nous travaillons.

Le frère qui frappe, aspire et est accueilli accepte d’ériger non un monument à l’ego, mais un temple intérieur. Rien n’est prédéterminé : le compas et l’équerre sont un guide, non une contrainte.

La franc-maçonnerie n’a pas été créée pour diviser les hommes, mais pour les unir, laissant chacun libre de penser par lui-même…

La franc-maçonnerie n’a pas été créée pour diviser les hommes, mais pour les unir, laissant chacun libre de penser par lui-même…
Joseph Fort Newton

Ici, la liberté est donc la mesure de l’âme : un rythme intérieur qui ne peut être imposé de l’extérieur.

Virtus in arduis.

La vertu se mesure aux difficultés rencontrées.

Si le Franc-maçon n’exerce pas sa liberté dans les petits actes du quotidien, comment pourra-t-il le faire dans les grands moments du Temple ?

Dans un monde où de nombreuses loges s’enlisent, en quête de chiffres, de noms et de quotas, la liberté maçonnique apparaît comme une erreur, une perturbation, une déviation. Elle devrait au contraire en être le cœur vibrant.

La franc-maçonnerie… dont l’objet est de promouvoir le bonheur du genre humain.

La franc-maçonnerie… dont le but est de promouvoir le bonheur du genre humain.
George Washington

Ceux qui comprennent véritablement la franc-maçonnerie ne la poussent pas d’une obéissance à une autre, ne la cantonnent pas à un rôle prédéfini, ne l’entravent pas. Ils l’encouragent à utiliser sa propre responsabilité intérieure, sa propre liberté, comme un outil d’édification. Autrement, l’Art est trahi.

Liberté et responsabilité : les deux faces d’une même pierre :

Aimer, et non dominer ; guider, et non contraindre : telles sont les coordonnées de la véritable « liberté ».

L’initié libre n’est pas celui qui fait ou dit ce qu’il veut, mais celui qui décide en conscience de faire ce qui est juste, selon la Loi morale que rappelle la Franc-Maçonnerie.

La franc-maçonnerie… repose sur le fondement de la fraternité humaine et de la paternité de Dieu.

La franc-maçonnerie… repose sur le fondement de la fraternité humaine et de la paternité divine.
William Howard Taft

La liberté en Franc-maçonnerie est un acte de recherche, non de règlement.

Sachez ce que vous pensez !

Osez savoir !

La Franc-maçonnerie ne signifie pas « être libre de tout », mais être libre de construire des ponts, de promouvoir la fraternité, de promouvoir la lumière plutôt que la division. Je sais que cette liberté fait peur : car malheur à ceux qui craignent l’indépendance de leur Frère !

C’est pourquoi tout temple digne de ce nom n’utilise pas la force, mais la persuasion de la vérité.

Le travail maçonnique est un pur acte de passion. Celui qui cherche à en retirer une rémunération en or et en argent sera déçu.

Le travail maçonnique est un pur acte de passion. Quiconque recherche une rémunération maçonnique en or et en argent sera déçu. —
Benjamin Franklin

C’est la vérité, la fraternité et la liberté qu’ils paient.

Être franc-maçon, c’est comprendre que le chemin est un horizon en constante évolution. On ne cesse jamais de frapper à la pierre, ni de la redresser.

Et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprenderunt.

Et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne la comprennent pas.
Jean 1:5

La liberté dont jouit aujourd’hui le Frère continuera d’être purifiée demain. Elle ne va pas de soi, elle ne s’achète pas.

Et si quelqu’un dit

Passe à autre chose.

Qu’il soit bien clair que cette raison n’est pas une limite, mais une invitation.

Une invitation à la constance. Une invitation à l’effort. Une invitation à la liberté authentique.

GLNF – 27/11/25 : « La force de l’amour » une conférence enchantée au Grand Temple de Pisan

Temple Jean Mons*, Grand Temple de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), situé au 12 rue Christine de Pisan dans le 17e arrondissement, s’apprête à vibrer au rythme de la poésie mystique persane.

La Voie de la Sagesse

Organisée par la Respectable Loge de Recherche provinciale « La Voie de la Sagesse » n°1044, à l’Orient de Paris, une conférence exceptionnelle intitulée « La Force de l’Amour » promet d’envelopper les lieux d’une aura spirituelle et poétique.

Réservé uniquement aux Frères de la GLNF

Au cœur de cette soirée : Leili Anvar, figure incontournable de la culture persane, qui explorera l’un des mythes les plus emblématiques du Moyen-Orient, l’histoire de Leili et Majnûn – souvent comparée à notre Roméo et Juliette occidental.

Un voyage au cœur du soufisme et de l’amour mystique

Grande Loge Nationale Francaise GLNF Siege social 12 rue Christine de Pisan Paris 17e Photo : Yonnel Ghernaouti
Grande Loge Nationale Francaise GLNF Siege social 12 rue Christine de Pisan Paris 17e (Photo : Yonnel Ghernaouti)

Leili Anvar, écrivaine, traductrice et maîtresse de conférences à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), est une conteuse hors pair. Spécialiste passionnée de la poésie mystique, elle a consacré sa carrière à faire revivre les trésors de la littérature persane. Ses traductions et ouvrages sur des poètes comme Djalâl-od-Dîn Rûmî ou Farîd od-dîn Attâr ont déjà conquis un large public. Lors de cette conférence, elle disséquera comment l’amour, la poésie et l’exil transforment l’être humain, le conduisant vers la plus haute forme d’élévation spirituelle.

Attendez-vous à un périple immersif : des poètes légendaires aux miniatures somptueuses, en passant par les déserts mythiques de la Perse. Leili Anvar offrira une clé précieuse pour mieux comprendre le soufisme, cette voie mystique de l’islam qui célèbre l’union divine à travers l’amour profane et sacré. « Une promesse d’évasion », comme l’annonce l’invitation officielle, ouverte à tous les Frères maçons, leurs familles et amis.

Cette thématique n’est pas nouvelle pour Leili Anvar au sein de la GLNF

En 2015, elle avait déjà captivé l’assemblée au même Grand Temple avec une conférence sur « Le désir comme initiation – La tradition de l’amour dans le soufisme persan ». Introduite alors par des figures comme Bruno Pinchard et Yonnel Ghernaouti, elle avait exploré les liens entre désir et initiation spirituelle, soulignant comment le soufisme invite au détachement pour approcher le Divin.

Un événement ouvert et inclusif dans un lieu emblématique

Temple Jean Mons – GLNF Paris

Le Grand Temple de Pisan, est, entre autres, un lieu de réflexions initiatiques et culturelles. Régulièrement, il accueille des conférences publiques sur des thèmes spirituels, philosophiques ou artistiques, favorisant le dialogue interobédiences et au-delà. Cette soirée du 27 novembre s’inscrit dans cette tradition, en rendant accessible au grand public les richesses du soufisme – une doctrine qui, loin des stéréotypes, met l’accent sur l’amour universel et la quête intérieure.

Bien que les détails pratiques (horaire précis, inscriptions) ne soient pas encore publics en ligne – l’événement semblant promu en interne pour l’instant –, il est conseillé de contacter la loge organisatrice ou la GLNF via leur site officiel (glnf.fr) pour plus d’informations. Une chose est sûre : cette conférence s’annonce comme un moment de grâce, où la force de l’amour poétique enveloppera les cœurs et les esprits.

En ces temps où le monde a tant besoin de ponts culturels, Leili Anvar nous rappelle que la poésie persane, née il y a des siècles, porte un message intemporel :

l’amour est la voie royale vers la sagesse et l’élévation. Ne manquez pas cette escapade enchantée au pays des roses et des rossignols !

Contact Info : 12 rue Christine de Pisan 75017 Paris France / Tél. 01 44 15 86 20 / Courriel glnf@glnf.com

*Jean Mons (1906-1989)
Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française de 1980 à 1989, Jean Mons incarne la figure du haut fonctionnaire républicain et du bâtisseur d’Ordre. Né à Argentat, instituteur puis contrôleur des contributions indirectes, il s’engage très tôt dans le syndicalisme et la Résistance, avant d’occuper des fonctions éminentes à la Libération — préfet de la Seine, directeur de cabinet de Léon Blum, puis secrétaire général de la Défense nationale. Initié en 1945, il rejoint la G.L.N.F. en 1965 et œuvre pour une Franc-Maçonnerie spirituelle, régulière et ouverte au monde. Sous son mandat, l’obédience connaît un essor sans précédent en France et à l’international, avec la création de nouvelles Provinces et de Grandes Loges sœurs. Défenseur de la souveraineté des Loges symboliques, il affermit la reconnaissance internationale de la G.L.N.F. et pose les fondations de son siège rue Christine de Pisan, inauguré en 1993 sous son nom. Homme de rigueur, de foi et de service, il laissa l’image d’un Grand Maître visionnaire et fidèle à l’idéal initiatique.

Alamo et ses Frères : le Temple du serment, ou quand la fidélité devient flamme

Il suffit d’ouvrir ce volume pour sentir le sable de Bexar crisser sous nos pas et la poussière des lauriers s’élever jusqu’à la voûte invisible où se mesure l’âme des hommes. Didier Convard choisit Alamo comme on choisit une pierre d’angle. Rien d’un western triomphant. Tout d’une liturgie du courage. Le fort n’est pas seulement une mission espagnole transformée en bastion. Il est la chambre intérieure où des Frères vérifient leur parole. Il est ce carré de terre où la conscience accepte d’être jugée par le temps. La bataille, étirée sur treize jours entre la fin de février et l’aube du 6 mars 1836, devient un long travail d’alchimie. La poudre et la chaleur cuisent les âmes. La fraternité se décante. Les masques tombent. La fidélité demeure.

Nous avançons de visage en visage et la galerie qui s’ouvre ressemble à une colonne d’atelier. William Barret Travis, très jeune mais déjà lieutenant-colonel, garde la rectitude des chefs habités par un sens supérieur du devoir. Sa lettre, écrite le 24 février, fait l’effet d’un maillet frappant trois coups nets.

William B. Travis était le second commandant de l’Alamo.

Cette phrase qui choisit la victoire ou la mort n’a pas l’arrogance d’une bravade. Elle est l’acceptation d’une charge. Elle appelle des renforts qui ne viendront pas, mais surtout elle rassemble des consciences autour d’un mot simple et terrible. Rester. Tenir. Assumer. James Butler Bonham entend l’appel et le prolonge. Il chevauche à travers les lignes mexicaines, franchit l’étau, revient au fort, sait qu’il n’en ressortira plus et accepte de rester à son tour. Il n’y a pas d’emphase. Il y a la musique d’un serment tenu jusqu’au bout. James Bowie partage la même étoffe, mais sa force prend un éclat particulier. Fils du Kentucky, façonné par les terres sauvages de Louisiane, il avait fait de son nom une arme et de son arme une légende. Le fameux Bowie knife, long et large, forgé pour trancher net, n’était pas qu’un outil de combat. Il symbolisait la loi du courage, la frontière entre la vie et la mort, la volonté de se tenir debout face à l’adversité. Cet acier poli, lourd comme une sentence, portait dans ses reflets le double éclat de la lame et du symbole.

Dans les terres âpres du Sud-Ouest américain, ce couteau s’était imposé comme un prolongement du bras et de la conscience. James Bowie l’avait manié non par goût du sang, mais comme une affirmation d’honneur. Né d’un duel célèbre sur les rives du Mississippi, il avait traversé le folklore pour devenir talisman. Dans l’économie du récit de Didier Convard, la lame perd sa fonction guerrière pour rejoindre la sphère initiatique, dague de vérité qui tranche l’illusion et dépouille les faux-semblants. À Alamo, James Bowie, malade, affaibli, alité, garde son arme près de lui. Elle n’est plus destinée à frapper, elle rappelle ce qu’elle incarne – vigilance intérieure, conscience du serment, pureté du geste juste.

Couteau Bowie

Ainsi le Bowie knife, dans la lumière crépusculaire du fort, devient un éclat d’argent posé sur une table, un reflet de compas sous la poussière. L’aventurier s’efface, le frère reste. Entre la main et la lame, il y a le passage d’un monde à l’autre. Entre l’arme et la lumière, il y a la mesure d’un homme.

Dans cette immobilité pleine de sens, James Bowie rejoint la lignée des frères d’Alamo : non plus l’homme du duel, mais celui de la veille. Son couteau, devenu symbole, repose comme une pierre d’autel à la frontière de l’histoire et du mythe, rappel que l’arme véritable du maçon n’est pas celle qui blesse, mais celle qui tranche le mensonge. Almaron Dickinson sert la pièce d’artillerie et inscrit son nom dans cette précision silencieuse qui fait la différence entre un geste et un mythe. Susanna Dickinson, survivante, portera la mémoire des derniers instants. Autour d’eux, des anonymes dont beaucoup appartiennent à des loges, d’autres qui ne portent que la promesse d’une fraternité vécue sans formule. L’ensemble compose un atelier improvisé, rassemblé dans l’odeur de la poussière et du charbon, où la parole circulerait si la canonnade laissait quelque répit.

Portrait_of_David_Crockett,_1831

Au milieu se tient David Crockett. Les pages réunies par Vincent Wagner lui donnent un corps à la fois massif et doux. Rien d’un totem de folklore. Tout d’un frère passé par le rude noviciat de l’Amérique pionnière. Nous reconnaissons les étapes de sa vie. Les inondations qui emportent les fermes familiales. Les années d’errance où l’adolescent garde des bœufs, conduit des chariots, apprend les métiers pauvres. La milice, les Creeks, les pistes de chasse dressées contre la faim. La politique surtout, où l’éloquence monte du vécu. David Crockett parle pour les colons démunis. Il s’oppose aux calculs d’Andrew Jackson, refuse la déportation des nations amérindiennes, écrit que sa conscience ne rougira pas le jour du jugement. Rien de démonstratif. Une ligne de vie qui reste droite malgré les bourrasques. Les électeurs le battent. Il sourit, referme sa porte, pose son chapeau de feutre et repart vers l’Ouest. La route vers le Texas n’a rien d’un exil. C’est une purification volontaire. La parole doit rejoindre l’acte.

La tradition maçonnique traverse cette trajectoire comme une veine de quartz. Les archives ont brûlé durant la guerre civile et les précisions se perdent, mais le tablier confié avant le départ a la densité d’un signe. Ce morceau d’étoffe, cousu à Washington et transmis de main en main, finit par disparaître. Reste la rumeur d’une appartenance et surtout l’évidence d’un comportement. Didier Convard choisit ce point juste. Il ne brandit pas l’initiation comme un diplôme. Il montre ce que la fidélité produit dans une vie. Lorsque David Crockett parle devant une loge hésitante, nous entendons l’écart entre la prudence et la droiture. Quelques frères le suivent. Beaucoup déclinent. Le voyage commence quand même. La fraternité n’est pas un comité. Elle est une force qui s’éprouve.

À l’intérieur du fort, la dramaturgie se resserre. Les pièces d’artillerie manquent de poudre. Les vivres s’épuisent. Les tirs mexicains filent par-dessus les murs, meurtrissent la pierre, éventrent les toits. Vincent Wagner déploie une palette de poussières et d’or mat. Les nuits tournent au bleu d’encre. Les visages, pris de trois quarts, fixent l’obscurité qui approche comme une marée. Chaque planche respire. Les silences sont lourds et pourtant apaisants. Les hommes s’organisent. Ils déplacent des ballots. Ils vérifient les armes. Ils prient parfois, mais pas pour la victoire. Pour la dignité de la fin. Les Tejanos et les volontaires venus des États voisins se parlent dans un mélange de langues. Les mots les plus simples suffisent. Nous reconnaissons là le miracle d’un atelier bien tenu, quand les individualités se fondent sans s’effacer, quand la chaleur du groupe donne plus de force à chacun.

Le 6 mars à l’aube, la vague arrive. Les quatre colonnes mexicaines se ruent, trompettes et drapeaux, dans la faible lumière. Les premières minutes avalent les derniers doutes. Les murs sont franchis. Les pièces se taisent faute de poudre. La mêlée s’ouvre. Didier Convard refuse les surenchères. Il choisit des gestes nets. David Crockett couvre un repli. William Barret Travis tombe près d’un parapet. James Bowie se dresse autant qu’il peut. Beaucoup meurent au fil de la baïonnette. D’autres, dit-on, sont capturés et exécutés. Les femmes, les enfants et les esclaves sont épargnés. La scène n’appelle aucune vengeance. Elle appelle la mémoire. Nous comprenons que la gloire n’a pas de place ici. Seule compte la tenue d’un engagement.

Caveau cathédrale de San Fernando – cendres des défenseurs d’Alamo

Dans la page qui suit la défaite, l’Histoire change de rythme. Le massacre galvanise les Texans. La formule Remember the Alamo devient un chant bref qui tient lieu de mot de passe. Sam Houston, autre frère, attire l’armée d’Antonio López de Santa Anna jusqu’à la rivière et la bat à San Jacinto. La politique suivra son propre cours, avec la République, l’annexion, la guerre, les traités, la longue suturation d’un territoire. Ce que garde la tradition maçonnique est d’un autre ordre. Elle retient la surreprésentation de frères à Alamo. Elle retient la droiture d’hommes qui placent la justice et la liberté au-dessus de leurs propres jours. Elle retient cet étrange bonheur qui accompagne certains gestes de sacrifice lorsque la conscience sait qu’elle a fait ce qu’elle devait.

La bande dessinée donne chair à cette mémoire. Didier Convard orchestre la narration avec une économie de moyens qui rappelle ses grandes œuvres ésotériques. Il n’encombre pas le sens. Il le laisse venir. Les motifs maçonniques se glissent sans décor. Une équerre suggérée dans la diagonale d’un fusil. Un pavé mosaïque invisible dans l’alternance de la nuit et du jour. Un compas secret dans la trajectoire de David Crockett qui trace le cercle ultime et accepte d’y demeurer. Vincent Wagner offre à cette musique un écrin grave. Les traits sont fermes. Les yeux parlent. Les plans larges, lorsque la cavalerie mexicaine se déploie, rappellent les immenses gravures du XIXᵉ siècle, mais quelque chose de plus intime affleure. Une fraternité tenue dans un souffle.

Les pages réunies en fin d’album, celles qui détaillent Stephen Austin, Sam Houston, William Patton, James Butler Bonham, Almaron Dickinson, Abner Burgin et Lindsey Kavender Tinkle, ouvrent l’éventail des filiations. Les lignages se nouent, des neveux se marient dans les familles de David Crockett, des cousins prennent la route, des loges s’ouvrent et se ferment, des chartes sont accordées. Alamo Lodge n°44, fondée en 1848 sous patente de la Grande Loge du Texas, vient sceller dans la pierre la transformation d’un champ de ruines en lieu de mémoire fraternelle. La décision de se réunir dans une salle des Long Barracks où tant d’hommes moururent n’a rien d’un goût macabre. Elle affirme que la fraternité travaille au cœur des blessures pour éviter que l’histoire ne se répète. Nous pensons à ces ateliers qui choisissent un nom de martyr pour rappeler le prix des serments. Nous mesurons ce que signifie honorer sans idolâtrer.

The Fall of the Alamo de Robert J. Onderdonk, 1901.

David Crockett demeure la figure centrale. L’homme qui tue l’ours pour nourrir les siens. Le tribun qui protège les pauvres. Le député qui s’oppose à la loi infâme qui déporte des nations entières. Le frère dont le tablier s’est perdu mais dont la tenue demeure. Sa légende a gonflé, avec ces chansons, ces films, ces chapeaux de raton laveur qui amusèrent notre enfance. Ce livre la dépouille de ces fanfreluches pour lui rendre une noblesse nue. Didier Convard le montre tel qu’un initié aimerait être vu dans l’ultime matin. Un homme qui sait ce qu’il doit faire et qui le fait. Sans éclat inutile. Sans haine. Avec cette pudeur qui convient aux gestes justes.

La bibliographie de Didier Convard accompagne ce résultat. L’auteur de Neige, l’architecte du grand cycle du Triangle Secret puis de I.N.R.I., Hertz, Les Gardiens du Sang et Lacrima Christi n’a jamais cessé d’interroger la part secrète de l’Histoire. Les séries patrimoniales consacrées au Panthéon, à Versailles, au pendule de Foucault témoignent de la même exigence. Né en 1950, il a su conjuguer l’ampleur de la fresque et la précision du symbole, traversant le roman, le polar historique et la bande dessinée pour rejoindre cette Épopée où l’initiatique respire à hauteur d’homme.

Vincent_Wagner_par_Claude_Truong-Ngoc_juin_2013

Vincent Wagner, formé à Strasbourg, peintre de l’intériorité et des climats graves, a trouvé ici une matière idéale. Son Snærgard avait déjà montré ce goût de la mémoire sensible. Les tomes de L’Épopée auxquels il a contribué confirment une signature où la rigueur du trait épouse une compassion sans pathos.

L’album se referme et nous pensons à l’usage du mot frère. Il ne s’épuise pas dans l’atelier. Il traverse les plaines, il supporte les défaites, il sait reconnaître la grandeur chez l’adversaire, il s’incline devant la mort sans lui concéder l’âme. Les Frères d’Alamo n’érige pas des statues. Il rappelle une manière d’habiter la terre, loin du vacarme, proche de la conscience, au plus près de cette Lumière que nous tentons de garder dans nos cœurs quand les murs se fissurent. La victoire appartient aux historiens. La fidélité appartient aux hommes. C’est à cette fidélité que Didier Convard et Vincent Wagner rendent justice, avec simplicité, avec gravité, avec une beauté tenue qui donne envie de remercier ces morts de nous avoir appris, sans discours, que la liberté commence toujours par la tenue d’un serment.

Dans le dossier de Jean-Laurent Turbet, ancien directeur de la Communication et Second Grand Maître adjoint de la Grande Loge de France, connu et reconnu pour Le Blog des Spiritualités, le travail de mémoire devient œuvre de transmission : son érudition fraternelle relie les visages aux loges, les dates aux consciences, et fait passer la poussière des combats dans la lumière des ateliers. Ainsi se construit une épopée qui ne cherche pas la démesure. Elle vise la justesse. Elle rappelle que la fraternité n’est pas un mot de passe. Elle est une manière de tenir debout au milieu de la tourmente.

L’Épopée de la franc-maçonnerie – David Crockett et les frères d’Alamo
Didier Convard (dir.) – Vincent Wagner
Éditions Glénat, Tome XIII, 2025, 56 pages, 15,50 € – numérique 8,99 €

L’éditeur, le site

La parole du Véné du lundi : « Quand il y a 1 présent pour 2 absents lors des travaux »

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Ah, l’absentéisme en Loge ! Ce fléau moderne qui transforme nos Temples en vastes déserts pavés de bonnes intentions… Aujourd’hui, c’est un présent pour deux absents : rhumes opportuns, belles-mères subitement alitées, dossiers urgents en déplacement… On se croirait revenus sur les bancs de l’école, à inventer des prétextes pour sécher les cours de maths ou de philo !

Depuis le Covid et l’essor de la visio, la présence physique semble devenue accessoire.

Nos Loges tournent en sous-effectif chronique, et je m’attends presque à voir Amazon lancer un « Kit Tenue à Domicile » : tablier livré en Prime, rituel en streaming, et un petit mail pour l’acacia virtuel !

Décidément, la Maçonnerie traverse une zone de turbulences…

Recruter des profanes était déjà un défi ; faire venir en Loge ceux que nous avons initiés relève désormais de l’exploit. Pourtant, Frères, rappelez-vous : la Chaîne d’Union ne vibre pleinement que quand nous sommes là, en chair et en os, à polir notre pierre ensemble.

Alors, la semaine prochaine, pas d’excuse ! Venez nombreux, masqués si besoin, mais présents. La Loge a besoin de votre lumière pour briller.

Fraternellement,
Le Vénérable Maître
RL « La Voie de la Sagesse » n°1044