La vie en loge suppose beaucoup d’attention à l’autre ! Grâce à cela tout peut changer. Christine, une sœur handicapée membre d’une loge du GODF témoigne !
Délégué de ma loge au convent du Grand Orient de France, j’ai fait connaissance d’une sœur, vénérable maîtresse de sa loge, incapable de se mouvoir et tributaire d’un fauteuil roulant. Elle m’a parlé de son vécu de franc-maçonne et d’handicapée. Lorsque je lui ai proposé d’enregistrer son témoignage pour 450.fm, elle a spontanément accepté !
Puisse ce témoignage courageux servir d’alerte pour tous les responsables franc-maçon-ne-s afin qu’ils-elles n’oublient ces sœurs et frères handicapés !
Même les institutions les mieux établies cachent toujours quelques curiosités. Derrière le pittoresque de ces anecdotes, nos Curiosités Maçonniques dévoilent souvent des aspects de la franc-maçonnerie laissés dans l’ombre par une approche plus classique. Le sourire est la ponctuation d’un éclair de lucidité ! Depuis Borges et Umberto Eco, on sait que les bibliothèques, loin d’être uniquement synonymes de recherches arides et d’ennui pesant, recèlent aussi leurs parts de mystères. Enquêter sur la chaîne des propriétaires d’un manuscrit rare, décoder un ex-libris énigmatique, découvrir une référence bizarre… C’est à cette aventure que ces douze histoires convient le lecteur. Ces enquêtes dans les archives des Loges sont aussi des nouvelles romanesques et des contes édifiants pleins d’enseignements pour qui cherche à mieux comprendre « le secret » de la franc-maçonnerie.
La biographie de l’auteur :
Historien, rédacteur en chef de la revue d’études symboliques et maçonniques Renaissance Traditionnelle, Pierre Mollier est directeur de la bibliothèque du Grand Orient de France et conservateur du musée de la franc-maçonnerie.
[NDLR : Initialement publiée en 2014 aux éditions Jean-Cyrille Godefroy, désormais directeur éditorial de Dervy, une marque du groupe Guy Trédaniel, cette seconde édition, complétée et augmentée, se pare de nouveau atout. Il nous faut compter désormais sur de magnifiques illustrations couleurs. Elle pourrait même se voir classer en catégorie beau-livre ! Jean-Pierre Lassalle, agrégé et docteur d’État ès Lettres, Professeur émérite des Universités en signe la préface. Il y explique le sens du mot « curiosités », mais surtout nous fait savoir comment Pierre Mollier utilise les sciences auxiliaires de l’histoire que sont l’épigraphie – étude des inscriptions réalisées sur des matières non putrescibles telles que la pierre, l’argile ou le métal -, la sigillographie, la numismatique et l’héraldique.
Pierre Mollier nous amène au travers de trente chapitres à découvrir une histoire de la Franc-Maçonnerie peu ou en encore mal connue. À commercer par « Un ex-libris – maçonnique ? – de 1657 « opératif » ou « spéculatif »… That is the question ». Celui de Robert Trollap, issu d’une famille de tailleur de pierre et lui-même appartenant au métier, a la particularité de présenter la mention « Free-Mason ».
L’ouvrage donne au curieux la possibilité d’assouvir sa soif d’apprendre. Ces quelques chapitres tels que « Une grande loge oublié dans les brumes de l’antique cité d’York », « La « vraie » Maçonnerie opérative a-t-elle survécu ? », « La « croix de malte » et la franc-maçonnerie », « Le « crime le plus atroce » : l’affaire Pincemaille ou les secrets des hauts grades imprimés et vendus aux profanes », « Une initiation au paradis perdu : les Francs-jardiniers », « Une Maçonnerie… pythagoricienne », « De l’héraldique maçonnique », « Le blason hermétique du Rite Écossais Philosophique », « Gérard de Nerval « le Frère Terrible », sont autant d’énigmes, d’intrigues et de secrets des Loges – sous-titre du présent volume – que Pierre Mollier décrypte avec talent !]
Entretien avec Paul-Louis Beaujour, auteur d’Histoire du Ku Klux Klan(1865-1973) aux éditions Déterna.
« Dès la fin des années quatre-vingt-dix, le ministère de la Justice américaine révélait des statistiques qui montraient sans contestation que 89 % des agressions interraciales étaient commises par des Noirs contre des Blancs et qu’un Noir était 55 fois plus susceptible d’attaquer un Blanc que le contraire ! Même chose pour les viols : en 1991, toujours aux USA, 20 204 femmes blanches avaient été violées par un (ou des) Noir(s) et… 100 femmes noires par des Blancs… Des statistiques qui depuis, n’ont guère évolué dans le bon sens, tant s’en faut… »
Tout le monde a entendu parler du Ku Klux Klan, mais la vision que le grand public en a est-elle si juste que cela ? N’est-il vraiment qu’un mouvement de Blancs racistes méprisant et haïssant les Noirs ?
« Haïssant les Noirs » ? C’est curieux, car d’après l’observation attentive des évènements récents aux USA (Black Lives Matter, Cancel Culture, dénonciation du « Privilège (sic) blanc », etc.), et dans notre pays (Traoré, Ligue de Défense Noire), j’aurais plutôt pensé que c’était les Noirs qui n’aimaient pas trop les Blancs… Mais il est vrai que le racisme anti-blanc n’existe pas… Pas plus que les races, d’ailleurs. Plus sérieusement, dès la fin des années quatre-vingt-dix, le ministère de la Justice américaine révélait des statistiques qui montraient sans contestation que 89 % des agressions interraciales étaient commises par des Noirs contre des Blancs et qu’un Noir était 55 fois plus susceptible d’attaquer un Blanc que le contraire ! Même chose pour les viols : en 1991, toujours aux USA, 20 204 femmes blanches avaient été violées par un (ou des) Noir(s) et… 100 femmes noires par des Blancs… Des statistiques qui depuis, n’ont guère évolué dans le bon sens, tant s’en faut… Rappelons au passage qu’aujourd’hui, aux États-Unis, si les Noirs ne constituent que 13,6 % de la population, ils sont les auteurs de 44 % des actes criminels…[1]
C’est plutôt contre cette réalité et cette « disproportion » que s’élevèrent, et s’élèvent toujours les Klansmen ou ce qu’il en reste. Le Klan, ce n’est pas donc tant haïr les Noirs que défendre les Blancs (ou ce qu’il en reste également…)
À l’origine, le Klan n’était-il pas un mouvement de résistance des Sudistes vaincus face aux exactions des Nordistes vainqueurs ?
En Europe, on peine à imaginer ce que fut la « Reconstruction » yankee des États du Sud vaincus : une occupation violente et injuste par des individus corrompus, haineux, et revanchards, qui fut ressentie par les anciens « Rebelles » comme une humiliation permanente et insupportable (il faut voir, au moins une fois dans sa vie le film Birth of a Nation de D.W. Griffith pour s’en faire une petite idée). La naissance du « premier » Klan (à Pulaski, Tennessee, Noël 1865), qui ne fut au départ qu’une blague de potaches, a constitué incontestablement le premier acte d’une résistance extrêmement efficace à cette « colonisation », malgré les inévitables « bavures » (souvent commises par des éléments isolés) qui lui ont valu son « autodissolution » par le premier Grand WizardNathan Bedford Forrest en 1869.
Si le Ku Klux Klan ne porte guère les Noirs dans son cœur, n’en va-t-il pas de même des Juifs, des Francs-maçons et… des Catholiques ?
Le premier Klan (1861-1869) était essentiellement une riposte active aux méthodes de « rééducation » des organisations pro-Noirs et un moyen de freiner l’« émancipation » (par l’éducation et le droit de vote) de ces mêmes Noirs, que les Sudistes avaient tout de même du mal à concevoir comme leurs nouveaux « égaux ».
Une fois la ségrégation instaurée légalement (1877), le deuxième Klan (1915-1944) dut changer d’adversaires et réorienter son combat vers tout ce qu’il considérait alors comme étant anti-Américain : Immigrés, Communistes, Syndicats, Juifs, Asiatiques, Musulmans, et aussi Catholiques (car « inféodés » au Pape). Pas tant contre les Francs-maçons, car tout le monde aux États-Unis est plus ou moins Franc-maçon… Ce n’est qu’après la IIe Guerre mondiale que les Catholiques vont être acceptés et ils vont d’ailleurs aussitôt adhérer en masse (surtout parmi les forces de police d’origine irlandaise).
Le troisième Klan (1945-1964) retournera à ses « fondamentaux » racialistes suite aux décisions successives des présidents américains et de la Cour suprême pour mettre fin à la ségrégation et le « combat » pour les droits civiques qui s’ensuivit.
KKK aux USA
Aujourd’hui, que représente le K.K.K. ?
Pas grand-chose à vrai dire : une constellation de Klavern (cellules) disséminées et concurrencées par d’autres organisations « suprémacistes » groupusculaires, combattues avec acharnement et infiltrées consciencieusement par les « agences de surveillance » («watchdog agency ») du type Anti-Defamation League. Rappelons pour l’anecdote qu’en 1924, le Klan avait 4 millions de membres officiels…
Vous allez bientôt publier chez le même éditeur une biographie de David Duke qui fut Grand Sorcier des Knights of the Ku Klux Klan et… un élu de la Chambre des représentants de Louisiane ! Étonnant, non ?
C’est l’un des exploits de ce personnage exceptionnel qu’est le « Chevalier de l’Amérique Blanche », comme j’aime à surnommer David Duke (allusion très fine aux… Knights of the K.K.K…) : avoir réussi à conquérir électoralement un siège à la Chambre des représentants de Louisiane (en 1989 avec 50,7 % des voix et un taux de participation de 78 % !) en faisant campagne sur ses idées (il fut Grand Wizard des K.K.K.K. de 1973 à 1980) et, chose rarissime en politique, sans jamais renier ses convictions : « Nous avons bravé le froid ce soir parce que nous avons une vision pour l’Amérique, la vision de pouvoir marcher dans nos propres rues sans avoir peur, de pouvoir avoir nos propres écoles, d’avoir des droits égaux pour tous en Amérique et non pas des privilèges pour quelques-uns […] Nous voulons une Amérique basée sur le mérite. Nous voulons nous consacrer à nos enfants qui doivent s’efforcer d’exceller en se fondant sur notre héritage. Et, mes amis, nous ne laisserons pas notre héritage se voir sacrifié sur les autels du multiculturalisme. »[2]
[2] Discours de David Duke à Métairie, Louisiane, devant ses électeurs le 28 février 1989.
Histoire du Ku Klux Klan (1865-1973) de Paul-Louis Beaujour, éditions Déterna, collection « Vérités pour l’Histoire », dirigée par Philippe Randa, 146 pages, 21 €. Pour commander ce livre, cliquez ici.
Présentation de Eurolibertés est un site Internet du groupe de presse Libertés qui comprend TV Libertés, RadioLibertés,…
Il s’agit du premier site de « réinformation européenne ». Il est dirigé par Philippe Randa, ancien auditeur de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale. Chroniqueur politique régulier (Présent, Synthèse nationale, Metamag, VoxNr, etc.) et éditeur (il a fondé les éditions Dualpha, Déterna et L’Æncre). Il est également l’auteur de plus d’une centaine de livres.
L’équipe d’Eurolibertés est toutefois large, puisque l’on retrouve déjà de nombreuses plumes comme celle de Lionel Baland, Nicolas Bonnal, Thierry Bouzard, Gérard Dussouy, Georges Feltin-Tracol, Pieter Kerstens, Bernard Plouvier, Marie-Simone Poublon, Philippe Randa, Jean-Claude Rolinat et beaucoup d’autres …
[Certaines actualités n’expriment pas le point de vue du site. Restant fidèle au fait de transmettre celles-ci sous tous ses angles, nous les publions toutefois automatiquement en les traduisant grâce à une technologie programmatique]
D’Orient en Occident. Les Templiers des origines à la fin du XIIe siècle – Troyes, 3-5 novembre 2021
En janvier 1120, à Naplouse, barons et prélats de Terre sainte assemblés autour du roi de Jérusalem Baudouin II et du patriarche de la ville conquise vingt ans plus tôt par les Latins donnent corps à la confrérie de chevaliers organisée depuis peu autour d’Hugues de Payns. Dans les mois qui suivent, le Temple voit officiellement le jour avec l’adoption d’une forme de vie d’inspiration augustinienne remplacée par une règle propre lors du concile de Troyes, en janvier 1129. Reconnue par l’Église latine grâce au soutien de Bernard de Clairvaux et transformée en un ordre religieux, le premier dans l’histoire à se déclarer militaire, la nouvelle fondation s’engage alors dans une phase active de recrutement en Occident destinée à réunir les soutiens armés et financiers nécessaires à la mission de lutte et de protection des Latins qui lui a été dévolue.
Templiers, le récit des origines
Au départ, le récit des origines de l’ordre du Temple a été fondé sur des traditions orales consignées postérieurement par Guillaume de Tyr, Ernoul ou encore Jacques de Vitry. Si la structuration progressive des « proto-templiers » a été pour partie mise au jour par la recherche récente, le colloque souhaite, à l’occasion du neuvième centenaire du concile de Naplouse, explorer à nouveaux frais le dossier de la naissance du Temple. Dans ce but, quatre axes de réflexion ont été privilégiés : l’écriture de la mémoire des origines du Temple entre le XIIe et le XXIe siècle à travers les traditions chronistiques, historiographiques et maçonniques ; les personnalités ayant porté ou accompagné la naissance de l’ordre (Hugues de Payns et ses premiers compagnons, la royauté de Jérusalem, les recrues princières et les barons de Terre sainte) ; la position de l’Église devant l’institutionnalisation de cette nouvelle organisation militaire et religieuse, notamment au prisme des idéaux de réforme et des débats ayant accompagné l’évolution du « consortium augustinien » ; la réception des Templiers, enfin, à travers l’approche bernardine et la perception des frères en Orient par les acteurs locaux, pour l’essentiel chrétiens et musulmans, ainsi que l’étude des vestiges archéologiques de la première phase de présence templière au XIIe siècle.
Les organisateurs
Ce colloque international est organisé par le Département de l’Aube, en partenariat avec les Archives nationales et l’Université de Nantes/Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (CRHIA-EA 1163), dans le cadre de la programmation scientifique de la Fédération de la route européenne du patrimoine templier https://www.templars-route.eu/fr
Lorsque qu’un frère (ou une sœur) remercie en loge, il est souvent repris par cette sentence : « on ne remercie pas en Loge ! ».
Étonnant dans une société où la courtoisie[1] est considérée comme une vertu[2]. Le philosophe André Comte-Sponville en fait même la mère des vertus, et même Dante considérait qu’elle était nécessaire à la recherche du perfectionnement. (À partir de 19’38 : https://vimeo.com/ledroithumainfrance/franc-maconnerie-spiritualites-1).
Pourtant les termes remercier / remerciement apparaissent bien dans les rituels maçonniques du XVIIIe siècle :
– Publié en 1785, le Recueil précieux de la maçonnerie adonhiramite précise : ceux de qui on porte la santé ne doivent jamais boire avec les autres, mais après, en acte de remerciements. On y voit que les apprentis demandent la parole pour exprimer leur reconnaissance du témoignage d’estime et d’amitié qu’ils ont reçus ; ils le marquent en portant à leur tour une santé[3].
– Le Manuel du franc-maçon de Bazot (1817) mentionne comment il convient aux apprentis de remercier lors du banquet d’ordre[4].
Alors d’où peut provenir cette assertion «on ne remercie pas en Loge» pour le moins surprenante ?
Plusieurs hypothèses sont proposées.
1)- « Dans beaucoup d’états, quand un Compagnon de métier avait fini son tour de France et qu’il voulait se fixer dans un lieu quelconque, il remerciait sa Société, c’est-à-dire qu’il s’en retire muni d’un certificat, à lui délivré dans une grande réunion, par ses confrères, certificat attestant la moralité et la conduite sage de celui qui l’obtient : ce certificat est une sorte de congé. Celui qui a remercié n’appartient plus à la Société active, il n’y doit plus rien, il est indépendant. Il reste cependant attaché de cœur à cette Société et l’aime comme un bon soldat aime son régiment et ses vieux compagnons d’armes, avec lesquels il a souffert et combattu longtemps ; il l’aime même à un degré supérieur, car son attachement fut toujours libre et ne dura qu’autant qu’il le voulut : aussi cette Société pourrait encore dans une grande occasion compter sur ses secours pécuniaires et sur sa personne.[5]
«On ne remercie jamais en Loge», pourrait prendre alors la signification qu’avoir été initié crée un lien affectif et solidaire entre frères et sœurs qui ne change pas, même en quittant la Franc-Maçonnerie . La réalité récuse cette hypothèse !
2)- Cependant il est des Sociétés où l’on ne remerciait jamais ; celle des Compagnons étrangers tailleurs de pierre est de ce nombre ! D’où une deuxième explication :« Les compagnons tailleurs de pierre, dont nous sommes les héritiers, n’avaient pas pour habitude de remercier. Nous devons nous conformer à cet usage.»
Ce même glissement sémantique de cette explication (au moment d’un congé) n’est pas davantage satisfaisant puisqu’il n’est pas de circonstance car « on ne remercie pas en loge » est une remarque faite justement à celui (celle) qui est en loge !
3)- «Dans une vision progressiste et socialisante, la lutte contre les puissants et pour l’émancipation sociale a entrainé l’idée que des actes aussi simples que la demande d’excuse ou les remerciements étaient la marque infaillible de l’hommage que les faibles – ou les « opprimés » – faisaient par obligation aux élites dominantes – les « oppresseurs » ! Le franc-maçon, à l’avant-garde du combat social, se devait de renoncer à ces manifestations de servilité. Dans cette ambiance intellectuelle nouvelle, le principe de l’égalité foncière de tous les Frères a peu à peu imposé l’idée qu’ils ne se devaient ni excuse ni remerciement…[6]» En portugais, « merci » se dit « obligo » et rend bien compte de cette vision du rapport induit par un remerciement. Poussé à l’extrême, on pourrait le comprendre comme « se mettre à la merci » d’un autre.
Pourtant le remerciement c’est aussi le témoignage d’une reconnaissance. Les francs-maçons devraient-ils se montrer ingrats à cause de la trace des usages de francs-maçons opératifs ou d’un relent de lutte des classes ?
Comment se contenter de ces explications puisque dire merci est aussi une «obligation» de bienséance entre égaux[7] (montrer que l’on se sent l’obligé d’avoir reçu, le merci étant une façon de donner réciproquement), une politesse, une des «choses tendres de la vie». Alors témoigner par un mot de gratitude pour ce qu’on a reçu en partage, le travail d’une planche par exemple, par un remerciement serait-il inconvenant ?
A priori, dans le monde profane, ce serait la moindre des choses. Seulement voilà : écouter une planche se passe lors d’une tenue avec une caractéristique rituelle très particulière. Celui qui parle s’adresse à tous les présents, pas en particulier à celui qui voudrait remercier. La parole est donnée pour tous. Alors remercier ne serait-ce pas s’approprier la totalité indivisible de ce qui est offert et manifester un égotisme ?
Mais surtout, toute parole en loge est un apport pour rechercher la parole perdue. La parole circule certes, mais autour de quoi ? Une évidence s’impose : autour du tableau de Loge qui irradie les colonnes. Le tableau de Loge est le lieu à partir duquel s’élabore le sens des différents degrés. Là est le principe fondamental de l’unité et chaque frère et sœur, par son oralité, complète le sens de son mystère. C’est le tableau de Loge qui reçoit la parole, il ne saurait remercier qui que ce soit !
Mais nous sommes aussi aimables ! Comment faire pour ne pas priver le frère (ou la sœur) qui a planché du plaisir/salaire qu’il éprouverait à recevoir cette « douceur de la vie » que le tableau ne peut lui donner ? Le Vénérable seulne pourrait-il le faire, en remerciant au nom de tousles frères et sœurs présents? Il conviendrait qu’il le fasse pour chaque planche, quelle que soit sa qualité, afin de suspendre tout jugement. Autrement dit, il conviendrait que ce soit une phrase du rituel et non des témoignages personnels d’affection ou d’appréciation qui peuvent toujours se faire ensuite en salle humide.
Et c’est tout autant au nom de tous les frères et sœurs que le Vénérable remercie les visiteurs parce qu’ils viennent aider au travail sur le chantier.
Je vous remercie de m’avoir lu.
Illustration : Mains en prière, bronze à partir d’un dessin réalisé par Albecht Dürer pour remercier son frère Albert de lui avoir financé ses études tandis que ce dernier s’abîmait à la mine.
[1] Attitude de politesse reconnaissant la générosité de l’autre par un remerciement.
[2] Dante affirme qu’à cet âge [de compagnon] la tâche fondamentale qu’il faut accomplir consiste à rechercher sa propre perfection, et il considère à ce propos qu’il est nécessaire de développer cinq vertus : la tempérance, la force, la fraternité, la courtoisie et la loyauté.
[7] Agricol Pertiguier, Le livre du compagnonnage, T1, 1857, p. 237 : LANGUEDOC —Vous avez bien des bontés pour moi, pays Provençal, et pour tout cela je ne peux que vousremercier. <gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5684793z/f266>
« Monsieur, que venez-vous chercher en Franc-maçonnerie ? »
« Je souhaite venir combler un vide spirituel…je recherche une forme de transcendance… je m’intéresse aux traditions et aux mystères, je suis attiré par les valeurs du passé … je désire découvrir le monde symbolique…je voudrais apaiser une angoisse métaphysique… la vie actuelle, trop matérialiste me déçoit… J’aspire à rencontrer d’autres personnes dans le même état d’esprit… je désire réfléchir en commun sur le devenir de la condition humaine… »
Au fil des « bandeaux » dans nos ateliers, nous avons tous entendu, et entendons encore ces véritables cris de solitude intérieure, bref, ce grand «manque» moderne. Il est exprimé de façons diverses avec les mots en vogue – en fonction même de leurs fantasmes sur notre mouvement – par les profanes qui viennent frapper à la porte du Temple.
Certes, ces frustrations sont réelles. Mais, nous entendons moins – trouble de l’instant, pudeur, et aussi culpabilité obligent ! – les candidats évoquer les tout aussi présentes « toxines mentales », silencieuses et invisibles, acquises dans notre civilisation du paraître, qui habitent plus ou moins chacun de nous, à un moment ou l’autre, et que nous devrions nous attacher à progressivement déloger…en loge, pour être mieux :
jalousie, dépit, rancœur, critique, haine, acrimonie, amertume, mesquinerie, vanité, désir de dominance, xénophobie, critique négative, etc.
Car ce sont bien ces petites et grandes lâchetés ordinaires, ces grosses boursouflures de l’ego, aspérités de nos pierres individuelles, qu’ils convient d’éliminer, pour devenir vraiment meilleurs. Avant toute prétention à la spiritualité, ce vaste programme devenu un « fourre-tout » !
Qu’indiquent en premier lieu ces peurs déguisées en mauvais sentiments, sinon l’existence de l’autre, cet autre moi, avec lequel il nous faut vivre et composer ?! Et que nous suggère précisément avant toute chose la franc-maçonnerie, sinon de descendre d’abord en nous-même, à visée du « grand inventaire » . Pour nous autonettoyer, pour nous « polir », c’est à dire nous affranchir, avant de prendre l’inévitable, l’indispensable chemin de l’autre ?!
Voilà ce qu’il faudrait d’abord venir chercher en loge !
Collectif – Éditions du Cosmogone, N° 21, octobre 2021, 136 pages, 20 €
Pour beaucoup « Matières à penser » est l’émission de fin de semaine de Antoine Garapon sur France Culture qui s’ouvre avec la désormais célèbre musique de « Requiem pour un con » de Serge Gainsbourg. Mais pas que…
Depuis le printemps 2016, MATIÈRES à penser est aussi une remarquable et belle revue, en couleur, traitant de thématiques qui ne peuvent laisser les Sœurs et les Frères indifférents.
Le sous-titre d’ailleurs – se repérer – analyser – se projeter – anticiper – éveille en nous curiosité, désir et envie d’aller plus loin.
Ce dernier numéro, tout en couleur, a pour titre Le rien, ce grand tout ! Vaste programme…
Présentation de l’éditeur :
La différence entre le « rien » et le « presque rien » peut sembler mince, puisque rien, justement, ce n’est pas rien : à preuve le fait qu’on peut être un « moins que rien », et que pour « trois fois rien » on peut déjà s’acheter « quelque chose ». Le court-circuit verbal reste en nos mémoires car il subvertit une tradition qui pose entre le « rien » et le « presque rien » une distance infinie.
En savoir plus sur l’éditeur :
Basées dans le septième arrondissement de Lyon, au cœur du quartier de la Guillotière, les Éditions du Cosmogone existent depuis 1990. Leur ligne éditoriale est orientée dans l’édition d’ouvrages en sciences humaines, en traditions ésotériques et hébraïques et plus récemment en littérature, beaux livres, théâtre et jeunesse.
Appel à contributions :
Le prochain numéro, le 22, paraîtra fin 2021. Il portera sur le thème de l’œuf primordial. C’est sur ce thème qu’un appel à contribution est lancé. Ainsi que sur celui du serpent ! À vos plumes…
Pour tout renseignement complémentaire info@matieresapenser
[NDLR : Cette revue, éditant parfois des SS & FF écrivant sous pseudo, aborde des sujets tels que les sciences humaines, la philosophie et les traditions ésotériques. J’en veux pour preuve les sujets des numéros précédents : Le Temps, la Lumière, le Feu, le Chaos, la Pierre, l’Eau, le Sacré, la quintessence, la quête de spiritualités, etc.
Comment et quoi écrire autour du rien. Et qui plus est titré Le rien, ce grand tout !
Quelques définitions du Larousse autour du titre de la revue :
Rien (pronom indéfini), du latin rem, accusatif de res, chose.
1. Avec ne, exprime la négation ou l’absence de quelque chose, en fonction de sujet, de complément ou d’attribut : Cela ne signifie rien. Un écrivain qui n’a plus rien à dire. Rien ne le surprend.
2. Sans ne, a une valeur négative dans des réponses et dans des phrases sans verbe : « À quoi pensez-vous ? — À rien. » Rien vu, rien entendu.
3. Sans ne, a le sens de » quelque chose « , » quoi que ce soit » dans des phrases interrogatives, dubitatives, des subordonnées dépendant d’une principale négative, avec certains verbes ou adjectifs de sens négatif, après avant de ou que, sans, sans que, trop… pour, etc. : Est-il rien de plus injuste que cette mesure ? Impossible de rien tenter actuellement. Sans que rien le laisse prévoir, il a démissionné.
Rien, nom masculin
1. Littéraire. Néant.
2. Ce qui est de peu d’importance ; petite chose, futilité : Un rien l’irrite ou l’indispose. S’inquiéter pour des riens.
Un belle revue trimestrielle de qualité. Retrouvez notamment Pierre Pelle Le Croisa, auteur passionné par la recherche dans les domaines de la science, la philosophie, l’ésotérisme initiatique et contributeur à 450.fm, ou encore David Frapet dont nous vous avons présenté, le 1er novembre dernier, son dernier opus Présence et vitalité des Mères Divines (Éditions du Cosmogone, 2021) https://450.fm/2021/11/01/presence-et-vitalite-des-meres-divines/
Il est historien des institutions dans les domaines de la mystique et de la théologie comparée]
Quelle est l’influence réelle de la franc-maçonnerie dans notre société ? C’est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et France Info destiné à lutter contre les désordres de l’information, des fake news aux idées reçues.
Les Francs-maçons. Qui sont-ils ? Quels sont leurs réseaux ? Comment contrôlent-ils le pays ? Ces titres s’affichent en grand plusieurs fois par an sur vos kiosques en une. Le complot franc-maçon est une vieille antienne de l’extrême droite qui y voit une organisation parallèle qui détient les rênes du pouvoir.
Si ce ne sont pas les Francs-maçons, ce sont, sur internet, le groupe Bilderberg qui réunit en secret des puissants de ce monde, voire les Illuminati qui tirent les ficelles dans l’ombre depuis la nuit des temps. Quelle est l’influence réelle de ces sociétés sur notre monde ?
Julien Giry, docteur en science politique répond à nos questions pour nous permettre d’avoir les idées claires sur le sujet.
Les Francs-maçons dirigent-ils le monde ?
Julien Giry : « La réponse est clairement non, il n’y a pas de difficulté là-dessus. Les Francs-maçons, c’est une société de réflexion et de pensée, c’est une société discrète, une société plurielle, qui regroupe des individus d’origines sociales et sociologiques totalement différentes, ça peut être comme on l’entend souvent, des dirigeants de grandes sociétés, des députés, des politiques, mais ça peut être un individu lambda, votre voisin, l’individu du coin. L’idée qu’il existe des procédures secrètes, des savoirs secrets, des connaissances, des pratiques, tout cela fait partie quelque part d’un imaginaire fantasmagorique qui génère des fantasmes, qui génère des passions, qui génère des croyances. »
S’agit-il d’une société secrète ?
« À proprement parler non, la franc-maçonnerie s’étale en une des journaux, elle s’étale dans la presse, les loges sont ouvertes au public, des révélations ont été faites par d’anciens Francs-maçons sur ce qui se passe dans les loges, sur la manière dont on est initié donc finalement la franc-maçonnerie ne fait pas grand-chose de secret. »
Pourtant il y a eu des cas d’activités illicites, comme la loge P 2 en Italie
« C’est quelque chose qui a vraiment défrayé la chronique dans le cadre des années de plomb et oui, effectivement, il y a eu ce cas concret de connivence entre politiques, magistrats, des criminels pour effectivement mener à bien et dissimuler les activités criminelles, donc illégales, donc secrètes. Mais dans l’immense majorité des cas, les francs-maçons se contentent de discussions autour des grands sujets de société, des grands débats sociaux et sociétaux. »
Cherchent-ils à influencer le pouvoir ?
« Influencer le pouvoir d’une certaine manière oui, sur des grands débats de société, de produire une pensée, mais encore une fois il n’y a pas de pensée franc-maçonne en tant que telle, il n’y a pas de pensée monolithique, effectivement il y a des grands principes que l’on peut retrouver : la laïcité, le respect du pluralisme, la défense de l’esprit critique, le rationalisme et effectivement, ponctuellement on peut retrouver une influence de la franc-maçonnerie sur certaines grandes lois – exemple typique, la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905. Mais on ne peut pas dire à proprement parler que les lois, les projets de loi, les avant-projets de lois sont fabriqués dans les loges. La franc-maçonnerie permet un espace à côté, de calme social, politique où les idées peuvent maturer, le débat peut se faire et elle permet aussi finalement aux gens de se rencontrer et de dialoguer. «
Pourquoi les Francs-maçons obsèdent-ils l’extrême droite ?
« Cette obsession est assez ancienne finalement si on remonte d’un point de vue historique, l’Abbé de Barruel est le premier en France avec l’Abbé Lefranc à donner une lecture complotiste de la Révolution française dans laquelle les Francs-maçons seraient parmi les responsables secrets de ce changement d’ordre, finalement de remise en cause de la France catholique, de la France royale, de la France éternelle et on retrouve tout au long de l’histoire, une espèce de haine anti-Francs-maçons qui se caractérise par l’idée qu’il s’agit d’une société secrète, de la synagogue de Satan et qui exercerait un pouvoir occulte de l’anti-France sur notre pays. Cette idée a essaimé au sein de l’extrême droite depuis la Révolution française jusqu’à nos jours. »
Les Illuminati ont-ils infiltré la franc-maçonnerie ?
« Il faut faire le distinguo entre cette société secrète historiquement avérée que sont les illuminés de Bavière et la construction qui en est faite des Illuminati par un auteur anglo-saxon qui s’appelle John Robinson, puis dans le cadre de la Révolution française l’Abbé Augustin de Barruel, dans ses célèbres Mémoires pour servir l’histoire du jacobinisme qui va expliquer que la Révolution française en vérité est due à une triple engeance : les sophistes, c’est-à-dire les philosophes des Lumières, les Francs-maçons et une société plus secrète encore qui aurait infiltré les grades de la franc-maçonnerie, les Illuminati, le terme “Illuminati” a été forgé quelques mois avant par l’auteur britannique John Robinson. »
Pourtant certains symboles semblent prouver leur influence…
« C’est l’inverse, c’est parce que vous croyez déjà qu’il existe ce complot Illuminati que vous cherchez à en rapporter les preuves, dans une sorte de raisonnement conséquentialiste inversé. Il est vrai que sur le billet d’un dollar, vous retrouvez l’œil qui voit tout, mais c’est un symbole très ancien qui est préexistant à ces Illuminati et ces illuminés de Bavière, vous avez affaire à des symboles rationalistes de l’époque, des symboles des Lumières qui sont ceux de la pensée rationnelle, de la libre pensée, typiquement l’œil, la pyramide, symbole de la sagesse, de la connaissance, retrouvés dans l’Égypte antique déjà. »