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« Les Estivales Maçonniques en Pays de Luchon » : Initiation à l’enluminure

« Les Estivales Maçonniques en Pays de Luchon » : Initiation à l’enluminure

Avec le maître enlumineur Jean-Luc Leguay, les « Estivales » vous offrent une initiation à l’enluminure traditionnelle.

Venez réaliser l’initiale de votre prénom.

Samedi 17 juillet, de 14h30 à 16h30, au complexe du casino de Luchon, Jean-Luc Leguay vous transmettra les étapes successives de la conception d’une lettrine.

Cet atelier, gratuit et ouvert à tous – petits et grands –, sera un moment fort de ce grand évènement.

Compte tenu du nombre de place disponible, inscription et réservation au 06 15 14 87 22, par SMS.

Torah et Spécisme

Le respect de la vie est un principe absolu de la Torah, ainsi que nous le rappelle entre autres ce verset (Deut. XXX:19) : « wuvâḥartâ baḥayyîm (tu choisiras la vie) ». De même, aucune hiérarchie parmi les Hommes, comme l’affirme cet enseignement mishnique (Mish Sanhédhrîn IV:5) : « C’est pour cela qu’Adam a été créé unique, […] pour la paix des créatures, qu’un homme ne puisse pas dire à son prochain : “abbâ gâdhôl mé-avîkhâ (mon père est plus grand que le tien)” […]. » Cette attitude est-elle extrapolable ?   

Dénoncer le « spécisme » (l’équivalent du « racisme », mais envers les espèces animales autres que l’Homme, qui justifierait leur exploitation selon des manières qui ne seraient pas acceptables pour des humains) devient à la mode. C’est tout à l’honneur de notre génération de reconnaître enfin chez les animaux une sensibilité et une conscience à l’image de la nôtre (chose qu’il y a encore peu était même refusée aux humains non-occidentaux foncés de peau), mais à des échelles différentes selon les espèces. Cette reconnaissance mène naturellement à la compassion et à l’empathie, qui sont le moteur des « antispécistes ». 

Le « spéciocentrisme » est une pathologie morale récurrente chez l’Homme – dont il nous faut guérir. S’en débarrasser fait partie de notre chemin vers la maturité spirituelle. La sacralité de la vie est d’ailleurs le principe fondamental de nos Saintes Écritures.  

Après réflexion, je pense que l’accusation de spécisme peut s’appliquer parfaitement à la manière avec laquelle certains de nous traitent les biotopes naturels, sciemment détruits, ou les animaux sauvages, délibérément massacrés (en particulier les loups, les ours, les baleines, les éléphants, les rhinocéros, les dauphins, les sauriens, les grands singes, les grands félins, les loutres, etc.), mais pas à nos rapports avec les animaux domestiqués.

En effet, ces derniers (les animaux domestiqués) ne subsistent que par l’Homme, grâce à l’Homme. Ils ont été créés et sélectionnés par l’Homme, pour le profit de l’Homme. Ils ne survivraient pas dans la nature (où ils n’existent d’ailleurs pas à l’état sauvage), et vu leur nombre immense, ils détruiraient tous les milieux naturels où ils seraient éventuellement relâchés.

Selon moi, il existerait une sorte de « contrat spéciel » (à l’image du « contrat social » cher à J.-J. Rousseau) entre l’Homme et les espèces animales domestiques. Celles-ci se rendent utiles à nous – par leur travail (transport, labour, garde, chasse, etc.), par leur production (lait, laine, miel, etc.), des fois par leur vie même (viande, peau, fourrure, cuir, etc.) – et nous leur fournissons en retour des conditions pour vivre, se reproduire et prospérer (en tant qu’espèce). Les exemples sont nombreux : cheval, mouton, chien, chat, porc, bœuf, poule, chèvre, buffle, lama, dromadaire, lapin, canard, abeille, etc. La domestication est d’ailleurs la base de l’essor des civilisations sur tous les continents. 

Pourrions-nous nous passer des animaux domestiqués ? Je ne pense pas. Surtout à l’heure de la décroissance et de l’écologie. Face aux véhicules motorisés, rien n’est plus respectueux de la nature et de l’environnement que le transport à cheval. Et on peut extrapoler pour tous les secteurs de nos activités.  

Tout ce que je dis ici, par contre, c’est lorsqu’aucune cruauté n’est exercée envers ces animaux domestiques. Sinon, nous tombons dans du spécisme pur et simple, et la dénonciation des antispécistes devient alors totalement légitime. Surtout que la brutalité envers les animaux (a‘ar ba‘alê ayyîm) est prohibée par la Torah (Exode XXIII:5 – cf. T. Shabbât 117b, T. Bâvâ Meî‘â 31a). 

Ceci dit, ne soyons pas plus royalistes que le roi, car les animaux eux-mêmes sont spécistes ! Ils sont intimement conscients de leur espèce, et sont spécistes pour leur survie même. Sachons donc raison garder. Ne refusons pas aux animaux leur spécificité intrinsèque en les anthropomorphisant, et ne détachons pas l’Homme de l’écosystème naturel dans lequel il a vécu durant des dizaines de millénaires. Certes, nous sommes omnivores, mais nous avons aussi reçu une responsabilité divine d’être les gardiens de la Création – d’en éviter tout gaspillage inutile (le concept de “hashâta” – cf. Deut. XX:19-20 à propos des arbres fruitiers lors d’un siège militaire).  

Cette responsabilité est triple (m’inspirant d’un article de Marc Münster) : 1. Maintenir des écosystèmes nombreux, sains et dynamiques, permettant aux espèces sauvages de survivre et de prospérer, et ainsi maintenir une planète en état de supporter une telle présence humaine. 2. Être responsable de la qualité de vie des animaux que nous exploitons, et d’éradiquer les souffrances éventuellement engendrées. 3. Ne pas oublier que nous faisons nous-mêmes partie de cet écosystème planétaire, qui est dynamique et où rien n’est acquis, que nous y sommes nés et que nous y mourrons, et que si nous sommes nés c’est parce que l’ensemble de nos ancêtres depuis la première bactérie (ou depuis Adam et Ève), a joué le jeu de la naissance, de la vie et de la mort.  

C’est pour cela que je suis catégoriquement contre toute forme de chasse (surtout ici, dans nos pays dits développés), ainsi que contre la corrida (sadisme totalement injustifié), et contre tout ce qui cause des souffrances aux animaux. Ainsi se confirmera symboliquement ici-bas le verset prophétique (Isaïe LXV:25) : « Le loup et l’agneau paîtront ensemble ; le lion mangera de la paille comme le bœuf ; et le serpent aura la poussière pour nourriture. On ne se fera ni tort ni dommage sur toute Ma montagne sainte, dit l’Éternel. »

Barcelone est le moteur de la franc-maçonnerie en Espagne

Article de Clémentine Laurent de equinoxmagazine.fr

Alors que les francs-maçons se font plus discrets en Espagne qu’en France, Barcelone reste un véritable centre névralgique, historiquement opposé au conservatisme de Madrid et de l’Église. Plongée dans le monde secret mais influent de la franc-maçonnerie, au cœur de la capitale catalane.

Une société secrète, mondiale et plus que centenaire, des réunions fermées, des membres influents mais très discrets… L’univers de la franc-maçonnerie fascine autant qu’il dérange, en particulier en Espagne où l’Église et les idées conservatrices sont toujours bien ancrées dans la société. Et pourtant, Barcelone se distingue du reste : elle compte plus de la moitié des francs-maçons d’Espagne. Et l’influence française n’y est pas étrangère.

« La bourgeoisie et les intellectuels barcelonais ont toujours été très sensibles aux idées des Lumières et de l’humanisme français. Historiquement, Barcelone est le moteur de la franc-maçonnerie en Espagne », reconnaît un maître de la Grande Loge de France à Barcelone, qui souhaite rester anonyme. Car si la société,­ d’origine britannique, arrive en Espagne au début du XVIIIème siècle, elle reste très discrète car dénoncée par la monarchie et l’Église. Pour elles, la société secrète pourrait représenter un pouvoir incontrôlable qui remettrait en question leur autorité. Mais avec l’invasion napoléonienne de 1808, et plus tard la révolution de 1868 et son influence intellectuelle française, la franc-maçonnerie s’installe réellement.

« Alors que l’Inquisition empêchait le développement de la franc-maçonnerie en Espagne, les troupes françaises l’implantent vraiment en fondant des loges et en recrutant des membres. C’est un véritable instrument politique pour Napoléon », relève Xavi Casinos, journaliste et auteur de plusieurs ouvrages sur la franc-maçonnerie en Catalogne. Pour lui, l’influence française est indubitable : « Barcelone est la porte d’entrée de tous les courants intellectuels européens en français en Espagne. » D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si, lors de l’un des rituels maçonniques les plus répandus en Catalogne (le rite écossais ancien et accepté), on déclare : « Liberté, égalité, fraternité ».

Barcelone, plus progressiste que Madrid
Mais si les obédiences (autorités maçonniques) sont plus nombreuses en Catalogne qu’ailleurs, cela s’explique aussi par la mentalité régionale très progressiste et libre. « Barcelone a toujours été plus libérale que Madrid, elle est beaucoup moins conservatrice dans ses idées », soulève le maître franc-maçon. « La franc-maçonnerie était une façon pour les intellectuels catalans de s’exprimer librement vis-à-vis de l’Église et de la monarchie en Espagne. »

C’est l’une des raisons pour lesquelles dès la fin de la guerre civile, après une période de relative tolérance de la franc-maçonnerie, Francisco Franco cherche à la museler par tous les moyens. Le vainqueur de la guerre et désormais dictateur craint aussi l’influence maçonnique et fait démanteler les temples et détruire les archives. « On compte plus de 10 000 personnes arrêtées durant la dictature car soupçonnées de franc-maçonnerie, alors même qu’il n’y en avait qu’environ 6000 en Espagne dans les années 1930 ! C’est pourquoi beaucoup de frères s’exilent, surtout en France », explique le maître, sur base de données de la Grande Loge Symbolique Espagnole.

La franc-maçonnerie est légalisée en 1979, quatre ans après la mort du dictateur, et les obédiences renaissent en Espagne en même temps que fleurit la démocratie, en particulier à Barcelone.

Complément de l’article sur equinoxmagazine.fr

Don Juan le saint – I

LES DÉFIS DE DIEU – I –

Portrait de DonMiguel de Mañara par Juan Valdés Leal

Du débauché au sanctifié.

Les origines et la jeunesse de Don Miguel de Mañara

Don Miguel de Mañara – cette fois le vrai personnage, celui dont on dit qu’il aurait inspiré le mythe – est un homme qui fait partie d’une antique famille d’origine corse, les Leca, issus des Colonna. Installée à Séville, elle est devenue très riche grâce à ce que l’on appelait « le commerce triangulaire du bois d’ébène ».

Ce Don Juan-là serait né dans une famille noble, le 3 mars 1627 – soit trois ans avant la première représentation du Trompeur de Séville et le Convive de Pierre de Tirso de Molina, l’auteur princeps de Don Juan. C’est pourtant à lui que la légende attribue le modèle du « grand seigneur méchant homme » qui fera florès par la suite.

Pourtant Prosper Mérimée, qui l’expose comme prototype du Don Juan, n’ignore pas qu’il ne peut l’être ; à preuve, dans son œuvre : Les âmes du purgatoire, il l’appelle « Don Miguel de Maraña », inversant le « r » et la « ñ » afin de distinguer, par cette interversion, l’homme de l’histoire et celui qu’il mythifie pour en faire un personnage exemplaire.

Revenons au vrai Don Miguel de Mañara, celui de l’histoire. Il a eu pour père un grand d’Espagne attaché à la chambre du roi ; et pour mère une femme pieuse, vertueuse, voire même dévote, qui vivait dans la crainte de Dieu.

La vie de débauché de Don Miguel de Mañara

Don Miguel a sans doute été marqué par la foi de sa mère. Mais sa jeunesse fut d’abord celle d’un débauché.

Dans les minutes de son procès en Cour de Rome de 1770 – pour demander sa béatification -, il est rapporté : « Il abusa misérablement des qualités, dont le Ciel l’avait comblé, pour partager son temps entre les duels, les délires amoureux et autres vanités du siècle. »

Dans son testament, il reconnaît lui-même : « J’ai servi Babylone et son prince le Démon avec mille abominations, vanités, adultères, blasphèmes, scandales et forfaits… »

Sa mère, que ses excès accablent, le met en demeure de suspendre sa vie de lucre.

Il se marie avec Doña Jerónima Carrillo de Mendoza, qu’il finit par aimer profondément. Mais elle meurt le 13 septembre 1661. Il en est si affecté qu’il envisage de mourir : « Alors la volonté ne fut plus maîtresse de Don Miguel. Il fut désemparé dans la douleur, il ne se rendit plus compte de la réalité, il vécut dans un égarement, une manière de folie. […] Il errait solitairement à travers les paysages de Ronda qui sont les plus chaotiques du monde. Bien des fois il se penchait sur les abîmes de la montagne avec le désir d’en finir avec l’existence[1] », écrit Lorenzi de Bradi.

Du type au mythe du Don Juan qui assiste à sa propre mort

Si Prosper Mérimée n’est pas dupe du subterfuge qu’il établit entre le type et le mythe, c’est probablement parce qu’il a voulu s’inspirer de l’aventure qui est survenue à Don Miguel.

Son page, Alonzo Pérez de Velasco, évoque l’agression dont il fut victime dans un rapport de police : « Une nuit que j’accompagnais le Serviteur de Dieu [c’est le surnom qui fut donné à Don Miguel après sa conversion], je fus témoin de ce qui lui est arrivé dans la rue du Cercueil, à Séville. Parti de la maison de ses parents jusqu’à cette rue réputée pour être un coupe-gorge, en passant par l’église paroissiale de Sainte-Croix j’entendis chanter dans ladite église l’un de ces chants funèbres que l’on perçoit d’ordinaire lors des enterrements[2]. »

Luz Tassara y Sangrán raconte à son tour : « On s’approche de la porte. La surprise se transforme en peur. À l’intérieur, il n’y a rien. La large nef, aussi noire que la nuit, est solitaire et silencieuse. Les énormes statuent gîtent dans leurs niches. Rien.

Don Miguel a le sentiment de participer à son propre enterrement, d’avoir entendu son propre Requiem, d’avoir participé à son propre trépas, d’avoir assisté à son enterrement[3]. »

Saint-Paulien poursuit : « Il retourne dans la rue, passe devant la maison de la Susona : à l’angle de la rue de la Mort et de celle de l’Ataúd (rue du Cercueil), un violent coup sur la tête l’étend raide. Tandis qu’Alfonso s’efforce de le ranimer, Miguel qui revient à lui, entend une voix sépulcrale qui déclare : « Apportez le cercueil, il est mort. »

Apparaissent des hommes masqués, porteurs d’un cercueil. L’écuyer, éperdu, appelle à l’aide. La ronde de nuit accourt. Masques et cercueil ont disparu[4]. »

Esther Van Loo achève ainsi la déposition de Don Alonso Pérez de Velasco au Procès de 1680, f° 393 : « Entraînant son écuyer transi d’épouvante, Don Miguel rentre précipitamment dans son palais, s’enferme dans sa chambre et ne peut fermer l’œil de la nuit.

Le lendemain, il apprend à quel péril il a échappé. Trois de ses ennemis l’attendaient dans la maison où il devait se rendre, et étaient prêts à le tuer[5]. »

Était-ce pour impressionner ce grand d’Espagne que ses titres nobiliaires rendent intouchable, et pour l’amener à réfléchir sur sa vie dissolue, que cette mise en scène a été montée ?

Probablement : « Tout ceci fut causé par sa mauvaise vie antérieure[6] », affirme Francisco Martín Hernández.

« Don Miguel retourna chez lui, rendant grâce à Dieu pour les faveurs qu’il lui avait faites. À la suite de quoi le Serviteur de Dieu sut que cette nuit-là on l’avait attendu pour le tuer[7]. »

Mais c’est certainement la déposition de l’abbé Casafonda, plus romancée, que Mérimée a reproduite et développée : « Don Miguel rencontre soudain dans la rue une foule de pénitents, avec leurs cagoules rabattues sur le visage ; ils escortent un cercueil. Intrigué, il demande à l’un d’eux quel est le mort que l’on porte : « Don Miguel Magnara » lui répondit-on. Il se mit à rire. Puis, croyant avoir mal entendu, il s’adresse à un autre qui lui fait la même réponse : « Don Miguel Magnara ». Alors hébété, grelottant, il suit le cortège jusque dans une église voisine où les cierges de l’autel sont allumés ; et là, il interroge un troisième pénitent : « Don Miguel Magnara ! » Il est tellement saisi, cette fois, qu’il perd connaissance et qu’il tombe à la renverse. On le ramasse sur le seuil de l’église, on le ramène dans son palais où, reprenant ses esprits, il raconte ce qu’il a vu[8]. »

De l’aveu de Mañara lui-même, cette épreuve déclencha sa conversion à la foi.

La conversion de Don Miguel de Mañara

Très vite, il s’intéresse à un petit ordre religieux méconnu, fondé pour enterrer chrétiennement les corps des suppliciés que l’on abandonnait en pleine rue à la voracité des chiens et des corbeaux.

Il ensevelit les pendus dont les cadavres se décomposent à la potence des gibets, acceptant pour preuve de sa contrition les plus viles besognes : « Si l’on fait mourir un homme qui a commis un crime digne de mort, et que tu l’aies pendu à un bois, son cadavre ne passera point la nuit sur le bois ; mais tu l’enterreras le jour même, car celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu, et tu ne souilleras point le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne pour héritage[9] », affirme le Deutéronome.

Don Miguel, en accord avec ce verset de l’Ancien Testament, le transforme en acte de repentir. Il se mortifie ainsi de ses écarts et s’avilit aux yeux de ceux qu’il a rabaissés autrefois.

Le 27 décembre 1663 il prend la direction de la confrérie. Il la transforme aussitôt, choisissant de la mettre au service des plus démunis.

Il dilapide la fortune dont il a hérité de ses parents et la distribue aux pauvres. Il quête pour eux, crée un hôtel de la Charité, puis un hôpital, fait rebâtir l’église de l’ordre. Il héberge tous les nécessiteux qui se présentent à l’office, les nourrit et les soigne. Pour s’humilier, il va jusqu’à s’allonger devant la porte par laquelle entrent les indigents, afin qu’ils piétinent son corps.

À l’imitation de Jésus-Christ et de la Cène, il lave les pieds des miséreux et il embrasse leurs plaies. Il ne répugne pas à faire ce que les autres repoussent : il ramasse les cadavres putréfiés des pestiférés laissés sur la voie publique, et il leur donne une sépulture.

Statue de Don Miguel de Mañara par Antonio Susillo

Il vit chichement dans une petite cellule, dort sur un lit de fer, se lève à quatre heures du matin pour prier, sert le repas des pauvres – mais jeûne le plus souvent -, encourage les malades, reçoit des visites, sollicite les aumônes et les dons, gère les biens de la congrégation, en assure la règle, assiste aux offices et, enfin, le soir venu, soumet son corps à une pénible et stricte discipline.

De temps à autre, il s’isole en ermite dans le Désert des Neiges, où il s’oblige à de terribles privations. Méprisant sa vie, il s’adonne à la plus profonde humilité. Sa vie exemplaire convertit nombre d’infidèles. Il est surnommé « le Héros de Dieu ».

Il meurt le 9 mai 1679.

La béatification, puis la sanctification de Don Miguel de Mañara

Les roses qu’il a plantées dans son jardin dès 1671 continuent de s’épanouir au pied d’une croix de pierre. On prétend que ces roses ont fait des miracles ; mais le miracle est peut-être simplement que ces roses perdurent, qu’elles portent éternellement le parfum de celui qui les a cultivées.

Sur sa pierre tombale, il fait graver : « Ici gisent les os et les cendres du pire homme qui fut au monde. Priez pour lui[1] ! »

Cette épitaphe l’a sans doute desservi ; car, proposé pour la canonisation peu de temps après son décès, il a dû se contenter du titre de  « Vénérable » que le pape Pie VI lui a conféré le 13 mai 1778 – soit plus d’un siècle après sa mort -.

Il faudra attendre encore deux siècles de plus, soit trois siècles après sa disparition, pour qu’il soit enfin canonisé… par le pape Jean-Paul II !

Avouez que Don Juan sanctifié – celui que le mythe présente comme le pire des hommes -, c’est quand même une belle histoire !

Pierre PELLE LE CROISA, le 2 juin 2021


[1] Apud. HERNÁNDEZ F.-M., Miguel Mañara, § Conclusion, trad. PPLC, op. cit., p. 212.


[1] BRADI L. de, La légende et l’histoire, ch. XVI : La douleur de Don Miguel (éd. Librairie de France, Paris, 1930).

[2] Apud. HERNÁNDEZ F.-M., Miguel Mañara, § Del mito a la realidad, trad. de Pierre Pelle Le Croisa (PPLC), p. 52 (éd. Universidad de Sevilla, coll. de Bolsillo, Espagne, 1981).

[3] TASSARA SANGRÁN L., Mañara, ch. VI : Muerte y vida en la calle Ataúd, trad. PPLC, pp. 56-57 (éd. María Auxiliadora, Séville, Espagne, 1959).

[4] SAINT-PAULIEN, Don Juan, Mythe et Réalité, ch. I : Où le jeune Mañara prétend réincarner le Don Juan de Tirso, p. 93 (éd. Plon, Paris, 1967).

[5] Apud. VAN LOO E., Le vrai Don Juan. Don Miguel de Mañara, ch. III : Don Juan dépassé, p. 89 (éd. Sfelt, coll. L’Histoire, Paris, 1951).

[6] HERNÀNDEZ F-M., art. Punto de arranque en la conversión de Mañara y luces que le hicieron avanzar en su camino hacia Dios in D. Miguel de Mañara, apostol seglar y padre de marginados, trad. PPLC, p. 58 (éd. de Espiritualidad, coll. Centro de Estudios de Teología  espiritual. Hermandad de la Santa Caridad, Madrid, Espagne, 1979).

[7] Apud. HERNÁNDEZ F.-M., Miguel Mañara, § Del mito a la realidad, trad. PPLC, pp. 52-53 (éd. Universidad de Sevilla, coll. de Bolsillo, Espagne, 1981).

[8] Apud., BRADI L. de, La légende et l’histoire, op. cit., ch. XVII : Les visions de Don Miguel.

[9] Deutéronome, XXI, 22-23.

L’EXPRESS : Bousculée par la crise sanitaire, la franc-maçonnerie se réinvente

De notre confrère L’Express – Source AFP

Paris – Avec une activité suspendue ou réduite, la franc-maçonnerie a été éprouvée par la crise sanitaire mais tente de rebondir avec ici des rituels réinventés, là une émission de radio, ou en s’interrogeant sur la société post-Covid.

Trois confinements dont un avec fermeture totale des temples. Et un couvre-feu de plus de six mois. Voilà qui a fortement empêché les francs-maçons de se réunir en « tenues », ces rencontres rituelles et d’échanges à huis-clos entre « frères » et « soeurs » d’une même loge qui sont l’essentiel de la vie maçonnique et ont lieu habituellement en soirée.

Depuis le début de la crise du Covid, « les loges maçonniques ont eu une activité contrariée », résume pour l’AFP Georges Sérignac, grand maître du Grand Orient de France (GODF), principale obédience. Roger Dachez, historien de la franc-maçonnerie », va jusqu’à parler de « désastre ».

Implantée en France depuis le XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie rassemble quelque 160.000 membres, qui, par une démarche initiatique, aspirent à « l’amélioration de l’humanité », selon les mots du GODF.

En fonction des autorisations, certaines loges ne se sont pas réunies du tout, d’autres ont pu, à petites doses. « Les plus âgés, plus fragiles ou plus craintifs ne sont pas venus et craignent toujours de revenir, même après les vaccins », relève Pierre-Marie Adam, grand maître de la Grande Loge de France (GLDF).

« Les rituels maçonniques supposent beaucoup d’interaction physique. C’est donc une activité contaminante » potentiellement, explique M. Dachez.

Dès lors, les francs-maçons ont dû « inventer des +rituels Covid+ », dit-il.

A commencer par « la chaîne d’union », ce moment symbolique qui exprime le lien entre francs-maçons avant de démarrer une « tenue ». Habituellement, en ronde, ils se tiennent la main, souvent en croisant les bras, sans gants.

« Nous avons pris une corde, en gardant le mètre de distance« , témoigne Laure (prénom d’emprunt), 33 ans, au GODF. Dans d’autres loges, certains l’ont mimée, ou ont mis des doubles gants, quand d’autres se sont passés du gel hydroalcoolique avant et après.

Lors d’une « tenue blanche ouverte » (aux non-maçons) dans un temple parisien, à laquelle l’AFP a pu assister en juin, une dizaine de « frères » et « sœurs » ont opté pour les bras tendus vers le bas, paumes ouvertes, à quelques centimètres de celles du voisin, sans contact.

Certains se sont aussi évadés du temple, une démarche relativement rare.

« En septembre, nous avons fait une cérémonie dans un champ« , confie William Bres, 64 ans, maçon à la Grande loge mixte de France (GLMF). Lui a également programmé pour cet été « une tenue en forêt, en pleine nuit, dans les Cévennes, sous la voûte étoilée ».

Laure raconte aussi faire la bise (les trois bises) « en langage des signes ».

Plus difficile à réinventer: les « agapes », la collation prise à l’issue d’une tenue, ont pour beaucoup été supprimées.

En franc-maçonnerie, le poids des symboles est fort. « Ils nous permettent de nous mettre en condition« , pour ensuite entrer dans le moment d’échanges et réflexion, explique Edouard Habrant, grand maître à la GLMF. « Passer du +profane+ au « sacré+ ne se fait pas d’un seul coup », ajoute-t-il, espérant que les modifications de rituels ne seront que « provisoires ».

  • Effectifs en légère baisse

La crise sanitaire a eu un autre effet: les « initiations » – cérémonie lors de laquelle un nouveau franc-maçon est accueilli – ont pour partie été stoppées.

Sylvianne (prénom modifié) en a fait les frais, elle qui devait être « initiée » dans une loge du GODF au printemps 2020. « On m’a dit que c’était un moment très fort, où un lien direct doit se créer avec les frères et soeurs de la loge. Ca ne peut se vivre qu’en leur présence », dit-elle. L’horizon de septembre lui a été promis.

A cela s’ajoutent des décès dus au Covid parmi les plus âgés – la pyramide des âges étant assez supérieure à 50 ans en franc-maçonnerie.

Si bien que les effectifs, en hausse ces dernières années, diminuent.

Au GODF, plus grosse obédience avec quelque 55.000 membres, Georges Sérignac observe pour 2020 une « baisse d’1,8%« , « pas très significative » selon lui « dès lors que les initiations vont probablement pouvoir avoir lieu cette année« .

Idem à la GLDF (un peu moins de 34.000 membres), qui enregistre une perte de 600 membres, en raison du retard d’initiations. Des effectifs en baisse de « 3 ou 4% » mais beaucoup d’initiations en attente sont aussi constatés à la GLMF (5.300 membres).

« On n’a pas vu un départ important des loges, parce que l’économie est encore perfusée. Mais avec la fin des aides financières, on est en droit de craindre une désertion plus massive d’une certaine proportion de francs-maçons dans les prochaines années« , met en garde Roger Dachez. La cotisation peut atteindre 400 euros l’année.

La visioconférence a permis de maintenir le lien. Ou de travailler des « planches » (exposés). Mais Georges Sérignac est catégorique: « à distance, ce n’est pas de la pensée franc-maçonne ». C’est plutôt « un cercle philosophique, citoyen, ou politique ».

« Le rituel ne se met pas en visio. Une tenue, c’est un espace concret dans lequel tout le monde doit être en communion« , abonde Georges Voileau (Droit Humain, 16.000 membres).

Un autre outil a permis « de continuer le travail », affirme Elise Ovart Baratte, conseillère à la GLMF, à l’origine du lancement d’une émission hebdomadaire, « Pierres de touche« , sur RadioDelta, une webradio maçonnique. Chroniques, débats: 53 émissions ont été été diffusées à ce jour, faisant notamment participer des frères et soeurs de toutes obédiences.

Enfin, la réflexion sur la société post-Covid anime plusieurs obédiences. Le GODF a produit un Livre blanc (« Après ») sur de nombreux sujets – « dette Covid », « libertés individuelles et collectives », « repenser la solidarité »… La GLDF a intitulé le sien « Le futur de nos loges ».

« La crise nous pousse aussi à nous demander comment agir sur des enjeux concrets tels que les enjeux écologiques et environnementaux, la démocratie…« , souligne M. Habrant.

« Les repères sont remis en cause mais les fondamentaux sont là« , assure un « frère » à la GLDF à Lille, alias « Vordonis », 66 ans.

Lire l’article sur l’Express

Qi Gong et gestuelle maçonnique

Quel rapport peut-il y avoir entre le Qi Gong, gymnastique d’inspiration taoïste, et la gestuelle maçonnique ? C’est ce que je vais essayer de vous démontrer !

I – Préambule

Comme l’écrit Charlotte Brontë dans son roman autobiographique Jane Eyre, « Il est vain de prétendre que les êtres humains doivent se satisfaire de la tranquillité, il leur faut du mouvement et s’ils n’en trouvent pas, ils en créeront. »

Lorsque, comme c’est mon cas, on approche la fin du temps que nous avons à vivre, on ne peut manquer de se poser la question de l’utilité de nombreux mouvements que l’on a pu faire.

Un paradoxe apparaît alors évident : c’est la concomitance entre un besoin de mouvement et une réelle solitude existentielle.   Celle-ci est le véritable drame de l’existence humaine auquel nous cherchons désespérément des réponses, que nous tentons d’oublier ou que nous ne voulons pas voir !

Cherchons-nous à fuir cette solitude par le mouvement ?  Cela me paraît clair !

La mort est en quelque sorte la fin du mouvement même si les religions la ritualisent.

Le mouvement du corps, c’est par définition le geste ; cela n’intéresse pas uniquement la main comme on pourrait le croire. On peut définir huit grandes fonctions dans les mouvements du corps ; ce sont :

  • Le déplacement,
  • La communication,
  • La prise de nourriture,
  • La sexualité,
  • Le combat pour la vie,
  • La préparation au repos,
  • Le ressenti,
  • Le soin.

Dans les sociétés modernes, le mouvement lié au combat pour la vie a changé de nature ; on parlera d’activité productrice et créatrice, de sport ou de jeu.

Je voudrais, dans ce préambule, évoquer trois sujets : il s’agit du lien entre gestuelle et langage, de l’influence du transfert sur la gestuelle et de la gestuelle dans la symbolique de l’Egypte Antique :

  • A proprement parler le langage fait partie du mouvement mais on a pris l’habitude de distinguer langage et gestuelle pour en faire les deux composantes de la communication : il est classique de dire qu’une communication comporte 20 à 30 % d’éléments verbaux et 70 à 80% d’éléments gestuels non verbaux. Le geste spontané est plus riche de sens que le langage pour la simple raison qu’il est souvent plus authentique.
  • le transfert pourrait se définir comme la préoccupation inconsciente qui, chez chacun d’entre nous, fait un lien avec les premiers objets de notre investissement ; cela touche bien sûr notre petite enfance. Cette préoccupation inconsciente affecte notre comportement et donc notre gestuelle.
  • On peut examiner la gestuelle dans la symbolique de l’Egypte Antique en étudiant l’iconographie ; à titre d’exemple, chacun ici sait que pour les égyptiens les mains renvoient à un code binaire : actif pour la main droite ou réceptif pour la main gauche ; on verra donc des représentations de personnages avec deux mains droites ou deux mains gauches pour bien signifier de quelle polarité il s’agit. On pourrait aussi parler de l’attribut de la barbe qui permet d’en affubler une déesse sans choquer le moins du monde ; mais tout cela dépasse mon modeste travail.

J’ai cité ces trois sujets parce que j’ai conscience qu’un développement aurait été justifié mais il me faut rester dans un espace-temps raisonnable.

Les gestuelles sont utilitaires, mais elles s’adressent aussi à la jouissance et bien sûr à la réflexion, la philosophie et la religion. Le sujet de cet article renvoie à deux gestuelles imprégnées de pensée philosophique. J’ai pratiqué le Qi Gong et j’en garde un très bon souvenir ; la gestuelle maçonnique ne m’est pas inconnue : mais en travaillant ce sujet, je me suis étonné d’y découvrir des nouveautés que je n’imaginais pas ! Je vais essayer de vous les faire partager !

II – Le Qi Gong

Le Qi gong est souvent présenté comme une simple gymnastique procurant souplesse articulaire et détente musculaire. En réalité, cette simplicité apparente cache la complexité de la relation entre le contenu symbolique du geste et la notion de Qi (aussi appelé Chi).

Le Qi (souvent traduit par énergie) est un concept issu de la connaissance intuitive des phénomènes naturels que possédaient les anciens sages de la Chine antique. Pour eux, le Qi est à l’origine du monde ; chaque élément de l’Univers résulte de ses mouvements et de ses modifications. Ainsi il est écrit :  «Tout être et toute chose résultent du Qi du Ciel et de la Terre. »

Le Qi fait partie des trois trésors (ou San Bao) avec le Jing assimilé au corps et le Shen  qui se rapporte à l’esprit. En ce qui concerne le geste, le shen (l’esprit) donne un ordre (l’intention), le qi transforme celui-ci en « impulsion » et le jing (le corps) déclenche la manifestation physique  de cet ordre.

Cette conception taoïste, qui date de plusieurs siècles avant Jésus-Christ, offre une lecture originale du fonctionnement de l’être vivant : la transformation de l’énergie vitale, la notion d’énergie saine et l’influence d’énergies perverses en expliquent les perturbations.

Le Qi Gong, par une gestuelle appropriée, permet à l’individu de conscientiser son immersion dans l’univers énergétique ; ce faisant il peut prendre une distance avec sa quotidienneté et rechercher une mise en harmonie avec l’Univers. De nos jours, le Qi Gong se pratique avec une grande variété de modalités selon le degré de connaissance des participants et des animateurs des séances.

Il existe même une utilisation simplifiée qui a facilité sa pratique dans tous les continents au-delà du berceau géographique d’origine. Sans exégèse, la voie choisie du geste, de la respiration et de la concentration suffit à produire ses effets.

Il arrive parfois que les européens qui découvrent le qi gong soient fixés sur le geste à accomplir tel que le professeur le leur montre ; pour eux, toute la séance consistera à tenter de reproduire le geste de manière si possible parfaite.

Tendre la main droite en plaçant la paume vers le haut peut être un geste à réaliser ; au premier degré, c’est un geste banal sans signification ; si je donne un contenu à ce geste, par exemple en le présentant comme une offrande  et qu’en l’exécutant, je me concentre sur cette main, sur le sens que j’ai donné, en pratiquant une respiration ventrale, toutes les idées parasites négatives disparaissent, la main devient l’offrande !

L’intelligence du Qi Gong n’est pas de demander une perfection du geste mais de mettre dans le geste une perfection d’intention.

Par ailleurs, il se trouve qu’à la suite des travaux scientifiques effectués depuis les années 1980, nous savons aujourd’hui que cette intention, en réalisant une concentration mentale sur le contenu symbolique du geste, provoque une activité cérébrale spécifique avec une augmentation significative de l’activité alpha à l’électro-encéphalogramme. Cette activité cérébrale a plusieurs conséquences : elle procure, en particulier :

  • Une plus grande capacité de concentration,
  • Et une sensation de détente et de relâchement.

Comme la gestuelle du Qi Gong vise aussi à faciliter la circulation énergétique, on comprend mieux les gestes pratiqués en visualisant le trajet des méridiens et le sens de la circulation énergétique.

Rappelons que, selon la conception taoïste, l’énergie circule dans les 12 méridiens principaux de chaque hémicorps et dans les circuits spécialisés (les 8 méridiens dits curieux et les 12 méridiens dits distincts). L’énergie imprègne le méridien pendant une heure chinoise (qui correspond à deux heures classiques) ; la journée est ainsi découpée en 12 heures. Le passage de l’énergie dans un méridien se fait à toujours à la même heure chinoise.

Globalement, le Qi Gong, à travers des gestuelles adaptées, permet une meilleure concentration, une plus grande capacité d’adaptation et un bien-être ressenti. Il se rapporte essentiellement aux fonctions de communication, de combat pour la vie et de soin.

On peut s’interroger sur la fonction soin présente dans le Qi Gong : en fait, le taoïsme a la grande sagesse de modéliser la fragilité du fonctionnement de l’être humain ! Cette fragilité est une réalité scientifique, mais nous n’en avons pas toujours conscience !

Fragilité physique mais aussi psychologique et mentale qui explique combien la folie humaine est une compagne qui n’hésite pas à venir influencer nos pensées … à l’insu de notre plein gré pour reprendre une célèbre expression !

Par cette fonction dans le soin, le Qi Gong nous aide à prendre conscience de notre dysfonctionnement énergétique, à y remédier et nous aide à nous protéger.

Un mot sur une gestuelle particulière qui, à mon humble avis pourrait symboliser la réussite d’une séance de Qi Gong quand on y arrive : il s’agit du sourire intérieur.  Lorsque l’harmonie est rétablie, « le sourire intérieur» resplendit.

II – Parlons maintenant de la gestuelle maçonnique.

On étudiera successivement :

  • La gestuelle maçonnique intégrée dans les rituels,
  • Et celle qui est pratiquée par les francs-maçons en dehors des rituels,

A – Commençons par la gestuelle maçonnique intégrée dans les rituels

Dans la franc-maçonnerie opérative des tailleurs de pierre, au XVème siècle, si les gestes sont nombreux, deux gestes rituels semblent essentiels :

  • le geste de reconnaissance propre à chaque corporation ;
  • Et le serment en rapport avec la sauvegarde du secret du Maître ; on sait maintenant la nature de ce secret qui lui était vital.

Dans les premières réunions de la franc-maçonnerie spéculative, au XVIIème siècle, les gestes rituels restent les gestes de reconnaissance et le serment ; ensuite, progressivement on verra s’ajouter (en particulier sous influence française) une prolifération de compositions. Ces ajouts dénotent souvent la volonté d’influencer la démarche maçonnique en y intégrant des gestuelles empruntées à d’autres courants de pensée ou à des modes.

Aujourd’hui, la gestuelle maçonnique du premier degré se subdivise en une trentaine de gestuelles spécifiques.  Certains gestes sont destinés à produire un son : comme par exemple, le coup de maillet, le claquement des mains, les tapes sur l’épaule ou la pose des « canons » lors des agapes ; ils avaient des significations précises mais on continue à les pratiquer.

Mis à part, l’allongement du dernier apprenti, l’agenouillement du récipiendaire pendant la consécration et la demande de parole,  la gestuelle maçonnique est principalement pratiquée en position debout.

Vous comprendrez qu’il n’est pas possible de détailler le contenu symbolique de tous les gestes pratiqués pendant les rituels. Il y aurait tant à dire. Je vous propose, donc, de nous limiter au signe d’ordre et à des observations sur d’autres gestes.

1 / La gestuelle du signe d’ordre

En Angleterre : on l’appelle SIGN OF AN ENTERED APPRENTICE  ( que l’on pourrait traduire par le signe du nouvel apprenti) ! Je cite une traduction des instructions : «Il se fait, en étant debout les deux pieds en équerre, le bras droit horizontal replié, paume de la main tournée vers le sol, pouce à l’équerre contre le cou.»

Il est classique de lire dans les manuels que ce signe d’ordre signifie : je cite :

  • « Je contrôle et j’apaise mes instincts, j’apprends à modérer mes paroles, à maîtriser mes passions… »
  • « La main droite, placée en équerre sur la gorge, paraît contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile susceptible de compromettre la lucidité de l’esprit. L’Ordre de l’Apprenti signifie qu’il cherche à être en possession de lui-même et qu’il s’attache à juger avec impartialité.»

A vrai dire, ces interprétations n’ont aucune référence biblique ou historique ; ce sont de libres propos dus à des auteurs comme Boucher et Wirth ; ils  sont d’ailleurs fréquemment repris dans le cadre des instructions des apprentis.

Ce signe du nouvel apprenti ou signe d’ordre est historique pour deux raisons essentielles :

  • Il était pratiqué par les membres des loges compagnonniques bien avant la création de la grande loge de Londres en 1717. Il prouve ainsi notre filiation compagnonnique.
  • il constitue encore aujourd’hui le geste rituel commun à toute la fraternité maçonnique de tous les pays et de tous les continents !

Dans les anciens rituels compagnonniques, son existence est consubstantielle de celle du signe pénal ; l’important c’était d’abord le serment de garder secret de ce que l’on pourrait savoir ; ensuite, le signe pénal était une confirmation du serment par un engagement sacrificiel ; au final, le signe d’ordre se comprend comme un passage obligé dans la compréhension du signe pénal.

Cependant, l’absence dans les rituels d’explication quant à la signification du signe d’ordre en lui-même, m’a interpellé. Après avoir beaucoup cherché, et n’ayant rien trouvé dans les ouvrages de maçonnologie, c’est en analysant les termes hébreux utilisés dans la Bible que j’en suis venu à élaborer une explication dont je voudrais vous parler.

Cette interprétation est fondée sur l’importance du symbolisme de la gorge dans la bible ; on en déduit que le sacré impacte le corps humain dans cette zone corporelle : la gorge est non seulement le passage du souffle, c’est-à-dire l’esprit, mais aussi ce qui pénètre dans le corps que cela soit l’air ou la nourriture !

La bible en hébreu fait référence à la gorge de différentes manières ; l’utilisation du mot Nèphésh mérite toute notre attention. Une étude répertorie 754 références à Nèphésh dans l’ancien testament. Le plus souvent, Nèphésh est traduit par esprit, âme ou élan vital.  Mais en hébreu le sens est beaucoup plus large ; Daniel Lys dans son ouvrage « Nèphésh, Histoire de l’âme dans la révélation d’Israël au sein des religions proche-orientales » paru en 1959 aux PUF, nous met sur la piste quand il relève que, dans plusieurs passages, Nèphésh doit se comprendre comme signifiant la gorge. Nèphésh désigne la gorge mais également le pouce !

Mettre la main à la gorge c’est approcher la main du souffle vital et on pourrait ajouter, c’est donner à la main ce souffle vital ; cette transmission se fait par l’intermédiaire du pouce placé sur la gorge : le même mot se retrouve dans les trois éléments : l’esprit, la gorge en qualité de contenant et le pouce !

Mettre la main à la gorge en prenant appui sur le pouce c’est transmettre à la main une part de sacré qui nous vient du souffle !

Quoi de plus logique quand on sait que cette main va transformer la pierre brute pour en faire une pierre taillée constituante du temple de Salomon ; et cette main, c’est la nôtre à nous francs-maçons, nous qui avons ce génie dans nos gènes !

Cette symbolique du signe d’ordre se prolonge dans la symbolique du premier travail du nouvel apprenti qui prend possession du maillet et du ciseau pour tailler la pierre brute : si on a conscience du sens de ces deux gestes, ne pourrait-on pas affirmer qu’avec eux tout est dit ?

A partir d’une inspiration divine, nos initiateurs nous orientent vers une dynamique de construction, construction qui chez les opératifs était religieuse et militaire, et qui, dans la loge maçonnique, devient une construction sociale fondée sur la solidarité imprégnée de spiritualité.

Comme vous le voyez, le signe du nouvel apprenti, que nous appelons signe d’ordre, avec le pouce sur la gorge, est un geste fondamental et riche de sens : c’est un signe qui nous identifie ! C’est un signe  qui met en œuvre une intention et une réalisation !

2 / De quelques observations personnelles :

Comme chacun peut s’en rendre compte, la gestuelle pratiquée en loge est très diverse et pas toujours spécifiquement maçonnique ; pour illustrer cette remarque voici deux exemples  (sachant qu’il vous sera facile d’en trouver d’autres) :

  • 1ère situation : si pendant la lecture d’une planche, je regarde mon ipad ou mon smartphone pour surveiller l’arrivée d’un post ou d’un mail, ma gestuelle fait douter de l’intérêt que je porte au suivi des travaux ;
  • 2ème exemple : En imposant certains éléments de leurs gestuelles dans les rituels, des idéologies ont voulu nous annexer ! A titre d’exemples citons les symboliques napoléonienne, aristocratique ou templière pour ne citer que les déviations les plus criantes et malheureusement toujours actuelles.

Mais parlons de quatre sujets qui permettent de faire allusion à d’autres apports de la gestuelle.

a / à propos des quatre épreuves de l’initiation

Dans l’initiation, comme pour d’autres phases du rituel, on peut confronter la verbalisation du rituel et la gestuelle ;  lors des quatre épreuves de la terre, de l’eau, de l’air et du feu,  le rituel évoque une purification ; or ces quatre éléments par leur contenu symbolique biblique renvoient directement à l’initiation chrétienne : à partir de la terre qui renvoie au symbolisme de Marie, le profane est mis en contact avec Jésus-Christ (par le symbolisme de l’eau), puis avec l’esprit sain (par le symbolisme  du souffle c’est-à-dire l’air) et enfin avec Dieu (par le symbolisme du feu et de l’épée flamboyante dont vous savez que dans la Bible elle est, par l’intermédiaire des chérubins, un élément du geste divin) ; tout se passe comme si  la gestuelle complétait la verbalisation du rituel en ajoutant un sens caché.

 

b / à propos de la gestuelle en rapport avec la fraternité

Si la fraternité est un élément de langage maçonnique, la gestuelle porteuse de fraternité apparaît un peu figée et réduite : seule la chaîne d’union fait exception.

Dès lors, comment expliquer que les rituels aient aussi peu de gestes pratiqués avec une réelle intention d’amour fraternel ?

En vérité, la fraternité ne doit pas être confondue avec l’amour fraternel ; aujourd’hui lorsqu’on évoque la fraternité on introduit un contenu affectif ; il ne me semble pas que c’était le cas au XVIIème siècle ; à cette époque la fraternité est un concept essentiel de partage de l’objet commun à tous les frères,  c’est-à-dire l’amour de Dieu.  Quand la bible évoque l’amour, on met d’abord en avant l’amour pour Dieu.

c / à propos de la gestuelle du signe pénal

Evoquer le signe pénal permet de rappeler qu’il rentre dans le cadre d’une gestuelle particulière rencontrée dans les rituels maçonniques : la gestuelle des châtiments rituels.

Dans l’ouvrage Masonry Dissected de Samuel Prichard, paru en 1730, il est écrit : je cite la traduction :

– « Sachant que j’aurais ma gorge tranchée, ma langue arrachée et mon corps enterré dans les sables grossiers de la côte à marée basse, chahuté par le flux et le reflux journalier des vagues, pourrai- je violer sciemment mon obligation d’Apprenti ?  »

Sans pouvoir développer ce chapitre, on peut relever que dans le rituel, la menace d’avoir la gorge coupée, affirme l’assurance d’une mort horrible spirituellement car elle sera sans sépulture !

Faire le signe pénal, c’est aussi renouveler l’engagement à respecter le serment, cette obligation du secret dont on sait qu’il est lui d’origine compagnonnique et non biblique !

Signalons aussi que le geste pénal n’est pas spécifiquement maçonnique ; on le retrouve dans le monde profane soit avec la main soit plus souvent avec l’index ou le pouce : il signifie la menace de meurtre par égorgement généralement pour se venger ou par volonté de faire peur en particulier à celles et ceux qui ne respecteraient pas la loi du silence !

d / à propos de la colonne d’harmonie

La colonne d’harmonie, héritière du Shofar, est une gestuelle très particulière ; elle ne prend tout son sens que si elle est prévue par le rituel et produite en loge par les membres de l’atelier.

Il serait sûrement intéressant de conceptualiser l’utilisation contemporaine de l’apport du son dans le rituel pour ne pas le réduire à ce qu’il a tendance à devenir aujourd’hui, c’est-à-dire un divertissement !

B – Examinons maintenant la gestuelle maçonnique pratiquée en dehors des rituels.

En dehors du rituel, on parle de gestuelle maçonnique parce qu’il s’agit de gestes pratiqués par des francs-maçonnes ou des francs-maçons ;  elle est très intéressante à observer et à analyser ; on y découvre en particulier nos secrets ; comme précédemment on pourra distinguer :

  • une gestuelle ritualisée utilisée par un ou plusieurs groupes de francs-maçons ;
  • et une gestuelle spontanée propre à chacun – chacune d’entre nous.

Ces gestes, plus ou moins discrets, sont très variables selon les pays, les orients et les loges ; je pense en particulier :

  • aux attouchements des doigts et des mains selon le degré des interlocuteurs,
  • à la triple accolade
  • à la triple tape de l’épaule droite
  • au sourire
  • au signe d’ordre,
  • à l’utilisation d’accessoires vestimentaires.
  • Bien d’autres gestes existent aussi.

Cette gestuelle maçonnique a essentiellement une fonction de reconnaissance ; mais la tape sur l’épaule est aussi un encouragement et un témoignage de sympathie. Il est d’ailleurs classique de voir une modulation des triples tapes selon l’humeur et le lien existant entre les frères et les sœurs qui se saluent.

Dans ce chapitre, un mot sur le sourire ! Gestuelle non prévue dans le rituel,  omniprésente en loge et en dehors de la loge.

Physiologiquement le sourire correspond à l’activité musculaire des 13 muscles faciaux qui affectent les lèvres, les paupières, le nez, les sourcils, les oreilles et les muscles peauciers proprement dits ; cette musculature est principalement sous l’influence du nerf facial. Chez l’adulte, la mise en œuvre du sourire est sous la dépendance d’une action volontaire ; par l’apprentissage social le sourire fait aussi partie du comportement communautaire.

En loge, on sourit souvent ; la plupart du temps, ce sont des sourires de façade, réflexes, habituels dans la sphère commerciale ou politique ; mais il arrive aussi qu’il s’agisse d’un vrai sourire affectueux témoignant d’une réelle fraternité.

Schématiquement on parlera de sourires sincères ou de sourires composés ; on pourrait les distinguer car en réalité ils ne mettent pas en jeu la même musculature mais cela suppose un regard spécialisé.

IV – En conclusion,

Redécouvrir le contenu symbolique du geste a renforcé mon adhésion à un rituel renouvelé : telle est la première conclusion que je tire de ce travail.

Comme vous l’avez vu, on retrouve dans le Qi Gong et la gestuelle maçonnique quatre points communs :

  1. Leurs gestes sont chargés de sens,
  2. On retrouve, de la part des initiateurs, l’inspiration spiritualiste,
  3. Ces deux gestuelles nous viennent du passé mais conservent une actualité contemporaine,
  4. Ces deux gestuelles bénéficient aujourd’hui d’une approche renouvelée avec la liberté de conscience.

Et aussi des différences ; je me limiterai à deux :

  1. Le Qi Gong a une fonction de soin qui n’existe pas dans la gestuelle maçonnique ;
  2. La gestuelle maçonnique est très diversifiée et impose différentes grilles de lecture.

Evoquer la fonction de soin du Qi Gong renvoie au débat récurrent sur la capacité ou non pour l’engagement maçonnique de transformer un individu. Ne pourrait-on pas imaginer que le volontarisme judéo-chrétien de la démarche maçonnique bénéficie de l’apport de la profonde humilité taoïste ? Cet apport pourrait peut-être permettre de favoriser la transformation bénéfique des nouveaux et anciens initiés !

Quoi qu’il en soit, j’ai pris un grand intérêt à ce travail ; bien sûr, dans la vie courante, nous savons que la plupart de nos gestes sont exécutés de façon machinale et nous n’y attachons que peu d’importance ; mais en loge, à l’image de ce qui se fait au Qi Gong, la gestuelle ne mériterait-elle pas d’être réalisée en « pleine conscience » pour reprendre une expression d’origine boudhique ?

Personnellement, je rêve d’une gestuelle maçonnique débarrassée de ce que j’appellerai des anachronismes :

  • Le port de l’épée ;
  • Le salut romain qui est devenu un symbole nazi ; son remplacement par le signe de fidélité serait plus conforme à notre symbolique ;
  • Le déplacement dans le temple avec son allure martiale à connotation militariste pourrait évoluer vers une déambulation plus intimiste et plus fraternelle retrouvant le sens premier du cercle et de l’orientation ;
  • les attitudes théâtrales, peu crédibles ici.

Par ailleurs, il me semble que, si une démarche de vérité et d’authenticité était recherchée dans le consensus, la loge pourrait collectivement ré investir deux positions corporelles:

  • D’une part la position d’écoute : le regard tourné vers le pavé mosaïque, les mains sur les genoux, en effectuant une respiration ventrale et en se concentrant sur les paroles entendues sans se laisser aller à une réactivité spontanée.
  • D’autre part, la position à l’ordre : la pratiquer en se concentrant sur cette relation entre l’esprit, la gorge, le pouce et la main droite devrait renforcer son contenu.

Je termine ce travail en vous informant d’un autre chantier dans lequel je m’investis et qui constitue, pour moi, un prolongement naturel de cette réflexion : il s’agit de la création de sept mouvements inspirés du Qi Gong mais aussi de la gestuelle maçonnique ;  un Qi Gong maçonnique en quelque sorte.

J’ai conscience de n’avoir fait qu’effleurer un vaste sujet. Je ne doute pas que vos ressentis enrichiront cette première approche.

ESPAGNE : Pourquoi les francs-maçons espagnols sont-ils autant détestés ?

De notre confrère Espagnol elconfidencial.com

Une Marianne au bonnet phrygien et au pendentif comportant l’œil qui voit tout et une équerre surmontée d’un compas orne le principal temple de la Franc-maçonnerie en France. Ce n’est pas un hasard, si les principes de la République et de la Franc-maçonneire sont identiques : Liberté, Egalité, Fraternité. Ni que l’auteur de la Marseillaise, Rouget de Lisle, appartenait aux Frères Discrets de Charleville. Au siège de la Franc-Maçonnerie à Paris, situé au numéro 16 de la rue Cadet, d’un côté un musée expose des centaines d’objets de toutes sortes – tableaux, drapeaux, voire ustensiles de cuisine – qui arborent les symboles les plus représentatifs de l’organisation, la plupart liés à des métiers et aux sciences : comme dans la Marianne, l’équerre (signifiant la rectitude), le compas (la représentation des limites) et l’œil qui voit tout (allégorie de l’omniprésence et du Grand Architecte de l’Univers). De l’autre côté, les temples maçonniques, auxquels seuls les membres de cette organisation semi-secrète peuvent accéder qui depuis sa naissance en Angleterre entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle – ses origines ne sont pas clairement établies – cohabitent entre mystère et controverse.

Récemment, les réseaux sociaux ont remis au premier plan les superstitions sur la Franc – maçonnerie et son rapport au pouvoir, certains journalistes proches de Vox, qualifiant les funérailles d’État des victimes du Covid de « fraude maçonnique-propagande ». Mais, qu’est-ce que la Franc-maçonnerie exactement ? Et comment est-elle arrivée en Espagne ? Ce n’est pas une religion. Ce n’est pas non plus une philosophie. C’est plutôt « un mode de socialisation typique des temps modernes », régi par un système de valeurs dans lequel le maçon est considéré au sein de la loge comme « un frère de plus, en égalité absolue avec le reste des membres, avec droits et devoirs statutairement et constitutionnellement établis, avec le droit d’élire et d’être élu aux offices ». C’est, selon sa propre définition « une Institution universelle, éthique, philosophique et initiatique , qui poursuit un idéal réalisable fondé sur la raison, l’éducation, et un travail constant et patient », qui croit aussi en l’existence d’un être suprême, connu comme le Grand Architecte de l’Univers. En outre, ils ont montré des positions progressiste sur des questions telles que le droit du travail ou l’avortement – en 1974, ils ont déjà statué que « ce choix appartient pour la femme ». La mystique rattache ses origines aux bâtisseurs de cathédrales du Moyen Âge, d’où sa symbolique. En Espagne, le siège de la Grande Loge est situé Calle José Lázaro Galdiano 4, près du Santiago Bernabeu, dont la porte est flanquée de deux colonnes avec les initiales « GLE » gravées sous le symbole de l’équerre et du compas imbriqués. Mais comment cette pratique a-t-elle traversé la Manche ? Comment est-elle arrivée et s’est répandue dans l’ Europe continentale? « Vecteur des lumières du XVIIIe siècle, support des idées d’avant-garde du XIXe siècle, le Grand Orient de France a joué un rôle important dans l’histoire de notre pays [en référence au voisin, bien sûr] », le livre explique’ Deux siècles et demi d’histoire du Grand Orient de France’ (Éditions Internationales du Patrimoine). « Aujourd’hui encore, les loges demeurent un lieu d’échange et de réflexion sur les défis de notre temps. Accueillant des sensibilités politiques et philosophiques diverses, le Grand Orient de France permet aux hommes et aux femmes de bonne volonté de se rencontrer et de travailler ensemble. Car, le Grand Orient de France est la plus ancienne observance maçonnique d’Europe et comptait il y a deux ans, 53 000 membres répartis dans plus de 1 300 loges.

Lorsque la franc-maçonnerie arrive en France en 1728, elle le fait par l’intermédiaire d’immigrants anglais, qui constituent les premières loges hors du monde anglo-saxon. L’ordre se limite alors à la Grande-Bretagne et à l’Amérique du Nord : George Washington, qui rejoint la Fredericksburg Lodge en Virginie en 1752 à tout juste vingt ans, fût l’une des premières grandes figures de la franc-maçonnerie, créant de nouvelles loges au sein de la l’armée et plus tard il prêtera serment en tant que président sur la bible de la loge de Saint-Jean à New York .

Les premières années de la Franc-maçonnerie en France sont complexes et sombres, sans beaucoup de documentation et sans une structure claire séparée des ramifications anglaises. Ce désordre qui disparaît en 1799 avec l’iunification forcée par Napoléon de toutes les loges françaises du Grand Orient, qui avaient été créées en 1773, par Louis Philippe Joseph d’Orléans, duc de Chartres, élu Grand Maître. Mais « l’élite administrative et la bourgeoisie locale » sont le principal substrat de la Franc-maçonnerie après la Révolution et les principaux postes seront occupés par des personnes issues du cercle rapproché du premier consul, comme Louis Bonaparte, les maréchaux Masséna et Murat ou le chancelier du Empire Jean-Jacques Régis de Cambacérès.

Au cours de ces deux siècles et demi, il est difficile d’énumérer tous les artistes, cinéastes et hommes politiques qui ont appartenu à une loge du Grand Orient de France : de Stendhal et Casanova à Ignace Joseph Guillotin, médecin, député et promoteur de l’usage des la guillotine et l’architecte et sculpteur Auguste Bartholdi, père de la Statue de la Liberté. Et aussi Jean Gris, qui a débuté dans la Loge Voltaire du Grand Orient, et est resté actif jusqu’à sa mort. Et, bien sûr, José Bonaparte , qui fut nommé Grand Maître du Grand Orient en 1804 et fondateur de la Grande Loge Nationale d’Espagne en 1809. Il est clair que l’histoire de l’Europe occidentale moderne a été intimement liée à la Franc-Maçonnerie. La Franc-maçonnerie était déjà apparue en Espagne au début du XVIIIe siècle, mais de la même manière désordonnée que lors de ses premiers pas en France: des immigrants anglais à Madrid fondèrent une petite loge appelée « La Matritense », rattachée à l’Angleterre, mais peu dynamique . La persécution par l’Église et la monarchie – en 1751, Ferdinand VI a publié un arrêté royal qui l’interdisait – et la précarité ont fait que les loges primitives ont une vie courte et sans importance. Ce n’est qu’à l’arrivée de Bonaparte que la Franc-maçonnerie s’implante réellement dans notre pays.

« J’ai constaté qu’avant 1809, l’époque où les Français ont formellement établi la Franc-Maçonnerie, en Espagne être maçon et être rien était la même chose . Et ne me dites pas que Carlos III, le comte d’Aranda, le comte de Campomanes et d’autres personnages célèbres étaient des francs-maçons, car comme je ne les ai jamais considérés comme des imbéciles, je présume que cette déclaration est née du zèle excessif de quelques chercheurs prosélytes qui, ne les trouvant pas dans l’histoire, réinventent dcelle-ci, ils iraient jusqu’à s’emparer du d’ Adam lui-même, s’ils le pouvaient », a écrit Galdósdans dans son quatrième roman de la deuxième série de ses Épisodes nationaux, intitulé précisément « El Grande Oriente ». Avec la chute de Bonaparte en 1814 et la Restauration, la Franc-Maçonnerie retourne aux ténèbres d’où, pendant quelques années, elle avait réussi à sortir et l’Inquisition déclenche une persécution comme jamais connue auparavant : la plupart des Francs-Maçons ont dû s’exiler du pays. Premièrement, pour avoir pris parti pour un gouvernement étranger, Et deuxièmement, pour avoir prôné l’existence d’un dieu, le Grand Architecte de l’Univers, qui n’était pas du goût de l’Église catholique. Pour cette raison, le Grand Orient National d’Espagne dut naître en exil, à Lisbonne, en 1834, et toute activité en Espagne continua à être totalement clandestine. Les Francs-maçons ont dû attendre plus de trois décennies jusqu’à ce que, en 1868, la révolution de Septembrina fasse tomber Isabelle II du trône et que la Franc-maçonnerie obtienne la légalisation. Mais jamais sans controverse et sans rapports de force entre certaines observances et d’autres. Comme s’il s’agissait d’un « croquis » des Monty Python, les nouvelles organisations qui ont émergé, la Gran Oriente de España et la Gran Oriente Nacional de España, se sont opposées jusqu’à ce qu’en 1889 le journaliste et historien Miguel Morayta frappe sur la table et les fusionne dans ce qui est aujourd’hui l’héritier de ce Grand Orient Français :le Grand Orient espagnol, la seule obédience historique qui continue de fonctionner aujourd’hui, après la parenthèse pendant le régime franquiste. Car, pendant la dictature, le discours officiel du régime vilipendait la Franc-maçonnerie, la qualifiant de nid de rouges vouée en permanence à conspirer contre l’Espagne.

Il était peu connu que Franco, fils et frère de francs-maçons, avait été rejeté à deux reprises comme candidat. Une fois, en tant que lieutenant-colonel, dans la loge ‘Lukus’ à Larache », écrit le journaliste Antonio Casado dans ce même journal . « Et une autre, déjà à l’époque de la République, par le veto de son propre père, Nicolás Franco. Cela explique sa haine épidermique de la Franc-maçonnerie et l’une de ses premières décisions en tant que commandant de toutes les forces rebelles en 1936 fût : ‘La Franc-maçonnerie et autres associations clandestines sont déclarées contraires à la loi. Tout militant qui y restera après la publication de cet édit sera considéré comme coupable du crime de rébellion. « Mieux connue est la loi pour la répression de la Franc-maçonnerie et du communisme, promulguée en mars 1940 « . Aujourd’hui, le Grand Orient Espagnol ne se cache pas. Son secret supposé l’est tellement qu’il dispose d’une page web dans laquelle il rend compte périodiquement de ses activités, explique ses différents rites et liste les conditions requises pour devenir membre de la loge qui est ouverte à toute personne qui le demande et qui est libre et de bonnes moeurs et croyant en un principe supérieur, c’est-à-dire en un Dieu, qui répond au nom du Grand Architecte de l’Univers. Les journaux couvrent leurs sommets mondiaux (en 2016, ils se sont rencontrés à Madrid) et les Grands Maîtres posent avec des visages ouverts et de larges sourires. Sont loin derrière nous, les persécutions et le mysticisme d’une association, dont il ne reste plus guère de mystère ni de légende, peu importe. Bien que sur les réseaux sociaux certains s’attachent à rechercher les rituels maçonniques et les codes secrets même sous les pierres.

Lire l’article original sur elconfidencial.com

USA : Découvrez le Superbe Temple maçonnique de Philadelphie

De notre confrère américain whyy.org

Ce temple maçonnique est un monument historique national et l’un des trésors architecturaux de Philadelphie. Le bâtiment situé au 1 North Broad Street sert de siège à la Grande Loge de Pennsylvanie et a l’apparence d’une structure d’un monde ancien. Immense et décoré, il attire des visiteurs du monde entier. Pourtant, beaucoup dans la région de Philadelphie ne l’ont jamais visité.

La Maçonnerie, connue sous le nom de Franc-maçonnerie, est considérée comme la plus ancienne organisation fraternelle au monde, faisant remonter ses origines aux anciens tailleurs de pierre. Elle accueille des personnes de tous horizons comme George Washington, Benjamin Franklin, Franklin D. Roosevelt, Winston Churchill, Richard Pryor, Jesse Jackson, Nat King Cole et Shaquille O’Neal.

La construction du temple a eu lieu entre 1868-1873 et a été conçu par l’un des plus grands architectes de Philadelphie de l’époque, James H. Windrim, qui a aussi construit l’Académie des sciences naturelles, Smith Memorial Playground & Playhouse, et le bâtiment principal de Hôpital universitaire Thomas Jefferson. L’intérieur du temple est l’œuvre de George Herzog, qui a entre autres réalisé l’Union League of Philadelphia, l’hôtel de ville de Philadelphie et le Girard College.

L’inauguration du bâtiment est antérieure à celle de l’hôtel de ville de Philadelphie, dont la construction n’a commencé qu’en 1871. À l’époque, la plupart des entreprises et les édiles de la ville étaient tous hébergés dans l’Independence Hall. L’hôtel de ville et le temple étaient caractéristiques d’une inspiration du style médiévale et sont devenus importants des symboles de l’histoire et du développement de Philadelphie.

Guides touristiques et architectes emmènent les visiteurs découvrir le temple et les coulisses de ce joyau architectural. Ils vous font visiter les sept loges du pavillon richement décorées, les importantes archives et leur musée et connaitre l’histoire des bâtiments typiques de l’architecture de l’Université de Pennsylvanie, Aaron Wunsch. Les Franc-maçons vous expliqueront ce que l’organisation signifie pour eux et pourquoi « Les secrets de la franc-maçonnerie » ne sont pas vaiment si secrets.

Accéder à l’article intégral sur le site de notre confrère américain whyy.org et surtout voir le vidéo reportage de 20 minutes.

Les gants sales comme des chaussettes

Vous qui voyagez souvent, il ne vous aura certainement pas échappé que dans de nombreuses Loges, un Frère enfile à chaque Tenue des gants plus sales que des chaussettes de SDF.

A ce propos, j’ai récemment appris qu’en Japonais, Karaté veut dire Kara=vide et Té=Mains, donc mains vides, sous entendu de mauvaises intentions bien entendu. On pourrait dire qu’en Franc-maçonnerie, les gants jouent un peu le même rôle. Les gants blancs sont signe de pureté et d’intentions de la même couleur. Mais alors, quelle est l’utilité d’arriver avec des gants sales comme des pieds ?

Pourrait-on imaginer qu’il s’agit d’un message pour nous informer que son porteur est courageux et actif, ce qui se traduit par la souillure sur ses mains ?

Je me demande si le problème ne vient pas tout simplement du lave-linge du Frère concerné ? Si tel est le cas, on craint bien évidement pour sa lingerie intime. Pourquoi son slip serait-il plus blanc que ses gants ?

Ou alors, il cache peut-être à son épouse son appartenance maçonnique, ce qui l’empêche de joindre ses gants à la tournée de linge hebdomadaire ?

Une autre hypothèse fait jour. Jusqu’au 18ème siècle, on disait qu’une jeune fille avait perdu son gant lorsque cette dernière avait offert  sa virginité à un homme. Alors je me pose une question : « Est-ce que le Frère au gant sale n’essaierait-il pas tout simplement de transmettre un message subliminal aux Sœurs en visite en les informant qu’il attend sa princesse depuis longtemps pour jeter sa gourme ? ».Ah tout cela est bien étrange car je crains de ne point en saisir le sens.

La Fontaine disait à ce propos :

« Mainte fille a perdu ses gants.
Et femme au retour s’est trouvée.
Qui ne sait la plupart du temps
Comme la chose est arrivée… »

Cela pourrait m’amener à poursuivre et à rajouter :

« Un Frère au gant noir sur sa colonne espérait.
Qu’une sœur vierge en visite le remarquerait
Tenue après Tenue les gants se salissaient
Faisant de la sorte que les Sœurs s’enfuyaient »

Car avouez quand même qu’on vient en Loge pour tailler sa Pierre, mais pas forcément pour tailler la bavette, surtout avec un cochon aux mains sales. Croyez-vous qu’une Obédience pourrait organiser une opération mains propres ou plutôt gants propres ? Ce serait une bonne idée ça. On pourrait aussi envisager de travailler en Loge avec des gants biodégradables. Après trois Tenues, les gants se dissolvent, forçant ainsi le malpropre à passer chez son marchand préféré pour renouveler son stock.

Les âmes sensibles bouchez-vous les oreilles. Avez-vous déjà imaginé que notre Frère goret se jette à table et passe directement de la Loge au repas sans passer par la case lavabo ? Déjà que la Chaine d’Union avait été un nid microbien pour contaminer toute la Loge, l’agape devient alors un Festnoz pour bactéries affamées.

Lorsqu’on va à la piscine, on passe tous par le Bac pédiluve pour des raisons d’hygiène, je me demande s’il ne faudra pas imposer la douche avant et après les Tenues pour certains Frères. Puisque nous sommes en recherche d’idées,

Vous qui voyagez souvent, il ne vous aura certainement pas échappé que, dans de nombreuses Loges, un Frère enfile à chaque Tenue des gants plus sales que des chaussettes de SDF.
Allez Bonne soirée à bientôt

AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX

Des marionnettes rebelles ? Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble.

L’angoisse primordiale
Des schizophrènes jusqu’à aujourd’hui

Le progrès du aux sciences dures rassure et permet d’éviter le miroir. Il rassure parce qu’il fait croire que l’Humanité a un sens et qu’il est protégé de la mort. Celle-ci est la mère de toutes les angoisses, prétend-on souvent. Vaincre la peur du départ organique est une chance ou un but. Mais nous ne nous en débarrassons jamais vraiment. Nous y mettons beaucoup de significations, avec les religions, les différentes autres croyances, les supputations sur le karma et les réincarnations.
S’y ajoutent depuis quelques décennies, les témoignages « objectifs » de la vie après la vie, les fameuses EMI ou Expériences de Mort Imminente. Elles sont décrites et cataloguées en premier par Raymond Moody, le long de vingt ans, d’observation du phénomène. Elles semblent, au dire des expérienceurs dissoudre l’angoisse de mort. Pour l’instant, l’Homme n’en est pas là. La mort est bien fidèle à son capuchon et à sa faux. Plus encore, elle serait une composante narquoise ou amère des angoisses qui nous habitent, nous agitent. Elle dérange ; alors aujourd’hui elle commence à être vécue comme une maladie à échéance toujours plus lointaine. Je ne crois pas que si nous vivions 150 ans, plus même, le lit des angoisses de notre psychisme serait soigneusement replié au carré.
Le plus commode pour rester en état de santé est de muter l’angoisse primordiale. Pour ce faire, nous inventons sans cesse des dangers imaginaires que nous nous imaginons pouvoir combattre. S’installe alors des repoussoirs de craintes et nous affirmons la dangerosité dont nous nous sentons victimes : aujourd’hui, le redéploiement d’une théorie du complot, ainsi nommée par crainte de l’appeler par son nom exact, la paranoïa. Les traits de caractère qui caractérise cette névrose, sous des formes individuelles et collectives, nous font sauter comme des pantins apeurés. Alors « le principe de précaution » fait florès pour un oui, pour un non. Ce qui ne veut pas caviarder l’utilité d’une telle névrose si bien partagée : c’est un moyen d’être en permanence sur ses gardes pour prévenir tout danger. Le code de la route est une mise en œuvre de l’utilité de cette disposition psychique. L’état de santé du monde réclame donc un minimum de tendances paranoïdes pour parer à tous risques dangereux pour la société. Les guerres sont souvent fondées sur la paranoïa justifiée par ses porteurs Même ritournelle pour ce principe de précaution, si envahissant actuellement ; souvent pour notre plus grand bien.

Méfiance, parades, déplacements… Voici une citation : « Les gens vivent, sur une plaie quasi métaphysique, dans une angoisse constante du cancer, des infections, des accidents de voiture, des nourritures de mauvaise qualité, de l’air vicié… la liste est infinie. Et cette angoisse latente face aux dangers de la vie n’est certainement pas sans effet sur la qualité de vie de l’homme total. Parfois les précautions, souvent devenues obligatoires, sont plus restrictives et fastidieuses que le danger encouru. Vaut-il mieux supprimer tous les fromages au lait cru, ou risquer une gastro-entérite, voire une listériose de temps en temps ? Qu’est-ce qui est plus nuisible à ce fameux homme total, manger une nourriture insipide ou avoir, peut-être, mal au ventre pendant quelques jours ? Nous sommes maintenus, avec la lourdeur excessive du principe de précaution, en état de peur ». Le principe de précaution renforce la dépendance aux angoisses. Il pourrait être le socle où s’érigent les dictatures avec les lois liberticides, au nom de la sécurité du peuple. La chanson est connue, avec le communisme. Et est toujours fredonnable par les humains. Quelque soient les masques sociaux.
Un exemple mondial récent exprime fort clairement comment l’angoisse primordiale peut être réveillée, avec tous les justificatifs prétendus rationnels, pour montrer que nous ne sommes surtout pas les humanimaux d’une meute en proie à une menace réelle mais, à ce jour, très mineure : le coronavirus.
Parcourons trois points d’analyse éthologique :
• D’abord, il est naturel qu’une espèce, quand elle prolifère, soit la victime d’épizootie ; soit, dans le langage des seigneurs, une épidémie ou mieux une pandémie qui fait encore plus trembler. Inutile de pointer le nombre d’enfants qui meurent chaque jour de faim ou de violence, 22 000 ! Nous ne nous sentons pas concernés. Mais quand les professeurs de médecine, en chœur, affirment que le virus va faire des milliers de morts soit quatorze jours de morts d’enfants, rien ne bouge dans nos consciences. Car, là, nous nous sentons, objectivement, menacés.
• Ensuite parce que vivre ensemble une psychose hystérique ressoude nos liens et apporte une jouissance secrète, surtout non avouée, celle de l’instinct grégaire. Pas question de remettre en cause les mesures déferlantes de la prévention ; mais je ne puis m’empêcher d’observer le comportements de mes sœurs et frères humanimaux. Le syndrome de l’accident : ce qui touche le groupe, c’est ce qui est proche. Au fur et à mesure que le danger s’éloigne géographiquement, il devint moins menaçant, indépendamment de sa gravité réelle et statistique. Songeons, un seul instant au nombre de décès annuels dus à la grippe, soit 8 à 10 000 victimes, en France. Comparons ce nombre avec celui des victimes du virus, à ce jour, environ 7000. Avec une contagiosité bien plus élevé pour le coronavirus. Que penser alors de notre panique devant un danger, à ce jour, bien moindre ? J’ose aller plus loin. Comment, sous le seul regard de la statistique, pouvons-nous admettre, sans frémir et au milieu de notre gaspillage effréné la statistique suivante : toutes les onze secondes, un enfant meurt de faim dans le monde ? J’entends alors : « Mais tu confonds tout ; ce n’est pas du tout pareil… Tu mélanges causes et conséquences…D’ailleurs quelles sont tes sources car ces chiffres sont discutables…» Soit ! je me tais.
• À voir, enfin, si cette épidémie n’est pas un des premiers symptômes d’un monde fiévreux, qui se précipite dans la déliquescence. L’effondrement, prédit par le GIEC, commencerait-il ainsi ? L’avenir le dira.

Il est temps, maintenant, d’envisager un début de remédiation, sans trop se focaliser sur l’irruption de l’effondrement. Assainir nos désirs de compétition et développer ceux qui nous poussent, en tout spontanéité animale, vers la coopération, toutes deux naturelles à l’humain. En cette évolution la raison qui nous enorgueillit tant, n’est au fond que déploration et prétexte de camouflage. Pour autant notre conscience est, elle, un fort puissant levier de compréhension d’abord, puis un support de notre quête biophile. Qu’est-ce à dire ? La biophilie est l’amour du vivant et au-delà de la nature, dans une relation apaisée d’attachement et d’inclusion. La fraternité caracole avec elle, comme l’affirme cette phrase : Nous aimerons de plus en plus… « … développer leurs pulsions empathiques innées et leurs liens biophiliques, qui comprend l’ensemble de nos frères humains mais aussi les autres vivants ». La biophilie est un passage obligé, selon moi, dans la quête de l’UN, ce symbole époustouflant !

Pour mieux caractériser l’état de santé du monde enflammé par l’Homme, nous manquons souvent de vocabulaire pour décrire la situation Aussi je me permettrai d’user inévitablement de néologismes, seuls à même de qualifier ledit état sanitaire. Déjà, nous disposons de deux termes créés par Michael Balint, Ils sont tout à fait susceptibles de nous faire avancer dans notre palpation du pouls du monde :
• L’ «ocnophile », est celui qui a toujours besoin de se cramponner à ses objets : à quelque chose ou à quelqu’un. Il ne peut lâcher un objet que pour en agripper un autre. Les grands espaces lui font peur. Les ocnophiles cherchent leurs racines. Ils ne sentent pas citoyens du monde.
• L’autre type, c’est le « philobate ». Il aime les grands espaces et redoutent les objets, ressentis comme malveillants, qui pourraient faire obstacle à sa liberté de mouvement. Les seuls objets qu’il apprécie, ce sont ceux qui forment son équipement et qu’il peut emporter facilement avec lui où qu’ils aillent. Les philobates aiment être des citoyens du monde.

Jusque-là, la distinction est simple. Mais la santé du monde n’est pas préservée pour autant. En voici les raisons : nous sommes de plus en plus des ocnophiles auxquels on fait croire qu’ils sont des philobates. Pointent les schizophrènes qui souffrent dans le silence des étouffades. Bien sûr, l’idée de « village global » de Marshall Mac Luhan serait peut-être à même de réconcilier les deux antagonistes. Est-ce envisageable pour les temps qui viennent, de recouvrer la santé déchirée ? Ma réponse : la forte tendance qui va encore et encore s’amplifier, de recourir aux pratiques, méthodes de développement personnel ouvrent une porte chantante. Car ces manières de vivre, adoubées de quête spirituelle, répondent aux grandes oubliées de notre santé collective. Enfin écouter croître en soi, le sens, celui de sa vie, de celles des autres, de la vie. Voilà donc une remédiation espérée de l’état de santé en dangerosité, du monde. Nous sommes loin des fourches caudines, brutales sous leur apparence doucereuse, de cet hyper-capitalisme qui donne la fièvre.

Oui, certes, nous le coinçons, ce virus, l’angoisse primordiale dont l’humain ne s’est jamais guéri. Mais il faut aller plus loin pour traiter au mieux tous les autres microbes logés au cœur de l’Homme. Dernier pouls, celui de la lumière sur nous-mêmes. Qui sommes-nous donc, et comment nous organisons-nous en une meute acceptée, dans l’ignorance, par presque tous ?