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« Un homme qui veut être franc-maçon ne peut pas être un fanatique, c’est même le contraire. La franc-maçonnerie est l’antisecte »

De notre confrère espagnol tribunasalamanca.com

Brenno Ambrosini préside la seule loge maçonnique de Salamanque, Sapientia-Ars Vivendi nº 87. Il explique que la base de la franc-maçonnerie est la tolérance envers les idées des autres et rejette les faux mythes l’entourant : « ceux qui affirment certaines choses, comme celles de groupes de pouvoir, je leur dis venez, restez un an et après parlez-en ! »

Brenno Ambrosini préside la loge maçonnique Sapientia-Ars Vivendi n° 87 à Salamanque, la seule Loge de ce type dans la ville.

– Comment est née l’idée d’installer une loge à Salamanque ?

– Celle-ci vient d’une loge à Madrid, il y a plus de cinq ans. Il a fallu d’abord demander à une obédience, puis d’être un certain nombre de frères… et il nous a semblé que Salamanque était un bon endroit précisément à cause des références qu’il y avait dans le passé. C’est une ville universitaire importante, historique, où le savoir peut mieux fusionner avec la sagesse, avec deux universités… Nous avons pensé qu’il était très intéressant d’essayer de former une loge, nous avons réussi et je dirais que c’est par le fait de l’humanisme qu’implique la franc-maçonnerie, le savoir.. Il existe un lien entre de nombreux intérêts dans le domaine de la connaissance. Et parce qu’il y avait des gens comme moi liés à la ville, au travail, à l’université…

– L’origine de la loge remonte à plus de cinq ans. Quelle a été l’expérience jusqu’à présent ?

– La vérité est que le problème de la Covid a tout bousculé. Cela fait quelques mois pourtant, nous en souffrons encore. En peu de temps, nous sommes passés d’un groupe de trois personnes à 15 et maintenant, nous sommes une vingtaine . Nous essayons depuis de nous retrouver deux fois par mois. 

– Êtes-vous basés à Salamanque ? 

– Actuellement non, pas encore. Nous recherchons activement. On se réunit dans des temples que nous louons… Nous espérons pour le printemps ou au plus tard à l’automne avoir notre propre temple.

– Y a-t-il plus de loges en Castille-et-León ?

– Je parle pour les loges mixtes de la GLSE (Grande Loge Symbolique Espagnole). Il y a une obédience en Espagne, reconnue par la Grande Unie d’Angleterre, qui est masculine. Je peux vous parler du GLSE qui, elle, est mixte. Il y en a une à Valladolid depuis de nombreuses années. Parmi les autres obédiences, je sais qu’à Valladolid, il y en a aussi une masculine. À Salamanque, il y en avait, mais je ne sais pas s’ils fonctionnent toujours. Dans les autres villes, il n’y en a pas. 

«La tolérance est une composante fondamentale. Que faut-il pour être franc-maçon ? Pour être franc-maçon, il faut être tolérant»

– Que faut-il pour être franc-maçon ?

– Comme écrit dans les constitutions d’Anderson (texte fondateur de la franc-maçonnerie moderne) : être libre et être de bonnes mœurs. Il s’agit d’une partie du mystère qui entoure la franc-maçonnerie et je ne sais pas dans quelle mesure c’est vrai ou faux. Je le résumerais avec le titre d’un livre de  Pedro Álvarez , un professeur universitaire jésuite, qui a étudié à fond la franc-maçonnerie et le krausisme (Courant de pensée juridique et politique majeur en Espagne, au Portugal et en Belgique) : c’est une école de formation citoyenne. Les gens croient que la franc-maçonnerie est une chose très mystérieuse, car de temps en temps il nous voit en photos avec des tabliers et entendent des histoires. Je ne sais pas s’ils pensent que nous sacrifions des chèvres. La vérité est beaucoup plus simple : un groupe de personnes ayant des intérêts différents qui progressent précisément en étant en contact avec des personnes qui ont d’autres intérêts et d’autres points de vue.

Dans ma loge il y a des gens de toutes confessions et de tout l’ éventail politique. Mais bien sûr, si je me réunis avec des gens qui pensent comme moi, avec le même point de vue politique ou qui ont la même confession, on ne s’améliore pas beaucoup. Au sein de ces groupes, je ne parle pas seulement de celui auquel j’appartiens, dans lequel il y a un contact constant avec des gens qui pensent différemment. Mais en même temps chacun est régi par un rituel extrêmement respectueux des personnes. On commence à ouvrir son esprit et on peut communiquer ses impressions et ses idées, les partager et en discuter, et on accepte celles des autres. La tolérance est un élément fondamental. Que faut-il pour être maçon ? Pour être franc-maçon il faut être tolérant, libre, croire aux valeurs fondamentales de l’Humanité, être respectueux des lois… il faut être de bonnes personnes pour l’être davantage. Dans presque toutes les loges on retrouve tout l’éventail politique et le plus normal c’est que l’on se retrouve d’un athée à un catholique, un juif, un musulman, un agnostique…

– Quels événements publics la loge organise-t-elle ?

– Beaucoup sont focalisés du point de vue historique, autour de la Franc-Maçonnerie… Nous ne nous en tenons pas qu’à la franc-maçonnerie, nous essayons de couvrir tous les domaines du savoir. Nous avons fait des réunions sur l’environnement, le mysticisme, l’Europe et ce qu’elle peut faire pour les jeunes… nous ne nous mêlons jamais de politique et de religion. Nous essayons de couvrir tous les domaines. Nous nous intéressons à tout. Nous apprenons de tout et nous nous intéressons à tout.

– Franco a persécuté la franc-maçonnerie pendant des décennies et cela continue encore aujourd’hui à véhiculer une image de secret, de dissimulation… Cette image est-elle un héritage de cette répression ?

– Peut-être. Dans les générations plus âgées, ce substrat demeure. La campagne contre la franc-maçonnerie était très grande. En fin de compte, au cours de ces 40 années, cinq fois plus de personnes ont été reconnues coupables d’être francs-maçons que les véritables maçons. La franc-maçonnerie était le prétexte.

Chez les jeunes, soit ils ne sont pas intéressés, soit il n’y a pas de type de rejet a priori. Dans nos loges, nous avons des personnes très jeunes. Les gens pensent que c’est un monde de retraités et de personnes âgées qui n’ont rien à faire. Dans notre loge, nous avons des personnes qui sont entrées à l’âge de 20 ans et qui ont maintenant 23-24 ans. Il y a de tout et c’est une façon, et ils l’ont compris, de s’améliorer, de devenir une meilleure personne. Je pense que les jeunes devraient mieux comprendre ce qu’est vraiment cette forme de coexistence.

– Vous ne faites pas de prosélytisme ?

– C’est interdit. Si quelqu’un est intéressé par la Franc-maçonnerie, nous lui présentons, mais nous n’allons pas lui promettre monts et merveilles, s’il nous rejoint. Par nos règlements, nous l’avons interdit.

– Avez-vous vu la reconstitution d’une loge au Centre de Documentation de la Mémoire Historique ?

à plusieurs reprises.

« Je ne comprends toujours pas comment une personne (Franco) a pu en vouloir autant à une association de libres penseurs, sachant que son frère était un franc-maçon relativement important et que lui même voulait y entrer »

– Qu’est-ce que vous en pensez ?

– J’essaie de penser à quoi cela pourrait ressembler pour quelqu’un qui y va et qui ne connaît rien à la franc-maçonnerie : cela donne envie de fuir. C’est absurde. Tout est fait avec des parties extraites de vraies loges… mais lorsque l’on voit les trois capes, on recule, comme pour ce squelette suspendu. Du point de vue maçonnique c’est aussi un désastre car cela mélange tous les degrés qui existe. C’est une fou.

Je ne comprends toujours pas comment une personne (Francisco Franco) a pu en vouloir autant à la Franc-maçonnerie et utiliser les armes de l’Église catholique pour « dissoudre » une association de libres penseurs et y réussir, sachant que son frère (Ramón Franco) était un franc-maçon relativement important en plus d’être un bon aviateur, et que lui-même voulait y entrer… Je ne sais pas s’il voulait entrer pour savoir ce qui se passait là -dedans ou s’il pensait que c’était un groupe puissant.

– Le sont-ils ?

– Nous ne sommes pas un lobby, au sein de la loge il y a un professeur d’université, un retraité, un livreur, un jardinier… nous sommes des gens de toutes catégories sociales, croyances et idéologies.

« En Espagne, il y a encore très peu de francs-maçons, 4 000 ou 5 000. En France, le Grand Orient de France à lui seul en compte 45 000 »

– Dans d’autres pays, cela ne se passe pas comme en Espagne. Des responsables politiques reconnaissent être des maçons.

– Et ils le mettent dans leur CV, justement parce que dans certains pays, pour être franc-maçon il faut répondre à certaines exigences, comme être honnête, parce que si tu ne l’es pas, ils te vireront de la loge. Il faut toujours être honnête,  non pas qu’avec les membres de la loge, mais avec la société. Ensuite, comme dans tout groupe de personnes, il y a de tout. Nous ne sommes pas des saints, nous sommes toujours des hommes et des femmes avec nos vices et nos vertus, mais une autre chose est que nous essayons de supprimer les vices et d’amplifier les vertus.

En Espagne, il y a encore très peu de maçons . Nous sommes peu nombreux. Au total, parmi toutes les obédiences, je ne sais pas si nous sommes 4 000 ou 5 000. En France , le Grand Orient de France à lui seule en compte 45 000. Il y en a environ 200 000 dans toute la France. En Italie , une obédience en compte plus de 20 000 et il en existe d’autres plus petites. Peut-être aussi à cause de nos personnalités, peut-être devons-nous faire table rase du passé parce que nous pensons toujours à eux et nous faisons du harakiri. Voyez le caractère espagnol et voyez comment vous pouvez faire table rase et être capable de travailler.

– On disait que les francs-maçons étaient derrière le pouvoir, que c’étaient eux qui conseillaient les rois…

– Il y aura sûrement eu des francs-maçons auprès des conseillers et des rois. Cela fait de nombreuses années, mais cela me fait rire de penser que la franc-maçonnerie est une sorte d’entité qui influence : la Révolution française ? franc-maçonnerie; la révolution je ne sais où ? La franc-maçonnerie… si justement nous entrons en franc-maçonnerie pour ouvrir notre esprit. Il se peut qu’il y ait eu des francs-maçons qui ont collaboré à cette révolution, mais aussi à l’extrême opposé, car c’est une décision libre. Et quand vous sortez de la loge ou de la réunion, vous êtes la même personne.

La loge est l’environnement de travail pour ouvrir davantage les esprits et rendre notre pensée aussi libre et objective que possible, en éliminant la subjectivité des passions, comme une croyance ou une idéologie. Un homme qui veut être maçon ne peut pas être un fanatique. C’est une contradiction. La franc-maçonnerie est antisecte. Dans les sectes vous avez un dogme et une pensée unique. C’est l’antisecte : quand quelqu’un vous dit quelque chose vous pensez et doutez. ceux qui affirment certaines choses comme celles que nous serions des groupes de pouvoir, Je leur dis venez, restez un an et après parlez-en ».

« Mon espoir est que la loge de Salamanque s’ouvre et pas seulement chez les jeunes, mais aussi versles étudiants universitaires. Garder les yeux ouverts, quand vous entendez quelque chose que vous ne savez pas, est fondamental et je vois que les jeunes ne l’ont pas, ou du moins pas assez »

– Après cinq ans de travail à Salamanque, quel avenir attend la loge ?

– Comme toutes choses, lorsque vous les créez, vous y mettez beaucoup de force et elles s’épanouissent. L’heure est à la stabilité. Petit à petit, j’espère que d’autres membres se joindront à nous. Je pense que maintenant elle doit vraiment prendre racine. Et j’espère que ça va faire son chemin chez les jeunes , parce que ce sont eux qui décideront plus tard. C’est une façon de se former dans un environnement tolérant et ouvert pour pouvoir raisonner, en plus de la question de la fraternité. Le mythe du lobby vient de là : puisqu’on est tous frères, nous en entraidons, je ne vois pas d’autre raison.

  • Mon espoir est que la loge de Salamanque s’ouvre et pas seulement chez les jeunes, mais aussi versles étudiants universitaires. Garder les yeux ouverts, quand vous entendez quelque chose que vous ne savez pas, est fondamental et je vois que les jeunes ne l’ont pas, ou du moins pas assez

    Les carrières sont si spécialisées et canalisées avec des compétences pointues. On perd tout l’humanisme et la connaissance, même légère, des autres domaines du savoir. Sans ses autres champs de savoir qui font que tu créées des liens dans ta vie et que tu ne sois pas seulement le meilleur ingénieur ou quoi que ce soit d’autres. Si tu es le meilleur dans ton domaine mais que tu ne sais rien faire d’autre.. Dans la vie, si tu dois prendre des décisions et savoir agir, je pense que cet humanisme est fondamental.’. Espérons que les jeunes universitaires savent que la franc– maçonnerie est une école de formation citoyenne.

– Comment les gens réagissent-ils lorsqu’ils vous rencontrent et savent que vous êtes franc-maçon ?

– Cela dépend du type de personnes. Je pense pouvoir compter sur les doigts d’une main, les amis à qui j’ai dit que j’étais franc-maçon et qui évitent d’en parler parce qu’ils n’aiment pas ça. C’est deux ou trois. La plupart des autres ouvrent grand les yeux et me demandent si ça existe. La plupart disent très bien, tu m’expliqueras… naturellement . C’est identique avec les collègues de travail : ceux qui sont intéressés me demandent et ceux qui ne le font pas, c’est comme si j’étais membre d’un club de golf. Je n’ai pas été ostracisé.

*Le krausisme est une doctrine nommée d’après le philosophe allemand Karl Christian Friedrich Krause (1781-1832) qui prône la tolérance doctrinale et la liberté académique du dogme.

GLMF – Les femmes méritent mieux qu’une journée

Pour la Grande Loge Mixte de France, les droits des femmes sont un combat de tous les instants et ne sauraient être réduits à une journée événement.

Comme tous les ans, le 8 mars est l’occasion de rappeler l’importance de la lutte pour les droits des femmes à travers le monde. Sans remettre en cause l’importance de cette date pour marquer les esprits, cette journée ne doit pas faire oublier que cette lutte se joue tous les jours de l’année depuis des décennies.

Sur 1,3 milliards de personnes vivant dans la pauvreté, 70% sont des femmes et on estime que 736 millions de femmes ont subi des violences ou agressions sexuelles sans parler des comportements machistes du quotidien.

Le conflit armé qui vient d’éclater entre la Russie et l’Ukraine, met en lumière la terrible condition des femmes et des enfants qui subissent les violences et le déchirement de l’exil partout dans le monde.

La solidarité des femmes n’est pas un vain mot, la défense des droits des femmes est universelle même en temps de guerre.

Je tiens à rendre hommage et à mettre en lumière le combat quotidien, trois-cent-soixante-cinq jours par an, que mènent les associations et toutes les militantes anonymes contre les inégalités, contre les violences faites aux femmes et pour l’émancipation des femmes face aux extrémismes partout dans le monde et parfois au péril de leur vie.

Christiane Vienne,

Grand Maître de la Grande Loge Mixte de France

Communiqué de Presse de la Grande Loge Féminine de France

Journée internationale des droits des femmes au milieu des combats

En cette Journée internationale des Droits des femmes, la Grande Loge Féminine de France tient à manifester sa solidarité avec les femmes ukrainiennes et toutes les femmes du monde qui luttent pour l’égalité, la liberté, la paix, en soutenant leur combat et leur engagement.


Plus que jamais la résolution 1325, adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU le 31 octobre 2000, est de circonstance quand elle « réaffirme le rôle important que les femmes jouent dans la prévention et le règlement des conflits, et dans la consolidation de la Paix » et demande « instamment de faire en sorte que les femmes soient davantage représentées à tous les niveaux de prise de décision, dans les institutions et mécanismes nationaux, régionaux et internationaux, pour la prévention, la gestion et le règlement des différends ».

Dans le contexte actuel, ces mots résonnent avec force , même s’ils paraissent dérisoires devant les longues files de femmes et d’enfants qui fuient la guerre, ou face à l’image de celles et ceux qui restent, terrés dans des abris de fortune, encerclés, bientôt coupés du monde et de toute aide humanitaire.

Les espoirs d’un monde en paix sont régulièrement piétinés par de nouvelles guerres et de nouvelles violences contre les peuples. Après l’Afghanistan, c’est l’Ukraine qui devient une terre de conflits, de sanglantes répressions et de folie meurtrière. Alors que les droits les plus élémentaires de Liberté et de Démocratie sont bafoués avec arrogance, les femmes seront, ici comme ailleurs, les premières à subir le reniement de leurs droits et à souffrir. Ne l’oublions jamais !

Contact presse : communication@glff.org

Liberté, ÉGALITÉ, fraternité

Le triptyque maçonnique fluet et désuet

Que claquent les mains dans la joie superficielle et tonitruante de la triple devise. Avec l’ornement médian de l’Égalité ! Mais au-delà du plaisir de résonner ensemble, est-il bien sûr que l’Ordre soit une organisation, un lieu, des valeurs qui illustrent cette Égalité ? En bref, la pratique maçonnique est-elle en accord concret avec la noble déclamation ? Je ne crois pas du tout. J’estime même que les francs-maçons sont entrainés à vivre l’inégalité, sans la moindre conscience. Et que, ce faisant, ils sont loin de devenir des militants de cette Égalité Ce formatage ne saute pas aux yeux. Je te propose donc une argumentation, que je crois justificatrice de mon assertion. Tu jugeras, en prenant le recul nécessaire, éloigné-e de tes convictions vissées en toi. Et du brouillard trompeur de tes émotions rituelles.

Symbolisme oblige, l’affaire sera dépouillée en trois points : Les obédiences et leurs prétentions ; la tenue tant dans la couverture de son espace que dans sa structure jamais étudiée ; les conséquences sur la qualité de ses membres, les candidats, les Sœurs. Je prétendrai que la pédagogie maçonnique mérite le mitard. Parce que l’Ordre, aux yeux de solides Frères, Oswald Wirth en tête, est une « spiritualité pour agir » comme j’aime à le dire. Les Lumières, la Révolution, et les bouffissures humanistes sans atterrissage, ça suffit !

La fameuse Tradition (majuscule svp !) est toujours et encore brodée des oripeaux érudits et historiques auto-justificateurs. La tradition maçonnique n’a que faire des planches savantes et des remugles du passé. Elle vise, c’est son génie, du moins dans les rites de style français, à trébucher sur le pont des symboles ancrés en soi, en l’humain… Puis, sur l’autre rive, devenir peu à peu un artisan discret et solide, ouvrier des mutations utiles de sauvetage de la société. Cela ne suffira pas. Les Maçons, entre autres sont amenés à aller plus loin, plus haut. Et avec l’effondrement annoncé (Club de Rome, GIEC…) de la planète, aux prémices évidentes, les francs-maçons ont un boulot colossal. S’ils survivent, ils pourraient bien esquisser des ébauches d’une écologie frétillante. L’Égalité, pas celle de la bien-pensance mais celle qui sauve les 10 000 enfants qui meurent chaque jour de faim et de malnutrition. Au revoir la pédagogie maçonnique de grand papa. Bonjour la maçonnerie égalitaire, non point dans ce qu’elle prétend mais dans ce qu’elle est capable, je le crois fermement, de trouver dans ses arcanes et ses désirs réalistes de réforme, une réponse qui contribuera à sauver les lendemains.

C’est bien là que se pose le triple questionnement d’une transmission dépassée, allongée sur un lit d’espoir. Trois points ? Allons-y !

 D’abord l’organisation de l’Ordre, partout dans le monde : les obédiences qui portent si bien l’étymologie de leur dénomination : obéir. La plus grande inégalité les oppose, entre celles qui se disent relever de l’histoire et les nouvelles, qui se prétendent plus authentiques, nimbées des retrouvailles avec un passé de pacotille. Que quelles soient elles donnent le ton de l’obéissance voire de la soumission. Les loges obéissent dans une inégalité de dépendance acceptée et justifiée : il faut bien de l’ordre : les Chambres, les Comités, les Conseils de l’ordre auto justifiés vont plus loin, dans les grandes obédiences ; et les inégalités de pouvoir sont affirmées avec des régions, des provinces, des territoires…Vite, oublions demain ces constructions ubuesques fomentées par les désirs de pouvoir. Vivent les réseaux de loges, indépendantes et reliées. Elles partagent les mêmes valeurs, la même conviction d’une spiritualité pout agir. Il en existe déjà quatre ou cinq dans notre pays. Elles se portent bien

Et nulle n’est tributaire des autres dans son fonctionnement au sens le plus large. Certaines ont même le culot d’inventer des séquences rituelles ! Ce n’est plus l’obédience qui fait, par la voix du Grand Maître de grandes déclarations humanitaires et indignées à cause Des malheurs du monde ; Les loge libres, indépendantes s’attellent à la tâche ; les comités de soutien agissent. Et là la maçonnerie anglo-saxonne avec ses faiblesses rituelles (par rapport aux nôtres) vit des réalités clubistes. Elles, bien ancrées et efficaces. J’explique tout cela dans mon dernier livre ‘Plaidoyer pour la survie de la franc-maçonnerie ». Voilà bien l’Égalité, celles des dignités et des engagements concrets, audibles et palpables. Ces loges, pour mener à bien leurs engagements peuvent regrouper des comités de soutien. Note que ce concept est déjà décrit dans une grande obédience, L’Égalité commence à poindre comme plusieurs trouvailles que l’on trouve ici et là et qui préfigurent l’avenir. L’Ordre a des ressources, des essais, des prémonitions, isolées certes mais qui entonnent les chants initiatiques futurs.

Doucement, nous renouons avec les traditions ; je veux dire des manières de vivre en dehors des organisations obédientielles ; Les loges indépendantes, en réseaux, n’évoquent-elles pas le renouveau des communautés urbaines ou agrestes ( 500 environ en Occident) ? L’égalité y est de mise Elle est le germe de l’échange, de l’affection, de la liberté et du respect de l’autre. Bref d’une vie en petits groupes qui respirent la chaleur, la joie et les tâches imbibées d’ Égalité. Chacun-e est ainsi égal aux autres. L’émission de télévision, Des racines et des ailes chante souvent la vie harmonieuse de ces villages qui renaissent. `

Nos loges ne seraient-elles pas prêtes à vivre ainsi ? Celles qui sont indépendantes, déjà ; pourtant les autres, dans les obédiences, ont en elles les graines de l’Égalité. Germeront-elles ? Je l’espère ! Mais les structures de pensée universelles bloquent sauvagement mais en loucedé les rites et soumettent les tenues, en toute inégalité. Quel est donc ce frein qui nous rend ainsi ? Chez les humains presque partout. La franc-maçonnerie, en particulier, doit, pour son avenir, prendre conscience de sa soumission au mode de pensée assassin de l’Égalité.

Pas un endroit, un enseignement, une organisation, quelle que soit sa vocation, qui ne se plie au diktat de la pyramide : en haut, le pouvoir qui s’émiette au fur et à mesure que l’on dévale sur ses flancs. Des dictatures aux démocraties, des riches qui font plier les pauvres et in fine les planches souvent aux relents universitaires. La constatation, au fond est banale, transmise dans les deux mots : « dominant-dominé » 

Partout l’organisation pyramidale confortent les degrés, l’existence des officiers qui dirigent et souvent, la manière de s’exprimer des membres de la loge ; Toujours la pyramide du pouvoir ! cette manière de vivre le fonctionnement de la meute humaine, définit la composition des rites et le vécu des tenues. Soyons impertinent : le grand symbole de notre Ordre n’est-il pas, un triangle, avatar graphique de la pyramide ? Notre désir d’Égalité que nous clamions, se dessèche dans cette manière de vivre ensemble.

Vue de près, la franc-maçonnerie adopte, sans ambages et avec une rare conscience, sa soumission à l’organisation pyramidale. Pourtant, peut- être que l’avenir qui va nous bouleverser va réveiller notre attention. Pour trouver d’autres voies que le diktat de la pyramide. A l’école, au travail, dans les loisirs donc dans nos rites et nos tenues, vivons différemment l’harmonie égalitaire. Mais là, nous ne sommes pas prêts. Pourtant rappelle-toi : nous nous voulons des « maçons libres dans une loge libre » ? Apparemment, peut-être pour les moins observateurs, trop ancrés dans la relation universelle, de la domination-soumission. D’ailleurs quand les soumis se rebellent, c’est pour imposer une autre hiérarchie de pouvoir. Quelques essais, à contre-courant de la nature humaine ont essayé de vivre la société autrement. J’ai évoqué plus haut les communautés actuelles, en partie héritières de mai 68. Avec l’anarchie en étendard. Son père, Joseph Proudhon harangua avec cette belle définition : « L’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir ». Mais cela fait tellement peur de quitter notre native relation pyramidale que l’anarchie est devenue un vocable chargé de mépris et de ridicule.

Mais je t’entends, toi qui lis ces lignes : « Justement, la franc-maçonnerie échappe à cette construction » Je ne le crois pas du tout et, dans le sens de cet article, je crois même qu’avec douceur, falbalas et une fermeté cachée et puissante, elle renforce chez ses adeptes la soumission, qui apporte tant de confort. Rappelle-toi : les titres pompeux, les fioritures des décors portés avec gloriole, la construction sociale

et nos valeurs de dominants: des apprentis, tout en bas et les maîtres en haut. Mais ce n’est pas assez, et nous prolongeons la loge bleue par des degrés appelés, note-le, « supérieurs ». Participent en outre à= ce conditionnement, la disposition même de l’espace : une salle en longueur, serrée dans des murs droits. Et des estrades pour ceux qui détiennent le pouvoir. On objectera : « Peut-être mais cela marche bien comme ça et partout, depuis des siècles. » Alors, changer, mais pourquoi ?

 Je ne reviendrai pas sur les loges indépendantes ni sur celle, disséminées qui osent l’anarchie dans le souffle transmis par nos frères Francisco Ferrer et Léo Campion si bien connu dans les années 70-90 ; Léo Campion braillait sans sourciller : » La dictature est une forme autoritaire de la démocratie dans laquelle tout ce qui n’est pas obligatoire est interdit. » ;Et je n’évoquerai pas la discipline de nos tenues, par exemple dans la prise de parole. Non point qu’elle ne soit de mise, mais parce qu’elle durcit encore la leçon dominant/dominé.

Mais ne pourrions-nous pas nous transformer dans cet effondrement planétaire qui est annonce ? Je crois que le pari est audacieux et quasi grotesque tant il parait irréaliste. Mais pas impossible pour les personnes éprises d’égalité, nous, en particulier. Mais pour ce faire, il faut descendre en nous et ne pas nous chicaner sur les comparaisons entre les systèmes politiques, les choix économiques, les tissus d’idéaux et de valeurs affichée… Laissons de côté les psychologies, sociologies ; descendons encore et allons, dans une audace incroyable jusqu’à l’éthologie. Là peut être comprendrons nous le pourquoi de la pyramide du pouvoir. Et alors, enfin, qui sait, changer avec labeur, et lourdeur notre manière de vivre depuis les 400 000 ans que nous existons. Alors nous pourrions nous joindre à la foule grossissante de celles et ceux qui refusent l’étendue de la domination-soumission.

L’éthologie est une science qui a pour but d’observer les comportements animaux dont les 8 milliards de prédateurs humains font partie. Science mal vue et peu clamée : ne détruit-elle pas cette insupportable anthropocentrisme qui nous posent, avec une insolence folle, comme maîtres de la création. Pour l’éthologie, ; nous somment comme l’a écrit joliment le frère Daniel Béresniak des « humanimaux ». Allons-y : étudions-le comme tel. Nous allons découvrir, ce faisant, une inégalité maçonnique, souvent dénoncée mais sans suite palpable… L’inégalité des sexes dans la maçonnerie. « Ça ne va pas ; les sœurs ont totalement leur place dans l’ordre ». Par leur présence physique, oui, certainement, mais pas par la singularité de leur génie. Depuis les années 70, les études, les expériences, les cohortes observées, les analyses comparées, des livres bien connus sont formels : des différences existent entre les deux sexes : physiques, comportementaux, émotionnels, sociaux et autres.

Or qu’observons-nous dans la franc-maçonnerie. Des essais déjà : elles sont « acceptées » ; on disait « adoptées » ; sous-entendu par les frères dont elles enfilaient les caractéristiques. Attention, parenthèse : je ne dis jamais tous les mâles, toutes les femelles. Il n’y a que des proportions dans la  population et dans la tête de chacun-e. N ’empêche, on peut être sidéré par la soumission des Sœurs aux dispositifs, valeurs et organisations des mâles.

Pourquoi ? Car les humains sont des animaux de meute. C’est à ce niveau, celui de l’éthologie que tout s’éclaire. Je développe un paragraphe dans mon livre déjà cité : « Plaidoyer… ». Je t’y renvoie parce que je vais maintenant affirmer mon point de vue et peut-être te faire bondir.

            Une meute animale est quasiment toujours constituée ainsi : en haut de la pyramide, les dominants, les seigneurs, les mâles les plus forts, ceux qui sont capables de protéger la meute. Puis en descendant les mêles moins musclés. Enfin et, le plus souvent, dans le socle de la pyramide du pouvoir les femelles. Et elles se sentent bien, protégées, en lieux sûrs, les dangers écartés. Et tout cela grâce aux dominants qui règnent sur les corps et les esprits. C’est le fonctionnement des meutes, la nôtre en particulier.

Mais, depuis un siècle, nous assistons à un incroyable révolution dans cette soumission des femelles, en Occident et plus rarement ailleurs (il y a quand même un peu plus de trois milliards de femmes soumises). Les féminismes naissent ci et là et , quelle que soient les nuances : les réponses varient sur l’égalité des hommes et des femmes. Alors, dans la maçonnerie, nous avons réussi à la faire depuis la fin du XIX° siècle, avec les obédiences féminines et mixtes. J’ose et je m’inscris dans une autre lecture. Plus haut, nous avons observé que la Franc-maçonnerie comme l’écrasante majorité des organisations humaines, renforçait l’organisation pyramidale. Celle des mâles dominants. Ils ont donc construit (un temple !), à partir de légendes historiques qui cautionnent sans chic, une maçonnerie typiquement masculine. Je ne reviendrai pas sur la distribution du pouvoit dans l’ordre ; même s’il nésite pas à se déjuger, en dénonçant les abus de pouvoir ailleurs.
            Les femelles de la meute, les Sœurs, prétendent que les arcanes maçonniques sont universels et qu’elles peuvent de les approprier. Ne peuvent-elles pas faire comme les frères ? Et, mais ce n’est que mon point de vue, elles se sentent bien dans cette soumission ; Alors elles se justifient et persévèrent. Les obédiences féminines qui croient dur comme fer qu’elles peuvent tout à fait vivre tenue comme les frères, en ont tout à fait le droit. Mais sans prétendre, selon moi, à une quelconque égalité. De même dans les loges mixtes mais la question est plus complexe. Or des études récentes démontrent que les femmes sont tout à fait capables de s’adapter à d’autre valeurs et organisations. Elles ont une souplesse de compréhension qu’ont plus rarement les mâles. Des obédiences monogenres, mixtes, pourquoi pas ? Mais, je le souligne, dans la perpétuation de l’inégalité ; car les femmes sont capables, avec leur génie propre, de repousser sans haine les construits dominants des hommes. Et d’inventer une autre voie spirituelle, initiatique dans le droit fil d’une « spiritualité pour agir » Avec une cohorte d’arcanes (rite, mythes et symboles) revus à leur aune., leur créativité et leur ouverture.

Voici donc, en bref, voici ma conviction à propos de l’Égalité des sexes, dans la voie maçonnique : Les sœurs acceptent, en plein accord inconscient la voie telle qu’elle a été récupérée et habillée depuis trois siècles par des hommes épris d’un cheminement initiatique qui soit le leur. Cette reprise a deux origines : la première est universelle, simplement humaine. Par exemple : un lieu consacré, une entrée, le silence et la méditation, une couleur, des temps distincts, un travail sur soi avec les autres…La seconde est un habillage social. Les frères, évidemment ont revêtu l’universel de leurs propres vêtements : espace longiligne, hiérarchie, planches, place éminente de la Loi… Les sœurs, quant à elles, vivent, par nature, l’universel. Mais elles se soumettent, dans le même élan, au construit social des frères. Les sœurs restent sagement, dans leur corps et dans leur tête, là où la nature les a placées : dans les bas de la pyramide. Et elles sont capables de trouver juste et authentiques cette loi de la meute humanimale. Quoiqu’il en soit, pas question donc de supposer que l’Égalité est une solide branche initiatique de notre maçonnerie masculinisée et figée. Que chacune choisisse mais en toute conscience, condition impérieuse. Mes sœurs, grâce à plusieurs d’entre vous, c’est, en bonne partie, par votre grande et indubitable singularité que les temps maçonniques basculeront. Enlevez les oripeaux culturels de vos frères et revêtez-vous de vos propres vêtures. Avec vous, survivra, renouvelée, enrichie, notre si belle maçonnerie de racines universelles. Alors l’Égalité chantera dans nos tenues accueillantes à toutes les sensibilités.

(Suite demain midi)

Relire l’article Liberté d’hier

Tapis des Loges, tapis d’éloges

Tapis, tableau ou tracé de loge sont les mots pour désigner une image narrative composée de nombreux objets symboliques liés à l’art de bâtir ou à l’architecture. Cette collection d’objets se combine pour donner un sens opératif, symbolique et métaphorique au Tableau. Cette lecture symbolique se dédouble en construction de soi et en construction d’un monde idéal.

Selon Étienne Hermant, nous ne disposons d’aucune trace d’un quelconque Tableau de Loge dans les premières divulgations (ni au XVIIe siècle avec le Register House, ni dans le premier tiers du XVIIIe siècle avec les divulgations écossaises, irlandaises et anglaises). Aucune trace d’un quelconque Tableau de Loge dans les quelques 120 Old Charges. Le Compagnonnage français n’en fait pas plus état (il est question d’épures, mais sans références à un quelconque support). Dans le Manuscrit Simon and Philip daté de 1725 /1740, il y a  deux dessins de la forme d’une Loge (tracé du périmètre de la Loge des Old Masons et des New Masons) et non de Tableaux de Loge (Le tracé du tableau de loge fut dénommé «Plan de la Loge», ou «Véritable plan de la loge de réception d’un Apprenti Compagnon »).  Pas de trace de tableaux de Loge non plus dans le Masonry Dissected de Prichard de 1730. En Angleterre, la première apparition d’un Tableau de Loge  se dégage d’une illustration de 1742 connue sous le nom de Grand procession of the Scald Miserable Masons, Passing Old Somerset House, Strand, London. On fait état de tracés à la craie vers ces années, voir ultérieurement (dans Jachin and Boaz, par exemple, daté de 1762) en affirmant que ces tracés étaient pratiqués par la Grande Loge de Londres. Il n’est pas exclu que, vers 1720, les premiers maçons spéculatifs n’avaient pas de Tableaux de Loge. «L’hypothèse avancée ferait état de l’emploi de la craie par les Old Masons et du ruban par les Moderns.

Avant la création de la première Grande Loge de Londres et Westminster en 1717, de nombreuses Loges étaient privées de lieux spécifiques et se réunissaient dans des maisons privées (on le voit encore sur le Tableau général des 129 ateliers de  1930 sous le numéro 105, pl. n° 7a du texte Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde ), voire sur des bateaux, ou des auberges et une forme était délimitée par un marquage au sol qui devenait le lieu consacré à la Loge. La  forme tracée était celle d’une croix avant que Désaguliers n’en fasse un rectangle. Il est aussi admis que l’une des innovations introduite vers 1720 par Désaguliers a été l’utilisation de rubans, clous, lettres mobiles, étoiles, etc., en lieu et place de l’ancien système consistant à tracer la Loge avec de la craie ou au charbon sur le sol du local «en remplacement de la grande indignité de la serpillère et du seau». Par la suite c’est le tapis de Loge qui remplacera tout tracé.

Tout lieu où se réunissaient les francs-maçons, auberges, tavernes, salons ou antichambres, pouvait donc être transformé en temple. Il suffisait pour cela de tracer à la craie, sur le sol, le tableau symbolique du degré auquel l’atelier ou la loge travaillait (Le Maçon démasqué ou le vrai secret des francs-maçons, page 25). Ensuite on effaçait ce tableau après chaque tenue.

Mais dès le début des années 1740, par commodité, mais aussi pour assurer l’exécution d’une compostions graphique et symbolique toujours exacte, on prit l’habitude de les réaliser sur des supports de bois ou de toile que l’on disposait sur le sol pendant le temps des travaux, d’où le nom de tapis de loge. Au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, les éléments symboliques constitutifs du tableau de Loge (puis tapis de Loge) vont muter, d’abord depuis ce tableau vers les tabliers, qui deviennent vite de véritables tapis de loge portatifs, vers des objets que l’on porte ou que l’on emporte avec soi – vaisselle, cannes, tabatières – puis vers les parois, sols et plafond du local de réunion, salon particulier ou arrière salle de taverne, et temple de circonstance (François Gruson, Architecture maçonnique, architecture de l’esprit.

Le tableau de loge ne fut pas toujours couché sur le sol. En effet, les Ancients, la Grande Loge rivale de la grande loge d’Angleterre de 1717 dite des Moderns, ignoraient l’usage du tableau. Le centre de la loge répondait, chez les Ancients, à un agencement précis, mais le tableau n’y figurait pas, alors que les Moderns en faisaient un élément essentiel au centre de la loge. D’où le compromis curieux de l’Union de 1813 qui marqua la naissance de la grande Loge unie d’Angleterre : on garda le tableau des Moderns, mais pas au centre la loge. Il fut déposé debout contre le plateau du 2nd surveillant. On trouve également des témoignages iconographiques du 18ème siècle où  la tenue se faisait autour de la «planche à tréteaux» ou «tableau de chevalet». Les Frères, réunis au centre de la loge, sont assis autour d’une table dressée sur des tréteaux et sur laquelle repose le tableau lui-même. Les Officiers sont placés autour de ce tableau et le travail se fait sous la direction du Vénérable Maître. On peut alors étudier et commenter les  différents éléments du tableau qui sont sous les yeux des Frères, et alterner ce travail avec la citation et les commentaires des Instructions qui s‘y rapportent dans les différents grades.      

Et puis, certaines loges, étant arrivées peu à peu à acquérir la disposition de locaux réservés, firent figurer les décorations rituelles à leur place précise ; au lieu de rester sur un plan, les symboles furent érigés en volume. Ce fut le début des constructions de temples maçonniques, mais on conserva le tapis de loge pour sanctifier le temps et l’espace des tenues. Autrement dit, le tableau de loge n’est pas la projection au sol du temple maçonnique, mais au contraire c’est le décor du temple maçonnique qui est la représentation en trois dimensions du tableau.

Aujourd’hui, il est un tableau (ou un tapis) représentant les éléments symboliques les plus importants du degré pratiqué dans la loge. Les éléments qui composent le tableau forment autant de plans superposés : un plan spatial et cosmologique, un plan architectural, un plan opératif (matériaux, outils, connaissances utiles à l’art de bâtir), un plan religieux (le cordon aux deux lacs d’amour d’origine chrétienne), un plan d’ars memorandi. Par le Tableau de loge et par la taille de sa pierre, le franc-maçon affirme son intention de s’unir à la totalité en reproduisant pour lui-même (dimension éthique) et pour le monde visible et invisible (dimension métaphysique) une analogie symbolique. «Ce Tableau architecturé, centré, éclairé et ordonné est un réceptacle qui permet d’appréhender une méthodologie, un paradigme et les fameuses lois de correspondances si chères aux maçons-symbolistes, aux hermétistes et aux métaphysiciens. Il suggère une spiritualité construite agissante, car la fonction de la loge est d’éveiller sur les trois plans, physique mental et spirituel des maçons qui tailleront leur pierre et bâtiront un Temple pour la Lumière!»

«Il y a donc une corrélation entre l’opératif expérimental et l’opérant en soi par une orthodoxie de la triangulation montante et lumineuse (ORA) d’une part, et une orthopraxie descendante dans la matière et en soi (LABORA) d’autre part. Les deux aspects sont indissociables et constituent l’initiation au réel.»

Le tapis de loge est déposé au sol. À un moment donné du rituel, il est déroulé (matière souple) ou découvert (panneau rigide), dans certains rites, au début de la cérémonie et replié ou retourné à la fin. Il est parfois dessiné en début de tenue, puis effacé, parfois il est construit avec les outils qu’il est censé évoquer (au OITAR par exemple).

L’ensemble combiné donne une incorporation du symbole par la geste du grade, par ses pas, ses signes, postures et circulations. Les éléments graphiques du Tapis font allusion à quatre bipolarisations :

La relation entre le plan terrestre et le ciel génère la vie sous l’égide de la Lumière (les cycles cosmogoniques, lune-soleil, colonnes solsticiales) dont la loge est témoin.

La relation entre la matière transformée et l’esprit produit une pierre cubique.

La relation entre outils, instruments et l’œuvre à accomplir enfante la réalisation de soi face à l’être épars.

La séparation de l’espace sacré et ordonné (murailles du temple, porte) du monde profane désordonné réalise : 1- sur le plan horizontal l’union des Frères et sœurs (corde à nœuds, houppe dentelée, grenades) en opposition au monde profane sans filiation ; 2- dans l’axe vertical la relation au divin, transcendance, spiritualité… (temple, maison du divin), en opposition au monde du dualisme.

Il faut «tirer l’élévation du plan» du tableau pour en saisir les différentes composantes et voyager dans les espaces symboliques. Le monde céleste est couvert de la voûte étoilée, et le monde souterrain est accessible via la tombe ou une trappe placée sous le tableau de loge, ou au moyen d’escaliers associés à d’autres temples dans les Hauts Grades.

« Le tableau de loge devient le support de «l’être-ensemble». Il est une imagination créatrice «orientée» et «ordonnée» par la conscience éclairée et «concrétisée» par l’acte de bâtir un temple, fut-il intérieur. Par la correspondance analogique on relie que ce qui est en haut à ce qui est en bas, mais aussi le ciel et la terre , l’esprit et le corps, l’intérieur et l’extérieur, l’inconscient et le conscient, le caché et le visible, la cause et la conséquence, la pensée et la matérialisation, l’inconnu et le connu. et il ne reste plus qu’à «réaliser» le modèle dessiné sur le Tableau de notre projection mentale. Cette dernière phase sera l’action sur nous-mêmes et dans le monde. » (Poursuivre avec la lecture du texte complet Tableau de Loge et lois de correspondance)

Analysant les tableaux du deuxième grade de la Maçonnerie anglaise, Philippe Langlet souligne que «les Tableaux illustrent graphiquement une partie de ce que les rituels énoncent» et d’ajouter «les Tableaux utilisent, de manière récurrente, des symboles du divin, et les placent de telle manière qu’ils soient perçus avant tout autre élément». En somme le tapis recouvre la matérialité du pavé mosaïque par une visée spirituelle en tant de lieu central et sacré de la Loge.

N’oublions pas que le tapis de loge est «effacé» à la fin des tenues. Il y a des raisons à l’effacement du tableau de Loge «Dessiner le tableau de loge reproduit à notre échelle humaine un analogon du pouvoir du Créateur. Il résulte de la concordance symbo­lique entre le Temple (représenté par le tableau de loge) et le premier récit biblique de création que l’effacement rituel du tableau de Loge à la fin de chaque tenue symbolise ainsi le pouvoir toujours effectif du chaos et sa lutte constante avec l’ordre de l’univers.»

Indications pour tracer un tableau de Loge au 1er degré

 Le tapis, d’une grandeur proportionnée au local, doit former un carré long, en sorte que sa largeur. Soit à sa longueur comme 2 est à 3, il est entouré dans toutes ses parties extérieures d’une large bordure à compartiments.

La partie inférieure, ou d’occident, qui fait le tiers de la longueur totale du tapis, représente le porche du temple. Dans cette partie et à l’angle occidental du tableau du côté du nord, est peinte ou tracée la pierre brute, et à l’angle occidental du côté du midi est la pierre cubique ; au milieu, entre les deux, mais sur une ligne plus élevée, est figurée la planche à tracer. Ces trois symboles doivent former ensemble un triangle.

La partie supérieure du tapis, à l’orient, forme un carré qui représente le temple intérieur; c’est là qu’est placée, au centre, l’étoile flamboyante à cinq pointes, ayant la lettre G peinte en or au milieu. Dans cette partie, à l’angle oriental du côté du nord, est l’image de la lune dans son plein, et à l’angle oriental du côté du midi est l’image du soleil. Dans le carré supérieur et tout autour est figuré un cordon à houppes dentelées dont les nœuds descendent jusqu’à sa partie inférieure. L’étoile flamboyante est entourée des trois bijoux maçonniques formant ensemble un triangle, savoir l’équerre au-dessus, à l’orient; le niveau au-dessous, du côté du midi; le perpendiculaire vis à vis, du côté du nord; l’étoile flamboyante formant le centre.

La communication du porche au temple est indiquée au bas de ce carre, a l’occident, par une porte fermée, accompagnée extérieurement de deux colonnes élevées sur leurs bases, et avec leurs chapiteaux, l’une au nord et l’autre au midi : celle du nord porte la lettre J sur le milieu de la hauteur de son fût; au tapis de la loge d’Apprenti, il n’y a aucune lettre sur celle du midi, la lettre de cette colonne étant réservée aux Compagnons, et ne devant point être connue des Apprentis.

On monte à la porte du temple par un escalier de sept degrés peints ou tracés dans la partie du porche, en forme de portion de cercle; le troisième degré en montant forme un palier avec le chiffre 3; au cinquième degré est aussi un palier avec le chiffre 5; et sur le septième degré est le chiffre 7; là commence le pavé à la mosaïque figuré en losange, et formant un parvis circulaire qui se termine à la porte d’occident, laquelle est fermée.

4 œuvres picturales de Victor-Abel Gagné (inspirées du style émulation)

Il s’agit de trois huiles sur toile de 75×119 cm réinterprétant les tableaux de loge au style émulation. Les études ont été principalement réalisées à partir des tableaux de l’Emulation Lodge of Improvement du peintre John Harris de 1845. L’oeil averti peut aussi y voir des influences de Josiah Bowring et des tableaux utilisés à ce jour dans les temples du Freemasons’ Hall de Londres. 

Pourquoi avoir réinterprété des oeuvres séculaires ? Tout simplement parce qu’il faut savoir être un homme qui sait vivre avec son temps sans pour autant être de son temps. S’extraire du tumulte de la modernité, prendre une nouvelle perspective, penser à l’extérieur de la boîte comme le proposent à foison les méthodes modernes de créativité, voilà des critères à ajouter à la boîte à outil de ceux et celles qui aspirent à voir au-delà des apparences.

Tremblement d’humanité : huile sur toile, 95x155cm

L’humanité est prodigieuse, il faut bien le reconnaître. Elle a acquis au fils des révolutions la force de ses ambitions. Elle sait répondre, entre autres, à la question de Schrödinger : « Qu’est-ce que la vie ? » Si elle comprend désormais la logique du vivant, notre force potentielle lui permettrait néanmoins de l’annihiler. Du tremblement de terre au tremblement d’humanité, n’y aurait-il pas qu’un pas ? 

Il y a des questions qui dérangent. Des questions que l’on préfère ne pas entendre lorsqu’elles vont a contrario de nos croyances ou de nos préférences. Mais d’où nous vient cette propension à accorder plus de crédit à ce qui nous plaît qu’à ce qui nous rebute ? De manière générale, il serait flou de tenter d’y répondre, mais en ce qui concerne le réchauffement de notre belle oasis, il n’est pas vain d’approfondir la question. Peut-être provient-elle du fait que, depuis plus de deux-mille ans, nous n’avons eu de cesse d’entendre et de lire sous des rapports différents que la nature est à notre service. Qu’il est même de notre devoir de la soumettre ! Car il n’y a pas que les boîtes de lait des supérettes qui sont stérilisées et conditionnées prêt à l’emploi. Certaines idées aussi ! Penser contre la domination de la nature serait en ce sens un acte contre-civilisationnel. Un acte que seul un esprit libre et sain peut concevoir.

Pour autant, était-ce mieux avant ? Probablement pas et la petite poussette de Michel Serres nous en dit long à ce sujet. Platon se plaignait déjà de la décadence de la nouvelle génération de l’époque. Pas mieux avant ! Pourtant, un certain ordre établi nous importe. Sans lui, comment former les bons esprits à la science et aux arts qui permettent en définitive de transmettre à l’édifice de la connaissance un peu plus d’acuité ?

Alors, on commence à comprendre d’où peuvent venir les difficultés qui consisteraient à dépasser le stade de la reconnaissance d’un des enjeux civilisationnels qui nous concerne tous. Un dépassement qui permettrait de ne plus poser la problématique de fin du mois contre fin du monde à l’instar de l’économiste Christian Gollier, pour que notre oasis ne souffre pas trop d’un tremblement d’humanité.

À méditer.

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Le Frère Luc Laventure est passé à l’Orient Éternel

Nous venons de l’apprendre, notre Frère Luc, âgé de 77 ans, est passé à l’Orient Éternel à Paris suite à un malaise dans la nuit de samedi à dimanche.

Il y a quelques jours encore, il arpentait les allées du Salon international de l’agriculture.

Il était membre de la Loge Thomas More à la GLCS.

Une pluie d’hommages

COMMUNIQUÉ DE L’ELYSÉE

Luc Laventure a fait de l’audiovisuel français un monde où le soleil ne se couche jamais. (…) Ce grand professionnel était aussi un pionnier et un modèle d’engagement pour les Outre-mer, dont il dévoilait l’éclatante diversité à tous les Français. (…) Le Président de la République salue un homme de médias aux mille projets, toujours au service de la fraternité entre tous nos territoires

Né le 1er février 1945, Luc était journaliste et réalisateur.

Il travaillait dans l’audiovisuel public depuis 1967. Il avait réalisé l’essentiel de sa carrière à FR3 Martinique et à RFO. Il a toujours œuvré pour la valorisation et la visibilité de l’outre-mer dans l’audiovisuel français.

Il a été directeur des antennes de France Ô et Outre-Mer 1re de 1998 à 2011. Là, Luc a notamment réalisé, le 14 juillet 2010, le passage de France Ô sur la TNT nationale et le lancement des neuf Outre-Mer 1er le 29 novembre 2010.

Il a été le directeur éditorial d’une collection de documentaires sur les outre-mers.

Il était président du Groupe média Outremers 360, site d’information qui couvre l’ensemble des actualités ultramarines, dans l’hexagone, dans les trois bassins (Atlantique, Indien, Pacifique), au niveau localrégional et international.

5/03/22 – Compte rendu GLFF : «Briser le silence lié à l’inceste»

Le  5 mars 2022, le Colloque public de la Grande Loge Féminine de France a réuni dans ses locaux, environ 120 personnes, pour dénoncer « le tabou de l’inceste ». L’inceste demeure une agression majoritairement faite aux filles depuis le temps de « l’homo sapiens-sapiens ». Des récentes statistiques en France dévoilent une forte augmentation du nombre de personnes déclarant avoir été victimes d’incestes entre 2009 et 2020 (la période  étudiée). Il y a urgence devant l’ampleur du phénomène social !

La  première présentation et intervention au Colloque : celle d’Eva Thomas. Abusée par son père à l’âge victime de 12 ans, fondatrice de l’association SOS Inceste en 1985 et autrice courageuse du livre Le Viol du Silence en 1986, elle a fait part autant du drame vécu de son enfance que de sa farouche volonté à renaître dans un long temps chaotique, à une identité par la parole, l’écrit, l’image (Eva Thomas a été la première à participer à une émission télévisée «  les Dossiers de l’écran »  pour dénoncer le tabou de l’inceste en prenant la parole à visage découvert). Son livre Le Sang des mots publié en 1992, récit de son effondrement et de sa patiente résilience, vient de bénéficier d’une réédition. Cette réédition est bienvenue pour poursuivre l’évolution des mentalités et s’affranchir de la traditionnelle impunité  sociale envers «  les bons parents » issus de toutes conditions sociales…

La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».
La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».

La seconde intervention : celle de Magali Bodon-Bruzel, médecin psychiatre. Lauréate de l’Académie Nationale de Médecine en 2010 pour son travail thérapeutique auprès des infracteurs sexuels en détention, elle a publié de nombreux articles qui font référence dans son domaine. Elle est co-auteur d’un ouvrage édité chez Stock en 2014, « L’homme qui voulait cuire sa mère« . Comme Eva Thomas, elle manifeste dans l’exercice de sa profession, du désir d’avancer dans la vérité  pour améliorer le fonctionnement de la vie sociale, pour prévenir voire la guérir des formes d’une prédation sexuelle persistante. Pour l’assistance, Madame Bodon-Bruzel a commenté l’état des investigations menées par des équipes d’experts avec lesquelles elle travaille sur le terrain et notamment dans l’univers carcéral. Ces études délivrent des données qui permettent des décryptages susceptibles de prévenir tous les aspects de ce phénomène massif à la croisée des rapports de domination d’âge et de sexe. Avec des agresseurs « volontaires pour comprendre l’acte pour lequel ils ont été condamnés », la mise en lumière des diverses formes de la violence sexuelle mais surtout les possibilités de soins aux auteurs est patiemment recherchée.  Une voie prudente sur le plan scientifique mais aussi digne de respect vis-à-vis des accusés qui font aussi partie de notre humanité …

La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».
La Commission Nationale des Droits des Femmes de la Grande Loge Féminine de France organise le 5 mars 2022 de 14h à 17h un colloque public sur le thème de « L’Inceste ».

Des  devoirs demeurent : accueillir et enregistrer la parole,  repérer et signaler les cas d’inceste et de violences sexuelles survenues dans un cadre familial, protéger les victimes par un accompagnement spécialisé sur un long terme.  Indubitablement : impliquer la justice, ses magistrats et le réseau des auxiliaires de justices. L’institution publique au service de la Justice et du Droit, a le devoir impérieux de tenir son rôle, de lutter contre les violences, de déconstruire les préjugés et de rendre visible «  l’impensé ». Elle doit entendre les plaintes, les instruire rapidement, et poursuivre devant les tribunaux : précisément  devant la Cour d’Assise les actes incestueux sexuels dans un cadre familial devenu aujourd’hui plus élargi. En ce sens le  témoignage d’une magistrate du Parquet dans le cadre de ce colloque a été précieux. Il a situé où en est la volonté de faire justice et d’œuvrer efficacement pour briser le silence de l’inceste et des violences faites aux mineur(e)s.  La prise de conscience d’une réalité devenue conséquente du fait « du viol, de l’inceste, et des autres agressions sexuelles »  a bien été réalisée à ce jour par les juridictions du pays. Par ailleurs, une loi récente (du 21 avril 2021) a amélioré les motifs à poursuivre et à sanctionner pénalement le délit d’‘agression sexuelle incestueuse sur mineur (de moins de 18 ans). Toutefois, force est de constater que les Parquets se trouvent confrontés à une pluralité de demandes. Sur le champ social, il se découvre «  une mosaïque de cas » où  l’enquête sur l’inceste reste difficile. Difficile de dialoguer avec l’enfant victime car il saisit mal la gravité des faits qu’il a subis ! Délicat et douloureux le terrible conflit de loyauté qu’il provoque, lié à la relation de proximité entre l’agresseur et la victime. Difficile même d’obtenir des condamnations qui seraient justifiées lorsque des jurés souvent méconnaissent les fortes répercussions sur la construction de la victime et se conforment aux arguments traditionnels des avocats de la défense pour « décharger » le prévenu. Non, « le tabou de l’inceste n’est pas levé » ! Toutes les victimes restent « singulières ». Chaque histoire – même relevant d’une justice pénale – déborde (hélas) les moyens actuels attribués à la justice. Ces moyens en dessous de l’ampleur du phénomène social incriminé attestent de l’échec des politiques pénales d’agressions sexuelles en France.

Ce colloque, préparé par la Commission des Droits des Femmes à la GLFF, a démontré que l’inceste qui s’apparente à « une destruction totale de l’individu, de l’identité psychique et corporelle de l’enfant » serait sans doute à resituer dans une problématique plus large : celle de l’éducation aux droits des enfants en matière d’éducation à la sexualité, à l’égalité filles et garçons.

Les Cahiers Jean Scot Érigène reparaissent, plus radieux que jamais !

Hourrah ! Hourrah ! Hourrah !

En ce mois de janvier 2022, la Loge d’étude et de recherche Jean Scot Érigène (n° 1000, à l’Orient de Paris, Grande Loge de France) reprend la publication de ses Cahiers annuels bien connus, dans une nouvelle série qui recommence sa numérotation au n° 1. Elle est, désormais, diffusée par Numérilivres.

Et c’est un bonheur car quel plus beau thème pour nous qui sommes ouverts à tous vents dans une optique maçonnique ? Comme aurait dit Madame de Staël, je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent – rien de moins que : « Rassembler ce qui est épars : Des traditions à la Tradition ? » Et vous retrouverez dans ses 153 pages, un très large tour d’horizon :

  • L’éditorial de son rédacteur-en-chef, Christophe Bourseiller ;
  • Sans le livre, le savoir est perdu…  un entretien avec Bernard Werber ;
  • Christian Rosenkreutz, le temps d’exister, par Lorenzo Soccavo ;
  • Influence des mouvements ésotériques et hermétistes sur le Rite Écossais Ancien et Accepté, par Jean-Laurent Turbet ;
  • Aperçu sur la franc-maçonnerie du bois, par Thierry Lesage ;
  • Franc-maçonnerie et traditions initiatiques africaines, par Brice Ponga ;
  • Approches du Taoïsme, approche du Dao, par Serge Iglesias ;
  • Hiram et Freud : construction et transmission d’une éthique par la Tradition, par Josselin Morand ;
  • Osiris – Hiram- Jésus : trois victoires sur la mort ? par Olivier Placktor ;
  • La justice, d’Aristote à Orphée, par Yorgos Delphis ;
  • Les mots substitués du Maître Maçon, par Laurent Cambon ;
  • Une œuvre dystopique initiatique :  Anna de Niccolo Ammaniti, par Josselin Morand.

Cette notice ne peut pas détailler tous ces apports, refléter un kaléidoscope aussi passionnant, offrant mille facettes, mille nuances, et tout cela avec une vivacité très excitante pour le lecteur d’aujourd’hui. Tous nos vœux à la nouvelle série des Cahiers Jean Scot Érigène !

Références : Rassembler ce qui est épars : Des traditions à la Tradition ?, Cahiers Jean Scot Érigène, nouvelle série, 1, 2022, janv., 153 p., 20 €, en librairie ou sur le site de Numérilivres.

LIBERTÉ, égalité, fraternité

Le triptyque maçonnique fluet et désuet

Ouvrons les fenêtres de notre loge. Jetons un coup d’œil sur la liberté qui se prélasse sur des dizaines de milliers de feuilles. D’Honoré de Balzac au modeste écrivaillon banlieusard, elle est dans tous les à-plats, dans tous les recoins, et dans l’honneur des ouvrages qui la consacrent, chacun à leur manière. Pas question ici de rajouter une page à la somme jamais tarie de ce concept qui hante les consciences, c’est-à-dire les émotions. Ne sait-on pas, depuis au moins les années 70 que les émotions sont à l’origine de toute rationalisation. Il faudra nous en souvenir tout à l’heure quand la loge sera sous nos regards dévoilés.

La liberté, partout, est convoquée : par sous-entendus masqués, par affirmation circonstanciée, par déclaration péremptoire (je pense à l’Antiquité). Foin du monde profane même si celui-ci donne forme aux valeurs de l’Ordre.

Elle est chantée, chez nous, par les plus écoutés ; en vrac : Oswald Wirth, Jean Mourgues, Daniel Béresniak. Ils la font leur et la revêtent d’égalité et de fraternité ; cette belle trilogie républicaine. Celle de la Maçonnerie française du moins.

Mais cette liberté du triplet s’y insère avec toutes les valeurs qui y sont liées et qui datent du coude entre la fin du XIXème et du XXème. « Faire ce que l’on veut, sans nuire à l’autre », est vieilli.  Restons dans la seule maçonnerie. La question est cruciale pour découvrir les rides du mot.

Quand claquant les mains pour s’égosiller dans les batteries, se pose-t-on les questions de fond. Dont la principale est bien. Quand je braille « liberté », dans quelle mesure cela m’incite-t-il à développer celle-ci dans ma vie de tous les jours et dans celles des autres ? Car la supposition est bien maçonnique : changer ses comportements, voire ses attitudes grâce aux tenues et aux planches. En raccourci léger de forme et lourd de sens, un apophtegme que j’aime beaucoup :  Comment nos rencontres nous amènent-elles à « une spiritualité pour agir ? » C’est le nœud du problème de la transmission maçonnique. Je ne parle pas des formes anglo-saxonnes qui sont en train de mourir. Non je prétends, bien au contraire, que celles qui sont en vigueur et en joie, les formes françaises surtout, sont prêtes à se couler dans la question de la transmission sans négliger un pôle. Si nous y arrivons, alors notre maçonnerie de style français, ne se bercera plus d’illusions sur ces faux-nez grotesques : l’historicité des obédiences et la régularité des rites. Tout ce fatras que les décennies prochaines mettront sous le boisseau. Car nous travaillerons, si notre cœur chantant, nous le souffle sur l’essence indubitable de la transmission ; celle qui, en outre, concernera ardemment le monde profane. Ainsi pourrions-nous devenir, comme nous le fûmes une petit lumière (du monde ? N’exagérons pas !). Et au centre la question : dans la transmission entre la spiritualité et l’agir, que se passe-t-il donc ? Avec le trésor, peut être caché : jusqu’où la liberté d’apprendre joue-t-elle pour (se) changer ? Oh ! il y a des précurseurs qui se sont posés la question depuis des dizaines d’années et tu les connais : Freinet, Dewey, Montessori

C’est ainsi que celle liberté est au cœur du fou pari maçonnique : Non pas « Fais ce que dois » mais « agis jusqu’aux limites de ta liberté intérieure ; celle que tu as conquise par tes efforts et par la pédagogie maçonnique qui en a accouchée ». Ne rêvons pas : nous ne savons pas encore bien comment un individu passe librement de ses émotions, dont la liberté, à sa mise en œuvre et toute indépendance et harmonie. Je dis bien « émotions » et non pas, surtout pas « raisons » comme les études le montrent depuis les années 70. Avec, entre autre la psychologie humaniste

Au fond la question devient, « Comment, le rite parvient-il à faire naître en chacun-e, dans son apprentissage, l’émotion de la liberté. Car de la réponse découle l’envie de passer à l’acte sans bonnes raisons et sans cette conscience qui est la meilleure planque de nos croyances ; elles qui sentent si mauvais les bancs de l’université. Et dont notre maçonnerie est, en partie l’otage, avec sa manière de présenter une planche. Voilà, la première chose est dite : « L’enseignement traditionnel ne peut articuler une spiritualité pour agir » On me répliquera, indigné-e : « Mais on le sait depuis toujours ! » Et bien ce que l’on sait effectivement c’est la reproduction, sans friselis, d’un modèle, prof d’école ou vedette. Mais les pédagogues professionnels, eux, se posent toujours la question de la liberté de l’apprenant dans le contrat de transmission, hors la dictature de l’imitation servile., Decroly, Meyrieu qui a milité pour une pédagogie de la liberté ; et, bien sûr, le Frère Ferrer, pédagogue libertaire et anarchiste Tiens donc ! Et bien nos tenues pourraient bien s’en inspirer, surtout en France, à la traîne pédagogique en comparaison avec les essais et les réussites des États-Unis.

 Premier point : ce n’est pas avec une planche bien argumentée, a fortiori si le sujet convoque l’érudition, que nous pouvons lever le taquet qui ouvre la spiritualité sur l’agir.
£Il nous faut donc chercher plus loin, creuser Une supposition : La maçonnerie dans sa méthode, « (symboles et rite) déclenche bien le passage de la liberté auto-apprise de la mise en actes. Une nouvelle fois, la question est toujours ouverte dans le monde profane. Ce qui suit est donc fondé sur mes intuitions professionnelles et centré sur nos pratiques et coutumes. Pas plus !

Ce que l’on sait bien, et je l’ai dit plus haut : ce sont les émotions qui sont le terreau des raisonnements et des formulations où la conscience se donne en travestissement. De quoi remuer le monde certes mais restons-en à la franc-maçonnerie.

La deuxième question est donc : en quoi les pratiques spirituelles, (mythes, rites et symboles) favorisent-ils la naissance utérine des émotions ? La troisième question portera sur le passage à l’acte dans le cheminement spirituel.

Pas de souci : les parents évolués le savent bien : ce ne sont pas les ordres, les limites et les autorisations qui établissent l’autonomie de l’enfant. Intéressant, dans la mesure où l’errance maçonnique (car il y a errance dans la succession des degrés) est articulée, comme presque toutes les spiritualités, sur le retour au ventre et sur l’accouchement qui s’ensuit. Avec une recollection des premiers âges de la vie. Et là, notre maçonnerie brille d’un joyau inégalable ou presque ; les âges 3,5 et 7 ans. Comment s’y prendre donc pour faire naître des émotions en toute liberté du receveur ? La réponse est apparemment simple : en faisant part de ses propres émotions à propos d’un sujet ou en réponse à une question des colonnes. Au diable les savoirs, les connaissances, les teintes d’érudition, sauf si elles font naître un bain émotionnel. En fait, on pourrait prétendre qu’un conférencier commence ses interventions par des « Voici ce que je ressens… », « Voici ce que cela fait naître en moi », « Je vis bien ou mal ce qui vient d’être dit, indépendamment du fond »…

Un jeu de ping-pong entre les émotions des un-e-s et des autres. Sans que le conférencier profite d’être juché-e sur les marches de l’Orient pour imposer ses manières de ressentir. Ce qu’il dément bien entendu, comme presque nous tous. Le risque n’est pas mince, pour lui-elle de témoigner de son humilité grâce à la mesure muselée de ses propos émotionnels. Des Frères, des Sœurs y parviennent toutefois. C’’est une condition inévitable pour s’emmêler dans la troisième question : « Quelle est la nature du lien entre la spiritualité et l’agir, cette articulation, cette causalité ? » Un des fleurons des rites de famille française qui lui permettront, je le crois, de survivre aux caprices et plus, à l’effondrement prédit ?Oui s’emmêler car nous sommes maintenant barbouillé-e-s de mystères. Les données de base : les émotions et la liberté individuelles qui en est le terreau. C’est déjà ça car la proposition remet en cause tant de prises de paroles, en tenue ! Mais essayons d’aller plus loin.

             D’abord, avec dédain, écartons, autant qu’on le peut, tout ce qui est de l’imitation, de l’exemplarité. Sauf, nous venons de le cerner, ce mode de transmission est assis sur la délivrance émotionnelle. Car les émotions s’enchantent les unes les autres, sans besoin de raison et de conscience affichées. Mais cela ne suffit pas encore pour le passage à l’acte. Il faut encore deux conditions fort éloignées. La première vient de la constatation,  maintenant largement établie que chez l’animal humain comme chez les autres animaux, les émotions prédominent. Elles sont ensuite rationalisées pour justifier et donner du « sens » à  tous nos actes, y compris les guerres, les violences, les tortures…et cela depuis la nuit des temps. C’est, à nul doute une spécificité humaine : nous sommes des prédateurs proliférant, agressifs et violents. Je dirais qu’il s’agit surtout des mâles qui se partagent avec délices les déchirures. Au fond qu’est-ce qu’être libre dans ce carcan émotionnel ? C’est prendre conscience (tiens, pour une fois elle est utile, cette faculté du meilleur et du pire) de ce carcan. Ainsi, à l’intérieur, la liberté chante la joie des libres mouvements libérés dans cette prison largement reconnue. Et la maçonnerie dans tout cela ? Elee est digne d’honneur et avec gloire et sérénité : elle met en œuvre un carcan qu’il n’est pas question de remettre en cause. On le devine c’est le rite avec ses symboles, ses mythes, ses gestes…Que se passe-til donc dans la tête de l’initié-e ? Si je reconnais et accepte le carcan rituel, alors j’accéderai à cette « liberté librement consentie ». Pour ce faire, il est nécessaire que je l’entende de nombreuses fois. L’assiduité n’est pas seulement de la morale ; elle est aussi une condition pédagogique
Enfin marions deux éléments : le plaisir d’être ensemble pour vivre un groupe. Qui plus est centré sur une tâche conforme aux valeurs que nous chantons sans cesse. S’employer, ensemble ; à être utiles. Non point à nous-mêmes mais à des profanes. Il s’agit, n’est-ce pas de faire avancer la société ? Nous parvenons alors à additionner deux nouveaux éléments émotionnels forts : dans l’instant, le vécu de groupe ; dans un second temps, la gloire et la joie de mettre en œuvre ce que nous serinons, en tenue, avec le mot « liberté. Les frères américains, en posture fragiles, ont très bien compris cela. Chapeau ! Au pont d’en faire le but par excellence de la maçonnerie. Chez eux, elle se résume essentiellement à devenir un club de bienfaisance, une association humanitaire, un soutien aux indigents. Mais la spiritualité, telle que nous l’entendons parait bien discrète chez eux. C’est pour cela que notre « spiritualité pour agir », des rites français porte sur son écu les chevrons d’une métamorphose de l’être qui vaut mille carats. Encore faut-il que ces actes soient accomplis, non point dans la condescendance, mais dans l’égalité. A voir dans la suite !

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