mer 26 janvier 2022 - 10:01

Enseignement du fait religieux à l’école ? A revoir…

En visant le Vivre Ensemble, les autorités ont introduit l’enseignement du fait religieux il y 20 ans dans l’école publique. L’objectif n’est clairement pas atteint. Il est nécessaire de revenir aux valeurs républicaines et de former et soutenir les enseignants dans cette démarche.

Nous maçons sommes jaloux de notre liberté absolue de conscience. C’est pourquoi nous recommandons volontiers à nos adeptes de veiller à éviter les sectes qui nous amputent de nos libertés, et de ne nous engager en religion, si nous le souhaitons, qu’en toute connaissance de cause, et après avoir vérifié que notre engagement est réversible et/ou que notre droit à la critique est conservé.

Les Lumières nous l’ont imprimé dans l’esprit :  beaucoup des problèmes humains sont liés à l’ignorance. Certains en ont déduit qu’il suffit de lutter contre l’illettrisme et autres manques d’instruction ou éducation, et les choses s’amélioreront d’elles-mêmes.

Sur ce substrat, et constatant avec Régis Debray une inculture religieuse très présente, les autorités françaises se sont lancées dans l’enseignement du fait religieux à l’école peu après l’an 2000.

Aline Girard*, secrétaire générale de l’association Unité Laïque, a décortiqué comment les choses se sont déroulées.

Le texte original tel qu’exposé en conférence est disponible à l’adresse suivante : https://unitelaique.org/index.php/2021/11/27/enseigner-le-fait-religieux-a-lecole-une-erreur-politique/

L’objectif des autorités était la promotion du Vivre Ensemble et le rêve d’obtenir une paix sociale par ce biais. Hélas, tout cela se passe sur fond de réduction progressive des « humanités », bref une marche vers la fin de la culture classique : de lieu de savoir, l’école évolue vers un simple lieu de vie.

Second élément de contexte :  une offensive cléricale en France et en Europe, avec une pression de tous les groupes soutenant les écoles privées , par des moyens politiques, financiers et de lobbying.

Vingt années plus tard, force est de constater la porosité accrue entre les religions et la politique, avec entre autres une confusion entre croyance et connaissance, les tendances à la réintroduction du délit de blasphème, et la cléricalisation du vocabulaire ( la fraternité universelle a été évacuée ).

Résultat, les lois de liberté sont traitées de liberticides , surtout par les jeunes, et la laïcité se voit souvent affublée d’adjectifs déformants. Et côté école, le  cas de Samuel Paty résume tous les problèmes.

Le Vivre Ensemble n’est donc pas du tout atteint : tout le dispositif est un échec . Au lieu d’étudier le fait religieux comme tout autre fait de société, on est invité à définir son lien à la divinité . Une myriade d’associations est à la manœuvre afin de renforcer et ancrer la tendance.

La laïcité est actuellement un sujet de clivage entre la jeunesse et le reste de la population .

Pour restaurer un état acceptable, il est impératif de réintroduire avec force les valeurs républicaines , et de revenir à l’objectif de former des citoyens éclairés et libres . Cela passe bien entendu par une formation plus adaptée des enseignants, suivie d’un soutien affirmé de la part des hiérarchies.

L’exemple à se rappeler est la spectaculaire amélioration des résultats scolaires que les filles de confession musulmane avaient montrée après l’interdiction du voile à l’école.

L’école publique ne doit pas former des sujets religieux mais des citoyens émancipés.

*Aline Girard est l’auteur du livre :  Enseigner le fait religieux à l’école publique : une erreur politique ? Paris, Minerve, 2021.

Patrick Van Denhovehttps://www.lebandeau.net
Après une carrière bien remplie d'ingénieur dans le secteur de l'énergie, je peux enfin me consacrer aux sciences humaines ! Heureux en franc-maçonnerie, mon moteur est la curiosité, et le doute mon garde-fou.

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2 Commentaires

  1. Rappelons que l’excellent ouvrage d’Aline Girard, conservateur général honoraire des bibliothèques et secrétaire générale adjointe du Comité Laïcité République, est préfacé par Mme Catherine Kintzler, philosophe et professeure émérite à l’université Lille III.

  2. Lorsque j’étais professeur – de 1978 à 1984 -, j’insistais déjà beaucoup sur les faits religieux, et pas seulement ceux des trois religions dites du livre, mais aussi les polythéistes antiques.
    Je disais toujours avant de commencer un cours sur ces thèmes : « Ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas de savoir si c’est faux ou si c’est vrai ; votre croyance, ou votre non croyance, ne regarde que vous et n’a pas sa place ici. Ce qui doit nous intéresser, c’est à quoi croient, ou ont cru (pour les religions « mortes ») des quantités d’humains et comment cela oriente (a orienté) leur vie ».
    J’ai eu très peu de cas où des élèves ont refusé un discours explicatif sur des religions qu’ils ne partageaient pas.
    Encore aujourd’hui, je pense que si tous mes collègues avaient eu une attitude de ce genre nous ne serions pas en train de nous battre sur la définition de la laïcité à l’école, avec ou sans adjectif qualificatif.
    Cela suppose cependant d’avoir soi-même une culture sur les faits religieux que n’ont peut-être pas une majorité d’enseignants (c’est tout au moins ce que me donnent à penser huit années comme membre des jurys de recrutement des professeurs de lycée professionnel en lettres-histoire-géographie.

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