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Les mathématiques sacrées : Le temps, l’espace et les cycles cosmiques

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De notre confrère reseauinternational.net

Voyage dans le royaume des chiffres et des symboles sacrés, ainsi que dans les formes, les modèles et les cycles de l’espace et du temps dans lesquels ces chiffres sont intégrés.

La géométrie sacrée est un type de design architectural, industriel et artistique basé sur la répétition de certaines formes géometriques que l’on retrouve souvent dans un lieu sacré, par exemple dans une mosquée, un temple, une synagogue ou une église. Selon certaines religions et courants spirituels, Dieu a créé le monde selon un plan géométrique que l’on peut vérifier à la fois sur un plan microsomique et macrocosmique. Plutarque a attribué cette découverte à Platon, écrivant que « Platon a dit que Dieu créé de façon géométrique constamment et continuellement » (Convivialium disputationum, liber 8,2). Durant les temps modernes, le mathématicien Carl Friedrich Gauss a adapté ce dicton de Platon en disant « Dieu arithmetises ».

38e Assemblée générale de la GL du Gabon, Ordre misanthrope et profane ?

De notre confrère du Gabon gabonreview – Par Roxanne Bouenguidi 

Douze ans après la diffusion d’une vidéo à l’effet dévastateur, Ali Bongo semble miser sur l’allégeance et la solidarité illusoires des membres de la Grande Loge du Gabon (GLG).

Tout au long du week-end du 12 & 13 novembre, ce sujet a tenu l’opinion en haleine. Aujourd’hui encore, il suscite analyses et commentaires. Douze ans après la diffusion d’une vidéo à l’effet dévastateur, intitulée « Intronisation d’Ali Bongo à la Grande Loge Nationale du Gabon », la 38e Assemblée générale de la Grande Loge du Gabon (GLG) défraie la chronique. Entre anecdotes et publication de la composition du bureau, tout est porté à la connaissance du public. À quelle fin ? Croyant impressionner en affichant leur proximité supposée d’avec certaines sphères, de nombreux francs-maçons y trouvent leur compte. Espérant intimider l’opposition en apportant la preuve de l’allégeance d’une élite supposée, Ali Bongo y a intérêt. À neuf mois de la prochaine présidentielle, il lui semble nécessaire de se poser en homme de réseaux. Il lui paraît utile de faire étalage de ses probables soutiens. Et tant pis si tout cela sème le doute sur sa capacité à respecter son serment ou à s’acquitter de ses engagements vis-à-vis de la communauté nationale !

Idées reçues

Pourtant, en 2010, une manœuvre similaire produisit des effets pervers. Contraints d’avouer leur appartenance, de nombreux francs-maçons furent personnellement mis en cause par leurs proches. Si la Franc-maçonnerie s’en trouva folklorisée, certaines loges furent obligées de se démarquer et d’établir le distinguo entre la GLG et elles. Quant à Ali Bongo, il n’en tira aucun bénéfice, sa gouvernance comme son action ayant constamment été chahutés, comme en atteste le raidissement de son régime. Pourquoi reproduire un stratagème aussi contre-productif ? Au Gabon, franc-maçonnerie et pouvoir politique ont toujours été imbriqués. Perçue comme une marque d’allégeance au Grand Maître et non pas à l’obédience, l’initiation est vue comme un gage de fidélité au président de la République, par ailleurs Grand Maître. Entre mélange des genres et biais cognitif, d’aucuns assimilent l’appartenance maçonnique à une garantie de fidélité au régime.

En demandant le renouvellement de son bail, Ali Bongo s’est laissé aller à ce type d’idées reçues, misant sur une allégeance et une solidarité illusoires. En le reconduisant, ses «frères» ont eu la même attitude, confortant les accusations d’arrivisme et de couardise portées à leur encontre. En se confondant en confidences, ils ont porté atteinte à la crédibilité de leur association. Ne leur en déplaise, de nombreux lieux communs ne font plus recette, l’histoire ayant apporté de cinglants démentis. Ainsi, en 2009 comme en 2016, la présidentielle mit en scène de nombreux francs-maçons. Dans l’un et l’autre des cas, cette appartenance commune ne fut pas suffisante pour garantir la victoire du candidat du Parti Démocratique Gabonais (PDG). A chaque fois, il fallut recourir à des méthodes peu orthodoxes : tripatouillage des procès-verbaux, violence policière ou armée et instrumentalisation de la Cour constitutionnelle.

Leçons du passé

Pour cette seule raison, on ne peut se laisser impressionner par la manœuvre du week-end écoulé. Au-delà, on ne peut s’accommoder de ce mélange des genres. Encore moins banaliser cette propension à subordonner l’affiliation politique à l’appartenance à une association ésotérique.  Comme les différentes religions ou cultes traditionnels, la Franc-maçonnerie est une affaire privée et personnelle. Y adhérer ne sera jamais une affaire publique ou un acte d’intérêt général. Comme le Christianisme ou l’Islam, comme le Bwiti, elle ne doit ni offrir des passe-droits ni déboucher sur du chantage. Au-delà, elle ne saurait influencer les choix politiques, la liberté de conscience et la liberté d’opinion étant deux principes constitutionnels d’égale valeur. Ali Bongo veut-il être certain de disposer d’un électorat captif ? Cet objectif doit être assigné au PDG et à aucun autre cercle.

Comme tous les potentiels candidats à la prochaine présidentielle, Ali Bongo doit confier la mobilisation à son parti politique. Autrement dit, il appartient au PDG d’établir un climat de confiance avec les citoyens. Il lui revient de se mettre à l’écoute des populations et de leur décliner son bilan. Au lieu de mélanger ésotérisme et politique, le pouvoir doit se mettre au travail. En 2016, certains francs-maçons avaient désapprouvé le dénouement de l’élection. Même s’ils l’exprimaient sous cape, ils s’étaient montrés particulièrement dépités, laissant éclater des velléités de dissidence. La GLG s’en souvient-elle ? Veut-elle continuer d’empêcher à «la lumière qui éclaire (ses) temples (…) (d’) illuminer la cité» ? Où l’on en vient à se demander si elle a tiré les leçons du passé. Où l’on se demande si la Franc-maçonnerie gabonaise est un ordre individualiste et misanthrope, sectaire et profane.

Notre confrère 7 jours Info pose quant à lui la question :

« Grand Maître de la Grande Loge du Gabon et Président de la République : Un serment anticonstitutionnel ? » s’interroge Etienne Francky Meba Ondo.

https://7joursinfo.com/actualites/grand-maitre-de-la-grande-loge-du-gabon-et-president-de-la-republique-un-serment-anticonstitutionnel-sinterroge-etienne-francky-meba-ondo/

Wikipédia donne quelques éclairages sur la Franc-Maçonnerie en Afrique en général et sur la Grande Loge du Gabon           en particulier. Fondée le 12 novembre 1983, elle comprend 29 Respectables Loges et comptent 740 Frères. Ellle se réclame de la mouvance de la Grande Loge Unie d’Angleterre et est fille de la Grande Loge Nationale Française. De nombreux articles se font d’ailleurs l’écho de cette relation/filiation que certains classent dans la catégorie ‘’France à fric’’, soit Françafrique, comme au bon vieux temps – révolu ? – de Jacques Foccart, le prince des ténèbres qui fut, de 1960 à 1974, le « Monsieur Afrique » des présidents français, tirant toutes les ficelles sur ce continent et dont l’ombre tutélaire continue d’écraser ses successeurs.

La presse africaine n’hésite d’ailleurs pas à titrer « Franc-maçonnerie : face aux loges africaines « régulières », la GLNF se démène pour conserver son pré carré » (cf. article Jeune Afrique, édition du 19/05/2021), extrait : « Le voyage au Bénin du grand maître de la Grande loge nationale française, Jean-Pierre Rollet, a crispé les obédiences africaines rattachées à la loge française, qui vivent de plus en plus mal sa tutelle et regardent avec envie du côté des loges dites « régulières », proches de la Grande loge unie d’Angleterre… »

Le dessin de Jissey : VOYANCE

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Le 15 novembre dernier, 450.fm s’interrogeait sur l’astrologue NOSTRADAMUS. Notre ami JISSEY connaît un Franc-Maçon – parfois inquiet – qui a recours à une diseuse de bonne aventure afin de tenter d’élucider certains mystères de sa vie…

09/12/2022 : 7 Loges s’associent pour inviter Cécile RÉVAUGER

Le fait est rare ! Six Respectables Loges de la GLMF, à savoir : « Les Amis du Creuset », « Excalibur », « Les Racines du Futur », « L’arc en Ciel », « Mozart », « Les chemins de lumière », ainsi que « L’Étoile d’ISIS » de la GLFMM, s’unissent pour inviter lors d’une Tenue commune la Soeur Cécile Révauger, le 9 décembre 2022 à 19 h 30 – 8 rue Voltaire – Montreuil afin de répondre à la question : « QUE FAIRE EN LOGE ? »

Cécile Révauger est initiée en franc-maçonnerie en 1982 au sein d’une loge maçonnique de la Grande Loge Féminine de France. Elle quitte cette obédience pour rejoindre le Grand Orient de France en 2013. En 2020, elle devient la première sœur membre de la chambre d’administration du Grand Chapitre Général du Rite Français du GODF, organe gestionnaire des Ordres de Sagesse, hauts grades du Rite Français.

Cécile Révauger (2018)

Cécile est est née le 1er juin 1955, à Bordeaux. Elle est auteure et historiographe dans les domaines de la franc-maçonnerie et des Lumières. Professeure des universités, agrégée d’anglais, docteur de IIIe cycle et docteur d’État, elle est l’auteure d’une thèse sur « La franc-maçonnerie en Grande-Bretagne et aux États-Unis au xvii e siècle : 1717-1813 », soutenue à l’Université de Bordeaux III en 1987.

Ses recherches sur le XVIIIe siècle l’incitent à étudier la franc-maçonnerie, née à l’époque des Lumières. Cécile Révauger, s’attache dès lors à un domaine largement inexploré par la communauté universitaire. Elle se heurte à l’origine à une certaine méfiance des grandes loges anglo-saxonnes qui font preuve de réserves au regard de recherches à caractère public. L’obtention d’une bourse Fulbright de la commission franco-américaine, lui permet d’effectuer des recherches dans les bibliothèques des grandes loges américaines à Boston, Washington DC et Cedar Rapids3. Ayant ainsi accès aux plus vastes collections d’archives maçonniques des États-Unis, elle rédige grâce à la qualité et à la quantité des informations étudiées, une thèse d’État intitulée : « La franc-maçonnerie en Grande-Bretagne et aux États-Unis au XVIIIe siècle : 1717-1813. », thèse soutenue à l’Université de Bordeaux III en 1987. Grâce à l’obtention d’une seconde bourse de recherche, elle travaille sur les archives des grandes loges noires de Prince Hall à New York et Washington DC et rédige un ouvrage sur la franc-maçonnerie noire aux États-Unis en 2012 : Prince Hall au XVIIIe siècle aux États-Unis – Noirs et Francs-Maçons.

Elle rédige en collaboration de nombreux articles sur les sujets maçonniques ainsi que plusieurs ouvrages collectifs. Elle achève une œuvre commune entamée en collaboration avec l’historien et auteur Charles Porset (OE) chercheur au CNRS, membre du CELFF (Centre d’Etude de la Langue et de la Littérature Françaises des XVIIe et XVIIIe siècles, Université Paris IV Sorbonne) : Le Monde maçonnique des Lumières. Europe-Amériques et Colonies. Dictionnaire prosopographique (Honoré Champion, 3 vol., 2013).

Femmes et Sœurs en mixité(s)

« La femme a un cerveau qui doit être cultivé. Il y a des femmes qui ont beaucoup d’esprit, il y a même des hommes qui n’en ont pas, et ce dernier fait n’est pas rare. »

Avec son humour corrosif, Maria Deraismes lance sa réflexion sur le statut de la femme, ses obstacles ataviques, ses choix, ses richesses. Et ce cheminement est une désobéissance envers l’ordre établi, une transgression des tabous. Avec ses compagnes, elle prouve en actes que la société en général, la Maçonnerie en particulier, peuvent mettre en autre perspective une réflexion partagée entre hommes et femmes. Il ne s’agit rien de moins que d’ébranler une suprématie masculine ancrée dans des certitudes millénaires, déséquilibre et injustice confortables pour les maîtres du jeu autoproclamés, au nom de vérités transcendantes réservées aux intelligences d’élites, donc masculines.

Les réticences sexistes vont s’éroder, l’homme descendre de son perchoir, la femme sortir de sa sphère privée, la compétence féminine s’affirmer.

1893, Maria Deraismes co-fonde le Droit Humain. La Franc-Maçonnerie mixte conforte ainsi, en actes et en travaux, une collaboration en solidarité et fraternité. Soeurs et Frères sur les mêmes colonnes partagent les indignations contre injustices et inégalités, les exigences de mixités plurielles, d’engagements politiques et humanitaires, de liberté de conscience.

Nous voici donc, femmes et Sœurs, en voie de réflexion sur la mixité du genre, intellectuelle, sociale, culturelle, humaniste.

Partons d’une évidence, un truisme : nulle époque, culture, société, n’a jamais pu mettre en question la réalité des deux sexes nécessaires à la pérennité de l’espèce, leur complémentarité essentielle.

Deuxième constat, l’égalité différenciée de leurs rôles distinctifs. S’agit-il d’égalité, d’équité, de complémentarité, d’équilibre, de proportion, de quota, de répartition des tâches ?

Mais qui décide et de quoi ? La Maçonnerie, derrière son voile de démocratie formelle, n’échappe pas aux sourdes querelles de pouvoir. A plus forte raison dans celle du genre, car le tabou protéiforme y est en embuscade.

Tabou de la sexualité et de la séduction, source supposée de tentation et de perversité, qui menaceraient la sérénité. Une séduction, réelle ou non, exacerbe les préconçus misogynes autant que « misandres », en rejet de l’homme, du Frère.

Jeune femme, jolie, prend une pose

Tabou des corps en miroir révélateurs d’une féminité partagée, d’une frontière plus poreuse qu’il n’y paraît. Inacceptable pour d’aucuns. Les présupposés du pouvoir s’en trouvent ainsi menacés et on campe dans ses retranchements reptiliens.

Tout en clamant que le travail initiatique est une mise à nu. Certes, mais pas devant n’importe qui !

Or, la participation aux travaux en égalité de droits, de devoirs et de responsabilité, n’entraîne aucune mise à nu qui ne soit volontaire.

Mais se pose la question fondamentale du corps en Maçonnerie. Une loge est un ensemble de corps réunis dans la proximité des attitudes, des gestes, des immobilités, des inconforts. Tout en ayant à les transcender : on ne vient pas en tenue pour cacher ce corps, en avoir honte, redouter l’expression des émotions (pleurs, tremblements) qui battraient en brèche les poncifs ataviques (homme impassible, femme sensible).

Et voici à nouveau le poncif majeur qu’est l’opposition entre Raison et Sensibilité, et son filigrane, homme de raison et femme de sensibilité. Sans même entrer dans le détail des préjugés concernant la teneur des travaux, entre sérieux et futilité…

un sculpteur assis - Tableau de Bernard Bonave
Tableau de Bernard Bonave

Ne serait-il pas nécessaire de restaurer la conscience de la matérialité charnelle d’une tenue ? En cessant de couper drastiquement entre la tête en voie de transcendance et le corps encombrant à neutraliser ? Une aberration qui fait long feu…

Or le corps, quel qu’en soit le genre, est le lieu de l’équerre, verticale vers le céleste, horizontale vers l’autre dans son corps et sa parole.

Mixité sociale, culturelle et intellectuelle, sont à l’affiche du recrutement. Mais on se coopte à tout va dans des domaines soigneusement monochromes. Juste une pointe d’originalité de temps en temps, qui ne met pas à mal une égalité de quota, très formelle. La teneur souvent érudite, très formatée, de toute façon orthodoxe des planches, fait illusion…

Loin de nous le propos réducteur et condescendant sur le désir de non-mixité de Soeurs et de Frères dans leur option d’un entre-soi de genre.

Chacun voit midi à la porte de son temple. Notre midi et notre minuit passent par d’autres regards.

Alors, comment dépasser ce clivage ?

Peut-être en envisageant trois niveaux de comportements. Le niveau « reptilien » qui ne veut pas aller au-delà du dérangement essentiel et non amendable que représente l’Autre. Quant-à-soi, entre-soi rassurant. Le niveau du « quota », le « faute de mieux ». Une porte entrebâillée. Le niveau du « choix » actif, le surcroît « grâce à plus ».

A l’évidence, deux individus diffèrent par le corps, l’éducation, la culture, le mode de pensée et de langage. Et l’inter-assimilation est un leurre, et la « mixité », le mélange, ne peut qu’être une approximation, imparfaite mais enrichissante.

Droit Humain
Droit Humain

Reste à en envisager les modalités. Condition sine qua non d’une proximité prolifique. D’où la nécessité de « penser mixte », dans une troisième dimension, qui n’attire pas l’un dans le domaine de l’autre. Un espace mental inédit. Utopique, certes, à construire.

En repensant le principe d’égalité en complémentarité, sans jugement de supériorité ou d’infériorité entre éléments associés.

En réfléchissant autrement sur l’attribution, sujette à caution, de qualités « masculines » ou « féminines » dans le catéchisme des symboles ! Le symbole, en tant que métaphore, s’enrichit du regard croisé que lui porte une mixité réelle, par initiation et cheminement concertés en complémentarité de droits et de devoirs.

Femmes et Soeurs, nous venons dans la mixité de nos loges sans avoir à redouter ni le filigrane misogyne de regards et de propos déplacés, ni la texture revancharde de combats profanes. Au-delà des sexes et des genres, il n’existe pas de sujets réservés, voire interdits, si l’on accepte que tout puisse être dit dans un langage qui les « transcende ». Un langage nouveau à inventer. Un défi à relever !

Annick Drogou

En Franc-Maçonnerie, hélas, certains comportements, certaines revendications langagières portées à incandescence, n’échappent pas à un sexisme exacerbé. Et contre-productif.

N’avons-nous rien de mieux à travailler dans nos loges ? Que de temps et d’énergie dépensés en perte certaine…

Dominique Segalen

Cela suppose l’effort de revisiter ses propres schémas genrés, de se débarrasser du vocabulaire qui les conforte. Et de ne pas se réfugier dans le confort des attitudes convenues.

Loin d’évacuer ou masquer les sujets soi-disant impossibles, réfléchissons au langage approprié à les formuler, en raisonnant en miroir, en parallèle. Dans la relativisation des postures, des choix, des rôles.

« Rectificando »… Femmes et Sœurs en mixité, nous choisissons la vigilance d’une altérité vivifiante.

Annick DROGOU – Dominique SEGALEN

À paraître : La grande histoire du Rite Français 1773-2023

Un beau livre – format 20×30 cm – en souscription jusqu’au 18 Décembre. Le Rite Français est le ferment originel de la maçonnerie française et porte en son sein tous les ingrédients de justice sociale et tous les espoirs d’émancipation des hommes et des femmes.

La grande histoire du Rite Français 1773 – 2023 traduit l’ensemble du patrimoine historique et philosophique. Ce beau livre invite les lecteurs à découvrir ou redécouvrir les éléments fondamentaux qui ont jalonné les origines du Rite Français, sa codification et son expression philosophique.

Cet ouvrage collectif , richement illustré, de la Commission Histoire et Symbolisme du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France, sous la direction de Jean-Christophe Garrigues, donne l’occasion aux lecteurs de le commander dans des conditions de souscription très avantageuses.

Philippe Guglielmi

Un ouvrage préfacé par Philippe Guglielmi, Grand Maître du GODF de 1997 à 1999 et Très Sage

& Parfait Grand Vénérable du Grand Chapitre Général du GODF.

Profitez de l’offre de souscription – jusqu’au 18 décembre – à 29 € (frais de port offerts) au lieu de 45 € (port compris). Publication fin janvier 2023. Une offre Internet exclusivement réservée aux envois France métropolitaine https://bit.ly/3OlpQwn. Offre souscription pour hors France métrolitaine à 39 € au lieu de 55 €.

250 ans, cela se fête ! Au XVIIIe siècle le Rite Français est tout simplement le rite des Français…

GCG du GODF

Le Rite Français, ou Rite français moderne, ou encore Rite moderne est un rite maçonnique constitué et codifié par le Grand Orient de France en 1783-1786 sous le nom de « Rit en 7 grades suivant le Régime du Grand Orient de France ». Consubstantiel à la naissance du Grand Orient de France, il est son rite de fondation créé en vue d’unifier les pratiques de ses Loges. Descendant en droite ligne des usages premiers de la Franc-Maçonnerie spéculative ;

Alexandre Louis Roëttiers de Montaleau (1748-1807)

il contient et véhicule les plus anciennes traditions rituelles et initiatiques de la franc-maçonnerie nées en Écosse, puis en Angleterre. La codification du XVIIIe siècle le structure en deux composantes graduelles, une symbolique en trois grades et une philosophique qui prend le nom au XXe siècle d’« Ordres de Sagesse », en quatre ordres. Un cinquième ordre, administratif et conservatoire, clôture cette codification.

Illustration Gallica

Publié en 1801 sous le titre de Régulateur du Maçon, il est depuis cette date son rite officiel et reste intimement lié à la naissance de la franc-maçonnerie continentale notamment en France. Au cours de l’histoire, il évolue vers des versions qui accompagnent souvent les évolutions que connait la société française. Sa diffusion en Europe et dans le monde s’accompagne parfois d’un retour aux pratiques originelles réactivées en France à compter de la seconde moitié du XXe siècle. Le Rite Français est au XXIe siècle pratiqué sous différentes formes par plusieurs obédiences maçonniques françaises, européennes et latino-américaines.

Retrouvez Le Régulateur du maçon : [Grades symboliques] : [Cahiers du Vénérable et des (premier et 00second) surveillants] sur Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3193656#

Page de garde du Régulateur des Chevaliers Maçons de 1801

Témoignage : Symbolisme bouddhiste et symbolisme maçonnique

Dans la voie des moines de la forêt, on retrouve l’étude, la réflexion et la méditation mais c’est surtout ce dernier point qui est le plus important : la pratique de la méditation.

Je n’oserais dire que je médite dans le Temple, mais il y a une certaine attitude intérieure qui me permet de mieux entrer dans le rituel, de quitter les métaux et d’être au plus près de ce qui est vécu, des phrases du rituel, de nos déambulations, de nos travaux, de notre chaîne d’union. C’est une attitude intérieure d’ouverture vers l’autre bien souvent différent de moi. C’est une attitude intérieure vers le fait de me relier, de ne plus rester sur un plan horizontal mais d’aspirer à la verticalité, de tendre vers le haut.

Les deux traditions (maçonnique et bouddhiste) me permettent de toucher quelques qualités intérieures non encore vraiment potentialisées et d’y revenir lors d’une autre Tenue ou d’une autre méditation.

J’ai pris « Refuge » avec un Maître, très tardivement, dans mon cheminement bouddhiste, peut-être attendais-je la bonne personne…  J’ai également suivi des enseignements d’un certain nombre de nonnes et de moines qui m’ont aidé à approfondir ma pratique, à mieux comprendre les enseignements et à avoir une réflexion collective et personnelle afin de « changer » mes comportements, « changer » ma façon de voir le monde.

Par changement, j’entends affiner, m’approprier ma propre pensée, ne pas entrer dans un dogme.

Etant en recherche d’authenticité (vérité me semble un mot un peu trop fort, car existe-t-elle vraiment ?) et de partage de celle-ci avec d’autres, la Franç-Maçonnerie me semble bien adaptée à cette recherche qui passe par la tolérance, le partage, l’acceptation des différentes croyances, et la liberté dans cette recherche. Quant au bouddhisme il me semble aussi répondre à cette recherche d’authenticité car il y a un vrai travail intérieur de nettoyage et d’appropriation des symboles.

Dans les deux traditions, le chemin est balisé par une transmission ancienne, pour beaucoup orale et ensuite retransmise par l’écriture. Des générations d’hommes et de femmes ont suivi ces 2 traditions et nous les ont transmis parfois au risque de leur vie.

Dans les deux traditions, il nous est proposé plusieurs vertus, comportements de vie, j’ai retenu personnellement depuis plusieurs années, l’une d’entre elles sur laquelle je travaille et dont il me semble que les autres découlent, il s’agit de LA BIENVEILLANCE.

Vaste chantier car elle requiert de grandes facultés d’ouverture, d’écoute et de compréhension de l’autre.

Et puis dernier point qui est aussi un vaste chantier et que l’on retrouve dans les deux voies : l’ETHIQUE ou ensemble des règles de conduite. Dans l’une comme dans l’autre tradition, c’est un point important qu’il nous faut sans cesse améliorer, reprendre et rectifier.

S’améliorer est un véritable travail qui nous occupe beaucoup….

J’entremêle ces deux voies depuis plusieurs années et elles se complètent bien malgré quelques différences.

Ida a créé avec d’autres personnes LA LETTRE DES DEUX VOIES pour favoriser des échanges et des liens entre Francs-Maçon (nes) qui sont déjà dans une démarche bouddhiste ou qui souhaite connaître un peu mieux le bouddhisme.

La lettre est trimestrielle et gratuite, on peut s’y inscrire en précisant son Ob., sa L. et la Ville de résidence à ce mail : lesdeuxvoies@orange.fr

Jazzmen francs-maçons épisode 8 : Joe Morello

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Joe Morello – Batteur (Joseph Albert Morello – 17 juillet 1928 – 12 mars 2011)

Ce musicien ne vous dit rien ? Pourtant vous le connaissez sans le savoir, car il a été le compagnon de route du quartet de Dave Brubeck  de 1957 à 1971, qui a prodigué des tubes mondiaux repris par de nombreux artistes célèbres, dont chez nous, le chanteur Claude Nougaro.

Vous séchez toujours ? Regardez les deux vidéos et vous allez dire : Ah mais oui ! Bien sûr !

La première vidéo, dont le premier plan est justement sur Joe.

La deuxième vidéo dont le thème a été immortalisée en France par Claude Nougaro (mettant très habilement des paroles en français sur ce thème dans un contexte très cinématographique évoquant un casse raté).

Joe Morello est issu d’une famille aux origines françaises (son père était niçois) et sa mère québécoise (french Canada comme disent les états-uniens). Très tôt, il souffre de problèmes de vue et lui-même s’astreint à des activités en intérieur.

Il apprend le violon à six ans et trois ans plus tard, il joue au Boston Symphony Orchestra le concerto pour violon de (Jakob Ludwig  Bartholdy )Felix Mendelssohn et continue jusqu’à l’âge de 12 ans. Mais à 15 ans, il rencontre Sacha Heifetz qui règne en maître sur l’instrument, et décide qu’il ne pourra jamais égaler le maître. Ce qui l’amène à changer pour la batterie !

Cette conversion inattendue s’accompagne de cours avec un musicien, Joe Sefcik, qui ne passera pas à la postérité, mais qui était une célébrité locale dans la bonne ville de Holyoke, Massachusetts, préférant rester enseignant et avoir une vie familiale stable.

Un autre batteur et enseignant, George Lawrence Stone auteur d’un traité de l’instrument, trouva Joe (Morello) si doué et créatif, qu’il incorpora dans un autre ouvrage, beaucoup de choses qu’il avait entendu de lui. Puis Joe continua ses études avec un percussionniste  du Radio City Hall, Billy Gladstone.

Une fois installé à New York City, il commence à travailler avec des musiciens et musiciennes aussi prestigieux que les guitaristes Tal Farlow, Johnny Smith, Sal Salvador, le chef d’orchestre Stan Kenton,  les fantastiques altistes Phil Woods, Art Pepper, le chanteur Jay Mc Shann, la magnifique pianiste Marian Mc Partland, et le trompettiste Howard Mc Gee.

Toutefois, malgré des invitations prestigieuses, il refusa d’entrer dans les orchestres de Benny Goodman et Tommy Dorsey favorisant des sessions avec Dave Brubeck à partir de 1955.

C’est à partir de 1967 que Joe va devenir enseignant et intervenant sur les techniques de la batterie.

Parmi ses élèves on peut mentionner en jazz Danny Gottlieb, Jerry Granelli, ainsi que de nombreux autres liés à la pop music ou au blues.

Joe apparaît dans plus 60 albums en compagnie du Dave Brubeck quartet et environ plus de 120 durant toute sa carrière. Il est également auteur de plusieurs méthodes de batterie ainsi que de vidéos tutorielles.

De gauche à droite : Joe Morello, Dave Brubeck, Gene Wright, Paul Desmond.

Concernant son appartenance à la franc-maçonnerie c’est au cours d’une interview du journaliste Jean-Louis Ginibre dans le numéro 146 de la revue Jazz Magazine de 1967, qu’il répond à la question suivante : « Que représente la bague que vous portez ? » Joe répond : « Elle signifie que je suis franc-maçon au 3e degré ! »

De fait nous n’en saurons pas plus, en revanche du point de vu musical on comprend dès lors, qu’il va appliquer la symbolique maçonnique constamment avec des mesures impaires, qui n’étaient pas encore à la mode dans les années 50 et 60. En effet, les rythmes 3/4, 5/4, 7/4, 9/4, seront légion dans la musique du quartet.

Le titre « Take Five » (bien que composé par Paul Desmond – alias Paul Breitenfeld à la demande de Dave), ainsi que le thème « Unsquare Dance » seront les exemples les plus marquants de cette décennie. A ce propos, la relation entre Paul et Joe firent des étincelles au début et il fallut du temps avant que ces deux là ne deviennent de vrais amis… Comme quoi.

Le style de Joe à la batterie est en outre très différent de ce qui se pratique à cette époque. (D’ailleurs, Art Blakey dira très méchamment à propos de Dave, « Qu’il swinguerait bien au bout d’une corde ! » Propos à remettre dans le contexte de tensions raciales qui prédominaient à cette période… Mais qui ne sont toujours pas retombées en 2022 !) . En effet, à l’écoute du solo de batterie de Take Five on est frappé par l’économie de moyens mise en œuvre en comparaison de ses collègues qui explosaient dans un feu d’artifice constant sur scène. De Gene Krupa à Buddy Rich, d’Art Blakey à Roy Haynes, de Jo Jones à Max Roach, la propension à la virtuosité phénoménale des hard-boppers et autres précurseurs, contraste avec cette ascèse qui en a dérouté plus d’un.

Néanmoins il aura une part considérable dans le succès du quartet, et Dave ainsi que les deux autres musiciens Paul et Gene (Eugene Wright, le contrebassiste) le reconnaitront largement.

Joe était apprécié de ses collègues et on en apprend un peu plus sur lui en se référant aux quelques retours de certains.

Ainsi la très grande pianiste Marian Mc Partland avec laquelle il a longtemps joué disait ceci de lui : « Joe Morello est le batteur pour batteurs. Depuis que je le connais, c’est-à-dire près de dix ans (quand il est venu pour la première fois à New York et s’est assis avec moi à la Hickory House en 1952), il a toujours été entouré de batteurs qui venaient de partout pour l’écouter jouer, lui parler, s’entraîner ou étudier de près son incroyable technique. Joe a rejoint mon trio en 1953, et il m’a toujours été intéressant de voir combien de temps il consacrait à l’étude de la batterie, voire à pratiquer chaque minute libre entre les sets. Il était absolument fanatique à ce sujet, et parfois il semblait y avoir une sorte de fureur contrôlée dans son jeu – une sorte de férocité qui dément l’apparence de ce gars calme et à la voix douce. Ce n’est que lorsqu’il joue qu’il révèle certains des conflits intérieurs et des frustrations qui l’ont façonné et dirigé dans sa quête incessante de perfection. »

A sa mort elle fit également cette déclaration à la radio : « Il va me manquer terriblement. C’était un homme et un batteur merveilleux et un très grand enseignant. La musique était toute sa vie.»

D’autres commentaires de sources inconnues disent également ceci : « Joe était un enfant prodige du violon et pouvait très bien jouer du piano. C’est une personne sentimentale qui réfléchit profondément, qui aime rêvasser et philosopher en écoutant de la musique, de toutes les musiques. Ses goûts musicaux vont de Casals à Sinatra en passant par Red River Valley. C’est une personne complexe : d’une part, douce, calme et imaginative, puis, l’instant d’après, un extraverti complet, faisant impression sur ses amis et riant comme un écolier ; puis à nouveau il redevient distant, maussade, coupé de tout le monde dans son petit monde intérieur. »

Enfin celui-ci assez étrange qui permet également de comprendre comment les états-uniens perçoivent notre soi-disant originalité :

« Les Français c’est une drôle de race. Et le batteur Joe Morello, qui est d’origine française, ne fait rien pour déjouer la maxime. Ses caractéristiques gauloises, combinées à son éducation tranquille de la Nouvelle-Angleterre, semblent être à la base de sa personnalité – pleine d’entrain. Pleine d’entrain, mais sérieuse et sensible à un haut degré. »

Il est également très important de souligner que le Dave Brubeck Quartet était un groupe mixte, Dave, Joe et Paul étaient blancs, et Eugene Wright était noir, ce qui dans cette période de la fin des années cinquante et début soixante, n’avait rien d’évident dans le paysage politique états-unien. Même si Benny Goodman fut un précurseur en la matière, qu’il faillit payer durement, ils n’étaient pas légion à le pratiquer. Mais je le répète encore, dans le jazz, peu importe sa couleur, son genre, la tronche ou pas de l’emploi, seul compte le talent. Le jazz échappe ainsi à toutes ces revendications d’assignation identitaire que l’on voudrait nous faire passer pour de la modernité, alors qu’elles ne sont au contraire que recul de la liberté et de l’universalisme. Cette dernière valeur étant hautement revendiquée par le jazz.

La réputation de Joe allait bien au-delà du jazz, ainsi le Beatle Ringo (Starr) sachant qu’ils utilisaient tous les deux la même marque de batterie, lui rendit visite et échangèrent sur le sujet, et pratiquement tous les batteurs modernes, tous styles confondus lui doivent quelque chose.

Il fut une pierre majeure à la construction de l’édifice de la batterie jazz moderne.

Parmi cette abondante discographie, il y a évidemment l’inamovible « Time Out » qui a fait la réputation mondiale du quartet et de Joe en particulier. Le succès de cet album tient aussi une bonne part grâce à l’illustration devenue célébrissime du peintre/graphiste/designer Sadamitsu « S. Neil » Fujita.

Mais il faut également comprendre que ce disque a également fait beaucoup pour le jazz, permettant à ceux qui en étaient éloignés de s’en rapprocher et dans de nombreux cas en devenir de fidèles et ardents défenseurs.

Je vous recommande également ces deux albums datant de 1963, en public, car le « live » est toujours plus authentique dans l’exercice du sans fil.

Celui-ci également durant ses débuts avec le trio de Marian Mc Partland en public en 1955, le son n’est pas fabuleux et en mono, mais c’est un témoignage intéressant.

Ensuite si vous voulez aller plus loin dans sa discographie, vous pourrez l’écouter avec : Art Pepper, Gary Burton, Tal Farlow, Gil Mellé, Sal Salvador, Chuck Wayne,  Jimmy Raney, Jimmy Mc Partland (oui le mari de …), Helen Merrill, Howard Roberts, Paul Desmond, Jay Mc Shann, Louis Armstrong, Stan Getz, Tonny Bennett, Red Norvo,  autant dire une grande partie de la planète jazz, classique et moderne. Et également environ 7 albums sous son nom.

Un grand anonyme à redécouvrir !

Yves Rodde-Migdal novembre 2022

Interview d’Edouard Habrant ancien Grand Maître de la GLMF

RÉDACTION : EDOUARD HABRANT, vous avez été Grand Maître de la GLMF, vous allez nous rappeler durant quelle période ? Notre question complémentaire, depuis quand êtes-vous maçon ?

EDOUARD HABRANT : J’ai été Grand-Maître de la Grande Loge Mixte de France entre 2015 et 2016, puis entre 2018 et 2021. J’ai été initié au sein de la Loge Horus (GLMF) le 7 novembre 2003.

RÉDACTION : Vous avez donc gravi tous les échelons et vous avez ensuite été élu Grand Maître, par deux occasions d’ailleurs. En quelles années était-ce ?

EDOUARD HABRANT : Je ne sais pas si le terme « échelon » est le plus approprié, mais je me suis effectivement engagé au sein du Conseil de l’Ordre à compter de 2013. C’est en 2015 que j’ai été élu Grand Maître pour la première fois. A l’issue d’une période de trois années en qualité de Conseiller de l’Ordre, une période d’inéligibilité d’un an est prévue réglementairement avant de solliciter un second mandat. Ce second mandat s’est déroulé entre 2018 et 2021.

RÉDACTION : Avant de revenir sur votre expérience de Grand-Maître, qu’avez-vous retenu de votre parcours initiatique ?

Qu’il existe, à portée de nos mains, un grand nombre de richesses spirituelles, intellectuelles et morales. Il nous suffit d’être attentifs à recevoir le meilleur de ce que chacun peut nous transmettre pour en bénéficier.

Que chacun de nous porte une part de lumière, mais aussi une part d’ombre, dont je ne pense pas que nous puissions nous affranchir totalement. Pour la combattre, il est important d’être en mesure de l’identifier.

Que, dans un monde incertain et confronté au temps qui passe, tout est sans cesse à reconstruire et qu’il est donc essentiel de ne pas perdre le fil de nos pensées et de nos actions, tout comme l’héritage de nos ancêtres.

Qu’il faut faire la différence entre une pensée et une opinion, ce qui permet de se défaire plus facilement des opinions erronées, qui entravent notre progression.

Que la quête de sens doit guider chacun de nos pas.

RÉDACTION : Pour nos lecteurs curieux de votre parcours, comment avez-vous accédé à la grande maîtrise, avez-vous fait campagne, ou est-on venu vous chercher ? Parlez-nous ensuite des querelles de campagne. Y’a -t-il eu des intrigues ?

EDOUARD HABRANT : Pour comprendre ce que vous appelez « l’accès à la Grande Maîtrise », il faut expliquer un peu le mode de fonctionnement de la Grande Loge Mixte de France.

Lors d’une assemblée générale dénommée « Convent », l’ensemble des Loges de l’Obédience désigne chaque année 6 Conseillers de l’Ordre pour une durée de 3 ans. Cette instance, qui est donc renouvelée par tiers chaque année, élit en son sein un Grand Maître.

Le renouvellement de l’instance désignant le Grand Maître étant à la fois partiel et minoritaire, il est possible de prédire avec plus ou moins de précision le nom du futur Grand Maître, en fonction de la position des 12 Conseillers déjà « en place ».

Cette formule présente ses avantages (une continuité d’une année sur l’autre), mais aussi ses inconvénients (le sentiment que les décisions sont déjà prises).

En ce qui me concerne, je dois reconnaître que mon prédécesseur, François Padovani, m’a littéralement mis en place lors de mon premier mandat.

En 2018, la situation était sensiblement différente puisque le Conseil de l’Ordre avait été largement renouvelé durant la période écoulée. J’ai été élu en deux temps, tout d’abord en qualité de Conseiller de l’Ordre à l’issue d’un vote de l’ensemble des Loges, puis en qualité de Grand Maître, par un vote du Conseil de l’Ordre.

Cette double élection n’a pas – à ma connaissance – spécialement donné lieu à des querelles de campagne ou à des intrigues.

RÉDACTION : Comment s’est passé votre Grande Maîtrise ? Qu’avez-vous fait durant vos années de mandat ?

EDOUARD HABRANT : J’ai poursuivi la mise en œuvre d’actions qui avaient été conçues avant mon mandat (par exemple, la création d’un Fonds de dotation pour soutenir les actions de solidarité externes).

Je me suis également efforcé de donner aux travaux de l’Obédience, de ses Loges et de leurs membres, des supports pour prolonger la réflexion tout en portant la parole maçonnique au-delà de son champ habituel d’expression, à travers la création d’une revue (Sisyphe), d’une Newsletter, d’une émission de Radio (« Pierres de touche », sur Radio Delta), de vidéos.

Une attention particulière a également été portée sur le renforcement des liens avec de nombreux interlocuteurs (médias, institutions républicaines et pouvoirs publics, universitaires, etc…) pour donner une image aussi fidèle que possible de la Grande Loge Mixte de France, ses principes et ses valeurs.

A partir de mars 2020, les efforts se sont concentrés, dans le contexte sanitaire très difficile que nous avons connu, sur les actions de solidarité au bénéfice des Loges et de leurs membres, ainsi que sur la manière de préserver nos liens et de vivre la franc-maçonnerie au temps de la Covid-19.

REDACTION : Qu’auriez-vous souhaité mettre en place, que vous n’avez pas pu faire durant ces trois années de mandat ?

EDOUARD HABRANT : Je m’abreuve aux sources du passé, mais je vis dans le présent et me projette dans l’avenir. Il est toujours préférable de penser à ce que nous devons faire et non à ce que nous aurions pu faire.

RÉDACTION : Parlons maintenant de votre descente de charge, comment s’est-elle déroulée ? Quelle est votre expérience d’après mandat ? Est-ce qu’il y a eu une déprime ou plutôt une libération ou des regrets. Était-ce une période de Grand Maître blues ?

EDOUARD HABRANT : C’est une période très singulière, où j’ai eu le sentiment d’une forme de dépression, au sens littéral, c’est-à-dire une baisse de la pression et un sentiment de vide.

En dépit de journées professionnelles chargées, cette impression de vide a prédominé durant plusieurs semaines.

Ce qui frappe également, c’est la possibilité de recouvrer une liberté de parole. Quand un mandat vous est confié, vous vous exprimez toujours au nom de l’Obédience, et jamais en votre qualité personnelle. Paradoxalement, ce que vous pensez ne compte plus vraiment, puisque vous portez une parole qui vous dépasse (au sens noble), celle d’une institution de plus de 5.000 membres et de près de 40 ans d’existence.

Lorsque vous êtes très attaché à votre liberté d’expression, c’est un profond soulagement de parler tout en n’engageant que soi.

RÉDACTION : Que retenez-vous de cette expérience. L’avant, le pendant et l’après ?

EDOUARD HABRANT : Je retiens tout, du moins le plus possible.

Le véritable privilège des Grands Maîtres, c’est de faire des rencontres extraordinaires, particulièrement dans les Loges.

J’ai pu mesurer à quel point la pratique de la franc-maçonnerie est à la fois commune et singulière. Commune, car nous puisons à la même Tradition. Singulière, car chaque Loge est riche des parcours de ses membres, mais aussi de ses racines culturelles, historiques et géographiques. Entre Lille, Fort-de-France, Ajaccio ou Montélimar, ce sont de subtiles variations qui sont autant de mélodies différentes. J’ai pris énormément de plaisir à les écouter, et je ne les oublierai jamais.

RÉDACTION : Une avant dernière question, confiez-nous une petite indiscrétion qui vous vient à l’esprit, une expérience qui vous a marqué ou un clash avec votre successeur ou avec votre prédécesseur.

EDOUARD HABRANT : Je vais vous raconter une petite anecdote.

A l’automne 2018, les représentants des principales Obédiences maçonniques françaises sont reçus à l’Elysée.

La position du Président de la République est particulièrement attendue, en particulier en matière de laïcité, quelques mois après le fameux discours des Bernardins dans lequel Emmanuel Macron a indiqué qu’il fallait « réparer le lien abîmé entre l’Eglise et l’Etat ».

Tout en exprimant la position de mon Obédience et en demeurant attentif aux propos du Président, je m’attaque à la salade qui se situe au centre de mon assiette.

Soucieux d’éviter tout manquement majeur aux règles de savoir-vivre, je veille à éviter de découper une grande feuille qui se présente devant moi et décide de l’enrouler autour de ma fourchette.

Subitement, la feuille s’est déroulée comme un ressort, projetant une délicieuse et abondante vinaigrette au milieu de la table et sur la chemise de mon voisin (dont je tairai le nom).

J’y repense chaque fois que je mange une salade (heureusement, c’est assez rare).

Moralité : on devrait toujours écouter ceux qui nous disent que la gourmandise nous perdra…

RÉDACTION : On va conclure avec la dernière question. Quel regard portez-vous sur la franc-maçonnerie ? La franc-maçonnerie en général et son avenir en particulier ? Vous avez trois heures.

EDOUARD HABRANT : Je suis inquiet et optimiste.

Naturellement inquiet, car de nombreuses Loges sont fragilisées et qu’elles ont parfois du mal à attirer ou conserver des membres plus jeunes.

Au-delà de la moyenne d’âge, donnée qui a ses limites comme toutes les statistiques, je répète souvent que la franc-maçonnerie n’a pas le droit de vieillir, dans le sens où elle n’a pas le droit d’être associée à un passé révolu.

Incarner et perpétuer une tradition est sans doute le plus bel héritage qui soit. Pour autant, cet héritage n’est pas un testament gravé dans le marbre, pour paraphraser René Char.

Le paradoxe est que, pour être fidèle à son histoire, la franc-maçonnerie est condamnée à se réinventer en permanence.

C’est ce qui me rend optimiste : tout est à faire et le meilleur est à venir.

Les Cahiers de l’Alliance N°13-Le banquet-une éthique de la joie et du partage

Revue d’études et de recherche maçonniquesÉditions Numérilivre, octobre 2022, 116 pages, 20 € – abonnement un an, 3 numéros, 48 €

Pour sa cinquième saison, les Cahiers sont placés sous le regard de Ludwig Van Beethoven, « ce génie passionné de fraternité ». Deux citations, mises en avant, motivent ce choix. La première, celle de Wilhelm Furtwängler (1886-1954), un des plus importants chefs d’orchestre de l’histoire de la musique classique occidentale « Beethoven renfermant lui toute la nature de l’homme… » et la seconde d’Éric Orsenna « Beethoven se place dans la lignée glorieuse de ceux qui, avec Prométhée, Socrate et le Christ, ont libéré l’humanité pour l’avènement de la Fraternité… » 2020, année Beethoven, nous a donné un beau bilan symphonique. Et même s’il ne fut pas maçon, Beethoven est cependant le compositeur d’œuvres considérées comme ayant un caractère maçonnique. Dans tous les cas, les Cahiers nous offrent une symphonie de mots. Une sorte de mise en musique du beau et du parfait qui vient nous instruire. À considérer telle une invitation, comme le précise le Rite Français selon le rituel de 1785, imprimé en 1801 sous le titre de Régulateur du Maçon : « Mes Frères, passons dans la salle humide. Nous allons ouvrir les Travaux du Banquet afin de porter les santés d’obligation et je serais tout particulièrement reconnaissant à nos Frères visiteurs de bien vouloir se joindre à nous. »

Dans son avant-propos, Fred Picavet, Grand Maître de l’Alliance, nous entretient de la notion de partage qui nous façonne. De la naissance jusqu’à la satisfaction de nos besoins, en tenant compte de la pyramide des besoins, dite pyramide de Maslow. Il précise que l’agape fait partie intégrante de la tenue, les Frères y partageant là encore le pain et le vin, voire même boivent à la même coupe et rompent le même pain, lors de de certaines cérémonies.

En sept chapitres dont vous trouverez le sommaire ci-dessous, les Cahiers nous transportent dans ce magnifique univers, celui du banquet. Ce qui est fort appréciable, c’est qu’avant chaque écrit, nous trouvons une courte biographie des auteurs. Du professeur de philosophie au u chercheur en passant par le formateur. Chacun fait œuvre commune pour nous transmettre leur savoir dans ce domaine qui reste toutefois peu exploré. Le tout contribuant activement au rayonnement de l’Alliance.

Gaston-Paul Effa

Dans ce numéro, les auteurs se « mettent à table » et nous content une belle histoire allant de la civilisation gréco-romaine à la table du père de Pantagruel, le grand Gargantua – gloutonnerie sympathique – jusqu’à la Renaissance en passant par la table des récits bibliques mais en parlant aussi de sobriété et de cette vertu cardinale qui l’a précédée la tempérance, pour arriver à nos actuelles agapes fraternelles.

C’est ainsi que le professeur de philosophie et auteur de nombreux essais et romans Gaston-Paul Effa nous parle d’alimentation de la naissance à la mort mais qui reste toujours au cœur de notre quotidien. Même si bien manger est essentiel pour rester en bonne santé et bien vieillir, c‘est surtout autour des notions de partage – ne pas manger seul –, d’existence – sans fétichiser la nourriture – et d’invitation au sacré – la nourriture touchant à l’intime –, que nous entraîne celui qui a reçu, en 2016, le prix littéraire de l’IMF, catégorie Essai-Symbolisme pour Le dieu perdu dans l’herbe-L’animisme, une philosophie africaine (Presses du Châtelet, 2015).

Jean-Claude Tribout nous emmène, lui, dans un voyage à travers le temps, à commencer par les banquets philosophiques et littéraires, à la table de l’Antiquité gréco-romaine. Nous y côtoyons cette capacité d’une société à favoriser la tolérance et les échanges réciproques des personnes et des groupes qui la composent et qui se nomme convivialité. Un réel plaisir de vivre ensemble. Le tout sous la protection des dieux…

Nous retenons, entre autres, le texte de Jean Dumonteil « À la table des récits bibliques ». De ses lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament, il s’interroge sur comment le service des tables incarne le projet d’Alliance entre Dieu et les hommes. Un service ponctué par les mots bénédiction, abondance et promesse.

Considérant en plus des textes sacrés et des animaux impurs, Jean Dumonteil traite des « Jeûnes et interdits alimentaires », tant juif que chrétien mais regarde aussi du côté de l’hindouisme. Non sans s’interroger sur le pourquoi de ces interdits – prescriptions hygiénistes ?

En guise de conclusion, nous invitons le lecteur à porter une santé à ce dernier opus qui se termine par une qui comprend trois volumes par an traitant de grands sujets intemporels de la pensée maçonnique et abordant les défis auxquels la tradition spirituelle est aujourd’hui confrontée. Nous apprécions aussi l’encadré concernant le vocabulaire des travaux de table qui ont subi l’influence des loges militaires. Vocabulaire instauré par les Francs-Maçons du XVIIIe siècle pour désigner les actes et les objets particuliers de la Loge de Table (Banquet d’Ordre) et toujours en vigueur. Nous y trouvons donc la transcription des termes tels que barrique, canon, drapeau, glaive, mastic, pierre brute, poudre faible, forte ou fulminante, truelle, etc.

La table des illustrations est particulièrement riche et, faut-il le reconnaître, ces dernières sont de très belles factures.

Une dernière livraison qui enrichit notre connaissance de ce moment partagé d’après tenue, mais qui fait partie de la tenue. Et qui porte bien son sous-titre « une éthique de la joie et du partage ».

N’oublions pas que les Tenues maçonniques aux XVIIIe siècles se produisaient dans l’enceinte de tavernes ou chez des traiteurs, en Angleterre comme en France. Ces réunions étaient placées sous le sceau de la fraternité et de la convivialité. Les Francs-Maçons d’aujourd’hui ont su préserver cette atmosphère fraternelle et chaleureuse pour prolonger et renouveler leur rassemblement hors du temps sacralisé. Ces joyeuses assemblées d’antan se terminaient dans l’allégresse avec des chants – cf. les Constitutions d’Anderson.

Le sommaire : Édito : Fred PICAVET, Le banquet/Gaston-Paul EFFA, L’alliance sacrée avec la nature/François-Xavier TASSEL, Du banquet civique au banquet fraternel/Jean-Claude TRIBOUT, A la table de l’antiquité gréco-romaine/Richard BACIN, A la table de Rabelais/Jean DUMONTEIL, A la table des récits bibliques – Jeûnes et interdits alimentaires/Laurent QUIVOGNE, Abondance et sobriété/Post-scriptum : Jean DUMONTEIL, Méditation sur le pain, le sel, l’agape et la libation

Pour toute correspondance : cahiers.alliance@alliance.fm

ESOPHOROS, la boutique maçonnique de la GL-AMF : objets des Rites RE, REEA, RF, RER, RY, RE, décors et ouvrages : www.esophros.fr