Présentation : Le Garrick Club est un célèbre club de Londres auquel appartiennent principalement des comédiens, des écrivains et d’autres artistes, mais aussi, dans une certaine mesure, des représentants des professions juridiques. Il a été fondé en 1831 sous l’égide du duc de Sussex, frère cadet du roi Guillaume IV et président de la Royal Society. Le club doit son nom à David Garrick, le plus grand comédien britannique du xviiie siècle, dont un portrait en costume de roi domine l’escalier d’honneur.
Le recrutement se fait par cooptation. La rigueur des critères d’admission tient dans l’expression : « It would be better that ten unobjectionable men should be excluded than one terrible bore should be admitted. » Les statuts d’origine précisent que le Garrick a pour mission d’encourager l’art du théâtre d’une façon générale, en étant à la fois un club et une société littéraire. Il se donne notamment pour but de rassembler une bibliothèque consacrée au théâtre. Sa réputation vient aussi d’une vaste collection de plus de 1 000 objets qui y sont exposés, relatifs à l’art et au théâtre.
Le Garrick n’accepte pas les femmes.
Parmi les plus célèbres des membres figuraient entre autres les écrivains Charles Dickens, Thackeray, George Meredith et J. M. Barrie, les peintres Dante Gabriel Rossetti, Frederic Leighton et John Everett Millais, l’acteur Henry Irving et le compositeur Edward Elgar. À une date plus récente, on citera A. A. Milne, le créateur de Winnie l’ourson, George Mikes et Kingsley Amis. Par ailleurs, la Literary Society se réunit une fois par mois dans les locaux du Garrick.
Polémique :
En mars 2024, The Guardian s’est procuré la liste des membres du club et a décidé d’en publier un extrait. Parmi les membres, figurent le roi Charles III, plusieurs ministres, le chef du MI6 Richard Moore ou encore le secrétaire général de Downing Street Simon Case. Or ce club est toujours réservé aux hommes selon une ancienne règle dénoncée comme archaïque et symbolisant l’entre-soi masculin des lieux de pouvoir britanniques. Richard Moore et Simon Case ont annoncé démissionner de ce club.
Le 15 mai dernier Patience Wheatcroft s’exprimait dans le magazine The New European pour dénoncer la non mixité de ce club à l’anglaise. Nous laissons le magazine vous raconter la suite :
C’est la lâcheté plutôt que la conviction qui explique pourquoi le Garrick Club a finalement cédé au principe d’avoir des femmes parmi ses membres. Pendant 193 ans, le club a prospéré malgré son engagement à n’autoriser que les hommes à y adhérer. Pourtant, la décision du Guardian de publier les noms de ses membres a suffi à forcer la démission d’une série de gars nerveux. Ils étaient, semble-t-il, terrifiés à l’idée d’être présentés comme des partisans d’un régime discriminatoire envers les femmes.
Ironiquement, la décision d’autoriser les femmes à adhérer au club est intervenue presque simultanément avec la déclaration de la ministre de l’égalité, Kemi Badenoch, selon laquelle il serait illégal pour les nouveaux bâtiments tels que les clubs, les restaurants et les centres commerciaux de ne pas fournir de toilettes réservées aux hommes. Les femmes ont fait campagne pour cette liberté de la présence masculine en bien plus grand nombre qu’elles n’ont réclamé l’adhésion au club.
Les clubs de gentlemen, sous une forme ou une autre, font partie de la vie sociale, notamment à Londres, depuis des siècles, tandis que les femmes ont également leurs propres institutions. Ceux qui étaient déterminés à briser la barrière « réservée aux hommes » de Garrick Street ont fait valoir qu’il s’agissait d’un cas particulier, car les questions vraiment importantes étaient discutées et décidées par les personnes vraiment importantes qui s’y réunissaient, ce qui ne faisait que perpétuer le patriarcat cruel qui persiste au Royaume-Uni.
Une fois qu’ils ont traversé le processus compliqué de demande d’adhésion et ont subi un contrôle approfondi avant d’être autorisés à payer une cotisation, ils risquent d’être déçus.
Laissons de côté le fait que les règles interdisent les discussions d’affaires, une restriction qui, il faut l’admettre, pourrait être difficile à appliquer, mais le bâtiment richement décoré de Covent Garden n’est pas le cœur battant de la Grande-Bretagne. C’est un refuge pour les comédiens âgés et ceux qui souhaitent les côtoyer. Oui, cela inclut une ribambelle de politiciens conservateurs, mais Michael Gove serait probablement plus intéressé par la collecte d’autographes de Brian Cox ou de Hugh Bonneville que par la discussion sur les affaires de l’État. Jacob Rees-Mogg, s’il daignait un jour s’asseoir à la longue table commune, serait sûrement trop occupé à jouer devant la foule pour dire quoi que ce soit d’important.
Pour les politiciens conservateurs qui veulent faire des affaires sérieuses – ce qui est peu probable de nos jours et probablement pour les décennies à venir – le Carlton Club est le lieu idéal, et il accorde aux femmes une adhésion complète depuis 2008. Le Garrick est un lieu de détente et de divertissement, comme l’a bien compris Winnie l’ourson, l’une de ses principales sources de financement. La fortune que son géniteur a laissée au club finance désormais son œuvre caritative au profit des arts.
Le secrétaire du Cabinet et le chef du MI6 ont des emplois stressants et, comme Winnie l’ourson, ils apprécient probablement un peu de détente et leur plat préféré. Alors qu’ils se précipitaient vers la sortie du club avec une ribambelle de juges face à la campagne du Guardian , ils ne cherchaient pas à garantir que les femmes aient un accès égal au pouvoir, mais simplement à ce que leur propre carrière ne soit pas gâchée par des allégations de discrimination injuste. Leur volonté de renoncer à leur adhésion à Garrick montre à quel point ils y accordent peu d’importance – ces gens savent où se trouve réellement le pouvoir aujourd’hui : dans la Silicon Valley, dans les bureaux de trading de Goldman Sachs et dans les bureaux de Blackrock.
Et juste à côté du lieu où le vote historique de Garrick a eu lieu au début du mois – les Connaught Rooms – se trouve l’imposante salle des francs-maçons. C’est là que se trouve la Grande Loge Unie d’Angleterre, une organisation bien antérieure à Garrick et qui reste fermement fermée aux femmes.
Si le Guardian voulait vraiment défendre le principe d’égalité, le pouvoir mystérieux et l’influence de la franc-maçonnerie mériteraient qu’on s’y intéresse. Ce mouvement international énonce ses principes comme « Intégrité, Amitié, Respect et Service », autant de qualités qui pourraient plaire à tous les sexes et à tous les non-sexe. Il ne fait aucun doute que le mouvement fait des œuvres caritatives, mais certains pensent que sa charité commence avant tout chez soi.
Pour expliquer son objectif de favoriser l’amitié, la Grande Loge déclare dans ses écrits : « Tous les membres partagent un sentiment d’unité qui renforce leur capacité à réussir et à grandir ». Serait-il surprenant que ce succès au travail soit encouragé par un collègue franc-maçon de la même entreprise, peut-être par une promotion ?
L’Angleterre compte actuellement environ 200 000 membres, qui se réunissent régulièrement dans plus de 6 800 loges. Bien que la majorité d’entre eux ne soient pas aussi connus que les membres de Garrick, ils sont dirigés par un duc et comptent régulièrement des monarques parmi leurs membres. Le prince Philip était connu pour être franc-maçon.
Au cœur même de la gestion de la Cité de Londres, le City Corporation’s Guildhall, se réunit la « City of London Lodge of Installed Masters no. 8220 ». Ce titre mystérieux s’accompagnera certainement de rituels étranges, notamment le port de tabliers et le retroussement des jambes de pantalon. Après s’être réjouies de pouvoir se débarrasser de leur dossard, la plupart des femmes n’ont probablement guère envie d’être admises dans cet étrange club (il existe deux Loges réservées aux femmes au Royaume-Uni).
Mais nous aimerions tous voir un peu plus de transparence sur l’identité exacte des membres et sur ce qu’ils font pour s’entraider. Les francs-maçons pourraient avoir beaucoup plus d’impact que les Garrick. Ou ils pourraient être aussi inoffensifs que Winnie l’ourson.
Lucrèce (90–53 av. J-C.) : « de la nature » comme hymne joyeux et admiratif au cosmos.
« Je ne suis pas un philosophe. Je ne crois pas assez à la raison pour croire à un système. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment il faut se conduire. Et plus précisément comment se conduire quand on ne croit ni en Dieu ni en la raison »
(Albert Camus)
Six siècles avant Jésus-Christ des philosophes grecs découvraient que « ce qui est ne saurait ne pas être ». Ainsi en jugeait Parménide : l’Être est un absolu qui existe de toute éternité, mais que cela ne préjuge en rien des formes qu’il peut prendre. Il appartient à la fois à l’ordre de la matière et à celui de la pensée : « Ce qu’il est possible de penser, est identique à ce qui peut être » disait Parménide. Il en résulte que l’univers est connaissable puisqu’il est consubstantiel à la pensée humaine. Il ne peut avoir été créé de l’extérieur par aucune puissance, car cela supposerait l’existence de celle-ci, indépendamment de l’Être, ce qui serait absurde. Lucrèce écrit : « Aucune chose, jamais ne naît du néant par une action divine ». C’est le monde qui est divinisé et comprendre par la pensée la nature profonde des choses nous égale aux dieux. Connaître les lois des choses nous permet d’échapper à l’angoisse inhérente de la condition humaine plongée dans l’incertitude du devenir, soumise à la vacuité et à la disparition par la mort qui n’est chaque fois qu’une transformation de l’Être. Conséquence de la doctrine atomiste, imaginée pour résoudre la contradiction entre un Être plein et immobile et la réalité du mouvement et des changements qui surviennent dans le vécu des choses. Découvrir et reconnaître que notre existence individuelle n’est que relative à un certain état du monde, mais que notre pensée est capable de percevoir la totalité et l’éternité de l’Être remet, selon l’expression de Pascal, « le prix aux choses » et découvrir, dans chacun des instants de l’Être, la plénitude de celui-ci.
Chez Lucrèce, nous pouvons noter, cette permanence de l’intérêt à l’Être est supérieure à celle du plaisir chez son maître Épicure. Cela s’explique par le discrédit attaché par la mentalité romaine de la notion même de plaisir, à son époque, alors que le plaisir fut considéré, par le passé, comme le Bien suprême et la mobilisation dans les épisodes politiques que traversait Rome, le rendait comme un frein. Lucrèce n’ignorait pas que la notion de plaisir chez Épicure (qu’il appelait « ataraxie ») était bien différente de ce que les Latins nommaient « voluptas » et Lucrèce va préférer le terme « tranquillitas » pour évoquer le plaisir, retrouvant ainsi toute une tradition qui remontait à Démocrite, assimilant le calme intérieur à celui de la mer que n’agite aucune tempête. L’épicurisme devient alors la mise en forme d’une attitude de l’âme, et non l’addition de concepts comme dans le platonisme qui conduit l’initié, de degré en degré vers une vision exaltante de l’univers, alors que lui le met en présence de celui-ci et lui fait entrevoir le bonheur des dieux et ne déduit qu’ensuite les conditions qu’il doit remplir pour le retrouver… Avant Lucrèce existaient des poèmes cosmologiques depuis que les premiers philosophes avaient essayé de donner à l’univers une représentation cohérente, mais le « logos », le discours, succédait à l’ « epos », l’épopée. Un temps plus concerné au jeu des concepts abstraits qu’à une vision globale de l’Être. Cependant, demeurait dans les mémoires un poème cosmogonique : celui d’Empédocle le sicilien, qui donnait aux hommes une révélation plus mystique que discursive sur les lois de l’Être. Lucrèce s’est souvenu de cette œuvre étrange dans la composition « De la Nature ». D’autres noms vont être associés à la création poétique : Catulle, Virgile, Horace. Le temps devenait propice pour un poète moins préoccupé d’exposer un système scientifique ou rationnel que de rendre sensible ce qui permettait à l’âme humaine de renouveler son alliance avec les « choses » (une matérialité en soi, hors des dieux), et de parvenir ainsi à la sérénité.
I- TROUVER LA PAIX DANS LES REMOUS DE L’HISTOIRE.
Drôle d’époque que celle de Lucrèce ! Elle voit l’agonie de la République deux guerre civiles abominables dont il est le témoin. Né vers 90 av. J.-C, il mourut en 53, selon l’historien Pierre Grimal et assistera à la proscription de Marius (87) et de Sylla (82), à la revolte de Spartacus (73-71), au consulat de Cicéron et à la mort de Catilina (63-62), au premier Triumvirat (60) et à l’extension de l’empire romain vers le Proche-Orient. Nous ne possédons pas de documents biographiques sur la vie de Titus Lucretius Carus. Le seul document, très contestable, nous vient de Saint-Jérôme qui nous informerait que Lucrèce, victime d’un philtre d’amour, devenu à moitié fou, se serait suicidé ! Il fut surtout l’observateur d’un monde disloqué où scepticisme, épicurisme, stoïcisme constituent l’écho de la décadence de la République. Lucrèce, comme beaucoup de ses concitoyens, va chercher une philosophie qui permette de surnager dans un océan de violences. Découvrant Démocrite et surtout Épicure, il va se rallier aux philosophies atomistes en leur donnant, son interprétation personnelle, à-travers son poème didactique en six livres. Concernant Démocrite, laissons Diogène Laërce, doxographe du IIIe siècle ap. J.-C. nous en expliquer la teneur (1) : « A l’origine de toutes choses, il y a les atomes et le vide (tout le reste n’est que supposition). Les mondes sont illimités, engendrés et périssables. Rien ne naît du néant, ni ne retourne au néant. Les atomes sont illimités en grandeur et en nombre et ils sont emportés dans le tout en un tourbillon. Ainsi naissent tous les composés : le feu, l’air, l’eau, la terre. Car ce sont des ensembles d’atomes incorruptibles et fixes en raison de leur fermeté. Le soleil et la lune sont composés de masses semblables, lisses et rondes, tout comme l’âme qui ne se sépare pas de l’esprit. Nous voyons par des projections d’images, et tout se fait par nécessité, car le tourbillon est la cause universelle, et c’est ce tourbillon qui est le destin »
Mais c’est évidemment Épicure qui va rallier les suffrages de Lucrèce, jusqu’à en faire une sorte de Dieu, ou en tout cas le philosophe des philosophes, bien qu’il accomplît certains aménagements à la doctrine d’origine ! Épicure est né en 341 av. J.-C. Dans l’île de Samos, où son père, Néoclès, était maître d’école. Platon est mort depuis 6 ans et Aristote est devenu le précepteur du futur Alexandre le Grand. A 14 ans, Épicure, fut envoyé à Téos pour suivre les leçons de Nausiphane, disciple de Démocrite. Durant l’été de 306, il vient s’installer à Athènes avec plusieurs amis. Deux grandes philosophies de l’âge hellénistique vont voir le jour à Athènes : Épicure s’installe dans son fameux jardin en 306 et Zénon de Citium, fonde, en 301 l’école du Portique, « Stoa », d’où stoïcisme. Épicure mourut en 270, âgé de 71 ans. Son enseignement comprenait trois parties :
– La canonique qui était le fondement de la science et qui définissait les moyens d’approche du réel pour l’homme.
– La physique qui traite de la nature des choses. Pour lui la Nature est un donné purement matériel et n’a pas besoin de recourir à une explication surnaturelle.
– L’éthique qui enseigne ce qu’il faut éviter pour atteindre le bonheur.
Le sage épicurien connaît un plaisir en repos caractérisé par la disparition de toute tension dans le désir. Il convient d’échapper à la fuite du temps par le souvenir ou l’anticipation. Le sage, cependant, cherche la satisfaction de ses désirs mais il distingue différentes sortes de désirs selon la célèbre « hiérarchie des désirs » d’Épicure : il y a les désirs vains (vouloir toujours plus) et les désirs conformes à la nature (qui sont bornés et nécessaires). Dans ce chapitre est aussi définie la différence entre l’amour et l’amitié : le sage doit éviter l’amour car il est impossible de se fondre dans l’autre et de ne faire qu’un avec lui. L’exigence d’exclusivité est incompatible avec le bonheur. En revanche, l’amitié, plus ouverte et moins débordante sera la marque du sage. Les épicuriens sont une petite communauté d’amis, préservant leur indépendance. Mais ces communautés mettaient un point d’honneur à rester fidèles à la pensée du Maître. Deux siècles après sa disparition on disait encore : « Agis toujours comme si Épicure te voyait » ! Presque de manière religieuse ou sectaire Lucrèce restera fidèle d’Epicure.
II- LA NATURE EST-ELLE UN ÊTRE ?
Ce sont dans les trois premiers livres de « De rerum Natura » que vont se définir les grandes problématiques de la pensée de Lucrèce en premier lieu, nous pouvons noter la présence permanente du principe féminin par deux hymnes dédiés à Vénus et à Cybèle, en l’honneur de deux génératrices de vie et sont des temps forts de l’hymne à l’univers. La Nature par définition est une mère qui donne naissance et vers qui tout retourne. Cependant, pour celui qui est inapte au bonheur, la nature met en place un mécanisme impitoyable : « Il n’y a rien d’autre à attendre de l’avenir que ce que tu as déjà connu dans le passé ». La durée n’est que la répétition incessante d’un même instant qui roule sur lui-même. Ce qui nous fait échapper à l’enfer de l’ennui de ce mécanisme est la relation avec les autres, aussi y tient-elle une plus grande place que la nature biologique. Cette fraternité de la forme humaine vient du fait que les mourants ont le même âge, du fait de la permanence de la mort, avec la dérive parfois de penser ce qui n’est pas, d’aller au-delà du réel, de porter en soi une aspiration à l’infini, ce qui mène à une éternelle insatisfaction. Il faut donc renoncer à ce « péché originel » de l’imaginaire et discipliner son esprit afin qu’il cesse de lâcher la proie pour l’ombre. L’homme souffre d’un divorce entre corps et esprit, et pour Lucrèce, c’est le corps qui a raison, car c’est lui qui doit affronter la mort, et donc l’esprit dont le corps était porteur, disparaît. Contrairement à Épicure, Lucrèce parle de la Nature comme d’une maîtresse sévère et non comme d’une mère : au désir de vivre, elle répond par la nécessité de la mort. L’orientation matricielle est pondérée par le fait que la Nature est « la mère de toutes choses et leur commun tombeau » Ce que Montaigne résume dans un message commun à l’épicurisme et au stoïcisme : « Philosopher c’est apprendre à mourir ». Dans son poème « Océan », Victor Hugo saluera le visionnaire, mais condamnera le désespéré :
Lucrèce, spectateur de l’infini hideux. Il pense, il songe, il cherche, il sonde l’insondable, Avec un penchement de tête formidable ; La nature l’emplit de son vaste frisson ; Son poème est un morne et livide horizon ; On entend dans son vers les spectres qui s’appellent. Les écailles de l’ombre et de l’onde se mêlent Dans son rythme sinistre où par moment reluit Le vague gonflement des hydres de la nuit…
Face à la lucidité d’un pareil destin, il convient que l’homme trouve et vive une recherche et une conception du bonheur. Quels en sont les ingrédients que Lucrèce nous propose ?
La sérénité est le premier point de la félicité et s’obtient par la satisfaction des plaisirs sous réserve que ceux-ci s’inscrivent dans la sobriété. L’adjectif « serenus », en latin, suggérant à la fois le calme et la pureté. Elle se donne, en premier lieu, par la distanciation : « Il est doux, quand sur la grande mer les vents soulèvent les flots, d’assister de la terre aux dures épreuves d’autrui : non que la souffrance de personne nous soit un plaisir si grand mais voir à quels maux on échappe soi-même est chose douce. Il est doux encore de regarder les grandes batailles de la guerre, rangées parmi les plaines, sans prendre sa part du danger. Mais rien n’est plus doux que d’occuper les hauts lieux fortifiés par la science des sages, régions sereines d’où l’on peut abaisser ses regards sur les autres hommes, les voir errer de toutes parts et chercher au hasard le chemin de la vie, rivaliser de génie, se disputer la gloire de la naissance, nuit et jour s’efforcer, par un labeur sans égal, de s’élever au comble des richesses ou de s’emparer du pouvoir » (II, V. 1-13). Les sages constituent ainsi une forme d’élite liés par les mêmes croyances et qui ont plaisir à se retrouver par amitié, cette dernière n’étant pas simplement humaine mais aussi philosophique, et les séparant du commun des mortels : « Ô misérables esprit des hommes, ô coeurs aveugles ! Dans qu’elles ténèbres et dans quels dangers s’écoule ce peu d’instants qu’est la vie ! Ne voyez-vous pas ce que crie la nature ? Réclame-t-elle autre chose que pour le corps l’absence de douleur, et pour l’esprit un sentiment de bien-être, dépourvu d’inquiétude et de crainte ? » (II, V. 16-19).
La sérénité s’obtient aussi par la purification des passions en invitant les hommes à se libérer des vaines espérances et des désirs superflus en leur montrant que leurs ennemis sont à l’intérieur d’eux-mêmes. La crainte des dieux et celle de la mort sont à bannir. Concernant les dieux, il doute de leur existence devant la pluralité des mondes infinis : « Qui pourrait tenir d’une main assez ferme les fortes rênes capables de gouverner l’infini ? Qui donc pourrait faire tourner de concert tous les cieux, échauffer des feux de l’éther toutes les terres fertilisées, en tous lieux, en tout temps se trouver toujours prêt, pour faire les ténèbres avec les nuages, pour ébranler du tonnerre les espaces sereins du ciel, lancer la foudre… (II, V. 1095-1101). La connaissance scientifique va s’intensifier chez Épicure et Lucrèce, afin de donner une finalité morale : dissiper la crainte des dieux et celle de la mort qui obscurcissent la vision du vrai bien et empêchent l’homme d’atteindre le Plaisir pur et la Félicité. En fait, de parvenir à la lumière, à l’accession « in dias luminis ora », aux rivages divins de la luminosité. Denis Diderot déclarera : « Il n’est qu’un devoir, c’est d’être heureux » ! Pour Lucrèce, le plaisir (« Voluptas ») est une voie pour conduire l’homme à la Félicité du bonheur. Mais nous devons connaître la terre dont l’homme est le miroir, « C’est ainsi que la terre n’est pas une étrangère » (V.546). D’ailleurs, le mot « Natura » vient de la racine sanskrite « g’n » qui signifie naître, engendrer et amène l’idée d’une incontestable parenté. Lucrèce devient ainsi un poète de l’origine. ; origine du monde, du langage, de l’écriture, de la musique et de la poésie.
Mais toute cette réflexion, va s’appuyer chez Lucrèce sur le renforcement de la théorie de l’atomisme ; développée par Épicure. Il repart, pour cela, de deux principes fondamentaux : rien ne naît de rien et rien ne périt complètement. Il en conclut que c’est au moyen de ces corps invisibles, insécables, ou atomes que la nature accomplit son œuvre de modelage du vivant, le temps n’ayant pas d’existence en soi. Le plus petit corps est aussi complexe que l’univers lui-même et ce plus petit corps est l’atome. Les atomes ne sont jamais au repos puisque rien ne borne l’univers qui se trouve dans le vide infini. Les uns s’agglomèrent et forment des combinaisons, d’autres errent libres dans le vide en opérant parfois une déclinaison aléatoire, le « clinamen » dans lequel réside le principe de la liberté dont jouissent sur terre les êtres vivants : la faculté que nous avons d’aller où bon nous semble ou de résister à ce qui nous contraint prend sa source dans l’atome même. Les atomes sont infinis et n’ont pas tous la même forme et les corps se constituent à la suite de la rencontre des rencontres fortuites du clinamen, cependant ils ne peuvent se combiner entre eux de toutes les façons car les êtres vivants se répartissent en espèces définies et les choses inanimées sont elles-mêmes soumises à ces lois. Les atomes ne ressentent rien et l’univers ne dépend que de lui-même : aucun dieu ne pourrait gouverner le grand « TOUT », aucun ne pourrait contrôler les forces de la nature.
Lucrèce, dans son poème, va développer aussi la notion d’âme. Pour lui, l’âme réside dans le corps sous la forme d’un souffle vital dont la perte accompagne la mort. Esprit et âme sont faits d’une même substance, mais c’est de l’esprit plus que de l’âme que dépendent la vie ou la mort : il est le principe vital au centre de l’homme. L’âme est vulnérable et peut-être endommagée à l’intérieur du corps par des atteintes pathologique. Elle quitte progressivement le corps durant l’agonie et elle n’est pas immortelle et la mort signifie la dispersion totale de l’être, ce qui fait écrire à Albert Jacquard (2) : « Pourquoi ne pas réintégrer le pouvoir de penser au sein du pouvoir de vivre, comme la capacité à vivre peut-être ramenée à la capacité d’être ? Nous sommes tout entiers, corps et âme, des produits de l’univers ; en l’acceptant, nous ne nous enlevons aucune dignité. Nous donnons à l’univers une immense dignité ». En fait, cette intégration de l’âme dans l’éternité mouvante de la Nature n’amène t-elle pas Lucrèce à la création d’une forme de théologie où les dieux seraient paradoxalement exclus ?
III- IL Y A MATIERE A EN PARLER !
Dans son célèbre ouvrage (3) Sylvain Maréchal écrit à propos de Lucrèce : « Lucrèce chante l’athéisme ; il le réduit en système et cherche à l’embellir des charmes de la poésie : tout le monde applaudit à ses beaux vers. Il les dédie à son ami Memnius, sans que personne lui en fasse un crime : on ne persécuta ni l’auteur ni l’ouvrage parce qu’on sait que la liberté publique repose sur la liberté de pensée (Milton) ». Cette approche de Lucrèce mérite quelques nuances : évoquer Le poète, il y a quelques années, vous mettait d’emblée dans le camp du matérialisme, de l’athéisme ou de l’irréligion, alors que, en réalité, Lucrèce bâtit une théologie qui a pour but de mener à une connaissance du monde et de l’homme et à la pratique d’une éthique, sinon à un art de vivre fondé sur une contemplation presque mystique de l’univers. Cependant, il convient de ne pas oublier que tout au long du « De rerum natura », et en particulier dans les chants 1 à 3, Lucrèce ne cesse d’affirmer :
– Que les dieux se désintéressent totalement d’un monde auquel ils n’ont pas participé à la création ;
– Que toute religion et tout acte de culte, par voie de conséquence, sont parfaitement absurdes. Le but principal de Lucrèce est d’affranchir l’homme de la crainte des dieux et de dépasser l’image paralysante qu’il existerait un paradis ou des enfers.
La pensée de Lucrèce repose sur l’adoption de l’atomisme dont le concepteur en fut Démocrite d’Abdère (460-370 av. J.-C.) qui pense que la matière est divisible, non pas à l’infini, mais jusqu’à une certaine limite qui est précisément l’atome, c’est à dire l’insécable, le non-divisible, élément primordial de toute réalité matérielle et spirituelle. Quant à Épicure (341-270 av. J.-C), figure centrale de la pensée de Lucrèce, il enseigne que les atomes tombent dans le vide, non verticalement, mais certains selon une certaine obliquité dite « clinamen » et c’est ainsi que, de façon tout à fait imprévisible, les atomes se rencontrent et s’accrochent et forment le monde évolutif des formes pris dans un transformisme incessant. Rien n’a été ni voulu, ni projeté, ni créé. Tout ce qui existe est l’oeuvre du hasard et de la nécessité, comme le pense Jacques Monod.
L’Antiquité a peut-être ignoré le concept d’athéisme au sens que nous lui donnons aujourd’hui pour le remplacer par le mot « Eidola » pour caractériser les dieux : pour certains philosophes, ils ne sont que des images, des « simulacres », qui vivent dans des zones mal définies de l’espace qu’Epicure appelle des « intermondes », sans s’inquiéter des hommes ni des choses qu’ils n’ont nullement créés et dont le destin ne leur incombe pas. Ils se désintéressent totalement de l’homme : les réussites ou les échecs de ce dernier n’ont pas de sens et ne sauraient avoir valeur de récompenses ou de châtiments. L’âme étant mortelle se dissipe en atome avec la mort. Il n’y a aucune survie et l’homme n’a rien à redouter du « ciel » ou des « enfers » qui n’existent pas. Pour Lucrèce, tout acte de culte est une folie et une sottise et il remplace la piété par le pouvoir à tout regarder d’un esprit que rien ne trouble, découvrant en permanence la beauté du monde. Puisque aucune règle de conduite ne s’impose, que les dieux ne sont ni auteurs ni gardiens ni cautions d’aucune morale, l’homme, maître de son destin, doit se choisir une ligne de conduite. Pour la première fois dans l’histoire antique, l’homme est confronté au problème de sa liberté. Concept qui sera reprit par Jean-Paul Sartre dans l’impératif pour l’homme de se choisir « Solus et ipse », seul et lui-même.
Cela nous amène à nous poser la question du « Souverain Bien » chez Lucrèce : comme chez son Maître Épicure, le Souverain Bien est le plaisir bien que sa morale soit moins sévère que le maître du jardin. Mais il reste intransigeant sur le fait que supprimer la religion, c’est supprimer le mal. Il écrit : « L’amour des richesses, l’aveugle désir des honneurs qui poussent les misérables hommes à transgresser les limites du droit, parfois même à se faire complices et les serviteurs du crime… C’est pour la plus grande part la crainte de la mort qui les nourrit. Non minimam partem mortis formidine aluntur. (Chant III, v. 59-64). En fait, Lucrèce, plus que de constituer une morale, veut édifier une sagesse, tellement recherchée par les philosophes de l’Antiquité, la fameuse « Tranquillitas animi », la paix de l’âme, qui permet de vivre avec un recul qui met à l’écart ceux qui y parviennent : « Rien n’est plus doux que d’occuper solidement les hauts lieux fortifiés par la science des sages, régions sereines d’où l’on peut abaisser ses regards sur les autres hommes, les voir errer de toutes parts et chercher au hasard le chemin de la vie. (Chant II, v. 7-10). Le bonheur réside dans la modération, laquelle consiste à s’imposer une mesure (modus) à ses sentiments, désirs et actes, ceci pour éviter toute « turbulence ». Cette sagesse porte aussi ses fruits dans l’éloignement de la peur de la mort dont Lucrèce affirme qu’elle n’est rien de plus qu’une dissolution générale de l’être par la désagrégation et la dispersion totale des atomes qui composent aussi bien l’âme que le corps qui rejoignent l’Être, le Grand Tout. La vision de Lucrèce devient mystique à certains moments et rejoint la pensée de Blaise Pascal dans la recherche de cette Force Unique porteuse et créatrice de vie. A la différence toutefois que Pascal met un Dieu créateur à la base de sa réflexion : « Je sais seulement qu’en sortant de ce monde, je tombe pour jamais ou dans le néant, ou dans les mains d’un Dieu irrité, sans savoir à laquelle de ces deux conditions, je dois être éternellement en partage » (Pensées, section III, 194). Nous retrouverons aussi chez Pierre Teilhard de Chardin cette forme d’admiration quasi religieuse du cosmos et cette sorte d’ivresse de l’esprit qu’il partage avec Lucrèce. Nous retrouvons aussi chez des scientifiques ce parallélisme avec l’auteur de rerum Natura. Par exemple Jacques Monod qui envisage une éthique et peut-être même un art de vivre fondés sur la seule connaissance scientifique (4) : « C’est peut-être une utopie, mais ce n’est pas un rêve incohérent…L’ancienne alliance est rompue : l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. A lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres »…
Les théoriciens de l’anarchie vont naturellement puiser chez Lucrèce le « Ni Dieu, ni maître » de leur fondement ! Placée sous le signe double de l’éternel et du passager, chaque « circonstance » singulière et individuelle provient donc au plus bas, du gouffre de l’entropie maximale, au plus proche du tourbillon qui lui donne naissance et la précipite enfin dans le gouffre. Entre hasard absolu et nécessité inflexible du retour et de la disparition, « l’écoulement tourbillonnaire sauve le maintenant ». Dès lors, la connaissance devient le miroir du monde.
IV- ECLAIRER CE QUI DEMEURE DANS L’OMBRE ET CHEMINER VERS LA PENSEE LIBRE ET FINALEMENT VERS LA LIBRE-PENSEE.
Ces concepts vont donner tout un champ d’investigations en matière de psychologie des profondeurs. Pour Épicure, l’humanité est la proie de maladies physiques, mais aussi mentales et que nous retrouvons dans le « Tetrapharmakos », exposé par Philodème au 1er siècle avant J.C. A l’origine un onguent qui va se transformer en orientation philosophique, en « ingrédients » pour que chacun puisse atteindre le plaisir. Épicure écrit (5) : « Qu’on ait seulement sous la main ce quadruple remède : Dieu n’est pas à craindre, la mort est privée, le bien est facile à se procurer, la souffrance est facile à supporter ». Naturellement, Lucrèce va marcher dans les traces de son maître et insister sur le fait que le tétrapharmakos est surtout là pour délivrer l’homme de la crainte des dieux et celle de la mort en éloignant les « fables divines ». La figure d’un père tout-puissant, castrateur, s’éloigne ainsi du sujet et est remplacé par la figure féminine de Vénus dès le premier chapitre : cette divinisation de la nature comme image du principe féminin, créé une orientation parfaitement révolutionnaire dans la pensée antique. Le sujet sortant de la mère-nature y retourne à sa mort et renaît dans une nouvelle forme. En fait, Lucrèce nous dit que l’homme est déjà dans l’éternité et qu’il n’a rien à faire pour l’atteindre et ce, dans un mouvement ou Eros triomphe de Thanatos. C’est la peur de la mort et la disparition narcissique, l’ « aphanisis » qui pousse le sujet aux « divertissements » pascaliens : le pouvoir, l’argent, une sexualité débridée ne sont pas recherchés pour eux-mêmes, mais pour parer à une angoisse profonde. L’équilibre consiste à se suffire à soi-même et ne dépendre de rien ni de personne en limitant ses désirs. Orientations que Freud développera dans son « Malaise dans la civilisation » et « l’avenir d’une illusion » (6). Il découvre aussi que le plaisir est la fin de la tension négative dans la décharge et que l’ataraxie est le summum du bonheur, là où le sujet et l’objet extérieur ne font plus qu’un dans un moment provisoire où ils se rencontrent. Moment que nous rappelle la psychanalyste Gisela Pankov quand elle le cite dans son ouvrage sur un article publié en anglais, en 1927, sous le titre « The Ego and the Id » (7) : « C’est-à-dire que le moi dérive, en fin de compte, de sensations corporelles, principalement de celles qui surgissent à partir de la surface du corps. Il peut alors être tenu pour une projection mentale de la surface du corps, qui en outre, ainsi que nous l’avons vu, représente la superficie de l’appareil mental ». Vision qui sera reprise par Didier Anzieu dans son « Moi-peau ». Pour Freud, le Moi est d’abord et surtout un Moi corporel ; non seulement il est une entité de surface, mais il est lui-même encore la projection d’une surface. Il rejoignait là la pensée matérialiste de Lucrèce.
Mais, c’est dans le domaine de la philosophie que Lucrèce va laisser le plus de traces, principalement dans le grand courant libertin avec Gassendi, Cyrano de Bergerac, Molière et Diderot. Dès le XVIe siècle, l’influence des atomistes de l’Antiquité se firent sentir dans certains cercles intellectuels, notamment dans la lutte qu’ils entreprenaient contre la philosophie d’Aristote qui avait occupé la place durant une éternité. Cette dernière affirmait la prédominance de la forme sur les idées (Orientation platonicienne) et avait promu une certaine volonté de connaissance des lois physiques que ne reniera pas Lucrèce, bien qu’il en réfutât la théorie de l’inertie de la matière, lui qui la juge en mouvement permanent et créateur. De plus, durant des siècles, l’Église catholique avait fait sienne la pensée d’Aristote en l’asservissant aux dogmes du christianisme. En même temps avait lieu une formidable révolution scientifique : Copernic meurt en 1543, Gallilé mourra en 1642, Kepler et Tycho Brahé tracent le chemin de Newton. Et surtout, nous assistons à la séparation de la philosophie et de la religion. L’Église va réagir : le panthéisme Giordano Bruno est condamné et brûlé en 1600, ainsi que le matérialiste Vanini en 1619. Le nom de Campanella restera aussi dans le souvenir des victimes de la répression pour les libres-penseurs français.
Bientôt d’autres personnalités vont surgir dans le champ des concepts lucrétien. Par exemple Pierre Gassendi (1592-1655) qui écrit (8) : « Tous les libertins conviennent entre eux que les plus grands législateurs ne se sont servis de l’opinion vulgaire sur ce sujet (l’immortalité de l’âme), laquelle ils ont non seulement fomentée mais accrue de toute leur puissance, que pour emboucher de ce mors le sot peuple… ». Le nombre des libres-penseurs va s’accroître : Naudé, La Mothe Le Vayer, Cyrano de Bergerac qui va écrire son brûlot blasphémateur et satirique « L’Autre Monde ou les Etats et Empires de la lune ». Ce qui est prôné par les libertins du 17e siècle relève d’une économie des passions et d’un détachement aux valeurs fausses et matérielles du monde. Au XVIIIe siècle, une véritable rupture politique va s’opérer entre les libres-penseurs et la monarchie, ainsi qu’avec l’Église catholique qui la soutient. Philosophes et libertins vont se retrouver côte à côte dans ce travail de sape entrepris au nom de la raison contre la puissance des clercs et des églises. Pourtant, entre philosophes et libertins, existent des divergences en matière de morale, selon qu’existe une référence ou non à l’atomisme. Par exemple, Denis Diderot, matérialiste convaincu, adopte dans ses fameuses « lettres à Sophie Volland » un ton typiquement « lucrétien » quand il écrit, le 15 octobre 1759 (9) : « Ceux qui se sont aimés pendant leur vie et qui se font inhumer l’un à côté de l’autre ne sont peut-être pas si fous qu’on pense. Peut-être leurs cendres se pressent, se mêlent et s’unissent. Que sais-je ? Peut-être n’ont-elles pas perdu tout sentiment, toute mémoire de leur premier état. Peut-être ont-elles un reste de chaleur et de vie dont elles jouissent à leur manière au font de l’urne froide qui les renferme. Nous jugeons de la vie des éléments par la vie des masses grossières. Peut-être sont-ce des choses bien diverses. On croit qu’il n’y a qu’un polype ; et pourquoi la nature entière ne serait-elle pas du même ordre ? Lorsque le polype est divisé en cent mille parties, l’animal primitif et générateur n’est plus, mais tous ses principes sont vivants. O ma Sophie, il me resterait donc un espoir de vous toucher, de vous sentir, de vous aimer, de vous chercher, de m’unir, de me confondre avec vous, quand nous ne serons plus. S’il y avait dans nos principes une loi d’affinité, s’il nous était réservé de composer un être commun ; si je devais dans la suite des siècles refaire un tout avec vous ; si les molécules de votre amant dissous venaient à s’agiter, à se mouvoir et à rechercher les vôtres éparses dans la nature ! Laissez-moi cette chimère. Elle m’est douce. Elle m’assurerait l’éternité en vous et avec vous… ». Etrange envolée lyrico-mystique d’un athée ! De Lucrèce à Voltaire, il n’y a qu’un élargissement d’un combat, entrepris 18 siècles plus tôt par un insoumis, silencieux et poète. N’oublions pas aussi que la thèse de doctorat du jeune Karl Marx, en 1841, portait pour titre : « Différence de la philosophie de la Nature chez Démocrite et Epicure » !
L’oeuvre de Lucrèce est celle d’un trouble-fête, ce que nous rappelle, avec humour, Jean-François Peyret, enseignant et metteur en scène (10) : « Les bien-pensants, passés, actuels, de toujours n’aiment pas Lucrèce. Il commence à mettre les Dieux (Dieu) en chômage technique ; ah ! Il n’est pas, je sais bien, véritablement athée ; il pense que les dieux existent quelque part au-dessus de nous mais ils sont complètement indifférents à nos affaires et, pire encore, à nos prières. Ils se foutent de nous et de nos petites misères ; ils sont heureux, les Dieux. Ils baignent dans le plaisir, donc ils sont des sages ; c’est même pour cela que Lucrèce n’a pas intérêt à s’en débarrasser : ils sont un modèle pour les hommes ; ils sont l’idéal du sage. Mais pour le cours de l’univers, de la nature des choses, ils ne sont pas plus nécessaires que des joueurs de quilles ». Lucrèce donne une gifle à la gloriole de l’humanité et remet l’homme, « petit paquet de matière et de vide », à sa place dans la nature. Il ne lui fait plus l’honneur d’en faire le portrait de maître et possesseur de celle-ci. L’homme est nature, ce par quoi la nature se connaît elle-même.
Cependant, efforçons-nous de croire qu’il existerait une permanence de l’émerveillement et de la découverte du monde, comme le dit le poète et peintre britannique William Blake :
Voir un monde dans un grain de sable Et un ciel dans une fleur sauvage Tenir l’infini dans la paume de la main Et l’éternité dans une heure.
Notre recherche permanente et notre prise de conscience est que, comme tous les êtres de la création, un courant de Vie unique coulerait sans cesse vers nous et à travers nous et cette prise de conscience là deviendrait gratitude…
NOTES
(1) Voilquin Jean : Les penseurs Grecs avant Socrate. Paris. Ed. Garnier-Flammarion. 1964. (Page 193).
Ce jeudi 25 juillet 2024 à 19h30 dans le cadre de sa thématique estivale, « Quelle modernité pour les Vertus ? », le Collège Maçonnique vous invite, en visio, à assister à l’intervention deFrançois Euvé, s.j. sur
La Vertu Espérance
Quelle Espérance ?
Quelques propos introductifs
Source l’Écho de Meulan
« La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance… ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance. Et je n’en reviens pas. L’espérance est une toute petite fille de rien du tout… La foi va de soi. La charité va de soi. Mais l’espérance ne va pas de soi. … La foi voit ce qui est. La charité aime ce qui est. L’espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. » — Charles Péguy, « Le porche du mystère de la deuxième vertu »
Cependant, l’Écclésiaste nous rappelle : « J’ai vu toutes les œuvres qui se font sous le soleil ; mais voici que tout est vanité et poursuite de vent. » — Qohelet 1,14
Vertu théologale pour les chrétiens, l’espérance occupe également une place cruciale chez les francs-maçons, bien que son sens symbolique diffère : « Espérer contre toute espérance… » Ici, l’espérance dépasse la foi et la charité, lesquelles revêtent elles-mêmes des significations symboliques distinctes de leurs interprétations religieuses.
Quel dialogue peut naître entre Chrétiens et Francs-maçons autour de cette Espérance commune ?
Sceau de la Compagnie
François Euvé, jésuite et théologien, incarne la figure d’un intellectuel à la croisée des chemins entre science et foi. Sa formation académique prestigieuse débute à l’École Normale Supérieure de Cachan, où il excelle en physique et obtient l’agrégation. Son esprit curieux et méthodique le conduit d’abord à la recherche en physique des plasmas à Paris XI, puis à l’enseignement.
François Euvé
Toutefois, une vocation plus profonde l’appelle. En 1983, François Euvé rejoint la Compagnie de Jésus, attiré par la quête spirituelle et l’engagement intellectuel de l’ordre. Ordonné prêtre en 1989, il se consacre à l’enseignement de la théologie systématique au Centre Sèvres. Sa thèse de doctorat, véritable œuvre de synthèse, explore la théologie de la création, soulignant sa capacité à marier rigueur scientifique et réflexion théologique.
François Euvé fonde la « Chaire Teilhard de Chardin » afin de perpétuer la réflexion du célèbre jésuite du XXe siècle, dont les idées avant-gardistes sur la relation entre science et foi continuent d’inspirer. Depuis 2013, il dirige avec brio la revue « Études », influente dans les milieux intellectuels et spirituels.
Auteur prolifique, ses œuvres témoignent de son engagement à éclairer les rapports complexes entre science, foi et société avec, notamment, Penser la création comme jeu (Éditions du Cerf, « Cogitatio fidei », 2000), Darwin et le christianisme (Buchet-Chastel, 2009), Au nom de la religion ? Barbarie ou fraternité (L’Atelier, 2016), Théologie de l’écologie – Une création à partager (Salvator, 2021)et La science, l’épreuve de Dieu ? (avec Étienne Klein, (Salvator, 2022)
Les modérateurs
– Ysabeau Tay-Botner : Diplômée en droit et sciences politiques, journaliste de métier, artiste peintre, membre de la Grande Loge Féminine de France.
– Dominique Freymond : Administrateur et consultant en gouvernance d’entreprise et en stratégie, rédacteur en chef de Masonica, revue du Groupe de recherche Alpina (GRA), membre de la Grande Loge Suisse Alpina.
Les organisateurs
– Alain-Noël Dubart : Ancien Grand Maître de la Grande Loge de France.
– Marie-Thérèse Besson : Ancienne Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France.
Le jeudi 1er août à 19h30, le Collège Maçonnique accueillera le Dr Jean Furtos, psychiatre des hôpitaux, pour une conférence intitulée « Quelle Foi pour l’Homme d’aujourd’hui ? »
Cette recension, réalisée dans le cadre de nos lectures estivales, se penche sur un ouvrage d’une importance capitale, Regard sur le siècle de René Rémond, éminent intellectuel et membre de l’Académie française. Publié initialement en 2000 et réédité en 2007, ce livre offre une réflexion profonde et nuancée sur le XXe siècle, ses tragédies et ses triomphes, et garde toute son actualité en cette période de bouleversements contemporains.
René Rémond, avec la rigueur et la perspicacité qui caractérisent son œuvre, nous invite à revisiter un siècle marqué à la fois par des atrocités inouïes et des avancées extraordinaires. À travers son regard analytique, il nous pousse à questionner notre propre perception de l’histoire et à considérer les leçons que nous pouvons en tirer pour l’avenir.
Ce livre s’inscrit dans la collection « La Bibliothèque du citoyen », une série d’ouvrages dédiée à éclairer les débats publics et à rendre accessibles les grandes questions de notre temps. Pour un initié, cette collection résonne particulièrement fort. Même s’il ne parle pas de religion et de politique en loge, il ne peut rester étranger au monde qui l’entoure. En effet, la quête de vérité, la diffusion de la connaissance et l’amélioration de la société sont des valeurs chères à la fois aux francs-maçons et à cette collection.
Ainsi, Regard sur le siècle est plus qu’une simple analyse historique ; c’est une invitation à la réflexion et à l’engagement citoyen. Dans le cadre donc de nos lectures estivales, ce livre nous offre une opportunité précieuse de méditer sur notre passé pour mieux appréhender notre présent et envisager notre futur.
L’ouvrage de René Rémond, publié initialement en 2000 par les Presses de Sciences Po, est une réflexion dense et nuancée sur le XXe siècle. Ce livre est une tentative d’appréciation de ce que ce siècle a apporté à l’humanité en termes de progrès et de tragédies.
Un tableau sombre des horreurs du XXe siècle
René Rémond commence son ouvrage en dressant un tableau sombre et poignant des horreurs qui ont marqué le XXe siècle, qu’il qualifie de « siècle de fer ». Cette appellation n’est pas choisie au hasard, mais pour illustrer la dureté, la brutalité et les atrocités qui ont émaillé cette période.
Sciences Po, la librairie
Les deux guerres mondiales, par leur ampleur et leur violence, ont laissé des cicatrices profondes dans l’histoire humaine. Ces conflits ont causé la mort de millions de personnes et ont bouleversé l’ordre mondial, entraînant des destructions massives et des souffrances indescriptibles. La Première Guerre mondiale, avec ses tranchées sanglantes et ses batailles meurtrières, et la Seconde Guerre mondiale, avec son théâtre de guerre globalisé et ses bombardements dévastateurs, ont marqué la mémoire collective de l’humanité.
Le génocide des Juifs, perpétré par le régime nazi, est une autre ombre indélébile sur ce siècle. La Shoah représente l’une des plus grandes abominations de l’histoire, où des millions de vies ont été anéanties dans une tentative systématique d’éradication d’un peuple entier. Cette atrocité a révélé la capacité de l’humanité à plonger dans les abysses de la cruauté et de la barbarie.
L’univers du goulag, symbole des répressions politiques sous le régime stalinien, illustre également l’horreur du XXe siècle. Des millions de personnes ont été déportées, emprisonnées et exterminées dans ces camps de travail forcé, souvent sans autre raison que la suspicion ou la dissidence politique. Ces pratiques ont souligné l’oppression et la terreur qui régnaient sous les régimes totalitaires.
Enfin, la chute des idéologies totalitaires, comme le fascisme et le communisme, après avoir causé tant de souffrances, démontre l’échec des systèmes qui prétendaient apporter une vérité ultime et un sens à l’histoire. Ces idéologies, en promettant le salut et la grandeur, ont souvent conduit à la tyrannie et à la désolation.
Ces événements, parmi tant d’autres, ont laissé des cicatrices indélébiles dans l’histoire humaine. Le « siècle de fer » de Rémond est une période où l’horreur a atteint des proportions inouïes, forçant l’humanité à faire face à ses pires excès et à ses plus sombres chapitres. En dressant ce tableau, René Rémond nous rappelle l’importance de ne jamais oublier ces leçons du passé, pour éviter que de telles atrocités ne se reproduisent.
C’est dans cette perspective que Regard sur le siècle invite à une réflexion approfondie et continue, non seulement sur les tragédies qui ont marqué le XXe siècle, mais aussi sur les responsabilités et les devoirs de notre génération pour construire un avenir meilleur.
Les avancées extraordinaires du XXe siècle
Cependant, René Rémond ne se limite pas à cette énumération accablante des tragédies du XXe siècle. Il met également en lumière les avancées extraordinaires réalisées durant cette période, soulignant ainsi un autre visage du siècle.
Le XXe siècle est aussi celui où l’humanité a réalisé des progrès spectaculaires dans divers domaines. La conquête de l’espace en est un exemple emblématique. L’humanité a réussi l’exploit monumental de poser le pied sur la Lune, ouvrant une nouvelle ère d’exploration spatiale et de découvertes scientifiques. Cet exploit a symbolisé la capacité de l’humanité à dépasser ses limites et à explorer de nouveaux horizons.
La Liberté guidant le peuple – Eugène Delacroix – Musée du Louvre Peintures RF 129 – après restauration 2024
Les avancées scientifiques et technologiques ont également marqué ce siècle. Les secrets de la matière ont été découverts, menant à des innovations radicales dans la physique et la chimie. L’exploration du génome humain a ouvert des perspectives inédites en médecine, permettant de mieux comprendre les mécanismes de la vie et de développer des traitements innovants pour de nombreuses maladies.
La prolongation de la durée de vie humaine est une autre réalisation majeure du XXe siècle. Grâce aux progrès de la médecine, de l’hygiène et de la nutrition, l’espérance de vie a considérablement augmenté, offrant à de nombreuses personnes la possibilité de vivre plus longtemps et en meilleure santé.
Ces avancées témoignent du triomphe de la démocratie et des valeurs humanistes, qui semblent désormais bénéficier d’un consentement presque universel. À l’échelle mondiale, Rémond souligne le développement d’un sentiment de responsabilité collective qui tend à surpasser la souveraineté des États. La conscience morale de l’humanité est devenue plus exigeante, condamnant aujourd’hui ce qu’elle tolérait hier et légitimait avant-hier.
Cette évolution éthique et morale est un signe d’espoir pour l’avenir, même si les événements postérieurs, comme les attentats du 11 septembre 2001 et les guerres en Afghanistan et en Irak, ont pu semer le doute. L’auteur maintient que ces défis ne doivent pas nous détourner de la reconnaissance des progrès accomplis et de la nécessité de poursuivre sur cette voie.
2de éd.
La réédition en 2007
En 2007, les Presses de Sciences Po ont publié une réédition de l’ouvrage de René Rémond. Cette nouvelle édition, enrichie et mise à jour, est particulièrement significative dans le contexte des événements survenus au début du XXIe siècle, notamment les attentats du 11 septembre 2001 et les guerres en Afghanistan et en Irak. Ces événements ont incité à une réévaluation de l’optimisme que René Rémond exprimait à la fin du XXe siècle.
Nouveaux enjeux et perspectives
La réédition de 2007 inclut une postface de René Rémond, écrite pour cette nouvelle édition, dans laquelle il aborde les conséquences des événements du 11 septembre et les conflits qui ont suivi. L’auteur y examine comment ces événements ont remis en question certaines des avancées démocratiques et les sentiments de responsabilité collective et de moralité accrue qu’il avait salués dans son analyse initiale.
1re éd., détail de la couverture
René Rémond maintient cependant une vision nuancée et refuse de sombrer dans un pessimisme excessif. Il reconnaît que si les défis du nouveau siècle sont nombreux et complexes, ils n’annulent pas les progrès accomplis au cours du XXe siècle. Cette capacité à mettre en perspective les bouleversements contemporains avec une vision historique plus large est caractéristique de l’approche analytique de Rémond.
Actualisation et réflexion
La réédition de 2007 n’est pas seulement une mise à jour factuelle ; elle est une invitation à poursuivre la réflexion sur les leçons du XXe siècle à la lumière des événements récents. L’auteur encourage ses lecteurs à considérer non seulement les tragédies et les défis, mais aussi les progrès réalisés et les potentiels pour un avenir meilleur. Cette perspective reflète l’engagement de René Rémond envers une analyse équilibrée et éclairée de l’histoire.
Cette réédition est un rappel de la pertinence continue des réflexions de René Rémond. En intégrant les développements du début du XXIe siècle, cette nouvelle édition offre une perspective renouvelée sur le siècle écoulé et ses répercussions sur notre époque actuelle. Pour les lecteurs, y compris les francs-maçons, cette réédition est une occasion de revisiter les enseignements du passé avec une compréhension enrichie des défis contemporains, tout en continuant à chercher des voies vers le progrès et la lumière.
Site Académie française
La biographie de René Rémond
René Rémond (1918-2007) est un historien, politologue et académicien français. Il est né à Lons-le-Saunier et a été un étudiant brillant, obtenant son agrégation d’histoire en 1945. René Rémond est surtout connu pour ses travaux sur l’histoire politique et religieuse de la France contemporaine. Il a enseigné à l’Université de Lille et à l’Institut d’études politiques de Paris, où il a également dirigé la Fondation nationale des sciences politiques.
Membre de l’Académie française à partir de 1998, Rémond a été président de la Fondation nationale des sciences politiques et a dirigé la Revue française de science politique. Ses ouvrages les plus célèbres incluent Les Droites en France, Introduction à l’histoire de notre temps, et bien sûr, Regard sur le siècle. Il est honoré par le Prix de l’Académie 1967 Prix Broquette-Gonin (histoire) – prix annuel destiné à récompenser l’auteur d’un ouvrage philosophique, politique ou littéraire, jugé susceptible d’inspirer l’amour du vrai, du beau et du bien – pour La vie politique en France (1789-1848). Son travail a profondément influencé la compréhension de l’histoire politique française et européenne.
« La Bibliothèque du citoyen » : Une collection qui ne peut laisser le franc-maçon indifférent
Publiée par les Presses de Sciences Po, cette collection s’adresse à un public intéressé par les grands thèmes de l’actualité, cherchant à comprendre et à participer aux débats contemporains. Interdisciplinaire par nature, cette collection traite des problèmes de la société française et mondiale, abordant des questions d’ordre politique, économique et social.
Les valeurs partagées avec l’art royal
Les principes qui sous-tendent cette collection résonnent profondément avec les valeurs maçonniques. La recherche de la vérité, la promotion de la connaissance, et l’engagement envers l’amélioration de la société sont des idéaux centraux à la fois pour les francs-maçons et pour les auteurs de « La Bibliothèque du citoyen ». La démarche de rendre accessibles les analyses et les réflexions académiques à un large public citoyen s’aligne parfaitement avec l’idéal maçonnique de diffusion de la lumière et de l’éducation.
L’interdisciplinarité et l’ouverture
« La Bibliothèque du citoyen » se distingue par son approche interdisciplinaire et son ouverture aux grandes controverses publiques. Cette capacité à aborder les problèmes sous différents angles et à accueillir des points de vue divers est une pratique courante dans les loges maçonniques, où le débat et l’échange sont encouragés pour enrichir la compréhension collective. De plus, le fait que cette collection soit accessible au-delà du monde universitaire démontre une volonté d’inclusion et de participation citoyenne qui ne peut que trouver écho auprès des francs-maçons.
Nouvelle graphie, 2de éd.
Une réflexion sur l’Humanité
Les ouvrages de cette collection, tels que Regard sur le siècle de René Rémond, invitent à une réflexion profonde sur l’humanité, son histoire, et ses perspectives. Pour un franc-maçon, engagé dans la quête de l’amélioration morale et intellectuelle, ces textes offrent une matière riche à méditer. La capacité de René Rémond à analyser le siècle passé en mettant en balance ses horreurs et ses progrès est un exemple de la profondeur et de la nuance que les francs-maçons recherchent dans leurs propres travaux et discussions.
En conclusion
René Rémond, dans Regard sur le siècle, nous offre une vision équilibrée du XXe siècle, où les ombres des tragédies et les lumières des avancées se côtoient. Son analyse nous invite à ne jamais oublier les leçons du passé tout en nous encourageant à continuer de chercher des solutions pour un avenir meilleur. C’est cette dualité, entre le sombre et le lumineux, qui rend ce livre si précieux et pertinent pour notre temps.
René Rémond nous offre avec ce livre une analyse approfondie et équilibrée des ombres et lumières du XXe siècle. Son œuvre témoigne d’une capacité remarquable à synthétiser des événements complexes tout en conservant une vision globale de l’évolution de l’humanité.
Regard sur le siècle
René Rémond de l’Académie française
Presse de Sciences Po, Coll. La Bibliothèque du citoyen, 2000, 1re éd. 120 pages, 11,43 € ; 2e éd., 2007, 132 pages, 12 € – ePub 6,99 €
L’Institut d’études politiques de Paris, communément appelé Sciences Po, ou Sciences Po Paris, 27 rue Saint-Guillaume- Paris VIIe arr.
Dans une bâtisse de caractère, la Fédération Compagnonnique de Bordeaux vous convie à une immersion dans le Compagnonnage, depuis 1850 jusqu’à nos jours. Vous serez émerveillés par les chefs-d’œuvre exposés, qui témoignent de la passion et du savoir-faire des artisans. Le joyau de cette collection est une maquette rassemblant les principaux monuments de Bordeaux, datant de 1850 et culminant à 5,50 mètres de hauteur, une pièce incontournable.
Les maquettes les plus récentes illustrent le Compagnonnage contemporain et offrent un aperçu de la vie actuelle des itinérants sur le Tour de France. Les jeunes découvriront les nombreux débouchés des métiers manuels, tandis que les adultes, amateurs d’art et d’histoire, apprécieront la dextérité des artisans.
Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
Les portes du musée seront ouvertes le samedi 21 et le dimanche 22 septembre 2024, de 10h00 à 16h00. L’entrée est gratuite et sans réservation. Le Musée des Compagnons du Tour de France, situé au 112 rue Malbec à Bordeaux, est un lieu dédié à l’histoire, aux traditions et à l’actualité du Compagnonnage. Vous y trouverez plus de 100 maquettes et chefs-d’œuvre de charpente, menuiserie, ébénisterie, taille de pierre, ferronnerie d’art et peinture, réalisés de 1803 à nos jours.
Cet événement s’inscrit dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine (JEP) 2024, avec pour thème « Patrimoines des itinéraires, des réseaux et des connexions ». Il est ouvert à tous, gratuit et sans réservation. Plus d’informations sur d’autres événements des Journées Européennes du Patrimoine, prévues les 21 et 22 septembre, sont disponibles sur le site officiel des Journées du Patrimoine 2024 – Bordeaux et sa région.
Infos pratiques
Musée des Compagnons du Tour de France Bordeaux 112 rue Malbec – 33800 BORDEAUX
Définitivement fermé, le musée se situe près de la gare Saint-Jean
Pour toute information supplémentaire, vous pouvez contacter le musée au 05 57 54 23 80 ou par courriel – visiter le site.
Après 6200 articles publiés en 40 mois d’activités, 450.fm a eu l’occasion d’expérimenter l’efficacité communicative de plusieurs Grands Maîtres et surtout de toutes les Obédiences majeures du pays (et au-delà) sans exception. Nous profitons donc de la trêve estivale des maisons maçonniques pour vous proposer un tableau comparatif.
Il est important de comprendre qu’il s’agit dans cet article essentiellement de l’efficacité des personnes en charge et non des institutions maçonniques. D’un élu à l’autre, nous pouvons observer des compétences en communication totalement différentes, allant de l’hyper communication pour l’un au mutisme total pour l’autre. Un autre paramètre à prendre en compte est l’affinité entre les personnes ou encore… les petits accords financiers occultes de certains blogs, sur lesquels nous ne nous étendrons pas dans cet article.
La loquacité d’un Grand Maître peut différer considérablement. Par exemple, il y a trois ans, le fondateur de notre journal 450.fm a adressé un courrier à Jean-Pierre Rollet, Grand Maître de la GLNF, afin d’établir un contact et permettre une communication permanente fructueuse, comme il se doit. La rédaction attend toujours sa réponse. Un courriel a même été envoyé aux Frères de l’Obédience par le Grand Maître en personne quelques mois plus tard, les mettant en garde contre les effets nocifs de la lecture quotidienne de nos informations. Cela n’a pas empêché ce même Grand Maître d’inviter notre fondateur à la manifestation des 300 ans des Constitutions d’Anderson au Palais Brongniart l’an dernier, ou encore d’autoriser notre rédaction à réaliser un reportage (gratuit, bien entendu) dans la librairie interne SCRIBE il y a deux ans. Allez comprendre la logique incohérente de cette attitude !
Il en est de même avec le Grand Orient de France. Le Grand Maître Guillaume Trichard et son prédécesseur Georges Sérignac ne sont pas des fervents partageurs de l’information maçonnique avec la presse (sauf s’ils sont invités sur les plateaux TV bien évidemment). Malgré de nombreuses tentatives, il n’a jamais été possible d’obtenir le moindre entretien privé ou une quelconque information. Nos sources proviennent généralement d’informateurs non officiels. Pire, nous avons tenté d’obtenir du service communication du GODF un avis préalable lors d’articles impliquant le Grand Orient. Le chargé de communication nous a fait attendre avec des prétextes discutables, suggérant qu’il serait préférable de changer de thème… et surtout d’Obédience visée.
Une exception toutefois : il y a deux ans, la journaliste Nora Bussigny du magazine Marianne a mené une enquête auprès des Grandes Obédiences en appelant tous les Grands Maîtres à propos du site OnVaRentrer.fr et ses 6300 membres, une création de Franck Fouqueray et des Éditions LOL, l’éditeur de 450.fm. Cette fois, certaines Obédiences sont montées au créneau.
Tant la GLFF que le GODF, généralement peu bavards, ont offert un café pour l’une et un repas au 7e étage avec un représentant du GM pour l’autre, afin de se rassurer sur le potentiel scandale d’un tel article. Une fois l’article paru dans Marianne, plus moyen d’obtenir la moindre information sur la GLFF. Lors des deux premières années de mandat de Catherine Lyautey, ex-Grande Maîtresse de la GLFF, la chargée de communication de l’époque, Marie-Christine Lecomte, était très efficace et réactive. Dès son mandat terminé, pour les douze derniers mois restants, sa remplaçante semblait confondre son propre mur Facebook avec la communication de l’Obédience, rendant impossible l’obtention de la moindre information. Cela confirme bien qu’il s’agit d’incompétence ou de laxisme individuels. Espérons que la future chargée de Com de la nouvelle Grande Maîtresse Liliane Mirville saura prendre la mesure de la tâche qui l’attend ?
À l’inverse, certaines maisons maçonniques cultivent depuis quelque temps la communication. Par exemple, on peut saluer le travail de l’ex-Grand Maître National du Droit Humain, Amande Pichegru, avec son chargé de communication Philippe Mugnier-Été, qui ont mis en place une action de communication active et performante durant trois ans. Sylvain Zeghni, désormais en charge des destinées du Droit Humain, semble vouloir suivre le même chemin en adoptant une approche de communication active et ouverte. De même, à la GLMU, l’actuel Grand Maître Bernard Dekoker-Suarez semble vouloir s’impliquer dans une communication efficace et ouverte. Il semblerait que d’autres maisons suivent cet exemple, comme la GLDF avec Thierry Zaveroni et Pierre Lucet à l’Alliance. On peut donc espérer que la franc-maçonnerie s’ouvre à la communication pour sortir des ténèbres et de la peur. Il en est de même, depuis peu, à la GLTSO avec Philippe Cangemi, le Grand Maître qui s’ouvre aux médias. Même parmi les plus petites Obédiences, comme la GLCS et son Grand Maître Pierre Lacagne, la GLMN avec Jean-Marc Milan ou encore la GLIFF avec son Grand Maître Élisabeth Moreau, on observe une transparence de plus en plus totale dont devrait s’inspirer les grandes maisons de l’art royal.
La question de fond demeure : Quel est l’intérêt de communiquer pour une Obédience ?
Une Obédience a-t-elle l’obligation de communiquer, nous demanderez-vous ? La réponse est évidemment OUI.
Une Obédience en 2024 n’est plus soumise aux règles de discrétion de l’époque de nos grands-parents. Est-il utile de rappeler que les Obédiences tissent entre elles des réseaux de reconnaissance appelés « Traités d’Amitié » ? Ainsi, avec le passeport maçonnique de la GLDF, on peut visiter le GODF ou le DH. Il est donc important que les membres des Obédiences concernées (qui paient d’ailleurs assez cher leur capitation pour obtenir ce passeport) soient informés des nouvelles du paysage maçonnique en général.
D’autant que les Grands Maîtres des 8 plus importantes Obédiences françaises se retrouvent régulièrement lors d’un repas de travail, pour faire un état des lieux et partager leurs avis sur la fréquentabilité de certains maçons… ou de certains médias.
Lorsqu’un Jean-Pierre Rollet s’enferme dans le mutisme avec 450.fm et réserve ses rares interventions à des blogs régionaux, il manque tout simplement à toutes ses obligations de transparence dues à sa charge. À moins qu’il ne se trompe d’époque ? Fort heureusement, les nouvelles générations de Grands Maîtres seront issues d’une époque où la communication est devenue essentielle aux rouages de la machine obédientielle. Tous les anciens maçons porteurs des traditions de discrétion du XIXe siècle seront alors relégués au rang de souvenirs, observables dans les albums du passé. Paix à leur âme.
L’admission des femmes en franc-maçonnerie a été un processus évolutif et complexe, marqué par de nombreuses étapes et variantes selon les époques et les contextes géographiques. Voici une exploration plus détaillée de cette évolution, qui met en lumière les principaux événements et figures marquantes de cette histoire.
Sabina von Steinbach sculptant la synagogue, par Moritz von Schwind
Des femmes dans la maçonnerie opérative ?
L’intégration des femmes dans la maçonnerie opérative, bien que rare, est documentée dès le XIIIe siècle. Des témoignages historiques montrent que des femmes participaient à des travaux de construction et étaient parfois admises dans des corporations de métiers. Par exemple, leLivre des métiersde Paris, rédigé en 1268 par le prévôt Étienne Boileau, et les statuts de la Guilde des charpentiers de Norwich mentionnent des femmes comme Gunnilda, inscrite comme maçon dans le calendrier du Close Rolls en 1256. Sabina von Steinbach, la fille d’un architecte, aurait travaillé sur les sculptures de la cathédrale de Strasbourg au début du XIVe siècle, bien que cette information reste controversée.
Elisabeth Aldworth
L’émergence de la franc-maçonnerie spéculative
Avec l’avènement de la franc-maçonnerie spéculative au début du XVIIIe siècle, les femmes commencent à être initiées dans des circonstances exceptionnelles. Elisabeth Aldworth, une jeune aristocrate irlandaise, est considérée comme la première femme initiée en franc-maçonnerie vers 1712. Son initiation a lieu dans des circonstances extraordinaires, lorsqu’elle est surprise en train d’observer une réunion maçonnique. Confrontée au choix entre l’initiation et la mort, elle choisit d’être initiée et reste membre de la loge jusqu’à sa mort.
Les Constitutions dites d’Anderson et l’exclusion des femmes
La création de la première Grande Loge de Londres et de Westminster en 1717 et la promulgation des Constitutions dites d’Anderson en 1723 institutionnalisent l’exclusion des femmes de la franc-maçonnerie.
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L’article III des Constitutions stipule que les membres de la loge doivent être des hommes « nés libres, ayant l’âge de la maturité d’esprit et de la prudence, ni serfs, ni femmes, ni hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation ». Cette exclusion est reprise dans les constitutions d’Ahiman Rezon (en hébreu, qui signifie une aide à un frère) de la Grande Loge des Anciens en 1756.
Le statut juridique de la femme au XVIIIe siècle
Au XVIIIe siècle, le statut juridique de la femme était défini par des lois et des coutumes patriarcales, avec quelques variations selon les pays mais partageant des caractéristiques communes. Les femmes étaient généralement considérées comme des mineures juridiques, placées sous la tutelle d’un homme tout au long de leur vie. D’abord sous la responsabilité de leur père, elles passaient ensuite sous celle de leur mari après le mariage. En tant que telles, elles n’avaient pas la pleine capacité légale d’agir en leur propre nom.
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Le mariage était un pivot central dans la vie juridique des femmes. Il nécessitait le consentement du père ou du tuteur, et une fois mariée, la femme perdait une grande partie de son autonomie légale. Le mari avait des droits étendus sur sa femme, y compris la gestion de ses biens et de ses revenus. Il pouvait décider de nombreux aspects de sa vie quotidienne. Les biens que la femme apportait au mariage étaient souvent sous le contrôle du mari, notamment en France, où le régime de la communauté de biens faisait de lui le gestionnaire des biens communs.
Sur le plan professionnel, les femmes avaient un accès limité aux métiers et professions. Certaines professions leur étaient totalement fermées, tandis que dans d’autres, elles pouvaient travailler sous des conditions restrictives. Les droits de propriété et d’héritage des femmes étaient également limités. Dans certaines juridictions, elles pouvaient posséder des biens, mais leur capacité à les gérer était souvent entravée par la tutelle masculine.
L’éducation des femmes était en grande partie limitée à des compétences domestiques. Pour les filles de familles nobles ou bourgeoises, cette éducation pouvait inclure des rudiments de culture générale, mais les opportunités éducatives restaient beaucoup moins nombreuses que pour les hommes. Les possibilités d’émancipation légale étaient rares. Cependant, certaines femmes pouvaient obtenir une certaine indépendance en devenant veuves, ce qui leur permettait de gérer leurs propres affaires dans certains cas.
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Les femmes n’avaient aucun droit politique au XVIIIe siècle. Elles ne pouvaient ni voter ni occuper de fonctions publiques, et leurs droits civils étaient également limités. Par exemple, elles avaient peu de recours légaux en cas d’abus de leur mari. Toutefois, il existait des exceptions et des variations selon les régions et les circonstances individuelles. Par exemple, les veuves jouissaient de plus de libertés et de droits que les femmes mariées, et les lois pouvaient varier d’un pays à l’autre ou même entre différentes régions d’un même pays.
Le XVIIIe siècle, siècle des Lumières, était aussi une époque de débat intellectuel intense et de réformes sociales. Des philosophes et des réformateurs commencèrent à remettre en question le statut des femmes et à plaider pour leurs droits, bien que les changements légaux soient lents à suivre. Ainsi, le statut juridique des femmes au XVIIIe siècle était largement défavorable, les confinant dans une position subordonnée et dépendante des hommes. Cependant, les idées des Lumières ont commencé à semer les graines du changement, posant les bases des mouvements pour les droits des femmes qui émergeraient au siècle suivant.
Ordre des Mopses
La maçonnerie d’adoption et les sociétés paramaçonniques
En France et en Europe, la franc-maçonnerie d’adoption voit le jour au XVIIIe siècle. Ces loges d’adoption, principalement développées en France, permettent aux femmes d’être initiées dans un cadre maçonnique, bien que souvent sous la tutelle de loges masculines. Parallèlement, de nombreuses sociétés mixtes ou féminines s’inspirent de la franc-maçonnerie, comme l’Ordre des Chevaliers et Nymphes de la Rose ou l’Ordre des Mopses.
Maria Deraismes
Les avancées du XIXe Siècle
Le XIXe siècle marque des avancées significatives pour l’intégration des femmes en franc-maçonnerie. En 1882, Maria Deraismes devient la première femme initiée dans une loge masculine en France, grâce à la loge « Les Libres Penseurs » du Pecq. Cette initiation pave la voie à la création de la première obédience maçonnique mixte, LE DROIT HUMAIN, fondée par Maria Deraismes et Georges Martin en 1893. Cette obédience prône l’égalité des sexes et permet aux femmes d’accéder à tous les degrés maçonniques.
L’investissement de Georges Martin en l’Ordre mixte du Droit humain fut notoire.
Le XXe Siècle et la reconnaissance internationale
Au XXe siècle, la franc-maçonnerie mixte et féminine gagne en reconnaissanceet en influence. LE DROIT HUMAIN se développe à l’international, avec des fédérations nationales dans des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique, et le Brésil. En France, la Grande Loge Féminine de France (GLFF) est créée en 1945, succédant à l’Union Maçonnique Féminine de France. Elle adopte en 1959 le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), marquant une indépendance totale vis-à-vis de la maçonnerie d’adoption.
Louise Michel
La situation actuelle au XXIe Siècle
Au XXIe siècle, les femmes représentent encore une minorité dans le paysage maçonnique mondial. En 2015, en France, on compte environ 32 000 sœurs pour 138 000 frères. La Belgique affiche également une forte présence féminine avec près de 6 000 sœurs pour 14 000 frères. En 2010, le Grand Orient de France décide de laisser ses loges libres d’initier des membres sans distinction de genre, ouvrant la voie à la mixité dans certaines loges.
Easttern Star
Ordre de l’Étoile d’Orient
Dans d’autres pays, la franc-maçonnerie mixte et féminine se développe lentement mais sûrement. Les Îles Britanniques, l’Allemagne, l’Italie et l’Islande comptent entre 5 et 15 % de femmes dans leurs effectifs maçonniques. Aux États-Unis et au Canada, les femmes rejoignent souvent des organisations paramaçonniques comme l’Ordre de l’Étoile d’Orient, fondé en 1830.
L’histoire de l’intégration des femmes en franc-maçonnerie est marquée par des avancées progressives et des résistances persistantes. Des premières initiations opératives aux obédiences mixtes et féminines contemporaines, les femmes ont dû surmonter de nombreux obstacles pour obtenir une reconnaissance égale dans le monde maçonnique. Aujourd’hui, bien que des défis subsistent, la présence des femmes en franc-maçonnerie continue de croître, enrichissant le paysage maçonnique mondial et contribuant à l’émancipation et à l’égalité des sexes.
En conclusion…
Au XXIe siècle, la franc-maçonnerie féminine souffre, encore et toujours, d’un déficit de communication qui empêche de faire pleinement connaître sa spécificité et ses valeurs distinctives. Cette carence d’informations et de visibilité contribue sans doute à la lente mais irrémédiable décrue de ses effectifs.
En revanche, la franc-maçonnerie mixte, particulièrement mise en avant par les jeunes générations, connaît un essor remarquable. Elle attire un public plus large et diversifié, bénéficiant d’une dynamique de modernité et d’inclusion qui lui permet de prospérer et d’avoir le vent en poupe. Cette évolution témoigne d’une adaptation plus réussie aux attentes contemporaines et d’une capacité accrue à se faire entendre dans le paysage maçonnique et au-delà.
Dans le cadre de nos lectures estivales, nous nous sommes plongés dans deux ouvrages en un, fascinants et contrastés, sur le thème des soucoupes volantes : Pour les soucoupes volantes d’Aimé Michel et Contre les soucoupes volantes de Georges Lehr.
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Cet ouvrage, publié en 1969 par Berger-Levrault, offrent des perspectives divergentes et enrichissantes sur un sujet qui continue de captiver et de diviser.
Une Plongée dans les œuvres d’Aimé Michel et Georges Lehr
Aimé Michel : pour les soucoupes volantes
Aimé Michel, dans son ouvrage, aborde le phénomène des soucoupes volantes avec une perspective ouverte et curieuse. Dès l’avant-propos, Michel introduit son sujet avec une touche d’émerveillement et d’intérêt pour l’inexplicable. Il décrit minutieusement les caractéristiques des apparitions d’OVNIs, en soulignant les témoignages de ceux qui prétendent les avoir vus. Aimé Michel explore les récits des équipages des M.O.C. (Manifestations d’Objets Conduits), abordant les hypothèses sur les occupants de ces mystérieux vaisseaux.
Il se livre ensuite à une critique de la valeur des témoignages, examinant les possibilités d’hallucinations collectives, tout en restant ouvert à l’idée que quelque chose de réel pourrait se cacher derrière ces récits. Aimé Michel élargit son analyse en discutant de la possibilité de vie en dehors de notre système solaire, explorant les théories scientifiques qui pourraient soutenir l’existence d’extraterrestres. Enfin, il conclut en recherchant des explications plausibles, tentant de concilier les différentes théories et observations pour offrir une synthèse réfléchie et nuancée.
La biographie d’Aimé Michel
Aimé Michel (12 mai 1919 – 28 décembre 1992) était un écrivain et ufologue français réputé pour ses travaux sur les OVNIS et ses contributions dans le domaine de la science et de la spiritualité.
Aimé Michel – Souce Babelio
Aimé Michel est né à Saint-Vincent-les-Forts, France. Il a obtenu des diplômes en psychologie et en philosophie avant de passer l’examen d’entrée comme ingénieur du son en 1943. En 1944, il rejoint la station de radio française Radiodiffusion Française et travaille dans le département de recherche à partir de 1946. Là, il rencontre Pierre Schaeffer, futur fondateur du Groupe de Recherche de Musique Concrète.
Réédition Robert laffont, 1977
En 1958, Aimé Michel publie Mystérieux Objets Célestes, un livre couvrant la vague d’OVNIS en France en 1954. En collaboration avec Jacques Bergier, il développe la théorie de l’orthoténie, postulant que les observations d’OVNIS peuvent être regroupées le long de lignes droites traçant de grands cercles centrés sur la Terre. Cette théorie, bien que plus tard remise en question, a apporté une perspective nouvelle à l’étude des OVNIS.
Aimé Michel a également été un membre de la rédaction de Lumières dans la nuit et a écrit de nombreux articles sur les OVNIS, la mystique et le règne animal dans divers journaux. Son livre Lueurs sur les soucoupes volantes (1954) a été l’un des premiers à discuter des cas d’OVNIs maintenant considérés comme classiques, tels que les observations de « cheveux d’ange » en 1952 en France.
Georges Lehr : contre les soucoupes volantes
Georges Lehr adopte une approche sceptique et critique. Il commence par poser les bases du puzzle » des OVNIS, soulignant les défis et les contradictions des témoignages et des observations. Georges Lehr examine les enquêtes menées aux États-Unis, décomposant les méthodes et les conclusions des principales investigations sur les OVNIS.
Il passe ensuite aux explications proposées, les analysant avec rigueur pour en démontrer les faiblesses et les incohérences. Georges Lehr étudie également les structures impliquées dans les recherches sur les OVNIS, critiquant les organisations et les individus qui alimentent le mystère. Il termine par une analyse des manœuvres de contact supposées, suggérant que de nombreuses interactions rapportées peuvent être le fruit de malentendus ou de fraudes délibérées.
La biographie de Georges Lehr
Georges Lehr était un ingénieur aéronautique français et sceptique bien connu dans le domaine de l’ufologie. Malheureusement, il n’existe pas une grande quantité de détails biographiques facilement accessibles sur Georges Lehr. Cependant, son travail est surtout reconnu pour sa collaboration avec Aimé Michel dans le livre Pour ou contre les soucoupes volantes publié en 1969 par Berger-Levrault.
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Georges Lehr, en tant qu’ingénieur aéronautique, a apporté une perspective technique et critique aux débats sur les phénomènes aériens non identifiés. Son approche méthodique et rationnelle visait à démystifier les récits d’OVNIS, soulignant souvent les failles et les incohérences dans les témoignages et les théories populaires à l’époque. Cette position critique est essentielle pour équilibrer les débats et promouvoir une analyse rigoureuse des phénomènes mystérieux.
La contribution de Georges Lehr à l’ufologie est marquée par son engagement à analyser scientifiquement et rationnellement les phénomènes aériens inexpliqués.
Georges Lehr reste une figure importante dans l’ufologie, représentant la voix du scepticisme face aux nombreux récits et théories sur les OVNIs. Son travail aux côtés d’Aimé Michel souligne l’importance de la diversité des perspectives dans l’étude de phénomènes mystérieux, assurant ainsi une analyse plus complète et nuancée.
Ces deux œuvres, bien que contrastées, se complètent en offrant une vision équilibrée et profonde des soucoupes volantes
Aimé Michel et Georges Lehr, à travers leurs écrits, nous poussent à explorer, questionner et débattre, rendant la lecture de leurs ouvrages non seulement instructive mais aussi profondément enrichissante. Que vous soyez curieux ou sceptique, ces livres vous offriront une perspective unique sur l’un des mystères les plus intrigants de notre temps.
Présentation de la collection
Ces deux ouvrages en un sont publiés par Berger-Levrault, une maison d’édition connue pour ses publications scientifiques et techniques. Cette collection intitulée « Pour ou Contre » rassemble des ouvrages où des auteurs débattent de thèmes d’actualité ou de sujets scientifiques en offrant des points de vue opposés, encourageant un débat éclairé et critique.
Cette collection est une initiative éditoriale précieuse qui contribue à enrichir le débat public en fournissant des analyses rigoureuses et diversifiées sur des questions d’importance. Elle reflète l’engagement de Berger-Levrault à promouvoir la pensée critique et la compréhension approfondie des sujets complexes.
Aimé Michel : Pour les soucoupes volantes – Georges Lehr : Contre les soucoupes volantes – Berger-Levrault, Coll. Pour-Contre, N° 18, 1969, 160 pages
Disponible sur les sites marchands de livres anciens, d’occasions et rares (prix variant de 30 à 55 €)
Centre d’Innovation et de Recherche de Berger-Levrault située à Labège, en région Occitanie
« Ce qui arrive aux vrais sages, c’est ce qui arrive aux épis de blé : ils se lèvent et lèvent la tête droite et fière, jusqu’à ce qu’ils soient vides, mais quand ils sont pleins de grains, ils commencent à s’humilier et à baisser la tête. » Michel de Montaigne
Tout revient toujours, même si la forme change, cela ne veut pas dire que le sens ne change pas.
Le solstice d’été est arrivé récemment : le soleil s’est arrêté, d’autres portes se sont ouvertes, vers la nouvelle saison, nous assistons à la renaissance de la nature, qui est en pleine floraison, dans sa magnificence.
Le soleil a vaincu les ténèbres.
Le bien triomphe du mal.
Pour les francs-maçons, c’est l’heure du repos physique, c’est l’heure de ranger le tablier et d’embuer les portes du Temple. Il est temps de faire le point, de faire des constats, de faire le point sur le travail effectué.
Parler du « Chaos », compris comme un « générateur » d’Ordre, pour redonner de l’Espoir à ces Frères et Sœurs.
Quand je pense au franc-maçon, je l’entends comme un observateur attentif et un étudiant passionné des phénomènes qui le touchent.
Naître, mûrir, porter du fruit, mourir, recommencer, sont des concepts inhérents à la logique d’un franc-maçon, celle du « toujours recommencer », qui permet de prolonger la vie sur cette Terre dans le temps. C’est le raisonnement qui a permis à la franc-maçonnerie d’arriver jusqu’à nos jours.
En juin, après le solstice, c’est la récolte, le blé est lié à la nouvelle saison. Et si on implémentait la logique du grain de blé dans la Franc-maçonnerie, qui meurt pour donner la vie et la donner en abondance ?
Il faut savoir se sacrifier, il faut savoir donner pour avoir une nouvelle réalité.
Dans le monde initiatique il existe un temps suspendu, entre ancien et moderne, fait du bruissement du Vent, de la chaleur de la Terre, du Feu brûlant et de l’Eau qui coule.
Parmi la multitude de symboles, comme jamais auparavant, il y en a un qui ressort avant tout, de sagesse et de prospérité, qui ne se fanera jamais dans le monde ésotérique : les épis de blé.
Ceux-ci se dressent fièrement dans les champs, offrant une ode au temps qui passe, mais représentant en même temps la cyclicité éternelle de la nature. Ils se laissent bercer par le vent, donnent vie à une symphonie céleste et racontent des histoires de graines jetées sur la terre, des secrets de vie et d’espoir.
Si nous voyions la franc-maçonnerie comme un champ immense et doré d’épis de blé, comme un reflet du passé et une continuation du futur, comme une représentation du cycle sans fin des semailles et des récoltes, nous réaliserions que chaque épi de blé, chaque grain est unique, mais il appartient « à un tout », exactement comme les francs-maçons, qui, avec leur unicité et leur diversité, mais unis par la même racine qui s’enfonce dans cette Terre qui nourrit leur cœur, sont la représentation du force de la « Communauté », d’être ensemble, de partager.
L’épi de blé contient la mémoire de ceux qui l’ont cultivé, gardant ses secrets. Sa beauté réside dans sa profonde simplicité, elle nous rappelle que la vraie richesse se trouve dans les gestes simples de la vie et dans ce caractère essentiel des choses que l’on néglige souvent.
Marc et le lion (v. 1493), Chroniques de Nuremberg
Si nous comprenions la franc-maçonnerie comme un épi de blé, comme un symbole éternel de fertilité et de résilience, comme un rappel du passé qui nous rappelle de respecter la Terre avec ses règles et son cycle sans fin, nous vivrions en parfaite harmonie.
Si nous, francs-maçons, dans ce monde qui continue d’évoluer, prenions comme exemple les épis de blé, qui parviennent à rester inchangés dans leur étreinte, témoins silencieux d’un passé qui continue de nourrir le présent et, en même temps, parvient à éclairer même l’avenir incertain ; si nous nous souvenions qu’il y a un temps pour semer et un temps pour récolter et ne pas interférer dans le processus par lequel la graine germe, grandit et porte ses fruits, et que nous gardions à l’esprit qu’il y a un temps pour agir, mais il est là c’est aussi une période de « ne pas agir », jusqu’où pourrions-nous aller ?
Il y a une période d’inactivité qui est nécessaire pour que la graine pousse toute seule, sans l’intervention du « paysan », car il y a un événement qu’il ne peut déterminer : s’il dort ou s’il se lève. Une condition nécessaire à la maturation du fruit est donc l’inaction, sans forcer les temps de croissance.
Cette inactivité est remplie de cette action interne qui est l’attention et de cette action spirituelle qui est la patience. Le Maître Maçon est appelé au premier, à la vigilance de ceux qui doivent être prêts à saisir le moment où le fruit est mûr pour être récolté :
« Quand le fruit est mûr, envoyez immédiatement la faucille, car la récolte est arrivée. » Marc 4:26-29.
C’est une suggestion d’une manière de travailler qui est la non-action, soutenant un processus, accompagnant la maturation sans forcer son timing ; les épis pleins de grains mûriront et plieront la tête sous le poids, les épis vides conserveront leur aspect fier, mais ne porteront pas le fruit attendu.
Tableau 2e grade, détail : « le m. d p. est ……, qui signifie ……. symbolisé ici par un épi de blé auprès d’un cours d’eau… »
C’est aussi ce que nous enseigne la franc-maçonnerie : l’art fatigant de ne pas agir, de freiner notre impatience, de s’arracher à la logique de contrôle qui nous séduit tant, de s’abstenir de vouloir intervenir directement, empêchant la possibilité du la terre de porter du fruit dans sa propre mesure.
La confiance est la non-action qui permet à l’autre de trouver la force et la possibilité d’agir, ou plutôt de grandir, de devenir, d’être.
D’être lui-même le sujet de sa vie, pas nous pour lui et à sa place :
« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il produit beaucoup de fruits. » Jean 12:24-26
L’épi de maïs est un grand symbole : c’est la vie elle-même. C’était l’emblème d’Osiris, le dieu mort et ressuscité, et, dans l’Égypte ancienne, il représentait le cycle de la mort et de la renaissance. L’épi contient le grain sous une double forme, comme symbole qui nourrit, meurt et renaît.
St Jean l’Évangéliste et son aigle, XVIIe s., le Dominiquin, Musée et galerie de l’Université Bob Jones
J’invite le Frère à s’identifier à la logique de la graine, à partir du moment où il a pris conscience d’être venu dans ce monde pour laisser une marque, conscient que cette graine, si elle trouve le bon terrain, produira beaucoup de fruits.
Nous pouvons choisir de ne pas grandir, de vivre une existence qui est une mort lente. Nous avons ici deux formes de mort : la peur du changement de soi, qui nous fait rester seuls, et qui est la vraie mort, la stérilité ; l’acceptation du changement de soi, qui est au contraire la mort féconde de ceux qui, en choisissant de changer, s’ouvrent à la vie et portent du fruit
Selon la version de Platon, le royaume perdu d’Atlantide se situait au-delà des colonnes d’Hercule ; symboliquement, dépasser les colonnes d’Hercule peut signifier quitter l’impureté du monde matériel pour accéder au royaume supérieur de l’illumination.
John S. M. Ward rapporte que deux colonnes, Tat et Tattu, mentionnées dans les anciens papyrus du Livre des morts en Égypte, semblent avoir comme signification «en force» et «établir fermement». (La suite du travail de Solange Sudarskis sur les Colonnes)