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07/10/24 : Dialogue et Démocratie Française invite François Jullien sur l’art subtil de la dé-coïncidence

Perry Wiley, Président de Dialogue et Démocratie Française (D&DF) vous invite à un dîner-débat avec François Jullien sur « « Rouvrir des possibles. Dé-coïncidence, art d’opérer », développant ainsi la thèse de son dernier ouvrage.

Le philosophe a promu le concept de dé-coïncidence dans trois essais : Dé-coïncidence. D’où viennent l’art et l’existence (Grasset, 2017 ; rééd. Le Livre de Poche, 2020), Politique de la décoïncidence (L’Herne, 2020), Rouvrir des possibles. Dé-coïncidence, un art d’opérer (L’Observatoire, 2023).

Perry Wiley

Le mot du Président

Dans une époque marquée par des bouleversements constants, où les événements sportifs côtoient les incertitudes politiques, il est plus que jamais essentiel de nous retrouver pour réfléchir ensemble à l’avenir de notre société et aux actions que nous pouvons entreprendre au sein de la Cité. C’est dans cet esprit que nous avons le plaisir de reprendre nos dîners-débats et d’ouvrir à nouveau un espace où le dialogue, véritable, authentique et profond, peut renaître.

Dialogue et Démocratie Française (D&DF), la mission

Dialogue et Démocratie Française, fondé en 2004, s’est donné pour mission de créer un lieu indépendant de toute influence partisane ou politique, où des frères et sœurs des principales obédiences maçonniques françaises peuvent travailler ensemble, en dehors des temples, sur les sujets fondamentaux qui structurent notre société et favorisent le vivre-ensemble. D&DFa été créé pour répondre à un constat alarmant : les véritables débats, ceux qui éclairent et enrichissent, se font de plus en plus rares. Trop souvent, ce que l’on nomme débat se transforme en un simple échange de monologues, où l’un cherche à convaincre sans écouter l’autre, où la parole perd de sa substance.

Dans ce contexte, D&DF s’efforce de faire émerger une voix nouvelle. Une voix pluraliste, issue de la diversité des pensées et des parcours de ses membres, capable d’exprimer plusieurs voies, plusieurs chemins vers une société plus juste. Une société où le vivre-ensemble n’est pas un simple slogan, mais une réalité tangible. Une société où l’Homme n’est plus une « variable d’ajustement », mais se trouve au centre de toute construction sociale et politique.

Alexis de Tocqueville (Théodore_Chassériau, Versailles)

Ainsi, en nous inspirant des paroles d’Alexis de Tocqueville qui nous rappelle que

« Il y a beaucoup plus de lumière et de sagesse dans plusieurs hommes réunis que dans un seul »,

nous vous convions à nos dîners-débats trimestriels, des moments où le dialogue s’ouvre à des personnalités issues de différents horizons. Qu’il s’agisse d’éducation, de santé, de justice, d’économie, d’écologie, ou de géopolitique, les thématiques abordées sont variées, mais toutes sont liées par un fil conducteur : la volonté de construire un avenir meilleur pour tous.

Le prochain dîner-débat se tiendra le lundi 07 octobre 2024 dans les Salons du Sénat, au 15 ter rue de Vaugirard, 75006 Paris. Nous aurons l’honneur d’accueillir François Jullien, philosophe, helléniste, et sinologue, Professeur émérite de l’Université Paris Diderot, dont les travaux ont profondément marqué la pensée contemporaine. À travers ses études sur la philosophie chinoise et son regard croisé entre les traditions occidentales et orientales, François Jullien nous invite à reconsidérer nos certitudes et à explorer de nouvelles manières de penser.

Lors de ce dîner-débat, François Jullien développera la thèse de son dernier ouvrage, que nous vous encourageons vivement à lire : « Rouvrir des possibles. Dé-coïncidence, art d’opérer ». Cet essai propose une réflexion passionnante sur l’idée de dé-coïncidence, un concept clé pour comprendre comment fissurer les certitudes idéologiques qui paralysent notre société et rouvrir des possibles, là où tout semble bloqué.

François Jullien en 2014

Comme l’explique si bien François Jullien… 

« Aujourd’hui, alors que tracer un plan de la Cité idéale semble impossible et que les lendemains ne chantent plus, peut-on faire autre chose que défaire ce qui bloque l’état présent des choses pour y rouvrir des possibles ? Ce qui paralyse la société, n’est-ce pas ces coïncidences idéologiques installées qui nous emprisonnent ? Ne pouvant les renverser, et les dénonciations restant inaudibles, nous ne pouvons que les fissurer, localement, chacun là où il est. Mais ces dé-coïncidences s’enchaînent, se relient, et finissent par s’associer. Car, après tout, c’est avec des fissures que les cavernes commencent à s’effondrer. »

Palais du Luxembourg.
Palais du Luxembourg.

Cette soirée sera l’occasion d’explorer avec lui cette idée, d’approfondir notre compréhension des mécanismes qui figent nos sociétés, et d’imaginer ensemble comment, par des actions locales et personnelles, nous pouvons rouvrir des espaces de liberté, de création, et de changement.

Les dîners-débat sont des moments de rencontre et d’échange. Depuis plus de vingt ans, nous avons eu l’honneur de recevoir des personnalités d’exception telles que Françoise Bonardel, Edith Cresson, Nicole Notat, François Baroin, Pascal Boniface, Hubert Védrine, Thierry de Montbrial, et bien d’autres encore. Ces moments de partage rassemblent entre 60 et 90 convives, dans un cadre intime et propice à la réflexion, loin du tumulte de l’actualité médiatique et des débats superficiels.

D&DF vous invite à vous inscrire dès maintenant pour participer à cette soirée exceptionnelle, où la pensée de François Jullien nous offrira des perspectives nouvelles et stimulantes. Vous avez également la possibilité de réserver son dernier ouvrage, disponible au prix de 14€, et à retirer sur place. Lien d’inscription

Nous espérons vous retrouver nombreux le lundi 7 octobre 2024, pour cette soirée de partage, de réflexion et de dialogue, et vous prions de croire en l’expression de nos salutations les plus sincères.

Perry Wiley 

Président, Dialogue et Démocratie Française

Grande Loge Unie d’Angleterre : Communication trimestrielle de septembre 2024

Comme tous les trimestres, la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) met en ligne, avec un grand souci de transparence, sa communication trimestrielle de septembre 2024 et les remarques du président (September 2024 Quarterly Communication Presiding Officer’s Remarks). Une publication sur leur site en date du 11 septembre 2024.

Nous vous invitons à en prendre connaissance des propos du Pro Grand Maître Jonathan Spence et à bénéficier, ensuite, de notre analyse… Si tel est votre désir !

« Frères, c’est très bon de vous voir tous ici dans le Grand Temple aujourd’hui et j’espère que vous avez passé un bon été, rechargeant vos batteries en vue de l’automne et de la saison maçonnique à venir.

Il ne semble pas possible qu’une année se soit écoulée depuis que la Communication trimestrielle a eu lieu dans le Monmouthshire. Ceux qui ont eu la chance de pouvoir y assister se souviendront longtemps d’une journée. L’un des objectifs de la Stratégie pour la Franc-Maçonnerie est de rendre la Grande Loge et le Grand Chapitre accessibles au plus grand nombre de membres possible, et en particulier aux Maîtres Maçons qui sont bien sûr notre futur sang vital. À cette fin, je suis heureux d’annoncer que d’autres Communications trimestrielles en septembre se tiendront loin de Londres. L’intention est de le faire en septembre 2026 et un petit groupe de travail commencera bientôt à travailler pour identifier et recommander des lieux possibles.

Jonathan Spence, Pro Grand Maître

La réunion d’aujourd’hui est ouverte à tous les Maîtres Maçons, pas seulement à ceux qui sont Gardiens de leur Loge, et ce sera un élément constant des réunions de mars et de septembre à venir. À en juger par le nombre de participants des différentes Provinces, il est encourageant de voir que cette initiative est si activement soutenue et accueillie par vous et je suis heureux de voir une telle réponse. Je sais qu’avec un préavis suffisant, réserver un voyage est à la fois plus facile et moins cher pour ceux qui parcourent de longues distances pour y assister. Vous m’avez entendu dire auparavant, Frères, et c’est quelque chose en quoi je crois fermement, qu’il est essentiel que la Grande Loge et le Grand Chapitre ne se contentent pas de dire ce qu’ils feront, mais qu’ils soient vus par vous, nos membres, comme faisant ce qu’ils font et le faisant avec enthousiasme. Une telle approche vous encouragera tous à faire ce qui doit être fait dans vos Loges et Chapitres, avec enthousiasme, en impliquant autant de membres que possible, afin que la Franc-Maçonnerie dans ce pays prospère.

Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre – Le Temple (GLUA)

Lors de la communication trimestrielle de juin, j’ai annoncé qu’une déclaration commune innovante serait publiée plus tard dans la journée par les Ordres féminins de la franc-maçonnerie et la Grande Loge unie d’Angleterre, confirmant la coopération et la coordination continues sur les questions d’intérêt commun, mais soulignant que ni nous ni eux ne souhaitions que cela s’étende à notre travail au sein de nos Loges. 

Début juillet, sur la base de cette déclaration, le Conseil de la Franc-Maçonnerie d’Angleterre et du Pays de Galles a été créé et a tenu sa première réunion. Cela donne aux trois ordres un mécanisme plus formel pour garantir que la coopération et l’alignement qui ont été établis au fil de nombreuses années seront renforcés, rendus plus efficaces et permettront à la Franc-Maçonnerie d’Angleterre et du Pays de Galles, tant pour les femmes que pour les hommes, de présenter un front uni au monde extérieur et attirera sans aucun doute de nouveaux membres pour les trois ordres, car nous reflétons ce qu’est vraiment la Franc-Maçonnerie et, tout aussi important, ce qu’elle n’est pas.

Je suis sûr que je n’ai pas besoin de répéter ce qui a déjà été dit, mais je le ferai pour une clarté absolue pour tous nos membres, cette évolution ne signifie pas et ne signifiera pas que nos Loges fusionneront ou travailleront en commun, bien au contraire.

Frères, vous m’avez souvent entendu parler de l’importance des idéaux fondamentaux et partagés de liberté, de tolérance, de société méritocratique et de gouvernement constitutionnel qui sous-tendent la franc-maçonnerie, qui a pris une importance remarquable au cours du XVIIIe siècle, une époque d’incertitude, de conflits, de troubles et de nombreuses guerres. Tant pis pour le progrès, mes frères ! À notre époque, il existe des tensions évidentes au sein des sociétés du monde entier, des défis économiques et sociaux, ainsi que des conflits géopolitiques et des guerres. Ces idéaux restent tout aussi pertinents aujourd’hui, sinon plus, qu’ils ne l’étaient au XVIIIe siècle, bien qu’ils soient constamment attaqués par certains. 

Les événements survenus dans ce pays au cours de l’été soulignent la nécessité pour nous de faire preuve de fermeté dans la démonstration de nos valeurs d’intégrité, de respect, d’amitié et de service, dans ce que nous faisons en tant que francs-maçons individuels, ainsi que collectivement en tant que membres de nos loges ou chapitres, lorsque nous nous engageons dans le service au sein de nos propres communautés. Il est essentiel que nous affichions nos valeurs par nos actions à tout moment afin de démontrer la contribution des francs-maçons et de la franc-maçonnerie à la société dans laquelle nous vivons et dont nous faisons partie intégrante, comme en témoigne le fait que la grande majorité des provinces ont adhéré à l’alliance des forces armées dont nous avons entendu parler plus tôt par le frère John Thompson.

On me demande souvent comment nous pouvons mettre en pratique ces valeurs. Nous avons tous nos propres façons de le faire, mais pour ma part, en m’appuyant sur les leçons contenues dans nos cérémonies, je crois que pour démontrer nos valeurs, nous devons toujours nous efforcer de faire ce qui est juste, même dans des circonstances difficiles. C’est particulièrement vrai lorsque cela n’est ni commode ni opportun pour nous. Nous ne parviendrons peut-être pas toujours à y parvenir, car nous sommes tous humains, mais c’est ce que j’aspire à suivre.

Il existe peu d’organisations dans ce pays qui peuvent recruter leurs membres sans se soucier de la religion, de la race, de l’orientation sexuelle, du fait qu’ils vivent avec un handicap, visible ou invisible, ou de leur statut socio-économique. C’est l’une des grandes forces de la franc-maçonnerie et nous devrions tous être fiers que cela ait été et reste le cas, tout comme le fait d’éviter toute discussion sur la religion et la politique.

Duc de Kent, Grand Maître de la GLUA

Alors que nous entrons dans l’automne, les travaux du groupe de travail dirigé par le frère RW Sir David Wootton sur le pilier de l’engagement communautaire de la stratégie avancent à un rythme soutenu. Le groupe de travail est chargé d’examiner toutes les options et de ne considérer aucune d’entre elles comme « interdite », alors que nous recherchons la meilleure approche pour notre engagement communautaire dans le monde d’aujourd’hui en tant que partie intégrante de la stratégie pour la franc-maçonnerie. Plus tard dans la journée, le groupe de travail rencontrera les représentants provinciaux responsables de l’engagement communautaire pour fournir des commentaires sur la révision. Cette « révision du troisième pilier » a pris une importance accrue à la lumière des troubles récents de l’été, car il est essentiel que cette Constitution garantisse qu’elle est vraiment efficace pour démontrer la valeur positive de la franc-maçonnerie dans nos communautés.

Je terminerai, mes frères, et je ne m’excuserai pas de le faire, en citant à nouveau les paroles de Frédéric II le Grand, de Prusse, un franc-maçon du XVIIIe siècle, sur la franc-maçonnerie. Le roi a déclaré que son soutien à la franc-maçonnerie provenait de ses objectifs, à savoir « l’élévation intellectuelle des hommes en tant que membres de la société et les rendre plus vertueux et plus charitables ». En ce siècle, peut-être devrions-nous remplacer « plus disposés à servir » par « plus charitables », je vous laisse cette réflexion, mes frères.

Merci. » (Google, traduction automatique)

L’analyse de 450.fm

Ce discours prononcé lors de la communication trimestrielle de septembre 2024 de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) par son président, met en lumière plusieurs aspects essentiels de la Franc-maçonnerie moderne et de la manière dont cette organisation souhaite évoluer tout en restant fidèle à ses principes fondateurs. Voici une analyse en profondeur des points clés soulevés dans le texte :

Arche Royal

 1. Accessibilité et inclusion

   Le président souligne l’importance de rendre la Grande Loge et le Grand Chapitre plus accessibles aux Maîtres Maçons, qui sont vus comme l’avenir de l’organisation. Il est question de décentraliser certaines réunions importantes, en les tenant en dehors de Londres pour faciliter la participation d’un plus grand nombre de membres venant de diverses régions. Cette initiative démontre un désir de renforcer l’inclusivité et l’engagement des membres, en prenant en compte les contraintes géographiques et financières. L’annonce de futures réunions en dehors de Londres pour septembre 2026 va dans ce sens.

 2. La Franc-maçonnerie féminine

   L’un des points marquants du discours est la référence à une déclaration commune entre les Ordres féminins de la franc-maçonnerie et la GLUA, publiée lors de la communication trimestrielle de juin. Cette déclaration met en avant la coopération et la coordination entre les loges masculines et féminines sur des sujets d’intérêt commun, tout en réaffirmant leur indépendance en ce qui concerne leur travail interne. Cela montre une évolution dans les relations entre les loges masculines et féminines, en reconnaissant la contribution des femmes à la franc-maçonnerie, tout en maintenant une distinction nette entre les deux structures. Cette démarche permet de renforcer l’image d’unité et de modernité tout en respectant les traditions.

 3. Valeurs fondamentales

   Le président rappelle les idéaux fondamentaux de la franc-maçonnerie – liberté, tolérance, méritocratie et gouvernement constitutionnel – en les rattachant au contexte actuel de tensions sociales, économiques et géopolitiques. Ces valeurs, qui ont pris racine au XVIIIe siècle, sont présentées comme toujours aussi pertinentes de nos jours. Le lien entre les événements de l’été et la nécessité de réaffirmer ces idéaux montre une volonté de la part de la franc-maçonnerie de s’engager activement dans la société, de répondre aux défis contemporains tout en conservant son éthique et son intégrité.

 4. Engagement communautaire

   Le discours met un accent particulier sur l’engagement communautaire de la franc-maçonnerie, soulignant que cet aspect constitue un des piliers de la stratégie actuelle de l’organisation. Un groupe de travail est chargé de revoir la manière dont la franc-maçonnerie s’engage dans les communautés et comment cette révision peut être rendue plus efficace, en particulier dans le contexte des troubles sociaux récents. Cette démarche témoigne d’une volonté de moderniser et d’adapter les pratiques maçonniques pour qu’elles soient en phase avec les besoins et les réalités actuelles de la société.

 5. Diversité et inclusion

   Un autre point important est la fierté affichée par le président quant à la diversité au sein de la franc-maçonnerie. Il mentionne que cette organisation est capable de recruter sans distinction de religion, de race, d’orientation sexuelle, de handicap ou de statut socio-économique. Cela renforce l’image d’une organisation tolérante et ouverte à tous, en opposition à certaines idées reçues. Cette diversité est vue comme une grande force, alignée avec les valeurs de la franc-maçonnerie.

 6. L’exemplarité des francs-maçons

   Le discours insiste à plusieurs reprises sur l’importance pour les francs-maçons de vivre leurs valeurs au quotidien, non seulement en tant qu’individus mais aussi en tant que membres de leurs loges et chapitres. Il est question d’afficher ces valeurs par leurs actions concrètes, afin de démontrer la contribution positive des francs-maçons à la société. Cela est essentiel pour renforcer la perception publique de la franc-maçonnerie et attirer de nouveaux membres.

 7. Leçons des cérémonies maçonniques

   Le président souligne que les cérémonies maçonniques, au-delà de leur caractère symbolique, offrent des leçons de vie applicables à des situations réelles. Il appelle les membres à « faire ce qui est juste » même dans des circonstances difficiles, démontrant ainsi l’intégrité et l’engagement moral des francs-maçons. Cet appel à l’exemplarité résonne comme un rappel de la responsabilité éthique inhérente à l’appartenance à la franc-maçonnerie.

Frédéric II de Prusse – Illustration Jean-Pie Robillot

 8. Réflexion finale : Frédéric II de Prusse

   Le discours se termine par une citation de Frédéric II de Prusse, une figure emblématique de la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle, qui met en avant l’élévation intellectuelle, la vertu et la charité comme objectifs de la franc-maçonnerie. Le président suggère de remplacer « charité » par « service » dans le contexte actuel, invitant les frères à réfléchir à cette évolution. Cela montre une volonté de moderniser les concepts anciens pour les adapter aux réalités contemporaines, sans toutefois renier l’essence philosophique de la franc-maçonnerie.

Conclusion

Ce discours reflète une volonté claire de la Grande Loge Unie d’Angleterre de moderniser ses pratiques tout en restant fidèle à ses valeurs traditionnelles. Il met l’accent sur l’accessibilité, la coopération avec la franc-maçonnerie féminine, l’engagement communautaire, et la démonstration concrète des idéaux maçonniques. Le président encourage les membres à s’impliquer activement, à vivre leurs valeurs et à démontrer l’utilité de la franc-maçonnerie dans un monde en constante évolution.

Paul Valéry (1871-1945) : de poète à non poète

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Si la poésie valérienne est considérée comme universelle et profondément symboliste, Paul Valéry de son vivant n’entretenait qu’une relation distante à l’égard de la littérature poétique. En 1942, il écrit à Gide : « On me prend pour un poète, mais je me fous de la poésie. C’est par accident que j’ai écrit des vers ! ». Sa défiance l’entraine jusqu’au renoncement total à l’Idéal: nous ne valons que par la distance que nous prenons à l’égard de nos idéaux, nos réflexes habituels. Est-ce à dire que la recherche de l’Idéal serait une quête sans espoir de vérité sur soi-même ?

Paul Valéry : dernier poète symboliste

Le système valérien : le chaos en soi comme base de la création

Ce n’est que vers la cinquantaine que Paul Valéry est révélé au grand public avec son célèbre poème : La Jeune Parque. Ce succès tardif est la résultante de ses nombreuses crises existentielles, lesquelles sont pourtant le pendant de son esprit poétique et littéraire. Écrivain de l’ombre pendant de nombreuses décennies, Paul Valéry cherche surtout à égaler le grand Mallarmé. Mais il n’agit que comme un fidèle face à un Dieu absent qu’il ne peut ni atteindre ni dépasser. Un soir d’orage à Gènes, en 1891, il est victime d’une profonde crise existentielle qu’il compare à la nuit de feu pascalienne. De cette crise, le poète sétois comprend que tout Art passe par l’examen de ce chaos en soi, afin de le comprendre pour le dépasser. En 1896, il s’offre un premier chef-d’œuvre qui parait dans la revue Centaure: Conversation avec Monsieur Teste. Sorte de personnage hétéronyme, Monsieur Teste agit comme comme axiome cathartique pour son auteur. Il le purge de ses passions, de ses vains désirs de gloire et de ses idéaux.

À lire Mr Teste (page 33) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k19999qci:

La délicatesse, aller au-delà de soi

Après Monsieur Teste, Paul Valéry cherche sa propre voix poétique, à l’instar d’un chevalier crée par Chrétien de Troyes, dans l’enfer de la catabase, le poète conquiert son espace dans un royaume désert. Il se détourne progressivement de la littérature des autres et érige son propre système littéraire qu’il consigne dans des épais cahiers. Pour Valéry, plus un individu s’élève, plus son royaume est peu fréquenté. Chez les poètes symbolistes, plus la poésie est complexe, plus elle œuvre au salut de l’humanité entière. Cependant, la poésie est un luxe et les individus évoluent dans un monde global. L’originalité d’une œuvre et sa non-conformité doivent jouer de concert, avec un ajout conséquent de sensibilité qui fait toute la différence entre une œuvre des plus banale et un chef-d’œuvre. Pour William Marx, professeur au Collège de France, Paul Valéry est allé au-delà de la sensibilité: L’effort de Paul Valéry est de faire plus fort que soi. La délicatesse est un concept valérien qui permet de mettre en avant l’intemporalité des œuvres antiques ou classiques qui sont calquées sur la tradition. Entrer dans l’œuvre valérienne est faire un travail sur soi-même qui invite au dépassement, mais avec délicatesse.

Eupalinos ou l’Architecte : renoncer à ses multiples facettes

Dans sa jeunesse, Paul Valéry imagine un dialogue posthume aux Enfers entre Socrate et Phèdre. Texte intégral à lire ici.

Dans ce dialogue, Paul Valéry imagine Socrate en anti-Socrate, c’est-à-dire en constructeur non pas de lui-même, mais d’édifices matériels où tous les arts se confondent et créent une harmonie illusoire, car bâties pour plaire ou correspondre aux goûts des autres qui ne peuvent durer. Dans ce dialogue, Socrate admet qu’en soi coexistent d’autres soi que la contingence n’a pas permis d’achever et que le plus sage est d’y renoncer. « Nous naissons plusieurs, mais nous mourrons un seul ». Ces autres soi correspondent aux idéaux, aux illusions qui ne font qu’avilir l’homme en le privant de liberté. Dans ce dialogue, Paul Valéry examine ses propres contradictions et son renoncement à l’art poétique est aussi un renoncement à ses facettes multiples.

La fin de l’idéal pour Paul Valéry

En se détourant de l’idéal, en regardant l’œuvre se faire, les mots se relier entre eux et s’étonner des effets produits, Valéry devient maître de son propre esthétisme poétique et de sa théorie. Dans une posture hégélienne, il devient le penseur de l’histoire de l’art. Après le succès de la Jeune Parque, Valéry donne de nombreuses conférences, devient membre de l’Académie française, ce qui lui vaut de nombreux détracteurs, puis donne des cours au Collège de France dès 1937 jusqu’à la fin de sa vie en 1945. Il inspirera les théoriciens littéraires russes tels que Chomsky, Jakobson ou le français Roland Barthes qui assista à ses cours.

Purement métaphysique, son œuvre est un témoin universel destinée à ceux qui ont tempéré leur moi social, connu tout comme lui l’ascèse « la vie que je mène me supprime » écrit-il en 1912 dans ses cahiers. Tour à tour poète, non-poète et penseur, l’exploit de Valéry est d’avoir noué un lien étroit avec sa propre petite musique proustienne et son âme. À la manière d’un Dante ou d’un Chrétien de Troyes, Valéry comme un chevalier prédisposé dès le départ à laisser une trace indélébile et qui renonça à briller un temps pour terrasser l’enfer de la catabase de notre propre condition humaine. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve dirait Virgile à Dante. Notre dernier poète symboliste a démontré que l’on peut aller au-delà de soi par le biais de la Beauté même aux Enfers, par les temps qui courent, il n’est pas vain ni illusoire de le croire.

De la plénitude du vide

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« J’errais sur le chemin sans fin des renaissances, cherchant en vain l’architecte de l’édifice. Quel tourment que de renaître sans cesse ! Ô architecte de l’édifice je t’ai découvert ! Tu ne rebâtiras plus l’édifice. Tes poutres sont toutes brisées, le faîte de l’édifice est détruit ! Cette conscience a perdu ses énergies fabricatrices et est parvenue au terme des soifs ». Bouddha (Le Dhammapada)

C’est interrogeant, et finalement agaçant, cette introspection constante liée à la question existentielle : « Est-ce que ma vie fut ou est bien remplie ? »

Tandis que l’Occident optait pour une vision du « plein »de l’existence (à part les courants qui relevaient de la théologie apophatique (1) comme celle de Maître Eckart, des mystiques rhénans et de quelques rares athées qui ne voulaient pas « faire le plein » !), l’Extrême-Orient, lui, mettait en place l’idéal du « vide » et proclamait : « Au-delà de la vie et de la mort, le chemin des nuages. C’est le vide. Quand de cette vie flottante la lampe s’éteint, que l’illusion se dissipe, dans le tombeau, le corps sous terre, on accède enfin au non-avoir ».

Cela nous conduit à considérer la complexité de la diversité des manifestations de la recherche de l’ « Absolu » dans l’histoire et dans les cultures. Qu’est-ce qui ferait que pour parvenir a une plénitude divine il faudrait trouver le vide parfait, y aurait-il une parole qui allumerait le silence le plus total et qu’est-ce que ce vide qui nous habite au plus intime et qui seul permet le jaillissement de la flamme ? Répondre à cette fascination du vide, où l’on espère trouver sens, repose sur l’acceptation d’une solitude totale qui fait barrage à tout accompagnement, à tout gourou.

Boudha en or
spiritualité, boudha, or,meditation, assis, lumière

Dans le Zen, une recommandation : « Sur le chemin de ta vérité, si tu rencontres le diable donne lui 30 coups de bâton, mais si tu rencontres Bouddha lui-même, donne lui aussi 30 coups de bâton ! ». Ainsi libéré, j’avance dans une prise de conscience de plus en plus profonde de ce que je suis. Mais dans la conscience que j’ai de moi, m’apparaît la limitation même de cette conscience car mon origine même m’échappe. Si profonde que soit la « conscience de moi » à laquelle je peux arriver, elle demeure toujours « béante » de l’Absolu que je ne pourrai jamais atteindre. Cette démarche suppose que l’on ne marche plus « en compagnie » de concepts, mais dans l’absence de toute représentation, mené par le chemin de la « non-pensée », du « non-attachement », de la « non-relation » et de la « non-médiation ».

Statue de Cicéron
Statue de Cicéron devant le Palais de Justice, Rome, © Wikimedia Commons

En fait, c’est une avance immobile dans un univers immobile. Le résultat en est parfois l’obtention de la « Kénose » (2), qui permet de tout donner et de tout recevoir. La richesse de n’être rien et de ne rien avoir ! Nous comprenons alors que le fond ultime de l’être ne peut se percevoir que comme vide et rien. C’est la perception lucide que l’humain est d’un côté engagé dans le temporel et de l’autre qu’il subsiste déjà dans l’éternel. Ce voyage intérieur est naturellement accompagné par l’exercice de la contemplation du monde. Cicéron, dans le « De Legibus 161 », écrit : « Cet homme, quand il aura traversé du regard le ciel, la terre, les mers et la nature dans son entier ; qu’il verra d’où sont issues toutes ces choses et où elles doivent aller, quand et comment elles périssent, ce qui est mortel et fragiles en elles, ce qui est divin et éternel ; quand il saisira qu’il n’est lui-même plus limité aux murs d’une cité mais qu’il est citoyen du monde entier comme d’une cité unique, alors, au-milieu de cette grandeur des choses, dans cet examen et cette connaissance de la nature, il se connaîtra lui-même ».

Pensée complétée par Shaftesbury (3) et son voyage intérieur, dans sa « lettre sur l’enthousiasme », section 4 28 : « Il nous est impossible de contempler quoi que ce soit au-dessus de nous tant que nous ne sommes pas en condition de regarder en nous et d’examiner calmement le tempérament de notre propre esprit et nos passions ». C’est la recherche du vide total de l’être, le creux du moyeu de la roue, image de l’Absolu inscrite dans notre itinéraire terrestre. Mais existe-il un au-delà du vide qui en est le dedans ?

Un Homme en train de méditer à la montagne
Un Homme en train de méditer à la montagne

Plus nous sommes attentifs au centre de notre être, plus celui-ci semble s’ouvrir sur de plus grandes profondeurs. A la limite de l’infini : une plénitude peut survenir et submerger la plénitude humaine et l’homme peut alors se dire : « J’ai trouvé l’ultime car je le suis ! ». Marche étroite entre narcissisme, panthéisme ou athéisme… Mais, il convient de ne pas perdre de vue que ce cheminement s’effectue dans la perspective de notre propre disparition : la contemplation, dans le sens du Zen par exemple, avance sur le même chemin que la mort. Les deux conduisent à une concentration ou à un épanouissement de la vie au coeur de l’être pour produire d’une part l’illumination et de l’autre le passage de la vie terrestre à une autre vie par la mort.

C’est au-delà d’un « point mort » que surgit la réalité insaisissable de l’être. L’ultime réalité de la personne est saisie comme un vide qui est, en même temps, plénitude. Toute expérience ultime de conscience ne peut être ressentie que comme vide et plénitude, de même que dans la démarchede l’amour, le point ultime est par-delà toute possession, toute saisie. C’est quand je suis réduit à l’état de rien que je réalise ma plénitude. Ici, se repose la question de l’Absolu : est-il finalement le « Un » parfait sans division possible, ou bien le « rien », le « néant » ?

Faut-il dire que finalement c’est le « néant » qui est premier ? Toute expérience ultime de conscience est ainsi ressentie comme « vide » et « plénitude », de même que dans l’amour le point ultime de la rencontre se situe par-delà toute possession, toute saisie. C’est dans l’expérience de la kénose totale que je communique ce que je suis. C’est quand je suis à l’état de rien que je réalise ma plénitude. Dans l’expérience Zen, par exemple, quand j’arrive au vide le plus total, c’est alors que je réalise l’unité de tout dans la réalité qui surgit, au moment même où je touche au « néant » de moi-même. Que j’arrive au « zéro » de mon retrait de moi-même et de mon illusion sur moi, va surgir le « Un », unité et totalité sans dimension tout à la fois. Ce que nous rappelle le maître japonais Ryôkan (1758-1831) dans ses poèmes sur la vacuité de l’homme (4) :

Il suffit de voir.
De toute façon, le monde
est impermanent.
Qu’elles durent plus ou moins,
Il ne reste rien des fleurs.
A ceux qui partout
sont aux affaires publiques,
je m’adresse ainsi :
votre esprit originel
surtout, ne l’oubliez pas !

Boule de cristal sur une table
Boule de cristal sur une table

Nous pouvons avancer l’idée que l’Absolu est à la fois « Néant » et « Être » en même temps. Contradiction inquiétante pour la logique, mais nous sommes ici dans un domaine étranger à la logique : ce « Néant » et cet « Être » ne sont qu’une même réalité. C’est pour cela que tout en paraissant s’opposer l’un à l’autre, ils s’incluent l’un l’autre, sans que l’un déborde en rien sur l’autre. Le Taoïsme nous donne une belle démonstration de ce paradoxe : le premier est le Wu (Le rien), le second est le You (l’Être). Certains philosophes regardent le Wu comme antérieur au You car le You vient du Wu, ainsi que le dit le Tao Te King (Le « livre de la voie et de la vertu », classique attribué à Lao Tseu).

Dès lors, pourquoi ne pas considérer que le Tao, l’Absolu en lui-même est à la fois Wu et You ? Bien sûr, que dans l’ordre du monde il y ait un avant et un après, cela est logique, mais pourquoi y en aurait-il dans la structure même du Tao ? Dire que le You vient du Wu n’implique pas de parler d’un avant et d’un après. L ‘Absolu pourrait se définir comme les deux à la fois : ce qui les unit et les réconcilie dans leur apparente opposition est la force interne qui leur est commune. On peut avancer l’idée que la philosophie taoïste nous met plus positivement face à l’Absolu que ne le fait la pensée bouddhique plus préoccupée par la maîtrise de l’instabilité des choses que par l’idée d’une unité dans la contradiction apparente.

Le long cheminement au coeur même de notre être jusqu’à notre nature profonde, nous fait découvrir un nouvel amour, non plus un amour électif, mais un amour du cosmos qui nous « fait » exister. Au coeur de nous-mêmes, au centre le plus profond, nous percevons alors, l’autre Centre, le Centre absolu qui est la source de tout.

Cela vaut le coup de laisser quelques valises inutiles sur le quai de la gare !

Notes

– (1) Théologie apophatique : Approche théologique fondée sur la négation d’un plus ce que Dieu n’est pas que sur ce qu’il serait. C’est l’opposé de la théologie cataphatique dont le but est la recherche d’une approche et d’une définition des qualités divines.

– (2) Kénose : Notion de théologie chrétienne : Dieu se dépouille de certains attributs divins pour mieux s’incarner. Jésus serait l’image même de la kénose. Cette expression vient du grec « Kénosis » : vide, dépouillé. Le philosophe serait celui qui parviendrait au vide, par l’abandon de ce qui est inutile pour parvenir à sa vérité intérieure.

– (3) Shaftesbury : Titre du 3em comte de Shaftesbury, Antony Ashley-Cooper (1671-1713). Philosophe, écrivain, homme politique britannique. Influencé par la philosophie platonicienne qu’il mêlera avec plus ou moins de bonheur à la théologie chrétienne !

– (4) Ryôkan : Ô pruniers en fleur. Paris. Ed. Gallimard. 2019 (Pages 30 et 31).

Bibliographie

– Lebranchu Marc : Découvrir le taoïsme : histoire, fondements, courants et pratiques. Paris. Ed. Eyrolles. 2020.

– Revue Autrement : Le silence-La force du vide. Paris. Ed. Autrement. 1999.

– Robinet Isabelle : Histoire du taoïsme : des origines au XIVe siècle. Paris. Ed. Cerf-CNRS. 2012.

– Saint-Jean de la Croix : La nuit obscure. Paris. Ed. Du Seuil. 1984.

Régularité et tradition : La GLNF au cœur de la maçonnerie française

Dans Chroniques d’Histoire de la Grande Loge Nationale Française : des faits et des hommes, Francis Delon propose un récit détaillé de l’histoire de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), une obédience relativement marginale dans le paysage maçonnique français jusqu’au milieu des années 1960. Son essor s’accélère notamment avec l’arrivée, en 1965, de près d’un millier de frères de la Grande Loge de France (GLDF), opposés à un rapprochement avec le Grand Orient de France. Ce passage est crucial dans le développement de l’obédience et constitue un des axes centraux du livre. Francis Delon met en lumière la manière dont la GLNF est devenue, en un demi-siècle, une des puissances maçonniques les plus influentes en France et la première grande loge régulière du continent européen.

Le développement de la GLNF repose en partie sur une doctrine énoncée par Jean Baylot dans son ouvrage La Voie substituée publié en 1968, qui affirmait que la maçonnerie française avait dévié de son chemin depuis la Révolution française. Cette doctrine fut essentielle à la réorientation de la GLNF vers une maçonnerie plus traditionnelle, en rupture avec le militantisme politique et anticlérical qui caractérisait d’autres obédiences maçonniques en France. Francis Delon offre une analyse fine de cet événement charnière en insistant sur les enjeux doctrinaux, mais aussi sur la dimension spirituelle et intellectuelle qui sous-tend ce changement de cap.

Jean Baylot (1897-1976)

Le livre plonge également dans les détails historiques des loges de recherche comme « Villard de Honnecourt » n° 81, fondée sous l’égide de Jean Baylot en 1964, qui a joué un rôle central dans la diffusion de travaux maçonniques historiquement méconnus, notamment ceux de la « Quatuor Coronati ». L’ouverture de la GLNF vers l’international est également mise en lumière, notamment à travers son rayonnement auprès de l’élite francophone iranienne, qui aspirait à sortir de l’isolement maçonnique, ainsi qu’à travers les relations avec des personnalités influentes de la maçonnerie comme Marius Lepage ou le baron Yves Marsaudon.

Francis Delon ne se contente pas d’un simple récit historique. Son analyse s’articule autour des grandes figures qui ont façonné cette obédience, telles que Michel Riquet, dont le dialogue avec l’Église catholique après le concile Vatican II permit un rapprochement inédit entre la franc-maçonnerie traditionnelle et les milieux religieux modérés.

Le style de Francis Delon est précis, méthodique, et bien documenté, ce qui confère à l’ouvrage une grande rigueur académique tout en étant accessible aux profanes intéressés par l’histoire maçonnique. En tant que collaborateur régulier de publications telles que Les Cahiers Villard de Honnecourt et Renaissance Traditionnelle, il fait preuve d’une maîtrise indiscutable des archives et des faits historiques qu’il mobilise pour offrir un panorama complet de cette période.

Pour approfondir et développer les différents chapitres de cet ouvrage, nous vous proposons une large vue d’ensemble tout en analysant quelques éléments saillants abordés par l’auteur.

Jean-Pierre Servel

La préface rédigée par Jean-Pierre Servel, Grand Maître d’Honneur de la GLNF, pose les jalons du livre et souligne l’importance du travail accompli par Francis Delon dans la préservation de la mémoire historique de l’obédience. Jean-Pierre Servel souligne les moments charnières qui ont permis à la GLNF de passer d’une petite obédience marginale à la deuxième puissance maçonnique de France. La préface met également en exergue la rigueur académique de l’ouvrage et son importance pour les membres de la GLNF et les chercheurs en histoire maçonnique.

L’introduction pose le cadre historique du développement de la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Francis Delon y décrit l’état de l’obédience à la fin des années 1950, marquée par une faible présence française et une prédominance anglo-saxonne. L’introduction aborde les défis rencontrés par la GLNF pour recruter de nouveaux membres et maintenir sa régularité, tout en évoquant les premiers signes de son expansion grâce à l’arrivée des Frères de la Grande Loge de France, hostiles au rapprochement avec le Grand Orient de France.

Le chapitre I « Des faits » est une analyse des moments historiques fondateurs qui ont contribué à la croissance de la GLNF.

La partie intitulée « La scission écossaise de 1964-1965 : du Groupement de loges traditionnelles à la Grande Loge de District » traite de la scission au sein de la Grande Loge de France en 1964-1965. En raison de désaccords doctrinaux, principalement autour de la question de la régularité maçonnique et du rapprochement avec le Grand Orient de France, plusieurs Frères quittent la GLDF pour former un nouveau groupement de loges traditionnelles. Cet événement est crucial pour l’histoire de la GLNF, car il marque le début de l’arrivée massive de Frères écossais qui vont renforcer les effectifs et les pratiques rituelles de la GLNF.

Le Groupement de loges traditionnelles, formé en octobre 1964, est décrit comme une étape clé dans le processus de séparation d’avec la GLDF. Il s’agissait de créer une nouvelle entité maçonnique capable de maintenir la régularité tout en restant fidèle aux principes du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA). Cette décision précède la création officielle de la Grande Loge Écossaise dont la fondation officielle est le 6 novembre 1964, une étape décisive dans la structuration du nouvel ordre maçonnique. Cette entité provisoire se donne pour mission de poursuivre les pratiques écossaises en France et d’intégrer progressivement les loges issues de la GLDF tout en se rapprochant de la GLNF.

En 1965, la Grande Loge de District voit le jour. Cette nouvelle structure permet de formaliser l’intégration des loges traditionnelles au sein de la GLNF. Le chapitre explore les négociations, les accords institutionnels et les ajustements nécessaires pour opérer cette fusion.

Avec « De la Grande Loge de District à l’intégration au sein de la G.L.N.F. », ce passage décrit le processus d’intégration formelle de la Grande Loge de District à la GLNF. Les démarches administratives, les rituels adoptés et les changements dans la gouvernance sont analysés dans ce sous-chapitre. La GLNF bénéficie alors de l’apport des loges écossaises, qui enrichissent sa tradition tout en solidifiant sa présence en France.

« Les origines du Rite Écossais Ancien et Accepté à la Grande Loge Nationale Française » permet ensuite de comprendre l’introduction et la reconnaissance officielle du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) à la GLNF. L’accent est mis sur le contexte historique de la reconnaissance de ce rite en 1955, ainsi que sur les tensions entre la GLNF et le Suprême Conseil de France.

Intitulé « Des hommes », ce second chapitre met en avant les figures clés qui ont marqué l’histoire de la GLNF. Il s’agit de personnalités influentes dont les actions et les décisions ont façonné le développement et l’idéologie de l’obédience.

Baron Yves Marsaudon

C’est à travers le sous-chapitre « Un témoignage inédit sur les événements de 1965 : la correspondance Marsaudon-Van Hecke (1965-1966) » que l’auteur explore la correspondance entre Yves Marsaudon, dignitaire de l’Ordre de Malte et promoteur du Rite Écossais Ancien et Accepté, et le Grand Maître Ernest Van Hecke, qui fut l’un des principaux artisans de l’intégration des loges écossaises au sein de la GLNF. Cette correspondance révèle les tensions, les doutes, mais aussi la vision partagée de ces deux hommes sur l’avenir de la Maçonnerie en France.

Père Michel Riquet – Source Unadif

Ensuite, avec « Le père Michel Riquet, artisan du dialogue entre la franc-maçonnerie régulière et l’Église catholique », Francis Delon met en lumière cet autre personnage majeur qu’est le prêtre jésuite Michel Riquet (1898-1993) résistant, théologien et prédicateur de renom. Il a joué un rôle crucial dans le rapprochement entre la maçonnerie dite régulière et l’Église catholique, surtout après le concile Vatican II. Son action est présentée comme fondamentale pour comprendre l’ouverture de la GLNF à des personnalités de divers horizons sociaux et religieux.

Marius Lepage est l’une des figures les plus importantes du renouveau maçonnique français. Sa quête de régularité maçonnique et son combat contre l’anticléricalisme au sein du Grand Orient de France l’amènent à rejoindre la GLNF, où il devient une figure influente du Rite Écossais Ancien et Accepté. Ce sous-chapitre revient sur son parcours, son œuvre et ses contributions à la consolidation de la GLNF.

« Sur les traces de Jean Bossu (1911-1985) : un cherchant en quête d’authenticité » Francis Delon retrace le parcours de ce vosgien natif d’Épinal, journaliste de tendance libertaire et historien, connu pour avoir créé le principal fichier des francs-maçons français appelé couramment « Fichier Bossu ». Un autre personnage central de l’histoire de l’obédience. L’auteur souligne ainsi l’importance de sa contribution intellectuelle.

Enfin c’est avec « Chrétien et franc-maçon : sur les pas de Jean Oluf Heineman (1919-2003) » que s’achève l’ouvrage. Sans doute méconnu, pour ne pas dire inconnu, Jean Oluf Heineman, ressortissant norvégien, n’en est pas moins un exemple de l’influence internationale de la GLNF. Chrétien convaincu, il illustre la fusion des valeurs maçonniques et chrétiennes. Son rôle dans les relations maçonniques scandinaves et son engagement pour le développement de la maçonnerie traditionnelle font de lui un personnage clé dans l’histoire de la GLNF. Notons que la postface est de Thierry Zarcone, Directeur de recherche au CNRS GSRL Groupe Sociétés Religions Laïcités.

Francis Delon, la bio

Francis Delon, titulaire d’une maîtrise d’histoire contemporaine de l’Université Paris IV et d’un DESS en histoire et métiers des archives de l’Université d’Angers, est un archiviste expérimenté et érudit. En 2010, il est fait chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres en reconnaissance de ses contributions culturelles et historiques.

Francis Delon a également soutenu une thèse de doctorat en études anglophones sur « La Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises (1910-1940) ». Son expertise et sa profonde connaissance des archives maçonniques en font une figure incontournable dans l’histoire de la franc-maçonnerie française. Depuis 2000, il est archiviste bénévole de la GLNF et a largement contribué à la conservation et à la diffusion du patrimoine maçonnique.

Les Éditions de la Tarente, l’éditeur

L’ouvrage Chroniques d’Histoire de la Grande Loge Nationale Française : des faits et des hommes est publié par Les Éditions de la Tarente, une maison d’édition spécialisée dans les publications maçonniques. Elle propose des ouvrages visant à enrichir les connaissances sur l’histoire de la franc-maçonnerie, tout en assurant la diffusion de travaux originaux et approfondis sur les aspects rituels, doctrinaux et symboliques de la maçonnerie. Cette maison d’édition qui, en mars dernier, a reçu le Prix littéraire 2024 Jean François Var à l’occasion de premières Rencontres Initiatiques, s’inscrit dans une tradition de publication d’études maçonniques rigoureuses, contribuant ainsi à l’éducation et à l’épanouissement des lecteurs intéressés par ces sujets.

En conclusion, l’ouvrage propose une synthèse des évolutions historiques, des figures marquantes et des défis relevés par la GLNF au fil des décennies. Elle met en lumière les leçons tirées de cette histoire riche et complexe, tout en soulignant la pertinence actuelle de la GLNF dans le paysage maçonnique européen et mondial.

Cette exploration montre à quel point Chroniques d’Histoire de la Grande Loge Nationale Française : des faits et des hommes est une œuvre capitale pour comprendre les dynamiques internes de la franc-maçonnerie en France et l’importance de la GLNF dans l’histoire contemporaine du mouvement maçonnique.

Chroniques d’Histoire de la Grande Loge Nationale Française : des faits et des hommes

Francis Delon – Les Éditions de la Tarente, Coll. Fragments maçonniques, 2024, 272 pages, 26 €

Le Dessin de François Morel : « Les maçons et Internet »

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Année après année, les nouvelles technologies envahissent nos travaux et influencent notre pratique maçonnique. Cette semaine, François Morel s’est laissé tenté par une petite moquerie de certains abus une fois rentré à la maison. Toute ressemblance avec des personnes ayant vécu serait purement… tout cela très Fraternellement bien entendu.

Grande Loge de France : troisième et dernier mandat pour le Grand Maître Thierry Zaveroni

Situés au cœur du dynamique quartier de Bercy, les Salons de l’Aveyron Paris Bercy ont accueilli ce week-end le Convent 6024 de la Grande Loge de France (GLDF), au cours duquel Thierry Zaveroni a été réélu Grand Maître de la Grande Loge de France.

Fort de ce nouveau mandat, Thierry Zaveroni poursuivra son action en vue de renforcer l’attrait de la franc-maçonnerie auprès des jeunes adultes. Son objectif est que les valeurs cultivées dans les loges incitent un plus grand nombre de jeunes gens à s’engager dans la démarche initiatique.


Pour cela, il met l’accent sur l’écoute des jeunes. Thierry Zaveroni souligne également l’importance de démystifier la franc-maçonnerie et de promouvoir une image positive auprès du grand public. Il est convaincu qu’une action culturelle exigeante et bien ciblée peut contribuer à modifier l’opinion publique sur la franc-maçonnerie, et sur la Grande Loge de France en particulier.

Si l’on veut présenter succinctement le bilan de ce Convent, on peut dire qu’il s’agit bel et bien d’un bilan… succinct ! En effet, si le Grand Maître a été reconduit dans des conditions honorables (de l’ordre de 70 % de votes favorables) sans obtenir pour autant un score de maréchal soviétique, les propositions qu’il conduisait n’ont pas toutes été approuvées par le Convent, loin s’en faut. Ainsi, de la prolongation de la durée du mandat du Grand Maître et de celle des principaux Grands Officiers, au motif du temps nécessaire à la menée à bien des différents projets dont ils ont la charge, mais également de la transformation de la Tenue de Grande Loge, de son format actuel en un rendez-vous avec les Vénérables Maîtres en chaire, comme d’éventuelles règles de plafonnement budgétaire, qu’il s’agisse de dépenses de fonctionnement (masse salariale) ou de dépenses d’investissement (immobilier). Rien de tout cela n’a reçu l’aval du Convent, alors même qu’aucune majorité qualifiée n’était nécessaire et qu’une majorité absolue des suffrages exprimés suffisait…

On pourrait s’en réjouir, sans considérer le fond des choses, en y voyant seulement un signe robuste de la santé démocratique de l’Obédience. C’est sans doute le cas mais c’est aussi l’indice d’une insuffisante préparation aux difficultés des temps car il est indéniable que se pose aujourd’hui aux différents organismes maçonniques, comme, au demeurant, à tous les échelons de la société, des questions de redimensionnement des moyens d’action. Rien ne semble aujourd’hui résolu à cet égard, à la Grande Loge de France. Nul doute que, d’une manière ou d’une autre, il faudra y revenir bientôt car, là comme ailleurs, plus on retarde l’échéance, plus l’heure de vérité sonnera durement.

Il reste, au moins, au plan des publications, que la belle revue Points de vue initiatiques s’est vue confirmée dans sa mission d’ouverture au monde profane, comme porteuse de valeurs maçonniques, tandis que verra le jour une revue en ligne spécialement consacrée au grade de maître, à diffusion cette fois-ci interne.

ILS ONT VOTÉ : Yves Pennes, sera le futur Grand Maître de la GLNF

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Le Souverain Grand Comité (SGC) de la Grande Loge Nationale Française (parlement de l’obédience) qui s’est réuni, vendredi après-midi à Paris, pour désigner son candidat à la prochaine Grande Maîtrise, a choisi l’actuel Député Grand Maître (n° 2) pour succéder à Jean-Pierre Rollet.

Deux candidats étaient en présence. 454 frères ont pris part au vote sur un total de 533 membres du Souverain Grand Comité, soit un taux de participation de 85,18 %. Ils ont respectivement obtenu :

  • Yves Pennes, 387 voix (85,24 %) ;
  • Emmanuel Stene (Ancien Grand Maître Provincial), 65 voix (14,32 %) ;
  • 2 votes nuls (0,44 %) ont été enregistrés.

Yves Pennes a donc été désigné à une très large majorité candidat élu à la Grande Maîtrise.

L’actuel Grand Maître sortant Jean-Pierre Rollet, satisfait de ce résultat a déclaré à la rédaction de 450.fm :

Jean-Pierre Rollet (Photo GLNF)

« C’est pour moi, une grande satisfaction, Yves Pennes, est un homme de cœur et d’esprit, fidèle aux valeurs et aux règles qui constituent notre idéal. »  

Ce choix du SGC, conformément à l’Article 9 du Règlement Général, sera soumis à ratification des représentants des loges (Vénérables Maîtres en chaire et Premiers Surveillants), « … lors de l’Assemblée Maçonnique triennale de Grande Loge, afférente à la Tenue annuelle obligatoire qui suit… », qui se déroulera le 14 décembre prochain à Paris.

Franc-maçonnerie et Libre Pensée, des alliées dans la quête de liberté

La Raison nous offre un beau dossier s’intitulant « Franc-maçonnerie et Libre Pensée ». Il s’ouvre sur la réflexion de Christophe Bitaud qui, par son parcours personnel, se fait l’incarnation du lien entre ces deux courants philosophiques et idéologiques. L’auteur, franc-maçon depuis 33 ans et membre de la Fédération Nationale de la Libre Pensée depuis 25 ans, propose de mettre en perspective ce qu’il qualifie de « deux engagements complémentaires ». Cette introduction met en lumière une complémentarité évidente pour l’auteur, mais aussi les nuances nécessaires pour éviter les confusions.

Dès le début, la citation d’Antoine de Saint-Exupéry (« Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis ») établit une base de respect mutuel et d’enrichissement réciproque à travers les divergences. C’est une invitation à examiner ce qui semble séparer ces deux courants tout en reconnaissant ce qu’ils partagent.

La franc-maçonnerie : une société discrète mais agissante

L’auteur nous rappelle que la franc-maçonnerie est avant tout une association discrète, tournée vers l’accomplissement d’un travail moral sur ses membres, qui peuvent ensuite appliquer cette réflexion dans leurs vies respectives. On retrouve ici l’idée d’un développement personnel guidé par un cadre philosophique spécifique, celui du symbolisme maçonnique et de ses rites, comme l’illustrent les références à des penseurs illustres tels que Robert Boyle ou encore la Royal Society.

La Libre Pensée, quant à elle, se présente comme une association ouverte, politique par son essence même, et majoritairement athée de nos jours. Ce qui distingue les deux, c’est le cadre institutionnel : la Libre Pensée est plus offensive dans son rejet de la religion et de tout cléricalisme, là où la Franc-maçonnerie opère de manière plus philosophique et ésotérique, souvent en silence.

Un patrimoine commun enraciné dans la Renaissance et les Lumières

L’analyse du lien historique entre la Libre Pensée et la franc-maçonnerie se poursuit avec une exploration des origines de ces mouvements, tous deux issus d’un creuset philosophique commun : la Renaissance et l’esprit des Lumières. On y retrouve une filiation directe avec les sociétés savantes de l’époque, comme la Royal Society, ou encore les figures maçonniques influentes telles que John Evelyn ou Isaac Newton.

Blason Royal Society

Ces références soulignent que la quête de vérité, de progrès scientifique, et d’émancipation intellectuelle étaient au cœur des préoccupations de ces deux courants, dès leurs origines. L’auteur ne manque pas de rappeler l’influence persistante de la devise de la Royal Society, Nullius in verba (ne croire personne sur parole), qui résonne fortement avec la volonté de s’affranchir des dogmes religieux et des autorités infondées. Ce principe fondateur reste un pilier pour les deux courants, même si leurs pratiques divergent parfois.

Convergences dans la lutte pour la laïcité

Le dossier met également l’accent sur la lutte commune pour la laïcité, un thème récurrent qui a rapproché les francs-maçons et les libres penseurs, en particulier au moment de la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905. Cette période est marquée par une intense collaboration entre les membres de la Libre Pensée et les députés francs-maçons, comme le souligne l’implication des figures telles que Aristide Briand.

L’auteur évoque avec force le Congrès de Rome de 1904, qui fut un tournant majeur dans cette lutte pour l’émancipation humaine, avec des prises de position résolument anticléricales et un appel énergique à la laïcisation de la société. Cet événement est un symbole fort de la convergence des idées, et d’une victoire pour les deux courants, malgré leurs divergences sur d’autres aspects.

Défense de l’indépendance et vigilance face à l’ingérence religieuse

Blason du Vatican

Toutefois, malgré cette lutte commune, les francs-maçons et les libres penseurs ont dû parfois défendre leur indépendance respective. La Libre Pensée s’est toujours opposée à toute forme de cléricalisme, et ce dossier rappelle l’animosité qui a longtemps existé entre l’Église et ces mouvements. Les condamnations pontificales, comme celle de 1983, qui stipule que l’appartenance à la franc-maçonnerie est un péché grave, soulignent la tension historique entre ces groupes et l’Église catholique, apostolique et romaine.

La publication du dossier sur l’emprise judéo-maçonnique sur l’Éducation nationale dans les années 1940, illustrée ici, montre combien les discours réactionnaires et antisémites ont alimenté cette méfiance envers les francs-maçons. En ce sens, l’auteur dénonce les fausses accusations et les campagnes de désinformation qui ont souvent visé ces associations, accusées à tort de complots ou d’alliances occultes. Ce rejet des tentatives d’ingérence et de manipulation idéologique est un point commun fondamental aux deux courants, qui s’efforcent de préserver la liberté de pensée et d’action.

Vers un avenir de collaboration vigilante

Dans sa conclusion, l’auteur insiste sur la nécessité de maintenir une vigilance active contre toute forme de retour à un ordre clérical et réactionnaire. La Libre Pensée et la Franc-maçonnerie, avec leurs nuances respectives, sont appelées à continuer leur lutte commune pour défendre les principes de laïcité, d’émancipation sociale, et de justice. L’article 2 de la loi de 1905, qui stipule que l’État ne salarie ni ne subventionne aucun culte, est aujourd’hui plus que jamais bafoué selon l’auteur, et nécessite une réaffirmation vigoureuse.

Ce dossier se veut donc non seulement une réflexion historique sur les liens entre ces deux associations, mais aussi un appel à l’action pour l’avenir. Si la collaboration passée entre les francs-maçons et les libres penseurs a permis d’importantes victoires, il est essentiel de ne pas baisser la garde face aux nouvelles menaces qui pèsent sur les libertés publiques et la laïcité.

Note analyse

Ce dossier, riche en détails historiques et philosophiques, présente une vision équilibrée des relations entre la franc-maçonnerie et la Libre Pensée, tout en soulignant leurs différences fondamentales. La principale leçon à en tirer est que, bien que leurs approches diffèrent – la franc-maçonnerie privilégiant un cheminement intérieur et symbolique, la Libre Pensée s’inscrivant dans un cadre militant et politique – ces deux courants partagent une même quête de liberté de conscience et de vérité, affranchie des dogmes religieux et des autorités oppressives.

L’auteur, Christophe Bitaud, maîtrise habilement la nuance en rappelant que ces deux mouvements, bien qu’issus du même terreau philosophique, ont su s’enrichir mutuellement à travers leurs divergences. Ce dossier n’est pas seulement une analyse théorique, mais un manifeste pour la défense continue de la laïcité et de l’émancipation humaine, un appel à la vigilance dans une époque où ces acquis sont plus que jamais menacés.

Le ton engagé et érudit de ce texte en fait une lecture captivante pour quiconque s’intéresse à la philosophie politique, à l’histoire des idées et aux luttes pour la liberté de conscience. L’auteur nous rappelle que l’émancipation humaine est une quête continue, nourrie par le dialogue, la critique constructive, et une collaboration vigilante entre ceux qui, comme les francs-maçons et les libres penseurs, cherchent à libérer l’esprit humain des entraves dogmatiques.

La Libre Pensée, en savoir plus

Sa librairie, 10 rue des Fossés Saint-Jacques – 75005 Paris

La Raison-Mensuel de la Libre PenséeN° 694 – Septembre 2024, Fructidor CCXXXIIFNLP, 2024, 36 pages, 3,50 €

21/09/24 : L’Académie Maçonnique invite Jean-Laurent Turbet sur « Le Maître se crée »

Dans le cadre du cycle 2024-2025 « Ésotérisme et Initiations » l’Académie Maçonnique vous invite à assister, en distanciel via un webinaire Zoom, à une conférence captivante intitulée « Le Maître se crée », donnée par Jean-Laurent Turbet. Inscrit dans cette thématique, cet événement s’annonce comme une véritable plongée dans les mystères de la création intérieure, mais aussi comme une réflexion profonde sur le parcours initiatique. Ce thème interpelle dès le titre, en suggérant que la création du Maître relève d’une dynamique personnelle et active, renvoyant directement à l’évolution spirituelle et symbolique de tout initié.

Jean-Laurent Turbet

Jean-Laurent Turbet : un passeur de savoirs maçonniques et spirituels

Jean-Laurent Turbet, blogueur réputé pour son site « Le Blog des Spiritualités », se positionne comme une figure incontournable de la franc-maçonnerie contemporaine. Son travail ne se limite pas aux frontières maçonniques ; il explore des thèmes aussi divers que l’ésotérisme, la Gnose, l’hermétisme, la Kabbale, le martinisme ou encore le symbolisme. Ce faisant, il relie des traditions spirituelles et initiatiques qui, malgré leurs différences, partagent des valeurs et des finalités communes : la recherche de la vérité, de la connaissance cachée et de l’accomplissement spirituel.

Cahier Jean Scot Érigène

En tant qu’ancien Vénérable Maître de la Loge de Recherche Jean Scot Érigène n° 1000 et ancien Grand Maître adjoint de la Grande Loge de France (GLDF), Jean-Laurent Turbet possède une vision à la fois historique et pratique de la franc-maçonnerie. Cette double expertise – académique et initiatique – fait de lui un orateur idéal pour traiter d’un sujet aussi complexe que celui de la création du Maître.

Johannes Scottus Eriugena

« Le Maître se crée », une métamorphose initiatique

L’intitulé de cette conférence joue sur une subtilité de langage qui mérite d’être explorée. Le mot « crée » renvoie ici à un processus actif et personnel : le Maître, dans sa quête initiatique, n’est pas simplement le récipiendaire d’un savoir ou d’une autorité extérieure, mais il devient l’artisan de sa propre transformation. Cette idée rejoint directement les fondements mêmes de l’initiation maçonnique, où chaque degré franchi marque un nouveau pas dans la quête de la lumière, mais où c’est surtout le travail sur soi qui est au centre de cette progression.

Il est également intéressant de noter l’écho subtil au « Maître Secret », le 4e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA). Ce jeu de mots résonne avec une profondeur particulière, car le Maître Secret est lui-même un symbole puissant de la continuité et du devoir de silence et de réflexion intérieure. En effet, au 4e degré, l’initié est appelé à contempler en silence les mystères qui lui ont été révélés, à travailler dans l’ombre, à observer et à méditer avant de prendre des actions éclairées. Il se distingue par la discrétion et la sagesse, mais surtout par la nécessité de s’accomplir par soi-même, dans un cheminement personnel.

Tablier 4e degré – DETRAD

En ce sens, « se créer » évoque non seulement la nécessité d’une transformation intérieure, mais aussi la profondeur de l’introspection que requiert la maîtrise secrète. Le Maître Secret devient ainsi celui qui comprend que la vraie création vient de l’intérieur, qu’elle ne dépend pas des honneurs ni des titres, mais d’un travail discret, profond et continu sur soi-même.

Un voyage spirituel au-delà des frontières maçonniques

La création du Maître dépasse d’ailleurs le seul cadre maçonnique. Dans d’autres traditions spirituelles et ésotériques, cette idée de transformation et de recréation intérieure est omniprésente. En Kabbale, par exemple, l’initié est appelé à réparer et perfectionner son âme à travers le Tikkun, un travail de correction spirituelle. De la même manière, les adeptes de l’hermétisme cherchent à atteindre l’unité avec le divin par le biais de l’alchimie intérieure, où l’être humain, tel un métal imparfait, est purifié par les épreuves de la vie pour devenir « or spirituel ».

Jean-Laurent Turbet, en croisant les perspectives maçonniques et ésotériques, invite à une réflexion élargie sur le rôle de l’initié dans son propre cheminement. Ce dernier n’est pas passif, il est l’artisan de sa propre transformation. Ainsi, le parcours initiatique, que ce soit dans la franc-maçonnerie ou d’autres courants spirituels, exige de l’initié un engagement profond dans sa quête de la vérité et de la lumière.

Le format distanciel : ouverture et partage des savoirs

Cette conférence, qui se tiendra via un webinaire Zoom, reflète également une modernisation des modes de transmission. Le distanciel permet d’ouvrir ce type d’événement à un plus large public de Sœurs et Frères, tout en préservant l’intimité et la fraternité propres aux échanges maçonniques. Ce format, bien que différent de la traditionnelle tenue maçonnique en loge, reste fidèle à l’esprit de partage et de transmission qui caractérise l’initiation.

Conclusion : la création du Maître comme quête intérieure

La conférence de Jean-Laurent Turbet, avec sa thématique de « Le Maître se crée », promet d’être une exploration profonde des mécanismes intérieurs qui mènent à la maîtrise spirituelle. À travers son approche transversale, croisant les savoirs maçonniques, ésotériques et historiques, il offre aux initiés une perspective précieuse sur ce que signifie véritablement « se créer » en tant que Maître, tout en faisant écho à la symbolique du Maître Secret du REAA.

C’est une invitation à poursuivre la quête initiatique, à travailler sur soi dans le silence et la méditation, afin de forger son propre chemin vers la lumière.