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Interview : La Franc-Maçonnerie au 21ème siècle – invité – Franck Fouqueray

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De notre confrère la Chaine Youtube Arcana

Aujourd’hui, notre chaîne reçoit en interview Franck Fouqueray. Nous lui poserons des questions sur la franc-maçonnerie afin de tenter de comprendre pourquoi cette société, vieille de trois siècles, provoque encore autant de débats dans le monde moderne. Nous essayerons de comprendre ce que recherchent les francs-maçons en loge, et de découvrir ce qui s’y passe.

Nous lui poserons également la question de savoir si, oui ou non, la franc-maçonnerie est encore une voie spirituelle pertinente au 21ᵉ siècle. Qui est Franck Fouqueray ? Il est le fondateur est le fondateur du Journal 450.fm (https://450.fm) et président des Éditions LOL, il est également l’auteur de nombreux ouvrages sur la franc-maçonnerie. Parmi ses nombreuses initiatives, il a créé le réseau social maçonnique “On Va Rentrer (https://www.onvarentrer.fr), qui réunit plusieurs milliers de Frères et Sœurs. Il est également à l’origine du premier Festival d’humour maçonnique de Paris. De 2017 à 2022, il a présidé la Fraternelle des écrivains maçonniques.
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La Franc-maçonnerie symbolique : une perspective traversant la “Vallée de l’étrange”

“Va vers toi !” nous impose la Genèse (12:1) comme direction ultime de ce Voyage Initiatique au cœur du labyrinthe de l’“Unheimlich”. Il nous faut donc explorer cette forêt des Vanités en terrien et nous frayer un chemin dans son “inquiétante étrangeté” afin de nourrir le minotaure du “cadavre exquis” du “vieil homme” et réveiller “l’Homme nouveau” qui sommeille en nous.

Une fois retrouvé, et pour réaliser cette promesse faite à l’Aube de l’ascèse initiatique, il nous faudra encore sublimer ce nouvel Adam de l’ambre qui le retient figé dans la nuit du Temps. C’est en enterrant son “Doppelgänger” dans “l’Unheimlich” qui l’a vu naître que le “vieil homme” d[y]sparaît et se transcende afin que “l’Homme nouveau et unique” reparaisse, radieux comme jamais !

Le train initiatique
Voyage en Unheimlich – Photographie argentique 135mm – Pologne – 1996 – ©Stefan von Nemau

Nous sommes en 1919, dans un train. Sa localisation n’a que peu d’importance car il est en translation d’un endroit à un autre et c’est le Miroir qui va nous plonger au cœur d’un voyage dont seul la Voie initiatique a le secret. Un homme est le seul occupant d’un wagon lit. Une secousse du train ouvre brusquement la porte donnant accès aux toilettes voisines. C’est ainsi qu’est apparu “chez moi” [sic], un homme en robe de chambre et bonnet de nuit. Supposant une erreur de cet intrus, le voyageur se lève et… se rend compte que cet homme en robe de chambre n’est autre que son propre reflet dans la porte du “cabinet de toilette”.

Ce voyageur, c’est Sigmund Freud et c’est ainsi qu’il raconte, dans une note de bas de page de son texte “Das Unheimlich” paru en 1919, l’expérience ayant provoqué cette réflexion sur le thème de “l’inquiétante étrangeté”. Le mot allemand “Unheimlich” étant intraduisible en français, c’est ainsi que Marie Bonaparte et Edouard Marty l’ont interprété et traduit en 1933 lors de la parution de leur traduction du texte de Freud. En anglais sa traduction sera “uncanny”. Ce mot, “uncanny” sera ensuite associé à “valley” dans la littérature fantastique, d’anticipation et de science fiction lorsque le roboticien japonais Masahiro Mori publiera en 1970 ses travaux sur “la vallée de l’étrange” ou “ la vallée dérangeante” démontrant sa théorie selon laquelle plus un robot androïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections nous semblent monstrueuses. La notion du “double” fut aussi analysée en 1914 par Otto Rank dans la revue Imago dans un article intitulé “Der Doppelgänger”.

Pour ma part, j’ai exploré ces notions dans mon travail photoplastique “Unheimlich” présenté à l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles et dans un travail poétique textuel, photoplastique et vidéographique intitulé “Le testament de Narcisse. Ce travail a été présenté en Loge et sur le site www.lavouteetoilee.net.

Du Lumineux au Numineux : les Vanités, portes de l’Unheimlich initiatique

« D’un point de vue symbolique et initiatique, le noir n’est pas la couleur de l’Ombre. Parce qu’il dévore la lumière comme Saturne dévore ses enfants, le noir est la couleur d’un Incréé impensable, dont le royaume se situe au delà du Temps. L’ambre, parce qu’elle emprisonne et fossilise le passé, est la couleur de l’Ombre et de son inquiétante étrangeté.« 

Stefan von Nemau
Avant l'aven : l'avent
Avant l’aven : l’avent – Etude pour un prochain O.R.N.I (Objet Relié Non-Identifié) – Encres sur papier relié – 30 x 42 cm -2024 – ©Stefan von Nemau

Enfermé dans le noir d’un avent, seule l’ambre éclaire celui qui a satisfait à son aveuglement. La bougie, symbole fragile de la Vie ou de la Connaissance; le crâne, celui de la mort; les fleurs fanées ou le morceau de pain rassis, symbole d’une vieillesse aux impatiences arides et abruptes à partager parfois; un sablier pour le temps qui passe et “en[-]fin” un miroir

« Vanité des vanités, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil? Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. »

Ecclésiaste 1:2-4

“Quel a été ton chemin, que vas-tu transmettre, que vas-tu laisser?”. C’est ce que semblent nous murmurer les reflets étranges de ces objets familiers dans la mise en scène funeste de ce théâtre de l’Ombre. Dans cette plongée dans l’étrange, dépouillé de nos atours identitaires, lambeaux de peaux mortes laissées en offrande, seul notre reflet dans le miroir nous rappelle les oripeaux des illusions de ce qui nous était familier.. et ce testament philosophique à écrire… ce teste amant… la Voie Initiatique ne parle t-elle par la voix de l’Amour?

Le cabinet de réflexion est l’antichambre de “l’étrange initiatique” mais le profane ne peut que le ressentir. Ce qu’il en perçoit c’est l’inquiétant et peut-être cette esthétique du Sublime qui deviendra, une fois peurs domptées, le reflet d’émeraude de sa propre “chute-envol”.

La fécondation du retrait
La fécondation du retrait – Etude pour un prochain O.R.N.I (Objet Relié Non-Identifié) – Encres sur papier relié – 30 x 42 cm – 2024 – ©Stefan von Nemau

En attendant la suite du Voyage il vit pleinement ce moment “Unheimlich”, parfois jusqu’à l’angoisse selon certains témoignages. C’est le moment du surgissement des fantômes lorsque le Miroir sort de son silence glacial: “Qui es-tu? M’es-tu étranger? Es-tu reflet? es-tu autre?”. Puis vient le temps des reproches d’orgueil, de fausse humilité et de suffisance parfois… cela va vite dans l’ombre ambre des reflets… Il faut bien une vie pour répondre à ces questions mutagènes aux réponses versatiles… il faut bien une évanescence pour rencontrer la Lumière, l’instant d’un reflet croisé dans la porte d’un train qui maintenant amène inéluctablement le profane vers sa destinée, au cœur de cet “étrangeté” qui lui deviendra familière… peut-être… dans “l’Un quand décence” de la Chaîne d’Union.

Le baptême initiatique : montrer la Lumière à l’imputrescible aveugle

La voie initiatique est une voie paradoxale. En effet, c’est en privant l’impétrant de la vue que l’on espère lui révéler la Lumière. Cet aveuglement est le prolongement naturel de ce qu’il a rencontré dans le cabinet de réflexion. Ainsi il ne le quitte jamais… mais, en sincérité, le quittons-nous un jour?

Si le profane, en entrant dans cette exiguïté du cocon pense pénétrer une réalité qu’il qualifierait de surréaliste il s’enfonce en fait dans les profondeurs de la subréalité initiatique.

Guidé par son nautonier dans une tension modulée en fonction des épreuves, il va jouer la pièce de ce moment unique et éternel pour lui-même mais aussi pour la Loge : ce collectif au sein duquel il est reçu. Le temps des épreuves, ce Passeur sera son seul lien avec un double humain, espéré “même” sinon… comment s’en remettre totalement à l’autre? Comment espérer s’abandonner à la Voie? Comment lâcher le bord de la berge et marcher dans “l’au-delà” sans se “perdre à jamais”?

LOTO-portrait
LOTO-portrait – Série « les hasards objectifs »- Photopovera numérique – 11 octobre 2014 à 13h00 – ©Stefan von Nemau

Dans le cabinet de réflexion il a vécu l’épreuve de la Terre et du pourrissement. Il va vivre ensuite celle de l’Air et de l’assèchement, il sera ensuite lavé par l’Eau et purifié par le Feu. Si l’ordre des épreuves varie selon les rites, l’aspect terrien, matière, élémentaire et alchimique est ainsi révélé dans ce Rêve de l’aveugle, dans le vécu de cette traversée. L’humain ainsi entré en voie d’initiation n’aura accès à la représentation matérielle de ce qu’il a vécu que lors d’une prochaine initiation dont il sera acteur et spectateur.

Ce voyage initiatique est donc d’abord confié à l’imaginaire et ses représentations de l’Ancien Monde du nouvel initié; et c’est là dessus qu’il va d’abord méditer. Ce sont ses travaux qui vont lui révéler comment la subréalité initiatique, cette inquiétante étrangeté, convoque sa réalité personnelle, son familier.

Lorsqu’il assistera à sa première initiation, et qu’il verra l’impétrant cheminer, alors peut-être se rappellera t-il son double et leur plongée dans l’étrange.

La Voie Initiatique est une voie du vécu, de l’implication psycho-corporello-spirituelle de l’individu; C’est seulement à ce prix qu’il peut espérer “s’ignitier”, c’est à dire décider d’immoler son familier éphémère et enfin révéler sa part d’imputrescible sur l’Autel de la Vérité. C’est à ce prix que la Vue véritable est rendue au cyclope humain errant dans les tréfonds d’un cabinet de réflexion labyrinthique. C’est ainsi que le 3 libère la perspective que la dualité première condamnait à la planéité de l’errance.

La Chaîne d’Union : lorsque “l’inquiétante étrangeté” s’incarne en Fraternité

La distorsion d’un volume à 1 dimension – Etude pour un prochain O.R.N.I (Objet Relié Non-Identifié) – Encres et collage sur papier relié – Détail – 2024 – ©Stefan von Nemau

D’abord la pénombre de l’avent, puis l’aveuglement de la quête, enfin vient la Lumière révélée au sein de la Fraternité. Car à n’en pas douter, cet “autre” devenu “même” reçu en fraternité dans la Chaîne d’Union, reste en voie d’initiation. Si il a satisfait aux épreuves lui permettant de pénétrer plus profondément dans la pulsion de vie de sa réalité, il va peu à peu passer les paliers qui le mènent aux confins de sa subréalité.

“L’inquiétante étrangeté” des débuts va se sublimer en un “familier” révélant une autre “inquiétante étrangeté” et ainsi de suite. Et à chaque étape la rencontre avec “le Doppelgänger du miroir”, puis avec ce “même espéré” qui le reconnaîtra comme tel dans la Chaîne d’Union.

Peut-être est-ce ici une autre manifestation pleine et entière de cet “Unheimlich”. Cet autre m’est différent, il est mon Frère ou ma Sœur, et ils me reconnaissent comme tel. Certes nous avons subi les mêmes épreuves mais en dehors de cela, sommes-nous réellement des “mêmes” apaisés ou des “Doppelgängers” agités? Peut-être est-ce une tendance naturelle à la nécrophorèse qui s’exprime ici.

Et quid de notre prétention à l’humanisme et l’universalité lorsque nous refusons l’entrée de la Loge au différent quel qu’il ou elle soit? L’expression d’une fraternité universelle n’est-ce pas l’espérance de laisser personne derrière soi si il a frappé à la porte en remplissant les conditions d’entrée associatives élémentaires et réglementaires ? L’entre-soi est antinomique avec la vraie démarche initiatique sinon c’est un enfermement dans son inquiétante étrangeté. Comment m’enrichir avec l’autre si nous sommes les “mêmes”? Comment espérer un chemin de Vérité quand “l’enfer[-]me[-]ment”?

La voie initiatique en franc-maçonnerie est certes une voie solitaire mais elle ne peut être une voie de solitude. Tôt ou tard l’initié doit trouver sa manière de quitter son familier pour entrer en relation avec l’autre, pour se confronter et s’enrichir du différent et non s’enfermer dans le différend. Même si la Lumière jaillit dans le creuset de la confrontation des âmes et des corps, l’apprentissage de l’autre permet de maîtriser son feu intérieur afin de ne pas se laisser dévorer par l’orgueil, la cupidité et le vice. Alors seulement se révèle le “spiritus” de la Voie, dans la chaleur intense, douce et pacifiée de la Fraternité. Si ces moments sont rares effectivement, ils incarnent cependant la Joie, l’Amour, et la Paix en rendant aux Hommes la perspective de leurs Regards.

La solitude comme viatique d’un chemin de translucidité

Doppelgänger
Doppelgänger – Photographie argentique 135mm – Pologne – 1996 – ©Stefan von Nemau

C’est dans le Moment, le Kaïros, l’Instant-décisif, du Rituel qu’apparaît le “double”, ce familier rassurant dans ce voyage au cœur de l’étrange. Seulement, ce “double” disparaît juste après, il ne laisse derrière lui que des ersatz de lui-même… des fantômes… des spectres qui s’espèrent numineux…

 « L’image à première vue ne ressemble pas au cadavre, mais il se pourrait que l’étrangeté cadavérique fut aussi celle de l’image”

Maurice Blanchot

Peut-être que la suite de l’aventure initiatique est une quête pour le retrouver… peut-être que ce double, ce reflet, est notre part de Lumière dans l’immensité insondable de l’ambre… peut-être que ce “double” est le reflet argenté de notre supplément d’âme?

Cependant, évoquer l’âme c’est parfois parler aussi de la crainte de la mort alors qu’invoquer l’esprit c’est convoquer l’espoir d’éternité… le Savoir, dans sa quête d’omnipotence, assèche le souvenir des temps d’Outre-Temps… lorsque le feu-offrande priait les Dieux de libérer La Connaissance… le Temps des intuitions ramenées du merveilleux… ce Temps où la mort faisait encore partie du récit de la Vie. Ainsi, le motif du “double” théorisé par Otto Rank qui écrit dans  “Der Doppelgänger” qu’il est “un énergique démenti opposé au pouvoir de la mort”.

Le Vieil Homme et la mort : Renaissance
Vanité 01 – Série Revolving Eye Movements – Photoplastique [Photomontage numérique de photographies argentiques & numériques & d’obets scannés (gourmette de baptême, os et ticket de manège)] – circa 2017 – Tirage argentique papier – Dimensions variables – ©Stefan von Nemau

Alors… la création d’un dédoublement à titre de défense contre l’anéantissement dans une représentation du langage symbolique n’est-elle qu’une lutte contre la mort initiatique? Une résistance à la pulsion de vie qui ramène “l’Initié ignitié” au Centre de son instinct de mort? Pour que l’initié revête sa majuscule en étant ignitié, il doit à tout le moins “mourir au préjugé du vulgaire”, nous en sommes avertis dès le départ.

Aller vers le “double” c’est aller vers soi. C’est marcher pour une réintégration de l’âme au cœur du chaos de notre matérialité corporelle. C’est chercher des réponses aux incertitudes et suppositions de nos savoirs que nous espérons témoignage éternel de notre “effet-mérité” terrestre incarné.

Apprivoiser l’inquiétante étrangeté initiatique ne serait-ce pas plutôt accepter , accueillir, accompagner l’inéluctable incertitude, malgré la conscience fine et acérée des émotions asynchrones et dysmorphiques que ce changement d’état va générer?

Ma perception est que nous voyageons toujours en solitaire. Notre capacité à créer des liens à la plasticité mouvante dépend de notre capacité à Donner, sans espoir de retour sinon c’est un prêt; à Aimer, la main ouverte; à Accueillir sans emprisonner l’Autre dans sa différence. Cette transmutation alchimique ne peut se travailler que seul dans le laboratoire [labor] mais c’est dans l’oratoire qu’elle s’épanouit, se partage, se révèle aux yeux du monde, prend Vie et raison. C’est dans le Don du Retrait que la coupe se vide… Pourquoi alors cette peur archaïque du vide alors qu’il est le creuset de la Vie? Le “vieil Homme” en nous n’aurait-il pas plutôt peur de son holocauste?

La Loge
La Loge en Unheimlich – Photographie argentique 135mm – Pologne – 1996 – ©Stefan von Nemau

Si la Loge est un des lieux de l’oratoire, nos rites et rituels sont le creuset du “labor”. Ainsi je m’interroge sur la persistance à vouloir initier plus d’une personne à la fois. Le Voyage initiatique est une odyssée personnelle. C’est dans les épreuves de ce Voyage que doit se révéler la Fraternité initiatique nécessaire à la révélation initiatique nécessaire du “double”. Ceci étant dit, toutes les greffes ne donnent pas de fruits. La volonté du jardinier n’est rien face à celle de l’Unité.

“L’inquiétante étrangeté” : une voie labyrinthique de Lumière, une ascèse de l’Ignition du Voyageur, une exaltation de la Beauté

L'âme hors d'Icare
Le Soleil [Arcane 19] ou L’âme hors d’Icare – Etude pour un prochain O.R.N.I (Objet Relié Non-Identifié) – Crayon sur papier relié – 30 x 42 cm – 2024 – ©Stefan von Nemau

La Beauté de la mort du “Vieil Homme” contient toutes les potentialités de sa sublimation en “Homme Nouveau”. Tant que l’émotion humaine sera assimilée à un des métaux de l’initié en voie de sublimation, tant que prédominera la voie de l’exaltation du Savoir pur, alors la voie initiatique telle que pourtant prônée en Franc-maçonnerie restera une des impasses du labyrinthe. Prisonnier d’un raisonnement duel, Icare n’aura de cesse de monter vers le soleil et, dans sa chute, éteindra tout espoir d’ignition… ainsi le “vieil homme” ne pourra se consumer de son vivant.

Si l’humaine voie de perception de l’Unité est le ternaire corps [matière], âme [souffle], esprit [spiritus], maintenir l’illusion de la dualité c’est refuser à “l’homme nouveau” sa sublimation, sa métamorphose. C’est le maintenir dans les limbes de son “inquiétante étrangeté” [Unheimlich] la recherche de l’illusion d’une complétude de lui-même par l’adoration de son “double” [Doppelgänger].

Tant que le Savoir n’est pas “Un-car-né” en profondeur par son immolation, la Connaissance ne peut accomplir sa transfiguration et éclairer toutes les facettes de l’unique et aquatique nature humaine des profondeurs.


La justice italienne enquête à propos de la dernière élection du Grand Maître du GOI

De notre confrère italien wordnews.it – Par Antonino Schilirò

Le temps de la justice, maçonnique comme « profane », est naturellement long. Il semblerait suite à diverses enquêtes journalistiques, que le nouveau Grand Maître ait expulsé plusieurs Vénérables liés à la liste adverse.

Commençons par les faits : on ne peut nier que, surtout le mois dernier, une « guerre » a éclaté au sein de la franc-maçonnerie italienne. On ne peut s’empêcher de remarquer comment le Grand Orient d’Italie (GOI) s’est divisé lors des dernières élections pour nommer le nouveau Grand Maître après les dix années de gouvernement du désormais ancien Stefano Bisi

Au fil du temps, nous avons rassemblé les différentes problématiques qui nous intéressent le plus :

de nombreux francs-maçons faisant l’objet d’une enquête en tant que partisans de Matteo Messina Denaro 

les loges dissoutes à cause d’infiltrations en Calabre

Nicola Gratteri lors de la rencontre « ‘Ndrangheta, ceux qui sont du consentement silencieux – Formes de résistance du citoyen à l’État » organisée par l’association ELSA Trento à la Faculté de droit de l’Université de Trente.

la définition de la « massomafia » inventée par Nicola Gratteri qui, également sur cette base, a obtenu – en novembre 2023 pour complicité d’association mafieuse – la condamnation en première instance de l’ancien parlementaire Giancarlo Pittelli (Forza Italia).

Lors des dernières élections, d’un côté il y avait la liste qui nommait Leo Taroni, un entrepreneur de Ravenne, soutenu par les loges du centre-nord et par le Rite Écossais Ancien et Accepté, une sorte de rite d’élite au sein de la Franc-Maçonnerie, et soutenu par l’ancien Grand Maître Giuliano Di Bernardo.

De l’autre côté, il y avait Antonio Seminario, un entrepreneur de Corigliano Calabro (Cosenza), soutenu par les loges calabraises et toscanes, ainsi que par le Grand Maître sortant Stefano Bisi.

L’élection a vu la participation de 17 350 francs-maçons, comme le rapporte une enquête du journaliste Danilo Lupo, où Taroni l’a emporté sur Seminario par seulement 20 voix. Mais le soir du scrutin, rebondissement : la commission électorale centrale a recompté les votes. Le Seminario calabrais s’est « miraculeusement » remis de la défaite, annulant le résultat. Il a été officiellement élu nouveau Grand Maître.

Taroni, cependant, ne s’adressait pas seulement aux organes internes de la franc-maçonnerie mais, pour la première fois, un tabou était « brisé » : il se tournait vers le pouvoir judiciaire ordinaire.

Mais les temps de la justice, maçonnique comme « ordinaire », sont longs. Le franc-maçon vaincu a également annoncé l’appel de la sentence du premier degré (Tribunal de Rome) qui a rejeté l’appel conservatoire. Il semblerait, comme il ressort de diverses enquêtes journalistiques, que le nouveau Grand Maître ait expulsé plusieurs Vénérables liés à la liste adverse. Le séminaire aurait créé de nouveaux Maîtres proches de lui. On parle d’environ 170 francs-maçons rien qu’en Calabre.

Dans le même temps, les partisans de Taroni sortiraient divers dossiers liés aux actifs immobiliers riches et attractifs du gouvernement indien. Par ailleurs, le Rite Écossais Ancien et Accepté, aligné sur Taroni, a également commencé par les suspensions :

  • Stefano Bisi, ancien Grand Maître ; 
  • Quintino Paola, urologue et ancien inspecteur régional franc-maçon de Sicile.

En parlant de l’île, vous pouvez facilement rejoindre la province de Trapani : Castelvetrano, en effet, est connue pour être le royaume de Matteo Messina Denaro, avec une présence extraordinaire de loges maçonniques. Le pavillon principal porte le nom de Francisco Ferrer. La découverte du numéro de téléphone de Paola a fait sensation au moment de l’arrestation de Giovanni Luppino, chauffeur et fixeur de Matteo Messina Denaro, le patron qui – en raison de sa pathologie – avait déjà subi plusieurs opérations urologiques.  « Vous devez l’avoir trouvé sur Internet » a déclaré le Dr Paola à Giuseppe Pipitone de Fatto Quotidiano. Et lorsque le journaliste lui a demandé s’il avait encore des rôles à responsabilité dans la franc-maçonnerie, le médecin a fermement démenti :  » Je ne suis actuellement responsable de rien « . 

Mais aujourd’hui, on découvre officiellement qu’au moment de l’arrestation de Matteo Messina Denaro, Quintino Paola était un franc-maçon actif en tant qu’inspecteur régional pour la Sicile du rite écossais ancien et accepté. Et ce n’est que récemment que le Souverain Grand Commandeur Giulio Nigro a décidé de le remplacer. Le rôle exercé ressort de l’ Arrêté du Souverain Grand Commandeur du 27 septembre 2024.

En Sicile et dans la patrie de l’ancien parrain Matteo Messina Denaro, il existe 22 loges maçonniques, dont deux à Campobello di Mazara et six à Castelvetrano, et en Sicile il y en a un total de 98.

En 1986, à l’issue d’une perquisition dans la région de Trapani, on trouva des documents attribuables à une loge. Le procureur adjoint de l’époque, Giovanni Falcone, après les avoir étudiés, a mis en garde un enquêteur des carabiniers :

 » Attention, quiconque touche ces fils meurt.  »

Trapani a été découverte la loge secrète « Iside 2 », créée sous la bannière du club culturel « Scontrino », et dans laquelle siégeaient les plus importants chefs de la mafia aux côtés de personnalités institutionnelles.

De plus, dans un document officiel (comme vous pouvez le lire sur la photo ci-dessous), le docteur Alfonso Tumbarello, qui a soigné Matteo Messina Denaro, a été suspendu pour une durée indéterminée de toute activité maçonnique.

Il ne faut pas oublier les déclarations de certains collaborateurs de justice qui ont parlé d’une loge fondée par Matteo Messina Denaro.

Un cas frappant est également l’histoire de l’ ancien maire de Castelvetrano, Vaccarino – qui, pour le compte des services secrets – a entretenu une relation épistolaire avec le patron alors qu’il se cachait.

« J’ai collaboré avec les services secrets et c’est à cela que je dois ma condamnation à mort du sanguinaire Matteo Messina Denaro », a déclaré Vaccarino lors de la première audience du procès contre lui, le 25 février 2020. 

On se souvient que l’ancien maire de Castelvetrano est décédé en mai 2021 des suites d’une opération cardiaque post-covid. 

Qu’une partie de la franc-maçonnerie ait eu et continue d’avoir un rôle clé dans les contacts et la couverture avec la mafia n’a rien de nouveau. Même aujourd’hui, grâce également à son secret, nous n’avons pas une image claire du passé mais surtout du présent.

Les Limites : Une nécessité incontournable de la vie humaine

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Munera Muñoz PGM

« Ne cherchez pas à devenir riche, mettez une limite à votre ambition »

(Proverbes 23:4)

Ce verset biblique incarne une vérité universelle : l’importance de fixer des limites dans nos vies. Que ce soit par ambition personnelle, ou dans notre quotidien régi par des lois et des règles, les limites sont omniprésentes et indispensables pour le bon fonctionnement de la société.

Une Vie Entourée de Règles

Depuis notre naissance jusqu’à nos derniers jours, nous évoluons dans un monde régi par des lois. Ces dernières, loin d’être des contraintes inutiles, servent de garde-fous pour éviter le chaos. Un exemple concret ? Imaginez un feu de circulation en panne. Très vite, la situation dégénère en désordre jusqu’à l’intervention d’une autorité qui rétablit l’ordre.

Depuis l’Antiquité, que ce soit sous les règnes des rois, pharaons ou tsars, l’humanité a toujours eu besoin de règles pour organiser la vie en communauté. Sans limites, l’être humain se serait probablement autodétruit. Pourtant, même avec ces règles, l’histoire montre que l’homme a souvent tenté de repousser ses propres frontières, parfois avec violence, pour conquérir et imposer sa vision du monde. Les religions, bien que portées par des idéaux spirituels, n’ont pas échappé à cette réalité, souvent au prix de conflits sanglants.

Les Limites dans Nos Sociétés Modernes

Jean-Jacques-François Le Barbier (dit l’Aîné, attribué à, 1738-1826). « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. La Monarchie, tenant les chaînes brisées de la Tyrannie, et le génie de la Nation, tenant le sceptre du Pouvoir, entourent le préambule de la déclaration ». Huile sur bois. Paris, musée Carnavalet.

Aujourd’hui, bien que les monarchies aient laissé place à la démocratie dans la majorité des pays, les limites n’ont pas disparu. Elles se sont simplement transformées. Constitutions, codes pénaux, règlements sociaux ou familiaux : la vie moderne est bâtie sur un ensemble de règles que nous devons respecter pour maintenir l’harmonie. Il serait juste de dire que nous vivons à une époque où les lois et règlements sont omniprésents, à tel point que certaines sociétés frôlent la « tyrannie des lois ».

Ces lois, cependant, sont nécessaires pour éviter que la société ne sombre dans l’anarchie. Benito Juárez, célèbre homme d’État mexicain, résumait bien cette idée : « Le respect des droits d’autrui est la paix ». C’est en respectant les limites des autres que nous pouvons vivre en harmonie.

Les Limites dans la Famille : Un Socle Fondamental

Famille courant dans la nature
Famille courant dans la nature

La famille, pilier de la société, n’échappe pas à cette règle des limites. Les parents ont la lourde tâche de guider leurs enfants, de fixer des règles à la maison et dans leur environnement social afin de former des individus responsables et respectueux des lois. L’éducation familiale est essentielle pour préparer les générations futures à vivre selon des principes de respect et de compréhension, loin de tout fanatisme ou dogmatisme.

Les limites imposées aux enfants doivent être entourées d’amour et de douceur, tout en maintenant une certaine rigueur. Une famille qui inculque de bonnes règles de vie est la garantie d’une société plus stable et vertueuse.

Discipline et Succès : L’Importance de se Fixer des Limites Personnelles

Image de mise en avant pour article sur la vertu chez les communicants
Les communicants sont ils forcément vertueux?

Pourquoi avons-nous besoin de limites dans nos vies personnelles ? La réponse est simple : elles sont synonymes de discipline. La réussite, sous toutes ses formes, repose sur la capacité à se limiter et à faire des choix raisonnés. Que ce soit dans notre alimentation, notre consommation d’alcool ou nos relations sociales, tout excès mène inévitablement à des conséquences néfastes. Si nous ne nous imposons pas certaines règles, notre espérance de vie et notre bien-être seraient grandement compromis.

Avoir des limites personnelles, c’est adopter une hygiène de vie saine et équilibrée. Il est impossible de réaliser des objectifs à long terme sans discipline. Et cette discipline, qu’elle soit personnelle ou collective, est ce qui maintient l’équilibre dans nos sociétés.

La Franc-Maçonnerie et les Limites de la Tradition

La question des limites s’étend même aux organisations comme la franc-maçonnerie. Historiquement, certaines règles de cette fraternité étaient basées sur des critères qui semblent aujourd’hui dépassés, comme l’exclusion des femmes ou des personnes handicapées. Ces normes, héritées des années 1717, ne reflètent plus les réalités de notre époque moderne, où la science et l’évolution des droits humains ont fait tomber de nombreuses barrières.

L’exclusion des femmes, en particulier, est de plus en plus difficile à justifier. Dans notre société contemporaine, les femmes sont considérées comme égales aux hommes, libres et autonomes. Elles procréent, donnent la vie, et jouent un rôle essentiel dans l’évolution de l’humanité. Pourtant, les normes religieuses et patriarcales ont longtemps cherché à les contrôler, une réalité qui trouve ses racines dans des textes anciens comme la Genèse de la Bible.

Vivre une Vie Vertueuse : Les Limites Comme Guide

Vivre selon des principes vertueux implique nécessairement d’établir des limites claires, non seulement pour soi-même, mais aussi pour interagir respectueusement avec les autres. Nous vivons dans un monde où le jugement et les règles sont omniprésents. Accepter ces limites, et comprendre leur importance, est une condition indispensable pour évoluer dans une société harmonieuse.

Sans elles, c’est le chaos qui règne. Mais lorsque les lois et limites sont respectées, elles deviennent des outils pour la paix et l’harmonie.

Le manuel du Maître maçon

De notre confrère thesquaremagazine.com

Le troisième degré de la Franc-Maçonnerie est appelé le Sublime Degré et ce titre est tout à fait justifié. Même dans son aspect exotérique, son pouvoir simple, mais dramatique, doit laisser une impression durable dans l’esprit de chaque candidat. Mais sa signification ésotérique contient une partie de l’enseignement spirituel le plus profond qu’il soit possible d’obtenir aujourd’hui.

Même l’homme moyen, qui s’est lancé dans l’Art sans se rendre compte de sa véritable antiquité et de la solennité de celle-ci, son plus grand degré, sa puissance immense réside dans sa franchise et son apparente simplicité.

L’exotérique et l’ésotérique sont si merveilleusement entrelacés qu’il est presque impossible de les séparer l’un de l’autre, et plus on les étudie, plus on se rend compte de la sagesse profonde et ancienne qu’ils recèlent. En fait, il est probable que nous ne maîtriserons jamais tout ce qui se cache dans ce degré jusqu’à ce que nous ayons vraiment traversé la réalité dont il est une allégorie.

Les deux degrés qui précèdent, aussi grands et beaux soient-ils, ne sont que la formation et la préparation au message que le troisième degré contient dans presque chaque ligne du rituel.

Ici, nous apprenons enfin le véritable but de la Franc-Maçonnerie. Ce n’est pas simplement un système de moralité voilé d’allégorie et illustré de symboles, mais une grande aventure, une quête de ce qui a été perdu ; en d’autres termes, la Quête Mystique, le désir de l’Âme de comprendre la nature de Dieu et de parvenir à l’union avec Lui.

Les hommes sont très différents les uns des autres ; certains sont attirés par les enseignements les plus profonds, tandis que d’autres recherchent des instructions plus simples et plus directes. Mais il n’existe guère d’homme qui n’ait pas, à un moment ou à un autre, au milieu des troubles et des distractions de ce monde matériel, éprouvé un désir étrange et inexplicable de savoir pourquoi il a été envoyé ici, d’où il est venu et où il va.

Branche d'acacia dans les mains sur tissu rouge
Branche d’acacia dans les mains sur tissu rouge

À ces moments-là, il se sent comme un vagabond dans un pays étranger, qui a presque oublié son pays natal, parce qu’il l’a quitté il y a si longtemps, mais qui se rend vaguement compte qu’il est un exilé, et désire ardemment un message de ce pays qu’il a connu autrefois.

C’est la voix de l’Étincelle Divine dans l’homme qui appelle à l’union avec la Source de son être, et à de tels moments, le troisième degré porte avec lui un message que jusqu’alors, peut-être, le frère n’avait pas réalisé.

Les vrais secrets sont perdus, mais on nous dit comment et où nous les trouverons. La porte de la découverte ouvre la voie vers le p. au sein du c, où l’esprit désireux trouvera la paix dans les bras du Père de tous.

Ainsi, on verra que le troisième degré frappe une note plus solennelle que celle du d. lui-même, et j’ai essayé dans ce petit livre de transmettre sous forme schématique une partie au moins de ce sublime message.

Comme dans mes livres précédents, je reconnais volontiers que je n’ai pas couvert tout le sujet. Non seulement il serait impossible de le faire dans un livre de cette taille, mais en le faisant, j’aurais contrecarré l’un de mes principaux objectifs en écrivant, à savoir inciter les autres à étudier par eux-mêmes et à s’efforcer de trouver dans nos cérémonies des significations plus profondes et plus approfondies.

Le succès des premiers livres montre clairement que mes efforts n’ont pas été vains et que les frères sont plus que désireux de sonder le sens profond des cérémonies que nous aimons tous tant.

Ce livre complète la série traitant de la signification des trois degrés d’artisanat, mais leur popularité m’a convaincu que l’expérience de produire un petit manuel peu coûteux était complètement justifiée.

J’ai donc été encouragé à écrire d’autres volumes, et le prochain de la série sera un aperçu de l’histoire de la franc-maçonnerie « depuis des temps immémoriaux ».

Article de : JSM Ward

John Sebastian Marlow Ward (22 décembre 1885 – 1949) était un auteur anglais qui a publié de nombreux ouvrages sur la franc-maçonnerie et l’ésotérisme.

Il est né dans ce qui est aujourd’hui le Belize. En 1908, il a obtenu son diplôme d’histoire à l’Université de Cambridge avec mention, suivant les traces de son père, Herbert Ward, qui avait également étudié l’histoire avant d’entrer dans la prêtrise de l’Église anglicane, comme son père l’avait fait avant lui.

John Ward est devenu un écrivain prolifique et parfois controversé sur une grande variété de sujets. Il a contribué à l’histoire de la franc-maçonnerie et d’autres sociétés secrètes.

Il était également un médium psychique ou spiritualiste, un éminent homme d’église et est toujours considéré par certains comme un mystique et un prophète des temps modernes.

Le delta lumineux (Par Marie Delclos)

Le Maçon entrant dans le temple contemple face à lui le lieu où se lève le Soleil, où la lumière apparaît, le lieu où se lèvent la Lune et les étoiles ainsi que les autres planètes. Mais en Maçonnerie tout est symbole : Ce qu’il voit sont essentiellement trois symboles placés sur le mur, derrière et au-dessus du « Vénérable Maître », le Président de la loge :

Au centre, symbole majeur du temple maçonnique, un triangle rayonnant, équilatéral, « Le Delta lumineux » qui est appelé ainsi parce que cette forme de triangle est celle de la lettre grecque Delta. On l’allume lors des travaux.

Il est encadré du Soleil et de la Lune : Du Soleil à droite soit du côté sud, donc sur le point de se lever. De la Lune à gauche, soit du côté nord, ses cornes tournées vers l’arrière, soit le Nouveau croissant, la Lune de trois jours qui suit le Soleil dans son lever

La plupart du temps un œil unique et sans paupières marque son centre.

De plus le Delta avec ses rayons est parfois entouré d’un cercle de nuages ce qui fait référence à l’Ancien Testament, la Gloire de Yahvé se manifestant dans la nuée (Exode XVI,10 : « Et voici la Gloire ( dwbk Kavod ) de Yahvé apparut dans la nuée »)

Par ailleurs on peut voir à la place de l’œil le Tétragramme soit les quatre lettres du nom imprononçable hwhy de l’Eternel dans la Bible, Yod y Hé h Vav w Hé h

Ou encore à la place du Tétragramme un Yod, première lettre du Tétragramme (l’Hébreu se lit de droite à gauche) à la fois nombre Dix et Un.

Il est le Dix, l’Unité de rang supérieur.

Il est le point, un germe, il symbolise le Un, ce qui est logique car le Tétragramme qu’il peut remplacer est la source le Un. YHVH, l’Eternel qui est UN.

Enfin le Tétragramme peut être remplacé dans le Delta par trois points ou trois Yodim ( pluriel de Yod)

Ces trois points symbolisés par les trois yodim remplacent en fait les trois lettres différentes du Tétragramme donnant le nombre clef du triangle le Trois.

Au premier abord la première approche, l’image du Delta maçonnique semble provenir du Delta lumineux présent dans le chœur de nombreuses églises chrétiennes.

Ces triangles rayonnants, exécutés par les peintres et les sculpteurs représentations symboliques de la manifestation de la Puissance divine ou bien de sa Présence (la shekina en hébreu) étaient nommées « gloires ». Pour le chrétien de base ils symbolisaient la Trinité. On les trouve surtout au XVII° et XVIII° siècles.

Ils portaient en leur centre :

  • Soit un œil comme celui d’Aix La Chapelle (Figure ci-dessous)
  • Soit le nom de l’Éternel en hébreu.

L’œil dans le Delta

L’œil représente alors en première lecture celui de Dieu qui voit tout, l’œil de la providence.

Mais sa puissance va bien au-delà comme il est écrit dans le Zohar : « Si cet œil se fermait un instant, un instant seulement, plus rien n’existerait. C’est pourquoi on l’appelle l’œil ouvert, l’œil d’en haut, l’œil saint, l’œil qui voit tout…l’œil qui ne dort ni ne somnole, l’œil qui monte la garde sur toute chose, l’œil dont toute chose tient l’existence »

D’ailleurs l’œil en hébreu se dit Ayn }yu (qui s’écrit Ayin Yod Noun) mot qui signifie également « éclat » « lumière » « source ».

De plus Ayin est en homophonie avec le mot Ein }ua (qui s’écrit Alèf Yod Noun) qui signifie « rien, néant ». Or Ein représente l’état du Néant absolu totalement inconnaissable qui a précédé l’Ein Sof ou l’Infini issu du Néant absolu. Il est au-dessus de l’arbre des séfiroth. Il est le plus haut nom que les kabbalistes donnent à Dieu.

En fait l’œil est un symbole que l’on trouve partout. Il est symbole de feu, de lumière et de connaissance.

Chez les anciens Egyptiens « œil » se disait iret de même racine que ir, façonner, faire, créer. Aussi écrivaient-ils que tous les êtres sont sortis de l’œil du créateur.

Chez les Grecs, Zeus, Dios (Jupiter en latin soit Dieu le père) dont le nom signifie Lumière était représenté par un cône à trois yeux (Le cône, qui contient tous les éléments géométriques est engendré par un triangle tournant sur lui-même).

Le nom de l’Éternel YHVH (Yahvé) en caractère hébraïques dans le Delta

Ainsi celui de l’église de St Germain des Prés représenté sur un vitrail.

Ou celui de la chapelle du château de Versailles, plus complexe : le Delta se superpose à un soleil. Le Soleil, cet « Œil du monde » (Ovide), par sa présence sous le Delta, intensifie l’idée de lumière.

On peut donc penser que les maçons, qui lors de la création des rituels étaient majoritairement chrétiens, s’emparèrent du Delta des églises.

Le Delta qui se trouve à l’église St Pierre à St Saires près de Loudun apposé au sommet de la voûte or sur fond bleu entouré de douze étoiles, témoigne de cette alliance  : Il fut placé là au 20ième siècle lors d’une restauration grâce à des dons de Francs-Maçons (Nouvelle République 24 août 2018).

Toutefois Delta est un nom grec : il désigne la quatrième lettre de l’alphabet grec qui a la forme d’un triangle équilatéral.

Il est donc temps de se tourner vers les origines grecques de ce Delta. C’est là notre héritage le plus proche.

Le Delta une lettre grecque en forme de triangle équilatéral

Le delta est l’équivalent grec du « d » latin. Si, en minuscule « d », il ressemble au « d » latin, en majuscule, D, il est un triangle pratiquement équilatéral (l’angle au sommet est un peu plus aigu) et symboliquement considéré comme tel[1].

Il est pour commencer l’initiale du grand Dieu grec, Zeus, Dios (DioV) au génitif

Aussi écrivait l’astronome Hyginus (67 av – 17 ap. J.C.° dans son Traité d’astronomie, « le Delta est sacré parce que c’est la lettre du mot Dieu ».

Un triangle équilatéral et nombre quatre

Tout comme le « d » latin, et le daleth hébraïque, le delta est la quatrième lettre de l’alphabet et représente le nombre quatre.

Ce nombre quatre (téttares en grec) associé au triangle nous donne la Tétractys (du grec tétrakis quatre fois) pythagoricienne.

Le triangle de rang quatre, soit le nombre dix, soit, selon les pythagoriciens, l’unité exaltée, le chiffre de la perfection représentant symboliquement la divinité suprême.

Le triangle équilatéral un symbole cosmogonique

Le triangle étant pour commencer évidemment le symbole de la manifestation divine qui commence avec le dédoublement du point, formant un triangle, première surface. Le noyau d’énergie primordial, le point, prend un rayon, deux points supplémentaires émergent pour former une triade de points.

Ainsi pour les pythagoriciens, le Delta symbolisait la naissance cosmique en raison de sa forme triangulaire. C’est ainsi que, logiquement, Zeus, grand Dieu créateur, donna naissance à un triangle : Athéna, déesse de la Sa       gesse.

Athéna Tritogénie, le triangle équilatéral sorti de la tête de Zeus

Ainsi Plutarque (46 – 125) dans son traité Isis et Osiris écrivait :

« Les Pythagoriciens ont gratifié les nombres et les figures géométriques de dénominations de Dieux. Ils ont donné au triangle équilatéral le nom d’Athéna, née du cerveau de Zeus, et appelée Tritogénie (Née du Ternaire) parce que les perpendiculaires abaissées des trois angles sur les bases les divisent en parties égales. »

Ainsi les pythagoriciens avaient symbolisé la Sagesse par le triangle. La Sagesse au sens où l’entendaient les Grecs : Qualité supérieure de l’intelligence assez haute pour diriger toute la vie et toute la science.

La signification de ce mythe se trouve dans le ciel.

Tout d’abord les Grecs y ont mis le Delta sous la forme d’une constellation de sorte qu’il manifeste sa force créative sur le zodiaque : la constellation du Delta, Deltwton Deltoton, qui se trouve au-dessus de la tête de la constellation du Bélier.

Eratosthène (275 – 193 av J.C.), à propos du Delta, écrit[2] :

« Il s’agit de la constellation qui se trouve au-dessus de la tête du Bélier et c’est dit-on, une lettre en forme de triangle, facile à reconnaître, placée là par Hermès, qui organisa la disposition des constellations entre elles… Le Delta a trois étoiles, une sur chacun de ses angles, brillantes toutes trois. ».

Dans les livres d’astronomie du monde gréco-latin, il est « Le triangle céleste ou divin », « la Porte des dieux ».

Or curieusement, dans l’alphabet hébraïque, le Daleth qui originellement était représenté par un triangle, (l’ancienne forme de l’ouverture de la tente des nomades) signifie « porte » ou « battant de porte ».

Mais pourquoi est-il la Porte des dieux ? et qui sont ces dieux ?

Ce sont les planètes, les astres qui courent, « ceux qui courent » car le mot dieu Théos vient du verbe « courir » Théô Qew je cours Et où courent-ils ? sur le zodiaque le cercle des vivants (de Zôè la vie). Mot à double sens les Vivants sont d’une part les figures d’animaux du zodiaque mais aussi les planètes comme la Terre sur lesquelles peut se trouver la vie.

La constellation du Bélier marque le début du zodiaque

Pourquoi ? « Il est le chef des signes célestes parce qu’il avait surmonté les flots »[3]

En effet par rapport au plan galactique qui coupe la sphère céleste en deux une moitié au nord (donc au-dessus pour nous habitants de l’hémisphère nord, comme on l’a vu avec Dante) et une moitié au sud (donc en dessous), nous voyons que les deux constellations d’eau le Verseau et les Poissons se trouvent au fond de la partie inférieure tandis que celle du Bélier est déjà au milieu du quart montant vers le nord.

La partie inférieure étant considérée comme l’eau et la partie supérieure côté nord comme émergée hors de l’eau sur terre à l’air.

Ainsi la Vierge la Reine du ciel pointant son épi vers le Nord au-dessus du plan galactique, triomphe -t-elle au sommet du ciel, brandissant son épi à côté du Lion.

Le Delta placé dans le ciel par Mercure/ Hermès

Quant à Hermès, c’est l’autre nom de Mercure, dieu de la planète du même nom, comme le dit le même auteur :

« La cinquième[4] (planète) est celle d’Hermès (Mercure nom latin d’Hermès), Stilbôn (la Resplendissante). Elle est brillante, mais petite. Elle a été attribuée à Hermès, Mercure, parce qu’il fut le premier à définir l’organisation du ciel et la place des étoiles, à régler les saisons et à offrir des indications sur les moments favorables de l’année. On l’appelle Stilbôn en raison de cette inventivité dont fit preuve Hermès »

Et qui nous montre, chaque année dans le ciel, les trois angles d’un triangle, si ce n’est Hermès-Mercure ?

Chaque année, en effet, Mercure trace dans le ciel, sur le zodiaque, les trois sommets d’un triangle équilatéral.

Vues de la Terre, Mercure trace, en mouvement apparent, trois boucles sur le zodiaque.[5]

(Toutefois les trois sommets du triangle, indiqués chaque année par les trois boucles de la planète, ne sont pas fixes : ils se déplacent dans le zodiaque en se décalant d’un demi-signe par an dans le sens contraire des signes. De la sorte il n’a un de ses angles sur la tête du Bélier que tous les sept ans.)

D’où le qualificatif d’Hermès « Trismégiste » :  tris « trois » (fois) megistos « très grand ».

On comprend alors pourquoi on a fait de cette planète, non seulement le messager des dieux (Elle est la planète la plus proche du Soleil), mais aussi le gardien de la science sacrée.

Et surtout pourquoi Hermès Mercure a-t-il reproduit ce grand triangle céleste, tracé sur le zodiaque, sous la forme du Delta divin et pourquoi l’a-t-il placé sur la tête du Bélier ? Est-ce parce que comme l’écrit Hyginus[6] (67 av J.C. – 17 apr. J.C.), on l’a placé là « en souvenir du partage du monde en trois ».

Y aurait-il un triangle -fixe cette fois- partageant le zodiaque en trois ?

Soit un triangle équilatéral symbole de la manifestation, s’inscrivant dans un cercle, symbole du monde ?

Et enfin quel rapport peut-il y avoir entre Jupiter (Zeus le Père, le Delta de Dios), le signe constellation du Bélier et la constellation du Delta d’un côté et de l’autre le partage du monde (du zodiaque) en trois ? Si ce n’est Athéna, le triangle sorti de son cerveau ? Serait-il lui aussi sur le zodiaque ?

Le point initial ou le cerveau de Zeus sur le zodiaque

C’est Hyginus à nouveau, qui va nous mettre sur la voie : On a placé le Bélier au ciel en souvenir de Jupiter Hammon, le dieu du Sagittaire (ou de l’Archer, ou de l’Arc).

Ou si l’on préfère le Deltoton D de Dios est placé sur la tête du Bélier parce que le Bélier était consacré à Zeus, Jupiter Hammon (Amon en Égypte ancienne) à tête de Bélier, en Egypte ancienne.

En clair la tête du Bélier est celle de Jupiter, Zeus Père, DioV, le Père des dieux. Elle se projette à 120° à partir de celle de l’Archer divin (la tête de l’archer suivant la figure ci-contre).

Ainsi le triangle surgi de sa tête se projette à 120° au-dessus de la constellation du Bélier. C’est Pallas Athéna la divinité de la constellation du Bélier qui se trouve là au-dessus de sa tête.

Voyons maintenant comment on passe du triangle sorti du cerveau de Jupiter Amon (à tête de Bélier) au partage du zodiaque en trois.

« Le partage du monde en trois »

Nous avons vu plus haut que si l’on a placé là un triangle c’est à cause du partage du monde en trois par les Anciens. Reprenons ce que disait Hyginus :

« Deltoton D cette constellation a la forme triangulaire de la lettre grecque et lui doit son nom. Mercure l’a placé au-dessus de la tête du Bélier dans le but pense-t-on de signaler par son éclat l’emplacement du Bélier obscur et de représenter par sa première lettre le nom de Jupiter en grec DioV (Dios), pour d’autres, à cause du partage du monde en trois par les Anciens, on a dessiné trois angles »[7]

Le partage du monde c’est-à-dire celui du zodiaque, comme nous l’a suggéré Mercure.

Il nous faut donc comprendre pourquoi ce partage du zodiaque en trois doit avoir un angle sur la tête du bélier c’est-à-dire au tout début du signe repéré par cette constellation.

Jupiter est le père des dieux (des étoiles) et des hommes. C’est le dieu du Sagittaire. Aux pieds du Sagittaire se trouve « une couronne abandonnée comme par jeu »[8]. Il s’agit d’une petite constellation mais on peut y voir le symbole de la « Couronne du ciel » la Voie lactée. Et il était logique de donner comme couronne au Père des dieux, celle du Ciel.

C’est pourquoi on peut faire commencer le point de départ du zodiaque sidéral par ce que nous indique la flèche du Sagittaire : l’un des deux points de croisement entre le plan galactique et le plan de l’écliptique autrement dit l’un des deux Nœuds galactiques.[9]

La Voie lactée que les Anciens appelaient « La couronne du ciel » passe en effet au Sud entre la constellation du Sagittaire et celle du Scorpion et au Nord entre la constellation des Gémeaux et celle du Taureau.

D’ailleurs Manilius dans son livre Les Astrologiques place le Temple du monde symbolisée par la constellation de l’Autel en plein sur le Nœud Galactique sud, marqué par la constellation de l’Autel à zéro degré du signe marqué par le signe du Sagittaire étoilé.

Toutefois le zodiaque commence avec le Bélier autre signe de feu (on trouve trois fois les quatre éléments Feu Terre Air Eau).

À cent vingt degrés du Nœud galactique Sud, indiqué par la pointe de la flèche du Sagittaire et dans le sens des signes, se trouve le tout début du Bélier étoilé marqué par l’étoile alpha du lien qui relie les deux poissons des Poissons, et qu’aujourd’hui on nomme « Noeud des Poissons », mais qui se nommait autrefois Célestis nodus « Nœud céleste ». Cette étoile marque d’après Aratos[10] le lieu exact où se relie la tête et la queue de l’Ouroboros zodiacal, soit la limite entre les Poissons et le Bélier à 120° du Nœud Galactique sud.

La constellation du Delta, placée là, tout près, symbolise cette projection géométrique. Elle rappelle par son nom « Porte des dieux », que c’est par elle que les dieux (les astres), projetés par la semence de Zeus, arrivent sur la tête du « Serpent ouroboros (qui se mord la queue) », autre nom du zodiaque.

Cent vingt degrés plus loin se trouve Régulus l’étoile du Lion marquée par un triangle avec un œil au centre dans les monomères[11] qui marque le début du signe sidéral du Lion.

C’est l’éclair de Zeus qui trace un triangle de feu à partir du centre du monde, du centre galactique, indiqué par l’étoile de l’arc qui va se projeter à 120° d’un côté et 120° de l’autre.

Quoiqu’il en soit, nous avons là un triangle équilatéral révélant, pour ceux qui savent décrypter les symboles, l’architecture sacrée du zodiaque sidéral.

Le triangle équilatéral dans toutes les traditions : un symbole cosmogonique

En clair le symbole de la création de l’univers à partir du point primordial

Et semble se rattacher au berceau de l’humanité

Le triangle est la première forme géométrique possible

Traditionnellement il rend compte à la fois de l’essence du divin et de la matière dans sa plus grande pureté.

En Inde ce triangle a une importance particulière. Les yantras

Il apparaît dans ce que l’on appelle les yantras, des diagrammes cosmogoniques, qui racontent la création de l’univers.

À l’origine le Bindu « goutte » « point ». Sans position ni magnitude où se trouve concentré toute la dynamique créatrice, il représente l’univers dans sa forme non manifestée. À partir de lui se produit l’expansion du monde, qui y revient lorsqu’il a achevé son cycle cosmique.

Ce point devient Nada Bindu « point vibrant » (nada « son » « vibration ») se compose de deux pôles magnétiques auxquels ont été attribués par nécessité dialectique des noms et des couleurs

Shiva (bienfaisant) bindu blanc qui représente la conscience transcendantale statique ou encore la lumière. Shakti bindu rouge (Pouvoir, Force, Énergie), le feu.

En fait deux en un ou plutôt composé de deux pôles magnétiques : un rouge à l’intérieur d’un blanc. Il se dédouble.

Le premier qui se manifeste est le rouge féminin : Il sort mais fait retour l’énergie entre les deux se manifeste. Un troisième bindu alors apparaît, venu des deux issus du dédoublement. Il forme le premier triangle, le triangle primordial ou Mulatrikona (triangle racine) figure de base de tous les yantras.  

En résumé :

  • Un seul bindu exprimant l’état d’existence pure soit de non-manifestation
  • Deux bindus signifient la dissociation du Maha (Grand, Primordial) bindu, l’état de distanciation, de création
  • trois bindus forment le triangle, la « première figure rectiligne qui définit la dimension », ils annoncent la durée et les limites de l’expérience qui doit être mesurée.

Ces trois points sont en rapport avec les trois syllabes du son A U M .

À partir de là, l’univers entre en expansion. Ainsi ce premier yantra, composé de trois triangles symbolise l’univers émergeant des eaux cosmiques[12] pour aboutir au déploiement de l’univers manifesté, symbolisé par le Shri yantra.

Le Shri Yantra

Le Shri (Illustre, vénéré, Seigneur) Yantra symbolise tout le processus de la création du déploiement de l’univers manifesté. Une illustration du champ cosmique dans lequel s’inscrit la création Il se distingue des autres en tant qu’il projette la totalité. C’est le plus célèbre.

Du point original qui s’inscrit dans ce premier triangle

se créent quatre triangles dressés statiques (Shiva) et quatre inversés symbolisant l’énergie de la Shakti. Shiva pointe en haut représente l’aspect statique de lq réalité supérieure  Shakti l’énergie cinétique de l’univers sensible. Les triangles entrecroisés, symbolisant la transformation des principes masculin et féminin à partir du chaos primordial des éléments. Le yantra est placé dans des cercles symboles des révolutions des planètes et donc du ciel et dans un carré symbole de la qualité matérielle de la nature.

Gopala yantra

Vishnu l’aspect du soleil radieux, celui qui maintient la création, L’Immanent.

Gopala (Bouvier) yantra celui de Vishnu adolescent, lorsque bouvier charmait les gopis (les bergères, en fait les âmes) en jouant de la flûte.

Ce yantra est fait de deux triangles entrecroisé sous la forme d’un hexagone.

Le triangle pointe en haut est identifié au principe masculin statique.

Pointe en bas au principe féminin shakti dynamique. Les deux triangles égaux symbolisent la maintenance de l’univers entre stabilité et énergie.

C’est l’union de Shiva et de Shakti se manifestant dans la création de l’univers objectif.

Le yantra est entouré des huit pétales en rapport avec les huit voyelles, les sons primordiaux, et de la guirlande formée des cinquante lettres de l’alphabet sanskrit qui participèrent à la création par leurs vibrations sonores.

Les yantras dans l’espace

En réalité ces triangles se déploient comme l’univers dans un espace à trois dimensions et non dans un plan

On peut donc représenter le triangle graphiquement sur une sphère

Ou comme en Inde les graver sur des pierres comme du cristal de roche

Comme ceux dessinés en relief sur des pendentifs

Sur le pendentif en coupole on voit le triangle initial pointe en haut au centre de deux triangles entrecroisés le tout dans deux carrés qui se croisent formant des triangles. Autour le serpent symbole d’énergie et de renouvellement. Au dos de ce pendentif est inscrit le son primordial qui a créé le monde.

Ou comme cet autre pendentif entouré des cinq serpents symboles des cinq tattvas les cinq énergies du monde

Au centre le triangle primordial pointe en haut entouré de trois triangles pointes en haut entrecroisés de trois triangles pointe en bas.

Là encore le son créateur le Verbe le Vak le son au trois syllabes A O M est inscrit en sanskrit par son symbole.

En Egypte le Benben « le triangle divin construit »

Le benben, pierre sacrée d’Héliopolis aux quatre pans triangulaires évoquant le rayonnement du soleil à son zénith vers les quatre direction de l’espace.

S’y posait le Phénix, une des formes du Soleil se renouvelant dans les eaux primordiales[13]

On y voyait aussi la pétrification du premier rayon solaire qui engendra le monde. Pierre de fondation, il rappelait le premier matin de la création.

Ici le pyramidion de la pyramide d’Amenemhat III (1842- 1794 av J.C.)

En pierre dure et sombre il se détachait par contraste avec le reste de la pyramide

On y voit un disque solaire ailé flanqué de deux uraeus. Entre les ailes deux yeux sont disposés au-dessus de grands signes hiéroglyphiques se référant à la beauté du dieu soleil Rê qui expliquent les hiéroglyphes illumine chaque jour de ses rayons le pyramidion. Dont cette face était orientée dans la direction du soleil levant.

Le pyramidion dans le Compagnonnage et en Franc-Maçonnerie

Dans le compagnonnage on y voit « le triangle divin construit » présentant ainsi quatre triangles équilatéraux.

Puis on va le retrouver en Franc-Maçonnerie au grade de Compagnon avec la pierre cubique à pointe, que nous avons vu sur le tableau de loge du Compagnon.

Or cette pierre cubique, dite « à pointe », en fait un cube surmonté d’un pyramidion, est aussi parfois représentée surmontée d’une hache.

Une hache sur un pyramidion de pierre ?

Mais n’est-il pas vrai que l’on peut y voir une forme architecturale bien souvent représentée dans l’art roman ? En particulier dans les clochers :

Elle nous montre un élément cubique en pierre, surmonté d’un pyramidion présentant quatre faces de tuiles ou d’ardoises ou de minces dalles de pierres (de lauzes), comme ici ce clocher dans la vallée du Vaucluse[14], ces dernières évidemment posées sur les quatre faces d’un pyramidion en bois ?

De la sorte le pyramidion ou ce « Delta construit » des Compagnons constructeurs surplombe le temple cubique tel celui de la Jérusalem céleste, dans lequel résonne la voix du Grand Architecte.

Chez les kabbalistes

Les diverses représentations du Delta sont issues de ce que l’on appelait l’étoile ou bouclier Magen David de David ou plus tard le sceau de Salomon, probablement inspirée des yantras indiens et dont la première apparition eut lieu sur un sceau hébraïque à Sidon (septième siècle avant notre ère).

Mais la plupart du temps les kabbalistes utilisèrent le triangle seul ou entouré de cercles.

Sur ce diagramme provenant du Séfer Yetsirah, Livre de la formation (provenant de Babylone vers le VI° siècle), on voit la Tétractys pythagoricienne (1+2+3+4=10) transposée avec les lettres du Tétragramme donnant un nombre de 72.

Le Tétragramme YHVH, l’hébreu s’écrivant de droite à gauche on lit hwhy soit : Yod y 10, Hé h 5 Vav w 6 Hé h 5

Soit à partir du sommet du Delta :

10 + 15 + 21 + 26 = 72

Les lettres aux trois angles du triangle sont en rapport avec les trois éléments :

Le Alef au sommet a Air ; à la base à droite le Mem m Eau ; à la base à gauche le Shin c Feu.

Les sept lettres dans le premier cercle les sept planètes

Elle se suivent dans le sens contraire des aiguilles d’une montre :

En commençant par le Beith b la Lune (en haut au-dessus du aleph a), Guimel Mars, Daleth le Soleil, Kaph Vénus,  Pé Mercure, Reish Saturne et Tav Jupiter

Et enfin douze autres lettres en rapport avec les signes du zodiaque. En commençant à gauche par le Hé h en correspondance avec le Bélier.

Toutes ces correspondances se trouvant dans le Sefer Yetsirah

Comme en Inde les cinquante lettres de l’alphabet sanskrit, les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque participent à la création du monde et à son organisation.

Retournons dans le temple maçonnique

Il est présent dans les loges bleues, soit dans les trois premiers degrés des différents rites.

Puis à différents degrés.

Au RER il est le bijou du quatrième grade

Au REAA, dans plus de la moitié des trente-trois degrés. Présents d’une manière ou d’une autre, dans le décor de la loge, en bijou, sur le cordon.

Ainsi par exemple :

Au 4ième Maître secret, i l est présent dans un cercle dans le cartouche à l’Orient avec l’Etoile à cinq branches en son centre.

Au Royal Arche 13ième Il est doublement présent, d’abord dans le décor affiché au mur à l’Orient puis retrouvé dans les souterrains du temple détruit : c’est le bijou d’Hiram un triangle d’or marqué du Tétragramme.

Il est doublement représenté au 27ième Souverain Commandeur du Temple : Deux Deltas rayonnant encadrent une étoile à cinq branches : L’un porte le Tétragramme hébraïque, l’autre la lettre J, mis pour le I première lettre de INRI.

Quant aux trois derniers degrés leur numéro 31, 32 ou 33 s’inscrit sur un Delta placé sur le cordon du grade.

De plus sur le cordon le symbole présente le Delta avec les symboles du grade

Deux poignards pour le 31ième deux épées pour les 33ième

les rayons sont d’or et les épées d’argent.


[1] Il est donc formé de trois angles de 120°

[2] Eratosthène, Le Ciel Mythes et histoire des constellations Nil éditions

[3] Marcus Manilius, Les astrologiques

[4] Eratosthène compte à partir de la planète la plus haute Saturne

[5] A cause de la composition du mouvement réel de la Terre autour du soleil ainsi que celui des autres planètes celles-ci paraissent décrire des courbes sinueuses compliquées dans le ciel tout en restant proches de l’écliptique.

Ainsi Jupiter fait onze boucles en onze ans faisant la douzième sur la première Saturne 28 en 29 ans. La figure est tirée de l’Astronomie populaire de Camille Flammarion, 1880.

[6] Hyginus Bibliothécaire d’Auguste De Astronomia Les Belles Lettres

[7] Hyginus d°

[8] Hyginus d°

[9] L’autre se trouvant au nord entre les Gémeaux et le Taureau.

[10] Aratos les Phénomènes

[11] Les trois-cent-soixante monomères sont des images représentant chacune n degré du zodiaque.

[12]. In La voie du Tantra Ajit Mookerjee et Madhu Khanna. Seuil

[13] En fait un héron cendré oiseau migrateur regagnant l’Egypte lors de l’inondation

[14] Clocher de l’abbaye de Sénanque (XII°/XIII° siècle). Gordes, Vaucluse.

Le président tunisien Kais Saied avait mis en garde contre la « franc-maçonnerie »… dans un pays où elle est interdite, étrange non ?

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L’élection présidentielle tunisienne de 2024 a lieu le 6 octobre 2024 afin d’élire le président de la République tunisienne. Il s’agissait de la première élection de ce type depuis la promulgation de la Constitution de 2022. L’élection est boycottée par la majorité des partis politiques.

Le chemin vers l’élection a été semé d’embûches pour les rivaux du sortant Kaïs Saïed. Les candidats devaient recueillir le parrainage de dix parlementaires, quarante élus locaux ou 10 000 électeurs à raison de 500 au moins par circonscription.

Après avoir écarté de nombreuses candidatures, dont celles des principaux opposants à Kaïs Saïed, l’ISIE confirme les candidatures de deux personnalités en dehors du chef de l’État, celles des anciens députés Zouhair Maghzaoui et Ayachi Zammel, mais écarte celles de Mondher Zenaidi, Abdellatif Mekki et Imed Daïmi, qui avaient été réintégrées par le Tribunal administratif. Cette décision est cependant contraire à la Constitution, qui dispose que les décisions du Tribunal administratif ne peuvent faire l’objet d’un appel. Le 14 septembre, le Tribunal administratif ordonne à l’ISIE d’accepter ces candidatures, ce que cette dernière refuse, avant que l’Assemblée des représentants du peuple, de crainte de l’invalidation de la présidentielle par celui-ci, ne transfère, par un amendement controversé de la loi électorale, les attributions du Tribunal administratif à la Cour d’appel de Tunis.

Pour sa part, à quelques semaines du scrutin, Ayachi Zammel, qui a obtenu le soutien d’une partie de l’opposition, est emprisonné puis condamné à un total de treize ans et huit mois de prison dans trois procès pour des accusations de faux parrainages. Ces condamnations expéditives sont interprétées par plusieurs observateurs et des ONG comme un acharnement judiciaire visant à écarter sa candidature, celui-ci semblant pouvoir réaliser un bon score lors du scrutin. De même, la mise à l’écart ou l’emprisonnement d’autres candidats est également dénoncé.

Kaïs Saïed a emporté sans surprise avec 90 % des voix, pour un taux de participation d’un peu moins de 29 %. Devons-nous parler de dictature ?

En juillet dernier le journal Nawarab avait annoncé que le président mettait en garde contre les Francs-maçons. Très étrange dans un pays où ils sont totalement absents pour cause d’interdiction de pratique. Décidémment, les dictateurs ne reculent devant aucun mensonge pour se trouver des ennemis. Nous vous livrons intégralement l’article de Newarab ci-dessous.

Le président tunisien Kais Saied a décidé mercredi 24 juillet de « gracier » ses détracteurs emprisonnés à l’occasion de l’anniversaire de son coup d’Etat, et à deux mois d’une élection présidentielle cruciale. Il a aussi évoqué, de manière étrange, un complot de la « franc-maçonnerie » contre le pays. 

« Le président Kais Saied a signé un décret accordant une grâce présidentielle spéciale, qui élimine la peine pour plusieurs condamnés ayant commis des crimes liés à des publications sur les réseaux sociaux », a indiqué mercredi soir la présidence tunisienne dans un communiqué, qui concernait 233 prisonniers. 

La déclaration précise que la grâce ne s’étend pas aux personnes reconnues coupables d’autres crimes.

L’annonce a coïncidé avec le 67e anniversaire de la déclaration de la République tunisienne et le troisième anniversaire des mesures exceptionnelles de Saied le 25 juillet 2021, largement considérées comme un coup d’État .

Dans son discours du 15 janvier, Saied a également fait allusion à des « trahisons, à un ralliement au sionisme et à une implication dans des loges maçonniques en Tunisie ». Le président tunisien n’a pas donné de détails sur ces allégations mais a insisté, comme à son habitude, sur le fait qu’il « sait de quoi il parle ».

Sur un ton plus sincère, Saied s’est comparé à un prophète, affirmant qu’il est « un étranger, comme Salih parmi les Thamud… Un étranger parmi ceux à qui on a fait confiance et qui ont été trahis… Un étranger à ce système qui s’est récemment réformé et a conspiré. »

Selon l’histoire coranique, Dieu a envoyé le prophète Salih pour guider le peuple de Thamud vers le droit chemin, mais les Thamud ont rejeté le message de Salih et l’ont traité comme un paria.

« (…) Mais je ne suis pas un étranger parmi mon peuple », a-t-il ajouté dans son discours du jeudi 25 juillet.

Saied a pris ses fonctions à la suite d’élections libres en 2019, mais s’est emparé de pouvoirs supplémentaires en juillet 2021 lorsqu’il a fermé le Parlement élu et a décidé de gouverner par décret.

Depuis lors, il a étendu son emprise sur le pays, notamment en assumant l’autorité sur le système judiciaire en juin 2022 et en réprimant les critiques et l’opposition.

En février 2023, plusieurs personnalités politiques, militants et médias critiques à l’égard de son régime avaient été arrêtés pour « complot contre la sécurité de l’État ».

Au total, plus de 60 personnes ont été poursuivies en justice en vertu du décret 54 depuis son adoption, selon le Syndicat national des journalistes tunisiens. Rédigé pour lutter contre la cybercriminalité, le décret utilise des termes généraux tels que « fausses informations » et « atteinte à la sécurité de l’État », ce qui a suscité l’inquiétude du Comité des droits de l’homme de l’ONU et de Human Rights Watch. 

A deux mois de l’élection présidentielle, prévue le 7 octobre, les adversaires les plus potentiels de Saied sont soit en prison, soit jugés, soit disqualifiés.

Sa récente grâce est surprenante et contradictoire avec son déni de longue date de toute atteinte aux libertés dans le pays.

« Cette [grâce] confirme que les Tunisiens ont été poursuivis pour leurs fonctions à un moment où la liberté d’expression et d’opinion devrait être garantie par la constitution », a écrit l’ancien juge Omar al-Sifaoui dans Al-Araby Al-Jadeed , la publication en langue arabe sœur de  The New Arab . 

Les adieux de Burns aux francs-maçons

De notre confrère universalfreemasonry.org – Par Rob Morris

Robert Burns était-il le barde de la franc-maçonnerie ?

C’est dans la dernière partie de la sombre année 1786 que Robert Burns, le poète et le franc-maçon, rassembla ses pensées. Il n’avait pas grand-chose d’autre à rassembler, en prévision de son départ définitif de l’Écosse. Pour toujours ! Terrible mot pour l’expatrié, terrible pour le pauvre exilé qui se tourne vers son pays comme les Juifs se tournaient trois fois par jour pour prier, le visage tourné vers Jérusalem.

C’était terrible au plus haut point pour un homme comme Burns, qui, au plus haut patriotisme, ajoutait le plus vif goût pour les joies du foyer et les plaisirs en société. La déception avait laissé sa marque sur Robert Burns. L’indulgence envers les passions qui faisaient rage en lui comme les feux refoulés font rage sous le cratère scellé du volcan, avait entraîné pour lui ses conséquences légitimes : les réprimandes de conscience, la perte de l’amitié et, pire que tout, la perte du respect de soi.

Les contraintes de la Franc-Maçonnerie avaient été négligées, tandis que ses joies sociales étaient savourées avec ardeur ; en d’autres termes, nos principes avaient été fidèlement soutenus, tandis que nos vertus cardinales avaient été négligées. L’usage du Compas n’avait jamais été une bénédiction pour lui. Le génie subtil, les dons inégalés qui ont permis à Robert Burns de concevoir et d’exécuter The Cotter’s Saturday Night, ne pouvaient le confiner dans les voies ordinaires de la prudence, et même alors, il était un homme condamné.  

Il avait accumulé de lourdes dettes, telles que dans ce pays aride et peu entreprenant, il n’avait guère de chances de pouvoir les annuler. Il avait été sommé de trouver des garanties pour l’entretien de deux enfants, dont il lui était interdit de légitimer par un mariage légal. Comme il dédaignait de demander ou essayait en vain de trouver une aide pécuniaire en cette heure de besoin, il n’avait d’autre choix que la prison écossaise ou la fuite hors d’Écosse. Il avait choisi la deuxième solution. Après bien des ennuis, un de ses rares amis lui avait trouvé un poste d’assistant surveillant dans un domaine de la Jamaïque. Dans son propre langage amer :

Il vit le froid du nord-ouest du malheur,  Lang, rassembler un vent amer ;  un coup de couteau brisa enfin son cœur  . Qu’elle soit malheureuse !  Ainsi, il prit naissance devant le mâtd’une mer agitée.

Il avait dit adieu à tous ses amis, ils n’étaient pas nombreux, et aux scènes très nombreuses et très chères à leur cœur de poète. Il le fit en se cachant d’un endroit à l’autre sous toutes les terreurs d’une prison écossaise. Son coffre était sur la route de Greenock. Il avait composé la dernière chanson qu’il devait jamais jouer en Calédonie. Elle est chargée de pensées et de paroles solennelles, comme le lecteur le verra :  

La nuit sombre s’installe rapidement,  Le vent sauvage et inconstant rugit bruyamment,  Toi, nuage trouble, tu es souillé par la pluie,Je le vois se propager sur la plaine ;  Le chasseur a maintenant quitté la lande,  Les volées dispersées se rencontrent en sécurité,  Tandis qu’ici j’erre, vigilant avec précaution,  Le long des rives solitaires de l’Ayr.  

L’automne pleure son blé mûr,  déchiré par les ravages du début de l’hiver ;  à travers son ciel azur placide,  elle voit voler la tempête menaçante :  mon sang est glacé de l’entendre délirer,  je pense sur la vague orageuse,  où je dois affronter bien des dangers,  loin des belles rives d’Ayr.  

Ce n’est pas le rugissement des vagues déferlantes,  ce n’est pas ce rivage mortel et fatal ;  bien que la mort apparaisse sous toutes ses formes,  les misérables n’ont plus rien à craindre :  mais autour de mon cœur sont liés des liens,  ce cœur transpercé de bien des blessures ;  ceux-ci saignent à nouveau, ces liens que je déchire,  pour quitter les belles rives d’Ayr.  

Adieu les collines et les vallées de la vieille Coila,  ses landes bruyères et ses vallées sinueuses,  le lieu où vagabonde une imagination misérable,  poursuivant les amours passées et malheureuses !  Adieu mes amis, adieu mes ennemis,  ma paix avec ceux-ci, mon amour avec ceux-là ;  les larmes éclatantes que déclare mon cœur ;  adieu les belles rives d’Ayr.

Or, tous les autres sujets dont il se souvient ayant été marqués par les larmes du poète, le poète lui-même étant en route vers le port de Greenock pour rejoindre le navire qui devait être témoin de son dernier regard sur sa terre natale, son cœur se tourna amoureusement, mais involontairement, vers la franc-maçonnerie, car Robert Burns était un franc-maçon, préparé d’abord dans son cœur. Dans aucun des vastes folios, où se trouve le vaste catalogue de nos frères, anciens ou modernes, n’y a-t-il un personnage plus véritablement façonné par l’habileté maçonnique que le sien ? Nulle part, dans le langage expressif des Anciennes Constitutions, personne n’aurait « apporté du secours aux affligés, partagé le pain avec les pauvres travailleurs et mis le voyageur égaré sur la bonne voie » plus joyeusement que Burns.  

Il a très bien compris :

que quiconque, par amour de la connaissance, par intérêt ou par curiosité, désire être franc-maçon, doit savoir que, comme fondement et grande pierre angulaire, il doit croire fermement au Dieu éternel et rendre le culte qui lui est dû en tant que grand architecte et gouverneur de l’univers.

Robert Burns se conduisit donc en conséquence. Les livres des Loges d’Ecosse contiennent de nombreux documents qui mettent en valeur ses vertus maçonniques, et dans la Loge supérieure, la Grande Loge du Ciel, nous avons des raisons d’espérer que les livres du Grand Secrétaire portent également son nom. Personne ne déplore plus que ses frères les faiblesses de son caractère, mais quels que soient le nombre et l’étendue de ces défauts, ses frères protestent au nom de leur commune humanité contre les jugements inhumains qui ont été prononcés contre lui.

Si la dignité royale, la partialité divine, la sagesse illimitée de Salomon, premier grand maître de la maçonnerie spéculative, n’ont pu préserver ce prince de la paix des erreurs des passions, qui osera juger trop cruellement le fils d’un fermier de l’Ayrshire, élevé dans la misère et privé des plus ordinaires détentes de son âge ? « Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber. »  

Le cœur du frère Burns se tourna alors vers la franc-maçonnerie. Les heures heureuses, les amis honnêtes, les leçons instructives, les désirs élevés ! Que le frère qui lit ce croquis s’efforce de se mettre à la place du pauvre exilé, expatrié de lui-même et presque sans amis, et il comprendra l’acuité de ses angoisses ! Il lui revint alors une vision de sa dernière nuit maçonnique.

La présence du Grand Maître et de son noble adjoint, d’un groupe de gentilshommes courageux, les plus éminents de tout le pays, et lui-même avec le premier parmi les égaux de ceux qui « se rencontrent sur le niveau » pour « se séparer sur la place » – voilà le signal – c’était suffisant – assis au bord de la route, il griffonna au dos d’une vieille lettre ses adieux maçonniques. Combien de souvenirs de Grandes Loges et de Loges Subordonnées et de réunions sociales entre Francs-Maçons sont attachés à ces lignes bien connues :  

Adieu ! un adieu chaleureux et affectueux !  Chers frères du lien mystique !  Vous, favorisés, vous, quelques-uns des éclairés,  compagnons de ma joie sociale !  Même si je dois me rendre dans des pays étrangers  à la poursuite du sillage glissant de la fortune,  avec un cœur fondant et des yeux pleins de larmes,  je penserai toujours à vous, même si je suis loin.  

Souvent j’ai rencontré votre bande sociale  Et passé la joyeuse nuit de fête;  Souvent honoré d’un commandement suprême  Présidant sur les fils de lumière;  Et par ce hiéroglyphe brillant,  Que seuls les artisans ont jamais vu!  Un fort souvenir dans mon cœur écrira.  Ces scènes heureuses bien que lointaines!  

Que la liberté, l’harmonie et l’amour  vous unissent dans le grand dessein  sous l’œil omniscient  du divin architecte !  Que vous puissiez maintenir la ligne infaillible  Toujours en s’élevant selon la loi du plomb  Jusqu’à ce que l’ordre brille complètement –  sera ma prière lorsque je serai au loin.  

Et vous, adieu ! dont les mérites méritent  à juste titre de porter le plus haut insigne !  Que le ciel bénisse votre nom honoré et noble,  cher à la Franc-maçonnerie et à l’Écosse !  Permettez-moi ici une dernière requête,  lorsque chaque année vous vous réunissez tous,  en rond, je la demande avec une larme,  à lui, le barde, qui est au loin !  

Il plut à Dieu, dans cette crise, de changer la destinée de Robert Burns et d’épargner à l’Écosse et au monde ce cœur affectueux. Par une suite de circonstances presque miraculeuses, certainement sans précédent, il fut porté de manière inattendue à l’attention des cercles littéraires d’Édimbourg, alors comme aujourd’hui les plus classiques et les plus critiques du monde, et de l’avis général, la société le plaça au premier rang des poètes de son pays.

La renommée et le profit coulaient alors chaque soir vers lui. Sa plume était constamment sollicitée, sa compagnie recherchée partout et ses talents étaient appréciés à leur juste valeur. L’Ordre maçonnique ajoutait son jugement à celui d’une nation qui l’approuvait. Le Très Vénérable Grand Maître Charters, accompagné de tous les membres de la Grande Loge d’Écosse, visitant une Loge dans laquelle Burns se trouvait par hasard, porta gracieusement un toast : « Calédonie et le barde de Calédonie, frère Burns ! » Ce toast retentit dans toute l’assemblée avec des honneurs multipliés et des acclamations répétées.  

Mais il est parti. Le 21 juillet 1796, Robert Burns mourut. Plus de dix mille personnes accompagnèrent sa dépouille jusqu’à la tombe, où un spectateur observa :

C’était un spectacle impressionnant et lugubre, de voir des hommes de tous rangs, de toutes convictions et de toutes opinions, se mêler comme des frères et marcher côte à côte dans les rues de Dumfries, avec les restes de celui qui avait chanté leurs amours, leurs joies et leurs affections domestiques, avec une vérité et une tendresse que personne n’a peut-être égalées depuis.

Il est parti, et ici, dans un pays lointain, un humble admirateur de son génie, adresse à sa mémoire les lignes suivantes :  

LES MAÇONS AMÉRICAINS À ROBERT BURNS

Et toi, très doux barde, quand nous enchâsserons nos pierres précieuses,  toi le joyau le plus brillant, le plus précieux, tu brilleras,  tu brilleras de l’est jusqu’au lointain ouest,  tandis que le matin nous appellera ou que le soir se reposera.

Le soleil se lève sur les collines lointaines de Scotia,  la journée de travail commence, le veut le Grand Maître,  mais les lumières des Loges brillent encore de gaieté,  loin à l’ouest où nous, les francs-maçons, nous sommes rencontrés.  

Il y a des chansons pour les mélodieux, des paroles gentilles pour les aimables,  il y a de la joie pour les sociables et de la lumière pour les aveugles :  mais quand nous nous soulevons, prépare-nous à partir,  d’un seul cœur et d’un seul sentiment, nous chanterons ton adieu.  

Un adieu émouvant, aux favorisés et aux brillants,  Une pensée douloureuse, pour le soleil couché dans la nuit,  Une tournée au barde sur qui les malheurs sont arrivés, Une prière pour que ton esprit puisse demeurer avec les francs-maçons.  

Quand la liberté et l’harmonie béniront notre dessein,  nous penserons à toi, frère, qui aimais chaque ligne :  et quand des nuages ​​sombres entoureront notre temple,  ton cœur courageux nous encouragera là où les vertus ont été trouvées.  

Au-delà du vaste océan, deux mains s’uniront,  Colombie, Écosse, le symbole est lumineux !  Le monde, une seule Grande Loge, et le ciel au-dessus.  Seront témoins du triomphe de la Foi, de l’Espérance et de l’Amour,  

Les Iluminati se sont-ils invités dans la pop culture d’aujourd’hui ?

De notre confrère geo.fr

Ce qu’il faut savoir sur la théorie du complot des Illuminati. La théorie des Illuminati, qui prétend qu’une société secrète contrôle le monde dans l’ombre, reste l’une des théories du complot les plus persistantes et répandues. Voici les éléments clés à connaître sur ce phénomène :

Origines et évolution

Cartes de crédit avec la pyramide du dollar US
Cartes de crédit avec la pyramide du dollar US

La théorie trouve ses racines à la fin du XVIIIe siècle, avec la publication d’ouvrages comme celui de John Robison en 1797. À l’origine, elle visait un groupe réel d’intellectuels allemands appelés les Illuminés de Bavière, fondé en 1776 et dissous en 1785. Bien que cette organisation n’ait existé que brièvement, le mythe des Illuminati a perduré et s’est transformé au fil des siècles.

Contenu de la théorie

Selon les adeptes de cette théorie, les Illuminati seraient une puissante organisation secrète composée d’élites influentes qui manipuleraient les événements mondiaux à leur avantage. Cette théorie attribue aux Illuminati une influence sur des événements historiques majeurs, de la Révolution française aux attentats du 11 septembre1.

Popularité actuelle

Malgré l’absence de preuves, la théorie des Illuminati reste étonnamment populaire. En France, un sondage de 2018 a révélé que 27% des personnes interrogées croyaient à l’existence des Illuminati. Aux États-Unis, 15% des électeurs inscrits partageaient cette croyance.

Explications du phénomène

Delta lumineux sur PC portable
Delta lumineux sur PC portable

Les experts attribuent la persistance de cette théorie à plusieurs facteurs :

  1. La simplification d’un monde complexe
  2. La recherche de sens face à l’incertitude
  3. La méfiance envers les élites et les institutions

Conclusion

Bien que dénuée de fondement historique, la théorie des Illuminati continue de fasciner et d’attirer de nouveaux adeptes. Elle illustre la capacité des théories du complot à s’adapter et à perdurer, malgré les réfutations répétées des historiens et des chercheurs4

Une société secrète appelée les Illuminati contrôlerait la marche du monde

Illuminés de Bavière

Les enquêtes laissent songeur. Quelque 15 % des adultes américains se disent convaincus qu’une société secrète appelée les Illuminati contrôle la marche du monde (sondage Insider, juillet 2019). «Ce nom agrège toutes les peurs mais aussi tous les fantasmes», relève l’historien Pierre-Yves Beaurepaire, dans Les Illuminati, de la société secrète aux théories du complot (éd. Tallandier, 2022). En France, 27 % des interrogés souscrivent à cette idée (sondage Ifop / Fondation Jean-Jaurès / Conspiracy Watch de décembre 2018). Et cela n’a rien de nouveau puisqu’un sondage Ipsos a montré dès 2014 que 36 % des jeunes Français de 18-24 ans croyaient dur comme fer à cette théorie. Les stars américaines du rap (LL Cool J, Jay-Z, par exemple) seraient dans le coup, croient savoir certains. Des stars de téléréalité, aussi, comme Khloé Kardashian. La «preuve» : la Californienne a été photographiée portant une bague rappelant l’oeil de la Providence, symbole que les complotistes associent volontiers aux fameux Illuminati.

Un juriste bavarois fonde sa propre société initiatique en 1776

Mais qui sont donc ces «Illuminés », qui s’invitent avec insistance dans les cours de récréation et envahissent les réseaux sociaux ? Leur véritable histoire n’a bien sûr pas grand-chose à voir avec le fantasme : à la fin du XVIIIe siècle, c’est un juriste bavarois, Adam Weishaupt (1748-1830), titulaire de la chaire de droit canon à l’université d’Ingolstadt, qui en est à l’origine. Disciple des Lumières, l’homme partage les idées progressistes de la franc-maçonnerie et des 18 000 frères implantés dans cette mosaïque de peuples et de principautés qui compose alors l’Allemagne. Mais Weishaupt, anticlérical et républicain, reproche aussi aux francs-maçons de se montrer trop tolérants envers la religion et les monarchies, déplorant par exemple l’existence en leur sein de loges ouvertement royalistes. Pour ce farouche jacobin, la priorité doit être la lutte contre le despotisme, l’obscurantisme et le fanatisme religieux.

En 1776, il fonde sa propre société initiatique, qui s’adresse aux universitaires, hauts fonctionnaires et personnalités politiques, en un mot à une élite d’«éclairés» (dans le sens du mot latin illuminati). «Cherchez des hommes nobles, puissants, riches, savants», écrit-il à ses premiers compagnons chargés de recruter de nouveaux membres. Pour échapper à la censure, cet ordre des Illuminés (Illuminatenorden en allemand) sera secret et doté d’une hiérarchie pyramidale quasi militaire dont Weishaupt sera le «général». Ses membres auront un pseudonyme, lui-même prenant celui de Spartacus en référence au gladiateur qui souleva les esclaves contre la République romaine.

Un ordre qui ne comptera au plus que 3 000 membres

En dépit de ses préventions, Weishaupt, conscient que la franc-maçonnerie constitue un vivier de choix pour recruter des adeptes, se fait recevoir au sein d’une loge munichoise. Pourtant, en dépit de l’intense activité de Weishaupt et de ses lieutenants, l’ordre comptera au plus, selon les estimations des historiens, entre 1 500 et 3 000 membres, essentiellement dans les pays rhénans, en Autriche et en Suisse, avec quelques personnalités de premier plan comme Goethe et, peut-être, Mozart. En 1785, alors que les Illuminés, à l’instar de toutes les sociétés secrètes – telles la Société du ciel et de la Terre, en Chine – sont dans le collimateur des autorités, l’interception d’un courrier de Weishaupt destiné à des francs-maçons français va précipiter leur chute. Le très catholique duc de Bavière, Charles-Théodore, en profite pour dénoncer publiquement un complot et fait publier dans les journaux les statuts et les règlements internes des Illuminati, ainsi que les noms de leurs principaux membres. L’ordre est dissous. Il aura subsisté neuf ans seulement. Weishaupt, contraint de s’exiler, se réfugie à Gotha, en  uringe, sous la protection du duc de Saxe et renonce à ses activités secrètes.

Quatre ans plus tard, en 1789, la prise de la Bastille marque le début de la Révolution française. L’exécution de Louis XVI, la proclamation de la République, la répression du clergé, puis la Terreur, vont faire trembler les monarchies européennes et l’Église de Rome. La paix civile revenue, les tenants de l’Ancien Régime s’interrogent. Il leur semble inimaginable que le peuple se soit soulevé de lui-même contre son roi et soit parvenu en moins de trois ans à balayer la plus ancienne monarchie d’Europe. «Tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué», écrit l’abbé Augustin Barruel (1741-1820), ancien élève des jésuites exilé en Angleterre pour fuir les excès des sans-culottes, dans son livre Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, dont le premier tome paraît en 1797. Ce fut un complot ourdi par les francs-maçons et plus particulièrement, estime-t-il, par leur branche la plus radicale, les «Illuminés de Bavière». Weishaupt n’a-t-il pas écrit noir sur blanc : «Les princes et les nations doivent disparaître de la surface de la terre […] et cette révolution doit être l’oeuvre de sociétés secrètes» ? Pour faire bonne mesure, Barruel leur adjoindra les Juifs, accusés de partager la même détestation du trône et de l’autel.

En cette même année 1797, l’universitaire écossais John Robison (1739-1804) publie de son côté Preuves de conspirations contre toutes les religions et tous les gouvernements de l’Europe, un essai dans lequel il développe des arguments identiques. Les deux ouvrages remportent un succès considérable. En traduisant dans le sien «Illuminés » par Illuminati, un nom mystérieux «qui fascine autant qu’il effraie», souligne Pierre-Yves Beaurepaire, Robison est loin d’imaginer la fortune que va connaître ce mot.

Dès 1801, les progressistes contre-attaquent. «La France entière fut illuminée, puisque tous les ordres de l’État voulurent limiter le pouvoir du monarque », ironise l’un d’entre eux, Jean-Joseph Mounier, juriste réputé, ancien député du tiers état aux états généraux de 1789 et partisan d’une monarchie constitutionnelle (De l’influence attribuée aux philosophes aux francs-maçons et aux illuminés, sur la Révolution de France). Peine perdue, le mythe l’emporte sur la raison. Il a sur elle l’avantage d’abolir la part de hasard qui participe à tout événement historique, ce hasard que l’historien et journaliste Christophe Bourseiller qualifie d’ennemi mortel de la religion complotiste, pour qui tout obéit à une logique maléfique. Le paradoxe est là : la théorie du complot rassure – car on sait que les dés sont pipés – autant qu’elle fait peur, puisque des puissants invisibles dirigent le monde.

Suspectés d’être derrière tous les complots au XIXè siècle

Cette image fournie par la Bibliothèque du Congrès montre une chromolithographie intitulée « Washington en tant que franc-maçon, commandant de l’armée américaine, 1775, président des États-Unis, 1789 », publiée vers 1870. Les francs-maçons comptaient de nombreuses personnalités comme Washington parmi leurs membres et leurs membres. Cette influence a alimenté les rumeurs suggérant que l’organisation fraternelle était une conspiration satanique déterminée à gouverner le monde (Strobridge & Co. Lith./Bibliothèque du Congrès via AP).

Au XIXe siècle, les Illuminati sont ainsi suspectés d’être derrière tous les complots, de la mort du président des États-Unis George Washington à l’épopée des carbonari, une société secrète qui lutte contre la domination napoléonienne dans le royaume de Naples, en passant par les révolutions sud-américaines menées par le Vénézuélien Simón Bolívar dans plusieurs pays du sous-continent.

La littérature, de son côté, popularise le fantasme de cette secte qui tirerait les ficelles dans l’ombre. Citons un roman gothique allemand : Der Genius, de l’auteur Karl Grosse, traduit en anglais par un pasteur luthérien et publié à Londres en 1796 sous le titre de Horrid Mysteries. Le pitch ? Des Illuminati côtoient des femmes proches du jacobinisme qui accordent des faveurs sexuelles pour s’emparer du monde. Une fiction qui ouvrira la voie, bien plus tard, à des bestsellers contemporains comme Illuminatus !, trilogie entre satire et science-fiction des écrivains Robert Anton Wilson et Robert Shea (1975) et Anges et démons (2000), de Dan Brown (paru sous le titre Illuminati dans l’édition allemande).

Mais les Illuminati n’inspirent pas que des écrivains. Ils hantent aussi l’univers Marvel (le monde imaginaire dans lequel évoluent la plupart des personnages de fiction de la maison d’édition américaine Marvel Comics et de ses franchises cinématographiques) : les super-héros Iron Man, Flèche noire, Namor, Professeur Xavier et Mr Fantastique font partie du club. On retrouve aussi les Illuminati dans les jeux vidéo (comme dans l’épisode Unity de la saga Assassin’s Creed, 2007), et au cinéma. Dans Tomb Raider (2001), par exemple, l’héroïne Lara Croft démasque à Venise l’une de leurs assemblées secrètes.

Des Illuminés censés être éclairés, qui font florès dans les noirceurs d’une époque angoissée… Voilà une postérité que n’aurait sans doute pas imaginé le respectable Adam Weishaupt, pourtant ouvert aux pensées à contre-courant.

Le GOL entame la révision de sa constitution pour permettre aux femmes d’entrer

De notre confrère portuguais cnnportugal.iol.pt – Par Catherine Guerreiro

Le sujet commence à être débattu cet après-midi lors d’une réunion qui se déroule au Palais maçonnique et présidée par Manuel Machado. Le Grand Orient Lusitanien (GOL) a commencé ce samedi à débattre de la modification de sa constitution afin que les femmes puissent entrer dans l’obédience. Selon CNN Portugal, le parlement maçonnique, connu en interne sous le nom de Grande Diète, et qui comprend 200 francs-maçons, s’est réuni samedi après-midi, dans le plus grand temple du palais maçonnique, à Bairro Alto.

« Nous allons ouvrir le processus de révision de la constitution pour que le GOL puisse commencer à introduire des femmes dans ses loges »

a confirmé un franc-maçon à CNN Portugal, rappelant que la question promet de continuer à susciter la polémique. En effet, certaines loges, notamment dans la région de Porto, s’opposent à l’entrée des femmes franc-maçonnes, certains « frères » menaçant de se retirer de l’obéissance si cela devait se produire.  

L’ensemble du débat à la Grande Diète sera dirigé par Manuel Machado, le socialiste qui a présidé pendant des années la mairie de Coimbra et l’Association nationale des municipalités. Il a été élu parmi les francs-maçons pour présider ce parlement maçonnique et avant que ne commence ce processus de révision de la loi, Manuel Machado a demandé un avis au tribunal maçonnique pour savoir si l’entrée des femmes devrait même être soumise à un changement constitutionnel ou à une une simple modification des statuts suffirait. CNN Portugal sait que le tribunal, présidé par le franc-maçon Francisco Pimentel, a estimé qu’autoriser les femmes à rejoindre le GOL pourrait, à la lumière du droit interne actuel, être inconstitutionnel. Ainsi, la position du tribunal maçonnique est devenue claire : il faut changer la constitution pour 
que le GOL devienne une obédience mixte.

Face à cette conclusion, le parlement maçonnique s’apprête à entamer le processus, et, selon des sources maçonniques, la révision constitutionnelle nécessite pour l’approuver les deux tiers des francs-maçons de la Grande Diète. Parmi les arguments de ceux qui soutiennent que la Constitution doit être modifiée, il y a le fait que les lois du GOL « dans certains articles font référence au mot homme avec une lettre minuscule et dans d’autres avec une lettre majuscule ». « L’idée est de changer l’être humain », révèle un autre franc-maçon. 

La plupart des Loges sont favorables

L’entrée des femmes fait depuis longtemps l’objet d’une consultation dans les 103 Loges GOL. La majorité, comme l’a déjà révélé le Grand Maître lui-même, Fernando Cabecinha, est d’accord avec l’idée d’accepter les femmes. Tout ce processus d’audition des Loges a été centralisé par Eurico Reis, un autre membre de GOL, qui a préparé un rapport qu’il a remis au Grand Maître.

Tous les cinq ans, il est possible de changer la constitution au sein du GOL, ce qui se produit cette année 2025, au cours de laquelle le débat le plus animé promet d’être l’ouverture des portes aux femmes.

Lire à ce sujet un article sur ce thème du 13 août 2021