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Si vous recherchez une Pierre à tailler, celle-ci fait 10 tonnes… et elle vous attend !!!

C’est dans les cimes blanches, à 1800 mètres d’altitude dans la vallée d’Aoste – (Italie), que Bernard Bezzina s’est offert il y a une dizaine d’années, un bloc de Jadéite de 10 tonnes, un minéral qui prospérait là depuis plusieurs millions d’années. Comme nous avons coutume de le dire « Il faut tailler sa Pierre », mais celle-ci est presque de la taille d’une carrière.

Arraché à la montagne, ce bloc atterrit dans l’atelier de l’artiste Bernard Bezzina à Pietrasanta ( Italie). Quelques mois plus tard, après un travail de titan, jaillit de ses mains, cette pierre brute unique au monde de 10 tonnes qui devient une œuvre d’art symbolique exceptionnelle.

L’humanité était là…

Ce marbre vert d’Italie de la vallée d’Aoste ou vert antique (pour l’histoire) est identique au socle du tombeau de Napoléon aux Invalides et de La Tribune de l’assemblée générale des nations Unis à New York.

Le prince Albert De Monaco se rendit dans l’atelier de Bernard Bezzina en Toscane en 2017 et inaugura le 3 juin 2023 à Monaco la sculpture Ludus (main division 3 iii) œuvre offerte par Bernard Bezzina à la fondation Prince Albert 2.

(Note : L’actuel propriétaire cède actuellement cette oeuvre à un futur acheteur. Cette oeuvre se trouve exposée en banlieue parisienne. Contactez la rédaction pour plus d’informations).

Présentation de l’artiste : Bernard Bezzina

Expositions


Porsche Taycan éléctrique peinte par Bernard Bezzina
  • 2021: Chevalier de l’ordre du mérite culturel monégasque
  • 2018 : Podgorny Robinson Gallery, Saint-Paul-de-Vence, France
  • 2015 – 2017 : Plage « Méridien Beach Plaza », Monaco
  • 2016 : BRAFA, Bruxelles, Belgium
  • Sculptures Monumentales, Saint-Tropez, France
  • Monochromaniac, Opera Gallery, New York, USA
  • 2015 : BRAFA, Bruxelles, Belgium
  • PAD, Paris, France
  • Art Fair, Antibes, France
  • Masterpiece, London, France
  • Jardin des Arts, Roquebrune-Cap-Martin, France
  • 2014 : 30 Anni/Museo dei Bozzetti, Palazzo Panichi, Pietrasanta, Italy
  • Galerie Hurtebize, Paris, France
  • Pont Alexandre III, Paris, France
  • Art Elysées, Paris, France
  • 2013 : Biennale Borgo di Montone, Italy
  • Homo Faber. Il pensiero e la Mano, Piazza del Duomo, Pietrasanta, Italy
  • 2012 : Château Sainte Roseline, Les Arcs, France
  • 2011 : Citadelle de Villefranche-sur-Mer, France
  • 2009 : Printemps des Arts, Palais Abdellia, Tunis, Tunisie
  • 2008 : Galerie Olga Lamdon, Bruxelles, Belgium
  • 2007 : Domaine de Trians, Néoules, France
  • Gorges de Pennafort, Callas, France
  • Galerie Anne Lettré, Paris, France
  • Contemporary Fine Art, Saint-Tropez, France
  • 2006 : Domaine de Trians, Néoules, France
  • 2004 : Maison du Cygne, Six-Fours-les-Plages, France
  • Banque de Gothard, Monaco
  • 2002 : Création / Exposition de l’affiche « Jazz à Toulon », France
  • 2001 : Banque du Gothard, Monaco
  • VIP Saint-Tropez, France

AWARDS

2020 : Chevalier des Arts et des Lettres
2021 : Chevalier de l’Ordre du Mérite Culturel Monégasque

Le mythe d’Hercule, comment donner du sens à son travail

Jean-Louis Cianni
Philosopher pour mieux vivre

Quel sens donner à son travail aujourd’hui ? Poser cette question est devenu indispensable, à titre individuel, certes, mais aussi ensemble. Car le travail est à la fois toujours mon travail, c’est-à-dire, une expérience intime, personnelle, vécue au quotidien et aussi notre travail, le champ, non seulement où l’on retrouve les autres, pour le meilleur et pour le pire, mais aussi où on construit quelque chose avec eux.

Cette interrogation sur une activité qui occupe une grosse partie de notre vie quotidienne, est nécessaire :

-D’abord parce que de plus en plus dans notre société de liberté, de facilité, et d’affirmation de soi, travailler peut faire souffrir, surtout quand les conditions de travail changent.

  • Ensuite parce que, avec les procédures, la dématérialisation informatique, l’urgence, la complexité abstraites de nos tâches les plus ordinaires, nous perdons la signification de notre travail.
  • Enfin parce que, dans une société vouée au culte du profit, le travail n’est plus le meilleur moyen de gagner de l’argent, nous ne voyons plus la finalité économique et sociale du travail.

Arrêtons-nous sur le mot sens. C’est un mot qui renvoie à trois réalités :

Le sens, c’est la vue, l’ouïe, c’est le corps, la sensibilité. C’est la relation au monde. Le sentiment aussi, le ressenti. Ce que nous éprouvons d’agréable ou de désagréable.

Mais le sens c’est aussi la signification. La représentation d’une situation, sa compréhension, la valeur que nous lui accordons.

Troisième définition : l’orientation, la direction, le but.

Sensibilité, signification, but : Quand nous voulons donner du sens à notre travail nous nous questionnons sur ces trois registres. Et si nous nous questionnons c’est que nous avons peut-être perdu notre plaisir, nos certitudes, notre motivation. Comment les retrouver?

Plutôt que de vous accabler d’une longue et lourde réflexion, surtout après une journée de… travail intense, je vous propose de revisiter le mythe d’Hercule, le demi-dieu de l’antiquité, célèbre pour ses 12 travaux. Ce mythe va nous permettre d’ouvrir des pistes que chacun pourra ensuite parcourir à sa guise. Car la philosophie n’a d’intérêt et d’utilité que si elle reste une activité libre, une activité de libération. Elle invite chacun à penser sa vie et à la vivre ensuite selon ses propres termes.

Tout le monde connaît Hercule, je suppose. Le cinéma a popularisé le mythe d’Hercule : le péplum italien dans les années 50, les studios Disney, cette année encore la légende d’Hercule.

Hercule est pour nous le symbole de la force, de la vaillance. Nous voyons en lui une sorte de Monsieur Univers de l’antiquité, dégoulinant de muscles, un baraquais mais droit et noble. C’est là une image un peu déformée. C’est notre façon de le voir. Hercule a beaucoup intéressé les philosophes de l’antiquité qui ont vu en lui, non pas un symbole de force physique surhumaine, mais un modèle de résistance et d’engagement moral.

Une séquence de sa légende, raconte ainsi qu’Hercule, adolescent, a décidé de faire une retraite pour choisir le sens qu’il voulait donner à sa vie. A la croisée de deux chemins, il rencontre deux femmes qui représentent la Vertu et le Vice. Chacune tente de le séduire. La première lui propose la voie du travail, l’autre celle du plaisir et de la facilité. Hercule choisit la voie d’en haut, la voie difficile.

Ce que lui dit la vertu est intéressant «  Les dieux n’accordent rien aux hommes sans peine ni soin. » C’est l’idée grecque selon laquelle notre vie réclame un effort, certes, mais aussi et surtout de l’attention, du soin. Qu’il faut s’occuper de ses affaires, bien faire son travail mais aussi s’appliquer à son être désirant et pensant. Ce souci de soi reste en continuité et en harmonie avec l’implication dans les affaires de la cité. C’était l’idéal des Grecs. La vie humaine était quelque chose de précieux.

Aujourd’hui, nous revenons nous aussi finalement à ce souci de soi. Notre individu nous est aussi important que les affaires du monde. Nous cherchons à vivre la vie la meilleure possible. Comme Hercule, nous faisons des choix. Nous prenons du recul. Nous réfléchissons à notre vie, à celle de nos proches, à l’évolution du monde.

C’est pour cette raison que j’ai choisi de vous parler d’Hercule. Je vais d’abord vous résumer non pas toute ses histoires, car au-delà des Douze Travaux, elles sont très nombreuses, Hercule était l’objet d’un véritable culte dans l’antiquité. Mais je vous donne rapidement le contexte du mythe des Douze Travaux, pour me concentrer ensuite sur le premier qui me paraît le plus important pour nous.

Hercule –Héraclès en grec- est le fruit des amours de Zeus, le roi des dieux de l’Olympe et d’une princesse que Zeus a abusé en prenant l’apparence de son mari. Zeus est un coureur de tunique invétéré. Il a une épouse Héra, qui est d’une jalousie maladive. Bien entendu, elle n’accepte pas la situation et va poursuivre Hercule de sa vengeance.

Vous connaissez l’épisode des serpents qu’elle lui glisse dans son berceau. Hercule est ce que nous appelons un enfant exposé. Comme d’ailleurs beaucoup de personnages de la mythologie : Oedipe est jeté dès sa naissance, Ulysse est blessé par un sanglier, Jason est caché après la destitution de son père. Zeus lui-même, le roi des dieux échappe à la voracité de son père, Cronos, le maître du temps qui dévore ses enfants.

Quand Hercule parvient à l’âge adulte, Héra le frappe de folie et notre héros va massacrer son épouse et ses enfants. Pour se laver de son crime, il est condamné à effectuer Douze Travaux.

Ces travaux sont d’abord des exploits physiques. Ils sont appelés athloi en grec, mot qui a donné notre athlétisme. Il s’agit de combattre des animaux extraordinaires, un lion, un taureau, un dragon, des juments cannibales. Certains sont des voyages aux limites du monde connu, l’un conduit même aux enfers. D’autres sont moins glorieux pour le fils d’un dieu : nettoyer des écuries ou ramener du sud de l’Espagne un troupeau de bœufs. Vous le voyez, Hercule est un héros humain, d’ailleurs dans ses innombrables aventures, il expérimente les misères humaines le plus extrêmes : la folie, l’esclavage, l’humiliation.

Les travaux d’Hercule sont différents des nôtres mais 2 traits sont comparables :

  • Ils sont le prétexte à des œuvres civilisatrices. Hercule dompte des forces sauvages, protège les hommes, fonde des villes et des cultes. Au-delà de l’exploit, Il fait œuvre utile pour l’humanité.
  • A travers eux, Hercule accomplit un fabuleux destin qui va lui permettre de gagner l’immortalité et de devenir un dieu de l’Olympe. Hercule se réalise.

Ainsi, le mythe nous donne à comprendre le travail, non pas comme un châtiment, non pas comme un exploit sportif, non pas comme une souffrance, mais comme une épreuve. Epreuve est de la même famille qu’éprouver, ressentir, faire l’expérience sensible et affective d’une situation. Eprouver est de la même famille aussi que tester, expérimenter, faire l’essai. On éprouve la résistance d’un métal.

Mais l’épreuve a une autre vertu : elle nous révèle à nous-mêmes, elle nous prouve notre potentiel, notre talent, notre connaissance. L’épreuve du permis de conduire, un examen, par exemple, nous permettent de vivre une situation de ce genre.

Quand nous travaillons, quel que soit notre poste, notre tâche, nous affrontons une épreuve qui va nous révéler à nous-mêmes. Pas simplement parce qu’elle va nous rendre plus résistants, plus durs au mal, plus aguerris. Le but n’est pas trouver du plaisir dans ce qui nous fait souffrir. Il y a des épreuves qui ne nous apportent rien. Notre but à tous est de rechercher le bien, le mieux-être, le plaisir sous toutes ses formes. Notre but n’est pas de fermer notre cœur. De devenir insensibles. Nous ne sommes pas masochistes et si nous le sommes c’est toujours de façon consentante. Parce que, plus ou moins consciemment, nous trouvons un bénéfice à notre souffrance.

Le philosophe stoïcien Sénèque a donné un sens original à la souffrance, bien différent de celui d’une punition (Christianisme) ou d’un état premier (bouddhisme). Pour lui, le malheur est une épreuve qui possède des vertus positives, non pas en elle-même, non pas parce qu’elle apprend quelque chose sur la vie, mais essentiellement parce qu’elle révèle l’individu à lui-même : «  ce n’est en effet qu’à l’épreuve qu’on se connaît soi-même. » L’épreuve endurcit l’homme, elle renforce son courage, son habitude à affronter les souffrances. Sous cet angle, elle est comparable à un entraînement comme celui, physique et technique, auquel se livrent les gladiateurs de l’époque de Sénèque. Mais son apport décisif se trouve ailleurs.

Dans la souffrance l’homme fait l’expérience de lui-même. Il se découvre et se révèle à lui-même. Il expérimente sa capacité de résistance à l’adversité ou aux frustrations, mais surtout il se risque à lui-même, il vérifie son potentiel, il se prouve à lui-même sa capacité de se poser dans les événements et face à eux. Non sans une forme d’orgueil, Sénèque considère même qu’il se trouve distingué, élu par la souffrance. Et l’âme, la partie de l’âme douée de raison, « arrive à mépriser les maux dont elle souffre. »

Dans un flux d’événements qui l’emportent et le ballottent en tous sens, l’homme ne dispose que d’un fragile esquif de liberté et de maîtrise, certes, mais il lui suffit pour ne pas couler. Dans l’épreuve de la vie, l’homme fait l’expérience de soi. Il retrouve une position de sujet pensant, désirant et agissant. C’est une épreuve de vérité. Dans une situation de souffrance, on demande à savoir. L’épreuve est toujours un questionnement : pourquoi mon enfant est-il malade ? Pourquoi suis-je licencié ? Pourquoi me quitte-t-elle ?

L’épreuve pose la question du sens des choses, des situations, des événements. Elle attend non pas une réponse mais ma réponse. Elle attend que je me relie à moi-même, par le fil ténu du questionnement. Que j’adopte ensuite une position. Et que, dans un dernier temps, j’adapte ma conduite à l’idée que je me fais de la situation, que je m’engage sur ce qui est le meilleur pour moi. Dans ce sens, l’épreuve nous révèle notre pouvoir, notre liberté, notre humanité.

Arrêtons-nous maintenant sur le premier des Travaux d’Hercule, le combat contre le lion de Némée. Hercule doit venir à bout d’un lion de la taille d’un dinosaure qui terrorise la région de Némée. La bête est dotée d’une peau increvable qu’aucune lame ne peut percer. Les flèches et la massue d’Hercule lui seront vite inutiles. Il devra affronter la bête à mains nues. Cette bête de Némée, cela me paraît évident, c’est la réalité que nous devons affronter tous les jours. La réalité qui nous résiste, qui nous provoque, qui nous limite, nous entrave, nous contraint, nous décourage.

Mais, de surcroît, le fauve habite une grotte à deux entrées ou à deux sorties. Ce qui lui permet, dans le cas où elle rencontrerait des adversaires plus forts, de s’évader. Je crois que l’épreuve à laquelle nous sommes confrontés dans le travail est elle-même une scène à double entrée. Quand nous travaillons, nous faisons l’expérience de la réalité, l’expérience des autres aussi, porteuse d’amitié et de tensions, de franchise et de mensonges, etc. Mais nous faisons aussi une expérience plus intérieure, plus intime, l’expérience de nous-mêmes.

Nous faisons notre travail et il nous fait. Mon activité n’est pas devant moi comme une chose séparée, je lui appartiens autant qu’elle est mienne et nous nous fondons tous deux dans l’expérience humaine, liant envers et endroit dans une seule et même forme. Deux entrées, deux sorties : tel est bien l’espace de notre épreuve, comme la caverne du fauve. Travailler, c’est toujours faire l’épreuve de soi-même. Non plus dans le sens d’une adaptation à un monde extérieur, d’une simple réponse par un comportement adéquat, mais dans le sens d’une expérience, d’une connaissance et d’une gouvernance de son propre désir.

Que fait Hercule une fois qu’il a vidé son carquois en vain sur l’énorme fauve ? Il place un rocher devant l’une des entrées. Il laisse sa massue et affronte le monstre à mains nues pour l’étouffer. Je risque ici une interprétation mais, c’est l’intérêt du mythe, chacun pourra donner la sienne. Le travail est finalement une scène à double entrée : on y trouve à la fois les difficultés du réel et celles de notre désir, qui lui aussi, se retournant parfois contre nous-mêmes, nous fait souffrir.

Au travail nous nous engageons, nous faisons l’épreuve de notre désir, de notre ambition, de notre jalousie, surtout quand nous sommes placés dans des situations d’hyperconcurrence comme aujourd’hui. L’expérience de notre désir, on le sait, est parfois malheureuse. Notre désir à deux visages, l’un positif de force motrice, l’autre négatif de frustration et de manque. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, elle n’est pas non plus une mer d’inquiétude et de malheurs. Nous avons moins à accepter tout ce qui vient, comme il vient, qu’à nous mettre en harmonie avec nous-mêmes. Et cette harmonie ne passe pas forcément par l’acceptation et la résignation. Elle les dépasse, au contraire.

Un dernier mot sur Hercule. La véritable instigatrice de ses épreuves, c’est en définitive Héra, l’épouse jalouse et vengeresse. C’est elle qui glisse des serpents dans le berceau d’Hercule. Elle qui multiplie les ruses, les pièges, les obstacles, tout au long des Douze Travaux. Si on regarde chaque séquence elle-même, c’est une terrible force contraire. Mais si l’on regarde l’ensemble du mythe et surtout son aboutissement – Hercule devient un dieu- on peut dire que Héra est une force de stimulation et de dépassement. C’est finalement une mère, un parent, qui pose des obstacles, des limites pour élever son enfant dans l’humanité et ici dans la divinité.

En tant qu’homme, Hercule était un enfant exposé au risque du monde, des autres, de son destin. Il ressemble à ces enfants dont vous prenez soin. Il nous ressemble à nous tous qui avons été exposés ou avons eu peur de l’être. Hercule avait des atouts en naissant, il était le fils d’un dieu. Mais nous-mêmes nous avons un héritage. Il n’est ni financier, ni biologique, il se trouve dans les valeurs auxquelles nous croyons et que nous partageons. Vous les avez revisitées au cours de cette journée. Vous trouverez en elles, dans leur principe, leur histoire et leur actualisation, les ressources individuelles et collectives nécessaires. Ces valeurs semblent désuètes, un monde voué au profit et à la déshumanisation s’en accommode mal. Le souci de l’enfant, le respect des droits, la laïcité, la solidarité, le désintéressement, sont des valeurs qui vont au contraire du monde. Il faut les adapter sans doute, mais jamais y renoncer. Leur adaptation au monde contemporain ne va pas sans risque. C’est votre travail d’Hercule. Vous le réussirez d’autant mieux si vous vous référerez à ces valeurs fondatrices. Elles peuvent éclairer vos épreuves, leur donner la signification et la finalité que la tâche quotidienne nous empêchent de voir. C’est toute la peine que je vous souhaite.

12/10/24 : GODF à Toulon « Vivre et se sentir Européen. Appartenance et Citoyenneté européenne »

Du site officiel du GODF

Colloque organisé par l’association « Le Cercle de l’Étoile » dans le cadre des « Fraternités Européennes », sous l’égide du Grand Orient de France.

Un verre de l’amitié sera proposé après la séquence d’échanges avec le public.

Invités et intervenants :

Boris CYRULNIK : Psychiatre, psychanalyste, écrivain, conférencier

Dorian BENARD : Responsable du Centre EUROPE DIRECT Nice Côte d’Azur

Hervé MORITZ : Président du Mouvement Européen France

Guillaume TRICHARD : Passé Grand Maître du Grand Orient de France

Gérard SABATER : Modérateur

Le secret maçonnique caché dans les nouveaux billets de 20 000 $ argentin

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Du site cronista.com

Le site d’information argentin sous titrait : « Le protagoniste du nouveau projet de loi cache des symboles maçonniques et une histoire pleine de mystères. »

NDLR : Une fois de plus, la Franc-maçonnerie fait l’objet de spéculations antimaçonniques et complotistes. Nous vous livrons ci-dessous l’intégralité de l’article du 4 ocrobre dernier.

La Banque centrale de la République argentine (BCRA) a annoncé que les nouveaux billets de 20 000 dollars entreraient en circulation à la fin du mois. Il s’agira du papier-monnaie de la plus haute valeur nominale du pays et sa conception intègre des éléments de sécurité de pointe pour empêcher la contrefaçon.

Cependant, un autre élément de son modèle cache un symbole de la 
loge maçonnique argentine qui remonte à la première moitié du XIXe siècle et relie les opérations à Buenos Aires, Montevideo et en France. 

Le billet de 20 000 $ : quel est son secret maçonnique ?

C’est la figure de Juan Bautista Alberdi qui figure au recto de l’affiche. Ce héros argentin était membre honoraire de la Loge maçonnique numéro 20 de San Juan de la Fe et a travaillé pour l’organisation jusqu’à sa mort en France en 1884.

Selon le site officiel de la franc-maçonnerie argentine , Alberdi s’est vu confier la tâche d’apporter à Montevideo un ensemble d’idées et de valeurs fondamentales qui guidaient les intellectuels argentins de la société secrète.

Lui et d’autres dirigeants politiques argentins faisaient partie de l’organisation. Il a joué un rôle important dans la recherche d’un consensus et dans la résolution des conflits politiques, facilitant ainsi la sanction de la Constitution argentine de 1853.

Juan Bautista Alberdi était un franc-maçon argentin important.

Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ?

La Grande Loge d’Argentine  la définit comme « une institution essentiellement philosophique, philanthropique et progressiste ». Contrairement à certaines croyances populaires, il ne s’agit pas d’une religion mais plutôt d’une société discrète dont les valeurs sont centrées sur l’altruisme et la rationalité.

Ils affirment que leurs principes sont la liberté, l’égalité et la fraternité et que leur devise est « Science, Justice et Travail ». Il soutient que ses objectifs sont la recherche de la vérité, la perfection de l’individu et le progrès de l’humanité.

Bien qu’à ses origines la franc-maçonnerie ait pu avoir un caractère plus réservé, elle est depuis 1879 une organisation transparente dotée d’un statut juridique accordé par l’État argentin. Ses objectifs sont clairement définis et sont accessibles au public.

Quels autres héros argentins étaient des francs-maçons ?

Outre Alberdi, un grand nombre de personnalités publiques et de membres historiques de la politique argentine ont fait partie de cette organisation. Certains des plus connus sont :  

  • Juan Manuel de Rosas
  • Joseph de Saint-Martin
  • Manuel Belgrano
  • Domingue Faustino Sarmiento
  • Hipólito Yrigoyen
  • Roque Sáenz Pena
  • Carlos Pellegrini
  • Bernardino Rivadavia

La légende d’Arthur du Mythe à la Réalité – Accademia

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De notre confrère arcanatv.fr

La légende d’Arthur se classe parmi les mythes les plus emblématiques de l’histoire occidentale, symbolisant des idéaux tels que le courage, la justice et la quête de sens. Cette épopée, qui a perduré à travers les âges, puise ses origines dans les récits médiévaux, tout en évoluant au fil des ans. Dans ce qui suit, nous proposons une analyse approfondie des racines de cette légende captivante, en explorant le contexte historique et la naissance du roi Arthur légendaire.

La légende arthurienne est principalement connue grâce aux œuvres de plusieurs auteurs médiévaux tels que Chrétien de Troyes, Robert de Boron et Wolfram von Eschenbach. Toutefois, ces écrits ne sont pas les plus anciens à mentionner le roi Arthur. Avant d’examiner son règne, il est essentiel de revenir sur les événements légendaires qui précèdent, notamment l’histoire de l’île de Bretagne lors de la fin de l’Empire romain et au début du Haut Moyen Âge.

L’histoire débute avec le roi Constantin II, surnommé le Béni, qui règne sur l’île de Bretagne au moment où les Romains abandonnent le territoire. Face aux invasions barbares des peuples germaniques et aux attaques des Pictes venant du nord, Rome n’a plus les moyens de défendre la province. Constantin parvient pendant un temps à préserver le royaume, mais il est finalement assassiné par ses ennemis, plongeant le royaume dans une crise de succession.

Le roi Constantin laisse derrière lui trois fils : Constant, l’aîné, suivi d’Ambrosius, et enfin Uther. La succession s’avère difficile, car les nobles bretons sont divisés, chacun soutenant un prétendant différent. C’est finalement Vortigern, un puissant seigneur et ambitieux politicien, qui impose Constant, le fils aîné, sur le trône. Cette manœuvre permet à Vortigern de contrôler indirectement le royaume. Pendant ce temps, Ambrosius et Uther, les deux autres fils de Constantin, s’exilent sur le continent, fuyant les troubles en Bretagne.

C’est dans ce contexte de trahison, de guerre civile, et d’invasions barbares que l’histoire d’Arthur prendra racine, et qu’il sera appelé à restaurer l’ordre et la paix sur l’île de Bretagne.

Le roi Constant n’était pas destiné à régner, son père l’ayant envoyé au monastère pour devenir ecclésiastique. Mais Vortigern, cherchant à asseoir son pouvoir, voit en Constant un roi faible qu’il peut manipuler. Une fois Constant sur le trône, Vortigern consolide son influence avant de faire exécuter le roi, s’autoproclamant ensuite roi de Bretagne. Il envisage une alliance avec les Saxons pour se défendre contre les autres fils de Constantin. Cependant, Ambrosius et Uther, déterminés à venger leur père, mettent leurs différends de côté pour renverser Vortigern et protéger l’île de Bretagne. Avec une armée formée aux tactiques romaines, ils repoussent les envahisseurs saxons. Vortigern est tué par Ambrosius, qui devient alors roi de Bretagne, tandis qu’Uther prend le commandement des armées, chargé d’éliminer toute autre menace.

Uther, accompagné du sage Merlin, se rend en Irlande pour ramener les mégalithes de Stonehenge en Angleterre. À son retour, il trouve le roi Ambrosius Aurelianus mourant, empoisonné par un assassin saxon. Ainsi, Uther devient roi de l’île de Bretagne, prenant pour emblème un dragon, d’où son surnom « Pendragon » (Tête de Dragon). La guerre contre les Saxons se poursuit sous son règne, et Uther doit livrer plusieurs batailles pour protéger son territoire. L’un de ses vassaux les plus importants est Gorlois, duc de Cornouailles, marié à Ygerne. Uther tombe profondément amoureux d’Ygerne, ce qui crée des tensions entre les seigneurs bretons. Merlin, voyant la situation se détériorer, propose à Uther une solution : il lui permettra de passer une nuit avec Ygerne, à condition que cela mette fin au conflit.

Uther accepte l’offre de Merlin, qui utilise sa magie pour donner à Uther l’apparence de Gorlois, permettant ainsi au roi d’entrer dans le château de Tintagel. Merlin avertit Uther de ne pas faire de mal à Gorlois et prédit qu’un fils, destiné à un grand avenir, naîtra de cette union. Uther accepte les conditions de Merlin à contrecœur. Déguisé en Gorlois, Uther entre dans le château et passe la nuit avec Ygerne, tandis que Gorlois se trouve sur le champ de bataille, combattant les armées d’Uther. Cependant, Uther trahit Merlin en ordonnant l’assassinat de Gorlois. Alors qu’Uther quitte Tintagel le lendemain matin, la dépouille de Gorlois est ramenée au château, révélant à Ygerne qu’elle n’a pas partagé sa couche avec son mari la nuit précédente.

Neuf mois plus tard, Arthur naît et Merlin vient le chercher pour l’emmener. Ygerne, désormais mariée à Uther, accepte à contrecœur que son fils soit confié à Merlin. Le jeune Arthur est placé sous la garde du chevalier Anthor, qui lui assure une éducation militaire et morale exemplaire. Pendant ce temps, Uther continue à combattre les envahisseurs saxons. Sa dernière campagne le conduit à affronter Octa, fils de Heingist, à St Alban, où il trouve la mort en buvant de l’eau empoisonnée par ses ennemis. La mort d’Uther plonge l’île de Bretagne dans le chaos, la laissant à la merci des hordes saxonnes.

La chute de Rome et les invasions saxonnes : le Haut Moyen Âge (Partie 1)

Au début du 5ème siècle, l’Empire romain est en déclin et subit de plus en plus d’invasions barbares le long de ses frontières. En 407, les légions romaines stationnées en Bretagne s’émancipent de l’autorité impériale et proclament Constantin III empereur de Bretagne et des Gaules. Constantin III, qui peut être assimilé à Constantin le Béni dans la légende arthurienne rapportée par Geoffrey de Monmouth, était un seigneur breton ayant reçu une formation militaire romaine. Il parvient à repousser les Saxons et les Pictes, tout en stabilisant la Gaule avec l’aide des Francs, un peuple fédéré chargé de protéger la frontière du Rhin. Constantin étend son influence jusqu’en Espagne, rappelant l’idée du royaume de Logre dans la légende, qui ne se limite pas à l’île de Bretagne mais englobe également une large part du continent.

En 408, Constantin III nomme son fils Constant césar de l’Empire et le désigne comme son héritier, un autre lien avec la légende arthurienne.

L’empereur Flavius Honorius règne sur Rome, mais il reconnaît Constantin III comme co-empereur, acceptant son autorité. En 410, Constantin III se rend à Rome pour protéger la ville des barbares, mais l’Espagne se révolte contre lui, et il est finalement vaincu en 411, ainsi que son fils. Pendant ce temps, la Bretagne se retrouve sans armée pour se défendre et subit de nouvelles incursions des barbares saxons. L’Empire romain, affaibli, n’a plus les moyens de protéger ce territoire éloigné. Entre 425 et 450, les chroniques de Nennius et de Gildas le Saint font apparaître la figure de Vortigern, un seigneur breton qui fonde un royaume indépendant pour résister aux invasions germaniques.

L’histoire de la province romaine de Bretagne a clairement inspiré la légende arthurienne. Un autre personnage historique, Ambrosius Aurelianus, fait son apparition peu après. Il semble être un chef de guerre breton romanisé, bien qu’il ne soit pas forcément un roi. Ambrosius combat les Saxons entre 460 et 480, tout comme dans les récits légendaires d’Arthur. Face à la progression des envahisseurs qui contrôlent désormais toute la côte est de l’Angleterre, Ambrosius fuit en Armorique (la Bretagne continentale). Ce général romain, d’origine bretonne, est parfois décrit comme un consul. Sa retraite en Armorique semble correspondre à celle d’Ambrosius dans la légende, où il s’enfuit pour échapper à Vortigern, qui s’est allié aux Saxons.

Il est possible qu’il y ait eu deux personnages portant le nom d’Ambrosius, un père et un fils, ce qui expliquerait certaines incohérences chronologiques dans les récits. Après sa retraite stratégique, le général romain tente de reconquérir la Bretagne, conduisant à la bataille du Mont Badon, souvent attribuée à Arthur dans la légende. Cependant, les chroniques les plus anciennes ne mentionnent pas Arthur lors de cette bataille. Il est probable que cette victoire soit le résultat d’une alliance bretonne menée par un général romain comme Ambrosius entre 480 et 500. Uther Pendragon, le père légendaire d’Arthur, n’a pas de sources historiques confirmant son existence, et son rôle reste donc purement mythologique.

Pour situer ces événements dans leur contexte historique, il est important de rappeler que :

  • En 407, Constantin III, connu sous le nom de Constantin le Béni dans la légende, est proclamé empereur.
  • Les invasions saxonnes commencent vers 410, coïncidant avec le retrait des troupes romaines de Bretagne.
  • En 410, l’empereur Flavius Honorius appelle les Bretons à assurer seuls leur défense, même si le territoire reste symboliquement rattaché à l’Empire.

Le 5ème siècle marque donc une période de guerre et de violence pour la Bretagne. Le territoire, déjà christianisé et romanisé, est défendu par des chefs de guerre bretons issus de l’aristocratie militaire, formée par les Romains. Ce système de défense persiste jusqu’à la fin du 5ème siècle. Pendant que l’Empire romain s’effondre, les peuples fédérés tels que les Francs, les Wisigoths, les Ostrogoths et les Bretons fondent des royaumes sur les ruines de l’Empire. C’est dans ce contexte que la bataille du Mont Badon se déroule, avec les Bretons repoussant les Saxons vers 495 selon les sources. Les chroniques de Gildas au 6ème siècle et de Bède au 8ème siècle attribuent cette victoire à Ambrosius Aurelianus. Ce n’est qu’au 9ème siècle que les « Annales Cambriae » et l’ »Historia Brittonum » de Nennius mentionneront Arthur comme héros de la bataille, qu’ils datent de 516.

La légende du Roi Arthur

Arthur, désormais un jeune homme, découvre un royaume plongé dans l’anarchie après la mort de son père Uther plusieurs années auparavant. Merlin, le sage conseiller, décide qu’il est temps de révéler le destin d’Arthur. Le jeune homme apprend alors la vérité sur ses origines et son rôle à venir. Cependant, pour devenir roi, il doit d’abord être reconnu par les grands seigneurs de Bretagne, qui sont divisés et en guerre entre eux. Ces seigneurs, habitués à leur indépendance, doivent être unis sous un roi pour que l’île retrouve sa cohésion, une cohésion perdue quand Uther a semé la discorde en convoitant la femme de Gorlois, duc de Cornouailles.

Guidé par Merlin, Arthur est conduit vers un rocher sacré où une relique ancienne, l’épée des Rois, est figée. Selon la légende, celui qui parviendra à la retirer deviendra le roi de Logre, un vaste royaume comprenant la Bretagne, l’Armorique, l’Aquitaine, l’Écosse, le pays de Galles, l’Irlande et l’Angleterre. Contrairement à une idée répandue, l’épée des Rois n’est pas Excalibur, mais une autre épée, distincte de celle que la Dame du Lac offrira plus tard à Arthur.

Arthur parvient à s’emparer de l’épée des Rois et est reconnu comme le souverain légitime du royaume de Logre, affirmant également sa filiation en tant que fils du roi Uther Pendragon. Cependant, sa demi-sœur, la fée Morgane, fille de Gorlois et d’Ygerne, refuse d’accepter cette ascension et complote contre lui avec l’aide de certains seigneurs mécontents. Arthur reçoit un autre présent magique, l’épée Excalibur, offerte par la Dame du Lac, une magicienne bienveillante. Ce puissant artefact l’aidera à lutter contre ses ennemis. Arthur épouse Guenièvre, une princesse chrétienne, incarnant ainsi l’union entre le paganisme ancien de l’île de Bretagne et la nouvelle foi chrétienne.

Arthur est décrit non pas comme un roi avide ou cruel, mais comme un souverain juste et noble, animé par des idéaux chevaleresques. Il décide de créer un ordre de chevalerie, où tous les membres, quel que soit leur statut social, seraient égaux. Seuls les plus courageux et honorables sont admis dans cet ordre : les chevaliers de la Table Ronde. Ces derniers doivent avoir accompli des exploits militaires et partager les valeurs de justice, d’honneur et de courage.

Rapidement, Arthur doit faire face à une menace grandissante : une armée saxonne puissante menace de ravager le royaume. Le roi et ses chevaliers engagent la bataille au Mont Badon, remportant une victoire décisive qui renforce l’unité et la gloire du royaume. Le règne d’Arthur débute sous de bons auspices avec cette victoire militaire éclatante et la création de l’ordre de la Table Ronde, marquant une période de prospérité et de félicité pour Logre.

Cependant, des prophéties sombres annoncent l’arrivée de temps troublés, et le royaume semble touché par une étrange malédiction. Le salut du pays résiderait dans la découverte d’une relique sacrée : le Graal, qui pourrait apporter la félicité éternelle au royaume de Logre. Les chevaliers de la Table Ronde partent en quête de cette relique divine, mais la tâche est ardue. Seul un chevalier pur de cœur peut espérer trouver cet artefact. Nombreux sont ceux qui échouent, périssent, ou sombrent dans la folie durant cette quête, tandis que la menace saxonne demeure, tapie dans l’ombre.

Le temps passant, Arthur n’a pas d’héritier de son mariage avec Guenièvre. Cette dernière tombe amoureuse du chevalier Lancelot, l’un des plus vaillants et proches conseillers du roi. Leur relation secrète fragilise le pouvoir d’Arthur et provoque l’exil de Lancelot. Par ailleurs, Arthur a un fils bâtard, Mordred, né de sa relation avec sa sœur Morgane, qui avait usé de la magie pour séduire son frère, en quête de vengeance. Mordred, bien que brillant chevalier de la Table Ronde dans un premier temps, finit par trahir son père.

Lorsque Arthur part en campagne militaire en Armorique, Mordred saisit l’occasion pour usurper le pouvoir et s’emparer de Guenièvre. Pour rétablir l’ordre, Arthur doit prendre les armes contre son propre fils. Mordred, dans sa quête de pouvoir, s’allie aux Saxons, à l’image de Vortigern avant lui. Les deux armées s’affrontent lors de la bataille de Camlann, où père et fils s’entretuent dans un combat fratricide. Arthur meurt, mais les chevaliers de la Table Ronde réussissent tout de même à repousser les envahisseurs saxons.

La mort d’Arthur marque la fin de l’âge d’or du royaume de Logre. Sa dépouille est emmenée sur l’île d’Avalon par Morgane, où la légende dit qu’il repose en attendant de revenir pour protéger son peuple en cas de nouveau danger. Après lui, Constantin III, fils de Cador, duc de Cornouaille, monte sur le trône et continue la lutte contre les fils de Mordred et les Saxons. Cependant, malgré quelques rois légendaires qui lui succèdent, le royaume finit par succomber aux envahisseurs saxons. Selon la légende, le roi Arthur reviendra de l’île d’Avalon lorsque le royaume sera de nouveau menacé, prêt à protéger à nouveau la terre de Logre.

L’installation des Saxons et la résistance bretonne : le Haut Moyen Âge (Partie 2)

Historiquement, l’existence réelle d’Arthur ne peut pas être prouvée. Les plus anciens textes historiques de Bretagne, comme ceux de Gildas le Sage et de Bède le Vénérable, ne le mentionnent pas, ni son père Uther Pendragon. L’Arthur littéraire n’apparaît qu’à partir du 9ème siècle avec les Annales Cambriae et l’Historia Brittonum de Nennius. À cette époque, Arthur n’était pas encore associé à la légende du Saint Graal et aux chevaliers de la Table Ronde, ce qui ne viendra qu’avec les romans du 12ème siècle.

La victoire des Bretons sous la conduite d’Ambrosius Aurelianus n’a pas mis un terme aux incursions saxonnes, et celles-ci reprennent avec encore plus de force, permettant aux Saxons d’imposer leur domination sur l’île de Bretagne. Cela conduit à la fondation de nouveaux royaumes par les envahisseurs Angles et Saxons. Le Wessex est le premier à émerger vers la fin du Vᵉ siècle, avec le roi Cynric, qui aurait affronté Ambrosius lors de la célèbre bataille du Mont Badon. Le Wessex étend progressivement son influence sur le sud de l’Angleterre. Ensuite, au VIᵉ siècle, le royaume de Mercie devient la puissance dominante sur la majeure partie de l’Angleterre. D’autres royaumes se forment également : le Kent, l’Est-Anglie, le Sussex, l’Essex et la Northumbrie, achevant ainsi la conquête de l’île. Seuls le pays de Galles, la Cornouaille et les peuples d’Écosse parviennent à résister aux envahisseurs. Le VIᵉ siècle marque donc la fin de l’hégémonie bretonne sur l’île de Bretagne au profit des Anglo-Saxons.

C’est dans cette période troublée des Vᵉ et VIᵉ siècles que l’on doit chercher les personnages historiques susceptibles d’avoir inspiré la figure légendaire d’Arthur et la fameuse bataille de Camlann. Il ne s’agit pas ici de rechercher l’Arthur créateur de la Table Ronde, mais plutôt le Dux Bellorum (chef de guerre) décrit dans les premiers récits du IXᵉ siècle. Plusieurs théories existent, bien qu’aucune ne fasse l’unanimité :

La plus simple suggère qu’Arthur serait en réalité Ambrosius Aurelianus, jeune leader breton qui aurait participé à la bataille de 495. Arthur, selon cette hypothèse, serait donc un chef de guerre breton, issu de l’armée romaine. Dans la chronique de Nennius, Arthur n’est pas mentionné comme roi, mais comme Dux Bellorum, un chef militaire britto-romain combattant les Saxons. Il est donc plausible qu’Arthur soit inspiré par un général breton, romanisé et chrétien, luttant contre les envahisseurs païens. D’autres théories romaines tentent de lier Arthur à d’autres figures militaires, mais elles ne s’accordent pas avec les dates chronologiques qui situent la légende entre 450 et 550.

Une autre hypothèse fait d’Arthur une figure de la résistance galloise face aux Saxons, distincte d’Ambrosius. Le pays de Galles ayant réussi à repousser les Saxons, il est tout à fait envisageable qu’un chef de guerre local se soit illustré au point de donner naissance à la légende. Une théorie supplémentaire associe Arthur au chef de guerre Riothamus, souvent surnommé « roi des Bretons » (probablement ceux d’Armorique). Riothamus aurait combattu les Wisigoths au nom de l’empereur Anthémius entre 468 et 469. Cependant, les sources historiques à son sujet sont rares, et certains historiens pensent qu’il pourrait s’agir d’Ambrosius Aurelianus sous un autre nom. Cette hypothèse rejoint donc la première. Enfin, une dernière théorie, allégorique, suggère qu’Arthur est davantage un symbole collectif de la résistance bretonne, plutôt qu’une figure historique réelle, son nom ayant été commun à l’époque britto-romaine. Cela n’exclut pas que plusieurs personnages historiques aient contribué à façonner certains aspects du mythe.

En guise de conclusion personnelle, il me semble que la figure d’Arthur résulte d’un syncrétisme astucieux de trois éléments principaux :

  1. Arthur comme symbole de la résistance galloise : Les premiers textes mentionnant Arthur proviennent du pays de Galles. Le personnage n’aurait pas d’existence historique propre, mais incarnerait les luttes d’un peuple contre un autre.
  2. Arthur et Ambrosius Aurelianus : Arthur prend la forme d’Ambrosius, le défenseur historique de l’île de Bretagne. Tous les chefs de guerre gallois ultérieurs deviennent symboliquement de nouveaux Ambrosius, se cristallisant sous le nom d’Arthur.
  3. L’aspiration messianique : Arthur est celui qui a défendu l’île et qui, un jour, reviendra pour la sauver. Il devient donc un symbole d’identité et d’indépendance pour les Bretons sous occupation anglo-saxonne.

Quant à l’Arthur mystique, il ne prend forme qu’au XIIᵉ siècle, se fondant sur une figure mythologique galloise qui incarne à la fois la résistance bretonne et l’héritage de l’Empire romain disparu lors des âges sombres des Vᵉ et VIᵉ siècles.

La création du mythe d’Arthur

La légende arthurienne prend véritablement son essor sous la plume de Geoffrey de Monmouth au XIIᵉ siècle, et dans un premier temps, elle constitue avant tout une subtile manœuvre politique. Pour mieux comprendre cette intrigue, revenons brièvement sur le fil de l’histoire.

Au VIᵉ siècle, les Anglo-Saxons établissent plusieurs royaumes sur l’île de Bretagne. Toutefois, le peuple breton ne disparaît pas pour autant, et des régions comme le pays de Galles et la Cornouaille demeurent libres. Progressivement, vers la fin du IXᵉ siècle, période à laquelle Arthur commence à apparaître dans les textes, les différents royaumes anglo-saxons se rassemblent pour former un seul royaume : l’Angleterre. La population de ce royaume est alors composée de Bretons, d’Anglo-Saxons, et de Danois. Ces derniers, après avoir mené plusieurs vagues d’invasions sur les côtes bretonnes, finissent par s’implanter progressivement dans certaines régions, bien que le pouvoir central reste sous le contrôle des Anglo-Saxons.

C’est dans ce contexte d’unification et d’invasions que le mythe d’Arthur émerge, façonné pour répondre aux enjeux politiques de l’époque et pour rallier les différents peuples sous une même bannière.

En 1066, à la mort du roi Édouard le Confesseur, dernier monarque saxon de la maison du Wessex, une crise de succession éclate. Plusieurs prétendants s’affrontent pour le trône d’Angleterre. Les nobles saxons élisent Harold Godwinson, un membre de la maison du Wessex, mais Guillaume, duc de Normandie, revendique également la couronne. Cette même année, Guillaume envahit l’île de Bretagne, la conquiert, et instaure une nouvelle dynastie. C’est ainsi que débute la domination normande en Angleterre. Si les Bretons s’allient d’abord aux Normands, une fois le pays pacifié, ils commencent à les percevoir comme de nouveaux envahisseurs.

Sous le règne d’Étienne, petit-fils de Guillaume le Conquérant, Geoffrey de Monmouth écrit entre 1135 et 1138 l’Historia Regum Britanniae. Ce texte reprend les récits légendaires de Nennius au IXᵉ siècle, en relatant le passé mythique de la Bretagne, notamment les règnes d’Uther Pendragon et surtout celui d’Arthur. Dans la tradition bretonne, Arthur est un roi qui devait un jour revenir pour chasser les Saxons de l’île. Or, ce sont les Normands, sous Guillaume, qui ont vaincu les Saxons. Geoffrey de Monmouth tisse une filiation légendaire entre Guillaume le Conquérant et Arthur, dans le but de légitimer la domination normande sur le trône d’Angleterre et de rallier les Bretons à leur cause.

La manipulation légendaire ne s’arrête pas là. L’Angleterre plonge dans une guerre civile opposant le roi Étienne à l’impératrice Mathilde, fille du précédent roi. Finalement, c’est Henri II Plantagenêt, fils de Mathilde, qui accède au trône en 1154. Mais dans l’esprit des Bretons, le retour d’Arthur aurait été bien préférable à l’arrivée d’un roi issu de la noblesse angevine. C’est dans ce contexte que, presque miraculeusement, des moines de l’abbaye de Glastonbury découvrent en 1191 les tombes du roi Arthur et de la reine Guenièvre. Cela met un terme à l’espoir d’un retour d’Arthur et oblige les Bretons à accepter Henri II Plantagenêt et ses descendants comme leurs souverains légitimes. Afin de renforcer cette légitimité, Wace rédige le Roman de Brut, un texte diffusé à la fois en Angleterre et dans les territoires français contrôlés par les Plantagenêts.

La légende arthurienne, d’abord utilisée pour légitimer les ambitions des Normands puis celles des Plantagenêts, n’aurait peut-être pas survécu jusqu’à nos jours si elle s’était arrêtée là. L’essentiel est de comprendre comment cette figure héroïque, issue de la résistance bretonne face aux Saxons et inspirée par Ambrosius Aurelianus, s’est transformée en un conte initiatique. Au fil des siècles, le récit d’Arthur s’est progressivement imprégné de la tradition mythologique celtique, formant ainsi ce que l’on appelle la matière de Bretagne.

Les récits arthurien se sont rapidement enrichis et complexifiés, au gré des auteurs. C’est finalement Chrétien de Troyes qui a donné à cette légende une nouvelle dimension à travers des œuvres comme Lancelot ou le Chevalier à la Charrette, Yvain ou le Chevalier au Lion, et surtout Perceval ou le Conte du Graal. Il y dépeint la célèbre cour du roi Arthur et ses chevaliers de la Table Ronde. Toutefois, notre intérêt ici réside dans la construction de la légende elle-même. Depuis le IXᵉ siècle, le personnage arthurien, nourri d’inspirations historiques diverses, prend forme, avec en toile de fond des événements marquants comme la conquête saxonne de la Bretagne et la résistance bretonne. Les œuvres de Geoffrey de Monmouth et de Wace ont contribué à complexifier ce personnage, mais c’est Chrétien de Troyes qui introduit le code moral de la chevalerie. Ses textes, rédigés à la fin du XIIᵉ siècle, coïncident avec l’époque des croisades et l’émergence de la chevalerie, une période durant laquelle ses mécènes, Henri de Champagne et Philippe de Flandre, participent activement aux croisades.

Chrétien de Troyes décrit des batailles et des tournois de chevalerie en phase avec son temps, bien que la chevalerie n’ait pas existé au Vᵉ siècle, époque supposée de la légende d’Arthur, pas plus que l’amour courtois, qui naît en Occitanie et se diffuse au XIIᵉ siècle. Il se sert de la figure d’Arthur pour illustrer un roi juste et honorable, entouré de chevaliers dont les idéaux sont inébranlables, prêts à risquer leur vie pour défendre la veuve et l’orphelin. Les romans arthurien, tant ceux de Chrétien de Troyes que ceux de ses successeurs, exaltent la chevalerie chrétienne du Moyen Âge tout en puisant dans les traditions païennes des légendes bretonnes du Vᵉ siècle. Arthur devient alors le symbole du roi idéal, représentant une société utopique fondée sur une vision idéalisée de l’Empire romain disparu, un monde ancien et parfait.

Ainsi, Chrétien de Troyes et les nombreux auteurs qui lui ont succédé ont non seulement retranscrit les aspirations de leur époque à travers un prisme littéraire nourri d’un passé mythique, mais ils ont également créé une nouvelle ère : celle des légendaires chevaliers de la Table Ronde.

Conclusion

La légende arthurienne est une fusion fascinante de réalité historique et de mythologie, enrichie au fil des siècles par des auteurs médiévaux. Ce mythe, qui trouve ses racines dans les troubles de la fin de l’Empire romain et les invasions saxonnes, a évolué pour devenir un symbole de bravoure, de justice et de quête spirituelle. À travers les récits de Geoffrey de Monmouth, Chrétien de Troyes et bien d’autres, Arthur est passé d’un chef de guerre breton à un roi légendaire entouré de chevaliers héroïques. Aujourd’hui, cette légende continue de captiver l’imagination, représentant l’idéal d’un passé héroïque et utopique.

Bibliographie :

  • Les textes de Chrétiens de Troyes 12ème siècle
  • La Légende Arthurienne, Robert laffont
  • La morte d’Arthur, Thomas malory 15ème siècle
  • Jean Markale, le cycle du Graal
  • Roman de Brut, Wace 12ème siècle
  • Annales Cambriae, Historia Brittonum 9ème siècle
  • Marguerite-Marie Dubois, Le roman d’Arthur et des chevaliers de la Table Ronde
  • Anne Berthelot, Arthur et la Table ronde : La force d’une légende

Élisée Reclus, premier Franc-maçon penseur de l’écologie, qu’en avons-nous fait ?

Comment se fait-il que les Francs maçons ne le revendiquent pas comme le père de leur pensée sur l’écologie ? Peut-être parce qu’il est trop inclassable. Peut-être parce qu’ils ont encore du mal à la développer cette pensée maçonnique sur l’écologie.

Nouvelle Géographie Universelle, Elisée Reclus

Formidable géographe de la fin du XIXème siècle, auteur notamment d’une Nouvelle Géographie Universelle (en 19 volumes), de l’étonnant L’homme et la Terre, (en six volumes) Elisée Reclus a également écrit L’Anarchie ou  Evolution et Révolution. Il était anarchiste, communard et franc maçon. Il n’a pas la place qu’il mériterait, ni dans l’histoire des sciences, ni dans celle de l’écologie, ni dans celle de la franc-maçonnerie. Il a passé son temps à penser contre son époque, contre la révolution industrielle embarquée toutes sirènes hurlantes dans la poursuite aveugle du dieu “Progrès”. Mais penser contre son époque, contre les évidences de son époque, et même penser contre soi-même, n’est-ce pas justement une attitude  maçonnique ? 

Elisée Reclus à 19 ans

Il est né en 1830 à Saint Foy la Grande en Gironde, quatrième enfant d’une famille de quatorze. Son père était pasteur calviniste et prévoyait que son fils lui succèdât. Mais Elisée ne succédera à personne. Il abandonne les études de théologie, puis le calvinisme et puis la religion. Il s’intéresse à la géographie. Mais pas de manière purement descriptive et statique avec une approche vivante et dynamique. Alexander Von Humboldt (1769-1859) l’a précédé de quelques décennies. C’est lui qui a défini le principe de causalité selon lequel les phénomènes humains agissent sur les phénomènes géologiques. Le premier à parler de modifications climatiques dues à l’activité humaine. Le premier à tenter de comprendre le monde en partant du local pour aller au global.  Son ouvrage le plus connu est Cosmos. 

A sa suite, Elisée Reclus va décrire la Terre comme un organisme vivant. Un de ceux qui sont convaincus qu’on connaît la terre avec ses pieds, par le voyage, par l’observation. Selon la naturaliste Valérie Chansigaud, il est « l’un des premiers à étudier la place de l’espèce humaine dans la nature après les révolutions industrielles, (il) pose les bases de ce qui s’appellera plus tard l’écologie. ». Elisée Reclus va voyager. Il faut dire qu’il y est un peu poussé car on le pourchasse d’un peu partout à cause de ses prises de positions politiques.  En Europe : Allemagne, Italie, Suisse, France, Belgique, Angleterre, Sicile, Pyrénées espagnoles, mais aussi Amérique (Nouvelle Orléans). Un de ses premiers jobs est d’écrire pour un guide touristique Hachette. Mais très vite, ses travaux se font strictement scientifiques. Avec une approche qui lie l’histoire et la géographie.

Faut-il l’appeler géo-histoire, philosophie historique,  anthropologie historique ? Évidemment très inspiré de Darwin (1809-1882) il cherche à comprendre la dynamique évolutive de la géographie. Il s’oppose en cela à l’idéologie saint-simonienne qui voudrait ne voir les phénomènes que sous un angle mécaniste et positiviste. Dans “Histoire d’un ruisseau”, il décrit le cycle de l’eau depuis l’infiniment petit (la goutte) jusqu’à l’infiniment grand (l’océan). Le cycle de l’eau est un mouvement perpétuel : “travaillant sans cesse à l’œuvre, le fleuve détruit constamment ses rivages, ses îles, ses bancs de sable” (p.329). Le ruisseau détruit autant qu’il construit :  “d’un côté il démolit en emportant grains de sable, molécules d’argile, débris menuisés de rochers, fragments de racines usés par les flots ; de l’autre côté il édifie en déposant tous ces restes en une couche qui s’élève peu à peu du fond de l’eau” (p.331). 

Et l’homme dans tout ça ? Elisée Reclus ne le décrit pas comme extérieur à la nature, d’une “nature” différente, mais comme en étant partie prenante au même titre que le reste du vivant : “Les hommes croient le ruisseau leur appartient, mais tout autant à tous les êtres qui peuplent et qui en tirent leur subsistance” (p.349) Il est sur la trace, sans le savoir, des écosystèmes et de leurs interactions multiples. Et du plus grand des écosystèmes : la Terre elle-même. 

Couverture de l’Homme et la Terre (colorisée)

Ce n’est pas seulement le géographe qui parle, c’est déjà l’écologue qui ne connaît pas son nom. Car cette observation le conduit vers un changement de regard,  l’homme ne peut pas regarder la nature de l’extérieur. Il voit déjà, dans cette deuxième moitié du XIXè siècle, alors que tout le monde est fasciné par la révolution industrielle, il voit déjà les dégâts qu’elle cause sur les cycles naturels, et qu’elle va causer : “l’humanité, trop impatiente de jouir, trop indifférente au sort des générations futures, n’a pas encore assez le sentiment de sa durée pour qu’elle songe à conserver précieusement la beauté de la terre”. Dans L’Homme et la Terre il revient à de nombreuses reprises sur cette idée : « Le fait général est que toute modification, si importante qu’elle soit, s’accomplit par adjonction au progrès de régrès correspondants »

Pourtant, il se refuse absolument à considérer que l’humanité serait uniquement nuisible à la nature. En cela, il est en avance sur bien des “écologistes” d’aujourd’hui. Pour lui, il faut considérer les deux aspects des choses : d’un côté l’action de l’homme détruit, mais de l’autre, elle améliore. L’humanité a un rôle à jouer dans l’entretien et la préservation de cette nature, un rôle de réparation, de protection et même d’embellissement 

Dans l’Homme et la Nature il écrit : “Quelle que soit la liberté relative conquise par notre intelligence et notre volonté propres, nous n’en restons pas moins les produits de la planète”. Il va plus loin,  et là on aborde déjà ce qui sera bien plus tard la deep ecology :  “La terre est le corps de l’humanité et (…) l ’homme (…) est l’âme de la terre”. Il va même jusqu’à affirmer que l’homme est “la conscience de la terre”. Même pas rapport à beaucoup d’écologistes d’aujourd’hui, on pourrait dire qu’il a de l’avance. 

Couverture de l’Homme et la Terre (colorisée)

Elisée Reclus ne se contente pas de préconiser une nouvelle attitude de l’homme vis à vis de ce qu’on appelle la nature, il a la mauvaise habitude de mettre en pratique sur lui-même ses propres idées. Il est pour la liberté, il n’accepte pas l’autorité. Il s’insurge contre le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851, il participe au mouvement des Communards en 1871 ce qui lui vaudra d’être condamné à l’exil en Calédonie, de passer de prison en prison, de connaître dix ans d’exil, des persécutions incessantes, on lui refuse la chaire de géographie de l’Université “Libre” de Bruxelles qu’on lui avait pourtant promis, il doit s’exiler à travers l’Europe… Il est pour l’union libre y compris pour les femmes. Ses 4 “mariages” seront contractés librement,  sous seing privé, sans passer devant le maire ni le curé. Il est végétarien et naturiste. Il pense que l’homme a besoin du contact direct avec la nature pour mieux la comprendre. Il se reconnaît dans la mouvance anarchiste. Il  fréquente assidûment Pierre-Joseph Proudhon, Auguste Blanqui ou Bakounine. Un anarchisme tenté de communisme, celui d’avant le stalinisme, quand on pouvait encore croire à l’utopie d’une fraternité universelle. 

Et franc-maçon.  Son goût pour la liberté plus qu’absolue de conscience ne lui rendra pas son parcours facile. Mais il est initié le 11 mars 1858 dans la loge “Les Emules d’Hiram“ au Grand Orient de France, à Paris. Il ne la fréquentait pas beaucoup. Le peu de hiérarchie qui existe là est encore trop pour lui. Mais il visitera souvent des loges en Belgique ou en France pour y donner des conférences notamment sur l’anarchisme. Sa conférence intitulée l’Anarchie est une véritable planche de réflexion sur la liberté. 

Elisée Reclus en Suisse

Son œuvre de géographe est considérable, mais son  profil n’était pas compatible avec les honneurs ni avec la reconnaissance sociale. Sa pensée écologique était avant-gardiste, elle date d’avant que le mot-même ne soit inventé. Elle pose d’emblée les enjeux sur le fond, sur ce qui sera les objets du débat au cours du XXème siècle et encore bien plus au cours du XXIème siècle, en plein milieu de la crise climatique et face à l’effondrement du vivant. Son principal tort aura été de n’avoir jamais su traverser dans les clous. 

Pourtant, rien n’empêche les francs-maçons d’aujourd’hui de se le réapproprier et d’en faire un auteur majeur pour inspirer nos travaux d’aujourd’hui, à travers : L’Homme et la Nature, Histoire d’une Montagne-Histoire D’un Ruisseau et même à travers, pourquoi pas, sa planche sur l’anarchie. Nos FF et SS belges, français, luxembourgeois ne s’y sont pas trompés en fondant le Triangle Elisée Reclus qui se définit ainsi : 

Le Triangle Élisée Reclus (T.E.R.) est constitué de SS∴ et de FF∴ issus d’Obéd∴ belges, françaises et luxembourgeoises qui se sont donné pour mission de tenter d’apporter une réponse maçonn∴ à la crise civilisationnelle issue de la débâcle écologique à laquelle l’humanité est aujourd’hui confrontée, par la recherche d’un cheminement intellectuel nouveau débarrassé des scories perverses de l’anthropocène vers un humanisme en harmonie avec la nature.

Avec cette devise « l’Homme est la nature prenant conscience d’elle-même »

En raison d’objections éthiques, la Grande Loge du Chili a suspendu les droits maçonniques de Daniel Jadue

De notre confrère chilien diariousach.cl

Le grand maître de la franc-maçonnerie chilienne, Sebastián Jans, a confirmé que le conseil de la Grande Loge du Chili a décidé de suspendre les droits maçonniques de l’ancien maire de Recoleta, Daniel Jadue, après son implication dans l’affaire des Pharmacies populaires pour administration déloyale, fraude, corruption, faillite et fraude fiscale.

Dans des déclarations à CNN Chili, Jans a déclaré que « nos tribunaux maçonniques ne jugent pas les crimes, et cela est compréhensible. Nos tribunaux jugent la conduite éthique. Et dans l’accusation, des éléments très puissants sont apparus du point de vue de ce que signifie l’évaluation d’une objection éthique. »

« Ce n’est pas moi qui le juge, il y avait un tribunal qui le juge », a ajouté Jans, qui a expliqué ce qui se passe lorsqu’il y a des accusations contre des membres de la franc-maçonnerie.

« Notre institution est hiérarchique. Si une personne n’a jamais été président de loge, pour ainsi dire, c’est au tribunal juridictionnel de la juger. Si elle a déjà été président d’une loge, dans ce cas, elle s’adresse à la grande cour de la Grande Loge », a déclaré Jans.

« En ce sens, notre système est très clair et transparent », a-t-il assuré.

Jans a également averti que ce même mécanisme pourrait se produire dans le cas où l’un des ministres de la Cour suprême accusés appartiendrait à la franc-maçonnerie. « S’il y a une objection concernant votre comportement, vous vous rendez immédiatement disponible », a-t-il annoncé.

Enfin, concernant les actions des ministres, il a noté que « j’apprécie les échecs éthiques, au moins sur trois je les remarque clairement ».

L’association des aveugles du Dorset reçoit une subvention de 36 000 £ de la part des Francs-maçons

De notre confrère anglais dorsetecho.co.uk – Par Andy Jones

Plus de 500 personnes aveugles et malvoyantes du Dorset recevront un soutien et des services essentiels grâce à une subvention des Francs-maçons du Dorset. La subvention de 36 000 £ a été accordée à l’association caritative « Dorset Blind Association » et financera des clubs sociaux et d’activités pour les personnes âgées aveugles, qui ont très souvent du mal à maintenir une vie sociale active.

La Dorset Blind Association propose plus de 20 clubs sociaux et groupes d’activités où les gens peuvent se rencontrer régulièrement. Ils jouent un rôle essentiel pour soulager la solitude et l’isolement social, en offrant un soutien et en fournissant un environnement sûr et favorable aux individus pour se connecter avec les autres, partager leurs expériences et nouer des amitiés.

Ce financement servira principalement à couvrir la location de salle, le transport et les divertissements. Cela fera une différence significative dans la vie de leurs membres et servira à payer les frais de fonctionnement des clubs sociaux et d’activités pour les personnes âgées pendant une période de trois ans. Jonathan Holyhead, PDG de la Dorset Blind Association, a déclaré : « Nous sommes extrêmement reconnaissants aux francs-maçons du Dorset pour leur généreux soutien.

« Cette subvention nous permettra de soulager la solitude et l’isolement trop fréquents chez les personnes aveugles et malvoyantes. »

« Notre association caritative apporte de l’aide et du soutien de manière à faire une différence réelle et positive dans la vie de ces personnes. »

L’association fournit une aide pratique et un soutien émotionnel pour permettre aux personnes malvoyantes de rester heureuses et en bonne santé.

La subvention des francs-maçons souligne leur engagement à soutenir des initiatives qui font une différence tangible dans la vie des personnes et des communautés vulnérables.

Leur contribution permettra à la Dorset Blind Association d’étendre sa portée et son impact, garantissant ainsi qu’un plus grand nombre de personnes malvoyantes reçoivent l’assistance et les ressources dont elles ont besoin pour s’épanouir.

Stephen James, de Dorset Freemasons, a déclaré : « Je suis très heureux que nous ayons pu aider la Dorset Blind Association dans son projet extrêmement important auprès des personnes malvoyantes de notre communauté.

« Malheureusement, la solitude et l’isolement sont trop courants chez les personnes qui ont perdu la vue et c’est formidable que cette merveilleuse association caritative soit en mesure d’organiser régulièrement des activités sociales et des divertissements pour elles sur le long terme. »

Le trauma ou qu’est-ce que ce corps étranger fait chez moi ?

Il n’échappera pas aux germanistes la singulière proximité entre le mot trauma et « Der Traum », le rêve, la vision, ou « trauern » être affligé, porter le deuil de quelqu’un ou de quelque chose. Le rêve véhicule le cauchemar dans la mise en scène du contournementy de l’interdit dicté par le surmoi et souvent le contenu se répète jusqu’à contribuer à mettre en place un rêve traumatique. L’objet du cauchemar, dans ses variantes, est l’idée de l’envahissement de soi ou de son lieu de vie par un corps étranger, qui demeure là, mettant en péril l’ensemble de la personnalité, comme on le retrouve dans le dernier livre de Guy de Maupassant, « Le horla », avant de sombrer dans la psychose chez le Dr Blanche à Passy, définitivement occupé par « l’autre ».

Comme dans beaucoup d’événements, la guerre va mettre au jour l’origine d’un certain nombre de comportements. Ainsi, Freud écrit un article en 1919, intitulé : « Introduction à la psychanalyse des névroses de guerre » où il fait part de ses réflexions personnelles sur l’examen de patients relevant de trauma, causé par la présence au front. Dans les névroses traumatiques le moi se défend contre un danger qui le menace de l’extérieur ou qui, par une modification du moi va jusqu’à prendre corps pour lui. Le moi a peur d’être endommagé, pénétré par un « corps étranger » : une balle par exemple. Mais en temps de paix, le danger est celui d’un danger intérieur qui s’infiltrerait en moi. Dès lors, le refoulement pourrait être comme une réaction à un traumatisme, pour oublier l’objet extérieur qui me cause une blessure interne, qui risque de créer un « mal blanc » ou d’être à l’image de balles non extraites qui habitent encore le corps d’anciens soldats. Tout va devenir problème d’extraction du corps étranger, le plus difficile n’étant pas forcément celui qui est matériel mais psychique. Profondément enfoui, refoulé, échappant souvent au conscient, le trauma remonte à la surface par surprise au cours d’une association qui n’a rien à voir avec l’objet de la blessure initiale.

Sigmund Freud généré par l’IA

 Illustrons cela par une vignette clinique : Le mot patiente ne convenait pas à Agnès, elle qui manifestait une nervosité agressive et une impatience revendicative. Il est vrai que son histoire était compliquée : père inconnu, mère alcoolique qu’il lui fallait récupérer au café du coin ou au commissariat de police du quartier, de multiples amants de passage. Agnès, par son histoire, est un trauma en elle-même ! Mais, je me doute qu’elle se sert de « traumas apparents » afin de cacher celui qu’elle ne veut pas mettre au jour, le purulent. A une fin de séance, une sirène retentit dans la rue et je dis : « c’est la police ». A mon grand étonnement je vois Agnès qui présente soudain tous les aspects d’un malaise proche de l’évanouissement. Cependant, elle se reprend et sort. Naturellement, mes interprétations vont bon train : pour elle la police représente le lieu que l’on fréquente autant que l’école, où l’on est connue par rapport à sa génitrice. J’attends avec anxiété la séance suivante où, contrairement à ses habitudes, elle conserve un long silence avant d’éclater en sanglots et de mettre en lumière l’ « événement » : ce soir-là, elle avait récupéré sa mère, ivre morte, dans un café où elle avait ses habitudes et l’avait ramené à la maison et mise au lit. Sa mère lui avait demandé de s’allonger près d’elle, mais peu à peu s’était livrée sur elle à des attouchements auxquels elle avait répondu. Elle me dit soudain : « Je me souviens qu’elle avait la peau lisse »…

Freud va vite prendre conscience que le trauma échappe au refoulement malgré les efforts qui sont faits et qu’une contrainte de répétition s’opère dans une série de symptômes dont l’origine reste étrangère au sujet lui-même et qui explique son malaise par des événements traumatiques qui, en fait n’en sont pas ou plus, afin de camoufler le vrai, celui qui met en route quelque chose de l’ordre d’un combat entre Eros et Thanatos. Freud va compléter sa définition du trauma en pensant qu’il est provoqué par la perforation d’une surface protectrice (pare-excitations) qui a pour visée de protéger le psychisme des agressions externes et ce, afin de maintenir son équilibre énergétique. Nous pouvons appeler traumatiques les excitations externes inattendues, assez fortes pour faire effraction dans le pare-excitation et causer une grande perturbation dans le fonctionnement organique et psychique. Bien entendu, la résistance face au trauma varie en fonction de chaque individu selon des événements qui sont dissemblables, mais toujours catastrophiques car laissant le sujet à nu, avec la sensation d’être l’objet d’un danger permanent, même si celui-ci s’écarte d’une réalité objective. Le sujet peut mettre alors en place des procédés défensifs qui peuvent être de plusieurs natures : par exemple la dépression, les troubles psychosomatiques ou le déni par l’ « encryptement » de l’événement déclencheur mais qui en fait continue à avoir une vie cachée et agit sur la vie psychique du sujet de manière intolérable.

 Le trauma sera qualifié par Lacan, dans les années 1960 de « cet éternel retour du même ». Indirectement, le sujet ne peut s’empêcher de retourner compulsivement vers l’objet drogue qui le mène à la possibilité d’entrevoir l’état inanimé de sa matière, donc vers le mouvement de la pulsion de mort qui le conduirait vers ce qui serait la non-souffrance et le non-désir absolus. Par excellence, le trauma est un vécu de déshumanisation accompagnée d’un sentiment de « menace vitale », destructrice des fondations narcissiques du sujet, alors que son intériorité psychique était relativement stable. Cela devient un événement non-métaphorisable.

Mais, le pire est toujours à venir ! En effet au-delà du trauma individuel dramatique va se dessiner un trauma collectif, notamment dans des tragédies collectives (Guerre, massacres, persécutions religieuses ou ethniques, catastrophes naturelles). Les survivants sont souvent amenés à répéter, au-delà de leur propre génération et par le truchement de leur descendance, l’intraduisible en jeu, afin de s’approprier en vain quelque chose d’un passé collectif qui leur avait échappé. Le sujet-héritier se fait « récepteur » des maux en souffrance transmis par son ascendant survivant, au prix de son propre destin.

L’amélioration va se jouer sur ramener en mémoire les scènes douloureuses ensevelies, se remémorer « malgré soi » qui réside dans la résistance normale du sujet, à réactualiser un vécu innommable tenu à l’écart par le moi qui protège activement le psychisme du retour possible du réel. Dès lors sur celui qui écoute et sur celui qui dit ne peut que circuler la confiance et la liberté de pensée et de parole pour établir un dire vrai, loin de tout aveu de type judiciaire. Il convient de s’inscrire dans une narration habitée qui est une « reterritorialisation » du sujet qui était absent à lui-même pour « faire » quelque chose d’un passé encore trop actuel.

5-6/10/2024 : « Rencontres Écossaises » – Ils sont revenus à Angers !

Samedi 5 octobre, ils et elles étaient nombreux une fois encore, à répondre présent au rendez-vous fixé au Centre des Congrès d’Angers. Le lieu était déjà familier pour la plupart. Quant aux nouveaux, ils étaient plutôt fébriles ! Ils avaient bien été prévenus : « les Rencontres Ecossaises incarnent le moment ou l’Esprit est convoqué tant les conférenciers et conférencières réunissent des talents divers : scientifiques, philosophiques, littéraires, démontrant tous la richesse des savoirs et l’amour de la sagesse. »

Impossible ne pas débarquer avec son petit cahier dans son sac et son stylo : il y a du compte rendu promis ici ou là. Nombreux viennent tels des « missi dominici » envoyés par leur loge respective pour élargir dans les mois qui viennent, le cercle de ceux et celles qui aiment s’interroger et maintenant, conclure définitivement sur les intentions du Timée de Platon et sur l’addiction mondiale aux outils cybernétiques qui regrettablement amoindrissent voire annulent le souffle de l’Esprit !

Dans l’immense amphithéâtre baigné dans des couleurs et volutes violettes, le maître de cérémonie officiel – bien connu de tous d’année en année – gérait avec dextérité et bienveillance les temps de parole, veillait au nombre de fauteuils sur scène, au réglage des micros selon la hauteur (physique) des orateurs, à qui il adressait un dernier encouragement, tout en ayant su, préalablement, rassurer la salle : « Oui ! Les pauses café et gourmandes étaient bien prévues et cette année avec un temps plus large » : pour se voir, se reconnaitre, se remémorer dans le grand hall de marbre blanc les parcours initiatiques des uns et des autres et se donner aussi des nouvelles de la famille !

40 ans déjà de Rencontres Ecossaises quand même !

Les éditeurs avaient mis en place très tôt les livres pour la vente et les auteurs bien sûr, ont pris place lors des pauses sur les tables mises en place pour dédicacer les ouvrages.

Au cours de ces deux jours, la longueur des files d’attente pour obtenir ceux-ci étaient visiblement explicites sans avoir eu besoin de lire auparavant des critiques ou des quatrième de couvertures : files élogieuses pour certains auteurs, plus modestes pour d’autres (la révélation peut-être d’une écriture ésotérique un peu difficile d’accès, même pour les Maîtres Parfaits ou alors une interrogation partagée silencieusement avec l’auteur : avait- il fait le bon choix d’éditeur ?)

Soyons justes, aux Rencontres Écossaises, beaucoup de mots savants sont employés (vérifiés discrètement sur Wikipédia !) et les choses dites ravissent les oreilles en attente de dépaysement.

Même l’indicible a su se dire en trois Rencontres de même facture, dans la continuité du thème présenté en 2022 ! Le 5 et 6 octobre effectivement c’était la dernière séance !

Vous n’y étiez pas ? Dommage mais les Frères de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique et du Suprême Conseil pour la France ont fraternellement prévu la possibilité de fournir des vidéos, des podcasts, ainsi que les numéros 51, 52, et prochainement 53 de la revue SALIX, (la revue des Rencontres Ecossaises). Vos prochaines heures de méditation spirituelle seront-elles fructueuses dans la poursuite d’une quête que les initiés et initiées au Rite Ecossais Ancien et Accepté ont en commun, bien évidemment, chacun et chacune dans son obédience ?

Au mieux nous vous renvoyons au compte rendu et articles et autres commentaires divers qui seront produits sur ces deux très belles journées d’échanges et de joie, certaines entre les conférenciers, les dignitaires de différentes obédiences et le public de Francs-maçons, tous sincèrement heureux d’être là !

« Nec plus ultra » pour les 40 ans des Rencontres Ecossaises, des surprises avaient été annoncées et étaient vivement attendues.

Bonne nouvelle lors de la synthèse finale de nos deux journées ! Depuis 14 ans, ce moment était animé par notre cher et érudit Frère Francis Bardot. Bien que dimanche dernier ait marqué sa dernière intervention, notre Frère Francis continuera à participer à l’organisation des prochaines Rencontres. Avec confiance, il passe le relais à un Frère du SCPLF, qui prendra en charge les synthèses des futures Rencontres Écossaises, en relevant le défi de la rhétorique et de l’élan de la pensée.

Après un apéritif dînatoire très appétissant servi à tous les participants, la surprise tant attendue de 20h30 s’est révélée dans le grand amphithéâtre plongé dans l’obscurité. Sur scène, une impressionnante disposition de lumières entourait un petit groupe musical, rapidement interrompu dans son élan de jouer du Mozart.

Selon le maître des cérémonies, toujours vigilant, c’était une bien mauvaise appréciation des attentes de la génération actuelle de Frères et de Sœurs, qui demeurent résolument animés, quel que soit leur âge, du désir d’être libres !

Ainsi, ils sont revenus ! Qui ça ? Le fantôme de Freddie Mercury et la musique de Queen. Magnifique surprise et très sympa ! « Cool » en somme, les dernières Rencontres Écossaises à Angers 2024 !

La preuve en images et en son

Nouveaux éléments sur l’origine de l’expression « J’ai dit » (Par Hervé Hoint-Lecoq)

Une tradition continentale fait dire à tous les maçons de tradition française à la fin de leurs interventions en Loge : « J’ai dit ! ». Pour ceux pratiquant le style Emulation ceci est incongru, puisqu’un franc-maçon anglais ne le dit jamais. Ceci ne veut rien dire pour un anglais. Cette expression provient en réalité de la traduction d’une locution latine : « dixi » qui signifie « j’ai dit » et qui est sensée clore les démonstrations dans le domaine juridique.

C’est en tout cas ce que d’illustres commentateurs affirment depuis deux siècles.

Or, si cette locution latine n’a absolument aucun sens pour un franc-maçon Anglais, elle ne devrait en avoir aucun non plus pour un(e) franc-maçon(ne) français(e). Nous allons ainsi le voir, cet usage repose en réalité sur le détournement d’une expression du théâtre comique classique pour se moquer d’une personne grotesque de fatuité. Et rien d’autre.

On pourrait alors opposer que cette théorie puisse être troublante, curieuse, farfelue, voire fausse, puisque voici deux siècles que nous lisons ou entendons que si les francs-maçons disent « j’ai dit » c’est parce qu’ils ont repris l’expression des juristes souhaitant clore une joute oratoire en montrant qu’ils ont développé tous les arguments possibles.

Pourtant, comme vous allez le voir, au terme de l’enquête proposée ci-dessous, de très sérieux doutes viendront assombrir cette théorie et proposer une nouvelle vision du terme.

Toutefois, affirmons-le tout d’abord, dans le domaine de la recherche historique en général et maçonnique en particulier, celles et ceux qui cherchent à démontrer leurs théories ont généralement tort.

Ici, faisons ensemble l’inverse, et tentons de prouver que nous avons tort. Effectuons alors un travail de recherche pour tirer ensemble les conclusions qui s’imposent.

Commençons par chercher le sens de « dixi ».

Ce terme n’est tout d’abord utilisé qu’en France. Il ne fait ainsi pas partie du langage anglais. En effet, la langue anglaise populaire donne au mot « dixi » deux sens : la plus mignonne petite fille au monde, ou bien une fille de petite joie dévoreuse d’hommes (pour ne pas dire un autre mot).

L’Oxford Latin Dictionary et le Gaffiot ne reconnaissent d’ailleurs pas le mot en lui-même, mais uniquement sa conjugaison (dico, dicere, dixi, dictus)[1].

En réalité, cette expression provient de l’usage d’une conjugaison latine de « dīcō »[2] (montrer par la parole) à la 3è conjugaison du 1er type à la 1ère personne du singulier du parfait de l’indicatif actif) sous la forme « dīxī» et qui signifie « j’ai dit ».

En faisant quelques recherches sur Internet, vous découvrirez pourtant de nombreux sites, plus ou moins sérieux, vous énonçant doctement que ceci concluait un argumentaire ou une démonstration en montrant que celui qui parlait avait totalement développé son point de vue et n’avait plus rien à en dire[3].

N’y a-t-il pas ici un effet Wikipedia[4], où, voyant ceci s’afficher comme explication, divers auteurs de sites web ont religieusement recopié la définition ?

Rien n’est moins sûr.

La probable origine de ce que l’on trouve sur Internet concernant l’origine de cette expression provient très probablement d’un pillage non sourcé d’un morceau d’un article de Roger Dachez sur diverses expressions maçonniques[5].

En effet, Roger DACHEZ s’interessant à diverses expressions, évoque ici, l’utilisation de ce « J’ai dit » qui provient bien de la propagation de la croyance des francs-maçons de l’époque en la résurrection d’une locution latine associée aux préteurs (avocats).

Etant des latinistes et des hellénistes par éducations, ceux-ci citaient alors les manuels de latin qui énonçaient très probablement cela à l’envie, et transmettaient, par effet miroir, l’usage aux jeunes apprentis qui, eux-mêmes, se mettaient alors à enseigner cet usage en Loge.

Pourtant, au fil de nombreuses recherches sur des sites tels que Gallica, Medica, Cairn, et bien d’autres, mais aussi en cherchant dans le domaine de l’oratio ou de la disputatio, aucun document ne se révèle où un quelconque juriste, avocat, ou bien même préteur de la Rome antique ne prononce « Dixi » ou « dīxi » pour clore son argumentation.

Ceci est troublant. Tout le monde l’affirme, mais personne n’a de preuves.

D’une part, deux cents ans de francs-maçons prononcent une expression en pensant suivre une tradition antique illustre, d’autre part, aucun texte ne vient le corroborer.

Pourtant, l’absence de preuve n’étant pas une preuve, cherchons alors d’où peut provenir cette affirmation. Lisons alors : Mœurs juridiques et judiciaires de l’ancienne Rome, d’après les poëtes latins d’Henriot qui déclare en 1865 : « Cette terminaison si désirée d’une interminable plaidoirie s’annonçait, on le sait, par le mot dixi, que prononçait l’avocat lui-même lorsqu’il jugeait à propos d’en finir. Cette formule était souvent employée par les comiques, quand ils faisaient parler des avocats ou des plaideurs discutant l’un contre l’autre. Ainsi, dans cette consultation de jurisconsultes que j’ai rapportée au commencement de la présente section, celui qui le premier émet son avis le termine, après l’avoir énoncé, par la formule dixi 

Et id impetrabis.Dixi…… (Phormio) »

Térence la reproduit dans ce passage, où deux personnages en contestation sur une question litigieuse finissent tous deux leur discussion par le même mot dixi :

…… Nisi tu properas milierem

Abducere, ego illam ejiciam. Dixi, Phormio.

  • Si tu illam adtigeris scecus quam dignum est liberam,

Dicam tibi impingam grandem. Dixi, Demipho (Phormion, II, 3). [6].

Ainsi, effectivement, l’auteur nous cite ici deux passages en latin sensé donner une preuve absolument irréfutable que les avocats terminaient leurs argumentations par le terme « Dixi » !

Or, ces passages sont extraits, non pas d’un traité juridique, non pas de mémoires ou bien d’un quelconque essai, mais d’une comédie. Il s’agit d’un passage des Comédies de Terence (auteur né à Carthage aux environs de 190 et mort à Rome), et plus précisément de Phormio à l’Acte II scène III [7](« Phormion » en français) qui est une pièce comique se passant à Athènes autour d’une intrigue amoureuse sur fond de dots que de jeunes amoureux doivent fournir pour leur mariage avec tout un contexte judiciaire[8].

Mais en lisant Terence, ce qui saute tout d’abord aux yeux, c’est que cette fameuse locution « Dixi » ne clôt absolument pas l’argumentation ! Le mot apparait en effet dans la scène III en plein milieu de la discussion.

Il n’y a donc aucune clôture de discussion d’aucune sorte. Mais Henriot dans son ouvrage continue :

« Nous la retrouvons encore dans le fragment suivant du Mercator de Plaute : « Avez-vous enfin tout dit ? demande-t-on à un parleur qui discourait longuement -Oui, répond celui-ci, j’ai dit : »

Jamm disitri ? – Dixi. 

Il est probable que plus d’un juge interpellait de la sorte les avocats plaidant à sa barre, afin d’entendre prononcer au plus tôt par le praeco le bienheureux mot dixerunt, autre formule, qui notifiait aux assistants que les plaidoiries avaient pris fin ».

                Voici donc une deuxième source possible, et en provenance de Plaute. Toutefois, l’auteur précise « Il est probable ». Notez la précaution.

                Précaution utile, car Plaute est, aussi, un poète comique !

Cette citation s’avère donc bien mince, car ce mot n’apparait qu’une seule fois dans l’intégralité de la pièce de cette manière, sans d’ailleurs avoir aucune des intentions qu’Henriot signale.

Qu’avons-nous alors ? Deux comiques utilisant un ressort afin de faire rire ?

Pour l’un oui, pour l’autre moins. Car pour Plaute, en reprenant le texte original, on constate que ceci n’a absolument pas le sens exprimé. Eutychus est en effet en train de déposer son témoignage, et Charinus lui demande alors s’il a tout dit, dans le sens « n’avez-vous rien caché ? ». La réponse est donc logiquement de reprendre la question et de dire « j’ai dit » dans le sens de « j’ai toujours dit et n’ai rien caché »[9].

Ceci change totalement le sens de l’intervention et déconstruit absolument la théorie d’une expression usitée par tous les juristes et les orateurs antiques pour terminer une déclaration.

Ainsi, à moins qu’un latiniste chevronné ne vienne nous citer moult autres références, ce que nous appelons de nos vœux pour le bien de la connaissance maçonnique, il n’y a aucune trace dans des textes latins connus d’autres exemples que dans ces deux comédies de ce mot de 4 lettres.

Aucune.

Tout laisse à penser qu’il ne s’agit ici non pas d’une habitude oratoire de la Rome Antique, mais bien d’une satire d’auteur comique et d’un hapax d’un autre. Car, bien sûr que les préteurs (avocats) latins utilisait le mot « dixi » puisqu’il signifiait « comme j’ai dit », mais uniquement dans le cours d’une phrase comme nous dirions-nous même « comme je viens de le dire », et bien malin serait celui qui nous citerait d’autres références hors de la satire où une argumentation se terminait par « dixi ».

En tout cas qu’aucun latiniste n’hésite à se faire connaître s’il possède de nouvelles preuves. 

Mais alors, pourquoi Henriot affirme-t-il cela ? Quelle est la source de son interprétation erronée ?

Un indice se trouve peut-être dans les Mémoires de Littérature, tirés des registres de l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, tome 41[10]. Parlant d’un concept de droit juridique romain, l’action publicienne (du préteur Publicius qui trouva une méthode pour revendiquer la possession d’une chose), les Mémoires déclarent :

« La dénomination de Publicienne tire son origine du Préteur Publicius, qui fut l’inventeur de ces deux fictions. Pighius nous apprend qu’un certain Q. Publicius fut Préteur du temps de Cicéron, conjointement avec M. Junius; & l’orateur Romain en parle. Jean Bertrand, premier Président du Parlement de Toulouse sous Henri III, & auteur des Vies des anciens Jurisconsultes , infère du paílage de Cicéron, que ce Q. Publicius est l’inventeur de l’action Publicienne ; mais on ne peut douter qu’elle ne soit plus ancienne que ce Préteur, puisque Térence fait mention de l’action Rescisoire dans ces vers du Phormion , qu’il met dans la bouche de Cratinus, Avocat & un des Interlocuteurs : ,

Ego, quoe in rem tuam sint, ea velim facìas. Mihi

Sic hoc videtur: quòd te absente hic filius

Égit, rejlitui in integrum eequum est et bonum;

Et id impetrabis. Dixi. »

            Et voici probablement d’où provint l’interprétation erronée.

            Car Henriot ne devait pas connaître Terence dans le texte, pas plus que ses contemporains, ou, tout de moins, s’ils le connaissaient, ignoraient qu’il s’agissait d’un auteur comique.

            Voyant cet extrait cité doctement dans un passage si complet et si juridique, Henriot, et ses contemporains, durent lire entre les lignes une prétendue habitude de clore une argumentation par le terme Dixi.

            Et l’invention se fit loi.

            L’ouvrage d’Henriot, Mœurs juridiques et judiciaires de l’ancienne Rome, dut avoir un succès dans le domaine des hommes de robes, en témoigne le fait que l’édition de 1865 que nous citons ainsi est déjà la réédition de la version de 1858, et que, depuis lors, il apparait dans de nombreuses bibliographies à travers le monde[11].

            Mais ne peut-on pas trouver tout de même quelque référence, quelque part, où quelqu’un terminerait son argumentation par un « Dixi » ne souffrant d’aucune suite ?

            Et bien oui !

Il existe, à notre connaissance, deux autres références à l’utilisation de la locution « Dixi » comme signification d’une clôture de phrase dans une œuvre française. Hélas pour la contradiction de notre   démonstration, une fois encore, il s’agit… de comédies !

Plus précisément, pour la première dans une comédie-ballet de Molière ! A savoir « Monsieur de Pourceaugnac »[12] et non pas dans la bouche d’un avocat, mais d’un médecin.

Figure 1 Illustration tirée de Monsieur de Pourceaugnac

Là où ceci est troublant, c’est que Molière lisait les auteurs classiques. Notamment… Terence, Qui lui inspira ainsi les Fourberies de Scapin !

Ainsi, dans la pièce Monsieur de Pourceaugnac, présentée au château de Chambord pour divertir le roi de France le 6 octobre 1669 et en public au théâtre du Palais Royal le 15 novembre 1669, à l’issue d’une longue tirade entre deux médecins, pour clore son argumentation pédante le premier médecin déclare alors : « Dixi »[13].

Ce à quoi le second médecin lui répond : « À Dieu ne plaise, Monsieur, qu’il me tombe en pensée d’ajouter rien à ce que vous venez de dire : vous avez si bien discouru sur tous les signes, les symptômes et les causes de la maladie de Monsieur ; le raisonnement que vous en avez fait est si docte et si beau, qu’il est impossible qu’il ne soit pas fou, et mélancolique hypocondriaque ; et quand il ne le serait pas, il faudrait qu’il le devînt, pour la beauté des choses que vous avez dites, et la justesse du raisonnement que vous avez fait. »

Il s’agit alors d’une expression utilisée par dérision pour ce médecin un peu fat qui cherche à clore la conversation par une locution latine sèche.

Mais avec le temps, la satire s’est probablement confondue avec la réalité, d’aucuns se sentant savants ont répété l’expression, celle-ci est alors entrée dans l’usage.

Vint alors la deuxième référence trouvée dans le domaine de la comédie, à savoir « Dixi !, comédie en trois actes et en vers » d’un certain Emile VALENTIN dit « Godefroid »[14] en 1906[15].

C’est ainsi que d’une expression pour montrer la fatuité d’un personnage, est née une habitude formelle du discours juridique et protocolaire que les francs-maçons français, probablement influencés par leurs membres portant la robe, ont introduit en Loge pour montrer la noblesse de leur argumentation.

Résumons ainsi, dans le dernier quart du XVIIIès, les Lettrés redécouvrent des auteurs classiques tels que Terence (en 1669 c’est la 7è réédition de ses Comédies). Molière, lecteur de Terence, utilise cette locution pour se moquer d’un médecin un peu fat.

100 ans plus tard, sans que ceci n’ait de lien avec la clôture d’une discussion, un extrait de Terence est utilisé pour justifier un concept juridique dans un mémoire d’une Académie Royale.

30 ans plus tard, un ouvrage de référence affirme que : « on le sait, par le mot dixi, que prononçait l’avocat lui-même lorsqu’il jugeait à propos d’en finir. ».  Celui-ci affirme cela sans aucune source, sans aucune preuve, uniquement le fait que tout le monde est sensé le savoir.

Et tout le monde prend alors le parti de le savoir ! Puisque tout le monde est déjà sensé le savoir. Ainsi, la locution entre dans le vocabulaire formel juridique, à tel point qu’Eugène Sue le fait dire à Rodolphe dans les Mystères de Paris [16], chez Prosper Mérimée[17], ou bien encore chez le Bibliophile Jacob[18] .

                Ayons donc une pensée émue pour tous ces francs-maçons français qui déclarent « J’ai dit » à la fin de chacune de leur intervention en Loge, sans savoir probablement que la seule chose qu’il déclarent alors est une preuve de fatuité.

                Je n’ai pas dit.

Figure 2 Extrait de Phormion de Terence

Pistes à explorer mais peu probantes

Aidons les maçon(ne)s à retrouver la première occurrence de cette expression en Loge.

Si vous avez accès à des archives de Loges (Grand Orient par exemple) avec des travaux où « j’ai dit » apparait, je serai ravi de suivre votre recherche.

Ps : si vous n’êtes pas d’accord avec mon analyse, j’en serai aussi ravi, car la recherche historique c’est ça. Débattre et se confronter aux sources.

Pour autant, jamais personne n’avait cherché à trouver des sources puisque la question semblait entendue (c’est aussi le souci de la recherche historique. Une source reprend une autre, puis une autre le refait, et au final quand on voit 10 fois la même chose on se dit que c’est vrai. Alors qu’en cherchant la source primordiale, parfois on peut avoir des surprises).

Si ce travail aura permis de le faire, merci de nous apprendre des choses pour le bien de tous.

Vous pouvez me contacter à herve@frenchfreemason.fr

En attendant, voici diverses notes pour continuer la recherche (en vrac)

Labbé

J’ai donc compulsé les vieux latinistes allemands et tous – ceux que j’ai consultés!-  considèrent que les anciens orateurs terminaient généralement, à partir de Ciceron, leurs discours par « Dixi », terme rarement conservé à l’écrit ( Corsen, Kritische Beiträge zur lateinischen Lehre, 1830; par exemple; Die katholische Kanzelrede (art du prêche) indique en 1860 qu’il est parfois d’un bel effet de terminer sa contribution par un DIXI, comme les Romains!). Au tout nouveau parlement allemand de 1849, un député clôt son discours par :  » Dixi et salvavi animam meam » etc.  

Corssen, Kritische Beiträge zur lateinischen Formenlehre, 1863 ; rééed. chez B. G. Teubner, Leipzig, en 1866

Weshalb aber das aus – fui entstandene Suffix – vi in ama – vi nicht geeignet sein soll die abgschlossene Handlung zu bezeichnen, vermag ich nicht einzusehen. Wenn fui bedeutet « ich bin liebend geworden », die Thätigkeit  der Liebe ist erfullt, vollendet. Aus dem Begriff der Vollendung erwachst dann auch die Vorstellung der Beendigung, des Authorens der Thätigkeit. Wenn der Römische Redner dixi sagte, so war die Thätigkeit seines Redens erfullt, vollendet und somit auch beendet, abgeschlossen. Dass das Perfectsuffix – vi aber in der That aus – fui entstanden ist, lasst sich unwiderleglich erveisen

Cependant, je ne vois pas pourquoi le suffixe-vi apparu dans ama-vi ne convient pas pour décrire la parcelle terminée. Lorsque fui signifie « je suis devenu aimant », l’activité de l’amour est accomplie, perfectionnée. De la notion de perfection naît alors également l’idée de terminaison, l’auteur de l’activité. Lorsque l’orateur romain dixi a déclaré, l’activité de son discours était accomplie, achevée et donc terminée. Cependant, le fait que le suffixe parfait – vi ait réellement vu le jour est irréfutable

Joseph Chevassu[19], Missionnaire paroissial. Prones pour tous les dimanches de l’année, de 1761, cité en 1856 dans Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés du premier et du second ordre et collection intégrale, ou choisie, de la plupart des orateurs du troisième ordre, de Jacques-Paul Migne

Prône XXXIX Pour le onzième Dimanche après la Pentecôte.

Conclusion. – Dixi : Custodiam vias meas, ut non delinquam in lingua mea (Psal XXXVIII, 2.) Voici donc mes frères le fruit que je vous prie de tirer de ce discours. Dixi : C’en est fait j’ai dit en moi-même, j’observerai avec soin mes voies afin de ne plus pécher par ma langue el je prends la résolution de ne plus médire. Dixi : Je comprends quelle est la malice de ce péché, quelles en sont les suites et le danger qu’il ya d’y tomber ; c’est pourquoi je ferai mes efforts pour l’éviter. Dixi : custodiam vias meas je me tiendrai sur mes gardes ; j’observerai toutes mes démarches afin de ne plus me trouver dans la compagnie des médisants et de ne plus avoir de commerce avec eux : Custodiam via meas. S’il arrive quelquefois que je me rencontre avec eux je fermerai les oreilles à leurs discours et je suivrai cet avis du Sage Sepi aures tuas spinis linguam nequam noli audire (Ecc XXVIII, 28.) Ce n’est pas assez je reprendrai les médisants et je leur ferai connaître que je ne prends aucune part à leurs discours : Ut non delinquam in linguu mea. Quand on parlera mal de moi je ne rendrai point médisances pour médisances injures pour injures ; mais je me tairai, je souffrirai le tort qu’on me fera en esprjt de pénitence pour l’expiation de mes péchés et dans un esprit de conformité avec Jésus Christ dont je dois imiter la patience : Ut non delinquam in lingua mea et comme il est rare de parler beaucoup sans offenser Dieu ainsi que l’Ecriture nous en avertit : Inmul tiloquio non deerit peccatum (Prov X, 19), je retrancherai de mes entretiens autant qu’il me sera possible tout ce que j’y trouverai de superflu ; Dixi : custodiam etc Entrez mes frères dans ces saintes dispositions et par là vous éviterez la médisance et vous mériterez par la sagesse de vos discours de louer et bénir Dieu éternellement. Amen.

Les citations de Dixi sont de la vulgate, mais bidouillées par Chevassu qui invente des « : », ou en avait dans sa version…

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Psalm_38,_Dixi_custodiam_vias_meas,_ut_non_delinquam_in_lingua_mea,_man_on_a_roof_(David%3F)_with_a_banner_-_Psalter_of_Eleanor_of_Aquitaine_(ca._1185)_-_KB_76_F_13,_folium_062v.jpg

https://studybible.info/Clementine_Vulgate/Psalms%2038:1

http://vulsearch.sourceforge.net/index.html


[1] https://archive.org/details/OxfordLatinDictionary_201708/page/n557

[2] https://www.gaffiot.org/45021

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_locutions_latines_commen%C3%A7ant_par_D#Loc-Dixi

[4] https://en.wikipedia.org/wiki/Dixi

[5] http://pierresvivantes.hautetfort.com/archive/2014/11/23/mes-soeurs-et-mes-freres-en-vos-grades-et-qualite-apres-cett-5495729.html

[6] Claude-Eugène HENRIOT, Moeurs juridiques et judiciaires de l’ancienne Rome, d’après les poëtes latins. Tome 3, 1865

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56988628/f137.image.texteImage

[7]https://books.google.co.uk/books?id=5U1DAAAAYAAJ&pg=PA171&lpg=PA171&dq=et+id+impetrabis&source=bl&ots=RlCDg8Ek9f&sig=ACfU3U1baUf5Xbc5lmB9ud6eEytSNKopvA&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwi46dy7td7iAhWl3OAKHUptDrwQ6AEwAHoECAIQAQ#v=onepage&q=et%20id%20impetrabis&f=false

[8] Un bon résumé se trouve ici : http://remacle.org/bloodwolf/comediens/Terence/phormionintro.htm

[9] http://remacle.org/bloodwolf/comediens/Plaute/mercator.htm

[10] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57261362/f126.item.r=dixi

[11] David Johnston, The Cambridge Companion to Roman Law, 2015

[12] http://www.toutmoliere.net/acte-1,405480.html#nh51

[13] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6180030s/f9.item.r=Dixi PREMIER MÉDECIN.- Comme ainsi soit qu’on ne puisse guérir une maladie […] Voilà les remèdes que j’imagine, auxquels pourront être ajoutés beaucoup d’autres meilleurs par Monsieur notre maître et ancien, suivant l’expérience, jugement, lumière et suffisance qu’il s’est acquise dans notre art. Dixi

[14] Biographie de l’Acédémie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, p82 : http://www.academieroyale.be/academie/documents/FichierPDFBiographieNationaleTome2074.pdf

[15] https://archive.org/details/dixicomdieentr00valeuoft

[16] « En foi de quoi, messieurs les jurés, livrez-moi lestement cette scélérate au bourreau et vous ferez acte de citoyens vertueux, indépendants, fermes, éclairés. Dixi. »

[17] « Par reconnaissance, je lui proposai de s’évader avec moi. Thomaso refusa, me dit qu’il était sûr de son affaire, que l’avocat Barricini l’avait recommandé à tous les juges, qu’il sortirait de là blanc comme neige et avec de l’argent dans sa poche. Quant à moi, je crus devoir prendre l’air. Dixi. »

[18] « Emportons ce trésor tant joliet, tant cher et adoré; en parts égales divisons-le, et que chacun le dépense à sa fantaisie, à la plus grande gloire de l’Université. Dixi »

[19] https://data.bnf.fr/fr/10565413/joseph_chevassu/