Le 8 décembre 2024 Notre-Dame de Paris renaît de ses cendres. Elle a été restaurée « à l’identique ». Etait-ce la meilleure chose à faire ? Pouvait-on faire autrement ? Qu’est-ce que cela dit de notre époque et de nous, francs-maçons ?
Tout d’abord, de quel « identique » parle-ton ? La première cathédrale Notre-Dame date du VIème siècle, il n’en reste pas grand chose. Il ne s’agit pas de celle-là, bien sûr, d’ailleurs on serait bien incapable d’en retrouver les plans. On parle de celle de Maurice de Sully qui a lancé les travaux en 1163, lesquels ont duré jusqu’au milieu du XIVème siècle. Les bases sont romanes, elles ont été remaniées et enrichies, du gothique primitif au gothique rayonnant, chaque époque complétant la précédente, mais aussi la remaniant, la corrigeant. Les XV et XVIèmes siècles ont apporté des touches Renaissance, Louis XIV lui-même y a imprimé sa marque.
Incendie de Notre-Dame de Paris 15 avril 2019
Un peu de rococo au XVIIème siècle et puis voilà la Révolution. Notre-Dame a abrité pendant un temps le culte de la Déesse Raison. Il ne s’agit pas de restaurer cela non plus, personne n’aurait l’idée d’invoquer la Raison, aux temps de la post-vérité. Puis elle sert d’entrepôt pour le vin, le « service du vin », dirait Rabelais. Elle est laissée à l’abandon, la Révolution de 1830 lui porte de nouvelles dégradations, on envisage même de la démolir. C’est Victor Hugo qui la sauve. La parution de « Notre-Dame de Paris », en 1831 a un tel retentissement que les Parisiens prennent conscience de l’importance du monument. L’oubli, c’est pire que les flammes.
Nouvelle restauration en 1845 par Viollet-le-Duc à l’identique de ce qu’on connaît à l’époque, c’est-à-dire avec ce mélange de styles qui vont du XIIème au XVIIIème siècle. Mais avec quelques modifications. Certaines statues sont restaurées, d’autres ajoutées dans le style supposé des origines. Et puis on restaure, on reconstruit une flèche qui avait disparu depuis le XIIIème siècle, en s’inspirant de celle de la cathédrale Sainte Croix d’Orléans. On fait confectionner de nouveaux vitraux. Bref, on réaménage. Comme le dit Viollet-le-Duc lui-même « restaurer un édifice ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ». Paradoxalement, en restaurant « à l’identique », on est resté fidèle à la forme donnée par Viollet-le-Duc, mais on a trahi le fond de sa pensée.
Une flèche et un toit de cristal (Studio Fuksas)
Chaque restauration, chaque nouvel aménagement a voulu marquer son époque, à commencer par les agrandissements qui signaient l’augmentation de la population des croyants, ou encore marquaient la volonté de faire entrer la lumière, et aussi inauguraient un changement d’époque dans l’esprit de l’urbanisme du baron Haussmann. En 2024 on a restauré à l’identique, mais il y avait des projets alternatifs. Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, des architectes du monde entier ont proposé une restauration de Notre-Dame qui témoigne aussi du XIème siècle. Le Parisien en a relevé dix. Deux faisaient entrer la nature dans la pierre. Elle y était déjà par ce qu’on appelait la forêt et qui était la charpente du toit, deux mille chênes environ. Pour le studio NAB de Nicolas Abdelkader, ce serait un véritable jardin de toit, une serre éducative.
Le Studio NAB proposent une serre au dessus de Paris pour la réinsertion professionnelle.
Marc Carbonare quant à lui envisageait carrément de replanter une forêt sur le toit. Dans les deux cas, il s’agissait d’intégrer cette préoccupation majeure de notre époque : repenser la relation de la nature et de l’homme… à travers Dieu, en l’occurrence. D’autres visaient la transparence, celle de l’âge de cristal, par le studio Kuksas, ou la grande verrière de Godard et Roussel qui transformait le toit en mémoire de la cathédrale. D’autres enfin jouaient avec la lumière : le toit en vitraux d’Alexandre Fontozzi, ou le faisceau lumineux du studio Visum. Bien sûr, ils ont présenté ces propositions sans que personne ne leur ait rien demandé. Sans qu’on leur ait fourni un cahier des charges pour leur dire dans quelle direction chercher. Alors, bien sûr, ça part dans tous les sens. Mais justement, pourquoi n’a-t-on lancé aucune réflexion là-dessus, pourquoi tout s’est-il décidé dans de discrets conciliabules? Pourquoi la décision de restauration a-t-elle été seulement le fait du prince ?
Une verrière toute en vitrail (Fantozzi)
La première raison d’avoir opté pour une restauration conservatrice tient au prince lui-même puisqu’il s’est emparé de cette question et en a fait son affaire personnelle. Sans vouloir spéculer sur ses motivations secrètes ou verser dans la psychologie de bazar, cette décision dit quelque chose de lui. La deuxième raison tient aux paradoxes de la Loi de 1905. Elle a fait de l’Etat le propriétaire en titre de la cathédrale, elle a fait de son représentant, le décideur. Mais comment le président d’une république laïque peut-il décider statuer sur ce que doit être une cathédrale au XXIème siècle ? C’est la première fois dans l’histoire du christianisme que cette question se pose. Du temps de Viollet-le-Duc, le roi Louis-Philippe puis l’empereur Napoléon III n’étaient pas laïcs. Encore bien moins l’évêque Maurice de Sully au lancement de la première construction, en 1163. Ils pouvaient décider de ce qui allait être conservé et de ce qui allait être modifié. Au nom de la séparation des églises et de l’Etat, l’Etat ne peut pas concevoir ni faire construire un bâtiment religieux. Il ne peut pas non plus confier le projet à l’Eglise car elle aurait alors à gérer de l’argent public et notamment les 846 millions d’euros réunis par 340 000 donateurs venus de 150 pays. Ce budget est entre les mains d’un établissement public, donc laïc. Mais il y a mieux. Les cathédrales représentent un puissant élan de foi qui s’exprime dans la pierre, d’abord tourné vers l’intime, l’intérieur, avec le style roman directement inspiré des basiliques romaines, puis dirigé vers le ciel avec un style architectural de plus en plus vertical, de plus en plus aéré, laissant entrer la lumière, de plus en aérien. Il faut une foi inébranlable pour soutenir une aventure dont on ne verra jamais la fin, deux cents ans pour la cathédrale Notre-Dame de Paris (1163-1345), trois cents pour Saint-Jean-Baptiste de Lyon (1175-1481) et même quatre cents pour Saint-Julien du Mans (1060-1430) Mais nous, en 2024 en quoi croyons-nous ? Quelle est notre foi, quelle est notre espérance ? Y’a-t-il un souffle capable de nous porter pendant des siècles ?
Un faisceau lumineux qui monte jusqu’au ciel (Studio Vizum)
Ces questions sont éminemment maçonniques ou devraient l’être. Le formidable chantier de reconstruction de la cathédrale ramène les francs maçons vers leurs origines, celle des francs-maçons opératifs, leur rapport à la matière, leur capacité à travailler le réel, l’idéal qu’ils portaient dans leurs mains, la haute idée qu’ils se faisaient du métier, la valeur du travail, le mariage de la force et de la beauté. Il interroge aussi sur ce qu’ils cherchaient à dire à leurs contemporains, à travers le symbolique. « Fallait-il reconstruire à l’identique d’autrefois ? » Cette question entre en résonance directe avec une autre problématique maçonnique : détruire-reconstruire le temple, est-ce le même temple qu’on reconstruit sans cesse ? Il semble bien que le Temple dit de Salomon, (mais édifié sur les plans du roi David), n’ai pas été rebâtit tout à fait à l’identique, près de cinq ans ans plus tard quand a été édifié le Second Temple de Jérusalem. On ne peut pas faire comme si la parole n’avait pas été perdue. Alors, quand nous parlons de reconstruire, de quoi parlons-nous ? De reproduire à l’identique ? Ou de bâtir des temples pour aujourd’hui ? Cela revient à se poser directement la question de la raison d’être de la franc-maçonnerie. Après trois cents ans d’existence, elle a souvent tendance à se pencher sur son passé. Mais à l’origine, elle n’a pas été voulue pour ça. Les francs maçons sont-ils des restaurateurs de patrimoine ou des bâtisseurs d’avenir ?
Dans son ouvrage « Manuel de survie pour Apprenti maçon voulant démissionner» le Frère Franck Fouqueray, avait dressé une galerie de portraits des personnages que nous croisons régulièrement en Loge. Nous vous proposons aujourd’hui de les étudier un par un. Il y a fort à parier que vous y reconnaissiez quelques Frères ou Sœurs de votre Loge… ou peut-être vous-même…
Voyons à quoi ressemblent ces « archétypes » qui vous donnent envie de partir très vite quand vous croisez un ou plusieurs exemplaires de chacun d’eux. Il est en effet intéressant de dresser une typologie des membres de la Franc-maçonnerie. Nous allons ainsi constater qu’il existe entre eux un fil conducteur qui révèle un dénominateur commun expliquant facilement ce qui crée la désillusion.
Le but n’étant pas de supprimer, mais bien de replacer les choses dans leur contexte et à leur juste place, afin que le maçon que vous êtes puisse cheminer avec la bonne boussole. Selon le dramaturge Tchèque Vaclav Havel : « L’espoir ce n’est pas de croire que tout ira bien, mais de croire que les choses auront un sens… ». Il en est de même dans la Loge. Posons-nous la question : « Quel est le sens de ma présence ici ? » et pour le comprendre, faisons une petite introspection et comparons les divers profils de vos voisins de tablier. Bien entendu, il est possible de croiser plusieurs d’entre eux dans la même Loge, parfois en plusieurs exemplaires. Un même Frère ou Sœur peut également cumuler à des degrés divers plusieurs des tendances décrites ci-dessous.
Le fusionnel
Il est entré en Loge car l’unité première, celle qu’il a connue lors de sa période de gestation lui manque furieusement. Il était déjà fraternel sans le tablier. Selon lui, l’autre est une prolongation de lui-même. Le seul problème avec lui (ou elle) c’est la difficulté à lui dire au revoir, car les Tenues durent cinq heures et se terminent une larme à l’œil au petit jour. Son besoin d’affection et de reconnaissance, ses lacs d’amour peuvent devenir étouffants…
Le frustré
Vous le reconnaissez vite car son âge le rend respectable et la couleur de son tablier est unique dans la Loge. En général, ses trente années de maçonnerie l’ont porté au firmament de l’Obédience. Il sait tout, il connaît tous les Rites et si vous le prenez en faute sur le Rituel, il sera très vexé. En fait, son seul succès dans la vie, c’est en Franc-maçonnerie qu’il l’a obtenu. On touche au sacré, ne rigolez pas trop avec lui, c’est très sérieux. Il y aussi de jeunes frustrés qui compensent en Loge leur vie personnelle terne. Des « toujours en Tenue » qui passent leur vie en Franc-maçonnerie sans forcément être très anciens ni gradés. Ils se consacrent à visiter à droite à gauche, en banquets divers, T:.B:.O:., T:.B:.F:., congrès ou dans les instances de l’Obédience… pour remplir le vide de leur vie, pour fuir leurs soucis personnels (couple ou famille en crise).
Le dilettante
Il est maçon depuis quinze ans, mais ne le branchez pas sur le Rituel, il n’y connaît pas grand-chose. Il pratique la maçonnerie « parce que c’est sympa », « on est entre nous » et « il y a une bonne ambiance dans la Loge ». Il n’est pas désagréable mais ce n’est certainement pas le boute-en-train de service. D’ailleurs, quand il devient Vénérable de la Loge, celle-ci entre dans une période intense et parfois longue de ronronnement très reposant. Sauf si ce dilettante descend de charge au bout d’un an voire deux, si la charge lui est trop lourde, ou s’il démissionne si une crise se déclenche dans la Loge sous son maillet. Pour elle ou pour lui, la Franc-maçonnerie est un loisir, pas un travail : il en a déjà un. Ce qu’il y trouve ? Il ne le sait pas lui-même !
L’intégriste du Rituel
Ne le branchez surtout pas sur le Rituel, il vous en colle une. Il connaît tous les détails du Rituel et serait même capable de vous en donner les évolutions depuis 1805. En le poussant un peu, il vous donnerait le nom des Présidents de S:.S:.N:. (Souverain Sanctuaire National) qui se sont succédé pour concocter les fameux avenants au Rituel. Il n’est pas désagréable, ce n’est pas un mauvais bougre… mais dès qu’on parle de maçonnerie, on touche au sacré et il devient psychorigide. A manier avec précaution et diplomatie.
Le carriériste
On dit régulièrement qu’il souffre de cordonite aiguë. En d’autres termes, il se bat pour obtenir des fonctions dans les instances de l’Obédience et/ou le sautoir du Vénérable (qu’il a déjà eu cinq fois) ou par défaut, il prendra le Plateau d’Orateur. Ne lui demandez pas de devenir Hospitalier, vous allez le vexer. Le nec plus ultra pour lui, c’est d’éditer des cartes de visites avec le Plateau qu’il occupe. S’il est fan des USA, il est même possible qu’il insère sa photo sur ses précieuses cartes. Il est attiré par le pouvoir et les honneurs, pour compenser des débuts difficiles ou modestes dans la vie, pour soigner une faible estime de soi, ou pour nourrir son ego et ses besoins narcissiques.
Le religieux
(l’Intégriste du G:.A:.D:.L:.U:. ) : Il aurait bien fait le grand séminaire, mais il fallait renoncer au mariage. Pour lui, la maçonnerie, c’est la ligne directe avec Dieu, sans passer par sa secrétaire. Si vous venez en Tenue pour vous détendre, évitez de le prendre pour voisin de Loge. Il risque de vous déprimer pour le reste de la semaine, c’est un puriste. Pour lui le G:.A:.D:.L:.U:. existe et vous n’avez guère votre place en Loge si vous n’y croyez pas. Soulignons qu’ils ne sont pas tous catholiques, il en existe de toutes confessions.
Le laïcard
(l’intégriste de la laïcité) : Il n’est évidemment pas méchant, mais son « à bas la calotte » en fin de Tenue, est assez pénible. Il vous rappelle sans cesse avec délectation et un brin de vice que son Obédience a tué le G:.A:.D:.L:.U:. en 1877. Il a tendance à tomber dans le dogmatisme anti-religieux : il n’y a rien après la mort, point final, le reste est foutaises ou superstitions. Pour lui, la laïcité n’est pas un principe d’égalité et de tolérance entre toutes croyances ou absence de croyance, mais un outil antireligions. En général, parler du principe créateur lui donne une poussée d’urticaire, et il ne rechigne pas à vous faire une planche sur les caisses de retraite ou l’euthanasie. La maçonnerie pour lui c’est un peu l’antichambre de l’Assemblée Nationale ou du Sénat.
Le mystico-gélatineux
Celui-là est un spécimen très particulier. Il connaît tous les arts. Cela va de la Rose-Croix aux Templiers en passant par le B’nai B’rith sans oublier le druidisme. Papus est son Maître incontesté. L’astrologie et la chiromancie sont ses distractions préférées, du moins quand il ne vous raconte pas sa dernière séance de spiritisme. La maçonnerie est pour lui une corde de plus à son arc. Ce n’est pas qu’il soit spécialement dangereux, mais la confusion règne chez vous quand vous avez passé quinze minutes à écouter tout son parcours, car vous sentez bien qu’une vie ne vous suffira pas pour le rejoindre dans les hauteurs cosmiques de la connaissance.
Le politique
C’est très clair, pour lui la Franc-maçonnerie est le tremplin pour devenir Ministre, Député, Sénateur ou à la rigueur Maire. Tout le monde le sait, les hommes les plus influents et les plus brillants du Monde sont ou étaient tous des maçons. Il vient donc pour garnir son carnet d’adresses. Un sous-genre du politique est le militant qui, sans être rongé par l’ambition, ne conçoit pas que la Franc-maçonnerie ne soit pas une manière de faire de la politique en dehors des partis. En Tenue, il ramène tout aux questions politiques ou sociales. Le politique peut être très fraternel, mais le naturel reprend souvent le dessus et quoi qu’on en dise, l’énergie de la politique, tout comme celle de l’argent, n’est pas très compatible avec celle de la Franc-maçonnerie.
L’assistant social
Pour lui la Franc-maçonnerie a pour mission et devoir de sauver les Sœurs et les Frères en difficulté, mais aussi de lutter contre la misère du Monde. Il est très estimable. Entre son ardeur à sauver l’Univers et son amertume contre ceux et celles qui ne sont pas comme lui, il lui arrive de culpabiliser les autres de ne pas suivre son exemple. Cela peut devenir très désagréable lorsqu’il cherche à entraîner la Loge dans des actions qui vont la conduire à devenir une antenne de la Croix-Rouge ou de Médecins sans Frontières.
L’historien
Avec lui, c’est le retour assuré à la Sorbonne ou à Paris 7. La maçonnerie est un prétexte permanent pour décortiquer l’Histoire. Quand il devient Maître, cela tourne au cauchemar pour vous, car le livre d’Histoire remplace le Rituel. Cela pourrait être très intéressant, si cela ne servait pas à masquer sa sensibilité. Le meilleur conseil, c’est de vous mettre à côté de lui lorsque vous travaillez sur une planche concernant la création de votre Rite. Il vous servira alors d’anti-sèche. Pour le reste, il sera plus utile et moins soûlant de vous mettre près du maçon tout simple dont il est question quelques lignes ci-dessous.
Le psychothérapeute (ou analyste)
Son plus grand regret, c’est que les Tenues ne se fassent pas allongées sur le canapé. Il n’est pas bien dangereux, mais pour lui, la maçonnerie c’est freudien, lacanien ou jungien. Il voit dans notre Rituel des clés de compréhension psychologique à chaque page. Pour lui, aucun doute possible, le Second Surveillant c’est maman et le Premier Surveillant c’est papa. Ça peut être très drôle au début, mais ça peut aussi devenir très vite rasoir, voire insupportable lorsque ses commentaires touchent à l’intime.
L’Apprenti
Le voilà enfin, ce maillon du futur, ce bourgeon qui va donner à la Loge son essence et son renouveau. Une Loge sans Apprenti est une Loge molle et sclérosée. Je l’affirme haut et fort, pour qu’une Loge soit vivante et qu’elle vibre pour le bonheur de tous, il lui faut des Apprentis. De plus, l’Apprenti possède une richesse qui tend à disparaître avec les années : il s’agit de la candeur et surtout de l’humilité (du débutant). Vive l’Apprenti !
Le maçon tout simple
Ah celui-là, quel bonheur. Il est simple et gentil, respectable et fraternel. Il constitue la grande majorité des Frères et des Sœurs qu’on retrouve en Loge, fort heureusement. On le reconnaît facilement mais on ne le remarque pas, car justement, il est discret. Il traite les Apprentis comme ses égaux et ne rechigne jamais pour être de corvée afin d’organiser la Saint Jean d’été. C’est lui qui donne envie de rester en Loge. Il nous connecte en général à ce que nous avons de meilleur en nous. Il ne fait pas de bruit et pourtant, c’est lui le modèle. C’est un terreau sur lequel la Franc-maçonnerie repose depuis trois siècles.
Nous pourrions décliner à l’infini les portraits, car il en existe encore de nombreux. Mais avec ces quelques grandes familles, nous avons déjà une bonne représentation de la Loge type.
La question suivante pourrait être : « Et vous, quel type de maçon êtes-vous ?
Etude sur le premier principe du Kybalion : le Mentalisme
Le Kybalion déclare que « c’est de l’ancienne Egypte que nous viennent les enseignements ésotériques et occultes fondamentaux qui ont si puissamment influencé les philosophies de toutes races, nations et des peuples depuis des milliers d’années. » Egypte des pyramides, berceau des Connaissances ou creuset ayant recueilli les fondamentaux de l’humanité ?…
Nul ne peut le confirmer, mais c’est en parcourant ces monuments multimillénaires, emporté dans la farandole étourdissante de ses hiéroglyphes aux sens infinis, car symboles de savoirs immémoriaux, que ceux qui ont suffisamment fait de place et silence en eux, peuvent recevoir la nourriture céleste. Cette nourriture qui nourrit l’âme et nous invite à un avenir hors de l’espace et du temps, hors des formes et des apparences. Il s’agit de la réalisation de notre être premier, celui qui est Tout en Un, et Un dans le Tout.
Parmi les Grand Maitres, Adeptes du Fondement et de la Lumière, il est un nom qui nous est arrivé aux travers des légendes et mythes de l’ère Ptoléméenne : Hermès Trismégiste
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Il est le père de la Sagesse Occulte, fondateur de l’astrologie et de l’alchimie. Il porta le nom de Thoth, d’Hermès, dieux de la sagesse et de la connaissance. Il nous livra en mémoire le Corpus Hermeticum.
Ainsi est né l’hermétisme, secrets fermés pour certains, ou sagesse ineffable pour d’autres. Mais toujours quête d’essence et d’absolue pour le cherchant. Comme il est dangereux que des perles soient jetées aux pourceaux, ses mystères ne se dévoilent que peu à peu pour ceux qui savent où les chercher… après de longs et pénibles efforts.
Ce chemin nous est donné par cette formule bien connue : « Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultam Lapidem » ce qui peut nous dire : « Visite l’intérieur de la Terre, et en rectifiant tu trouveras la Pierre Occulte ».
Pierre des Philosophes, fidèles Adeptes de la Mère Nature, Gal portant en son sein le Gurh originel, libéré des obstacles faisant résistance à la Vraie Lumière, dont, seul le dernier voile d’Isis nous permet de contempler. Allégorie ou réalité, il appartient à chacun de le découvrir.
La Vraie Transmutation Hermétique est un Art Mental, nous confie le Kybalion.
Etude sur la philosophie hermétique de l’ancienne Egypte et de l’ancienne Grèce, le Kybalion commence à nous révéler ses secrets par cette phrase, fondement de ces mystères : « Les principes de la vérité sont au nombre de sept ; celui qui les connaît et qui les comprend possède la clef magique qui ouvrira toutes les Portes du Temple avant même de les toucher. » Le premier principe ainsi révélé étant celui du Mentalisme : «Le tout est esprit ; l’Univers est mental ».
Affirmation sans équivoque ! Le Tout est esprit… Mais qu’est ce que le Tout ?
Notion indéfinissable, objet de toutes les théories, conjectures et spéculations. Efforts enfantins d’esprits mortels qui cherchent à définir l’Infini. Or définir, n’est il pas vouloir finir ce qui ne peut l’être ?
Le Labyrinthe (Photo de Laurent Ridel)
Ainsi, peut-on se perdre dans le labyrinthe de nos pensées humaines et perdre toute raison ? Inutile de vouloir ramener cette notion à toutes considérations religieuses ou philosophiques, car elle s’affranchit de tout dogme. Prenons la voie métaphysique, qui nous emmène en dehors des limites de l’ordinaire pour les régions de l’impensable.
Dans son essence le Tout est inconnaissable, telle est sa vraie Nature. Il est la Vérité Fondamentale, la Réalité Substantielle. Ce Tout est Infini, Absolu, Eternel et Inchangeable. Donc, tout ce qui vit, naît, dégénère et meurt n’en n’est pas. Ceci est l’Univers qui nous entoure. Vérités qui paraissent palpables à nos sens et à notre mental, somme toute très limités. Et pourtant Tout est en Un et l’Un est dans le Tout…
Alors peut être que ce Tout, qui est Esprit, est l’Intelligence Vivante Infinie, l’Esprit qui est et qui demeure dans un immobile instant présent.
Et qu’en est il de « l’Univers est Mental » ?
L’Esprit dépassant notre entendement, car il est dans l’incréé, nous est donc beaucoup plus facile de concevoir sa manifestation dans le créé : l’Univers. Car, nous pouvons mentalement appréhender ce qui nous entoure que ce soit ici, dans l’infiniment petit, le microcosme, ou dans l’infiniment grand, le macrocosme. Mais comme tout est issu du Tout ; la matière, les énergies, le mouvement, ne sont que des parcelles manifestées du Tout, d’où l’on peut considérer qu’il y a eu fractionnement, séparation, diabolum.
Si le Tout est Esprit, alors il est à l’origine de l’animation de chaque vibration qui forme l’Univers. Ainsi l’Univers est ensemencé par l’Esprit du Tout fractionné, qui constitue alors le Mental de l’Univers. Plus simplement la division de l’Esprit devient l’âme du monde et de chacun des composants qu’il anime.
Cette animation en mouvement, chaos des anciens va engendrer sa propre ombre : la matière.
Représentation d’un shaitan par Siyah Qalam, vers 14e/15e siècle. Le style artistique d’origine ouïghoure ou d’Asie centrale a été utilisé par les Turcs musulmans pour représenter divers êtres légendaires
Ce mot même de matière, définit la philosophie hermétique de ce monde, la conceptualisation ternaire : un tiers d’Ame (l’agitation), le soufre des alchimistes ; un tiers de Mental (manifestation dans le crée de l’Esprit), le mercure et un tiers de fixation de l’agitation, l’ombre portée (principe du Sheïtan) le sel.
Réduire les manifestations de l’Esprit du Tout à notre Univers serait bien infantile et égocentrique. En effet, le Tout crée dans son Esprit Infini des Univers sans nombre dont leurs créations, évolutions, déclins et disparitions sont moins long que le temps de le dire…
Si tout est issu du Tout, alors tout est dans le Tout, ainsi le deuxième principe du Kybalion nous est révélé :
« Ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas ; ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut. »
Et à partir de là nous pouvons dire que le Tout est en tout.
Cela peut sembler pour le moins complexe à visualiser, surtout si c’est la première fois que vous vous confrontez à cette vérité. Car il est vrai, sans mensonge, certain et très vrai, nous dit aussi la table d’émeraude.
Alors schématisons cette vérité première, même si cela n’est qu’une ébauche bien sommaire par rapport à sa source : Imaginons que le Tout est un point, nous avons beau zoomer sur ce point, il n’en reste pas moins un point. Il nous est impossible de lui définir une spécificité, forme ou autres notions qui sont si chères à notre mental.
La Kabbale dans la franc-maçonnerie en Russie avant et après 1800
Par ailleurs ce point étant le Tout, il n’y a rien d’autre que ce point. On peut dire que c’est avant le commencement. Dans la Kabbale il est nommé le Ein Soft, puisque le Ein n’est même pas le point. Le Zohar nous dit « Avant le Commencement, Son Nom était enfermé en Lui et Son Nom constituait un seul corps ».
Puis pour une raison qui nous est impossible à concevoir, ce point se met en mouvement. Étant encore dans l’incréé, il est toujours un et partout à la fois. C’est comme un nuage d’électron autour du noyau de l’atome, un et multiple. Cette animation première, ce verbe ou souffle premier, est l’Esprit du Tout. Le Tout devient Esprit si l’on dé-zoome, car nous n’apercevons qu’un faisceau de probabilité du point, donc du Tout. Ce tout qui s’est mis en mouvement c’est le premier monde de la Kabbale : Atziluth. Il nous est imperceptible, et pourtant il est bien le but de la quête.
Continuons notre scénario de la Genèse simplifié.
L’agitation de ce point, finit par être si dense, qu’une ombre commence par se former à l’extérieur de lui même, ce que l’on peut rapprocher du Tsimtsoum, la contraction de Dieu. Cette ombre, première émanation de l’agitation du point, devient le premier état de l’Univers matériel, le Mental.
Ainsi va naître le premier monde dans le créé, soit le deuxième Monde Kabbalistique : Briah (ou Beriah suivant les auteurs) ; celui qui nous intéresse pour le travail à l’Art Royal, voie ultime de l’alchimie.
L’Adam Kadmon et les dix sefirot.
Nous pouvons rattacher à cette étape le symbole de l’Adam Kadmon, l’androgyne, celui qui est à l’image de Dieu, car il est seulement son reflet, l’ombre portée, l’en-vers… Toujours dans le livre de la Splendeur, il est énoncé : « Il est évident que dans chaque parole gît un mystère profond et les mondes inférieurs et supérieurs sont pesés sur la même balance. Les anges envoyés sur la terre n’ont-ils pas dû prendre des vêtements humains, autrement ce monde n’aurait pas pu les recevoir ? ». C’est à dire que tout ce qui vient d’en haut doit d’abord, pour devenir accessible, revêtir une enveloppe mortelle.
Puis, cette ombre va prendre conscience d’elle même, et commencer à interagir avec elle-même. Le fractionnement va se faire de plus en plus, l’agitation va augmenter (comme l’expansion de notre Univers) et des énergies polarisées vont apparaître. Pour la nature humaine, il est facile de rapprocher cet état des émotions. Cela correspond au troisième Monde : Yetzirah.
Une représentation de l’émanation des cercles et du rayon du En Sof d’après la théorie lourianique.
Enfin, ces énergies se fractionnant encore et encore, s’entrechoquant, et s’agglutinant, finissent par devenir si dense que la matière physique se forme. La fixation de ce qui était qu’une seule projection du Tout à l’origine. Et quel que soit son fragment, il fait bien partie du Tout. Le Tout lui étant cependant inaccessible. Ce Monde est Assiah.
L’Homme, être éveillé autant que possible… réside dans les Mondes manifestés. Soit dans les trois derniers Monde de la Kabbale. Le plus dense, son corps, le corpus. Ses émotions et ses énergies correspondantes, ce qui l’anime, l’animus. Et enfin la partie la plus subtile, son mental : le spiritus.
Comme disait Platon, auteur hermétique, comme l’était aussi Plotin, Pythagore et tant d’autres :
« Les maux du corps sont les mots de l’âme, ainsi on ne doit pas chercher à guérir le corps sans chercher à guérir l’âme. »
Saturne dévorant un de ses fils. Peinture de la série des « Peintures noires » illustrant le mythe grec de Cronos.
Il nous paraît donc bien évidant que nombre de nos maladies sont le fait de nos émotions. Ainsi le corps manifeste l’état d’être. Le Monde inférieur s’adapte aux informations données par le Monde qui lui est directement supérieur. En remontant le principe de la création par le même procédé, on peut affirmer que notre mental crée nos émotions… Notre mental est créé par quelque chose de plus subtil, émation de l’incréé… Caché derrière la troisième porte, royaume d’Osiris, ou la lueur du delta, symbole de Chronos dévorant ses propres enfants… Définissant ainsi notre Univers.
Il nous est possible de remonter à la source, ce qui se nomme le Tiqoun, reconstitution de l’homme primordial dans le Monde de l’Emanation. « Le bien être du corps prépare au bien être de l’âme et le bien être de l’âme prépare à la perfection finale, qui est le but ultime de l’intention Divine, et c’est là, la compréhension du Nom. » Nous dit Abraham Aboulafia, kabbaliste et grande figure du judaïsme médiéval.
Le grand principe du Mentalisme, établissant la nature Mentale de l’Univers, explique ainsi les divers phénomènes qui en découlent, qu’ils soient de nature mental, psychique ou physique et les liens intrinsèques qui les relient. Malheureusement, tant que la science moderne ne s’intéressera qu’aux manifestations les plus tangibles, séparant les sphères les unes des autres, elle restera encore bien éloignée de la compréhension de notre Monde, et de l’Univers…
Cette compréhension sera révélée à l’Initié, qui n’agira plus au hasard, mais avec une grande sagesse et en pleine possession de ses capacités mentales. Il comprendra la vraie nature de la matière et des énergies, lui conférant le pouvoir d’ouvrir les 12 Portes du Temple.
Comme un des vieux Sage de l’Hermétisme disait :
« Celui qui comprend la vérité de la Nature de l’Univers est déjà bien avancé sur le Chemin de la Maitrise. »
Alors, peut être, que pour nous relier à l’Esprit du Tout, il nous suffit d’avoir Foi.
Avoir foi : F.O.I. – Le F, le Feu créateur, principe masculin, connaissance de ce qui anime l’Univers, et ensemençant – Le O, l’Eau primordiale où baigne l’âme du Monde, principe féminin, libération des potentiels qui sont en nous, enfantant – Le I, Esprit issu du point, du Tout et qui descend en nous.
N’oublions pas que :
« Les lèvres de la Sagesse sont closes, excepté aux oreilles de la Raison ».
Cependant, que ces oreilles restent ouvertes encore quelques instants, afin que je puisse leur susurrer ces quelques vers qui n’en ont l’air…
Il est un chemin solitaire Où le corps loin de se taire Nous rappelle notre négligence Où notre confort fut régence
Mais grâce à la souffrance Libéré de nos émotions rances Un espace en nous se crée Libérant un profond secret
Par notre seule volonté Et sans orgueil éhonté Chaque pas devient sacré Car la vie y est ancrée
Jean-Pierre Casimir nous avait gratifiés l’an dernier d’un ouvrage intitulé : « Le chemin d’Hénoch. Il revient cette année avec l’univers symbolique et ésotérique maçonnique connu de certains, intitulé : « L’Intendant des Bâtiments », une œuvre qui promet d’enrichir vos connaissances maçonniques avec une touche d’humour et une perspective extérieure sur notre vénérable institution.
Ce livre se présente comme un manuel d’instruction pour ceux qui cherchent à approfondir leur compréhension des symboles et des rituels maçonniques.
À l’Intérieur :
Symbolisme et Initiation : Le texte aborde la symbolique inhérente à la fonction d’Intendant des Bâtiments, un rôle qui, dans la franc-maçonnerie, implique non seulement la gestion matérielle mais aussi une dimension spirituelle et symbolique. Vous découvrirez comment chaque outil, chaque pierre, chaque plan est non seulement un moyen de construction physique mais aussi un instrument de construction de soi.
Histoire et Philosophie : « L’Intendant des Bâtiments » explore les racines historiques de la maçonnerie, reliant l’artisanat médiéval aux métaphores de la construction personnelle et collective d’aujourd’hui. C’est une exploration fascinante de comment les anciens bâtisseurs ont façonné non seulement des cathédrales, mais aussi des philosophies de vie.
Pratique et Utilité : Pour le Maçon moderne, l’ouvrage fournit des outils pratiques pour appliquer les symboles maçonniques dans le quotidien. Comment utiliser l’équerre et le compas dans vos affaires personnelles ? Comment la gestion des bâtiments peut-elle s’appliquer à la gestion de votre vie ?
Réflexions et Méditations : Chaque chapitre invite à la méditation et à la réflexion, poussant le lecteur à s’interroger sur sa propre construction intérieure. Il s’agit de bâtir non seulement en pierre, mais en esprit et en vérité.
Humour et Perspective : Comme toute bonne lecture maçonnique, l’auteur n’oublie pas l’importance de l’humour. Imaginez l’Intendant des Bâtiments tentant d’expliquer la différence entre une pierre brute et une pierre taillée à un profane avec l’enthousiasme d’un vendeur de brosse à dents électrique.
Pourquoi Le Lire ?
Cet ouvrage est essentiel pour tout Maçon cherchant à approfondir sa compréhension des rituels et des symboles de notre ordre. Il est particulièrement pertinent pour ceux qui occupent ou aspirent au rôle d’Intendant des Bâtiments, mais son contenu enrichira également toute personne intéressée par l’ésotérisme maçonnique et le développement personnel.
« L’Intendant des Bâtiments » n’est pas juste un livre ; c’est un compagnon de voyage sur le chemin tortueux de l’initiation maçonnique. C’est comme si chaque page était une brique de votre propre édifice spirituel. Alors, enfilez votre tablier, saisissez votre maillet, et laissez-vous guider par cet ouvrage vers une construction plus éclairée de votre être.
Pour ceux qui cherchent à bâtir leur temple intérieur avec soin et sagesse, cet ouvrage est un must-read. Et souvenez-vous, dans la franc-maçonnerie, comme dans l’architecture, si vous faites une erreur, au moins, elle sera monumentale !
Description de l’éditeur
Parmi les degrés de Perfection du Rite Ancien et Accepté, certains, semble-t-il, recueillent moins la faveur de l’intérêt que d’autres. Et pourtant, si l’on se donne la peine de s’y attarder, on découvrira bien vite que chaque degré, dans les étapes de la progression initiatique, joue un rôle dont l’importance n’apparaît pas toujours aussi évidente de prime abord. Cela semble le cas, en particulier, du 8e degré, celui d’Intendant des Bâtiments, quelquefois appelé Maître en Israël, ou encore Écossais des trois J J J.
Ce degré, par ailleurs, n’a pas toujours eu bonne presse dans la littérature maçonnique. Comme la plupart des degrés de Perfection du Rite Écossais Ancien et Accepté, le huitième d’entre eux puise son origine dans le manuscrit rédigé par Henry Andrew Francken en 1783. Ce manuscrit en constitue donc une des bases essentielles.
Le présent essai se propose dès lors de vérifier, sur base de ce manuscrit, si ces diverses critiques au sujet du 8e degré sont fondées ou non. Mais, pour en apprécier la pertinence éventuelle, l’auteur retrace préalablement les grandes lignes et les faits marquants de son rituel. Il s’interroge ensuite sur la place qu’il occupe dans l’économie générale des grades de Perfection du 4e – voire des 2e et 3e degrés – au 12e degré.
Pour mener à bien ce travail, sa genèse et son évolution dans l’histoire de l’écossisme seront également abordées. Chemin faisant et si l’on envisage les degrés de Perfection du point de vue de la construction du temple, l’on découvrira non seulement que l’Intendant des Bâtiments, en forme le véritable point d’équilibre, mais qu’il recèle aussi des trésors insoupçonnés de nature à le réhabiliter pleinement.
L’auteur : Jean-Pierre Casimir
Jean-Pierre Casimir
Enseignant et Franc-maçon de Rite Écossais Ancien et Accepté, l’auteur appartient à la sensibilité libérale du judaïsme français. Il a publié plusieurs articles dans la revue de la Grande Loge de France, « Points de Vue Initiatiques ». Nous lui devons dans Points de Vue Initiatiques (PVI), la revue trimestrielle de la Grande Loge de France (GLDF), plusieurs articles dont « Sacralisation et désacralisation du monde » (N° 171, 2e Trimestre 2014), « Oralité et transmission initiatique » (N° 164, Juin 2012), « La liberté par l’initiation » (N° 165, Septembre 2012) ou encore « L’essence de la Fraternité » (N° 167, 1er Trimestre 2013)…
NDLR : Les 7 et 8 décembre, 5 ans après l’incendie ravageur, Notre-Dame de Paris va rouvrir ses portes. Comme à chaque évènement émotionnellement puissant, toutes les théories apparaissent. Celle de cet article ci-dessous s’inscrit dans l’actualité de la fin de travaux et de la réouverture de la Cathédrale la plus célèbre de France. Avant de se savourer les élucubrations d’Igor Druz, délectons-nous des premières images de Notre-Dame restaurée :
Sur la chaîne TG « French View » j’ai trouvé une photo de la décoration intérieure de la Cathédrale Notre Dame restaurée. Est-ce juste moi qui ressemble douloureusement aux couloirs d’une célèbre secte totalitaire ?
Après la « restauration », tout commença à ressembler à un temple maçonnique typique. Sol en damier, colonnes sur le côté et autel semi-circulaire au centre. Même selon les normes hérétiques catholiques, l’autel n’est pas au centre et il aurait dû y avoir au moins un semblant de portes royales. Une autre foi…
C’est sans doute pour cela que les « frères » ont incendié la cathédrale, pour faire leur temple à l’emplacement du symbole chrétien de la France. De toute évidence, ils veulent tuer le pays sur le plan symbolique. D’ailleurs, certains d’entre eux ont reconnu publiquement que l’incendie était « fraternel »…
Il n’y a même pas eu d’enquête apparente sur l’incendie ; l’enquête a immédiatement déclaré l’incident comme un accident, et les partisans de la version de l’incendie criminel ont été, comme d’habitude, qualifiés de « théoriciens du complot paranoïaques ».
Macron avait probablement raison lorsqu’il qualifiait les loges « fraternelles » de « noyau de la république » et de « forge des lois ». Seules les forces les plus influentes du pays peuvent réaliser une telle chose… Igor Druz
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La cathédrale Notre-Dame de Paris ouvrira ses portes aux visiteurs pour la première fois depuis sa restauration le 8 décembre, comme prévu précédemment, a confirmé le président français Emmanuel Macron . Pour le prochain événement, nous reproduisons cet article publié il y a trois ans sur ren.tv. La Cathédrale Nord Dame de Paris était autrefois un symbole de la France catholique. Et maintenant, depuis le jour de l’incendie, c’est devenu : « Un signe de la fin de l’Europe chrétienne » . -MVN .
Un entretien avec un philosophe maçon a apporté de nouveaux arguments en faveur de la version de l’incendie criminel de la cathédrale Notre-Dame par des sectaires
Le célèbre philologue et philosophe Anatoly Livry a récemment donné une interview assez sensationnelle [en 2021], dans laquelle il reconnaissait, entre autres, la culpabilité de la secte totalitaire des francs-maçons dans l’incendie de la célèbre cathédrale Notre-Dame.
L’ancien moscovite Anatoly Livshits, aujourd’hui citoyen français et suisse de Livry, était auparavant connu pour ses discours relativement « conservateurs » : il condamnait la dissolution des peuples européens dans le flux migratoire, la destruction de la famille et de la culture dans l’Union européenne.
Mais ensuite, il a soudainement admis qu’il était franc-maçon, et son discours consistait en un savant mélange de vérité et de mensonges.
Entretien franc
M. Livry a commencé l’entretien avec des histoires vraies sur l’influence de la franc-maçonnerie, comment il est devenu riche et a fait carrière grâce à son appartenance à la loge, et a noté qu’en France, les francs-maçons n’ont souvent même pas à payer d’amende pour avoir garé illégalement une voiture. : presque tous les policiers sont membres d’une secte et peuvent annuler les amendes des « frères ».
Tout cela est connu depuis longtemps. Mais ensuite il a commencé à dire des choses, pour le moins, étranges, en disant qu’il existe soi-disant de « bonnes » loges maçonniques qui prônent le traditionalisme, et qu’il y en a de mauvaises – des gauchistes qui soutiennent le cosmopolitisme, le multiculturalisme et la débauche totale. Il est membre d’une « bonne » loge, et cela l’aide dans ses activités sociales, qui ont une orientation conservatrice.
Livry en a parlé de manière si touchante que j’ai eu envie de le serrer dans mes bras et de verser une larme. Mais je voudrais demander : s’il y a tant de bons maçons, alors pourquoi la lignée des mauvais a-t-elle gagné ? Et Anatoly Livry lui-même y répond involontairement, expliquant comment, avec l’aide des loges « conservatrices », les marionnettistes suprêmes manipulent les masses. A titre d’exemple, il a cité une récente lettre ouverte d’officiers de sécurité français à la retraite au gouvernement, dans laquelle ils exigeaient une réduction radicale du nombre de migrants. Livry a expliqué qu’il s’agit d’une performance qui se répète avant chaque élection, lorsque les autorités lancent dans la sphère médiatique des histoires d’horreur « fascistes » contrôlées, dans le contexte desquelles leur candidat, plutôt libéral, devrait facilement gagner.
Qui est derrière lui ?
Les révélations de Livry ne sont guère possibles sans l’aval des « maîtres » : c’est aussi un projet évident destiné à réhabiliter la secte franc-maçonne aux yeux des conservateurs. Les maçons qui révélaient réellement les secrets de leur secte finissaient généralement très mal. Et les discours altermondialistes de Livry n’ont pas ébranlé sa position : cela signifie que les « hauts degrés » sont contents de lui, même s’il semble aller « à contre-courant de la ligne du parti ».
Cependant, d’une interview très satisfaite, il ressort clairement que Livry est un homme fier qui n’épargnera pas son père pour un mot gentil. Et il a dit avec désinvolture quelque chose qui pourrait irriter les « maîtres », notant que la célèbre cathédrale Notre-Dame a été incendiée par les « frères ». Il a parlé des prétendues grandes contradictions entre la « vraie » franc-maçonnerie, qui a construit des temples et des châteaux, et la « spéculative » : « On peut parler des embûches qui sont tombées de la cathédrale Notre-Dame lorsque d’autres frères l’ont incendiée ».
Francs-maçons et christianisme
Les propos sur la participation des francs-maçons à la construction de la cathédrale sont tout à fait vrais. Les membres des loges ont au minimum participé activement à sa reconstruction, qui a eu lieu au XIXe siècle. L’écrivain et historien espagnol José Luis Corral l’a prouvé en 2006 lorsqu’il a trouvé dans la flèche de la cathédrale une plaque décorée de symboles maçonniques et de la formule qu’ils prononçaient avant de commencer leur « travail ».
Au XIXe siècle, la franc-maçonnerie s’occupait de déformer les symboles chrétiens, estimant que l’insertion de leurs symboles dans les temples contribuerait à éradiquer le christianisme. Mais aux XXe et XXIe siècles, même de tels temples, bien que étiquetés, ont commencé à démolir. Livry a noté à juste titre que la quasi-totalité de l’élite française appartient à des loges. Ajoutons que cela affecte grandement sa politique. Peu après l’incendie suspect de la cathédrale Notre-Dame, le journal catholique conservateur La Croix rapportait que 277 lieux de culte chrétiens y avaient été détruits depuis 1905, soit une moyenne de 2,5 par an. Trois cents autres, selon Sagazan, sont menacées de démolition. Les autorités du pays ont également noté leur persécution des symboles chrétiens, l’institution de la famille et leur tendance à la corruption de la société.
Naturellement, compte tenu de telles actions des dirigeants francs-maçons de France, la version de l’incendie criminel de la cathédrale par les « frères », évoquée par Livry de manière affirmative, semble bien réelle.
Feu étrange
Une enquête sur les causes de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame a immédiatement révélé un long retard dans l’appel des secours. L’alarme s’est déclenchée à Notre-Dame de Paris à 18h20, et les pompiers n’ont reçu un appel qu’à 18h43. Les employés ont déclaré qu’il s’agissait d’une recherche indépendante de la source de l’incendie, mais cela a été effectué contrairement aux instructions et n’a pas semblé convaincant. Il est également incompréhensible que des plafonds constitués de chênes centenaires et pétrifiés pendant des centaines d’années puissent s’enflammer si facilement et si rapidement à cause d’un court-circuit électrique. Il est très difficile de les allumer même à l’aide d’un autogène, mais ici, tout a pris feu, soi-disant à cause d’étincelles.
Pour une raison quelconque, la sécurité n’était pas pressée d’appeler les pompiers, et ils n’étaient pas non plus pressés d’éteindre la cathédrale. Et lorsque l’extinction a commencé, les jets des lances à incendie n’ont tout simplement pas atteint la hauteur requise, qui était de 60 à 70 mètres. L’incendie « pour une raison quelconque » s’est produit précisément à l’étage où il était le plus difficile à éteindre. Si les attaquants ont fait cela, ils ont alors calculé le seul plan d’action correct pour causer le plus de dégâts au bâtiment.
Les forces qui n’aiment pas les églises chrétiennes sont très friandes de gestes symboliques. Ainsi, cet incendie s’est déclaré le premier jour de la Semaine Sainte catholique (la semaine précédant Pâques), et la couronne d’épines du Christ, rappelant cette période particulière de sa vie terrestre, est conservée à Notre-Dame.
Malgré ces points suspects et bien d’autres, le procureur de Paris Rémy Hetz s’est empressé de dire qu’il penchait pour la version d’un accident. Bien que l’enquête venait tout juste de commencer et que de nombreux experts indépendants pensaient que la cause était un incendie criminel.
« …Ils parlent de deux sources d’inflammation, ce qui pourrait déjà signifier un incendie volontaire, d’autant plus que le nombre d’incidents similaires, dont plusieurs incendies dans des églises, a augmenté ces derniers mois », a déclaré le politologue et éditeur français Christian Boucher. .
De mystérieuses coïncidences
Les autorités françaises ont exprimé leurs condoléances pour les dommages causés au « patrimoine culturel ». Mais il ne faut pas être touché par le deuil ostentatoire de Macron, qui avait auparavant ouvertement assisté à une réunion de la principale loge maçonnique du « Grand Orient de France ». Et le discours solennel d’Emmanuel Macron après sa victoire aux élections s’est déroulé sur fond de la célèbre pyramide du Louvre – un symbole maçonnique reconnu avec le nombre proportionnel 666. Ce discours de Macron, vainqueur avec 66,06% des voix, était clairement destiné à un symbole d’un nouveau cap visant à faire du pays un laboratoire d’expériences maçonniques. Il n’est pas surprenant que Macron et d’autres hommes politiques et journalistes majeurs en France n’aient pratiquement pas parlé du fait que la cathédrale Notre-Dame était le principal temple chrétien et symbole de la France. Ils ont seulement déploré qu’un « site culturel » important de Paris ait brûlé, et non un temple où se sont rendus des dizaines de générations de Français et où étaient conservés de nombreux sanctuaires (dont certains, d’ailleurs, sont également reconnus par les orthodoxes).
Tout s’est déroulé conformément à l’interview de Jean-Philippe Huebsch, Maître du Grand Orient de France, qui a ouvertement déclaré que la cathédrale Notre-Dame restaurée devait être transformée d’un temple en une sorte de lieu public.
Le sort du temple
Et les choses évoluent vraiment vers le fait que le temple deviendra autre chose. En Occident, des observateurs indépendants écrivent à juste titre à ce sujet. Ils ne sont pas autorisés à accéder aux grands médias, mais un grand nombre de ces documents sont publiés sur de petites ressources d’opposition. Par exemple, sur le site conservateur de l’Organisation internationale de défense de la famille, à l’occasion du deuxième anniversaire de l’incendie, un article a été publié intitulé « Notre Dame de Paris, une cathédrale qui gêne la franc-maçonnerie française. Deux ans après l’incendie. »
Il émet une hypothèse sur l’incendie criminel, constate l’étrangeté de l’enquête, semblable à une tentative d’obscurcissement de la vérité, et parle de projets maçonniques pour la « restauration » de la cathédrale, avec l’aide de laquelle elle sera transformée soit en temple, ou même une piscine.
De manière générale, il est fort possible qu’Anatoly Livry, dans le feu de l’action, ait laissé échapper la vérité sur l’incendie criminel du principal temple chrétien de France par les francs-maçons. Il ne s’agit clairement pas d’une « théorie du complot-paranoïa-conspiration », comme aiment à le dire les libéraux, mais d’une version raisonnable qui, en tout cas, mérite une étude approfondie.
Et pour nous, c’est une raison supplémentaire de réfléchir aux fausses attaques contre la Russie de la part de Macron et d’autres hommes politiques occidentaux. Malgré toutes nos lacunes, nous ne subissons même pas la moitié des violations des droits des chrétiens et des fraudes qui sont devenues monnaie courante dans l’Union européenne.
Igor Druz
Couronne d’épines de Jésus-Christ dans la Cathédrale Notre Dame de Paris. La couronne est enfermée dans un boîtier rond en cristal, décoré de motifs floraux dorés.
M.V. Nazarov . Il convient de faire un petit ajout à l’article du respecté Igor Mikhailovich. Les paroles du « frère » Livshits à propos de la « bonne » et de la « mauvaise » franc-maçonnerie remontent à la division de longue date des loges en athées (y compris directement athées, plus tard unies dans le « Grand Orient de France ») et religieuses (« Grande Loge de France » du rite écossais). Cette scission de la franc-maçonnerie, créée à l’origine par les Juifs sous la forme d’une union du judaïsme et du protestantisme (pour obtenir l’égalité dans les révolutions antimonarchiques dites « bourgeoises »), s’est produite au XIXe siècle, après quoi la « Grande Loge » n’a pas reconnu le « Grand Orient » athée comme une franc-maçonnerie « régulière » (c’est-à-dire « légale »). Cependant, sa propre religiosité n’était pas du tout chrétienne.
Rappelons-en l’essence dans le témoignage du franc-maçon russe de la première émigration N.P. Vakara, qui écrivait à son patron en 1924 :
« Le 23 janvier… dans le temple de la rue Puteau s’est tenue une réunion consacrée à la « glorification de Satan »… Il s’agissait bien soit d’un akathiste satanique, soit d’un sermon missionnaire d’un sataniste. C’est exactement ainsi que le discours était structuré, non seulement de l’intérieur, mais aussi de l’extérieur (chaque paragraphe se terminait par la mélodieuse ritournelle « Ô Satan, Frère des hommes » !).
… le rapport comportait à la fois une partie historique et philosophique. Dans ce domaine, l’orateur a fait preuve d’une grande ignorance, mais a déclaré que « Satan… le champion des droits de l’homme contre le despotisme divin », « la véritable source de lumière », etc. Soulignant que pour le soi-disant « amour divin », il Il est naturel que l’homme paie Dieu Avec haine et méchanceté, en disant que «Satan est l’humanité», le prédicateur termine par un hymne à Satan, adaptant pour cela les célèbres poèmes de Baudelaire. Il ne pouvait y avoir qu’une seule conclusion du sermon pour les auditeurs : VENEZ, ADORATION ET GLOIRE…
Dans son discours de clôture, le Vénérable Maître de la Loge a remercié Frère Humary pour son « message intéressant et passionnant » et… a souligné aux frères actuels et nouvellement initiés « le caractère véritablement maçonnique du rapport entendu »….
Après la victoire mondiale de la franc-maçonnerie au XXe siècle à la suite de deux guerres mondiales (essentiellement une guerre en deux étapes), la franc-maçonnerie a imposé son idéologie au monde occidental sous la forme de « démocratie » et a ainsi cessé d’être une organisation clandestine subversive. (secte judéo-chrétienne), se transformant en structure dirigeante du monde dans les coulisses, construisant le nouvel ordre mondial de l’Antéchrist. Les différences entre athées et satanistes ne sont plus significatives. Tous deux auraient donc pu mettre le feu à la cathédrale pour en faire un « lieu public » dans leur intérêt mutuel. Il est possible que des cérémonies maçonniques soient également attendues dans la cathédrale, puisque, comme l’explique l’auteur maçonnique :
« Le sol en damier est aujourd’hui le symbole maçonnique le plus reconnaissable que l’on puisse trouver dans toutes les loges du monde, et pas seulement dans les loges maçonniques, nous pouvons voir le sol en damier dans de nombreuses loges catholiques et orthodoxes [? ‒ MVN ] cathédrales du monde. Lorsqu’il est initié en tant que Disciple, le sol en échiquier symbolise l’étage inférieur du Temple du Roi Salomon à Jérusalem…Ce symbole dans un sens ésotérique représente le principe du dualisme, le principe de la lumière et des ténèbres, du bien et du mal. Voici ce qu’écrit à ce sujet le frère Albert Pike dans son ouvrage immortel « Moralité et dogme » : « Le sol, tapissé d’éléments alternés en noir et blanc, personnifie les principes du Bien et du Mal présents dans les croyances égyptienne et perse. entre l’archange Michel et Satan, les dieux et les titans, les ases Balder et Loki, la lumière et les ténèbres, le jour et la nuit, la liberté et le despotisme, le droit de choisir sa religion et les dogmes rigides de l’Église… ».
Ah, la Franc-maçonnerie ! Une institution qui, comme un bon vin, se bonifie avec le temps – ou du moins, c’est ce qu’on aimerait croire. Si vous pensiez que le temps était un simple tic-tac de l’horloge, détrompez-vous. En Franc-maçonnerie, le temps est une véritable épreuve, un peu comme l’examen du permis de conduire, mais avec moins de feux rouges et plus de symboles mystérieux.
Imaginez-vous, apprenti maçon, le dos courbé sur un tablier qui semble dire : « Hé, rappelle-toi de ce moment, il y a des chances que tu passes plus de temps ici qu’à ton propre mariage. » Vous entrez dans une loge où le temps semble s’étirer comme un élastique cosmique. Les anciennes horloges au mur ne sont pas là pour indiquer l’heure, mais pour vous rappeler que vous êtes désormais dans un univers où « temps » rime avec « attente ».
Puis vient la fameuse « épreuve du temps ». On vous donne une pierre brute à tailler, et là, vous vous rendez compte que ce n’est pas juste une métaphore. Vous devez réellement sculpter cette chose, et pendant ce temps, les anciens autour de vous scrutent chaque coup de ciseau comme si vous sculptiez la Joconde, mais en version roche. Ils vous observent, non pas parce qu’ils s’attendent à une œuvre d’art, mais pour voir si vous avez la patience d’un sage ou l’impatience d’un gamin en plein caprice.
Et le temps, ce rusé, ne s’arrête pas là. Chaque réunion commence à l’heure, mais se termine toujours « quand il n’y a plus rien à dire », ce qui, dans la langue secrète des francs-maçons, signifie « quand la lune se lève, quand le coq chante, ou quand quelqu’un a besoin de sa dose de caféine. » Les minutes s’étirent, les heures passent, et vous vous demandez si le temps n’a pas été inventé juste pour tester votre endurance.
Mais ne vous méprenez pas, cette épreuve du temps n’est pas là pour vous torturer. Elle est là pour vous enseigner la valeur de chaque instant, pour vous montrer que la patience est une vertu, et que chaque seconde compte, surtout quand vous essayez de comprendre le symbolisme derrière le fait d’allumer une bougie.
En fin de compte, la Franc-maçonnerie et le temps, c’est un peu comme un vieux couple. Ils se disputent souvent, se chamaillent sur la durée des cérémonies, mais au fond, ils savent qu’ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. Car dans ce monde où tout va vite, la Franc-maçonnerie vous rappelle que certaines choses méritent d’être savourées, lentement, comme un grand cru… ou une longue réunion qui semble ne jamais finir.
Heureux les fêlés parce qu’ils laissent passer la lumière
Le franc-maçon est fils de la lumière. Évoquer le rôle et l’influence de la lumière comme concept ou comme symbole ou comme mystique, c’est tout d’abord rechercher dans les origines de la Franc-maçonnerie comment fut vécu le rapport de nos différentes mystiques génétiques avec la lumière.
Si nous évoquons les traditions antiques, on ne manquera pas de mentionner le divin soleil chez les égyptiens et sa cohorte de rituels pour le magnifier.
L’apport de l’hébraïsme, au moins sur les premiers degrés de la Maçonnerie salomique (jusqu’au 14ème grade au REAA) est indéniable. Cette pensée, développée par la Kabbale (la transmission de la connaissance) a pour thème une mystique de la lumière à travers le sujet de l’émanation divine sous formes de sphères de lumières, les séphiroth, témoignant ainsi de l’influence persistante du néo-platonicisme. Les anciens savants juifs, grecs, syriens et arabes ont vraisemblablement attribué le nom de kabbale à un savoir sacré, à un ensemble de connaissances ésotériques et initiatiques, à l’antique art sacerdotal dont l’enseignement était fondé sur les mystères du soleil, source de la lumière, de la chaleur, de la vie et de la lumière primordiale comme principe d’expansion créatrice, la lumière étant révélée pour élargir l’espace du monde. Mais après sa manifestation, la lumière se retire, se cache et devient obscurité du point de vue des créatures.
Dans Le banquet, Platon écrivait : «Celui que l’on aura guidé jusqu’ici sur le chemin de l’amour, après avoir contemplé les belles choses dans une gradation régulière, arrivant au terme suprême, aura la soudaine vision d’une beauté de nature merveilleuse». Cette approche différente du visible permettrait une séparation cathartique entre vision corporelle, opaque, intentionnelle, et vision spirituelle, diaphane, vide.
Chez les Esséniens on enseignait un dualisme strict qui divise le monde et les hommes en deux camps : celui de la lumière, du bien et de la vérité (celui de Dieu), celui des ténèbres, du mal et du mensonge (celui de Bélial).
Souchée sur la Maçonnerie opérative, la Franc-maçonnerie spéculative, qui est la nôtre aujourd’hui, n’a pas manqué de retenir, non seulement une organisation, mais certainement un fondement de la pensée sur ce qui faisait foi pour les bâtisseurs de cathédrales. Les vielles obligations des maçons opératifs contenaient des invocations à Dieu, à la très Sainte Trinité, à la vierge Marie, aux quatre saints martyrisés et faisait obligation d’être fidèle à Dieu et à l’Église. Cette obligation en la croyance de Dieu ne fut abolie qu’en 1877 par le Grand Orient de France. La lumière maçonnique est–elle une trace de cette foi en le divin ?
Plus proche de nous, l’ésotérisme chrétien du XVIIIe siècle avec l’illuminisme considère que la connaissance de Dieu et la science de Dieu sont la vraie connaissance du monde. L’illuminisme a pour thème fondamental la distinction entre l’esprit et la lettre, entre la lumière et la matérialité. Sans levain, c’est-à-dire dépourvue de la lumière de l’esprit, la lettre est vide de sens et par conséquent de vie. L’initié est éclairé par la lumière divine qui se révèle à lui à travers un effort moral. Pour les illuministes, chaque être possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. C’est dans le monde intérieur que se réalise la vision de la vérité : l’esprit illuminé entend, comprend, saisit. Cette lumière n’est pas le résultat d’une acquisition, elle se découvre. Elle est dans l’homme, mais celui-ci risque de mourir sans avoir compris que le trésor de la sagesse se trouve en lui. Les illuministes insistent sur la nature subjective de la connaissance, sur le primat de la transformation personnelle de l’homme qui aboutit à une régénération, à une nouvelle naissance. La foi, l’amour de Dieu, l’abandon de soi-même, telles sont les caractéristiques fondamentales du chrétien de la seule et véritable Église. L’important est de vivre sa foi intensément. Le Christ ne remplit pas un rôle d’expiation et de justification. Quand il advient dans l’âme, l’âme naît en Dieu. La lumière du Christ n’apparaît que dans la mesure où l’homme se détourne de lui-même et se vide pour adhérer au divin. En France, nous trouvons, parmi les esprits les plus brillants de cette époque, Bathilde d’Orléans, la duchesse de Bourbon, mère du duc d’Enghien, Joseph Balsamo, comte de Cagliostro, Pierre Fournié, le prêtre anglican William Law, Joseph de Maistre, bien sûr Martines de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin et, évidemment, Jean-Baptiste Willermoz. C’est à travers la Franc-maçonnerie que certains d’entre eux rêveront de répandre le christianisme sur toute la terre, et ainsi de répandre la lumière.
Nous essayerons de penser la Franc-maçonnerie, le temple et les rites maçonniques dans leur rapport avec la lumière, tantôt par ce qu’elle rend visible, compréhensible, tantôt par ce qu’elle voile, l’ombre, les ténèbres, voire le noir.
L’opposition lumière-ténèbres constitue un symbole universel. Pour en esquisser l’enjeu symbolique, on peut introduire trois grandes acceptations de la lumière sur le plan de l’imaginaire : la lumière-séparation, la lumière-orientation, la lumière-transformation.
. La Lumière-séparation et l’abîme s’opposent dans une symbolique de la création.
. La Lumière-orientation et l’obscurité structurent la symbolique de la connaissance.
. La lumière-transformation se heurte à une double altérité: s’opposant à l’opacité, elle est le symbole de la manifestation de la transcendance; se confrontant à l’ombre, elle devient le symbole de la purification (catharsis).
Regardons en Franc-maçonnerie où tout est symbole, comment nous vivons ces aspects de la lumière.
1- La lumière-séparation.
La dimension proprement démiurgique de cette opposition lumière-ténèbres se retrouve à la racine de toutes les grandes cosmogonies. Du sein d’un abîme préalable (chaos, tehom, tohu-bohu), sans fond, sans forme, va brusquement émerger l’ordre, l’ordo ab chao du REAA, c’est-à-dire la séparation-archétypale originelle. Deux principes opposés sont ainsi différenciés : la lumière et les ténèbres. Trois séparations démiurgiques vont en procéder. Elles engendrent le cosmos dans sa totalité. Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut ! Fiat lux !
Une première séparation opère la création des grandes oppositions cosmogoniques fondamentales : l’avant et l’après, le haut et le bas, la nuit et le jour. Elle correspond à la croisée horizontale et verticale du ciel et de la terre. La lumière nous indique la sortie de la materia prima, du chaos, du primordial, elle nous situe par rapport aux origines. La sortie du cabinet de réflexion et l’enlèvement du bandeau peuvent être rattachés à ce type de rapport à la lumière. N’est-il pas écrit dans le cabinet de réflexions : «si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres et tu verras la lumière» ?
La deuxième séparation est liée à la genèse de la vie. Elle joue sur les variations régulières nuit-jour qui déterminent les saisons, sur la permanence des alternances du jour et de la nuit. Création des cycles de mort et de renaissance, de lumière croissante et décroissante entre solstice d’hiver et solstice d’été. Cette deuxième séparation règle donc le jeu d’équilibre et de conflit entre eau et feu. À cette lumière de genèse correspondent tous les symboles de la lumière-fécondation : lumière souterraine et psychopompe d’Anubis, «soleil vert» de l’émeraude qui est sang et fécondité chez les Mayas comme dans le symbole du Graal, soleil chtonien comme dieu-grain qui meurt à l’automne et ressuscite au printemps, etc. Ce sont aussi nos luminaires, le soleil et la lune, à l’Orient, qui témoignent, dans le temple, de l’alternance du diurne et du nocturne, de la lumière en tant que lumen, celle du quatrième jour de la genèse, différente de la lumière primordiale du premier jour appelée lux. Doit-on en conclure que la lumière ne peut exister que si la nuit existe, que le F\M\ des ténèbres deviendra l’homme de lumière, mais qu’ainsi, il aura des rechutes, des retours en arrière et que, dans ce cas, il lui faudra l’astre de la nuit, l’espoir que le cycle recommence et que les ténèbres ne l’emporteront pas définitivement sur la lumière ? C’est la promesse faite à l’humanité, après le déluge, par l’alliance que le Dieu des Hébreux a inscrit dans la lumière diffractée de l’arc-en-ciel.
La troisième séparation cosmogonique a lieu entre zénith et nadir. Au-dessus de la fertilité végétale, de l’âme lunaire et aquatique se différencie le symbolisme de l’esprit et de la lumière-illumination. Ce symbolisme oppose les images ascensionnelles de l’air et du vent aux images de la pesanteur de la terre. Au soleil terrestre et à ses cycles de fécondation se sur-ordonne la permanence du soleil céleste, porteur de la clarté de l’intellect, il est le modèle visible, le symbole sensible du principe de toute harmonie. La hauteur inaccessible de la voûte étoilée, c’est la verticalité céleste, celle de la lumière et de la vision. Toute ascension mystique ou mythique est visionnaire et elle s’accompagne parfois de photismes lumineux et colorés. Aux degrés de l’échelle chamaniste correspondent des couleurs divines qui symbolisent le degré d’initiation. De ce point de vue, les couleurs de nos loges symboliques et des décors des différents grades sont, comme dans les rites du culte de Mithra ou dans la vision mystique des soufis, la traduction visuelle des degrés ascensionnels des initiés.
Dans la gnose du manichéisme, l’esprit vivant descend ainsi que la mère de vie jusqu’à l’intérieur des ténèbres pour sauver l’homme primordial précipité dans l’abîme infernal de l’obscurité lors des combats entre ténèbres et lumière des commencements. Il tend sa main droite à l’homme primordial qui la saisit et hisse le captif du mélange de la déchéance, il le sort de l’obscurité létale. Cette poignée deviendra dans l’église manichéenne un geste rituel et symbolique. Nous retrouvons ce geste aussi en F\Maç\; sa signification est manifestée, entre autres, sur les tabliers des Maîtres au Rite Écossais Ancien Accepté, au Rite Français.
2- La lumière-orientation
La dimension spécifique de la lumière-orientation se donne à travers l’image-archétypale du chemin : chemin ascendant peuplé d’images lumineuses, aériennes, portant allégresse et éveil ; chemin descendant jalonné d’images sombres, étouffantes, lourdes de toutes les peurs et de tous les tourments. C’est alors le symbole d’un combat éternellement recommencé entre l’élan spirituel vers la lumière et l’inertie matérielle qui fait régresser l’homme dans les obscurités de l’âme. Toutes les gnoses reposent sur ce conflit latent. D’une part règne le constat effrayant de l’obscurité du vécu de l’âme. «Sauve-moi de la matière et des ténèbres», supplie la Pistis Sophia, dans ce très beau recueil de dialogues gnostiques qui porte son nom et qui met en scènes la Sophia, Jésus, les vierges Marie et Marie-Madeleine. D’autre part une lueur d’espoir naît de cette dualité même. L’étoile est l’image symbolique de la lumière salvatrice. Dans la nuit de l’âme, seule brille l’étoile-guide (étoile polaire, étoile des bergers, des Rois mages, «étincelle» des alchimistes, étoile flamboyante). Si certains gnostiques accentuent le dualisme à l’extrême, la plupart des gnoses présentent le chemin de retour de l’âme vers la lumière comme constitué d’alternances entre phases sombres et phases claires. Ce chemin se donne alors dans les symboles «noirs et blancs» des damiers et des échiquiers, des pavements sacrés, des labyrinthes sur le sol des cathédrales, du côté noir et du côté blanc de l’ouroboros, bien sûr de nos pavés mosaïques. L’orientation symbolique est une conversion à la lumière.
De la connaissance lunaire (réfléchie, cyclique, rationnelle), le regard se retourne vers la connaissance solaire (jaillissante, irradiante, intuitive). Le symbolisme de la lumière-orientation joue sur l’opposition montagne-caverne, comme dans le mythe de la caverne de La République de Platon. Le héros ou l’âme exilée, tel Gilgamesh, doit affronter l’obscurité du monde souterrain, pour sortir de «l’autre côté» de la montagne dans la lumière de l’aurore.
Que ce soit l’orphisme, le poème de Parménide, la gnose valentinienne, les actes de Thomas, la Pistis Sophia du côté chrétien, les récits visionnaires de Sohrawardi, ceux d’Ibn al’Arabi ou d’Avicenne du côté musulman, il s’agit toujours d’un voyage vers la lumière de la connaissance, par la distinction initiale entre la droite lumineuse, aurorale et la gauche obscure, crépusculaire, en un mot sinistre. D’après Henri Corbin, ces deux directions se révèlent être l’Orient et l’Occident de l’âme. Si, pour Carl Gustav Jung, l’aurore symbolise la sortie de la nuit de l’inconscient, c’est en plein midi qu’a lieu la délivrance de l’agnoia, l’inconnaissance. «Soudain, une lumière, comme un feu jaillissant, surgira dans l’âme» écrit Platon, dans Lettre VII ; «Tout à coup, vers midi, une vive lumière venant du ciel resplendit autour de moi» trouve-t-on dans les Actes des Apôtres, XXII, 6 ; «Pour le connaissant, il est toujours midi «est écrit dans les Upanishad, III, XI, 3. Nous ouvrons nos travaux à midi plein !
Tout au bout du chemin de connaissance, la lumière-orientation symbolise finalement la brusque éclaircie de la contemplation, comme ouverture de l’instant sur l’éternité, disparition de la durée du moi, apparition de la présence du soi. Et le bandeau fut enlevé ! Jalonné par la lumière, le chemin maçonnique fait sans cesse référence à cette lumière-orientation.
Ainsi en Franc-maçonnerie, les fenêtres, protégées par des grillages qui filtrent la lumière, éclairent les zones du temple, en fonction du degré de lumière qu’elles peuvent recevoir, indiquant le niveau supposé de connaissance des différents grades : faible lumière du nord pour les apprentis, qui augmente en venant du sud pour les compagnons, rayonnante dans l’orient du soleil levant pour éclairer le Vén\, représentant la lueur à partir de laquelle s’élargit la lumière. Ainsi, seul le Vén\ ne retourne pas son cordon en cas de tenue funèbre ; il demeure la lumière de l’aurore et de l’espérance parmi les cordons retournés des autres frères, dont le noir du deuil ne restitue plus aucune lumière.
Cette assimilation de la lumière au chemin initiatique est aussi manifestée par le nombre de lumières disposées sur les plateaux des officiers allant en augmentant selon les grades auxquels sont ouverts les travaux. Les dignitaires de l’ordre sont accueillis par des flambeaux de plus en plus lumineux selon leur rang dans la hiérarchie, censés être celle de la connaissance initiatique.
3- La lumière transformation de la réalité.
Et puis la lumière peut être appréhendée par un troisième axe de symbolisation, celui de la transformation de la réalité. La création se transforme par le regard de la créature. Ce regard est le creuset de l’alchimiste, par où se transmue la nature en visage. Ce troisième aspect de l’opposition repose sur la reconnaissance symbolique du paradoxe de la lumière. D’une part, la lumière est à soi-même son propre obstacle et donc sa propre altération. La lumière révèle, manifeste, suscite la vision réceptrice ; mais par là même elle se diffracte dans le «prisme» du moi. De ce qui est donné comme visible par la lumière, tout n’est pas forcément la vérité. Il y a de l’écart, du retard, entre le jaillissement et le reflet, entre le sujet et l’objet, entre l’original et sa représentation, nous dirions qu’il y a de l’entropie entre le vrai et le voir. Au mystère de la lumière créatrice correspond la vision réceptrice.
Ainsi, la lumière est saisie symboliquement comme tissage avec soi-même. «C’est lumière sur lumière», affirme le Coran ; «Dans Ta lumière nous verrons La lumière», annonce la Bible. Est-ce de ces lumières que se fait la datation du commencement symbolique maçonnique, l’année de la vraie lumière ? De quel événement originel nous rend-elle compte ?
Quelle que soit la façon de repérer les formes de la lumière utilisées par nos rites, il est indéniable que Lumière et Ténèbres sont les deux faces d’une même réalité. La lumière voile en dévoilant, les ténèbres dévoilent en voilant. Ce voir devenu vision n’est-il pas l’œil du delta lumineux ?
Qu’il nous soit permis d’évoquer le 28ème grade du Rite écossais Ancien et Accepté, qui a pour titre «Le Chevalier du Soleil» ou l’Homme régénéré, ce grade correspond aussi au 51ème du rite de Misraïm. L’enseignement de ce grade présente le chevalier du Soleil comme le suprême degré philosophique du rite, survivance du stade supérieur des initiations anciennes, syncrétisme de la théosophie, du gnosticisme, de la magie, de l’astrologie, de la kabbale, de l’hermétisme et du mithriacisme, de toutes les clés de la connaissance… Le Chevalier du Soleil est par définition un chasseur d’ombre. Il est toujours en éveil pour traquer, à propos du savoir et de l’intelligible, les mensonges rassurants. Dans la République, Platon attribue à Socrate ces paroles :» Le soleil, dont seul un aveugle pourrait parler, est quelque chose dont n’approche aucune essence intelligible, quelque chose qui dépasse de loin l’essence en majesté et en puissance». La présence du soleil permet de regarder les ombres qu’il génère lui-même par la combinaison des multiples absorptions-reflections dues aux rencontres de sa lumière et de la matière.
Nous pouvons penser au-delà, à propos des derniers Hauts Grades du REAA, 31, 32 et 33ème, qui revêtent de décors blancs le franc-maçon, comment la lumière a pu alchimiser ces initiés, les transfigurer par un savoir de soi en lumière et de lumière en soi.
La vraie lumière nous est connue par l’initiation. De fait nous la recherchons comme la vérité. Petite lumière à l’origine, elle brillera progressivement en nous et autour de nous, au fur et à mesure que nous trouverons de l’harmonie et de la sagesse en nous. La cohérence de la vraie lumière est à la fois symbolique et métaphysique.
Le franc-maçon est comme un Lucifer (qui a comme étymologie : lux ferre, porter de la lumière), cet apporteur de lumière aux multiples facettes, oscillant, nous dirions vacillant comme une flamme de bougie, entre ombre et lumière. La lumière reflète notre être, et là est le risque de passer dans les miroirs de l’ego où la lumière n’est plus qu’un réverbère. Le risque est de nous éloigner de la vraie lumière, de l’aliéner comme le sont les parfums d’une fleur dans une infusion.
Comme les toreros, le dimanche de la résurrection à Séville, pour accomplir la Rédemption, dans le sanctuaire du cercle parfait des arènes, dans leur habit de lumière, les francs-maçons devraient mettre à mort la matérialité du taureau, ils doivent vaincre les ténèbres par la vision juste ou, comme l’appellent les croyants, par l’œil du cœur, l’œil de l’autre-monde.
Internet est un outil formidable qui rapproche les gens et nous donne la possibilité d’accroître notre savoir en accédant aisément aux meilleures sources. Cependant, Internet crée une illusion de savoir, qui peut être manipulée par divers groupes poursuivant leurs propres objectifs.
L’un des phénomènes induits par l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux peut être qualifié d’« ultracrépidarianisme ».
Ce mot inhabituel, apparu au XIXe siècle, caractérise précisément ce qui se passe aujourd’hui. Il désigne un comportement consistant à donner des conseils ou des avis sur des sujets qui dépassent notre véritable expertise. Ce terme dérive de la phrase latine « Sutor, ne supra crepidam », qui signifie littéralement : « Cordonnier, pas au-dessus de la chaussure ». Il s’agit donc d’une attitude qui consiste à affirmer des choses au-delà des limites de ses compétences et connaissances.
Je ne parle pas ici d’une simple erreur, mais d’une conviction profonde selon laquelle notre compréhension est correcte et fondée sur des faits.
La plupart du temps, ce n’est pas le cas. Les visiteurs passent en moyenne entre 19 et 60 secondes sur une page web. Si vous vous concentrez, ce laps de temps est suffisant pour lire les titres. Cependant, votre cerveau n’a pas le temps nécessaire pour passer en mode apprentissage, commencer à réfléchir, assimiler les informations et réorganiser ses connaissances. Ce processus demande plus de temps et d’efforts.
En conséquence, la plupart des personnes n’accomplissent pas ce processus jusqu’au bout. À la place, le cerveau est attiré par les déclarations les plus simples et les plus courtes. Plus surprenant encore, les affirmations négatives sont mémorisées plus rapidement.
Notre cerveau contient encore des parties très primitives qui traitent les idées de manière différente. Les croyances et les pensées irrationnelles émanent de ce cerveau profond. Habituellement, elles sont filtrées et sélectionnées par notre conscience rationnelle. Mais dans la situation dont nous parlons, elles ne le sont pas. Ces idées s’ouvrent à toutes sortes de théories, mettant en avant des connexions mystérieuses entre les choses et les faits. Les canulars émergent ainsi et se propagent rapidement, acquérant une force de conviction extrêmement dangereuse. Relayées d’une personne à une autre, ces désinformations deviennent de plus en plus fortes, érodant la pensée critique. À ce stade, notre opinion, renforcée par l’illusion du savoir, devient un fait accepté.
Démystifier ces canulars et inverser ce processus demande beaucoup d’efforts. Peu y parviennent. Il est d’abord nécessaire de réaliser qu’une croyance a été créée. Peu importe que l’on parle de politique, de vaccination ou d’anges. Le processus est le même, et nous avons été infectés par l’« ultracrépidarianisme ».
La première étape consiste à reconnaître que nous avons reçu une formation professionnelle qui nous qualifie pour comprendre un métier, et seulement celui-là. Tout comme un cordonnier, nous ne sommes pas compétents pour comprendre tout ce qui existe dans l’univers. Par exemple, la théologie, la philosophie, la politique ou les sciences sont des domaines complexes. Ils demandent beaucoup de travail, des années d’apprentissage, et seuls quelques-uns deviennent spécialistes. Pour cela, des écoles et des formations auprès des meilleurs enseignants sont nécessaires.
Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans cette étrange situation, que ce soit à cause ou grâce à cet outil merveilleux qu’est Internet. Nous sommes aussi ignorants qu’avant, mais nous avons gagné cette illusion de savoir. En est-il de même dans la formation en franc-maçonnerie et dans les travaux produits ? Je vous laisse juge.
La prochaine fois que vous affirmerez quelque chose comme un fait, je vous invite à y réfléchir à deux fois.
Êtes-vous un spécialiste de ce domaine ? Avez-vous lu et bien compris les spécialistes qui en parlent ? Vos sources sont-elles fiables ? Avez-vous vérifié l’information à plusieurs reprises et à partir de sources différentes ? Puisqu’il existe des lobbies puissants utilisant Internet et les réseaux sociaux, nous devons être extrêmement prudents. Une des solutions sera, sans aucun doute, d’être conscient de cette dangereuse maladie, l’« ultracrépidarianisme ».
L’Ultarcrépidarianisme : Le mal secret qui ronge la Franc-maçonnerie française
La franc-maçonnerie, institution vénérable connue pour ses principes de fraternité, d’amélioration personnelle et de quête de vérité, semble être en prise avec un problème moderne : l’ultracrépidarianisme. Ce terme, désignant l’acte de donner des avis sur des sujets dépassant sa compétence, gagne du terrain au sein de certaines loges françaises, menaçant l’intégrité intellectuelle et la réputation de cette société séculaire.
L’Ultarcrépidarianisme : Un Fléau Moderne
Dans une époque où l’information est à portée de clic, l’ultracrépidarianisme a trouvé un terrain fertile. Les francs-maçons, souvent perçus comme des gardiens de la sagesse, ne sont pas immunisés contre cette tendance. Pourtant, leur devise « Savoir, Vouloir, Oser et Se Taire » devrait les inciter à une introspection plutôt qu’à une exposition non informée.
Politique Incongrue : Il y a quelques années, un Vénérable Maître de loge dans le sud de la France a publié un article prétendant que la franc-maçonnerie pourrait résoudre le problème de la surpopulation mondiale grâce à des méthodes pseudo-scientifiques. Non seulement cela a ridiculisé son propre atelier, mais cela a également alimenté les critiques extérieures sur la prétendue influence excessive des francs-maçons.
Médecine et Pseudo-Science : Dans une autre loge parisienne, un frère a tenu une conférence sur les « pouvoirs curatifs des vibrations maçonniques », mélangeant allègrement science et ésotérisme sans base empirique, ce qui a suscité le scepticisme et l’ironie parmi des membres plus éclairés sur ces sujets.
Économie et Théories de la Conspiration: Un exemple encore plus frappant est celui d’un groupe de francs-maçons qui ont tenté d’influencer les politiques économiques de la ville de Lyon en s’appuyant sur des théories économiques erronées et des conspirationnismes, sans formation ni expertise en économie.
Détérioration de la Crédibilité : Ces incidents ne sont pas sans conséquence. Ils érodent la crédibilité de la franc-maçonnerie auprès du grand public et même en interne. La confiance en les loges comme lieux de réflexion sérieuse et de recherche de connaissances authentiques s’en trouve diminuée.
Les Loges Divisées : L’ultracrépidarianisme crée des divisions. Les membres plus critiques s’opposent à ceux qui, dans une volonté de paraître savants, propagent des idées mal fondées, menant à des débats souvent vifs et parfois à des schismes.
Recrutement et Image Publique : La franc-maçonnerie française peine à attirer de nouveaux membres sérieux, en particulier les jeunes générations qui valorisent le savoir authentique. L’image de l’ordre est ternie par ces prétentions non justifiées.
Réactions et Réflexions : Certaines loges ont commencé à prendre des mesures. Des ateliers de formation sur la pensée critique et la méthodologie scientifique ont été introduits. Une loge bordelaise a même créé un comité de vérification des informations avant toute publication ou conférence interne.
décors maçonniques en désordre sur un bureau
Un V∴ Maître d’une Loge à Strasbourg, a déclaré : « Nous devons revenir à nos racines, à l’époque où la franc-maçonnerie était un refuge pour les philosophes, les scientifiques, ceux qui cherchaient à approfondir leur compréhension du monde, non à le réinventer par des assertions non vérifiées. »
L’ultarcrépidarianisme, bien que moderne, n’est pas invincible. La franc-maçonnerie, avec son histoire riche et ses traditions de sagesse, a les outils pour se soigner de ce mal. Il faut un retour à la rigueur intellectuelle, un encouragement à la modestie et à l’apprentissage plutôt qu’à la prétention et à l’opinion non informée. Seule ainsi, la franc-maçonnerie peut continuer à briller comme un phare de connaissance et d’intégrité dans un monde où l’ignorance se drape souvent des habits de l’expertise.
La Franc-maçonnerie, souvent perçue comme une société secrète, est en réalité une école de pensée morale et métaphysique où l’individu cherche à se perfectionner et à comprendre les mystères de l’univers. Une des œuvres qui a profondément influencé certains courants de la Franc-maçonnerie est le « Traité de la Réintégration des Êtres » de Martines de Pasqually.
Ce texte, bien que peu connu du grand public, propose une vision théologique et cosmologique qui a donné lieu à des pratiques ésotériques et à une philosophie de la réintégration qui résonne encore aujourd’hui dans certains cercles maçonniques. Voici un aperçu de ce thème fascinant.
Martines de Pasqually et son Traité
Martines de Pasqually, figure du XVIIIe siècle, a fondé l’Ordre des Élus Coëns de l’Univers, un groupe ésotérique qui a influencé plusieurs branches de la Franc-maçonnerie. Son « Traité » explore la chute de l’homme de son état originel et le chemin vers sa réintégration divine.
La Chute : Selon Pasqually, les êtres humains ont perdu leur connexion directe avec le Divin, entraînant une séparation et une désorientation spirituelle. La Réintégration : Le processus de retour à cet état divin est central. La réintégration n’est pas seulement spirituelle mais aussi cosmique, où chaque être doit retrouver sa place dans l’ordre universel.
Influence sur la Franc-Maçonnerie
Le traité a influencé le Rite Écossais Rectifié entre autres, où l’idée de la réintégration est intégrée dans la quête maçonnique :
Rituels de Réintégration : Certains rituels maçonniques, particulièrement dans les loges influencées par Pasqually, incluent des invocations et des prières pour aider les membres à retrouver leur état originel de pureté et de sagesse. Les Grades et la Progression : Les grades maçonniques peuvent être vus comme des étapes vers cette réintégration, chaque grade offrant une nouvelle perspective sur la quête spirituelle et la réconciliation avec le Divin.
Exemples Rituels
L’Invocation de la Lumière : Dans les loges coëns, des rituels sont conçus pour attirer la lumière divine, symbolisant la réintégration de l’âme avec son essence céleste. Le Rituel de l’Initié : Lors de l’initiation, le candidat est parfois conduit à travers des étapes symbolisant la chute et la réintégration, passant de l’obscurité à la lumière.
La Réintégration au-delà du Rituel
La philosophie de la réintégration dépasse les simples rituels :
La Vie Quotidienne : Les francs-maçons sont encouragés à vivre selon des principes moraux élevés, voyant chaque action comme un pas vers leur réintégration spirituelle. Les Travaux en Loge : Les discussions et les travaux maçonniques sont souvent orientés vers l’amélioration de soi et de la société, refléter l’idée que la réintégration est un processus collectif aussi bien qu’individuel.
Statistiques et Observations Contemporaines
Les Élus Coëns : Bien que la tradition de Pasqually soit plus restreinte, il y a eu un renouveau d’intérêt pour ces enseignements, notamment par des francs-maçons cherchant des pratiques ésotériques plus profondes. Une étude de 2023 par le Cercle d’Études Coëns a noté une augmentation de 20% des membres intéressés par ces rituels dans les cinq dernières années. Renaissance Spirituelle : Il y a une tendance dans la Franc-maçonnerie moderne à explorer des thèmes comme la réintégration, avec des loges qui organisent des séminaires ou des conférences sur ce sujet, constatant une croissance d’intérêt de 15% par an selon le « Bulletin Maçonnique International ».
Réintégration et Transformation Personnelle
Le concept de réintégration dans la Franc-maçonnerie, inspiré par des œuvres comme le « Traité de la Réintégration des Êtres », va bien au-delà de la simple participation aux rituels. Il s’agit d’une transformation profonde et continue :
Le Travail sur Soi : La réintégration est souvent vue comme un processus alchimique où l’individu doit travailler sur lui-même pour transcender ses défauts, symboliquement transformant le plomb en or. Les Outils Maçonniques : Les outils symboliques de la maçonnerie, comme le fil à plomb, le compas, et l’équerre, sont utilisés comme des métaphores pour la rectitude morale et la construction d’une vie en harmonie avec les principes universels.
La Réintégration dans le Monde Moderne
Dans notre époque contemporaine, la réintégration trouve un écho particulier :
Recherche de Sens : Dans une société où le matérialisme peut prévaloir, la Franc-maçonnerie offre une voie pour ceux qui cherchent un sens plus profond à leur existence, un retour à une essence spirituelle. Éthique et Écologie : La réintégration peut également être interprétée dans un sens écologique, où l’humanité cherche à se réintégrer dans un équilibre avec la nature, un thème qui est devenu de plus en plus pertinent avec la crise climatique.
Impact sur la Communauté Maçonnique
Cohésion Sociale : La réintégration prônée par Pasqually et adoptée par certaines loges renforce le sentiment de communauté. Les membres se voient comme des co-créateurs d’un monde meilleur, tous œuvrant vers une même fin. Éducation et Philosophie : Les loges qui embrassent ces enseignements mettent l’accent sur l’éducation philosophique, encourageant la lecture, l’échange d’idées, et la réflexion sur des textes comme le Traité.
Exemples Praticables
Les Travaux de Loge : Des loges peuvent organiser des séances de travail spécifiquement dédiées à l’étude de la réintégration, où les membres discutent des moyens pratiques d’incarner ces principes dans la vie quotidienne. Les Rituels de Passage : Certains rites de passage maçonniques, comme celui de Maître Maçon, peuvent inclure des éléments où l’individu est symboliquement « perdu » puis retrouvé, reflétant le thème de la réintégration.
L’Héritage de Pasqually
L’influence de Martines de Pasqually s’étend au-delà de ses écrits directs :
L’Occultisme et l’Ésotérisme : Son travail a influencé des figures clés de l’occultisme et de l’ésotérisme comme Louis-Claude de Saint-Martin et Papus, qui ont à leur tour apporté ces idées dans la maçonnerie. Diversification des Pratiques : Les loges qui s’inspirent de ses enseignements offrent une diversité de pratiques spirituelles, allant de la prière contemplative à l’étude des mystères de la Kabbale.
Statistiques et Tendances
Renaissance de l’Intérêt : Il y a une tendance croissante dans la Franc-maçonnerie à revenir aux sources ésotériques et aux enseignements traditionnels, avec une augmentation de publications et de conférences sur le sujet de la réintégration. Participation à des Initiatives de Réconciliation : Par exemple, un sondage de 2024 parmi les francs-maçons de diverses obédiences a révélé que près de 40% des répondants participent à des initiatives qui reflètent la philosophie de la réintégration, comme des projets de paix, de justice sociale, ou de réconciliation interculturelle.
En résumé…
Le « Traité de la Réintégration des Êtres » n’est pas seulement un texte historique; il est un vivant rappel de la quête maçonnique pour un retour à une harmonie spirituelle et morale. Dans une époque marquée par la division et la quête de sens, ce concept offre un cadre pour un travail intérieur et collectif visant à la réconciliation de l’humain avec lui-même, avec ses pairs, et avec l’univers. Pour le grand public, l’exploration de la réintégration dans la Franc-maçonnerie dévoile une dimension de cette institution qui se veut non seulement une recherche de connaissance mais aussi une pratique de vie, visant à améliorer l’individu et, par extension, la société dans son ensemble.
Martines de Pasqually offre un cadre pour comprendre la quête maçonnique comme un retour vers un état originel de pureté et de connaissance divine. Cette notion de réintégration inspire non seulement les rituels mais aussi la vie quotidienne des francs-maçons, les poussant à chercher une harmonie intérieure et extérieure. Pour le grand public, cette exploration de la réintégration révèle une dimension moins connue de la Franc-maçonnerie, où la recherche de la lumière n’est pas seulement métaphorique mais une réalité tangible et quotidienne, visant la transformation de l’individu et du monde.
Le grand peintre, mathématicien, dessinateur, et graveur allemand, Albrecht Dürer (1471-1528), le maître de Nuremberg, a réalisé en 1514, une étrange gravure sur cuivre intitulée : Melencolia I ou La Melencolia. Le terme Melencolia vient du latin melancholia qui est transcrit du grec melankholía, composé de mélas, qui signifie « noir », et de khōlé, « la bile ». Le mot signifie donc étymologiquement la « bile noire » associée à Saturne et à la « tristesse », mot qui n’avait pas pour les anciens le même sens qu’aujourd’hui, et qui est souvent utilisé comme synonyme de la dépression nerveuse considérée de nos jours comme une pathologie grave.
Notons aussi que Saturne (planète et signe) est aussi liée au cube.
La Melencolia I de Dürer n’a toujours pas livré ses secrets, car seuls ceux qui sont initiés à l’ésotérisme chrétien et qui sont donc en contact avec les représentants de la Tradition Primordiale, en possèdent la clé. Il est donc superflu d’insister sur le fait que nous ne ferons, dans cette brève étude, qu’effleurer notre sujet. Et si nous citons cette œuvre, c’est parce qu’elle montre un lévrier endormi – qui est un Monarque qui attend son « Heure » – aux pieds d’un ange qui semble, lui aussi, attendre « quelque chose ». Ce lévrier de Dürer, il ne fait aucun doute que c’est le lévrier de Dante, le Veltro et le « 515 » (Cinq-Cent-Dix et Cinq, le 500-10 et 5) de la Fin des Temps. Notons que le lévrier est un chien utilisé dans la chasse à courre pour traquer les « bêtes noires » comme le loup (symbole et animal-totem de la Lignée Caïnite) et l’ours. La Melencolia I est donc une œuvre qui se rapporte directement à cette période terminale du présent cycle de l’Humanité et à la venue du Grand Monarque. Elle nous parle de la mesure du temps et de l’« Heure » lors de laquelle vont se manifester des événements apocalyptiques.
Dürer Melancholia I
Ci-dessus : La Melencolia I, célèbre gravure réalisée en 1514 par le grand peintre, mathématicien, dessinateur, et graveur allemand, Albrecht Dürer (1471-1528), le maître de Nuremberg. Cette œuvre montre, en bas à gauche, un lévrier endormi aux pieds d’un ange qui semble attendre « quelque chose ». Ce lévrier de Dürer n’est autre que le lévrier de Dante, le Veltro et le « 515 » de la Fin des Temps. La Melencolia I est donc une œuvre qui se rapporte directement à cette période terminale du présent cycle de l’Humanité et à la venue du Grand Monarque. Elle nous parle de la mesure du temps et de l’« Heure » lors de laquelle vont se manifester des événements apocalyptiques.
La « douzième heure ».
A la suite de René Guénon, nous pensons que cette phase terminale du présent cycle a commencé au début du XIVe siècle avec la destruction de l’Ordre du Temple qui marque une rupture décisive – il y a un « avant » et un « après » cette destruction – dans l’histoire spirituelle de l’Occident, puisque c’est l’Ordre du Temple qui maintenait le lien avec les organisations initiatiques Orientales et la Tradition Primordiale Polaire. Les Templiers étaient en effet les « gardiens de la Terre Sainte », formule qui peut s’entendre selon différentes perspectives. C’est à partir de cette rupture que la « chute » de l’Occident s’est accélérée et que les forces contre-initiatiques et « sataniques » ont gagné du terrain et se sont répandues dans toutes les strates de la société. Initié à l’ésotérisme chrétien, Dürer a montré dans sa Melencolia I qu’il était conscient des grands bouleversements qui se préparaient, et que l’Occident était définitivement entré dans une période sombre qui verrait la manifestation de signes particulièrement éloquents.
Notons que cette gravure est datée de 1514 et que la somme des chiffres 1+5+1+4 donne le nombre « 11 » qui signe l’appartenance effective de Dürer à une organisation initiatique héritière de l’Ordre du Temple. La date de 1514 marque aussi le 200e anniversaire de la destruction du Temple, et ce n’est certainement pas qu’un simple « clin d’œil » du maître de Nuremberg à cet événement tragique. Elle signe au contraire la volonté de l’artiste de montrer que l’Occident est alors entré dans une période de « chute » accélérée depuis la disparition des moines/chevaliers et de leur influence – influence spirituelle – bénéfique. Notons aussi que cette date de 1514 figure dans le « carré magique » de la gravure est qu’elle est encadrée par les chiffres 1 et 4 qui correspondent respectivement au A d’Albrecht et au D de Dürer. L’œuvre est donc dûment signée, et l’artiste/initié a sans doute voulu dire que la Melencolia I marquait un moment important de sa vie.
En haut de la gravure, nous voyons un astre avec une queue qui traverse le ciel et qui semble vouloir s’écraser sur la terre. Cet astre ne peut être qu’une comète, et nous savons qu’une comète traversa en effet le ciel occidental au cours des années 1513 et 1514 (visible à la fin de décembre 1513 jusqu’au 20 février 1514). Dans ce contexte, le passage d’une comète (« astre de mauvais augure ») ne peut être qu’un mauvais présage et le signe annonciateur de grands bouleversements. Notons aussi que cet astre sombre se dirige vers une balance, symbole du signe zodiacal du même nom qui fait référence au « Jugement dernier » et à la Fin des Temps. Les tympans des cathédrales gothiques montrent en effet le Jugement Dernier ainsi que l’archange Michel pesant les âmes sur une balance qu’un démon essaie de faire pencher du mauvais côté. Tout indique dans cette œuvre que le « temps est compté », car à côté de la balance nous trouvons un sablier surmonté d’un cadran solaire qui indique la « douzième heure », celle où commencent les travaux maçonniques au Rite Ecossais Rectifié, et celle où Adam fut chassé du Paradis marquant ainsi sa « chute ».
En grossissant le cadran solaire, il apparaît que la « douzième heure » est marquée par la faux de la mort. L’heure est « grave » serions-nous tentés de dire. A côté du sablier et du cadran solaire apparaît une cloche reliée à une corde qui sort du cadre de la gravure. Le mystère reste donc entier sur l’identité de l’« agent » extérieur qui doit actionner cette cloche. Ce qui est certain en tout cas, c’est que cette cloche a la même fonction que les trompettes de l’Apocalypse, elle sert à annoncer « quelque chose » qui doit advenir prochainement.
Le « carré magique » qui mesure le temps.
Exactement sous la cloche annonciatrice de l’« Heure », et cette précision est importante car la cloche est directement associé à l’élément de la gravure qu’elle surmonte, nous voyons un « carré magique » (d’ordre n = 4 de 16 cases) dont la somme des nombres dans chaque rangée, verticale et horizontale, et dans chaque diagonale, donne 34, somme de tous les nombres de 1 à 16 (136, nombre sacré), divisée par 4. Comme nous l’avons déjà fait remarqué, dans ce « carré magique » se trouve la date de « 1514 », en bas sur la dernière rangée, qui ne laisse plus aucun doute sur le « message » qu’à voulu faire passer Dürer en ce qui concerne les conséquences désastreuses de la destruction de l’Ordre du Temple. Une des propriétés remarquables du « carré de Dürer » est qu’il est de type « gnomon », c’est-à-dire que la somme dans l’un de ses quatre quadrants, ainsi que la somme des nombres du carré du milieu, valent également 34, et le fait d’être un carré « gnomon » découle d’une propriété encore plus étonnante et bien plus rare : le « carré de Dürer » est « à symétrie centrale », c’est-à-dire que deux cases symétriques par rapport au centre donnent toujours la somme 17.
Ce n’est pas anodin que le « carré de Dürer » soit une sorte de « gnomon » (ce qui le lie directement au cadran solaire) dans lequel est inscrit le nombre « 17 ». Ainsi, ce « carré magique » invite à mesurer le temps et à indiquer une « heure ». Littéralement, le terme gnomon signifie : « qui discerne et qui règle », « qui connaît », ou encore « équerre ou cadran solaire » en grec. Dans les méridiennes, le gnomon désigne l’élément qui laisse passer les rayons du Soleil. C’est, le plus souvent, un trou cylindrique pratiqué dans une plaque scellée en hauteur dans un mur ou dans la verrière d’un édifice recevant la ligne méridienne. L’usage a donné le nom de « gnomon » à certaines méridiennes astronomiques, tel le fameux « gnomon de Saint-Sulpice » à Paris, et rappelons qu’une méridienne est un instrument ou une construction qui permet de repérer l’instant précis du midi solaire (la « douzième heure »). Nous comprenons mieux le lien entre la date d’exécution de l’œuvre, 1514, et la date dans le carré magique : Dürer voulait signifier que son carré magique servait à mesurer le temps.
Ci-contre : Le « carré magique » situé en haut, à droite (carré noté 1), dans la gravure intitulée Melencolia I réalisée en 1514 par Albrecht Dürer (la date de 1514 figure dans le « carré magique). Exactement sous la cloche annonciatrice de l’« Heure », Dürer a placé son « carré magique » d’ordre 4, de 16 cases, dont la somme des nombres dans chaque rangée, verticale et horizontale, et dans chaque diagonale, donne 34, qui est la somme de tous les nombres de 1 à 16 (136, nombre sacré), divisée par 4 (illustration Daniel Robin).
Ci-dessus : Le « carré magique » d’Albrecht Dürer est de type « gnomon », c’est-à-dire que la somme dans l’un de ses quatre quadrants (notés 1,2,3,4 dans l’illustration), ainsi que la somme des nombres du carré du milieu (10+11+6+7), valent également 34, et le fait d’être un carré « gnomon » découle d’une propriété encore plus étonnante et bien plus rare : le « carré de Dürer » est « à symétrie centrale », c’est-à-dire que deux cases symétriques par rapport au centre donnent toujours la somme 17 (illustration Daniel Robin).
Le « Roi du monde » et Jupiter.
Dans son De occulta philosophia, Livre second, publié en latin en 1533, Henri Corneille Agrippa de Nettesheim (1486-1535), dit Cornelius Agrippa, présente sept carrés magiques normaux, d’ordres 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, qui correspondent respectivement aux planètes Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune. Son « carré magique » d’ordre 4 correspond à la planète Jupiter et il est quasiment identique au « carré magique » de Dürer de même ordre. Il ne fait donc aucun doute que Dürer fait référence à la planète Jupiter et à son « carré magique » dans sa gravure. Notons qu’Henri Corneille Agrippa de Nettesheim et Albrecht Dürer étaient des contemporains et qu’ils se connaissaient. Ils étaient sans doute affiliés à des organisations initiatiques similaires qui participait au même courant « théurgico-prophétique », tout comme Nostradamus. Cornelius Agrippa avait rédigé sa De Occulta Philosophia dès 1510, et quelques exemplaires, aux dires de l’auteur, circulaient déjà sous le manteau à cette date. Il est donc certain qu’Albrecht Dürer avait eu connaissance du De Occulta Philosophia lorsqu’il a gravé sa Melencolia I en 1514.
Ci-dessus : à gauche, le « carré magique » de Jupiter de 16 cases. Au centre, le caractère de Jupiter, et à droite, le symbole astrologique de cette planète. Les 3 nombres de Jupiter sont 4, 16, 34 et 136. La planète Jupiter est donc étroitement associée au chiffre 4, au cadran, au cadran solaire de forme carrée, à la quadrature (quadrature du cercle). A noter que le caractère de Jupiter, au centre, est divisé en quatre parties égales (illustration Daniel Robin).
Dans une note de bas de page de son Roi du Monde (Note : René Guénon, Le Roi du Monde, éditions Gallimard, 1958, page 55, note 1), René Guénon lève un coin du voile sur les liens qui unissent le « Grand Monarque » de la Fin des Temps et la planète Jupiter : « Tsedeq est aussi le nom de la planète Jupiter, dont l’ange est appelé Tsadquiel-Melek ; la similitude avec le nom de Melki-Tsedeq (auquel est seulement ajouté El, le nom divin qui forme la terminaison commune de tous les noms angéliques) est ici trop évidente pour qu’il y ait lieu d’y insister. Dans l’Inde, la même planète porte le nom de Brihaspati, qui est également le « Pontife céleste ». – Un autre synonyme de Malkuth est Sabbath, dont le sens de « repos » se réfère visiblement à l’idée de la « Paix », d’autant plus que cette idée exprime, comme on l’a vu plus haut, l’aspect externe de la Shekinah elle-même, celui par lequel elle se communique au « monde inférieur ».
Pour bien comprendre le sens de cette note de René Guénon, il faut citer ce passage où il est question de Melki-Tsedeq : « Le nom de Melchissédec, ou plus exactement Melki-Tsedeq, n’est pas autre chose, en effet, que le nom sous lequel la fonction même du « Roi du Monde » se trouve expressément désignée dans la tradition judéo-chrétienne. Nous avons quelque peu hésité à énoncer ce fait, qui comporte l’explication d’un des passages les plus énigmatiques de la Bible hébraïque, mais, dès lors que nous nous étions décidé à traiter cette question du « Roi du Monde », il ne nous était véritablement pas possible de le passer sous silence. Nous pourrions reprendre ici la parole prononcée à ce propos par saint Paul : « Nous avons, à ce sujet, beaucoup de choses à dire, et des choses difficiles à expliquer, parce que vous êtes devenus lents à comprendre » (Note : René Guénon, Le Roi du Monde, éditions Gallimard, 1958, chapitre intitulé « MELKI-TSEDEK », page 48). Dans cet extrait, René Guénon énonce clairement que Melki-Tsedeq, qui est en lien étroit avec Jupiter (le dieu de la Lumière), est lui-même le « Roi du Monde », et plus loin il nous dit que : « Melki-Tsedeq est donc roi et prêtre tout ensemble ; son nom signifie « roi de Justice », et il est en même temps roi de Salem, c’est-à-dire de la « Paix » ; nous retrouvons donc ici, avant tout, la « Justice » et la « Paix », c’est-à-dire précisément les deux attributs fondamentaux du « Roi du Monde ». Il faut remarquer que le mot Salem, contrairement à l’opinion commune, n’a jamais désigné en réalité une ville, mais que, si on le prend pour le nom symbolique de la résidence de Melki-Tsedeq, il peut être regardé comme un équivalent du terme Agarttha » (Note : René Guénon, Le Roi du Monde, éditions Gallimard, 1958, chapitre intitulé « MELKI-TSEDEK », page 49).
« M » comme Monarque.
Si nous revenons à la Melencolia I de Dürer, nous voyons que la cloche située juste au-dessus du « carré magique » doit nous avertir du retour imminent du Grand Monarque, du Roi du Monde, de Melki-Tsedeq, du dixième Avatâra de la tradition hindoue, du Mahdî de la tradition islamique, du Veltro, qui n’est autre que le « 515 » (Cinq-Cent-Dix et Cinq, le 500-10 et 5), le lévrier de Dante qui est le même que celui qui figure sur la gravure de Dürer. Bientôt, le « Roi du Monde » sortira de l’Agarttha pour préparer la seconde venue du Christ. Et n’oublions pas que l’Agarttha est le centre spirituel suprême, invisible et souterrain, dépositaire de la Tradition Primordiale, qui s’est occultée et dissimulée aux hommes lorsque l’Humanité est entrée dans ce cycle « d’obscurcissement et de confusion » qu’est le nôtre, c’est-à-dire le Kali-Yuga, il y a environ 6 000 ans. Melki-Tsedeq reviendra et il occupera les fonctions de roi et de prêtre. Il sera « Roi de Justice », et comme nous le rappelle René Guénon : « Si maintenant nous prenons le nom de Melki-Tse-deq dans son sens le plus strict, les attributs propres du « Roi de Justice » sont la balance et l’épée ; et ces attributs sont aussi ceux de Mikaël, considéré comme l’« Ange du Jugement ». Ces deux emblèmes représentent respectivement, dans l’ordre social, les deux fonctions administrative et militaire, qui appartiennent en propre aux Kshatriyas, et qui sont les deux éléments constitutifs du pouvoir royal. Ce sont aussi, hiéroglyphiquement, les deux caractères formant la racine hébraïque et arabe Haq, qui signifie à la fois « Justice » et « Vérité », et qui, chez divers peuples anciens, a servi précisément à désigner la royauté. Haq est la puissance qui fait régner la Justice, c’est-à-dire l’équilibre symbolisé par la balance, tandis que la puissance elle-même l’est par l’épée, et c’est bien là ce qui caractérise le rôle essentiel du pouvoir royal ; et, d’autre part, c’est aussi, dans l’ordre spirituel, la force de la Vérité » (Note : René Guénon, Le Roi du Monde, éditions Gallimard, 1958, chapitre intitulé « MELKI-TSEDEK », page 53).
Il n’est pas inutile de rappeler que le sixième Ciel du Paradis (Chant XVIII) de La Divine Comédie est le « Ciel de Jupiter », dont la vertu caractéristique est la Justice, et nous voyons immédiatement le lien direct de ce Ciel avec le « Roi de Justice » évoqué par René Guénon. Le Chant XVIII du Paradis commence par ces quelques précisions : « Les Guerriers du Christ. […], SIXIEME CIEL : CIEL DE JUPITER (Esprits Justes et Pieux). Mille feux se disposent en forme de lettres, puis l’M final en forme d’Aigle […] (Note : Bibliothèque de la Pléiade nrf Gallimard, Dante, Œuvres complètes, page 1526). Il est important de citer les vers 88-97 du Chant XVIII : « Se montrèrent donc en cinq fois sept voyelles et consonnes ; et je notai les lettres dans l’ordre où elles m’apparurent. « DILIGITE IUSTITIAM », furent les premiers verbe et nom peint en incipit ; « QUI IUDICATIS TERRAM », furent les derniers. Puis dans la lettre M du cinquième mot elles demeurèrent ordonnées ; si bien que Jupiter paraissait d’argent incrusté d’or. Et je vis descendre d’autres lumières de la cime du M, et faire pose, chantant le Bien qui devers soi les tire ». Le Ciel de Jupiter est le siège des âmes des princes sages, qui sont justes et pieux. Les âmes qui résident dans ce Ciel apparaissent à Dante comme des lumières qui volent et chantent. Elles forment des lettres lumineuses qui composent la phrase « DILIGITE IUSTITIAM QUI IUDICATIS TERRAM », qui signifie : « Aimez la justice, vous qui gouvernez le monde », ou « Aimez la justice, vous les juges sur la Terre », ou encore, « Aime la justice toi qui juges le monde ». Après les lettres, les âmes des bienheureux, à partir du « M » final de « TERRAM », forment l’image d’un aigle qui est l’allégorie de l’Empire. Le « M » final est la première lettre du mot Monarchie qui renvoie au De Monarchia de Dante. Dans son Esotérisme de Dante, René Guénon précise encore une fois que : « […] le nom hébreu de la planète Jupiter est Tsedek, qui signifie « juste ». Quant à l’échelle des Kadosch, nous en avons déjà parlé : la sphère de Saturne étant située immédiatement au-dessus de celle de Jupiter, on parvient au pied de cette échelle par la Justice (Tsedakah), et à son sommet par la Foi (Emounah). Ce symbole de l’échelle semble être d’origine chaldéenne et avoir été importé en Occident avec les mystères de Mithra : il y avait alors sept échelons dont chacun était formé d’un métal différent, suivant la correspondance des métaux avec les planètes ; d’autre part, on sait que dans le symbolisme biblique, on trouve également l’Echelle de Jacob qui, joignant la terre aux cieux, présente une signification identique » (Note : René Guénon, L’ésotérisme de Dante, éditions Gallimard, 1957, pages 11 et 12).
Au-dessus du Ciel de Jupiter, Dante évoque le septième Ciel (Chant XXI du Paradis) qui est celui de Saturne. Les âmes qui résident dans ce Ciel se sont consacrées à la vie contemplative et à l’ascèse. Elles apparaissent à Dante comme des splendeurs qui montent et descendent les marches d’un « escalier céleste » lumineux, de la couleur de l’or brillant, et il est si haut, qu’on ne peut en voir le sommet. La tradition dit que Saturne instaura l’Age d’Or durant lequel régnait l’harmonie entre les hommes et les Cieux, c’est-à-dire les états d’être supérieurs. Le Ciel de Saturne de Dante est à rapprocher de la Melencolia I de Dürer car nous avons vu plus haut que le terme Melencolia vient du latin melancholia, mot qui signifie la « bile noire » associée à Saturne et à la « tristesse » dans le sens que lui donnaient les anciens. L’« escalier céleste » de Dante est donc identique à l’échelle à sept barreaux de la Melencolia I qui est bien évidemment l’Echelle de Jacob du Livre de la Genèse sur laquelle montent et descendent les anges. Notons que Jupiter est désigné comme étant le fils de Saturne, les deux « signes » sont donc étroitement liés l’un à l’autre, et les romains ont très tôt assimilé Saturne à Cronos qu’il ne faut pas confondre avec Chronos, le père des Heures, dieu du temps, et personnifications des douze heures du jour ou de la nuit.
Dürer initié à l’Hermétisme.
Cette brève analyse de la célèbre gravure de Dürer, centrée sur le lévrier (le Veltro et le « 515 ») montre combien cette œuvre est parfaitement structurée et répond à des critères et à un symbolisme précis. Si nous divisons la gravure en 4 parties égales, la structure apparaît nettement. L’ensemble est parfaitement cohérent.
Dans le carré noté 1 (voir illustration ci-dessous), nous avons :
le « carré magique » qui correspond au Ciel de Jupiter, à la mesure du temps et de l’« Heure » qui reste inconnue,
la cloche annonciatrice d’un événement majeur situé à la Fin des Temps,
le sablier (instruments de mesure du temps),
le cadran solaire (instruments de mesure du temps),
la balance du Jugement Dernier qui renvoie à l’Archange Saint-Michel et la pesée des âmes au Jugement Dernier,
le visage de l’ange (un ange couronné de lauriers) dont le regard se dirige vers le « M » de MELENCOLIA (« M » comme Monarque).
Dans le carré noté 2 (voir illustration ci-dessous), qui correspond au Ciel de Saturne, nous avons :
l’Echelle de Jacob qui monte vers le huitième Ciel qui est le Ciel des Etoiles Fixes,
la comète, qui comme la cloche annonce un événement majeur,
un arc-en-ciel qui symbolise l’Alliance entre le Ciel et la Terre,
une vaste étendue d’eau calme,
un port et une cité,
une chauve-souris (symbole des ténèbres et des forces maléfiques) qui montre sur la face interne de ses ailes le mot « Melencolia I »,
un creuset alchimique (référence à l’Hermétisme),
la surface supérieure de forme triangulaire d’un polyèdre également appelé rhomboèdre tronqué ou solide de Dürer (composé de 12 sommets, de 4 faces visibles et de 4 faces invisibles) sur lequel prend appui l’Echelle de Jacob (l’Echelle semble prendre naissance dans le polyèdre),
et enfin la moitié d’un chérubin.
Dans le carré noté 3 (voir illustration ci-dessous), nous avons :
la partie inférieure du polyèdre, qui pourrait bien être la « Pierre philosophale » permettant de gravir l’Echelle de Jacob qui monte vers les Cieux,
le Veltro endormi (le Grand Monarque),
une sphère, symbole de perfection, qui est le complément du « carré magique » (quadrature du cercle). Les deux figures ont une position parfaitement symétrique.
une roue de meunier,
une sphère et des outils pour travailler le bois et la pierre.
Enfin, dans le carré noté 4 (voir illustration ci-dessous), qui semble être le carré le plus pauvre en symboles, nous avons :
un compas tenu par l’ange,
une règle,
des clous,
et surtout, la partie inférieure du vêtement de l’ange. Dans les plis de ce vêtement nous trouvons des clés qui signifient le pouvoir, et une bourse qui signifie la richesse (indications fournies par Dürer).
Ci-dessus : Si nous divisons la Melencolia I en quatre parties égales, nous pouvons alors structurer de façon cohérente les différents éléments symboliques qui la compose. Bien évidemment, d’autres découpages beaucoup plus complexes sont possibles tant cette œuvre est riche de sens (Note : L’un des meilleurs sites Internet qui offrent une analyse détaillée de la Melencolia I est sans aucun doute celui-ci : Site sur ce lien ) (illustration Daniel Robin).
Une étude exhaustive de la Melencolia I nous permettrait d’appréhender la profondeur et l’étendue des connaissances (mathématiques, géométriques, astronomiques, astrologiques, hermétiques, etc.) de Dürer et aussi celles des initiés à l’Hermétisme chrétien de cette époque. Le maître de Nuremberg faisait partie d’une longue « chaîne » d’initiés qui prenait sa source dans l’Ordre interne et secret des Templiers. Cette chaîne initiatique ininterrompue passait par Dante Alighieri (1265-1321), Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim (1486-1535), Jean Trithème (1462-1516), Philippus Theophrastus Aureolus Bombast von Hohenheim dit Paracelse (1493-1541), Michel de Nostredame dit Nostradamus (1503-1566), et se poursuivait au sein de la Fraternité des Rose+Croix.
Il n’est peut-être pas inutile de rappeler à ce propos ce que disait René Guénon de la Fede Santa, l’organisation initiatique à laquelle appartenait Dante : « L’association de la Fede Santa, dont Dante semble avoir été l’un des chefs, était un Tiers-Ordre de la filiation templière, ce qui justifie l’appellation Frater Templarius ; et ses dignitaires portaient le titre de Kadosch, mot hébreu qui signifie « saint » ou « consacré », et qui s’est conservé jusqu’à nos jours dans les hauts grades de la Maçonnerie. On voit déjà par là que ce n’est pas sans raison que Dante prend comme guide, pour la fin de son voyage céleste, saint Bernard, qui établit la règle de l’Ordre du Temple ; et il semble avoir voulu indiquer ainsi que c’était seulement par le moyen de celui-ci qu’était rendu possible, dans les conditions propres à son époque, l’accès au suprême degré de la hiérarchie spirituelle » c’est-à-dire l’accès à la Tradition Primordiale occultée dans l’Agarttha (Note : René Guénon, L’ésotérisme de Dante, éditions Gallimard, 1957, pages 11 et 12). Plus loin, il ajoute cette remarque qui indique que la « chaîne » initiatique depuis Dante jusqu’aux Rose+Croix, ne s’est pas rompue : « […] il y a des raisons de penser que la Fede Santa, au temps de Dante, présentait certaines analogies avec ce que fut plus tard la « Fraternité de la Rose-Croix », si même celle-ci n’est pas plus ou moins directement dérivée de celle-là » (Note : René Guénon, L’ésotérisme de Dante, éditions Gallimard, 1957, page 12).
Sources bibliographiques :
« Agarttha – A la recherche du Dépôt Sacré – La lignée secrète Tome 2 » (Daniel Robin).
« Les Templiers de l’Agarttha – Gardiens de la Terre Sainte et de la Tradition Primordiale » (Daniel Robin).