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Les ascensions sociales spectaculaires au Moyen Âge (Par Laurent Ridel)

De notre confrère decoder-eglises-chateaux.fr

La société médiévale n’est pas si figée qu’on le croit. Armés de talent, de courage et de savoir, certains individus ont pu atteindre les sommets.

« L’ascenseur social est en panne. », déplore-t-on parfois aujourd’hui. 

Qu’en était-il au Moyen Âge ? La culture chrétienne de l’époque laissait peu d’espoir d’élévation. « Le devoir de l’homme médiéval était de rester là où Dieu l’avait placé. S’élever était signe d’orgueil, s’abaisser péché honteux. Il fallait respecter l’organisation de la société voulue par Dieu », explique l’historien Jacques Le Goff. Bref, chacun devait rester à sa place.

Pourtant, la société médiévale laissait filtrer quelques cas de mobilité sociale. À travers les armes, le savoir ou l’enrichissement, certains hommes — exceptionnellement des femmes — ont réussi à transcender leur condition, à passer d’une classe à l’autre. Voici quelques exemples de ces transclasses.

Raoul de Presles présentant son livre à Charles V
Raoul de Presles, agenouillé, offre la Cité de Dieu, le livre de saint Augustin, à Charles V de France. Soucieux de se cultiver pour gouverner sagement, le roi avait commandé à son juriste et maître des requêtes Raoul de Presles de traduire l’œuvre. Autour de Charles V, fut promue une aristocratie du savoir. Enluminure extraite de La Cité de Dieu, vers 1470-1480, Français 17, Gallica/Bibliothèque Nationale de France.

Ascension par les armes : La gloire au bout de l’épée

Les sociétés du Moyen Âge sont guerrières. Savoir manier les armes ouvrait donc des perspectives d’ascension.

Les compagnons de Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, ne diront pas le contraire. Quand, en 1066, ils débarquent en Angleterre, leur objectif est ambitieux : expulser du trône le roi anglo-saxon Harold et mettre la main sur l’île. L’affaire réussit au-delà des espérances. À la bataille d’Hastings, Harold est tué, ainsi que de nombreux nobles. Victoire écrasante, nouveau destin.

Tapisserie de Bayeux
Les Normands viennent de débarquer en Angleterre. Détail de la Tapisserie de Bayeux (XIe siècle). Ville de Bayeux, DRAC Normandie, Université de Caen Normandie, CNRS, ENSICAEN.

Guillaume le Bâtard monte sur le trône vide et devient pour la postérité Guillaume le Conquérant. On aurait pu aussi l’appeler Guillaume le Prodigue. Car, par la conquête, il récupère les domaines royaux, mais aussi ceux des seigneurs tués ou rebelles. Une manne avec laquelle il récompense très généreusement ses compagnons d’aventure. Le demi-frère du nouveau roi reçoit près de 300 seigneuries ! Même les plus petits chevaliers sont abondamment pourvus de terres. Si bien qu’ils deviennent parfois plus riches et puissants que leurs frères ou leurs pères restés tranquillement en Normandie.

À peu près à la même époque, d’autres Normands combattent comme mercenaires en Italie du sud. Redoutables combattants à cheval, ils se taillent des États dans ces territoires disputés. Parmi ces Normands, les frères de Hauteville, un modeste lignage noble. Leur descendant, Roger II, réussit à réunir toutes les conquêtes et à recevoir du pape le titre de roi de Sicile.

Ah, les Normands, ils sont forts, audacieux, opportunistes ! Ils sont extraordinaires (oui, je suis Normand ).

Mais les destins exceptionnels n’étaient pas toujours forgés par les armes ; certains traçaient leur voie plus pacifiquement.

Ascension par l’éducation : Le pouvoir des savoirs

Cette voie peut étonner, car au Moyen Âge reste attachée une image d’inculture. Mais il y a bien des écoles de haut niveau, tenues par l’Église, notamment auprès des cathédrales. Ce réseau scolaire s’enrichit au XIIIe siècle par la création des premières universités (parmi lesquelles Paris et Oxford dont la réputation s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui).

Pourquoi a-t-on besoin d’étudiants ? Déjà pour avoir des lettrés. Malgré la domination de l’oralité, l’Église, les rois et les seigneurs ont besoin de gens capables de lire et d’écrire. Au niveau supérieur, les puissants recherchent ceux qui maîtrisent :

  • le droit. Car ils ont besoin de juristes capables de défendre leur pouvoir et leurs possessions;
  • l’administration. Car ils ont besoin de conseillers et d’officiers pour gérer les domaines et les finances;
  • la théologie ou science de la religion. Car l’Église a besoin de savants capables de défendre et clarifier la foi chrétienne, notamment face aux hérésies et aux questions intellectuelles de l’époque.

Dans l’ombre d’un prince, d’un évêque ou d’un pape, certains écoliers doués pouvaient donc accéder à des carrières brillantes.

La famille Jouvenel des Ursins
Une famille qui a réussi : les Jouvenel, panneau peint, vers 1445-1449, musée du Moyen Âge (Jastrom/ Wikimedia Commons)

Ce panneau conservé au musée du Moyen Âge met en valeur la famille Jouvenel. En tête se trouve Jean Jouvenel, fils d’un drapier troyen. Fort de son titre de docteur en droit civil, il a intégré l’administration du roi Charles VII au temps de Jeanne d’Arc. Ses services et sa fidélité lui valent l’anoblissement. D’où son vêtement de chevalier et les éperons — démesurés — à ses pieds.

éperons

Dans son sillage, Jean Jouvenel a favorisé le reste de sa famille, figuré derrière lui et sa femme. On reconnaît deux évêques.

Ascension par l’enrichissement : la puissance de l’argent

Pas plus qu’il n’est associé au savoir, le Moyen Âge ne renvoie pas l’image d’un monde qui favorise la fortune. Peu capitaliste, le système féodal ne produit pas d’Elon Musk. Certains marchands ont tout de même réussi à intégrer l’aristocratie.

Un exemple célèbre est celui des Médicis. Famille de marchands et de banquiers florentins, leur ascension ne se fit pas en une génération, mais s’étala sur plusieurs siècles. Grâce à une gestion habile de leurs affaires, ils passèrent de la bourgeoisie à la gouvernance de Florence.

Laurent de Médicis
Laurent de Médicis, dit Laurent le Magnifique. Sur cette peinture murale, il indique une statue sculptée par Michel-Ange, l’artiste à droite. Chef de la République florentine, Laurent de Médicis fit de Florence une capitale culturelle de l’Europe au XVIe siècle. Palais Pitti à Florence, XVIIe siècle

Au XVIe siècle, l’influence de la famille culmina avec des mariages royaux (rappelez-vous Catherine de Médicis puis Marie de Médicis en France). Trois d’entre eux deviennent papes, mais me voilà en train de déborder de la période médiévale.

Revenons-y avec un homme riche qui fascina ses contemporains : Jacques Cœur. C’était un pelletier, autrement dit un marchand de peaux de luxe. Son habileté commerciale et sa clientèle princière favorisèrent son enrichissement. Grâce à sa fortune et à son réseau, il put prêter de l’argent au roi Charles VII. Sans lui, Jeanne d’Arc n’aurait pu monter son expédition d’Orléans. Charles VII en fit son argentier. À ce titre, Jacques Cœur le fournissait en vêtements, orfèvrerie et autres objets d’apparat. En 1441, il fut anobli. Ce qui ne le protégea pas contre l’hostilité de ses nouveaux camarades de classe (« classe » au sens de catégorie sociale) : les nobles méprisaient les nouveaux entrants.

Et les femmes ?

Pour elles, j’avoue être rentré presque bredouille de mes recherches. Quel que soit leur niveau social, les femmes restent souvent dans l’ombre des hommes. Elles ne bénéficient pas des voies d’ascensions par les armes, par l’éducation ou par l’activité économique (sauf quelques veuves). Pire, dans l’aristocratie, on les soumet souvent à des mariages hypogamiques (aucun rapport avec les hippopotames). Autrement dit, leurs parents les marient couramment à des hommes de rang inférieur. 

Ce qui ne fut pas le cas de Bathilde. Née vers 630, cette Anglo-Saxonne est capturée enfant et vendue comme esclave. Servante dans une cour aristocratique mérovingienne, elle est poussée dans les bras du roi Clovis II qui l’épouse. Il a 14 ans ; elle en a 23. Comme quoi Bathilde bouscule doublement les traditions : elle contracte un mariage hypergamique (l’inverse d’hypogamique) qui plus est avec un époux plus jeune. Mais cette jeunesse n’empêcha pas le roi de mourir le premier. Bathilde sut assurer la régence pour le compte de son fils enfant, Clotaire III.

sainte bathilde
Bathilde, reine des Francs et sainte. Ce portrait très stylisé ne rend assurément pas compte de son charme. Elle est figurée en moniale, car elle se retira dans son monastère de Chelles à la fin de sa vie. Legendarium, XIe siècle, Latin 18100, Gallica/Bibliothèque Nationale de France.

Des dangers de l’ascension sociale

Monter les échelons dans la société médiévale n’était pas sans risque. Les parvenus, souvent méprisés par les élites traditionnelles, suscitaient jalousie et hostilité. Leur réussite, perçue comme une remise en question de l’ordre établi, les exposait à de nombreuses attaques.

Les ennemis de Jacques Cœur arrivèrent à convaincre le roi Charles VII de le mettre en accusation. Pour trouver un motif, il ne fallait pas chercher bien loin. Comme tout financier proche du pouvoir, il avait profité de sa position pour multiplier les malversations. Jacques Coeur fut envoyé en prison. De sa déchéance, le marchand s’en tira au moins vivant. À la différence d’Enguerrand de Marigny

Ce chevalier normand (encore un) était devenu principal conseiller de Philippe le Bel (1285-1314). Il avait accumulé pouvoir et richesses en dirigeant notamment les finances royales.

Mais la mort du roi en 1314 laissa Marigny sans protecteur. Il ne tint même pas six mois sous le règne suivant. Ses ennemis orchestrèrent sa chute. Accusé de détournement de fonds et même de sorcellerie (on raconte qu’il envoûta Philippe le Bel), il fut mis en jugement. Et dans le rôle de l’accusateur public principal, qui trouve-t-on ? Jean de Marigny, le frère cadet d’Enguerrand ! On imagine l’ambiance lors des fêtes de famille. Enguerrand, qui refusa d’apparaître au procès, fut déclaré coupable et fut pendu en 1315 au gibet de Montfaucon, au grand plaisir du peuple et des nobles. Des cordons de la bourse, le malheureux passait à la corde du pendu.

Pendaison d'Enguerrand de Marigny
Pendaison d’Enguerrand de Marigny, sous les yeux de Louis X le Hutin, roi de France. Grandes Chroniques de France, Français 2606, fin XIVe siècle, Gallica/Bibliothèque Nationale de France.

D’une certaine manière, ces chutes rassuraient : la roue de la Fortune tournait pour ramener les destins exceptionnels dans le néant. L’ordre divin était préservé.

Roue de la Fortune
La roue de la Fortune. Au Moyen Âge, ce n’est pas un jeu télévisé mais un motif iconographique qui avertit les spectateurs des coups du sort. On peut s’élever puis chuter. Bocacce, De Casibus, XVe siècle, Français 226, Gallica/Bibliothèque Nationale de France.

L’AUTEUR

Laurent Ridel

Ancien guide et historien, je vous aide à travers ce blog à décoder les églises, les châteaux forts et le Moyen Âge.

Ma recette : de la pédagogie, beaucoup d’illustrations et un brin d’humour.

Addiction au Divertissement : Cause du déclin intellectuel et culturel qui impacte aussi la Franc-maçonnerie

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Dans l’ère contemporaine, la question de la qualité du discours public et de l’engagement intellectuel est plus que jamais d’actualité. Neil Postman, dans son livre Se distraire à en mourir, publié en 1985, propose une analyse critique de l’impact de la télévision sur la culture, l’éducation, la politique et la religion. Postman soutient que cette omniprésence du divertissement menace de réduire la profondeur intellectuelle de la société à un niveau sans précédent. Cet article explore les thèmes centraux de Postman, en élargissant la discussion à l’ère numérique contemporaine, et examine un aspect moins discuté : l’impact de cette culture du divertissement sur des institutions traditionnelles telles que la Franc-maçonnerie.

L’Analyse de Neil Postman

Neil Postman

Neil Postman commence son essai avec une distinction entre deux visions dystopiques : celle d’Orwell dans 1984, où l’information est contrôlée et la culture est supprimée par un pouvoir totalitaire, et celle d’Huxley dans Le Meilleur des Mondes, où la culture est submergée par un déluge de divertissements inoffensifs et insignifiants. Postman argue que c’est la seconde vision qui a prévalu.

Politique comme Spectacle : La politique, selon Postman, est devenu un domaine où la substance est souvent éclipsée par le spectacle. Les débats télévisés, les campagnes électorales sont conçus pour divertir plutôt que pour informer, ce qui diminue la capacité du public à engager un débat critique.

Éducation et Divertissement : L’éducation est également affectée par cette culture du divertissement. Les programmes éducatifs s’adaptent pour capturer l’attention des étudiants avec des méthodes de plus en plus ludiques, ce qui peut diluer la rigueur académique nécessaire au développement de l’esprit critique.

Religion et Show Business : La religion n’est pas épargnée; les services religieux se transforment en spectacles, avec des télévangélistes qui captivent plus par leur charisme que par la profondeur théologique de leur message.

Postman met en garde contre une société où le divertissement devient l’idéologie dominante, conduisant à une apathie intellectuelle généralisée où la réflexion critique est remplacée par une consommation passive d’informations de surface.

L’Ère Numérique et le Divertissement

Avec l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux, les prédictions de Postman ont pris une résonance encore plus forte. Les algorithmes conçus pour maximiser l’engagement utilisent le même principe que la télévision : captiver l’attention avec des contenus légers, rapides et souvent éphémères. Cette saturation d’informations insignifiantes rend la tâche de réfléchir de manière approfondie encore plus ardue.

La Franc-maçonnerie et le Déclin par le Divertissement

Les défis de la modernisation

La Franc-maçonnerie, avec sa structure hiérarchique, ses rituels et ses enseignements, a toujours eu pour but de promouvoir la croissance personnelle, la moralité et l’entraide parmi ses membres. Cependant, la modernisation et l’adaptation aux tendances culturelles actuelles présentent des défis spécifiques :

Rites et Symboles Simplifiés : Les cérémonies maçonniques, autrefois complexes et lourdes de sens, sont parfois simplifiées pour attirer de nouveaux membres dans une société où l’attention est limitée. Ce faisant, elles risquent de perdre en profondeur et en mystique, deux piliers de la tradition maçonnique.

Déclin de la Réflexion Philosophique : La maçonnerie a toujours encouragé l’étude, la pensée critique et le débat philosophique. Mais avec le besoin de rester pertinente dans une culture de l’instantanéité, on observe un glissement vers des activités plus sociales et moins intellectuelles. Les loges pourraient organiser plus d’événements de divertissement que de séminaires ou de discussions sérieuses.

Présence en Ligne : La Franc-maçonnerie, comme beaucoup d’institutions, a cherché à se moderniser en utilisant les plateformes numériques pour attirer et engager ses membres. Cependant, cela expose la maçonnerie à la même fragmentation de l’attention et à la superficialité que Postman dénonçait. Les discussions en ligne, bien que pratiques, manquent souvent de la profondeur et de la solennité des échanges en loge.

Impact sur le Recrutement : La génération actuelle, habituée à un contenu court et divertissant, pourrait ne pas être attirée par les longs discours ou les études approfondies, poussant la Franc-maçonnerie à adapter son approche, parfois au détriment de ses principes fondamentaux d’éducation et de développement personnel.

L’analyse de Neil Postman sur l’impact du divertissement sur la culture reste pertinente et même amplifiée dans notre monde numérique. Ce qui est peut-être plus surprenant, c’est comment même des institutions comme la Franc-maçonnerie, avec son histoire et ses traditions, doivent naviguer dans ce paysage culturel transformé. La question qui se pose alors est : comment préserver la profondeur intellectuelle et culturelle dans un monde où le divertissement est roi ? La réponse pourrait bien résider dans un retour conscient à des pratiques qui valorisent le temps, la réflexion et l’éducation, malgré la pression constante pour se conformer à la culture de l’instantanéité et du spectacle.

Conflit entre Tradition et Innovation : L’équilibre entre maintenir des traditions séculaires et s’adapter à une société où le divertissement est omniprésent est délicat. La maçonnerie doit décider jusqu’à quel point elle peut moderniser ses pratiques sans perdre son identité et son objectif éducatif. L’introduction de technologies dans les loges, comme les vidéoconférences pour les réunions, peut rendre le contenu accessible mais aussi moins sacré, moins engageant sur un plan spirituel ou intellectuel.

Formation et Éducation des Membres : Traditionnellement, la maçonnerie a mis l’accent sur l’éducation à travers l’étude, la lecture et le débat. Avec le déclin de la patience pour la lecture longue et la réflexion profonde, la maçonnerie doit trouver de nouvelles façons d’éduquer ses membres sans compromettre son héritage. Cela pourrait inclure des formats plus digestibles, mais il y a un risque que l’éducation soit diluée si elle est trop simplifiée pour s’aligner avec les habitudes de consommation modernes.

Le Rôle de la Maçonnerie dans une Culture du divertissement

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Achat virtuel

Préservation de l’Espace de Réflexion : La Franc-maçonnerie a l’opportunité unique de servir de refuge contre la culture de l’hyper-divertissement. En maintenant des espaces et des moments dédiés à la contemplation, à l’étude et au dialogue philosophique, elle peut offrir une alternative à la superficialité ambiante. Cela implique de cultiver un environnement où le silence, la réflexion et l’échange profond sont valorisés.

Réinvention des Rituels : Les rituels maçonniques, riches en symboles et en significations, pourraient être réinventés pour captiver l’attention moderne tout en conservant leur profondeur. Cela ne signifie pas de les rendre plus légers ou divertissants, mais plutôt de les rendre plus accessibles tout en préservant leur essence. Par exemple, l’utilisation de la narration ou de la dramaturgie pour illustrer des principes philosophiques peut engager les membres sur un niveau émotionnel et intellectuel.

Engagement avec les Jeunes Générations : Attirer et maintenir l’intérêt des jeunes générations est crucial pour la survie de la Franc-maçonnerie. Cela nécessite non seulement de parler leur langage numérique mais aussi de montrer comment les enseignements maçonniques sont pertinents dans un monde dominé par le divertissement. Des initiatives comme des groupes de lecture, des hackathons maçonniques sur des sujets philosophiques, ou des projets de service communautaire basés sur les valeurs maçonniques pourraient être des moyens de connecter.

La Maçonnerie comme Critique et Acteur Culturel

technologies connéctées dans le monde
main tenant un globe représentant la terre

Critique de la Société du Spectacle : En tant qu’institution qui a survécu à de nombreux changements sociétaux, la Franc-maçonnerie peut se positionner comme une critique de la culture du divertissement. Elle peut rappeler l’importance de la profondeur dans un monde où la surface est souvent privilégiée, agissant ainsi non seulement comme une institution de préservation mais aussi comme un moteur de réflexion critique sur la culture contemporaine.

Le Rôle de la Maçonnerie dans la Société : Au-delà de la critique, la Franc-maçonnerie a l’opportunité d’agir en tant que conservatrice et promoteur de l’intellectualisme et de la culture. Par l’organisation d’événements culturels, conférences, publications, elle peut continuer à jouer un rôle actif dans l’éducation et l’engagement civique, se positionnant comme un contrepoids à la dégradation intellectuelle perçue par Postman.

L’addiction au divertissement présente des défis uniques pour la Franc-maçonnerie, tout comme pour d’autres institutions culturelles. Cependant, ce défi peut aussi être vu comme une opportunité pour la maçonnerie de réaffirmer son rôle dans la société. En adaptant certaines pratiques tout en restant fidèle à ses principes fondamentaux, la Franc-maçonnerie peut non seulement survivre mais aussi prospérer, offrant une voie vers une culture où le divertissement n’est pas l’idéologie dominante mais plutôt un élément parmi d’autres dans une vie enrichie par la réflexion, l’éducation et la communauté.

GLDF – Divers aspects de la pensée contemporaine : « L’humain, le vivant et la planète »

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De notre confrère radiofrance.fr

Dans un monde en quête de sens, il devient essentiel de réinventer notre manière d’habiter la Terre, non seulement par nos actions, mais aussi à travers une conscience qui unit l’esprit, le cœur et la vie qui nous entoure. Avec :

  • David Djaïz* Essayiste et enseignant à Sciences Po

Cette démarche ne se limite pas à préserver ou à protéger, elle invite à vivre en harmonie avec le vivant en cultivant une connexion plus profonde à soi, à l’autre et à la terre. Avec David Djaïz, essayiste, nous interrogeons cette prochaine « révolution obligée ».

Une réflexion sur l’humanité et la nature : vers un nouvel équilibre

Au cœur de cet échange, s’élève la voix de Michel Serres, philosophe du « Contrat Naturel », qui, il y a déjà plus de trois décennies, lançait une alerte : « L’histoire globale entre dans la nature, la nature globale entre dans l’histoire. Voilà de l’inédit en philosophie. » Ces mots, gravés dans une époque où l’optimisme de la mondialisation semblait promettre une humanité réconciliée, résonnent aujourd’hui avec une intensité troublante.

Michel Serres avait perçu ce qui échappait encore à beaucoup : une guerre subtile, insidieuse, que l’humanité livre à la nature. Non pas seulement par l’extraction brutale de ses ressources, mais par cette fusion inédite où la distinction entre l’homme et son environnement s’efface. La nature, autrefois observée comme un théâtre extérieur, est désormais irrémédiablement mêlée à l’histoire humaine. En cela, il préfigurait l’ère de l’Anthropocène, ce moment où la main de l’homme façonne la planète autant qu’elle se façonne elle-même.

La stagnation d’un monde fossilisé

Dans ce contexte, la transformation écologique, tant annoncée, demeure un mirage. Malgré les promesses et les discours, « nous sommes toujours autant drogués aux énergies fossiles qu’il y a 40 ans » nous rappelle David Djaïz. Les chiffres sont implacables : 82 % de l’énergie consommée aujourd’hui provient encore du charbon, du pétrole et du gaz, un héritage stagnant d’une ère passée.

Face à cette dépendance, la nécessité d’une révolution énergétique se fait pressante, mais il ne s’agit pas seulement de technologies ou d’investissements. C’est une révolution industrielle à part entière qu’il nous faut imaginer, un bouleversement profond des façons de produire, de consommer, et même de penser le monde. Comme autrefois le charbon avait imposé son règne au XIXᵉ siècle, une nouvelle matrice énergétique doit émerger, soutenue par des innovations audacieuses et une réinvention collective.

Vers un contrat entre l’humanité et la nature

Mais cette révolution ne peut se limiter aux infrastructures. Elle appelle une refondation de nos rapports avec la Terre elle-même. David Djaïz évoque ce contrat naturel, un pacte élargi qui reconnaît enfin l’interdépendance entre les sociétés humaines et les écosystèmes qui les soutiennent. « Nous faisons corps avec les écosystèmes, et c’est un élargissement de la focale qui nous est demandé. » précise t il.

Ce contrat s’appuie sur une philosophie de la solidarité, une reconnaissance que nous ne sommes pas seulement des individus isolés dans un monde fragmenté, mais des héritiers d’un patrimoine commun. Il nous invite à penser une justice nouvelle, où les efforts et les sacrifices imposés par la

transition écologique sont équitablement répartis, pour éviter que les plus précaires ne portent à eux seuls le poids d’un avenir à bâtir.

L’urgence d’un éveil spirituel

Au-delà des chiffres et des solutions techniques, cette transformation porte en elle une dimension spirituelle. Comme le rappelait Jacques Chirac : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Mais précise David Djaïz : « On ne peut pas regarder ailleurs quand la maison brûle, car nous sommes dans la maison. »

Alors, il y a une urgence plus vaste : celle d’une écologie de l’attention. Dans un monde saturé par les écrans, il devient impératif de retrouver le lien avec le vivant, de prêter attention à ce qui nous entoure, aux cycles de la nature, et aux liens invisibles qui nous unissent. Ce n’est pas seulement un enjeu écologique, mais une quête de « réenchantement du monde ».

Un horizon de renaissance

David Djaïz offre une note d’espoir et de défi. La transformation écologique n’est pas uniquement un projet technique ou politique, c’est une « gigantesque machine à redistribuer les cartes », un bouleversement qui redéfinit les positions sociales, économiques et symboliques. Comme chaque révolution industrielle qui l’a précédée, celle-ci devra s’accompagner d’un nouveau contrat social et naturel.

Dans cette quête, il ne s’agit pas seulement de préserver, mais de réinventer. Réinventer notre place dans le monde, notre manière d’y habiter, et la façon dont nous construisons une alliance avec la Terre et ses cycles fragiles. La route est ardue, mais comme le dit si justement Michel Serres : « Ce qui nous attache et nous relie tous universellement, notre Terre et notre espèce, est la somme intégrale de nos cordes et alliances. »

Et David Djaïz de conclure : « Nous sommes à l’heure de l’Alliance universelle, les hommes sont tous reliés les uns aux autres, encordés en quelque sorte par la technologie, mais nous sommes aussi reliés aux vivants et à la nature. Il faut que les hommes et les institutions permettent de faire vivre cette alliance et d’éviter qu’elle ne se transforme en un champ de ruines fumantes ».

  • * David Djaïz naît en 1990 à Agen. Il grandit entre le Sud-Ouest et le Maroc, où il passe six ans entre 1999 et 2005. Ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (première place au concours d’admission en 2010), et de l’École nationale d’administration (ENA), promotion George-Orwell (2015-2016), David Djaïz est aussi titulaire d’un master de philosophie politique de la Sorbonne, où il a conduit des recherches sur la genèse de la théorie politique moderne. normalien, haut fonctionnaire et essayiste. Auteur de nombreux ouvrages et notamment avec Xavier Desjardin de « La Révolution obligée » chez Allary Editions. Il est aussi président des Rencontres philosophiques Michel Serres à Agen

Pourquoi les Compagnons du devoir attirent toujours autant de jeunes ?

« C’est un peu ma deuxième famille »

De notre confrère france3 – Écrit par Laura Perrusson

Les siècles passent et le compagnonnage attire toujours autant les jeunes. Au centre de formation des Compagnons du devoir de Strasbourg, plus de 700 apprentis sont inscrits sur l’année scolaire 2024/2025. Du CAP au master, des jeunes dès 15 ans font le choix d’une formation exigeante et de la vie en communauté pour apprendre un métier.

La plupart ont rejoint les Compagnons à l’âge de 15 ans. Originaires des quatre coins de la France, ils ont quitté leur famille pour s’installer dans leur nouvelle “maison”, le nom des centres d’hébergement des Compagnons. Si aujourd’hui les cours suivent le cahier des charges de l’Enseignement supérieur, les Compagnons du devoir ne se départissent pas de leurs spécificités : vie en communauté, transmission des savoirs par des échanges informels et voyages en France et à l’étranger… 

Et ces formations uniques en leur genre attirent. À Strasbourg, ils étaient 705 à être inscrits pour la rentrée de septembre 2024. Soit en formation initiale post-brevet ou post-bac, soit dans le cadre de leur “Tour de France”, cette période de formation itinérante qui s’étend sur plusieurs années après l’obtention du diplôme.

Les garçons restent majoritaires dans ces formations aux métiers manuels, explique Benoît Angheben, prévôt au centre de formation de Strasbourg. « Au niveau national, il n’y a que 17% de filles. Chez nous, on les voit surtout dans les métiers du goût ou des matériaux souples. »

La transmission inter-générationnelle est une des valeurs portées par le compagnonnage.
La transmission inter-générationnelle est une des valeurs portées par le compagnonnage. • © Les Compagnons du Devoir Grand-Est

À Strasbourg, 80% des effectifs se forment aux métiers du bâtiment, toujours peu féminisés. Les plus populaires : menuiserie ou charpente, mais aussi, de plus en plus, pâtisserie. « Le nombre de charpentiers a explosé depuis l’incendie de Notre-Dame-de-Paris » constate Florian Guehl, prévôt de la maison de Strasbourg. « Et avec les émissions TV, le métier de pâtissier aussi. »

Des jeunes motivés par le compagnonnage

Les jeunes qui candidatent en post-brevet auprès des Compagnons du devoir ont souvent un projet professionnel bien précis. « À cet âge-là, on ne peut peut-être pas encore parler de passion, mais ils viennent avec un vrai intérêt pour le métier, » précise Benoît Angheben.

Mais dans les candidatures, c’est surtout l’attrait pour le compagnonnage qui ressort chez les jeunes, ajoute le prévôt : « Les jeunes ne candidatent pas par défaut. Ou sinon, ceux qui viennent en voie de garage, on va les réorienter. En général, ils viennent parce qu’ils ont un oncle menuisier ou alors, ils ont fait leur stage de troisième chez un Compagnon. Il y en a très peu qui n’ont aucun lien avec les Compagnons avant de candidater. »

Pour Axelle Charles, en avant-dernière année de Tour de France suite à un CAP Pâtisserie, ce sont les valeurs des Compagnons du devoir qui lui plaisent le plus : « Ce qui m’attirait au départ, c’était vraiment l’apprentissage par le voyage, mais en plus, j’ai trouvé un vrai esprit de famille, d’entraide, de partage… On ne trouve pas ça ailleurs. Les Compagnons, c’est un peu ma deuxième famille. »

Le compagnonnage implique des temps de partage et d'échange dans les "maisons".
Le compagnonnage implique des temps de partage et d’échange dans les « maisons ». • © Les Compagnons du Devoir Grand-Est

Car pour ce mouvement, la transmission ne s’arrête pas aux salles de classe. Les soirs après les cours ou les samedis, les jeunes sont encouragés à échanger avec leurs aînés, demander conseil et perfectionner leur métier. La vie en communauté dans les « maisons » facilite ces échanges.

Une formation sur le long cours

Un investissement en temps important qui peut parfois en démotiver certains. « En dix ans, on a doublé le chiffre des effectifs de formation initiale, mais le nombre de jeunes qui deviennent Compagnons est resté le même, voire a baissé, » regrette Benoît Angheben. « Les jeunes d’aujourd’hui sont toujours curieux de vivre l’expérience du compagnonnage, mais les garder intéressés sur toutes leurs années de formation, c’est de plus en plus dur, j’ai l’impression. »

Les garder intéressés toutes ces années, c’est de plus en plus dur

Benoît Angheben, prévôt du centre de formation de Strasbourg

En cause, des études plus longues que les formations classiques. Aux deux ans pour l’obtention d’un diplôme post-brevet, s’ajoutent trois à cinq ans de voyage dans les ateliers d’autres Compagnons, en France et à l’étranger.

Pour empêcher cette démotivation, les Compagnons du devoir sont obligés de se réinventer. Donner plus de lisibilité aux jeunes sur leur parcours de formation, les laisser choisir leur branche de spécialité et personnaliser les parcours de formation… « Maintenant, à leur arrivée, on leur dit : dans cinq ans, tu seras Compagnon, » déclare Benoît Angheben.

Pour découvrir l’apprentissage par le compagnonnage, rendez-vous aux portes ouvertes du centre de formation de Strasbourg les 25 et 26 janvier 2025.

La pierre de songe par Jean-Bohémond et Jean-Luc Leguay

Du site officiel de la GLNF

Nous explorons aujourd’hui « La pierre de songe », un article saisissant de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) qui plonge dans la profondeur spirituelle et symbolique de la Franc-maçonnerie. Publié sur leur site, ce texte nous invite à réfléchir sur le voyage initiatique et la quête de connaissance intérieure à travers les symboles maçonniques.

La Franc-maçonnerie : chemin de perfectionnement

La Franc-maçonnerie, société initiatique, propose un cadre pour le développement personnel, moral et spirituel de ses membres. Elle utilise une riche symbolique architecturale, où chaque maçon est encouragé à « construire » son propre temple intérieur par le travail, la réflexion et la fraternité. La GLNF, en tant que gardienne de la tradition maçonnique en France, met l’accent sur la régularité et le parcours initiatique vers la lumière.

La Pierre de Songe : symbole de connaissance et de transformation

Le concept de « pierre de songe » dans l’article de la GLNF symbolise la transformation personnelle et l’accès à une connaissance profonde. Dans le contexte maçonnique, cette pierre représente le passage de l’état brut à un état poli, symbolisant le travail de l’individu sur lui-même. Le film mentionné dans l’article, où un apprenti découvre une loge déserte, illustre ce voyage dans un monde symbolique où la matière, l’esprit et le divin se rencontrent.

Symbolisme et initiation

  • Le Symbolisme de la Pierre : La pierre, en Franc-maçonnerie, est un symbole central de transformation. De la pierre brute à la pierre taillée, elle illustre le processus de perfectionnement moral et spirituel. La « pierre de songe » ajoute une dimension onirique, suggérant l’accès à des vérités et des expériences spirituelles par la méditation et la contemplation.
  • Le Voyage Initiatique : La Franc-maçonnerie propose un parcours initiatique où chaque degré parcouru représente un pas vers une compréhension plus profonde de soi et de l’univers. Ce voyage est à la fois individuel et collectif, mené dans le cadre de la loge, un espace sacré de croissance et de fraternité.

Quête de lumière

« La pierre de songe » nous rappelle que la Franc-maçonnerie n’est pas seulement une série de rituels et de symboles, mais une voie vers l’amélioration personnelle et la recherche de la vérité. Ce voyage symbolique à travers les trois mondes – matériel, spirituel et divin – reflète la quête constante de l’humanité pour la connaissance et la sagesse.

Pour ceux qui empruntent cette voie, la Franc-maçonnerie offre un ensemble de pratiques et de réflexions qui enrichissent la vie quotidienne, incitant à une quête de soi et à un engagement éthique envers la société.

Aperçu du travail. Si vous souhaitez voir l’intégralité : rendez-vous le site officiel

Sources :

  • Articles et discussions académiques sur la philosophie et la pratique maçonnique.
  • « La pierre de songe » – GLNF
  • Ouvrages sur la franc-maçonnerie, incluant des explorations sur le symbolisme et l’initiation.

En 2023 leur autre création…

En 2023 Jean-Bohémond et Jean-Luc Leguay avait déjà proposé leur création avec un film « enluminé » de 17 minutes sur les Constitutions d’Anderson dont on célèbre en 2023, le tricentenaire. Il a été réalisé par Jean-Luc Leguay et Jean Bohémond. Un Chemin de Lumière a exigé un an et demi de travail.

Au-delà des dogmes : l’éveil du libre penseur

Depuis la nuit des temps, l’humanité cherche des réponses aux mystères de l’existence. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Face à l’insondable, des systèmes de croyances se sont formés, évoluant parfois en dogmes rigides. Mais que sont ces dogmes, sinon des prisons érigées par l’esprit humain, un refuge pour l’orgueil déguisé en certitude ?

L’illusion de la vérité absolue

Un dogme prétend offrir des réponses définitives aux questions fondamentales de l’existence. Il fixe des repères, trace des frontières entre ce qui est juste et ce qui est erroné, entre le sacré et le profane, entre le possible et l’impossible. Mais cette quête de certitudes cache une grande peur : celle de l’inconnu. Car l’univers, dans son essence, défie toute tentative de classification. Il est vaste, indéfinissable, et en perpétuelle transformation.

L’illusion de la vérité absolue repose sur un paradoxe : en croyant tout savoir, nous cessons d’apprendre. Nous nous fermons à la richesse des perspectives, à la beauté du changement. Pourtant, la nature elle-même nous enseigne l’impermanence. Les cycles de la vie, les étoiles qui naissent et meurent, les saisons qui se succèdent… tout témoigne de la fluidité de l’existence.

Pourquoi alors cherchons-nous à figer ce qui est mouvant ? La réponse se trouve dans l’orgueil. Accepter que nous ne savons pas tout, que nous ne comprendrons peut-être jamais tout, exige une humilité profonde. Cela nous confronte à notre petitesse dans l’immensité cosmique. L’ego, pour se protéger, construit des certitudes. Il s’enveloppe de dogmes comme d’un manteau, croyant ainsi se préserver du froid glacial du doute. Mais ce manteau devient rapidement un carcan.

La vérité, si elle existe, est bien plus grande que ce que nos esprits peuvent concevoir. Elle ne se laisse pas enfermer dans des mots ou des doctrines. Elle danse, insaisissable, entre les lignes, dans les silences, dans les mystères que seul un esprit libre peut entrevoir.

Les chaînes de l’esprit

Un esprit prisonnier d’un dogme perd sa liberté intérieure. Il échange la joie de l’exploration contre la stabilité de certitudes imposées. Pourtant, cette stabilité est illusoire. Car, en réalité, rien n’est plus changeant que l’esprit humain, et rien n’est plus frustrant pour l’âme que de ne pas pouvoir s’épanouir.

Les dogmes, comme des chaînes dorées, sont séduisants. Ils promettent des réponses simples à des questions complexes, une sécurité mentale face à l’inconnu. Mais cette sécurité a un prix : celui de l’étouffement. En suivant aveuglément un dogme, nous abandonnons notre pouvoir de questionnement, notre capacité d’émerveillement, et notre créativité. Nous nous contentons de marcher dans des sentiers balisés, incapables de nous aventurer dans les forêts sauvages de l’inconnu.

Pourtant, c’est précisément dans ces forêts que réside la sagesse. Le doute, loin d’être une faiblesse, est une force. Il ouvre des portes, éveille la curiosité, et nous pousse à chercher des vérités plus profondes. Il nous invite à déconstruire les murs que nous avons érigés autour de nos esprits et à embrasser la liberté d’une pensée fluide, en constante évolution.

L’esprit humain est conçu pour explorer, non pour se conformer. Lorsque nous brisons les chaînes des dogmes, nous découvrons des horizons insoupçonnés, des perspectives nouvelles, et une connexion plus authentique avec nous-mêmes et avec le monde. La véritable liberté ne réside pas dans la certitude, mais dans la capacité de danser avec l’inconnu.

L’orgueil masqué en piété

Les dogmes se présentent souvent comme des expressions de vertu, de sagesse, ou de dévotion. Ils prétendent guider les âmes vers la lumière, protéger des dérives, offrir une voie sûre. Pourtant, derrière cette façade se cache fréquemment un piège subtil : celui de l’orgueil, dissimulé sous le masque de la piété.

Cet orgueil se manifeste de multiples façons. Il nourrit un sentiment de supériorité chez ceux qui adhèrent au dogme, les poussant à juger, à exclure, ou à mépriser ceux qui pensent différemment. « Nous avons la vérité, ils sont dans l’erreur », proclame l’esprit enfermé. Ce besoin d’avoir raison, de dominer par le savoir ou la foi, trahit une insécurité profonde. C’est l’ego qui cherche à se rassurer, à exister en écrasant l’autre.

Mais en s’attachant à cette fausse supériorité, l’amour universel que beaucoup de dogmes prônent est trahi. Car l’amour véritable ne connaît ni divisions ni exclusions. Il ne s’attache pas aux formes, aux règles, ou aux doctrines. Il est libre, comme la vie elle-même.

L’orgueil masqué en piété est une des plus grandes tragédies de l’humanité. Il a nourri des conflits, des guerres, des persécutions. Il a enfermé des générations dans des schémas de pensée rigides, empêchant l’évolution spirituelle et collective. Pourtant, il est possible de transcender cet orgueil.

Cela demande un retour à l’essentiel : une humilité radicale, une ouverture sincère, une écoute profonde. Cela demande de reconnaître que, quels que soient nos croyances ou nos chemins, nous sommes tous des fragments d’un même tout, des explorateurs d’un mystère qui nous dépasse.

L’appel à une pensée libre et lumineuse

Et si la véritable quête de l’humanité n’était pas celle de réponses, mais celle de questions toujours plus vastes ? Et si, au lieu de chercher des certitudes, nous apprenions à danser avec le mystère, à embrasser l’inconnu comme un ami fidèle ? La vie, dans toute sa splendeur, ne se révèle pas à ceux qui la figent, mais à ceux qui s’ouvrent avec humilité et joie à sa perpétuelle transformation.

Devenir un libre penseur, ce n’est pas rejeter toute croyance, mais cultiver un esprit fluide, capable de voir au-delà des murs que nous avons érigés. C’est écouter les murmures de l’univers avec un cœur ouvert, un esprit curieux, et une âme en paix avec l’incertitude. Cela demande du courage : celui de remettre en question ce que nous pensions savoir, celui de reconnaître que chaque instant est une opportunité de grandir, d’apprendre, de se transcender.

La pensée libre n’est pas un acte de rébellion contre l’ordre, mais un acte d’amour envers la vérité vivante, changeante, infinie. C’est l’expression d’une joie profonde, celle de savoir que, dans ce grand théâtre de l’existence, il y a toujours plus à découvrir, à comprendre, à célébrer.

Alors, regardez autour de vous, regardez en vous. Quelles croyances, quelles certitudes, quels murs invisibles limitent votre liberté ? Quels champs de possibles se dévoileraient si vous osiez pousser une porte, briser une chaîne, abattre un mur ?

Quelles prisons êtes-vous prêt(e) à ouvrir ?

Relation entre Conan Doyle et Houdini : Spiritisme et Franc-maçonnerie

Arthur Conan Doyle, célèbre pour avoir créé le détective Sherlock Holmes, et Harry Houdini, le magicien et escapologue légendaire, partagent une histoire fascinante, marquée par leur approche divergente du spiritisme et par des liens supposés ou réels avec la Franc-maçonnerie. Leur relation, bien que complexe et souvent tendue, illustre une époque où le mysticisme, la science et l’illusion se croisaient dans l’esprit public.

Le Spiritisme : Un Pont et un Fossé

Sherlock Holmes au bord des chutes du Reichenbach. L’illustrateur Frederic Dorr Steele

Arthur Conan Doyle est devenu particulièrement connu pour son intérêt, voire son engagement profond envers le spiritisme, surtout après la mort de sa femme et de son fils durant la Première Guerre mondiale. Doyle voyait dans le spiritisme non seulement une preuve de la vie après la mort mais aussi une mission personnelle pour consoler ceux qui avaient perdu des êtres chers. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet, dont « The History of Spiritualism« , et a participé à de nombreuses séances spirites, convaincu de pouvoir communiquer avec les esprits.

Harry Houdini, au contraire, était un sceptique notoire des phénomènes spirites. Son parcours dans le monde de la magie et de l’illusion lui avait donné une compréhension profonde des trucs et des techniques utilisées par les médiums pour tromper le public. Houdini s’était fait une mission de démasquer les faux médiums, comme il le relate dans son livre « A Magician Among the Spirits« . Sa croisade contre le spiritisme l’a conduit à confronter directement Doyle, menant à une relation oscillant entre l’amitié et l’antagonisme.

La Séance Controversée : Un moment clé de leur relation fut une séance organisée par les Doyle où Houdini aurait reçu un message prétendument de sa défunte mère, mais en anglais et non en yiddish ou en hongrois, langues qu’elle utilisait dans la vie. Houdini, trouvant cela suspect, a renforcé son scepticisme, déclarant que le spiritisme n’était qu’une escroquerie.

La Franc-Maçonnerie pour ces deux hommes : Un lien discutable

Bien que les deux hommes aient été associés à la Franc-maçonnerie, les preuves directes de leur implication sont variées :

Conan Doyle et la Franc-Maçonnerie :

Conan Doyle habillé en Franc-Maçon – Image d’IA

Sir Arthur Conan Doyle a été initié à la franc-maçonnerie le 26 janvier 1887 à la loge Phoenix No. 257 à Southsea, Portsmouth, en Angleterre.

Il démissionne puis il revient. Il a démissionné de cette loge en 1889, mais il y est retourné en 1902 avant de re-démissionner à nouveau en 1911. À l’époque, la Franc-maçonnerie était une institution respectée qui attirait des hommes de diverses professions, y compris des écrivains, des médecins, et des personnalités publiques. L’adhésion à une loge maçonnique pouvait offrir des réseaux sociaux et professionnels, mais également un cadre pour explorer des thèmes philosophiques et moraux.

Affiche du film muet Sherlock Holmes contre Moriarty (1922).

Symbolisme et Influence dans son Œuvre : Bien que Conan Doyle soit plus célèbre pour avoir créé Sherlock Holmes, il a intégré des éléments symboliques et des thèmes qui pourraient être liés à sa brève expérience maçonnique dans certaines de ses œuvres. Par exemple, on trouve dans « The Valley of Fear » (La Vallée de la Peur) des allusions aux sociétés secrètes, bien que ce ne soit pas une représentation directe de la Franc-maçonnerie.

L’initiation de Sir Arthur Conan Doyle à la loge Phoenix No. 257 à Portsmouth est un aspect intéressant de sa vie qui témoigne de ses intérêts variés bien au-delà de la littérature policière. Cependant, son engagement avec la Franc-maçonnerie a été de courte durée, marqué par des périodes d’adhésion et de démission, reflétant peut-être une exploration plus large de ses convictions personnelles et philosophiques plutôt qu’une affiliation profonde avec les pratiques maçonniques.

Harry Houdini et la Franc-Maçonnerie :

Harry Houdini habillé en Franc-Maçon – Image d’IA

Houdini a été initié à la Franc-maçonnerie le 13 août 1923 à la St. Cecile Lodge No. 568 à New York. Cette loge était affiliée à la Grande Loge de l’État de New York.

Son initiation a été documentée et il a reçu les degrés de Compagnon et de Maître Maçon les mois suivants, le 17 septembre et le 21 octobre 1923, respectivement.

Affiche « Houdini roi des cartes », Chicago.

Motivations : Sa décision de devenir franc-maçon pourrait avoir été influencée par plusieurs facteurs. L’un d’eux pourrait être le désir de faire partie d’un réseau d’hommes influents et respectés, ce qui était typique pour beaucoup de professionnels de l’époque. Houdini était également connu pour son intérêt pour la mystification et la dénonciation de la fraude, ce qui pourrait lui avoir donné une curiosité pour les sociétés secrètes et leur symbolisme.

Sur le pont Harvard de Boston (1908)

Engagement : Contrairement à certains membres, l’engagement de Houdini dans la Franc-maçonnerie semble avoir été plutôt superficiel. Il n’a pas occupé de postes élevés dans l’ordre maçonnique ni ne semble avoir été particulièrement actif. Cela pourrait être dû à son emploi du temps chargé en tant que magicien et à ses autres intérêts, notamment sa lutte contre le spiritisme qu’il considérait comme une supercherie.

Légende et Mystère : Après sa mort, il y eut des spéculations et des histoires autour de Houdini et de la Franc-maçonnerie, alimentées par sa réputation de mystère et de défi. Des récits apocryphes racontent par exemple qu’il aurait laissé des indices maçonniques dans certains de ses tours ou écritures, bien que rien de concret ne soit réellement prouvé.

Tombe de Houdini et son épouse.

Synthèse et Influence Mutuelle

Houdini et Doyle durant une séance de spiritisme – Image d’IA

Le rapport entre Doyle et Houdini sur le spiritisme et la Franc-maçonnerie montre une dynamique complexe où l’amitié personnelle se heurte à des convictions profondes :

  • Dissonance et Débat Publique : Leur relation a été marquée par des débats publics, des conférences où ils exposaient leurs visions opposées du spiritisme. Doyle voyait Houdini comme un détracteur de la foi qu’il chérissait, tandis que Houdini considérait Doyle comme un homme intelligent trompé par des charlatans.
  • Légende et Héritage : Après la mort de Houdini, Doyle a affirmé que l’esprit de Houdini avait communiqué lors d’une séance, ce qui a encore plus alimenté la controverse autour de leur relation. Cette interaction posthume a contribué à la légende de Houdini, renforçant son image comme celui qui défiait même la mort par ses tours.

En conclusion, la relation entre Conan Doyle et Houdini est une illustration vivante des tensions entre scepticisme et foi, entre magie et réalité, dans une époque fascinée par l’invisible et l’inexpliqué. Leur connexion à la franc-maçonnerie, bien que de nature différente, montre comment les idées et les pratiques maçonniques pouvaient influencer ou être perçues à travers le prisme de leur propre quête de vérité ou de mystère. Leurs vies et leurs œuvres continuent de susciter l’intérêt et le débat sur ces sujets, reflétant les interrogations éternelles de l’humanité sur la vie, la mort et l’au-delà.

1/02/25 à Lyon – Villeurbanne : « Les confluences initiatiques » de la Grande Loge de France

« Être soi. Vivre ensemble. Devenir. »

Samedi 1er février 2025
Lyon – Villeurbanne

Locaux et temples de la Grande Loge De France
2 rue Aynard,
69100 Villeurbanne

Accueil du public à partir de 9h30

10h15 : Inauguration de la manifestation par le Très Respectable Grand-Maître Thierry Zaveroni ou son délégué
10h30 à 12h00 – Table Ronde 1

« Homme augmenté ou humain diminué ? L’imposture transhumaniste ». Par Monsieur Jean-Michel Besnier

Professeur émérite de philosophie (Sorbonne Université).
ex-directeur scientifique du Pôle « Santé connectée et Homme augmenté » au CNRS.

  • 12h00 à 13h45 : restauration et déjeuner sur place
  • 13h45 à 15h15 – Table Ronde 2

« Voulons-nous encore vivre ensemble ? ». Par Monsieur Pierre-Henri Tavoillot.

Maître de conférences en philosophie à Sorbonne Université.
Président du Collège de philosophie.
Créateur du diplôme universitaire  » Référent laïcité : gestion du fait religieux « .

  • 15h45 à 17h15 – Table ronde 3

Les principes du Rite Écossais Ancien et Accepté

Par Robert de Rosa. Ancien Conseiller fédéral.
Ancien directeur de rédaction de Points de Vue initiatiques, revue de la GLDF.

« Le symbolisme au REAA. »

Par Alain Graesel, Ancien Grand-Maître de la GLDF.

« Le Grand Architecte de l’Univers » et « L’Autel des Serments » au REAA.

Par Philippe Charuel, Ancien Grand-Maître de la GLDF.

« La prise de conscience initiatique au REAA. »

17h15 : Conclusion et clôture de la journée par le Grand-Maître Thierry Zaveroni ou son délégué.

Entrée Gratuite
Réservation obligatoire

Les non-maçons doivent être accompagnés de Frères ou de Sœurs

https://www.billetweb.fr/les-confluences-initiatiques-2025

Présence sur place des éditeurs et libraires,
Ouvrages des conférenciers et séances de dédicaces.

GODF : La lettre d’information du 17/01/25

ÉVÉNEMENTS
CINÉ-DÉBAT

Projection du film AMAL, un esprit libre suivie d’un débat Mardi 21 janvier 2025 à 19h30 – PARIS Projection du film de Jawad RHALIB, suivie d’un débat autour du thème : « L’école : la liberté absolue de conscience » dans le cadre du Ciné-Débat du GODF Louis Delluc.

Intervenante : Milène COITOUX, professeure de lettres, ancienne élue municipale, membre d’associations soutenant la laïcité, auteure du livre Le Puzzle de la République.­ AMAL, un esprit libreiné-débat mardi 21 janvier 2025 à 19h30 Grand Orient de France16, rue Cadet à PARIS

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CONFÉRENCE PUBLIQUE

Le parasport et ses enjeux humanistesJeudi 27 février 2025 à 19h00 – PARISConférence publique organisée dans le cadre des Chantiers de la République,en présence de Nicolas PENIN, Grand Maître du Grand Orient de France et d’une délégation du Conseil de l’Ordre.

Intervenants : Michel BOUDON, Para Judoka, Responsable du Para judo IDFJacques ROUSSEL, Médecin fédéral de la FSASPTT, Médecin du sport engagé en santé publiqueGilles BUI XUAN, Enseignant EPS, Professeur émérite des Universités­­Le parasport et ses enjeux humanistesConférence publique jeudi 27 février 2025 à 19h00Grand Orient de France – 16, rue Cadet à PARIS

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­COMMUNICATION DU GRAND MAÎTRE
Interview de Nicolas PENIN, Grand Maître du Grand Orient de France, le 12 janvier 2025 au journal Midi Libre : « La laïcité, c’est un cadre qui permet l’émancipation et la liberté » : les mots forts du Grand Maître du Grand Orient de France à l’occasion de ses vœux à Nîmes. 
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Averroès : Le Philosophe de Cordoue qui influence la Franc-maçonnerie

Au cœur de l’Andalousie musulmane, Cordoue resplendissait au XIIe siècle comme un phare de savoir et de culture. C’est dans cette ville, déjà célèbre pour sa bibliothèque immense et ses intellectuels, que naquit en 1126 Abū al-Walīd Muhammad ibn Ahmad ibn Rushd, mieux connu en Occident sous le nom d’Averroès. Sa naissance dans une famille de juristes et de savants aurait déjà prédestiné ce jeune homme à une destinée exceptionnelle, mais c’est son engagement dans la philosophie, la médecine et le droit qui allait véritablement forger sa légende.

Formation et débuts

Averroès, détail de L’École d’Athènes de Raphaël. Musées du Vatican

Averroès reçut une éducation de qualité, pluridisciplinaire, qui le fit naviguer entre les sciences religieuses, le droit islamique (fiqh), la médecine, et bien sûr, la philosophie. Sa formation fut marquée par l’influence de son père et de son grand-père, tous deux qâḍîs (juges) à Cordoue, et par ses études avec des maîtres comme Ibn Tufayl et Avenzoar. Ce dernier, un médecin éminent, joua un rôle déterminant dans son intérêt pour les sciences médicales.

Le Grand Commentateur d’Aristote

Portrait of Aristoteles. Copy of the Imperial era (1st or 2nd century) of a lost bronze sculpture made by Lysippos

Averroès est souvent surnommé « le Commentateur » pour sa contribution exceptionnelle aux œuvres d’Aristote. Il se lança dans une entreprise quasi titanesque de commentaires, visant à restituer ce qu’il voyait comme la pureté de la pensée aristotélicienne, souvent altérée par les interprétations néoplatoniciennes de ses prédécesseurs arabes. Ses travaux, qui comprennent des commentaires courts, moyens et longs, ont été largement diffusés et ont eu un impact majeur sur la pensée philosophique en Europe médiévale.

Philosophie et Religion : Un équilibre délicat

Averroès nous a laissé un commentaire de la Poétique d’Aristote (ici une édition de 1780).

Averroès a cherché à harmoniser la philosophie et la religion, défendant l’idée que la raison et la foi ne sont pas en conflit mais complémentaires. Dans des œuvres comme le « Faṣl al-Maqāl » (Discours décisif), il argumente que la philosophie est non seulement permise mais obligatoire pour ceux qui en sont capables, tout en préconisant une lecture allégorique des textes sacrés quand ils semblent en contradiction avec la logique rationnelle. Cette position lui valut des accusations d’hérésie de la part des théologiens plus conservateurs, notamment Al-Ghazâlî, à qui il répondit avec son « Tahâfut al-Tahâfut » (Incohérence de l’incohérence).

Carrière publique et disgrâce

Occupant divers postes de qâḍî à Séville et Cordoue, Averroès fut également médecin à la cour almohade, où il gagna la faveur des sultans. Cependant, son soutien à la philosophie contre les attaques des oulémas traditionalistes le mena à la disgrâce. En 1195, sous le règne du calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, il fut exilé à Lucena, une petite ville majoritairement juive. Bien que rappelé plus tard à la cour, il ne retrouva jamais pleinement son ancien statut et mourut à Marrakech en 1198, laissant derrière lui un héritage intellectuel immense.

Influence en Occident

Le Coran reste la source principale de la théologie d’Averroès. Il tentera de l’interpréter en se servant de la logique des Grecs.

L’œuvre d’Averroès, traduite en latin à partir du XIIIe siècle, a profondément influencé la scolastique médiévale, notamment à l’Université de Paris. Figures comme Thomas d’Aquin ont discuté ses thèses, parfois pour les critiquer, mais souvent pour s’en inspirer. L’averroïsme devint un courant philosophique en Europe, souvent associé à des débats sur la nature de l’âme et de l’intellect, et sur la relation entre foi et raison.

Un héritage controversé

La réception de ses idées a été marquée par des controverses, notamment avec la condamnation de certaines thèses averroïstes par l’Église catholique en 1270 et 1277, à Paris. Cependant, son œuvre a survécu à ces tempêtes, continuant de nourrir la pensée jusqu’à la Renaissance, où ses écrits furent étudiés à Padoue, et bien au-delà, influençant des penseurs comme Dante Alighieri et même, indirectement, la philosophie des Lumières.

Les multiples facettes d’Averroès

Outre sa philosophie, Averroès a laissé des contributions notables en médecine avec des ouvrages comme le « Kulliyāt » (Généralités sur la médecine), en jurisprudence avec la « Bidāyat al-Mujtahid » (Livre des commencements pour celui qui veut se vouer à l’effort d’interprétation), et même en astronomie, témoignant de son esprit encyclopédique.

L’héritage d’un esprit universel

Averroès oppose la théorie aristotélicienne de la démonstration aux théologiens asharites de son temps. Copie romaine d’un portrait d’Aristote, musée du Louvre.

Averroès a incarné une vision de la connaissance comme une quête sans fin, où les frontières entre les disciplines s’estompent au profit d’une compréhension plus profonde du réel. Sa vie et son œuvre sont un rappel puissant de l’importance de la curiosité intellectuelle, de l’ouverture d’esprit et du dialogue entre cultures et religions. Sa pensée continue de résonner dans le monde contemporain, non seulement dans les cercles académiques mais aussi comme un symbole de l’échange fructueux entre l’Orient et l’Occident.

Le lien entre Averroès et la Franc-maçonnerie, bien que non direct, peut être exploré à travers plusieurs angles :

Influence Philosophique :

Rationalisme et Scepticisme : Averroès est connu pour avoir défendu une interprétation rationnelle des textes religieux, une position qui résonne avec l’esprit critique et le rationalisme que la Franc-maçonnerie promeut. Les maçons, dans leurs loges, valorisent la recherche de la vérité à travers la raison et le libre examen, principes que l’on peut retracer dans la pensée averroïste. L’idée d’Averroès que la philosophie et la religion ne doivent pas être opposées mais complémentaires trouve un écho dans la philosophie maçonnique qui cherche une harmonie entre la spiritualité et la rationalité.

Raphaël : Platon et Aristote devisant sur la politique ?

Universalisme et Humanisme : La Franc-maçonnerie s’inscrit dans une tradition humaniste et universaliste, visant à l’amélioration morale et intellectuelle de l’humanité. Les écrits d’Averroès, qui prônent une compréhension universelle de la vérité et une éthique humaniste, ont influencé de manière indirecte cette vision maçonnique. Son travail sur la réconciliation de la foi et de la raison contribue à la notion maçonnique que le progrès de l’humanité passe par la connaissance et la tolérance.

Symbolisme et Rites :

Les deux maîtres grecs d’Averroès : Platon et surtout Aristote. Panneau en marbre provenant de la façade nord, registre inférieur, du campanile de Florence. Attribué à Luca della Robbia, vers 1437-1439.

La Loge Averroès : Il existe des loges maçonniques qui portent le nom d’Averroès, notamment la Loge Averroès de la Grande Loge de France, qui regroupe des francs-maçons musulmans. Le choix de ce nom illustre une reconnaissance symbolique des valeurs partagées comme le libre arbitre, la rationalité, et le dialogue interculturel. Cela montre comment la figure d’Averroès est utilisée comme un symbole de l’ouverture d’esprit et du respect des valeurs intellectuelles et spirituelles qui sont chères à la Franc-maçonnerie.

Symboles et Rites : Bien qu’Averroès ne soit pas à l’origine des symboles maçonniques, son travail sur la philosophie et la méthode scientifique a contribué à un climat intellectuel propice à l’émergence de sociétés initiatiques comme la Franc-maçonnerie. Les maçons, en particulier ceux de la tradition continentale, utilisent des symboles et des rituels pour transmettre des enseignements philosophiques, une approche qui trouve une certaine affinité avec la méthode d’Averroès pour enseigner et débattre des idées philosophiques.

Historique et Culturel :

Transmission des Connaissances : Averroès est souvent crédité de la « médiation arabe » dans la transmission des connaissances gréco-romaines à l’Europe médiévale, un rôle que la Franc-maçonnerie, dans son idéal, s’attribue également en tant que gardienne et transmettrice de connaissances ésotériques et philosophiques à travers les âges.

Statue de Platon
Statue de Platon

Réflexion sur la Laïcité et la Tolérance : La défense par Averroès de la laïcité intellectuelle et de la tolérance religieuse peut être vue comme une préfiguration des principes maçonniques de liberté de conscience et de fraternité universelle. Bien qu’Averroès soit antérieur à la Franc-maçonnerie, son influence sur la pensée médiévale a contribué à créer un terreau philosophique où de telles idées pourraient s’épanouir.

Influence sur les Lumières :

Héritage pour les Lumières : Les idées d’Averroès ont influencé la Renaissance et les Lumières, une période où la Franc-maçonnerie a pris une part active dans la diffusion des idées de tolérance, de raison, et de progrès humain. La philosophie des Lumières, qui imprègne beaucoup de la pensée maçonnique, doit en partie à Averroès son engagement envers la raison critique et la séparation des pouvoirs intellectuels et religieux.

Bien qu’Averroès ne soit pas directement lié à la fondation ou aux pratiques de la Franc-maçonnerie, son héritage philosophique, son approche de la raison et de la tolérance, ainsi que son rôle dans l’histoire du savoir, ont indirectement influencé la pensée et les valeurs que la Franc-maçonnerie promeut dans ses enseignements et ses rituels.

Averroes

Ainsi, l’histoire d’Averroès est tissée de fils divers, d’une érudition qui transcendait les domaines et les époques, d’un engagement envers la vérité philosophique et d’une influence qui a su traverser les siècles pour nourrir les esprits en quête de savoir. Pour comprendre le lien entre Averroès et la philosophie maçonnique, il faut maintenant explorer comment ses idées ont pu inspirer ou se refléter dans cette tradition ésotérique et initiatique.