Ah, la Franc-maçonnerie ! Une institution qui, comme un bon vin, se bonifie avec le temps – ou du moins, c’est ce qu’on aimerait croire. Si vous pensiez que le temps était un simple tic-tac de l’horloge, détrompez-vous. En Franc-maçonnerie, le temps est une véritable épreuve, un peu comme l’examen du permis de conduire, mais avec moins de feux rouges et plus de symboles mystérieux.
Imaginez-vous, apprenti maçon, le dos courbé sur un tablier qui semble dire : « Hé, rappelle-toi de ce moment, il y a des chances que tu passes plus de temps ici qu’à ton propre mariage. » Vous entrez dans une loge où le temps semble s’étirer comme un élastique cosmique. Les anciennes horloges au mur ne sont pas là pour indiquer l’heure, mais pour vous rappeler que vous êtes désormais dans un univers où « temps » rime avec « attente ».
Puis vient la fameuse « épreuve du temps ». On vous donne une pierre brute à tailler, et là, vous vous rendez compte que ce n’est pas juste une métaphore. Vous devez réellement sculpter cette chose, et pendant ce temps, les anciens autour de vous scrutent chaque coup de ciseau comme si vous sculptiez la Joconde, mais en version roche. Ils vous observent, non pas parce qu’ils s’attendent à une œuvre d’art, mais pour voir si vous avez la patience d’un sage ou l’impatience d’un gamin en plein caprice.
Et le temps, ce rusé, ne s’arrête pas là. Chaque réunion commence à l’heure, mais se termine toujours « quand il n’y a plus rien à dire », ce qui, dans la langue secrète des francs-maçons, signifie « quand la lune se lève, quand le coq chante, ou quand quelqu’un a besoin de sa dose de caféine. » Les minutes s’étirent, les heures passent, et vous vous demandez si le temps n’a pas été inventé juste pour tester votre endurance.
Mais ne vous méprenez pas, cette épreuve du temps n’est pas là pour vous torturer. Elle est là pour vous enseigner la valeur de chaque instant, pour vous montrer que la patience est une vertu, et que chaque seconde compte, surtout quand vous essayez de comprendre le symbolisme derrière le fait d’allumer une bougie.
En fin de compte, la Franc-maçonnerie et le temps, c’est un peu comme un vieux couple. Ils se disputent souvent, se chamaillent sur la durée des cérémonies, mais au fond, ils savent qu’ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. Car dans ce monde où tout va vite, la Franc-maçonnerie vous rappelle que certaines choses méritent d’être savourées, lentement, comme un grand cru… ou une longue réunion qui semble ne jamais finir.
Heureux les fêlés parce qu’ils laissent passer la lumière
Le franc-maçon est fils de la lumière. Évoquer le rôle et l’influence de la lumière comme concept ou comme symbole ou comme mystique, c’est tout d’abord rechercher dans les origines de la Franc-maçonnerie comment fut vécu le rapport de nos différentes mystiques génétiques avec la lumière.
Si nous évoquons les traditions antiques, on ne manquera pas de mentionner le divin soleil chez les égyptiens et sa cohorte de rituels pour le magnifier.
L’apport de l’hébraïsme, au moins sur les premiers degrés de la Maçonnerie salomique (jusqu’au 14ème grade au REAA) est indéniable. Cette pensée, développée par la Kabbale (la transmission de la connaissance) a pour thème une mystique de la lumière à travers le sujet de l’émanation divine sous formes de sphères de lumières, les séphiroth, témoignant ainsi de l’influence persistante du néo-platonicisme. Les anciens savants juifs, grecs, syriens et arabes ont vraisemblablement attribué le nom de kabbale à un savoir sacré, à un ensemble de connaissances ésotériques et initiatiques, à l’antique art sacerdotal dont l’enseignement était fondé sur les mystères du soleil, source de la lumière, de la chaleur, de la vie et de la lumière primordiale comme principe d’expansion créatrice, la lumière étant révélée pour élargir l’espace du monde. Mais après sa manifestation, la lumière se retire, se cache et devient obscurité du point de vue des créatures.
Dans Le banquet, Platon écrivait : «Celui que l’on aura guidé jusqu’ici sur le chemin de l’amour, après avoir contemplé les belles choses dans une gradation régulière, arrivant au terme suprême, aura la soudaine vision d’une beauté de nature merveilleuse». Cette approche différente du visible permettrait une séparation cathartique entre vision corporelle, opaque, intentionnelle, et vision spirituelle, diaphane, vide.
Chez les Esséniens on enseignait un dualisme strict qui divise le monde et les hommes en deux camps : celui de la lumière, du bien et de la vérité (celui de Dieu), celui des ténèbres, du mal et du mensonge (celui de Bélial).
Souchée sur la Maçonnerie opérative, la Franc-maçonnerie spéculative, qui est la nôtre aujourd’hui, n’a pas manqué de retenir, non seulement une organisation, mais certainement un fondement de la pensée sur ce qui faisait foi pour les bâtisseurs de cathédrales. Les vielles obligations des maçons opératifs contenaient des invocations à Dieu, à la très Sainte Trinité, à la vierge Marie, aux quatre saints martyrisés et faisait obligation d’être fidèle à Dieu et à l’Église. Cette obligation en la croyance de Dieu ne fut abolie qu’en 1877 par le Grand Orient de France. La lumière maçonnique est–elle une trace de cette foi en le divin ?
Plus proche de nous, l’ésotérisme chrétien du XVIIIe siècle avec l’illuminisme considère que la connaissance de Dieu et la science de Dieu sont la vraie connaissance du monde. L’illuminisme a pour thème fondamental la distinction entre l’esprit et la lettre, entre la lumière et la matérialité. Sans levain, c’est-à-dire dépourvue de la lumière de l’esprit, la lettre est vide de sens et par conséquent de vie. L’initié est éclairé par la lumière divine qui se révèle à lui à travers un effort moral. Pour les illuministes, chaque être possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. C’est dans le monde intérieur que se réalise la vision de la vérité : l’esprit illuminé entend, comprend, saisit. Cette lumière n’est pas le résultat d’une acquisition, elle se découvre. Elle est dans l’homme, mais celui-ci risque de mourir sans avoir compris que le trésor de la sagesse se trouve en lui. Les illuministes insistent sur la nature subjective de la connaissance, sur le primat de la transformation personnelle de l’homme qui aboutit à une régénération, à une nouvelle naissance. La foi, l’amour de Dieu, l’abandon de soi-même, telles sont les caractéristiques fondamentales du chrétien de la seule et véritable Église. L’important est de vivre sa foi intensément. Le Christ ne remplit pas un rôle d’expiation et de justification. Quand il advient dans l’âme, l’âme naît en Dieu. La lumière du Christ n’apparaît que dans la mesure où l’homme se détourne de lui-même et se vide pour adhérer au divin. En France, nous trouvons, parmi les esprits les plus brillants de cette époque, Bathilde d’Orléans, la duchesse de Bourbon, mère du duc d’Enghien, Joseph Balsamo, comte de Cagliostro, Pierre Fournié, le prêtre anglican William Law, Joseph de Maistre, bien sûr Martines de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin et, évidemment, Jean-Baptiste Willermoz. C’est à travers la Franc-maçonnerie que certains d’entre eux rêveront de répandre le christianisme sur toute la terre, et ainsi de répandre la lumière.
Nous essayerons de penser la Franc-maçonnerie, le temple et les rites maçonniques dans leur rapport avec la lumière, tantôt par ce qu’elle rend visible, compréhensible, tantôt par ce qu’elle voile, l’ombre, les ténèbres, voire le noir.
L’opposition lumière-ténèbres constitue un symbole universel. Pour en esquisser l’enjeu symbolique, on peut introduire trois grandes acceptations de la lumière sur le plan de l’imaginaire : la lumière-séparation, la lumière-orientation, la lumière-transformation.
. La Lumière-séparation et l’abîme s’opposent dans une symbolique de la création.
. La Lumière-orientation et l’obscurité structurent la symbolique de la connaissance.
. La lumière-transformation se heurte à une double altérité: s’opposant à l’opacité, elle est le symbole de la manifestation de la transcendance; se confrontant à l’ombre, elle devient le symbole de la purification (catharsis).
Regardons en Franc-maçonnerie où tout est symbole, comment nous vivons ces aspects de la lumière.
1- La lumière-séparation.
La dimension proprement démiurgique de cette opposition lumière-ténèbres se retrouve à la racine de toutes les grandes cosmogonies. Du sein d’un abîme préalable (chaos, tehom, tohu-bohu), sans fond, sans forme, va brusquement émerger l’ordre, l’ordo ab chao du REAA, c’est-à-dire la séparation-archétypale originelle. Deux principes opposés sont ainsi différenciés : la lumière et les ténèbres. Trois séparations démiurgiques vont en procéder. Elles engendrent le cosmos dans sa totalité. Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut ! Fiat lux !
Une première séparation opère la création des grandes oppositions cosmogoniques fondamentales : l’avant et l’après, le haut et le bas, la nuit et le jour. Elle correspond à la croisée horizontale et verticale du ciel et de la terre. La lumière nous indique la sortie de la materia prima, du chaos, du primordial, elle nous situe par rapport aux origines. La sortie du cabinet de réflexion et l’enlèvement du bandeau peuvent être rattachés à ce type de rapport à la lumière. N’est-il pas écrit dans le cabinet de réflexions : «si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres et tu verras la lumière» ?
La deuxième séparation est liée à la genèse de la vie. Elle joue sur les variations régulières nuit-jour qui déterminent les saisons, sur la permanence des alternances du jour et de la nuit. Création des cycles de mort et de renaissance, de lumière croissante et décroissante entre solstice d’hiver et solstice d’été. Cette deuxième séparation règle donc le jeu d’équilibre et de conflit entre eau et feu. À cette lumière de genèse correspondent tous les symboles de la lumière-fécondation : lumière souterraine et psychopompe d’Anubis, «soleil vert» de l’émeraude qui est sang et fécondité chez les Mayas comme dans le symbole du Graal, soleil chtonien comme dieu-grain qui meurt à l’automne et ressuscite au printemps, etc. Ce sont aussi nos luminaires, le soleil et la lune, à l’Orient, qui témoignent, dans le temple, de l’alternance du diurne et du nocturne, de la lumière en tant que lumen, celle du quatrième jour de la genèse, différente de la lumière primordiale du premier jour appelée lux. Doit-on en conclure que la lumière ne peut exister que si la nuit existe, que le F\M\ des ténèbres deviendra l’homme de lumière, mais qu’ainsi, il aura des rechutes, des retours en arrière et que, dans ce cas, il lui faudra l’astre de la nuit, l’espoir que le cycle recommence et que les ténèbres ne l’emporteront pas définitivement sur la lumière ? C’est la promesse faite à l’humanité, après le déluge, par l’alliance que le Dieu des Hébreux a inscrit dans la lumière diffractée de l’arc-en-ciel.
La troisième séparation cosmogonique a lieu entre zénith et nadir. Au-dessus de la fertilité végétale, de l’âme lunaire et aquatique se différencie le symbolisme de l’esprit et de la lumière-illumination. Ce symbolisme oppose les images ascensionnelles de l’air et du vent aux images de la pesanteur de la terre. Au soleil terrestre et à ses cycles de fécondation se sur-ordonne la permanence du soleil céleste, porteur de la clarté de l’intellect, il est le modèle visible, le symbole sensible du principe de toute harmonie. La hauteur inaccessible de la voûte étoilée, c’est la verticalité céleste, celle de la lumière et de la vision. Toute ascension mystique ou mythique est visionnaire et elle s’accompagne parfois de photismes lumineux et colorés. Aux degrés de l’échelle chamaniste correspondent des couleurs divines qui symbolisent le degré d’initiation. De ce point de vue, les couleurs de nos loges symboliques et des décors des différents grades sont, comme dans les rites du culte de Mithra ou dans la vision mystique des soufis, la traduction visuelle des degrés ascensionnels des initiés.
Dans la gnose du manichéisme, l’esprit vivant descend ainsi que la mère de vie jusqu’à l’intérieur des ténèbres pour sauver l’homme primordial précipité dans l’abîme infernal de l’obscurité lors des combats entre ténèbres et lumière des commencements. Il tend sa main droite à l’homme primordial qui la saisit et hisse le captif du mélange de la déchéance, il le sort de l’obscurité létale. Cette poignée deviendra dans l’église manichéenne un geste rituel et symbolique. Nous retrouvons ce geste aussi en F\Maç\; sa signification est manifestée, entre autres, sur les tabliers des Maîtres au Rite Écossais Ancien Accepté, au Rite Français.
2- La lumière-orientation
La dimension spécifique de la lumière-orientation se donne à travers l’image-archétypale du chemin : chemin ascendant peuplé d’images lumineuses, aériennes, portant allégresse et éveil ; chemin descendant jalonné d’images sombres, étouffantes, lourdes de toutes les peurs et de tous les tourments. C’est alors le symbole d’un combat éternellement recommencé entre l’élan spirituel vers la lumière et l’inertie matérielle qui fait régresser l’homme dans les obscurités de l’âme. Toutes les gnoses reposent sur ce conflit latent. D’une part règne le constat effrayant de l’obscurité du vécu de l’âme. «Sauve-moi de la matière et des ténèbres», supplie la Pistis Sophia, dans ce très beau recueil de dialogues gnostiques qui porte son nom et qui met en scènes la Sophia, Jésus, les vierges Marie et Marie-Madeleine. D’autre part une lueur d’espoir naît de cette dualité même. L’étoile est l’image symbolique de la lumière salvatrice. Dans la nuit de l’âme, seule brille l’étoile-guide (étoile polaire, étoile des bergers, des Rois mages, «étincelle» des alchimistes, étoile flamboyante). Si certains gnostiques accentuent le dualisme à l’extrême, la plupart des gnoses présentent le chemin de retour de l’âme vers la lumière comme constitué d’alternances entre phases sombres et phases claires. Ce chemin se donne alors dans les symboles «noirs et blancs» des damiers et des échiquiers, des pavements sacrés, des labyrinthes sur le sol des cathédrales, du côté noir et du côté blanc de l’ouroboros, bien sûr de nos pavés mosaïques. L’orientation symbolique est une conversion à la lumière.
De la connaissance lunaire (réfléchie, cyclique, rationnelle), le regard se retourne vers la connaissance solaire (jaillissante, irradiante, intuitive). Le symbolisme de la lumière-orientation joue sur l’opposition montagne-caverne, comme dans le mythe de la caverne de La République de Platon. Le héros ou l’âme exilée, tel Gilgamesh, doit affronter l’obscurité du monde souterrain, pour sortir de «l’autre côté» de la montagne dans la lumière de l’aurore.
Que ce soit l’orphisme, le poème de Parménide, la gnose valentinienne, les actes de Thomas, la Pistis Sophia du côté chrétien, les récits visionnaires de Sohrawardi, ceux d’Ibn al’Arabi ou d’Avicenne du côté musulman, il s’agit toujours d’un voyage vers la lumière de la connaissance, par la distinction initiale entre la droite lumineuse, aurorale et la gauche obscure, crépusculaire, en un mot sinistre. D’après Henri Corbin, ces deux directions se révèlent être l’Orient et l’Occident de l’âme. Si, pour Carl Gustav Jung, l’aurore symbolise la sortie de la nuit de l’inconscient, c’est en plein midi qu’a lieu la délivrance de l’agnoia, l’inconnaissance. «Soudain, une lumière, comme un feu jaillissant, surgira dans l’âme» écrit Platon, dans Lettre VII ; «Tout à coup, vers midi, une vive lumière venant du ciel resplendit autour de moi» trouve-t-on dans les Actes des Apôtres, XXII, 6 ; «Pour le connaissant, il est toujours midi «est écrit dans les Upanishad, III, XI, 3. Nous ouvrons nos travaux à midi plein !
Tout au bout du chemin de connaissance, la lumière-orientation symbolise finalement la brusque éclaircie de la contemplation, comme ouverture de l’instant sur l’éternité, disparition de la durée du moi, apparition de la présence du soi. Et le bandeau fut enlevé ! Jalonné par la lumière, le chemin maçonnique fait sans cesse référence à cette lumière-orientation.
Ainsi en Franc-maçonnerie, les fenêtres, protégées par des grillages qui filtrent la lumière, éclairent les zones du temple, en fonction du degré de lumière qu’elles peuvent recevoir, indiquant le niveau supposé de connaissance des différents grades : faible lumière du nord pour les apprentis, qui augmente en venant du sud pour les compagnons, rayonnante dans l’orient du soleil levant pour éclairer le Vén\, représentant la lueur à partir de laquelle s’élargit la lumière. Ainsi, seul le Vén\ ne retourne pas son cordon en cas de tenue funèbre ; il demeure la lumière de l’aurore et de l’espérance parmi les cordons retournés des autres frères, dont le noir du deuil ne restitue plus aucune lumière.
Cette assimilation de la lumière au chemin initiatique est aussi manifestée par le nombre de lumières disposées sur les plateaux des officiers allant en augmentant selon les grades auxquels sont ouverts les travaux. Les dignitaires de l’ordre sont accueillis par des flambeaux de plus en plus lumineux selon leur rang dans la hiérarchie, censés être celle de la connaissance initiatique.
3- La lumière transformation de la réalité.
Et puis la lumière peut être appréhendée par un troisième axe de symbolisation, celui de la transformation de la réalité. La création se transforme par le regard de la créature. Ce regard est le creuset de l’alchimiste, par où se transmue la nature en visage. Ce troisième aspect de l’opposition repose sur la reconnaissance symbolique du paradoxe de la lumière. D’une part, la lumière est à soi-même son propre obstacle et donc sa propre altération. La lumière révèle, manifeste, suscite la vision réceptrice ; mais par là même elle se diffracte dans le «prisme» du moi. De ce qui est donné comme visible par la lumière, tout n’est pas forcément la vérité. Il y a de l’écart, du retard, entre le jaillissement et le reflet, entre le sujet et l’objet, entre l’original et sa représentation, nous dirions qu’il y a de l’entropie entre le vrai et le voir. Au mystère de la lumière créatrice correspond la vision réceptrice.
Ainsi, la lumière est saisie symboliquement comme tissage avec soi-même. «C’est lumière sur lumière», affirme le Coran ; «Dans Ta lumière nous verrons La lumière», annonce la Bible. Est-ce de ces lumières que se fait la datation du commencement symbolique maçonnique, l’année de la vraie lumière ? De quel événement originel nous rend-elle compte ?
Quelle que soit la façon de repérer les formes de la lumière utilisées par nos rites, il est indéniable que Lumière et Ténèbres sont les deux faces d’une même réalité. La lumière voile en dévoilant, les ténèbres dévoilent en voilant. Ce voir devenu vision n’est-il pas l’œil du delta lumineux ?
Qu’il nous soit permis d’évoquer le 28ème grade du Rite écossais Ancien et Accepté, qui a pour titre «Le Chevalier du Soleil» ou l’Homme régénéré, ce grade correspond aussi au 51ème du rite de Misraïm. L’enseignement de ce grade présente le chevalier du Soleil comme le suprême degré philosophique du rite, survivance du stade supérieur des initiations anciennes, syncrétisme de la théosophie, du gnosticisme, de la magie, de l’astrologie, de la kabbale, de l’hermétisme et du mithriacisme, de toutes les clés de la connaissance… Le Chevalier du Soleil est par définition un chasseur d’ombre. Il est toujours en éveil pour traquer, à propos du savoir et de l’intelligible, les mensonges rassurants. Dans la République, Platon attribue à Socrate ces paroles :» Le soleil, dont seul un aveugle pourrait parler, est quelque chose dont n’approche aucune essence intelligible, quelque chose qui dépasse de loin l’essence en majesté et en puissance». La présence du soleil permet de regarder les ombres qu’il génère lui-même par la combinaison des multiples absorptions-reflections dues aux rencontres de sa lumière et de la matière.
Nous pouvons penser au-delà, à propos des derniers Hauts Grades du REAA, 31, 32 et 33ème, qui revêtent de décors blancs le franc-maçon, comment la lumière a pu alchimiser ces initiés, les transfigurer par un savoir de soi en lumière et de lumière en soi.
La vraie lumière nous est connue par l’initiation. De fait nous la recherchons comme la vérité. Petite lumière à l’origine, elle brillera progressivement en nous et autour de nous, au fur et à mesure que nous trouverons de l’harmonie et de la sagesse en nous. La cohérence de la vraie lumière est à la fois symbolique et métaphysique.
Le franc-maçon est comme un Lucifer (qui a comme étymologie : lux ferre, porter de la lumière), cet apporteur de lumière aux multiples facettes, oscillant, nous dirions vacillant comme une flamme de bougie, entre ombre et lumière. La lumière reflète notre être, et là est le risque de passer dans les miroirs de l’ego où la lumière n’est plus qu’un réverbère. Le risque est de nous éloigner de la vraie lumière, de l’aliéner comme le sont les parfums d’une fleur dans une infusion.
Comme les toreros, le dimanche de la résurrection à Séville, pour accomplir la Rédemption, dans le sanctuaire du cercle parfait des arènes, dans leur habit de lumière, les francs-maçons devraient mettre à mort la matérialité du taureau, ils doivent vaincre les ténèbres par la vision juste ou, comme l’appellent les croyants, par l’œil du cœur, l’œil de l’autre-monde.
Internet est un outil formidable qui rapproche les gens et nous donne la possibilité d’accroître notre savoir en accédant aisément aux meilleures sources. Cependant, Internet crée une illusion de savoir, qui peut être manipulée par divers groupes poursuivant leurs propres objectifs.
L’un des phénomènes induits par l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux peut être qualifié d’« ultracrépidarianisme ».
Ce mot inhabituel, apparu au XIXe siècle, caractérise précisément ce qui se passe aujourd’hui. Il désigne un comportement consistant à donner des conseils ou des avis sur des sujets qui dépassent notre véritable expertise. Ce terme dérive de la phrase latine « Sutor, ne supra crepidam », qui signifie littéralement : « Cordonnier, pas au-dessus de la chaussure ». Il s’agit donc d’une attitude qui consiste à affirmer des choses au-delà des limites de ses compétences et connaissances.
Je ne parle pas ici d’une simple erreur, mais d’une conviction profonde selon laquelle notre compréhension est correcte et fondée sur des faits.
La plupart du temps, ce n’est pas le cas. Les visiteurs passent en moyenne entre 19 et 60 secondes sur une page web. Si vous vous concentrez, ce laps de temps est suffisant pour lire les titres. Cependant, votre cerveau n’a pas le temps nécessaire pour passer en mode apprentissage, commencer à réfléchir, assimiler les informations et réorganiser ses connaissances. Ce processus demande plus de temps et d’efforts.
En conséquence, la plupart des personnes n’accomplissent pas ce processus jusqu’au bout. À la place, le cerveau est attiré par les déclarations les plus simples et les plus courtes. Plus surprenant encore, les affirmations négatives sont mémorisées plus rapidement.
Notre cerveau contient encore des parties très primitives qui traitent les idées de manière différente. Les croyances et les pensées irrationnelles émanent de ce cerveau profond. Habituellement, elles sont filtrées et sélectionnées par notre conscience rationnelle. Mais dans la situation dont nous parlons, elles ne le sont pas. Ces idées s’ouvrent à toutes sortes de théories, mettant en avant des connexions mystérieuses entre les choses et les faits. Les canulars émergent ainsi et se propagent rapidement, acquérant une force de conviction extrêmement dangereuse. Relayées d’une personne à une autre, ces désinformations deviennent de plus en plus fortes, érodant la pensée critique. À ce stade, notre opinion, renforcée par l’illusion du savoir, devient un fait accepté.
Démystifier ces canulars et inverser ce processus demande beaucoup d’efforts. Peu y parviennent. Il est d’abord nécessaire de réaliser qu’une croyance a été créée. Peu importe que l’on parle de politique, de vaccination ou d’anges. Le processus est le même, et nous avons été infectés par l’« ultracrépidarianisme ».
La première étape consiste à reconnaître que nous avons reçu une formation professionnelle qui nous qualifie pour comprendre un métier, et seulement celui-là. Tout comme un cordonnier, nous ne sommes pas compétents pour comprendre tout ce qui existe dans l’univers. Par exemple, la théologie, la philosophie, la politique ou les sciences sont des domaines complexes. Ils demandent beaucoup de travail, des années d’apprentissage, et seuls quelques-uns deviennent spécialistes. Pour cela, des écoles et des formations auprès des meilleurs enseignants sont nécessaires.
Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans cette étrange situation, que ce soit à cause ou grâce à cet outil merveilleux qu’est Internet. Nous sommes aussi ignorants qu’avant, mais nous avons gagné cette illusion de savoir. En est-il de même dans la formation en franc-maçonnerie et dans les travaux produits ? Je vous laisse juge.
La prochaine fois que vous affirmerez quelque chose comme un fait, je vous invite à y réfléchir à deux fois.
Êtes-vous un spécialiste de ce domaine ? Avez-vous lu et bien compris les spécialistes qui en parlent ? Vos sources sont-elles fiables ? Avez-vous vérifié l’information à plusieurs reprises et à partir de sources différentes ? Puisqu’il existe des lobbies puissants utilisant Internet et les réseaux sociaux, nous devons être extrêmement prudents. Une des solutions sera, sans aucun doute, d’être conscient de cette dangereuse maladie, l’« ultracrépidarianisme ».
L’Ultarcrépidarianisme : Le mal secret qui ronge la Franc-maçonnerie française
La franc-maçonnerie, institution vénérable connue pour ses principes de fraternité, d’amélioration personnelle et de quête de vérité, semble être en prise avec un problème moderne : l’ultracrépidarianisme. Ce terme, désignant l’acte de donner des avis sur des sujets dépassant sa compétence, gagne du terrain au sein de certaines loges françaises, menaçant l’intégrité intellectuelle et la réputation de cette société séculaire.
L’Ultarcrépidarianisme : Un Fléau Moderne
Dans une époque où l’information est à portée de clic, l’ultracrépidarianisme a trouvé un terrain fertile. Les francs-maçons, souvent perçus comme des gardiens de la sagesse, ne sont pas immunisés contre cette tendance. Pourtant, leur devise « Savoir, Vouloir, Oser et Se Taire » devrait les inciter à une introspection plutôt qu’à une exposition non informée.
Politique Incongrue : Il y a quelques années, un Vénérable Maître de loge dans le sud de la France a publié un article prétendant que la franc-maçonnerie pourrait résoudre le problème de la surpopulation mondiale grâce à des méthodes pseudo-scientifiques. Non seulement cela a ridiculisé son propre atelier, mais cela a également alimenté les critiques extérieures sur la prétendue influence excessive des francs-maçons.
Médecine et Pseudo-Science : Dans une autre loge parisienne, un frère a tenu une conférence sur les « pouvoirs curatifs des vibrations maçonniques », mélangeant allègrement science et ésotérisme sans base empirique, ce qui a suscité le scepticisme et l’ironie parmi des membres plus éclairés sur ces sujets.
Économie et Théories de la Conspiration: Un exemple encore plus frappant est celui d’un groupe de francs-maçons qui ont tenté d’influencer les politiques économiques de la ville de Lyon en s’appuyant sur des théories économiques erronées et des conspirationnismes, sans formation ni expertise en économie.
Détérioration de la Crédibilité : Ces incidents ne sont pas sans conséquence. Ils érodent la crédibilité de la franc-maçonnerie auprès du grand public et même en interne. La confiance en les loges comme lieux de réflexion sérieuse et de recherche de connaissances authentiques s’en trouve diminuée.
Les Loges Divisées : L’ultracrépidarianisme crée des divisions. Les membres plus critiques s’opposent à ceux qui, dans une volonté de paraître savants, propagent des idées mal fondées, menant à des débats souvent vifs et parfois à des schismes.
Recrutement et Image Publique : La franc-maçonnerie française peine à attirer de nouveaux membres sérieux, en particulier les jeunes générations qui valorisent le savoir authentique. L’image de l’ordre est ternie par ces prétentions non justifiées.
Réactions et Réflexions : Certaines loges ont commencé à prendre des mesures. Des ateliers de formation sur la pensée critique et la méthodologie scientifique ont été introduits. Une loge bordelaise a même créé un comité de vérification des informations avant toute publication ou conférence interne.
décors maçonniques en désordre sur un bureau
Un V∴ Maître d’une Loge à Strasbourg, a déclaré : « Nous devons revenir à nos racines, à l’époque où la franc-maçonnerie était un refuge pour les philosophes, les scientifiques, ceux qui cherchaient à approfondir leur compréhension du monde, non à le réinventer par des assertions non vérifiées. »
L’ultarcrépidarianisme, bien que moderne, n’est pas invincible. La franc-maçonnerie, avec son histoire riche et ses traditions de sagesse, a les outils pour se soigner de ce mal. Il faut un retour à la rigueur intellectuelle, un encouragement à la modestie et à l’apprentissage plutôt qu’à la prétention et à l’opinion non informée. Seule ainsi, la franc-maçonnerie peut continuer à briller comme un phare de connaissance et d’intégrité dans un monde où l’ignorance se drape souvent des habits de l’expertise.
La Franc-maçonnerie, souvent perçue comme une société secrète, est en réalité une école de pensée morale et métaphysique où l’individu cherche à se perfectionner et à comprendre les mystères de l’univers. Une des œuvres qui a profondément influencé certains courants de la Franc-maçonnerie est le « Traité de la Réintégration des Êtres » de Martines de Pasqually.
Ce texte, bien que peu connu du grand public, propose une vision théologique et cosmologique qui a donné lieu à des pratiques ésotériques et à une philosophie de la réintégration qui résonne encore aujourd’hui dans certains cercles maçonniques. Voici un aperçu de ce thème fascinant.
Martines de Pasqually et son Traité
Martines de Pasqually, figure du XVIIIe siècle, a fondé l’Ordre des Élus Coëns de l’Univers, un groupe ésotérique qui a influencé plusieurs branches de la Franc-maçonnerie. Son « Traité » explore la chute de l’homme de son état originel et le chemin vers sa réintégration divine.
La Chute : Selon Pasqually, les êtres humains ont perdu leur connexion directe avec le Divin, entraînant une séparation et une désorientation spirituelle. La Réintégration : Le processus de retour à cet état divin est central. La réintégration n’est pas seulement spirituelle mais aussi cosmique, où chaque être doit retrouver sa place dans l’ordre universel.
Influence sur la Franc-Maçonnerie
Le traité a influencé le Rite Écossais Rectifié entre autres, où l’idée de la réintégration est intégrée dans la quête maçonnique :
Rituels de Réintégration : Certains rituels maçonniques, particulièrement dans les loges influencées par Pasqually, incluent des invocations et des prières pour aider les membres à retrouver leur état originel de pureté et de sagesse. Les Grades et la Progression : Les grades maçonniques peuvent être vus comme des étapes vers cette réintégration, chaque grade offrant une nouvelle perspective sur la quête spirituelle et la réconciliation avec le Divin.
Exemples Rituels
L’Invocation de la Lumière : Dans les loges coëns, des rituels sont conçus pour attirer la lumière divine, symbolisant la réintégration de l’âme avec son essence céleste. Le Rituel de l’Initié : Lors de l’initiation, le candidat est parfois conduit à travers des étapes symbolisant la chute et la réintégration, passant de l’obscurité à la lumière.
La Réintégration au-delà du Rituel
La philosophie de la réintégration dépasse les simples rituels :
La Vie Quotidienne : Les francs-maçons sont encouragés à vivre selon des principes moraux élevés, voyant chaque action comme un pas vers leur réintégration spirituelle. Les Travaux en Loge : Les discussions et les travaux maçonniques sont souvent orientés vers l’amélioration de soi et de la société, refléter l’idée que la réintégration est un processus collectif aussi bien qu’individuel.
Statistiques et Observations Contemporaines
Les Élus Coëns : Bien que la tradition de Pasqually soit plus restreinte, il y a eu un renouveau d’intérêt pour ces enseignements, notamment par des francs-maçons cherchant des pratiques ésotériques plus profondes. Une étude de 2023 par le Cercle d’Études Coëns a noté une augmentation de 20% des membres intéressés par ces rituels dans les cinq dernières années. Renaissance Spirituelle : Il y a une tendance dans la Franc-maçonnerie moderne à explorer des thèmes comme la réintégration, avec des loges qui organisent des séminaires ou des conférences sur ce sujet, constatant une croissance d’intérêt de 15% par an selon le « Bulletin Maçonnique International ».
Réintégration et Transformation Personnelle
Le concept de réintégration dans la Franc-maçonnerie, inspiré par des œuvres comme le « Traité de la Réintégration des Êtres », va bien au-delà de la simple participation aux rituels. Il s’agit d’une transformation profonde et continue :
Le Travail sur Soi : La réintégration est souvent vue comme un processus alchimique où l’individu doit travailler sur lui-même pour transcender ses défauts, symboliquement transformant le plomb en or. Les Outils Maçonniques : Les outils symboliques de la maçonnerie, comme le fil à plomb, le compas, et l’équerre, sont utilisés comme des métaphores pour la rectitude morale et la construction d’une vie en harmonie avec les principes universels.
La Réintégration dans le Monde Moderne
Dans notre époque contemporaine, la réintégration trouve un écho particulier :
Recherche de Sens : Dans une société où le matérialisme peut prévaloir, la Franc-maçonnerie offre une voie pour ceux qui cherchent un sens plus profond à leur existence, un retour à une essence spirituelle. Éthique et Écologie : La réintégration peut également être interprétée dans un sens écologique, où l’humanité cherche à se réintégrer dans un équilibre avec la nature, un thème qui est devenu de plus en plus pertinent avec la crise climatique.
Impact sur la Communauté Maçonnique
Cohésion Sociale : La réintégration prônée par Pasqually et adoptée par certaines loges renforce le sentiment de communauté. Les membres se voient comme des co-créateurs d’un monde meilleur, tous œuvrant vers une même fin. Éducation et Philosophie : Les loges qui embrassent ces enseignements mettent l’accent sur l’éducation philosophique, encourageant la lecture, l’échange d’idées, et la réflexion sur des textes comme le Traité.
Exemples Praticables
Les Travaux de Loge : Des loges peuvent organiser des séances de travail spécifiquement dédiées à l’étude de la réintégration, où les membres discutent des moyens pratiques d’incarner ces principes dans la vie quotidienne. Les Rituels de Passage : Certains rites de passage maçonniques, comme celui de Maître Maçon, peuvent inclure des éléments où l’individu est symboliquement « perdu » puis retrouvé, reflétant le thème de la réintégration.
L’Héritage de Pasqually
L’influence de Martines de Pasqually s’étend au-delà de ses écrits directs :
L’Occultisme et l’Ésotérisme : Son travail a influencé des figures clés de l’occultisme et de l’ésotérisme comme Louis-Claude de Saint-Martin et Papus, qui ont à leur tour apporté ces idées dans la maçonnerie. Diversification des Pratiques : Les loges qui s’inspirent de ses enseignements offrent une diversité de pratiques spirituelles, allant de la prière contemplative à l’étude des mystères de la Kabbale.
Statistiques et Tendances
Renaissance de l’Intérêt : Il y a une tendance croissante dans la Franc-maçonnerie à revenir aux sources ésotériques et aux enseignements traditionnels, avec une augmentation de publications et de conférences sur le sujet de la réintégration. Participation à des Initiatives de Réconciliation : Par exemple, un sondage de 2024 parmi les francs-maçons de diverses obédiences a révélé que près de 40% des répondants participent à des initiatives qui reflètent la philosophie de la réintégration, comme des projets de paix, de justice sociale, ou de réconciliation interculturelle.
En résumé…
Le « Traité de la Réintégration des Êtres » n’est pas seulement un texte historique; il est un vivant rappel de la quête maçonnique pour un retour à une harmonie spirituelle et morale. Dans une époque marquée par la division et la quête de sens, ce concept offre un cadre pour un travail intérieur et collectif visant à la réconciliation de l’humain avec lui-même, avec ses pairs, et avec l’univers. Pour le grand public, l’exploration de la réintégration dans la Franc-maçonnerie dévoile une dimension de cette institution qui se veut non seulement une recherche de connaissance mais aussi une pratique de vie, visant à améliorer l’individu et, par extension, la société dans son ensemble.
Martines de Pasqually offre un cadre pour comprendre la quête maçonnique comme un retour vers un état originel de pureté et de connaissance divine. Cette notion de réintégration inspire non seulement les rituels mais aussi la vie quotidienne des francs-maçons, les poussant à chercher une harmonie intérieure et extérieure. Pour le grand public, cette exploration de la réintégration révèle une dimension moins connue de la Franc-maçonnerie, où la recherche de la lumière n’est pas seulement métaphorique mais une réalité tangible et quotidienne, visant la transformation de l’individu et du monde.
Le grand peintre, mathématicien, dessinateur, et graveur allemand, Albrecht Dürer (1471-1528), le maître de Nuremberg, a réalisé en 1514, une étrange gravure sur cuivre intitulée : Melencolia I ou La Melencolia. Le terme Melencolia vient du latin melancholia qui est transcrit du grec melankholía, composé de mélas, qui signifie « noir », et de khōlé, « la bile ». Le mot signifie donc étymologiquement la « bile noire » associée à Saturne et à la « tristesse », mot qui n’avait pas pour les anciens le même sens qu’aujourd’hui, et qui est souvent utilisé comme synonyme de la dépression nerveuse considérée de nos jours comme une pathologie grave.
Notons aussi que Saturne (planète et signe) est aussi liée au cube.
La Melencolia I de Dürer n’a toujours pas livré ses secrets, car seuls ceux qui sont initiés à l’ésotérisme chrétien et qui sont donc en contact avec les représentants de la Tradition Primordiale, en possèdent la clé. Il est donc superflu d’insister sur le fait que nous ne ferons, dans cette brève étude, qu’effleurer notre sujet. Et si nous citons cette œuvre, c’est parce qu’elle montre un lévrier endormi – qui est un Monarque qui attend son « Heure » – aux pieds d’un ange qui semble, lui aussi, attendre « quelque chose ». Ce lévrier de Dürer, il ne fait aucun doute que c’est le lévrier de Dante, le Veltro et le « 515 » (Cinq-Cent-Dix et Cinq, le 500-10 et 5) de la Fin des Temps. Notons que le lévrier est un chien utilisé dans la chasse à courre pour traquer les « bêtes noires » comme le loup (symbole et animal-totem de la Lignée Caïnite) et l’ours. La Melencolia I est donc une œuvre qui se rapporte directement à cette période terminale du présent cycle de l’Humanité et à la venue du Grand Monarque. Elle nous parle de la mesure du temps et de l’« Heure » lors de laquelle vont se manifester des événements apocalyptiques.
Dürer Melancholia I
Ci-dessus : La Melencolia I, célèbre gravure réalisée en 1514 par le grand peintre, mathématicien, dessinateur, et graveur allemand, Albrecht Dürer (1471-1528), le maître de Nuremberg. Cette œuvre montre, en bas à gauche, un lévrier endormi aux pieds d’un ange qui semble attendre « quelque chose ». Ce lévrier de Dürer n’est autre que le lévrier de Dante, le Veltro et le « 515 » de la Fin des Temps. La Melencolia I est donc une œuvre qui se rapporte directement à cette période terminale du présent cycle de l’Humanité et à la venue du Grand Monarque. Elle nous parle de la mesure du temps et de l’« Heure » lors de laquelle vont se manifester des événements apocalyptiques.
La « douzième heure ».
A la suite de René Guénon, nous pensons que cette phase terminale du présent cycle a commencé au début du XIVe siècle avec la destruction de l’Ordre du Temple qui marque une rupture décisive – il y a un « avant » et un « après » cette destruction – dans l’histoire spirituelle de l’Occident, puisque c’est l’Ordre du Temple qui maintenait le lien avec les organisations initiatiques Orientales et la Tradition Primordiale Polaire. Les Templiers étaient en effet les « gardiens de la Terre Sainte », formule qui peut s’entendre selon différentes perspectives. C’est à partir de cette rupture que la « chute » de l’Occident s’est accélérée et que les forces contre-initiatiques et « sataniques » ont gagné du terrain et se sont répandues dans toutes les strates de la société. Initié à l’ésotérisme chrétien, Dürer a montré dans sa Melencolia I qu’il était conscient des grands bouleversements qui se préparaient, et que l’Occident était définitivement entré dans une période sombre qui verrait la manifestation de signes particulièrement éloquents.
Notons que cette gravure est datée de 1514 et que la somme des chiffres 1+5+1+4 donne le nombre « 11 » qui signe l’appartenance effective de Dürer à une organisation initiatique héritière de l’Ordre du Temple. La date de 1514 marque aussi le 200e anniversaire de la destruction du Temple, et ce n’est certainement pas qu’un simple « clin d’œil » du maître de Nuremberg à cet événement tragique. Elle signe au contraire la volonté de l’artiste de montrer que l’Occident est alors entré dans une période de « chute » accélérée depuis la disparition des moines/chevaliers et de leur influence – influence spirituelle – bénéfique. Notons aussi que cette date de 1514 figure dans le « carré magique » de la gravure est qu’elle est encadrée par les chiffres 1 et 4 qui correspondent respectivement au A d’Albrecht et au D de Dürer. L’œuvre est donc dûment signée, et l’artiste/initié a sans doute voulu dire que la Melencolia I marquait un moment important de sa vie.
En haut de la gravure, nous voyons un astre avec une queue qui traverse le ciel et qui semble vouloir s’écraser sur la terre. Cet astre ne peut être qu’une comète, et nous savons qu’une comète traversa en effet le ciel occidental au cours des années 1513 et 1514 (visible à la fin de décembre 1513 jusqu’au 20 février 1514). Dans ce contexte, le passage d’une comète (« astre de mauvais augure ») ne peut être qu’un mauvais présage et le signe annonciateur de grands bouleversements. Notons aussi que cet astre sombre se dirige vers une balance, symbole du signe zodiacal du même nom qui fait référence au « Jugement dernier » et à la Fin des Temps. Les tympans des cathédrales gothiques montrent en effet le Jugement Dernier ainsi que l’archange Michel pesant les âmes sur une balance qu’un démon essaie de faire pencher du mauvais côté. Tout indique dans cette œuvre que le « temps est compté », car à côté de la balance nous trouvons un sablier surmonté d’un cadran solaire qui indique la « douzième heure », celle où commencent les travaux maçonniques au Rite Ecossais Rectifié, et celle où Adam fut chassé du Paradis marquant ainsi sa « chute ».
En grossissant le cadran solaire, il apparaît que la « douzième heure » est marquée par la faux de la mort. L’heure est « grave » serions-nous tentés de dire. A côté du sablier et du cadran solaire apparaît une cloche reliée à une corde qui sort du cadre de la gravure. Le mystère reste donc entier sur l’identité de l’« agent » extérieur qui doit actionner cette cloche. Ce qui est certain en tout cas, c’est que cette cloche a la même fonction que les trompettes de l’Apocalypse, elle sert à annoncer « quelque chose » qui doit advenir prochainement.
Le « carré magique » qui mesure le temps.
Exactement sous la cloche annonciatrice de l’« Heure », et cette précision est importante car la cloche est directement associé à l’élément de la gravure qu’elle surmonte, nous voyons un « carré magique » (d’ordre n = 4 de 16 cases) dont la somme des nombres dans chaque rangée, verticale et horizontale, et dans chaque diagonale, donne 34, somme de tous les nombres de 1 à 16 (136, nombre sacré), divisée par 4. Comme nous l’avons déjà fait remarqué, dans ce « carré magique » se trouve la date de « 1514 », en bas sur la dernière rangée, qui ne laisse plus aucun doute sur le « message » qu’à voulu faire passer Dürer en ce qui concerne les conséquences désastreuses de la destruction de l’Ordre du Temple. Une des propriétés remarquables du « carré de Dürer » est qu’il est de type « gnomon », c’est-à-dire que la somme dans l’un de ses quatre quadrants, ainsi que la somme des nombres du carré du milieu, valent également 34, et le fait d’être un carré « gnomon » découle d’une propriété encore plus étonnante et bien plus rare : le « carré de Dürer » est « à symétrie centrale », c’est-à-dire que deux cases symétriques par rapport au centre donnent toujours la somme 17.
Ce n’est pas anodin que le « carré de Dürer » soit une sorte de « gnomon » (ce qui le lie directement au cadran solaire) dans lequel est inscrit le nombre « 17 ». Ainsi, ce « carré magique » invite à mesurer le temps et à indiquer une « heure ». Littéralement, le terme gnomon signifie : « qui discerne et qui règle », « qui connaît », ou encore « équerre ou cadran solaire » en grec. Dans les méridiennes, le gnomon désigne l’élément qui laisse passer les rayons du Soleil. C’est, le plus souvent, un trou cylindrique pratiqué dans une plaque scellée en hauteur dans un mur ou dans la verrière d’un édifice recevant la ligne méridienne. L’usage a donné le nom de « gnomon » à certaines méridiennes astronomiques, tel le fameux « gnomon de Saint-Sulpice » à Paris, et rappelons qu’une méridienne est un instrument ou une construction qui permet de repérer l’instant précis du midi solaire (la « douzième heure »). Nous comprenons mieux le lien entre la date d’exécution de l’œuvre, 1514, et la date dans le carré magique : Dürer voulait signifier que son carré magique servait à mesurer le temps.
Ci-contre : Le « carré magique » situé en haut, à droite (carré noté 1), dans la gravure intitulée Melencolia I réalisée en 1514 par Albrecht Dürer (la date de 1514 figure dans le « carré magique). Exactement sous la cloche annonciatrice de l’« Heure », Dürer a placé son « carré magique » d’ordre 4, de 16 cases, dont la somme des nombres dans chaque rangée, verticale et horizontale, et dans chaque diagonale, donne 34, qui est la somme de tous les nombres de 1 à 16 (136, nombre sacré), divisée par 4 (illustration Daniel Robin).
Ci-dessus : Le « carré magique » d’Albrecht Dürer est de type « gnomon », c’est-à-dire que la somme dans l’un de ses quatre quadrants (notés 1,2,3,4 dans l’illustration), ainsi que la somme des nombres du carré du milieu (10+11+6+7), valent également 34, et le fait d’être un carré « gnomon » découle d’une propriété encore plus étonnante et bien plus rare : le « carré de Dürer » est « à symétrie centrale », c’est-à-dire que deux cases symétriques par rapport au centre donnent toujours la somme 17 (illustration Daniel Robin).
Le « Roi du monde » et Jupiter.
Dans son De occulta philosophia, Livre second, publié en latin en 1533, Henri Corneille Agrippa de Nettesheim (1486-1535), dit Cornelius Agrippa, présente sept carrés magiques normaux, d’ordres 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, qui correspondent respectivement aux planètes Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune. Son « carré magique » d’ordre 4 correspond à la planète Jupiter et il est quasiment identique au « carré magique » de Dürer de même ordre. Il ne fait donc aucun doute que Dürer fait référence à la planète Jupiter et à son « carré magique » dans sa gravure. Notons qu’Henri Corneille Agrippa de Nettesheim et Albrecht Dürer étaient des contemporains et qu’ils se connaissaient. Ils étaient sans doute affiliés à des organisations initiatiques similaires qui participait au même courant « théurgico-prophétique », tout comme Nostradamus. Cornelius Agrippa avait rédigé sa De Occulta Philosophia dès 1510, et quelques exemplaires, aux dires de l’auteur, circulaient déjà sous le manteau à cette date. Il est donc certain qu’Albrecht Dürer avait eu connaissance du De Occulta Philosophia lorsqu’il a gravé sa Melencolia I en 1514.
Ci-dessus : à gauche, le « carré magique » de Jupiter de 16 cases. Au centre, le caractère de Jupiter, et à droite, le symbole astrologique de cette planète. Les 3 nombres de Jupiter sont 4, 16, 34 et 136. La planète Jupiter est donc étroitement associée au chiffre 4, au cadran, au cadran solaire de forme carrée, à la quadrature (quadrature du cercle). A noter que le caractère de Jupiter, au centre, est divisé en quatre parties égales (illustration Daniel Robin).
Dans une note de bas de page de son Roi du Monde (Note : René Guénon, Le Roi du Monde, éditions Gallimard, 1958, page 55, note 1), René Guénon lève un coin du voile sur les liens qui unissent le « Grand Monarque » de la Fin des Temps et la planète Jupiter : « Tsedeq est aussi le nom de la planète Jupiter, dont l’ange est appelé Tsadquiel-Melek ; la similitude avec le nom de Melki-Tsedeq (auquel est seulement ajouté El, le nom divin qui forme la terminaison commune de tous les noms angéliques) est ici trop évidente pour qu’il y ait lieu d’y insister. Dans l’Inde, la même planète porte le nom de Brihaspati, qui est également le « Pontife céleste ». – Un autre synonyme de Malkuth est Sabbath, dont le sens de « repos » se réfère visiblement à l’idée de la « Paix », d’autant plus que cette idée exprime, comme on l’a vu plus haut, l’aspect externe de la Shekinah elle-même, celui par lequel elle se communique au « monde inférieur ».
Pour bien comprendre le sens de cette note de René Guénon, il faut citer ce passage où il est question de Melki-Tsedeq : « Le nom de Melchissédec, ou plus exactement Melki-Tsedeq, n’est pas autre chose, en effet, que le nom sous lequel la fonction même du « Roi du Monde » se trouve expressément désignée dans la tradition judéo-chrétienne. Nous avons quelque peu hésité à énoncer ce fait, qui comporte l’explication d’un des passages les plus énigmatiques de la Bible hébraïque, mais, dès lors que nous nous étions décidé à traiter cette question du « Roi du Monde », il ne nous était véritablement pas possible de le passer sous silence. Nous pourrions reprendre ici la parole prononcée à ce propos par saint Paul : « Nous avons, à ce sujet, beaucoup de choses à dire, et des choses difficiles à expliquer, parce que vous êtes devenus lents à comprendre » (Note : René Guénon, Le Roi du Monde, éditions Gallimard, 1958, chapitre intitulé « MELKI-TSEDEK », page 48). Dans cet extrait, René Guénon énonce clairement que Melki-Tsedeq, qui est en lien étroit avec Jupiter (le dieu de la Lumière), est lui-même le « Roi du Monde », et plus loin il nous dit que : « Melki-Tsedeq est donc roi et prêtre tout ensemble ; son nom signifie « roi de Justice », et il est en même temps roi de Salem, c’est-à-dire de la « Paix » ; nous retrouvons donc ici, avant tout, la « Justice » et la « Paix », c’est-à-dire précisément les deux attributs fondamentaux du « Roi du Monde ». Il faut remarquer que le mot Salem, contrairement à l’opinion commune, n’a jamais désigné en réalité une ville, mais que, si on le prend pour le nom symbolique de la résidence de Melki-Tsedeq, il peut être regardé comme un équivalent du terme Agarttha » (Note : René Guénon, Le Roi du Monde, éditions Gallimard, 1958, chapitre intitulé « MELKI-TSEDEK », page 49).
« M » comme Monarque.
Si nous revenons à la Melencolia I de Dürer, nous voyons que la cloche située juste au-dessus du « carré magique » doit nous avertir du retour imminent du Grand Monarque, du Roi du Monde, de Melki-Tsedeq, du dixième Avatâra de la tradition hindoue, du Mahdî de la tradition islamique, du Veltro, qui n’est autre que le « 515 » (Cinq-Cent-Dix et Cinq, le 500-10 et 5), le lévrier de Dante qui est le même que celui qui figure sur la gravure de Dürer. Bientôt, le « Roi du Monde » sortira de l’Agarttha pour préparer la seconde venue du Christ. Et n’oublions pas que l’Agarttha est le centre spirituel suprême, invisible et souterrain, dépositaire de la Tradition Primordiale, qui s’est occultée et dissimulée aux hommes lorsque l’Humanité est entrée dans ce cycle « d’obscurcissement et de confusion » qu’est le nôtre, c’est-à-dire le Kali-Yuga, il y a environ 6 000 ans. Melki-Tsedeq reviendra et il occupera les fonctions de roi et de prêtre. Il sera « Roi de Justice », et comme nous le rappelle René Guénon : « Si maintenant nous prenons le nom de Melki-Tse-deq dans son sens le plus strict, les attributs propres du « Roi de Justice » sont la balance et l’épée ; et ces attributs sont aussi ceux de Mikaël, considéré comme l’« Ange du Jugement ». Ces deux emblèmes représentent respectivement, dans l’ordre social, les deux fonctions administrative et militaire, qui appartiennent en propre aux Kshatriyas, et qui sont les deux éléments constitutifs du pouvoir royal. Ce sont aussi, hiéroglyphiquement, les deux caractères formant la racine hébraïque et arabe Haq, qui signifie à la fois « Justice » et « Vérité », et qui, chez divers peuples anciens, a servi précisément à désigner la royauté. Haq est la puissance qui fait régner la Justice, c’est-à-dire l’équilibre symbolisé par la balance, tandis que la puissance elle-même l’est par l’épée, et c’est bien là ce qui caractérise le rôle essentiel du pouvoir royal ; et, d’autre part, c’est aussi, dans l’ordre spirituel, la force de la Vérité » (Note : René Guénon, Le Roi du Monde, éditions Gallimard, 1958, chapitre intitulé « MELKI-TSEDEK », page 53).
Il n’est pas inutile de rappeler que le sixième Ciel du Paradis (Chant XVIII) de La Divine Comédie est le « Ciel de Jupiter », dont la vertu caractéristique est la Justice, et nous voyons immédiatement le lien direct de ce Ciel avec le « Roi de Justice » évoqué par René Guénon. Le Chant XVIII du Paradis commence par ces quelques précisions : « Les Guerriers du Christ. […], SIXIEME CIEL : CIEL DE JUPITER (Esprits Justes et Pieux). Mille feux se disposent en forme de lettres, puis l’M final en forme d’Aigle […] (Note : Bibliothèque de la Pléiade nrf Gallimard, Dante, Œuvres complètes, page 1526). Il est important de citer les vers 88-97 du Chant XVIII : « Se montrèrent donc en cinq fois sept voyelles et consonnes ; et je notai les lettres dans l’ordre où elles m’apparurent. « DILIGITE IUSTITIAM », furent les premiers verbe et nom peint en incipit ; « QUI IUDICATIS TERRAM », furent les derniers. Puis dans la lettre M du cinquième mot elles demeurèrent ordonnées ; si bien que Jupiter paraissait d’argent incrusté d’or. Et je vis descendre d’autres lumières de la cime du M, et faire pose, chantant le Bien qui devers soi les tire ». Le Ciel de Jupiter est le siège des âmes des princes sages, qui sont justes et pieux. Les âmes qui résident dans ce Ciel apparaissent à Dante comme des lumières qui volent et chantent. Elles forment des lettres lumineuses qui composent la phrase « DILIGITE IUSTITIAM QUI IUDICATIS TERRAM », qui signifie : « Aimez la justice, vous qui gouvernez le monde », ou « Aimez la justice, vous les juges sur la Terre », ou encore, « Aime la justice toi qui juges le monde ». Après les lettres, les âmes des bienheureux, à partir du « M » final de « TERRAM », forment l’image d’un aigle qui est l’allégorie de l’Empire. Le « M » final est la première lettre du mot Monarchie qui renvoie au De Monarchia de Dante. Dans son Esotérisme de Dante, René Guénon précise encore une fois que : « […] le nom hébreu de la planète Jupiter est Tsedek, qui signifie « juste ». Quant à l’échelle des Kadosch, nous en avons déjà parlé : la sphère de Saturne étant située immédiatement au-dessus de celle de Jupiter, on parvient au pied de cette échelle par la Justice (Tsedakah), et à son sommet par la Foi (Emounah). Ce symbole de l’échelle semble être d’origine chaldéenne et avoir été importé en Occident avec les mystères de Mithra : il y avait alors sept échelons dont chacun était formé d’un métal différent, suivant la correspondance des métaux avec les planètes ; d’autre part, on sait que dans le symbolisme biblique, on trouve également l’Echelle de Jacob qui, joignant la terre aux cieux, présente une signification identique » (Note : René Guénon, L’ésotérisme de Dante, éditions Gallimard, 1957, pages 11 et 12).
Au-dessus du Ciel de Jupiter, Dante évoque le septième Ciel (Chant XXI du Paradis) qui est celui de Saturne. Les âmes qui résident dans ce Ciel se sont consacrées à la vie contemplative et à l’ascèse. Elles apparaissent à Dante comme des splendeurs qui montent et descendent les marches d’un « escalier céleste » lumineux, de la couleur de l’or brillant, et il est si haut, qu’on ne peut en voir le sommet. La tradition dit que Saturne instaura l’Age d’Or durant lequel régnait l’harmonie entre les hommes et les Cieux, c’est-à-dire les états d’être supérieurs. Le Ciel de Saturne de Dante est à rapprocher de la Melencolia I de Dürer car nous avons vu plus haut que le terme Melencolia vient du latin melancholia, mot qui signifie la « bile noire » associée à Saturne et à la « tristesse » dans le sens que lui donnaient les anciens. L’« escalier céleste » de Dante est donc identique à l’échelle à sept barreaux de la Melencolia I qui est bien évidemment l’Echelle de Jacob du Livre de la Genèse sur laquelle montent et descendent les anges. Notons que Jupiter est désigné comme étant le fils de Saturne, les deux « signes » sont donc étroitement liés l’un à l’autre, et les romains ont très tôt assimilé Saturne à Cronos qu’il ne faut pas confondre avec Chronos, le père des Heures, dieu du temps, et personnifications des douze heures du jour ou de la nuit.
Dürer initié à l’Hermétisme.
Cette brève analyse de la célèbre gravure de Dürer, centrée sur le lévrier (le Veltro et le « 515 ») montre combien cette œuvre est parfaitement structurée et répond à des critères et à un symbolisme précis. Si nous divisons la gravure en 4 parties égales, la structure apparaît nettement. L’ensemble est parfaitement cohérent.
Dans le carré noté 1 (voir illustration ci-dessous), nous avons :
le « carré magique » qui correspond au Ciel de Jupiter, à la mesure du temps et de l’« Heure » qui reste inconnue,
la cloche annonciatrice d’un événement majeur situé à la Fin des Temps,
le sablier (instruments de mesure du temps),
le cadran solaire (instruments de mesure du temps),
la balance du Jugement Dernier qui renvoie à l’Archange Saint-Michel et la pesée des âmes au Jugement Dernier,
le visage de l’ange (un ange couronné de lauriers) dont le regard se dirige vers le « M » de MELENCOLIA (« M » comme Monarque).
Dans le carré noté 2 (voir illustration ci-dessous), qui correspond au Ciel de Saturne, nous avons :
l’Echelle de Jacob qui monte vers le huitième Ciel qui est le Ciel des Etoiles Fixes,
la comète, qui comme la cloche annonce un événement majeur,
un arc-en-ciel qui symbolise l’Alliance entre le Ciel et la Terre,
une vaste étendue d’eau calme,
un port et une cité,
une chauve-souris (symbole des ténèbres et des forces maléfiques) qui montre sur la face interne de ses ailes le mot « Melencolia I »,
un creuset alchimique (référence à l’Hermétisme),
la surface supérieure de forme triangulaire d’un polyèdre également appelé rhomboèdre tronqué ou solide de Dürer (composé de 12 sommets, de 4 faces visibles et de 4 faces invisibles) sur lequel prend appui l’Echelle de Jacob (l’Echelle semble prendre naissance dans le polyèdre),
et enfin la moitié d’un chérubin.
Dans le carré noté 3 (voir illustration ci-dessous), nous avons :
la partie inférieure du polyèdre, qui pourrait bien être la « Pierre philosophale » permettant de gravir l’Echelle de Jacob qui monte vers les Cieux,
le Veltro endormi (le Grand Monarque),
une sphère, symbole de perfection, qui est le complément du « carré magique » (quadrature du cercle). Les deux figures ont une position parfaitement symétrique.
une roue de meunier,
une sphère et des outils pour travailler le bois et la pierre.
Enfin, dans le carré noté 4 (voir illustration ci-dessous), qui semble être le carré le plus pauvre en symboles, nous avons :
un compas tenu par l’ange,
une règle,
des clous,
et surtout, la partie inférieure du vêtement de l’ange. Dans les plis de ce vêtement nous trouvons des clés qui signifient le pouvoir, et une bourse qui signifie la richesse (indications fournies par Dürer).
Ci-dessus : Si nous divisons la Melencolia I en quatre parties égales, nous pouvons alors structurer de façon cohérente les différents éléments symboliques qui la compose. Bien évidemment, d’autres découpages beaucoup plus complexes sont possibles tant cette œuvre est riche de sens (Note : L’un des meilleurs sites Internet qui offrent une analyse détaillée de la Melencolia I est sans aucun doute celui-ci : Site sur ce lien ) (illustration Daniel Robin).
Une étude exhaustive de la Melencolia I nous permettrait d’appréhender la profondeur et l’étendue des connaissances (mathématiques, géométriques, astronomiques, astrologiques, hermétiques, etc.) de Dürer et aussi celles des initiés à l’Hermétisme chrétien de cette époque. Le maître de Nuremberg faisait partie d’une longue « chaîne » d’initiés qui prenait sa source dans l’Ordre interne et secret des Templiers. Cette chaîne initiatique ininterrompue passait par Dante Alighieri (1265-1321), Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim (1486-1535), Jean Trithème (1462-1516), Philippus Theophrastus Aureolus Bombast von Hohenheim dit Paracelse (1493-1541), Michel de Nostredame dit Nostradamus (1503-1566), et se poursuivait au sein de la Fraternité des Rose+Croix.
Il n’est peut-être pas inutile de rappeler à ce propos ce que disait René Guénon de la Fede Santa, l’organisation initiatique à laquelle appartenait Dante : « L’association de la Fede Santa, dont Dante semble avoir été l’un des chefs, était un Tiers-Ordre de la filiation templière, ce qui justifie l’appellation Frater Templarius ; et ses dignitaires portaient le titre de Kadosch, mot hébreu qui signifie « saint » ou « consacré », et qui s’est conservé jusqu’à nos jours dans les hauts grades de la Maçonnerie. On voit déjà par là que ce n’est pas sans raison que Dante prend comme guide, pour la fin de son voyage céleste, saint Bernard, qui établit la règle de l’Ordre du Temple ; et il semble avoir voulu indiquer ainsi que c’était seulement par le moyen de celui-ci qu’était rendu possible, dans les conditions propres à son époque, l’accès au suprême degré de la hiérarchie spirituelle » c’est-à-dire l’accès à la Tradition Primordiale occultée dans l’Agarttha (Note : René Guénon, L’ésotérisme de Dante, éditions Gallimard, 1957, pages 11 et 12). Plus loin, il ajoute cette remarque qui indique que la « chaîne » initiatique depuis Dante jusqu’aux Rose+Croix, ne s’est pas rompue : « […] il y a des raisons de penser que la Fede Santa, au temps de Dante, présentait certaines analogies avec ce que fut plus tard la « Fraternité de la Rose-Croix », si même celle-ci n’est pas plus ou moins directement dérivée de celle-là » (Note : René Guénon, L’ésotérisme de Dante, éditions Gallimard, 1957, page 12).
Sources bibliographiques :
« Agarttha – A la recherche du Dépôt Sacré – La lignée secrète Tome 2 » (Daniel Robin).
« Les Templiers de l’Agarttha – Gardiens de la Terre Sainte et de la Tradition Primordiale » (Daniel Robin).
C’est d’un sujet un peu personnel dont j’ai choisi de m’entretenir avec vous. Je l’ai déjà évoqué, comme tout maçon et de plus comme auteur de rubriques, je m’informe sur la franc-maçonnerie. C’est un minimum me direz-vous. J’en retire des informations sur la connaissance de mon domaine.
« une fois digérées, toutes ces nouvelles connaissances me donnent l’impression qu’elles renforcent ma recherche personnelle »
Les moyens ne manquent pas, livres, revues spécialisées, ouvrages d’auteurs, autrices reconnus ou non, interviews, podcasts, conférences, la liste n’est pas exhaustive. Nous vivons dans un monde d’abondance voire de consommation et nous avons le choix.
Nous prenons le temps de lire un livre ou un essai, nous rentrons en réflexion parfois monastique, la lecture nous mène vers la profondeur. Les échanges verbaux dans les discussions avec d’autres sœurs et frères nous plongent également dans un climat parfois qui peut être propice à la méditation.
Durant une quinzaine de jours, j’ai passé mon temps à visionner les médias sociaux à la recherche de quelques informations qui auraient pu me faire avancer dans ma quête spirituelle. Je n’ai pas vraiment retrouvé de moments intenses en visionnant ces nombreux reportages qui abordent les différents sujets maçonniques, bien sûr quelques classiques ou inclassables orateurs, oratrices de qualité qui résument avec brio le sujet qu’ils ou qu’elles maîtrisent et c’est en général un bonheur de les entendre.
Ensuite j’avoue que c’est difficile d’aller plus loin, tellement il y a pléiade d’infos surtout sur les réseaux sociaux où le « YouTuber » spécialiste ou non, franc-maçon ou pas, donne son avis à tel point que la redondance finit par nous saturer.
Je vous propose d’aller regarder la réaction du Grand René dans la vidéo ci-dessous :
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Je me suis longtemps interdit d’évoquer un Frère ou l’autre dont j’avais pu être proche – et plus encore d’en faire le sujet d’une de mes chroniques. Eh bien, aujourd’hui, ce sont deux Frères à la mémoire desquels je vais rendre hommage.
Le premier, François, est passé à l’Orient éternel il y a moins de quinze jours et la cérémonie religieuse a eu lieu à la fin de la même semaine. Nous l’avions initié, au début de ce siècle, dans un Atelier de la Grande Loge de France et ce, après une première tentative infructueuse au Grand Orient de France… Nous ne saurions trop remercier les Frères de la rue Cadet qui avaient rejeté définitivement sa candidature, au motif que c’était un financier à son compte et, horresco referens[1], qu’il était titulaire d’un MBA d’Harvard[2] ! Cet homme toujours simple et modeste, qui, dans ses propres affaires, ne s’était, certes, pas appauvri en aidant des dirigeants à sauver leur entreprise, circulait à moto et venait, parfois, de fort loin, pour être présent à nos tenues. Accessoirement – sans doute inspirés par un célèbre proverbe hérité des classiques grecs et latins : « qui peut le plus peut le moins » –, nous l’avons désigné, à maintes reprises, comme Trésorier : comptes impeccables mais poste ingrat où son humanité faisait merveille. Ce frère drôle, affable et discret a tiré prématurément sa révérence, des suites d’une longue maladie, comme on dit, quoiqu’elle nous ait paru des plus brèves… Dans ses dernières heures, il se réjouissait encore d’avoir eu « une bonne vie » !
Le second, Loïk, était passé à l’Orient éternel, il y a tout juste un an, mais nous avons organisé la cérémonie funèbre en son honneur, il y a seulement quelques jours, en présence de sa famille. C’était un spécialiste de marketing, auteur d’ouvrages de référence en la matière, qui avait « tourné romancier », sur le tard. Il n’y avait rien de flamboyant dans son attitude, c’est le moins qu’on puisse dire. Tout aussi humble, c’était un catholique beaucoup moins « fantaisiste » que le précédent, c’est-à-dire un pratiquant tout aussi assidu à l’Église qu’en Franc-Maçonnerie où il voyait un moyen de partager une expérience spirituelle et fraternelle avec des hommes ayant d’autres croyances religieuses ou d’autres convictions philosophiques que les siennes. Pour lui, la loi d’amour dominait indéniablement toutes les autres : elle lui imposait une reconnaissance mutuelle qui échappât à tout esprit de chapelle. Aussi bien dans sa foi que dans les divers aspects de sa vie, il illustrait d’une façon tout à fait initiatique (car c’était aussi un très fin symboliste) le mot de Lacordaire : « Je ne cherche pas à convaincre d’erreur mon adversaire, mais à m’unir à lui dans une vérité plus haute[3] ». C’est ainsi qu’il ne s’arrêtait pas aux anathèmes du Saint-Siège et s’inquiétait plus sérieusement de savoir s’il parvenait lui-même à poser des paroles et des actes justes envers ses Frères, je veux dire envers toutes ses sœurs et tous ses frères en humanité.
Tous les deux avaient le verbe rare et manifestaient une attitude exemplaire, si on daignait y prêter attention. Je ne doute, cependant, pas qu’ils auraient trouvé cette dernière remarque aussi ridicule que déplacée car une telle prétention était loin d’avoir jamais pu les effleurer. Ce qui comptait pour eux, c’était que chacun trouvât sa voie. Que l’on me pardonne donc si je crois, malgré tout, qu’ils étaient pour moi des modèles de frères ! Je crains même qu’en loge, il n’en faille toujours quelques-uns d’un aussi bel acabit, point seulement pour nourrir des liens avec les jeunes générations mais pour nous aider tous à avancer. Ils laissent évidemment un grand vide derrière eux ; pour autant, ce n’est pas demain que leur source va se tarir.
[1] Cette locution latine tirée de l’Énéide (II, 204) de Virgile signifie littéralement : « je suis saisi d’horreur en le rapportant », expression que l’on comprend plutôt comme « je frémisen le racontant ». On l’utilisait coutumièrement en incise, avec un brin d’ironie, du temps où tout un chacun compulsait encore avec délice les pages roses du Petit Larousse… « O tempora, o mores » (« Ô temps, ô mœurs » comme s’exclamait alors Cicéron ; on traduirait aujourd’hui : « Ainsi va l’époque, ainsi vont les mœurs », pour ne pas dire : « Tout fout le camp ! » et… passer pour un vieux c*n, comme apparemment il en allait déjà dans la Rome antique… ).
[2] Le Master of Business Administration (MBA) de la Harvard Business School est un des tout premiers diplômes de management au monde.
C’est avec un mélange de fierté et de mélancolie que nous annonçons aujourd’hui une transition majeure dans la vie de notre Journal. Le Frère Yonnel Ghernaouti, une figure emblématique de notre communauté, a annoncé il y a quelques semaines sa décision de quitter ses fonctions de directeur de la Rédaction de 450.fm, le journal qui, grâce à son dévouement et à son expertise, s’est hissé au sommet des médias maçonniques.
Yonnel n’est pas un nom inconnu dans le paysage des maçons. Depuis la création de 450.fm en 2021, il a été un gardien vigilant de notre histoire et de nos valeurs. Avec une passion inébranlable pour la vérité et la transmission du savoir, il a su transformer un simple projet en une tribune respectée, un phare de lumière dans le vaste océan de l’information maçonnique.
Yonnel est bien plus qu’un rédacteur ; c’est un bâtisseur de ponts entre les époques, les idées et les personnes. Inlassable travailleur, il a tissé des liens solides entre la tradition et l’innovation, rappelant sans cesse que la maçonnerie n’est pas figée dans le marbre, mais vivante et évolutive. Ses articles, marqués par la richesse de leur documentation et la finesse de leurs analyses, ont été des pierres angulaires disposées avec soin dans l’édifice des connaissances maçonniques contemporaines.
Une Nouvelle Aventure Éditoriale
C’est donc avec un regret et un espoir tout également nourris de reconnaissance que nous avons appris qu’à 66 ans, Yonnel Ghernaouti avait décidé de s’engager dans de nouvelles aventures éditoriales. En effet, il a choisi de prendre, désormais, une double casquette de directeur de collection chez deux éditeurs maçonniques : Numérilivre, où il aura la charge d’explorer de nouveaux sentiers propices à la publication, et Le Compas dans l’œil, une maison encore jeune dont il devra contribuer à affirmer la présence dans le domaine de la littérature symbolique et initiatique.
Son expertise éditoriale et son sens aigu de la maçonnerie sont d’indéniables atouts pour sélectionner, solliciter et suivre les talents les plus à même de renouveler le paysage éditorial maçonnique français, continuant ainsi à enrichir notre compréhension du monde maçonnique. Yonnel a toujours eu le don de rendre les mystères accessibles et, quelque difficulté que présentent aujourd’hui d’aussi louables ambitions dans les bouleversements que connaissent les pratiques culturelles, nous espérons vivement qu’il saura relever les nouveaux défis qu’il s’assigne. En tout cas, nous chroniquerons les ouvrages qui paraîtront sous sa houlette.
Un au revoir, donc, mais, en rien, un adieu…
Si Yonnel nous manquera dans les joies et les peines de nos travaux quotidiens (car ce n’est pas peu de choses, avec de modestes moyens, que de publier cinq articles par jour aussi pertinents que possible dans l’univers, moins restreint qu’on ne le pense, qui est le nôtre !), nous ne désespérons pas de le retrouver, au moins occasionnellement, sur le chantier de 450.fm. La porte lui sera toujours grandement ouverte. Puissent sa sagesse, son humour et sa vision savante briller aussi souvent que possible, dans nos colonnes ! En tout cas, nous le remercions pour les 40 mois « épiques » passés ensemble à œuvrer – à notre niveau, s’entend – à un plus généreux partage de la lumière et de la vérité.
Yonnel, nous qui chérissons la liberté, nous chérissons naturellement la tienne et formulons de tout cœur, pour toi, tous nos vœux de succès, dans tes nouvelles entreprises !
Je suis Liliane Mirville, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, obédience féminine créée par et pour des femmes. Nous rassemblons 13 000 femmes, Franc- maçonnes, partageant des valeurs communes, s’appuyant sur notre devise : Liberté, Égalité, Fraternité.
Les violences faites aux femmes concernent toutes les femmes, de tous les pays, de toutes les cultures. L’objectif de la Franc-maçonnerie est de travailler à une Humanité meilleure et plus éclairée et ce projet nous oblige à manifester notre indignation et notre solidarité. Les violences faites aux femmes c’est une violation des droits humains. En 1999, l’Organisation des Nations Unies décide d’instaurer le 25 novembre, une Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Elle intègre toutes les formes de violences sexistes et sexuelles, les mutilations sexuelles féminines, les mariages forcés, la prostitution, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée. Le contexte actuel est alarmant : le procès des viols de Mazan, le viol et l’assassinat de Philippines, la situation des femmes afghanes et iraniennes notamment, les violences à l’égard des femmes sont partout.
Elles nous entourent. Samedi dernier 23 novembre, des milliers de personnes se sont rassemblées en France pour réclamer la mobilisation de moyens financiers sur le modèle de l’Espagne qui a réduit d’un tiers le nombre de féminicides. « En France, un viol toutes les 6 minutes », « Nous ne voulons plus compter nos mortes », « Brisons la loi du silence », « Protégez vos filles, éduquez vos fils » pouvait-on lire sur les pancartes. Ces pancartes soulevées, ces mots écrits dans le silence et la souffrance, montrent combien ce 25 novembre doit rester un sursaut collectif contre les violences faites aux femmes.
Sept après le mouvement « Me Too » et cinq ans après le « Grenelle des violences conjugales » le nombre de violences sexistes et sexuelles, hélas, a peu baissé mais reste à un niveau encore trop élevé. Les faits divers très médiatisés, dans le monde du sport, de la TV, de la radio, du cinéma, de la santé, des institutions publiques et politiques ou bien encore dans les armées, les rendent de plus en plus visibles et lisibles. Les chiffres demeurent alarmants et contrastés :
• à l’échelle mondiale : 736 millions de femmes (soit 1 femme sur 3) ont subi des violences physiques et /ou sexuelles. Les jeunes filles sont particulièrement touchées (1 adolescente sur 4 maltraitée par son partenaire). • en France : En 2023, plus de 3 victimes de tentative ou de féminicides par jour. – Au 20 novembre 2024, on dénombre 122 féminicides depuis le début de l’année. • Près de 1, 4 million de femmes déclarent avoir subi des violences sexistes ou sexuelles hors du cadre familial en 2023. Seules 2 % des victimes ont porté plainte auprès des forces de l’ordre.
Les violences sexistes et sexuelles sont un fléau en France et dans le monde : les propos sexistes sont l’antichambre des violences. Lutter contre la violence implique aussi l’égalité entre les femmes et les hommes et le respect de l’Autre. L’abus de pouvoir, le harcèlement, de rue, à l’école ou à domicile, gangrène le corps social d’un pays où les questions de sécurité réelles ou ressenties deviennent l’un des éléments importants du débat public d’aujourd’hui.
POUR CONCLURE :
Le procès des viols de Mazan, largement médiatisé auprès du public, a favorisé une prise de conscience par le Gouvernement. Le Premier ministre doit présenter, une série de mesures pour lutter contre la violence envers les Femmes. La Grande Loge Féminine de France va suivre, très attentivement, le développement et le suivi de ces mesures à venir. Nous sommes des femmes Franc-maçonnes et des femmes européennes. Grâce à l’Institut Maçonnique Européen, notre Obédience a la possibilité de s’exprimer à la Commission Européenne. Les obédiences féminines peuvent travailler ensemble pour dénoncer et lutter contre ce fléau qui nous concerne toutes et tous.
Femmes de France et femmes du monde, nous devons travailler au respect de l’Autre et de soi-même. Lutter contre les violences faites aux femmes, c’est aussi construire la Paix dans la solidarité, c’est s’unir en fraternité pour un avenir respectueux et égalitaire. Ce 25 novembre doit rester un combat pour les femmes dont les droits sont encore piétinés dans de nombreux pays. Souvenons-nous de ces héroïnes, des Sœurs MIRABAL et de la persane Ahou DARYAEL qui opposa son corps vulnérable, en sous-vêtements, à l’oppression. Pour nous, Francs-Maçonnes, ces femmes sont entrées dans l’histoire par la grande porte. Elles incarnent la bravoure et la résistance pour un seul combat qui est aussi le nôtre : la liberté et la vie des Femmes. Merci.
GADLU ou Père Noël… Après tout, les deux nous apportent des cadeaux de… Lumière !
Dans un tapis de loge, tout en soie brodé,
Un calendrier de l’avent a été découpé.
Une franc-maçonne impatiente et émerveillée
Cherche à chaque fenêtre un symbole caché.
Oh ! le monde secret lentement dévoilé !
Déjà, le compas, ouverture graduelle…
Elle entend le silence puis résonne une voix :
« Reste dans tes limites, si non, c’est le bordel ! »
Voici l’équerre, rigueur et bons angles droits,
Qui souffle tout bas « Adapte chacun de tes pas ! »
Puis dit la pierre brute, toute en aspérités,
« Panique pas ! Ton travail sera bien couronné ».
Et voici le fil à plomb, tout enchevêtré
Il faut le démêler pour pouvoir se centrer.
Maintenant le maillet, pas si simple à manier
« Frappe fort, mais évite ta frangine, pitié ! »
Avec ciseau, maillet, tu tailles et tu sculptes
Entre force et mesure, tu dois cadencer,
Pour cette pierre polie, élégante, sans tutu
A l’édifice insérée sous l’œil du GADLU.
Dans la fenêtre 8, maintenant un niveau !
Et sa bulle qui bouge comme c’est rigolo.
Une truelle sourit, prête à mélanger,
A cimenter la joie et bâtir sans regret.
Le Delta lumineux vient triangulaire,
« Il brille plus que toi, l’as-tu bien vu ma chère ? »
Puis les stables colonnes BOAZ et JAKIN,
Majestueuses et fières, « c’est quand même pas rien ! »
Pour unir dans l’amour, dénouer les embrouilles,
Avec ses entrelacs, voici la corde à nœuds.
Après des gants tout blanc, pour de grands rêves heureux
« Garde pures intentions, c’est pas fait pour les poules ! »
Une bougie qui scintille, prête à se consumer,
Dit « Je brille mais je fonds, n’oublie pas d’en stocker ! »
Entre petites et grandes, la lumière irradie :
« Lève-toi, tôt, soleil c’est un jour si joli ! »
La lune cette nuit bercera tes doux rêves
Secrète et plus timide, elle s’invite à la fête.
Et la Sagesse guète en droit pilier posé,
A tes questions, beaucoup resteront insondées.
Vient ensuite la Force, pilier simple, épuré.
Résistance s’allie à la pugnacité.
Trio inséparable… Voici donc la Beauté.
Elle sauvera le monde, on aime à le penser !
Petits lots scintillant, c’est la voûte étoilée,
Si tu veux la comprendre, pense à tes yeux lever.
Mais garde l’équilibre pour ne pas trébucher,
Avec la règle aussi, sans zigzag, mesurer…
Ton travail, tu pourras le poser sur ta planche
« En cercle ou en spirale, entre donc dans la danse »,
Avec tablier, qu’il soit blanc ou coloré,
« Qu’il reste sans tâche et toujours bien porté ».
24 cases ouvertes sans tenir compte du sablier … Patience et vigilance en sagesse enseignées, apprennent que chaque étape a son temps, chaque jour son lot, pour savourer sa quête tout en visant le haut. A vouloir, trop vite tout découvrir, la charme du voyage plie sous le pas pressé…