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EXCLUSIF – Interview de Liliane Mirville – Grande Maîtresse de la GLFF

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En pleine période d’anniversaire des 80 ans de la Grande Loge Féminine de France, la Grande Maîtresse Liliane Mirville, qui vient d’entamer son deuxième mandat, malgré les préparatifs des festivités, elle a accepté de nous accorder un entretien afin de répondre aux questions de notre rédaction.

450.fm – Si vous deviez résumer votre première année de Grande Maîtrise en un mot ou en une image, que choisiriez-vous ?

Réponse : Liliane Mirville

Logo GLFF

Si je devais résumer ma première année de Grande Maîtrise en un seul mot, ce serait « Élan ». Élan vers l’avenir, élan pour renforcer nos valeurs, élan pour accueillir de nouvelles sœurs et dialoguer avec la société.

Liliane Mirville Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France

 Je devais l’illustrer par une image, je choisirais celle d’un arbre en pleine croissance : ses racines profondes plongeant dans notre tradition, son tronc solide grâce à l’engagement des sœurs, et ses branches s’ouvrant vers le ciel, prêtes à accueillir la lumière et à donner des fruits.

Cette année a été pour moi le temps d’ancrer et de transmettre, mais aussi d’ouvrir et de construire.

450.fm : Que signifie, pour vous, porter la charge de Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France ?

Réponse : Liliane Mirville

Cité du couvent

Porter la charge de Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, c’est avant tout :

Un honneur et une grande responsabilité. Histoire, engagement et avenir se mêlent et se rencontrent dans cette fonction :

Un honneur aussi d’incarner une obédience riche de huit décennies de travail et de transmission ;

 Et Une grande responsabilité. La GLFF est la plus importante obédience féminine dans le monde, elle compte aujourd’hui 13 000 sœurs dans 459 Loges réparties dans l’hexagone, les Outre-Mer et à l’étranger Cette place unique dans le monde doit être préservée malgré les convoitises de certaines obédiences.

C’est aussi porter la voix de la GLFF dans la société, de défendre, avec force et vigueur, les valeurs universelles de la République, les droits des femme menacés aujourd’hui et de s’impliquer dans des actions de solidarité comme nous le faisons en interne auprès des Sœurs et au travers de notre fonds de dotation « femmes ensemble » 

Être Grande Maîtresse, c’est plutôt servir, avec humilité, conviction et fidélité à notre idéal : permettre à chacune de trouver sa place, de grandir, et de participer au grand chantier collectif qu’est la construction d’un monde plus juste et plus fraternel

450.fm : Pouvez-vous citer un projet qui, selon vous, a profondément marqué l’obédience cette dernière année ?

Réponse : Liliane Mirville

Grande Loge Féminine de France, Cité du Couvent
Grande Loge Féminine de France, Cité du Couvent

Je crois que la mise en place des orientations stratégiques de la GLFF pour les 3 années à venir, résultante des attentes de toutes les sœurs sur l’ensemble des 13 régions a très fortement marqué l’Obédience.

C’est un véritable changement de méthode culturelle. Je pense qu’il faut savoir écouter toutes les Soeurs, prendre en compte les opinions pour construire l’avenir de la GLFF.

Ce projet illustre parfaitement ma volonté de conjuguer tradition et modernité, et de montrer que la Franc-maçonnerie féminine reste un lieu vivant de réflexion, d’engagement et de fraternité.

450.fm : Quels ont été vos plus grands défis, sur le plan interne comme externe ?

Réponse : Liliane Mirville

Sur le plan interne, après 1 et 4 mois de mandat, mes 3 plus grands défis sont

1. Le premier défi, tout d’abord, c’est la Communication interne. Elle s’est améliorée grâce à la mise en place d’un nouveau système d’information interne EPONA (Espace partage d’Outils de navigation et d’Administration), opérationnel depuis le 3 juin 2024. Cet Outil moderne a permis d’améliorer la transversalité facilitant la fluidité du partage d’informations et de communication entre les salariées, les loges et les instances dirigeantes.

En outre il renforce le sentiment d’appartenance et la transparence. 73% de taux de connexion des Soeurs constatés à ce jour. Nous en attendons davantage car la montée en charge est progressive

 2. le deuxième défi est le renforcement de la cohésion d’équipe par la mise en place en mars 2025 d’une réorganisation administrative du siège social, selon le modèle organisationnel associatif : Dirigeance et Gouvernance avec de nouveaux recrutements dans la cadre d’une masse salariale maîtrisée. Le climat social serein et l’esprit de collaboration et d’entraide sont favorisés.

3. le troisième est l’engagement sociétal Nous nous efforçons de promouvoir nos valeurs humanistes et républicaines. Nous devons naviguer avec prudence dans le paysage sociétal pour éviter les polémiques tout en restant fidèles à nos principes adogmatiques et apolitiques.

Sur le plan externe

Liliane Mirville Grande Maitresse de la GLFF – Inauguration Temple Eliane Brault GLDF

1. Un Reconnaissance institutionnelle s’impose pour un meilleur rayonnement. Bien que le GLFF soit la plus grande obédience féminine dans le monde, elle doit accroître sa visibilité par rapport à d’autres Obédiences. Le développement important des manifestations (conférences publiques, colloques etc..) devrait nous permettre d’avoir davantage d’influence et de capacité à défendre les causes qui nous sont chères.

2. Le Recrutement est également vital pour notre obédience : La moyenne d’âge est de 62 ans, aussi nous devons donner envie aux jeunes profanes de venir nous rejoindre en mettant en valeur nos spécificités féminines et nos valeurs humanistes tout en maintenant la qualité des échanges et de réflexion au sein des loges. C’est un défi constant. Nous devons trouver les moyens innovants pour nous faire connaître et séduire des femmes de toutes origines et générations

450.fm : Quels objectifs considérez-vous avoir pleinement atteints ?

Réponse : Liliane Mirville

Je peux donner quelques objectifs atteints

 L’Expansion internationale et le rayonnement se poursuivent avec la création d’obédiences féminines. Nous avons initié depuis 43 ans (1982) la Fondation de nombreuses loges, d’obédiences féminines dans plusieurs pays en Europe et en Afrique. Ils font partie du Centre de Liaison International de la Maçonnerie Féminine (CLIMAF) qui regroupe aujourd’hui 12 obédiences féminines dans le monde, en Europe et Afrique renforçant les liens et la coopération entre nous.

Au convent 2026, nous voterons pour la création d’un obédience féminine au Gabon.

 S’agissant d’engagement humanitaire et de solidarité, nous poursuivons nos actions avec ardeur et cœur. Nous avons été nombreuses à apporter de l’aide à nos Sœurs Calédoniennes, à l’opération Octobre Rose et aux personnes sinistrées de la catastrophe d’Espagne, à Mayotte A ceci s’ajoute les secours aux sœurs en difficultés.

 La solidarité dans la cité continue grâce aux subventions versées par le Fonds de dotation « Femmes ensemble » au femmes exclues, dans la rue. Enfin, l’association « Ma fraternité Ton Humanité » créée en 2022 en réponse à la guerre en Ukraine, cette association incarne l’engagement fraternel de la GLFF envers les populations en détresse

 Le rayonnement culturel et intellectuel se poursuit par la participation aux journées du patrimoine, Temples ouverts offrant au public une immersion dans notre histoire et nos valeurs

Ces réalisations témoignent de l’engagement constant de la GLFF envers l’émancipation des femmes, la solidarité internationale et la diffusion de ses valeurs humanistes.

450.fm : Au moment des 80 ans de l’Obédience, quels sont vos objectifs prioritaires ?

Réponse : Liliane Mirville

Pour ses 80 ans de notre obédiences, nous entendons, fédérer, stimuler, renforcer la cohésion autour d’un projet historique commun.il doit être la traduction de la fierté d’appartenance à la GLFF, d’en partager ses spécificité, ses valeurs ses combats.

Nous laissons libre-cours aux Soeurs de leurs projets par des actions variées, tels que colloques, conférences, expositions, témoignages, festivités et toutes autres initiatives au cours de l’année à venir qui peuvent enrichir cet événement mémorable autour du thème « Inspiration, Création, Transmission en GLFF », en rappel au livre De la Beauté à la Joie élaboré par et pour nos Soeurs artistes, et qui a inauguré nos célébrations à notre dernier Convent.

450.fm : Pouvez-vous nous en dire plus sur les célébrations autour de cet anniversaire ?

Réponse : Liliane Mirville

C’est tout d’abord, à Paris, UN ÉVÉNEMENT NATIONAL. Le lancement officiel de cet anniversaire aura lieu mardi 21 octobre 2025, matin à la Cité du Couvent à Paris, en présence des invités institutionnels – Grandes Maîtresses, passées Grande Maîtresses, Grands Maîtres des Obédiences amies, maire, journalistes, etc.- et des Soeurs de la GLFF, et aussi en distanciel grâce à une diffusion vidéo en direct, disponible ensuite en replay sur Epona.

En province, UNE PLURALITÉ DE MANIFESTATIONS. Dans tous les territoires de la GLFF, dans toutes les régions, de nombreuses actions se préparent à l’initiative de loges organi­satrices mobilisées pour ce chantier si exaltant.

Dominique ELOUDY-LENYS

Un film, DOCUMENTAIRE institutionnel de 60 minutes, réalisé par notre soeur Dominique Eloudy-Lenys sera présenté le 21 octobre 2025 puis mis à la disposition des loges, sur demande à l’Obédience, en tant qu’outil de communication pour toutes nos manifestions.

Un documentaire de 20 minutes destiné aux profanes sera mis sur le site Grand public.

UN RECUEIL « CÉLÉBRATION DES 80 ANS » rassemblant toutes leurs actions et travaux produits à l’occasion de cet anniversaire sera disponible lors du Convent 2026. Leurs manifestations et les documents sont labellisés par la GLFF

450.fm : Est-ce que les célébrations ne se dérouleront que les 21 et 25 octobre ?

Réponse : Liliane Mirville

Les festivités des 80 ans de notre Obédience se dérouleront pendant une année, jusqu’au 21 octobre 2026. Nous laissons tout le temps aux Loges de s’organiser pour mettre en place des actions. Le chantier sera pluriel et exaltant, à l’image de notre diversité, de notre richesse.

450.fm : Comment la GLFF va-t-elle évoluer selon vous, pendant votre mandat, en termes de vie rituelle, d’organisation et de rayonnement ?

Réponse : Liliane Mirville

En termes de Vie rituelle

 Notre obédience prône la pluralité de rites ce qui est une véritable richesse

Nous maintenons et enrichissons nos rituels traditionnels sans en modifier le sens profond tout en les adaptant aux attentes contemporaines des membres en collaboration avec les garants des rites

Tablier de Maîtresse REAA

Nous développons de nouvelles approches pédagogiques et initiatiques pour renforcer la compréhension et la profondeur des pratiques rituéliques. A cet effet, nous avons organisés une visio conférence sur l’essence de chacun des 5 rites pour toutes les Sœurs de la GLFF. Sa grande qualité et son succès nous amène à reconduire l’essai en 2026

L’écoute et l’ouverture est donc une de mes priorités car le travail rituélique est la base de l‘éveil de nos sœurs, dans ce lieu privilégié que sont les loges.

S’agissant de l’Organisation.

La réforme administrative et la communication interne et externe que je viens d’évoquer, mises en place vont métamorphoser notre organisation

Sur le plan du Rayonnement

Je pense que l’évolution de nos actions sur les territoires et de notre communication externe devrait participer grandement au développement de notre rayonnement dans le monde.

L’Ouverture et le dialogue avec la société civile, les institutions et d’autres obédiences devraient être les principaux vecteurs. La promotion des valeurs fondatrices de liberté, d’égalité et de fraternité sont à traduite à travers des projets concrets et visibles.

Le développement de la visibilité et de la notoriété de la GLFF au niveau national et international sont nécessaires grâce aux outils numériques et digitaux

450.fm : Quelles avancées majeures pensez-vous mener dans le dialogue inter-obédientiel et les relations avec la société civile ?

Réponse : Liliane Mirville

Je constate quelques avancées dans le dialogue interobédientiel au travers d’organisation de rencontres régulières : conférences communes par exemple avec la GLDF le 15 juin sur le thème « Etre Franc maçon citoyens :de la réflexion en loges à l’acte citoyen » bientôt les 80 ans et des tables rondes sur l’initiatique sur le thème REAA fin Janvier à Lyon

La mise en œuvre de chantiers interobédentiels tels que l’observatoire sur l’antimaçonnisme à l’initiative de la GLDF, ou la préparation d’un colloque 2027 avec le DH sur Eliane Braut permettent aussi de renforcer le dialogue inter obédientiel et de démontrer que notre obédience maçonnique féminine est ouverte à la réflexion humaniste

Cependant, ce dialogue inter-obédientiel reste limité à quelques obédiences partageant les mêmes convictions humanistes. Je citerai la signature commune de certains communiqués de presse par un petit nombre d’obédiences. Le dernier en date du 24 Août 2024 portant sur la « Lutte contre l’antisémitisme ; un appel à la vigilance et eu respect de la liberté de conscience », n’a été signé que par 5 obédiences (GODF, DH, GLFF, GLMU, GLMF)

Au niveau européen, la création d’une nouvelle structure UMLI face à l’AME m’a surprise. Je pense que nous devons mettre en place des projets communs sur des valeurs partagées l’éducation, la solidarité permettant de créer un terrain concret de coopération

L’objectif est de dépasser les divergences traditionnelles pour renforcer la visibilité et l’impact social de la maçonnerie féminine dans son ensemble.

Il n’en demeure pas moins que le dialogue entre les obédiences et entre Les grandes Maîtresses et Grands Maitres sont bons Les échanges sont toujours constructifs et fraternels.

450.fm : Et les relations avec la société civile ?

Réponse : Liliane Mirville

Les Relation avec la société civiles s’effectue au travers d’actions menées par la GLFF.

Je pense que notre travail approfondi sur la loi sur la fin de vie a suscité, tant du côté des parlementaires que de la ministre, un intérêt certain. Si on en juge les reprises de certaines de nos propositions dans le premier projet de loi dont nous attendons un vote définitif.

450.fm : Vous rendez hommage aux pionnières mais que souhaitez-vous pour l’avenir de la GLFF ?

Réponse : Liliane Mirville

En hommage aux pionnières qui ont tracé la voie, nous voulons une GLFF vivante, audacieuse et profondément engagée, ouverte à tous les dialogues humanistes – universalistes et résolument tournée vers un avenir solidaire juste et fraternel

450.fm : Quels chantiers prioritaires devraient, selon vous, être poursuivis dans l’immédiat ?

Réponse : Liliane Mirville

Le renforcement de l’identité féminine de la Grande Loge féminine de France dans le paysage maçonnique et le rajeunissement de nos effectifs.

Notre identité féminine doit être mise encore plus en valeur dans un monde de Frères. Notre histoire d’émancipation, nos valeurs féminines, ce qui nous relie, ce qui nous unit etc. Certaines Obédience considèrent le recrutement de femmes comme variable d’ajustement de leurs effectifs, je dis non à ces considérations. En tant que femmes, nous devons être respectées, être à égalité avec les hommes en Franc maçonnerie comme dans la société.         

Le rajeunissement de nos effectifs passe par la réponse à la quête de sens des jeunes femmes. Nous les séduirons par une offre de la spiritualité. Car dans un monde désorienté, débosselé, les jeunes ont un grand besoin spirituel. Ils sont à la recherche d’une école de vie fraternelle. Alors à nous Franc-maçonne de leur offrir une spiritualité ouverte ne les enfermant pas dans une vision conservatrice et communautariste.

450.fm : Comment percevez-vous l’évolution générale de la Franc-maçonnerie en France et dans le monde ?

Réponse : Liliane Mirville

Fidèle à ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, la Franc-maçonnerie doit se réinventer avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle, s’engager et éclairer davantage le monde d’aujourd’hui et de demain.

 Je pense que les fondamentaux de notre tradition resterons le socle de notre démarche initiatique mais évolueront dans un contexte sociétal et numérique différent

En ce sens, la Franc Maçonnerie permettra de réaliser une forme d’osmose entre tradition et modernité digitale

L’intelligence artificielle devra respecter un certain nombre de valeurs au regard de la Franc-maçonnerie qui œuvre dans « le ici et maintenant » pour l’amélioration de l’humanité. Les possibilités de l’IA pourraient remettre les valeurs portées par la maçonnerie au cœur du système. L’IA serait ainsi considérée comme un allié extérieur qui ne doit pas nous déconnecter de notre allié intérieur, de notre chemin de Spiritualité, d’émerveillement et de rêve.

La tradition reposant sur la Transmission de nos valeurs et une méthode humaniste, universelle tout en étant délibérément tournée vers la modernité.

450.fm : Quels défis attendent toutes les obédiences dans les prochaines années ?

Réponse : Liliane Mirville

Le non renouvellement de leurs cadres par des jeunes générations conduira inévitablement à un déclin en termes d’effectifs.

Mais le véritable déclin est celui de l’entrée du profane dans nos loges qui n’a pas su se remettre en question, ni offrir aux profanes une spiritualité ouverte. Faute de proposer activement une dimension spirituelle, la Franc-maçonnerie apparaîtra dépassée dans un monde en pleine mutation.

À nous de réagir, de nous renouveler dans notre approche du monde.

La transmission des nouvelles générations seront des incontournables pour la prospérité de la FM. Il faut assurer la continuité des valeurs et du savoir-faire en formant les futurs membres. Mais aussi sensibiliser les nouvelles générations aux enjeux contemporains et aux responsabilités maçonniques.

Il s’agit de trouver un équilibre entre tradition et pratiques contemporaines et développer les outils numériques pour soutenir le travail maçonnique et la vie des loges.

« la tradition n’est pas le culte des cendres, mais la transmission du feu. »

Tel que l’a affirmé Gustav Mahler,

Et ce feu, nous le gardons actif, non pas en répétant mécaniquement, mais en vivant symboliquement, intérieurement et en conscience.

450.fm : Si vous pouviez adresser un message fraternel à toutes les Sœurs et tous les Frères de la FM, quel serait-il ?

Réponse : Liliane Mirville

Chères Sœurs, chers Frères, continuons à marcher ensemble dans l’esprit de fraternité, en restant fidèles à nos valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité.

 Que notre engagement, notre ouverture et notre entraide éclairent nos loges et la société tout entière, pour bâtir un avenir toujours plus juste et solidaire. »

450.fm : … et un mot à la communauté maçonnique au sens large ?

Réponse : Liliane Mirville

Chers Frères et Sœurs de toutes obédiences, continuons à bâtir des ponts entre nos traditions, à cultiver le dialogue, la tolérance et la solidarité, afin que la franc-maçonnerie reste un vecteur de lumière et d’engagement dans le monde.

Franc-maçonnerie en Angleterre : une stigmatisation persistante, symptôme des tensions d’une époque en crise

De notre confrère anglais thesun.co.uk

Dans les brumes londoniennes d’octobre 2025, la Franc-maçonnerie, cette institution séculaire née au XVIIe siècle des guildes de tailleurs de pierre, se trouve à nouveau sous les feux croisés d’une suspicion institutionnalisée. Alors que la Metropolitan Police (Met) – plus grande force de police du Royaume-Uni avec 33 000 agents – envisage d’imposer la déclaration obligatoire des affiliations maçonniques à ses officiers, les Francs-maçons anglais font l’objet d’une stigmatisation renouvelée, mêlant scandales réels, perceptions amplifiées et un contexte sociétal tendu.

Ce n’est pas une chasse aux sorcières isolée, mais un signe des temps : dans une ère de défiance généralisée envers les institutions, de révélations post-#MeToo et de polarisation post-Brexit, la Maçonnerie incarne pour beaucoup un « club d’hommes blancs » opaque, symbole d’un establishment jugé corrompu. Pourtant, derrière les théories conspirationnistes, cette vague anti-maçonnique révèle plus sur les fractures de la société britannique que sur les loges elles-mêmes.

Un scandale déclencheur : l’affaire de l’agression sexuelle et les liens maçonniques

L’étincelle récente remonte à août 2025, lorsque cinq hauts gradés de la Met, basés dans l’ouest de Londres, ont été arrêtés pour suspicion de couverture d’une agression sexuelle. Un sergent-détective est accusé d’avoir molesté une collègue lors d’une fête de Noël ; la plainte, déposée par la victime, a été classée sans suite par une unité de déontologie locale, alimentant les soupçons de protection interne. Parmi les suspects, trois sont francs-maçons – dont l’agresseur présumé et deux complices allégués. Bien que les officiers nient toute irrégularité et que les enquêtes n’établissent pas (encore) de lien causal avec la Maçonnerie, un source policière anonyme confie à The Sun :

« Il n’y a pas de preuve que leurs liens maçonniques aient joué un rôle, mais cela crée une perception de faveurs accordées. »

Cette affaire s’inscrit dans une série de scandales à la Met, comme celui de la station de Charing Cross (2022), où des enregistrements secrets de la BBC ont révélé des propos sexistes et racistes chez des officiers, menant à neuf suspensions. Le commissaire Sir Mark Rowley, sous pression depuis son entrée en fonction en 2022, a réagi en annonçant un « durcissement des politiques sur les sociétés secrètes », visant explicitement la Franc-Maçonnerie. Fin septembre 2025, la Met lance une consultation pour ajouter la Maçonnerie à sa liste des « associations déclarables » – aux côtés des condamnations pénales ou professions comme le journalisme, susceptibles de compromettre l’impartialité. Le commandant Simon Messinger, chargé de la déontologie, justifie : « Nous recevons des rapports d’inquiétude sur l’impact potentiel sur les enquêtes, promotions et fautes disciplinaires. » Cette mesure, recommandée par le rapport Daniel Morgan de 2021 sur un meurtre non élucidé de 1987, pointe la Maçonnerie comme « source récurrente de suspicion et de méfiance dans les enquêtes ».

Une réponse maçonnique ferme : défense des droits et appel au dialogue

GLUA à Londres
GLUA à Londres

La Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA), bastion de la Maçonnerie britannique comptant 170 000 membres en Angleterre et au Pays de Galles, n’a pas tardé à répliquer. Le 11 octobre 2025, elle publie un communiqué exprimant sa « préoccupation » face à cette « obligation générale de déclaration [qui] constitue une violation des droits fondamentaux à la vie privée et à la liberté d’association ». La GLUA rappelle que ses membres doivent déjà signaler tout conflit d’intérêts professionnel, et insiste : « Depuis trois siècles, les francs-maçons sont fidèles aux principes immuables d’intégrité, d’amitié, de respect et de service. » Elle attend un « dialogue » avec la Met, tout en évoquant des recours légaux potentiels, comme en 2009 et 2016, quand des politiques similaires ont été invalidées par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour atteinte à l’article 11 de la Convention (liberté d’association). La Met Police Federation, syndicat des agents, se joint à la fronde : son secrétaire général, Matt Cane.

Un historique de suspicions : de Knight à Starmer, 40 ans de préjugés

Cette stigmatisation n’est pas nouvelle ; elle est cyclique, alimentée par un mélange de faits avérés et de mythes conspirationnistes. Dès 1984, le livre The Brotherhood de Stephen Knight popularise l’idée d’un « réseau maçonnique secret » infiltrant police, justice et prisons pour couvrir crimes et promotions indûes – une thèse reprise dans des films comme From Hell (2001) liant les Maçons à Jack l’Éventreur. Des allégations similaires ont visé le naufrage du Titanic ou la catastrophe de Hillsborough (1989, 96 morts), sans preuves.

Les politiques anti-maçonniques officielles culminent en 1997-2009 sous le ministre Jack Straw : une déclaration obligatoire pour policiers et juges, coûtant des millions en ressources, est abrogée en 2010 après une victoire maçonnique à la CEDH. En 2016, le maire de Londres Sadiq Khan bloque un plan similaire à la Met pour « violation des droits humains ».

Pourtant, en 2025, sous le gouvernement travailliste de Keir Starmer, la boucle se referme : le rapport Daniel Morgan relance le débat, et des enquêtes comme celle de Channel 4 (janvier 2025) sur le scandale des grooming gangs de Rotherham accusent l’Independent Office for Police Conduct (IOPC) d’avoir minimisé des fautes pour protéger des officiers maçonniques présumés.

Des études parlementaires, comme celles du Home Affairs Committee (1997-1999), confirment un « problème de perception » sans preuves systémiques de corruption, mais soulignent des risques de biais dans les nominations judiciaires ou enquêtes policières. En 2017, Steve White, ex-président de la Police Federation, démissionne en accusant une « cabale maçonnique secrète » de bloquer ses réformes – une allégation vite démentie comme vengeance personnelle. Sur X, les débats s’enflamment : un post du 2 octobre 2025 lie la Met à un « contrôle maçonnique » empêchant l’avancée des femmes et minorités, tandis que d’autres, comme @Jam_RadioUK, titrent « La Loge dans la Loi : la Met confronte enfin la poigne de la Maçonnerie ». Symptôme des temps : défiance institutionnelle et quête de transparence

Pourquoi cette résurgence en 2025 ? Elle reflète les tensions d’une époque en crise : post-pandémie, la confiance dans la police britannique est au plus bas (seulement 60 % selon un sondage YouGov de septembre 2025), érodée par des scandales comme Rotherham ou les meurtres de Sarah Everard (2021) par un officier Met. Le rapport Casey (2023) sur la culture toxique à la Met dénonce des « WhatsApp groups » d' »old boys’ clubs » – une métaphore qui colle à la Maçonnerie, perçue comme un bastion blanc, masculin et élitiste (malgré ses efforts de diversification : 20 % de nouveaux membres ethniquement divers en 2024, via TikTok pour attirer les jeunes).

Le Brexit (2016) et l’ère Starmer amplifient cela : un gouvernement progressiste promettant « réformes radicales » cible les symboles d’opacité, mais risque de verser dans la discrimination. Comme l’écrit The Spectator (cité dans 450.fm), « Il y a quelque chose de vulgaire chez les francs-maçons » – une phrase qui cristallise un préjugé culturel, où la Maçonnerie oscille entre « rituels absurdes d’hommes âgés » et « société secrète manipulatrice ».

Aux États-Unis, l’anti-maçonnisme a culminé au XIXe siècle ; en Europe, il persiste, avec des lois restrictives en Italie ou Belgique. Les implications sont graves : déclaration forcée expose les Maçons à des représailles – licenciements, accusations infondées, harcèlement. La Met, avec ses taux de refus de recrutement doublés (de 5 % en 2020 à 11 % en 2024), risque une action en justice de la CEDH, comme en 2010. Des experts comme ceux de Legal Lens (2025) avertissent : sans preuves systémiques, cela mine la confiance publique plus qu’il ne la renforce, perpétuant un « cycle de suspicion ».

Vers une résolution ? Un appel à la nuance

En conclusion, la stigmatisation actuelle des francs-maçons en Angleterre n’est pas un complot, mais un miroir des anxiétés sociétales : quête de transparence dans un monde post-vérité, lutte contre les inégalités, et érosion de la confiance institutionnelle. Comme le note The Week (7 octobre 2025), la GLUA nie « tirer les ficelles » et s’ouvre via des campagnes numériques pour « démystifier » son image. Le vrai défi ? Équilibrer légitime vigilance et droits fondamentaux, sans céder aux chimères conspirationnistes. Dans cette « traque sous les lits », la Maçonnerie britannique, fidèle à ses vertus d’intégrité, pourrait bien émerger plus résiliente – à condition que le dialogue l’emporte sur la défiance.

Sources

  1. The Sun – « Met cops arrested over sex assault ‘covered up by Freemasons’ » (https://www.thesun.co.uk/news/36962085/met-cops-arrested-sex-assault-freemasons/) – Article rapportant l’arrestation de cinq officiers de la Met en août 2025 pour suspicion de couverture d’une agression sexuelle, avec des liens maçonniques examinés.
  2. 450.fm – « Scotland Yard traque à nouveau les maçons jusque sous leurs lits » (https://450.fm/2025/10/07/scotland-yard-traque-a-nouveau-les-macons-jusque-sous-leurs-lits/) – Article principal du 7 octobre 2025 détaillant la consultation de la Met sur la déclaration obligatoire des affiliations maçonniques.
  3. 450.fm – « La GLUA répond à la proposition de la Police Métropolitaine sur les déclarations de franc-maçonnerie » (https://450.fm/2025/10/11/la-glua-repond-a-la-proposition-de-la-police-metropolitaine-sur-les-declarations-de-franc-maconnerie/) – Article du 11 octobre 2025 sur la réponse de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) à la proposition de la Met.
  4. Ilkeston Life – Article du 2 octobre 2025, cité dans l’article de 450.fm du 11 octobre, fournissant des détails sur la position initiale de la GLUA.
  5. YouGov – Sondage de septembre 2025 sur la confiance dans la police britannique (60 % mentionné), utilisé pour contextualiser la défiance institutionnelle.
  6. Rapport Casey (2023) – Rapport officiel sur la culture toxique à la Met, mentionné comme contexte des scandales internes.
  7. Channel 4 (janvier 2025) – Enquête sur le scandale des grooming gangs de Rotherham, citée pour des allégations d’influence maçonnique à l’IOPC.
  8. Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) – Statistiques sur les 170 000 membres en Angleterre et au Pays de Galles, tirées de sources officielles GLUA (via 450.fm).
  9. Home Affairs Committee (1997-1999) – Études parlementaires britanniques sur les perceptions de corruption maçonnique dans la police et la justice.
  10. Legal Lens (2025) – Analyse d’experts sur les implications juridiques de la déclaration forcée, citée pour son commentaire sur le « cycle de suspicion ».
  11. The Spectator – Citation indirecte via 450.fm sur la perception culturelle des francs-maçons comme « vulgaire » ou « absurde ».
  12. The Week (7 octobre 2025) – Article mentionnant les efforts de la GLUA pour « démystifier » son image via des campagnes numériques.
  13. X (ex-Twitter) – Posts datés du 2 octobre 2025 et autres, reflétant les débats publics (ex. @Jam_RadioUK sur « La Loge dans la Loi »).
  14. Rapport Daniel Morgan (2021) – Rapport officiel recommandant des mesures contre les influences maçonniques dans les enquêtes policières.
  15. Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) – Références aux décisions de 2009 et 2010 invalidant des politiques de déclaration forcée.
  16. Met Police Federation – Déclarations de Matt Cane, secrétaire général, sur les risques de violation des droits humains.
  17. BBC (2022) – Enregistrements undercover sur les scandales de la station de Charing Cross, contextualisant la crise de confiance à la Met.
  18. Stephen Knight – The Brotherhood (1984) – Livre conspirationniste popularisant les théories sur la Maçonnerie dans la police.
  19. Sadiq Khan (2016) – Déclaration du maire de Londres abandonnant un plan similaire pour atteinte aux droits humains.

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Franc-maçonnerie : l’art de se construire soi-même

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

Dans un monde saturé de solutions miracles et de vérités préfabriquées, où les réseaux sociaux dictent souvent nos identités, la Franc-maçonnerie offre une voie singulière, à la fois ancienne et résolument moderne : celle de la transformation intérieure par ses propres efforts. Loin des clichés conspirationnistes qui la réduisent à des réunions secrètes et des symboles énigmatiques, cette institution fraternelle invite chaque individu à devenir l’architecte de sa propre personnalité. Plus qu’un mystère voilé, elle se révèle comme un atelier vivant où l’homme taille, pierre par pierre, la matière brute de son être.

Une initiation au-delà des apparences

Le port de Rhodes menacé par les Turcs : réception de compagnons près des fortifications Bibliothèque nationale de France

Pour le profane, le Franc-maçon évoque des images de cérémonies occultes, de rituels codés et de symboles cryptiques dévoilés seulement aux initiés. Pourtant, l’essence de cette tradition dépasse ces stéréotypes. Le mot « Maçon » tire son origine du français médiéval, désignant un artisan habile à modeler la pierre, tandis que « Franc-maçon » – du terme « Franc-maçon » – suggère une liberté de travailler en tout lieu, un écho de la conception démocratique qui anime cette confrérie. Dès le Xe siècle en Italie, les Maçons, d’abord « opératifs », bâtissaient des cathédrales et des châteaux avec des outils physiques. Avec le temps, ils ont troqué les marteaux et les ciseaux pour des outils symboliques, devenant « spéculatifs », dédiés à la construction d’un Temple intérieur.Ce Temple n’est pas de pierre ou de mortier, mais un édifice immatériel, façonné par la conscience et les vertus. Comme l’écrit un penseur maçonnique contemporain, « le Maçon est un bâtisseur de Temples, mais sans l’intervention de ses mains physiques : le Temple Intérieur ». Cette métamorphose reflète une évolution profonde : là où l’opératif polissait des blocs pour des édifices majestueux, le spéculatif utilise le symbolisme – sa « Sainte Écriture » – pour induire réflexion et méditation, ouvrant ainsi les portes de la conscience.

La pierre brute et l’art royal

Taille de la pierre cubique

Au cœur de ce cheminement se trouve la métaphore de la pierre brute. Dans le monde profane, l’homme est comparé à une pierre informe, marquée par des passions désordonnées, des préjugés, des dogmes et des vices. Cette matière première, bien que précieuse par son potentiel, est « irrégulière » et demande un labeur ardu. Avec des outils symboliques – l’équerre, le compas, le maillet –, le Franc-maçon s’attelle à tailler cette pierre, un processus qui exige discipline, persévérance et une volonté inébranlable. L’objectif ? Transformer cette rudesse en une pierre cubique parfaite, symbole d’une conscience élevée et d’une personnalité harmonieuse.

Ce travail, qualifié d’« Art Royal », est à la fois manuel et intellectuel. Sur le plan horizontal, l’homme travaille pour vivre ; sur le plan vertical, il vit pour travailler, élevant son Temple intérieur par la pratique des vertus. Chaque coup de ciseau symbolise un effort pour dompter l’ignorance, l’orgueil ou le fanatisme, tandis que le « salaire » promis n’est autre que le savoir et la sagesse acquis. En Franc-maçonnerie, ne pas s’investir dans cette tâche équivaut à « voler le nom de Maçon », une médiocrité que la confrérie réprouve. Le véritable ouvrier, en revanche, devient un temple de perfection, une œuvre d’art magistralement construite sur soi-même.

Un cheminement collectif et universel

Ce processus d’édification personnelle ne se vit pas en solitaire. L’atelier maçonnique, héritier des loges de tailleurs de pierre médiévales, est un espace de fraternité où les frères se soutiennent, se corrigent et s’inspirent mutuellement. Comme un échafaudage indispensable, cette solidarité renforce la délicate tâche de se façonner. L’objectif transcende le bien-être individuel : en cultivant la tempérance, la justice et la force d’âme, le Maçon devient un meilleur citoyen, contribuant à une société plus juste et éclairée.

La Franc-maçonnerie ne cherche pas à imposer une vérité unique, mais à encourager chaque initié à découvrir ses propres principes – Liberté, Égalité, Fraternité – par l’introspection et l’étude. Elle enseigne à bien penser, à développer l’intuition, à pratiquer le silence et à s’affranchir des dogmes. Ce chemin vers une « conscience ouverte » est un idéal, jamais pleinement atteint, mais toujours poursuivi. Comme le souligne un adage maçonnique, « être travailleur de soi-même est ce qui maintient la Franc-maçonnerie vivante depuis des siècles ».

Une réponse moderne à un monde en quête de sens

À une époque où l’on cherche des réponses rapides et une validation extérieure via les réseaux sociaux, l’approche maçonnique apparaît presque révolutionnaire. Alors que la société profane valorise les solutions instantanées, la Franc-maçonnerie insiste sur un travail intérieur, silencieux et constant. Son plus grand secret, accessible à tous mais rarement pratiqué, réside dans cette décision de devenir l’artisan de sa propre vie. En s’engageant dans cette quête, chaque Maçon nourrit spirituellement l’institution, tandis que ses efforts collectifs édifient une société meilleure, pierre par pierre.

Ainsi, loin des légendes obscures, la Franc-maçonnerie se révèle comme un art intemporel : celui de se construire soi-même, avec patience et humilité, pour mieux éclairer le monde.

Un appel à l’action qui, en 2025, résonne avec une urgence nouvelle dans un monde en quête de sens.

Le point de rencontre

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

Il n’y a pas de chemin initiatique sans attirance vers un centre. Il n’y a pas de Franc-maçonnerie sans la recherche d’un lieu sacré où tout se rassemble, se réconcilie et se transmute. Ce lieu n’est pas sur une carte, il n’a ni murs ni frontières, et pourtant chaque vrai Frère et chaque Sœur authentique l’a cherché et, parfois, l’a entrevu. C’est le point de rencontre. Non pas un espace physique, mais un… Un point qui se trouve dans chaque cérémonie, chaque geste rituel, chaque mot prononcé en silence.

C’est l’ umbilicus mundi , le centre symbolique d’où tout émane et vers lequel tout retourne. C’est la lumière dans la chambre noire. La graine qui porte en elle la mémoire de l’arbre. La Franc-maçonnerie a toujours attribué une valeur inestimable au concept d’équilibre et de centralité.

Ce n’est pas un hasard si dans de nombreuses loges est évoqué le symbolisme du point à l’intérieur du cercle : une image parfaite de l’homme qui, placé au centre de son propre univers, affronte les limites, les directions et les frontières qui l’entourent.

Au milieu des statistiques virtuelles.

La vertu se trouve au milieu.

les Latins avaient déjà prévenu. Et ce moyen n’est pas la médiocrité, mais l’art subtil de savoir rester ferme au cœur des polarités.

Éliphas Lévi, maître de l’occultisme du XIXe siècle, a écrit :

Le point est le commencement. Sans point, pas de ligne ; sans ligne, pas de surface ; sans surface, pas de corps. Ainsi, le point est l’origine de toute création.

Ici, nous pouvons percevoir le lien entre microcosme et macrocosme : chaque individu, en tant que point, contient en lui-même le potentiel infini du Tout. Trouver le point de rencontre, c’est alors retrouver sa nature la plus authentique, le lien secret qui nous unit au cosmos.

Dans le monde maçonnique, le point de rencontre est la réponse à une fracture originelle. L’homme est divisé, séparé : de lui-même, des autres, du divin. Le rituel existe pour guérir cette fracture. Non pas pour l’effacer, mais pour l’illuminer.

Réconciliatio oppositorum.

Réconcilier les contraires.

C’est l’œuvre de l’Initié.

Feu et eau, Soleil et Lune, parole et silence. Et ce n’est qu’au milieu, au cœur battant du Temple, que cela est possible. La plus puissante des vérités initiatiques se cache dans le sol à damier, qui comprend à la fois le noir et le blanc : le centre ne juge pas, le centre intègre.

Pourtant, on n’atteint pas le centre en restant immobile. Il faut marcher, trébucher, s’effondrer, et seulement alors, retrouver son calme. Il ne suffit pas de dire « Je veux te rencontrer » : il faut être prêt à être rencontré, à être transformé.

Le point de rencontre, dans son essence maçonnique, est le lieu de la transmutation. Il ne s’agit pas de médiation, mais de fusion. Non pas de compromis, mais d’élévation. C’est la flamme bleue qui n’apparaît que lorsque deux polarités opposées cessent de se combattre et choisissent de se reconnaître.

Jung parle d’ individuation : le processus par lequel on devient soi-même en incluant ce qu’on a rejeté.

Quod in aliis videmus, in nobis agnoscimus

Ce que nous voyons chez les autres est ce que nous n’avons pas encore reconnu chez nous-mêmes.

En Franc-maçonnerie, cela se produit chaque fois qu’une Loge s’ouvre, chaque fois que les Lumières sont allumées, chaque fois que des mains sont enchaînées. C’est bien plus qu’un rituel formel. C’est une liturgie de la conscience.

Quand les frères trinquent

Aux pauvres et aux affligés dispersés sur terre et sur mer

ils prononcent une ancienne formule alchimique :

Je vois dans l’autre le fragment de moi-même que j’ai oublié.

Pas très Covid friendly, tout ça!

Même le banquet, l’Agapè, n’est pas seulement convivialité. C’est l’épiphanie du point de rencontre. La table, disposée en fer à cheval ou en demi-cercle, orientée selon les mouvements célestes, devient le lieu où s’entremêlent espace sacré et temps mythique.

La nourriture nourrit non seulement le corps, mais évoque aussi des souvenirs archétypaux : l’œuf, la renaissance ; le pain, le partage ; le vin, le sacrifice et la joie. Chaque geste à table fait écho à d’anciens mystères. Et le silence qui ponctue les toasts est peut-être la plus puissante des rencontres.

Dans le Corpus Hermeticum, nous lisons :

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.

Le point de rencontre est le seul endroit où cette vérité se révèle pleinement. C’est l’instant où ce qui semblait lointain – le ciel, le sens, l’autre – devient proche, intérieur, palpable. C’est le centre où le Divin se laisse toucher.

C’est pourquoi le Maçon ne cherche pas la vérité à l’extérieur : il la construit au centre, au cœur du Temple et dans le cœur de son Frère. Le centre n’est jamais un point d’arrivée. C’est une invitation éternelle. Un magnétisme qui nous maintient en vie, agités, vigilants.

Le point de rencontre est, en fin de compte, une promesse. Que, malgré les fragilités du monde, nous pouvons encore trouver un lieu où nous pouvons être entiers. Où les mots ne séparent pas, mais unissent. Où le silence est présence, non absence. Où la Lumière n’aveugle pas, mais guide.

Et peut-être, Frère, Sœur, sommes-nous ce point. Chaque fois que nous choisissons le chemin difficile de l’Écoute. Chaque fois que nous rompons le pain, sans jugement. Chaque fois que nous construisons des ponts, sans frontières.

Dans ces moments-là, ne serait-ce que pour un instant, le monde se rassemble à nouveau. Et le centre brille, unissant tout.

Evolution…

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Avant-propos

On mélange tout, par exemple naturisme et libertinage. On entend même dire que dans certains centres naturistes réputés on pratique l’échangisme… Sous prétexte de vivre dans une tendance évoluée au niveau des mœurs on n’hésite pas, sur les réseaux sociaux, à banaliser par exemple « le plan à trois » comme un jeu érotique inévitable et nécessaire à l’épanouissement, lequel se doit maintenant de faire partie de notre vie.

« Les réseaux sociaux valident les nouveaux comportements à venir »

tout comme certains médecins de plateaux valident parfois des recherches un peu douteuses.

Les nouveaux précurseurs qui se croient investis de nouvelles philosophies n’ont à mon avis rien inventé. Un vent de contestations a soufflé depuis paraît-il les années 1968, il nous aurait conduit à la libération politique des mœurs et de la sexualité et dans les autres domaines tels que sociaux et politiques vers des apogées qui relèvent parfois de l’expérimentation.

« Chaque époque propose de nouveau les mêmes questionnements »

et les relèguent au même rang des « marronniers » de la presse afin d’élargir cette pseudo culture censée nous faire progresser et élever notre niveau vers une plus grande connaissance et vers une simplification intellectuelle des symboles.

Notre appartenance à la Franc maçonnerie peut-elle changer notre regard sur les mœurs et ce type de nouveaux comportements ?

Coluche dans un sketch où il évoluait dans un centre naturiste faisait dire à une femme à qui il avait dit « je vous aime » : « je vois ! ». J’aborde un sujet délicat, mais en Franc-maçonnerie nous pratiquons la tolérance. Ceci dit j’ai un grand respect de l’intimité et j’en resterai là. Cependant Il faut avouer que des situations peuvent parfois paraître assez causasses et prêter à sourire également en franc-maçonnerie dans nos loges

Mon propos n’est pas pas d’aborder une étude qui risquerait de déboucher sur une pseudo conclusion psychologique du comportement humain et de ses dérives. Je l’ai souvent dit je n’en suis pas capable car pas qualifié pour.

Je survole, j’en reste à ce type d’analyse. Je ressens fortement en examinant la situation de la franc-maçonnerie, un parallèle avec le contenu que je viens d’évoquer dans le succinct « avant propos » de cet article. Dans ce cas il y a volontairement absence de thématique maçonnique.

« Nous avons ouvert la franc-maçonnerie au monde profane, ce qui est un choix certes inévitable »

mais qui peut nous conduire à des analyses et des situations elles aussi plus proches du monde de la vie de tous les jours que nous côtoyons sur les réseaux sociaux…

La parole circule sur le net et je pense à Coluche qui pourrait dire aujourd’hui: « je me marre Lol ! »

Enfin, quelques fois en visionnant ce que l’on appelle « les perles ou les pépites » nous finissons par découvrir des analyses dignes d’intérêt.

C’est le jeu et le prix à payer.

La culture au rayon des supermarchés pour lui donner un nouveau label afin de la reléguer dans le circuit digne des campings culturels validés.

Je me demande ce qu’en pense Le Grand René dans la vidéo ci-dessous :

La carte postale du 12 octobre : Saint-Étienne, l’escalier des deux arts

Frères, Sœurs, Compagnons de la voie initiatique,

Nous gravissons les marches de l’Hôtel de Ville comme nous montons vers l’Orient. De part et d’autre, deux gardiennes veillent, dressées depuis 1872 par la main d’Étienne Montagny (1816-1895). La Métallurgie et La Rubanerie ne sont pas juste des ornements civiques : elles forment un porche initiatique, un seuil où la cité industrielle se dit à la manière d’un Temple.
Elles parlent un langage que nous reconnaissons, celui des ateliers où l’on dompte la matière et des métiers où l’on tisse les liens invisibles. Ici, l’acier et le ruban, le feu et la trame, la force et la patience se répondent comme deux colonnes gémellaires.

L’hôtel_de_ville

Étienne Montagny (1816-1895) : un sculpteur stéphanois au service d’une « ville-atelier »

Sculpteur stéphanois, né au cœur d’une cité qui devient au XIXᵉ siècle l’un des laboratoires de la modernité industrielle, Étienne Montagny inscrit son œuvre dans la matière même de la ville : la fonte, l’acier, la mécanique des gestes et la mémoire des métiers. Il n’est pas seulement un praticien du style académique ; il est un ordonnateur de symboles, un metteur en forme de l’identité civique. En 1872, au lendemain des grandes secousses politiques et sociales, il reçoit la commande de deux allégories destinées à encadrer la montée du grand escalier de l’Hôtel de Ville. Le choix de la fonte – le métal industriel par excellence – ancre les statues dans l’économie morale et matérielle de Saint-Étienne.
Étienne Montagny, que l’on retrouve aussi auteur de deux cariatides disparues intitulées Le Jour et La Nuit, aime composer par diptyques : il pense la cité comme une balance d’opposés à réconcilier. Cette logique traverse son œuvre publique : portraits d’acteurs de l’essor technique, figures allégoriques, programmes décoratifs qui parlent à tous, parce qu’ils mettent la vertu au centre et le labeur en haut de l’escalier. Nous honorons aujourd’hui ce statuaire non pour la seule élégance de sa main, mais pour sa capacité à donner aux métiers un visage, et à la cité un récit.

Saint_Étienne-Les_industries_mécaniquesLa Métallurgue

La Métallurgie : le feu réglé et la transmutation de soi

Le forgeron, presque nu – nudité improbable à la forge mais éloquente au plan symbolique – incarne le courage de s’exposer au feu purificateur. Nous reconnaissons sous ses traits l’archétype du forgeron primordial, Vulcain pour les anciens, Tubalcaïn pour la mémoire biblique : celui qui reçoit le feu, l’enferme dans un foyer, le règle par le souffle, et, par l’art des coups mesurés, transmute la masse inerte en forme juste.
Que fait l’initié, sinon la même œuvre au dedans ?
Il allume en lui le brasier des vertus actives, maîtrise ses scories, tempère ses ardeurs, éprouve ses angles, jusqu’à ce que sa pierre porte sans écraser et relie sans rompre. La forge est un laboratoire d’alchimie. Le Soufre y anime, le Mercure y relie, le Sel y fixe ; la matière résiste, puis consent. Le maillet frappe, mais c’est l’Équerre qui décide, et le Compas qui élève. Nous entendons, dans le silence martelé du marteau, l’antique leçon : la violence du feu ne sauve rien, seule la mesure ouvre à la beauté.


Étienne Montagny compose ici une véritable grammaire opérative : l’enclume comme fidélité à l’axe, l’outil comme volonté réglée, l’attitude comme assomption de la peine. La Métallurgie n’est pas l’apologie de la force brute ; elle est l’éloge de la force qui consent à la loi. Elle nous rappelle que la pierre brute devient pierre cubique à la condition d’être éprouvée, trempée, polie – et que la Force ne vaut que conductrice de Justice.

Saint_Étienne-La_rubanerie_et_la_passementerie

La Rubanerie : la trame invisible et l’égrégore qui relie

Face à lui, la passementière demeure vêtue. C’est une femme tenant dans sa main droite la navette des tisseurs et à ses pieds le mécanisme Jacquard.
Elle ne brandit pas la force mais ordonne le temps. À la navette qui va et vient, nous voyons se nouer la figure même de l’égrégore : fils parallèles, tension juste, alternance régulière, patience têtue. Le ruban n’est pas un luxe superflu, il est la signature de la trame. Il ceint, distingue, rassemble ; il épouse la courbe des choses et les rend lisibles.
Nous y lisons une pédagogie fraternelle : rien n’existe seul, tout s’attache, s’ourdit, se trame. Le métier à tisser, avec sa chaîne et sa trame, nous enseigne la loi du Temple : la verticalité des principes ne tient que si l’horizontalité des liens demeure solide. Le Maître d’œuvre n’impose pas mais compose. Sa victoire n’est pas d’avoir dominé, mais d’avoir accordé.
Dans la Rubanerie, Étienne Montagny ne célèbre pas l’ornement pour l’ornement : il montre la syntaxe du monde. Chaque fil est une conscience ; chaque passage de navette, une rencontre ; chaque motif, une fraternité devenue visible. L’allégorie fait œuvre de méthode : unir sans confondre, distinguer sans séparer, orner sans étouffer. Cette Beauté de relation est, pour nous, un devoir d’atelier.

L’académisme retourné en éthique

Qu’Étienne Montagny ait choisi la langue académique n’ôte rien à la vigueur de la leçon. Oui, les corps idéalisés occultent les déformations et la misère du labeur. Mais c’est précisément là que l’interprétation initiatique renverse la stratégie sociale de l’époque : sous le vernis triomphant de la Révolution industrielle, nous rétablissons la dignité des ouvriers, femmes et hommes, comme véritables artisans de la cité. Nous savons que l’idéalisation peut tromper ; faisons-en une injonction à la justice.
L’art, lorsqu’il pare la souffrance, doit à la Fraternité le devoir de mémoire.
Quiconque monte cet escalier est invité à se souvenir que l’ornement public a un coût humain, et que le Temple, pour être beau, doit d’abord être juste.

Polarités réconciliées : le seuil, la balance, la voie

Il n’est pas indifférent que l’auteur ait sculpté ailleurs Le Jour et La Nuit, cariatides disparues mais parlantes. Jour/Nuit, Métal/Tissu, Force/Patience : trois diptyques pour une même sagesse, celle des polarités réconciliées. Le Temple n’est pas un camp ; il est une balance. Nous n’opposons pas la main qui frappe à la main qui tresse : nous les faisons travailler ensemble. La puissance sans douceur brutalise ; la douceur sans puissance abdique. Dans la forge, la trempe exige l’eau ; sur le métier, la trame exige la tension. La voie royale tient dans ce double consentement : brûler assez pour purifier ; tenir assez pour relier.

Les outils comme vertus

Regardons encore les outils. Au forgeron, l’enclume, l’étau, le marteau ; à la rubandière, le peigne, la canette, la navette. Dans nos loges, ces outils deviennent des vertus : fermeté, rectitude, constance ; délicatesse, précision, patience. Nous ne sommes pas convoqués à l’ébahissement patrimonial mais à l’examen de conscience. Que faisons-nous de notre force ? Que faisons-nous de nos liens ? Savons-nous tempérer la première et nourrir les seconds ? Chaque tenue nous remet à cet escalier : descendre au cœur de la matière, monter vers la lumière, tenir la pente entre les deux.

Le viatique des deux arts

Alors, la ville-atelier devient Temple vivant. Saint-Étienne parle à toutes les cités : nous sommes ce que nous faisons de nos mains et de nos liens. La Métallurgie nous apprend à frapper juste, La Rubanerie à nouer juste. L’une nous garde des angles qui blessent ; l’autre des fils qui étranglent. Ensemble, elles composent la devise de tout chantier spirituel : transformer sans mutiler, unir sans confondre. Au terme de l’ascension, nous ne voyons plus deux statues, mais une seule leçon : la Beauté naît de la Justice quand la Force et la Tendresse acceptent de s’accorder.
Il suffit, pour qui sait voir, d’un pas en retrait et d’un salut silencieux. Nous posons la main sur la pierre froide de la rampe comme sur la pierre brute de nos commencements. Nous respirons la poussière des ateliers, la chaleur des forges, le murmure des métiers à tisser. Nous entendons la ville battre comme un cœur d’atelier. Et nous recevons, en guise de mot de passe, ce simple viatique : travaille ta matière, tisse tes liens. Le reste – la lumière, la paix, la joie – viendra à son heure.

Blason de la ville

Saint-Étienne tire son nom de Sanctus Stephanus, traduction française d’Étienne, lui-même issu du grec Stéphanos qui signifie « couronne ». La ville, familièrement dite « Sainté », fut rebaptisée Armeville pendant la Révolution française, en écho à son puissant foyer métallurgique et armurier. Chef-lieu du département de la Loire, elle se situe à environ 60 km au sud-ouest de Lyon et 130 km au sud-est de Clermont-Ferrand, au cœur de l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Pour nous, le nom dit déjà un symbole : la « couronne » nimbant Étienne annonce la vocation d’une cité-atelier où l’effort se fait dignité, et où le labeur – du fer aux rubans – cherche sa consécration dans l’œuvre commune.

Que cette carte postale vous guide vers l’intérieur, où la vraie Loge est le cœur. Bons baisers de Saint-Étienne, ville des Frères et Sœurs éternels !

Saint-Étienne, panoramique

Illustrations : Wikimedia Commons ; http://www.nella-buscot.com/

De la mêlée au Temple : le rugby comme initiation

Ce texte ne cherche pas l’image rare. Il cherche la tenue. Olivier Chebrou de Lespinats pose le rugby comme école de l’accord et la franc-maçonnerie comme école du sens. Dans l’une comme dans l’autre, la même question demeure. Comment rester droit, comment transmettre, comment avancer ensemble.

Cette évidence tient à la vie même d’Olivier Chebrou de Lespinats. Nous entendons parler un homme qui a respiré la craie des lignes blanches et la poussière des parquets de Temple. Il a porté le maillot tricolore chez les moins de vingt et un ans, il a connu le Paris Université Club, les vestiaires au cuir humide et les fins d’après-match où la voix baisse pour laisser passer la gratitude. Officier parachutiste, il a appris l’exemple plutôt que le commentaire, la sobriété plutôt que le geste qui se met en avant. Dans l’Ordre, il a pris place, il a ordonné les travaux, il a fondé et présidé, il a conduit au REAA la méditation d’un rituel qui ne promet rien qu’il ne puisse exiger. Cette double fidélité éclaire chaque page. Rien de théorique. Une expérience tenue par l’exigence du service et par la parole donnée.

Ballon de rugby
Ballon de rugby

Dès lors, le terrain n’est pas décor.

Il devient l’espace d’une conscience mise à l’épreuve. Les lignes ne sont pas des barrières. Elles deviennent des appuis. Nous y lisons un rappel discret. Rien ne s’obtient sans la juste place et sans l’angle maîtrisé. Le rectangle d’herbe travaille les corps à la mesure. Il contraint la fougue pour en faire un élan. L’adversaire n’est pas un ennemi. Il devient révélateur. Un plaquage net peut ressembler à une accolade rude. Nous y reconnaissons la présence réelle de l’autre, non sa négation. Cette anthropologie du choc loyal se transpose naturellement dans la dialectique du combat intérieur. Le rite polit ce qui déborde et ne réduit pas la vigueur du désir. La ligne du terrain devient axe moral. Le match se fait catharsis. Le respect forme une école d’humanité.

Le vestiaire bat comme un cœur.

Avant le jeu, il écoute. Après, il recueille. Là se tiennent les larmes sans honte, le rire de fatigue, la main qui s’attarde sur l’épaule. La voix du capitaine n’impose rien. Elle incarne. L’art du commandement consiste à tenir les fils et non à les tirer. Dans le Temple, le Vénérable dispose le temps et la parole. Sur le pré, le capitaine connaît les rythmes invisibles et porte le groupe vers son visage le plus juste. Nous lisons une fraternité des regards, un langage nu qui précède les mots et vaut bien des discours. Ce cercle qui se forme avant de sortir rappelle la chaîne d’union. Il ne consacre ni vainqueurs ni vaincus. Il consacre la probité de l’effort partagé.

La mêlée concentre la leçon.

Architecture vivante, liturgie musculaire, elle demande science de l’appui et générosité du don. Trois devant pour prendre l’impact, deux secondes lignes pour propulser, deux troisièmes lignes pour stabiliser, un huit pour tenir l’axe et relancer. Cette ordonnance réveille la mémoire des nombres qui structurent le Temple. Le trois qui fonde, le cinq qui éclaire, le sept qui rend juste et parfait. La mêlée devient un édifice en mouvement. Le moindre angle perdu et l’ensemble se défait. La puissance ne vaut que soumise à l’accord. Le courage se reconnaît à la confiance donnée. L’avancée véritable suppose de renoncer au forçage. Nous touchons à une chevalerie du lien.

La passe est l’âme de ce monde.

Elle refuse la capture solitaire pour laisser courir un dessein plus vaste que nos jambes. Le ballon devient parole. Il voyage de main en main comme une pensée que le groupe comprend avant de l’entendre. L’alignement récapitule l’art du redressement. Chacun à sa place, ancré et disponible. Nous retrouvons ce que l’initiation réclame à chaque degré. Justesse du geste. Modestie du rôle. Fidélité à une voix intérieure qui sait attendre le tempo favorable. L’essai ne se gagne pas seul. Il se reçoit. Celui qui plonge n’est pas celui qui se relève. Nous avons changé, ne serait-ce que d’un souffle.

Le livre tend un miroir trop rarement proposé.

Le rugby des femmes y brille d’une lumière nette. Dans la discrétion des stades, loin des projecteurs voraces, s’accomplit une initiation sans faste. Des noms, des trajectoires, des fidélités. Jessy Trémoulière, Gaëlle Hermet, Sarah Hunter, Portia Woodman, Kendra Cocksedge, Marjorie Mayans. Chacune affirme que l’esprit de corps ne connaît pas le genre. Chaque plaquage réaffirme un droit d’exister. Chaque passe devient acte de reconnaissance. La capitainerie sonne comme un soin, non comme une bannière. La loge au féminin cherche la même élévation et demande la même rigueur. Le texte pose cela avec gratitude. La fraternité se dit aussi sororité. Le Temple se construit pareillement. Essai après essai. Pierre après pierre.

La sortie a sa dignité.

Deux rangs s’ouvrent et forment le couloir d’hommage. L’adversaire salue l’effort accompli. Le geste prolonge la noblesse du jeu. Il répond au départ ordonné des officiers lorsque la Tenue se clôt sans perdre son sens.

Puis vient l’hospitalité.

Pain. Vin. Chanson peut-être. Moquerie qui guérit. Nouvelles qui circulent. La troisième mi-temps n’a rien d’un folklore creux. Elle répare et elle unit. Elle ressemble à une agape profane où le sacré trouve sa table. Nous y déposons la fatigue à côté de la gratitude. Nous y mettons en réserve ce que nous avons reçu. Nous y faisons place à ceux qui viendront.

Olivier de Lespinats
Olivier de Lespinats

Si le propos touche juste, c’est que la voix d’Olivier Chebrou de Lespinats traverse sans se hausser. Nous sentons l’éducateur, l’entraîneur, le dirigeant. Nous entendons le Frère qui a conduit des ateliers et qui sait que la verticalité n’annule jamais l’horizontalité. Le lecteur familier de son œuvre retrouve ce fil. Dans Dieu et la Conscience maçonnique, il explore le passage de la règle au Principe et l’exercice d’une présence intérieure qui n’éloigne pas de la cité. Dans La Voie du Maître Maçon, il médite la transformation par le rite et la manière de tenir la parole reçue. Ces livres entourent celui-ci comme des compagnons discrets. Ils partagent une même patience. Ils refusent la grandiloquence. Ils cherchent la tenue.

Des auteurs se tiennent en arrière-plan, compagnons de route plutôt que cautions. Jean Tourniac pour l’axe métaphysique. Jean-Pierre Bayard pour les figures vivantes du symbolisme. Jean-Baptiste Willermoz pour la discipline intérieure. Roger Dachez pour la clarté historique. Louis-Claude de Saint-Martin pour la voix du cœur. Cette constellation n’écrase rien. Elle nourrit la marche.

Nous refermons ces pages avec la sensation d’avoir traversé un terrain qui ressemble à notre propre vie.

Les victoires ne s’y additionnent pas. Elles se respirent. Elles se mesurent à la qualité de la main tendue et à la sobriété du pas suivant. L’ouvrage rappelle une chose simple et haute. Il existe un art de former des êtres debout. Le rugby le propose par le geste juste et par la loyauté en acte. L’initiation l’exige par la discipline du rite et par la lumière qui ne se crie pas. Entre l’ovale et le compas, il n’y a pas juxtaposition. Il y a passage. La fraternité n’est pas un mot. Elle s’éprouve. Elle se donne. Elle se reçoit. À cet endroit précis, le jeu rejoint la voie. Il la rend visible. Et nous rend plus capables de la vivre.

Rugby et franc-maçonnerie – L’ovalie intérieure

Olivier de Chebrou de LespinatsCépaduès, coll. de Midi, 2025, 166 pages, 20 €

Éditions Cépaduès – Transmettre les Savoirs, le site

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Le processus d’individuation en 6 étapes de Carl Gustav Jung : (5/6) « L’expérience numineuse des archétypes »

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La pensée analogique est la troisième grande méthode d’éveil initiatique des Maçons, avec celle des pas de côtés et des pensées cycliques, trois procédés stimulant l’intelligence et structurant le mental pour accéder au royaume de l’imaginaire où règne le chaos. Pour être souverain en ce royaume imaginaire et y faire régner l’ordre, l’être conscient doit descendre en son subconscient et affronter les forces désordonnées qui le parcourent en tous sens, pour apprendre à les connaître, les apprivoiser, les unifier et coordonner leurs actions.

Il scelle par là même un pacte entre le subconscient et le conscient devenus deux forces aux puissances complémentaires alliées au service d’une unité indivise, enveloppées l’une et l’autre par une lumière commune qui les transcende, et cet ordonnancement des forces cosmiques doit être respecté, au risque de tout perdre et d’anéantir tous les efforts faits pour relier le conscient et le subconscient. Cet anéantissement est symbolisé par le mythe d’Orphée, coupable de s’être retourné vers son subconscient avant d’atteindre la lumière commune transcendant le conscient et le subconscient.

Le Sublime Docteur Orphique, 55è degré de la Maçonnerie égyptienne, confère une dimension dramatique inégalée à la cinquième étape du voyage vers l’individuation de C.G. Jung et le Soi Atman, où la « numinosité » des archétypes découverts lors des étapes précédentes (le trauma, la persona, les ombres, et le couple anima/animus) est à l’œuvre en puissance dans la psyché. C’est toute l’énergie des archétypes qui se découvre et se manifeste à ce degré à travers le mythe d’Orphée. Les archétypes sont des formes instinctives des représentations mentales, et sont issus des instincts les plus anciens de la bio-psychologie humaine qui conditionnent et déterminent les pensées ou les perceptions reliant la personne à son environnement. Ils ne sont pas de simples traces mnésiques ou cognitives, mais sont avant tout une forme donnée à un potentiel d’énergie psychique.

Archetypes

Ils représentent les thèmes universels à la source de toute interrogation humaine sur son devenir ou sa nature, et forment un champ de significations regroupant la totalité des représentations humaines, semblable au champ physique énergétique généré par un groupe d’électrons. Les symboles archétypiques sont ainsi corrélés les uns aux autres, Jung les dit « contaminés » les uns par les autres. La « loi de contamination » est le concept au moyen duquel Jung décrit cette réalité, impossible à schématiser tant les archétypes sont fusionnés et tant l’espace imaginaire humain est étendu. Ils forment un ensemble idéel aux limites indéfinies, structurent et bornent la conscience humaine, et leurs thèmes se font mutuellement écho.

Les degrés de la Maçonnerie égyptienne traversés par les Maçonnes et les Maçons reflètent cette diversité d’archétypes prêts à éclairer leur imaginaire tout en les comblant d’énergie. Les archétypes sont répartis sur l’échelle des degrés de cette Maçonnerie pour qu’en se reliant les uns aux autres ils s’appuient les uns sur les autres et fassent levier pour délivrer les forces primaires de la nature humaine qui n’attendent que cela pour se déployer en puissance. Ces structures « contaminées » deviennent ainsi « contaminantes » et propulsent l’imaginaire des initié(e)s dans d’inimaginables révélations « dérangeantes » sur soi-même et le monde environnant.

Dieu grec et égyptien

Mais à force de se laisser « contaminer » pour la bonne cause et de se dé-ranger soi-même pour en recueillir les bienfaits psychiques, les initié(e)s peuvent aussi être tentés de déranger le monde environnant, et sont invariablement sanctionnés en retour pour ce dérèglement. Car il ne faut pas mélanger les plans spirituel et matériel, divin et humain, qui doivent d’abord être découplés l’un de l’autre pour bien se développer et fonctionner, avant de tendre l’un vers l’autre grâce à la présence active des archétypes qui les relient l’un à l’autre. Les mythes de l’Ancienne Égypte et de la Grèce Antique, vécus et intégrés mentalement par les peuples égyptien et grec, témoignent de ce décalage préalable entre les humains et leurs dieux. Ce décalage est destiné à être réduit jusqu’à disparaître dans la conscience cosmique des égyptiens, alors qu’il est maintenu et entretenu par la pensée des grecs. Les égyptiens « pensaient leurs dieux » et les intégraient en eux-mêmes jusqu’à devenir des dieux en puissance, et les grecs « pensaient à leurs dieux » en les maintenant toujours à distance, une attitude mentale détachant le Dieu du peuple de soi-même au fondement de la pensée judéo-chrétienne.

L’ Égypte fut le terreau, la terre noire (kemet) de la philosophie et des connaissances scientifiques des grecs anciens, mais à quel niveau ? À l’époque, comme aujourd’hui, il y avait deux niveaux de connaissances : exotériques délivrées au plus grand nombre, et ésotériques réservées à des initié(e)s lors de cérémonies secrètes dans des lieux où les grecs comme Hérodote, le grand historien, n’avaient pas accès. Il le dit dans son livre « Histoires » à propos d’un immense labyrinthe souterrain : « les Égyptiens gouverneurs du labyrinthe ne permirent point qu’on me les montrât« . Et on peut deviner pourquoi quand on met en regard la pensée égyptienne où la magie et les forces invisibles sont très actives et la pensée grecque où ne règne que la raison.

Les forces qui se concentrent et s’expriment dans la psyché sous la forme d’archétypes ont pour fonction de la propulser à un niveau de conscience transcendante. Jung postulait que la vraie essence de l’archétype est transcendante, la conscience ne pouvant la percevoir mais juste la pressentir. L’archétype transgresse ainsi la réalité psychique, évoluant dans sa forme inconsciente et indéterminée dans un non-lieu et un non-temps où règne la « synchronicité« , où le sens de l’existence est donné par des événements a priori déconnectés les uns des autres et pourtant donnant ensemble un sens inattendu à la vie. Dans ces grands moments de révélation, l’âme ressent un sentiment de vertige et d’arrêt devant le grand vide du tout cosmique indéterminé qui l’attire.

Le mythe d’Orphée évoque le grand choc de l’âme qui se produit en ce moment charnière déterminant la poursuite de l’élévation spirituelle, l’état « numineux » qu’il engendre marquant cette cinquième étape vers l’individuation de C.G. Jung. En ce moment de tension extrême, l’avenir et la croissance spirituelle se réalisent devant soi et non derrière soi, car l’avenir contenu dans la dimension cosmique qui s’annonce contient et sublime tout du passé, du présent, et de l’avenir, un tout incommensurable et insécable absolument et définitivement.

Mais Orphée néglige cette règle ultime, lui qui sublime toute réalité matérielle et spirituelle, et charme de sa lyre la Nature, les humains, et les dieux, perdant ainsi tout sens des lois et des limites aux forces qui existent et s’exercent à tous les niveaux dans l’univers, y compris sur ses charmes apparemment sans limites. Et il se retourne vers son amour immédiat incarné par Eurydice revenant des enfers, mettant au même niveau l’amour cosmique et l’amour humain, alors que le cosmique est la matrice de l’humain, une puissance exigeant de lui qu’il patiente (la Patience, vertu alchimique) et attende la lumière du jour, du grand jour quand son amour et lui sortiront des enfers.

Orphée, pris de vertige en cet instant déterminant, choisit ainsi de ne pas attendre et de se retourner au lieu de poursuivre avec Eurydice sa remontée des enfers vers la lumière, et ce faisant, annihile son union fusionnelle avec elle, l’œuvre d’amour de toute sa vie, semblable à une « Œuvre au blanc » alchimique brutalement interrompue. En se retournant sans attendre le terme lumineux de son œuvre sacrée, il confond le temps sacré et le temps matériel de la montre et réduit l’un à l’autre, ce qui a pour effet de détruire toute l’œuvre déjà effectuée, car on ne compose pas et on ne fait pas montre d’impatience matérielle au temps cosmique et sacré de l’être.

Autrement dit, il doit croire comme un alchimiste à la dimension cosmique de son œuvre de transmutation intérieure, et l’incarner pour qu’elle se réalise, sinon elle disparaît de ses pensées et de son horizon mental. « C’est ici le vrai portrait des Artistes impatients qui s’ennuient de la longueur de l’œuvre. Ils aiment la Pierre éperdument ; ils aspirent sans cesse après l’heureux moment où ils la verront dans le séjour des vivants, c’est-à-dire sortie de la putréfaction et revêtue de l’habit blanc, indice de joie et de résurrection. Mais cet amour outré les pousse à ne pas attendre le terme prescrit par la Nature. Ils veulent la forcer à précipiter les opérations, et ils gâchent tout. C’est pourquoi, dit Basile Valentin, chaque Artiste, diligent opérateur des effets merveilleux de l’Art et de la Nature, doit prendre garde de ne pas se laisser emporter par une curiosité dommageable, de peur qu’il ne recueille rien, et que la pomme des Hespérides qui aurait dû avec le temps parvenir à une maturité parfaite, ne lui tombe des mains. » (Dom Pernety, Fables Égyptiennes et Grecques)

Ce temps est celui de la dialectique du Moi et de l’inconscient archétypal, sixième et dernière étape de l’Opus alchimique vers l’individuation.

Les six degrés de la Maçonnerie égyptienne (51è au 56è) illustrant les six étapes du processus d’individuation sont extraits des 60 degrés (34è au 93è) développés dans le livre Méditations du Sphinx de Patrick Carré, Éditions GAMAYUN)

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Motus ou cartes sur table

Dans toutes les bandes humaines — qu’elles fassent du son, de la bouffe, du spirituel ou de l’associatif — y’a toujours ce tirage entre ce qu’on cause et ce qu’on garde sous le coude. La musique, tu vois, c’est l’exemple parfait : trop d’bruit et tout s’casse la goule ; trop d’mutisme et y’a plus d’air dans l’biniou.

Pareil pour les groupes : faut jongler finement entre la clarté (qui montre, éclaire et fait confiance) et le silence (qui protège, rassemble et évite les embrouilles). Depuis les moines jusqu’aux musiciens, en passant par les frangins des loges, on l’a pigé : la longévité d’une bande, c’est une question d’équilibre entre parler juste et se taire à temps.

Le silence, c’est pas rien. C’est le vrai bruit de l’écoute. Dans une bande soudée, c’est là qu’le lien s’fait, peinard. C’est l’instant où chacun range son ego et tend l’oreille à l’autre.

« Le silence, c’est l’endroit où la musique prend forme. »— Debussy, un mec qui savait se taire pour mieux causer.

Le silence, c’est pas du vide, c’est d’la matière fraternelle :

  • silence pour écouter sans couper la parole,
  • silence pour pas juger,
  • silence avant d’ouvrir sa boîte à camembert.

Les moines, les zicos, les Francs-maçons — tous ont capté l’truc : une bande bien réglée, c’est comme un orchestre. Chacun sait quand fermer sa boîte à paroles pour laisser la respiration commune faire sa musique.

Mais attention : trop de silence, et ça sent l’secret qui pue. Une communauté, ça vit aussi de clarté — faut que la lumière passe, sinon ça moisit.

La transparence, c’est pas raconter sa vie ni faire la confession sur la place publique. C’est juste montrer ce qui concerne tout l’monde : les décisions, les intentions, les valeurs.

« La lumière, c’est bien, mais faut pas qu’ça crame tout. » — Hannah Arendt, une nana qui savait causer juste.

De nos jours, y’a quand même un blème, tu vois : y’en a qui voudraient s’servir du silence pour boucler le clapet à ceux qu’aimeraient jouer franc jeu, histoire d’montrer qu’on n’a rien à planquer et qu’on bosse réglo !

Ces gu-guss tu vois, faut qu’y fassent attention ! A ce jeu là, la chambrée, elle risque de tourner au vinaigre ! Tu vois ce que je veux dire !

Dans un orchestre, c’est le geste clair du chef ; dans une asso, c’est la parole qui circule, les comptes nickel, la confiance qui tient la route. Mais si on veut tout montrer, tout contrôler, tout commenter, on finit par étouffer la respiration du groupe.

L’histoire, c’est une valse entre le secret utile et la transparence à outrance.

  • Les vieilles sociétés initiatiques — de Pythagore aux frères en tablier —, elles gardaient leurs affaires entre elles : le secret, c’était leur coffre à trésor. Pas du mutisme, mais du silence qui protège.
  • Les modernes, eux, ont voulu tout mettre en vitrine : la vérité, la lumière, la République.
    Ça a libéré des dogmes, ouais, mais parfois ça a foutu tout le monde à poil.

Aujourd’hui, avec Internet et compagnie, on cause plus qu’on n’écoute, et plus on parle, moins on s’comprend.

Comme dit Byung-Chul Han :

« Trop d’transparence tue la confiance. Ce qu’on matte tout l’temps, on finit par plus l’aimer. »


Un orchestre, c’est une école de fraternité. Le soliste brille un instant, mais sans les autres, y’a plus d’musique.
Le chœur, c’est pareil : des voix différentes, mais un même souffle.

« La musique, c’est c’qu’il y a entre les notes. » — Debussy encore, un vrai sage à l’ancienne.

La transparence, ça rend l’ensemble juste. Le silence, ça garde l’âme du truc.
Si t’en vires un des deux, t’as soit le bazar, soit le trou noir. C’est pas différent pour la vie d’une asso, d’une loge ou d’un orchestre de potes : faut savoir parler clair sans faire d’esbroufe, et se taire sans faire le mystère.

Une vraie fraternité, c’est pas un chœur de clones ni un forum sans fin : c’est un endroit où la parole circule avec pudeur et où la lumière n’éblouit pas.

Inventer une « musique du lien », comme disait Ricœur, c’est mêler le devoir d’être clair et le droit de garder son jardin secret. C’est s’accorder sur la même tonalité sans jouer tous la même note.

Faut pas confondre « jouer ensemble » et « jouer pareil ».

Le silence et la transparence, c’est comme la basse et la mélodie : l’un soutient, l’autre éclaire. Trouver la bonne mesure, c’est faire vibrer le groupe sans le casser.

Être fraternel, c’est savoir quand ouvrir sa boîte à paroles, quand tendre l’oreille, et quand laisser le silence causer tout seul. Parce qu’au fond, la musique de la fraternité, elle s’joue pas dans le vacarme des grandes gueules ni dans le secret des planqués, mais dans le va-et-vient vivant entre la lumière et le retrait.

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la GLUA répond à la proposition de la police métropolitaine sur les déclarations de Franc-maçonnerie

De notre confrère britannique ilkestonlife.com

La Grande Loge Unie d’Angleterre est préoccupée par les informations rapportées ce matin selon lesquelles la police métropolitaine envisagerait de forcer les agents à déclarer leur appartenance à la Franc-maçonnerie. Notre position sur cette question a toujours été claire : nos membres doivent déclarer toute activité ayant un lien avec leur travail. Or, une obligation générale de déclaration constitue une violation des droits fondamentaux des agents à la vie privée et à la liberté d’association.

Nous attendons avec impatience notre conversation avec la police métropolitaine sur cette question. Nous exigeons de tous les membres qu’ils respectent les lois du pays, sans exception. Depuis trois siècles, les francs-maçons sont restés fidèles à leur engagement envers les principes immuables d’intégrité, d’amitié, de respect et de service. Cette fidélité perdurera.

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